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CHAPITRE 18
Au fil des jours
Le mois d'août fut plein à craquer avant même que je n'aie le temps de remarquer qu'il avait commencé.
Une fois qu'Edward et moi fûmes rentrés de nos semaines séparées au Colorado tout s'accélérera en même temps pour nous deux. Edward avait dit qu'ils étaient tous supposés être en pleine forme avant même d'avoir osé poser leurs lames sur leur patinoire à l'automne alors ils s'entrainaient pour le début de leur saison. Pour le reste il me sembla que tout arriva du jour au lendemain. Le calendrier des matchs des Wild fut publié, les billets commencèrent à être vendus, le choix des équipes en vue du repêchage fut fait et elles furent rajoutées, les dates pour leur camp d'entrainement préparatoire, finalisées.
Être avec Edward me permit de suivre en direct le travail que l'équipe faisait même avant que la saison n'ait commencé. Ce n'était pas simplement enfiler l'équipement, prendre la crosse et taper dans le palet. Comme pour moi cela impliquait un haut niveau de préparation à la fois mentale et physique. Il n'était pas rare que j'arrive chez Edward et qu'il soit devant la télé en train d'étudier au ralenti avec crayon et papier des vidéos de la saison précédente.
Après seulement trois jours d'entrainement ils avaient leur premier match d'avant saison contre les Blues de St Louis. Six matchs d'avant-saison c'était tout, avant de plonger directement dans la compétition régulière. Ils ouvriraient à domicile et comme si le destin en avait décidé ainsi ils étaient immédiatement opposés aux Blackhawks. L'esprit de revanche les motivaient pour l'entrainement et ils avaient tous hâte de commencer.
D'un autre côté je continuai à préparer ma saison. Mes programmes étaient pratiquement terminés et Marcus avait fait appel à un analyste pour nous donner une idée de la façon dont ils seraient appréciés dans le système de jugement actuel. Des ajustements mineurs étaient encore en cours et seraient nécessaires tout au long de la saison en fonction du résultat en compétition mais nous étions tous les deux bien fiers de mes chances avec deux programmes solides dans mon arsenal.
Malgré mes tentatives quotidiennes je ne réussissais toujours pas mon Axel. Et chaque jour où j'échouais j'étais de plus en plus frustrée et moins optimiste quant à son utilisation. De temps en temps j'arrivais à atterrir mais cela ne suffisait pas. Si vous n'y arriviez pas neuf fois sur dix à l'entrainement vous ne pouviez pas espérer le présenter en compétition avec succès, au moment où la pression était la plus forte et que des millions d'yeux vous scrutaient, n'attendant qu'un échec.
Marcus était encourageant mais réaliste. Il essayait de rester optimiste en me rappelant que ce n'était pas un élément nécessaire, que peu de patineurs le réussissaient vraiment et qu'il était possible de monter sur la plus haute marche sans ce saut. Je savais qu'il avait raison mais je ne pouvais m'empêcher de me sentir un peu déçue chaque jour après une nouvelle tentative infructueuse. Nous avons quand même continué à y consacrer une partie de mes séances tous les jours mais je devenais impatiente.
Avec tout.
J'avais commencé à angoisser, tout semblait être au bord du gouffre et j'étais impatiente de juste sauter dedans et voir ce qu'il se passerait.
Cette angoisse était due au fait de savoir que la liste définitive de l'équipe de hockey des Etats-Unis ne serait pas annoncée avant la fin décembre, ce que j'avais beaucoup plus de mal à accepter qu'Edward. Ça me laissait perplexe qu'ils puissent mettre autant de temps à prendre cette décision alors qu'ils avaient déjà passé les essais mais Edward haussa simplement les épaules, acceptant que c'était simplement ainsi que se déroulait la sélection. Il était concentré entièrement que sa saison, reportant toute idée des jeux Olympiques en arrière-plan et j'étais obligée de faire de même, à contrecœur.
L'agitation médiatique s'était quelque peu calmée après mon retour, le nom d'Edward étant toujours sur la liste des candidats potentiels de l'Equipe américaine, quelques demandes de renseignements concernant des interviews et des séances de photos communes furent demandées. Quelque chose pour souligner la rareté d'une possible romance olympique.
L'idée était amusante mais nous décidâmes ensemble que nous ne voulions pas exposer notre relation au public de manière aussi voyante et nous refusâmes. Les gens pouvaient spéculer autant qu'ils voulaient, il n'était pas nécessaire de les encourager.
Je fis de mon mieux pour éviter de lire quoi que ce soit mais de temps en temps je cédais à la curiosité et faisais une recherche sur nous. Pour la plupart ce n'était pas mauvais. Quelques photos de paparazzi, une remarque occasionnelle et des citations tirées de la multitude d'interviews que vous avions donnés tous les deux lors de notre séjour au Colorado.
L'article de l'interview de Jane fut publié et se révéla aussi dérangeant que je m'y attendais mais j'avais été ravie de constater qu'il semblait plus montrer son incompétence en tant que journaliste que tout autre chose qui avait à voir avec moi. Il était facile de l'oublier puisque quatre-vingt-dix-neuf pour cent des médias semblaient jouer en ma faveur.
Après la première vague de publicité qui avait entouré Champs Cam tout semblait se tasser. Il y avait encore des appels mais c'était devenu sporadique. Je savais que ça recommencerait une fois que les compétitions auraient démarré mais pour l'instant j'appréciai le calme.
Ma vie était devenue un exercice d'équilibre avec de plus en plus de choses qui s'ajoutait chaque jour et j'étais un peu chagrinée d'admettre que j'étais un peu embourbée. Je n'avais jamais vraiment eu de vie en dehors de la patinoire. J'avais toujours su que l'entrainement requis pour mon niveau de compétition était assez intense et dévorant mais cela ne m'avait pas vraiment frappé par le passé.
Au cours des saisons précédentes j'étais toujours à la patinoire, au gymnase ou en train de faire quelque chose en rapport avec le patinage. Quand j'étais à la maison je dormais. Il y avait très peu de temps d'arrêt. Je n'avais pas vraiment remarqué le manque à l'époque mais maintenant je commençais à le remarquer.
Pendant ces semaines Alice fut vraiment une grâce salvatrice. Même si elle était submergée de travail, les gars avec leur entrainement et moi avec le mien, elle veillait à ce que nous trouvions encore du temps à consacrer à notre amitié. Elle organisait un rendez-vous hebdomadaire où nous retrouvions tous chez Esmée et Carlisle, le dimanche matin pour le brunch, pour nous reposer avant le début de chaque semaine. Elle mit tout le monde sur des calendriers électroniques et nous réserva des moments à nous six qu'il s'agisse de passer une soirée tranquille chez l'un ou l'autre ou de sortir. Même si nous avions peu de temps libre cela permettait de garder notre amitié solide.
Dans les derniers jours d'août nous nous réunîmes pour célébrer l'anniversaire d'Emmett. La date tombait toujours dans les dix jours de la Grande Foire du Minnesota également connue sous le nom de State Fair. Et apparemment il était de tradition pour beaucoup d'entre eux de célébrer ce qu'Emmett aimait par-dessus tout : manger.
Cela avait semblé amusant quand ils avaient abordé la journée mais je n'avais pas du tout été préparée à ce qu'Emmett prenne au sérieux cette activité. Cet homme était une machine et pour une fois il était même plus organisé qu'Alice. Il avait créé sa propre liste d'aliments que nous devions rechercher, ça allait des classiques comme les cookies de Sweet Martha avec des verres de lait, jusqu'aux nouveautés comme du bacon recouvert de chocolat. Il avait marqué tous les arrêts sur une carte, trouvant même la meilleure stratégie pour s'assurer de pouvoir dévorer dans les meilleures conditions. Bien que je sache pertinemment que je ne devrais pas m'adonner à tous ces excès, fromage, barres chocolatés, multitude de délices servis sur des bâtons, la tentation était trop forte pour résister. Pour un jour, j'abandonnai mon régime d'entrainement et goutai tout ce qu'Emmett me présentait.
La journée avançant je commençai à me sentir légèrement… décalée. Une sensation de malaise m'entourait mais je n'arrivais pas à mettre le doigt sur ce qui la provoquait.
La semaine qui suivit je trouvais enfin. En trois jours, je vis Edward pendant quarante-cinq minutes. Certains des membres de l'équipe avaient commencé des séances d'entrainement en groupe le matin, nous ne passions donc plus ce temps ensemble. Alice et moi étions allées dîner et regarder un film après ma séance un soir et étions rentrées tard, puis les deux soirs suivants il avait eu des réunions d'équipe pour préparer le prochain camp d'entrainement pendant que les filles et moi travaillions sur le développement des costumes.
Quand il m'appela le jeudi après-midi pour me dire que son père avait besoin d'un coup de main à la maison et que ça ne pouvait pas être fait plus tard, ça tilta. Je compris comment il était bien plus facile de se laisser entrainer par ce qui devait être fait en suivant simplement les routines quotidiennes sans se rendre compte de ce qu'elles étaient réellement.
Pour Edward et moi ce que ça signifiait c'était que nous pouvions à peine nous voir, nous étions tellement épuisés que nous ne nous voyions plus, nous ne faisions rien à part être ensemble devant la télé avant de nous endormir. Nous étions trop fatigués pour parler réellement – comme nous l'avions toujours fait. Nous faisions l'amour parfois mais pas très souvent. Et quand c'était le cas ça semblait toujours précipité comme si nous avions le faire rapidement avant de nous endormir. Nous ne prenions plus de temps pour les préliminaires. C'était toujours bon mais je ne sentais plus cette connexion profonde d'autrefois. Les seules fois où nous étions vraiment ensemble c'était quand nous faisions quelque chose tous les six et bien que nous essayions de nous voir tous les jours ça ne nous donnait pas l'impression de passer du temps de qualité ensemble.
Ce n'était de la faute à personne, nous avions chacun une carrière à mener, ce qui requérait beaucoup de temps et d'énergie. Physiquement nous repoussions nos limites tous les jours, pour devenir plus forts, plus rapides, meilleurs, ce qui nous laissait épuisés quand nous sortions de sur la glace.
Nous ne nous battions pas et les choses ne nous posaient pas de problème lorsque nous étions ensemble et c'est sûrement pourquoi c'est arrivé si facilement. Parce qu'il n'y avait pas vraiment de source de conflit entre nous. Même dans ce cas c'était un problème à prendre au sérieux.
Quand Edward était parti pour son essai, je m'étais inquiétée exactement de cela mais nous en étions arrivés là où nous en étions maintenant sans qu'aucun de nous deux ne s'en rende vraiment compte. Lorsque nous étions séparés c'était plus évident de le voir avec la distance mais là tout près, il était difficile de se rendre compte du peu de temps que nous passions ensemble chaque jour.
Et même s'il était tout proche de moi, il me manquait. Etre vraiment ensemble, être 'un nous' me manquait.
Je le connaissais assez bien pour savoir sans l'ombre d'un doute que si Edward était conscient de la façon dont nous nous étions éloignés, il aurait été horrifié, il serait dégoûté, il aurait boudé pendant un jour ou deux mais ensuite aurait fait un grand geste pour tout changer et rattraper le temps perdu.
Il était évident pour moi qu'il n'avait pas réalisé. Il avait l'air distrait au téléphone, déjà concentré sur ce qu'il devait faire avec son père. Il avait l'air fatigué. Il s'était précipité pour me dire au revoir quand Carlisle l'avait appelé de l'autre pièce et pour une fois, il n'avait pas dit "je dois y aller" avec "je t'aime".
Esmée était avec moi quand je reçus l'appel, juste au moment où je faisais mon sac pour rentrer de ma séance de l'après-midi. Bien sûr, elle avait tout de suite remarqué mon expression quand j'avais réalisé que je passerai une autre soirée sans Edward.
"Quelque chose ne va pas ?" demanda-t-elle depuis les gradins.
"Non, tout va bien," marmonnai-je, en essayant de me débarrasser de ma mauvaise humeur. "Edward est en route pour chez vous. Carlisle a besoin de son aide pour... quelque chose," finis-je maladroitement, me rendant compte que je ne savais même pas ce qu'ils préparaient. Je n'avais pas demandé et Edward n'avait rien dit.
"Ah ? Ce n'est jamais une bonne nouvelle pour moi…" gloussa-t-elle. "Quand ces deux-là se mettent à réfléchir sur un projet ensemble ça signifie que quand je rentrerai ce sera la pagaille et j'aurai deux types grincheux qui sont trop têtus pour admettre qu'ils n'ont pas la moindre idée de ce qu'ils font."
Je ris mais mon cœur n'y était pas, trop lourd après sa récente prise de conscience et la perspective d'une autre nuit solitaire dans un appartement vide.
Esmée s'assit sur le banc à côté de moi, cognant son genou contre le mien en disant, "A quoi penses-tu ?"
Je grimaçai, sachant à quel point j'avais dû mal à cacher ma déprime. Edward et elle se ressemblaient trop parfois. Ils parlaient tous les deux couramment 'Bella'.
"Je commence à peine à voir à quel point c'est dur…" soupirai-je, réalisant que je voulais parler à quelqu'un de cette situation plutôt que de me morfondre tout seule. "Et par là, je veux dire trouver un équilibre pour tout. J'ai l'impression qu'Edward et moi passons à peine du temps ensemble… et quand nous le faisons, nous ne prêtons pas vraiment attention à notre relation, nous ne faisons qu'un peu de figuration. C'est juste... il me manque, c'est tout. Même quand il est avec moi, j'ai l'impression qu'il y a tellement d'autres choses qui se passent que ça se met entre nous. Et rien de tout ça n'a à voir avec nous, c'est juste circonstanciel."
"Oh, Bella, je sais que c'est dur," dit-elle en remontant le menton avec son index et en me faisant un sourire sympathique. "Quand Carlisle faisait ses études de médecine puis son internat c'était comme si nous étions deux étrangers vivant dans la même maison et dormant dans le même lit. Il était occupé avec le travail, j'étais occupée avec les enfants et il y avait des jours où l'on pouvait à peine se dire plus que "bonjour" et "au revoir", tous les deux tellement pris dans le train-train quotidien."
"C'est justement ça," m'exclamai-je. Mes mots commencèrent à sortir avec urgence, sachant qu'elle serait capable de comprendre exactement ce qu'il se passait dans ma tête et en espérant qu'elle pourrait offrir des conseils. "Je n'ai même pas réalisé ce qui se passait jusqu'à ce qu'il m'appelle et me dise qu'il ne serait pas là ce soir. Encore une fois. J'ai ce sentiment bizarre qui me tourmente depuis deux semaines mais je n'arrivais pas à comprendre ce que c'était jusque-là."
"Ce sur quoi ils travaillent peut attendre. Voudrais-tu que je passe un coup de fil à Carlisle ?" proposa-t-elle, en train de remettre une mèche de cheveux derrière mon oreille. "Je suis sûre qu'il ne s'en rend pas compte..."
"Non, ce n'est vraiment pas nécessaire," insistai-je, me sentant un peu égoïste et coupable car j'avais envie de la prendre au mot. Autant que je le voulais, je savais que je ne pouvais pas. Autant il était à moi, il n'était pas seulement à moi et j'avais besoin de me souvenir de cela.
"Je sais que ce n'est pas délibéré. Je suis aussi coupable," avouai-je. "Je déteste juste qu'il y ait une sorte de distance entre nous. Ça me rend anxieuse pour les six prochains mois alors que tout va s'intensifier."
"Tu t'en sortiras, Bella," dit-elle sans l'ombre d'un doute, en enveloppant son bras autour de moi. "Edward et toi avez forgé une fondation très solide. Je ne peux pas imaginer un obstacle qui vous poserait des problèmes."
"Comment tu t'en es sortie ?"
"Eh bien, une fois que nous nous sommes tous les deux sortis la tête hors du sable et que nous avons vu ce qui se passait, c'était mieux. Le simple fait de savoir que le problème était là, nous a aidés tous les deux à garder notre relation forte."
Elle laissa tomber son bras et se retourna sur le banc pour me faire face, l'encouragement dans ses yeux me donnant l'espoir que les choses n'étaient pas aussi sombres qu'elles le paraissaient quelques minutes auparavant.
"Honnêtement, Bella, je pense que la plupart des couples d'adultes se heurtent aux mêmes défis, peu importe leur occupation. Le fait que tu reconnaisses le problème représente 90 % de la bataille. Maintenant, il faut trouver un moyen de remédier à la situation. Parle-lui. Passez un peu de temps ensemble, juste vous deux sans aucune distraction extérieure."
"Comme un rencard ?" demandai-je, l'idée me fit déjà me sentir un peu plus légère. "Ça a l'air sympa. Je devrais lui en parler."
"Ou juste le surprendre…" suggéra-t-elle. "Il n'y a pas de règle qui dit que l'homme doit toujours être le seul pour faire tomber une femme à la renverse."
"Tu marques un point," admis-je, bien que cette idée tomber à la renverse me rende nerveuse. "Je ne sais pas, Esmée, je pense que ton fils a peut-être écrit le manuel sur les gestes romantiques. C'est dur de faire mieux."
"Tu sais, il n'a pas eu tous ses gestes doux de son père. J'ai bon espoir que tu arriveras à trouver quelque chose. Et le simple fait d'être avec toi sera un geste suffisant pour lui. Ne réfléchis pas trop, c'est tout."
⁂
N'y réfléchis pas trop. C'est vrai. Plus facile à dire qu'à faire.
Je passai la soirée à essayer de trouver ce que je pouvais faire pour le surprendre. Malgré le fait qu'Edward et moi avions eu pas mal de rendez-vous à ce moment-là dans notre relation. C'était difficile d'essayer de trouver quelque chose qui corresponde à ce que je voulais.
Un film ne permettrait pas de discuter. Un restaurant serait trop bruyant, trop fréquenté. Rester à la maison et lui préparer le dîner ne semblait pas assez spécial. Chaque option fut immédiatement rejetée pour une raison ou une autre. Dégoûtée de mon incapacité à trouver un seul geste romantique, je décidai de le mettre de côté et de penser à quelque chose d'autre.
En regardant mon e-mail, je remarquai qu'Alice avait envoyé un lien vers une galerie en ligne qu'elle avait faite avec les photos du mariage. Lorsque je commençai à cliquer sur les vignettes, agrandissant de temps en temps une photo, je sentis la douleur dans mon cœur s'estomper un peu, à cause du chaud souvenir que j'avais de cette journée.
Tout avait été si parfait. Nous n'avions jamais pensé à des horaires chargés ou à des voyages pour les compétitions à l'étranger. La journée avait été consacrée à l'amour, à la famille et à la convivialité. Bien que tous les jours ne pouvaient pas tourner entièrement autour de ces choses, c'était exactement ce que je voulais garder avec moi, même dans les mois stressants à venir.
Je gardai quelques favoris dans un dossier à imprimer puis je décidai d'aller un peu plus loin et de passer la multitude d'autres photos qu'Alice avait partagées avec moi au cours des mois. Cette femme était toujours en mouvement et était toujours impatiente de documenter nos activités, même si elles étaient banales. Bien que j'eus toujours roulé des yeux et gémi à l'idée de me faire prendre en photo, j'étais secrètement contente qu'elle n'ait jamais écouté mes plaintes.
Faire défiler les photos et me souvenir de tant de moments heureux, me remonta le moral, me rappelant que même si les mois à venir seraient difficiles, j'aurais toujours ces gens à mes côtés - et je ne pouvais pas les perdre - même si nous étions très occupés.
Quand j'eus fini, le dossier que j'avais fait était assez volumineux. Je les gravai sur un disque et je me promis de les emmener à Target le lendemain pour les imprimer. Peut-être que je trouverais un album ou quelque chose que je pouvais garder avec moi quand je serais loin de chez moi et que je me sentirais déprimée. Sûrement que voir les photos de leurs visages aiderait un peu, non ? Rien que d'y jeter un coup d'œil sur mon ordinateur me faisait me sentir mieux.
Je cliquai sur l'une des images miniatures et je l'agrandis pour remplir tout l'écran. La photo était d'Edward et moi vers le carrousel des bagages. Alice l'avait prise un jour où nous étions allés ensemble récupérer les gars. Elle portait toujours un petit appareil photo dans son sac à main en pensant qu'il serait adorable de nous photographier quand cela lui chantait. Je m'étais plainte à l'époque, anxieuse de m'éloigner de la foule mais je lui souriais en me blottissant contre lui.
C'était devenu une de mes préférées pour de nombreuses raisons. Nous avions tous les deux l'air si heureux d'être réunis et voir cette photo me fit me souvenir de la joie qui me traversait à chaque fois qu'on se retrouvait après être séparés. Nos câlins étaient toujours juste un peu plus serrés, nos baisers toujours un peu plus longs, comme si nous essayions tous les deux de nous savourer l'un l'autre. Au moins, c'était une chose que j'attendais avec impatience.
A part cela, l'aéroport était en quelque sorte un point de repère pour notre relation. C'est là que nous nous étions rencontrés, là que nous avions eu tant de moments importants. Ça voulait dire que nous devions nous séparer mais aussi toujours nous retrouver. Ce n'était peut-être pas l'endroit le plus romantique pour rencontrer l'amour de sa vie mais ça nous convenait.
Dommage qu'on ne puisse pas avoir un dîner aux chandelles devant le carrousel de bagages, pensai-je, avec un sourire en coin, mon esprit revenant aux idées pour une soirée romantique.
L'idée me resta en tête et je n'arrivai pas à la déloger. Edward m'avait dit, lors de notre premier rendez-vous, qu'il aimait les choses les plus simples, qu'elles étaient plus son style. Ayant appris à le connaître, je savais que c'était vrai. Bien qu'il puisse apprécier un grand geste romantique, je savais que quelque chose de simple et de sincère serait plus significatif pour lui.
Eh bien, pour moi l'aéroport avait un sens pour nous, surtout si nous devions vraiment parler de la façon dont nous allions faire face aux mois à venir. Mais comment... ?
Dans la perspective de trouver un moyen de faire en sorte que cela fonctionne, j'appelai la seule personne qui était maître dans l'art du complot.
"Bonjour Bella, quoi de neuf ?" répondit Alice à la deuxième sonnerie.
"Hé, tu es occupée ?"
"Non je regarde la télé en travaillant sur un plan de salle. Distrais-moi je t'en prie !" gémit-elle.
"Alors je veux faire quelque chose avec Edward demain soir. Planifier quelque chose pour nous deux parce que nous avons été tous les deux tellement occupés ces derniers temps…"
"Oh, c'est vraiment gentil, Bella. Qu'est-ce que tu veux faire ?"
"C'est le problème, je ne suis pas sûre. Je veux dire que j'ai une idée mais ça va avoir l'air vraiment bizarre."
"Sauf si tu penses à l'emmener dans un club échangiste ou quelque chose de ce genre, je ne penserai pas que c'est bizarre. De quoi s'agit-il ?"
"Bon je voudrais faire quelque chose autour de l'aéroport. Je veux dire je sais qu'on ne peut pas y aller sans avoir un billet pour passer la sécurité et qu'ils sont vraiment très stricts. C'est probablement une idée stupide quoi qu'il en soit, je veux dire en quoi un carrousel à bagage peut-il être romantique ?" délirai-je, en roulant des yeux pour avoir pensé que ça pouvait convenir.
"Ce n'est pas stupide Bella. C''est important pour vous deux. Je pense que c'est très romantique."
"Vraiment ?"
"Ouais… En fait, je pourrai avoir une idée," dit-elle, réfléchissant déjà.
Alice et moi passâmes vingt minutes au téléphone à prévoir les plus petits détails pour la soirée du lendemain. Elle offrait des suggestions mais ne prévoyait rien à ma place. En fin de compte je proposai un plan qui me convenait et qui je le savais, représenterait quelque chose de significatif pour lui, même si ce n'était pas une soirée romantique typique avec pétales de rose et nappes de lin blanc.
Après avoir fait une liste précise de ce qu'il fallait que je prépare, j'appelais Edward pour lui souhaiter bonne nuit. Il était toujours chez ses parents alors je ne le retins pas trop au téléphone. Je pouvais dire au son de sa voix que je lui manquais aussi, même s'il ne s'en était pas vraiment rendu compte, ce qui ne servit qu'à me renforcer dans mon idée.
Nous en avions besoin.
Mon plan accompagné de ses 'fais de beaux rêves et je t'aime' murmurés, me laissèrent moins agitée et plus heureuse que je l'avais été de toute la semaine et je me blottis contre mon oreiller un sourire sur le visage.
⁂
Le lendemain soir j'attendais impatiemment l'arrivée d'Edward et priais pour que tout se passe comme prévu. Ce serait juste ma chance qu'il n'ait pas vu mon mot ou que quelque chose vienne troubler mes projets.
La nuit commençait à tomber quand Alice m'envoya un message pour me dire qu'Edward venait de l'appeler pour savoir si elle était au courant de quelque chose et qu'il allait arriver. Selon mes calculs j'avais environ huit minutes à attendre.
Mais il arriva en moins de six.
Je le regardai se garer à côté de ma voiture et sortir puis venir vers la petite colline où je m'étais installée.
"Pourquoi tu es venue jusqu'ici ?" demanda-t-il, un peu dérouté mais il souriait et il était impossible de ne pas lui sourire en retour.
"Je t'attendais."
"C'est un curieux endroit ne crois-tu pas ?" Il s'installa à côté de moi sur la couverture que j'avais étalée et passa ses jambes autour de moi, me blottissant contre son torse. Je soupirai de contentement alors qu'il embrassait le côté de ma tête et laissait reposer sa joue contre mon front, semblant se délecter de ma présence autant que je le faisais. "Que se passe-t-il Bella ?"
"Je voulais te faire une surprise. Tu as eu mon mot ?"
"Oui, je l'ai eu,"' dit-il en rigolant. "Je dois bien dire que ce sont les informations les plus inefficaces que j'ai jamais eues."
"Je ne voulais pas que tu saches où tu allais," haussai-je les épaules en souriant. J'avais mis une enveloppe sur sa porte plus tôt dans l'après-midi, lui disant de suivre mes instructions pour qu'il me retrouve ici. Je l'avais fait passer dans des ruelles et des routes détournées pour tenter de camoufler où il allait.
"Mission accomplie. Je ne m'en suis rendu compte qu'à un kilomètre. Nous avions l'habitude de venir ici tout le temps quand nous étions enfants, pour regarder les avions atterrir," soupira-t-il avec nostalgie, en se réinstallant, me gardant toujours contre lui puis il se pencha en arrière et s'appuya sur ses mains tandis que nous regardions devant nous.
La destination indiquée par Alice était une petite colline isolée qui longeait les pistes du terminal de l'aéroport. C'était sur un petit chemin de terre que peu de gens connaissaient vraiment, qui satisfaisait mon envie de passer une soirée tranquille et privée, tout en faisant en sorte de contenter mon idée d'endroit significatif.
"Je sais," admis-je. "Alice m'en a parlé quand je lui ai demandé de l'aide."
"La petite cachottière ! Elle a dit qu'elle ne savait pas de quoi je parlais quand je l'ai appelée. Alors que fait-on ici ?"
"Eh bien on ne pouvait pas vraiment aller à l'endroit que j'avais choisi. Je suis à peu près sûre que la sécurité du terminal nous aurait chassés en nous voyant pique-niquer juste à côté du carrousel à bagage. Et puis aussi je préfère ne pas me faire piétiner par des gens qui essaient de récupérer leurs valises. Alors… Alice a mentionné cet endroit et je me suis dit que ce serait mieux."
"Pourquoi l'aéroport ?"
"Ça me paraissait approprié. Symbolique."
"Pourquoi ? Je suis lent en ce moment, mon amour. Tu veux me dire ce qu'il se passe dans cette belle tête ?" demanda-t-il, en grattant doucement mon cuir chevelu et en y déposant de doux baisers.
Je ne voulais pas forcément commencer la soirée par une discussion sérieuse mais je savais que ce serait mieux si tout était dévoilé et que nous pourrions vraiment en discuter. Si j'attendais je savais que le sujet aller rester dans un coin de ma tête et que je ne pourrais jamais me détendre complètement.
En prenant une profonde inspiration je décidai de me lancer. Je me tournai pour lui faire face, toujours entre ses jambes alors que mes mains le cherchaient, ayant besoin du réconfort de son contact.
Mes yeux fixés sur nos mains jointes et ma voix pas plus forte qu'un murmure je demandai, "Quand était-ce la dernière fois que nous avons parlé, Edward ?"
"Quoi ? Nous parlons tous les jours, Bella !? " dit-il, de la confusion dans la voix et sur son visage quand je le regardais. "Que se passe-t-il ?"
Sa main libre se leva pour venir caresser ma joue et j'aurai voulu pouvoir tout oublier et simplement lui dire : "C'est bon, oublie ça." Quand j'étais dans ses bras toutes les pensées de solitude et de séparation disparaissaient simplement et je voulais tout oublier à part lui. Mais l'idée de combien peu de jours il me restait à passer dans ses bras me poussa à continuer.
"Réfléchis. Quand est-ce qu'on a eu une vraie discussion où on s'est dit davantage que ce qu'on avait fait dans la journée ou à quel endroit nous devions-nous retrouver ou que faire pour dîner ou quoi que ce soit qui ne puisse pas être classé comme du bavardage ?" détaillai-je, espérant qu'il commence à comprendre où je voulais en venir.
Une fois encore je me forçai à lever les yeux pour rencontrer les siens. "A quand remonte la dernière fois où nous avons passé du temps seuls ensemble sans aucun membre de la famille ou des amis où l'un de nous deux n'était pas à moitié endormi ?"
Je pus voir l'instant précis où il comprit la situation. Une partie de moi fut soulagée de constater qu'il avait été facile de lui faire voir tandis qu'une autre détestait voir l'expression horrifiée sur son visage qui se transforma en angoisse.
"Putain !" jura-t-il en fermant les yeux un instant. Sa main laissa mon visage, pour frotter le sien puis il s'arrêta. Ses yeux s'ouvrirent et il me fixa un long moment silencieusement avant de se racler la gorge. Il haussa légèrement les épaules en disant. "Seigneur Bella, je n'ai même pas…"
"Moi non plus," avouai-je, avec un sourire triste, ne voulant pas le laisser se sentir seul dans quelque chose dont nous étions tous les deux responsables. "Jusqu'à hier."
"Je ne sais pas ce que… je viens…" bafouilla-t-il, en saisissant la main que je lui tendais alors qu'il suivait avec respect les lignes dans ma paume. "Je suis désolé, Bella. Je me sens comme un imbécile total d'avoir laissé cela se produire sans même le réaliser."
"Je suis désolée aussi."
"Pourquoi ?"
"Ce n'est pas ta faute, Edward. Nous sommes tous les deux coupables. Nous sommes très occupés et nous allons partir chacun dans des directions différentes à partir de maintenant," expliquai-je espérant alléger un peu le fardeau qu'il avait clairement entièrement pris sur ses épaules.
"Oui, je suppose," marmonna-t-il, clairement pas réconforté. Je devais renverser la situation. Ma détermination à aborder le sujet n'avait rien à voir avec le désir de sombrer dans l'idée que notre relation pourrait ne pas être parfaite comme un conte de fée. Il s'agissait de reconnaitre les défis auxquels nous étions confrontés et les relever ensemble.
"Je n'en parle pas pour que tu te sentes mal," insistai-je, en me rapprochant un peu de lui, jusqu'à ce que je sois assise entre ses genoux, mes mains s'immobilisant à la taille de son short cargo. "Je serai triste que tu le comprennes comme ça, je veux dire j'ai passé la plus grande partie de la soirée d'hier à me morfondre mais ce n'est pas pour ça que te le dis."
"Pourquoi n'as-tu rien dit hier ?" demanda-t-il, puis il baissa la tête jusqu'à ce que son menton repose pratiquement sur sa poitrine. "C'est stupide. Tu n'aurais pas dû avoir à me le dire."
"Le truc, c'est que ça ne fera qu'empirer avec le début de la saison. Tu seras souvent sur la route et il y aura des moments où je serai partie aussi. Quand nous serons là, nous serons toujours occupés, comme nous l'avons déjà découvert," expliquai-je, en levant les mains pour tenir son visage dans mes paumes et encourager ses yeux à se fixer sur les miens. "Je ne veux pas nous oublier parce qu'on pense que c'est le seul endroit où est toujours solide."
"Je ne veux pas que cela arrive," chuchota-t-il avec passion, ses mains recouvrant les miennes.
"Alors, j'ai pensé qu'on aurait besoin d'une soirée pour revenir à nos origines, reprendre contact, si tu veux. Découvrir comment nous allons le faire. Ensemble."
Ses lèvres se recourbèrent en un sourire petit mais sincère avant de se pencher pour un baiser chaud et doux. "Merci."
"Je t'aime, Edward. Tu es trop important pour risquer quelque chose d'aussi stupide que de la négligence. Je ne dis pas que l'un de nous a été négligent mais je ne veux pas qu'on en arrive là juste parce que nous pensons que ça ne pourrait jamais nous arriver."
"Tu es la personne la plus importante de ma vie, Bella," murmura-t-il, m'entraînant dans ses bras et en me posant la tête dans son cou. "Tu es plus importante pour moi que mon travail ou quoi que ce soit d'autre. Je suis désolé si dernièrement je t'ai fait sentir le contraire."
"Tu ne l'as pas vraiment fait," lui dis-je, en traînant légèrement mes doigts sur son dos pour essayer de l'apaiser comme il m'avait apaisé. "Je sais que ton travail est important pour toi et que tu l'aimes. J'aime le mien aussi. Ce sont des jobs qui nous prennent beaucoup de temps et nos emplois du temps se chevauchent. Beaucoup."
Je reculai pour le regarder, ma voix était pleine d'optimisme et mes yeux remplis de foi. "Nous pouvons nous en sortir, Edward mais je ne pense pas que ça arrivera comme ça. Nous devons faire en sorte que cela se produise. Je veux que ça arrive."
"Moi aussi."
"Je sais," souris-je. "Alors arrêtons de nous morfondre et trouvons un moyen de faire en sorte que ça marche, d'accord ?"
Pendant les trois heures qui suivirent nous nous blottîmes dans la couverture pendant que les avions volaient au-dessus de nous. Edward sourit quand je sortis notre dîner de hamburgers Juicy Nookie et de frites que j'avais pris en chemin.
Il gloussa devant la glacière que j'avais remplie avec le repas et la crème glacée d'Izzy qui représentait notre premier "vrai" rendez-vous.
Il me serra dans ses bras quand je sortis le petit album photo en cuir que j'avais assemblé pour lui. Il était juste assez grand pour la poche avant de son bagage à main. Il était rempli de photos de nous mais aussi de lui avec nos amis et notre famille. Alice m'en avait envoyé quelques anciennes le soir où je lui avais parlé de mon idée. J'ai pensé que si les photos m'aidaient, elles l'aideraient probablement aussi.
Le soleil se couchait sur le terminal et nous couvrait dans la pénombre alors que nous étions assis sur le flanc de la colline qui surplombait les feux clignotants de la piste. La nuit était calme, il n'y avait que quelques avions et nos voix pour rompre le silence. Nous nous embrassions, serrés l'un contre l'autre, rions mais nous parions surtout, faisant l'amour avec des mots plutôt qu'avec notre corps. Tout comme il me complétait quand nous étions physiquement unis, ses paroles me remplissaient, me guérissaient et je sus sans l'ombre d'un doute que nous nous en sortirions ensemble et que nous n'en serions que plus forts.
Plus tard, alors que ma tête reposait sur sa poitrine, j'écoutais son cœur battre, nos doigts entrelacés. Tard dans la soirée, je me couchais la tête sur sa poitrine, les doigts serrés l'un contre l'autre. Son nez était enfoui dans mes cheveux, me demandant silencieusement de lever la tête.
"Tu sais, quand je t'ai appelé pour te dire que j'allais chez mon père hier soir ?" chuchota-t-il doucement. Je hochai la tête. "J'ai oublié de te dire quelque chose."
"Qu'est-ce que c'est ?"
"Je t'aime."
"Je sais," souris-je, en frottant le bout de mon nez contre le sien. "Je t'aime aussi."
⁂
Après notre discussion, les choses s'améliorèrent beaucoup. Bien que nos horaires ne se soient pas modifiés comme par enchantement, nous essayâmes de nous réserver du temps uniquement pour nous deux et cela aidait beaucoup. Nous commençâmes à nous retrouver le matin pour aller courir ensemble avant de nous rendre à la salle de gym pour nos entraînements respectifs.
Il essayait de venir me voir pour déjeuner quelques jours par semaine et nous arrivions à communiquer beaucoup mieux en général. Je savais que nous aurions encore des moments difficiles mais j'étais plus confiante après lui avoir parlé et peu importe combien de fois nous pourrions être séparés dans les mois à venir, nous trouverions toujours un moyen de nous en sortir. Mieux que bien.
Nous continuions notre routine de soirées pyjama de fin de semaine, avec exceptionnellement une soirée en semaine. Ainsi je me retrouvai dans le lit d'Edward, un dimanche matin de septembre.
Une voix douce chantonnait dans mon oreille alors que quelque chose de frais, velouté et parfumé caressait légèrement ma joue, me tirant agréablement du sommeil. Mes yeux s'ouvrirent pour voir Edward devant moi, agenouillé près du lit et caressant mon visage avec une tulipe panachée rose et blanche.
"Joyeux anniversaire, mon amour," murmura-t-il avec un sourire, en se penchant pour poser un léger baiser sur le bout de mon nez.
"Bonjour," dis-je en souriant, en m'étirant un peu au fur et à mesure que je reprenais conscience. Lorsque mon esprit s'éclaircit, je remarquai une légère odeur de brûlé dans l'air qui avait été masquée par la douce odeur de la tulipe sur mon visage. "C'est quoi cette odeur ?"
Edward sourit un peu penaud et se frotta la nuque. "J'ai en quelque sorte... essayé de te faire un petit-déjeuner," expliqua-t-il, en faisant un geste vers un plateau qui se trouvait sur la table de chevet à côté d'un vase contenant plus d'une douzaine d'autres jolies fleurs qu'il avait utilisées pour me réveiller. Sur le plateau étaient posés un verre de jus d'orange et une assiette de crêpes. Elles étaient nappées de sirop d'érable et saupoudrées de myrtilles. Les crêpes elles-mêmes étaient soit insuffisamment cuites, soit noircies de part et d'autre, quelques tranches de bacon croustillantes étaient empilées sur le côté.
Je le regardai incrédule, à la fois touchée par le geste et amusée par sa tentative bâclée de cuisiner. "Et la maison n'a pas brûlé ?" le taquinai-je, pendant qu'il rouspétait adorablement.
"Ha ha, Swan," grommela-t-il, se levant sur le lit et sautant pour s'asseoir à côté de moi, contre la tête de lit lorsque je pris le plateau pour le poser sur mes genoux. "Juste pour ça, je vais m'asseoir ici et te regarder manger chaque bouchée. Même les brûlées."
"Je n'ai aucun doute que ce sera le meilleur petit-déjeuner que j'aie jamais pris," lui dis-je, en me penchant pour embrasser ses lèvres boudeuses. "Merci."
"De rien," dit-il, en m'embrassant de nouveau avant de piquer un morceau de bacon dans l'assiette.
"Tu as déjà mangé ?"
"Non, je me suis dit que tu pourrais partager."
Je passai les premières minutes de ma vingt-cinquième année à croquer des crêpes brûlées avec Edward, nous échangions les couverts et nous faisions manger, jouant et en essayant d'éviter de faire couler du sirop sur les draps. Quand nous eûmes fini, il rapporta le plateau à la cuisine pendant que je m'attardais paresseusement au lit. Je ne voulais pas m'extraire des couvertures chaudes. Il revint et secoua un peu la tête en me trouvant encore cramponnée aux couvertures.
"Il nous reste quelques heures avant qu'Alice ne te dérobe à moi. Qu'est-ce que la fêtarde veut faire ?"
En boudant, je fis un bruit de mécontentement avant de lui sourire puis cligner des yeux vers lui. "Eh bien... tu sais ce que j'aimerais vraiment ?"
"Quoi ?" gloussa-t-il.
Je sortis ma main de sous les couvertures et passai mes doigts à travers la boucle de ceinture de son short cargo kaki, le tirant pour qu'il se tienne debout contre le matelas. "Ce que j'aimerais, c'est que tu enlèves ce short. Et ça, dis-je, " en saisissant l'ourlet de son t-shirt et en le poussant vers le haut jusqu'à ce qu'il prenne la relève pour le jeter par terre.
"Jusqu'à présent, j'aime bien où ça nous mène," dit-il en souriant, en défaisant son short.
"Puis... je veux que tu te mettes dans ce lit," continuai-je, en rabattant un peu les couvertures et en me déplaçant pour lui faire de la place. Il glissa sous les couvertures avec empressement puis nous recouvrit avant de me prendre dans ses bras. Je me blottis contre lui.
Je posai ma tête sur sa poitrine et je m'enfouis dans sa chaleur. "Et faire des câlins avec moi," finis-je avec un soupir. Il éclata de rire avant d'acquiescer à ma demande, en embrassant mon sourcil et reposant sa tête sur la mienne. Sa main posée sur ma cuisse et son pouce caressait paresseusement ma peau nue.
"C'est si bon ?" demanda-t-il, une fois que nous nous fûmes bien installés tous les deux.
"Mmm. C'est un début," murmurai-je, en bécotant la peau douce de sa poitrine sous ma joue.
"Dans une dizaine de minutes, on pourra peut-être se faire un gros câlin. Suivi d'une brève période de pelotage et alors... qui sait ? Le pelotage peut mener à toutes sortes de choses merveilleuses."
Sa poitrine rebondit un peu en dessous de moi alors qu'il riait doucement et dit : "Je pense que je pourrais apprécier fêter ton anniversaire autant que le mien."
"C'est difficile à égaler," souris-je, en me rappelant cette journée.
"Je pense que nous sommes prêts à relever le défi."
⁂
Quand Alice m'avait parlé de mon anniversaire j'étais partagée. Je ne voulais pas en faire toute une histoire mais d'un autre côté, j'étais en quelque sorte... excitée à l'idée de pouvoir faire quelque chose pour une fois. Dans le passé, j'avais toujours passé mon anniversaire à la patinoire. Entrainement. Cette année, Marcus avait insisté pour que je prenne ma journée et que je ne pense même pas à pointer mon nez à la patinoire et j'avais accepté avec reconnaissance son offre d'une journée libre.
J'étais encore un peu nerveuse à propos de ce qu'Alice était capable de mettre sur pied. Parfois, son idée d'une fête amusante était très différente de la mienne. Je n'aurais pas dû m'inquiéter, Alice semblait savoir exactement ce que je désirais. Toute la journée fut relaxante et exactement ce que je voulais. Je n'avais besoin d'une grande fête, je voulais juste passer un peu de temps avec les gens que j'aimais. Et c'est exactement ce que j'eus.
Après avoir passé une matinée, qui avait duré jusqu'au début de l'après-midi, à paresser au lit avec Edward, les filles m'emmenèrent faire manucure et pédicure et nous faire dorloter un peu. Je devais admettre que le traitement à la cire de paraffine faisait des merveilles à mes pieds. Je ne les avais jamais sentis aussi lisses.
Plus tard dans la soirée nous nous réunîmes chez Carlisle et Esmée pour l'un des repas les plus délicieux que j'ai jamais goûté de ma vie. Alice avait orienté son organisateur de soirée en décorant leur salle à manger de fleurs et de bougies qui éclairaient la pièce d'une lumière chaude dans le crépuscule de la mi-septembre.
Carlisle était un peu le Maître du Grill et il avait passé des heures à s'occuper de ce gros morceau de poitrine de bœuf et il l'avait fumée à la perfection tandis qu'Esmée s'était surpassée avec un assortiment d'accompagnements savoureux mais qui ne me forceraient pas à aller dépenser le trop plein de calories. C'était vraiment du détail mais c'était totalement Esmée. Elle essayait toujours de faire en sorte que chacun se sente spécial.
Vers la fin du repas mon téléphone sonna. Je m'excusai pour l'interruption, ayant l'intention de l'éteindre. Un rapide coup d'œil à l'écran me dit qu'il s'agissait de Charlie et je débattis brièvement pour savoir s'il serait impoli de ne pas répondre.
Charlie et moi avions continué à nous appeler et à nous envoyer des mails pendant tout l'été. Rien d'important mais une amélioration par rapport à notre relation dans le passé. Nous étions tous les deux un peu trop têtus et maladroits pour qu'une conversation transforme miraculeusement notre relation mais je me sentais bien là où nous en étions. L'avoir dans ma vie et savoir qu'il s'inquiétait réellement de moi était suffisant pour l'instant. Pendant nos conversations nous parlions souvent de la possibilité de nous rendre visite mais cela avait toujours été différé pour une raison ou une autre. Honnêtement cela faisait tellement longtemps que nous ne nous étions vus que ça m'inquiétait un peu.
La veille j'avais reçu sa carte d'anniversaire ainsi qu'une édition vintage joliment reliée de mon livre préféré. Je ne m'attendais pas à beaucoup plus que ça. Le fait qu'il m'appelle me fit sourire et je pensais que si quelqu'un pouvait m'excuser de répondre à cet appel c'était bien les Cullen.
"Hé papa," répondis-je.
"Hé gamine. Comment vas-tu ?" Sa voix grave et bourrue passa par le haut-parleur.
"Bien, je vais bien. Euh tout va bien. Comment vas-tu ?" demandai-je, en lançant un regard d'excuse à la table et en sortant de la pièce.
"Bien, on flemmarde. Je voulais t'appeler pour te souhaiter un joyeux anniversaire."
"C'est bien de t'entendre."
"Ma carte est arrivée à temps ?"
"Oui je l'ai reçue hier. Et le livre, j'ai adoré, merci."
"Alors tu fais quelque chose de spécial, pour fêter ça ?"
"Oui nous dînons chez Esmée et Carlisle," dis-je. J'avais peu à peu raconté ma vie dans le Minnesota à Charlie au fil de nos conversations téléphoniques. Il avait toujours paru intéressé et spécialement amusé par les bêtises d'Emmett et le comportement d'Alice.
Une partie de moi se demandait si ça le rendait triste. Je veux dire je pensais vraiment ce que j'avais dit pendant cette interview à Champs Camp. Je n'essayai pas de le remplacer mais je me demandais s'il pensait cela alors que j'avais dans ma vie ces personnes que je considérais réellement comme une famille.
"C'est génial," dit-il sincèrement. "Ils semblent être de bonnes personnes, Bells."
"Ils le sont. J'espère que tu pourras les rencontrer bientôt."
"Oui, ce serait bien. J'aimerais bien. Je suis, euh et bien je suis heureux que tu les aies. Bien sûr ça m'aide de savoir que tu as des gens tout près qui se soucient de toi."
"Papa," murmurai-je un peu gênée par ses mots même s'ils me réchauffaient le cœur.
"Ils ont de la chance de t'avoir, c'est tout."
"Merci," murmurai-je. "J'ai de la chance de les avoir. Et toi aussi."
"Ouais et bien tu devrais probablement y retourner. Je ne voulais pas interrompre je voulais juste voir comment tu allais, je te souhaite un joyeux anniversaire et tout."
"Je suis vraiment contente que tu l'aies fait," dis-je. "Je te rappellerai dans la semaine d'accord ?"
"Ça me semble bien. Euh, je t'aime, Bells."
"Je t'aime aussi," dis-je fière de moi de n'avoir pas bégayé. C'était encore un peu gênant de le lui dire et encore plus de l'entendre mais ça devenait un peu plus facile chaque fois.
Après avoir fini je retournai dans la salle à manger, m'excusant d'avoir pris l'appel. Esmée, Carlisle et Alice devaient être sortis un moment et la table avait été débarrassée en mon absence. Edward me jeta un coup d'œil depuis son siège me demandant silencieusement si tout allait bien et je lui adressai un sourire radieux en hochant la tête, il sourit en réponse en me faisant un clin d'œil subtil.
"Viens par-là Babybel," insista Emmett, en m'attrapant par le bras quand j'essayais de me rassoir entre Edward et lui. Il m'installa sans cérémonie sur ses genoux et leva mon bras pour inspection. "Voyons voir les rides."
"Hé maintenant si quelqu'un doit vérifier ça doit être moi, merci beaucoup à toi," dit Edward, en tendant sa main pour me faire asseoir sur la chaise vide et la tirant un peu plus près de la sienne pour pouvoir passer son bras autour de moi.
"Et tu as un an de plus que moi mon pote," lui rappelai-je en tapant sur son torse. "Peut-être que c'est toi qui devrais vérifier tes rides."
Il repoussa mes cheveux en arrière et se pencha pour chuchoter à mon oreille ce qui fit accélérer mon cœur. "Ce serait beaucoup plus amusant si c'était toi qui le faisais. Assure-toi simplement d'être très minutieuse," dit-il en mordillant doucement le lobe de mon oreille.
"Eddie tu te transformes en sale chien excité. Je suis très fier," dit Emmett, en essuyant une fausse larme.
"N'y a-t-il pas une règle qui veut qu'on mette dans l'embarras la personne qui fête son anniversaire ? " demandai-je, tout en attrapant mon eau pour rafraichir le rougissement de mes joues.
"Tu ferais mieux de t'y habituer, Babybel. Tu as encore de nombreux autres anniversaires à fêter avec nous," gloussa Emmett, enroulant son bras autour de mon cou pour me faire un demi-câlin ou un demi-étouffement alors qu'il m'ébouriffait les cheveux.
Esmée me sauva en entrant dans la pièce, suivie de Carlisle puis d'Alice qui prenait des photos alors qu'Esmée arrangeait les bougies sur un gâteau rougeoyant devant moi. Du moins je pensais que c'était un gâteau. Cela aurait pu facilement être une sculpture…
La base ronde était blanche parsemée d'étincelles et de plis argentés, ce qui lui donnait l'apparence d'une patinoire endommagée par des lames de patin. Joyeux Anniversaire Bella était écrit au glaçage bleu aqua autour de l'autre côté du cercle. Au milieu une paire de patins parfaitement travaillés et incroyablement détaillés, étaient recouverts de fondant. Je n'avais jamais rien vu de tel.
"C'est trop cool !" m'exclamai-je, en jetant un coup d'œil à Esmée derrière moi. "Tu n'as pas fait ça, pas vrai ?"
"Seigneur non," rit-elle. "Alice a tellement de contacts avec des décorateurs de gâteaux pour son travail qu'elle en a trouvé un qui pouvait le faire pour nous."
"C'est incroyable," dis-je, me penchant pour regarder de plus près. "Je ne veux même pas le manger. Pouvons-nous simplement le conserver et le mettre dans un cadre ou quelque chose de ce genre ?"
"Mais… mais Babybel…" balbutia Emmett à côté de moi, avec une moue pathétique sur ses traits enfantins. "Tu ne peux pas me faire ça. Ne me taquine pas avec le gâteau."
"J'ai pris beaucoup de photos avant de l'amener, Bells," dit Alice depuis l'autre côté de la table. "Ne t'inquiète pas, Emmett puisque tu es si impatient que dirais-tu si nous commencions ?"
Il se racla la gorge ostensiblement puis fit quelques gammes 'do-ré-mi-fa-sol-la-si-da' avant d'entonner la chanson d'anniversaire bientôt rejoint par les sept autres voix. Aussi inconfortable que cela me faisait d'être le centre de l'attention, je ne puis m'empêcher de me sentir aimée à leur sérénade un peu décalée certes, mais sincère.
Je soufflai les bougies et Carlisle nous servit, coupant une part deux fois plus grosse à Emmett. J'étais en train de terminer ma part lorsqu'Alice laissa tomber une grande boite richement emballée sur la table devant. "C'est de notre part à tous," dit-elle avec un sourire étourdi.
"Vous n'auriez pas dû m'acheter quelque chose," protestai-je. "Vous n'avez déjà tellement donné."
"Allez ferme-la et ouvre-le, Missy," lança Rose, par-dessus l'épaule d'Emmett alors qu'il continuait à dévorer le gâteau de sa main libre. "C'est notre travail en tant que famille de te gâter un peu pour ton anniversaire."
"La carte d'abord," insista Alice, en croisant ses mains sur la table dans un effort pour se contenir même si elle semblait toujours prête à exploser d'excitation.
"Tu es au courant ?" Je regardai Edward en déchirant le rabat de l'enveloppe avec mon doigt.
"Mon nom est sur la carte mais non. Tu auras mon présent plus tard."
"Oh vraiment ?" fis-je, taquine, en haussant un sourcil.
"Pervers," toussa faussement Emmett.
"Comme d'habitude, tu as les idées mal placées mec," dit Edward, tendant la main derrière moi pour taper Emmett derrière sa tête.
"Allez, allez, ouvre-le !" dit Alice, impatiente et sautant sur place.
"Voudrais-tu l'ouvrir pour moi, Alice ?" demandai-je.
"Eh bien, si tu dois mettre une éternité..."
Je roulai des yeux et retirai la carte brillante du papier. Sur le devant se trouvait une affiche du Magicien d'Oz. Je ne sais pas comment ils l'avaient trouvé, mais il y avait de tout... du Glinda au maire et au légiste de Munchkin Land. A côté de chacun des personnages, ils avaient apposé leur signature comme des autographes. Alice avait dû laisser ses parents participer à la blague parce que même Carlisle avait signé à côté du palais vert du Sorcier, "All Powerful Carlisle", avec un smiley dans son écriture de médecin.
" Je vais encadrer ça," dis-je en riant doucement et en passant mes doigts sur leurs noms.
"Merci, les gars. J'adore ça."
"Oh, allez, Bells, tu n'as même pas encore ouvert le vrai cadeau. Dépêche-toi," insista Rose.
"Bien sûr," soupirai-je, en ouvrant la carte pour lire le message à l'intérieur, en pensant qu'ils avaient tous signé à l'extérieur.
Sur le fond blanc se trouvait un message simple écrit de la main d'Alice, d'une écriture délirante.
Chaque Dorothy a besoin de sa paire de chaussons de Ruby Slippers...
Joyeux anniversaire Bella !
Amour, tes Ozlings
Je la regardai quand elle poussa la boîte plus près et me dit : "Ouvre-la."
La curiosité dépassa ma tendance à prendre mon temps pour déballer des cadeaux. Après avoir rapidement défait le nœud, je déchirai le papier et le laissai tomber sur le sol en soulevant le couvercle du carton.
Au-dessous d'une couche de papier de soie, une paire de patins artistiques flambant neufs, entièrement recouverts de strass rouge chatoyant. Les facettes scintillaient et étincelaient, même dans la faible lumière de la salle à manger.
"Ils devraient aller," dit Alice comme je restais sans voix. "Esmée a trouvé les renseignements pour les personnaliser à partir de la paire que tu utilises actuellement. C'est la même marque et tout. Et puis j'ai les ai envoyés au même endroit que les miens. Je sais que tu n'es pas un grand fan des tonnes de paillettes et étincelles mais..."
"Ils sont parfaits," j'arrêtai son bavardage nerveux alors que mes doigts passaient respectueusement sur les bijoux, les touchant à peine de peur d'entacher leur éclat avec des traces de doigts.
"Ah oui ?" demanda-t-elle, sa voix était pleine d'espoir et d'excitation.
" Ouais," je hochai la tête, la regardant avec un sourire larmoyant.
C'est vrai que j'avais ri en janvier en voyant les patins bling-bling d'Alice au carnaval, pensant qu'ils étaient exagérés et ostentatoires. Et peut-être qu'ils l'étaient aussi mais je le pensais vraiment. Le geste, la pensée, le soin qu'ils avaient pris pour le faire signifiait énormément à mes yeux. Le symbolisme en plus de tout ce qui les rendait parfaits.
Edward m'enveloppa de ses bras, se penchant vers moi pour embrasser ma tempe alors qu'il me tirait près de lui. Je regardai autour de moi pour voir les visages souriants de ceux qui m'étaient le plus cher alors que ça me pénétrait une fois de plus. J'avais enfin trouvé ma place.
Je leur souris et chuchotai : "Il n'y a rien de mieux que la maison."
⁂
Une heure et demie plus tard, Edward et moi marchions main dans la main dans son allée jusqu'à sa maison. Je tenais un sac contenant mes nouveaux patins et des restes de gâteau.
"Bon anniversaire ?" demanda-t-il, en déverrouillant la porte.
"Le meilleur," soupirai-je joyeusement, la tête appuyée brièvement sur son épaule. "Mais ce n'est pas encore fini. Je suis toujours en attente d'un cadeau."
"En effet, tu l'es. Par ici, la fêtarde," dit-il après avoir posé le sac près de l'escalier, me tirant dans la direction opposée de celle où je pensais qu'on irait et me conduisant vers les portes françaises et dans la pièce où il gardait son piano. "Je l'ai caché ici."
"Oh, tu m'as vraiment acheté un cadeau ? Comme un vrai cadeau ?" demandai-je, mes joues devenant un peu roses en réalisant ce que j'avais compris quand il avait dit "présent", et quand Emmett avait insinué quelque chose de sexuel.
"Bien sûr que j'ai un vrai cadeau pour toi. Quel genre de petit-ami penses-tu que je sois ?" demanda-t-il en dérision.
Il me conduisit sur le banc du piano avant de s'installer à côté de moi.
"Je ne sais pas," haussai-je les épaules. "Je t'ai dit de ne rien me prendre, alors j'ai pensé que quand tu as dit..."
"Emmett a une mauvaise influence sur toi…" gloussa-t-il, me picorant les lèvres puis le cou puis la courbe exposée de mon épaule. "On peut faire ça aussi... mais d'abord, j'ai quelque chose pour toi."
"Edward," soupirai-je, en signe de protestation et je me mordis vite la lèvre en voyant le regard qu'il me lançait.
"Fais-moi plaisir. S'il te plaît ?" Je hochai la tête et il me sourit, m'embrassant une fois de plus avant de faire craquer les articulations et faire une gamme rapide le long des touches.
"Si tu m'avais dit que tu allais jouer pour moi, je ne me serais pas plainte," rétorquai-je, en souriant et en m'installant, prête à m'amuser en regardant ses longs et élégants doigts caresser les touches noires et blanches. "Qu'est-ce que tu joues pour moi ?"
Il me fit un clin d'œil et se lança dans une interprétation enjouée de Happy Birthday. Je gloussai et tapotai ses doigts jusqu'à ce qu'il s'arrête. Puis il souffla et remit ses mains sur les touches avant de remplir à nouveau la pièce de musique, cette fois d'une belle mélodie inconnue.
Je fus enchantée dès le début par la façon dont la mélodie se mêlait aux accords.
Au début, la chanson était douce et hésitante, avec des notes légères et aérées puis elle se développa progressivement. Quand la musique atteignit son crescendo, j'eus l'impression que je pouvais pratiquement voir l'image des notes qui m'entouraient, comme si je pouvais tendre les mains et les attraper, comme si je pouvais les sentir s'enrouler autour de moi et caresser ma peau. Mon corps se balança et j'eus l'impression de flotter alors que la chanson se terminait et les notes finales s'évanouissaient bien plus tôt que je ne l'aurais souhaité.
Un toucher chaud et doux caressa ma joue et mes yeux s'ouvrirent, bien que je ne me sois même pas rendue compte qu'ils étaient fermés. En clignant des yeux, je sentis une larme couler le long de ma joue et quand je tendis la main vers le haut pour l'essuyer, je réalisai que ce n'était pas la première fois.
"Edward," chuchotai-je avec étonnement, ne sachant pas vraiment quoi dire de plus.
"Ça t'a plu ?" demanda-t-il, sa voix était un mélange d'espoir et de nervosité.
"C'était magnifique," murmurai-je, en plaçant ma main sur la sienne, là où ses doigts reposaient sur les touches. Sa main se retourna sous la mienne pour joindre nos doigts, les levant ensemble jusqu'à ses lèvres tandis que je regardais dans ses yeux verts étincelants. "Je n'ai jamais entendu avant. Qu'est-ce que c'est ?"
"C'est à toi," chuchota-t-il.
"Quoi ?"
"C'est ton morceau chanson, Bella. Je l'ai écrit pour toi."
"Tu... tu as écrit ça ?" demandai-je, ma mâchoire se décrochant d'étonnement quand il hocha la tête.
"C'est juste... C'était..." commençai-je et je m'arrêtai car tout ce que je pouvais dire était beaucoup trop faible pour ce qu'il venait de me donner. Tout ce que je pus faire, c'est presser mes lèvres sur les siennes, versant tout mon amour pour lui dans l'étreinte. J'enfonçai mon visage dans son cou alors que ses bras m'entourèrent et que je murmurai contre sa peau : "Merci."
Il me serra plus fort et nous restâmes assis dans une sorte de réminiscence à la suite de cette... expérience émotionnelle intense. Quelques minutes plus tard, il s'éclaircit la gorge et s'étira pour prendre un petit carré enveloppé.
"Tiens," dit-il, en me le posant sur les genoux. "Ça va avec."
"Maintenant je me plains. Tu ne peux pas me donner plus que ça, Edward. C'est trop."
"Ouvre-le, Swan," se moqua-t-il en me chatouillant.
Je soufflai et ramassai le carré, déchirant le papier pour révéler un boîtier de CD standard avec un disque gravé. Une liste de titres était écrite de la main d'Edward sur le disque et sur une étiquette blanche au dos de la boîte. En le parcourant, c'étaient toutes des chansons qui me faisaient penser à lui, mélangé à quelques vieilles chansons préférées.
"Tu m'as fait une compilation ?" demandai-je avec délice.
"Pas exactement," dit-il en se grattant le cou et en tirant sur les cheveux courts, "C'est une compilation mais ce sont tous des arrangements pour piano."
"Comment tu les as trouvées dans des versions instrumentales ?"
"Je ne l'ai pas fait. Un type de l'équipe a un oncle qui dirige un studio d'enregistrement en ville et il m'a laissé l'utiliser pour faire les arrangements."
Mes yeux s'écarquillèrent d'incrédulité quand j'étudiais son visage pour voir s'il me taquinait ou s'il était vraiment sérieux.
Ouais, définitivement un visage sérieux. J'étais complètement submergée par lui. Donc, je fis la première chose à laquelle on pourrait penser.
Je lui tapai sur l'épaule et le grondai. "Bon sang, Edward, pourquoi fais-tu des choses comme ça ?"
"Aïe, quoi ? Qu'est-ce que j'ai fait ?" demanda-t-il, en riant en essayant de se protéger.
"Tu dis et fais ces choses si incroyablement romantiques qu'il est impossible de croire que je ne vis pas dans un rêve," dis-je avec amusement et juste une pointe d'exaspération. "C'est un idéal insensé à attendre. Tu ne peux pas croire que tu vas réussir à tenir ce niveau pendant longtemps. C'est impossible."
"On peut dire que cela te plait alors," dit-il avec un petit sourire.
"Plaire ? Non !" soupirai-je passant mes doigts sur le boitier. "J'aime, j'aime ça."
Il m'installa sur ses genoux et posa son menton sur mon épaule pendant que nous lisions la liste des morceaux ensemble.
"C'est juste celui-là que je viens de jouer," dit-il en montrant le premier titre, Bella's Lullaby. En continuant à lire il y avait Baby It's Cold Outside, Chasing Cars, Somewhere Over The Rainbow, I Only Have Eyes For You…
"Tu as enregistré Moonlight Sonata ?" haletai-je, en la voyant sur la liste et je me tournai pour le regarder.
"Ouais. Il est très similaire à l'arrangement sur lequel tu patines."
Je n'hésitai pas avant de lui demander. "Je peux m'en servir ?"
"Tu ne l'as même pas écouté, Bella. Il pourrait ne pas te plaire…"
"S'il te plait ?" suppliai-je, en interrompant ses arguments inutiles. Il était impossible que ce ne soit pas parfait. "Je veux dire je ne le ferai pas si ça te met mal à l'aise qu'il soit diffusé en public ou…"
"Bella !" Cette fois c'est lui qui m'arrêta en me caressant la joue affectueusement. "Tu es libre d'en faire ce que tu veux. Si ça fonctionne et que tu veux les utiliser ça me va. En fait j'en serai honoré."
"Merci," souris-je, passant mes bras autour de lui et lui faisant des bisous dans le cou.
"Que dirais-tu si nous montions pour que tu me montres ta gratitude ?" suggéra-t-il, serrant légèrement ma hanche.
"J'aime bien cette idée."
⁂
Les jours continuèrent à défiler, un compte à rebours constant passant du premier au dernier jour de l'été et au premier jour de l'automne. Et cela marquait le début des échéances pour moi et l'entrée en scène d'Edward.
Au début du mois d'octobre, la saison des Wilds commençait. Avant même d'avoir mis un pied à la patinoire je savais que ce serait une soirée mouvementée. Les gars étaient très impatients depuis quelques jours en prévision de leurs matchs contre les Blackhawks. Alice, Rose et moi avions tenté de leur laisser de l'espace dans les jours précédents.
Nous trouvâmes rapidement nos places, Esmée et Carlisle étaient déjà installés, ils étaient arrivés plus tôt pour voir entièrement l'échauffement. Nous étions au même endroit que la saison précédente mais quelques rangées plus proches de l'action.
La patinoire était bruyante et remplie de ferveur dès le moment où les lumières s'éteignirent pour la présentation des joueurs. La foule était fébrile à la fois pour le lancement de la saison et pour la revanche. L'intensité était sur tous les visages alors qu'ils s'alignaient pour l'hymne national et qu'Edward s'accroupissait dans la zone d'engagement, je sentais l'adrénaline par procuration monter dans mes veines.
Dès que le palet toucha la glace j'eus du mal à reprendre mon souffle, mes yeux constamment scotchés sur la silhouette d'Edward, quand il était sur le banc, buvait et regardait le match, je l'observais hypnotisée par le niveau d'intensité et d'agressivité qu'il affichait. La passion. Cela faisait trop longtemps que je ne l'avais pas vu jouer.
Il avait toujours été un joueur passionné même si souvent je me concentrais davantage sur la fluidité et la grâce de son patinage. Il était toujours puissant, toujours fort, toujours présent mais encore plus ce soir. Il était à la recherche de sang et cette soif était manifeste dans chaque course et chaque passe qu'il faisait.
C'était un peu intimidant, même depuis les gradins. Mais plus que cela il faisait incroyablement chaud. Même le fait de savoir que ses parents étaient assis à ma gauche n'empêchait pas mon esprit d'errer, d'avoir des visions érotiques dans cette patinoire, très différentes et très intimes. J'étais tellement distraite par les images dans ma tête que je ne m'intéressais plus au match.
Je réussis à suivre un peu. Au début de la troisième période, les Wild étaient en tête et tentaient désespérément de conserver cet avantage. Les Blackhawks avaient amélioré leur jeu, probablement à cause des cris de leur entraineurs après les deux buts qu'ils venaient d'encaisser et parce qu'ils étaient menés. J'étais ailleurs profondément engagée dans un fantasme assez palpitant qui me rappelait l'époque à laquelle il m'avait malmenée contre les bandes avec beaucoup moins de vêtements quand un soudain rugissement de la foule attira mon attention.
Tout autour de moi les gens avaient sauté de leur siège et criaient. Le bruit s'amplifiait et ma première pensée fut qu'ils avaient à nouveau marqué.
Mes yeux allèrent vers la glace recherchant la cause de ce tapage juste pour voir Edward enlever ses gants. Il les jeta sur la glace à côté de sa crosse avant de lancer un regard à Jacob Black qui s'était déjà débarrassé des siens et semblait le narguer.
"Que se passe-t-il ?" demandai-je à personne en particulier alors que je me relevais pour essayer de mieux voir.
"Je ne sais pas," répondit Alice mais je ne quittai pas Edward des yeux, grimaçant un peu lorsque Jake lui envoya un solide coup de poing dans le torse. On aurait dit qu'Edward ne s'était aperçu de rien, continuant à avancer et le tapant à son tour. "Le jeu a été arrêté. C'est la pub. Je n'ai pas vu…"
"Edward était au centre et Jake s'est jeté sur lui. Ils regardaient par ici mais je ne sais pas ce qui est arrivé. Il a dû dire quelque chose à Edward qui a complètement perdu les pédales. C'était comme si Jake essayait de le provoquer," expliqua Rose alors que nous continuions à regarder la bagarre.
Les arbitres restèrent en retrait à l'affut de tout signe de faute manifeste mais ils n'intervinrent pas, les joueurs des deux côtés commencèrent à se confronter, certains se disputant, d'autres se faisant face alors que deux autres commençaient à se taper dessus après avoir attendu deux périodes complètes.
La foule était euphorique. Après tout chaque amateur de hockey adorait une belle bagarre. Le Minnesota était rempli de bons partisans de hockey et ce fut certainement un bon combat.
Je ne prêtai aucune attention aux autres escarmouches, ma vision se focalisant vers où Edward et Jake continuaient à se bagarrer. Le casque de Jake se détacha lorsque le poing d'Edward le repoussa et que Jake lui rendit la faveur quelques instants plus tard.
Ils étaient à égalité, rendant coup pour coup même si l'expression de leurs visages maintenant que je pouvais mieux les voir était très différente. Les deux étaient agressifs mais Jake semblait presque heureux, satisfait. Cela correspondait bien à l'affirmation de Rose selon laquelle il avait délibérément provoqué Edward. D'un autre côté Edward était furieux. Son visage était rouge, sa mâchoire crispée et la veine de son front saillante, des signes évidents de son énervement.
Pendant que je regardais, j'étais inquiète ne voulant pas qu'Edward soit blessé et curieuse de savoir ce qui avait pu amener à pareille confrontation. Mais une autre émotion était beaucoup plus forte et ça aurait dû me faire honte quand j'identifiais exactement ce qu'elle était.
De la luxure.
Voir Edward aussi sauvage et agressif et… déchainé était une nouveauté. Mon souffle était pratiquement haletant alors que le désir se glissait dans mon ventre. Mes fantasmes antérieurs me revenaient en tête maintenant, aidés par la vision claire alors que je me battais pour ne pas me tortiller à la vague de tension sexuelle.
Après un moment de répit pour reprendre son souffle Edward prit son élan. Il gronda et ses dents se serrèrent lorsque sa main se posa sur les coussinets d'épaule de Jake. Des coups violents partaient dans les deux directions et la seule chose qui me traversait l'esprit c'est que j'aurai vraiment aimé le voir ainsi quand il ne portait pas toutes ces protections qui bloquaient la vue de ses muscles tendus.
Seigneur Bella putain quel est donc ton problème ? Mon côté rationnel me rappelait à l'ordre. Quelle petite-amie tu fais ! Ton copain est énervé et tout ce à quoi tu peux penser c'est lui arracher ses protections. Quand es-tu devenue à ce point un démon sexuel ?
Je continuai à me réprimander, essayant de me concentrer sur le combat qui diminuait et d'ignorer mon pervers intérieur.
Edward attrapa le maillot de Jake et son prochain coup atterrit fermement sur son visage, faisant basculer la tête de Jake en arrière et faisant couler le sang. Les arbitres intervinrent finalement et les séparèrent. Edward était toujours en train de bouillir bien qu'il n'ait pas résisté à l'arbitre qui l'emmena sur le banc des pénalités. Jake aussi fut escorté et on lui passa une serviette pour qu'il puisse s'éponger alors que la partie recommençait.
Pendant cinq minutes ils restèrent sur leurs bancs respectifs. Edward ne sembla pas beaucoup se calmer bien que ce ne soit plus apparent. Il devait avoir canalisé sa colère dans la détermination car une fois relâché sur la glace il sauta immédiatement sur le palet. Il vola sur la patinoire, l'emmena direct au centre et l'envoya instantanément derrière le gardien de but dans le filet. Cela sembla un peu atténuer la tension sur son visage et il sourit alors que ses coéquipiers l'entouraient pour fêter le but.
Les minutes restantes du match furent moins mouvementées et je poussai un soupir de soulagement quand la sonnerie finale retentit et que les joueurs quittèrent la glace pour aller aux vestiaires. Comme il s'agissait du premier match de la saison – dramatique pour Edward – je savais qu'il lui faudrait un peu plus de temps pour sortir du vestiaire et passer la horde des médias pour nous retrouver.
Alice, Rose et moi rejoignirent l'endroit habituel où nous les attendions pendant que Carlisle et Esmée rentraient chez eux. Comme prévu, Jasper et Emmett sortirent en premier disant qu'Edward les suivait de près. Ils échangèrent un regard bizarre et dirent qu'il serait probablement peu enclin à sortir après le match. J'insistai pour qu'ils partent devant, aillent au bar et fêtent la victoire pendant que je restai en arrière pour l'attendre.
Quelques minutes après leur départ, je vis Edward arriver dans le couloir. Je me précipitai pour lancer mes bras autour de lui et voir par moi-même qu'il allait vraiment bien. Il avait une petite ecchymose sur sa pommette mais à part ça, il n'avait pas l'air plus abimé qu'il ne l'avait été ce matin.
"Est-ce que ça va ?"
Voilà, c'est quelque chose à quoi une petite-amie aimante et attentionnée devrait penser. Ne pas l'imaginer pousser contre le mur... ou sur une table... ou... ou... bordel. Arrête, Bella !
"Ouais. Bien," dit-il, en haussant les épaules, se penchant vers le bas pour me picorer les lèvres. Il prit ma main et commença à me guider en direction des portes. Il me fallut un moment pour réaliser qu'il allait vraiment essayer de faire comme si rien ne s'était passé sur la glace.
"Attends, Edward !" protestai-je, le tirant à l'arrêt. "De quoi s'agissait-il ?"
"Quoi ?"
"Qu'est-ce que tu veux dire par "quoi" ? Cette bagarre avec Jacob."
Ses lèvres se serrèrent et sa mâchoire trembla, il glissa sa main de la mienne et en les enfouissant toutes les deux dans sa poche arrière. Pendant un moment, je crus qu'il ne répondrait pas, même s'il n'offrait pas grand-chose lorsqu'il me répondit.
"Il ne sait pas quand fermer sa grande gueule, c'est tout," murmura-t-il.
"Qu'est-ce qu'il a dit ?"
"Ce n'est rien, Bella," soupira-t-il, ne rencontrant pas mes yeux. "Oublions ça, d'accord ?"
"De toute évidence, tu es toujours fâché," persistai-je.
"Peut-on laisser tomber ?" dit-il, en me regardant avec quelque chose qui ressemblait à un regard noir. "Peut-on parler de quelque chose d'autre ?"
J'essayai de ne pas me sentir blessée par son ton et l'expression de son visage. Je savais qu'il n'était pas vraiment en colère contre moi mais de cette situation. Mais cela ne l'arrêtait pas entièrement.
"Oui, d'accord," dis-je doucement, en m'enveloppant dans mes bras quand il fut clair qu'il n'allait pas le faire avec les siens. Je me dis qu'il avait juste besoin d'un peu d'espace, de temps pour se calmer. Je commençai à m'éloigner de lui en pensant qu'il me suivrait pour qu'on puisse aller dans le parking et trouver sa voiture.
"Merde," l'entendis-je, jurer dans sa barbe avant d'élever la voix pour crier mon nom. "Bella, attends !" implora-t-il. Je m'arrêtai net et j'entendis ses pas derrière moi seulement un moment avant que ses mains ne se posent sur mes épaules, me tournant doucement pour que je puisse le voir. Son expression était sincèrement contrite et effaçait rapidement la douleur que son ton dur avait causée avant même qu'il n'ouvre la bouche.
"Je suis désolé. Je suis toujours énervé et juste sur les nerfs mais c'était injuste. Je ne veux pas m'en prendre à toi. Tu ne méritais pas ça. Je suis désolé," murmura-t-il de nouveau, ses yeux verts suppliant quand ses doigts glissèrent dans mes cheveux et que son pouce caressa ma joue. "Pardonne-moi ?"
Je hochai la tête et lui fis un petit sourire qu'il me rendit alors qu'il se penchait pour m'embrasser tendrement. Ses mains se posèrent légèrement sur mes hanches et il posa son front sur la courbe de mon épaule.
"Je suis vraiment désolé, Bella", chuchota-t-il. Je posai un baiser sur sa tempe et levai mes mains pour passer mes doigts dans ses cheveux encore humides, lui grattant doucement la tête.
J'ouvris la bouche pour parler mais une voix sournoise et familière m'arrêta provenant de derrière moi et Edward se tendit immédiatement de nouveau, levant la tête pour regarder par-dessus mon épaule.
"Querelle d'amoureux ?"
"Occupe-toi de tes affaires, Black," dit Edward d'un ton bas et menaçant quand je me retournais, en m'appuyant contre sa poitrine pour le soutenir.
Physiquement, Jake n'avait pas beaucoup changé depuis la dernière fois que je l'avais vu à Chicago mais ses cheveux avaient eu été coupés courts, alors qu'avant ils étaient attachés en queue de cheval. Il semblait que sa personnalité n'ait pas changé non plus. C'était toujours un crétin.
"Peut-être que Bella est mon affaire, Cullen," dit-il avec le sourire le plus exaspérant et le plus arrogant sur son visage, bien que son œil soit enflé et sa lèvre inférieure fendue. "Après tout, je suis comme un fils pour Charlie. Je suis sûr qu'il voudrait que je veille à ses intérêts quand il n'est pas là."
"Je peux me débrouiller toute seule, merci." Je parlai d'une voix froide, contente d'avoir un exutoire pour ma frustration au sujet de la tournure que la soirée avait prise, surtout quand on pouvait en rejeter entièrement la responsabilité sur lui.
"Je ne sais pas, Bella," dit Jake, en me souriant avant de retourner ses yeux sombres et éblouissants vers Edward. "Je ne pense pas que Charlie aimerait que sa fille unique s'enchaîne à un connard possessif avec des problèmes de maîtrise de la colère."
J'étais furieuse. Je me poussai de la poitrine d'Edward pour me propulser en avant. Il avait eu l'occasion de se battre.
"Tu as fini ? Mes choix personnels ne te regardent pas, Jacob." dis-je d'un ton dur alors que la colère chauffait mon sang. "Tu ne me connais même pas et tu connais très mal Edward."
"T'es-tu déjà dit que c'est peut-être toi qui ne le connais pas ? Parce que si tu le faisais tu verrais qu'il n'est pas le petit ange parfait que tu crois…" se moqua Jake, sa voix râpeuse ne servirait qu'à m'irriter davantage.
Je soufflai, dégoûtée et roulai des yeux en me retournant vers Edward. Ce connard ne valait pas une minute de mon temps. Il avait de toute évidence de graves problèmes mentaux s'il avait pensé que je prendrais son parti plutôt que celui d'Edward dans n'importe quelle circonstance.
"Tu vois ?" dit-il. "Tu sais que j'ai raison mais tu ne veux pas l'admettre. Il t'a aveuglée..."
"Non, Jake," soufflai-je, en marchant sur lui. Pas intimidée par le fait qu'il soit un homme et plus grand que moi, je piquai mon doigt dans sa poitrine pour donner plus de poids à mes mots "Evidemment c'est toi qui as des problèmes de vue. Il n'y a rien entre nous. Et il n'y aura jamais rien. Et peu importe à quel point mon père et toi êtes proches, toi et moi ne serons jamais proches. Alors reste loin de moi. Ne t'approche pas d'Edward. Quelles que soient tes pensées nous concernant, gardes-les pour toi parce que ce que tu as à dire ne m'intéresse absolument pas."
Je gardais mon sang-froid assez longtemps pour m'assurer qu'il comprenne que j'étais très sérieuse puis je me retournai et rejoignis Edward sans un regard de plus.
"On peut y aller maintenant, s'il te plaît ?" demandai-je, en tendant ma main pour prendre la sienne.
Il fixa Jacob encore un instant avant de tourner son regard vers moi, s'adoucissant instantanément et il me prit la main. "Ouais. Rentrons à la maison."
Le trajet de retour chez Edward fut légèrement tendu. Il semblait toujours sur les nerfs. Ses articulations étaient blanches à l'endroit où elles serraient le volant et il semblait complètement pris dans une lutte interne au vu des expressions qui passaient sur ses traits. C'était de la frustration, de la tristesse.
Je voulais essayer de l'apaiser mais je n'arrivais pas à comprendre ce qui l'avait autant troublé. Pour moi, l'interaction avec Jake était irritante mais sans importance. Je lui avais parlé à deux reprises et les deux fois je l'avais trouvé tout simplement pathétique. Mais Edward avait été perturbé les deux fois et il était clair qu'il y avait plus qu'une simple rivalité entre joueurs.
Je voulais lui parler, découvrir ce qui l'avait tant contrarié. Mais l'expression sur son visage me retint et j'essayai de lui donner un peu d'espace pour se calmer, pour faire le tri dans ses pensées.
Quand nous arrivâmes chez lui quinze minutes plus tard, il était encore silencieux et boudait et j'en avais assez d'attendre.
"Sérieusement, Edward, c'est quoi ton problème ?" demandai-je à l'intérieur, une fois débarrassés de nos chaussures et arrivés dans le salon. "Je ne comprends pas pourquoi tu es si obsédé par ce que ce crétin dit."
"Peut-être parce qu'il a raison", répondit-il, la voix tendue, les yeux rivés sur un point qui n'était pas près de mon visage. "Je ne suis pas infaillible, Bella, et je ne suis certainement pas parfait. Même si j'aimerais l'être pour toi, je ne le suis... pas."
Ses épaules se soulevèrent puis tombèrent impuissantes et il rencontra enfin mon regard, ne serait-ce qu'un bref instant.
Il y avait là des souffrances et de l'insécurité, ce qui me mit en colère. En colère que Jake ait mis cela dans ses yeux. "J'ai des défauts. Et de ceux qui vont plus loin que le simple fait de ne pas savoir quoi faire dans une cuisine. Jacob Black a eu la gentillesse de te faire remarquer certains d'entre eux ce soir."
"J'emmerde Jacob Black !" m'exclama-je, serrant les mains au son de son nom sur ma langue et la frustration qui me traversait. "Il ne sait pas de quoi il parle. Il ne te connaît pas. C'est juste un voyou délirant qui s'amuse à te faire te sentir mal dans ta peau et ça lui fait du bien parce que c'est une ordure. Pourquoi tu le laisses t'atteindre comme ça ?" demandai-je, en cherchant un indice dans ses yeux.
Il ne répondit et ma patience s'épuisa. "S'il te plaît, parle-moi, Edward. Je ne peux pas comprendre si tu ne me parles pas."
Il soupira et s'installa sur l'accoudoir du canapé. "Je ne veux pas te donner une fausse idée de pourquoi je suis contrarié."
"Pourquoi me ferais-je de fausses idées ?"
" Cette bagarre sur la glace ? Jake m'a dit quelque chose. A propos de toi. Et à propos de... Kate."
C'était quelque chose que je n'avais pas vu venir. J'avais la tête qui tournait, j'essayai de comprendre une information inattendue. "Kate ? Comme ton ex, Kate ? Qu'est-ce qu'elle a ?"
"Ils ont couché ensemble. Quand elle et moi étions toujours… elle a couché avec lui," dit-il sans émotion.
Malgré son ton calme j'avais mal pour lui, sachant combien cette sorte de trahison le contrarierait. Edward appréciait tellement la morale et la loyauté que l'infidélité le blesserait profondément. Mais il semblait y avoir plus que ça.
"Tu as dit que c'était à mon sujet, aussi. Qu'a-t-il dit ?"
Il leva les yeux vers moi et cette fois sa voix ni ses yeux n'étaient calmes. "Il a dit qu'il se demandait si tu étais aussi douée au lit que Kate. Bon j'admets que c'est un peu censuré."
Je soupirai, laissant mon dégoût pour Jacob de côté et j'allai vers lui et m'installai sur ses genoux. Ses bras s'enroulèrent immédiatement autour de moi alors qu'il posait sa tête sur ma poitrine.
"Tu sais que tu n'as aucune raison de t'inquiéter," murmurai-je en massant la tension qui restait dans sa nuque. "Je ne te ferai jamais ça. Avec personne et spécialement avec lui. Je suis désolée qu'ils t'aient blessé de la sorte, qu'elle t'ait fait ça."
"Il ne s'agit pas de Kate, Bella," soupira-t-il, ses doigts jouant avec le bouton de mon chemisier. "Ce n'est même pas à cause de Jake ou d'elle, vraiment. Je veux dire le fait qu'elle m'ait trompé m'énerve mais juste parce que je n'ai aucune tolérance sur la tromperie. Si tu veux être avec quelqu'un d'autre il faut au moins avoir la décence de rompre en premier tu comprends ?"
"Oui. Tu as un grand sens des valeurs. Je ne peux imaginer qu'une telle chose soit facile à entendre pour toi."
Il leva la tête et me regarda droit dans les yeux alors qu'il parlait. "Je n'ai pas de sentiments pour elle et je ne l'ai pas vue depuis un bon bout de temps. Je déteste que cela se présente même dans une conversation parce que je ne veux pas que tu doutes. Je n'ai pas ces sentiments," dit-il en prenant ma main et la posant sur son cœur avec la sienne par-dessus, "je n'ai rien ressenti de tel pour quelqu'un d'autre avant toi. Découvrir pour Jake et Kate c'est mauvais mais je savais qu'elle me trompait et j'ai dépassé ça."
"Alors pourquoi… pourquoi es-tu si énervé si ça t'est égal ?"
Il baissa les yeux sur nos mains et commença à jouer gentiment avec mes doigts en parlant à voix basse. "Quand il a dit ce qu'il avait fait… ça m'a rappelé Phil. Ce que tu m'as dit qu'il t'a fait," expliqua-t-il, en me blottissant la joue contre sa tête et je réalisai à quel point cela avait dû être difficile pour lui de l'entendre s'il était encore coincé là-dessus.
Mais il semblait que ce n'était pas la seule raison car il continua à parler. "En plus de cela je me sens déjà assez merdique à propos de ce qu'il s'est passé il y a quelques semaines, tu sais le fait que je n'ai rien vu. Je ne veux pas que ça ressemble à une comparaison mais ça ressemble à ce qui avait déclenché tous les problèmes que Kate et moi avions rencontrés ou peut-être ce qui les a amenés à la surface. Les problèmes existaient déjà. Je déteste l'idée que quelque chose comme ça nous arrive. La simple idée de ne pas être avec toi…" Il laissa la phrase en suspens alors que sa main serrait la mienne.
"Hé," dis-je, doucement mais fermement, prenant son menton dans ma main libre et le levant jusqu'à ce que son visage soit à la hauteur du mien. "Je ne vais nulle part. Nous en avons déjà parlé. La séparation et tout ça, ça craint mais ça ne va pas nous briser. Aucun de nous deux ne laisserait cela arriver."
"Je sais." Ses lèvres se contractèrent et son corps sembla perdre un peu de sa tension alors qu'il levait une main sur mes cheveux, tortillant doucement une mèche entre ses doigts. "Je sais que nous en avons parlé et je sais que nous allons nous en sortir. Et ce que nous partageons est tellement différent, vraiment. C'est incomparable. Je suppose c'était juste un déclic pour que ça ressurgisse si vite après qu'on ait eu cette conversation."
J'embrassai son front pour le rassurer et quittai ses genoux pour étirer un peu mes jambes engourdies d'être restée assise pendant des heures. Je m'appuyai contre le montant de la porte et étirai mes jambes devant moi.
"C'est tout ce qu'il a dit ?" demandai-je, désireuse d'avoir fait le tour du sujet afin que nous puissions passer à autre chose et oublier.
"Juste quelques petits commentaires sur la façon dont tu vas retrouver la raison assez tôt pour comprendre quel genre de personne je suis. Il t'a déjà donné son avis sur moi."
"Ouais," je roulai des yeux d'irritation. "Et comme j'ai dit il ne sait pas de quoi il parle."
"Mais il a raison," soupira Edward, mettant sa main dans ses cheveux et tirant sur ses mèches en signe de frustration. "Je déteste qu'il ait raison. Je déteste avoir ce pouvoir de te faire sentir nerveuse et mal à l'aise."
"Quoi ?" m'exclamai-je, un peu choquée et perdue. " Non jamais. Pourquoi tu penses ça ?"
"Pourquoi pas ? " grogna-t-il. "Est-ce que tu m'as vu ce soir sur la glace ? Est-ce que je ne t'ai pas fait peur ? J'ai totalement disjoncté pour quelques remarques sournoises. J'aurai dû être en mesure de mieux me contrôler. Et ce n'est pas la première fois que ça se produit. Je déteste le fait que tu m'aies vu comme ça. Comme un monstre violent."
Je faillis éclater de rire bien que ce ne soit pas vraiment drôle. Maintenant il était nerveux parce qu'il pensait que de le voir ainsi m'avait effrayé et me faisait me poser des questions sur lui alors qu'en fait je me reprochais de penser à quel point c'était sexy, excitant de le voir dans cet état. Cette pensée me rendait mouillée de désir encore plus.
Bon ça serait un peu gênant de l'admettre mais si ça faisait partir la tristesse dans ses yeux ça valait bien d'être un peu mal à l'aise.
Je me redressai, quittant le mur. "Oui Edward j'ai vu ça. Et tu veux savoir ce à quoi je pensais ?"
"Quoi ?"
"Je pensais que j'aimais te voir un peu hors de contrôle, j'aimais voir ton comportement calme habituel disparaitre. J'ai aimé voir ce côté de toi." Je franchis les quelques pas qui nous séparaient et m'arrêtais entre ses genoux écartés. "Beaucoup."
"C'est vrai ? Mais... pourquoi ?" demanda-t-il, les sourcils froncés de confusion.
"Je ne sais pas. Peut-être que j'aime les abrutis possessifs avec des problèmes de gestion de la colère," plaisantai-je, avec un sourire narquois qui se transforma en sourire quand il se mit à rire. Je levai la main pour la poser sur son cou et me penchai pour lui murmurer à l'oreille. "Ou j'ai juste peut-être un faible pour toi. Tout toi pas seulement les parties parfaites."
Je pouvais sentir son pouls s'accélérer dans sa gorge sous mon pouce. Mes lèvres se recourbèrent en un sourire satisfait tandis que je les appuyais sur sa peau lisse puis ne me retirais que de quelques centimètres pour dessiner une fine ligne le long de son cou avec le bout de ma langue.
Ses mains se resserrèrent sur mes hanches alors qu'il lâchait un souffle étouffé et bas. "Bella."
"Est-ce que tu m'aimes, Edward ?" murmurai-je, alors que mes dents mordillaient le lobe de son oreille. "Tout de moi ?"
"Oui," murmura-t-il, alors que son corps tremblait légèrement.
Je me reculai juste assez pour le regarder dans les yeux en posant ma prochaine question. "Alors je peux tout te dire et tu n'en penseras pas moins de moi ?"
"Quoi ? Bien sûr que non," dit-il les sourcils levés, me donnant toute l'assurance dont j'avais besoin pour passer à l'étape suivante.
"Donne-moi ta main Edward," murmurai-je, en lui tendant la mienne.
Je la pris avec les deux miennes puis reculai, l'invitant à se lever. Les yeux rivés sur son visage et ma respiration irrégulière à cause de la nervosité et de l'excitation, je posai doucement sa main à plat contre mon ventre.
La chaleur de son contact à travers le fin tissu de mon débardeur augmenta le désir qui me parcourait le corps et je ne me souciais plus de choses comme être timide ou gênée, douce ou innocente. Je voulais juste qu'il me touche. Qu'il me prenne. Je n'étais pas gênée d'être aussi mouillée ou de le vouloir autant et je voulais qu'il le sache.
Je voulais le lui montrer.
Lentement je tournai sa main pour que ses doigts soient écartés contre moi dans la direction opposée, leur bout effleurant à peine la taille de mon jean. Sans plus tarder je posai ma main sur la sienne mes doigts entre les siens. Je glissai nos mains jointes sous le tissu jusqu'à ce qu'elles retrouvent mon centre chaud et la moiteur trempant ma culotte.
Son souffle était saccadé et un gémissement étranglé sortit de sa gorge alors que ses doigts frottaient ma culotte sans plus d'encouragement. "Oh putain," murmura-t-il en soufflant.
"Est-ce que tu le sens ?" demandai-je, même si la question était inutile. "C'est ce que j'ai ressenti ce soir. Je te voulais tellement. Tout ce à quoi je pouvais penser c'était d'être seule avec toi pour pouvoir déchirer tes vêtements. Pour que tu puisses déchirer les miens. Personne d'autre ne me fait ça. Personne ne me fait me sentir comme ça."
Son souffle était irrégulier et sa pomme d'Adam tremblait dans sa gorge. Ses yeux flambaient et fixaient l'endroit où nos mains étaient posées. Il était complètement immobile à part le léger frottement de ses doigts dans mon jean.
"Arrête de te retenir," plaidai-je, posant mes lèvres sur sa gorge. "Je veux que tu perdes le contrôle avec moi. Je ne suis pas fragile. Tu ne peux pas me casser. Tu ne me fais pas peur. Tu n'as pas à être toujours aussi prudent."
Je mordis son cou juste au-dessus de sa clavicule et il laissa échapper un son grave alors que ses lèvres s'ouvraient et qu'il haletait. Ses doigts se replièrent contre moi mais il ne laissa pas tomber les chaines invisibles dont il s'était lui-même affublé.
Je reculai lentement d'un pas, ses yeux s'ouvrirent et se fixèrent sur les miens alors que sa main restait toujours en place et il me suivit jusqu'à ce que nous soyons bloqués par le mur. Je passai mes mains sur son torse, les laissant reposer sur ses épaules alors que je jouai avec l'encolure de sa chemise.
"Je veux être possédée mais par toi seulement. Je veux être prise mais par toi seulement. Alors prends-moi," l'incitai-je, haletant alors que ses lèvres s'écrasaient finalement sur les miennes. La main dans mon jean appuya plus fermement alors que son autre main serrait rudement le tissu sur mon ventre et que sa bouche assaillait la mienne, nos langues bataillant avec passion.
Il baissa le chemisier de mes épaules et je déchirai son t-shirt. Je gémis en signe de protestation la perte de sa bouche pendant seulement un moment avant qu'elle ne se rapproche de nouveau.
Il enleva sa main de mon pantalon et je gémis, ayant désespérément besoin de friction pour soulager la douleur entre mes cuisses. Il posa ses mains sur mes hanches, ses doigts se serrant et se desserrant alors que ses lèvres et sa langue ralentissaient dans leurs mouvements jusqu'à ce qu'ils soient longs et languissants en rencontrant ma bouche.
J'étais légèrement déçue. Bien que ses caresses et ses baisers aient été merveilleux et parfaits, ils n'étaient pas exactement ce que j'espérais.
Il appuya son front contre le sommet de ma tête pendant que ses mains glissaient de mes hanches et qu'il défit le bouton de mon jean et baissa la fermeture. Inclinant la tête en arrière et regardant dans mes yeux, il chuchota, "Je t'aime."
"Je t'aime aussi," lui dis-je, en me mordant la lèvre pendant un instant, alors que je me demandais si je devais juste laisser tomber. Mais le feu passionné que je pouvais voir brûler dans ses yeux d'un vert profond me donna du courage. Il le voulait autant que moi, je le savais. Il avait juste besoin d'un petit coup de pouce dans la bonne direction.
Sans prévenir, j'utilisai toutes mes forces, aidé par l'élément de surprise, pour nous faire tourner, le poussant contre le mur et m'appuyant fermement contre son corps. La peau brûlante de nos torses s'aligna alors que je me levai sur la pointe des pieds pour placer mes lèvres contre sa mâchoire, juste sous son oreille.
"Je sais que tu m'aimes, Edward," dis-je, en appuyant fermement contre son érection, me frottant lentement contre sa longueur. "Mais je ne veux pas que tu me fasses l'amour maintenant."
"Tu ne veux pas, hein ?" demanda-t-il, quand sa poitrine se souleva et qu'il inclina le bassin pour mieux répondre au mouvement de mes hanches.
"Non. Je veux que tu me baises. Dur, rapide et fort. Comme personne d'autre ne l'a jamais fait et comme personne d'autre ne le fera jamais. Baise-moi, Edward," murmurai-je, le regardant à travers mes cils, les yeux pleins de luxure. "S'il te plaît ?"
Son souffle sortit dans un grognement violent et je sentis pratiquement les chaînes de sa retenue se briser.
En un clin d'œil, nos positions s'inversèrent à nouveau et je me retrouvais dos au mur. Nos mains se précipitèrent sur l'autre alors que nos bouches se rencontraient dans une frénésie de lèvres, de langues et de dents. Quand il mordit ma lèvre inférieure, je criais en me contractant de désir.
Nos mains s'emparèrent du jean de l'autre. Ses paumes couvraient mes seins, ses doigts se recourbant dans le haut de mon soutien-gorge et tirant les bonnets vers le bas pour exposer mes mamelons.
Un instant plus tard, sa bouche se referma sur l'une des pointes roses pendant qu'il faisait rouler l'autre entre ses doigts. Il gratta les dents contre ma peau tendre avant de passer à l'autre et de lui administrer le même traitement, avec la paume de ma main je caressais son érection avant de pousser le tissu de son boxer et d'envelopper mes doigts fermement autour de sa longueur.
Ses mains descendirent jusqu'à ma culotte alors qu'il levait la tête pour réclamer mes lèvres une fois de plus il tira sur ma culotte et l'arracha brutalement et soudainement de mes hanches.
Littéralement.
Puis ses bras passèrent sous mes cuisses et me hissèrent jusqu'à ce que j'enroule mes jambes autour de sa taille, il se plaça à mon entrée et m'abaissa sur lui d'un seul coup.
Ma bouche s'ouvrit et mes doigts griffèrent son dos et dans ses cheveux alors qu'il enfouissait son visage dans mon cou, appuyant mes épaules contre le mur en pompant frénétiquement en moi encore et encore. Nos peaux se touchaient et la pièce résonnait de mes cris désespérés et de ses grognements entrecoupés de gémissements gutturaux de mon nom.
Mes jambes se serraient autour de lui, mes talons s'enfonçaient dans ses cuisses alors que je sentais les premières vagues de l'orgasme s'écraser sur moi. Les sensations s'intensifièrent lorsqu'il me tira les cheveux assez fort pour faire basculer ma tête en arrière jusqu'à ce que je ne voie que le plafond. Puis je fus complètement aveuglé quand il passa les dents contre mon cou et me mordis avec un grognement.
Sa main relâcha mes cheveux au moment où je jouis, il tapa fort contre le mur pendant qu'il plantait la main au-dessus de ma tête et continua à bouger, en se précipitant vers sa libération. A travers la brume de plaisir, je regardai son visage quand il l'atteignit. Sa peau était rouge, sa mâchoire serrée.
Des mèches de cheveux étaient collées sur son front transpirant où je pouvais voir sa veine palpiter. Une vague de satisfaction coula à travers moi. Il était vraiment excité et cette fois pour moi.
Sa main retourna à mes cheveux, serrant les mèches alors que ses yeux s'écarquillaient et que sa bouche s'ouvrait sur un cri quand je le sentis palpiter entre mes cuisses. Son corps se raidit, ses muscles se tendirent quand il se laissa aller profondément en moi.
Il se pencha en avant, son corps me coinçant contre le mur, c'est la seule chose qui me maintenait debout alors que mes membres tombaient en lambeaux. Je pouvais sentir son cœur battre dans sa poitrine, au même rythme que le mien.
Des perles de sueur s'étaient formées sur sa peau et comme je commençais à retrouver mes sens, je réalisai que j'en avais moi aussi. Mais ce n'était pas dégoûtant. Loin de là. Ça ne m'emplit que d'émotions de satisfaction et le désir de le refaire.
Sa tête reposait contre le mur juste à côté de la mienne, une de ses mains serrait encore mes cheveux pendant que l'autre me pétrissait les cuisses.
"Putain, Bella !" haleta-t-il, son souffle chaud et lourd contre mon oreille. "Tu vas me tuer."
Je gloussai en serrant un peu et en gémissant pendant que je le sentais trembler, toujours enfoui dans ma chaleur. Je tournai la tête sur le côté et sourit de satisfaction en voyant l'expression sur son visage.
"Oui," soupirai-je de contentement, "… mais quelle façon de partir…"
⁂
Quelques jours plus tard, un bruit sourd et un juron m'arrachèrent abruptement du sommeil.
Il faisait encore sombre et à travers mes yeux plissés, je pouvais voir que les chiffres rouges de l'horloge montraient cinq heures vingt du matin. J'arrivais à peine à discerner la forme sombre d'Edward, au pied du lit alors qu'il se penchait et se frottait le pied.
"Edward ?" demandai-je, ma voix rauque et mon cerveau encore confus et surtout endormi.
"Désolé de t'avoir réveillée," chuchota-t-il, en s'approchant et s'asseyant sur le bord du lit à côté de moi.
"Ça va ?" lui demandai-je, en tendant la main et caressant légèrement ses orteils nus alors qu'il avait posé le pied sur sa cuisse.
"Oui, je me suis juste cogné l'orteil."
"Mmmm" fis-je, avant de bâiller puis de tomber sur le dos en lui tapotant le pied. "J'aimerais t'embrasser mais j'ai trop sommeil."
Il gloussa et me tapota le nez affectueusement. "Tu te rattraperas plus tard."
"M'kay," murmurai-je, en me blottissant un peu plus profondément sous les couvertures alors que je sentais le froid du petit matin dans la chambre. Je clignai des yeux à quelques reprises pour le regarder avec un sourire triste quand il s'assit sur le lit en enfilant ses chaussettes puis ses baskets.
Il partait ce matin-là pour un long voyage d'une semaine et demie, son premier de la saison. Il passerait quelques jours à la maison avant de me voir partir pour Paris. Son emploi du temps était trop chargé pour venir avec moi mais nous avions parlé de faire un voyage à l'étranger ensemble un jour ou l'autre, quand nous aurions tous les deux la chance d'en profiter vraiment. Même si c'était décevant, je ne pouvais pas être déçue. Même s'il venait avec moi je serais trop occupée par la compétition pour qu'on soit vraiment ensemble.
"Ton père est arrivé ?" demandai-je, en caressant le creux de son dos, en me livrant au plaisir de le toucher pendant que j'en avais encore la possibilité.
"Il vient de m'envoyer un texto. Il vient de récupérer Emmett et est à environ cinq minutes d'ici," murmura-t-il. Il dégagea sa jambe, se retourna sur le lit et s'y accouda puis il me sourit.
"Je suis content que tu m'aies réveillée," dis-je, touchant une mèche de ses cheveux entre mes doigts.
"Je t'appellerai quand on y sera, et plus tard ce soir, d'accord ?"
"Ça a l'air bien," murmurai-je, essayant de combattre les larmes à l'idée de dire au revoir.
Il me sourit avec compréhension et se leva pour caresser mes lèvres des siennes dans un baiser qui commença tout doucement et devint peu à peu plus passionné en suçant ma lèvre inférieure puis il glissa sa langue dans ma bouche et nos bras s'enroulèrent autour de l'autre. Après quelques minutes il s'éloigna puis se pencha à nouveau et posa rapidement trois baisers chastes contre ma bouche.
Il appuya son front contre le mien et chuchota : "Je dois y aller. Emmett devient grincheux si quelqu'un d'autre que lui est en retard."
Je hochai la tête et mis ma main derrière son cou pour ramener ses lèvres sur les miennes dans un dernier baiser.
"Avant que je m'en aille," soupira-t-il, s'extirpant de mes bras pour se lever et traverser la pièce jusqu'à l'armoire, avant de revenir s'asseoir à côté de moi avec quelque chose de caché derrière son dos. Je me relevai un peu et allumai la lampe à côté du lit, en le regardant avec curiosité. Il sourit et me tendit ce qu'il avait derrière lui. "C'est pour toi."
Il me tendit un chien en peluche brun poilu et frotta son nez en plastique contre ma joue avant de le poser sur mon ventre. En le récupérant pour l'examiner de plus près, je gloussai en remarquant que c'était une réplique de Toto avec une fourrure douce, des oreilles et des membres mous, et juste la taille parfaite pour les câlins. En serrant le chiot dans mes bras je souris à Edward et lui dis : "Merci."
"Toto te protégera pendant mon absence. Nous avons longuement discuté de ses responsabilités, " dit-il sérieusement, en frottant une main sur la tête du chien pendant que je gloussais.
"Vraiment ?"
"Ouais. C'est un très bon confident. Tu devrais essayer un jour."
"Je pourrais bien," dis-je.
Au son sourd d'une voiture qui s'arrêtait à l'extérieur, nos bras s'enroulèrent l'un autour de l'autre et j'inspirais son odeur.
"On se voit dans dix jours," murmura-t-il, en se penchant pour embrasser mon front.
"Je serai là. Eh bien, pas ici, mais tu sais..."
"Et si tu étais là ?" demanda-t-il, en reculant avec une expression pensive.
"Hein ?"
"Reste ici," précisa-t-il. "Pendant mon absence. Tu as une clé et c'est aussi près de la patinoire que ton appartement. Je veux dire, tu n'es pas obligée de le faire si tu ne le veux pas ou si tu n'es pas à l'aise d'être ici toute seule mais j'ai juste pensé..."
"Quoi ?" demandai-je quand il hésita.
"Eh bien, ce serait bien de penser à toi ici pendant que je suis sur la route," dit-il, en prenant ma main pour jouer avec mes doigts. "Dans ma maison, dans mon lit... C'est probablement ridicule."
"Non, ça ne l'est pas," insistai-je. "Je me sentirais mieux aussi. Plus près de toi."
"Alors tu vas rester ?" demanda-t-il, avec un sourire plein d'espoir.
"Je vais rester."
