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CHAPITRE 14

Plus que des mots


J'arrivai à la patinoire tôt le lundi matin et je n'hésitai pas à informer Marcus de ma décision de faire les chorégraphies. Il était favorable et désireux de me laisser commencer… jusqu'à ce que lui dise que j'avais déjà fait ma sélection pour mon programme libre.

"Sonate au Clair de lune, Bella ? Vraiment," demanda-t-il, renfrogné quand je hochai la tête résolument.

"Peux-tu me dire pourquoi tu voudrais utiliser quelque chose d'aussi mielleux et surjoué ?"

"Parce que je sais que je peux en faire quelque chose. Je peux le voir dans ma tête, Marcus. Je dois le faire. Je sais que je peux le faire, le rendre différent de tout ce qui a été déjà vu auparavant. Je peux le rendre original. Et ce n'est pas mièvre, c'est classique, romantique. Hors du temps," argumentai-je, répétant les points que j'avais préparés dans ma tête pour plaider ma cause.

"Tu sais les critiques vont être prompts à te malmener pour ce choix, Bella," expliqua-t-il. "C'est l'une des sélections qui revient le plus souvent. C'est usé, les gens veulent voir du nouveau."

"Je sais ce que c'est Marcus mais je ne l'ai jamais fait avant," dis-je avec passion, tapant du poing contre ma poitrine. "Je n'ai jamais rien fait dessus. Je ne vais copier personne et ce sera à moi. Je veux juste une chance. Je veux tellement le faire Marcus. Je ne savais même pas à quel point et avant je n'aurais probablement pas pu. Je n'en aurais eu ni la force ni la conviction… mais à présent je sais que je peux le faire. Et je veux le faire sur ce morceau."

Il réfléchissait mais n'était pas prêt à céder. Bien que la discussion ne soit pas terminée il me demanda de chausser mes patins et de patiner pendant qu'il réfléchissait. Tout au long de la séance du matin il me posa des questions ou fit des commentaires sur les raisons pour lesquelles cette sélection n'était pas la meilleure. A chaque mot qu'il disait, j'avais un argument pour défendre mon choix.

Il fallait qu'il accepte. Je savais que mon cœur allait se briser si je ne pouvais pas réaliser cette vision que j'avais eue en entendant le morceau.

J'étais au milieu de la patinoire en train de m'entrainer quand Marcus m'appela.

"Tu sais quoi Bella, on fait un marché. Tu y vas et tu fais un beau triple, tu peux te servir de la sonate au clair de lune," proposa-t-il. "Si tu tombes, c'est moi qui aie le dernier mot."

Mon cœur remonta dans ma gorge. Cela faisait un mois que ma dernière tentative de triple avait eu lieu et ça ne s'était pas bien passé et j'avais peur d'essayer de nouveau. A présent ma capacité de patiner le programme que je voulais était de faire ce saut qui me faisait peur. Mes muscles étaient chauds et souples cela ne devrait pas poser de problème mais je n'avais pas le temps de me préparer et je ne savais pas si je pouvais le faire.

"N'importe quel triple, Bella," clarifia-t-il. "A quel point le veux-tu ?"

La mâchoire serrée, je le défiai du regard. Je le voulais. Tout ce que j'avais à faire était de tendre la main et prendre ce qu'il me proposait. Tout à fait déterminée à relever son défi, je partis sans mot dire, prenant le temps de faire trois tours complets alors que je construisais ma vitesse et décidais quel saut était ma meilleure option.

Salchow ? C'était rare quand je les ratais même lorsque je n'étais pas tout en fait en pleine forme mais cela me sembla un peu trop facile. Il m'avait dit de sauter mais ma fierté ne me laissait pas aller vers l'option la plus facile. Je voulais l'impressionner. Je voulais gagner. En faisant mon deuxième tour je pensais à un Axel mais je savais que c'était encore trop risqué. Même en pleine forme il était rare que j'atterrisse parfaitement. C'était mon talon d'Achille et puisque j'avais l'intention de gagner ce n'était pas le moment d'essayer.

Lutz décidai-je. Ils étaient durs mais faisable. Je pourrai atterrir un Lutz.

Je tournai près des rambardes, bras écartés et faisant glisser les pieds en les croisant, patinant en reculant alors que je dessinais une diagonale sur la glace approchant du coin et de ma cible. En me redressant et en soulevant mon pied arrière en guise de préparation je m'envolais. Bonne hauteur, bonne vitesse, bonne rotation, ma tête vérifia rapidement. Un peu penché mais rien de préjudiciable. Avant même de faire la deuxième rotation, je savais que je l'avais.

Atterrissant solidement et en beauté, je sentis une montée d'exaltation me submerger, comme je n'en avais pas ressenti depuis longtemps. Dieu que ça faisait du bien !

Je me livrai à un petit signe de victoire avec le poing et à une mini danse joyeuse alors que je tournai le dos à Marcus me reprenant pour m'approcher de lui, le visage impassible.

"Un peu incliné," dit-il alors que j'essayai de ne pas rouler des yeux. "Sinon pas mal." Il fit un petit sourire en me tendant la main. "La Sonate au Clair de lune est un excellent choix. Ce sera charmant pour toi."

"Mais toutes ces choses que vous avez dites ?" bafouillai-je perdue, en prenant sa main.

"Juste pour mettre en avant ce que je savais déjà. Je crois que tu viens de le prouver," déclara-t-il. "Je savais que tu pouvais atterrir Bella mais c'est toi qui as besoin de le savoir, pas moi. Tu as besoin de vouloir tout ça pour toi-même, par pour faire plaisir à quelqu'un d'autre."

"Merci," murmurai-je, serrant fermement sa main. Il grommela que nous avions beaucoup de travail et je ris sous cape. Il n'était pas du genre à s'attarder dans un moment émotionnel.

"Bon choix le Lutz," reconnut-il. "C'est l'une de tes meilleures armes. Voyons voir si nous pouvons briller à nouveau…"

Après avoir réussi ce premier saut, nous passâmes le reste de la journée à peaufiner le mouvement et à commencer à voir les autres. Ils ne vinrent pas tous facilement et nous ne nous attaquâmes pas à l'axel mais je faisais encore des triples et c'était génial.

A la fin de la session, Marcus me tapa dans le dos et dit : "Bon travail aujourd'hui," avant de me donner un fichier d'information pour les managers qu'il me recommandait. Cuite, meurtrie et épuisée je ne rentrais pas chez moi pour me doucher avant d'aller chez Edward. Il fallait que je le dise à quelqu'un et je voulais le lui dire à lui.

"Hé !" me salua-t-il, content mais un peu confus quand il m'ouvrit la porte. Je prenais toujours le temps de me doucher et de décompresser après un entrainement avant d'aller le voir. "Tu viens juste de terminer ?"

"Oui il y a quelques minutes," confirmai-je, mes cheveux en bataille, mes vêtements humides de transpiration et les yeux brillants. "Edward, j'ai pu faire un triple !"

Je pus tout juste voir son énorme sourire avant d'être écrasée dans ses bras et soulevée de terre.

"Seigneur Bella, c'est merveilleux !" s'exclama-t-il, me serrant un peu plus fort avant de me reposer sur mes pieds, ses mains prenant mon visage en coupe. "Je savais que tu pourrais le faire, amour. Je suis tellement fier de toi."

"Apparemment j'ai été la dernière à le savoir !" soupirai-je, me souvenant des mots de Marcus et racontant à Edward tous les événements de la journée alors que nous étions encore dehors dans l'air chaud du soir.

"Je suis tellement excitée," m'exclamai-je, appuyée contre la rambarde.

"Vraiment, Swan ? Je ne pourrais pas le deviner... Je pensais que c'était ton visage quand tu étais ennuyée," me taquina-t-il, tapotant légèrement mon nez en se penchant près de moi. "Tu vas les assommer."

"Tu sais quoi Edward ? Je sens que je pourrais le faire," soupirai-je, souriant grandement en posant ma tête sur son épaule. A ce moment-là, j'étais tellement optimiste à cause de cette journée et avoir Edward à mes côtés me faisait sentir que je pouvais affronter le monde.

Malheureusement cet état ne dura pas longtemps.

Au moment où je rejoignais Esmée pour le déjeuner le lendemain, je me sentais frustrée et incertaine. Après être rentrée chez moi hier soir, je commençai à parcourir la liste que m'avait donnée Marcus pour trouver un manager. Outre leurs informations il avait inclus une bonne pile de documents détaillant la description du poste.

Jusqu'à ce que je voie ça j'avais vraiment été encline à le faire seule avec Marcus mais plus j'y regardais, plus il me semblait que c'était un travail colossal. Chorégraphier, m'entrainer et gérer ? Etais-je vraiment capable de prendre autant de responsabilité ?

Si je n'embauchais personne, toutes les décisions me reviendraient, planifier les déplacements, remplir chaque formulaire, signer chaque chèque. Il y avait tellement de choses techniques dont je n'avais aucune idée. Je savais que Marcus ne l'aurait pas proposé comme option s'il ne pensait pas que nous pouvions le faire nous-mêmes mais cela me semblait être un travail gigantesque. Je ne voulais pas nécessairement abandonner le reste de ma vie maintenant que j'en avais enfin une.

D'un autre côté, je ne savais pas si je pouvais faire confiance à quelqu'un d'autre après Renée. Ma propre mère m'avait spoliée, comment étais-je censée faire confiance un complet étranger, qui pouvait faire de même ou pire encore ?

Le problème de Renée était encore un mal de tête auquel je devais faire face. Je devais décider si je voulais la poursuivre en justice pour essayer de récupérer l'argent qu'elle avait pris ou si je devais la laisser partir. Si je l'attaquais là-dessus elle se défendrait certainement. Cela deviendrait compliqué, prendrait beaucoup de temps et me causerait beaucoup de stress et ça n'en valait probablement pas la peine.

Mais si je ne le faisais pas elle me verrait toujours comme la même petite fille faible que j'avais toujours été. J'avais l'impression que peu importe la route que j'emprunterai, il y aurait des pièges. Je devais estimer ceux avec lesquels je pouvais vivre.

Entre-temps, j'avais parcouru la liste des candidats possibles que Marcus m'avait donnée et en fin de compte, j'avais gardé trois candidatures.

Mardi matin, j'appelai les trois, laissai des messages pour deux et le troisième me dit qu'il était malheureusement indisponible.

Vers la fin de mon déjeuner avec Esmée cet après-midi-là, mon téléphone sonna et je m'excusai en filant dehors pour prendre l'appel.

"Merde," murmurai-je, toute défaite et en m'appuyant contre le mur de briques à l'extérieur du restaurant. Un autre à rayer de la liste.

"Quelque chose ne va pas, chérie ?" demanda Esmée, me surprenant car je ne l'avais même pas entendue sortir.

"Je suis désolée. Je ne voulais pas te faire peur. On aurait dit que tu avais fini, alors j'ai payé l'addition, si c'est d'accord."

"Oh, Esmée, tu n'étais pas obligée de faire ça," lui dis-je, en prenant mon sac de sa main.

"N'importe quoi", dit-elle. "C'est un plaisir. J'aime tellement pouvoir passer du temps avec toi. Est-ce que tu dois filer ou pouvons-nous marcher un peu ?"

Je jetai un coup d'œil à ma montre et vis qu'il me restait encore un peu de temps avant mon retour à la patinoire.

"Une promenade serait super, merci. Et merci pour le déjeuner."

"Si je puis me permettre, qui t'a agacé au téléphone ?" demanda-t-elle, alors que nous flânions le long du boulevard.

"Juste un manager," soupirai-je. "Je cherche un remplaçant, tu sais, depuis que ma mère est partie. Je n'ai pas vraiment besoin d'en avoir un, pas avec Marcus pour m'aider… mais il y a tant de choses à penser et faire et je ne sais pas si je veux tout assumer moi-même."

"Que ferais-tu faire à ton manager ?" demanda-t-elle.

"J'essaie encore de le découvrir," admis-je. "Il y a beaucoup de paperasse à remplir, ce n'est pas difficile mais ça prend du temps. Ensuite, il y a la publicité, le côté financier. Les compétitions ne sont pas tout ce qu'il se passe sur la glace, il y a beaucoup de stratégies pour savoir à laquelle participer, l'ordre dans lequel patiner et comment gérer la presse, le nombre d'interviews à faire et tout le reste…

Puis il y a des trucs comme réserver un voyage, s'inscrire aux compétitions et trouver des costumes," énumérai-je sur mes doigts. "J'ai l'impression que je ne pourrai peut-être pas tout gérer et me pourrai pas me consacrer complètement à mon entrainement et à la chorégraphie. Je ne veux pas être distraite par tous ces trucs quand j'ai enfin cette opportunité devant moi."

"Eh bien, tu disais que Marcus en sait beaucoup. C'est assez facile d'embaucher un bon comptable qui ne s'impliquerait pas dans ta carrière de patineur et qui se consacrerait uniquement à assurer ta sécurité financière," fit-elle remarquer. J'hochai la tête à cette idée. "Quant aux autres trucs, tu sais qu'Alice meurt d'envie de t'aider avec tes costumes. Tu n'as pas besoin de son aide si tu ne veux pas mais elle a un bon œil pour le design et elle connaît un certain nombre de gens de bonne réputation qui peuvent aider à tout réaliser."

"Oui," gloussai-je. "Elle en a parlé une ou deux fois."

"Elle ne sera pas contrariée si tu prends quelqu'un de plus expérimenté dans le domaine," me rassura-t-elle, en passant son bras sous le mien pendant que nous marchions. "Sache juste qu'elle est impatiente de t'aider si tu veux. Ce sera déjà ça de moins à faire. Et pour le reste ? Eh bien, j'ai une écriture très soignée, pour avoir rempli de la paperasse et bien que je n'en aie pas fait autant récemment, j'ai des antécédents dans les relations publiques et le marketing. Je pourrais..."

"Non !" m'exclamai-je, figée sur place, sentant le sang dans mes veines se transformer en glace. C'était une réponse incontrôlable et irrationnelle mais j'étais terrifiée par son offre. La seule chose que mon cerveau pouvait gérer était 'Non'.

Elle ne pouvait pas.

Esmée s'était arrêtée, laissant tomber son bras autour de moi et me regardant avec inquiétude, un soupçon de douleur dans ses yeux verts. Je voulais m'expliquer et enlever cette expression de son visage mais j'avais l'impression de ne plus pouvoir respirer. Mes pensées accélérèrent alors que j'essayais de comprendre pourquoi j'avais réagi si fortement et si rapidement à une offre si facile.

Pas elle. Elle ne pouvait pas devenir comme elle.

J'avais les larmes aux yeux lorsque finalement je compris. Un mois était passé depuis que ma mère m'avait giflée et était sortie de la patinoire, ma voix froide la congédiant. Alors que j'avais essayé de ne pas trop y penser avec tant d'autres choses merveilleuses qui m'arrivait en l'absence de Renée, son départ me hantait encore. Qu'est-ce que j'avais fait pour qu'elle me déteste à ce point ? Elle m'avait frappé, prit le parti d'un étranger contre moi. Elle avait volé mon argent et m'avait regardé avec une telle cruauté quand elle était partie.

En regardant le visage gentil et aimant d'Esmée, je ne supportais pas l'idée de perdre une autre mère à cause de ma carrière. Je ne pouvais pas risquer qu'elle me déteste aussi un jour.

"Je suis désolée, Bella," commença Esmée, un pli d'inquiétude sur son front quand je commençai à réaliser qu'elle pensait qu'elle m'avait contrarié en dépassant les limites.

"Non, Esmée, s'il te plaît, non. C'est moi qui suis désolée," m'excusai-je en pleurant. "Je suis désolée mais tu ne peux pas. Tu ne peux pas, c'est tout."

Des larmes coulaient sur mon visage et des sanglots me déchiraient alors qu'elle me tirait vers un banc tout près, m'enveloppant dans ses bras en murmurant des paroles apaisantes, me permettant de pleurer sur son épaule. Quand les larmes se calmèrent, se transformant en hoquets, elle continua à me caresser les cheveux.

"Qu'y a-t-il, ma chérie ?" demanda-t-elle doucement.

"Je ne peux pas," lui répétai-je dans les cheveux. "J'apprécie l'offre, vraiment mais je ne peux pas..."

"Ne peux pas quoi ?"

Je me reculai et la regardai avec des yeux qui la suppliaient de comprendre. "Je ne peux pas risquer que tu puisses commencer à me détester comme elle le fait."

Ses yeux étaient douloureux quand elle prit mon visage entre ses mains et me dit d'une voix ferme, "Bella Swan, ça n'arrivera jamais. Tu m'entends ?"

"C'est arrivé avec elle, Esmée," pleurai-je. "Ma propre mère me déteste et je l'ai rendue comme ça. Notre vie ensemble lui a fait ça. Ma carrière nous a fait ça."

"Non," dit-elle. "Tu n'as rien fait de mal, je te l'ai dit. Je ne sais que ce que tu m'as dit mais il est clair qu'elle s'accroche trop étroitement au passé. Elle est amère et rancunière de ne pas avoir eu les opportunités que tu as eues. Elle ne peut pas voir au-delà de ce qu'elle a raté pour apprécier la personne merveilleuse qu'elle a créée en toi et toutes les autres bénédictions qu'elle a. Je ne crois pas qu'elle te déteste, ma chérie," murmura-t-elle. "Comment pourrait-elle ?"

"Alors pourquoi me ferait-elle toutes ces choses ?" demandai-je. "Pourquoi n'a-t-elle pas essayé de m'appeler depuis un mois ? C'est comme si je n'existais plus pour elle."

"Je ne peux pas te dire ce qu'elle pense, Bella. La seule chose à laquelle je pense, c'est que tu as été un exutoire pratique et facile pour sa colère. Ça n'a rien à voir avec toi et tout à voir avec elle. Nous en avons déjà parlé, tu te souviens ?" dit-elle doucement.

"Je sais, je sais. Ça fait un mois, Esmée. Je l'ai virée et maintenant elle me déteste. Alors, c'est la fin ? Je n'ai plus de mère ?"

"As-tu essayé de lui tendre la main ?" demanda-t-elle d'une voix apaisante.

"Non," admis-je. "J'étais tellement en colère et blessée, surtout après avoir parlé à Caius et à mon père. Je voulais juste fuir tout ça, me concentrer sur les choses qui vont bien dans ma vie. Je suppose que je ne devrais pas être en colère contre elle puisque je n'ai pas fait l'effort non plus."

"Il n'y a rien de mal à prendre le temps de récupérer, de rassembler ses pensées," me dit-elle. "Peut-être que maintenant qu'un certain temps s'est écoulé, vous pouvez essayer de vous parler toutes les deux. On dirait que tout cela pèse très lourd sur toi, Bella. Tu dois lui pardonner. C'est son propre choix si elle veut l'accepter… mais qu'elle l'accepte ou non, tu te sentiras plus légère. J'espère pour votre bien à toutes les deux qu'elle le fasse, parce qu'elle raterait une très belle occasion d'apprendre à connaître la femme que tu es. Quoi qu'il arrive, je veux que tu te souviennes que tu es une femme merveilleuse et que tu es aimée."

Je pensai tout de suite à Edward et à ses mots de l'autre soir. Même avec tout le reste ses mots n'avaient cessé de se répéter dans mon esprit.

Ces deux derniers jours, je m'étais rendu folle de doutes et de questions. Qu'est-ce qu'il voulait dire quand il m'a dit ça ? Pas littéralement, comme si je ne connaissais pas la définition mais qu'est-ce qui l'avait rendu capable de... me dire ces mots ? Qu'est-ce que j'avais de si spécial qu'il ressente ça et comment savait-il que c'était de l'amour ? Quand en est-il arrivé à cette conclusion ? Il avait dit qu'il voulait me le dire depuis longtemps… mais combien de temps ? Qu'est-ce qui l'avait amené à conclure que ce qu'il ressentait pour moi était de l'amour ?

Je n'avais jamais aimé personne avant, du moins pas romantiquement. Même platoniquement, j'avais peu d'expérience.

Entre Charlie et Renée, j'avais à peine entendu ces mots. Charlie l'avait dit la nuit où nous avions parlé au téléphone mais avant, je ne me souvenais pas. La même chose avec Renée.

"Je ne me souviens pas de la dernière fois que j'ai entendu les mots 'Je t'aime' de ma mère," admis-je, le cœur brisé.

"C'est une tragédie, Bella," murmura Esmée, me tirant à nouveau dans ses bras. "Si tu étais ma fille, je te l'aurais dit tous les jours." Elle recula, chassant les cheveux de mon visage. "Je ne pourrai peut-être pas rattraper le passé mais à l'avenir, je vais faire de mon mieux pour t'assurer que tu ne passes pas un jour de plus sans savoir à quel point tu es spéciale."

Le bip de mon téléphone interrompit ce moment et je vis un texto.

On se dirige vers le chalet. Ça craint que je ne puisse pas revoir ton beau visage avant vendredi. Appelle-moi plus tard pour que j'entende au moins ta voix. Je t'aime. -E

Je sentis Esmée me pousser doucement et je levai les yeux de l'écran, ignorant qu'un énorme sourire éclairait mon visage à la vue de ces mots.

"Vu ta tête, je dirais que mon fils ne te laissera pas l'oublier non plus."

Je pris la nuit et une partie du lendemain pour réfléchir à ce qu'Esmée m'avait dit. Je n'avais jamais considéré que je devrais pardonner à Renée. Cette pensée aurait été risible si Esmée ne me l'avait pas expliqué si simplement.

J'avais dit à ma mère d'innombrables fois au cours de ma vie que j'étais désolée. Désolée de ne pas faire mieux, désolée de ne pas être assez bien et ça ne m'avait jamais fait me sentir mieux. Je n'avais jamais pensé qu'il fallait que je dise "je te pardonne" à la place de "je suis désolée." Elle aurait probablement ricané si j'avais essayé de le dire par le passé ou si j'avais fait un commentaire sarcastique pensant qu'elle devait être pardonnée pour quelque chose. Mais peut-être que ce n'était pas pour elle qu'il fallait que je lui pardonne mais pour moi.

Avec cette idée, j'appelai Caius le mercredi matin l'informant que j'avais décidé de ne pas intenter d'action légale contre Renée. Il me rappela que toutes ces informations resteraient disponibles dans l'avenir et que je pourrai toujours changer d'avis et je le remerciai de son aide. L'argent m'importait peu. Renée pouvait penser ce qu'elle voulait mais je ne voulais plus me laisser faire. Il était temps de voir si elle était disposée à faire de même.

De retour à mon appartement après l'entrainement, je fis son numéro de portable. J'allais directement sur sa messagerie et bien que je sois nerveuse de lui parler car ne sachant pas quoi dire je fus déçue. Si elle avait décroché au moins nous aurions pu parler et j'aurais alors su où nous en étions. Je saurais si nous avions une chance d'avoir une meilleure relation, une relation qui n'avait rien à voir avec le travail et tout à voir avec le fait que j'étais sa fille.

Au milieu des innombrables souvenirs de critiques acerbes et de plaintes cinglantes au cours de ma vie il y en avait un qui se distinguait des autres. A l'époque j'étais jeune, mes parents étaient toujours ensemble et on ne pensait pas encore à la compétition. Ma mère m'avait emmenée sur un petit étang derrière la maison de mon enfance pour m'apprendre à patiner. Elle avait souri et elle avait ri. Elle avait applaudi quand j'avais fait mon premier tour toute seule et elle me relevait quand je tombais, m'encourageant toujours à ne jamais abandonner.

Après êtres rentrées nous nous étions blotties ensemble sous une couverture devant la cheminée avec des bols de cacao. Elle avait rigolé avec moi et réchauffé mes joues roses entre ses mains. C'était lointain mais c'était l'un des meilleurs souvenirs de ma vie avant que je vienne dans le Minnesota.

C'est à ce souvenir que je m'accrochai avec l'espoir que le sourire de cette femme qui m'avait tenu la main et qui m'avait relevé lorsque j'étais tombée il y a toutes ces années, était toujours là.

Je voulais savoir s'il était utile de conserver ce mince espoir que les choses se passeraient bien pour nous un jour.

Le bip retentit avant que j'aie eu le temps de rassembler mes pensées mais je ne voulais pas raccrocher. Je bavardai ridiculement pendant quelques secondes, essayant de me racler la gorge.

"Hé maman ? C'est…"Isabella ? C'est comme ça qu'elle m'avait toujours appelée même si je détestais ça. Non. Si je voulais un nouveau départ, il fallait qu'elle me voie pour qui j'étais maintenant. Bella.

"C'est Bella. Je, euh… n'ai pas eu de tes nouvelles depuis un moment. Je sais que tu es en colère et que les choses ne se sont pas très bien passées alors je ne devrais pas être trop surprise. Je voulais juste… je voulais simplement te parler," je soupirai faisant les cent pas devant les fenêtres. "Je suis désolée d'avoir laissé les choses dégénérer pour en arriver à ce point. J'espère simplement que tu peux comprendre que cette situation n'était bonne pour aucune de nous deux. Peut-être que ça ne l'a jamais été."

Je m'arrêtai un instant ne sachant pas si je devais continuer. Cela semblait ridicule de parler de choses si sérieuses à une machine mais je voulais que ce soit dit. Peut-être que si elle écoutait le message et entendait ce que j'avais à dire elle serait plus disposée à passer à l'étape suivante. Je décidai qu'il n'y avait rien à perdre.

"Je… euh… ne sais pas vraiment comment dire cela mais je sais à propos de l'argent – ce que vous avez fait avec papa, ce que tu as fait. Mon avocat m'a informé que je pouvais porter plainte. Je… je voulais simplement te faire savoir que je ne ferai rien et que… eh bien je te pardonne, je ne veux plus m'attarder sur le passé ni rester en colère. J'espère que tu pourras me pardonner de t'avoir fait partir et que nous pourrons essayer d'avancer.

Tu n'es peut-être plus mon manager mais tu es toujours ma mère et je veux toujours que tu le sois," murmurai-je, espérant qu'elle serait capable de reconnaitre à quel point je voulais être sincère.

"Alors je suppose que ceci est mon effort pour te tendre la branche d'olivier. J'espère que tu prendras cela ainsi et que tu me rappelleras, je suis toujours là, maman. Euh je suppose que je te parlerai plus tard," finis-je bêtement, impatiente de mettre fin à ce message.

J'appuyai sur le bouton et laissai ma tête entre mes mains, tenant toujours le téléphone comme une bouée de sauvetage. Allait-elle rappeler ? Ecouterait-elle mon message ? A ce moment-là j'aurai vraiment voulu voir l'avenir et savoir si je perdais mon temps et mon énergie à souhaiter quelque chose qui ne se produirait jamais.

En y réfléchissant être diseuse de bonne aventure serait bien plus utile pour de nombreuses raisons. Avec tout ce qui arrivait spécialement avec ce qu'Edward m'avait dit, j'essayai vraiment d'aller de l'avant et de tout rassembler pour penser à ce que je voulais dans la vie.

J'avais toujours eu un but bien précis, toujours pensé à la prochaine compétition, la saison suivante, les prochains jeux olympiques, jamais plus loin. En dehors de la glace je n'avais jamais eu de but. Cela semble si stupide à présent. Il y avait toujours eu une date d'expiration pour ma carrière de patineuse mais ma vie ne finirait pas quand elle se terminerait. Maintenant cela semblait plus proche que jamais et je devais comprendre ce que diable je pourrais faire ensuite.

Pour le court terme je savais. Je voulais continuer mon chemin pour devenir une femme adulte et indépendante. Je voulais davantage pour cette vie que je construisais. Je voulais les Cullen et Jasper et Rose. Je voulais arranger les choses avec mon père, apprendre à mieux le connaitre.

Je voulais Edward.

Je voulais patiner, concourir, chorégraphier. Jusqu'à ce que Marcus ait proposé cette option, je n'avais jamais soupçonné que je voulais avoir cette chance. En fin de compte je voulais aller à Vancouver et montrer ma création.

Je savais tout ça. Mais où voulais-je aller avec tout ça ? Quel était mon but final ? Où voulais-je être dans un an, dans deux, dans cinq ? Que j'aille à Vancouver ou pas, cela ne m'emmenait que jusqu'en février. Où irai-je ensuite ? Voudrai-je toujours faire de la compétition ? Pourrai-je rejoindre une tournée et passer pro ? M'arrêterai-je complètement ? Et si je le faisais que ferai-je en suite ? Des études ? Un travail ?

Il y avait tellement de choses à décider.

Edward m'avait dit qu'il m'aimait et je le croyais. Après l'incrédulité initiale et l'inquiétude qu'il ne puisse pas ressentir cela pour moi, j'avais accepté qu'il le pense vraiment. Est-ce que je l'aimais ? Comment pourrais-je savoir si je le faisais ? Ou allions-nous ? Etre avec lui depuis quelques mois avait été une nouveauté, quelque chose de délicieux, d'excitant, de nouveau et il avait été facile de se laisser surprendre sans réfléchir à ce qu'il se passait entre nous. Mais il ne s'agissait plus seulement de se laisser entrainer et d'avoir un petit-ami pour la première fois, il s'agissait de lui. Je savais que j'avais de vrais sentiments pour lui et j'avais besoin de comprendre ce qu'ils étaient.

Je ne pouvais plus rester assise seule avec mes pensées, tout ce fouillis dans ma tête était sur le point de me rendre folle. Edward et les gars étaient partis quelques jours au chalet des Cullen pour profiter du début de leur trêve bien qu'ils finissent probablement par regarder du hockey la moitié du temps avec les séries éliminatoires. Ayant besoin de distraction je me dis que j'allais voir si Alice et Rose étaient prêtes à faire quelque chose, peu importe quoi pourvu que je ne reste pas seule avec mes pensées.

Je traversai le couloir et frappai à leur porte en tournant la poignée. C'était ouvert alors l'une d'elle était à la maison.

"Ohé ? Alice, Rose ?" appelai-je.

"Ici Bells," dit Rose depuis sa chambre. Je suivis le son de sa voix et la trouvai allongée sur son lit avec son ordinateur, des lunettes rouges sur le nez alors qu'elle fouillait dans un tas de paperasse.

"Hé Alice est là ?" demandai-je, depuis la porte de la chambre. "Je ne veux pas de te déranger si tu es occupée, je…"

"Non c'est bon," elle me fit un signe entassant les papiers pour me faire de la place. "Assieds-toi, Alice a tout un tas de rendez-vous elle ne rentrera pas avant un bon moment."

"Oh !" Mes épaules s'affaissèrent de déception. Rose était occupée et Alice indisponible, il fallait que je retourne chez moi. Seule.

"Assieds-toi, assieds-toi," répéta Rose plus fermement, en tapant sur le matelas. "J'étais sur le point de finir. A moins que tu veuilles spécifiquement Alice…"

"Non !" répondis-je. "Quelqu'un, c'est tout. Je réfléchis trop. Il va falloir m'enfermer si ça continue comme ça."

"Je vois," dit-elle avec intérêt, tapant sur quelques touches avant de fermer son ordinateur et le posant à côté. "Alors ? Parle."

"Non je ne veux pas que tu arrêtes ce que tu fais pour me divertir, je voulais juste…"

"Bella ce n'est pas important. Je peux y travailler plus tard," dit-elle. "On dirait bien que tu vas perdre conscience. Allez parle-moi. Que se passe-t-il ?"

"Tout ?" gémis-je, me penchant en arrière pour m'appuyer sur les bras.

"Rien que ça ?" gloussa-t-elle, attrapant les papiers pour les jeter par terre et faire de la place, faisant glisser légèrement ses lunettes sur sa table de chevet avant de se rallonger sur le ventre. "Tu peux résumer un peu ?"

"Le problème est bien là, Rose," marmonnai-je, me mettant sur le dos. Ça allait prendre un moment, autant se mettre à l'aise. "Il y a trop de choses dans ma tête et je ne sais pas par quoi commencer."

"Commence par une chose," suggéra-t-elle.

"Renée," soupirai-je, disant la première chose qui apparut.

"S'il te plait ne me dit pas que tu en es encore à ce qu'elle t'a fait. Je n'arrive toujours pas à croire que tu ne prévoies pas de la poursuivre en justice, cette garce manipulatrice," fit-elle dégoûtée.

Je savais qu'elle n'était pas en colère contre moi ni qu'elle me jugeait. Rose ne voyait pas les choses de la même façon. Dans tant de domaines elle pensait en termes absolus. Pour elle, dès le moment où Renée m'avait giflée, elle aurait dû disparaitre du paysage. Il n'y avait pas de rédemption ou de pardon, comme l'avait dit Esmée.

"Je ne lui ai pas raccroché au nez," l'assurai-je. "J'ai essayé de l'appeler, je lui ai laissé un message. Je sais que tu penses que c'est bête… mais c'est ma mère."

Rose ouvrit la bouche, impatiente de dire quelque chose mais je l'arrêtai. "Oui, elle a fait des choses terribles et elle n'a pas été très gentille mais c'est ma mère. J'espère que maintenant que tout le drame est terminé, les choses vont s'arranger. Je ne te demande pas d'approuver mais peux-tu au moins comprendre que je dois essayer d'arranger les choses si j'en ai la chance ?"

Elle soupira, vaincue. "Ouais. Je suppose que oui. Je ne veux plus te voir souffrir à cause de cette femme."

"Ça fait mal quoi qu'il arrive, Rose", murmurai-je. "Si elle m'ignore ou me dit que je suis stupide de penser qu'on peut arranger les choses, ça va faire mal. Si elle accepte d'essayer, il y a encore tant de choses à faire. Au moins dans le deuxième cas il y a une chance qu'un jour ça ne fasse plus mal."

"Tu es une personne plus forte que moi," chuchota Rose. "Mon père nous a quittés quand j'avais huit ans. Pour une autre femme. Je n'ai jamais été capable de lui pardonner. On se parle à peine. Il a sa vie avec des enfants différents et des priorités différentes. C'est comme s'il avait tout oublié de Jazz et moi."

Je roulai sur le côté, plaçant ma main sur son avant-bras. "Je suis désolée, Rose. Je savais que tes parents n'étaient pas ensemble mais je ne savais pas..."

"On ne parle pas beaucoup de lui. Pour être honnête, j'espère vraiment qu'il ne se montrera même pas pour le mariage de Jasper. C'est vraiment égoïste et méchant de ma part, je sais qu'Alice a vraiment tout fait pour s'assurer qu'il vienne pour Jazz mais je ne veux même pas le voir," soupira-t-elle. "Soit, c'est leur journée. S'il se montre, je m'assurerai de garder mes distances. Alors, ta mère ?"

"Ouais," soupirai-je, je compris que le sujet sur sa famille était clos pour l'instant. "Je ne sais pas ce qu'elle fera mais je suppose que je ne peux pas faire plus que ce que j'ai déjà fait."

"Alors, qu'est-ce que tu as d'autre en tête ?" demanda-t-elle. "Je sais que c'est plus que ça."

"Edward m'a dit qu'il m'aimait." Les mots étaient sortis avant même que je le sache.

"Ah j'aime ça !" couina-t-elle, en me tapant légèrement sur le bras. "Pourquoi n'as-tu pas commencé avec ça, hein ?"

"Je ne le lui ai pas dit en retour," murmurai-je, ayant un peu honte de l'admettre à voix haute.

"Il n'y a pas de règle qui dit qu'il faut le dire en même temps, Bells," dit-elle.

"Vraiment ? 'Je t'aime' n'est pas censé mériter un 'Je t'aime aussi' ? Surtout de la part de quelqu'un d'aussi incroyable qu'Edward. Il doit y avoir quelque chose qui ne va pas chez moi, pour que je ne puisse pas le lui dire alors qu'il est si merveilleux. Je veux dire, qu'est-ce qui n'est pas aimable chez lui ?" murmurai-je, dégoûtée de moi-même.

"Chaque relation est différente," expliqua-t-elle joyeusement. "Et ce n'est pas parce que tu n'as pas dit ces mots spécifiques, que tu ne l'aimes pas."

"Je le sais, je suppose," concédai-je. "Et il m'a dit qu'il ne voulait pas que je les dise juste parce qu'il l'a dit… mais je ne sais pas. Ça ne me semble pas bien. Il dit que je ne lui fais pas mal en ne le disant pas encore mais ce fait ne devrait-il pas lui faire mal ?"

"Il ne te mentirait pas, Bella. Edward n'est pas comme ça. Si ça l'avait blessé, il n'aurait rien dit au départ."

"Ce n'est pas que je ne l'aime pas, je ne sais pas !" m'exclamai-je, en me retournant sur le dos.

"Qu'est-ce qui t'embrouille ?" demanda Rose, en changeant de position pour être plus à l'aise.

"Comment sais-tu que tu es amoureuse de quelqu'un ? Je veux dire, c'est comme si quelqu'un appuyait sur un bouton à un moment et après tu es amoureux ? Qu'est-ce qui te dit que quelqu'un a appuyé sur cet interrupteur ?"

"C'est difficile à dire," dit-elle en réfléchissant un instant. "Pour moi, ce n'était pas instantané. Je ne sais pas si c'est une surprise mais Emmett et moi ne sommes pas tombés amoureux au premier regard.

En fait, il a eu beaucoup de mal à me convaincre. J'avais l'habitude de traiter le sexe comme une chose plutôt décontractée et j'évitais les relations amoureuses, probablement à cause de ma mère et comment elle a vécu après que mon père soit parti.

Quand Emmett et moi nous sommes rencontrés, j'ai couché avec lui tout de suite. L'attraction était là, l'alchimie physique était là mais pendant longtemps je ne voulais pas admettre que l'alchimie émotionnelle était là," soupira-t-elle. "Mais il y avait cette force qui m'attirait vers lui et avant que j'aie eu le temps de me retourner, je ne pouvais pas imaginer ma vie sans ses blagues stupides et ses câlins d'ours écrasants, son rire ridicule et assourdissant."

"Il l'a dit en premier ?" demandai-je doucement.

"Oui, il l'a fait. Lors de notre troisième rendez-vous," gloussa-t-elle. "Il m'a fallu six mois pour le dire en retour."

"Vraiment ?" demandai-je, ressentant un regain d'optimisme.

"Vraiment. Et je ne le regrette pas. J'avais besoin de ce temps pour y réfléchir et voir ce qu'il y avait devant moi. Je ne pense pas que ça te prendra autant de temps."

"Je ne veux pas le dire si je ne le pense pas de tout mon cœur. J'ai l'impression que, je ne sais pas, peut-être que c'est idiot, naïf et immature de ma part mais je n'ai jamais dit ces mots à un homme qui n'était pas mon père et à lui, je ne l'ai dit que quelques fois. Ils signifient beaucoup pour moi et je ne veux pas seulement les dire pour les dire," expliquai-je, en essayant de bien décrire ce que je ressentais.

"Comme, certaines personnes veulent préserver leur virginité, et je suppose que je l'ai fait aussi, mais pour moi c'est plus important de garder ces trois mots jusqu'à ce que je sache que je ne les dirai qu'à un seul homme pour toujours. Je pense qu'Edward pourrait être cet homme mais jusqu'à ce que je le sache, je ne veux pas le dire."

"Alors ne le fais pas. Tu dois faire ce qui est bon pour toi, Bella et Edward respectera ça. Il ne t'en tiendra pas rigueur," dit-elle. "Alors ne t'en veux pas d'être un peu égoïste et d'attendre jusqu'à ce que ce soit juste."

Nous entendîmes la porte d'entrée s'ouvrir puis se refermer, l'appartement calme se remplit soudain d'une rafale de son et l'énergie d'Alice était de retour.

"Alice ?" appela Rose. "Tu rentres tôt."

"Oui," dit-elle. "Ma future mariée a dû reporter. Une débâcle avec sa future belle-mère ou quelque chose comme ça."

"Eh bien, Bella et moi sommes ici, tu veux traîner avec nous ?" demanda-t-elle, en soulevant un sourcil pour me demander si j'étais d'accord et je hochai la tête.

"Oh, hé, Bella ! Ouais, donnez-moi juste quelques minutes pour me débarbouiller et je vous retrouve dans le salon", dit Alice.

"Tu sais que je vais devoir lui dire," je baissai la voix pour que seule Rose puisse entendre. "A propos d'Edward. Je ne pourrais pas lui cacher quelque chose comme ça même si j'essayais."

"Oui," soupira Rose. "Je ne t'envie pas, Bells. Elle est en pleine fièvre prénuptiale et pense que tout le monde a besoin d'être aussi heureux qu'elle et Jazz en chemin vers l'autel."

"Alors, quand est-ce qu'Emmett et toi allez vous marier, ô demoiselle d'honneur ?" taquinai-je.

"Mon Dieu, je ne sais pas. Il me l'a demandé. Deux fois," avoua-t-elle, reconnaissant la surprise dans mon sourire. "Je ne sais pas, le mariage n'est pas aussi important pour moi que notre simple engagement l'un envers l'autre l'est déjà. Un jour, je suppose. Je ne suis pas pressée, c'est tout."

"Vous êtes vraiment super ensemble."

"Oui, nous le sommes, n'est-ce pas ?" dit-elle en soupirant, un sourire sur le visage. "Quand je le vois, je vois l'éternité avec lui."

Ses paroles me touchèrent profondément. J'étais un peu envieuse, qu'elle puisse s'imaginer l'éternité quand je n'arrivais même pas à percer la brume qui m'entourait pour voir ce qu'il y avait devant moi.

Malgré ma vision brumeuse de l'avenir, au moins je voyais le moment présent. J'avais juste besoin que la brume s'en aille pour dégager la vue.

"Allez, j'ai déjà le film !" dit Alice du salon.

"N'appuie pas encore sur Play, Alice ! Bella a quelque chose à te dire et c'est beaucoup plus intéressant qu'un film sordide qu'on a vu un million de fois," s'exclama Rose, en sautant du lit.

"Traître !" gloussai-je, je lui jetai un regard moqueur en la suivant dans le salon et en me préparant pour une soirée de couinement et de discussions entre filles.

La semaine suivante, j'essayai de démêler le fouillis dans ma tête, en travaillant calmement à chaque problème.

Alice avait été ravie, comme je m'y attendais et beaucoup plus compréhensive que je ne l'avais prévu. Nous n'avions pas regardé le film mais bavardé toute la soirée.

Parler avec les filles m'avait été d'une grande aide et je pensais ce que j'avais dit à Rose, je ne voulais dire ces mots qu'à un seul homme.

Quand je trouverai cette personne, je ne voulais pas avoir peur de le dire comme avec mes parents, je voulais pouvoir lui dire tous les jours et aussi souvent que je le voulais. Plus j'y pensais, plus j'étais sûre que cet homme était probablement Edward mais j'attendais toujours le moment où je le saurais sans aucun doute.

Les gars étaient rentrés de leur séjour dans le chalet et nous avions traîné ensemble plusieurs fois. Le sujet à propos d'Edward et moi n'avait jamais été abordé et je me demandais s'il avait dit quelque chose à Jasper et Emmett pendant leur séjour. Les mecs parlaient-ils de ce genre de choses ou c'était trop un truc de fille ? A ma demande Rose et Alice ne dirent rien, bien que je les surprenne en train de nous scruter beaucoup plus et de chuchoter ensemble.

Les choses avec Edward continuaient à aller bien. Nous allions à la salle faire du sport ensemble tous les matins maintenant que son emploi du temps était normal. Ensuite j'allais à la patinoire et il passait ses journées à rattraper son retard sur les choses qu'il avait laissées pendant les séries ou lorsqu'il faisait des choses avec les gars. Il avait commencé à parler de réparations chez lui et de travaux dans la cour et il m'avait complètement perdue quand il avait parlé avec enthousiasme de quelque chose de nouveau et à la mode qu'il voulait avoir. Les mecs… !

Nous essayions de passer autant de temps ensemble les soirs et les week-ends que mon emploi du temps me le permettait, quelquefois avec nos amis mais le plus souvent tous les deux. Entre ma timidité à franchir l'étape suivante et sa réticence à me pousser, nous n'étions pas allés beaucoup plus loin physiquement. Cependant plus nous étions ensemble plus je commençais à réaliser que je serai peut-être prête à sauter le pas avec lui. Ce que je ne savais pas c'est s'il accepterait de me donner ce que je voulais avant que je lui aie dit ces trois mots… je ne voulais pas être juste avec lui pour avoir des relations sexuelles ou perdre ma virginité. Je voulais pouvoir le lui montrer même si je ne pouvais pas encore dire les mots. Lui montrer combien il comptait pour moi.

D'un autre côté, Renée n'avait pas rappelé alors j'avais essayé deux autres fois. J'étais même allée jusqu'à appeler Charlie pour savoir s'il avait eu des nouvelles, pas que j'y croie vraiment.

Ça avait été agréable de lui parler pendant quelques minutes. Je lui racontai un peu ce qu'il s'était passé à Chicago et avec Jake mais sans trop de détails. En fait je fus étonnée qu'il ne soit pas plus surpris d'entendre les agissements de Jake. Apparemment Billy avait récemment raconté comment Jake s'était laissé happer par la célébrité, laissant tout cela lui monter à la tête. Charlie avait mentionné la possibilité d'un coup de pied au cul la prochaine fois que Jake serait en ville… pour lui remettre les idées en place.

A chaque conversation que nous avions les choses devenaient moins gênantes, nous n'allions pas changer de personnalité du jour au lendemain. Les choses seraient sans doute toujours un peu inconfortables entre nous.

Bien que je n'aie pas eu de nouvelles de Renée j'avais eu des nouvelles du dernier potentiel manager que j'avais contacté et il se trouva qu'elle était libre. Après avoir parlé avec elle au téléphone pendant une heure, elle me plaisait beaucoup. A la fin je la remerciais poliment de m'avoir rappelée et d'avoir pris le temps de parler avec moi mais je lui dis qu'après tout je n'avais pas besoin d'un manager. Je continuai à penser à la suggestion d'Esmée et bien que ma réaction initiale ait été un '"non" ferme, plus j'y pensais, plus je voyais que ça pourrait fonctionner.

J'appelai Esmée quelques minutes après, lui demandant si nous pouvions nous rencontrer. Quand je lui demandai de m'aider je crus que son sourire allait m'éblouir. Elle me mit tout de suite en relation avec un excellent comptable qui avait déjà beaucoup travaillé à réorganiser mes investissements, payer mes factures automatiquement et plein d'autres choses que je comprenais à peine. En fin de compte mes finances étaient sous contrôle et même si je surveillais, je n'avais pas besoin de m'en occuper plus que ça.

Esmée était venue à quelques-uns de mes entrainements pour rencontrer Marcus et lui parler de ce qu'elle allait faire. C'était merveilleux de les observer de la glace et de les voir prendre des notes ensemble, discutant avec impatience d'une stratégie. Quand Renée et Marcus parlaient ça finissait inévitablement par une bataille de volonté, chacun tirant dans une direction différente. Marcus devait toujours prendre des antiacides pour y arriver. Avec Esmée il semblait être content, incapable de résister à son charme naturel et à sa gentillesse.

Ils me tenaient au courant de leurs discussions mais me laissaient suffisamment d'espace pour que je puisse me concentrer. A chaque séance je mettais mes écouteurs sur mes oreilles et plongeais dans la musique, essayant de recréer la vision que j'avais eue dans ma tête. C'était plus difficile que je ne le pensais, de rendre tout cela réel mais petit à petit ça prenait vie. Je marquais des mouvements, essayant juste de comprendre la progression et les transitions entre les éléments.

Après m'avoir laissé travailler seule une heure et demie tous les jours, Marcus me demandait de voir ce que j'avais fait, je passai la musique dans les haut-parleurs ainsi il pouvait juger. Pour le reste de la session il offrait des astuces et des conseils, de petits changements ici et là qui permettaient d'améliorer le timing ou de fluidifier le passage entre les mouvements. Parfois il y avait des modifications plus importantes, comme un élément technique qui fonctionnerait mieux dans une partie différente ou un saut différent qui fonctionnerait tout aussi bien mais me ferait gagner davantage de points.

En une semaine j'avais presque atteint la moitié des quatre minutes et étais vraiment ravie de la façon dont les choses se passaient.

Le dernier jeudi du mois je partis un peu plus tôt de l'entrainement pour aller faire des courses avec Alice et Rose pour ma robe de demoiselle d'honneur. Rose avait déjà la sienne et Alice avait réitéré l'assurance que nous n'avions pas besoin d'avoir la même, il fallait juste que nous soyons assorties. Nous prîmes le métro pour aller au centre de Minneapolis et dans les magasins spécialisés plutôt qu'au grand centre commercial, une décision pour laquelle j'étais reconnaissante, me souvenant de notre première excursion.

L'après-midi ne fut pas tout à fait le même tourbillon puisque les filles étaient concentrées sur ma seule tenue avec une palette de couleurs limitée. Rose avait apporté sa robe pour que nous puissions comparer les couleurs et à la seconde où elle la sortit de son sac je poussais un énorme soupir de soulagement de ne pas avoir à porter la même. Elle était ornée d'un décolleté en forme de cœur et d'une bande de perles élaborée qui dessinait son buste et se courbait en bretelles. Le dos était audacieux avec une grande découpe qui révélait beaucoup plus que je pouvais en montrer en public à moins que je ne sois en costume. Cela lui irait sûrement incroyablement bien. Sur moi, elle me ferait passer pour une petite fille qui essayait de porter la robe de bal de sa grande sœur.

Heureusement elles décidèrent que nous devions me trouver quelque chose d'un peu plus classique et discret mais toujours sexy. Classique et sage pourrait convenir. Nous respectâmes la même palette de couleur, un vert feuille, et il ne leur fallut pas beaucoup de temps pour s'emparer de tout un tas d'options puis de m'entrainer dans une cabine.

"Hey Bella, as-tu vu la tenue que j'ai laissée dans ta chambre pour demain soir ?" appela Alice alors que je me glissais dans la première robe. "Si ça ne te plait pas nous avons encore du temps pour trouver autre chose."

Demain soir nous irions tous les six à une soirée appelée un "Hangar Dance". C'était une soirée danse qui avait lieu dans un vieil hangar aéronautique avec un Big Band et tout le monde s'habillait comme dans les années quarante. Apparemment c'était une tradition annuelle pour les Cullen depuis qu'Alice avait persuadé leurs parents de les inscrire tous les trois au cours de swing à l'âge de huit ans et qu'elle avait vu le film Une équipe hors du commun*. Elle voulait être capable de danser comme Madonna au Suds Bucket. Elle avait passé toute la semaine à ne parler que de ça. Il était difficile de ne pas se laisser emporter par son excitation.

Hier après-midi quand j'étais rentrée de l'entrainement il y avait un grand sac suspendu à la porte de mon placard. A l'intérieur il y avait une belle robe vintage à pois bleus et blancs avec de larges bretelles et une ceinture blanche. Elle avait pensé aux ballerines assorties et au jupon en organdi rigide du même bleu vif que la robe pour ajouter du volume. Au début je pensais qu'il était ridicule que je puisse porter une pareille chose c'était tellement… bouffant et volumineux. Après l'avoir essayé cependant je m'étais sentie transportée dans cette époque comme une dame prête à passer la soirée en ville. Elle était parfaite.

"Oui Alice, je l'ai vue," lui dis-je, en sortant pour leur monter la robe. "Elle est parfaite."

Elle tapa des mains de contentement. "Je savais qu'elle te plairait. Demain ça va être top Bella !"

"Ça a l'air très amusant," dis-je, impatiente de le faire même si j'étais nerveuse au sujet de la partie danse. "Espérons juste que je ne casse pas les orteils d'Edward s'il essaie de danser avec moi."

"Euh… c'est la trêve… Il a largement le temps de guérir ses orteils avant d'en avoir de nouveau besoin," taquina Rose.

"Tu n'as pas à t'inquiéter Bella. Edward, Emmett et moi avons commencé à prendre des cours de danse quand nous étions petits. Emmett était toujours un peu trop lourd pour ça mais Edward est vraiment très bon."

"Génial," gémis-je. "Alors ça va ressembler à Gene Kelly en train de danser avec Steve Urkel,"

"Pas du tout. Vous aurez l'air sexy ensemble," insista Rose.

"Alors cette robe ? Oui ? Non ?" demandai-je, en la montrant.

"Non," dirent-elle ensemble. Je rigolai mimant un 'okay' et retournant dans la cabine.

"En parlant de sexy…" continua Rose.

"Quoi ?" hésitai-je à demander, craignant un peu de répondre à ses questions.

"Comment vont les choses dans cette zone ?"

"Tu parles de quoi au juste ?" demandai-je innocemment, en entrant dans la robe suivante.

"Arrête tes conneries Bells. Elle veut savoir si mon frère et toi tournez autour du pot, encore," rigola Alice. "Je lui ai dit que non. Il n'y a pas moyen que vous ayez des moments sexy sans que je le sache."

"Ah tu crois ça hein ? Comment sont définies tes bases ?"

"D'abord s'embrasser et nous savons déjà que vous y êtes parvenus sans problème," expliqua Alice.

"Ensuite il s'agit de se débarrasser de quelques vêtements, la troisième se passe sous les vêtements," continua Rose pour elle.

"Ou oral," coupa Alice.

"D'accord ou oral et bien j'espère vraiment que tu sais ce qu'est un home run. Parce que si tu ne le sais pas, je ne sais pas ce que nous allons faire de toi…" dit Rose avec une voix peinée.

"Je sais ce qu'est un home run," dis-je en sortant, en roulant des yeux et en tournant sur moi-même, avant qu'elles ne me renvoient dans la cabine pour en essayer une autre.

"Alors ?" questionna Rose.

"Alors quoi ?"

"Arrête de jouer, Miss et dis-nous à combien vous en êtes," s'exclama Alice.

"C'est quoi la trois déjà ?" demandai-je, me mordant la lèvre pour m'empêcher de rire à leurs grognements synchronisés.

"Allez Bells ! Alice dit que tu es entre la première et la deuxième. Je t'accorde plus de crédit et je pense que vous vous rapprochez de la troisième base."

"Quoi ? Vous pensez que je ne peux pas aller plus loin ? Je pense que je devrais me sentir insultée," taquinai-je.

"Oh, non. Tu peux faire un grand chelem, baby, il suffit d'attendre le bon lancer," dit Rose.

"Hein ?"

"Ok, assez avec les métaphores du baseball, Rose, ça devient confus," demanda Alice.

"On a fait des choses…" leur confiai-je, en enlevant la prochaine robe et en jetant un coup d'œil autour de moi pour m'assurer que la cabine était vide, en dehors nous.

"Comme ?"

"Je ne sais pas, on s'est touchés. Des séances d'embrassade, je suppose," je rougis, sautillant nerveusement sur mes pieds.

"Nous n'essayons pas de te mettre dans l'embarras," dit Rose, en prenant place sur le banc et en laissant de l'espace entre elles.

"Non, pas du tout", dit Alice rapidement, tapotant le siège et enveloppant son bras autour de moi quand je m'assis. "On veut juste que tu saches que si tu veux parler de quelque chose, on est là. C'est ce que les amies font. Je vais toujours voir Rose pour des conseils sexuels."

"C'est vrai," confirma Rose.

"Ce n'est pas bizarre ? Vraiment ? Vous parlez de ça ?"

"Non. Je veux dire, ouais, ça peut devenir un peu bizarre parfois," admit Alice, "mais qui d'autre allons-nous voir pour parler de tout ça ? Alors, il y a quelque chose dont tu veux parler ?"

"Eh bien, les choses sont vraiment bonnes dans ce domaine, du moins je pense qu'elles le sont. Ça a été lent, donc ça peut être un peu frustrant parfois," confiai-je. "Je veux dire qu'il attend presque toujours que je commence ou que j'aille plus loin."

"C'est juste Edward," expliqua Alice. "Il est trop gentleman et ne veut pas te pousser."

"Je sais et j'aime ça… mais ça craint parfois parce que je ne sais pas toujours quoi faire ensuite. Ce serait bien qu'il prenne l'initiative de temps en temps pour me montrer."

"Tu as dit que tu avais fait des choses," disait Rose. "Qu'as-tu fait ?"

"Enfin…" Je fis une pause, me mordis la lèvre et décidai de le dire clairement. "On ne s'est jamais vus nus mais nous nous sommes touchés sous les vêtements. J'ai l'air d'une gamine de douze ans. Voilà où ça mène d'avoir eu des professeurs particuliers au lieu d'aller au collège," gémis-je, en laissant tomber ma tête dans mes mains.

"Hé, ça marche, on a compris et c'est ce qui compte. Alors, tu veux en faire plus ? Est-ce que tu as des questions à ce sujet ?" demanda Rose.

"Je ne sais pas. Je veux dire, je le veux mais je ne sais pas s'il le veut encore."

"Oh, chérie, crois-moi, il le veut !" gloussa Rose.

"Tu crois ?" demandai-je.

"Je sais. Il a une bite et il t'a dit qu'il t'aimait. Il le veut."

"Ça ne veut pas dire qu'il te l'a dit parce qu'il veut faire l'amour, Rosalie," siffla Alice, toute agitée.

"Oh, mon Dieu, non, ce n'est pas ce que je voulais dire !" cria pratiquement Rose en agitant les mains. "Je veux dire, il est amoureux de toi, donc tu as un lien émotionnel. Vous êtes tous les deux jeunes et séduisants, donc il y a les trucs physiques et c'est un mec, ce qui veut dire qu'il pense au sexe tout le temps. C'est tout Edward. Je parie qu'il veut juste s'assurer que tu es prête avant d'aller aussi loin."

" Tu crois qu'il attend que je le lui dise d'abord ?" Je posai la question qui me tracassait ces derniers jours. "Tu sais, avant qu'on..."

"Pas nécessairement," dit Alice. "Je veux dire, il sait que tu as des sentiments pour lui, il n'est pas inquiet que ce soit un truc occasionnel. Je pense qu'il pourrait penser que tu en as besoin."

"En as-tu besoin ?" demanda Rose.

"Je ne crois pas," admis-je. "Je veux dire, je sais que tout le monde dit que tu devrais attendre jusqu'à être amoureux pour faire l'amour et bla, bla, bla, mais je sais qu'il est important. Je ressens pour lui plus que je n'ai jamais ressenti pour quelqu'un d'autre. Je sais qu'il me l'a dit et qu'il le pense vraiment mais je n'arrive pas encore à savoir ou j'en suis pour le lui dire," leur expliquai-je. "Mais je pense que je pourrais lui montrer à quel point il compte pour moi. Le physique n'est pas la partie dominante de notre vie mais quand on est ensemble, comme ça, c'est plus facile pour moi de communiquer mes sentiments. C'est comme quand il m'embrasse, j'oublie tout."

"Et ça aide à communiquer, comment ?" demanda Alice, avec curiosité.

"Parce que… quand je ne réfléchis plus…" dis-je. "… je peux lui montrer ce qu'il représente pour moi sans mots, et parfois ça marche mieux quand je ne peux pas trouver les mots. Est-ce que ça a un sens ?"

"Oui," dit Alice après un moment de réflexion. "Je pense que oui."

"Définitivement," dit Rose. "Alors, tu crois que tu le veux ?"

"Oui," lui dis-je avec confiance, encore plus décidée. "J'ai confiance en lui et je me soucie vraiment de lui. Je ne pourrais pas imaginer faire ce pas avec quelqu'un d'autre."

"Waouh, Bells va tirer profit de sa carte V !" rigola Rose. Je gémis, me levant pour rentrer dans la cabine d'essayage, quand elle me tapa sur les fesses.

"Alors, qu'est-ce que je fais maintenant ?" demandai-je à travers le rideau, en ouvrant la fermeture éclair. "Je veux dire, est-ce que je lui dis que je suis prête ou…"

"Non. Je veux dire, je suppose que tu peux si tu veux mais tu dois te motiver pour en parler et pour le faire ensuite," m'incita Alice. Je grimaçai un peu à l'idée. "Si tu laisses des indices subtils et que tu lui montres quand vous serez ensemble que tu es prête pour plus, il comprendra."

"Ne force pas les choses, Bella," conseilla Rose. "Tu sais que tu cogites trop ? C'est un peu le même concept. Si tu essaies de trop le planifier ou de forcer les choses et si ça ne marchait pas, tu finiras déçue. La première fois est déjà assez difficile sans ça."

"Oh, ouais. Du sexe vierge," marmonna Alice. "Dieu merci, tu n'auras à vivre ça qu'une seule fois."

"Je sais, n'est-ce pas ? Ma première fois a été un désastre. Sur le canapé dans le sous-sol de ma mère quand j'avais quatorze ans. Il avait un match de football à l'arrière-plan pour essayer de se distraire et il a fini par perdre sa merde en moins de deux minutes."

"Aïe," compatit Alice. "J'ai fait le truc du bal de fin d'année. Mon rencard nous a trouvé une chambre au Hilton et a failli rater son coup en se soûlant. Ce n'était pas beau à voir. Et puis, bien sûr, c'était comme du sexe avec un lapin. Tu sais comment sont les adolescents, tac tac tac tac," dit-elle, rapidement en frappant dans ses mains.

"Ça n'aide pas…" murmurai-je.

"Désolé, Bells. Nous ne voulons pas que tu aies ces énormes attentes que ta première fois soit comme dans un roman d'amour. D'habitude, ce n'est pas très bon," m'informa Rose. "Je veux dire, tu iras bien, Edward est un type bien et il s'occupera de toi, assure-toi au moins d'avoir du bon temps. Tu as au moins une idée de comment ça se passe, n'est-ce pas ?"

"Oui, en gros," dis-je, en me montrant dans une nouvelle robe et en ne l'enfilant même pas complètement avant qu'elles ne la rejettent. "Ça ne me dérange pas beaucoup. Je veux dire, je sais que je serai nerveuse mais ce n'est pas la partie qui me fait peur. C'est de savoir quoi faire… et puis de me voir nue."

"Chérie, il ne se plaindra pas de ça, crois-moi," dit Rose en riant.

"A moins que tu sois hirsute. Oh mon dieu, tu n'as pas ça non ?" Alice sursauta d'horreur.

"Parce que si c'est le cas, je ne veux pas t'offenser mais on doit te prendre un rendez-vous pour une séance d'épilation DÈS QUE POSSIBLE."

"Oh mon Dieu, Alice, est-ce qu'on parle vraiment de ça maintenant ? Sérieusement ?" gémis-je, me sentant devenir toute rouge. "J'ai l'impression que la chanson de The Twilight Zone devrait passer en ce moment."

"J'essayais juste d'aider…" ricana-t-elle.

"Non, tout va bien de ce côté," chuchotai-je à voix basse. "As-tu vu mes costumes… ?"

"Eh bien, c'est un soulagement. Et si tu nous montrais la dernière robe, parce que j'ai tout de suite su que c'était la dernière qui serait parfaite pour toi. Ensuite, on pourra aller acheter des sous-vêtements sexy pour booster ta confiance. Les sous-vêtements sexy font toujours ça…"

"Alice, si tu savais tout de suite que c'était la bonne robe, pourquoi m'as-tu fait en essayer six autres ?" Je gémis d'ennui en sortant pour me montrer.

"Pour qu'il soit d'autant plus évident que c'est la bonne !", s'exclama-t-elle, me faisant signe avec son doigt de tourner sur moi-même. "Tu vois ? Je te l'avais dit… ça te va très bien. Allons-y."

Je retournai dans la cabine, secouant la tête. Cette femme me rendait folle parfois mais on ne pouvait que l'aimer.

Le soir suivant, je passais mes chaussures pour mettre la touche finale à ma tenue et je me vis dans le grand miroir. Je devais l'admettre, j'étais super. Alice m'avait fait des boucles lâches autour du visage, dans le pur glamour hollywoodien.

La forme de la robe faisait ressortir mes courbes grâce à la taille serrée de la jupe ample et un beau buste. Et bien ça et l'aide supplémentaire que ma nouvelle lingerie m'apportait.

Alice avait raison pour les dessous sexy.

Ma peau était pâle, mes yeux dramatiquement ombrés et mes lèvres étaient peintes d'un rouge rubis brillant. Heureusement, Rose m'avait donné une sorte de rouge à lèvres qui ne déteindrait pas, sinon j'aurais eu peur d'essayer d'embrasser Edward.

Et j'espérais que nous finirions par faire beaucoup plus que nous embrasser.

Je passai l'après–midi à m'occuper de moi, essayant de me détendre, imaginant ce que ce serait d'avoir les mains d'Edward partout sur moi. Je savais que les filles avaient dit de ne pas trop y penser mais je ne pouvais pas ne pas y penser. Je le voulais et je le voulais ce soir. J'espérai seulement qu'il serait coopératif. J'avais pris la décision de ne pas le lui dire directement, de laisser tomber subtilement quelques indices vers la fin de la soirée pour qu'il sache où j'en étais.

Un coup à la porte me sortit de mes pensées et je cherchai mon petit sac, me regardant une dernière fois dans le miroir en prenant une grande respiration pour me calmer. Les filles et moi nous étions préparées ensemble mais Edward avait insisté pour venir me chercher lui-même alors que les autres étaient déjà partis.

Quand j'ouvris la porte j'étais contente que personne d'autre ne soit là pour voir ma bouche ouverte et mes yeux assombris par le désir. Seigneur il était magnifique !

En commençant par ses pieds et en remontant, ça m'aurait fait rire de voir ses chaussures noires et blanches à bouts arrondis, si ma gorge ne s'était pas complètement asséchée en le voyant. Il portait un pantalon noir ajusté avec une chemise gris foncé ouverte, les manches roulées révélant ses avant-bras. En plus il avait un gilet charbon de bois avec de fines rayures. Du cou aux pieds il avait l'air d'un gentilhomme doux et vintage, mais là-haut il était toujours mon Edward avec ses yeux vert brillant et ses adorables cheveux ébouriffés.

Nous restâmes à la porte plus d'une minute sans rien dire à nous regarder. Ses yeux me balayèrent, m'observant avec envie. Et ce fut à cet instant que je devins sûre que ce ne serait pas difficile de le convaincre que nous étions prêts pour la prochaine étape.

Il tendit sa main pour prendre la mienne d'où elle gisait mollement à mes côtés, la portant jusqu'à ses lèvres pour embrasser mes doigts alors que ses yeux brûlaient dans les miens.

"Tu vas peut-être me pincer cette fois," dit-il doucement, ses lèvres formant un petit sourire. "Tu es parfaite."

Je fis un son d'appréciation en réponse, m'évanouissant un peu intérieurement, heureuse qu'il me tienne la main au cas où je commencerai à me sentir vraiment mal.

"Vous, Monsieur, êtes terriblement beau," soupirai-je.

Il sourit. "J'essaierai de me rappeler que tu as dit cela quand tous les hommes de la pièce auront les yeux rivés sur toi toute la soirée.

"N'oublie pas que je n'ai d'yeux que pour toi."

"Tu sais," sourit-il sournoisement. "Je pense que c'est le titre d'une chanson."

"Oh mon dieu," gémis-je."

"Oh oui Swan ça l'est. Allez viens," dit-il, en m'entrainant dans le couloir et dans un pas de danse. Il fredonna un air ancien et se mit à danser.

"Tu es tellement vieux jeu parfois. En même temps, je ne pense pas que cette chanson s'accorde au thème de ce soir," l'informai-je, posant ma tête contre son épaule. "N'a-t-il pas été enregistré dans les années soixante ?"

"Tu parles à la version des Flamingos et c'était en 1959 pour être exact mais en fait la chanson est née dans les années trente. Tu vois ? Elle va à la perfection," dit-il béatement contre mes cheveux.

"Tu es si intelligent," plaisantai-je. "Comment connais-tu toutes ces choses ?"

"Tu n'as toujours pas vu que tu sors avec un génie né, Swan. Que te faut-il pour ouvrir les yeux ?" soupira-t-il douloureusement.

"Allez Einstein," marmonnai-je, tirant sur son bras pour reculer vers ma porte et prendre mon sac. "On va être en retard."

Toute la soirée fut un tourbillon. Je n'eus même pas le temps de m'inquiéter de ce qui allait arriver ensuite. Edward m'emmena dans son Aston Martin décapotable d'époque jusqu'au hangar avec la douce brise et les mélodies d'antan à la radio. C'était un moyen idéal pour commencer la soirée et créer l'ambiance.

Une fois arrivés au hangar c'était comme être transportés dans le temps. Dehors sur la piste il y avait des avions de la Seconde Guerre mondiale et des voitures anciennes restaurées. Nous pûmes entendre la musique dès que nous franchîmes les portes, le volume augmenta à mesure que nous nous rapprochions, nous entrainant avec le son exaltant des cuivres et des tambours.

La foule était bien dans l'ambiance quand nous arrivâmes dans le grand espace dégagé. Il y avait des gens partout, sur les côtés ou près des tables hautes mais la plupart étaient rassemblés au milieu de la piste de danse. Edward avait ses bras enroulés autour de moi par derrière et fredonnait au son de la musique tandis que nous cherchions nos amis, apercevant finalement Jasper et Rose à une table au bord de la piste de danse.

"Où sont Ali et Em ?" demanda Edward, une fois que nous les rejoignîmes. Rose fit un geste vers la piste de danse où nous les vîmes danser avec enthousiasme.

"Frimeurs," marmonna Edward alors qu'Emmett soulevait Alice, ses pieds au-dessus de sa tête.

"Comme si tu ne faisais pas pire," se moqua Rose.

"Allez Bella ! Allons danser," dit Edward avec empressement essayant de me tirer sur la piste.

"Non, non, non, non, non," résistai-je. "Pas moyen que tu m'entraines pour essayer ces choses folles. Je vais t'écraser les pieds juste en dansant normalement. Tu veux vraiment prendre des risques pour ta santé ?"

"Bel-la," gémit-il, en boudant.

"Bien," cédai-je, incapable de résister à cette expression. "Mais tu ne me jettes pas dans les profondeurs. Tu dois d'abord m'apprendre quelques pas."

Nous restâmes au bord de la piste de danse pour ne pas gêner les danseurs expérimentés alors qu'il me montrait les pas de base du rock et les fantaisies. Juste au moment où je commençai enfin à comprendre, Emmett se faufila entre nous et essaya d'intervenir.

"Je prends le relais ici, Eddie," dit-il, en continuant le rythme et me faisant basculer rapidement. "En plus je sais qu'Ali et toi mourrez d'envie de faire vos mouvements de superstar."

"Non ça va," dit Edward, en me récupérant. "Je lui apprends juste quelques pas."

"Hé, je ne suis peut-être pas Fred Astaire mais j'en connais assez pour lui apprendre les bases. En plus je lui dois une leçon pour son cours sur la patinoire," gloussa-t-il, en me poussant du coude.

"Oh non !" ris-je. "Ne me fais pas tomber pour me rembourser, d'accord ? Je n'ai pas du tout envie de ressortir Goosse et Mav de leur retraite."

"Non, Alice me tuerait si je faisais des bêtises ce soir."

"D'accord," dis-je, me tournant vers Edward. "Vas-y amuse-toi. Je serai toujours là quand tu en auras fini et peut-être je serais prête pour m'aventurer un petit peu plus loin sur la piste de danse avec toi."

Il hésita encore un instant avant d'accepter, m'embrassant chastement et partit pour retrouver Alice.

En fait Emmett était un bon professeur, reprenant là où Edward s'était arrêté, me faisant même faire quelques mouvements plus compliqués. Il était patient mais ne me ménageait pas, me mettant au défi de vouloir apprendre tout simplement parce qu'il me disait que je n'y arriverai pas. Bientôt il me fit faire des cercles et nous riions tous le deux hystériquement jusqu'à ce que nous entendions la foule se réjouir.

"Les voilà !" gronda Emmett mais son visage respirait l'humour.

"Quoi ?" demandai-je, étirant le cou pour essayer de voir ce qu'il regardait.

"Ces deux là ne peuvent pas s'empêcher de frimer," expliqua-t-il en me prenant par la main. "Viens Babybel, tu ne voudrais manquer ça pour rien au monde."

Il m'entraina dans la foule qui avait libéré un espace au milieu de la piste de danse où Alice et Edward tournaient, faisant le show. Leurs pieds bougeaient rapidement, touchant tout juste le sol et suivant le rythme endiablé de la musique. Je pouvais tout juste reconnaitre des choses qu'Edward ou Emmett m'avaient montrées tellement ça semblait être en accéléré, alors je n'étais pas vraiment sûre.

Finalement j'arrêtai d'essayer de comprendre et m'assis pour profiter du spectacle, applaudissant avec la foule alors qu'ils entamaient une série de tours rapides avec les bras joints, quelque chose qu'Emmett avait appelé bretzel. Bien sûr alors que j'étais déjà impressionnée ce n'était que le début. Je fus très surprise lorsqu'Edward la souleva, la faisant glisser facilement derrière son dos pour la rattraper de l'autre côté, pour la faire tournoyer en un demi-tour facile.

Ils me fascinaient, non seulement leurs mouvements mais leurs expressions de joie pure et leurs rires. C'était génial de les voir tous les deux s'amuser autant. Alors que la musique tirait à sa fin, ils s'arrêtèrent brusquement en faisant un mouvement complexe de rock acrobatique qui me laissa bouche bée, il la lança, Alice atterrit sur ses mains et posant ses pieds sur ses épaules pour être retournée alors qu'il la tenait par le cou et la faisait passer entre ses jambes.

"Putain de merde," haletai-je alors que ça faisait rigoler Emmett. Mon cœur battait plus vite rien que de les regarder. Ils terminèrent, Alice faisant au revoir avec enthousiasme et ils quittèrent la piste pour venir boire à notre table.

Emmett et moi traversâmes la foule qui se dispersait pour les retrouver, Alice et Edward riaient et buvaient de l'eau pendant que Jasper et Rose les taquinaient.

"Tu ne m'as jamais dit que tu étais une sorte de champion du Lindy Hop", dis-je, pour le taquiner quand je l'eus rejoint, en lui chatouillant les côtes.

"Le gars doit garder quelques trucs en réserve", plaisanta-t-il en me rapprochant de lui. "Je ne peux pas montrer tous mes pas étincelants aux dames, sinon je ne pourrais jamais m'en débarrasser."

"Vraiment ?" demandai-je sèchement. "Alors, quoi, je devrais être honorée ou quoi ?"

"Très," dit-il, en me tapotant le nez. "Je veux juste dire que je ne veux pas me débarrasser de toi."

"Aww," chuchota Alice de l'autre côté de la table, me rappelant que nous n'étions pas seuls. "Allez, Jazz, tu ne peux pas rester assis sur le banc toute la soirée." Elle l'entraîna avec elle.

"Tu veux essayer ?" demanda Edward, au moment où Emmett et Rose partaient à la recherche d'un verre.

"Tu n'as pas besoin de respirer ? Ou faire une sieste ?" ris-je.

"Non, je vais bien. Arrête de gagner du temps, Swan. J'ai vu Emmett t'apprendre les bonnes choses. Voyons voir tes mouvements," dit-il, m'entraînant avec lui.

Pour le reste de la soirée, c'est là que nous restâmes. De temps en temps, nous changions de partenaire. On faisait une pause pour prendre un verre, grignoter de Cracker Jacks en nous amusant tous ensemble.

Je ne pus pas m'empêcher de rire en regardant Edward se mettre la friandise collante dans la bouche. Dans une poignée, il en sortit un prix, une bague en fer-blanc doré avec un bijou en plastique en forme d'étoile d'un vert foncé qui était assorti ses yeux.

En déposant sa boîte sur la table, il leva ma main et la testa sur chacun de mes doigts. Il découvrit qu'elle n'irait que sur mon petit doigt gauche et je glissai l'anneau en place, en me penchant en arrière pour l'admirer pendant qu'il tenait ma main devant nous. Le clin d'œil qu'il me fit était couplé à un sourire doux d'amour qui me faisait toujours mal au ventre et quand il posa un tendre baiser sur le doigt qui portait la bague, je savais que je le chérirais toujours.

Plus tard dans la soirée, le groupe annonça qu'il allait ralentir les choses et une chanson familière que j'avais entendue de la bouche d'Edward quelques heures plus tôt se fit entendre.

"Je te l'avais dit…" sourit-il, en me tirant dans ses bras, pour nous balancer au rythme de la musique.

Je ne pris pas la peine de faire une remarque, j'appréciai simplement la musique et ses bras autour de moi, son souffle sur mes cheveux.

Mon corps effleurait le sien, nos pieds bougeaient à peine mais totalement à l'unisson. Sa main était solidement attachée à ma taille, son pouce au-dessus du tissu pour frotter légèrement ma peau nue. Comme son cœur battait sous ma joue, je sentis mes yeux s'alourdir et mon souffle devenir peu profond, pas de sommeil mais de désir.

Aussi contente que je sois dans ses bras, je ne voulais pas rester plus longtemps. Je voulais qu'il m'entoure de ses bras dans un endroit différent, avec rien ni personne d'autre que nous deux. Il était temps de s'arrêter là et j'espérais que ma nuit ne faisait que commencer. Alors que la chanson s'arrêta, je levai mon visage vers le sien.

"Es-tu fatiguée ?" demanda-t-il, en voyant mes yeux somnolents et en se méprenant sur mon désir de somnolence.

"Ramène-moi à la maison, Edward," murmurai-je, l'implorant de mes yeux lourds de lire dans mes pensées et de comprendre ce que je voulais.

Il hocha la tête, prenant ma main pour me faire sortir de la piste de danse. Nous dîmes bonne nuit à nos amis, bien que je sois trop distraite à l'idée de la suite de notre soirée pour prêter attention à ce qu'il se passait. Je n'étais pas assez distraite pour ne pas voir les clins d'œil encourageants et suggestifs d'Alice et Rose. Je rougis et secouai la tête, espérant désespérément qu'Edward ne les voie pas.

Nous nous dirigeâmes vers la voiture et il m'ouvrit la portière en m'embrassant la main pendant qu'il m'aidait à m'assoir. Alors que nous roulions dans les rues tranquilles, presque désertes, mon estomac avait commencé à se tordre de nervosité et d'excitation. J'essayai de garder ma respiration calme et je me souvins du conseil des filles de laisser les choses se passer naturellement et de ne rien forcer.

La subtilité était mon mantra alors que sa main quittait le levier de vitesse un moment pour couvrir la mienne, me lançant un clin d'œil rapide et un sourire. Je serai patiente et je laisserai les choses suivre leur cours mais ça arriverait. Ce soir était le bon soir, j'avais raison et je n'allais pas me morfondre.

"Tu devrais peut-être prendre la voie de gauche si tu veux sortir de la voie rapide," dis-je, en voyant la sortie pour aller chez lui.

"Pourquoi je sortirai ici ?" demanda-t-il, jetant un coup d'œil par-dessus son épaule pour changer de voie. "Ton appart est..."

"Je parlais de chez toi, Edward," lui expliquai-je. "Emmène-moi chez toi."

"Ah oui ?" demanda-t-il, avec le sourire d'un jeune garçon étourdi.

"Je veux passer toute la nuit avec toi. Je ne veux pas retourner chez moi," dis-je, en posant ma main sur la sienne sur le levier de vitesse. Il entrelaça ses doigts avec les miens et les serra doucement pendant qu'il se dirigeait vers la sortie. Je lâchai prise pour qu'il puisse conduire et pour qu'il ne sente pas ma paume moite.

Il se gara dans l'allée et sortit rapidement, passant devant ma portière pour m'aider à descendre et me guider vers sa porte. Pendant qu'il cherchait ses clés et ouvrait je pris une autre respiration apaisante. Je pourrais le faire. Je le ferai.

"Tu as faim ?" demanda-t-il, en me prenant par la main une fois à l'intérieur. Il fit une pause pour virer ses chaussures et je suivis son exemple. "Il s'est passé un moment depuis le dîner et on a probablement brûlé pas mal de calories sur la piste de danse. Tu as été géniale pour une première fois."

"Comme je t'ai déjà dit, j'apprends vite…" dis-je, en essayant de baisser ma voix juste assez pour paraitre... séduisante et espérant que fonctionne.

"C'est vrai," dit-il en riant, en me poussant sur le côté. "Tu n'as même pas marché une seule fois sur mes pieds."

"Eh bien, j'avais un bon partenaire," répondis-je en flirtant, décidée à passer à la vitesse supérieure en m'approchant plus près de lui.

Pendant un moment, je crus qu'il avait compris car il me fixa comme étourdi, bouche bée. Puis il sembla sortir de sa torpeur en me souriant d'une manière amicale et habituelle. Je dus me battre contre un gémissement. Ça allait être plus difficile que je ne le pensais. Les mecs n'étaient-ils pas toujours supposés penser au sexe ? Pourquoi était-ce quand j'avais vraiment besoin qu'il y pense, qu'il se comportait comme un mec ignorant ?

"Ouais. Eh bien, euh, la cuisine ?" croassa-t-il, en s'éclaircissant la gorge. "Tu voulais quelque chose ?"

"Non, je ne veux rien de la cuisine," insistai-je, en tirant fermement sur sa main pour l'empêcher de s'éloigner.

"OK," dit-il en haussant les épaules, faisant un pas dans la direction opposée vers le salon. "Veux-tu regarder un film ou…"

Je l'interrompis en l'embrassant. Il n'avait pas anticipé et nos dents se cognèrent maladroitement, nos nez aussi alors que je l'attaquais avec des baisers passionnés et affamés. Il gémit et essaya de me calmer mais je ne voulais pas m'arrêter. Je voulais ça et de lui et j'avais besoin qu'il le comprenne. Au bout d'une minute, il céda, m'enveloppant de ses bras et inclinant son visage pour répondre plus confortablement à mon étreinte. Nous trouvâmes rapidement un rythme plus confortable, ses lèvres m'apaisant naturellement. Ses baisers devinrent lents et j'espérais qu'il comprendrait enfin où je voulais en venir.

"OK," chuchota-t-il, en clignant des yeux pendant qu'il m'embrassait encore une fois "Alors, un film ?"

"Non, Edward." Je gémis de frustration mais surtout contre moi-même. Pourquoi étais-je si incompétente dans ce domaine ?

Je le relâchai, incapable de le regarder car la mortification me submergeait.

"Je ne veux pas regarder un film. Je ne veux pas manger, ce n'est pas pour ça que je voulais revenir ici. Tu ne comprends pas… ? Je sais que je vais tout foutre en l'air. Je ne sais pas ce que je fais sinon tu aurais compris… tu m'embrasserais, tu me déshabillerais, tu me toucherais et tu me ferais l'amour..."

"Quoi ? Bella..." dit-il, puis il se rapprocha.

"S'il te plaît, oublie ça," suppliai-je, en essayant de m'éloigner sans succès, en me contentant de faire demi-tour pour cacher mes joues rougissantes. "Je suis une idiote et c'est tellement embarrassant. Pourquoi ai-je pensé que je serais capable de te séduire..."

Ses mains se serrèrent sur mes épaules pendant un moment avant qu'il ne mette une main sur mon menton et tourne doucement mon visage pour que je le regarde. Ses yeux brillaient d'un mélange de surprise, d'adoration et ce que j'espérais… du désir. "C'est ce que tu faisais ?"

"Oui," chuchotai-je d'exaspération. "Alice m'a dit d'être subtile et captivante mais apparemment je n'ai absolument aucune idée de ce que ça veut dire parce que tu n'as rien vu et…"

Il baissa la tête pour arrêter mes paroles par un baiser passionné, s'éloignant juste assez pour reposer son front contre le mien. "Qu'est-ce que tu dis ?"

"Je veux que tu me fasses l'amour," soufflai-je, en le regardant dans les yeux alors qu'il s'écartait pour me regarder. "Je veux te faire l'amour. Je veux être avec toi, Edward."

"Baby, ne crois pas que tu doives…"

"Je suis prête," l'interrompis-je, ma voix aussi forte et sûre que possible. Je refusais de détourner le regard. Je savais ce que je voulais, même si je ne savais pas comment m'y prendre pour y arriver. "C'est ce que je veux. Je te veux. Ici. Ce soir. J'en suis sûre."

"Bella," soupira-t-il.

"S'il te plaît, Edward ?" suppliai-je avec passion. "Emmène-moi dans ton lit et aime-moi."

Il ne dit rien, son regard soutenant le mien, devenant de plus en plus sombre pendant que ma demande planait entre nous.

Après un long moment je pensai le voir hocher la tête, pas plus qu'un petit mouvement de son menton. Ensuite ses bras étaient dans mon dos et sous mes genoux et il me prenait dans ses bras, restant sur place un instant avant de se tourner vers l'escalier. Il ne regardait pas les marches en montant, pas plus qu'il ne regardait devant lui. Ses yeux restaient fixés sur moi et j'étais complètement hypnotisée par l'intensité de son regard.

Je me sentais comme Scarlett transportée dans l'escalier pour être prise par l'homme qui l'aimait. Ça avait toujours été l'une de mes scènes romantiques préférées mais je ne m'étais jamais imaginée pouvoir être à sa place. Ce n'était pas tout à fait pareil, Rhett avait soulevé Scarlett dans un moment de jalousie et Edward n'était rien d'autre qu'aimant et gentil. Mais ses yeux étaient aussi sauvages et passionnés que ceux de Rhett, et c'était bien mieux parce que cette passion était pour moi.

Il ouvrit la porte de sa chambre avec le coude et le pied, n'allumant pas pour aller vers le lit, la lumière du couloir éclairait suffisamment et se mélangeait à celle de la lune qui tombait par la fenêtre de toit juste au-dessus de son lit. La maison était tranquille, un mélange du bruit de nos respirations, le bruissement de son pantalon et le bruit des grillons par la fenêtre ouverte.

Il m'assit au bord du lit avec une tendresse et soin, comme si j'étais si fragile que je pouvais être cassée. Mes doigts me faisaient mal de vouloir le toucher alors que j'anticipais qu'il s'installe à côté de moi ou même qu'il se couche au-dessus de moi. A la place il s'éloigna, reculant juste hors de ma portée avec une expression étrange.

Ma respiration se bloqua dans ma gorge alors que j'essayais de savoir à quoi il pensait à ce moment précis. Pourquoi ne me touche-t-il pas ? Je suppose que j'avais pensé que dès que j'aurais dit les mots il serait au-dessus de moi. Je veux dire il avait été si patient et pendant si longtemps. Maintenant que je lui avais dit qu'il n'avait plus à se retenir, il continuait à hésiter. Peut-être qu'il ne me voulait pas comme ça finalement. Non. Je ne pouvais pas le croire. Il me l'avait dit souvent, montré par son contact. Ce devait être autre chose mais quoi ?

"Qu'y a-t-il Edward ?" demandai-je, la voix tremblante, mes mains se croisant nerveusement sur mes genoux. "Tu ne veux pas… ?"

"Bien sûr que je te veux Bella," dit-il, se rapprochant juste assez pour pouvoir prendre ma joue en coupe, son pouce caressant ma peau douce. "Je… je ne sais pas. C'est comme si ça devait être plus spécial pour toi ou quelque chose. Je veux dire c'est ta première fois et ça devrait être romantique. Tu le mérites. Tu mérites tout, amour." Il laissa tomber sa main et recula en disant, "Attends ici, je vais chercher des bougies ou juste mettre de la musique ou autre chose."

Non ! Il ne pouvait pas me laisser. Je me soulevai du lit et attrapai son poignet avant qu'il ait pu faire deux pas. "Edward, arrête ! Tu ne vas nulle part. Je n'ai besoin de rien de ce genre. Je n'ai besoin de rien d'autre que toi. Tu es ce qui rend ce moment si spécial." Au moment où je disais ces mots je l'incitais à se tourner vers moi, mes mains caressant ses bras pour monter jusqu'à son torse alors que je le regardais dans les yeux.

"Bella…" commença-t-il à discuter faiblement, caressant mon bras avec son doigt. Je ne voulais plus l'entendre alors je posai ma main sur sa bouche. Son front se souleva avec un léger amusement à mon geste.

"En ce qui concerne le romantisme ? Je dirai que tu as fait du bon travail jusqu'à présent," lui dis-je sincèrement, ma voix devenant un murmure, ce qui semblait mieux correspondre à notre intimité du moment. "Tu m'as fait danser Edward. Au sens propre et au sens figuré et sans aucun piège." J'enlevai ma main de sa bouche et passai délicatement mes doigts dans les mèches qui retombaient sur son front.

"Tu l'as fait en me chantant ma chanson de Noël préférée la première fois que nous avons patiné ensemble, en apparaissant à ma porte avec une boite de bonbons cœurs bon marché, en m'amenant manger des hamburgers et en m'apprenant à jouer au bowling et à me traiter comme une fille normale. Tu le fais juste en étant qui tu es et en m'acceptant telle que je suis avant même que je sache vraiment tout cela. Quand je suis avec toi, j'ai l'impression que je ne toucherai plus jamais le sol."

"Je ne te laisserai jamais tomber, Bella," déclara-t-il, ses doigts caressant mes cheveux.

"Je sais," murmurai-je. "Tu ne vois pas ? C'est pourquoi je suis tellement sûre que c'est le bon moment… Pouvons-nous nous arrêter de parler maintenant ou je ne…"

Je n'eus pas le temps de finir ma phrase car sa bouche se posa sur la mienne, mes mots se transformant en un doux gémissement alors que ses bras m'enveloppaient. Une main dans mes cheveux et l'autre au bas de mon dos, m'aidant à me mettre sur la pointe des pieds. Mes mains contre son torse, nous rapprochant encore plus.

Son baiser était enivrant, ses lèvres remuant si doucement sur les miennes avec juste un soupçon de langue. Je sentis ma tête tourner d'une manière qui me faisait me sentir légère, essoufflée et délicieusement étourdie. Mais je ne voulais pas en rester là. Je voulais plus. Edward était si prudent avec moi. J'avais besoin de lui montrer que j'étais vraiment prête pour plus même si j'étais nerveuse.

Je reculai légèrement, levai lentement mes mains vers le haut de son gilet, fixant mes doigts alors que je défaisais le premier bouton, puis le suivant et le suivant jusqu'à ce qu'il soit complètement ouvert sur sa chemise. Seulement ensuite je rencontrai son regard qui était sur moi. Puis je le fis glisser de ses épaules et il tomba presque silencieusement sur le sol. Une fois fait je pus sentir à travers le tissu ce que j'avais senti quand il m'avait tenue contre lui pendant que nous dansions : une paire de bretelles noires étaient fixées à la taille de son pantalon.

J'avais toujours pensé que cet accessoire était quelque chose que seuls les vieux hommes d'affaires portaient pour maintenir leur pantalon au-dessus de leur estomac… ou peut-être les nerds avec leur pantalon trop court. Aucune des deux options ne m'évoquait quelque chose de sexy. Mais en voyant Edward devant moi, les bandes noires sur sa poitrine contraster légèrement avec la couleur de sa chemise et les imaginer sur ses larges épaules et se croiser dans son dos, la seule chose à laquelle je pouvais penser c'était… putain que c'est sexy.

Le fantasme et la convoitise qui commençaient à me traverser me rendirent un peu plus audacieuse. Je tendis la main, crochetant mes doigts autour des bretelles, reculant de deux pas vers le lit et ne lui laissant pas d'autre choix que de me suivre. Heureusement il ne semblait pas prêt à rester à l'écart. Il s'avança facilement, son corps suivant le mien alors que je m'allongeai sur le lit, tenant toujours fermement ses bretelles. Je sentis ses mains à mes hanches juste un moment avant qu'il ne me soulève pour m'installer davantage au milieu du lit. Son corps recouvrant rapidement le mien alors que ses mains restaient en place sur mes hanches. Il se pencha et finalement m'embrassa. Le bas de son corps était appuyé contre moi et m'enfonçait contre le matelas, mon jupon raide le frôlant.

Il se redressa et je le suivis, rechignant à quitter ses lèvres. Mes mains poussèrent les bretelles, les faisant glisser sur ses épaules. Ses mains quittèrent mon corps pendant un instant seulement, le temps qu'il s'en débarrasse et qu'elles pendent par où elles tenaient à sa taille.

Quand il essaya de s'allonger sur moi, je le retins, mes doigts se dirigeant avec impatience vers les boutons de sa chemise. Travaillant rapidement je poussai sa chemise, ses mains bougeant pour m'aider alors que j'essayai de faire sortir ses bras de ses manches enroulées.

"Bon sang Edward," haletai-je, en trouvant une autre barrière sous la forme d'un débardeur blanc. "Pourquoi as-tu choisi ce soir pour porter autant de couches de vêtements ?"

Il rigola et rectifia rapidement la situation en le passant par-dessus sa tête et en le jetant au hasard à côté du lit, son rire se dissolvant rapidement alors que ses lèvres me retrouvaient.

Ses doigts effleurèrent le côté de mes seins alors que sa bouche s'emparait de la mienne. Mes yeux se fermèrent à son contact. Mes lèvres tirèrent sur les siennes, transformant le baiser en longs mouvements persistants l'un contre l'autre. Je ne voulais pas passer un instant sans sentir sa peau nue contre moi. Je posai un dernier doux baiser sur sa bouche. Clignant des yeux alors que je me dégageai de ses bras et me détournai de lui. Rassemblant mes cheveux avec ma main, je regardai par-dessus mon épaule et lui offris la permission de le baisser.

Au lieu de faire directement ce à quoi je m'attendais, il descendit sur la peau nue que j'avais découverte. Ses lèvres douces firent un chemin de baisers de mon cou jusqu'à la courbe de mon épaule. Ma peau explosa en chair de poule et un frisson parcourut mon dos alors que je le sentais sourire contre ma peau. Lorsque je sentis le corsage de ma robe se desserrer je compris qu'il avait descendu la fermeture.

Ses lèvres se posèrent sur mon épaule et ses bras puissants s'enroulèrent autour de ma poitrine. Il se leva et me tourna vers lui, me demandant sans un mot de m'allonger. Je le regardai, s'asseoir sur ses talons et commencer à faire glisser la robe, me laissant en lingerie cobalt que j'avais achetée la veille et en jupon bleu rigide.

Ses yeux parcoururent avidement mon corps, il tendit sa main vers la fermeture, relâchant son pantalon et le laissant tomber sur ses jambes.

Je ne pouvais même pas protester contre les quelques vêtements qu'il nous restait. Il appuya en avant, poussant son bassin contre moi. La friction du jupon à travers ma culotte provoqua l'extase. A mon gémissement démesuré, il avança de nouveau s'appuyant davantage sur moi. Mes doigts se crispèrent dans les muscles de son dos. Sa bouche trouva l'endroit de pulsation dans mon cou, ses dents grattant avant qu'il ne ferme ses lèvres sur la peau tendre et la suce.

Pendant que sa bouche continuait son exploration, ses doigts caressaient mon abdomen. Mes muscles se tendirent de plaisir à son contact. Ensuite sa main alla sur mon soutien-gorge et ses doigts restèrent là un moment, avant de passer dessous. Son pouce frôla mon mamelon et je rejetai la tête en arrière tenant fermement la couverture entre mes doigts.

Comme pour ma robe, avant même que je comprenne ce qu'il s'était passé, mon soutien-gorge avait disparu et les lèvres douces d'Edward avaient remplacé son pouce, embrassant ma poitrine et faisant glisser sa langue sur la pointe durcie. Je haletai lorsque des picotements exquis se répandirent dans mon dos. J'avais l'impression que mon cerveau avait été court-circuité et qu'il n'y avait rien d'autre à l'exception de sa bouche et la sensation de fraicheur sur la piste mouillée qu'il avait laissée derrière lui.

Quand ses lèvres abandonnèrent ma peau et que je pus réfléchir à nouveau, je compris que j'étais torse nu. Mes yeux s'ouvrirent et mes mains les couvrirent automatiquement quand je le vis regarder mes seins.

Ses yeux brillèrent de désapprobation alors qu'il posait ses mains sur les miennes, les exhortant doucement à s'abaisser.

"Bella, ne te cache pas de moi. Jamais. S'il te plait ? Tu es si belle."

J'arrêtai de lutter contre ses mains, leur permettant d'être enlevées et mises derrière ma tête.

Ses yeux se fixèrent sur mes seins, s'assombrissant alors qu'il caressait ma peau douce. Ensuite il les prit en coupe, doucement, comme s'il testait leur poids et leur texture dans sa main.

"Tellement adorables," murmura-t-il dans un souffle alors que j'essayai de contrôler le mien.

Ses mains descendirent sur mon corps, il baissa la tête jusqu'à ce que ses lèvres appuient sur mon ventre alors qu'il atteignait le tissu sur mes hanches. Ses doigts accrochèrent l'élastique du jupon et de ma culotte en même temps. Je ne pus m'empêcher de trembler de nervosité et d'anticipation.

Il s'arrêta, levant le visage et me regardant dans les yeux.

"Tu trembles. Tu es nerveuse ?"

"Un peu," murmurai-je, incapable de me cacher de ses yeux amoureux.

Il bougea ses mains, en posant une près de mon cœur et l'autre autour de ma nuque. Il aligna son visage avec le mien jusqu'à ce que je ne voie rien d'autre que du vert émeraude.

"Ne le sois pas Bella. Nous sommes faits l'un pour l'autre." Son nez frotta le mien. Un gentil rappel que c'était juste lui et que je n'avais rien à craindre. Ensuite ses lèvres étaient sur les miennes et je ne pus penser à rien d'autre qu'à son goût puissant. Sa langue se heurta à la mienne et ses mains repartirent pour leur destination précédente, ne trouvant aucune résistance cette fois, me débarrassant de tout ce qu'il restait et me laissant nue devant lui.

Ses yeux voyagèrent le long de mon corps, s'attardant quelques instants avant de ramener son regard sur mon visage.

"Magnifique," fit-il, se penchant en avant, se reposant sur le lit à côté de ma tête alors qu'il m'entrainait à nouveau dans un doux baiser qui devint rapidement chaud et passionné.

Les doigts de son autre main effleuraient ma poitrine, dansant sur la courbe de l'os de ma hanche avant de descendre plus bas. Sa main trouva enfin ma chaleur lisse, déjà si chaude et humide pour lui. Mes jambes se séparèrent inconsciemment, il continua à m'embrasser, bougeant pour s'agenouiller entre elles alors que ses doigts caressaient la chair tendre.

"Oh Edward," gémis-je, la voix rauque alors que son doigt allait plus bas et faisait des cercles à mon entrée avant d'entrer facilement.

La pression commença à se construire si rapidement que je ne pouvais pas me contrôler. Mes hanches poussèrent doucement contre sa main alors qu'il ajoutait un autre doigt, augmentant l'intensité quand il les recourba.

Je le voulais en moi mais je ne voulais pas qu'il arrête, c'était si bon. La bataille faisait rage dans ma tête alors que ses doigts me conduisaient à la folie. Je ne voulais pas que ça se termine si vite. Ne voyait-il pas ce qu'il me faisait ? Ne voyait-il pas qu'il fallait qu'il s'arrête avant que je sois allée trop loin ?

"Seigneur Edward…" m'écriai-je, en haletant alors que ma poitrine se soulevait et que mes jambes tremblaient.

Sa tête se rapprocha de la mienne, son mouvement vers l'avant enfonça ses doigts plus profondément alors que j'essayais de m'accrocher aux derniers fils de mon contrôle.

"Ne te retiens pas, amour. Laisse aller," murmura-t-il contre ma peau, embrassant le pouls dans mon cou. Je secouai la tête, ce mouvement étant en opposition directe avec les gémissements de totale extase venant de ma bouche. Il ajouta le pouce, appuyant contre mon bouton sensible et mon dos se souleva du lit. Mais je ne pouvais toujours pas réussir à arrêter de me battre. Ses doigts me poussèrent de plus en plus loin jusqu'à ce que je me demande s'il était même possible de ressentir davantage.

"Lâche-tout, ma belle," m'exhorta-t-il en chuchotant. Sa tête se pencha vers ma poitrine, prenant le bout entre ses dents. Sa langue passa une fois dessus avant qu'il le relâche et je lâchai prise, cédant avec un gémissement, avant d'être dévorée par la lumière aveuglante.

Je sentis vaguement ses lèvres caresser les miennes alors que j'étais à bout de souffle, en train de fondre de satisfaction. Sa chaleur disparut et mes mains tâtonnèrent aveuglément car je voulais juste qu'il reste. Je n'avais pas à m'inquiéter parce que quelques instants plus tard, il était de retour.

Ses mains erraient librement sur ma silhouette nue alors que sa bouche revenait sur ma poitrine, sa langue sur ma houle arrondie et jusqu'à ma clavicule. Quelques instants auparavant, j'avais été certaine de pouvoir facilement m'endormir mais maintenant la passion recommençait à s'agiter en moi.

Mes mains caressaient son dos, traînant de plus en plus bas. Je m'attendais à rencontrer la barrière de son boxer, mais je n'en trouvai pas, seulement de la chair nue et lisse. J'étais confuse pendant un moment, jusqu'à ce que je réalise pourquoi il avait disparu brièvement.

J'éloignai mes lèvres des siennes et me penchai en arrière, un mélange de curiosité et de désir de connaître chaque partie de lui.

Mes yeux dérivèrent sur sa silhouette, absorbant la vue de son corps jusqu'à ce que j'atteigne ce que j'avais senti mais jamais vu. Je ne savais pas exactement à quoi m'attendre mais ce n'était certainement pas ce qui se trouvait devant moi.

J'avais compris qu'il était imposant mais le voir vraiment était une toute autre histoire.

Comment j'allais pouvoir m'ajuster ?

Je sentis mon cœur battre et mes dents se refermer sur ma lèvre inférieure pendant que je continuais à le fixer, incapable d'arracher mes yeux de la chair lisse entre ses cuisses musclées.

Edward me poussa le menton d'un doigt, en extrayant la lèvre. "Je ne te ferai pas mal, Bella," jura-t-il, lisant facilement dans mes pensées, comme toujours.

Il devrait le faire, n'est-ce pas ? Je savais que ce serait inconfortable, la première fois. Il dut voir le doute dans mes yeux parce qu'il me regarda, ses mains caressant mes bras en chuchotant, "Je vais te faire du bien, baby. Je te le promets."

Je lui faisais entièrement confiance et j'étais prête, mal à l'aise ou non. Je hochai la tête, me préparant involontairement pour lui.

"Tu dois te détendre, ma belle," dit-il en m'embrassant doucement jusqu'à ce que mes muscles se relâchent et que je me sente comme si je flottais. J'entendis une légère déchirure et jetai un coup d'œil pour le voir mettre le préservatif et s'installer entre mes cuisses puis se pencher pour m'embrasser à nouveau.

Je le sentis se frotter contre moi, glisser sa longueur le long de ma chaleur, nos voix perçant le silence de la nuit au premier contact de nos parties les plus intimes.

"Prête ?" murmura-t-il contre mes lèvres, le souffle coupé. Je hochai la tête doucement, me frottant le nez contre le sien pour l'apaiser comme il m'avait apaisé. Mes yeux se fermèrent quand je sentis son extrémité pousser contre moi, en moi. J'essayai de faire ce qu'il m'avait demandé et de me détendre mais je ne pus pas me retenir de faire des grimaces alors qu'il me pénétrait lentement, m'étirant au-delà de tout ce que j'avais jamais connu.

"Seigneur, Bella" gémit-il. J'ouvris les yeux, en me concentrant sur lui alors que les mots incohérents continuaient à tomber de sa bouche. "Alors... c'est si... Putain."

Sa tête était légèrement rejetée en arrière, son visage tordu dans un mélange de plaisir et de retenue. Je savais qu'il essayait tellement de me faciliter les choses. Je me concentrai sur son visage, mes doigts plongeant dans ses cheveux quand il arriva à ma barrière. Ses yeux s'ouvrirent pour rencontrer les miens et j'essayai de lui faire comprendre que j'allais bien.

Baissant les lèvres vers les miennes, il tira ses hanches vers l'arrière et poussa doucement vers l'avant, déchirant mon innocence en avalant mon cri.

Il se tint immobile, complètement immergé en moi, me laissant un moment pour m'adapter à lui.

"Ça va ?" chuchota-t-il, en reculant pour voir mes yeux pendant qu'il me caressait le visage tendrement. Je hochai la tête une fois que la piqûre initiale se fut évanouie alors que je m'étirais pour lui.

Il se mit à bouger, lentement, doucement, de l'intérieur vers l'extérieur. Peu de temps après, l'inconfort disparut presque entièrement. La douleur céda la place au plaisir et je soulevai mes hanches contre les siennes, rencontrant ses poussées et l'emmenant plus profondément.

"Oh, oui," gémit-il. "Baby, je ne vais pas tenir longtemps. C'est trop bon. Seigneur, si bon."

Je pouvais dire qu'il était proche même sans qu'il le dise. Ses mouvements se faisaient légèrement plus frénétiques. Je ne pouvais pas décoller mes yeux de lui, émerveillée à l'idée de pouvoir faire tomber cet homme toujours en contrôle en miettes - avec mon corps. Il essayait clairement de se retenir et je réalisai qu'il m'attendait, qu'il voulait que je grimpe avec lui pour qu'on puisse sauter ensemble. Mais ça n'allait pas arriver, il était trop près et moi trop loin.

C'était merveilleux d'être si près de lui, tellement plus que tout ce que j'avais jamais imaginé. Juste la sensation qu'il bougeait en moi, le fait que nous étions unis aussi étroitement que deux personnes pouvaient l'être physiquement, me suffisait. Je savais qu'il ne voudrait pas se contenter de ça… il était toujours tellement... altruiste quand il s'agissait de moi, faisant toujours passer mes besoins en premier. Il était temps pour moi d'être altruiste pour lui.

Je pris son visage entre mes mains et versai dans mon baiser tout ce que j'avais en moi pour lui. Tandis que nos langues s'enchevêtraient passionnément, je bougeai mes mains vers le bas pour enlever les siennes de mon corps, en entrelaçant nos doigts et en levant nos bras au-dessus de ma tête. Je me cambrai contre lui, accueillant pleinement sa longueur en moi.

En regardant son visage, je vis sa libération arriver, ses yeux se fermant et ses dents serrant sa lèvre inférieure alors que je le sentais palpiter entre mes cuisses. Son corps se raidit et son souffle devint haletant.

Son corps s'abaissa lentement pour couvrir le mien pendant que la tension s'évacuait, des frissons occasionnels le secouant. Ses doigts serraient les miens de temps en temps, toujours au-dessus de ma tête. Son souffle était lourd et chaud sur ma peau alors que sa tête s'installait dans le creux de mon cou.

La pression qui s'était accumulée en moi s'estompa au fur et à mesure que nos corps s'immobilisaient et je le lâchai pour lui caresser le dos. La sensation de savoir que je l'avais totalement satisfait me donnait des ailes.

Je sentis ses lèvres appuyer doucement contre mon cou en chuchotant : "Je t'aime" si doucement que je pus à peine l'entendre.

Il roula pour s'installer à côté de moi, glissant de moi dans le processus. Je gémis me sentant soudainement vide, pour retrouver le contentement quand il m'enveloppa dans ses bras et posa ma tête sur son torse, ses doigts caressant mes cheveux.

"Ça va ?" demanda-t-il, en embrassant le dessus de ma tête.

"Ouais," chuchotai-je en retour, d'une voix rauque.

"C'est sûr ? Es-tu endolorie ?"

"Je vais bien," insistai-je.

"Bella," soupira-t-il, doutant de mes mots.

Je me déplaçai sur sa poitrine pour le regarder dans les yeux.

"J'ai eu un peu mal au début," avouai-je, en passant mes doigts dans les poils filiformes à la base de son cou.

"Mais je vais très bien. Merveilleusement bien, en fait."

"Mais tu n'as pas …"

"Quoi ?" demandai-je, quand il fit une pause.

"Tu sais…" dit-il, en haussant les sourcils et en faisant des gestes bizarres, soupirant quand je le regardais avec confusion. "Joui."

"Non, pas pendant," confirmai-je tranquillement, bien qu'il ne l'ait pas vraiment formulé comme une question. C'était ridicule de rougir alors que cet homme avait été en moi, qu'il m'avait fait gémir quelques minutes plus tôt mais je ne pus empêcher la rougeur d'inonder mes joues.

"Eh bien, ça craint," gémit-il. "Je suis désolé, Bella. Je voulais que ce soit parfait pour toi mais ça faisait un bail pour moi et c'était tellement agréable..."

"Hé. Ne parle pas comme ça !" dis-je. "Je n'ai jamais vécu quelque chose d'aussi incroyable. C'était bien plus que je ne l'aurais jamais cru. C'était magnifique. S'il te plaît, il ne faut pas avoir de doutes ou de regrets, Edward, je ne pourrais pas le supporter. Parce que ce qui vient de se passer entre nous, c'était parfait. Tu me fais me sentir parfaite."

"Tu es parfaite, Bella. Pour moi."

"Je ressens la même chose pour toi. J'ai toujours pensé que tu étais parfait et ça me faisait peur," avouai-je, le regardant avec assurance dans les yeux. "Tu ne me fais plus peur."

Il sourit doucement et caressa ma joue.

Je tournai mon visage pour poser un baiser sur sa main avant de me blottir conte lui. "Je te promets, je ne suis pas déçue le moins du monde. Quand le moment critique a été dépassé, je me sentais vraiment bien. Incroyable. S'il te plaît, arrête de t'inquiéter."

"Si tu insistes," soupira-t-il joyeusement, un sourire suffisant recourbant ses lèvres alors qu'il s'installait de nouveau sur l'oreiller.

Sa main glissa paresseusement sur ma hanche, son pouce la frottant constamment jusqu'à ce qu'il s'arrête brusquement.

"Bella ?" demanda-t-il, sa voix pleine d'espièglerie curieuse.

"Hmm ?" Je murmurai somnolente, le nez dans son cou.

"Je me souviens que tu as dit que tu n'avais pas de tatouages..."

Mes yeux s'ouvrirent à ses paroles inattendues mais j'essayai de jouer à la timide. "J'ai dit ça ?"

"Oui. Le jour de la Saint-Patrick, petite coquine. Alors, qu'est-ce que je viens de voir… là ?" me demanda-t-il, en passant le pouce sur la tache à ma hanche, en me montrant avec précision l'endroit sans regarder.

"Je ne crois pas avoir dit ça," continuai-je, en feignant l'innocence.

"Toi aussi, tu l'as dit..."

"Non," dis-je, me retournant pour reposer mon menton sur sa poitrine en souriant. "J'ai dit que je détestais les aiguilles et tu en as déduis que je n'en avais pas. Je n'ai dit ni oui ni non."

Il sourcilla puis acquiesça et nous retourna rapidement, me saisissant les hanches, me faisant couiner puis il me souleva du lit, me faisant redescendre quand ma hanche et la petite marque qui était là, fut à la hauteur de ses yeux.

"Quand l'as-tu eu ?" demanda-t-il en se penchant pour regarder de plus près. Au milieu de ma hanche se trouvait un petit tatouage, pas plus grand que le pouce d'Edward. Il s'agissait d'une seule ligne noire, courbée et en forme de cygne.

"Quand j'avais dix-neuf ans," gloussai-je, en le frottant avec mon pouce. "Mon seul petit secret de rébellion. Personne d'autre ne l'a jamais vu ou ne sait qu'il est là. C'est pour ça que je l'ai mis là, pas visible même dans mes costumes. C'était juste pour moi."

"Est-ce à cause de ton nom ou... ?"

"Non. Enfin, en quelque sorte."

"En quelque sorte ?" me demanda-t-il, en me souriant. "Pourquoi l'as-tu fait ?"

"Je ne sais pas. C'est probablement ridicule…" marmonnai-je, en me tortillant un peu pendant que son pouce continuait de frotter l'encre.

"Dis-moi ?" implora-t-il, en retirant son pouce, en posant un doux baiser sur la marque et son menton sur le haut de ma cuisse.

"C'était un an avant les Jeux Olympiques de Turin," expliquai-je, en lui caressant doucement les cheveux. "Les compétitions sont encore très importantes parce qu'elles te préparent pour l'avenir et tout le monde était déjà concentré pour y arriver. Je suis allée à Salt Lake en deux mille deux comme remplaçante et ma mère était déterminée à ce que j'aille plus loin.

Quand j'ai eu dix-huit ans elle a augmenté ma publicité. Je n'y ai pas trop pensé à l'époque parce que c'était tellement... impressionnant. Les séances photo et les interviews constantes, tout ce qui va avec les contrats de sponsoring." Je soupirai en me souvenant de cette époque de ma vie, à quel point j'avais hâte de grandir et de me libérer de la folie dans laquelle Renée m'avait piégée.

"Elle voulait faire connaître mon nom autant que possible. L'appui du public ne permet pas d'être sur la liste des jeux olympiques mais ça ne peut jamais faire de mal et tout le monde veut voir quelqu'un qu'il connaît représenter leur pays. Quoi qu'il en soit, quand mon nom a commencé à être souvent répété, j'ai été surnommé "Le Cygne" par la presse. C'est un peu comme un nom de scène," gloussai-je. Je me souvins combien j'étais gênée d'entendre ça et pourtant si étourdie d'être comparée à une créature qui est connue pour sa grâce et sa beauté.

"La première fois que Renée l'a vu dans la presse, elle s'est bien amusée en disant qu'ils ne m'appelleraient pas comme ça s'ils voyaient à quoi je ressemblais à l'entraînement, tombant sur la glace comme une empotée sur mon cul la moitié du temps," murmurai-je, baissant la main pour me frotter le tatouage comme c'était devenu une habitude pour moi. Personne n'avait jamais remarqué ce geste. "Elle m'avait déjà parlé avec mépris mais jamais devant les autres. J'ai été humiliée et j'ai fini par aller pleurer dans les vestiaires pendant qu'elle partait voir quelqu'un pour mes costumes."

"Marcus m'a trouvée là, mal dans ma peau. Tu l'as rencontré plusieurs fois, il n'est pas sentimental hein ?" Je regardai Edward m'écouter patiemment. "Il s'est assis sur le sol du vestiaire à côté de moi jusqu'à ce que j'arrête de pleurer. Alors il m'a dit que quoi qu'on dise, je serais toujours un cygne, fort, gracieux et beau, et que tant que je m'en souviendrais, personne ne pourrait me couper les ailes."

"Alors, je suis allée faire le tatouage. Une sorte de rappel pour moi-même. Parfois, quand je suis nerveuse sur la glace, surtout lors d'une compétition, je peux le toucher et... je ne sais pas, c'est comme un ancrage," expliquai-je, secouant la tête. "Je t'avais dit que c'était idiot."

"Non," dit-il, en posant un baiser de plus sur le cygne avant de se lever pour ramener son visage au niveau du mien. "Pas idiot du tout. Tu es forte, Bella," dit-il en embrassant ma joue. "Tu es gracieuse," me dit-il en se déplaçant pour embrasser mon front. "Et tu es bien plus que belle," finit-il, en trouvant mes lèvres.

Il me donna un t-shirt pour que j'aille à la salle de bain me laver les dents pendant ce temps il changea les draps, refusant mon aide.

Il entra dans la salle de bains au moment où je terminais, me faisant un bisou et m'exhortant à me mettre au lit pendant qu'il se brossait les dents.

Je rampai entre les draps frais et je l'attendis, ridiculement heureuse à l'idée de me réveiller le lendemain matin pour voir son visage sur l'oreiller à côté de moi.

Il éteignit la lumière en rentrant dans la pièce mais les rayons de lune qui brillaient à travers la fenêtre du toit me permettaient de le voir. Il vient près de moi, me surplombant avec un air malicieux.

"Quoi ?" demandai-je, incapable de m'empêcher de lui sourire en retour.

"Je veux récupérer mon t-shirt maintenant ?"

"Quoi ?" gloussai-je. "Tu as dit que tu me le prêtais !"

"Offre limitée, Swan. Le temps est écoulé. Je veux mon t-shirt," répéta-t-il, le tirant déjà au-dessus de ma tête.

Je vis la lueur de la luxure dans ses yeux alors qu'il posait ses mains sur mes hanches, ses lèvres descendant avec impatience sur les miennes.

"Edward !" gémis-je, prise un peu par surprise. Je pensais qu'il avait fini et qu'on dormirait dans les bras de l'autre. Je n'avais jamais imaginé... "Encore ?"

"Encore une fois," confirma-t-il en tapotant son pouce sur mon mamelon. "Je suis un mauvais perdant, baby. Ce jeu n'est pas fini jusqu'à ce que je te fasse jouir alors que je suis en toi. Tu es prête à relever le défi ?"

"Oh, mon Dieu," criai-je, en serrant les dents d'impatience. "Je ne pense pas que ce soit un problème."

"Tu vois, Swan, je savais qu'on ferait une bonne équipe."

Plus tard, beaucoup plus tard, je cédai à l'épuisement et m'endormis, au chaud et heureuse dans ses bras quand il chuchota : "Bonne nuit, mon amour."