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CHAPITRE 19

Distraction bienvenue


Les dix jours de séparation passèrent l'un après l'autre. Mes journées remplies d'obligations étaient faciles à gérer mais les nuits étaient plus difficiles. Le soir je passai du temps avec les filles et nous regardions les matchs des gars chez Rose, simplement comme nous l'avions fait la saison précédente quand elles habitaient toutes les deux ici. Et bien qu'il m'aurait été plus facile de traverser le couloir jusqu'à mon appartement ensuite, je rentrai chez Edward et me glissai dans un de ses t-shirts usés et me blottissais contre Toto dans des draps qui sentaient comme Edward. Entourée par son odeur je trouvais toujours la paix dont j'avais besoin pour glisser dans un sommeil profond.

Notre conversation près de l'aéroport avait bien servi. La séparation n'était pas moins difficile mais elle était gérable car nous restions dévoués l'un envers l'autre et envers notre relation.

J'étais rentrée trois fois chez moi après l'entrainement et avant d'aller chez Edward pour récupérer le courrier dans ma boîte à lettre, y trouvant des lettres manuscrites provenant de divers endroits du pays selon le cachet. Chacune d'elle m'étourdit. Je montai l'escaler et roulai sur le ventre sur le lit pour dévorer ses lettres avec mon oreiller sous ma poitrine. Bien que nous parlions tous les jours et nous envoyons beaucoup de texto il y avait quelque chose de différent dans ses lettres quelques chose de démodé et de tout à fait romantique. Après en avoir mémorisé chaque ligne je les rangeais en sécurité dans mon tiroir. Souriant avec mélancolie en pensant à quel point il serait merveilleux de les retrouver dans trente ans quand elles seraient jaunies et fanées par l'âge, le papier usé et froissé par des années de relecture de ses mots.

Quant à moi j'avais découvert l'adresse de quelques hôtels dans lesquels il devait séjourner tout au long de son voyage et je lui avais fait passer des colis, un à la première étape et un à la seconde. Je lui avais préparé des biscuits et son pain à la banane préféré et en avait ajouté en supplément afin qu'Emmett ne lui vole pas le sien. Il m'avait immédiatement appelée quand il avait reçu le premier et m'avait fait rire quand il m'avait salué la bouche pleine mais si désireux de me parler qu'il n'avait même pas attendu d'avaler la première bouchée.

Après avoir longuement réfléchi et roulé des yeux, j'avais glissé un petit flacon de mon shampoing dans le premier envoi. Être chez lui entourée par son odeur me réconfortait tellement et je me souvenais de lui disant qu'il avait toujours aimé l'odeur de mon shampoing. C'était peut-être bizarre mais tout ce qui pourrait lui faciliter la tâche valait un peu de bizarrerie entre nous.

L'équipe s'était bien comportée et j'espérais que la série de victoires et le fait qu'Emmett et Jasper lui tiennent compagnie l'aide autant que m'aidaient Rose, Alice et ses parents. Parfois au son de sa voix je pouvais dire qu'il semblait déprimé mais la plupart du temps je pensais que nous gérions bien les choses cette fois-ci. Il me manquait encore mais je découvris que je n'étais pas aussi grincheuse.

Marcus me gardait occupée sur la glace, fignolant les modifications de dernière minute apportées à mes programmes pour les rendre prêts à être diffusés. Alice et la couturière étaient en train de peaufiner mes costumes et de faire des ajustements après que les ai essayés sur la glace.

Mon estomac commençait à se crisper chaque fois qu'il était fait mention de Paris. Même si je voulais que les jours passent et qu'Edward soit de retour je ne pouvais me résoudre à le souhaiter. Chaque jour passé me rapprochait beaucoup de mes débuts. Bien que je ne l'admette devant personne j'étais nerveuse comme l'enfer.

Je savais depuis des mois que cette compétition allait avoir lieu. Je m'y préparais, je passai tellement de temps à me préparer pour la compétition. Mais dans un sens cela semblait toujours être si loin. Maintenant il ne restait que quelques jours et je ne pouvais plus nier que cela aller réellement arriver. Avec cette acception vinrent les doutes, les insécurités qui me tourmentaient toujours quand il s'agissait de concourir. C'était une entreprise impitoyable et peu importe combien je me préparais il ne fallait qu'une chute, un pied de plus sur un atterrissage pour gâcher tout ce par quoi j'étais passée pour en arriver là.

J'essayai de ne pas trop m'attarder là-dessus et pour la plupart j'arrivais à cacher mon stress. Au moins suffisamment pour que personne ne le remarque.

Marcus et moi traverserions l'océan quatre jours avant le début du programme court féminin pour que j'ai le temps de m'ajuster complètement au décalage horaire et aussi au changement d'altitude. Parfois les jeunes patineurs arrivent la veille et cela diminue leurs chances.

Pendant la compétition il y a toujours beaucoup de choses à gérer en dehors de la glace. N'importe quel détail pourrait être décisif entre le succès ou l'échec. C'est presque accablant d'y penser. D'un autre côté mon statut de patineuse expérimentée m'aidait mais j'étais encore stressée rien qu'en y pensant. Alors j'essayais de ne pas le faire.

Les choses semblaient aller bien.

Puis deux jours avant le retour d'Edward et cinq jours avant que je m'envole pour Paris, je me réveillai dans le lit d'Edward avec l'impression d'avoir été renversée par un gros camion. Ma gorge était sèche et me faisait mal, ma tête était lourde et embrouillée. Des frissons me parcouraient et mes dents claquaient de froid bien que je sois enfouie sous une lourde couette.

Les yeux grands ouverts je jetai un coup d'œil à l'heure sur la table de chevet et je regardai deux fois en comprenant qu'il était plus de neuf heures, j'étais censée être sur la glace. Marcus allait me tuer.

Je me levai et eus la sensation que la pièce tournait autour de moi. Des taches brouillaient ma vision et je dus me recoucher rapidement par peur de perdre connaissance. Que diable se passait-il ?

Je me concentrai pour respirer régulièrement mais je pouvais quand même dire que quelque chose n'allait pas avec mes poumons. Chaque fois que j'essayai de prendre une profonde respiration cela me donnait une quinte de toux si violente que j'avais l'impression de suffoquer.

Une fois le vertige passé et la toux calmée je cherchai mon téléphone, je le mis devant mes yeux.

Deux appels manqués et un nouveau message.

Je parcourus le journal et vis que les deux appels provenaient de Marcus et d'Esmée, me demandant sans doute où j'étais.

Le message était le bonjour habituel d'Edward. Son équipe était actuellement à San José pour un match et leur dernier aurait lieu à Los Angeles vendredi après-midi avant qu'il rentre à la maison plus tard dans la soirée. Le message était arrivé une heure plus tôt. Il m'en envoyait un le matin avant d'aller à la salle et ensuite à l'entrainement avec l'équipe. Être dans des fuseaux horaires différents signifiait que j'étais toujours en retard pour lui répondre mais je lui envoyai toujours un message en retour quand je faisais une pause et nous discutions dans la journée dès que nous avions un moment pour nous parler.

J'envisageai de lui envoyer un texto. S'il n'avait pas de mes nouvelles il pourrait s'inquiéter et je ne voulais pas être cause de distraction. Mais quand j'essayai de lui répondre ma vision devint floue et je ne pus plus me concentrer sur mon téléphone pour lui écrire quoi que ce soit de cohérent. Gémissant de frustration je jetai le téléphone au hasard sur mon lit et tendis la main vers Toto. En le serrant contre ma poitrine mes yeux se fermèrent à nouveau et je m'enfonçai dans l'oreiller gémissant pathétiquement quand je ne toussais pas.

Je n'avais pas l'intention de m'endormir mais je dus m'assoupir. Ensuite je sentis quelque chose de frais et d'humide sur mon front et je pus distinguer la voix douce d'Esmée qui marmonnait doucement à côté de moi, son inquiétude étant évidente malgré sa voix calme.

"Je ne sais pas. Elle n'est pas venue à la patinoire ce matin et n'a pas appelé. Je me suis arrêtée pour voir si tout allait bien," murmura-t-elle. Je n'entendis aucune réponse alors je supposais qu'elle parlait au téléphone. Mes paupières étaient trop lourdes pour les ouvrir et vérifier.

"Et bien elle a de la fièvre mais je ne sais pas combien. Elle a les mains gelées," continua-t-elle alors que je sentais ses doigts chauds contre la peau sur le dos de ma main. "Elle tremble beaucoup et est très pâle, plus que d'habitude."

Je trouvais ça bizarre d'entendre décrire mes symptômes, presque comme une expérience hors du corps. Je ne pouvais pas vraiment dire ce que je ressentais. Un instant je voulais enlever tous mes vêtements et repousser la couette et le moment suivant je voulais m'enterrer sous les couvertures pour trouver de la chaleur. La seule chose que je savais avec une certitude absolue était que je voulais juste dormir.

"Je ne suis vraiment sûre d'aucun autre symptôme," l'entendis-je continuer, bien que sa voix prenne un ton de rêve à mes oreilles. J'arrêtais de me battre pour rester éveillée et me laissais aller. "Elle dort depuis que je suis arrivée."

C'est vrai. Dormir. Dormir c'est bien. Je devrai dormir.

A cet instant juste au moment où je me sentais replonger dans l'inconscience mes poumons me trahirent. Je me redressai, suffocant et haletant à cause de la toux qui me brulait la poitrine et la gorge.

Des mains douces me frottèrent doucement le dos jusqu'à ce que je reprenne mon souffle et par-dessus le bruit de mes halètements je l'entendis me murmurer son soutien.

"Tout va bien chérie. Tout ira bien. Carlisle ?" Sa voix était plus ferme et plus urgente lorsqu'elle amena le téléphone à son oreille. "Il faut que je te l'amène ? Tu es sûr ? D'accord merci. Oui on se voit dans quelques minutes. "

Je l'entendis mettre fin à l'appel et sentis le matelas s'enfoncer alors qu'elle se penchait pour poser le téléphone sur la table de chevet. Je ne risquai pas de lever la tête de l'endroit où je l'avais posée, sur mes mains, craignant que tout changement de position ne ramène la toux. Esmée continua à me frotter le dos, m'offrant du réconfort sans mots.

"Tu veux te recoucher ?" demanda-t-elle après quelques minutes. Je hochai la tête, la levant et clignant des yeux dans une tentative infructueuse de combattre la somnolence. Je jetai un regard vers Esmée et compris qu'elle était inquiète malgré l'amour et la tendresse que m'offrirent son sourire alors qu'elle repoussait quelques mèches de mes cheveux emmêlées sur mon visage.

Elle se pencha derrière moi et tapa les oreillers, les retournant pour que je puisse m'allonger de nouveau sur du tissu froid plutôt que de la surface encore chaude en raison de ma fièvre.

"Carlisle est en route pour venir te voir et comprendre ce qu'il se passe," expliqua-t-elle. Je hochai la tête, trop fatiguée pour dire que c'était idiot de sa part de quitter l'hôpital juste pour venir me voir. Ce n'était probablement qu'un refroidissement ou quelque chose comme ça.

Je tendis la main sur le côté, tâtant aveuglément autour de moi mais je ne trouvais pas ce que je voulais.

"C'est ça que tu cherches ?" demanda Esmée, en tenant Toto. Je hochai la tête de nouveau et je lui fis un sourire quand elle mit le chiot tout doux et en peluche à côté de moi.

"As-tu besoin d'autre chose ?"

Je voulais demander de l'eau mais je pensai qu'essayer d'ingérer quoi que ce soit à ce stade-ci, c'était probablement une mauvaise idée. Je secouai la tête et me rapprochai de Toto en cherchant un peu de réconfort en m'agrippant à lui alors que je me sentais si minable.

"Quand as-tu commencé à te sentir mal ?"

J'ouvris la bouche puis je dus la refermer et l'avaler, me raclant la gorge et essayant de mouiller mes lèvres. Même alors, ma voix était rauque et râpeuse et les mots me râpaient la gorge, alors j'essayai de garder la conversation au minimum.

"Je tousse et renifle depuis presque une semaine, me fatigue plus vite que d'habitude. Je... Je pensais que c'était juste un rhume. J'en ai parfois à l'automne. Changement de saison et tout ça. Alors ce matin..." Je fis un vague geste de mon état actuel. "Tu l'as dit à Marcus ? Était-il contrarié ? Je n'ai même pas appelé..."

"Je lui ai parlé quand je suis arrivée et il va bien," m'a-t-elle assuré. "Il attend d'avoir des nouvelles."

"Je ne devrais pas manquer l'entraînement si près d'une compétition," dis-je avec un soupçon de panique alors que j'essayais de me redresser. "Je devrais…"

Esmée m'interrompit rapidement, me poussant doucement mais fermement dans les oreillers. "Tu devrais t'allonger et te calmer, voilà ce que tu devrais faire. Carlisle sera là dans quelques minutes. Une fois que nous saurons ce que tu as, on verra à partir de là, d'accord ?"

J'arrêtai d'essayer de me battre contre elle. Je ne me sentais même pas capable de me lever du lit, encore moins de conduire jusqu'à la patinoire et de m'entraîner toute une journée. Je me détendis dans les oreillers, le visage contre la fourrure de Toto, doux et frais contre mes joues rouges.

Esmée passa de l'autre côté du lit et s'appuya contre la tête de lit, me caressant tranquillement les cheveux pendant qu'on attendait. Carlisle arriva moins de dix minutes plus tard, pénétrant dans la maison et frappant doucement à la porte de la chambre pour alerter de sa présence avant d'entrer. Je le vis jeter un coup d'œil et sourire à l'Esmée avant de s'asseoir sur le bord du lit à côté de moi.

"Salut, Bella," dit-il, en me frôlant la joue d'une main dans un salut affectueux. "Tu ne te sens pas trop bien ce matin, hein ? Très bien, je vais te faire asseoir ici à côté de moi et nous allons jeter un coup d'œil pour voir ce qu'il se passe."

Il ne lui fallut que quelques minutes pour établir un diagnostic. Après m'avoir fait prendre quelques respirations profondes tout en écoutant mes poumons, il me fit un sourire compatissant et me dit que je pouvais me rallonger.

"Tu devrais te mettre à l'aise parce que tu n'iras nulle part dans les prochains jours," dit-il.

"Quoi ? Non, je ne peux pas rester au lit. Je suis censée..."

"Qu'y a-t-il, Carlisle ?" demanda Esmée.

"Pneumonie," répondit-il en se tournant vers moi. "Rien de trop grave mais assez pour t'assommer pendant un petit moment. Je te laisse un antibiotique à prendre deux fois par jour. Ça devrait aller mieux d'ici dix jours."

"Dix jours ?" J'étais consternée à l'idée même d'être clouée au lit pendant plus d'une semaine.

"Tu pourrais commencer à te sentir mieux plus tôt que ça," m'assura-t-il rapidement, en riant doucement à l'expression horrifiée sur mon visage. "Mais tu voudras quand même y aller doucement et te reposer. Ça prendra du temps pour retrouver ton niveau d'énergie."

"Combien de temps ?" demandai-je, me sentant plus déprimée à chaque question et réponse.

"C'est difficile à dire à ce stade. Certaines personnes sont de nouveau sur pied tout de suite et d'autres souffrent des effets persistants pendant un ou deux mois après la fin du traitement. Je suppose qu'une partie de ton rétablissement dépendra de toi."

"Ne dis pas ça," le prévins-je. "Si ça ne tenait qu'à moi, je serais à la patinoire en ce moment."

Il rit à nouveau et frotta un doigt sur l'arête de mon nez avant que son visage devienne sérieux. "Je déteste dire ça, Bella mais il semble que tu ne pourras pas aller à Paris cette fois-ci. Tu ne seras pas guérie à temps pour voyager."

J'hochai simplement la tête en essayant d'ignorer la déception à la confirmation de mes soupçons.

La nouvelle ne me surprenait pas. Même s'il ne me fallait que quelques jours pour guérir, j'aurais besoin de temps pour reconstituer ma force musculaire afin de faire face au rythme intense de la compétition. C'est une mauvaise idée d'essayer de concourir quand tu n'es pas au top et je n'avais pas envie de faire un retour à moitié raté juste parce que j'étais trop têtue. Au lieu de m'attarder là-dessus je réfléchis à ce qui allait suivre.

"Et le mois prochain ? Est-ce que je serai bien pour Lake Placid ?"

"Tu devrais aller beaucoup mieux," dit-il, son ton certain et son expression encourageante. "Certains des symptômes peuvent rester dans les parages pendant un certain temps mais rien que tu ne puisses pas traverser tant que tu n'oublies pas de te reposer et de boire beaucoup."

"D'accord," hochai-je la tête, me sentant un peu plus optimiste en entendant la première bonne nouvelle de toute la matinée.

Il semblait hésiter encore un instant et je le vis jeter un coup d'œil derrière moi, apparemment communiquant avec Esmée sans paroles. Ses traits ressemblaient tellement à ceux d'Edward, bien que leur aspect soit très différent. Il me manquait et la façon dont il me regardait comme ça parfois, comme s'il pouvait tout me dire d'un seul regard partagé.

Carlisle me regarda et dit : " Je me sentirais vraiment mieux si tu n'étais pas toute seule en ce moment. Les antibiotiques commenceront à agir tout de suite mais il ne va pas y avoir d'amélioration avant quelques jours. Pourquoi ne viendrais-tu pas chez nous ? Au moins jusqu'au retour d'Edward. On a plein de chambres."

Je pesai sincèrement le pour et le contre pendant un bon moment et l'idée me vint que je pourrais peut-être retourner à mon appartement pour ne pas remplir la maison d'Edward de microbes. Je n'étais pas mal à l'aise à l'idée de rester avec Esmée et Carlisle. Je savais qu'ils se souciaient de moi, ne me considérerait pas comme un fardeau, même si j'en avais le sentiment d'en être un mais je ne voulais pas rompre ma promesse à Edward. Je lui avais dit que je resterais, et bien sûr, c'étaient des circonstances exceptionnelles, je savais qu'il comprendrait mais je voulais tenir ma promesse de rester chez lui.

Je levai les yeux vers Carlisle et essayai de lui témoigner ma gratitude sincère. "J'apprécie l'offre. Vraiment. Mais je pense que je veux rester ici si tu es d'accord."

"Alors je resterai ici avec toi," dit Esmée.

"Non, Esmée, je ne peux pas te demander ça," dis-je, consternée. J'avais mes raisons de rester mais ça ne devrait pas l'obliger à rester aussi. "Il n'y a même pas un lit supplémentaire. Et Carlisle," continuai-je, même si j'avais mal à la gorge à force de parler. "Tu as dit que j'allais juste dormir beaucoup, n'est-ce pas ? Ça ne sert à rien que quelqu'un traîne dans le coin pendant que je dors toute la journée."

"Bella," soupira patiemment Esmée et je savais qu'il n'y avait aucun espoir que je gagne. "Je peux être juste aussi têtue que mon fils. Tu ne resteras pas seule ici pendant que tu es malade. Tu ne demandes pas. Je vais juste te dire que je reste."

"Tu ferais aussi bien d'économiser ta salive, chérie. Quand elle a pris sa décision, il n'y a pas la moindre chance de la faire changer d'avis. C'est parfois incroyablement frustrant…" il lui fit un clin d'œil et se tourna vers moi avec un sourire compatissant. "Je te souhaite bonne chance parce qu'Edward tient d'elle."

"Oui, je l'ai remarqué," lui dis-je d'un ton ironique, en levant un peu les yeux vers eux.

"J'ai confiance que tu es prête à relever le défi. Je dois retourner à l'hôpital mais je repasserai plus tard," dit-il en se penchant et en posant un baiser paternel sur mon front, ce qui me fit rougir.

Je maudissais intérieurement mes joues parce que j'avais encore la capacité de montrer ma réaction embarrassante alors que le reste de mon corps pouvait à peine bouger. Peu importe à quel point je me sentais à l'aise avec le niveau d'affection physique que ces personnes montraient, des démonstrations inattendues me prenaient toujours un peu par surprise. Surtout venant de Carlisle. Lui et moi avions eu une interaction un peu plus limitée et je n'avais pas vraiment l'habitude d'avoir une figure paternelle à mes côtés, certainement pas celle qui m'embrasserait le front quand je me sentais malade ou qui m'appellerait chérie. J'aimais un peu ça.

Mes paupières tombaient et je me battais le plus fort pour les garder ouvertes, jusqu'à ce que ça me demande beaucoup trop d'efforts pour rester éveillée. Trop fatiguée pour même m'inquiéter d'être impolie, je fermai les yeux et cherchai le sommeil.

"Je vais rentrer chez moi, prendre quelques affaires et passer au magasin pour prendre ton ordonnance et quelques provisions," murmura Esmée près de mon oreille. Je la sentis repousser quelques mèches de cheveux errants de mon visage. "Tu as besoin de quelque chose ?"

Mon premier instinct était de lui dire non pour pouvoir me rendormir mais je me souvins que je n'avais pas répondu au texto d'Edward ce matin-là. Bien que l'idée d'essayer de parler davantage semblait épuisant, j'avais vraiment envie de lui parler, juste pour entendre sa voix.

J'ouvris les yeux et regardai autour du lit, essayant de trouver où j'avais jeté l'appareil plus tôt. "Mon téléphone ? Je devrais appeler Edward. Je ne lui ai pas répondu."

"Et si je l'appelais pendant que je suis dehors, pour lui dire ce qu'il se passe ?" suggéra Esmée. " Tu devrais dormir, chérie, tu peux à peine garder les yeux ouverts. Je lui dirai que tu lui parleras plus tard, d'accord ?"

"Dis-lui de ne pas s'inquiéter, d'accord ?" dis-je avec un bâillement. "S'il pense que quelque chose ne va pas, il va faire quelque chose de stupide comme réserver un vol pour rentrer et laisser tomber son match."

Je ne restai pas suffisamment éveillée pour entendre sa réponse.

Les heures se mélangèrent dans un brouillard de somnolence. Je me réveillais pour de courtes périodes de temps mais je ne pouvais jamais garder les yeux ouverts plus d'une vingtaine de minutes. La seule fois où je me levai fut pour aller aux toilettes et même ce petit voyage me priva de mon énergie et je dus retourner au lit presque en rampant.

Alice et Rose vinrent camper avec moi pour regarder les gars jouer ce soir-là, même si je ne restais éveillé que quinze minutes pendant tout le match.

Entre elles deux et Esmée, je n'étais jamais vraiment seule. Même Carlisle avait été fidèle à sa parole et était passé quelques fois, soit pour voir comment j'allais, soit pour tenir compagnie à Esmée pendant que je dormais.

Bien que je me sente mal parce qu'ils pensaient tous qu'ils devaient me soigner et me surveiller, les avoir aidait vraiment. Pendant les brèves périodes où j'étais éveillée, c'était agréable d'avoir quelqu'un sur place s'assurant juste que j'allais bien. Je n'étais pas malade très souvent mais les rares fois où j'avais été malade dans le passé, je n'avais personne pour prendre soin de moi. J'avais toujours pris soin de moi ou plus souvent l'ignorait complètement, en prenant de nombreux médicaments pour pouvoir quand même aller à la patinoire. Pour une fois, c'était bien d'avoir des gens qui voulaient m'aider quand je n'allais pas bien.

Edward ne fit rien de stupide. Je ne pensais pas vraiment qu'il se précipiterait à la maison dès qu'il saurait que j'étais malade mais une partie de moi avait un peu peur qu'il prenne une décision irréfléchie et vienne pour me tenir compagnie et m'apporter des couvertures supplémentaires. Il était toujours si protecteur envers moi et je savais que je sois malade pendant son absence le dérangerait. Il n'aurait rien pu faire pour changer les choses mais quand même, il aurait voulu être là. Alors, j'avais été soulagée en lui parlant la première fois d'entendre qu'il était plutôt calme, plus que je m'y attendais. Esmée avait dû faire de la magie.

Les deux jours suivants, il m'envoya des textos, ne voulant pas me réveiller avec un appel au cas où je dormirais. Je pouvais dire qu'il était toujours inquiet, même si ses parents l'avaient convaincu que j'irais bien et qu'il n'avait pas besoin de se précipiter à la maison. Je fis fait tout ce que je pus pour le rassurer à travers mes messages et des appels téléphoniques, bien que je sois presque sûre que d'entendre ma voix rauque, fatiguée et ma toux faisait plus de mal que de bien.

Il appela après son match de vendredi après-midi pour me dire qu'il était en route pour l'aéroport et serait à la maison dans quelques heures. Bien sûr, je n'irai pas le chercher et je resterai coincée à la maison en attendant que quelqu'un le dépose.

Pendant que j'attendais, je me faufilai hors du lit pour essayer de ranger un peu. Avec ma maladie, j'étais devenue un peu bordélique et Edward n'avait pas besoin de rentrer chez lui pour voir des tas de mouchoirs en papier et des bouteilles de boisson énergétique vides partout.

Je réussis à mettre les déchets dans la poubelle, à me brosser les dents et à ramasser mes vêtements sales éparpillés sur le sol. Techniquement, c'était ses vêtements sales puisque j'avais vécu dans ses t-shirts et sweat-shirts. Je jetai tout en tas dans le panier, en me promettant de les laver avec ses draps quand j'en serai capable. Ce qui n'était malheureusement pas encore tout à fait le cas.

Je commençai à sortir de la salle de bains puis je réfléchis et enlevai le maillot froissé que je portais et qui finit aussi dans le panier, avant de me diriger vers le placard d'Edward et d'en prendre un propre à manches longues. Ils étaient devenus mes préférés. Mollement je poussai les bras à travers des manches trop longues pour m'effondrer sur le lit. Je m'endormis avant même d'avoir l'énergie nécessaire pour ramper sous les couvertures.

La fois suivante, à mon réveil, j'étais enroulée autour de quelque chose de chaud et de solide. L'odeur d'Edward remplissait mes sens, tellement plus forte que l'odeur fanée sur son oreiller. J'inhalai profondément, voulant m'imprégner. Je sentis mes cheveux bouger puis je réalisai que quelqu'un était là, caressant mes mèches doucement et avec constance.

Mes yeux s'ouvrirent pour voir son corps étendu sur le lit devant moi, une de mes jambes sous une couverture qui couvrait nos membres inférieurs. Ma tête reposait sur sa poitrine, nos mains étaient serrées l'une contre l'autre et posées sur son ventre, se levant et tombant doucement avec son souffle.

Ses lèvres reposaient contre mon front, embrassant légèrement la peau chaude juste en dessous de la ligne de mes cheveux. La lente caresse de sa main sur mes cheveux étaient les seules indications qu'il était réveillé.

"Hé, la Belle au bois dormant," murmura-t-il. Je fondis au son ton lisse et velouté dans mon oreille sans la distorsion du téléphone portable.

Son seul contact et le son de sa voix étaient le meilleur remède que j'aie jamais pu demander. Ce n'était peut-être pas un remède miracle mais je me sentis tout de suite un peu mieux. Je souris, me blottissant un peu plus contre sa poitrine avant de me retourner. Je posai ma tête sur son estomac pour pouvoir lever les yeux et voir son visage, ses yeux verts scintillant de tendresse et d'affection alors qu'il continuait à rouler une mèche de cheveux avec ses doigts.

"J'espère vraiment que tu n'es pas une autre hallucination provoquée par la fièvre," chuchotai-je, ma voix rauque, et pas du tout séduisante.

Il gloussa et m'enveloppa le visage, caressant ma pommette avec son pouce. "En as-tu eu beaucoup ?"

"Juste quelques-unes. Plus de rêves que d'hallucinations, je suppose. L'Edward du rêve peut parler français et Italien. C'est aussi un chef gourmet. Je lui ai dit que c'était un imposteur," je souris et il me tapa sur l'épaule avec un regard moqueur.

"Je devrais peut-être vous laisser, toi et ton voilier de rêve, murmurer des choses douces dans les langues romantiques lors d'un dîner aux chandelles," dit-il brusquement, se déplaçant comme s'il avait l'intention de délaisser mes bras et descendre du lit. J'enroulai mes bras autour de son torse et le serrai fort en maugréant alors que je me blottissais dans les muscles chauds de son ventre.

"Mm-mm. Tu es tellement mieux qu'un rêve. Tu sens meilleur et tu es bien plus mignon que ton homologue."

"Bon à savoir," rit-il et il s'installa, jouant avec mes cheveux pendant que nous nous allongions ensemble.

Mon nez reniflait et coulait un peu et je levai la tête de son estomac pour trouver la boîte de mouchoirs que j'utilisais sans cesse.

"Besoin de quelque chose, baby ?"

"Oui, euh, mouchoirs," murmurai-je timidement tapotant mon nez rouge et bouché.

Il jeta un coup d'œil autour de lui repérant la boite sur le sol de l'autre côté du lit – par l'enfer comment était-elle arrivée là ? - et ensuite il me passa quelques mouchoirs.

Au début j'essayai de me moucher délicatement mais c'était inutile et ne résolvait pas le problème. Je roulai des yeux à toute cette situation et cédai me mouchant fort de façon tout sauf délicate.

Je fis une boule avec le mouchoir et le jetai à la poubelle que j'avais placée près du lit pour plus de facilité. Je rampai au-dessus de lui pour attraper la mini bouteille de gel antibactérien pour les mains qu'Alice m'avait offerte ainsi qu'une multitude d'autres articles de santé quelle avait rassemblés. Je levais le bouchon et me frottai les mains ensemble, contente que ce produit sente bon.

"Bon accueil à la maison n'est-ce pas ?" grognai-je, me recouchant à côté de lui. Ça m'avait vraiment manqué d'être là.

"Oui en fait," soupira-t-il, sans aucune trace de sarcasme alors qu'il me rapprochait encore.

"Ouais bon," toussai-je. "J'aurai dû rentrer chez moi mais le temps que j'y réfléchisse ta maison était déjà infectée par les germes alors j'ai pensé que ça ne valait plus le coup que je fasse cet effort. Bon ça et… j'avais dit que je resterai. En fait ça m'a aidé d'être ici, entourée par toi. Ça m'a fait me sentir mieux."

"J'en suis content," murmura-t-il, en embrassant le dessus de ma tête et en me frottant le dos.

" En vrai j'aurai dû rentrer chez moi. Ton père dit qu'il me faudra probablement deux autres jours avant que j'aie assez d'énergie pour me lever. Tu n'as pas besoin de moi ici à te prendre ton espace alors que je ne fais que me plaindre et gémir parce que je suis malade. "

"Tu n'iras nulle part jusqu'à ce que tu ne sois plus malade," protesta-t-il fermement.

"Edward, c'est simplement ridicule," soupirai-je, me dégageant de ses bras, tout à fait prête à débattre avec lui à ce sujet. Il posa sa paume sur ma bouche et m'envoya un regard qui me disait de ne pas m'inquiéter.

"Tu sais il me semble me souvenir avoir entendu mon père dire que c'était une bonne idée de te reposer la gorge," sourit-il.

Je levai mon front vers lui et le fixai jusqu'à ce qu'il enlève sa main. "Est-ce une façon de me dire de me taire ?" dis-je avec un sourire ironique.

"Couche-toi avec moi, Swan," sourit-il et il me rapprocha de lui, n'attendant même pas que je bouge toute seule. "Arrête d'être aussi difficile."

Je me blottis contre son torse, soupirant de contentement à la sensation d'être à nouveau dans ses bras. Je décidai que si ça ne le dérangeait pas que je contamine sa maison et que je me plaigne dans ses oreilles, je n'allais pas essayer et me disputer avec lui. Il n'y avait rien à discuter et il n'y avait nulle part ailleurs où je voudrais être.

Ses mains retournèrent dans mes cheveux en caresses réconfortantes, me berçant dans un assoupissement qui se serait transformé en sommeil si mes putains de poumons n'étaient pas en train d'organiser une mutinerie.

Je sortis de ses bras alors que ma poitrine se contractait, la toux me coupa le souffle et me fit reculer, m'étouffant et haletant. Une partie de moi voulait être gênée d'être vue ainsi. Ça ne devait pas être joli si c'était aussi mauvais que ce que je ressentais. Cacher la gêne était la plus grande partie de moi qui se sentait reconnaissante qu'il soit à nouveau avec moi, me calmant, me surveillant.

Edward s'assit avec moi, me frottant doucement le dos - tout comme sa mère - alors que j'essayais de reprendre le contrôle. Ils étaient tous les deux réconfortants bien que leur contact soit si différent. Même si j'aimais bien Esmée, le contact d'Edward était incomparable.

La dernière quinte de toux s'étira en un gémissement plaintif qui était davantage de l'apitoiement qu'autre chose alors que je passai mes mains dans mes cheveux et retombai sur le matelas.

"Mieux?" murmura-t-il, s'appuyant sur son coude à côté de moi et frottant ma poitrine avec sa main libre.

"Vraiment attirante, hein ?" grognai-je, tournant mon visage pour le regarder.

"Tu es toujours aussi belle," murmura-t-il, alors que ses yeux regardaient mon visage, l'éclat de son adoration si clair dans leur profondeur qu'il était évident qu'il pensait ce qu'il disait. "Certainement un spectacle pour des yeux endoloris."

"Menteur !" je fis une grimace et un clin d'œil. "Je me suis vue dans le miroir tout à l'heure. Pas joli."

"Au contraire," il soupira et se redressa, posant une main de chaque côté de moi alors qu'il me surplombait, se penchant pour poser des baisers chastes sur mes joues et mon front. "Tu es très jolie. Grands yeux lourds, cheveux ébouriffés, noyée dans mon t-shirt qui est environ douze tailles trop grand pour toi. Sexy," dit-il, en agitant les sourcils et me faisant rire.

"Hum hum. Dommage que je sois infestée de bactéries. Je suis sûre que c'est un énorme problème."

"Ouais quel est le problème avec ça Swan ? Tu étais tellement opposée à l'idée d'une autre série de rapports sexuels de retrouvailles que tu as fait exprès d'attraper une pneumonie ?"

"Hé ne me laisse pas t'arrêter," insistai-je. "Je vais juste m'allonger ici pendant que tu fais tout le travail."

Il éclata de rire, posant un dernier baiser sur le bout de mon nez avant de s'installer juste à côté de moi. "Aussi tentant que ça paraisse… je pense que je vais attendre jusqu'à ce que tu puisses réellement participer."

"D'accord ," soupirai-je avec suffisance, passant une jambe et un bras sur lui alors qu'il nous recouvrait d'une couverture, me serrant contre lui et l'arrangeant pour que nos pieds ne dépassent pas.

"Tu as besoin de quelque chose ?"

"Juste toi," murmurai-je déjà à moitié endormie.

"Dors mon amour," murmura-t-il. "Je suis là."

Les jours suivants les antibiotiques commencèrent à faire leur effet, chassant la pneumonie bénigne de mon système. Bénigne selon Carlisle… j'avais essayé de ne pas râler quand il avait fait ce commentaire. Je détesterais voir celle qu'il qualifierait de sérieuse. J'avais toujours une toux à couper le souffle qui me laissait pratiquement étouffée pendant des minutes et je pouvais à peine descendre l'escalier sans m'essouffler.

Bénigne tu parles.

Edward avait la patience d'un saint. Quand il n'était pas à l'entrainement ou à la salle, il était à la maison pour essayer de prendre soin de moi, que ce soit pour me distraire avec des jeux de société et des mots croisés s'assurant que je buvais suffisamment ou me servant simplement d'oreiller pendant mes nombreuses siestes. Il me faisait manger aussi, alors c'était une grande chance pour nous deux que je ne puisse pas manger grand-chose d'autre que de la soupe.

J'étais la première à reconnaitre que j'étais une patiente difficile. L'inactivité me rendait folle et j'étais frustrée d'être aussi fatiguée même si les autres symptômes avaient rapidement diminué. Carlisle me rassura, disant que la fatigue passerait aussi mais j'étais impatiente de retourner sur la glace et de me remettre au travail.

Le Trophée Bompard eut lieu sans moi. Rose, Alice et Esmée vinrent pour regarder la compétition avec moi pendant que les gars étaient partis pour un voyage rapide à Buffalo. C'était difficile à regarder sachant que j'aurais dû y être. Mais j'avais accepté le fait que je n'aurais rien pu faire pour changer la situation, il était cependant difficile de ne pas imaginer comment mes programmes se seraient mesurés à ceux des autres patineurs.

Le pire c'était qu'au moment où le programme court dame commença, je me sentais presque remise. Il était impossible que je puisse participer à une compétition mais il aurait été plus facile de la regarder si je m'étais sentie aussi mal que la semaine précédente. Dans l'état actuel des choses une partie de moi se sentait encore plus impuissante d'être assise chez moi alors que j'aurais dû être à l'étranger et sur la glace.

Comme je m'y attendais il y eut tout un tas de rumeurs sur mon retrait. Cet abandon permettait de spéculer sur le fait que tout le scénario du retour était simplement une demande d'attention, un coup de pub. Nous avions publié une déclaration le jour où nous avions contacté les organisateurs pour les informer mais les médias avaient toujours leurs propres idées. Quelque chose d'aussi simple qu'une maladie ordinaire n'était jamais aussi excitant qu'une alternative plus scandaleuse.

Je ne pouvais pas m'y attarder. Les patineurs abandonnaient tout le temps des compétitions pour une raison ou une autre mais ça n'empêchait rien. Malheureusement l'abandon de cet événement signifiait que je n'étais plus dans la course pour participer à la finale du Grand Prix en décembre.

Les règles disaient qu'il fallait participer à deux événements pour avoir suffisamment de points pour être qualifié. J'avais encore un autre événement pour le Grand Prix et j'allais donner le meilleur de moi-même et si ce n'était pour rien d'autre ce serait au moins pour ma satisfaction personnelle.

Dès que j'eus le feu vert, je retournai au travail. Paris fut oublié et tout mon intérêt se concentra sur Lake Placid à la mi-novembre, dans quelques semaines à peine.

Marcus et Esmée m'exhortèrent à faire preuve de prudence et à faire en sorte que mes séances soient courtes les premiers jours de mon retour à l'entrainement. Je savais qu'Edward était inquiet à l'idée que j'en fasse trop, trop tôt aussi mais je pense que cela l'aidait de savoir que sa mère me surveillait lorsqu'il ne le faisait pas.

Heureusement sa préoccupation pour moi ne dura pas aussi longtemps en ce qui concernait les activités hors glace. Il n'hésitait jamais à me toucher mais mettait rapidement un terme à tout ce qui pouvait être éprouvant ou fatigant tant que je prenais les médicaments même si j'insistais en disant que je me sentais bien et que nous nous sentirions bien mieux tous les deux s'il se décidait à laisser tomber et à être avec moi comme avant.

Alice compatissait et elle vint avec Rose pour passer un moment. Apparemment Jasper n'aimait pas les microbes et ne l'avait pas embrassée pendant une semaine après qu'elle ait eu la grippe l'hiver précédent. Au moins Edward n'était pas aussi psychotique. Après les deux premiers jours où il y avait vraiment une possibilité que je sois contagieuse, il était plus que content de se livrer à des séances de pelotage prolongées, sexuellement frustrantes. Elles aidèrent certainement à combattre l'ennui et me firent me sentir beaucoup moins pleurnicharde. Je pense qu'il le comprit après la première fois parce qu'il devint beaucoup plus désireux de me distraire par la suite.

Le premier jour où je ne pris plus d'antibiotiques il me coinça sous la douche. Toujours le petit-ami bienveillant qui me demandait si je me sentais bien avant de ravir mon corps sous le jet chaud et pulsant. Après trois semaines de célibat forcé par la séparation et la maladie, nous nous retrouvâmes dans une frénésie sauvage et désespérée de lèvres, de mains et de membres qui nous laissa à la fois haletants et rassasiés. Plus tard quand nous nous glissâmes dans les draps frais nous nous savourâmes, faisant l'amour lentement et paresseusement, ce qui compensa plus que le manque de rapports sexuels.

La vie revint à la normale. Eh bien aussi normale que les choses l'étaient pour nous. Au fur et à mesure que la saison de hockey avançait Edward et moi commençâmes à nous habituer à notre routine. Depuis son premier voyage en octobre, il était rentré beaucoup plus souvent, ne voyageant qu'un ou deux jours à la fois pour des matchs à l'extérieur. Les courtes séparations étaient rapides maintenant que nous savions comment les gérer.

Pendant qu'il déroulait sa saison je luttais contre la fatigue et la toux persistantes pour me préparer à mon début de saison différé. Une semaine avant Skate America, j'étais prête et me sentais bien, peut-être pas aussi forte que je l'avais été avant d'être malade mais bien dans l'ensemble.

Mes programmes fonctionnaient bien et les sauts que je faisais étaient solides. Nous avions pris une pause dans l'entrainement de mon triple axel pour le moment, nous concentrant plutôt sur les sauts que je réussissais. Bien que je ne sois pas tout à fait capable de maitriser le triple, mon double axel semblait solide et c'était bon pour mon programme court.

Mes costumes avaient été finis et essayés avec succès. Alice et sa couturière formaient une équipe de rêve et avaient vraiment créé deux pièces magnifiques. Elles étaient très différentes mais chacune correspondait parfaitement à leur programme. Je n'avais jamais été aussi enthousiaste à l'idée de montrer mes costumes que je l'étais avec ces deux-là.

Pour le programme long nous avions décidé d'utiliser la méthode traditionnelle, faire correspondre le costume à la musique. Le costume était classique et élégant avec des manches longues et transparentes et un tissu fleuri pour refléter la diversité des nuances du ciel nocturne. Alice s'était modérée sur les scintillements, les gardant pour le tour de l'encolure et la base des manches ainsi qu'une broche au milieu du décolleté. C'était assez simple, un retour aux robes de patinage traditionnelles sans que ce soit démodé.

Pour le programme court la tenue était plus audacieuse et peut-être que j'aurais été mal à l'aise mais une fois que m'y fus adaptée mes doutes disparurent. Mon programme court consistait uniquement à prendre des risques et à sortir de ma zone de confort, à grandir et prendre des forces. Je n'aurais peut-être pas porté quelque chose d'aussi audacieux il y a six mois mais j'étais ravie de porter du rouge éclatant à Lake Placid.

Environ une semaine avant de prendre mon avion pour New-York, Edward et moi nous installâmes pour une soirée de détente. Nous avions de grands projets pour exclure le reste du monde et nous blottir sur le canapé avec un film et une pizza.

Il ouvrit au livreur à la porte pendant que je prenais des boissons et des assiettes dans la cuisine pour nous retrouver au milieu des coussins.

"Qu'as-tu choisi ?" demandai-je, en chargeant mon assiette avec quelques tranches de saucisse et de pizza aux champignons puis en décidant d'être généreuse et en lui mettant à lui aussi car il était occupé à choisir un film.

"Merci," dit-il quand je lui tendis l'assiette. "Eh bien je suppose que puisque tu seras à Lake Placid la semaine prochaine, celui-ci est de circonstance," expliqua-t-il, alors que l'écran montrait le début de Miracle*.

"Sérieusement ?" dis-je en rigolant. "Tu vas me laisser regarder ce film avec toi ? Je ne sais pas si nous sommes prêts pour ça. C'est un grand pas dans notre relation."

"Si tu le dis, Swan. Tu devrais te sentir honorée."

"Oh, crois-moi, Cullen, je le suis ! Alors, ça veut dire que je vais vraiment te voir pleurer ? Ai-je besoin d'attraper les mouchoirs ? Il nous en reste probablement depuis que tu as pratiquement racheté le magasin la dernière fois," taquinai-je, en tapant mon genou contre le sien.

"Sois sérieuse, Bella. Les vrais hommes n'utilisent pas de mouchoirs. Nous tamponnons secrètement avec nos chemises," dit-il sérieusement, pendant que je riais et mangeais ma pizza. "Maintenant, fais attention. C'est un film sérieux. Pas de bavardage."

Je n'avais jamais vu le film avant, même si je connaissais l'histoire. Ayant beaucoup appris sur le hockey depuis mon déménagement au Minnesota et avoir été happée par une famille dévouée à ce sport, c'était beaucoup plus intéressant à regarder et beaucoup plus facile à suivre. Je me trouvai tout de suite fascinée par l'histoire.

Je ris du fait que Kurt Russell et Carlisle avaient presque le même accent, bien que la voix de Carlisle soit un peu plus ténor que la basse rugueuse de Kurt. Je craquai quand Herb Brooks garda son équipe sur la glace pour patiner après avoir joué un match entier. Je souris quand ils finirent par devenir vraiment une équipe.

Quand nous eûmes fini de dévorer la pizza, nous repoussâmes les assiettes et les boîtes pour pouvoir nous câliner et regarder le reste du film blottis sous une couverture. Edward fut fidèle à sa parole, le film le fit pleurer. Pendant la cérémonie de remise de médailles, j'entendais Edward renifler et je sentais sa tête se tourner pour s'essuyer sur l'oreiller sous sa tête.

Je tournai dans ses bras pour lui sourire, absorbant l'émotion dans ses yeux brillants un instant avant qu'il ne recule, me lançant un regard d'avertissement.

Souriant, je balayai doucement les traces d'humidité sous ses yeux avec le bout du doigt avant de me pencher pour embrasser le bout de son nez, sans rien dire à haute voix, bien que je sois pratiquement en train de roucouler à l'intérieur en voyant à quel point il était adorable.

"Je suppose qu'on devrait aller se coucher," gémit-il, en étirant les bras puis il bâilla avant de planter un baiser sur le dessus de ma tête et de me tapoter les fesses pour m'inciter à me lever.

C'était devenu une habitude pour moi de passer la nuit chez Edward. Ce n'était pas vraiment un changement conscient, simplement un arrangement implicite. Quand j'étais malade, il avait insisté pour que je reste pour garder un œil sur moi. Quand j'ai été guérie, l'habitude de dormir ensemble et rentrer chez lui s'était déjà formée. Tous les soirs, je revenais après l'entrainement passer la soirée avec lui. Mes affaires étaient déjà là depuis son déplacement, alors je passais la nuit ici. Le lendemain, on se réveillait, nos chemins se séparaient puis se retrouvaient à nouveau après les matchs ou les entraînements ou nos obligations.

Alors que nous nous brossions les dents et que nous nous préparions à aller au lit, je pensais que je n'avais pas physiquement mis les pieds dans mon appartement depuis un mois. L'argent du loyer avait été bien dépensé.

"Je devrais probablement passer un peu de temps chez moi demain après l'entraînement," dis-je, en rampant sous les couvertures. "Je n'avais pas vraiment l'intention de rester absente pendant un mois et je ne veux même pas penser à la quantité de poussière qui a dû s'accumuler. C'est une bonne chose que je n'aie pas de plantes ou d'animaux. Qui sait dans quel état je les trouverais !"

Je voulais que mes paroles soient légères et taquines mais quand je me retournais pour lui faire face, son visage était... sérieux, presque contrarié.

"Oui, je suppose que tu devrais," murmura-t-il sobrement, en tapotant une tache sur sa taie d'oreiller avant de lever les yeux pour rencontrer mon regard. "Tu vas rester là-bas ou revenir ici ?" demanda-t-il doucement, sa voix timide, presque hésitante.

"Je ne sais pas encore. Je devrais probablement prendre quelques affaires au cas où je passerais la nuit ici. Peut-être que je vais voir si Rose est libre et qu'elle veut rester un peu, puisque tu as des projets avec..." dis-je en traînant les mots, et voyant ce qui semblait être une grimace, bien qu'il n'ait pas tardé à cacher sa réaction.

"Quoi ?"

"Quoi quoi ?"

"C'est quoi cette tête ?" demandai-je avec méfiance.

"Je ne fais pas la grimace."

"Non, pas maintenant que tu sais que je regarde mais tu faisais une grimace quand j'ai parlé de mon appartement. Crache le morceau, Cullen !"

Il haussa les épaules et croisa les bras pour reposer sa joue sur son poignet pendant qu'il paraissait rassembler ses pensées.

"Je ne sais pas," marmonna-t-il, en ne me regardant pas. "Je suppose que je ne suis pas trop impatient de te voir partir."

"Vraiment ?" demandai-je, en rapprochant mon corps un peu plus du centre du lit jusqu'à ce que je reflète sa position et que nos visages soient plus proches. "Je n'étais pas censée rester si longtemps. Ne suis-je pas restée trop longtemps ?"

Ses yeux se fixèrent sur les miens et ils avaient une intensité à laquelle je ne m'attendais pas. Ça me coupa presque le souffle.

"Non, pas du tout," chuchota-t-il, en levant la main pour me caresser la joue. "J'aime t'avoir ici. Beaucoup," dit-il, presque pour lui-même. Ses lèvres se courbaient doucement et son front se plissait. Quand il parla, son ton était presque hypnotique.

"J'aime me réveiller avec toi le matin, rentrer à la maison ou attendre que tu rentres à la maison. J'adore quand je te surprends en train de fredonner quand tu penses que tu es seule. Comment tu es toujours en train de te cogner contre des choses et essayer de faire comme si de rien n'était," sourit-il, en frottant son pouce au-dessus d'un bleu sur mon avant-bras d'un coup contre la commode trois jours plus tôt.

"J'aime te voir te brosser les dents à côté de moi dans la salle de bain et ramper dans le lit tous les soirs. J'aime que ton beau visage soit la dernière chose que je voie avant de fermer les yeux et ta voix la dernière que j'entends," murmura-t-il lentement, comme s'il voulait prendre son temps pour choisir exactement quoi dire. "Je ne veux pas me passer de ces choses, pas plus que je ne le dois. C'est déjà dur qu'on doive se séparer autant. Je ne veux pas être séparé quand nous sommes tous les deux ici et que nous n'avons pas besoin de l'être."

"Qu'est-ce que tu veux dire ?" chuchotai-je, essayant de comprendre exactement où il voulait en venir.

"Que dirais-tu de te débarrasser de ton appartement et d'emménager avec moi ?"

Mes yeux s'écarquillèrent quand je compris sa question "Tu veux que j'emménage ici ? Comme vivre officiellement ensemble ?"

"Ouais. Ou on pourrait chercher un autre endroit si c'est ce que tu veux. Ensemble, donc c'est quelque chose que nous choisirions tous les deux," rectifia-t-il rapidement.

Cette idée était encore plus choquante que la demande initiale. "Tu vendrais ta maison ?" demandai-je, secouant la tête avec incrédulité. "Juste comme ça ?"

"Eh bien, pas exactement comme ça. J'y ai beaucoup réfléchi ces derniers temps," avoua-t-il, son visage légèrement penaud.

"Vraiment ?" lui demandai-je, en commençant à me sentir un peu ridicule avec toutes mes questions rapides, toutes sur le même ton. Je n'arrivais pas à comprendre comment je m'étais retrouvée au milieu de cette conversation sans être un peu plus préparée. Je suppose que j'aurais dû l'être mais honnêtement, j'étais complètement surprise par le tournant que la soirée avait pris.

"Ben oui." Il haussa les épaules, un peu sur la défensive. " Tu es ici depuis plus d'un mois. Bien sûr, j'ai pensé à en faire plus, je ne sais pas, officiel, je suppose. Tu ne l'as pas fait ?"

"Honnêtement ? Non. Je n'avais même pas vraiment remarqué que ça faisait si longtemps que je n'avais pas dormi dans mon appart. C'est devenu une sorte d'habitude de revenir ici tous les soirs," expliquai-je, bien que chacune de ses raisons avait du sens maintenant que j'y réfléchissais.

"Oh." Ses épaules s'affaissèrent un peu et il sembla s'enfoncer dans son oreiller.

"Ce n'est pas comme ça que je voulais le dire…" lui dis-je, un peu crispée par son expression effondrée. "Je ne suis pas nécessairement opposée à l'idée. Honnêtement, je n'y ai pas réfléchi jusqu'à maintenant. Je ne sais pas vraiment quoi ressentir."

"Puis-je te dire ce que je ressens à ce sujet ?" demanda-t-il, l'espoir dans son ton, alors qu'il s'asseyait droit pour me regarder.

"Tu ne l'as pas déjà fait ?" Étonnée qu'il puisse y avoir plus que les mots suprêmement convaincants qu'il avait déjà prononcés.

"En partie. Je veux juste que tu saches qu'il ne s'agit pas de vivre dans une bicoque ou quelque chose comme ça. Oui, c'est vrai, ça serait plus commode de vivre ensemble, surtout quand on est occupés comme on l'est maintenant. Mais on s'en sort plutôt bien sans vivre officiellement ensemble. Je pense qu'on peut encore le faire. Si tu n'es pas prête ou si tu n'es pas à l'aise avec l'idée, je veux que tu te sentes libre de me le dire. Vivre ensemble ou ne pas vivre ensemble, ça ne changera pas ce que je ressens pour toi."

Je pinçai mes lèvres pendant que je considérais ses mots puis hochai la tête lentement pour lui faire savoir que je comprenais et que la décision qu'on prendrait ne changerait rien au fait qu'on soit toujours ensemble.

"Alors pourquoi veux-tu qu'on vive ensemble ?" demandai-je.

"Je n'ai jamais voulu ou même pensé à ça. Avec toi, c'est pratiquement tout à quoi j'ai pu penser depuis ce matin-là, quand je t'ai demandé de rester ici pendant mon absence. Je ne veux pas penser à toi ici que pendant que je suis en tournée pour mes matchs. Je veux penser à toi ici, tout le temps," dit-il. J'ouvris la bouche pour répondre puis la refermai puisqu'il était clair qu'il n'avait pas encore fini.

"Je sais que ce serait un ajustement pour tous les deux. Vivre ensemble à temps plein serait différent que juste passer quelques nuits ensemble ici et là. On serait coincé ensemble tout le temps, sans un espace distinct où l'on peut aller quand on est agacé, tendu ou tout simplement quand on veut être seul. Mais je veux essayer," dit-il, l'envie claire dans son ton et dans son toucher lorsqu'il saisit ma main et la tint sur sa poitrine. "Je veux être coincé avec toi et que tu sois coincée avec moi. Je ne veux pas de temps en temps, je veux tous les jours."

Il leva ma main vers sa bouche et effleura mes doigts de ses lèvres avant de tourner sa tête, sa joue contre mes doigts. Ses yeux scrutèrent mon visage et je réalisai que je n'avais pas dit un mot. J'avais la gorge serrée d'émotion. Je ne savais vraiment pas quoi dire et j'étais un peu reconnaissante qu'il ne m'en laisse pas l'occasion.

"Je sais que c'est beaucoup à penser et qu'il y a plus à discuter sur le plan logistique. Mais il n'y a aucune raison de se précipiter pour prendre une décision. Je voulais juste le mettre sur la table, voir si tu l'envisagerais," dit-il, serrant mes doigts. "Tu veux bien ?"

"J'y réfléchirai," chuchotai-je, trop submergée pour essayer d'en dire plus à ce moment-là.

"D'accord. Alors nous en resterons là pour l'instant. Prends le temps qu'il te faut, réfléchis-y et fais-moi savoir." Il fit son sourire sincère et tordu, soulageant un peu mon anxiété lorsqu'il était clair qu'il ne voulait pas que je m'inquiète et qu'il était vraiment d'accord pour que je ne lui donne pas de réponse tout de suite.

"D'accord," convins-je. Mes yeux se fermèrent et mes bras glissèrent autour de son torse nu alors qu'il se penchait vers moi pour m'embrasser, en engageant ma bouche dans un doux et patient baiser. Nous nous allongeâmes ensemble, nos membres s'enchevêtrèrent fluidement pendant que nos lèvres se caressaient, les langues se frôlant lentement dans une étreinte qui était tout sauf pressée.

J'adorais embrasser Edward comme ça, quand il n'y avait pas d'autre but que la simple connexion. Même si j'aimais les aspects plus physiques de notre relation, il y avait quelque chose dans la simplicité d'un baiser, sans autre intention. Ça réussissait toujours à me faire tourner la tête.

Ce soir était un de ces moments. Finalement, la pression derrière ses lèvres se relâcha et ma langue arrêta de sortir pour rencontrer la sienne. Nos doux gémissements de passion se fondirent en soupirs et il se blottit contre moi, comme il le faisait tous les soirs, avant de se pencher pour appuyer sur l'interrupteur de la lampe à côté du lit.

"Fais de beaux rêves, ma belle," chuchota-t-il, alors que je fredonnais ma réponse et déposais un doux baiser contre son cœur.

Typiquement, nous nous étendions comme ça et en quelques instants, le battement régulier de son cœur me berçait pour que je puisse dormir. Ça ne semblait pas être le cas ce soir. Je n'arrêtais pas de penser à sa demande d'emménager ensemble. Je comprenais bien ce qu'il voulait dire quand il disait qu'il n'était pas capable d'arrêter d'y penser une fois que l'idée était dans sa tête, parce que ça semblait être exactement la même chose pour moi. Je n'étais pas sûre de pouvoir être aussi patiente que lui. J'avais l'impression que je voulais résoudre tout cela tout de suite.

Qu'est-ce que je pense du fait d'emménager avec lui ? Malheureusement, je n'avais pas vraiment de référence.

Je n'avais jamais habité avec quelqu'un d'autre que mes parents. Mais c'était si différent. Même un frère ou une sœur aurait pu être un peu plus facile à appréhender. Quelqu'un qui n'était pas une figure d'autorité, quelqu'un d'à peu près de mon âge.

J'avais tendance à être une créature un peu solitaire, encore plus avant de venir ici mais même. J'aimais avoir mon espace, pouvoir me confiner et profiter du calme quand j'en avais besoin. Ce n'était pas que j'étais antisociale mais Edward avait raison. Nous avions toujours eu cette solution de repli... nos propres endroits pour nous échapper si nous en avions besoin. Nous n'en avions pas encore eu besoin mais nous en aurions certainement besoin un jour ou l'autre, nous le ferions. Il serait ridicule de penser que nous ne nous disputerions jamais et que nous ne nous énerverions jamais l'un contre l'autre.

Les choses se passaient bien depuis un mois. Cela ne m'avait jamais semblé aussi étrange que nous soyons tombés dans cet arrangement, tout cela paraissait tellement naturel. Rentrer chez lui à la fin de la journée me semblait juste. Mais il avait raison de dire que ce serait différent si nous vivions ensemble à temps plein et partagions les responsabilités.

Je me couchai sur son torse dans le noir et essayai de réfléchir aux avantages et inconvénients de la vie en commun. Après cinq minutes je n'étais toujours pas parvenue à trouver un seul inconvénient face à l'un des douze avantages, je savais que j'avais ma réponse.

"Oui, " murmurai-je, ne sachant même pas s'il était toujours réveillé. J'avais juste besoin de le dire à voix haute.

Je n'aurais pas dû être surprise que sa réponse soit immédiate. "Oui quoi ?"

Je relevai la tête de son torse pour le regarder dans les yeux pendant que je lui disais. "Oui je vais emménager avec toi. Ici."

Même dans l'obscurité de la pièce je pus voir son visage s'éclairer. "Vraiment ?"

"Ouais."

"Es-tu sûre de vouloir vivre ici ? Je veux dire nous pouvons chercher une autre maison que nous pourrions choisir ensemble. Je ne veux pas que tu aies l'impression d'emménager chez moi. Je veux aussi que ce soit chez toi," murmura-t-il, en passant ses doigts dans mes cheveux. "La nôtre."

"J'aime cette maison. Depuis la première fois que j'y aie mis un pied. Je veux vivre ici. Avec toi. Je n'irai nulle part ailleurs," expliquai-je. " Mais si tu es inquiet, penses-tu que nous pouvons faire quelques aménagements ? Il y aura de toute façon quelques ajustements pour installer mes affaires ici. Nous pourrions peindre ou mélanger certains des meubles, certains des miens, certains des tiens. Si tu n'aimes pas nous pourrons trouver de nouvelles choses ensemble. En faire notre maison au lieu d'un mélange de tes affaires et des miennes."

"J'aime cette idée," sourit-il, en exerçant juste un peu de pression sur mon cou pour que j'abaisse mes lèvres sur les siennes.

"Il faudra probablement attendre deux semaines," continuai-je entre les baisers, désireuse de penser à tous les détails maintenant que nous avions pris la décision. "Juste qu'à ce que je sois revenue de Lake Placid et que les choses se calment pendant un certain temps. Il faut que je contacte mon propriétaire - m'occuper du bail – " Je soupirai alors qu'Edward allait vers mon cou, suçant doucement son endroit préféré juste en dessous de ma mâchoire. Mes mains caressèrent les muscles chauds de son dos alors que je restai concentrée sur la conversation. "Nous devrons aussi partager les frais ici. Si tu veux que je me sente comme chez moi, je veux prendre ma part…"

Il me coupa avec un baiser passionné qui ne laissait place à aucune pensée rationnelle.

"On trouvera une solution," murmura-t-il contre ma mâchoire, pendant que ses mains passaient sous mon t-shirt pour prendre mes seins en coupe, ses pouces caressant mes mamelons alors que je gémissais dans ses cheveux. "Les détails n'ont pas d'importance, Bella. Tout ce que je veux c'est toi. Nous nous occuperons du reste plus tard. En ce moment j'ai envie de faire une petite pendaison de crémaillère privée avec ma nouvelle coloc."

Je reculai ma tête juste pour pouvoir lui lancer un regard noir à cause de ce mot. "Tu ne vas pas commencer à m'appeler comme ça, pas vrai ?"

"Qui sait ?" sourit-il. Il nous fit rouler et recouvrit entièrement mon corps, son érection fermement contre moi, mes hanches cherchant involontairement la friction.

"Pourquoi ? Ça te pose un problème, coloc ?" demanda-t-il, posant ses lèvres sur le pouls sur mon cou et ponctuant le surnom, en mordillant la peau tendre. Mon souffle se relâcha avec un gémissement étranglé pendant que mes doigts s'accrochaient à son dos. Béni soit cet homme et ses dents. Il savait exactement ce qu'il me faisait.

"Pas du tout si chaque fois que tu m'appelles colocataire, tu fais ça," dis-je, en haletant de désir et en tournant ma tête pour exposer un peu plus de mon cou.

"Quoi ça ?" demanda-t-il en répétant le geste, mordant un peu plus cette fois-ci et laissant presque certainement une marque visible. Je criai alors que des picotements me tiraient dans le dos, me forçant pratiquement à pousser mes hanches contre lui. Je sentis ses lèvres sourire contre mon cou et j'entendis son rire narquois quand il dit : "Je pense que nous pouvons mettre cela par écrit."

La semaine suivante nous nous retrouvâmes tous chez Jasper et Alice pour un dîner de départ. Apparemment la LNH nous en voulait car le deuxième voyage des Wild coïncidait presque exactement avec Skate America. Edward et moi partions le lendemain à une heure d'intervalle. Il irait à l'ouest vers Vancouver tandis que je m'envolerai vers l'est à New-York. Il espérait prendre un avion pour aller à Lake Placid pour au moins me voir patiner même s'il ne pouvait pas rester là tout le weekend mais entre le match et les vols disponible ils n'allaient pas pouvoir y arriver.

Emmett et Jasper étaient dans le même bateau et Alice avait un énorme mariage. Elle y travaillait depuis un an et ne pouvait pas tout laisser à un assistant. Quant à Rose elle avait eu l'intention de prendre l'avion avec Esmée et Carlisle pour m'encourager jusqu'à ce qu'elle tombe malade. Elle était même trop malade pour venir dîner ce soir-là mais elle m'avait envoyé un message de bonne chance. En fait c'était plus du genre, 'botte-leur le cul, Bells. Montre à ces petits imbéciles scintillants comment ça se passe'.

Ils se sentaient tous horribles d'être incapables de venir à New York et j'avais passé la plus grande partie de mon temps libre, ce weekend-là, à tenter de les rassurer que j'irai bien.

Après le dîner ce soir-là Alice me coinça dans la cuisine pendant que nous vidions le lave-vaisselle et que les gars choisissaient un film.

"Alors Bells, tu as parlé à ton père récemment ? Il a prévu de venir à New-York ce weekend ?" demanda-t-elle, en me passant un torchon pour que j'essuie.

"Je lui ai parlé il y a quelques jours. Il voulait mais il y avait quelques problèmes au poste. Il n'arrivait à trouver personne pour le remplacer alors je lui ai dit de ne pas s'inquiéter. Le championnat national est à Spokane alors il viendra à ce moment-là."

"Je suis sûre qu'il aurait pu trouver quelqu'un."

"Ça va Alice,"' dis-je, en me débarrassant du sujet comme si ce n'était pas important. Ça n'était pas important. Ça aurait été bien qu'il soit là-bas mais tant pis s'il ne pouvait pas venir. Tout comme je n'allais pas insister sur le fait que les circonstances les éloignaient également. Ce n'est pas comme s'ils pouvaient faire quelque chose à ce sujet, il était donc inutile de me morfondre.

"Ce n'est pas bien," insista-t-elle, laissant tomber un plat dans l'eau savonneuse avec un cliquetis en se tournant vers moi. "Tu devrais avoir des gens là-bas pour t'encourager."

"Honnêtement tu en fais trop," argumentai-je, plongeant dans l'eau et récupérant le plat, le passant sous le robinet pendant un moment avant de le sécher avec mon torchon. "Ce n'est même plus une grande compétition pour moi puisque j'ai raté celle de Paris. Même si je me classe, je ne peux pas obtenir assez de points pour aller à la finale. C'est plus un échauffement. Comme une répétition générale."

"Est-ce que tu vas arrêter de prétendre que ce n'est pas grave ?" cria-t-elle, en tournant le robinet et en se mettant devant l'évier pour que je ne puisse plus atteindre un autre plat. "Finale ou pas c'est toujours ta première grosse compétition et tu ne devrais pas être seule."

"Je ne serai pas seule. Il y aura Marcus tout le temps et tes parents viendront m'encourager dans les tribunes," lui rappelai-je.

Avec Esmée et Marcus nous avions décidé que ce serait mieux que nous restions seuls avec Marcus. Pour cette compétition la couverture médiatique était légère et la plupart du travail d'Esmée était déjà terminé. Moins de gens dans les coulisses moins de distractions. Elle faisait toujours le voyage et serait là si j'avais besoin de ses compétences professionnelles. Mais pour l'essentiel elle m'encouragerait depuis les gradins. Carlisle et elle arriveraient à New-York le soir suivant parce que Carlisle avait une garde complète à l'hôpital.

Alice se détendit un peu et se laissa aller contre le comptoir. "Pourtant ça ne me semble pas juste."

Je soupirai en jetant le torchon sur le comptoir avant de m'appuyer à côté d'elle.

"Ecoute, je sais que vous voulez tous être là mais ça ne marche tout simplement pas cette fois-ci. Et d'une certaine manière ça me va," avouai-je doucement. "Je ne veux pas te blesser mais je pense vraiment que ce sera plus facile de ne pas vous avoir tous là."

"Quoi ? Pourquoi ?" s'exclama-t-elle, en s'éloignant du comptoir et en se retournant pour me faire face.

Je haussai les épaules, jouant avec l'ourlet de ma chemise parce que je ne pouvais pas rester debout à la regarder dans les yeux et voir sa douleur. Elle serait blessée même si ce n'était pas personnel et que ça ne lui était pas destiné ni à aucun des autres. Elle et moi fonctionnions juste différemment parfois. Dans l'esprit d'Alice des choses comme celles-là devaient être partagées avec la famille, devaient être affrontées ensemble. Pour moi il avait toujours été plus facile de gérer le stress seule. J'avais appris à accepter que ce n'était pas la meilleure façon de régler les problèmes de ma vie personnelle mais sur la glace c'était une toute autre histoire.

Même s'ils me connaissaient tous et qu'Edward, Emmett et Jasper comprenaient peut-être le stress en tant qu'athlète, aucun d'entre eux ne pouvait vraiment comprendre ce que c'était. Le patinage était personnel. Quelle que soit la qualité de mon équipe d'assistance, je devais être en mesure de gérer seule. Parce que sur la glace c'était juste moi.

Ainsi au lieu de déplorer le fait que toute ma famille ne me soutiendrait pas depuis les gradins, je le prenais comme un signe indiquant que je devais être à la hauteur de la force que j'avais développée ces derniers mois et affronter tout ceci par moi-même.

"C'est beaucoup moins de pression de se présenter face à des inconnus qu'à des personnes que tu connais," essayai-je d'expliquer du mieux que je pouvais. "C'est plus facile d'écarter une foule sans visage. Si je savais que vous étiez tous là à regarder, je pense que je serai encore plus nerveuse…"

"Cela n'a aucun sens."

"Peut-être que non mais c'est ce que je ressens. Je suis habituée à être seule pour ces choses-là."

"Oui parce que ça devait être comme ça par le passé. Maintenant tu n'es plus obligée. Tu nous as nous."

"Et je t'ai toujours, même si tu ne peux pas y être en personne. Je sais que tu me soutiendras même si tu n'es pas physiquement là. C'est suffisant pour moi. C'est plus que je n'ai jamais eu. Alors je t'en prie, arrête de te sentir coupable pour ce que tu ne pas contrôler. J'irai bien."

"Si tu le dis," elle haussa les épaules et laissa tomber le sujet. Nous finîmes de ranger la cuisine et les gars vinrent chercher quelques bières. Emmett insista pour que nous trinquions avec une Guinness pour me porter chance.

Alors que nous nous rassemblions autour de l'ilot central dans la cuisine, Alice me fit passer une boite.

"Qu'est-ce que c'est ? demandai-je avec scepticisme.

"Eh bien comme nous ne pouvons pas être là avec toi, en personne, j'ai trouvé quelque chose que tu pourras emporter. Juste un petit rappel pour te dire que tu as une équipe d'encouragement personnelle qui te soutient."

"Il faut vraiment que tu arrêtes de me faire des cadeaux à n'importe quelle occasion, maintenant."

"Je suis une âme généreuse. Ne m'étouffe pas."

Je levai les yeux au ciel et enlevai le couvercle de la boite sachant qu'elle ne laisserait pas tomber jusqu'à ce que je l'ouvre. Il y avait cinq petits objets difformes roulés dans du papier de soie les uns à côté des autres. Je pris le premier et le déballai, bouche bée devant l'objet alors que les autres éclataient de rire, visiblement pas au courant de ce qu'Alice avait fait cette fois.

"Allez continue à déballer !" s'exclama-t-elle, à mon air incrédule.

Un par un je déballai les cinq articles jusqu'à ce que je me retrouve face à une rangée de poupées à tête branlante, trois joueurs de hockey, une blonde en combinaison de mécanicien et une petite brune chargée de sacs à provisions.

Je secouai la tête d'amusement. Laissez à Alice le soin de trouver quelque chose d'absolument cinglé mais de parfait… Les gars rigolaient en voyant leur miniature et se moquèrent d'Edward disant que sa miniature ressemblait à un Frankenstein.

"Elles te plaisent ?" demanda Alice, en venant près de moi.

"Elles sont géniales Alice," ris-je, en la prenant dans mes bras en tapotant sur la tête de sa miniature. "Bizarre mais génial. Même si elles ne ressemblent à aucun d'entre vous."

"Alors tu les emmèneras avec toi ? Ça ressemblera à ta petite famille."

"Je les alignerai sur ma commode à l'hôtel," l'assurai-je, en cognant ma hanche contre la sienne. "Promis."

"Très bien," fit Emmett en cognant son verre contre le comptoir pour attirer notre attention. "Ça appelle un toast. Prenez votre verre et écoutez."

"Au retour de Babybel… ce qui me donne une excellente excuse pour regarder pendant deux heures des filles patiner en jupe courte," dit-il gravement puis éclatant de rire quand Edward le tapa en lui lançant un regard désapprobateur. "Je plaisante, enfin, Eddie, calme-toi."

"Comme si tu avais besoin d'excuses Em," rigola Alice.

"Pas faux," Emmett leva son verre pour lui accorder un point. "Sérieusement cependant. A Bella pour être la personne la plus forte que j'aie jamais rencontrée," dit-il d'un ton sincère et d'un sourire à fossettes fier. "Pour t'être relevée et avoir réalisé tes rêves, peu importe le nombre d'obstacles qui se sont dressés sur ton chemin. Je sais que je parle pour nous tous lorsque je dis que nous sommes vraiment fiers de toi et que nous sommes tous très chanceux et que tu sois restée assez longtemps pour que nous puissions te connaitre."

"Tchin tchin !" s'exclama Alice, le verre levé, ce qui amena tout le monde à lever son verre. Après avoir bu une gorgée, je posai mon verre et allai vers Emmett, en enveloppant mes bras autour de sa silhouette encombrante et souriante quand il m'enferma dans une étreinte étouffante d'ours. "Merci, Em."

"Tu ferais mieux de botter quelques derrières, Babybel," dit-il, en me serrant fort.

"Je vais essayer."

"Bella, Bella, Bella, Bella," soupira-t-il. "Selon les mots de Maître Yoda, 'Faites ou ne faites pas. Il n'y a pas d'essai."

"Tu dois vraiment convaincre Rose de t'épouser," gloussai-je. "Vous partagez pratiquement le même cerveau."

"Elle finira bien par changer d'avis. Elle est juste têtue."

"J'ai parié sur toi."

"C'est parce que tu es une fille intelligente. On ne peut pas nous résister à nous, les Cullen."

" Tu as bien raison."

Le lendemain, Alice nous conduisit, Edward et moi, à l'aéroport. Mon vol décollait en premier et nous arrivâmes plus tôt au terminal pour pouvoir prendre notre temps pour passer la sécurité et manger un morceau avant mon vol. Pour une fois, c'était sympa de ne pas avoir à nous dire au revoir dans le hall d'entrée. C'était peut-être juste pour retarder l'inévitable séparation mais c'était réconfortant de passer la sécurité et de marcher main dans la main dans les couloirs fréquentés sans se précipiter pour se dire au revoir.

Nous prîmes quelques sandwichs et des collations et nous installâmes par terre dans un coin tranquille pour un petit pique-nique improvisé. Une fois que nous eûmes fini de manger, nous avions encore une demi-heure avant mon embarquement. Edward s'adossa contre le mur, les jambes devant lui et ouvrit les bras, me faisant signe de me joindre à lui. Nous restâmes assis en silence pendant quelques longues minutes, simplement nous serrant l'un contre l'autre.

"J'aimerais pouvoir être là," chuchota-t-il, les lèvres appuyées contre ma tempe.

"Je le sais," murmurai-je, en le serrant contre moi, sachant qu'il avait autant besoin de réconfort que moi, sinon plus. Il avait eu beaucoup plus de mal que moi à accepter le fait que son emploi du temps ne lui permettrait pas d'être là. Peu importe le nombre de fois où je lui avais dit que ça irait, on dirait qu'il ne m'avait pas vraiment cru.

"Je t'ai entendu parler avec Alice dans la cuisine hier soir," dit-il, m'ajustant sur ses genoux. Je posai ma tête sur son épaule alors que ses bras étaient autour de moi. "Est-ce que c'est ce que tu ressens vraiment ? Qu'il sera plus facile de ne pas nous avoir là-bas ?"

"Je ne sais pas," soupirai-je. "D'une certaine façon, oui. J'ai l'habitude d'aller en compétition dans un certain état d'esprit. Je sais que je ne suis plus seule mais je pense qu'il me sera plus facile de faire comme avant. J'ai besoin de me concentrer entièrement sur mon patinage et, eh bien... ne le prends pas mal mais vous tous pouvez être vraiment distrayants. Surtout toi," le taquinai-je, en le tapant légèrement dans les abdos.

"Je pensais que tu aimais mes distractions…" Il baissa sa voix et ses dents égratignèrent mon lobe.

"C'est vrai," rigolai-je, en le repoussant avant qu'il puisse avoir d'autres idées. "Mais je ne peux pas vraiment me permettre d'être distraite lors d'une compétition."

"Je sais," soupira-t-il et il souleva le bord de mon bonnet, lissant les mèches en dessous avant de le faire redescendre. Ses yeux m'étudièrent pendant un long moment avant que ses lèvres ne se transforment en un demi-sourire qui n'était toujours pas entièrement comblé. "J'ai compris, Bella, vraiment. Tout le monde a sa propre façon de gérer ces trucs. Je ne vais pas me battre sur ton besoin de faire les choses à ta façon, même si... je ne suis pas très content de la situation."

"Ce n'est pas que je ne veux pas que tu sois là," murmurai-je, en caressant sa joue. "Si je pouvais je dépasserais mon anxiété et je serais heureuse que tu sois dans les gradins. Même si ça me rendrait un peu nerveuse et même si tu étais un peu distrayant. Mais je n'ai pas fixé les calendriers et toi non plus. Je ne pense pas que tu devrais te sentir si mal de rater alors que c'est quelque chose qu'aucun d'entre nous ne peut contrôler, c'est tout."

"Et ton père ? Tu es vraiment d'accord pour qu'il ne vienne pas ? Je me souviens que tu as toujours souhaité qu'il soit là à tes compétitions par le passé."

"C'est différent cette fois-ci," haussai-je les épaules. "Je sais qu'il veut être là et qu'il tient à moi. Mais il sera là pour le Championnat National. Et tu seras là aussi," lui rappelai-je, assise sur ses genoux et secouant un peu ses épaules dans un faux sentiment de frustration. "Vous tous. Alors j'aimerais que tu arrêtes de t'inquiéter. C'est à celle-là que je veux que tu viennes. C'est celle-là où je vais avoir besoin de toi. C'est celle qui comptera. Celle-là ne compte pas. C'est en gros un grand échauffement pour moi."

"Je crois que tu bluffes," murmura-t-il. "Mais si c'est comme ça que tu veux jouer..."

"Edward," soupirai-je. "Je sais que tu veux être là et que tu t'inquiètes pour moi. Mais tout ira bien. Lauren ne sera pas là, donc je n'ai pas à m'inquiéter de tomber sur elles. Quant à la compétition ? Je ne peux même pas te dire combien de ces choses j'ai patiné dans le passé. Vous faites tous comme si c'était ma première fois. Je sais à quoi j'ai affaire et je peux le gérer. D'accord ?"

"Je sais que tu le peux," sourit-il, sincèrement cette fois, et se pencha en avant pour frotter le bout de son nez contre le mien. "Tu vas être géniale."

Nous nous embrassâmes avant de rassembler nos affaires pour qu'Edward puisse me déposer à ma porte et aller de l'autre côté du terminal pour trouver la sienne.

"Tu vas les avoir, ma grande," dit-il en s'arrêtant à la fin de la file pour me faire un câlin en guise d'aurevoir.

"Toi aussi. Essaie de ne pas trop t'en faire pour moi," dis-je, en lui donnant un petit coup de coude.

"Non, je réserverai ça pour quand on rentrera à la maison," dit-il avec un sourire suggestif qui était vraiment... injuste, vu qu'on serait séparés pendant quatre jours.

"C'est une promesse ?" demandai-je, en me hissant sur la pointe des pieds pour frôler ses lèvres, en mordant légèrement sa lèvre inférieure.

"Tu peux compter dessus, Swan." Il approfondit le baiser et je cédai à son toucher malgré la multitude de curieux qui nous entouraient.

"Bon vol…" chuchotai-je, en le tenant encore un instant près de moi avant de baisser les bras. "Je t'aime."

"Je t'aime aussi," dit-il, en touchant le bord de mon bonnet avant de partir. "Je t'appelle ce soir." Je le regardai se frayer un chemin à travers la foule jusqu'à ce que la masse de gens le cache à ma vue.

Et juste comme ça, j'étais tout seule.

Une fois que j'ai embarqué dans l'avion et rangé mes bagages à main dans le compartiment supérieur, je m'installai dans mon siège. Je clipsai ma ceinture de sécurité et je réalisai que mes mains tremblaient tellement que je pouvais à peine le faire.

En fermant les yeux, je me concentrai sur la respiration, essayant de dissiper l'assaut soudain de nervosité... qui crépitait dans mon corps comme un fil sous tension. Maintenant que j'étais seule, je pouvais admettre la seule chose que je n'avais pu dire à personne d'autre.

Cette compétition me fichait la trouille et j'étais terrifiée à l'idée de l'affronter toute seule.

Je repensai à un mois plus tôt, à la nervosité que j'avais ressentie dans les jours qui avaient précédé ma maladie. Ce que je ressentais maintenant était dix fois pire. C'était décevant de rater le Trophée Bompard mais d'une certaine manière, cela avait aussi été un soulagement. Ça m'avait donné un mois supplémentaire pour me préparer. Maintenant que j'étais en bonne santé, j'étais forte, je devais être prête.

Et si ça ne suffisait toujours pas ?

Quand j'étais à la maison et entourée de tout le monde tout le temps, il était facile de cacher ma nervosité, dissiper mes peurs pour effacer leurs inquiétudes. J'avais fait du bon travail pour convaincre tout le monde que cette fois, ça ne comptait pour rien, que je pouvais l'affronter seule. Tellement bien que j'avais failli m'en convaincue. Mais au fond de moi, j'avais de sérieux doutes d'y parvenir.

Malgré toutes mes belles paroles, j'avais l'impression d'être une petite fille effrayée qui se rendait à sa première compétition. Il s'agirait de ma première à bien des égards. La première depuis ma blessure. La première de la saison. La première sans ma mère, derrière moi, dans les gradins.

Bien que je déteste le fait que Renée ait influencé mon mental, j'avais beaucoup pensé à elle ces temps-ci. Une toute petite partie de moi était triste de son absence, cette même partie qui pleurait encore une femme gentille dont je n'avais vu que des bribes. Je ne regrettais pas les choix que j'avais faits en l'excluant de ma vie, d'autant plus depuis que cet article était paru et que je m'étais purgée de la douleur et de la trahison. Mais je ne pouvais pas nier que ce serait différent sans elle.

Peut-être que différent serait une bonne chose, comme c'était le cas jusqu'à présent mais il y avait toujours une chance que ça ne fonctionne pas. Je ne supportais pas l'idée de tout faire foirer. Elle regarderait et au moment où je trébuchais, elle sourirait à elle-même et se rendrait compte qu'elle avait gagné. Qu'elle avait raison à mon sujet, que je n'étais pas capable de réussir dans ce monde sans elle. Je ne voulais vraiment pas lui donner cette satisfaction.

Cette nuit-là, à l'hôtel, je restai surtout seule. Edward appela en arrivant à son hôtel à Vancouver, comme il l'avait promis. Leur match contre les Canucks était prévu pour le lendemain soir avant qu'ils ne se rendent un peu plus au sud, à Anaheim, pour jouer contre les Ducks, samedi. Entendre sa voix permit à mes nerfs de se calmer un peu. Je fis de mon mieux pour avoir un visage courageux et encenser les paroles confiantes que je lui avais dites, ainsi qu'à Alice, à propos du fait que je me débrouillais toute seule.

Il n'eut pas beaucoup de temps pour discuter puisque les membres de l'équipe dînaient ensemble. Je fus soulagée qu'il n'ait pas l'air d'avoir capté mon anxiété. Bien que je veuille le supplier de venir à New York, je savais que ce n'était pas possible. Il avait son travail et moi le mien. J'avais besoin d'être à la hauteur de la force qu'il croyait que je possédais et de relever le défi par moi-même. J'étais une grande fille et je n'avais pas besoin qu'il bataille pour moi. Ou du moins, je ne devrais pas avoir besoin de lui.

Le jeudi fut stressant mais assez calme. Marcus et moi allâmes à la patinoire pour nous enregistrer et récupérer nos badges d'identification pour la sécurité. Les fans et les médias se pressaient mais en bien moins grand nombre qu'ils ne le seraient le lendemain. La veille du début de la compétition, tout était question d'adaptation. Ce n'était pas très excitant pour personne, même pour les patineurs mais c'était quand même important.

Un par un, chaque catégorie de patineurs - hommes, patineurs en couple, danseurs sur glace et patineuses – obtint sa place pour une séance d'entraînement ouverte pour se familiariser avec la patinoire et l'environnement. Tout le monde ne peut pas s'entraîner tout le temps sur une patinoire de la même taille, alors pour eux, ils travaillaient à ajuster leur temps et... comment se déplacer dans l'espace. Heureusement, je n'avais pas ce problème cette fois-ci.

Pour moi, le temps passé sur la glace était plus une question de connexion avec la surface et de prise de repère de mes pas. C'était difficile de pratiquer ou de faire quoi que ce soit pendant le temps d'entrainement libre avec autant de corps dans les parages. C'était l'un des inconvénients du travail en solitaire avec Marcus plutôt qu'avec un club de patinage. Beaucoup de filles avaient l'habitude de se frayer un chemin parmi d'autres personnes et je ne l'avais certainement pas. Il y eut quelques petits incidents qui me laissèrent un peu tremblante et sur les nerfs.

Les tensions étaient fortes pendant la séance d'entraînement et les nerfs étaient aiguisés. Il n'y avait pas beaucoup de bavardages ou l'interaction entre les patineurs. Presque toutes les filles venaient d'un pays différent. L'autre concurrente américaine était une nouvelle venue que je n'avais jamais rencontrée auparavant et dont je n'avais même jamais entendu parler.

Il n'y avait pas beaucoup de monde dans les tribunes pour regarder la séance mais il y avait quelques fans applaudissant chaque fois que quelqu'un sortait un triple ou une combinaison de sauts. Tout le monde s'observait et quelques-unes des meilleures filles essayaient d'utiliser le temps pour intimider les autres en montrant quelques-uns de leurs mouvements les plus impressionnants. Je détestais admettre que ça fonctionnait.

J'étais restée loin de la compétition depuis plus d'un an. Plus de la moitié des filles qui m'entouraient avaient au moins sept ans de moins que moi. Une partie de moi se demandait ce que je faisais ici et en voyant leurs visages un certain nombre d'entre elles se posaient la même question.

Après une longue journée à la patinoire, suivie d'un séjour au gymnase de l'hôtel, je retournai dans ma chambre pour me changer avant de retrouver Carlisle et Esmée pour aller dîner et regarder le match des Wild.

Je pouvais à peine manger et je n'arrivais pas à me concentrer. Je finis par retourner dans ma chambre avant que le match soit terminé, prétendant que je devais me coucher tôt alors que j'avais vraiment besoin d'être seule. Esmée avait commencé à me regarder d'un air inquiet et je ne voulais pas l'alerter plus que cela.

Seule avec mes pensées, je ne pouvais pas échapper à mes nerfs. Mon souffle était court et mes mains tremblaient alors que je vérifiais à nouveau mon sac de patins et mes costumes pour m'assurer que tout était en ordre. Ça commençait tôt le lendemain matin et je savais que je devais aller au lit pour me reposer suffisamment. Mais quand je me couchais, je n'arrivais pas à dormir.

Après une demi-heure d'agitation, je me levai et je sortis sur le balcon avec une couverture et Toto pour prendre l'air. La nuit de mi-novembre était froide mais rafraîchissante et les bruits paisibles de la circulation et de la vie lointaine étaient apaisants. Paisible. Au moins, l'aurait été, si ce n'était pas pour le tohu-bohu de mes pensées.

Assise seule dans le noir, je capitulai et je m'avouai que je n'étais peut-être pas aussi forte que j'essayais de le faire croire à tout le monde, moi y compris. Peut-être que j'avais changé depuis la dernière fois que j'avais participé à une compétition mais j'étais toujours la même personne au plus profond de moi-même. J'avais encore des insécurités. J'étais nerveuse à l'idée de me présenter devant une foule et de m'offrir pour être jugée. Je craignais d'échouer et d'être source de déception.

Oui c'était vrai que cette fois c'était différent mais en même temps c'était exactement pareil. Je n'avais pas voulu croire que ça le serait. J'avais voulu croire que je pourrai rentrer dans cette patinoire demain et me sentir intouchable, confiante, comme si personne ne pouvait m'arrêter, pas même moi. Après tout j'avais survécu à Renée et à Phil, après tous les défis que j'avais affrontés et dépassés dans ma vie aussi bien que sur la glace pour en arriver ici, je voulais croire que ça serait facile.

Mais à l'intérieur de moi je savais que ça ne le serait pas. J'avais menti pendant des semaines à des personnes qui comptaient pour moi mais plus que ça, je m'étais menti à moi-même. Depuis que j'avais manqué le Trophée Bompart je m'étais convaincue moi-même de ce que je disais à tous les autres. Ce Skate America n'était qu'un échauffement, ça n'était pas important.

Après tout le grand spectacle c'était les championnats nationaux. C'était ce qui déciderait pour les participants des Jeux Olympiques mais ce serait là que Lauren patinerait contre moi, là où Renée et Phil ne pourraient être évités. J'avais essayé de ne pas trop y penser puisqu'il restait encore deux mois avant d'y arriver mais ça restait toujours quelque part dans un coin de ma tête.

Dans le but de me distraire et de distraire les autres, à savoir Edward et Esmée – j'avais fait bonne figure. Je pouvais dire qu'aucun d'eux m'ait vraiment crue mais ils avaient suffisamment semblé me comprendre pour laisser tomber et me laisser faire ce qu'il fallait que je fasse pour traverser tout ça.

Apparemment ils me connaissaient mieux que moi. Parce que maintenant que j'étais là, je réalisai que je souhaitais vraiment qu'ils soient là, dans les tribunes demain. Distraction ou non je voulais qu'ils soient ici, j'avais besoin d'eux. Mais je ne pouvais me résoudre à le leur dire parce que je savais que c'était impossible.

Pourtant même s'il ne pouvait être avec moi en personne cela aiderait si je pouvais juste entendre sa voix. Je composai son numéro et mis le téléphone à mon oreille avant même d'y avoir réfléchi.

"Hé !" répondit-il et cela relâcha immédiatement la contraction dans ma poitrine. "Est-ce que tout va bien ? Tu ne devrais pas dormir maintenant ?"

"Ouais, probablement," murmurai-je, en appuyant ma tête contre la balustrade du balcon. "Je n'arrive pas à dormir."'

"Qu'est-ce qui ne va pas ?" demanda-t-il avec inquiétude.

"Je ne sais pas Edward." Je soupirai en me demandant si je devrais vraiment lui parler de ce genre de choses maintenant alors que ça ne ferait que le mettre mal à l'aise. Mais je ne pus empêcher les mots de sortir de mes lèvres. "Je commence juste à me sentir nerveuse pour demain. Toute la pression, l'attention. La pression. Je suppose que j'avais oublié à quel point ça pouvait être stressant."

"Qu'en est-il de toutes ces discussions où tu disais que ce n'était pas un problème ?"

"J'ai menti," avouai-je. "Je suis désolée, je ne voulais pas. Je me mentais à moi-même, tout autant qu'à vous. C'est une grosse affaire et je ne sais pas si je peux le faire."

"Baby," soupira-t-il et j'entendis un gémissement étouffé alors qu'il devait tenir le téléphone éloigné de son visage pendant une minute. "Seigneur, j'aimerai te prendre dans mes bras là."

"Moi aussi," murmurai-je, en ravalant les larmes qui menaçaient de déborder de mes yeux. "Je suis désolée de t'appeler. Je sais que tu t'es senti mal de ne pas pouvoir être avec moi et je ne veux pas que tu te sentes plus mal encore. J'avais simplement besoin d'entendre ta voix, c'est tout."

"Non," dit-il semblant un peu chagriné. "Ne sois jamais désolée de m'appeler, Bella. Je vais gérer mais je ne veux jamais que tu aies l'impression que tu ne peux ou ne dois pas me parler. Tu peux toujours me parler."

"D'accord."

"Alors honnêtement, à quoi tu penses ?"

"Je pense que je devrais pouvoir faire ça toute seule. Et je suis en colère contre moi-même de douter que je peux."

"Et pourquoi tu penses ça ? "

J'hésitai un moment, rassemblant mes pensées et réfléchissant à la meilleure façon d'expliquer. "Penses-tu que j'ai changé Edward ? Depuis le moment où nous nous sommes rencontrés la première fois, j'ai changé ?"

"Tu sais bien que oui."

"Et c'était de bons changements, pas vrai ?"

"Baby, je ne comprends pas…"

"Réponds simplement s'il te plait."

"Oui je le pense. Je veux dire je ne sais pas comment tu étais avant que nous nous rencontrions mais tu sembles plus heureuse maintenant que la première fois que je t'ai vue. Tu t'es… je ne sais pas, épanouie, je suppose. Pourquoi ?"

"Oui je le pense aussi. J'aime la personne que je suis devenue depuis que j'ai emménagé dans le Minnesota depuis que je vous ai tous rencontré. Mais maintenant je suis ici, au même endroit qu'il y a deux ans et je me sens exactement la même que celle que j'étais habituellement. Toujours nerveuse, toujours très effrayée, toujours peu sûre de moi-même. Et je déteste ça. Je déteste à nouveau me sentir faible alors que je me sentais si forte il y a quelques jours alors que j'étais arrivée si loin."

"Tu n'es pas faible, Bella. Être effrayée et nerveuse quand il s'agit de ce genre d'événements ne te rends pas moins forte. Et tu as raison. Tu es toujours la même personne que tu étais il y a deux ans. Même si certaines parties de toi ont changé, au fond tu es toujours la même. Et c'est quelque chose qui j'espère ne changera jamais car c'est de celle dont je suis tombé amoureux. Tu es peut-être plus confiante et plus sûre de toi mais tu es toujours toi. Tu n'étais pas faible il y a deux ans baby. Tu ne l'as jamais vraiment été. Tu as toujours eu de la force en toi, la seule différence c'est que tu penses réellement l'avoir maintenant."

"Oui, grâce à toi. Je ne sais pas si je l'aurais vu par moi-même sans toi."

"Si, tu l'aurais vu," dit-il avec assurance. "Mais je suis content d'avoir été là pour voir ça arriver."

Nous restâmes silencieux un bon moment, écoutant simplement l'autre respirer et retirant du réconfort de cette connexion même si nous étions aux deux extrémités opposées du même continent.

"Edward ?" murmurai-je brisant le silence.

"Oui ?"

Je pensais lui dire combien je souhaitais qu'il soit là demain mais ce ne serait pas juste. Alors à la place je dis, "Tu me manques."

"Tu me manques aussi. Tu devrais aller te coucher, amour. Veux-tu que je reste au téléphone jusqu'à ce que tu t'endormes ? Je pourrai fredonner ou autre chose. Si Emmett me surprend à faire ça, c'est toi qui en porteras le blâme."

"Non," rigolai-je en me levant pour rentrer, m'arrêtant près de la commode pour tapoter les têtes des poupées en signe de bonne nuit. "J'ai pris Toto, ton maillot et ma petite famille de têtes pour me tenir compagnie. Je vais prendre mon iPod et écouter ton CD jusqu'à ce que je m'endorme."

"Si tu es sûre…"

"Ouais," dis-je, en me glissant sous les couvertures, cherchant mon iPod et trouvant la playlist de ses compositions de piano avant d'éteindre la lumière. "Je vais bien. Tu m'as beaucoup aidé."

"Je suis content. Si je ne parle pas avant que tu patines demain… bon j'espère que je pourrais le faire mais sinon bonne chance."

"Merci," murmurai-je, m'enfonçant dans mon oreiller, me sentant finalement capable de m'endormir. "Bonne nuit Edward."

"Fais de beaux rêves ma belle. Je t'aime."

"Je t'aime aussi," murmurai-je. Quelques moments après avoir mis fin à l'appel, je tombais endormie.

Dès que je me levais le lendemain matin, j'eus une mauvaise impression concernant cette journée. Mes muscles étaient tendus et ça me prit plus longtemps que d'habitude pour me réveiller. Malgré ma conversation avec Edward hier soir j'étais encore extrêmement nerveuse. Pendant la majeure partie de la journée je l'étais, réfléchissant à chaque étape de mon programme dans ma tête, essayant de déterminer le moment exact de chaque élément.

Ma séance d'entrainement en début d'après-midi ne se déroula pas bien. Je réfléchissais trop à mes sauts et cela en retardait l'exécution. Même écouter la musique d'Edward pendant mon jogging d'échauffement dans les coulisses ne m'aida pas à me calmer.

Bien avant que je sois vraiment prête ma section était alignée pour s'échauffer pendant cinq minutes et ensuite ce serait mon tour.

Je faillis entrer en collision trois fois parce que je ne faisais pas assez attention. Je pouvais dire que Marcus commençait à être agité à propos de mon manque de concentration.

Ils demandèrent que la glace soit libérée et Marcus me fit signe de me diriger vers lui.

"Calme-toi Bella. Tu as répété ça un million de fois à l'entrainement. Patine et bloque tout le reste."

Je hochai la tête mais je n'étais pas sûre de pouvoir le faire. Peu importe combien j'essayais je n'arrivais pas à me calmer. Marcus attrapa mes mains et les serra fort alors qu'on appelait mon nom, il me fit un clin d'œil et m'envoya sur la glace.

Je fis mon tour habituel me sentant un peu comme si j'étais sous l'eau, les sons autour de moi bourdonnaient dans une vague étouffée sans fin. Je respirai profondément plusieurs fois, secouant mes bras et faisant craquer mon cou. Mon pouce caressa mon cygne caché alors que j'essayais de me rappeler comment j'avais fait cela par le passé. Cela aurait dû ressembler à faire du vélo mais pour une raison quelconque je me sentais comme une amateur complète face à sa première représentation. Un de mes patins me parut un peu lâche alors je me penchai pour le réajuster rapidement, remettant mon collant en place avant de prendre mes marques.

Dès que je fis le premier pas je sus que ça allait être mauvais. Cette adaptation de dernière minute de mon patin avait été une erreur. Je l'avais trop serré, nerveuse de le laisser lâche et je pouvais déjà sentir les effets sur mes mouvements.

Pour le moment il n'y avait rien à faire alors j'essayai de me concentrer sur les choses que je pouvais contrôler. Je me préparai à ma première combinaison de sauts mais je mis un peu trop de puissance dans mon élan par rapport à la rotation première ce qui me mit dans une mauvaise position pour enchainer avec le second. Mes pieds s'emmêlèrent et je trébuchai l'adrénaline me tirant pour continuer et commencer les croisements pour mon prochain saut. Celui-là était bon mais j'étais tellement inquiète de le gâcher que je posai inutilement le second pied à l'atterrissage.

La minute et demie qui suivit fut probablement la plus longue de ma vie. J'étais tellement déçue de la façon dont j'avais commencé que je voulais juste abandonner, jeter les mains en l'air et dire "au diable". Mais je n'avais jamais été une lâcheuse et je n'allais pas commencer maintenant. Je restai donc sur la glace et me battis pour chaque mouvement même si cela me laissait plus épuisée que le programme le plus long que j'avais déjà patiné. Il y eut quelques petits instants où je me sentis bien à propos dans ma performance mais pas suffisamment pour que je sois satisfaite.

Je pris ma position finale et il me fallut chaque once de volonté pour ne pas tomber sur la glace et me mettre à pleurer.

Me tournant de chaque côté, je saluai la foule avec la révérence et le signe de main obligatoires aussi rapidement que possible avec un faux sourire, désireuse de quitter la glace et au moins de me mettre à l'abri des projecteurs.

Marcus m'attendait au bord. Un simple regard à mon expression et il sut qu'il devait reculer et me laisser de l'espace pour me ressaisir. Il me poussa vers le coin Kiss and Cry, me tendant mes protège patins et demandant une serviette et de l'eau pour moi aux volontaires qui étaient là.

Je m'assis à côté de Marcus et avalai l'eau essayant de faire de mon mieux pour tout chasser. J'étais frustrée et légèrement vexée de devoir rester assise là et sourire alors que tout ce que je voulais faire était de trouver un endroit sombre pour m'évanouir et oublier que tout cela s'était passé.

Je ne dis rien. Il y avait des caméras sur mon visage et des micros partout. Je ne pouvais pas risquer d'ouvrir la bouche et laisser échapper quelque chose sur ce que je ressentais vraiment après cette première performance. Tout le monde voudrait savoir que j'avais fait de mon mieux et c'est tout ce qui importait alors je restais comme si tout s'était bien passé et j'étais satisfaite d'être revenue et d'avoir fini mon premier programme.

Mais tout ça était faux. J'avais commis une erreur grossière. J'avais été trop dans ma tête pour bien récupérer. J'étais énervée et déçue. Donc non je ne pouvais rien dire. Personne ne voulait entendre les jurons de la princesse de la glace préférée des Etats-Unis. Ce ne serait pas un très bon exemple pour les milliers de fillettes qui regardaient et voulaient vivre cette expérience.

Marcus me donna un coup de coude et j'entendis la voix étouffée dans le haut-parleur annoncer mes résultats. Mais je n'y fis même pas attention, je ne jetai même pas un coup d'œil sur le moniteur face à moi qui affichait mon total de points. Marcus me le dirait plus tard mais honnêtement cela n'avait pas d'importance. Il ne s'agissait pas de points. J'avais échoué. Tous ces mois de travail avait conduit à cela.

Tout ce que j'avais voulu faire c'était de me prouver que j'avais toujours une place ici et que je pouvais toujours le faire et par moi-même. Montrer à Renée qu'elle ne jouait aucun rôle dans mon succès, que mes réalisations passées n'étaient que cela – les miennes et non les siennes en aucune façon.

Mais je n'avais rien fait de tout ça. J'avais pratiquement fait l'inverse. J'avais commis une erreur de débutante qui avait conduit une chose après l'autre et je n'avais pas été assez forte pour faire ce qu'il fallait pour arrêter cet engrenage.

Au moment où nous fûmes libérés du Kiss and Cry je me précipitai dans les coulisses.

Marcus me rattrapa avant que je puisse entrer dans le vestiaire.

"C'est juste un programme, Bella," dit-il. "Tu dois oublier ce truc. C'est fini. C'est fait. Oublie tout ça et concentre-toi sur un nouveau départ avec ton libre."

Plus facile à dire qu'à faire, pensai-je, bien que j'acquiesce. N'importe quoi pour sortir d'ici au plus vite. Je n'étais vraiment pas prête pour une discussion inspirante en ce moment.

"Pourriez-vous appeler la voiture ? Je veux juste retourner à l'hôtel. J'enverrai un texto à Esmée et je lui dirais que je les verrai plus tard s'ils veulent rester et regarder."

"Je les appellerai. Prends une minute et reprends ton souffle. Je vais faire attendre la voiture à l'arrière."

"Merci," lui dis-je, en m'attardant près de la porte, rassemblant le courage de lever les yeux vers lui, c'était quelque chose que je n'avais pas été capable de faire depuis que j'avais quitté la glace. Je voulais lui dire à quel point j'étais désolée de l'avoir laissé tomber mais je ne pus rien faire de plus qu'un sourire triste et secouer ma tête.

"Ne renonce pas encore," murmura-t-il, en me tapotant le menton avec son doigt.

"Demain est un nouveau jour."

Il partit passer des coups de fil pendant que j'allais dans les vestiaires pour enlever mes patins et me changer, désireuse d'éliminer toute trace de cette performance de ma mémoire. Mon audacieux costume ressemblait à une farce et je voulais juste le mettre en boule et le fourrer dans un coin de mon sac mais je n'arrivais pas à me résoudre à froisser la belle création sur laquelle Alice avait passé tant de temps. Au lieu de cela, je la remis soigneusement sur son cintre et l'enfermai rapidement dans sa housse à l'abri des regards. Attrapant mon sac à vêtements et la poignée de ma valise, je me tournai pour partir.

J'étais tellement absorbée par mes pensées que je n'avais même pas remarqué les deux autres filles dans la pièce jusqu'à ce que je manque de les percuter en sortant. J'en reconnus une comme étant la meilleure Canadienne de la saison précédente, grande et blonde mais je ne connaissais pas l'autre brune. Elles étaient toutes les deux en costume et patins, n'ayant évidemment pas encore patiné.

L'avantage en hauteur de leurs lames les faisait me dominer. Bien qu'elles soient évidemment beaucoup plus jeunes, je me sentais honnêtement comme un petit enfant tout maigrichon sur le terrain de jeu, essayant de ne pas se recroqueviller devant une paire de tyrans.

"Eh bien, Isabella Swan. On ne peut pas être trop heureuse de cette démonstration, n'est-ce pas ?" gloussa la brune, sa langue claqua avec une expression piteuse sur son visage.

"Tu sais que tu aurais vraiment dû arrêter pendant que tu étais en tête," dit la blonde. "Ton retour est une blague. Peut-être que tu étais la meilleure mais clairement tu ne peux plus faire autant. Tu aurais dû prendre ta retraite alors que tu étais encore au sommet. Maintenant, tout le monde se souviendra de ta pathétique tentative de retour."

"C'est vraiment triste. J'avais l'habitude de penser que tu étais si géniale. Maintenant ? C'est bien dommage," dit la brune.

C'était une guerre psychologique et je le savais. Elles avaient vu que j'étais à terre, faible, vulnérable et elles voulaient... en tirer profit. Si elles pouvaient entrer assez profondément dans ma tête, mes erreurs et mes insécurités se retourneraient contre moi le lendemain et m'écarteraient définitivement de leur chemin.

Mais je n'étais pas prête à baisser les bras aussi facilement. Peut-être que j'étais déçue de moi-même. Peut-être que ma soirée avait été difficile. Mais Marcus avait raison. C'était juste un soir. J'avais besoin de me débarrasser de ça et de revenir fraiche pour le libre et il fallait commencer dès maintenant.

"Nous n'en sommes pas encore à la moitié de la compétition, mesdames. C'est vrai que ma performance ne me fera pas briller dans le classement final pour le moment … Il peut se passer beaucoup de choses en quatre minutes," dis-je froidement. Je les frôlais en passant avec autant de confiance que possible.

Ces filles n'étaient rien pour moi. Aucun des autres patineurs ne l'était. La seule chose que je pouvais contrôler, c'était moi-même et c'est ce dont j'avais besoin de me souvenir. Personne d'autre ne comptait. Malgré tout, je ne pus m'empêcher de m'arrêter à la porte et de jeter un coup d'œil en arrière en faisant un clin d'œil. "Bonne chance, les filles. La glace est glissante ce soir !"

Je sortis sans un mot de plus et pris le couloir long et presque vide. Je pouvais entendre les applaudissements et les grognements de la foule pendant que la patineuse actuelle se produisait.

Bien que j'aurais probablement dû aller directement aux portes pour voir si la voiture était déjà là, je trouvai un banc vide le long du mur vitré de la patinoire. Edward était probablement occupé et ne répondrait pas mais je voulais quand même essayer d'entendre au moins sa voix sur la boîte vocale. J'avais besoin de réconfort et pour l'instant, c'était le seul qui puisse m'en donner.

Comme prévu il ne répondit pas. L'équipe était en route du Canada vers la Californie donc ce n'était pas vraiment une surprise. Ce qui fut surprenant, c'est que moins d'une minute après lui avoir laissé un message le téléphone bipa un texto.

Hé, j'ai vu que j'ai raté ton appel. Tu vas bien ?

C'était une question piège. Physiquement, j'allais bien. Sur le plan émotionnel, j'allais mieux que quelques minutes plus tôt. Pour n'importe qui d'autre, j'aurais balayé tout ça d'un revers de la main et j'aurais dit que j'allais bien. Mais c'était Edward et je n'avais pas besoin de me cacher de lui.

Pas vraiment. Un mauvais programme court puis un drame dans les couloirs.

Besoin de moi pour arranger un sabotage ? ;)

Je gloussai et répondis rapidement, me sentant déjà mieux d'avoir parlé avec lui, même par texto.

Tentant... mais non.

Que s'est-il passé avec ton programme ?

J'étais nerveuse et j'ai fait des erreurs stupides. J'ai bousillé toutes mes chances. Tout ça a été une catastrophe.

"Je ne sais pas…" j'entendis une voix basse et familière dans mon oreille quelques instants plus tard. "D'où j'étais assis ça avait l'air plutôt génial !"

J'haletai et tournai la tête pour voir Edward assis à côté de moi sur le banc. Pendant un moment, j'étais certaine de rêver. Mais il ne disparut pas quand je levai les doigts pour toucher son visage. Il était réel et il était là.

"Edward," chuchotai-je, en jetant mes bras autour de lui et en m'accrochant désespérément.

"Salut, ma belle," dit-il, me serrant aussi fort que je le tenais.

Pendant une minute, je ne pensais à rien d'autre qu'à quel point c'était merveilleux à ce moment-là d'être tenue dans les bras par l'homme que j'aimais. Mais ensuite, je vis ce que cela signifiait.

"Qu'est-ce que tu fous ici ?" lui demandai-je, en le poussant et en lui frappant la poitrine.

"Tu devrais déjà être à Anaheim."

Il me sourit simplement et prit mon visage en coupe. "Et rater les grands débuts de ma copine ? Jamais."

"Mais ton boulot !" protestai-je, la culpabilité me traversait du fait qu'il manquait ses matchs à cause de moi. Parce que je n'étais pas assez forte sans lui. "Tu es censé jouer demain. Tu dois être..."

Son autre main se leva jusqu'à ce qu'il berce mon visage entre elles et ses lèvres douces et chaudes descendirent sur les miennes. Il nous frotta le nez et me serra contre lui en soupirant.

"Je suis exactement là où j'ai besoin d'être, Bella. L'équipe peut se passer de moi pour un match. J'ai besoin d'être ici d'autant que je sais que tu veux que je le sois. Même si tu essaies de faire la coriace."

"Je devrais être fâchée que tu aies séché ton boulot," marmonnai-je, m'enfonçant un peu plus profondément dans ses bras. "Mais je suis vraiment contente que tu sois là."

"Moi aussi."

"Alors tu as vu ?" dis-je, au bout d'un moment.

"Oui," murmura-t-il et il embrassa le haut de ma tête. "Tu étais magnifique là-bas."

"Tu n'as pas besoin de dire ce genre de choses pour que je me sente mieux," dis-je, en roulant les yeux, bien qu'il ne puisse pas voir mon visage. "J'ai merdé. C'était horrible."

"Tu ne te vois pas très clairement, tu le savais ?" gloussa-t-il, en bougeant mon visage vers le haut pour s'aligner avec le sien. "As-tu au moins vu tes résultats ?"

"Non," admis-je. "Je ne faisais pas très attention."

"Tu étais troisième à la fin de ton programme. Bien sûr, tu as eu quelques ennuis mais tu es arrivée et a continué à avancer. Ce n'était pas parfait mais c'était quand même génial. Arrête d'être une telle drama queen, Swan," il sourit avec un clin d'œil pour me faire savoir qu'il plaisantait. "D'ailleurs, d'après ce que j'ai vu dans cette histoire de patinage, le programme court ne compte pas autant que le programme long. C'est comme dans le hockey. Tu peux jouer horriblement dans les deux premières périodes et revenir pour tout rafler dans la troisième."

"En quelque sorte. Ce n'est pas exactement pareil."

"Assez proche. Et même si tu crains demain, tu as quand même fait ce que tu es venue faire ici. Tu es venue et tu as essayé. Je suis vraiment fier de toi, Bella."

"Je n'aurais pas dû essayer de te dire que je n'avais pas besoin de toi ici. Je pensais juste que j'aurais pu être capable de me débrouiller toute seule."

"Ouais, eh bien, je ne t'ai pas vraiment cru de toute façon…" dit-il, ses lèvres se courbant lentement en un sourire tordu. "Je devais arriver assez tôt pour te voir avant que tu ne quittes l'hôtel mais notre vol a été retardé à Seattle."

"Seattle ?" demandai-je, mon front se plissa de confusion. "Tu as fait une escale là-bas ou quoi ?"

"Pas exactement. J'ai dû faire un arrêt," dit-il lentement, puis il regarda quelque chose au-dessus de ma tête.

Je jetai un coup d'œil dans la direction vers où Edward regardait et je restai bouche bée.

Mon père était là, avec Esmée et Carlisle.

Ils bavardaient tous les trois mais dès que je levai les yeux et verrouillai les miens avec Charlie, toute conversation cessa. Il me fit un petit sourire qui excentra un côté de sa moustache vers le haut et haussa les épaules comme pour dire : "Oui, je suis vraiment là." Ses mains étaient dans ses poches arrière et il se balançait doucement sur ses talons comme s'il ne savait pas exactement quoi faire ensuite.

Je réussis à détourner mon regard de Charlie vers Edward pour le voir me sourire en retour.

"Quoi, comment … com…. " bafouillai-je, incapable d'achever une pensée, encore moins une vraie phrase.

"Pourquoi ne vas-tu pas dire bonjour ?" me suggéra-t-il, en m'embrassant le front avant de se lever et de me tendre sa main. Je l'agrippai en me levant sur mes jambes tremblantes.

Charlie s'éloigna des parents et nous nous rejoignîmes au milieu du couloir presque vide. Je sentis Edward serrer ma main pour m'encourager avant de la lâcher pour aller avec ses parents et nous donner à mon père et moi un moment seuls.

Tandis que nous nous tenions là, chacun un peu incertain de la meilleure façon de commencer, j'étudiais l'homme en face de moi. Il ressemblait encore à l'homme qui m'avait élevée jusqu'à ce que Renée et moi partions mais si différent en même temps. Je ne l'avais vu qu'une poignée fois depuis et je n'avais pas vraiment pris le temps de le regarder, trop occupée à me sentir blessée par son apparente désinvolture.

Il était plus grand que dans mes souvenirs, ce qui me parut bizarre puisque j'avais grandi depuis la dernière fois que je l'avais vu. Ses cheveux étaient encore foncés et épais mais les mèches sur ses tempes étaient striées de petits éclats de gris. Les rides sur son visage étaient un peu plus profondes que dans mes souvenirs mais il ne paraissait pas dur ou vieilli. Malgré son jean Levi's décontracté et une chemise en flanelle, il avait l'air presque distingué. En le regardant dans les yeux, presque identiques aux miens, je vis une lumière en eux. Sous l'incertitude et la maladresse, il y avait une émotion. Le bonheur. Et j'étais presque sûre d'en être la cause. Cette prise de conscience me donna le courage de faire le premier pas, même minime.

Je lui souris. "Salut, papa."

"Salut, gamine," dit-il, après s'être raclé la gorge légèrement. "Comment ça va ?"

"Bien. Comment tu... ?" commençai-je décontractée, il y avait tant de choses que je voulais lui demander. "Qu'est-ce que tu fais ici ? Je pensais que tu ne pouvais pas venir."

Il bougea un peu et jeta un coup d'œil derrière lui pendant un moment puis il me regarda de nouveau. "Ouais, eh bien ton garçon, là-bas, s'est pointé à ma porte et m'a fait réaliser à quel point c'était important pour toi. Deux gars au commissariat font des heures supplémentaires pour me remplacer."

"Edward est allé à Forks ?" demandai-je incrédule. Pour une raison ou une autre, c'était une surprise. Je compris… non fait, je n'avais rien compris du tout. Je n'arrivais pas à comprendre comment cela avait pu arriver, sans parler de ce qui avait dû se passer pour en arriver là.

"Il est venu frapper à ma porte à la première heure ce matin, avant même le lever du soleil. On aurait dit qu'il n'avait pas dormi de la nuit."

"Alors vous êtes venus ici ensemble ?" demandai-je, me sentant un peu bête de poser cette question mais je n'arrivais pas à faire en sorte que mes pensées se synchronisent au point que tout cela prenne un sens.

"Ouais. Ce garçon n'accepte pas non comme réponse. On avait réservé nos billets et tout. A peine eu la chance de prendre des vêtements de rechange avant de me pousser pratiquement dehors."

Je regardai par-dessus l'épaule de Charlie pour voir Edward. Il parlait à ses parents, essayant de nous donner à mon père et moi un peu d'intimité, bien qu'il me surveille encore de toute évidence. Il me fit un demi-sourire et un clin d'œil rassurant et j'avais envie de me pâmer. Il avait l'air fatigué. Épuisé, vraiment. J'avais été trop excitée pour m'en apercevoir quand je l'avais vu.

Il devait être à Vancouver quand je lui avais parlé hier soir. Revenir à New-York à temps pour me voir patiner avait dû être une course contre la montre, déjà il était allé à Forks – au milieu de nulle part dans l'état de Washington – puis retour à Seattle pour attraper un long vol pour traverser le pays. Pour moi. Si je n'étais pas déjà aussi submergée par toutes sortes d'émotions j'aurais pu en pleurer.

"Ça c'est un mec, Bells," dit Charlie en suivant mon regard. Sa moustache bougea quand Edward détourna rapidement le regard et se gratta le cou, semblant un peu chagriné d'être pris sur le fait. Esmée et Carlisle le regardèrent avec un sourire encourageant alors qu'il passait son bras autour de sa taille et qu'elle posait sa tête sur son épaule.

"Je vois que tu as rencontré ses parents aussi."

"Oui, euh… nous avons bavardé quand nous sommes arrivés à l'hôtel puis assis dans les gradins," dit-il en s'éclaircissant la voix de nouveau avant de faire un geste vers les trois personnes qui nous attendaient. "Nous euh… avons fait une réservation pour le dîner si tu penses que tu es en forme. Rien de trop fantaisiste puisque nous avons pensé que tu serais fatiguée. Mais tu dois quand même avoir besoin de manger quelque chose après tout ça."

"Oui bien sûr, c'est une bonne idée," dis-je. Nous bavardâmes encore un peu avant de rejoindre les autres.

Je passai les prochaines heures avec Edward, ses parents et Charlie. Nous dînâmes dans un petit steakhouse près de l'hôtel car nous avions manqué l'heure du dîner. Marcus était passé un moment et avait semblé se régaler de discuter avec les gars.

C'était génial de les avoir tous là. Charlie et moi étions si gênés qu'il aurait été difficile de poursuivre la conversation par nous-même mais avec tous les autres nous pûmes trouver cela un peu plus confortable. Carlisle et Charlie semblaient déjà être de bons amis et je me retrouvai à en apprendre beaucoup sur l'homme à moitié responsable de mon existence.

Les Cullen semblaient tirer Charlie de sa coquille comme ils l'avaient fait avec moi. Je me rendis compte que je ne connaissais pas vraiment mon père. Ça faisait trop longtemps que je ne l'avais pas vu, je voulais que ça change. La soirée se révéla être très différente de ce à quoi je m'attendais, au lieu de bouder dans un coin de ma chambre d'hôtel, j'avais apprécié un repas décontracté plein de sourires et de rires où la conversation s'écoulait facilement. Merci à eux, je pus presque oublier le fait que j'avais mal patiné quelques heures plus tôt.

Quand nous arrivâmes dans le hall de l'hôtel nous prîmes un moment pour nous souhaiter bonne nuit et nous mîmes d'accord sur ce qui allait se passer le lendemain. Alors que tout le monde se dirigeait vers les ascenseurs, Charlie sembla hésiter. Je me mordis la lèvre, j'aurais dû lui dire quelque chose mais je me sentais toujours mal à l'aise.

Edward avait dû remarquer mon expression déchirée. Il me prit dans ses bras et embrassa ma tête avant de parler doucement à mon oreille.

"Tu devrais lui parler mon amour."

"Je ne sais même pas quoi lui dire."

"Tu trouveras. Il est aussi nerveux de te revoir. Je pense que ça vous ferait beaucoup de bien de parler un petit peu tous les deux, face à face."

Je hochai la tête et sortis de ses bras m'éloignant avant de faire demi-tour.

"Et toi ?"

"Je vais aller avec mes parents pour l'instant. Viens me chercher après si tu veux."

Je hochai à nouveau la tête et traversai le hall en courant.

"Papa ?" appelai-je, alors que la porte de son ascenseur s'ouvrait. "Attends-moi."

"Tu montes ?" demanda-t-il

"Oui. Euh Je t'accompagne jusqu'à ta chambre… si ça ne t'ennuie pas ?"

"Bien sûr, euh c'est bien," fit-il alors que nous entrions dans le petit espace puis nous restâmes dans un silence un peu inconfortable. Malgré tous les progrès que nous avions fait en nous parlant au téléphone, c'était différent de l'avoir en personne. Edward avait raison. Nous avions besoin de nous parler. Je ne savais tout simplement pas comment commencer.

Nous allâmes jusqu'à sa chambre sans que l'un de nous deux eut le courage d'ouvrir la bouche puis nous commençâmes en même temps, nous balançant l'un contre l'autre et nous interrompant pour que l'autre commence en premier.

"Bel…"

"Pa…" fîmes-nous en même temps, riant un peu nerveusement et nous arrêtant net, chacun faisant signe à l'autre de commencer. Il était plus têtu alors je cédai. "Euh… ça te dérange si je rentre une seconde ?" demandai-je, pas vraiment à l'aise de parler dans le couloir.

Il hocha la tête, ouvrit la porte, me faisant signe de passer devant lui alors qu'il allumait les lumières.

Une fois à l'intérieur il nous fallut une minute de plus pour reprendre la conversation. Cette fois ce fut Charlie qui prit l'initiative.

"Eh bien c'était vraiment quelque chose là-bas aujourd'hui. Ça faisait longtemps que je ne t'avais pas vu patiner en direct."

"Je suis contente que tu sois venu papa. Je sais que je t'ai dit que ce n'était pas grave si tu ne venais pas mais euh… ça compte beaucoup pour moi que tu sois là."

"Oui eh bien pour moi aussi. Je voulais être ici Bells mais les choses se sont gâtées au travail et ensuite tu as dit que ça irait si je venais en janvier alors j'ai laissé tomber. J'aurai dû faire plus d'efforts pour que ça fonctionne au lieu d'attendre qu'Edward se pointe à ma porte et me tire par les oreilles."

"Qu'est-ce qu'il a dit ?" demandai-je, débordant de curiosité.

"Certaines choses que j'avais besoin d'entendre," soupira-t-il. Lorsqu'il n'ajouta rien je décidai de ne pas insister, peu importe ce que je voulais savoir. Je ne pouvais pas le laisser comme ça cependant.

"Comment l'as-tu… ? Euh, est-ce que vous vous entendez bien ?"

"Bien sûr," il haussa les épaules avec désinvolture. J'essayai de ne pas gémir tellement il était peu coopératif pour satisfaire ma curiosité.

"Et toi tu as été gentil avec lui ? Pas que je pense que tu ne l'as pas été…" divaguai-je rapidement. "Je veux dire il était nerveux à l'idée de te rencontrer, je pense. Je veux dire il ne m'en a rien dit mais c'est juste …"

"Tranquillise-toi, je le pense vraiment. Nous nous entendons très bien. Après avoir appris à le connaitre un peu… eh bien, c'est un homme bon. Et il t'aime vraiment c'est évident."

"C'est vrai," acquiesçai-je, en lui faisant un sourire rassurant. "Je l'aime aussi."

"Bien, euh je sais que ce n'est probablement pas mon rôle et que ça ne fait pas beaucoup de différence mais je… euh bien… je l'aime bien… si ça compte."

"Ça compte. Il n'était pas le seul à être nerveux," avouai-je. "Nous avons rencontré Jacob Black à plusieurs reprises. Il a dit certaines choses qui donnaient l'impression que tu n'approuvais pas vraiment. Jake est un étranger pour moi donc je m'en foutais mais il donnait l'impression que vous étiez proches et bien Edward et Jacob ne s'entendent pas très bien."

"C'est un euphémisme," gloussa Charlie. "Edward et moi en avons discuté dans l'avion. J'ai vu le dernier match aussi quand ils se sont battus. Je le lui ai dit mais tu devrais l'entendre aussi."

Il fit une pause et souffla. Il s'assit au coin du lit et croisa les mains pendant que je m'asseyais dans le fauteuil face à lui. "Jake est complètement fou en ce moment. Il laisse l'attention et la célébrité lui monter à la tête. Il a toujours été un peu fauteur de troubles, trop audacieux et trop têtu pour son bien. Et aller à Chicago n'a fait qu'empirer la situation. Billy est plutôt déchiré à ce sujet alors j'essaie de garder un œil sur lui et de vérifier de temps en temps. Peu importe ce qu'il se passe entre Jake et moi ça ne concerne en rien ce que je pense d'Edward. J'aime à croire que je suis bon à juger le caractère des gens et que j'ai assez de bon sens pour me faire ma propre idée. Edward ? Il a bon caractère. Il semblerait qu'il ait la tête sur les épaules et les pieds bien posés sur le sol. Il pense que tu détiens les étoiles et la lune. En tant que père même si j'ai été très absent, je ne pouvais espérer mieux que lui pour toi."

"Papa…" soupirai-je. "Je souhaite vraiment que tu arrêtes de parler comme ça. Le passé est derrière nous. Nous ne pouvons pas le changer… mais je ne pense pas que ce soit très bien pour nous deux de nous attarder sur nos erreurs. Peut-être que nous n'avons pas été présents l'un pour l'autre par le passé mais maintenant nous le sommes. Et… je suis très heureuse que tu sois là maintenant et d'avoir la chance d'en apprendre plus sur toi et que toi tu puisses en apprendre plus sur moi."

"Ça me rappelle. J'ai… euh… j'ai amené quelque chose," marmonna-t-il et il alla à son sac, fouillant dedans pendant une minute jusqu'à ce qu'il trouve ce qu'il cherchait. Il revint vers moi et avec un regard hésitant, il me tendit un grand album. La reliure était usée et des petits papiers collés dépassaient de tous les côtés. La couverture était gondolée et quand je l'ouvris je découvris des pages remplies de photographies et d'articles, soit scotchés, pliés ou collés, tellement que ça débordait de l'album.

"Papa," haletai-je, en regardant ce qu'il y avait à l'intérieur. Il était derrière moi, regardant par-dessus mon épaule alors que je tournai délicatement les pages par les coins, en prenant soin de ne pas abimer les papiers usés et vieillis. Chacun d'eux parlait de moi, qu'il s'agisse d'une photo ou d'une histoire. La plupart était des articles soigneusement découpés dans les journaux et des magazines. Certains des plus récents semblaient provenir d'internet. Mais mêlés à tous ceux-ci il semblait y en avoir qui n'étaient pas des archives publiques – des photos de moi enfant avec lui ou avec Renée ou juste moi. Je ravalai mes larmes et repérai les visages usés sur une photo de nous trois réunis à l'étang gelé derrière notre maison prise quand j'avais environ quatre ans.

"C'était pour quoi tout ça ?" lui demandai-je, ne le regardant avec un sourire larmoyant.

"Je veux juste que tu saches que je t'ai toujours suivie même si cela ne semblait pas être le cas. Je pensais vraiment que tu allais avoir une meilleure vie avec ta mère," il s'arrêta et sa moustache bougea, quelque chose que je reconnaissais comme était un signe qu'il essayait de rester calme. "Mais je… tu m'as manqué comme l'enfer."

Mon menton trembla alors que je combattais mes propres émotions avant de pencher la tête sur le côté et de la poser contre lui. Sa main n'hésita qu'un instant avant de se poser sur ma tête et de me frotter affectueusement les cheveux.

"Tu m'as manqué aussi, papa," murmurai-je.

Après une minute je recommençai à feuilleter les pages. Charlie s'installa à côté de moi près de la petite table et nous parcourûmes l'album ensemble discutant au fil des pages, revivant des souvenirs, partageant des histoires et des anecdotes au fur et à mesure.

En arrivant à la fin je trouvai une photo plus jaunie que les autres. Je la dépliai et c'était une photo de ma mère que je n'avais jamais vue avant. Elle paraissait si jeune et si heureuse. Très belle. Elle était sur la glace avec une robe de patineuse rouge au milieu d'une spirale impressionnante.

"Quand a-t-elle été prise ?" demandai-je, en défroissant la photo et l'étudiant.

"A peu près à l'époque où je l'ai rencontrée. Je suis allé la voir se produire à un petit spectacle local peu après que nous ayons commencé à nous voir. Je savais qu'elle aimait patiner, c'est l'une des premières choses dont elle m'a parlé quand je l'ai rencontrée. Mais ce n'est que lorsque je l'ai vue dehors que je me suis rendu compte à quel point c'était vraiment important pour elle. Elle était vraiment très bonne en fait. Elle aurait pu se faire un nom si elle en avait eu les moyens. Elle était tellement contente sur la glace. Elle était… bien, enchanteresse. Je suis tombé amoureux d'elle."

Ses yeux restaient fixés sur la photo et sa voix était basse et calme alors qu'il se souvenait, semblant se perdre dans ses pensées même s'il les partageait avec moi.

"Elle avait beaucoup de grands rêves, elle voulait quitter sa ville natale et voir le monde, être quelqu'un. Ensuite, eh bien, la vie se passe, je suppose. Parfois les gens changent et ce n'est pas toujours pour le mieux," ses lèvres se soulevèrent sans humour et il me regarda.

"Quand nous t'avons eu, elle a pensé que toute chance de patiner qu'elle aurait pu avoir était passée. J'ai essayé de l'encourager à recommencer, que le simple fait d'avoir un bébé ne signifiait pas qu'elle devait renoncer à ses rêves, qu'elle pouvait toujours patiner. Bien sûr peut-être qu'elle ne deviendrait pas célèbre ou quoi que ce soit mais elle n'avait pas à tout abandonner. Elle ne voulait rien entendre, le simple fait de patiner ne suffisait pas à la satisfaire, notre vie ensemble ne lui suffisait pas.

"Il m'a fallu beaucoup de temps pour admettre que je n'aurais rien pu faire pour changer les choses. Je euh… j'espère que tu le réalises aussi. Ce n'est pas de ta faute si elle est comme elle est et tu n'aurais rien pu y faire non plus."

J'opinai et regardai la photo à nouveau pensant combien c'était triste que la fille heureuse de la photo se soit laissé transformer en femme amère qui n'était jamais satisfaite.

"Et de te voir patiner là ? Et bien ça m'a rappelé beaucoup comment elle était au début, quand je suis tombé amoureux d'elle. Particulièrement aujourd'hui avec cette musique. Elle patinait dessus tu le savais ?"

"Quoi ? Non, je ne savais pas. Je me souviens que tu mettais souvent cette musique quand j'étais petite."

"Oui c'est sur ça qu'elle patinait quand je l'ai rencontrée. Ça la rendait folle quand je la mettais. Ça lui rappelait ce qu'elle avait perdu. Je suppose que c'était ma façon d'essayer de retenir la fille dont j'étais tombé amoureux," finit-il, perdu dans ses souvenirs pendant un moment avant de me sourire. "C'est bien que tu t'en serves. Entendre ce morceau ? Te voir là-bas en train de faire ce que tu aimes ? Tu m'impressionnes beaucoup Bells. Je suis vraiment fier de toi."

Je passai mes bras autour de ses épaules et enfouis mon visage contre son cou, respirant l'odeur des feuilles persistantes et le tabac, cette même odeur qui me rappelait mon enfance. "Merci papa."

Au bout d'une minute, nous nous éloignâmes, moins gracieusement. "Ouais, euh... si tu veux... Je ne veux pas..." bégaya-t-il, en montrant l'album du doigt.

"Non," dis-je doucement, en fermant l'album et en le lui remettant. "Merci de l'avoir partagé avec moi mais euh… je pense que tu devrais le garder. C'est bon de savoir que tu as au moins un petit quelque chose pour te rappeler de moi."

Il me sourit avec amour et me tapota sur la joue. "Je n'ai pas besoin d'un album pour ça, chérie."

Après avoir dit bonne nuit à Charlie, j'allai retrouver Edward dans la chambre de ses parents. Nous passâmes quelques minutes à bavarder avant que je perde patience. Je voulais juste être seule avec Edward. Je lui chuchotai qu'il prenne ses affaires pour qu'on puisse retourner dans ma chambre avant d'élever la voix pour dire bonne nuit à Esmée et Carlisle.

Edward protesta avec tiédeur pendant le court trajet jusqu'à ma porte, en insistant qu'il pouvait rester chez ses parents ou avoir sa propre chambre.

Quand nous entrâmes et qu'il radotait encore, je cessai d'essayer de discuter et je glissai lentement mes mains sur sa poitrine pour les reposer sur ses épaules, lui coupant la parole avec un baiser enthousiaste. Il me le rendit tout aussi minutieusement. Mais j'aurais dû savoir que je ne pouvais pas réussir à le détourner aussi facilement.

"Honnêtement, je ne m'attendais pas à rester avec toi ce soir. Je sais que tu as besoin de te reposer et que tu dois te concentrer," dit-il, en serrant mes poignets avec ses doigts, en levant une main puis l'autre vers ses lèvres. "Je ne veux pas m'immiscer dans ton espace."

"Peut-être que je veux que tu empiètes sur mon espace," chuchotai-je, me tenant sur la pointe des pieds pour faire pleuvoir de doux baisers le long de sa mâchoire.

"Je croyais que tu avais dit que j'étais distrayant."

"Tu l'es. Beaucoup," murmurai-je, en accentuant mes paroles de petits baisers bouche ouverte le long de son cou.

"Mais je commence à réaliser que parfois une distraction peut être une très bonne chose et exactement ce dont j'ai...besoin. Distrais-moi, Edward. S'il te plaît ?"

Il nous fit avancer, m'abaissant doucement jusqu'au lit. En touchant le matelas, j'aperçus du coin de l'œil une distraction gênante. Avec ses lèvres à seulement un souffle, je bougeai la tête juste hors de sa portée.

"Qu'est-ce que c'est ?"

Je me tournai vers la tête vers la table de chevet où les cinq figurines étaient alignées, les yeux ouverts et regardant chacun de nos mouvements. "D'abord, je vais avoir besoin que tu ranges ça dans un tiroir ou quelque chose. On n'a pas besoin d'un public pour ce que j'ai en tête pour toi."

"Vraiment ?" Il rit et ouvrit le tiroir de la table de chevet, cachant les poupées avant de se retourner avec un sourire espiègle. "Je ne sais pas, baby, j'ai toujours été plus performant face à une foule en délire…"

"Quand on rentrera à la maison, je te trouverai un enregistrement d'une bande de fans hurlants et on pourra satisfaire ton penchant pour le voyeurisme," murmurai-je, en accrochant mes doigts dans ses passants de ceinture pour le tirer plus près.

"Vraiment ?" s'exclama-t-il, avec un sourire étourdi avant de me saisir les hanches, pour me hisser de nouveau au centre du lit et sauter après moi avec empressement. Il m'entraîna dans un baiser enflammé, ses mains déjà tirant sur mes vêtements pendant qu'il marmonnait contre mes lèvres. "Hmmm, Bella, tu vas être la meilleure colocataire de tous les temps."

Le lendemain, je me sentais complètement différente. C'était peut-être la même compétition mais je voulais l'aborder d'une toute nouvelle façon.

Edward avait fait un travail extraordinaire pour me distraire hier soir et je n'avais pas eu beaucoup de temps pour penser à la compétition avant de sombrer dans ses bras.

Ce matin-là, Edward, Charlie, Esmée et Carlisle se joignirent tous à moi pour le petit-déjeuner avant de se diriger vers la patinoire pour la répétition du libre. La conversation me permit de rester calme et je découvris que je pouvais parler de la compétition sans être nerveuse. A la patinoire je trouvai leur présence réconfortante plutôt que stressante, comme je l'avais initialement pensé. Peut-être que ça apportait vraiment quelque chose d'avoir quelques supporters inébranlables dans son coin. Ils voulaient me voir bien faire mais ils ne seraient pas déçus si je chutais. Même si je voulais les rendre fiers de moi, je savais que mon classement final n'affecterait pas leurs sentiments. Ils l'étaient déjà.

Je n'étais pas sûre si c'était la présence d'Edward ou le fait que je me sentais plus à l'aise avec mon programme long ou quelque chose d'autre mais je me sentais être une toute nouvelle patineuse. Peut-être que j'avais juste épuisé tous mes nerfs la journée avant.

Ma séance d'entraînement se déroula bien et je quittai la glace en me sentant bien. Je me sentais préparée, en contrôle.

Après le retour à l'hôtel, la journée se déroula aussi rapidement que la précédente. Mais pour des raisons complètement différentes. Après le déjeuner, je fis une sieste à côté d'Edward qui jouait avec mes cheveux tout en regardant la chaine sportive. Il resta avec moi pendant que je me préparais, me volant quelques baisers avant que je mette mon rouge à lèvres.

Bien que j'aie besoin d'être à la patinoire beaucoup plus tôt que tous les autres, ils m'accompagnèrent jusqu'au contrôle de sécurité et me souhaitèrent bonne chance. Edward me serra fort, en faisant attention de ne pas abîmer mon chignon plein de laque en me disant "Bonne chance, ma belle. " Je lui tournai ma joue pour qu'il l'embrasse car je ne voulais pas lui mettre du rouge à lèvres partout mais apparemment ça ne l'inquiétait pas. Il me fit pratiquement décoller du sol en m'embrassant avec tant de passion que ça me laissa toute étourdie. Je ris quand on se sépara en voyant ses lèvres couvertes de gloss couleur prune.

"Je ne pense pas que ce soit ta couleur, Cullen," dis-je, en passant mon pouce sur sa lèvre inférieure.

Il sourit et s'essuya le visage avec la manchette de sa chemise. "Ça en valait la peine."

Dans les coulisses, je retrouvai mon rythme. Je cherchai un coin tranquille pour m'étirer et m'échauffer pendant que Marcus me tenait compagnie. A mi-chemin de mon échauffement, j'entendis mon téléphone sonner dans mon sac. Je jetai un regard interrogateur à Marcus. C'était un grand partisan d'éteindre le portable à la porte du vestiaire. Il haussa les épaules et me sourit, m'encourageant à regarder. En prenant le portable, je vis un texto d'Edward.

Qu'est-ce que tu fais ?

Je regardai Marcus de nouveau, me demandant si je devais répondre ou simplement le ranger. Marcus leva les yeux vers moi et s'éloigna du mur et commença à partir. " Continue juste à faire les étirements."

Je souris et passai le reste de mon échauffement à envoyer et recevoir des textos avec Edward. Rien en particulier, juste des bêtises.

Je fis un jogging rapide dans les couloirs pour faire circuler mon sang, en écoutant sa musique et en continuant d'envoyer des SMS. Quand le moment vint de m'habiller, je me sentis exaltée et rafraîchie, prête à conquérir le monde. Je lui dis que je devais y aller et il m'appela tout de suite.

"J'ai hâte de te voir dehors, Bella. Fais-moi un bisou, d'accord ?"

"Je le ferai. On se voit après ?"

"J'attendrai," promit-il.

Lorsque mon groupe prit la glace pour s'échauffer, j'entendis les quatre membres du groupe m'encourager dans les gradins. Je ris et leur fis signe de la main, bien que mes joues rougissent d'embarras.

Je décidai de réchauffer ma combinaison triple flip-triple boucle piquée et peut-être instiller un peu de peur chez mes concurrentes. Je réussis les deux sauts à la perfection et fus acclamée par la foule.

C'est bon, c'est bon. La Swan est encore là. Je souris à l'une des filles qui m'avait coincé dans le vestiaire Elle n'avait plus l'air si arrogante.

J'étais troisième cette fois alors je fermai mon sweat-shirt pour me réchauffer et allai dans les coulisses attendre que Marcus vienne me chercher. Je ne regardais personne. N'écoutais rien. C'était beaucoup plus facile d'éloigner les distractions. Aucun d'entre eux n'existait. Dans mon esprit, il n'y avait pas d'autres patineurs, pas de juges, pas de caméras ou de journalistes. Il n'y avait que moi et la glace. Avant même d'entendre mon nom, je savais que ça allait être une bonne soirée.

Cette fois, lorsque je pris ma position d'ouverture, j'étais calme et recueillie. Quand la musique commença - la musique d'Edward, je me perdis dans les notes, dans la vision de lui jouant pour moi, le regard dans ses yeux la première nuit où il m'a dit qu'il m'aimait. Je bloquais tout, même les pas et la technique et je me laissais aller. Ce n'était toujours pas un patinage parfait - pas assez de hauteur sur mon Lutz et je dus faire un double au lieu d'un triple et je pris un peu de repos dans ma séquence de jeu de jambes.

Je fis quelques faux pas mais dans l'ensemble, je terminai mon programme en me sentant satisfaite de ma prestation.

Deux patineurs après moi dans le programme court la veille avaient aussi fait de bonnes performances, m'envoyant en cinquième position pour le libre. En fin de soirée, je terminai quatrième.

Je vis la cérémonie de victoire avec trois autres filles monter sur le podium et je n'eus pas ne serait-ce qu'un soupçon de déception.

Peut-être qu'une partie de la philosophie d'Edward avait commencé à déteindre sur moi, parce que j'étais optimiste. Peut-être que cette compétition n'avait pas été ma meilleure mais j'avais fait ce que j'avais prévu de faire. J'étais venue, j'avais patiné et j'avais fait de mon mieux. J'avais prouvé que j'avais encore le courage de concourir et il y avait encore une autre chance de montrer que j'avais encore envie de gagner.

Après le petit-déjeuner le lendemain matin, nous montâmes dans un taxi pour l'aéroport avec Charlie, Edward et sa famille pour prendre nos vols de retour respectifs. Mon père partit le premier avec des promesses de garder le contact.

Ça me fit sourire de voir mon père si à l'aise de serrer la main et de partager des rires avec le père d'Edward. Ça me surprenait de voir à quel point ils se ressemblaient, bien que ça n'aurait vraiment pas dû. C'était deux hommes assez formidables. J'aurais déjà eu de la chance de n'en avoir qu'un mais là j'étais bénie de les avoir tous les deux.

Alors que Carlisle et lui étaient comme des larrons en foire, Charlie avait encore l'air un peu débordé quand Esmée le serra dans ses bras et l'embrassa sur la joue. Je ne pouvais pas lui en vouloir. Il m'avait fallu un moment pour m'habituer aux Cullen et à leur nature ouvertement accueillante.

Bien que nous ayons continué à demeurer un peu embarrassés, Charlie et moi réussîmes à partager une accolade et à dire nos au revoir avant que l'hôtesse de l'embarquement n'annonce l'embarquement de son vol. Il attrapa son sac et le jeta par-dessus son épaule, sa moustache un peu bizarre comme s'il hésitait sur quelque chose. Alors il s'approcha de moi et me reprit dans ses bras, beaucoup plus sûr que pour la première.

"Je te verrai à Spokane, Bells. Je te le promets," chuchota-t-il dans mes cheveux. Je le serrai tout aussi fort et hochai la tête. "Je t'aime, ma chérie", dit-il en me serrant encore une fois la main avant de me relâcher, en essayant furtivement d'enlever les traces d'humidité de ses yeux.

Je ne réussis pas aussi bien à masquer les larmes qui coulaient dans mes yeux, en me mettant sur la pointe des pieds et embrasser sa joue en chuchotant : "Je t'aime aussi, papa."

Il s'éclaircit la gorge, sa moustache se tortilla, il renifla et se tourna vers Edward à mes côtés, la main tendue.

"Charlie," dit Edward, en le prenant et en le serrant fermement. "Je te raccompagne jusqu'à la porte si c'est d'accord."

Il hocha la tête et leva la main pour un dernier adieu à nous trois pendant qu'ils se dirigeaient vers la file, s'arrêtant juste sur le côté et partageant quelques mots. Mon front se plissa un peu par curiosité et je me demandais de quoi ils pouvaient parler. Carlisle et Esmée m'entraînèrent dans une conversation, bien que je garde un œil sur les deux hommes qui parlaient encore.

Leur conversation sembla durer une éternité pour deux personnes qui venaient de se rencontrer. Je fus stupéfaite de voir qu'ils partageaient une étreinte virile, avant de se séparer. Charlie me lança un autre un regard et un sourire alors qu'il faisait la queue et donnait son billet, tandis qu'Edward revenait en courant pour qu'on puisse filer jusqu'à notre propre porte d'embarquement.

"De quoi s'agissait-il ?" demandai-je, en prenant nos sacs à dos et en marchant dans le couloir.

"Oh, moi et le chef ? On est meilleurs amis maintenant, tu ne savais pas ?"

" Meilleurs amis ? Vraiment ?" me moquai-je.

"Que puis-je dire, Swan ? Je suis un type adorable..."

"Tu l'es vraiment," soupirai-je et je passai mon bras sous le sien quand nous arrivâmes à notre porte et nous mîmes derrière Esmée et Carlisle.

"Tu sais quoi ?" dit Edward quelques minutes après l'embarquement et l'installation à bord.

"Quoi ?"

"Nous sommes tant de fois allés à l'aéroport… eh bien c'est le premier vol que nous prenons ensemble."

Je lui souris et je me penchai sur l'accoudoir pour embrasser ses lèvres. Je posai ma tête sur la courbe de son l'épaule et regardai par le hublot pendant que nous roulions sur la piste, pensant à quel point c'était agréable, pour une fois, non seulement de rentrer chez lui mais aussi avec lui.

Chez nous.

* Miracle : film de 2004. Comment aux J. O. d'hiver de 1980 à Lake Placid, l'équipe de hockey américaine a remporté la médaille d'or face aux invincibles soviétiques