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CHAPITRE 17

Retrouver son chemin


A partir de là je me relevais, me secouais et avançais avec un esprit renouvelé. J'en avais fini d'hésiter, d'attendre, de me cacher. Il était temps de se lancer et de relever les défis qui se présenteraient à moi. Au départ Marcus avait été sceptique quand je l'avais appelé l'après-midi pour le rencontrer et parler d'où en étaient les choses, il s'inquiétait sûrement que je me précipite en raison de mes sentiments blessés. Ses inquiétudes furent rapidement dissipées quand il vit à quel point je prenais les décisions et combien j'étais vraiment prête à les prendre.

Alors Esmée, lui et moi nous sommes assis et avons finalisé mon inscription aux deux compétitions du Grand Prix auxquelles j'avais été assignée par l'USFSA. La première aurait lieu à Paris à la mi-octobre, dans seulement trois mois. Cela seul suffit à rallumer le feu en moi. Cette échéance approchant, nous rédigeâmes ma déclaration à l'intention de la presse et la publiâmes quelques jours plus tard.

Il ne fallut pas longtemps pour que la nouvelle se répande. En quelques heures il en a été fait mention sur ESPN ainsi que sur un certain nombre de forums en ligne.

Alice m'envoya un mail avec six liens différents qu'elle avait trouvés. Je ne pus que me résoudre à cliquer sur l'un d'eux pour lire l'article.

Les Etats Unis ont l'habitude d'avoir une star parmi les patineuses, spécialement quand il y a une compétition olympique.

La championne actuelle, Lauren Mallory n'a produit que de faibles performances pour les Championnats mondiaux de 2009 en se classant à la 11e place.

Emily Young et Victoria Thomas ont eu leurs bons moments mais elles supportent mal la pression. Après une saison décevante de performances médiocres il semblerait que le règne des Américaines sur ce podium olympique va prendre fin.

Toute l'attention s'était tournée vers le peloton international à la recherche de la prochaine étoile montante. Et pourtant l'équipe vient de recevoir l'impulsion dont elle a besoin pour entamer le compte à rebours pour Vancouver.

Les représentants d'Isabella Swan ont annoncé que la championne américaine, médaillée d'argent aux derniers Jeux était bien prête pour un retour en force cette saison, avec l'intention de participer une deuxième fois aux Jeux Olympiques.

Swan avait disparu de la compétition depuis l'automne dernier suite à une blessure au genou et de la grille pendant un certain nombre de mois. Elle a refait surface en mars, photographiée dans sa nouvelle base à St Paul, Minnesota, avec le joueur de hockey de la LNH et capitaine des Wild du Minnesota, Edward Cullen.

La princesse de la glace et l'étoile du hockey auraient un lien romantique, bien qu'aucune confirmation formelle n'ait été donnée.

Comme aucun projet n'avait été annoncé, des rumeurs circulaient disant que la patineuse prendrait sa retraite, en particulier après l'annonce récente d'une séparation d'avec sa mère et manager, Renée Dwyer, anciennement Swan. En juin de cette année elle est devenue Renée Dwyer en épousant Phil Dwyer, entraineur de renom dans le sport et ce n'était pas le seul changement.

Les nouveaux mariés dont la rumeur disait qu'ils allaient travailler avec Isabella Swan pour son retour, ont annoncé qu'ils allaient attacher leurs services à la patineuse rivale, Lauren Mallory.

Aucune des deux parties n'a fait de commentaire sur les circonstances de la séparation.

Selon le camp Swan la patineuse est en forme pour la compétition. Elle revient à l'entrainement cinq jours par semaine à St Paul et a meilleure apparence que jamais.

Sa première compétition programmée coïncide avec le coup d'envoi de la série Grand Prix du Trophée Eric Bompard à Paris, en octobre, suivie d'une apparition à Lake Placid en novembre pour Skate America.

Le plus intriguant est que peut-être Swan travaillerait sur ses chorégraphies, assistée par son coach, Marcus Baker. Aucune information encore sur les morceaux qu'elle aurait sélectionnés.

Nous en saurons peut-être plus d'ici un mois lorsqu'elle participera au week-end de presse de l'USFSDA à Champs Camp à Colorado Springs.

Jusque-là les amateurs de patinage artistique ne peuvent qu'espérer que Swan Soit prête à relever ce défi.

Globalement l'article ne disait rien de plus que ce à quoi je m'attendais même si le commentaire selon lequel Renée et Lauren se taisaient était un peu surprenant. Peut-être que Renée pensait vraiment que j'allais juste me retirer et lécher mes plaies plutôt que de continuer sans elle. Nous verrions combien de temps son silence durerait une fois qu'elle aurait vent de ma déclaration.

Comme prévu la presse était frénétique à l'idée d'en savoir plus que ce que nous leur avions donné. Nous avions hésité à me faire faire des interviews dès le départ au lieu de rester concentrée sur ma préparation et faire ce que je devais pour être prête pour octobre.

Au cours des deux premières semaines qui suivirent mon annonce, ma vie n'avait pas changé. J'étais dévouée à ma formation et j'avais avancé avec ma chorégraphie pour mon programme court. Marcus n'avait donné aucun argument contre l'utilisation de España Cañi et cela seul m'avait donné la confiance dont j'avais besoin pour lui donner tout ce que j'avais.

Je lui dis que j'étais revenue sur la glace ce jour-là après qu'Esmée et lui soient partis, et comment j'avais s'essayé de travailler sur mon Axel toute seule. Dire qu'il était très mécontent n'est qu'un euphémisme. J'avais eu doit à une trentaine de minutes du rappel de combien il était dangereux de faire ça et que je devrais m'estimer chanceuse de m'en être tirée avec quelques bleus sur le corps. Une fois qu'il eut obtenu ma promesse que je ne referai plus jamais quelque chose comme ça, il promit en retour de faire tout ce qui était en son pouvoir pour m'aider si c'est ce que je voulais réellement. Et à partir de ce jour-là nous commençâmes à réserver un peu de temps pour travailler dessus.

Après cette annonce je constatais que j'étais plus facilement reconnue dans les rues mais pas au point que ne puisse pas sortir et faire des choses toute seule. Il n'y avait pas de paparazzi pour me harceler ou de caméras devant mon visage. Ce fait me rendait continuellement reconnaissante d'avoir choisi le Minnesota comme nouvelle patrie. Je savais que cela faisait partie des raisons pour lesquelles ma vie était restée relativement calme.

Même si on m'avait donné un sursis, les médias nous relançaient sans cesse. Il semblait que j'étais soudainement de retour pour une forte demande. Des demandes d'interview arrivaient à gauche et à droite. Des offres de sponsoring, des invitations à divers événement et apparitions, sur la glace ou à l'extérieur. Si je voulais mettre mon nom en avant il y avait des opportunités partout.

En raison de cela nous avons finalement dû créer une ligne distincte à des fins commerciales. Nous avions pensé qu'il serait utile d'offrir un moyen à Esmée de mettre de côté cet afflux de demandes pour qu'elle ne soit pas sans arrêt en train de prendre des appels.

Esmée était une bénédiction. J'avais toujours su qu'elle était gentille et aimante mais elle avait un côté complètement différent quand il s'agissait d'affaires. Elle était intelligente et stratégique et n'avait pas peur de dire non. Avec tant de choses à venir cette capacité s'avèrerait utile. Je détestais l'idée de refuser des opportunités mais l'idée de tant de choses à faire tout en continuant à m'entrainer était épuisante. Esmée m'aidait à réduire mes options, à choisir ce qui fonctionnerait le mieux.

Au début dire non était difficile, après tant d'années passées à dire oui à tout ce qui se présentait mais une fois que j'eus surmonté mes peurs cela me donnait un peu plus de pouvoir. Je pouvais finalement dicter mes choix. Je pouvais toujours faire partie de ce monde sans avoir à participer à tous les événements qui l'accompagnaient. Donc malgré le fait que l'argent aurait été intéressant – sans aucune autre source de revenu – je refusais les offres de parrainage, les apparitions en tant qu'invitée et les émissions où ils voulaient que je patine.

Et vous savez quoi ? Le monde ne s'est pas écroulé.

Néanmoins la publicité faisait partie du sport à mon niveau de compétition et il serait ridicule de le nier. C'est pourquoi deux semaines après mon annonce j'étais ensevelie au fond de mon placard, à la recherche d'un t-shirt pour mettre dans mes bagages. Je partirai le lendemain matin pour Champs Camp à Colorado Springs puis quelques jours à Los Angeles pour me lancer dans le circuit des médias. Bien que Vancouver soit encore dans quelques mois, les promotions étaient déjà en cours et tout le monde se préparait.

"Hé pourrais-tu aller récupérer le panier à linge dans la cuisine pour moi ?" appelai-je du fond du placard, les vêtements assourdissaient ma voix, même à mes oreilles.

Je n'entendis pas de réponse tout de suite mais je vis des pieds recouverts de chaussettes apparaitre quelques instants plus tard avant qu'une brassée de cintres ne soit poussée de côté révélant Edward qui se tenait là avec un sourire amusé alors qu'il me trouvait accroupie dans un recoin en train de passer les vêtements en revue.

"Tu disais ? Je suis désolé, je n'entends rien. Seigneur tu as un tas de fouillis ici !" rigola-t-il, en poussant les cintres pour les remettre à leur place.

"C'est la faute de ta sœur," me plaignis-je, en trouvant celui que je cherchai et en l'enlevant du cintre. "Je n'étais pas habituée à en avoir autant. Avant de venir ici je pouvais ranger toute ma garde-robe dans trois valises de taille moyenne."

"Je te crois. Cette femme est une menace avec une carte de crédit," murmura-t-il. Il s'avança dans le placard et posa ses paumes à plat sur le mur de chaque côté de ma tête avant de m'embrasser. "Tu demandais quelque chose ?"

"Ouais… pourrais-tu aller me chercher… le panier à linge… qui est posé sur le comptoir de la cuisine ?" demandai-je, entre deux baisers avant de finalement poser ma main sur ses lèvres afin de pouvoir donner suite à ma demande. "J'ai oublié de le prendre plus tôt et j'ai besoin de quelque chose."

"Je suppose," soupira-t-il, laissant tomber ses mains lourdement à ses côtés. "Sachant que j'ai déjà dû me lever de l'endroit où j'étais confortablement installé pour voir ce que tu voulais."

"Hé tu n'étais pas obligé de venir,'" lui rappelai-je, en le suivant à l'extérieur du placard. "Je t'ai dit ce que j'allais faire ce soir. Le moins que tu puisses faire c'est de m'aider si tu restes couché sur mon lit juste là à me distraire."

"Te distraire hein ?" Il se tourna vers moi avec un sourire suffisant alors qu'il me coinçait contre la porte du placard et posait à nouveau sa bouche sur la mienne.

"Très distrayant," murmurai-je contre ses lèvres. "TRES."

"Si tu veux mon avis, je n'ai pas fait du très bon travail," dit-il, faisant traîner des baisers doux sur mon cou et le long de ma mâchoire, alors que mes yeux se fermaient et que je me sentais céder. "Tu es toujours en train de faire tes bagages."

C'est vrai. Faire les valises. Concentre-toi, Bella. Ne laisse pas le côté sexy te détourner de ta tâche.

Oh, de qui me moquai-je ? J'étais plus que disposée à être détournée de la corvée mondaine… ça voulait aussi dire que je le quittais pour une semaine. Je ne l'aurais pas combattu du tout si ce n'était pas important. Et c'est exactement pour ça que je le repoussais avant qu'il ne puisse m'entrainer et me faire tout oublier sauf le moyen le plus rapide de défaire les boutons de son jeans.

"Fauteur de troubles !" le réprimandai-je affectueusement, en lui souriant sans remords. Je fis un pas vers lui et caressai sa mâchoire avec mes doigts, voulant emmagasiner la douceur de ces caresses fortuites avant que je ne doive partir le lendemain et passer un temps pénible sans eux.

"Tu aimes ça," insista-t-il.

"Si je ne savais pas que ta mère frapperait à ma porte à tout moment maintenant, je pourrais avoir un peu plus de mal à essayer de te résister. Comme il en est..." m'interrompis-je, pour poser un baiser doux et persistant sur ses lèvres. "Panier à linge. S'il te plaît ?"

Esmée et moi avions prévu qu'elle passerait pour pouvoir faire un dernier point sur la préparation de l'événement en fin de semaine, en particulier la partie consacrée aux interviews. Elle travaillait sur la compilation des questions que l'on me poserait probablement pour que nous puissions déterminer la meilleure façon d'y répondre. Elle me rejoindrait dans le Colorado et à L.A. mais ne partirait pas avec moi demain matin. Certains rendez-vous la retenaient et elle prendrait un vol plus tard, le soir, puisqu'elle n'était pas obligée d'assister aux festivités d'ouverture.

"Tu ne me laisses jamais m'amuser," gémit-il, en faisant la moue en sortant dans le couloir.

"Je me souviendrai de ce que tu as dit !" criai-je, après lui alors que je me déplaçais vers mon tiroir à chaussettes, prenant mes affaires pour les jeter dans mon sac. "La prochaine fois qu'on ira au lit ensemble, je ne veux pas de reproches quand je me retournerai et commencerai à ronfler. Tu sais, être le vieux rabat-joie ennuyeux qui…"

Ma déclaration fut interrompue par un couinement lorsque je me sentis soulevée à l'improviste. Il me jeta sur le lit avant de m'attaquer rapidement, m'immobilisant avec ses jambes pendant qu'il attaquait mes côtes avec ses doigts implacables. Il n'arrêta pas jusqu'à ce que j'aie le souffle coupé et que je demande grâce, bougeant seulement pour se coucher plus fermement sur moi. Sa bouche se joignit à la mienne, ses mains trouvèrent leur chemin sous ma chemise, ses hanches s'avançant jusqu'à ce que je sente la dureté dans son jeans.

J'avais beau vouloir l'enlacer et le supplier de continuer, je savais que je ne pouvais pas.

Ses lèvres passèrent sur mon cou, sa langue claqua à l'endroit tendre sous ma mâchoire. Je gémis alors que sa main prenait ma poitrine en coupe sous ma chemise et que ses dents me grattaient la peau.

Eh bien... peut-être juste une minute...

"Je retire ce que j'ai dit. Tu es très divertissante !" dit-il en râlant. "Tu serais encore plus drôle si tu enfermais ma mère dehors et oubliais de faire les valises."

"Edward !" soupirai-je, essayant seulement à moitié de le repousser. "J'ai vraiment besoin d'en finir. Je n'aurai pas le temps demain."

"Tu as enfin compris, Swan. Si tu ne peux pas faire tes valises, tu ne peux pas partir. Alors on peut rester ici pendant des jours. J'imagine qu'on pourrait beaucoup s'amuser ensemble…" dit-il, en ponctuant ses paroles d'un roulement de ses hanches contre les miennes.

"Tu sais quoi ? Tu as raison, c'est vrai. Ce serait amusant," sursautai-je en l'embrassant avec force pendant un moment, mes doigts s'emmêlant dans ses cheveux. Puis je tirai son visage en arrière d'un ou deux centimètres.

Ses lèvres étaient encore enflées et légèrement gonflées et il me fallut toute ma détermination pour ne pas lâcher sa tête et le laisser me dévorer. Au lieu de cela je haussai un sourcil et lui dis, à lui et à moi-même : "Ça n'arrivera pas."

"Je pourrais toujours t'attacher et te faire rester. Cela pourrait être amusant aussi…" dit-il d'un air suggestif, en agitant ses sourcils.

Je le frappai à l'épaule.

"Très encourageant," grommelai-je, avec beaucoup de sarcasme.

"Je suppose que ça n'arrivera pas non plus, hein ? Très bien," soupira-t-il, en me roulant sur le dos au milieu du lit. "Va-y. Fais tes valises. Je serai sage."

"Edward," dis-je avec sympathie, me levant pour m'asseoir à côté de lui et reposer ma main sur son cœur. "Ce n'est que quelques jours."

Mon réconfort semblait fragile, même pour moi. Peu importait que ce soit deux ou sept jours et que nous ayons été séparés pendant des jours plus d'une fois par le passé, ça allait quand même craindre.

Cette séparation me semblait encore plus intimidante - pour moi, c'est sûr et apparemment, pour lui aussi.

"Oui, et puis je serai parti tout de suite après," marmonna-t-il, en prenant ma main entre les siennes. "Je sais que tu dois y aller et je te soutiens à cent pour cent. Tu vas juste me manquer."

"Tu me manqueras aussi," murmurai-je, en m'étirant à côté de lui, en enfouissant mon nez dans son cou. J'enroulai mon bras et ma jambe autour de son corps, toutes les pensées de valises et de préparation oubliées, mon seul but était de me concentrer sur Edward et de profiter de chaque moment qu'il nous restait.

Deux semaines, avec seulement une nuit entre les deux pour nous voir. Je le redoutais depuis que j'avais découvert que c'était comme ça que nos emplois du temps s'étaient alignés. Seulement un jour après mon retour de Los Angeles, Edward s'envolerait pour Colorado Springs, exactement au même endroit où je passerai le week-end, au siège de l'équipe des USA.

Nous avions découvert juste après la débâcle de Renée que le nom d'Edward était sur la liste des possibles joueurs de l'équipe américaine pour Vancouver. C'était exactement le genre de nouvelles dont nous avions besoin pour faire passer tout le drame en arrière-plan.

Il avait été enthousiasmé lorsqu'il avait reçu son invitation à faire partie de l'équipe et son excitation avait nourri la mienne. Emmett et Jasper avaient sauté sur l'occasion pour passer du temps à la patinoire pour l'aider à se préparer. Bien sûr ils continuaient à s'entrainer à la salle de gym et passaient au moins quelques heures sur la glace pour avoir une chance d'être sélectionné.

La sélection pour l'équipe olympique de hockey était apparemment un processus plus compliqué qu'il ne l'était dans le cas du patinage artistique. Pour nous, les deux premiers de chaque section aux Championnats nationaux faisait partie de l'équipe. Pour eux, le processus avait commencé il y a des mois, avec les entraîneurs et le comité retenant environ soixante-dix joueurs de toute la ligue qui seraient invités à une semaine d'essais. Selon Edward, cette semaine était plus une formalité qu'autre chose. Il avait expliqué qu'ils étudiaient leurs vidéos depuis des mois et qu'ils avaient déjà fait leur choix avant même d'atterrir au Colorado.

Pourtant, je ne pouvais m'empêcher d'être ravie qu'il ait cette occasion et j'en profitais pour l'encourager aussi souvent que je le pouvais.

"Tu sais, si tu n'étais pas si bon au hockey, ils ne te prendraient même pas en considération pour l'équipe des Etats-Unis et tu n'aurais pas besoin d'y aller," le taquinai-je alors que mon cœur se remplissait de fierté pour lui.

"Je pourrais te dire la même chose, Swan. Je suppose que ça craint qu'on soit tous les deux si incroyablement talentueux !" dit-il ironiquement, se cognant contre ma hanche.

"Vous l'avez dit, M. Modeste, pas moi. Tu es excité ?" demandai-je, en me déplaçant pour reposer mon menton sur les bras croisés sur sa poitrine.

"Ouais. Je veux dire, je ne sais pas si ça mènera vraiment à quelque chose mais juste les essais eux-mêmes devraient être une expérience cool," dit-il, en tortillant une mèche de mes cheveux entre ses doigts.

"C'est quoi ce genre de discours ?" demandai-je avec un froncement de sourcils. "Tu es un grand joueur de hockey, pourquoi ça ne mènerait pas à quelque chose ?"

"Soyons réalistes…" fit-il en haussant les épaules. "Je sais que je ne suis pas dans le peloton de tête des candidats pour l'équipe nationale. J'irai, je donnerai tout ce que j'ai mais je ne serai pas dévasté si je n'y arrive pas. De plus, le hockey n'est pas comme le patinage artistique…" se moqua-t-il en faisant glisser son index le long de l'arête de mon nez. "Ils te laissent jouer après l'âge de vingt-cinq ans, donc il y a toujours une chance la prochaine fois. Et si ce n'est pas le cas ? C'est cool aussi. Ce serait génial de pouvoir représenter mon pays mais jouer aux Jeux Olympiques n'a jamais été mon rêve ultime."

"Quel est ton rêve ultime ?" demandai-je curieusement.

"Pour le hockey ? Je suppose que c'est la même chose que tout le monde dans la ligue," soupira-t-il. "Gagner la coupe, en fait la majorité des joueurs ne la gagne pas."

"Tu es si... Je ne sais pas. Tu me surprends quand tu dis des choses comme ça," avouai-je, en m'asseyant pour observer son visage. "Je te vois sur la glace. Tu as un tel dynamisme. Tu es de toute évidence compétitif pour atteindre le niveau où tu es. Mais ensuite tu dis des choses comme ça, et... C'est tellement... raisonnable," dis-je en riant, décidant que c'était le meilleur mot pour décrire son attitude décontractée. "Tu veux partager tes secrets, Maître Zen ?"

"Quoi ?" demanda-t-il, d'une voix amusée. "Est-ce que ça te fait bizarre que je ne sois pas prêt à me flinguer à chaque fois que je perds un match ?"

"Non, je me disais que ça te secouerait un peu plus. Parfois, on dirait que ce n'est pas une grosse affaire pour toi."

Je dis ça avant de réaliser à quel point c'était insultant. En me frappant le front, j'essayai de revenir en arrière rapidement. "Gah, je ne voulais pas dire ça comme ça. Je n'essaie pas d'avoir l'air critique, je suis désolée," me dépêchai-je, apaisée par son sourire grandissant alors qu'il s'asseyait à côté de moi.

"Je ne l'ai pas pris comme ça…" m'assura-t-il, en prenant mes mains dans les siennes. Il semblait réfléchir à ses paroles pendant une minute avant de reparler, "Je veux dire, ouais, c'est une grosse affaire, bien sûr. Mais gagner n'est pas tout pour moi. Le hockey ? Oui je suis bon et j'aime le faire. C'est important pour moi mais ce n'est pas la chose la plus importante. Ce serait génial de jouer aux Jeux Olympiques et j'adorerai gagner un championnat de la Coupe Stanley mais si rien de tout ça n'arrive jamais… ? J'ai tout de même eu de la chance d'avoir pu faire quelque chose que j'aime. Et il y a beaucoup d'autres grandes choses que j'aurai encore dans ma vie, même si je ne participe plus jamais à d'autres Jeux."

Je retirai mes mains des siennes et je me déplaçai pour m'installer sur ses genoux. Ses bras s'enveloppèrent automatiquement autour de moi, me serrant contre son torse alors que son nez éloignait les cheveux de mon cou pour qu'il puisse embrasser la peau nue.

L'entendre parler comme m'avait permis de mieux comprendre ce qu'il ressentait quand je critiquais ou minimisais mon propre patinage. Je détestais l'idée qu'il ait des doutes sur lui-même alors qu'il était si clair pour moi qu'il était vraiment incroyable, à la fois en tant qu'athlète et en tant que personne. Il m'avait dit une fois que je ne me voyais pas très clairement - et c'était peut-être vrai - mais je n'avais jamais imaginé qu'il pouvait avoir des moments où lui ne se voyait pas clairement.

"C'est toujours génial d'essayer," insistai-je, en lui donnant un coup de coude.

"Ouais, c'est un peu ça," céda-t-il en souriant. Je pouvais pratiquement ressentir l'excitation qui émanait de lui. "J'étais en train de jeter un coup d'œil sur la liste d'essais et c'est un bon groupe. Ce sera amusant de jouer avec certains d'entre eux au lieu de les affronter… pour une fois."

"Dommage que Jacob Black ne soit pas invité. Vous auriez pu surmonter vos différents et devenir de super bons amis…" taquinai-je, en rigolant quand il grogna en réponse. Je tournai la tête pour le regarder et lui sourire. "Je suis sûre qu'intérieurement tu pousses un grand cri de joie, pas vrai ?"

"Bella," soupira-t-il patiemment. "Ce serait complètement immature. Et… bien sûr que oui."

"Peux-tu imaginer si nous y arrivons tous les deux ?" soupirai-je, me blottissant à nouveau contre son torse. "Tu sais que ces limiers vont me poser des questions à ce sujet dans toutes ces interviews ? Pas vrai ? Le monde n'aime rien de plus qu'une bonne histoire d'amour. A moins que ce ne soit un scandale. Ne suis-je pas chanceuse ? J'ai les deux !" m'écriai-je sarcastique, en roulant un peu des yeux.

"Ça va aller ? " me demanda-t-il sérieusement.

"Oui ça ira," fis-je en haussant les épaule. "Rien que je n'ai déjà vécu avant, non ? Juste quelques interviews, quelques séances photos et je serai de retour dans peu de temps."

"Non pas à ce sujet. Tu as dit que Lauren pourrait être là ?"

"Oui," agréai-je sans minimiser l'importance de ce fait alors qu'il pouvait lire si aisément en moi. "Ce qui signifie que Renée y sera aussi probablement."

"Phil ?"

"Il y sera mais les coachs ont un agenda complètement différent, " expliquai-je. "Je ne verrai même pas Marcus alors je ne pense pas avoir à le rencontrer."

"Bel…" commença-t-il.

Je l'interrompis doucement.

"Il ne va rien se passer, Edward."

"Mais…"

"Je suis sérieuse," dis-je, tournant la tête pour le regarder dans les yeux et le rassurer que tout se passerait bien. "Avec tous ces moyens de sécurité autour de moi, même si je le vois, rien ne pourra arriver. Essaie de ne pas trop t'inquiéter, d'accord ?"

Il m'observa pendant un long moment avant d'hocher la tête. "Alors et Renée ? Si tu la vois ?"

"Je suis simplement…" soupirai-je, me tournant sur ses genoux et enroulant mes bras autour de lui. Ses mains tombèrent sur mes hanches et je continuai, "Je suis en train d'essayer de ne pas trop y penser si tu veux savoir. Je sais que ce sera difficile de la voir une première fois, peu importe quand ça arrivera. Et bien que je souhaite que ce ne soit pas le cas et que j'essaie de mettre tout ça derrière moi, ça me fait toujours mal et c'est toujours difficile. Mais je gèrerai – ça et je ne vais pas la laisser influencer mes décisions ou mes actions de quelque façon que ce soit. Surtout pas en me cachant. C'est pourquoi je dois y aller. C'est mon… eh bien, c'est mon travail, vraiment si tu y réfléchis. Tout cela fait partie de mon travail. Je ne vais pas la laisser me retenir de faire ce que je dois faire."

"Chouette boulot si tu me le demandes. Entrevue avec Sports Illustrated et publicités pour C°ca-c°la."

"Que puis-je dire Cullen ? Ma vie est enchantée," plaisantai-je.

"Ne nous oublie pas, nous, les petites gens, ici."

"S'il te plait," sifflai-je, posant mes mains sur ses épaules et le poussant en arrière pour qu'il se couche. Je fis remonter ses mains sur ses bras, entrelaçant nos doigts au-dessus de sa tête. Je me baissai pour caresser son nez, avant de rouler mes hanches contre les siennes. "Je sais pertinemment qu'il n'y a rien de petit chez toi."

"Et maintenant qui est en train de nous distraire ?" Il sourit avant de lever suffisamment la tête pour capturer mes lèvres. Elles se frôlèrent et nos langues se trouvèrent de façon espiègle. Juste au moment où il se retournait pour essayer d'approfondir le baiser un coup retentit contre la porte d'entrée.

Il grogna et se recula instantanément pour se recoucher sur le lit, abattu par l'interruption. "Bloqué par ma propre mère. Elle me fait payer, je te le dis, pour chaque moment de stress que je lui ai fait subir depuis que j'étais un ado de treize ans de mauvaise humeur."

"De mauvaise humeur, toi ?" taquinai-je, en lissant mes vêtements et en passant une main sur mes cheveux pour m'assurer qu'ils n'étaient pas trop emmêlés.

"Très drôle Swan," murmura-t-il, son sourire s'effaça alors qu'il se levait et me tendait la main pour m'aider afin que nous laissions entrer Esmée.

Nous restâmes à bavarder tous les trois quelques instants avant qu'Edward dise qu'il devait y aller pour se mettre au travail.

"Où vas-tu ? " lui demanda Esmée.

"Je vais trainer un peu pendant que vous faites ce que vous avez à faire."

"Si tu cherches quelque chose à faire, ton père a besoin de toi. Encore une fois," l'informa-t-elle, en roulant des yeux avec affection.

"Oh non, pas d'autres diagrammes maman…" gémit-il alors que j'essayai de m'empêcher de rire. C'était dans des moments comme celui-ci où il était si facile de voir exactement comment il était lorsqu'il avait treize ans.

"Fais-lui plaisir chéri, ce n'est pas tous les jours qu'il peut prétendre être Herb Brooks*," plaida Esmée, en lui tapotant doucement la joue.

"Oh si, il l'est. Il fait ça depuis que j'ai cinq ans," se plaignit Edward, en roulant des yeux.

"Pauvre petit. Combien tu as souffert," lui rétorqua-t-elle sarcastiquement.

"Peu importe maman," il se dégagea et lui lança un sourire malicieux. "Je vais lui dire que tu meurs d'envie d'entendre tout ce qu'il a sur sa théorie sur la meilleure façon d'aborder une mise en jeu dans la zone de base. Vois combien tu l'aimes…"

"Méfie-toi, Edward Anthony Cullen !" haleta-t-elle d'horreur. "Je jure que si jamais je vois un autre dessin d'une patinoire de hockey griffonné sur une serviette en papier, ce sera trop pour moi." Elle se tourna vers moi et dit. "J'ai fait des cauchemars pendant des années à cause de ces diagrammes. Le x le o, les flèches… Ça reste un truc terrifiant même après vingt-trois ans. Celui-ci sera tout aussi mauvais quand il aura ses propres petits."

"Et sur cette note…" intervint Edward en se raclant la gorge maladroitement. "… je vais vous laisser mesdames."

Il s'approcha pour me prendre dans ses bras et embrasser ma tempe. "Appelle-moi quand vous aurez fini, d'accord ?"

"D'accord on se voit tout à l'heure. Amuse-toi avec les x et les o. Et assure-toi qu'il sache bien que ce n'est jamais une bonne chose d'amener le palet au centre."

"Humm j'adore quand tu parles stratégie de hockey," gémit-il en se penchant pour me donner un doux baiser. "Avec toi je pourrai faire des diagrammes toute la journée."

"Hé ! Je suis toujours là moi !" dit Esmée. Je rougis et enfouis mon visage dans son torse alors qu'Edward riait en me serrant plus fort et continuant à plaisanter avec sa mère. "Comme si papa et toi vous étiez gênés devant moi…"

"Allez file d'ici !" lui dit-elle, en faisant un signe de la main.

Il leva mon menton et me fit un dernier baiser, marmonnant qu'il me verrait plus tard – s'il survivait – avant de partir.

Après que la porte se soit refermée Esmée se tourna vers moi. "Prête à te mettre au travail ?" demanda-t-elle gaiement.

"Puisqu'il le faut," soupirai-je, en l'emmenant à la chambre pour que nous puissions discuter, tout en finissant mes bagages.

Deux heures plus tard tout était prêt et je connaissais bien les réponses aux interviews même si mon estomac était toujours contracté à l'idée d'être confrontée à quelques-unes d'entre elles. Il y avait si longtemps que je n'avais pas eu à affronter la presse et la perspective de faire ça pendant une semaine entière était un peu décourageante. Heureusement Esmée serait avec moi pour la quasi-totalité et elle semblait convaincue que tout se passerait bien.

Après que nous ayons fini elle me souhaita une bonne soirée et rentra chez elle, me laissant avec les informations pour le vol et un bloc à regarder au cas où j'aurais des questions. Elle arriverait juste quelques heures après moi, le lendemain soir après le dîner de bienvenue.

Je passai quelques minutes à lire l'itinéraire en attendant Edward mais une fois qu'il passa la porte de mon appartement, je mis tout de côté pour profiter de la soirée en sa compagnie, sans distraction.

Le lendemain matin nous chargeâmes mes bagages dans le coffre de la voiture d'Edward et il me conduisit à l'aéroport. Pendant le court trajet mes pensées commencèrent à s'emballer et mon estomac à se tordre d'anxiété. Je partais vraiment. Pas pour longtemps ni pour toujours mais je partais. Je n'avais pas quitté cet état depuis mon arrivée en janvier sauf pour aller quelques jours à Chicago et tout me semblait maintenant être un grand défi.

Et si les choses étaient différentes maintenant ? Si ce monde ne me convenait plus ? Et si j'étais la seule à croire que j'avais encore ma place là-bas ? J'avais tellement changé durant les derniers mois et même si j'aimais toujours patiner et était totalement passionnée par l'entrainement, que se passerait-il quand je serai confrontée aux aspects moins agréables de la compétition ? Les gens, les commérages, la tension, les manipulations, les confrontations constantes. J'avais mal à la tête rien que d'y penser.

Je me souvins des mots d'Alice, il y a quelque temps, comment venir au Minnesota avait été comme d'arriver à Oz. Bien que nous lui ayons tous donné du fil à retordre pour l'avoir trouvée, la symbolique était là.

"Tu es plutôt calme là," Edward interrompit mes pensées. Je regardai autour de moi pour voir qu'il s'était garé et avait déjà arrêté la voiture. Il me faisait face avec un air un peu inquiet, sa main se posant sur mon genou, son pouce frottant des cercles apaisants sur ma cuisse. "Tout va bien ?"

"Je réfléchis juste," murmurai-je, en posant ma main sur la sienne puis caressant ses phalanges.

"A propos de quoi ?"

"Je ne suis pas vraiment partie depuis que j'ai emménagé ici. Je suis allée avec Alice et Rose voir le match à Chicago mais c'était si différent et vous étiez tous là. Cette fois... Je ne sais pas. C'est différent, comme si j'allais partir, retourner à mon ancienne vie ou quelque chose comme ça. C'est bizarre de penser cela, je suppose," dis-je légèrement.

Il hocha la tête en signe de compréhension, se penchant vers moi pour m'embrasser le front avant de sortir de la voiture. Il me tint la main pendant que nous traversions le terminal et que nous allions au point de contrôle.

Nous nous écartâmes de la foule pour nous dire au revoir.

Il me prit dans ses bras et me serra contre lui. Je m'accrochai à lui, me sentant déjà anxieuse de le quitter. Mes pensées revinrent aux paroles d'Alice.

"Tu te souviens du soir où Alice a monté cette vidéo de mes vieux clips et d'autres trucs et qu'elle a fait cette métaphore sur le Magicien d'Oz ?"

"Ouais."

"Eh bien, ça marche vraiment si tu y réfléchis mais c'est comme... à l'opposé de ce que tout le monde s'attendait à ce que ce soit," lui dis-je d'une voix perplexe alors que je tentais de m'expliquer.

"Comment ça ?"

"Ma vie avant de venir ici était un cirque. Tout le monde pense que la vie d'un patineur artistique est si étincelante et glamour, et d'une certaine façon ça peut l'être, mais pour moi... je ne sais pas comment l'expliquer," soupirai-je. "C'est comme, après être venue ici et avoir appris tant de choses sur ce que la vie a à offrir en dehors du patinage, que le monde semble si vide, incolore. Ce devrait être l'inverse, comme si la vie "normale" était ennuyeuse et grise, comme le Kansas, et le côté célèbre, c'est ce monde de rêve coloré que si peu de gens ont la chance de faire l'expérience. Mais pour moi, cet endroit est le monde de mes rêves, où la vie est pleine de couleurs. Je me sens comme si prendre cet avion et d'y retourner, c'est presque comme me réveiller."

Je me moquai de moi-même, de mes propres mots. "Ça a l'air si mélodramatique. Je suis vraiment excitée à l'idée de concourir à nouveau et je ne m'en fais même pas tellement maintenant que je ne suis pas en train d'être forcée de le faire. Mon Oz va me manquer."

"Tu peux avoir les deux, tu sais," dit-il, ses doigts jouant avec l'ourlet de ma chemise, de temps en temps frôlant la peau douce au creux de mon dos. "Tu m'as déjà dit que le monde te connaît en tant qu'Isabella Swan, et que pendant que tu es ici, tu n'es que Bella ? Mais c'est les deux. Isabella... Bella, tu as ta place dans ces deux mondes. Cela signifie juste qu'elles peuvent coexister."

"T'es vraiment malin !" gloussai-je, en le serrant plus fort. Il savait toujours exactement quoi dire pour que je me sente mieux.

"Je n'arrête pas de te le dire, Swan et tu ne me crois pas…" soupira-t-il de façon dramatique. Je gloussai légèrement, me blottissant un peu plus contre lui.

"Epouvantail ?"

"Oui, Dorothy ?" demanda-t-il d'une voix amusée, jouant avec moi.

Je me penchai en arrière pour le regarder dans les yeux en chuchotant : "Je pense que c'est toi qui vas me manquer le plus."

Il secoua affectueusement la tête vers moi avant de se pencher pour frotter son nez contre le mien. "Envoie-moi un texto quand tu atterriras, d'accord ? Pour que je sache que tu es bien arrivée ?"

"Oui monsieur," répondis-je en essayant de saluer, mais en ne parvenant qu'à me taper les doigts sur le bord de la casquette de baseball sur ma tête. La même qu'il avait laissée avec moi à l'une des occasions à cet endroit précis, dans des rôles opposés.

Il gloussa, embrassant doucement mes doigts là où je les avais heurtés. Il tapota le bord et demanda : "Tu me laisses ça, cette fois ?"

"Pas question," répondis-je, en reculant d'un pas et en serrant la casquette de façon espiègle dans mes bras.

"Tu ne récupéreras jamais ça, Cullen."

"Tant que je te récupère, je ne me plaindrai pas," dit-il.

Je me jetai sur lui, mes bras l'enserrant. "Six jours," chuchotai-je comme une promesse.

"Moins d'une semaine."

"Cent quarante-six heures."

J'éclatai de rire, riant de nous deux. "Mon Dieu, Edward, tu es aussi mauvais que moi. Quand en sommes-nous arrivés à être si sentimentaux ?"

"Ça ne me dérange pas," il haussa les épaules en me frottant le dos de haut en bas. "Garde-le pour toi cependant. Ce ne serait pas très bon pour ma réputation. Ce n'est pas très intimidant d'être considéré comme un joueur de hockey au cœur tendre."

"Ton secret est en sécurité avec moi," lui promis je, en embrassant l'endroit sur sa poitrine où j'avais reposé ma joue. "Je dois vraiment y aller. Ils vont bientôt commencer à monter à bord."

"Kay," chuchota-t-il, se baissant pour m'embrasser. "Je t'aime."

"Je t'aime aussi."

Je m'adonnai à un dernier baiser, mes lèvres s'attardant sur les siennes le plus longtemps possible avant de m'éloigner hors de sa portée. En lui faisant un petit sourire, je levai la main et il me répondit sans me dire un mot. J'étais reconnaissante qu'il ait semblé comprendre le fait que je ne voulais pas dire au revoir. Parce que même si c'était bizarre d'être de retour à l'aéroport et de partir physiquement, mon cœur restait dans le Minnesota avec Edward et je retrouverai les deux bientôt.

Une fois dans l'avion, je mis mes écouteurs et regardai dans le vide par le hublot pendant que les autres passagers prenaient place.

Je réfléchis à ce qu'Edward avait dit au sujet de la fusion de mes deux mondes et je réalisai qu'en quelque sorte, je l'avais déjà fait. C'était comme s'ils étaient à des kilomètres l'un de l'autre mais en fait, ils vivaient si près l'un de l'autre à l'intérieur de moi. La patineuse glacée, la compétitrice féroce et la fille normale et ordinaire.

Ils étaient tous moi et ils n'avaient pas à se battre, chacun avait beaucoup de place pour vivre et pour grandir. Reconnaissant cela, je me sentis beaucoup plus à l'aise à mesure que l'avion dévalait la piste, m'emmenant avec lui loin de la maison.

Le voyage fut court et avant que je m'en rende compte, le train d'atterrissage était sorti et le pilote était en train de nous faire atterrir. Je pris mon temps pour rassembler mes affaires, pas aussi pressée que certains de mes compagnons de voyage. Je pris ma valise puis partis tranquillement dans l'aérogare.

Comme je n'avais rien de prévu jusqu'à plus tard dans la soirée, pour le dîner de bienvenue pour tous les patineurs, j'avais pensé à déposer mes affaires à l'hôtel et sortir.

Je pensais que je pourrais peut-être faire un tour en ville pour passer le temps. J'étais assez familière avec la région. Renée et moi nous étions installées à Boulder - à environ deux heures au nord de Colorado Springs - pendant quelques années autour des derniers Jeux Olympiques. C'était jusqu'à ce qu'elle finisse par s'ennuyer - comme toujours - et nous traine jusqu'en Floride.

Colorado Springs était le siège du Comité Olympique américain, si bien que j'avais eu l'occasion de venir ici à plusieurs reprises mais je n'avais pas passé beaucoup de temps à l'apprécier. Alors, pourquoi ne pas sortir avant d'être coincée dans des salles de conférence et des chambres d'hôtel pour le reste de la semaine ?

Mes projets momentanés furent déjoués dès que je m'approchai du carrousel des bagages et que je vis qui était là. Paparazzi. Pas beaucoup mais assez pour rendre une sortie discrète impossible. J'aurais dû savoir qu'ils seraient là. Les médias savaient très bien ce qu'il se passait cette fin de semaine et que les plus grands noms du patinage artistique américain seraient en ville. Pourtant, les voir attendre là-bas fut un choc. Heureusement, j'avais été assez vigilante pour comprendre avant de me retrouver dans l'essaim.

En me ressaisissant, je fouillai dans mon sac à main, mis mes lunettes de soleil foncées et envoyai un petit SMS à Esmée pour vérifier que j'étais à la bonne porte où le chauffeur qu'elle avait engagé m'attendait. Mon téléphone bipa un instant plus tard, confirmant qu'il était là et qu'il m'attendait. Il est temps de foncer dans la fosse aux lions.

Je vérifiai deux fois pour m'assurer que ma casquette était abaissée sur ma tête, ce qui me procurait confort et force de ce petit symbole d'Edward avec moi. Tenant fermement mes sacs, je passai les portes et à l'extérieur dans la mêlée.

Ce fut instantané. Dès qu'ils me reconnurent, les flashs se déclenchèrent rapidement. Ils auraient été aveuglants si les verres de mes lunettes de soleil n'avaient pas été aussi foncés. Des acclamations de mon nom et des questions que je n'arrivais pas à comprendre résonnèrent dans les oreilles et me donnèrent envie de faire demi-tour et de retourner directement dans le Minnesota.

Mais je ne me retournerai pas. Je ne me cacherai pas. Je ne me recroquevillerai pas. Peut-être que c'est ce que j'aurais fait il y a des mois mais pas maintenant, même si c'était tentant.

Je redressai les épaules et gardai un rythme encore plus régulier en marchant, en les saluant avec un sourire poli. S'ils sentaient que je pouvais avoir peur, ils deviendraient plus agressifs.

Je vis le chauffeur qui m'attendait sur le trottoir à la portière déjà ouverte d'un SUV noir. Il me débarrassa de mes sacs et ferma derrière moi une fois que je fus à l'intérieur, coupant immédiatement le son qui devint un bourdonnement feutré. Appuyant ma tête sur le dossier du siège, je relâchai le souffle que je retenais depuis que j'étais sortie.

Bienvenue au Kansas.

Sortant à nouveau mon téléphone, j'envoyais un texto à Edward pour l'informer de mon arrivée sans prendre la peine de mentionner mon comité d'accueil.

Je ris un peu de moi en me rendant compte que mes doigts tremblaient et je ne pus m'empêcher de me sentir un peu fière de moi. Peut-être n'était-ce qu'un petit pas mais je l'avais fait toute seule. Je n'avais pas été préparée à être confrontée à la presse aussi tôt mais j'avais bien géré, tremblements et tout. Maintenant que j'avais passé cette première étape, ça ne serait plus aussi difficile. Je pourrais les bloquer la prochaine fois sans même un accroc.

Bien que je me sente mieux, je savais que je n'étais pas prête à errer seule dans les rues de Colorado Springs si les caméras me suivaient. Je ne me laissai pas abattre et profitai de la salle de sport de l'hôtel pour courir et faire des étirements suivis de quelques longueurs dans la piscine couverte. Les deux étaient presque vides bien que j'aie repéré quelques gars de la section des hommes qui seraient au diner ce soir-là.

Après que j'ai eu fini il me restait une heure et demie avant de devoir descendre dans la salle de bal de l'hôtel pour le dîner.

Je tombai sur mon lit et consultai les informations qu'Esmée m'avaient envoyée. Je trouvai la liste de ceux qui étaient attendus et les passais en revue. Je reconnus beaucoup de noms, quelques-uns m'étaient inconnus puisqu'apparus en cours de saison.

La fin de la semaine était réservée à tous les meilleurs patineurs artistiques américains et pas seulement les femmes. Il y avait des représentants du côté masculin, les couples ainsi que les danseurs sur glace. En gros toute personne ayant remporté une médaille lors d'un Grand Prix ces deux dernières années ou ayant terminé dans le top dix du Championnat du Monde était invitée. Cela signifiait que trente-quatre athlètes seraient présents, tous les patineurs ayant une chance de se rendre à Vancouver. Même s'il était possible que des outsiders fassent une bonne performance lors des tours de qualification, il était peu probable qu'un patineur qui n'était pas invité ici se retrouve dans l'équipe olympique.

En plus de moi cinq autres filles étaient attendues dont bien sûr Lauren Mallory.

Comme je l'avais dit à Edward j'étais préparée à la probabilité qu'elle soit là et que donc Renée y soit aussi. Pas moyen qu'elle laisse Lauren s'occuper seule de la presse. Je ne savais pas exactement comment je réagirais si je la rencontrais mais je savais qu'il était impossible que je m'effondre à nouveau. Elle en avait eu assez de mes larmes pour toute une vie.

Pour ce soir au moins je pouvais relâcher un peu ma garde. Le dîner d'ouverture et le brunch de clôture étaient réservés aux athlètes. Pas d'entraineurs, pas de managers, juste les patineurs.

J'attachai mes cheveux en arrière et me mis des talons une jupe crayon et un chemiser à mancherons. Alors que je mettais un peu de mascara sur mes cils et du brillant sur mes lèvres ; je ris en pensant à quel point il était facile de se glisser dans ce costume que j'avais toujours porté dans ce type de situation. Comme une vieille paire de chaussures qui attendait dans mon placard la chance d'être enlevée et exhibée à nouveau.

Les apparences étaient toujours bonnes mais ce n'était plus confortable. Je n'étais plus satisfaite d'être cet individu à la voix douce qui vivait toujours indépendamment de son entourage. Après avoir passé tant de temps à me sentir à l'aise avec des gens autour de moi, c'était étrange de revenir en arrière mais c'était nécessaire. Ici, c'était une atmosphère différente. Je savais que si je baissais ma garde je serais brulée de l'avoir fait. Alors j'essayai de ne pas regretter, j'attrapai mon sac et sortis dans le hall. Tout ce weekend il serait autant question d'apparence que de compétitions et ce serait probablement tout aussi épuisant.

Je traversai le hall et me dirigeai vers la salle de réception et montrai ma carte d'identité à l'agent de sécurité situé à la porte. La salle était déjà remplie de gens, j'en connaissais beaucoup mais peu à qui je voulais parler. Alors je choisis d'abord d'aller au bar et de prendre un verre bien que j'aie décidé de m'en tenir à des boissons sans alcool. Je poussai un soupir de soulagement en voyant rapidement que Lauren n'était pas arrivée, si elle avait effectivement l'intention de venir.

Toutes les autres filles étaient là, deux des plus jeunes se serraient l'une contre l'autre en riant. Elles avaient l'air nerveuses et pas à leur place mais elles apprendraient bientôt à le cacher un peu mieux bien que ce sentiment ne disparaisse jamais vraiment. J'avais ressenti ça très souvent aussi.

"Oh Seigneur, tu as entendu, c'est Ralph Lauren qui conçoit les tenues de l'équipe cette année ? Mon dieu comme s'il n'y avait déjà pas suffisamment d'incitation comme ça ? Maintenant je serai encore un peu plus déçu si je ne suis pas sélectionné et ne peux pas avoir toutes ces superbes tenues." J'entendis une voix familière près de moi qui s'approchait du bar. Je ne pus m'empêcher de sourire. Enfin quelqu'un avec qui je pourrais au moins tenir une conversation.

"Tu n'es donc jamais fatigué des avantages en nature Yorkie ? " demandai-je, avec un petit sourire alors que je me tournai pour faire face à Eric Yorkie, l'un des meilleurs patineurs du pays.

Il avait vingt-trois ans et n'était pas très grand. S'il ne passait pas autant de temps à s'entrainer il serait facilement maigre et l'avait probablement été pendant la plus grande partie de son enfance. Ses cheveux noirs d'encre étaient coupés dans ce qu'il avait qualifié de style avant-gardiste, tombant sur les côtés avec une longue frange au centre qui lui balayait le front. Comme toujours, il était habillé pour impressionner avec un blazer métallique brillant et un pantalon légèrement rayé.

Eric avait toujours été flamboyant et aussi gay qu'il le pouvait. Aux JO de Turin il s'était efforcé d'embellir les chambres de toutes les équipes du Village avec des accents décoratifs et autres froufrous en insistant sur le fait que personne ne pouvait s'attendre à ce que quelqu'un puisse se concentrer dans un logement aussi ennuyeux. Et les snowboarders en particulier n'avaient pas du tout apprécié ses goûts.

Bien que nous n'ayons jamais vraiment été amis, il était un des seuls avec qui je pouvais passer du bon temps aux événements comme celui-ci. Et le fait que nous n'ayons jamais été en compétition l'un contre l'autre facilitait les choses.

"Petit cygne !" s'exclama-t-il en se retournant pour m'attraper dans une étreinte enthousiaste. Malgré sa taille et de façon inattendue il était fort. Il pouvait se réceptionner comme personne. "Il était temps que tu viennes. Ton joli visage a manqué aux hétéros."

"C'est vrai ?" ris-je. "Pourquoi n'arrives-tu pas à les convertir avec ton apparence toujours au top."

"Tu ne sais pas combien c'est difficile," argumenta-t-il, feignant d'être insulté. "Je veux dire ils ont déjà fait la moitié du chemin puisqu'ils portent des costumes à paillettes !"

"Je t'ai vu aux championnats nationaux en janvier. Tu as été formidable là-bas," dis-je.

"Merci poupée. La compétition des filles n'était pas la même sans ces jambes légendaires."

"Merci," balbutiai-je, rougissant un peu au compliment.

"Alors, c'est le genou qui t'a causé des ennuis ?" demanda-t-il, en s'accoudant au bar pour siroter son cocktail.

"Ouais. Ligaments croisés déchirés."

"Aïe," grimaça-t-il avec sympathie.

"Raconte-moi."

"Bien ça fait du bien de te revoir," dit-il en trinquant avec moi. "Ça va mettre un peu de piquant dans la compétition. Je te jure la moitié de ces filles ne connaissent pas la différence entre un chameau et une pirouette assise."

"Honnêtement je peux te dire que c'est bon d'être de retour," dis-je, en me détendant un peu en réalisant combien je le pensais vraiment. "Un peu étrange mais bon."

"Oui. J'ai entendu dire que ta mère et toi étiez séparées. Ce doit être difficile."

"Je me débrouille bien seule," dis-je, en haussant les épaules.

"Mieux que bien de ce que j'ai entendu dire… Un petit oiseau m'a dit que tu faisais toi-même tes programmes."

"A quels oiseaux as-tu donc parlé ?" dis-je, en haussant un sourcil interrogateur.

"Tu sais que je ne peux pas te révéler mes sources," dit-il évasivement, avant de demander avec excitation, "Alors c'est vrai ?"

Je rigolai et hochai la tête. "Oui, ça c'est vrai."

"Fantastique. Je vais m'assurer de venir te voir. Tu vas à la coupe en Chine ?" demanda-t-il.

"Non, Bompard et Skate America," dis-je, lui donnant mon programme.

"Ho !" Il claqua des doigts de déception "Bon nous n'aurons qu'une fois ensemble alors."

"Tu sais qui fait quoi ?" demandai-je.

"Peut-être," dit-il timidement avant de passer son bras autour du mien pour m'éloigner du bar.

Eric et moi restâmes ensemble et il m'informa des derniers ragots, des petits secrets en coulisses que personne en dehors du cercle intime ne connaissait jamais… du moins pas si leurs managers faisaient leur travail. Eric était une mine d'information et il était plus qu'heureux de partager tout ce qu'il avait recueilli concernant qui couchait avec qui, en dehors de la glace et qui faisait quoi sur la glace.

De temps en temps d'autres membres du groupe venaient nous voir, tous désireux de dire bonjour et de me souhaiter la bienvenue, certains véritablement, d'autres avec un peu trop d'enthousiasme pour être sincères.

C'était tellement étrange d'être de retour en présence de tous ces gens. On avait l'impression qu'un siècle s'était écoulé depuis la dernière fois où j'avais interagi avec eux et en même temps il semblait que c'était hier.

C'était essentiellement toujours les mêmes visages, les mêmes conversations pleines de cette même excitation concernant la saison à venir et la même recherche subtile d'information sur tout ce que tous préparaient. Bien que cela n'ait peut-être pas été évident pour l'observateur occasionnel il était clair pour moi que tout le monde surveillait la concurrence, peu importe la difficulté avec laquelle ils essayaient de le cacher. Il était connu que seules deux filles, deux hommes, deux couples, deux équipes de danse se retrouveraient dans la liste finale et la question non posée qui traversait l'esprit de tout le monde était : qui ira ?

Tout le monde finit par trouver une place à table. Un autre coup d'œil dans la salle me confirma que Lauren ne s'était pas montrée… Ce n'était pas vraiment surprenant. D'après ce dont je me souvenais Lauren n'avait jamais été du genre à être sympa. Elle se montrerait probablement à la conférence de presse et sauterait tout le reste. Le Président du Comité souhaita la bienvenue, parlant d'un weekend de consolidation de l'équipe nationale et de forger des amitiés au sein de la communauté alors que nous essayions tous de ne pas rouler des yeux.

Les cadres étaient si aveugles. Ils pouvaient parler tant qu'ils voulaient de tout le monde qui s'entendait bien mais en fait, à ce niveau, il était impossible d'avoir des relations d'amitié avec ses concurrents. Comment peut-on être un vrai ami avec quelqu'un qu'on essaie de battre de toutes ses forces ?

Tu ne peux pas soutenir la fille à côté et lui souhaiter honnêtement bonne chance quand elle veut exactement le même prix que toi et il ne peut y avoir qu'un seul gagnant. Donc vous pourriez être des connaissances, vous pourriez être polis et civilisés mais vous ne pouviez pas être amis.

J'avais eu la chance d'être en compagnie d'Eric, grâce à ses commentaires hilarants et méchants, le dîner passa vite et fut plus divertissant que ce à quoi je m'attendais.

Une fois les assiettes débarrassées et la partie de la soirée programmée terminée, je restai dans la salle de bal pour rencontrer des gens et discuter un peu - juste assez longtemps pour être considérée comme polie - avant de filer. Je pouvais jouer en équipe quand il le fallait mais je ne voulais pas rester des heures, faire semblant de sourire et souhaiter bonne chance pour la saison à venir, je me demandais combien de ces filles, amicales en apparence, espéraient me voir me casser une cheville ou me disloquer une épaule afin de leur donner une meilleure chance de faire partie de l'équipe.

Je voulais juste retourner dans ma chambre et parler à Edward, pour me rappeler que cette ambiance n'était pas toute ma vie, qu'il m'attendait encore à la maison, comme il l'avait promis.

J'étais déjà en train de composer son numéro en mettant la carte-clé dans la porte de la chambre d'hôtel mais je raccrochai en entrant et en découvrant qu'Esmée était arrivée pendant que j'étais en bas.

"Hé, depuis combien de temps es-tu là ?"

"Oh, je viens d'arriver il y a quelques minutes," soupira-t-elle, en s'accroupissant pour brancher son chargeur de téléphone, sa valise ouverte sur le lit. "L'avion était plein, donc il a fallu du temps pour descendre et traverser le terminal. Tu es jolie," dit-elle, en se relevant et en m'observant une fois de plus.

"Merci", bégayai-je, toujours un peu désarçonnée par ses compliments occasionnels. Ils étaient toujours différents de ceux d'Edward. "Peut-être que tu peux dire à Alice qu'en fait, je suis capable de m'habiller décemment. Je pense qu'elle a failli faire une attaque en se retenant de fouiller dans ma valise…"

"C'est ma fille," dit-elle, en souriant fièrement, tout en continuant à sortir des objets de sa valise et s'installer. "Quel micro-manager ! Depuis toujours."

"Vraiment ?" demandai-je, en m'asseyant sur le bord du lit.

"Ouais. Elle fait des listes depuis qu'elle a appris à écrire. Et avant ça, elle me demandait de les écrire pour elle."

"Oh, elle devait être tellement mignonne," lui dis-je, en retirant mes talons hauts pour soulager mes pieds.

"Je peux te dire un secret ?" demanda-t-elle et je hochai la tête. "C'était une emmerdeuse," elle s'assit face à moi pendant qu'on gloussait tous les deux. "Imagine une enfant de trois ans qui essaie de te donner des ordres tout le temps. Dieu sait qu'elle a été à l'origine de nombreux maux de tête mais même ainsi, elle pouvait toujours me faire sourire."

Notre rire s'estompa et je jetai un coup d'œil à l'Esmée pour voir qu'elle me regardait sans cesse, pensant probablement a une mère et une fille différentes.

"Des rencontres ?" demanda-t-elle.

Je ne fis pas semblant de mal comprendre sa question. "Non, non. Lauren ne s'est même pas montrée au dîner."

"D'après les informations que j'ai pu obtenir, vos horaires sont très différents pour le reste du week-end. Il se peut que tu ne les voies pas du tout," ajouta-t-elle.

"J'espère avoir cette chance," soupirai-je avant de hausser les épaules. "Je ne vais pas me cacher. Si je les vois, je vais les gérer."

"Oui, tu le feras," dit-elle, se déplaçant pour s'asseoir sur le lit à côté de moi, prenant ma main dans la sienne. "Je dois dire, Bella, après avoir travaillé avec toi ces dernières semaines… ? Je suis très fière de toi."

"Pour quoi ?" demandai-je, en la regardant.

"Ce n'est pas facile de passer à autre chose," dit-elle, en me passant les doigts dans mes cheveux si naturellement, "l'impression d'avoir été mis de côté par un parent. Personne ne s'attend à ce que tu oublies ce qu'il s'est passé ou à ce que tu avances juste en claquant les doigts."

"Je ne sais pas s'il serait possible d'oublier - ou même si je le voudrais. Au début, je l'ai fait…" avouai-je discrètement. "Je voulais oublier qu'elle avait existé, parce qu'elle avait l'air de m'avoir oublié. Mais ce n'est pas possible. Tant que je fais partie de tout cela," dis-je d'un geste englobant la situation actuelle, "Je ne peux pas les éviter. Même si j'ai peur de la revoir, je sais que ça arrivera…

Il faudra bien que ça arrive. Si ce n'est pas ce week-end, alors à l'une des compétitions. Et si je ne la vois pas, j'entendrai parler d'elle ou on me posera des questions à son sujet. Je ne peux pas prétendre qu'elle a disparu ou qu'elle n'a jamais existé. Et elle peut essayer mais elle ne pourra jamais m'oublier complètement non plus. Elle sera toujours une partie importante de ce qui m'a amené à ce point dans ma vie et pour ça, je ne peux pas souhaiter que ce soit différent. Parce que je n'ai jamais été aussi heureuse que ces derniers mois.

Même à mes points les plus bas, ma vie a été meilleure qu'elle ne l'a jamais été," expliquai-je. "Et j'ai enfin l'impression que je suis une personne dont je peux être fière."

Elle me sourit et dit : "C'est pour quoi ? Tu as tant à offrir, Bella. Je suis si contente que tu réalises enfin à quel point."

"C'est moi qui devrais te remercier," insistai-je. "Toi et ta famille, Rose, Jasper. Je suis bénie de vous avoir tous dans ma vie."

"Crois-moi, ma chérie, c'est réciproque," dit-elle, en me serrant dans ses bras.

Nous discutâmes un peu plus du déroulement de la journée. Je lui racontai pour les paparazzi à l'aéroport et elle prit note pour être mieux préparée à l'avenir avec le nombre de voyages qu'il faudrait effectuer. Elle me parla brièvement de ce qui m'attendait pour le lendemain et je lui parlai des gens qui avaient assisté au dîner et à quel point c'était bizarre d'être de retour.

Elle m'écouta quand je lui dis que je me sentais obligé de faire semblant dans cet environnement et que j'avais besoin d'une façade et quand j'eus fini, elle me sourit et me donna mon téléphone.

"On dirait que tu as besoin de savourer un peu la maison," dit-elle. Je le pris avec reconnaissance, en m'aventurant sur le balcon pour appeler Edward.

"Salut ma belle," répondit-il après une seule sonnerie, et c'est tout ce qu'il fallut. Le vernis disparut, et je n'avais plus à faire semblant de sourire comme je l'avais fait tout au long de la soirée. J'étais juste la Bella d'Edward à nouveau.

Le lendemain, il y eut un flot constant d'informations. Les séminaires se succédaient sur les relations avec les médias, la psychologie du sport et un examen approfondi des rouages du système de points actuel. On nous fit des conférences sur la lutte contre le dopage et sur l'importance de prêter attention à notre nutrition et à notre santé physique. Les porte-parole olympiques parlèrent des politiques et des procédures jusqu'à ce que je pense que mes oreilles aller saigner. Ils voulaient bien faire, en essayant de permettre à chacun d'entre nous de se fixer des objectifs élevés au cours de la saison à venir et en nous donnant les outils et l'information dont nous aurions besoin pour mais je n'arrivais pas à me concentrer.

Pendant la majeure partie de la journée, j'eus l'impression d'être dans un dessin animé de Snoopy où le professeur marmonne des incohérences. J'avais déjà tout entendu et même si je suppose qu'il était utile d'avoir un rappel, à la fin j'aurais aimé venir avec un jour de retard et sauter tous les trucs ennuyeux.

Il semble que quelqu'un ait pris cette voie. Lauren n'avait toujours pas montré son visage, bien que je n'aie pas été si naïve pour baisser ma garde. Le lendemain, il y aurait le marathon médiatique et c'était impossible que Renée la laisse rater une si grande opportunité de faire parler d'elle.

Ce soir-là, il y eut une série d'activités de consolidation d'équipe ainsi que des discours de motivation pour tous les athlètes par Dorothy Hamill et Peter Carruthers, tous deux anciens médaillés olympiques. Encore une fois, je restai dans les parages pour tous les événements prévus et je fus même capable de me détendre et de bavarder un peu plus avec quelques patineurs. Mais, dès que je pus m'éclipser, j'en profitai pour chercher l'intimité du balcon de ma chambre d'hôtel et appeler Edward pour prendre des nouvelles.

Le samedi était le vrai test. Toute la journée se déroula un peu comme un décathlon exigeant et nécessita tout autant d'endurance. La journée des médias.

Quand nous arrivâmes au Centre d'entraînement olympique, Esmée s'arrêta pour vérifier mon emploi du temps avec l'association pendant que j'allais me coiffer et me maquiller, buvant un café alors qu'une femme me posait de gigantesques rouleaux dans les cheveux et me tamponnait sous les yeux avec du correcteur. Je passai le temps à envoyer et recevoir des textos d'Edward et Alice, profitant de ce temps libre et le lien qu'ils m'offraient au monde réel.

Je finis par les laisser en leur disant que je les contacterai plus tard dans la soirée, avant de mettre mon téléphone portable en veille et de me préparer pour la journée.

Il y avait tellement de choses différentes à faire et tout le monde en était à une étape différente. Les gestionnaires et les représentants de l'USOC faisaient en sorte que tout se déroule sans heurt, ce qui nous a tous fait passer d'un poste à l'autre, avec le minimum d'interaction avec d'autres patineurs dans le but de garder la confiance de tout le monde.

Différentes salles avaient différents journalistes de différents journaux, magazines et chaînes de télévision, comme pour une conférence de presse. Une autre suite était aménagée avec un photographe pour les photos promotionnelles et les photos pour les prochaines campagnes publicitaires que NBC lancerait avec tous ceux qui iraient à Vancouver.

En début d'après-midi, j'étais prête pour une sieste. J'avais la tête qui palpitait à cause du bruit constant et d'avoir à répondre aux mêmes questions encore et encore et ce n'était pas fini. J'avais une dernière interview à passer avant d'être à la patinoire pour un tournage vidéo, suivi du médecin de l'équipe pour un bilan de santé. Tout ce que je voulais faire, c'était retourner dans ma chambre et retrouver mon lit.

Esmée m'enlaça avant que nous entrions dans la pièce où l'intervieweur final attendait et me donna deux aspirines que j'avalai rapidement après lui avoir fait un sourire reconnaissant.

Lorsque j'entrai dans la pièce, je gémis intérieurement et souhaitai qu'elle m'en ait donné plus de deux.

Jane Saunders, une journaliste connue pour sa dureté était assise sur la chaise. Elle s'était taillé une mauvaise réputation en reprenant des citations hors de leur contexte afin de donner sa propre tournure et en essayant constamment de vous mettre des mots dans la bouche ou de vous amener à dire exactement ce qu'elle voulait écrire.

Jusque-là dans mes entretiens j'avais eu beaucoup de chance. La plupart des questions portaient sur mon absence, ma blessure, sur ce que je faisais pour revenir et insistait beaucoup sur l'intérêt que je portais à la chorégraphie. Il avait été question de temps à autre de Lauren, Phil et bien sûr Renée mais pas autant que je l'avais anticipé.

Apparemment ma chance tirait à sa fin.

Nous commençâmes par les questions habituelles : comment était-ce de revenir après une saison de repos ? Comment avais-je récupéré de ma blessure ? Avais-je pensé à arrêter ? Pourquoi avais-je décidé de revenir ?

Je m'attendais à ce qu'elle se concentre sur Renée mais elle me désempara complètement en allant dans la direction opposée, en me posant des questions sur mon déménagement dans le Minnesota puis en mentionnant Edward. Jusque-là personne n'avait abordé ce sujet et je n'étais plus sur mes gardes, pensant que ce ne serait pas un sujet de discussion. Ça me prit un moment pour m'éclaircir les idées et gérer ces questions.

"Vous êtes liée de façon romantique avec le joueur de hockey de la LNH Edward Cullen, dont nous venons juste d'apprendre qu'il est également en lice pour une place pour Vancouver. Ce sera l'amour au village olympique en février ?" demanda-t-elle, avec un sourire faux.

"Ouais, qui sait ? Beaucoup de choses peuvent se passer en six mois et il y a encore beaucoup d'étapes à franchir d'ici là mais c'est excitant d'y penser."

"Il semblerait que les joueurs de hockey et les patineurs aient une sorte de rivalité, est-ce le cas pour vous deux ?"

Elle était si transparente, essayant de trouver du drame là où il n'y en avait pas. "Non pas du tout. Être sur la glace est quelque chose que nous aimons tous les deux. C'est un intérêt commun. Le hockey et le patinage peuvent être deux branches très différentes mais elles viennent du même arbre."

"Que pensez-vous de son prochain essai ?"

"Je suis très excitée pour lui," dis-je avec un sourire sincère. "C'est une grande opportunité qu'il a méritée. C'est un excellent athlète et notre pays aurait de la chance qu'il soit là pour nous représenter."

"Et si l'un de vous va aux Jeux Olympiques et l'autre non, comment pensez-vous que ça va affecter votre relation ?" s'enquit-elle. Mes dents voulaient grincer en voyant la lueur dans son œil, désirant que je dérape un peu et dise quelque chose qui puisse être interprété comme de la jalousie. Il fallait que je fasse très attention.

"Edward et moi nous soutenons mutuellement, nos carrières et nos aspirations. Je le respecte en tant que coéquipier et il m'encourage également. Si l'un de nous deux ne réussit pas, ce serait certainement une déception mais lui et moi ne rivalisons pas dans les mêmes cercles, je ne vois donc pas que cela ait une quelconque importance."

"Ne pensez-vous pas qu'il y ait une certaine jalousie, d'un côté ou de l'autre ?"

"Non je ne pense pas," dis-je et j'en restai là. Elle pourrait tenter de spéculer tout ce qu'elle voudrait. Je n'avais pas à me justifier ni à partager ce qu'il y avait dans mon cœur ou donner des détails d'une relation aussi personnelle.

"Isabella Swan est devenue un nom familier avec les Jeux Olympiques précédents et Edward Cullen est bien connu dans le monde du hockey. La célébrité est-elle un facteur dans votre relation ?"

"Je ne nous ai jamais considéré comme un couple de célébrité, pas du tout," dis-je honnêtement. Cette pensée en était même risible. Brangelina nous ne l'étions pas. "Nous sommes deux personnes normales qui avons un travail qui nous met sous les yeux du public de temps en temps. La plupart du temps nous avons des vies tranquilles."

"Des sources disent que vous vous êtes bien rapprochée de sa famille depuis que vous êtes arrivée dans le Minnesota, c'est vrai ?"

"Oui c'est vrai," dis-je lentement sachant que ça allait conduire à autre chose.

"Une famille de remplacement, peut-être ?"

Et voilà ça y était.

Je vis une lueur de fureur traverser les yeux d'Esmée depuis derrière l'épaule de Jane, derrière la caméra. Je lui fis un minuscule signe de tête pour l'empêcher de mettre fin à l'interview. Ça aurait l'air pire que c'était si elle le faisait.

"Ce sont des choses complètement séparées qui n'ont aucune relation entre elles."

"Mais vous avez renvoyé votre mère, pas vrai ? "

"J'ai mis fin à un accord professionnel puisque nous n'arrivions plus à nous entendre."

"Et ça vous a fait vous sentir comment ?"

"C'était nécessaire. Si un patineur et son manager ne sont plus sur la même longueur d'onde ça ne mènera jamais au succès. Au final le patinage artistique est un sport en solo et je dois faire les bons choix pour moi quand cela concerne ma santé et mon bien-être."

"Quels sont les événements qui ont conduit à la séparation ?"

Je réfléchis attentivement à mes prochains mots mais rapidement. Tout signe d'hésitation ou une pause qui durerait trop longtemps donnerait l'impression que je tentais de cacher quelque chose et ne ferait qu'attiser les flammes. "C'était une décision cumulative. Quand j'ai été blessée j'ai été obligée d'évaluer ce qui fonctionnerait le mieux pour aller de l'avant et continuer. Et c'était un changement qui devait être fait."

"Comment avez-vous pris la nouvelle qu'elle était partie travailler avec Lauren Mallory ?"

"Il fallait qu'elle fasse ce qui était bien pour elle, tout comme j'ai pris les décisions qui étaient bonnes pour moi."

"Lauren fait équipe avec votre précédent manager, coach et chorégraphe. Pas de rancune à l'idée qu'elle marche sur vos plates-bandes ?"

"Chaque patineur a un style différent ainsi que des méthodes d'entrainement différentes. Lauren et moi sommes très différentes. Ce qui n'a pas fonctionné pour moi pourrait très bien fonctionner pour elle. Je suis satisfaite de mon équipe actuelle et du déroulement de mon entrainement. Je peux uniquement me concentrer sur mon patinage et sur ce que je peux contrôler. Et espérons que ça suffira pour avoir une place pour Vancouver."

Esmée fit signe que c'était terminé et je m'effondrai presque de soulagement quand je vis la lumière rouge s'éteindre sur la caméra mais je ne pouvais pas encore me détendre, pas avant d'avoir pu trouver un endroit tranquille, loin des regards pour respirer et me ressaisir. Nous remerciâmes et fîmes nos adieux avant de sortir dans le couloir.

Où nous nous retrouvâmes face à face avec Lauren Mallory.

Elle était un petit peu plus grande que moi, faussement bronzée au point d'en être orange, des cheveux blonds et des yeux bleus. Mon opposée à tous points de vue, sur et en dehors de la glace.

"Isabella Swan, c'est chouette de te croiser ici," fit-elle avec amertume. "J'étais sûre que tu ne viendrais pas."

Je savais que je pouvais juste tourner les talons et continuer à avancer. Première règle pour survivre : ne jamais engager la bataille avec un ennemi. Mais je ne pouvais simplement pas faire ça et la laisser croire qu'elle m'intimidait de quelque façon que ce soit.

"Et qui t'a donné cette idée, Lauren ?" demandai-je avec un sourire mielleux. Qu'avaient-ils dit ? Les tuer à force de gentillesse.

"Je pensais que tu étais assez intelligente pour savoir quand arrêter et mettre fin à toute cette comédie sur ton retour. Je suppose que non," dit-elle sournoisement en haussant un sourcil trop épilé.

"Il n'y a qu'une personne très stupide ou peu sûre d'elle qui sous-estime la concurrence, Lauren. Ton manager ne te l'a-t-il pas dit ?"

"Tu n'es pas une menace pour moi. Toi et ton petit groupe de marginaux essayant de faire comme si vous étiez encore dans le coup. C'en est fini Swan. Tout le monde le sait et ils rient beaucoup en te voyant encore là," ricana-t-elle, essayant de paraitre cool et confiante mais je pouvais entendre son désespoir dans son ton. Elle n'était pas contente de me voir là mais par pour les raisons qu'elle avait données. Qu'elle veuille l'admettre ou non j'étais une menace et elle n'était pas assez expérimentée pour se rendre compte que plus elle mettait de l'énergie à penser à me battre, moins ça arriverait.

"J'espère que nous le découvrirons, pas vrai ? Bonne chance pour cette saison Lauren, " lui offris-je en tendant ma main par politesse. "Et crois-moi quand je dis que tu vas en avoir besoin."

"Je n'ai besoin de rien venant de toi Swan," siffla-t-elle en tapant dans ma main pour l'éloigner. Bien que je sache que c'était immature je ne pus m'empêcher de m'infiltrer dans l'ouverture qu'elle m'avait laissée.

"Vraiment ?" demandai-je avec un sourire sournois. "Comment profites-tu de mes secondes de retard, Lauren ?"

"Lauren !" J'entendis la voix de Renée l'appeler. C'était toujours ce ton cassant avec lequel elle m'avait appelé des milliers de fois. D'une façon ou d'une autre ça me faisait toujours un peu grincer des dents même quand ce n'était plus moi qu'elle appelait. Heureusement Lauren était trop occupée à rouler des yeux pour remarquer ma petite grimace.

Elle se tourna avec une expression hautaine, baissant les yeux vers moi en disant. "'On se voit sur la glace Swan. Si tu arrives jusque-là."

"Ne t'inquiète pas," la rassurai-je doucement. "J'y serai."

Elle partit, passant le coin où je pus immédiatement entendre des discussions à voix basse. Esmée et moi nous dirigeâmes dans la direction opposée, nous arrêtant pour prendre de l'eau et une barre de céréale avant d'aller dehors pour aller jusqu'à la patinoire.

"Comment tu tiens le coup ?" me demanda-t-elle, quand nous fûmes enfin seules.

"Je vais bien," répondis-je honnêtement. Les batailles de ce jour avaient été éprouvantes mais j'étais sortie victorieuse. Je me sentais pleine d'énergie, confiante, prête à relever le prochain défi.

"Tu t'es très bien débrouillée lors de la dernière interview. Je voulais arracher les extensions de cheveux de cette journaliste à cause de ces questions," avoua Esmée en chuchotant à voix basse, me faisant rire. Elle pouvait être une vraie dure sous toute cette douceur et cette chaleur.

"Ouais, c'est une des vautours. Je m'y attendais un peu. Donc je n'ai pas tout gâché ou dit quelque chose qui va revenir me hanter ?"

"Pas du tout. Tu as répondu à ses questions avec assurance et grâce. Elle aura l'air d'une salope inconsidérée. En parlant de salope. La fille Mallory ? Si c'était ma fille... je ne peux même pas terminer cette phrase," dit-elle en secouant la tête avec dégoût. "Je n'aurais jamais élevé quelqu'un de si vil et mesquin."

"J'aurais dû l'ignorer, m'en aller," reconnus-je. "C'était stupide de s'engager mais je n'ai pas pu m'en empêcher."

"Hé, tu ne m'entendras pas te faire la morale," dit Esmée en tirant sur la poignée de la porte pour qu'on puisse entrer dans la patinoire. "A mon avis, elle s'en est bien tirée."

"Je n'en suis pas si sûre. Elle est coincée avec Renée tous les jours."

"C'est vrai," soupira-t-elle. "On récolte ce qu'on sème, je suppose."

"Qu'est-il arrivé au pardon ? S'élever au-dessus de la mêlée ?"

"Ça ne veut pas dire que tu dois te faire avoir. Tu t'es défendue toute seule. Il n'y a rien de mal à cela," dit-elle, en me faisant un clin d'œil alors que nous approchions de notre prochaine destination. "Finissons-en avec ça, pour qu'on puisse aller prendre un bain dans le jacuzzi. Je ne sais pas pour toi mais je suis prête à décompresser un peu."

Le reste de la fin de semaine passa rapidement et avec peu de drame. Je ne revis ni Lauren ni Renée et n'entendis pas non plus sa voix, bien que je sois restée sur mes gardes tout le temps.

Lors de la dernière journée au Colorado, l'USFSA avait organisé un brunch pour tous les athlètes qui avaient participé. Encore une fois, Lauren ne montra pas le bout de son nez. Son absence me permit de me détendre et de passer du bon temps avec mes collègues patineurs, loin de la compétition.

L'ambiance était plus détendue à la fin du weekend. Alors que la conversation tournait toujours autour du patinage, il y avait une attitude de camaraderie qui n'avait pas été présente au début. Tout le monde dans la salle était dans le même bateau, consacrant des heures folles à l'entraînement, éprouvant leurs corps tous les jours, finalisant leurs programmes, s'occupant des médias à mesure que la saison approchait. Pendant quelques heures seulement, tout le monde sembla capable d'oublier la compétition et compatir avec les seules personnes qui pouvaient comprendre exactement ce que l'autre vivait. Je me sentis légère et optimiste et prête pour le reste de la semaine.

Esmée et moi retrouvâmes Marcus avant de nous rendre à l'aéroport pour discuter de la façon dont les choses avaient tourné. Il prit l'avion pour rentrer dans le Minnesota pendant qu'Esmée et moi allions en sens inverse, en Californie.

Les journées à Los Angeles étaient longues. Bien que mon emploi du temps fût chargé et que je sois occupée, les pauses entre les interviews et les obligations s'éternisaient. C'était un cycle étrange de temps qui passait à toute allure puis ralentissait une fois de plus. Esmée était un réconfort et la seule chose qui me permit de tenir le coup. Sans sa compagnie, j'aurais jeté l'éponge et serais rentrée plus tôt, prête à en finir avec les distractions et à retourner à ma vie.

Edward et moi avions réussi à parler au moins une fois par jour, ne serait-ce que quelques minutes. Des textos coquins et des messages vocaux doux remplissaient ma boîte de réception mais j'avais toujours envie de le retrouver, de me blottir dans la courbe de son cou et de respirer son odeur, juste parce que je le pouvais. La douleur qui me remplissait quand nous étions séparés aurait pu m'inquiéter, ne voulant pas devenir si dépendante mais je fonctionnais toujours bien. D'après le ton de sa voix quand nous nous disions bonne nuit tous les soirs, je savais que c'était aussi difficile pour lui que pour moi.

J'avais aussi reçu des nouvelles d'Alice et de Rose. Elles m'avaient demandé d'envoyer des photos de l'arrière-plan de l'une de mes séances de photos et étaient toujours excitées d'entendre ce que j'avais fait pendant mon absence. Avec leur aide, je compris à nouveau que c'était vraiment une période passionnante, que je devais en profiter et non pas simplement souhaiter que ça soit passé. Donc, malgré mon mal du pays, j'essayai de rester optimiste et profiter de l'endroit et de ce que j'étais en train de faire.

Les jours passèrent beaucoup plus vite et avant même que je m'en rende compte, Esmée et moi étions à l'aéroport de Los Angeles pour rentrer à la maison.

Pendant trois heures, mon genou rebondit sans cesse, de plus en plus impatiente de voir Edward. Esmée était une sainte, elle me souriait simplement en retournant vers son livre, comme si elle savait qu'elle ne pouvait rien faire pour me distraire.

Dès le moment où nous descendîmes de l'avion, je voulais piquer un sprint vers le tapis à bagages. Les bonnes manières et la courtoisie étaient les seules choses qui m'empêchèrent de me frayer un chemin dans la foule de passagers qui bloquaient mon chemin vers lui.

"Bella !" J'entendis sa voix douce et soyeuse crier et mon visage se fendit d'un large sourire quand je repérai Edward dans la foule, me faisant signe avec le même sourire que moi. Je ne pouvais pas courir vers lui à cause du poids de mes bagages et la masse des voyageurs entre nous. Je gémis de frustration, juste impatiente d'être à nouveau dans ses bras alors qu'il était si près. Esmée gloussa doucement à côté en posant sa main sur ma valise et en virant ma main.

"Vas-y !" Elle me fit signe de partir.

"Es..." essayai-je de protester, ne voulant pas être impolie et la laisser avec tous les bagages.

Elle me sourit chaleureusement et posa une main sur ma joue. "Je me souviens encore de ce que c'était d'être jeune et amoureuse, quand même un jour de séparation semblait éternel. Vas-y, c'est tout."

Je n'hésitai pas un instant de plus. Libérée de mes chaînes, je me précipitai à travers la foule, glissant entre les corps en mouvement et sautant par-dessus les sacs dans une démonstration d'agilité qui m'aurait étonné si je n'avais pas été aussi concentrée pour atteindre mon but.

Enfin, finalement, j'étais devant lui et je ne perdis pas un instant de plus avant de me jeter imprudemment dans ses bras, confiante qu'il serait là pour me rattraper.

Son corps frémit contre le mien alors qu'il berçait ma tête contre son épaule et qu'il respirait mon odeur, tout comme moi. Son odeur familière envahit mes sens et je ne pensais qu'à la maison. J'étais à la maison.

Nous passâmes la soirée seuls chez moi, à parler de notre temps de séparation mais surtout... profitant des quelques heures ensemble avant de nous séparer à nouveau.

Le lendemain, c'était à mon tour de déposer Edward à l'aéroport et de le voir partir.

Quand je rentrai chez moi, je m'écroulai sur mon lit, ramassant l'oreiller sur lequel il avait dormi la nuit précédente et respirant son odeur qui persistait encore là. Un morceau de papier plié attira mon attention. Je le dépliai et vis l'écriture familière d'Edward, les mots écrits me firent sourire, tout en me faisant monter les larmes aux yeux.

Prends soin de mon cœur, je te le confie. -E

C'était un peu plus facile d'être séparé de lui quand j'étais celle qui restait à la maison mais seulement un peu. Marcus m'occupait à la patinoire et quand j'étais à la maison, Alice et Rose étaient souvent là, essayant de m'empêcher de me morfondre et de le languir.

Ce qui était vraiment déprimant, c'est que ce n'était que le début. On était en août, aucune de nos saisons n'avait encore commencé et quand ça serait le cas, notre temps ensemble n'en deviendrait que plus limité encore.

Il serait plus à l'extérieur de la ville avec les matchs. S'il faisait partie de l'équipe olympique, il y aurait un supplément de formation et la promotion. En octobre, je serai à Paris pour une semaine. En novembre, ce serait Cleveland. Combien de fois nous verrions-nous au cours des six prochains mois et combien de nuits solitaires passerions-nous dans des lits séparés ? C'était un aspect négatif de mon choix de carrière que je n'avais jamais connu auparavant et ça craignait vraiment.

"Bells ?" La voix vive de Rose me fit sortir de mes pensées, me rappelant que j'étais censée faire attention. Alice et elle étaient venues dîner et commencer à esquisser des idées pour mes costumes. J'avais demandé à Alice si elle me donnerait un coup de main à mon retour de Los Angeles et elle m'avait presque rendu sourde quand elle avait jeté ses bras autour de moi et crié dans mon oreille tellement elle était excitée.

Je les regardai toutes les deux pour voir que leurs expressions correspondaient à de l'irritation et de l'amusement. "Quoi ?" demandai-je.

"Tu as encore ce regard," dit-elle, en haussant les sourcils.

"Quel regard ?"

"Ce regard… déprimé et morose," interrompit Alice de sa place sur le sol, entourée d'échantillons et de crayons de couleur alors qu'elle se remettait à faire des ombres sur les lignes qu'elle avait dessinées. "Comme Claire quand elle a découvert que Leo avait été banni de Vérone. Edward sera à la maison dans moins de vingt-quatre heures."

"Je sais," soupirai-je, en leur faisant un sourire d'excuse pour avoir été si distraite. "J'étais en train de réfléchir, je suppose."

"Nous savons," dit Rose, avec un sourire compréhensif. "Il te manque ton Roméo."

"Comment avez-vous fait ?" demandai-je, en remontant mes genoux et en les serrant contre ma poitrine. "Être avec Emmett et Jasper alors qu'ils voyagent beaucoup ? Ce n'est pas difficile ?"

"Bien sûr que c'est dur," avoua Rose avec un haussement d'épaules. "J'essaie juste de me rappeler que c'est seulement pour un temps court et que nous sommes assez forts pour le traverser."

"Il faut beaucoup de travail des deux côtés," dit Alice. "Beaucoup de communication et beaucoup de confiance mais quand on aime quelqu'un, ça vaut le coup."

"Et ensuite ça rend plus facile d'apprécier le temps que nous passons ensemble," dit sérieusement Rose, avant que ses lèvres ne tremblent d'un sourire provocateur. "Oh, et tu serais surprise de voir à quel point un peu de sexe par téléphone peut adoucir la séparation…" Elle me mit un petit coup dans les côtes et haussa les sourcils.

"Je ne sais pas si je pourrais faire ça," protestai-je, mes paumes devenant moites rien qu'à la pensée d'essayer un truc comme ça. Bien que je sois de plus en plus en l'aise pour m'exprimer sexuellement avec Edward, je ne pense pas avoir atteint ce niveau.

"Oui, je suis avec toi, Bella," dit Alice me faisant me sentir un peu soulagée de n'être pas la seule qui était complétement inhibée. "Jazz et moi avons essayé quelques fois et c'est simplement trop bizarre. De l'autre côté quand on se retrouve ? C'est vraiment quelque chose…"

Mes pensées revinrent immédiatement à cette nuit qu'Edward et moi avions partagée quand j'étais rentrée, les heures que nous avions passées dans les bras de l'autre, renonçant au sommeil pour être ensemble et ensuite en imaginant comment ce serait lorsqu'il rentrerait. L'anticipation se logea dans mon ventre alors que mes joues rougissaient tellement les images étaient définies. C'était définitivement quelque chose que j'attendais impatiemment.

"J'adore que tu rougisses quand on parle de sexe. Comme si tu n'avais pas d'orgasmes réguliers depuis deux mois," sourit Rose.

"Peu importe," murmurai-je en rougissant davantage. "Imbéciles…"

"Et alors, si nous parlions de quelque chose de vraiment important," suggéra Alice, en agitant des bouts de tissu vers moi. "Comme tes costumes. Nous étions censés travailler là-dessus avant que tu ne te mettes à rêvasser."

"Très bien, très bien Alice," cédai-je, me réinstallant dans un effort pour essayer d'arrêter de rêvasser. Je promets que je vais faire attention. Eblouis-moi avec ta connaissance des paillettes et de la mousseline de soie."

Pendant les heures qui suivirent elles réussirent à garder mes pensées occupées. Alice avait vraiment de merveilleuses idées pour mes costumes et elle était extrêmement douée pour transférer ses visions sur papier avec les crayons de couleur qu'elle avait apportés.

Je n'avais vraiment jamais rien eu à dire à propos de mes costumes par le passé, pas que ça ne m'intéresse pas mais travailler avec Alice et avec Rose qui donnait son opinion c'était fantastique. Elle avait travaillé en amont, écouté les morceaux que j'avais sélectionné encore et encore pour avoir une idée de ce que sous-tendait la musique, essayant de trouver quelles couleurs iraient avec chaque morceau et ensuite faisant correspondre les différentes nuances avec la couleur de ma peau.

Au fil de la soirée je me sentis de plus en plus enthousiasmée par le processus et investie du fait d'avoir mon mot à dire. Au début je pensais que je devais laisser Alice prendre les rênes et lui faire confiance pour comprendre chaque chose mais elle faisait vraiment un effort pour travailler en groupe demandant quels tissus iraient le mieux, ce qui était le plus important en termes de couture, quels éléments pourraient entraver mes mouvements.

A la fin de la soirée nous avions quelques bons croquis auxquels je pouvais réfléchir et aussi demander son avis à Esmée.

Après leur départ je me préparais pour aller au lit, me blottissant dans le maillot d'Edward et m'écroulant sur les couvertures. C'était une nuit suffisamment fraiche pour éteindre la climatisation et ouvrir les fenêtres au moins un peu mais trop chaude pour dormir sous les draps. J'aurai été probablement plus à l'aise en débardeur mais je ne pouvais pas m'endormir autrement.

Dormir avec son maillot était la chose la plus proche de lui que je pouvais avoir pour me sentir comme dans ses bras mais ce n'en était qu'une pâle imitation. Encore une nuit seule et je pourrai l'avoir en vrai.

J'attrapai mon téléphone pour appeler Edward et lui dire bonsoir. Et mon estomac se tordit de déception quand j'atterris directement sur sa messagerie vocale. Je me disais que je le verrai le lendemain soir quand j'irai le chercher à l'aéroport, jusqu'à présent nous ne nous étions jamais ratés le soir. De nouveau j'avais le cafard et sans personne pour me juger, je me couchai et me vautrai dans la solitude jusqu'à ce que le sommeil me gagne enfin.

Mes rêves étaient emplis d'Edward – son contact, sa voix, son odeur.

La chaleur de ses doigts caressant ma joue paraissait si réelle, le son de sa voix chuchotant mon nom à mon oreille était si clair que quelque part perdue dans le sommeil je me demandais comment c'était possible que je dorme encore.

"Bella," chuchota-t-il à nouveau, son haleine chaude soufflant sur ma joue, suivie par le grattement de sa barbe. Mes yeux s'ouvrirent pour voir ce qui n'était réellement pas un rêve. Mes doigts se levèrent dans un effort pour m'assurer que mon esprit ne me jouait pas de tour. Et quand ils touchèrent sa joue et qu'il ne disparut pas, je souris et caressai sa mâchoire paresseusement, retrouvant sa texture sous mes doigts.

"Tu es vraiment là," murmurai-je, ma voix encore rauque de sommeil.

"Je suis là," sourit-il, croisant ses doigts autour des miens et s'appuyant à leur contact.

"Qu'est-ce que tu fais ici ?"

"Accueil très chaleureux Swan," rit-il. "Tu m'as manqué aussi."

"Non," je secouai la tête, essayant de m'éclaircir les idées, me sentant encore un peu lente d'avoir été si brusquement tirée du sommeil, "Je veux dire n'étais-tu pas censé ne rentrer que demain."

"J'ai pris un vol plus tôt."

"Mais tu n'avais pas d'obligations demain ? Que…" Mes protestations furent arrêtées quand ses lèvres rencontrèrent les miennes et que ses bras m'étreignirent, me tirant plus près contre son torse et qu'il se coucha à côté de moi.

"Je ne pouvais pas passer une autre nuit sans te tenir dans mes bras," murmura-t-il ses doigts se posant sur ma cuisse alors que je me blottissais contre lui, me sentant enfin complète pour la première fois depuis une semaine. "Il n'y avait rien de vraiment important demain, juste boucler les choses. Il y en a beaucoup qui sont partis plus tôt. J'ai décidé que c'était une bonne idée."

Je n'allais pas discuter davantage. Ce serait inutile alors que c'était déjà fait et je ne pouvais pas nier que c'était bien de l'avoir avec moi plus tôt que ce à quoi je m'attendais. Je me blottis encore et embrassai son cou, incapable de m'éloigner pour atteindre ses lèvres. "Tu m'as tellement manqué."

Il m'embrassa aussi et me dit que je lui avais manqué aussi. Nous restâmes silencieux quelques minutes, profitant de la présence de l'autre.

Sa main se déplaça sur mon dos et commença à suivre les applications sur le dos du maillot, d'abord le grand numéro puis chaque lettre qui était cousue.

"Et qu'est-ce que tu portes exactement, Swan ?" demanda-t-il, sa voix pleine d'amusement, ce qui me montrait qu'il avait compris tout seul.

"Oh juste un pyjama," dis-je timidement.

"Ah tu dors toujours dans les maillots de hockey trop grands pour toi ?"

"Pas toutes les nuits," plaisantai-je, en l'embrassant rapidement sur la joue.

Il s'éloigna pour allumer la lumière, projetant dans la pièce une faible lueur alors qu'il se tournait vers moi. Pendant qu'il m'observait je pris le temps de le regarder aussi, comme buvant pour étancher ma soif. Nos regards se rencontrèrent et ses yeux étaient remplis de désir alors que son doigt allait vers l'étoile au-dessus du 'i' puis il alla directement au 't' directement sur mon mamelon. Bien que je ne puisse pas bien sentir son contact à travers les épaisseurs de tissu, savoir où se trouvaient ses doigts suffisait à faire accélérer mon cœur.

"Depuis combien de temps as-tu ce maillot ?" demanda-t-il, ses yeux collés à mon vêtement.

"Quelque temps," admis-je, ma voix trop rauque pour croire que je plaisantais.

"Et ça fait combien ça ?" insista-t-il, ses mains glissant jusqu'à l'ourlet sur mes cuisses alors qu'il me regardait.

"La saison dernière," dis-je vaguement, pas vraiment désireuse d'avouer à quel point je l'avais eu tôt.

"Je ne laisserai pas passer ça Swan," sourit-il à mon jeu. Il posa son visage contre mon cou, l'émaillant de doux baisers et insistant au creux de ma gorge. "Dis-moi ?"

"Ce n'est pas juste," soupirai-je, mes yeux se fermant alors qu'il continuait à effleurer ma peau de ses lèvres. "Te servir de tes lèvres comme moyen de coercition n'est pas fair-play." Ensuite ses dents se mirent à grignoter la courbe de mon cou et mes yeux s'ouvrirent avec un halètement. "Les dents non plus."

"Je n'ai jamais dit que je combattrais loyalement," dit-il passant doucement sa langue sur les légères marques sur ma peau avant de faire une pause. "Maintenant est-ce que tu vas parler. Je peux continuer toute la nuit, baby," ajouta-t-il alors que j'hésitais.

"Promis ?" murmurai-je, mes hanches cherchant son corps et une source de friction. Je réussis à le toucher suffisamment pour déterminer à quel point il était excité bien qu'il soit en train d'essayer de se contrôler.

"Merde," chuchota-t-il, alors que ses doigts s'enfonçaient dans mes cuisses. Ses yeux se fermèrent et il déglutit, les lèvres légèrement tremblantes se battant pour prendre le contrôle de lui-même.

Ses mains se serraient et se relâchaient lentement autour de mes jambes dans un flux et reflux captivant qui m'ensorcela rapidement. Ses yeux verts brillaient dans la faible lumière quand il les ouvrit et me regarda avec désir, un regard qui donnait à mon cœur l'impression qu'il allait éclater dans ma poitrine. Avec une quantité ridicule de retenue, il poussa lentement contre moi, son regard fixe, ne clignant jamais des yeux. Je poussai un petit cri doux et tremblant et essayai de me frotter contre lui mais il s'était déjà écarté.

"S'il te plaît, Bella ?" supplia-t-il, se penchant en arrière pour me regarder dans les yeux, clairement déterminé à se retenir jusqu'à ce que je parle.

"Avant la Saint-Valentin," cédai-je en soupirant, en frôlant ses mèches couleur bronze avec mes doigts. "Tu te souviens quand tu as fait ce long voyage par la route ?" demandai-je. Il hocha la tête et je dis : "Je l'ai eu lors du dernier match à domicile, avant que tu ne partes. J'ai dormi avec presque toutes les nuits pendant que vous étiez partis et ça a un peu aidé pour que tu me manques un peu moins. C'est toujours le cas."

Il se tut un long moment, ses yeux regardant les miens tandis que ses lèvres se courbaient lentement pour devenir un sourire. "Si je me souviens bien, c'était presque un mois avant que tu me demandes pour notre premier rendez-vous, Swan. Dormir dans le maillot d'un hockeyeur n'est pas un comportement très amical."

"Edward, je pense qu'on sait tous les deux que toi et moi n'avons jamais été que des amis."

"Eh bien, moi je le savais," sourit-il, en tournant la main pour frotter son pouce sur ma pommette. "Quand as-tu eu cette révélation ?"

"Quand j'ai réalisé que je tombais amoureuse de toi ce premier jour à l'aéroport," lui dis-je. "Dès l'instant où j'ai regardé dans tes yeux verts, près du tapis à bagages. J'étais trop aveugle pour voir ce qui était juste devant moi tout le temps."

"Et tu vois clairement maintenant ?" Il sourit, se baissant pour déposer une série de baisers chastes sur mes lèvres.

"Clair comme du cristal," lui dis-je, en faufilant mes mains dans ses cheveux et en le tenant en place pendant que j'approfondissais notre étreinte.

"Tu sais ce que j'aimerais voir ?" demanda-t-il.

"Quoi ?"

"Toi dans mon maillot. Lève-toi et tourne, ma belle."

"Es-tu sérieux ?" demandai-je, mes sourcils se haussant d'amusement, roulant les yeux alors qu'il me regardait avec impatience en faisant tourner son doigt.

Je me levai et fis un petit tour rapide en essayant de me laisser tomber sur le lit et dans ses bras.

"Pas si vite !" protesta-t-il, me faisant signe de me retourner. Je m'y résignai, me détournant de lui et me tenant à côté du lit.

Il prit mes cheveux d'une main, balayant la masse de mèches foncées pour les faire tomber sur une épaule, pour voir les lettres sans obstacle. Puis il se pencha et embrassa le haut de ma colonne vertébrale.

"Tu es si sexy dans mon maillot, baby," gémit-il doucement, ses mains caressant mes mains couvertes jusqu'à ce qu'il atteigne la peau nue de mes cuisses. "Mon nom est écrit sur ton dos. Mon numéro." Il me tira contre son torse, caressant mon ventre sous le maillot pour prendre mes seins en coupe pendant qu'il m'embrassait le cou. Il passa les dents sur lobe de mon oreille et chuchota, "Tu es à moi."

Je me retournai pour lui faire face, grimpant de nouveau sur le lit pour m'agenouiller devant lui et regarder profondément dans ses yeux en lui disant : "A toi."

Nos mains travaillèrent en tandem pour le dépouiller de ses vêtements. Il enleva ma culotte, ne laissant que le maillot, bien qu'il ne semble pas pressé de s'en débarrasser.

Au lieu de cela, il me contourna sur le lit, à genoux juste derrière moi. Ses mains s'enroulèrent sur mes hanches, me tirant sur ses genoux jusqu'à ce que je sente son érection appuyer contre mes fesses. Il se pencha sur moi puis il tendit les bras en me tirant doucement les cheveux, m'incitant à tourner mon visage jusqu'à ce que ses lèvres puissent capturer les miennes.

"A qui es-tu, Bella ?" demanda-t-il, en frottant ses hanches contre moi, faisant glisser sa longueur entre mes jambes sur mon humidité avant de se positionner à mon entrée.

"A toi, Edward," haletai-je, tendant une main derrière ma tête pour tirer ses cheveux et attirer ses lèvres sur les miennes. Nos lèvres se rejoignirent au moment où il entrait en moi, nos gémissements s'étouffant dans nos bouches. "Toujours à toi."

Ses mains se crispèrent sur mes hanches, me serrant fermement contre son corps alors qu'il poussait en moi, l'angle de nos corps lui permettant de me pénétrer beaucoup plus profondément qu'il ne l'avait jamais fait auparavant. Ça ne manquait jamais de m'étonner à quel point le sexe avec lui pouvait toujours être incroyablement nouveau. A chaque fois.

Mes yeux s'écarquillèrent au choc initial et à la surprise des différences notables dans cette position, alors que je me donnais à lui et aux sensations que son corps faisait au mien. Nous n'avions jamais fait l'amour sans être face à face, et je soupçonnais que l'acte perdrait une partie de son intimité sans ce lien. Mais avec ses bras forts me liant étroitement à son corps et son souffle chaud contre ma joue, je me sentais entièrement connecté à lui.

Ses mouvements lents et réguliers devinrent un peu plus puissants au fur et à mesure que je me sentais approcher de la libération. Des gémissements et des soupirs silencieux remplissaient le silence de la pièce alors qu'il se penchait de nouveau sur moi, libérant mes hanches. Il leva sa main pour l'écraser sur mon cœur, ses doigts s'enfonçant dans la douceur de mes seins. Son autre main s'enroula autour de mon estomac, descendant vers le bas pour frotter fermement mon clito, me tirant plus haut et son nom tomba de mes lèvres alors que je jouissais.

Ses bras se tendirent autour de moi, sa joue dans mon cou quand il dit d'une voix râpeuse : "A toi, Bella. Je suis à toi, aussi." Puis il enfouit son visage dans ma peau avec un gémissement et se libéra en moi. Nous tombâmes sur le lit, nos membres s'emmêlant alors qu'il nous déplaçait sur le côté et me câlinait, m'embrassant le cou pendant que nos doigts s'entrelaçaient.

Bien qu'il soit terriblement tard et que nous soyons tous les deux fatigués, Edward et moi restâmes éveillés pendant des heures, à nous embrasser, parler, rire, juste profiter du fait d'être ensemble. A deux heures du matin, pendant que le reste du monde dormait, nous partageâmes un pique-nique de beurre d'arachide et des sandwiches à la gelée dans mon lit avant de nous perdre l'un dans l'autre une fois de plus et de finalement céder à l'épuisement.

*Herb Brooks : (1937 – 2003) joueur puis entraineur de hockey. Son équipe a gagné la médaille d'or aux JO de Lake Placid en 1980.