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CHAPITRE 16
Sois mon refuge
Même si je souhaitais ardemment rester dans notre petite bulle de perfection, la vraie vie m'appelait et je devais répondre.
L'après–midi suivant le mariage, je rentrai en ville avec Alice et Jasper. Ils prenaient leur vol tard dans la soirée pour leur lune de miel et je ne pouvais pas me permettre de négliger l'entrainement à une étape aussi cruciale.
Edward, Emmett et Rose restèrent avec Esmée et Carlisle pour passer la semaine précédant le 4 juillet au chalet. Edward hésitait à me voir partir sans lui mais je l'assurai que ce serait idiot qu'il rentre avec moi. Je passerais toute la journée à la patinoire avec Marcus et il ne ferait que perdre son temps à ne rien faire alors qu'il pourrait se détendre au bord du lac. Il céda et resta dans le nord, insistant pour que je l'appelle tous les matins avant d'aller à la patinoire et tous les soirs avant d'aller au lit. Je promis. Ce n'était pas comme si j'allais discuter le fait de pouvoir lui parler tous les jours.
J'avais prévu de retourner au chalet seule, après ma séance de vendredi pour y passer le weekend de la fête d'indépendance avec les Cullen. Se prélasser au bord du lac et profiter du soleil et des feux d'artifice. Faire ce que font les gens normaux pendant les vacances d'été, quelque chose que je n'avais jamais fait. Dans le passé, les vacances étaient pour moi une autre journée d'entrainement et se passaient généralement à la patinoire.
De retour en ville, Marcus commença à devenir impatient avec moi. Difficile de dire à quel point mais il avait commencé à faire de plus en plus de remarques passagères sur la façon dont j'avais besoin de me remettre en selle et de prendre des décisions.
La moitié de l'été était presque passé et je ne m'étais encore engagée nulle part. De plus je n'avais toujours pas pu trouver quoi utiliser pour mon programme court. Je savais que Marcus avait raison mais je trainais sur tous les fronts.
En fin de compte je n'étais tout simplement pas prête à abandonner ma vie sereine surtout quand elle allait si bien. Quand j'étais allée au chalet avec les Cullen je m'étais sentie plus heureuse que jamais de toute ma vie. J'avais une famille et un petit-ami qui m'aimaient et que j'aimais en retour. J'étais heureuse. Cela avait été comme un weekend à Utopia, le pays de la perfection. Il était égoïste de m'y accrocher d'autant plus que Marcus avait été très patient pour tout avec moi mais je voulais rester aussi longtemps que possible dans le calme de cette perfection.
A la fin de notre séance le vendredi il semblait que je sois arrivée à la fin de ma période de grâce lorsque Marcus m'appela pour que je m'asseye sur le banc avec lui.
"Qu'est-ce qu'il se passe Bella ?" demanda-t-il, une fois que je fus assise.
"Que voulez-vous dire ?" répondis-je perdue. J'avais eu une bonne séance ce jour-là. Au moins je le pensais.
"Ce que je veux dire c'est que tu es coincée dans les limbes en ce moment. Tu as fait des progrès remarquables avec ton libre, je te l'accorde mais un seul programme n'est pas suffisant et ça n'aura plus d'importance si tu rates les délais pour déposer ta candidature pour cette année," ajouta-t-il. Je regardai mes genoux, incapable de soutenir son regard. Je savais qu'il avait raison. "Tu veux vraiment concourir ?"
"Oui bien sûr que oui !" insistai-je, regardant mes doigts entrelacés sur mes genoux. "Pourquoi aurai-je fait tous ces efforts si je voulais juste arrêter ?"
"Dis-moi Bella. Je ne suis pas sûr de voir où est le problème. Tu dis que tu es prête mais en résumé tu ne l'es clairement pas," dit-il, paraissant un peu frustré. Je hochai gravement la tête, incapable de me disputer avec lui. Il poussa un long soupir exagéré après un long moment de silence. "Je ne vais pas te pousser. Si tu veux concourir il faut que ce soit toi qui prennes cette décision."
"Je le veux," murmurai-je, m'arrêtant un instant pour trouver le meilleur moyen de m'expliquer. Il ne méritait pas d'être malmené après tout ce qu'il avait fait pour moi. "J'ai juste… j'ai peur Marcus. Après ce qu'il s'est passé ? Le départ de Renée ce sera un grand scandale. Quand la presse apprendra que je fais mes chorégraphies on en parlera et pas seulement les autres patineurs mais tout le monde. Quand je vais annoncer que je vais aux Jeux à l'âge de vingt-cinq ans il y aura des spéculations et je ne veux pas de ça. En fait je devrais plutôt prendre ma retraite pour laisser place aux jeunes enthousiastes qui se battent pour cette place."
"Je sais que rien de tout cela ne devrait avoir d'importance mais je me suis habituée à ce style de vie un peu anonyme depuis six mois que je suis ici et je ne suis pas trop pressée de m'ouvrir à nouveau et de participer à tout ce cirque. Je sais que si je veux cette opportunité, je dois en passer par là mais je tergiverse," admis-je. Je le regardai, remarquant son expression pensive et patiente, continuant à poser mes cartes sur la table.
"Je me souviens de ce que c'était Marcus. Toute cette attention. C'est comme si je vivais sous un microscope. J'ai le sentiment d'avoir dû tellement faire d'auto-évaluation ces derniers mois, depuis ma blessure et mon déménagement ici. Enfin je me sens bien tant dans ma vie personnelle que dans mon patinage mais ma confiance est encore toute nouvelle et je n'ai pas envie de me jeter dans la fosse aux lions," expliquai-je.
"Tu as déjà eu affaire à la presse," répliqua-t-il.
"Oui mais avant ce n'était pas moi qui devais tout gérer. J'étais protégée en quelque sorte. Je suppose que Renée me protégeait d'une certaine manière."
"Je ne peux pas discuter ces points. Les médias se jetteront là-dessus quand ça sortira… que tu projettes d'aller à Vancouver. Il y aura un ajustement, pas besoin d'être avec eux comme c'était avant. Tu n'as pas besoin de donner toutes ces interviews ou tout ce sponsoring cette fois si tu ne le souhaites pas. Tu n'as pas à participer aux ragots. Reste à l'écart."
"Ce n'est pas un peu… je ne sais pas," je haussai les épaules. "Je sens que je voudrais quand même orienter ce qui se dira sur moi. Même si c'est horrible."
"Je ne sais pas d'où te vient toute cette négativité," dit-il en se redressant alors qu'il m'observait. "Tu as toujours été une favorite… et pas seulement au niveau national."
"Et s'ils n'aiment pas que je fasse tout moi-même ?" dis-je, révélant l'une de mes peurs de revenir après un tel changement. "J'ai l'impression d'avoir tellement changé depuis la dernière fois que j'aie mis les pieds sur la glace. Et je suis heureuse de tous ces changements et de qui je suis à présent. Mais que se passe-t-il si le public ne ressent pas la même chose ? Et s'ils préfèrent ce que j'étais auparavant ?"
"Tu ne peux pas faire plaisir à tout le monde, Bella. Mais tu ne peux laisser personne d'autre te dicter ta façon de voir. Tu as raison. Tu as changé depuis un an et demi. Tu es plus forte, plus confiante, tes mouvements sont plus raffinés," déclara-t-il, en énumérant ces points. "C'est une différence évidente mais elle est strictement pour le mieux."
"Vous le croyez vraiment ?" demandai-je doucement.
"Je le sais, je le vois tous les jours. Tu as toujours été une patineuse forte et une bonne compétitrice. Maintenant ? Rien ne pourrait t'arrêter. Ta souplesse reste inégalée. Tu as le talent artistique, l'émotion. Tu deviens plus forte dans tes sauts et plus cohérente dans tes atterrissages. Ce dont tu as besoin c'est avoir plus confiance en toi. Il y aura toujours des difficultés et des mauvais jours mais tu ne peux pas les laisser t'affecter autant. Accepte que les difficultés soient inévitables et que tu n'es pas parfaite. Personne ne le demande ou ne s'attend à ce que tu le sois."
"Pourtant ils le font, c'est ce à quoi ils s'attendent," argumentai-je avec un sourire triste. "Je le sais. Je sais que je ne suis pas parfaite mais ça ne change pas le fait que le public, la presse et les fans attendent que je le sois. Au moment où je me raterai ils diront que j'aurai dû rester chez moi et ne jamais revenir."
"Personne ne pense que tu es finie…" Il repoussa cette pensée avec un simple geste de la main. "Tu as déjà reçu tes affectations au grand prix pour cette saison et s'en sont de bonnes. Tu es assurée d'avoir une place en National. L'USFSA me harcèle pour que je fasse une déclaration de tes intentions et NBC veut te voir à Champ Camp pour t'intégrer à leurs promotions olympiques, Stars on Ice a lancé un appel pour savoir si être leur tête d'affiche dès le printemps t'intéresserait. Le monde est prêt et attend de t'accueillir de nouveau. Profites-en. C'est une opportunité que très peu ont. Je sais que tu es nerveuse mais tu n'as pas besoin de l'être."
Il posa sa main sur la mienne, ses doigts rêches grattant ma peau mais me réconfortant aussi. "Ils veulent que tu sois parfaite car ils croient en toi. Ils croient que tu as tout ce que ça demande. Mais tous ces gens importent peu. Ils ne te connaissent pas vraiment, Bella et dans dix ans ils n'auront plus aucune influence sur ta vie. N'oublie pas les gens d'ici qui te connaissent vraiment. Même si tu fais une douzaine d'erreurs dans ton premier programme, ils continueront à te soutenir. Je te soutiendrai. Peu importe ce qu'il se passera, tu dois t'en remettre à cela. Aie confiance et envole-toi."
Il avait raison. Je devais cesser d'avoir peur que mon ancien monde déteigne dans le nouveau. Les choses changeraient certainement une fois que j'aurai retrouvé le public mais cela ne voulait pas dire que mes relations changeraient. J'avais besoin de croire que les fondations que j'avais construites ici seraient solides et ne serviraient qu'à me rendre plus forte.
"Prends le weekend, repose-toi. La semaine prochaine nous nous concentrerons sur la finalisation du programme long et du peaufinage. Ensuite nous devrons commencer à agir. D'accord ?" demanda-t-il, en me tapotant sur la main une fois avant de se lever.
Je hochai la tête.
Il fit plusieurs pas avant que je parle à nouveau, sachant que je devais lui faire part de ma reconnaissance. Il avait toujours été une source de force tranquille pour moi. Il était l'une des choses de ma vie d'avant que je chérissais et à laquelle je m'accrochais.
"Marcus ?" l'appelai-je. "Merci. De me supporter, je veux dire. Je sais que vous n'êtes pas du genre dramatique."
"Tu as raison Bella," confirma-t-il avec un acquiescement de la tête. "Très souvent le drame dans ce sport est superficiel et inutile. Et je n'ai jamais eu beaucoup de patience pour ça. Mais ce que tu as dû gérer ce n'était pas du drame."
Je sentis un rire incrédule sortir. "Vous plaisantez ? J'ai l'impression que depuis que Carlisle m'a donné le feu vert pour m'entraîner à nouveau, ça n'a été que du drame."
"Non, Bella," dit-il patiemment, en revenant sur ses pas pour s'assoir à côté de moi. "Je n'étais pas là pour voir ce qu'il s'est passé avec Renée mais je sais que ça ne pouvait pas être agréable, à cause de ma propre expérience avec elle et de mes observations de toi tout au long des années passées sous sa... supervision, dirons-nous ?" Mes lèvres tremblèrent d'un sourire triste qu'il me rendit avant de continuer.
"C'était toujours difficile pour moi," soupira-t-il. "Je ne suis pas du genre à trop m'impliquer avec mes patineurs du moins pas à titre personnel, et surtout pas lorsque l'essentiel de la problématique est dû à un parent mais il y a toujours eu quelque chose en toi, Bella, qui m'a fait vibrer. Tu as une telle lumière en toi et elle l'a toujours étouffée."
Je lui jetai un coup d'œil, prise au dépourvu, qu'il partage tant avec moi. Marcus ne parlait jamais de ses sentiments ou comme il l'avait dit, de trop s'impliquer. Je n'avais jamais pensé à ce que ça avait dû être pour lui de voir ma relation avec Renée et je n'avais jamais pensé que ça pouvait l'avoir affecté de quelque façon que ce soit. Je m'étais toujours sentie si seule dans mon désespoir, certaine que personne d'autre que moi ne sentait les douleurs de ses coups.
"Maintenant ? Tu brilles de tous tes feux, ma chère," chuchota-t-il, en me tapotant le menton avec son doigt rugueux et il me sourit fièrement. "C'était quelque chose que j'avais toujours espéré mais je craignais ne jamais voir ce jour arriver. Je suis content d'avoir eu tort."
Ma lèvre inférieure tremblait lorsqu'une seule larme roula sur ma joue, ses mots de fierté et d'admiration me réchauffaient de l'intérieur. Je lui souris en retour, incapable de nier l'envie de le prendre dans mes bras.
Il était raide au début, surpris par ma rare démonstration d'affection. Au bout d'un moment, ses bras m'encerclèrent et il me tapota le dos avec tendresse et juste un peu d'hésitation. Avant, nous n'aurions jamais essayé de nous étreindre, juste dans le coin 'Kiss & Cry' après des notes particulièrement bonnes. Voilà, c'était ce qui était attendu d'un patineur et de son entraîneur. Ici, c'était un simple échange entre deux personnes qui se respectaient et s'admiraient mutuellement et étaient finalement parvenues à une compréhension réciproque.
"Merci," chuchotai-je contre son épaule, avant de m'extraire, en retenant un petit rire alors qu'il essayait de retrouver un peu de bienséance et de dignité.
"Pas de quoi, Bella. Ce fut un grand plaisir. Bien sûr, ce le serait encore plus si tu avais déjà choisi le programme court. Tu veux être responsable de la dépression d'un vieil homme ?" demanda-t-il, goguenard avec une expression peinée.
"J'y travaillerai," promis-je, en riant.
⁂
Ce soir-là, je repartis au chalet et Edward me tint compagnie dans mon oreillette via le Bluetooth. C'était ridicule qu'il s'inquiète autant pour moi. Ça aurait pu m'irriter si ça n'avait pas été aussi sincère. Comme c'était le cas, ça me faisait du bien de savoir que j'étais si importante pour lui.
Je me garai près de la Jeep d'Emmett alors que j'étais encore au téléphone. J'avais à peine commencé à sortir que j'étais déjà dans ses bras, soulevée dans sa chaleureuse étreinte. Nos lèvres souriantes se rencontrèrent encore et encore quand il me dit que je lui avais manqué, qu'il était heureux de me voir, qu'il m'aimait. Quand je l'embrassais en retour, j'étais de nouveau à la maison, heureuse et contente d'être une fois de plus près de lui.
Il ne fut pas difficile de faire comme Marcus me l'avait demandé et de me détendre. Le weekend avec les Cullen ne fut rien d'autre que calme et sérénité. Après le tourbillon du mariage, tout le monde semblait content de passer quelques jours à paresser avant de retourner en ville et à ses habitudes. Il n'y avait pas d'engagement, pas d'obligation, rien d'autre que six personnes qui profitent d'un weekend tranquille en bonne compagnie.
J'étais triste de partir le dimanche soir et pendant qu'Edward conduisait, je savais que j'emportais le meilleur de cette utopie avec moi. Le chalet paraissait peut-être hors du temps et appartenir à un monde idéal mais les gens qui avaient permis cela seraient avec moi peu importe où j'allais. Et finalement je commençais à arriver à le croire.
La semaine qui suivit le 4 juillet, me permit de peaufiner mon programme long. Marcus était fidèle à sa promesse et ne dit pas un mot à propos de la presse ou des compétitions, bien que mon esprit vagabonde souvent dans cette direction.
Quand je n'étais pas sur la glace, je prenais les mesures nécessaires pour me préparer à me trouver de nouveau sous les projecteurs.
Je fis des recherches sur Internet pour trouver des articles sur moi, ma chute, ainsi que d'autres, datant d'avril dernier qui semblaient excités par la rumeur de mon retour. Ça parlait de comeback et du fait que j'étais toujours le plus grand espoir du pays pour ramener de l'or de Vancouver.
Le patinage artistique féminin souffrait de l'absence d'un patineur de premier plan, avec des changements constants d'une compétition à l'autre. La génération plus jeune n'avait pas encore eu le temps de produire un candidat avec un nom familier mais moi si.
Ce n'était pas être vaniteuse de reconnaître le fait que mon nom était devenu synonyme de patinage artistique féminin américain au cours des six dernières années. Le pays avait besoin de soutenir quelqu'un en février et j'avais l'air d'être la grande favorite pour prendre en charge cette responsabilité.
J'ouvris finalement le paquet de lettres de fans qui m'avait été envoyé par l'Association de Patinage et je passai trois heures à examiner les mots écrits à la main par de petites filles et des fans du monde entier. Leur sincérité à vouloir que je revienne me réchauffa le cœur et me permit de me rendre compte que tout n'était pas négatif dans le fait d'être sous les feux de la rampe.
Quand mon emploi du temps m'en laissait l'opportunité j'appréciais de donner en retour, de patiner à des événements caritatifs pour de nobles causes, de faire escale dans les écoles élémentaires et de parler aux jeunes enfants de l'engagement et de poursuivre leur rêve. Je n'en avais jamais fait beaucoup mais quand je l'avais fait, ça avait toujours renouvelé ma passion pour ce que je faisais et m'avait rappelé que le patinage artistique n'était pas toujours une compétition acharnée.
J'analysais des vidéos de mes programmes passés, en sélectionnant mes points forts et en prenant des notes sur de petites choses sur lesquelles j'aurais besoin de travailler, à quoi faire attention et aussi des choses que je ne savais même pas que je faisais mal.
Je pensais demander à Marcus de filmer une de mes prochaines séances d'entraînement pour pouvoir regarder plus en détail comme maintenant.
Je dressai l'historique de mon programme comme référence pour examiner mes options pendant le programme court. Peu importe le nombre de chansons que j'écoutais, je ne pouvais pas m'y voir.
Les partitions de films étaient devenues des choix populaires au cours de la dernière saison, elles étaient connues par tous, les patineurs et la foule mais je ne voulais pas courir le risque de faire le même le choix qu'un autre concurrent et je ne voulais pas non plus me fondre dans la tendance.
Je pensais utiliser quelque chose de jazzy, de joyeux mais il y avait aussi le fait que je serai l'une des plus vieilles patineuses sur la glace, je ne voulais pas faire semblant d'être une patineuse de seize ans, pleine d'entrain. Mignonne et excentrique n'avait jamais été ma force. Avec un tel lyrisme et romantisme pour mon programme long, je savais que je ne pouvais pas m'en tirer avec quelque chose de semblable pour mon programme court.
Marcus avait raison. J'avais besoin de quelque chose de différent, d'excitant, de brûlant. Malheureusement, je ne trouvais rien.
Celui sur lequel je revenais sans cesse était España Cañí. C'était un pasodoble espagnol que j'avais toujours adoré écouter. Charlie le mettait souvent quand j'étais enfant et que nous vivions tous ensemble, avant que les choses ne s'effondrent entre eux. Renée l'avait toujours détesté et roulait des yeux quand il le passait. En y repensant, c'était un choix un peu étrange pour lui.
Charlie n'avait jamais été un grand amateur d'art et ça ne lui ressemblait pas de se détendre avec des medleys instrumentaux. A l'époque, j'étais trop jeune pour le questionner mais j'avais simplement apprécié la mélodie de ce morceau enflammé.
La chanson m'avait toujours marqué et je l'écoutais sur mon disc man, et plus tard sur mon iPod, bien que je ne l'aie jamais mise fort pour éviter d'irriter Renée. Ce morceau n'avait pas semblé me convenir dans le passé. J'avais eu tendance à m'en tenir à ce qui était plus lyrique et classique.
Il y a deux saisons, j'avais essayé d'en parler comme d'une option pour mon programme court et j'avais été immédiatement découragée par Renée. Marcus avait convenu que ce n'était pas vraiment mon style et j'avais fini par m'incliner.
Mais c'était il y a deux ans et Renée n'était plus un problème. Peut-être que je pourrais le proposer à Marcus. Il avait dit que j'avais changé au fil du temps, pendant que j'étais loin de la compétition. Peut-être maintenant, ça irait. Peut-être que maintenant, j'étais digne de ce qu'elle représentait. Peut-être que maintenant, cette mélodie pourrait être mon genre.
Il me semblait important de faire preuve de discernement dans mes choix musicaux pour cette saison. Pas pour le public, mes fans ou les juges mais pour moi. Je voulais qu'ils aient un sens. Si je m'exposais au monde en chorégraphiant mes programmes, je voulais aller jusqu'au bout et me montrer. La Sonate au clair de lune montrerait un côté : la douceur, la grâce, l'élégance. Une partie de moi qui avait toujours été là.
Si je pouvais utiliser España Cañí, je pourrais montrer cette nouvelle facette de moi que je ne faisais que découvrir. C'était un risque de tenter quelque chose d'aussi différent mais un risque que je voulais prendre.
Plus je réfléchissais à l'idée, plus j'étais déterminée à faire ce choix. Je décidais qu'avant d'en parler à Marcus, je voulais avoir quelque chose à lui offrir qui lui montrerait avec une certitude absolue qu'il n'y avait pas d'autre solution, que c'était le bon choix pour moi cette fois-ci. C'est dans cet esprit que je démarrai l'éditeur de chansons sur mon ordinateur portable et m'installai pour une soirée de musique et de visualisation de mes deux minutes et demie de programme court.
⁂
"Allez, Marcus !" plaidai-je, le lendemain matin à la patinoire. Une fois mon entraînement terminé, j'étais déterminée à obtenir ce que je voulais. Pas sur la sélection musicale de mon programme court mais quelque chose de complètement différent. Quelque chose qui serait difficile à vendre avant même de demander.
"Non, Bella," répéta-t-il, les bras fermement croisés sur la poitrine et l'expression résolue. "C'est trop risqué. Tu n'as pas besoin d'un Axel pour concourir."
Il avait raison. Un triple Axel n'était pas un élément obligatoire. Mais quand j'avais écouté la composition, j'avais provisoirement constitué mon programme court, ce saut était tout ce que je pouvais visualiser.
Le programme que j'avais envisagé, bien que vague et indéfini, était complètement inspiré par la force que j'avais acquise ces derniers mois, non pas physiquement mais émotionnellement.
Ça venait du moment où j'avais tenu tête à Phil, du moment où j'avais renvoyé Renée, de chaque premier pas que j'avais franchi avec Edward et notre relation. C'était le feu et la passion. C'était le pouvoir et le courage. Un hommage aux moments où j'avais fait des choses dont je ne me croyais pas capable, dont on ne me croyait pas capable mais contre toute attente j'avais réussi.
Dans mon patinage, le triple Axel en était l'exemple parfait. Un élément que je n'avais jamais pu dominer. Afin d'intégrer cette idée à mon programme, il fallait qu'il y soit. Je devais enfin affronter mon dragon et le terrasser.
Sachant cela, j'étais prête à plaider ma cause contre Marcus aussi longtemps qu'il le faudrait pour qu'il soit d'accord. "Non ce n'est pas obligatoire mais ça aide."
"Pas si tu ne peux pas faire un atterrissage propre," argumenta-t-il, pas méchamment. Je grinçai légèrement tout de même. "Je ne dis pas cela comme une critique. C'est simplement un fait qu'un Axel est un élément extrêmement difficile et avec lequel tu as toujours eu du mal. Concentrons-nous sur tes points forts. Si tu peux réaliser un programme nickel avec des éléments puissants, tu n'auras pas à te soucier d'un Axel."
Je m'attendais à ce qu'il dise ça et probablement c'est ce que je me serais dit si je n'avais pas eu ma révélation de la veille. "Mais…"
"Bella," m'arrêta-t-il, en levant la main. "J'espère vraiment que tu me fasses confiance pour ce point."
"Je vous fais confiance Marcus mais je ne suis pas non plus complètement désemparée. J'ai fait mes recherches et de plus en plus de patineurs mettent des Axels dans leurs programmes. Si je veux avoir une meilleure chance de les battre, il faut que je travaille le mien, au moins l'avoir dans mon arsenal au cas où j'en aurais besoin," expliquai-je décidant que le moyen le plus facile de gagner était peut-être de l'épuiser lentement. Il n'allait pas céder facilement mais avec le temps il comprendrait peut-être ce que je voulais dire.
"Nous y travaillerons," concéda-t-il, alors que je combattais un sourire. Avancée. "Mais ton entrainement ne se concentrera pas sur ce saut. Je soutiens que si tu peux suivre un programme solide, ce ne sera pas nécessaire. Mais tu as raison… Chaque petit geste compte. Travaillons sur ce que nous avons déjà en place, d'accord ?"
La discussion se termina, je hochai la tête et allai chausser mes patins.
Au déjeuner mon programme long était enfin terminé. Le premier brouillon au moins. A la fin de la journée tous les mouvements étaient fermement mémorisés et j'avais passé la majeure partie de la session à répéter ce programme encore et encore pour l'avoir bien en tête.
Quelques instants avant la fin de la séance, Marcus m'appela du bord.
"Bien, refais-le une dernière fois et ce sera fini pour aujourd'hui. Je veux le voir complet cette fois. Tu le connais bien maintenant. Essayons-le. Tous les sauts, pense à l'extension, à tes mains," il énumérait sur ses doigts. "Je veux le voir comme si tu allais le montrer aux spectateurs demain."
"D'accord," répondis-je, en faisant rouler mon cou et en inspirant longuement, me préparant déjà mentalement. Il me passa ma bouteille d'eau et j'en pris une longue gorgée avant d'enfoncer mon bonnet et de la lui rendre.
"Vas-y," dit-il. "J'attends que tu me donnes le signal pour mettre la musique."
Je m'éloignai du bord et fit un tour de la patinoire pour me calmer comme je le faisais toujours. Cela me permettait de rassembler mes idées et de me décontracter avant de prendre ma position d'ouverture.
En tournant près du centre de la patinoire, je m'arrêtai et secouai mes bras plusieurs fois avant de pointer mon orteil de côté et de placer mes mains dans leur position de départ. La musique commença et je parcourus les mouvements fluides de l'introduction me sentant un peu trop raide et pensant déjà à ma première combinaison. En entrant dans mes croisements je pris une profonde respiration, avant de me lancer dans un triple Lutz, atterrissant sur mes deux pieds et à peine capable de faire ma double boucle même si je dus en sortir immédiatement pour éviter la chute.
Tout semblait serré, fragile. Je pus à peine tenir mon aigle stable pendant deux secondes alors qu'il était censé en durer cinq. Puis je me trompai, je devins raide et fus facilement frustrée par ce cercle vicieux.
"Allez Bella, détends-toi !" entendis-je Marcus me dire, depuis le banc alors que je commençai à me préparer pour le prochain saut. Celui-là ne passa même pas. Mon timing était mauvais, trop prise dans ma tête pour laisser le mouvement se faire naturellement et je tombais. Un instant après je me relevais, essayant mentalement de m'en débarrasser et de passer à l'élément suivant.
"Sors de ta tête. Tu essaies trop," dit Marcus. "Laisse couler naturellement."
En prenant une profonde inspiration j'essayai de suivre ses conseils. Je roulai la tête et forçai physiquement mes épaules à abandonner leur tension.
Je soufflai une fois de plus et me préparai au prochain saut, je me dis de laisser aller. Ne réfléchis pas, saute ! Et ça fonctionna. Cette fois mon triple était nickel, rotation parfaite avec un atterrissage correct - un de ceux dont tu n'as pas à sortir rapidement.
"Parfait," entendis-je Marcus dire.
Après ce premier succès, je regagnai de la confiance et fus capable de continuer la suite des trois minutes de mon programme sans aucun accroc. En peaufinant les éléments, je me concentrai uniquement sur la musique, laissant la mémoire musculaire prendre le relais et me guider. Mes sauts étaient solides, mon jeu de jambes rapide et bien défini. Alors que je m'élançai pour la spirale, je me sentais comme si je volais.
"Eh bien voilà," dit Marcus, quand je passai devant lui. "Tu l'as. Belle ligne !"
Avant de le savoir j'arrivai au dernier élément, une combinaison élaborée de spirales qui finissait avec l'un de mes mouvements les plus impressionnants, une spirale où je tenais la lame de mon patin et relevais ma jambe au-dessus de ma tête. C'était ce qui était attendu, une sorte de signature à la fin de mes programmes.
"Termine bien ici dans la vrille," encouragea Marcus. Je me lançai, essayant de mon mieux de terminer sur une excellente note après un début assez difficile. "C'est bien, assure ton atterrissage et c'est fini."
Je sortis de ma position, baissant ma jambe pour la planter fermement dans la glace et prendre ma pose finale. Je n'eus même pas le temps de reprendre mon souffle avant d'entendre quelques applaudissements enthousiastes et quelques voix familières dans les gradins.
Haletant d'effort et de surprise je levai les yeux pour voir Edward et Alice assis avec Esmée quelques rangées derrière Marcus.
Un éventail d'émotions me traversa rapidement, de la surprise avec une petite pointe de déception. Je ne voulais pas que quelqu'un le voie, spécialement Edward. Pas avant que ce soit parfait, parfait aurait été préférable. C'est lui qui me l'avait entièrement inspiré et les souvenirs de la première fois qu'il l'avait joué pour moi. Je voulais l'impressionner avec ce que j'avais façonné à partir de ce moment.
Mes joues étaient brûlantes d'embarras surtout après m'être souvenue de mes hésitations et j'espérai que la couleur de mon visage pouvait être attribuée à l'activité physique plutôt qu'à ce qu'elle était réellement. Peut-être n'avaient-ils pas tout vu ? Quand étaient-ils arrivés d'ailleurs ? Comment ne les avais-je pas vus entrer ? Je supposais que cela avait du sens. J'avais toujours une vision en tunnel quand je patinais.
Personne à l'exception de Marcus ne l'avait vraiment vu dans son intégralité, même Esmée n'était là que pour des bribes. Bien que le public soit inattendu une partie de moi était presque heureuse d'en avoir fini avant même que je sache que cela se passait. Si j'avais su qu'ils regardaient j'aurais été encore plus nerveuse.
Essayer de cacher toutes ces émotions était ma plus petite de fierté. Bien, ça n'avait pas été parfait mais c'était mon programme, ma création. C'était quelque chose de très beau qui venait de moi, presque comme un enfant que j'aurai nourri et guidé. Et ils avaient applaudi. On dirait qu'ils avaient aimé. On aurait dit qu'Alice était en train de sortir de sa peau d'excitation et Edward… bon, je ne pouvais pas comprendre l'expression sur son visage mais ça semblait être positif.
Je n'étais pas encore prête à les affronter cependant et techniquement je m'entrainais toujours alors je leur fis un signe pour leur faire savoir que je les avais vus avant de glisser vers le bord où Marcus attendait avec une bouteille d'eau. Comme à chaque fois je me réhydratais pendant que Marcus récapitulait, mettant en lumière les éléments qui étaient bons et expliquant ce qu'il fallait peaufiner pour la prochaine fois.
"C'est bien," dit-il.
"Oui c'est ça !" m'exclamai-je, avec sarcasme. "C'était n'importe quoi. Mes sauts ratés… je n'ai même pas pu tenir mon grand aigle."
"Au début tu étais un peu raide," concéda-t-il. "Ça deviendra plus confortable en le répétant. Il faut que tu te détendes et te fasse confiance. C'est ton corps qui travaillera pour toi si tu le laisses faire. Une fois que tu as atteint ta vitesse de croisière le programme est solide. Quelques semaines de plus et nous pouvons probablement le faire analyser pour voir combien il te rapportera de points, savoir ce que ça vaudra en compétition."
"Vous pensez qu'il est prêt pour ça ?" demandai-je, surprise de sa confiance alors que j'avais encore l'impression de ne pas le maitriser.
"Oui, j'ai confiance. Tu es tellement dure avec toi-même parfois, Bella," rigola-t-il, avec amusement. "Regarde l'enregistrement ce soir. Ça pourrait te faire du bien de prendre du recul en y jetant un coup d'œil."
J'étais d'accord qu'il fallait que je le fasse, je l'avais déjà prévu pour avoir une meilleure impression et voir ce qui devait être amélioré. Pas que je ne n'aie pas confiance en ce que Marcus disait mais quelquefois il n'y avait juste qu'à voir par soi-même pour comprendre ce qu'il se passait.
"Bonne session aujourd'hui," dit-il en me tapotant l'épaule. "Va te reposer. On dirait bien que tu as tout un tas de fans à aller saluer." Il leur fit un signe de la main, ils étaient toujours assis dans les gradins.
"Oui, euh j'ai vu ça," dis-je en m'éclaircissant la voix. "Merci Marcus. A demain matin."
Marcus rassembla ses affaires et cria bonne soirée à Esmée et aux autres alors que je mettais mes protections de patin. Ils descendirent tous les trois et je les retrouvai au premier rang. Toujours un peu gênée, je tirai sur le bout de mes cheveux et évitai de regarder Edward.
"Hé bonjour tout le monde," les saluai-je.
"Bien Bells," s''exclama Alice, en se jetant dans mes bras. "C'était génial."
"Eh, pas encore parfait," je haussai les épaules, lui rendant son étreinte. Elle était partie depuis dix jours et c'était vraiment génial de la voir. "Ça avance, je suppose."
"Ecoute une perfectionniste…" se moqua-t-elle, en me tapant sur l'épaule et en levant les yeux à mon auto dépréciation. "De là où j'étais assise, c'était incroyable."
Je lui souris timidement pendant que mon visage rougissait et je jetai un coup d'œil à Edward pendant une fraction de seconde, encore une fois incapable d'interpréter son expression. Alice et Esmée continuèrent à me complimenter, moi et mon programme, bien que je n'en entende presque rien, mon esprit bourdonnant d'anxiété à cause du silence d'Edward. N'allait-il pas dire quelque chose ? Avait-il aimé ? Avait-il compris ce que cela signifiait ? Incapable de recevoir les compliments d'Alice et Esmée, sans un seul commentaire d'Edward, je tentai de changer la discussion.
"Comment était la lune de miel ?" demandai-je, et comme je l'espérais, Alice était lancée.
"Vraiment génial !" s'exclama-t-elle, se lançant dans un résumé de l'excursion de dix jours que Jasper et elle avaient fait dans les tropiques. Alice parlait avec vivacité de leur station balnéaire, de l'île, plonger en apnée dans l'océan et de nager avec les tortues de mer. La femme était littéralement rayonnante, à cause de la teinte dorée de sa peau et de son bonheur évident. Quelque chose me dit que cela ne disparaitrait pas de sitôt.
"Oh, Alice, il faut qu'on y aille !" dit Esmée, après avoir vérifié sa montre.
"Bon sang, tu as raison !" dit Alice en prenant son sac à main. "On va décoller, Bella. Nous avons une réservation pour le dîner. Je t'appelle plus tard et on en reparlera, d'accord ?"
"Oui, bien sûr," dis-je, à la fois impatiente et nerveuse de les voir partir. Non pas que je sois nerveuse d'être seule avec Edward mais plutôt anxieuse de sombrer dans un silence gênant. "C'est bon de te revoir, Alice," dis-je en la serrant dans mes bras encore une fois. Esmée me tapota la joue et elles sortirent de la patinoire en riant et en bavardant. Heureusement elles étaient manifestement inconscientes de la tension qu'elles laissaient derrière elles.
Une fois la porte fermée, Edward et moi restâmes silencieux, ce qui était gênant. Je ne savais pas ce qu'il fallait faire. C'était si rare de sentir de l'inconfort auprès de lui et cela me rendait malade de me sentir de nouveau comme ça, comme si je ne pouvais même pas regarder dans ses yeux ou ouvrir la bouche, comme si je n'avais pas la moindre idée de ce qu'il se passait dans sa tête.
"Je dois encore m'étirer," toussai-je, en riant nerveusement, puis en secouant mes doigts et faisant des gestes derrière moi vers la balustrade où je finissais toujours mes séances. "Tu n'es pas obligé de rester si tu ne veux pas. Je dois encore rentrer prendre une douche..."
"Bella," chuchota-t-il, prenant ma main légèrement tremblante dans la sienne, mes yeux sombres s'élevant automatiquement pour regarder dans ses yeux vert vif. Mon front se creusa de confusion, le suppliant sans mot de dire quelque chose qui effacerait cette incertitude. C'était son avis, pas celui d'un arbitre, ni même celui de Marcus celui qui était important.
"Je sais que je devrais m'excuser pour Alice et moi de t'avoir regardée sans que tu le saches…" commença-t-il, presque mal à l'aise, bien que sa main soit stable alors que son pouce caressait ma paume. Il me regarda profondément dans les yeux et murmura : "Mais je ne peux pas. Je ne peux pas être désolé parce que ce que je viens de te voir faire… ça m'a coupé le souffle. Il n'y a pas de mots pour le décrire."
Le soulagement m'inonda de réconfort. Je m'avançai alors que ses bras s'ouvraient automatiquement et s'enroulaient fermement autour de moi. Je posai ma joue sur sa poitrine et respirai son odeur familière.
"Je ne savais pas ce que tu en pensais. Ça m'a rendu nerveuse," avouai-je, alors que ses doigts commençaient à frotter na nuque. "Je n'aimais pas ça."
"Bella, tu n'as jamais à être nerveuse avec moi. Je ne veux pas que tu aies peur de me dire ou de me montrer quelque chose."
"C'est toujours angoissant. Et si ça ne t'avait pas plu ?"
Il rit, incrédule et me recula jusqu'à ce qu'il puisse me regarder dans les yeux en secouant la tête alors que ses doigts traînaient le long de mon visage. "Idiote. Comment peux-tu penser ça ? C'était bien toi. Ce programme était si clairement toi. Comment pourrais-je ne pas l'aimer ?" Je souris. Il le savait. J'aurais dû savoir qu'il le ferait. Il l'avait toujours su.
"C'était toi aussi," chuchotai-je. "Toi et le soir où tu l'as jouée pour la première fois pour moi. La première fois que tu as dit que tu m'aimais."
"Tu me rends humble," dit-il, sa voix pleine d'émotion.
"Non. Je t'aime," murmurai-je, me mettant sur la pointe des pieds pour appuyer mes lèvres sur les siennes.
Au bout d'un moment, je me souvins que j'avais vraiment besoin de m'étirer, sinon mes muscles me puniraient le lendemain matin. Edward resta à mes côtés pendant que j'enlevai mes patins et que je travaillais ma routine, à me parler de son déjeuner avec Alice et du camp d'hockey où il ferait une apparition le lendemain avec Jasper et Emmett. Il avait quelques obligations comme ça à venir et il avait toujours l'air si excité à l'idée d'aller travailler avec les bénévoles des ligues locales de hockey pour enfants.
Pendant que nous parlions, j'exécutai une fente centrale, pointant mes orteils et me penchant pour étendre mon torse à plat.
"Seigneur..." entendis-je Edward murmurer avec un gémissement doux et je jetai un coup d'œil vers lui, mon sourcil s'arc-bouta jusqu'à ce que je réalise de quoi il s'agissait. J'éclatai de rire en voyant ses yeux traîner sur mes jambes, la mâchoire serrée alors qu'il essayait de s'ajuster.
"Quelque chose ne va pas, Edward ?" demandai-je innocemment, en battant des cils.
"Tu sais exactement ce qui ne va pas, petite coquine," dit-il, en me regardant affectueusement.
"J'oublie toujours que tu ne m'as jamais vu faire mes exercices de yoga. Ce n'est rien," dis-je, en profitant de l'occasion pour le taquiner un peu.
"Yoga ?" souffla-t-il. "Quoi ? Pourquoi c'est la première fois que j'entends parler de ça ?"
"Parce que je ne le fais jamais quand tu es là. Je ne voudrais pas t'ennuyer pendant une heure d'étirement," expliquai-je, en finissant mon dernier étirement et en me remettant debout, en époussetant l'arrière de mon pantalon.
"Baby, je ne pense pas que tu aurais à t'inquiéter que je m'ennuie…" dit-il avec un sourire diabolique. Je ris, m'interrompant avec un grand bâillement que je ne pus pas cacher derrière ma main.
"Fatiguée ?" gloussa-t-il.
"Pas vraiment," dis-je. "Juste une longue journée. Dommage que tu n'aies pas apporté tes patins. J'aurais pu te battre sur la glace." Je lui envoyai un sourire taquin et haussai les sourcils quand il rit.
"Oh, tu crois ça ? Je suis presque sûr que la dernière fois que nous étions sur la glace ensemble, ça s'est terminé par une égalité…" dit-il, me prenant dans ses bras alors que ses mains caressaient le long de ma colonne vertébrale, son visage se penchant vers le mien.
"Je suppose qu'on peut appeler ça une égalité…" cédai-je au bout d'un moment, lui donnant trois baisers doux.
"Tu sais," dit-il contre mes lèvres. "Je n'ai pas besoin de patins pour une revanche." Sa bouche se déplaça pour me faire des baisers rapides sur le visage et le cou, me chatouillant.
Je gloussai et le repoussai légèrement. "Alors, des projets pour la soirée ?"
"Je traîne avec ma copine," dit-il, en me tendant la main avant que je n'aille trop loin. "Peut-être que si j'ai du bol elle me fera à dîner. Je suis plutôt gâté ces derniers temps."
"Vraiment, hein ?" demandai-je avec un sourire heureux. "Elle est bonne ?"
"La meilleure," sourit-il, en me serrant la main.
"Je suppose que tu as de la chance."
"Oui, et bien plus," soupira-t-il.
"D'accord, beau parleur, allons-y. Je vais voir ce que je peux dénicher. Tu as faim maintenant ?"
"Euh humm," murmura-t-il, levant mon menton pour rencontrer sa bouche dans un baiser doux et persistant qui me fit flotter instantanément.
"Je dois juste prendre mon sac dans les vestiaires," bégayai-je, pratiquement ivre de l'étreinte intense et inattendue. En reculant de ses bras, je me retournai pour aller dans le vestiaire où je laissais mes affaires, en espérant prendre un moment de plus pour que ma tête et mon cœur reviennent à la normale.
En raison de ma distraction, il me fallut un moment pour réaliser qu'Edward était toujours à côté de moi quand j'atteignis la porte et il semblait qu'il n'avait pas l'intention de rester dehors à m'attendre.
"Où penses-tu aller ?" lui demandai-je, m'arrêtant au seuil de la lourde porte légèrement entrouverte.
"Avec toi," dit-il, comme si ça aurait dû être évident.
"Ça ne me prendra qu'une seconde, Edward. Je peux..."
Apparemment, il ne pouvait pas. Attendre, je veux dire. Ses lèvres descendirent rapidement sur les miennes, coupant mes mots et mon air d'un seul coup. Il ouvrit la porte en grand et me poussa à l'intérieur, mes pieds se déplaçant sans aucune idée de l'endroit où ils allaient, ne suivant que les directives d'Edward comme si son corps faisait partie du mien. Ses bras étaient enroulés autour de moi, piégeant mes bras sur les côtés, alors que mes doigts tâtonnaient pour essayer de l'atteindre.
"J'ai pensé - Oh, mon Dieu," haletai-je, quand ses lèvres dévorèrent mon cou.
Ses bras se relâchèrent finalement au point où je pus lever les mains vers ses épaules, mes doigts se crispant sur ses muscles durs. "Je croyais que tu voulais dîner."
"No… non," murmura-t-il. Je sursautai quand ses dents se refermèrent sur l'endroit sensible sous ma mâchoire.
"Tu as dit que tu avais faim," fis-je, bien que mon cerveau me crie de me taire et d'arrêter d'essayer de réfléchir quand ses mains me serraient les hanches et que sa langue faisait... ça.
"Pas de nourriture," dit-il d'une voix rauque, en ramenant son visage vers le mien, me regardant fixement pendant seulement un moment ses yeux sombres de désir. "De toi."
Ses lèvres s'écrasèrent sur les miennes à nouveau et je gémis sous sa force, ma bouche essayant désespérément de rester avec la sienne pendant que nos langues se mêlaient. Je me sentis partir en arrière même si je ne pouvais pas enlever mes lèvres des siennes afin de prendre conscience de qu'il se passait. Je sentis la surface dure dans mon dos juste au moment où il mit fin au baiser, s'éloignant de moi un instant. Je lui tendis la main pour protester.
"Ne t'inquiète pas ma belle," murmura-t-il à mon oreille. "Je ne vais nulle part."
Ses mains coururent sur mon corps, explorant les courbes sur leur passage jusqu'à qu'il atteigne mes mollets. Je n'eus qu'un instant pour réaliser qu'il m'avait couchée sur un grand banc en bois au milieu du vestiaire avant de se retourner pour me recouvrir de son corps, m'enfonçant fermement dans la surface dure.
Avec la force de levier je réussis à obtenir la traction nécessaire pour le contrer, gémissant au frottement délicieux de sa longueur sur mon centre, séparés seulement par quelques couches de tissu. Il grogna, un bruit rauque qui vibra contre mes lèvres, pendant qu'il m'embrassait goulument et bougeait contre moi.
Ses mains me caressaient en mouvements rapides et mal assurés jusqu'à atteindre la fermeture à glissière de ma veste de survêtement et de la descendre rapidement, soulevant nos torses du banc juste le temps qu'il lui fallut pour arracher le tissu de mes bras et le jeter sur le côté.
"Te voir comme ça sur la glace…" marmonna-t-il contre ma peau alors qu'il m'embrassait en remontant jusqu'à ma clavicule, tirant sur le tissu élastique de mon soutien-gorge. "Tu n'as aucune idée de ce que ça me fait. Putain tu es tellement sexy Bella."
Le son de sa voix et les mots eux-mêmes m'excitaient alors que mes doigts s'accrochaient à ses cheveux. Ses mains trouvèrent le bord de mon débardeur et l'envoya rejoindre le tas de vêtements dans un coin. Je tirai sur sa chemise, exposant son torse musclé, mes mains dansant sur sa peau chaude, traçant les petites crêtes de ses abdominaux.
Il atteignit la taille de mon pantalon, ses doigts s'enroulant dans ma culotte en même temps, avant que je n'aie un moment de lucidité.
"Attends Edward ?" haletai-je, levant les mains pour qu'il s'arrête. "On ne peut pas ici. Et si quelqu'un vient à la patinoire ? Su…"
Il m'interrompit avec un baiser tendre mais intense, ses lèvres et sa langue me faisant tout oublier.
"Personne ne viendra. Et j'ai verrouillé la porte au cas où. C'est juste toi et moi, baby et je te veux ici, comme ça. S'il te plait ?"
"Seigneur oui," haletai-je, enlevant mes mains qui le retenait pour qu'il continue. Il n'hésita pas, enlevant le tissu extensible de mes jambes et me laissant nue devant lui. Il se rassit, chevauchant le banc en bois, ses yeux se remplissant de désir, sa respiration devint superficielle. Je restai là, incapable de bouger sous l'intensité de son regard, tremblant de désir alors qu'il ne me touchait même pas, tout ce que je pouvais faire était prier pour qu'il ne garde pas ses mains pour lui trop longtemps.
Mes prières furent exaucées lorsque ses doigts se posèrent doucement sur le dessus de mes genoux, l'une y restant tandis que l'autre trainait au-dessus de mon mollet, caressant le muscle contracté avant de prendre la cheville. Il leva les yeux vers mon visage alors qu'il le soulevait, poussant doucement ma jambe plus haut… puis encore plus haut. J'aurais dû être gênée d'être si exposée, si ouverte à lui mais la pudeur n'avait pas sa place en ce moment. Ma cuisse sur ma poitrine alors que ma jambe se posait près de ma tête, rappelant la position avec laquelle j'avais terminé mon programme.
Il tendit la main vers mes mains molles, remplaçant sa prise sur ma jambe par la mienne afin qu'il puisse se pencher en arrière pour observer.
"Hmmm," gémit-il, ses doigts caressant la longueur de ma jambe lisse. "J'ai vraiment aimé celui-ci. Et je l'aime encore plus maintenant."
Tandis que ses mains se déplaçaient plus bas, de plus en plus près de l'endroit où je battais pour lui, je me mordis la lèvre pour ne pas gémir, mes mains tremblantes sur ma jambe alors que j'essayais de m'empêcher de l'attraper et de le supplier de se dépêcher et de me prendre, déjà.
"Est-ce que c'est inconfortable ?" demanda-t-il, en continuant à passer ses doigts sur ma cuisse.
Je secouai la tête rapidement, agitant doucement mes hanches dans le but d'atteindre ses doigts taquins. "Combien de temps peux-tu tenir dans cette position ?" demanda-t-il de nouveau, la voix rauque.
"Un moment." Je respirai lourdement.
"Tu penses pouvoir tenir pendant que je fais ça ?" demanda-t-il alors que ses doigts glissaient enfin sur moi, caressant ma chaleur mouillée. Mes yeux se révulsèrent et je gémis de plaisir à son contact. Les mains lâchèrent et je commençai à perdre le contrôle de ma jambe mais il ne tarda pas à la remettre en place pour moi.
"Peux-tu rester comme ça pour moi, baby ?" demanda-t-il, une fois de plus et j'acquiesçai, resserrant ma prise. Je ferai tout ce qu'il me demanderait tant qu'il me toucherait. Il se pencha et déposa un baiser sous mon oreille et murmura, "Bonne fille !"
Puis ses doigts furent de nouveau sur moi, frottant et caressant avant de glisser à l'intérieur pendant que son pouce travaillait mon clitoris. Je criai mais il étouffa le bruit avec sa bouche et elle se referma sur la mienne, mes yeux se plissèrent alors que les sensations de ses mains et de sa bouche devenaient de plus en plus fortes. Ses lèvres commencèrent à voyager sur ma peau, s'arrêtant sur mes seins avant de laisser tomber de doux baisers mouillés sur mon abdomen.
J'haletai quand ses lèvres arrivèrent sur l'os de ma hanche, posant de doux baisers sur mon cygne avant de descendre plus bas. J'ouvris les yeux en réalisant ce qu'il allait faire et je le regardai, il était couché sur le ventre sur le banc, une main caressant ma cuisse qui était au-dessus de moi, alors que l'autre continuait à bouger en moi. Il fixait l'endroit qu'il était en train de toucher jusqu'à ce qu'il sente mon regard sur lui et me regarde. Il continua à me regarder, baissant la tête jusqu'à ce que je sente son souffle sur moi.
Il enleva ses doigts et demanda, "Bella ?"
Je ne pus rien sortir d'autre qu'un faible gémissement pour lui répondre.
"Tu penses que tu peux tenir ta jambe pendant que je fais ça ?" demanda-t-il, en se penchant en avant et en passant le bout de sa langue une fois de plus. Cela ne dura pas plus d'une fraction de seconde mais l'intensité de ce moment me fit crier.
Mes yeux se fermèrent et ma tête tomba en arrière alors que sa langue recommençait mais ne repartit pas aussi vite cette fois. Il passa dessus, léchant longuement avant de refermer ses lèvres autour et de sucer. Une main en place, me tenant la jambe tandis que l'autre ne pouvait plus être retenue. Elle reposa dans ses cheveux alors qu'il continuait à me donner du plaisir avec sa langue, mes doigts s'agrippant aux douces mèches quand il aplatit sa langue contre moi et la laissa un moment, pressée contre mon sexe palpitant. Quand il la bougea elle rencontra le nœud sensible de mon centre et je ne pus plus me contrôler. Mon autre main alla dans ses cheveux pendant que ma jambe tombait et s'accrochait à son épaule pour reposer dans son dos.
"Oh, Seigneur, Ed- Edwa- oui," criai-je de façon incompréhensible alors que mon corps flottait à la sensation et que je me laissai aller.
Je n'arrivais plus à réfléchir et mon corps était tout mou. Je ne pouvais même pas penser à bouger, trop occupée à me concentrer sur comment respirer alors que les spasmes continuaient à me parcourir. Je trouvais enfin la force d'ouvrir les yeux et je vis Edward là, assis sur le banc semblant plus que satisfait de lui. Son jean était ouvert et je pouvais voir le bout de son érection dans son boxer. Le désir dans ses yeux me dit que ce n'était pas encore fini. Je pus sentir l'anticipation se bâtir en moi à nouveau. Cet homme m'avait rendue positivement gourmande.
Je le regardai se lever pour faire tomber son pantalon puis son boxer se décolla de ses jambes, se révélant à mes yeux voraces. Il s'agenouilla entre mes jambes sur le banc, un pied planté sur le sol à côté.
"Ta jambe va bien ?" demanda-t-il, alors qu'il avançait légèrement pour frotter ma cuisse en massant le muscle étiré.
"Euh, euh," murmurai-je, encore quelque peu incohérente face à l'intensité de mon orgasme.
"Tu sais Bella…" il se pencha pour murmurer à mon oreille la voix rauque du dominateur. "… tu n'as pas fait ce que je t'ai demandé."
"Qu… quoi ?"
"Tu n'as pas laissé ta jambe en haut pour moi," expliqua-t-il, en mordillant le lobe de mon oreille.
"Désolée," gémis-je, alors que ses doigts allaient sur ma cheville opposée.
"J'imagine que je vais juste devoir la tenir pour toi," dit-il en répétant son action précédente, consistant à lever ma jambe et l'écarter. Son autre main saisit ma hanche et glissa sur la courbe de mon cul pour me soulever du banc, juste assez haut pour placer ma jambe pliée sur sa cuisse et appuyer contre son érection. "Putain baby c'est si bon," grinça-t-il, le visage sérieux et les yeux fermés alors que ses lèvres tremblaient tant il se retenait.
Il se frotta contre moi, forçant un peu plus à chaque fois, jusqu'à ce qu'il semble qu'il en ait assez. Ses yeux s'ouvrirent et trouvèrent les miens alors qu'il s'apprêtait puis il glissa en moi.
J'étais toujours stupéfaite de voir à quel point c'était incroyable de le sentir bouger en moi, chaque fois c'était une expérience entièrement nouvelle et j'espérais que ce serait toujours le cas, que ce serait toujours aussi enivrant, nouveau et exquis peu importe le nombre de fois que nous le ferions. Les sensations étaient devenues encore plus fortes depuis que nous avions cessé d'utiliser la protection. Eh bien ce genre au moins. Sentir sa peau chauffée me pénétrer sans obstacle ne ressemblait à rien d'autre et il ne fallut pas longtemps avant que j'atteigne à nouveau le bord alors que ses hanches poussaient contre moi.
Mes mains s'agrippèrent alors qu'il jetait sa tête en arrière en gémissant, me pompant encore et encore, frappant cet endroit glorieux caché au plus profond de moi que lui seul connaissait.
Je finis en geignant, bientôt rejointe par son gémissement profond et rougissant lorsqu'il se lâcha en moi.
⁂
Après avoir passé une soirée tranquille loin de la glace avec Edward, à me détendre, à nous câliner et à rire, le lendemain je rentrai dans la patinoire me sentant rafraîchie et prête à foncer. Quand j'entrai, je remarquai Marcus assis sur les gradins, comme d'habitude mais je m'arrêtai en voyant Esmée assise avec lui, en train de discuter. Ils avaient l'air absorbé par leur conversation, ce qui n'avait rien de nouveau mais quelque chose ne tournait pas rond. Esmée ne venait jamais à la patinoire aussi tôt. Mais elle avait peut-être une raison… quand ils remarquèrent mon arrivée leur expression changea ce qui me fit instantanément me tenir sur mes gardes.
J'allai directement vers eux et laissai tomber mon sac, essayant de ne pas trop lire dans le les regards qu'ils échangeaient.
"Quoi de neuf ?" demandai-je, incapable de supporter le silence plus longtemps.
Le calme dura encore un long moment pendant qu'ils se regardaient nerveusement l'un l'autre. Esmée se racla enfin la gorge et me lança un regard plein de compassion.
"Chérie, je pense qu'il y a quelque chose que tu devrais voir…"
"Qu'est-ce que c'est ? Quelque chose ne va pas ? Que s'est-il passé ?" commençai-je rapidement, chaque question un peu plus paniquée que la dernière. Je ne pouvais pas imaginer pourquoi ils étaient si nerveux de m'annoncer quelque chose.
"Bella, calme-toi," m'apaisa Marcus, se déplaçant sur le banc pour faire de la place entre eux. "Tiens, assieds-toi."
"Vous me faites flipper. Quelqu'un peut me dire ce qu'il se passe ?" plaidai-je, refusant de s'asseoir.
Esmée me tendit un magazine qui était resté ouvert sur ses genoux. En le retournant dans mes mains pour que je vois la couverture, je remarquai que c'était le dernier numéro de Skating Magazine, une publication populaire qui mettait l'accent sur les derniers événements dans notre sport. Sur la couverture il y avait le visage souriant de Lauren Mallory, une étoile montante de dix-neuf ans du patinage artistique aux Etats-Unis.
Lauren était jeune, fougueuse et charismatique sur la glace… et une vraie salope en dehors. Elle n'avait pas atteint l'âge requis pour participer aux Jeux Olympiques de Turin et était encore un peu inexpérimentée pour être une candidate sérieuse même si elle avait eu l'âge requis. Mais depuis quatre ans, elle n'avait cessé de gravir les échelons.
Au cours des deux dernières années, elle avait souvent terminé dans le top cinq des compétitions, bien qu'elle ait eu tendance à être une concurrente quelque peu inconstante.
Dans les coulisses, elle était méchante, toujours prête à répandre des rumeurs et des ragots sur ses concurrents. Elle incarnait pratiquement tous les stéréotypes qui entourent ce sport. Peut-être que c'était quelque chose qui s'améliorerait avec l'âge et la maturité mais la dernière fois que j'avais patiné contre elle, elle était vicieuse.
Malgré ses défauts de personnalité, je devais admettre qu'elle était bonne. Elle avait des sauts puissants et une chorégraphie plaisante qui compensait son manque de grâce et de souplesse.
Nous étions aux antipodes dans presque tous les domaines.
"Qu'est-ce que je suis censé lire ici ?" demandai-je, en feuilletant les pages.
"Page 86," dit Esmée.
Je trouvai la page et vis l'article sur Lauren.
"Pourquoi je dois lire un article sur Lauren Mallory?" demandai-je, en regardant entre eux, complètement perdue.
"Lis-le, ma chérie," suggéra Esmée.
Je soupirai et commençai à parcourir le texte. C'était le truc typique, raconter un peu son histoire, ce qu'elle avait prévu pour la saison à venir. Elle avait récemment annoncé ses choix de programme... Sing, Sing, Sing pour son programme court et une sélection de Carmen pour son style libre. Je sourcillai en voyant qu'elle avait engagé Heidi Shapiro pour sa chorégraphie cette saison. Pas tout à fait surprenant puisque le style d'Heidi semblait s'accorder beaucoup mieux avec Lauren.
Je continuai à lire en diagonale, ralentissant pour lire un peu plus attentivement quand je tombais sur mon nom mentionné comme sa plus grande concurrente puis je m'arrêtai brusquement en voyant ce qui suivait. Mon cœur tomba dans mon estomac pendant que je continuais à lire.
Lauren est connue pour être un peu inconstante dans ses sélections d'entraîneurs et elle a suscité des critiques au sein de la communauté pour son manque de loyauté. Déjà cet été, elle a remplacé Alistair Montgomery, l'entraîneur qui l'a menée à la première place du podium à Cleveland en janvier dernier par Phil Dwyer, qui a déjà été l'entraîneur de la championne nationale de 2001, Makenna Albright, et de qui la rumeur disait qu'il travaillait avec Isabella Swan. Le lien de Dwyer avec Swan, ainsi que son actuel avec Lauren, ont été confirmés par USFSA, ainsi que par l'équipe de Mallory.
Fait intéressant, en même temps que Lauren changeait d'entraîneur, elle changeait aussi de manager et signait avec Renée Dwyer, anciennement Swan. Mme Dwyer est la mère d'Isabella Swan et elle a agi au titre de manager pendant toute la carrière de sa fille. Lorsqu'on l'a interrogée, Mme Dwyer a fait remarquer qu'elle et Isabella Swan avaient dissous leurs liens professionnels et qu'elle ignorait tout des intentions d'Isabella pour la saison à venir.
Avec le camp de Swan qui reste muet et le début de la saison qui approche à grands pas, la spéculation a commencé à se répandre sur le fait que peut-être la princesse de glace préférée de l'Amérique ne reviendrait pas et que Lauren Mallory est peut-être le meilleur espoir de médaille pour les Etats-Unis à Vancouver.
Je lus quelques lignes de plus mais il m'apparut que le reste de l'article concernait son ascension vers le sommet et les difficultés qu'elle aurait à surmonter pour y rester. Les mots devinrent flous devant moi et je réalisai que mes mains tremblaient. Je fermai le magazine comme si cela pouvait effacer les trois dernières minutes et ce que je venais de lire.
La nausée retourna dans mon estomac pendant que j'assimilai l'information, chaque fait étant plus troublant que le précédent.
Renée était passée à autre chose. Elle était avec une autre patineuse. Elle était avec une patineuse que je méprisais qui était probablement ma plus grande adversaire. Et elle le savait aussi.
Encore plus dégoûtant et blessant que ce fait, c'était la nouvelle qu'elle s'était mariée. Avec Phil.
Elle avait épousé l'ordure qui m'avait dragué, qui m'avait harcelé sexuellement en faisant semblant d'agir en tant qu'entraîneur. Qui m'avait touchée et m'avait fait des avances sous ses yeux et elle m'avait accusé d'avoir essayé de le séduire.
Cette trahison initiale avait été comme un couteau dans le cœur. C'était juste enfoncer la lame plus profondément et la bouger méchamment.
J'avais l'impression de ne plus pouvoir respirer et mes poumons brûlaient dans ma poitrine. Je n'avais même pas réalisé que mes doigts étaient contractés sur le magazine mais je ne pouvais toujours pas relâcher mon emprise.
En levant les yeux, je remarquai qu'Esmée et Marcus me regardaient avec prudence et inquiétude.
"S'il vous plaît, dites-moi que c'est une blague !" chuchotai-je, en brandissant le magazine qui était maintenant froissé dans mon poing serré.
"Non, ma chérie, ça ne l'est pas…" dit Esmée.
"J'ai eu confirmation ce matin," continua Marcus, la voix lente et prudente, tandis qu'il me surveillait de près. "Renée travaille avec Lauren depuis deux mois. Elle a signé un contrat avec elle moins d'une semaine après son retour en Floride."
Moins d'une semaine. Il ne lui avait fallu que quelques jours pour passer à autre chose, pour oublier tout de moi. Comme si je n'avais jamais existé.
"Quand se sont-ils mariés ?" grommelai-je. Je fixai mon regard dans le lointain, incapable de les regarder quand je me sentais si complètement révoltée. J'espérais que ma question avait paru désinvolte, comme un simple intérêt passager sur le fait que j'avais un nouveau beau-... Je ne pouvais pas même penser à ce mot associé à lui. C'était incestueux et sale de le considérer comme quelqu'un qui aurait un rôle parental.
"Mariée ? Oh, elle et Phil Dwyer ?" demanda Marcus. Je hochai la tête, tout en regardant ailleurs. "Il y a quelques semaines. Début juin, d'après ce que j'ai pu trouver."
"Je suppose que je devrais l'appeler et la féliciter," dis-je sèchement.
"Bella, chérie…" dit Esmée immédiatement. Elle se leva et enroula son bras autour de moi, essayant de m'apaiser comme elle le faisait toujours naturellement. Typiquement, j'aurais apprécié, après m'être habituée à son niveau d'affection. Mais à ce moment-là, je ne pouvais pas supporter la compassion.
Je me figeai, me sentant instantanément claustrophobe et mal à l'aise à l'idée que quelqu'un me touche, même Esmée. Mes épaules se raidirent et je m'éloignai d'elle, reculant devant son offre de réconfort.
"Je suis désolée, Esmée," lui dis-je sincèrement, les yeux pleins des excuses. "S'il te plaît, ne m'en veux pas. Je ne peux pas maintenant. Je ne peux pas parler de ça maintenant."
Elle hocha la tête, les yeux pleins de compréhension et heureusement, sans la moindre trace de douleur.
Je reculai de quelques pas, les bras serrés autour de mon ventre, avant de m'agripper à mon sac. Je voulais juste oublier. Et la seule façon d'oublier, c'était de patiner.
"Bella, attends…" dit Marcus, les mains tendues devant lui, un geste pour que je m'arrête et réfléchisse une minute. "Pourquoi ne prends-tu pas ta journée ? C'est beaucoup de choses à assimiler. Vas-y, prends un peu du temps pour toi..."
"Non," dis-je d'abord brusquement, avant de m'arrêter pour prendre une grande respiration. Je le regardai et parlai d'une voix plus calme. "Non, merci. Je veux patiner. Je ne vais pas la laisser m'arrêter ou me faire régresser."
Il m'observa un instant, avant de hocher la tête en signe de consentement. Marcus me connaissait assez bien pour comprendre que j'avais besoin de travailler, d'être active en ce moment, tout comme il savait que j'avais besoin de mon espace et de distraction, plutôt que de rester seule avec mes pensées.
Je sortis les patins de mon sac et les laçai rapidement, désireuse de patiner pour penser à autre chose qu'à ce que je venais de découvrir.
Je ne souhaitais rien de plus que de me réveiller et constater que tout cela n'était qu'un rêve. Un horrible cauchemar que mon esprit surmené avait créé à partir de souvenirs refoulés. Mais ça ne l'était pas. J'étais bien réveillée et la preuve était jute devant moi. Littéralement.
Tout au long de la journée je restai concentrée. Je bloquai tout sauf ce que j'avais à faire sur la glace. Je savais pertinemment qu'Esmée et Marcus me surveillaient comme des faucons, s'attendant à ce que je craque, que je montre quelque signe d'émotion. Ils ne pouvaient pas comprendre que j'étais engourdie. Que je ne ressentais rien. Je ne me laisserai pas aller.
Je fis la seule chose que je savais faire face à la douleur. Fermer mon esprit entièrement, me protégeant en me plongeant dans un état de torpeur, comme je l'avais toujours fait par le passé quand ses mots et ses actions essayaient de m'atteindre.
Je restai dans une brume floue toute la journée. J'entendais la musique ou les paroles de Marcus mais c'était comme si j'étais sous l'eau. Tout était étouffé et vite oublié.
Après ce qui me sembla être quelques minutes, je sentis une main toucher mon épaule, ce qui me ramena à la réalité. Je m'éloignai involontairement du contact. Levant les yeux, je vis Marcus baisser la main, le front plissé d'inquiétude.
"D'accord Bella. C'est assez pour aujourd'hui," dit-il.
"Quoi ? Déjà ?"
"Il est cinq heures," m'informa-t-il doucement.
Mes yeux se posèrent sur l'horloge de la patinoire et je vis que c'était vrai.
Les heures avaient passé et je ne l'avais même pas remarqué. J'espérai que nous n'avions rien fait d'important car ma tête était vide. Je n'avais rien retenu.
"Oh ! Je suppose que le temps s'est échappé," marmonnai-je, en prenant une gorgée d'eau sans même apprécier le rafraichissement. Ma gorge était sèche de même que mes yeux.
"Bella…"
"S'il vous plait Marcus, non," le suppliai-je. J'essayai de lui faire un regard rassurant mais je n'arrivais même pas à sourire, même pas un petit sourire. "Ça va aller. Ne vous inquiétez pas pour moi."
"Si tu as besoin de parler à quelqu'un…"
"Oui," murmurai-je. "Je sais. Merci."
"Je veux que tu te reposes. Prends deux jours de repos loin de la patinoire. Ne pense même pas au patinage. Fais une pause. Passe du temps avec ton jeune homme," suggéra-t-il, en sortant les protections pour mes patins, m'encourageant à quitter la glace.
Je hochai la tête en prenant les bouts de plastique et m'arrêtant à la porte, marchant sur le caoutchouc pour aller vers le banc et enlever mes patins. J'avais trop chaud, j'ouvris la fermeture à glissière de ma veste et l'enlevai en la jetant négligemment sur le banc. Ma tête était douloureuse et palpitante alors je détachai violemment mes cheveux. Cela aidait un peu. Mais je me sentais quand même mal. Anxieuse et mal à l'aise.
"Tu veux parler, mon cœur ?" C'était la voix chaude et apaisante d'Esmée. Je levai les yeux et la vis debout devant moi. "Je n'ai rien de prévu, je serai heureuse de te raccompagner si tu veux."
Son offre était si sincère que je détestais refuser. Mais je savais que je ne pouvais pas accepter. Pas maintenant. Pas encore. Je ne pouvais parler à personne de cela alors que je me sentais si vulnérable. Je ne pouvais laisser personne voir autre chose que la coquille que j'avais été toute la journée.
"Non," murmurai-je. "Merci Esmée. Je le pense vraiment. J'apprécie vraiment. Je viens de… Pas maintenant, d'accord ?"
Elle s'agenouilla devant moi rendant presque impossible d'éviter ses yeux bienveillants bien qu'elle n'ait pas essayé de me toucher à nouveau.
"C'est bon d'être en colère, blessée. Il n'y a pas à avoir honte," dit-elle d'une voix douce et patiente. "Mais ne laisse pas cela te faire reculer. Tu as parcouru tellement de chemin. Souviens-toi seulement que tu n'es pas seule dans cette situation, Bella. Tu n'auras plus jamais à être seule à nouveau."
Je hochai la tête, me mordant la lèvre inférieure et baissant les yeux pour me cacher sous mes cheveux alors que les larmes coulaient dans mes yeux. Elle resta silencieuse un moment de plus avant de demander si je voulais partir avec elle. Le fait qu'elle me comprenne si bien après seulement quelques mois, qu'elle sache que je n'étais pas prête à être poussée alors que son instinct naturel serait de me réconforter, me faisait me sentir plus mal.
Si j'avais été intelligente j'aurais accepté son offre et serais partie avec elle, je lui aurais parlé ou aurais appelé Edward ou Alice et je leur aurais parlé. Je savais que c'était une mauvaise idée d'être seule en ce moment mais c'était ce dont j'avais besoin. Alors je refusais poliment.
"Non j'ai encore besoin de quelque temps,"' dis-je ma voix fluette et presque rauque d'émotion.
Elle hésita puis hocha la tête, se pencha pour m'embrasser rapidement sur le front en se levant, me souhaitant bonne soirée et se dirigea vers la porte.
Après qu'elle soit partie, je restais là, ma tête entre mes mains, mes coudes appuyés sur mes genoux, mes cheveux tombant en rideau autour de mon visage. Peu à peu l'engourdissement commençait à s'user, l'intimité de la patinoire vide permettant à la façade calme et recueillie que j'avais maintenue fermement en place de disparaitre morceau par morceau.
Un torrent d'émotions s'abattit et prit le dessus. Tristesse, chagrin, trahison, colère. La colère était la plus facile, la plus satisfaisante et je m'y accrochais désespérément, craignant que tout autre choix ne me brise.
Comment avait-elle osé ? Comment avait-elle pu ? Que lui était-il passé par la tête pour qu'elle agisse de cette façon ? Je n'arrivais pas à comprendre son état d'esprit.
Je savais que je l'avais virée mais je n'aurais jamais imaginé qu'elle prendrait une autre patineuse qui plus est celle contre qui je me battais.
Comment pouvait-elle avancer si facilement ? Etait-elle si froide qu'elle ne ressentait rien de ce qu'elle avait perdu ? Est-ce que je signifiais vraiment si peu pour elle qu'elle puisse passer si rapidement à autre chose ?
Quelques jours seulement après avoir quitté ma vie, elle avait signé avec une autre patineuse, un nouveau ticket repas, un instrument pour obtenir ce qu'elle voulait en fin de compte. Tout ce qu'elle voulait c'était gagner, peu importe le prix. La notoriété, l'argent, le style de vie. Voilà ce qu'elle chérissait, c'était clair maintenant.
Avait-elle pleuré ? Avait-elle pleuré la perte de sa relation avec moi… même un peu ? Etais-je vraiment rien qu'un outil ? Un moyen pour arriver à son but ? Etait-ce tout ce qu'avais jamais été pour elle ? Les faits semblaient tous aller en ce sens.
Et Phil ? Je ne pouvais même pas penser à lui car la nausée revenait. Je me sentais de nouveau souillée rien qu'en pensant à lui. Je pouvais toujours me souvenir avec clarté de ce que j'avais ressenti ce jour-là à la patinoire quand j'avais enfin tapé. Chaque souvenir me donnait la chair de poule et des frissons de panique me parcouraient.
En tremblant je réalisais qu'il fallait que je me cache. J'étais encore trop énervée, trop près de mon point de rupture pour vouloir voir qui que ce soit, alors je choisis le seul moyen d'évasion qui avait toujours été là pour moi. Mon refuge.
Je ressortis mes patins, les lames étaient toujours humides. En tirant violemment sur les lacets je les attachais fermement autour de mes pieds, les lacets étaient trop serrés mais le sentiment d'inconfort était une distraction bienvenue.
Je sautai du banc, courant pratiquement jusqu'à la lourde porte et décollai en sprintant sur la patinoire. Mes pieds volaient et l'air balayait mes cheveux lâchés alors que je courais pour essayer de dépasser mes pensées et échouer lamentablement. Elles ne faisaient que continuer à me tourmenter.
Alors que mes lames grattaient la surface et que mes poumons brûlaient, j'essayai de me concentrer uniquement sur le rythme de mes pieds et le bruit de mon souffle haletant. Mais ce n'était pas suffisant pour m'entrainer.
Je voulais oublier. Revenir à la fin du mois de juin, lorsque ma vie était parfaite. Mais je ne pouvais pas.
Maintenant que mes pensées étaient déchainées il était impossible d'essayer de les faire taire. A chaque pas que je faisais un nouveau souvenir faisait son apparition. De Renée. De Phil. Je voulais me cacher le visage et crier jusqu'à ce qu'ils disparaissent.
Après douze tours de réflexion, je savais que j'avais besoin de quelque chose de plus pour m'emporter, pour lutter contre.
Et brusquement l'inspiration me frappa.
Quelque chose qui me ferait me sentir forte et puissante. Quelque chose qui lui prouverait à quel point elle se trompait, à quel point elle me connaissait peu.
Elle avait toujours dit que je ne serai jamais assez bonne pour faire un Axel, que c'était trop difficile et que je n'avais pas le talent. Elle m'avait piquée. Elle m'avait taquiné. Elle me l'avait jeté au visage maintes fois lorsque j'avais échoué à le maitriser.
Il fallait plus que jamais que j'arrive à le maitriser.
Deux côtés de moi étaient en guerre l'un contre l'autre alors que je commençais mes croisés arrière. Une partie de moi qui pensait encore de manière rationnelle me disait que c'était une idée vraiment stupide. Malheureusement elle était beaucoup moins convaincante que la majorité de mes pensées qui me criaient de le faire, que c'était quelque chose que je pourrai lui jeter à la figure pour lui montrer qu'elle s'était trompée sur moi, qu'elle l'avait toujours fait.
En serrant les dents, je basculai les bras en arrière, me penchant avant de sauter. Mes pieds s'emmêlèrent et je tombai violemment sur la hanche. La douleur me coupa le souffle mais c'était plus satisfaisant que la douleur dans mon cœur. L'adrénaline monta en flèche quand je me remis debout pour recommencer immédiatement la passe suivante et retomber une fois de plus.
Chaque tentative devenait plus désespérée et paniquée que la précédente. J'avais besoin de faire un atterrissage propre. Je ne pouvais pas échouer. Si j'abandonnais, ça voudrait dire qu'elle avait gagné, qu'elle avait raison… et je ne pouvais pas laisser ça se produire.
A chaque préparation précipitée, les souvenirs me revenaient, leurs coupures tranchantes s'approfondissant à chaque fois que je tombais. Je ne remarquai ni le froid sur mes bras et mes épaules nus, ni la douleur de ce qui allait être beaucoup de bleus colorés, l'humidité de mon pantalon à cause des chutes sur la glace encore et encore, ne servant qu'à ajouter du poids qui me tirait vers le bas.
Tu es faible, Isabella.
Tu n'es pas assez bien, Isabella.
Pas assez jolie.
Pas assez parfaite.
Pas assez forte. Pas assez rapide.
Jamais assez.
Jamais assez, putain. Tu ne seras jamais assez, Isabella.
Pourquoi penserais-tu l'être ?
Ma prochaine tentative fut plus proche, ce qui me permit d'effectuer trois rotations et demie pour arriver à atterrir sur mon pied opposé. Bien sûr, ce fut aussi ma chute la plus horrible. Je tombai très fort sur ma hanche droite, ma cheville gauche cognant contre la glace un instant plus tard. Cette fois-ci, quand j'essayai de me lever, mes jambes cédèrent sous moi, surmenées, épuisées et peu enclines à me faire plaisir plus longtemps.
"Putain de merde !" criai-je, mes poings frappant la glace inaltérable sous de moi. Des larmes que je n'avais pas senties coulaient sur mon visage, des mèches de mes cheveux déchaînés restaient collées à mes joues. A genoux, la tête en arrière, je hurlai à pleins poumons, incapable de contrôler les mots qui sortent de ma bouche. "Qu'est-ce que tu veux de moi, bordel ? Qu'est-ce que je t'ai fait ? Qu'est-ce qui ne va pas chez moi ? Quoi ?"
En réponse je n'eus droit qu'au silence. Comme elle me l'avait toujours donné. Quand elle ne critiquait pas, elle était muette. Pas de mot de soutien, de réconfort, d'encouragement, d'amour. Putain, quel genre de personne - non, quel genre de mère fait ça ?
Était-elle en Floride en train de dire à Lauren " bon travail" à la fin d'une séance ? Avait-elle dit 'je t'aime' à Phil ?"
Imaginer qu'elle vivait sa vie comme si je n'avais jamais existé alors qu'elle continuait à détenir un tel pouvoir sur moi me fit paniquer. En serait-il toujours ainsi pour moi ? Si elle pouvait aller de l'avant si facilement, pourquoi je ne pouvais pas ? Pourquoi a-t-elle dû faire des ravages dans ma vie alors que je n'étais même pas un point sur son radar ? Pourquoi je ne pouvais pas oublier comme elle l'avait fait ? Pourquoi ne pouvais-je pas couper les attaches quand, pour elle, elles n'existaient même pas ?
Soudain, je pouvais à peine respirer. Mes patins étaient tellement contraignants qu'ils ressemblaient à des chaînes et je griffai désespérément les lacets puis les arrachai de mes pieds et les jetai contre la balustrade et ça résonna comme deux coups de feu consécutifs.
"Pourquoi pas moi ?" hurlai-je. "Pourquoi je ne suis pas assez, bordel ? Pourquoi tu ne peux pas m'aimer ? Pourquoi ne peux-tu pas juste m'aimer ?"
Je m'arrachai les cheveux. Je pleurai. Je hurlai à pleins poumons, essayant juste de me purger du poison venimeux qui s'était caché dans l'ombre et qui coulait maintenant dans mes veines - qui me brûlait, me gelait, me tuait.
"Stop. S'il te plaît. Laisse-moi partir. Laisse-moi partir," suppliai-je, ne sachant plus vers qui je pleurais. "S'il te plaît, laisse-moi…"
Ma voix se coinça dans ma gorge sur cette dernière requête, la combativité m'abandonnant, mes épaules se voutèrent et mon corps commença à convulser de larmes. Je roulai pour m'allonger sur le côté, ma joue contre la surface gelée, les doigts serrés et recroquevillés, voulant quelque chose qui me retiendrait pendant que je pleurais.
Je répétai ma demande à maintes reprises. "S'il te plaît, laisse-moi partir." Chaque fois plus faiblement jusqu'à ce que ce ne soient plus que des gémissements incompréhensibles. Mon corps devint mou, fatigué et épuisé. Je savais que je n'avais pas la force de me lever alors je me résignai à rester sur place. Mon souffle haletant, les yeux ouverts mais aveugle, je capitulai et je me laissai me noyer.
Puis, alors que je pensais me perdre dans le froid et l'obscurité de mon désespoir, je sentis de la chaleur qui m'entourait.
Dans mon épuisement, j'entendis une voix qui me suppliait de revenir vers lui. Peu à peu, je remarquai la sensation de bras chauds autour de moi, la force d'un corps comme je m'enroulais sur ses genoux, la chaleur de sa poitrine contre le froid de mon corps. Je sentais de douces mains effleurant l'enchevêtrement des cheveux de mon visage et la douceur de lèvres sur ma tempe alors qu'il l'embrassait et murmurait en alternance des suppliques et du réconfort pour moi.
"Ça va aller, Bella," dit la voix. "Je suis là. Tout va bien se passer."
"Reviens, mon amour," chuchota-t-il d'une voix tremblante. "J'ai besoin que tu reviennes vers moi." Je me rapprochai de la surface, essayai de nager vers sa voix, vers la sécurité, vers la maison.
"Je t'aime."
Comme une ligne de vie qui me tirait de l'eau, je refis surface avec un souffle.
"Edward."
Il était ici. Il était avec moi. Il me tenait dans ses bras. Tant qu'il me tenait dans ses bras, tout irait bien. Il fallait qu'il en soit ainsi.
"Edward !" criai-je encore, arrachant mes bras d'où ils avaient été coincés contre sa poitrine.
Désespérément, je les jetai sur ses épaules de toutes mes forces. Je m'accrochai et sanglotai : "Ne me lâche pas. S'il te plaît, ne me lâche pas."
C'est exactement le contraire de ma demande précédente mais tout aussi nécessaire.
C'est ce dont j'avais besoin. Me libérer de ce qui avait été et embrasser ce qui existe aujourd'hui et ce qui allait toujours être.
"Te voilà. Ma Bella," souffla-t-il contre mes cheveux en me blottissant contre lui et en nous berçant alors que mes bras se serraient comme un étau autour de lui. Il ne se plaignit pas et ne fit pas le moindre geste pour desserrer ma prise, bien que ça ne doive pas être confortable. Au lieu de cela, il sembla y trouver du réconfort et il passa doucement les mains sur mon corps et me tint dans ses bras.
"Je ne te lâcherai pas, chérie. Je ne lâcherai jamais. Je te tiens. Toujours," promit-il, encore et encore alors que je hochai la tête dans le creux de son cou et murmurai son nom.
Nous restâmes assis là pendant ce qui sembla être des heures et il ne relâcha jamais son emprise, ni cessa de murmurer son amour pour moi dans mon oreille. Mes pleurs faiblirent avant de s'estomper complètement et mon emprise sur lui se détendit comme si toute la tension était drainée de mon corps dans ses bras.
Après une éternité, je le sentis bouger et je réalisai qu'il se levait. Inconsciemment, je m'agrippai à lui, protestant d'un gémissement étouffé.
"Baby, je dois te sortir de cette glace. Tu es si froide. Laisse-moi te ramener à la maison, chérie. S'il te plaît ? Je ne te laisserai pas. Laisse-moi juste te ramener chez toi."
Je n'avais pas l'énergie d'accepter mais il dut comprendre, parce que quelques instants plus tard je me sentis soulevée dans ses bras et je quittai la glace. Il m'assit sur le banc et m'enveloppa rapidement dans un sweat-shirt, en passant mes bras fatigués dans les manches.
"Patins ?" demanda-t-il.
"Hein ?" Je le regardai avec une expression vide, comme s'il avait parlé une autre langue dont je ne pouvais même pas comprendre un seul mot.
"Où sont tes patins, baby ? Ils ne sont pas dans ton sac."
Mon front se plissa alors que j'essayais de me souvenir. Combien de temps depuis ma dernière chute ? Cinq minutes ? Dix ? Ça m'avait semblé tellement plus long que ça. Mon esprit vacilla jusqu'à ce que je me souvienne.
"Je les ai balancés," dis-je d'une voix monotone, en faisant un geste vague vers la glace. Je pris ma tête dans mes mains, la frottant pour lutter contre le mal de tête lancinant qui se formait rapidement à cause de mon débordement émotionnel.
Après une minute de silence, je jetai un coup d'œil vers Edward, repoussant mes cheveux de mon visage. Il semblait m'étudier attentivement, bien que je sois trop fatiguée pour deviner ce qu'il pouvait penser.
Quand il remarqua que je le regardais, il me fit un sourire triste, à peine plus d'un mouvement de ses lèvres, avant de se pencher pour poser un baiser chaud et persistant sur mon front.
"Ça ira pendant une minute, je vais les chercher ?" demanda-t-il. Je hochai la tête, bien que je ne sois pas impatiente de le voir partir, même si c'était à quelques mètres de là.
Il revint en un éclair, en fouillant dans mon sac pour trouver les protections. Il les mit en place avant de ranger les patins dans mon sac, accrochant la sangle par-dessus son épaule alors qu'il se levait et prenait ma main. Je n'eus même pas la possibilité de lui dire que je pouvais marcher avant qu'il me soulève à nouveau, m'installant contre son torse et je réalisai que c'était exactement là où je voulais être. Avec son cœur battant comme un tambour doux et constant sous ma joue, je cédai à l'épuisement et m'endormis avant d'avoir passé les vestiaires.
Je ne dus pas dormir plus de quelques minutes. Quand je rouvris les yeux, j'étais toujours dans ses bras et il me transportait. Désorientée, je jetai un coup d'œil autour de moi et remarquai que nous étions chez lui et qu'il m'emmenait dans sa chambre.
Après m'avoir déposée au bord du lit, il s'accroupit face à moi et repoussa mes cheveux de mon visage, ses yeux me scrutant plein d'inquiétude.
Je comprenais qu'il ait des questions, qu'il veuille parler mais il me surprit en me disant doucement d'attendre pendant qu'il me faisait couler un bain. Il laissa la porte grande ouverte, sans me quitter des yeux tout en préparant la baignoire y jetant deux bonnes poignées de sel d'Epson. Après ma courte sieste je me sentais un peu mieux et je ne le fis pas revenir, je le rejoignis et il me déshabilla sans un mot. Je le vis grimacer en voyant des ecchymoses en formation mais il ne dit toujours rien. Il se déshabilla tout simplement avant de nous mettre dans la baignoire et de me prendre dans ses bras.
La chaleur de l'eau et de son corps s'infiltra en moi. Je n'avais pas réalisé à quel point j'avais froid jusqu'à ce que mon corps cesse de frissonner et que mes dents se desserrèrent. Les sels opérèrent leur magie sur mes muscles endoloris et la douce caresse des doigts d'Edward sur mes bras firent de même à mon cœur.
Après m'avoir essuyée avec une serviette moelleuse il m'aida à passer un pantalon en flanelle et un sweatshirt chaud. Il ne devait pas l'avoir lavé depuis la dernière fois qu'il l'avait porté parce qu'il avait toujours son odeur familière ainsi que celle de la lessive. Je frottai mon visage dessus et respirai, y trouvant du réconfort avant de m'installer sur son lit.
Il me rejoignit et nous nous installâmes face à face. Prenant mes mains dans les siennes il me regarda dans les yeux et je sus ce qui allait se passer avant même qu'il n'ouvre la bouche.
Je savais, même avant ça, que rester seule pour ressasser était un mauvais choix mais même après avoir fait plusieurs tentatives pour m'ouvrir, les vieilles habitudes avaient la vie dure. Il ne me critiquerait pas pour cela mais je savais que ça le frustrait. Alors il comprendrait pourquoi je l'avais fait, pourquoi je ne l'avais pas appelé en premier, pourquoi il fallait que je passe ce moment seule mais il ne laisserait plus passer de temps sans que je lui parle.
"Bella, il faut que tu me parle, amour," murmura-t-il, en serrant mes doigts. "S'il te plait ne me rejette pas. Il faut que tu me dises ce que tu penses."
"Je me sens engourdie, Edward," dis-je d'une voix fatiguée.
"Baby quand je t'ai trouvée couchée au milieu de la patinoire tu n'avais pas l'air engourdie," dit-il tendrement, ses yeux verts brillant d'émotion. Je sortis une main des siennes pour lui caresser la joue sachant combien il avait dû avoir peur en me trouvant sur la glace. Je lui fis un petit sourire d'excuse.
"D'accord alors peut-être que je voulais juste me sentir engourdie," clarifiai-je.
"Je peux le comprendre," dit-il, recouvrant ma main de la sienne et l'appuyant contre sa joue. "Pour toi c'est sûrement la façon la plus facile de tout gérer. Tu es très bonne pour te protéger mais si tu essaies de le faire pendant trop longtemps ça va juste te ronger de l'intérieur."
Il entrelaça nos doigts et les porta à ses lèvres, embrassant mes phalanges. "Tu ne peux pas essayer de tout cacher. Si tu ne veux pas en parler avec moi il faudra que tu en parles à quelqu'un d'autre," ajouta-t-il, parce que je restais silencieuse.
"Je veux te parler," dis-je. "Je ne suis pas certaine de savoir comment expliquer tout ça. Tout est embrouillé dans ma tête. Je reconnais quelques émotions mais il y en a beaucoup plus que je ne sais même pas reconnaitre."
"Si tu commençais par me raconter ce qu'il s'est passé ce matin," me suggéra-t-il.
"Esmée ne t'a rien dit quand elle t'a appelé ?" demandai-je, en fixant un endroit de ses genoux. Il mit ses doigts sous mon menton et me fit rencontrer son regard.
"Je veux l'entendre de ta bouche."
Je soupirai et hochai la tête. Essayant de me détacher de l'histoire, je ramenai mes genoux contre ma poitrine sous le sweat-shirt trop grand.
"Je suis allée à la patinoire ce matin. Marcus et Esmée étaient assis côte à côte en train de discuter. Ils avaient l'air très sérieux et j'ai immédiatement eu ce mauvais pressentiment. Comme si quelque chose n'allait pas," en le disant je commençai à jouer avec les cordons de mon sweat, en continuant à raconter. "Ensuite… ils m'ont montré cet article. Ça concernait l'une de mes plus sérieuses concurrentes. Elle et moi n'avons jamais… eh bien, disons simplement que nous n'avons pas une relation très amicale." Je tordis mes lèvres en un sourire ironique et sans humour.
"Alors je suis en train de le lire essayant de comprendre pourquoi ils veulent que je le lise. Au début je pensais que c'était simplement parce que j'étais mentionnée dans l'article. Quelque chose à propos de sa plus grande menace à Vancouver ou peu importe. Mais ensuite j'ai continué à lire et …" je m'arrêtai alors que les mots de l'article me revenaient.
"Et quoi ?" demanda-t-il même si j'étais sûre qu'il savait déjà ce qui allait arriver. Il savait que je devais le dire ou alors ça resterait à l'intérieur. Il me connaissait si bien. Parfois mieux que moi. Le savoir me donnait la force de continuer, d'aller jusqu'au bout. Les yeux rivés sur les siens je le lui dis.
"Ensuite il était question de son nouvel entraineur, Phil Dwyer et de sa femme, Renée qui est maintenant devenue son manager. Apparemment ça s'est passé une semaine après qu'elle soit partie d'ici. Deux mois. Deux maudits mois pendant lesquels j'essayais d'améliorer les choses avec elle où j'espérais pouvoir régler les choses et elle n'a même pas attendu de déballer sa valise avant de trouver une patineuse pour me remplacer," dis-je, la colère m'inondant tout sortit en un seul souffle.
"Elle n'a même jamais essayé. Et ici je pensais que nous aurions sûrement la possibilité d'avoir une relation mère fille. Et pendant tout ce temps ça n'a eu aucune chance d'arriver. Elle n'a jamais voulu essayer. Elle n'a même jamais répondu à un coup de téléphone," crachai-je, avant de réaliser que je me mettais à crier.
En secouant la tête je baissai d'un ton pour continuer. "Je me sens comme une idiote. Comment ai-je pu penser qu'elle pourrait changer ?"
"Parce que tu es une bonne personne," dit-il, serrant mes doigts de nouveau. "Une personne qui ne veut voir que le bon dans les autres. Et c'est une des choses que j'aime le plus en toi."
"Et le pire c'est que Lauren est juste le sel sur la plaie," continuai-je. "Elle n'aurait pas pu choisir quelqu'un d'autre… non, elle a pris celle qui m'agace le plus. Et ce qui est hilarant c'est qu'elle le sait. C'est sûrement pour ça qu'elle est allée la trouver en premier parce qu'elle savait que ça me parviendrait !"
Je voulais jeter quelque chose mais je me contentai de taper légèrement sur l'oreiller avant de me coucher. "J'en ai assez de tout ça. Je suis épuisée. Je suis tellement… blessée et déçue que ça soit ainsi mais surtout fâchée."
"C'est compréhensible,"' dit-il de manière rassurante, se baissant pour s'allonger sur le côté et me faire face. "Après tout ce qu'elle t'a fait subir c'est un peu comme la goutte d'eau."
"Ce n'est pas contre elle que je suis fâchée," expliquai-je. "Je veux dire oui, un peu mais plus que tout c'est contre moi-même que je le suis."
"Quoi ?" fit-il semblant surpris et perdu. "Pourquoi donc ?"
"Regarde-moi Edward. Je suis là, en train de crier à cause d'elle et à faire des choses stupides qui pourraient se terminer en désastre parce qu'elle me rend folle et juste parce que j'ai voulu faire des choses pour lui prouver qu'elle se trompe à mon sujet. Tu sais ce qu'elle est probablement en train de faire ?" demandai-je sans attendre sa réponse pour lui donner la mienne.
"Elle est en Floride en train de profiter de sa nouvelle patineuse, sirotant des cocktails à la piscine, à baiser avec son mari révoltant. Elle n'a rien fait là, elle n'est même pas là. Elle n'a probablement plus pensé à moi depuis qu'elle a franchi la porte de la patinoire et quitté le Minnesota. Elle se fiche pas mal de moi et elle arrive encore à me briser," grondai-je, en repliant mes doigts. "Je ne veux pas qu'elle ait le pouvoir de me briser. Je ne veux même pas la haïr. Je veux oublier, comme elle l'a fait pour moi et je ne peux pas," murmurai-je. "Je ne peux pas oublier ce qu'elle a fait."
Il se rapprocha de moi avant de me prendre dans ses bras, posant ma tête au creux de son épaule.
"Peut-être que tu ne pourras pas oublier, Bella. On ne peut pas changer le passé, tu ne peux pas changer ce qui t'a conduite ici. Tu peux seulement avancer. Et tu n'es pas brisée," dit-il avant de s'arrêter, semblant choisir ses mots avant de parler à nouveau. "Tu n'es pas heureuse maintenant ? Ici ?"
"Quoi ? Si !" m'exclamai-je, tournant la tête pour le regarder dans les yeux. La possibilité que ma façon d'agir lui ait laissé penser que je ne l'aimais pas vraiment, fit accélérer mon cœur de panique. Il ne pouvait pas penser qu'il n'était pas suffisant pour moi. En vérité il était beaucoup plus que ce que je méritais. "Seigneur, bien sûr, Edward que je suis heureuse. Je suis désolée. S'il te plait. Je ne voulais pas dire que…"
"Non Bella je ne doute pas de tes sentiments pour moi," me calma-t-il avec sa voix et ses mains prirent mon visage en coupe. "Je disais simplement que tu étais heureuse d'être arrivée là. Alors ne regrette pas ce qui t'a amenée ici."
"Je sais. Je sais que tu as raison," soupirai-je soulagée et réconfortée par ses mots. Je fis glisser mes mains pour attraper ses poignets et le regarder intensément. "Ta famille et toi ? Je n'ai jamais pensé que je pourrais avoir quelque chose comme ça, jamais pensé que je pouvais faire partie de quelque chose d'aussi spécial. Je pensais que ce genre d'amour n'existait que dans les livres, les contes de fées comme si ce n'était pas possible d'aimer quelqu'un de cette façon dans la vraie vie."
Je me tournai pour embrasser la paume de sa main avant de me frotter la joue contre, le regardant avec tout mon amour.
"Mais j'avais tort parce que je t'aime plus que je ne pourrais jamais le comprendre. J'ai beaucoup de chance d'avoir trouvé cela et je me sens égoïste de vouloir encore plus, d'être aussi énervée de l'avoir perdue alors que j'ai gagné bien plus que ce que je pouvais imaginer."
"L'un n'affecte pas l'autre, Bella," insista-t-il doucement, faisant courir ses doigts sur mon visage pour me blottir contre lui. "Ce sont deux choses totalement différentes. Ce n'est pas comme si l'amour avait une limite et que tu ne puisses en avoir qu'une certaine quantité avant qu'il soit fini."
"C'est quelque chose que tu m'as appris. Je ne savais pas que j'étais capable de ressentir autant avant de t'avoir trouvé."
"Je déteste que tu aies tant souffert mais bien que je souhaite que tu n'aies pas eu à traverser cela je ne regrette pas de ne pas pouvoir le changer," murmura-t-il, en tripotant une mèche de mes cheveux. "Si les choses avaient été différentes, ta vie ne t'aurait pas menée ici, à moi. Et je ne pourrais pas vivre sans toi, Bella."
"Edward," soufflai-je, ne sachant pas quoi dire d'autre.
Il déglutit difficilement. "Je ne pourrai pas vivre dans un monde où tu n'existerais pas avec moi. Je… putain, je t'aime tellement," murmura-t-il passionnément, me prenant dans ses bras alors que je me jetai sur lui.
"Je t'aime," murmurai-je, alors que nous nous tenions l'un l'autre.
En sortant de son étreinte, je me sentis plus résolue que jamais.
Il avait raison. J'avais eu besoin de ça. Il avait fallu toute cette peine pour arriver de l'autre côté. Le voyage avait été long et difficile mais je me sentais plus forte d'y avoir survécu et de m'en être sortie relativement indemne.
Je n'avais pas besoin de m'accrocher à lui car il ne partirait nulle part. Je n'avais pas besoin de le chasser car il ne se détournerait jamais de moi. Je n'avais pas besoin de me protéger de lui car il ne me ferait jamais de mal.
Elle était partie. Elle s'était détournée de moi. Elle m'avait fait du mal.
Il ne le ferait jamais.
Je savais déjà que je l'aimais mais après ça je réalisais autre chose.
Edward était mon rocher. Mon refuge.
Encore plus que la glace l'avait toujours été. Parce qu'il était réel et que comme la glace il n'irait nulle part. Il serait toujours là.
Avec cette prise de conscience j'acquis la confiance que je pouvais surmonter tous les obstacles qui se présenteraient à moi, aussi désastreux que cela puisse paraitre.
Il me faisait voir ma propre force, me faisait comprendre que le besoin de tomber en morceaux ne me rendait pas faible, juste humaine. La force venait de se relever et j'allais avancer, comme je savais le faire.
"Je ne vais plus m'attarder là-dessus cette fois-ci," lui promis-je. "Elle a choisi, Lauren et Phil peuvent l'avoir. Je ne veux plus rien."
"C'est elle la fautive, Bella, pas toi."
"Je le sais. Et à présent je suis désolée pour elle. Parce qu'elle n'aura jamais ce que j'aie."
"Et qu'est-ce que c'est ?" demanda-t-il, avec une curiosité amusée.
"Je t'ai, toi. J'ai une famille. J'ai une chance d'être heureuse. Tout ce qu'elle a c'est de l'amertume et du ressentiment. Même si Lauren gagne la médaille d'or, elle sera toujours vide et en train de chercher," expliquai-je, réalisant finalement que je n'aurai rien pu faire qui la satisfasse réellement. Et ce n'était pas ma faute. Ce n'était pas parce que quelque chose n'allait pas en moi. C'est en elle que quelque chose clochait.
"Même si son mari et elle font que ça fonctionne, ça ne ressemblera jamais à ce que j'aie avec toi," dis-je posant ma main sur son cœur.
"Je ne peux pas croire qu'elle ne te l'ait pas dit," souffla-t-il incrédule. "Phil. Malgré tout le reste comment ne peux-tu pas dire à tes propres enfants que tu te maries ?"
"En fait, je me fiche de ça," je secouai la tête, reculant pour me rasseoir, la pensée de Phil détruisant rapidement le contentement silencieux que j'avais ressenti un instant avant. "Ce n'est pas ce qui me contrarie à ce sujet."
"Qu'est ce qui le fait alors ?" demanda-t-il, en croisant les mains derrière la tête alors qu'il continuait à s'allonger, me laissant de la place.
"C'est juste que pendant toute ma vie depuis qu'elle et Charlie ont divorcé elle a eu des aventures," dis-je. "Je ne les rencontrais presque pas mais je savais qu'ils y étaient. Il lui en fallait beaucoup. L'un d'eux attirait son attention un moment, elle se jetait dans cette… je ne sais même pas comment appeler ça parce que ce n'était même pas une relation, au vrai sens du mot. Elle couchait avec l'un jusqu'à ce qu'un autre lui tape dans l'œil."
"Ça doit être difficile…" offrit-il, "… avoir à regarder ça enfant. Ça n'est pas un environnement stable."
"C'était difficile et c'est en partie à cause de ça que j'ai du mal à comprendre ce qu'implique une vraie relation," admis-je. "Le fait est que j'ai pensé que c'est exactement ce qu'il se passait entre Phil et Renée. Ils ne faisaient que passer du bon temps et après quelques semaines, ce serait fini et il serait parti."
Je soupirai en me frottant les mains avant de continuer.
"C'est pour ça que je l'ai appelée après ce qu'elle m'avait fait parce que je pensais qu'il était parti et qu'il n'entrait plus en ligne de compte. Mais putain il est devenu son mari maintenant !" m'écriai-je, soudainement furieuse à nouveau. "Elle a épousé ce type dégueulasse, juste, euh, je n'ai même pas de mot assez vil pour le décrire mais elle l'a épousé. Après ce qu'il m'a fait… !"
Les mots sortirent comme une avalanche sans que j'y ai réfléchi, incapable de m'arrêter ou de me retenir. "C'était déjà assez grave qu'elle l'ait cru et pas moi à ce moment-là mais je m'étais dit que c'était comme un voile dû au sexe ou un truc aussi ridicule qui lui donnait envie de s'accrocher à lui. Elle n'était pas très contente avec moi alors peut-être savait-elle à quel point cela me ferait mal de penser que je – qu'il… Putain ! Je suis nauséeuse rien que d'y repenser," dis-je, me frottant maladroitement l'estomac alors que j'essayais de contrôler ma respiration.
"De quoi tu parles, Bella ?" dit-il doucement, dangereusement. Le ton sombre de sa voix attirant instantanément mon attention. Je le regardai et vis qu'il s'était redressé et qu'il était parfaitement immobile, le front plissé, la mâchoire serrée.
"Quoi ?"
"Tu as dit ce qu'il m'a fait," dit-il en râlant. "Qu'est-ce qu'il t'a fait ?"
Je fermai les yeux et jurai dans ma barbe en réalisant mon erreur.
"De quoi tu parles, Bella ?" demanda-t-il. Il avait l'air paniqué, désespéré, à cause de moi. "Est-ce qu'il t'a... est-ce qu'il t'a touchée ?"
Je ne pouvais pas lui mentir. Non seulement il le saurait tout de suite mais je savais que c'était mal de garder cela pour moi. C'était injuste pour lui et malsain pour moi.
Alors je le regardai sérieusement dans les yeux et chuchotai : "Oui."
"Seigneur," dit-il en sursautant, ayant l'air de souffrir physiquement alors qu'il passait ses mains dans ses cheveux. "Quoi... Quand ? Qu'est-ce qui s'est passé ? Qu'est-ce qu'il..."
"Ce n'était pas grave, Edward," dis-je, essayant immédiatement d'apaiser la panique grandissante que je voyais dans ses yeux. "Ce n'est pas comme s'il m'avait agressée sexuellement ou quoi que ce soit du genre. Il m'a fichu la trouille mais honnêtement, il n'y a pas de quoi s'énerver."
"Laisse-moi en juger, d'accord ?" demanda-t-il, plus calme alors qu'il s'approchait pour prendre mes mains. " Dis-moi. Tout cette fois-ci."
"C'est arrivé la veille de notre dernière confrontation avec Renée. Tu te souviens quand tu es venu dans la patinoire ce matin-là ? Tu as dit qu'Alice et Esmée t'avaient dit que j'avais agi bizarrement la veille. "
Il hocha la tête et je pouvais voir à quel point il essayait d'être patient pour que je puisse aller droit au but, bien que ses doigts tremblent dans les miens.
"Cet après-midi-là, à l'entraînement avant le match, j'ai fini par craquer avec Phil. Il me harcelait depuis le moment où il avait posé le pied sur la glace avec moi. Il me criait toujours dessus, me disant que je déconnais mais n'essayant jamais de m'aider à arranger quoi que ce soit. Comme un entraîneur est censé le faire. Je n'ai juste pas pu en supporter plus. Il m'a fait me sentir si incompétente," soupirai-je, en me souvenant de la frustration et l'impuissance de l'époque.
"Alors pour une fois, je lui ai répondu en criant. Je ne savais pas à quoi m'attendre mais j'ai été surprise qu'il reste si calme. Une expression bizarre est passée sur son visage et il m'a appelée. On travaillait sur mon aigle." Je déglutis et serrai très fort les mains d'Edward, la façon la plus simple était de le dire, de l'arracher, comme un pansement, et d'en finir. Une fois et pour tous.
"Il est passé derrière moi et a posé ses mains sur mes cuisses. Il m'a touché au prétexte de me soutenir. Alors ce n'était plus un prétexte. Il s'est appuyé contre moi et a mis sa bouche à mon oreille me disant comment on devrait faire l'amour pour qu'il puisse me comparer à ma mère," dis-je sans émotion, ignorant le son étranglé qui sortait de la bouche d'Edward.
"Je… je l'ai repoussé et quitté la patinoire. J'avais prévu de partir mais Renée est arrivée et m'a demandé où je comptais aller. Je lui ai dit ce qu'il s'était passé, que je voulais qu'il parte et que je ne voulais plus m'entraîner avec lui. Elle ne m'a pas cru. Elle l'a appelé et il a menti en disant que je lui avais fait des avances au lieu de l'inverse."
"Et elle l'a cru…" constata-t-il.
"Ouais," acquiesçai-je tristement.
Les mains d'Edward quittèrent les miennes et finalement je le regardai, le trouvant pratiquement en train de sauter du lit pour arpenter la pièce. Il avait l'air d'un tigre en cage, sauvage et dangereux, se débattant pour se libérer. Je ne pouvais rien faire d'autre que m'asseoir là, les yeux écarquillés. Je ne l'avais jamais vu si incontrôlable, si furieux, même face à Jacob Black. Ce n'était rien comparé à ce que je voyais maintenant.
C'est comme s'il avait tout oublié autour de lui, complètement emporté par tout ce qu'il se passait dans sa tête, et je voulais faire ce qu'il avait fait pour moi, lui jeter une bouée de sauvetage et le ramener, pour m'assurer qu'il n'ait plus jamais à se sentir comme ça.
Puis, sans prévenir, il poussa un rugissement féroce et son poing frappa violemment le mur à côté de lui, la soudaineté plus le bruit fort me fit trembler et étouffer un cri.
Il appuya la tête contre le mur, juste au-dessus de la petite marque que son coup avait laissé sur le mur et posa ses poings serrés au-dessus de sa tête. Son bras bloquait partiellement son visage mais je pouvais voir que ses yeux étaient fermés, et même s'il était encore immobile, il ne s'était pas calmé du tout.
Ses articulations saignaient où elles avaient tapé le mur et je voulais aller vers lui, pour soulager sa douleur mais je ne savais pas si je serais la bienvenue à ce moment-là.
"Je suis désolée," chuchotai-je.
Ses épaules se tendirent un moment puis s'affaissèrent alors qu'il baissait les bras et éloignait son corps du mur, me regardant avec des yeux perdus. "Bella," souffla-t-il, et il revint rapidement se blottir à mes côtés, me serrant désespérément dans ses bras.
"Merde. Baby, non. Mon Dieu, je suis tellement désolé," dit-il en râlant, les mains passant sur mes bras de haut en bas et il se recula pour me regarder dans les yeux. "Je ne t'en veux pas. Je suis désolé de t'avoir fait peur comme ça. C'est juste... Merde… J'ai juste…. Je me sens tellement impuissant. Je ne supporte pas l'idée que tu sois blessée comme ça. Tu as dû avoir si peur," chuchota-t-il, en effleurant mes joues avec ses pouces.
"Tu n'as pas à t'excuser. C'était ton entraîneur. Tu aurais dû pouvoir lui faire confiance et il a profité de toi. Je suis si fier que tu lui aies tenu tête," dit-il sérieusement, le feu s'installant dans ses yeux.
" Tu l'es ?"
"Oui," dit-il. "Ça n'a pas dû être facile. Je ne veux pas que tu le prennes mal mais souviens-toi comment tu étais pendant ces deux semaines. Je ne t'ai pas beaucoup vue pendant tout ce temps, c'est quelque chose que je regretterai toujours. Mais ce que j'ai vu était différent de la fille que j'avais connue avant. Renée s'est pointée. C'était presque comme une éclipse. Comme si quand elle était entrée elle était un objet sombre qui essayait étouffer toute ta lumière, pour la refouler et la garder cachée," décrit-il. " Tu sais ce qu'elle n'a jamais réalisé ?"
"Quoi ?" demandai-je doucement.
"Même à son point le plus sombre, une éclipse ne peut pas bloquer complètement la lumière. On peut toujours dire que le soleil est là, attendant juste l'occasion de briller à nouveau."
Je souris sincèrement pour la première fois de la journée et me penchai en avant pour l'embrasser, la douceur de notre étreinte agissant comme un baume apaisant qui effaça la douleur de la journée. Ici, rien ne pouvait nous toucher.
"Ne me cache plus jamais quelque chose comme ça. Jamais," dit-il, sa voix ferme mais aimante quand il appuya son front contre le mien. "Tu m'entends ?"
Je hochai ma tête contre la sienne. "Je te le promets."
Après avoir survécu à la tempête, nous avions finalement retrouvé le chemin de la terre ferme et bien que la journée ait été épuisante sur le plan émotionnel, je me sentais pleine d'énergie à l'idée que nous sortions plus forts de tout cela.
Il me laissa m'occuper de ses articulations abîmées et me fit son sourire tordu quand je les embrassais légèrement. Alors il essaya de me border dans le lit, blottie contre lui. Mais j'avais d'autres intentions.
"Bella," protesta-t-il à contrecœur contre mes lèvres alors que j'essayais de l'attirer vers le bas avec mon baiser. " Il faut que tu te reposes. Nous n'avons pas à..."
"Je le veux, Edward. Je veux être avec toi. Où il n'y a que toi et moi et rien d'autre. Échappe-toi avec moi et aime-moi," suppliai-je, en lui caressant le torse sous son tee-shirt, en le lui enlevant.
"Toujours," chuchota-t-il, caressant mon visage. "Je t'aimerai toujours. Il n'y a que toi. Tu es tout pour moi."
Il m'embrassa de nouveau et je me perdis vite alors que nous nous déshabillions, nous embrassant et nous touchant avec des mains douces et aimantes. Mes lèvres recouvraient sa mâchoire et se posaient contre son pouls quand il gémit.
"Isabella," chuchota-t-il, et je fis une pause, prise par surprise.
"Quoi ?" demanda-t-il quand il remarqua mon immobilité.
"Pourquoi tu m'as appelé comme ça ?" demandai-je curieusement.
"Quoi ? C'est ton nom," dit-il, en embrassant légèrement ma clavicule.
"Tu ne m'as jamais appelé comme ça avant," dis-je.
Il soupira et retira ses lèvres de ma peau, se penchant en arrière pour repousser mes cheveux derrière mon oreille et me regarda avec patience. "Non, je suppose que non. C'est un problème ?"
"Je n'aime pas ça," avouai-je.
"Pourquoi ?"
"Parce que ce n'est pas qui je suis quand je suis avec toi," insistai-je, en étirant mes doigts sur sa mâchoire.
"Tout le monde me connaît sous le nom d'Isabella. Elle m'appelait toujours comme ça. C'est qui je suis sur la glace, pour le public. Avec toi, je ne suis que Bella. Ta Bella."
"Tu seras toujours ma Bella," jura-t-il en se penchant pour m'embrasser à nouveau. "Quoi qu'il arrive." Ses mains dansaient sur ma peau et nos jambes s'enchevêtrèrent, mon esprit s'embrouillait rapidement et de la meilleure façon possible pour me perdre dans ses caresses.
"Tu sais," chuchota-t-il contre ma peau. "Isabella est un beau nom. Je parie que je peux te faire changer d'avis à ce sujet. Si tu me donnes une chance."
Je ronronnai quand sa langue balaya mon cou, je ne savais pas vraiment où il voulait en venir.
"J'aime ton goût, Isabella," murmura-t-il, un instant avant d'attacher ses lèvres aux miennes, m'embrassant passionnément jusqu'à ce que je pense que j'allais prendre feu.
"J'aime ce que je ressens quand tu m'embrasses, Isabella," chuchota-t-il, posant une dernière fois un baiser doux contre mes lèvres.
"Edward," soupirai-je.
"J'aime le son de ta voix quand tu dis mon nom. Quand tu parles dans ton sommeil et que tu marmonnes 'Je t'aime,' Isabella," dit-il en regardant dans mes yeux et en souriant adorablement quand je rougis.
"J'aime ton sourire, Isabella", murmura-t-il, en effleurant mes lèvres avec son pouce.
"J'aime ton humour et ton espièglerie, Isabella," me chatouilla-t-il doucement et souriant quand je ris, avant que ses yeux ne redeviennent sérieux alors qu'il posait ses mains sur mon cœur.
"J'aime ta beauté, à l'intérieur comme à l'extérieur, Isabella," chuchota-t-il, avec une telle intensité dans ses yeux et sa voix que j'avais l'impression de ne plus pouvoir respirer. "J'aime ta détermination, Isabella. J'aime ta force, Isabella."
Il se pencha et balaya doucement ses lèvres sur les miennes pendant que mes yeux se fermaient.
"Isabella ?"
"Oui ?" chuchotai-je, incapable de bouger, tellement envoûtée par son charme.
"Tu es tout pour moi. Et je t'aime. Tu es tellement plus que suffisante, Isabella. Ma Bella."
J'ouvris les yeux pour trouver les siens juste devant moi, brillant d'un tel amour et d'une telle dévotion que ça me submergea. Je glissai mes mains dans ses cheveux et amenai ses lèvres vers les miennes en chuchotant : "Je t'aime."
Quelques instants plus tard, il se joignit à moi et je ne m'étais jamais sentie aussi bienvenue, aussi entière, aussi désirée, d'être moi tout simplement.
⁂
Le lendemain de ma débâcle, je m'attendais à me réveiller endolorie et usée par la douleur et l'usure physique et émotionnelle de la veille.
Au lieu de cela, je me sentis purgée, renouvelée. C'était comme si toutes les blessures avaient été effacées, tous les fantômes exorcisés pendant la nuit dans les bras d'Edward.
Je lâchais prise. Complètement cette fois.
Même si j'avais essayé de l'oublier quand elle avait quitté le Minnesota, je n'avais pas réussi à couper complètement les liens. J'avais toujours l'espoir que ça puisse être différent. Maintenant ? Je savais qu'elle ne changerait pas.
Même si elle le faisait un jour, je ne pourrais jamais lui faire confiance. Et on ne peut pas avoir d'amour sans confiance.
Renée avait fait son choix par elle-même. Maintenant, j'avais fait le mien. Au lieu d'accepter passivement en me basant sur ses actions, je faisais le choix de vivre pour moi-même, de chérir les gens que j'aimais et qui m'aimaient en retour, d'arrêter de m'accrocher à la seule chose qui m'avait toujours entraînée vers le bas.
Au lieu de pleurer la perte, j'embrasserais le bénéfice. J'avais Carlisle, Emmett, Rosalie, Jasper et Alice.
Bien que je n'aie plus Renée, j'avais Esmée et elle avait été plus une mère pour moi au cours des dernières mois que Renée ne l'avait jamais été.
Et j'avais Edward. L'amour que nous partagions était quelque chose que je n'aurais jamais pu imaginer pour moi-même, c'était trop énorme et trop précieux pour que je puisse l'imaginer.
Surtout, j'avais moi.
Après tant de mois de tâtonnements dans ce nouveau chapitre de ma vie comme un nouveau-né, j'étais enfin debout. Brillante, comme l'avait dit Marcus.
Je savais maintenant que je valais quelque chose. J'étais importante. J'étais suffisante.
J'étais assez pour Edward et le reste des Cullen, mais surtout, j'étais assez pour moi.
Et plus personne ne me ferait sentir différemment.
