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CHAPITRE 20

Jamais aussi bien que chez soi


Ce soir-là après avoir atterri, tout le monde se retrouva pour un dîner du dimanche chez Esmée et Carlisle. Bien que la majorité d'entre nous ait passé la journée à voyager, nous nous satisfîmes de pizza et nous assîmes pour bavarder, rattrapant les nouvelles des jours passés.

Les gars parlèrent de leurs matchs, spécialement celui qu'Edward avait manqué, Carlisle s'enquit de la santé de Rosalie, qui semblait aller beaucoup mieux et Alice nous raconta les potins concernant son dernier mariage.

Tout le monde voulut des détails concernant ce qu'il s'était passé à Lake Placid. Alice et Rose avaient regardé à la télé et même Jasper et Emmett étaient allés chercher les vidéos sur internet, postées par des fans enthousiastes. Dans l'ensemble c'était un moyen idéal de terminer la semaine en famille.

Vers vingt et une heure trente j'étais prête à trouver un lit et à m'évanouir, épuisée physiquement et émotionnellement par ces derniers jours. Edward arriva derrière moi alors que nous étions tous dans la cuisine et enroula ses bras autour de ma taille, posant son menton sur mon épaule.

"Prête à partir, coloc ?" murmura-t-il à mon oreille, l'amusement était clair dans sa voix.

"Coloc ?" s'exclama Alice, à côté de nous. "Avez-vous quelque chose à partager avec la classe… ?"

Nous avions gardé cela pour nous depuis le soir où nous avions pris la décision, convenant que nous devions passer ma première compétition avant d'apporter de véritables changements à notre arrangement. Ce n'était pas comme si l'un de nous pensait que quelqu'un désapprouverait de quelque manière que ce soit mais simplement cela n'avait pas besoin d'être su par tout le monde au départ. Il semblerait que le chat soit sorti du sac.

"Euh ouais, en fait…" bégaya Edward, en se mettant à côté de moi.

Il me jeta un coup d'œil, cherchant la permission de partager la nouvelle. Je haussai les épaules et lui fit un sourire rassurant, glissant mon bras autour de sa taille et pinçant doucement sa hanche.

"Bon, Bella et moi avons décidé d'emménager ensemble."

Les mots n'avaient pas fini de sortir de sa bouche qu'Alice rebondissait déjà. En un instant nous étions tous les deux coincés dans son étreinte, ses cris excités résonnant à mon oreille. J'essayai, sans succès, de m'extraire de son emprise pour le bien de nerfs auditifs mais je me retrouvai prise au piège. Pour une aussi petite chose elle pouvait vraiment être assez forte quand elle le voulait.

"Oh seigneur je suis tellement excitée pour vous !" s'exclama-t-elle, me lâchant une seconde pour serrer davantage son frère puis revenant à moi avant que j'aie pu reculer.

"Sérieux, minus ? Nous n'aurions pas pu le dire…" dit Emmett. Alice lui lança un regard avant que ses lèvres ne s'ouvrent en un sourire géant.

"Sérieusement. Comment se fait-il que vous n'ayez pas besoin d'appareils auditifs ? Je connais Alice depuis dix mois et je peux déjà sentir que mon audition commence à diminuer quand elle crie comme ça," murmurai-je d'un ton léger, serrant Alice moi aussi, alors qu'elle criait et me serrait de nouveau, apparemment inconsciente de ma moquerie.

"Tu développeras une immunité avec le temps," dit Esmée, me faisant un clin d'œil amical en s'avançant vers son fils. Elle prit Edward dans ses bras et l'embrassa sur la joue, lui chuchotant quelque chose à l'oreille. Il sourit et opina, la serrant lui aussi, la soulevant pratiquement à cause de leur différence de taille.

En les voyant ainsi c'était facile de voir combien leur lien était fort. Je savais qu'Edward et Esmée étaient proches et qu'ils l'avaient toujours été mais c'était merveilleux de le voir en direct, spécialement parce que je les chérissais tous les deux. La vision d'Esmée qui lui caressait la joue et le regardait de manière adorable me fit visualiser à quoi il devait ressembler quand il était petit et qu'il aurait été celui qui tordait le cou pour la regarder au lieu que ce soit elle.

L'interrogatoire pétillant d'Alice me ramena dans le présent et m'éloigna des images d'un adorable petit garçon aux genoux égratignés et aux dents manquantes qui souriait à sa mère.

"Alors quand est-ce que tu emménages chez lui ? Tu vas redécorer ? Tu as besoin d'aide pour tout ranger ? Quand est-ce que ton bail s'achève ?"

Et juste comme ça Alice était en marche. Bien sûr son premier réflexe fut de prendre un papier et un crayon et de faire une liste en essayant de présenter un plan d'action détaillé sur la manière la plus efficace de fusionner nos deux habitations. Elle avait des idées sur tout, placement des meubles, couleurs de peinture, conseils pour optimiser la circulation et la sérénité dans notre petit "nid d'amour."

Jasper et Emmett s'éclipsèrent pour aller voir la télé et Rose fit de même peu de temps après. Esmée resta là presqu'aussi excitée qu'Alice pour aider et c'était difficile de les décevoir. En fait ça m'était égal. Depuis le temps je m'étais habituée à son penchant de vouloir contrôler toutes les situations et elle était généralement assez bonne pour se maitriser et ne pas dépasser les bornes.

Je pouvais encore me souvenir de ce qu'avaient été les premiers jours quand je m'étais installée en ville et les avais rencontrées toutes les deux. J'étais timide et perdue et Alice avait été comme un tourbillon qui m'avait ébranlée et m'avait fait perdre mes repères. Bien que ça m'ait dépassé ça avait été agréable, nouveau et différent et j'avais été plutôt contente de la laisser diriger parce que je n'avais aucune idée de comment faire tout ça par moi-même.

Et maintenant avec ce déménagement ? Même si je m'amusais bien avec Alice, j'espérais vraiment qu'Edward et moi puissions faire le plus de choses par nous-mêmes. Je m'attendais des choses stupides comme nous perdre à Bed Bath & Beyond pendant des heures à choisir de nouvelles serviettes et de nouveaux gadgets pour remplir ses tiroirs de cuisine presque vides. Je voulais parcourir les allées de Home Depot avec ma main dans la sienne et passer quarante-cinq minutes à discuter de la couleur pour peindre la salle de bain et autres bêtises de ce genre.

Peut-être que c'était trop demander. Bien sûr Edward aimait bricoler mais peut-être que ça ne l'intéresserait pas vraiment de choisir des rideaux ou des couettes et autres choses pour la maison. En plus il était toujours très occupé avec son emploi du temps épuisant. Ce n'était probablement pas très réaliste de penser qu'il pourrait s'impliquer très activement dans ce travail.

En même temps il n'y aurait probablement pas grand-chose à faire. Bien sûr j'avais suggéré l'idée de redécorer un peu mais j'aimais déjà la maison comme elle était. Je ne voyais pas vraiment de grands changements à apporter.

Mais Edward resta là pendant toute cette conversation et ça me laissa espérer qu'il n'avait pas envie de repousser toutes ces décisions vers sa sœur, sa mère et moi. Carlisle resta lui aussi et ils semblaient impatients tous les deux de s'attaquer à quelques projets. Ils se mirent ensemble, attrapant papier et crayons, dessinant les dimensions de la pièce et évoquant l'ajout de moulures à l'un des plafonds ou l'extension de certains des systèmes de chauffage déjà en place. Edward mentionna le fait qu'il avait quelques réparations à faire et maintenant semblait être le moment idéal pour s'en occuper.

Une heure plus tard j'étais pratiquement morte de fatigue et personne ne semblait vouloir s'arrêter. Ma tête flottait avec la terminologie et les idées pour l'amélioration de la maison – Edward et Carlisle dans une oreille et Esmée et Alice dans l'autre. Je décidai de poser ma tête sur le comptoir. La main chaude d'Edvard se posa sur ma colonne vertébrale et il fit des mouvements circulaires apaisants qui me plongèrent dans un léger assoupissement.

Dans une vague brume, j'entendis Jasper revenir récupérer Alice et Rose et Emmett dire au revoir. J'envisageai brièvement d'ouvrir les yeux pour leur souhaiter bonne nuit et voir si Edward était prêt à partir mais j'étais tellement bien à ce moment-là, la joue sur mon avant-bras et le bras d'Edward autour de moi, sa main sur mon dos. J'étais réticente à bouger si cela impliquait de perdre ce contact chaleureux et réconfortant même pour le plus bref instant.

Pendant qu'Edward et ses parents continuaient à bavarder, je me laissai dériver encore plus. C'était un sentiment étrange de rester assise, affalée sur la table, mon corps complètement épuisé alors que mon esprit était encore un peu alerte. Bien que les voix soient assourdies et un peu lointaines, je pouvais quand même discerner l'essentiel de la conversation autour de moi.

"La pauvre chérie est épuisée," murmura Carlisle avec affection. La main d'Edward se leva et traina doucement sur ma joue, caressant mon visage détendu avant de passer mes cheveux derrière mon oreille.

"Oui, ce week-end lui en a vraiment beaucoup demandé. Probablement plus qu'elle ne l'aurait jamais admis," dit-il.

"C'était assez incroyable de voir comment ça se passe dans les coulisses, tout ce qu'elle a dû faire pour se préparer alors que ça ne dure que quelques minutes. Je me souviens de l'avoir regardée patiner à la télé dans le passé," dit Esmée. Je pouvais l'entendre essorer son sachet de thé. "Son talent m'a toujours éblouie mais je n'avais jamais vraiment réfléchi à ce qu'elle devait traverser pour y arriver."

"Elle dit que c'est différent cette fois-ci. Le fait que nous la soutenions tous facilite les choses mais je sais que ça doit encore être difficile. Je pense qu'elle a toujours ce sentiment qu'elle a tellement de choses à prouver."

C'était étrange de rester là, à les écouter parler de moi. Le réflexe de mon genou était une réaction de malaise avec une pointe d'irritation. Mais en luttant contre ça une partie de moi était ridiculement curieuse de savoir ce qu'ils pouvaient dire quand ils pensaient que je ne pouvais pas les entendre. Peu importe ce que j'en pensais mon corps était beaucoup trop fatigué pour me laisser ouvrir les yeux et leur dire d'arrêter.

"Elle t'a dit quelque chose au sujet du championnat national ?" demanda Carlisle, après une courte pause. "Je suis sûr que ça va être encore plus compliqué pour elle vu que Renée y sera aussi."

"Ne redis plus ce nom dans cette maison Carlisle Cullen," insista Esmée, avec virulence.

Cela me surprit un peu.

Je savais qu'Esmée ne pensait pas grand bien de Renée mais ses sentiments étaient plus profonds que je ne le pensais. "Rien que de penser à cette femme méprisable..." Elle laissa la phrase inachevée avec un hululement qui me fit vouloir rire et pleurer en même temps. Toujours maman ours.

"Non," soupira Edward quand il fut clair qu'Esmée ne continuerait pas. "Elle n'en a pas parlé du tout. Elle a dit qu'elle essayait de se concentrer sur celle-là d'abord. Je ne sais pas. Elle a fait tellement de progrès en me parlant quand elle est contrariée mais je pense qu'il est encore trop naturel pour elle de s'arrêter et de souffrir en silence."

"On dirait quelqu'un d'autre que je connais…" gloussa doucement Esmée, sa voix était pleine d'amusement ironique.

"Ouais, ouais, ouais," reconnut Edward, de façon désinvolte. Je pouvais le sentir se pencher en avant à côté de moi et le voir presque tendre la main et frôler les cheveux de sa mère, comme il le faisait si souvent avec Alice quand elle lui faisait passer un sale quart d'heure.

Il s'assit et soupira, remit la main dans mon dos, jouant légèrement avec le col de ma chemise et frôlant la peau de mon cou. "Je comprends maintenant pourquoi ça t'a toujours tellement frustré. Je sais qu'elle me fait confiance et c'est une chose difficile pour elle mais quand même... parfois je veux juste la secouer et lui dire d'arrêter de me bloquer."

"Il faut de la patience, fiston," dit Carlisle.

"Oui. C'est dur d'être patient avec elle parfois mais d'un autre côté, c'est la chose la plus facile au monde," murmura-t-il, l'adoration était claire dans sa voix. "C'est peut-être bizarre."

"Non, ça ne l'est pas," dit Esmée. "Tu l'aimes. Ce n'est pas toujours facile mais elle vaut le coup pour toi. C'est magnifique de voir que tu as enfin trouvé quelqu'un digne de cet effort."

"Elle l'est. Elle en vaudra toujours la peine."

Je voulais ouvrir les yeux et le prendre dans mes bras, lui dire que je l'aimais et que je ne lâcherais rien pour nous non plus mais ça n'arrivait pas. Le sommeil s'insinuait de plus en plus, ce qui rendait mes membres lourds et leurs paroles plus difficiles à distinguer.

"Nous l'aimons aussi. Beaucoup," dit Esmée.

"Je sais, je sais. Plus important encore, elle le sait. Elle vous aime les gars, parfois c'est juste dur pour elle de le dire."

"Elle le montre, surtout à cause de son amour et de son respect pour toi. J'espère que tu sais que ta maman et moi sommes vraiment heureux pour toi. Nous n'aurions pas pu imaginer quelqu'un de mieux pour toi, même si nous avions essayé. Bella est une jeune femme remarquable."

"Elle l'est, n'est-ce pas ?"

"C'est un euphémisme. Elle était remarquable avant que l'un d'entre nous n'ait eu le privilège d'être dans sa vie. En voyant les changements qu'elle a traversés ces derniers mois, comment elle a relevé tous les défis avec grâce et dignité, comment elle s'est ouverte de tout son cœur à toi, à nous tous ? Je dirais qu'elle n'est rien de moins qu'extraordinaire."

"Ce qu'elle essaie de dire, c'est : "Tu ferais mieux de réaliser que tu es un homme sacrément chanceux et de ne jamais l'oublier," dit Carlisle. Ils ricanaient tous, et même au bord du sommeil, je sentais mes joues rougir à cause de leurs mots. La situation ne fit qu'empirer lorsqu'il devint évident que cela se voyait.

"Elle rougit même quand elle dort," dit Esmée. "C'est si gentil."

"Ses oreilles doivent brûler," dit Edward, en riant et en frottant ses phalanges sur ma joue chaude.

"Elle déteste quand elle rougit mais j'adore ça. C'est une de mes choses préférées."

Leur discussion revint sur le week-end, bien que je n'en compris presque rien au fur et à mesure que je m'enfonçais davantage dans l'inconscience. Quand j'entendis le nom de mon père, je luttai contre la fatigue, impatiente de rester éveillée assez longtemps pour espérer obtenir des réponses. Edward et moi n'avions toujours pas beaucoup parlé de son voyage à Forks ou de ses interactions avec Charlie et j'étais follement curieuse.

"Je pense que le fait que Charlie et toi soyez venus l'a certainement aidée à s'en sortir," soupira Esmée.

"Tu n'as pas eu trop d'ennuis pour avoir raté ton match, n'est-ce pas ?" demanda Carlisle.

"Non," dit Edward, et je pouvais pratiquement voir son haussement d'épaules. "Il est encore tôt dans la saison pour que ce ne soit pas un gros match. L'entraîneur m'a infligé une amende. Ça valait le coup. En particulier après lui avoir parlé cette nuit-là. Je savais juste que je devais être là."

"Tu sais que je ne suis pas du genre à tolérer que tu te dérobes à tes responsabilités..."

"Oh allez, Carlisle, ne sois pas si difficile !" s'exclama Esmée et dans mon esprit endormi, je ricanai.

"Ce que j'allais dire, avant que ta chère mère ne m'interrompe, c'est que dans ce cas particulier, je suis... très fier de ta décision. Parfois, il y a des choses plus importantes que le travail."

"Merci, papa."

"Alors, Charlie et toi avez l'air de bien vous entendre," dit Esmée.

Bien sûr, au moment où j'en arrivais aux bonnes choses, mon cerveau s'arrêta et m'entraîna dans un sommeil plus profond. Je n'avais même pas l'énergie de me sentir frustrée.

Je bougeai un peu quand il me souleva de ma chaise et nous emmena à la voiture, mon esprit étourdi et... désorienté et plus qu'à moitié endormi. Je marmonnai en signe de protestation, je voulais juste un lit et j'essayai de me renfrogner. Il ne fit que rire de moi en réponse et dit quelque chose du genre que j'étais adorable. Je ne me sentais pas adorable. Je me sentais fatiguée, bougonne et frustrée du fait que je n'étais pas à plat, bien que la poitrine d'Edward fasse un oreiller plus que satisfaisant.

Nous rentrâmes chez nous et je l'entendis me murmurer, mon corps se blottissant légèrement contre sa poitrine solide alors qu'il montait l'escalier. Je sentis ses mains enlever doucement mes chaussures et mon jeans. Ses doigts sur ma peau pendant qu'il défaisait les boutons de ma chemise et j'aurais vraiment aimé avoir l'énergie de répondre à son contact avec plus qu'un gémissement plein de sommeil.

Puis son contact disparut beaucoup plus longtemps que ce qui était acceptable. Bien que je sois sous les couvertures, j'avais froid sans sa chaleur.

"Edward ?" murmurai-je, mes mains dérivant sur les draps à côté de moi.

"Juste ici, baby," chuchota-t-il, en attrapant une de mes mains dans la sienne alors qu'il glissait son corps vers moi et je posai ma joue sur sa poitrine.

Je soupirai et touchai sa peau avec mon nez. "Je suis si heureuse d'être à la maison."

"Moi aussi, mon amour," murmura-t-il et il posa ses lèvres contre mon front.

"Plus que tu ne pourras jamais le savoir."

Marcus m'accorda une pause et me laissa reprendre mon souffle dans les quelques jours qui suivirent notre retour chez nous mais ça ne dura pas longtemps. Les Championnats nationaux étaient dans moins de deux mois et il y avait encore beaucoup de travail à faire.

Bien que j'aie déjà présenté mes programmes en public, les semaines avant le prochain concours me tiendraient occupée avec des ajustements pour les rendre meilleurs, plus forts. Ce n'était pas le moment de me la couler douce. Loin de là.

Nous nous assîmes et regardâmes les enregistrements de Skate America pour que je puisse apprendre de mon expérience et voir ce qui avait bien fonctionné pour moi la première fois.

Au début il m'était difficile d'étudier mes programmes de façon objective, je me laissais trop emporter par les souvenirs de ce que j'avais ressenti sur place, pour voir de quoi ça avait l'air pour tout le monde. Au début quand je regardais la vidéo de mon programme court j'avais du mal à garder les yeux ouverts mais peu à peu je devins capable de prendre du recul et pus vraiment étudier les mouvements.

Plus je regardais, plus je pouvais repérer de petites choses qu'il fallait corriger - certaines faciles comme simplement garder le bon timing et certains aspects qui seraient probablement mieux si on les changeait complètement.

Marcus reçut mes feuilles de points détaillés des juges et s'assit avec moi pour les examiner et décomposer ce qui avait l'air bon et ce qui pourrait l'être davantage. Avant, c'était assez facile. Dans l'ancien système, un six-point-oh était la perfection et vous vouliez rester aussi près que possible de ça. Le nouveau système était un code de points rempli de valeurs de base, de facteurs et des critères de d'exécution.

Bien que le nouveau système ait été en place pendant près d'un tiers de ma carrière de patinage, je suis toujours aussi confuse en regardant ce fouillis de chiffres. La moitié du temps, je dois me tourner vers Marcus dans le coin Kiss et Cry et demander si mon score était décent.

Ce que je détestais le plus, c'est qu'une grande partie des valeurs des points étaient basées sur des éléments techniques et ne laissait pas autant de place au côté artistique que j'avais toujours aimé. C'est peut-être pour ça que j'avais toujours préféré faire des programmes exhibition plutôt que des programmes pour la compétition. C'était plus sur la musique et le mouvement et moins sur l'espacement des sauts pour en tirer le plus de point possible.

En regardant mes scores, je fus ravie de voir que j'avais obtenu de bons résultats sur la composition, bien qu'il y ait un certain nombre de soustractions dans l'exécution. Ça me rendit plus optimiste. Mes programmes avaient le potentiel d'obtenir d'excellents résultats si je réussissais à patiner proprement. Avec quelques ajustements ici et là - et un peu plus de confiance - je me sentais bien au sujet de mes chances d'atteindre le podium à Spokane. Peut-être même la première place.

Avec mon regain de force et la pause prolongée de la compétition, nous travaillâmes de nouveau sur mon triple Axel. J'espérais toujours que je pourrais le réussir un jour, même si je ne pouvais jamais être assez confiante pour l'utiliser en compétition. Juste la rumeur d'avoir le saut dans mon arsenal suffirait à énerver mes concurrents. L'intimidation n'était en fait que la cerise sur le gâteau. Ce qui me séduisait vraiment, c'était à quel point il serait satisfaisant d'atteindre ce noble objectif que je m'étais fixé depuis des années.

Pendant que j'étais occupée à la patinoire, Edward se consacrait aussi au travail. Son calendrier de matchs lui permettait de rester sur place pendant un certain temps mais toujours occupé avec un grand nombre de matchs à domicile. C'était génial d'avoir du temps ensemble, même s'il ne s'agissait que d'un repas tranquille le soir ou d'un câlin sous les couvertures la nuit. De temps en temps, il s'arrêtait à la patinoire pour me surprendre pendant ma pause s'il n'avait pas besoin d'être à la patinoire pour s'entraîner.

En raison de nos emplois du temps mal synchronisés il était difficile de rassembler les choses et de faire les cartons. Je pensais que ce serait un processus assez rapide mais les jours passaient et nous ne cohabitions toujours pas officiellement.

D'un point de vue pratique nous n'avions probablement pas le meilleur timing avec ce déménagement. Les vacances étaient déjà là, avec Thanksgiving très bientôt. Edward était en pleine saison avec un autre long voyage par la route qui devait se dérouler au cours de la deuxième semaine de décembre. Cela l'amènerait juste avant Noël. Je devais commencer à penser à janvier et au championnat national. Ce n'est pas parce que nous voulions tout arrêter et nous concentrer sur l'aménagement de notre maison que cela allait se passer aussi facilement.

Il semblait que quand l'un pouvait se libérer l'autre partait. Les moments où nous pouvions être ensemble malgré nos journées bien remplies étaient toujours très appréciés. Ils nous empêchaient de nous plaindre mais cela ne laissait pas beaucoup de temps libre pour travailler au déménagement.

J'avais jusqu'à a fin de l'année pour quitter mon appartement mais j'espérais vraiment le faire bien avant. J'aurai probablement pu tout emmener mais il semblait plus logique de commencer par la maison avant d'essayer de ranger mes affaires.

Donc pour l'instant nous avions maintenu le statu quo selon lequel je passais la nuit avec en prime le fait qu'il n'y avait aucune fin en vue de mon séjour là-bas.

Plus je passais de nuits avec Edward, plus je réalisais à quel point il était vraiment câlin. Chaque nuit, il se penchait pour éteindre la lampe de chevet avant de se retourner et de me tirer près – parfois pour poser ma tête sur sa poitrine pendant que nos jambes s'entremêlaient et d'autres fois, mon dos appuyé contre sa poitrine et la main écartée sur mon cœur. Peu importait la position exacte tant que nous étions blottis.

Ça n'aurait vraiment pas dû me surprendre il était toujours très affectueux mais je me demandais s'il continuerait quand nous serions ensemble plus souvent. La vraie surprise était peut-être de voir combien de fois je cherchais son contact en retour alors qu'il y a moins d'un an, j'aurais complètement évité. Il semblerait que moi aussi je me sois transformée sérieusement.

Et si cela était possible, c'était encore pire le matin et il me rattrapait vite lorsque j'essayai de me sortir de ses bras pour me lever. Non pas que je lutte beaucoup contre lui quand il m'attirait avec ses baisers chauds et somnolents et ses bonjours murmurés.

Bien que je sois plus que contente de passer toutes les nuits avec lui, je voulais vraiment en terminer et m'installer officiellement même si je vivais déjà là. Je ne voulais plus du filet de sécurité de mon appartement. Je voulais que la clé de notre maison soit la seule sur mon porte-clé et rentrer à la maison pour voir mes affaires mêlées aux siennes. Je pense qu'Edward le voulait autant que moi alors malgré notre emploi du temps chargé nous essayâmes d'en dégager pour arranger la maison à notre convenance avant que j'emmène mes affaires.

J'aurais probablement pu en faire plus s'il n'avait pas voulu être présent tout comme il aurait aussi pu travailler seul mais cela semblait être un accord tacite, nous voulions faire cela ensemble.

Toutefois je commençais à être un peu impatiente de constater que nous ne pouvions pas le faire plus rapidement. Maintenant que nous avions pris la décision j'avais hâte de m'installer dans la maison et de commencer ensemble la prochaine phase de notre vie. Une partie de moi voulait oublier l'idée de redécorer et trimballer mes boites mais Edward insistait. Il voulait peindre les murs et choisir un nouveau canapé pour le salon afin de le rendre moins semblable au sien et plus semblable au nôtre.

Sa dernière idée pendant que nous étions au magasin en train de choisir un nouveau canapé était que nous devrions peut-être chercher un nouveau lit. Un plus grand. Je protestais puisque nous dormions déjà sur un matelas grande taille chez lui et chez moi. D'après les suggestions qu'il me murmura dans son baryton rauque il devint rapidement évident que plus grand n'avait plus grand-chose à voir avec dormir. Ma colonne vertébrale tremblait et ma respiration devint saccadée alors même que l'idée se réalisait et me remplissait de joie.

J'allais vivre avec Edward.

Tous les soirs j'allais m'endormir à côté de lui dans notre lit et ce serait également là que je me réveillerai tous les matins. Pas de temps en temps quand je resterai dormir mais tous les jours. Je verrai son visage encore endormi à la table du petit-déjeuner, versant ses céréales les yeux encore embués de sommeil parce que ça lui prenait un certain temps pour être réellement réveillé.

Certes je savais à quoi je m'engageais quand j'avais dit que j'emménagerais avec lui mais cette idée de choisir le lit dans lequel nous allions dormir tous les soirs faisait que sa maison devenait aussi la mienne.

Mon sourire s'agrandit quand je le tirai avec moi sur le lit, insistant que pour prendre une décision en connaissance de cause, nous devions d'abord tester les limites de la grandeur actuelle. Bien sûr ce fut la fin de tout ce qui avait été productif pour le reste de l'après-midi.

Nous réussîmes finalement à trouver du temps pour nous concentrer sur le travail à accomplir.

Comme je l'avais imaginé nous allâmes dans les magasins de meubles pour la maison et discutâmes du choix des luminaires pendant qu'il m'enveloppait dans ses bras et m'embrassait dans le cou. Le choix des peintures fut aussi merveilleux que je l'avais imaginé même si nous n'arrivions pas à nous mettre d'accord.

Nous achetâmes du linge de lit et passâmes des heures à tester des matelas et je dus rougis lorsqu'on nous mit à la porte d'un magasin parce qu'Edward était devenu un peu trop enthousiaste avec ses idées d'expérimentation.

Nous passâmes tout le dimanche à Bed Bath & Beyond, flirtant et choisissant des rideaux de douche et des serviteurs de salle de bain. Il essayait de me distraire pendant que je choisissais des objets pour la cuisine et les jetais dans le chariot. J'étais fière de pouvoir garder mon sang-froid malgré ses taquineries ou murmures suggestifs… du moins jusqu'à' ce que nous rentrions à la maison.

Avec nos amis et la famille et du travail tard le soir nous fîmes de bons progrès.

Deux jours avant Thanksgiving, nous finîmes de poser le dernier interrupteur. Bien sûr il y aurait des changements à venir mais pour le moment tout allait bien. Je n'avais pas passé beaucoup de temps à faire les cartons chez moi alors quand les gars iraient à Pittsburg pour un match, les filles et moi avions prévu de faire la fête tout en emballant.

Bien qu'ils soient là pendant les vacances, ils seraient partis pour le weekend puis de nouveau à la maison quelques jours avant de reprendre la route pour leur long voyage. J'étais déterminée à ce que mes affaires soient chez Edward dans deux semaines. Avec l'aide d'Alice et de Rose j'étais confiante que nous allions y arriver.

La soirée fut productive chacune nous attaquant à une partie de l'appartement. Avec des cartons et de l'adhésif je rassemblais les livres, vidant les étagères de mon coin, Rose s'occupant des vêtements et des cadres qui furent soigneusement emballés par Alice ainsi que des bibelots dans du papier bulle alors qu'un joyeux mélange de musique pop des années 90 passait dans les haut-parleurs.

Bien sûr la productivité baissa lorsque Britney fit son apparition et Alice brandit brosses à cheveux et fers à friser pour une session de karaoké improvisée. Rose fit une Christina Aguilera assez impressionnante. Elle me fit tomber la mâchoire dans un mélange de crainte et d'horreur lorsqu'elle reconstitua parfaitement la chorégraphie de Genie in a Bottle alors qu'Alice et moi nous effondrions dans un fou rire sur le canapé et l'encouragions avec enthousiasme.

Ensuite Alice commanda une pizza et Rose prépara des boissons pendant que je tentais d'être responsable et continuais à travailler. A l'heure du dîner nous étions parvenues à ranger la plupart de mes étagères et à bien commencer la cuisine. Je ne me sentis pas coupable d'arrêter et de me prélasser sur le canapé avec mes meilleures amies pour profiter d'une dernière "soirée entre fille" chez moi.

"Je n'arrive pas à croire que tu t'en ailles, Bells," soupira Alice, en jetant son assiette vide et en essuyant le gras de ses doigts. "On dirait que c'était hier que nous t'avons aidé à emménager."

"Je n'arrive pas à croire que vous me laissiez seule ici," renifla Rose, léchant bruyamment le bout de ses doigts avant de prendre son verre. "Rien de tel qu'être le dernier invité à quitter la fête."

"Oh allez Rosalie !" me moquai-je. "Emmett et toi êtes en train de choisir un endroit. Tu seras partie avant même de t'en apercevoir."

"C'est vrai," soupira-t-elle. Elle posa sa tête sur l'accoudoir, étirant ses jambes sur les genoux d'Alice et sous mes genoux pliés alors que ses pieds se perchaient sur le bord des coussins. "Ce truc de chasse à la maison n'est pas aussi amusant que je l'avais prévu. Emmett et moi n'arrivons pas à nous mettre d'accord sur quoi que ce soit. Eh bien sauf que nous devrons probablement rénover le garage, peu importe la maison que nous trouvons. Ce ne sera pas assez grand pour ce dont nous avons besoin."

"Tu sais que la plupart des gens se focalisent sur le nombre de chambres ou l'amélioration de la cuisine… ?" fit remarquer Alice.

"Pourquoi diable, nous en inquiéterons-nous ? Aucun de nous ne cuisine et il est facile de trouver des maisons à plusieurs chambres. Trouver le garage de ses rêves ici est une tâche bien plus difficile," se lamenta Rose.

"Eh bien je suis sûre que vous vous débrouillerez très bien," dis-je. "De plus ce qui est important c'est que vous viviez ensemble."

"C'est vrai. J'attends cela avec plus d'impatience que d'avoir mon véhicule restauré et entièrement refait à neuf. A peine plus," fit-elle, avec un sourire ironique.

"Quand vas-tu tirer mon frère de sa misère et lui laisser acheter une bague pour ton joli petit doigt ?" demanda Alice, en jouant avec le doigt nu de Rosalie.

"Il n'avait pas l'air très malheureux hier soir," sourit-elle, avec un sourire narquois et en fronçant les sourcils en gloussant quand Alice lui tapa sur la cuisse. "Je dis juste..."

"Bon, je dis seulement que tu devrais arrêter d'être aussi têtue."

"Oui, un jour," elle haussa les épaules. "Qui sait… je vais probablement me surprendre et finir par dire oui sans m'en rendre compte. Pour l'instant nous sommes très contents de franchir cette étape. Il est assidu mais il ne me force pas. Et c'est vraiment l'une des choses que j'aime en lui," expliqua-t-elle, en lançant un regard acerbe à Alice.

"Oui, oui, oui. Je n'essaie pas d'être insistante... " dit-elle, en extirpant une poignée de M&M du sac ouvert sur la table basse.

"Toi, Alice ? Insistante ? Non..." dis-je, avec exagération et en partageant un clin d'œil avec Rose.

"Je peux parfois être un peu exubérante, je l'admets," concéda Alice, pendant que Rose tentait d'étouffer un petit rire.

"Mais c'est seulement parce que je vous aime tous les deux et que je veux que vous soyez heureux."

"Je sais, Ali," dit Rose, en s'asseyant pour enrouler ses bras autour d'Alice. "Je te promets qu'un jour tu pourras faire ce que tu veux avec mon mariage. Tu le regretteras parce que je finirai probablement par devenir une incroyable Bridezilla."

"Oh mon Dieu, tu le seras carrément !" s'exclama Alice, s'étouffant pratiquement avec les bonbons qu'elle avalait.

"N'est-ce pas, Bells ?"

"Sans aucun doute," répondis-je, en étirant mon bras pour atteindre le sachet de bonbons.

"Hé !" Rose protestait contre nos allégations, m'écrasant la main et agrippant le sac sur sa poitrine. "Tu sais on pourrait toujours finir par s'enfuir."

"Ne dis pas ce mot devant moi. Ce n'est même pas drôle, Rosalie !" lui dit Alice, en la regardant fixement.

"Qu'y a-t-il de mal à s'enfuir ?" demandai-je, ce qui ne valut un regard noir.

"Ne commence pas, Isabella," dit-elle, en pointant son doigt sous mon nez.

"Qu'est-ce que j'ai dit ?" gloussai-je, un peu déconcertée par la réaction d'Alice.

"Alice est anti-s'enfuir," expliqua Rose dans un simulacre de murmure. "La seule mention d'un mariage à Vegas lui donne des frissons."

"Pourquoi ?"

"C'est tellement... Je ne sais pas. Dans ma tête, je sais que la fugue peut être romantique et intime, ce ne sont pas seulement des cérémonies d'ivrognes pourries à la chapelle du Petit Mariage Blanc avec un Elvis imposteur qui officie. C'est juste... pour moi, un mariage, c'est une histoire de famille. Bien sûr que ça marche probablement pour des gens de s'enfuir mais..." elle laissa sa phrase en suspens, tout à coup elle se mit à trier les M&M's dans la paume de sa main en tas de couleurs différentes.

"Quoi ?" insistai-je.

"Non, ça va paraître si égoïste," dit-elle.

"Tu es entre amis, bébé. Si tu ne peux pas être égoïste avec nous, tu ne pourras l'être nulle part ailleurs," fit remarquer Rose.

"Je serais vraiment déçue si je n'étais pas là pour voir Emmett ou Edward se marier," dit-elle, regardant chacune de nous avec un petit tic sur ses lèvres. "Manifestement, je serais toujours solidaire, c'est une décision personnelle pour chaque couple... mais quand même."

"Aww, espèce d'andouille !" soupira Rose et elle enroula ses bras autour du cou d'Alice, la serrant fort. "Tu n'as pas à t'inquiéter de quoi que ce soit. Je plaisante peut-être sur le fait de partir à Vegas ou de me précipiter au tribunal pour te faire passer un sale quart d'heure mais tu sais que dès que j'aurai craqué et accepté de me marier avec le gros bouffon, ce sera une centrale de mariage ici," dit Rose.

Le sourire d'Alice était brillant et contagieux alors qu'elle se réjouissait en applaudissant et s'installait sur le canapé, l'air beaucoup plus détendu.

"Et toi, Bells ?" demanda-t-elle, son corps et son attention tournés vers moi, maintenant qu'elle avait obtenu l'assurance de Rose.

"Quoi moi ?" demandai-je avec scepticisme.

"Comment tu te vois faire le grand saut ?"

"Je ne sais pas," haussai-je les épaules. "Je n'y ai jamais vraiment pensé."

"Vraiment ?" demanda Alice avec incrédulité.

"Jamais ?"

"Je croyais que toutes les petites filles imaginaient ce que serait leur mariage."

"Pas moi. J'ai toujours été trop prise par le patinage. Je n'avais pas le temps pour les garçons ou les mariages imaginaires."

"Eh bien, et dernièrement ? Tu as manifestement du temps pour les garçons maintenant. Ou au moins un garçon," dit Rose, avec un petit rire espiègle alors qu'elle offrait à nouveau des bonbons.

"Ça ne veut pas dire que j'organise un mariage dans ma tête," argumentai-je.

"Eh bien, pourquoi pas ? Tu ne veux pas épouser mon frère ?" m'interrogea Alice, les sourcils haussés, les bras croisés sur sa poitrine.

"Je... je ne... je ne..." bafouillai-je, essayant de comprendre le sujet et de savoir comment exprimer mes sentiments à ce sujet. "Ce n'est pas que je n'en ai pas envie. Un jour ou l'autre. Je ne pense pas qu'on en soit encore là."

"Oh allez ! Vous êtes parfaits ensemble. C'est évident que c'est vers là que vous allez !"

"D'accord, probablement," reconnus-je avant de continuer de radoter. "Mais j'ai toujours l'impression d'apprendre tant de choses sur ce qu'il faut pour être dans une relation. Je veux dire, je n'avais aucune expérience avec ce genre de choses avant lui et on n'est pas vraiment ensemble depuis bien longtemps quand on y réfléchit. Regarde notre relation. Nous avons toujours été lents à passer à l'étape suivante. Nous ne sommes pas pressés."

"Pourtant, vous emménagez ensemble…" fit remarquer Alice.

"C'est différent," dis-je, en tirant sur les fils de mon pantalon de survêtement. "Ne demande pas pourquoi, ça l'est."

"Chérie, tu n'as pas besoin de nous expliquer," dit Rose, en posant une main réconfortante sur mon genou. "Ali a la fièvre du mariage en permanence mais vous deux savez ce qui vous convient le mieux."

"Peut-être que si j'arrive à faire en sorte que Jazz me mette en cloque, je passerai à la fièvre du bébé à la place…" plaisanta Alice, pour détendre l'atmosphère alors que nous éclations de rire.

"Ouais, comme si ça allait être mieux…" grogna Rose.

Au fur et à mesure que notre rire s'apaisait, je repensais à ce dont nous avions parlé. "Je ne sais pas, on n'a même pas encore eu une vraie dispute. N'est-ce pas quelque chose qu'on est supposé faire avant de commencer à penser aux cloches de mariage ?"

"C'est idiot," dit Alice. "Ce n'est pas comme si vous étiez totalement enveloppés dans la perfection de votre relation et ne voyiez pas la réalité. Pas besoin de te disputer avant de savoir que vous serez capable de survivre à quoi que ce soit ensemble. Je dirais que vous avez vu assez de difficultés pour savoir que vous faites une bonne équipe. Vous parlez, vous vous écoutez. C'est le genre de choses que tu dois savoir."

"Ouais," soupirai-je. "Je ne sais pas. Quand je pense à Edward, je vois 'toujours'. Depuis longtemps je pense cela et je ne vois pas ça changer. On y arrivera un jour mais en attendant, je ne vais pas te laisser déjà commencer à choisir les décorations de table."

"Honnêtement ? J'ai commencé à planifier mon mariage et celui de Jasper après notre premier baiser…" soupira Alice, elle s'en souvenait clairement.

" Waouh, Ali, tu as pu attendre si longtemps ?" demandai-je. "C'est une retenue majeure venant de toi."

"Pas vraiment," fit Rose, pour remettre les pendules à l'heure. "Ils s'embrassaient dans les quarante-cinq minutes qui ont suivi leur rencontre."

"Je retire ce que j'ai dit. Tu n'es qu'une salope de mariée de rêve qui abandonne si facilement !" gloussai-je en piquant Alice dans les côtes.

"Hé, quand c'est bien, tu sais, c'est tout. Je n'y peux rien si j'ai su après quarante-cinq minutes."

"Eh bien, tout le monde n'est pas aussi rapide à reconnaître son destin," affirma Rose.

"Peut-être pas dans ta tête mais je pense que tu le sais dans ton cœur. Regarde Bella et Edward."

"Encore moi ?" gémis-je. "Pourquoi ça doit toujours être moi ?"

"Parce que tu es un bon exemple. Il t'a fallu des mois pour que ta tête comprenne ce que ton cœur savait après seulement quelques minutes. Et n'essaie même pas d'en discuter," elle parlait plus fort que moi en agitant son doigt. "Je me souviens de la tête que tu faisais quand tu nous as parlé pour la première fois de cet adorable étranger qui t'avait aidée avec tes sacs. Tu savais déjà qu'il était important. Même en ne sachant rien de lui, ton cœur l'a reconnu."

"Ali, tu peux être si ringarde parfois," gloussa Rose. "Je ne dis pas que tu n'as pas raison mais tu es si romantique. Le sort, le destin. Tu vas te lancer dans un monologue sur les âmes sœurs après ?"

"En fait…" commença-t-elle, avec un sourire enjoué. Rose et moi lui tombâmes dessus rapidement, nous faisant rouler dans un enchevêtrement de chatouilles, de membres agités sur le sol.

Plus tard dans la soirée, Rose et Alice s'endormirent sur des matelas dans le salon, l'écran de télévision toujours allumé brillait faiblement dans la pièce sombre, le volume avait été coupé. Pendant qu'elles dormaient à poings fermés je me glissais dans mon coin et me recroquevillais dans l'alcôve de la fenêtre.

Dès ma première nuit d'arrivée au Minnesota, cette alcôve avait toujours été l'un de mes endroits préférés. En y repensant, j'avais passé des heures à cet endroit précis. Lire, penser, pleurer, rêver.

Souhaiter.

Je me souvenais encore de m'être mise en boule la nuit du carnaval d'hiver et d'avoir souhaité que ma vie puisse... être différente, que je n'avais pas besoin de rester si renfermée et seule, que je pouvais m'ouvrir à d'autres gens, à lui.

Maintenant, j'étais assise ici au même endroit quelques mois plus tard et je réalisais tout le chemin que j'avais parcouru. Je n'étais plus la fille effrayée et seule, coupée de tout alors que le monde continuait à tourner.

J'en faisais partie aussi.

Laisser l'appartement serait sûrement un peu doux amer. Ces murs gardaient tant de souvenirs.

Avant de venir ici je ne me connaissais pas vraiment. Cet appartement avait vraiment été mon premier goût de liberté, d'adulte, de vie en dehors de la glace. Entre ces murs, j'avais découvert la fille qui se cachait sous la surface, celle qui avait plus à offrir que des médailles de patinage artistique et qui attendait de trouver son chemin. Avant de venir ici je savais à peine que cette fille existait. Je m'étais laissé emporter par le monde de la compétition pendant si longtemps sans penser à construire une vie en dehors de tout ce cirque.

J'étais encore une enfant quand j'avais franchi ce seuil pour la première fois. En fait dire que j'étais entravée serait une meilleure description. Les béquilles à mes bras n'étaient pas les seules dont je devenais trop dépendante. Mon patinage, ma mère, mes ambitions de carrière. C'était des béquilles sur lesquelles je m'appuyais avant de me blesser au genou. J'étais trop complaisante avec les choses et la façon dont elles étaient et j'étais trop contente de laisser les choses être prises en charge pour moi, principalement parce que je ne voyais pas vraiment comment faire autrement.

Décider de venir ici avait été la première décision que j'avais prise pour moi, certainement la première pour laquelle j'avais vraiment combattu.

Je ne pouvais même pas me rappeler exactement ce qui avait inspiré cette idée mais je me souvenais d'avoir combattu Renée bec et ongles pour qu'elle accepte de me laisser partir. A l'époque je n'avais pas vraiment pu mettre le doigt sur la raison pour laquelle il était si important que je vienne ici. C'était comme si quelque chose m'appelait, me faisait signe comme un phare à travers le brouillard. Avec le recul c'était comme un appel à revenir là où je me sentais à la maison.

Tout semblait si impossible à présent, les étonnantes coïncidences qui s'étaient enchainées, tomber sur Edward en premier, ensuite Alice et Rose, Carlisle et Esmée puis à nouveau Edward. Cela semblait trop beau pour être vrai, comme si quelqu'un l'avait prévu mais j'étais trop contente du résultat pour le remettre en question. Quoi qu'il en soit, le destin ou quoi que ce soit d'autre, je serai reconnaissante pour toujours à ces forces qui avaient conspiré pour m'entrainer ici.

Avant j'étais un peu triste de devoir abandonner cet endroit. Mais en étant assise là, à mon endroit préféré et en regardant dehors dans la nuit, je ne me sentais pas triste, je me sentais satisfaite. J'avais fait tellement de progrès depuis que je m'étais assise ici pour la première fois. A l'époque peut-être bien que j'en avais eu besoin mais plus maintenant. J'étais prête à le quitter et à commencer la prochaine phase de ma vie, avec Edward. Il y avait un siège de fenêtre différent qui m'attendait pour me perdre dans mes rêveries, celui où je savais que je n'aurais jamais plus à me recroqueviller seule et à m'inquiéter de la solitude.

Pourtant pour une nuit de plus je me blottis dans mon petit coin tranquille et laissai son confort familier m'apaiser pour dormir, mes rêves remplis de possibilités.

Thanksgiving passa très vite. Nous allâmes à la maison Cullen et je me plongeai dans les traditions de la fête, appréciant le fait que j'avais des gens pour célébrer une journée qui tournait autour de la famille. La maison était joliment décorée et même si nous n'étions que huit c'était une occasion spéciale. Alice et Esmée étaient allées en ville pour décorer en s'inspirant de l'automne et le code vestimentaire habituel, jeans et t-shirt avait cédé la place à des jupes plus formelles, des pantalons et des chandails.

Dès notre arrivée tout le monde se regroupa selon ses intérêts. Alice et Rose campaient dans le salon pour regarder le défilé de la fête de Macy tandis que les gars se réunissait pour regarder l'ouverture du match de football sur un petit téléviseur portable. Ils restèrent debout, sirotant leur bière et "surveillant" la dinde.

Cette année Carlisle avait eu l'idée que c'était le moment parfait pour mélanger les choses et expérimenter la friture de la grosse volaille. Esmée gardait l'œil vigilant par la fenêtre de la cuisine pendant qu'elle et moi mettions en place les accompagnements, murmurant tout le temps sur la façon dont il allait se blesser à la main pour finir par manger ses canneberges en conserve dans la salle d'attente de l'hôpital.

Heureusement les préparatifs se déroulèrent sans incident et alors que le soleil tombait dans le ciel nous nous réunîmes autour d'une table richement décorée et débordante. Carlisle dit la prière traditionnelle et nous sollicita pour dire des remerciements. Tandis que son père parlait, Edward glissa sa main dans la mienne sous la table et me dit silencieusement, "Je te suis reconnaissant."

Je souris et lui serrai la main en réponse, sachant que je ne serais jamais en mesure de trouver suffisamment de mots pour lui dire à quel point j'étais reconnaissante moi aussi.

Une fois la table débarrassée, Esmée nous fit entrer dans le salon où la cheminée était allumée. Apparemment chaque année le jour de Thanksgiving, Esmée insistait pour prendre un portrait de famille, pour ajouter à son album et pour l'utiliser sur ses cartes de Noël.

Alice et Rose allèrent retoucher leur maquillage tandis qu'Esmée arrangeait la cravate de Carlisle. Emmett se plaignit de devoir reboutonner son pantalon, gémissant que l'année prochaine, ils devraient prendre la photo avant le repas. Apparemment ce n'était pas la première fois qu'il faisait cette suggestion.

J'étais près du feu crépitant dans les bras forts d'Edward, mes yeux dans le vide alors qu'il frottait mon cou avec son nez et posait un doux baiser sur ma clavicule exposée. Bien que ce soit mes premières vacances avec eux, on aurait dit que les choses avaient toujours été ainsi. Ou peut-être que c'était simplement parce qu'il n'y avait aucun autre endroit au monde où je pouvais imaginer être.

Cette fois l'idée de faire ce portrait de famille ne me choqua pas ni ne me surprit, comme lors du mariage d'Alice, j'étais complètement à l'aise cette fois.

C'est ce que cette famille était pour moi – juste bien. Ce qui rendait tout cela encore plus spécial c'est le fait de n'avoir pas réalisé à quel point ma vie était morte et froide avant de les avoir dedans. Ça rendait tout ce confort encore plus précieux.

Et bien que je ne les aie pas cherchés ils m'avaient trouvé eux aussi.

D'une façon ou d'une autre je réussis à esquiver la folie du Black Friday le lendemain matin. Comment je fis me dépassait mais je n'allais certainement pas pousser ma chance à essayer de le comprendre. En l'état Alice, Rose et Esmée allèrent dans les magasins pendant que les gars prenaient un avion.

J'allais à la patinoire.

Marcus était absent pour rendre visite à sa famille pour les vacances et ne reviendrait pas avant lundi. J'aurai pu profiter de ces quelques jours de vacances supplémentaires. A la place j'attrapai mes patins et fis le trajet familier vers la patinoire, la glace m'appelant comme le chant des sirènes.

Dans le bâtiment calme et vide je ne pris pas la peine de travailler sur mes programmes ou m'entrainer, je branchai mon iPod aux haut-parleurs et patinais sans autre but que la joie pure que cela m'apportait.

Après une heure à trainer j'étais sur le point de m'y mettre lorsque la liste de lecture s'embrouilla et que le morceau suivant commença.

Ma berceuse.

Je l'écoutais souvent et, peu importe le nombre de fois où j'entendais les notes, elles me laissaient toujours perplexe. Non seulement à cause du flux et du reflux de la composition mais par le talent et la beauté de l'homme derrière la musique, les émotions étaient si clairement évidentes dans chaque inflexion.

Sans même m'en rendre compte je commençai à patiner dessus, mes mouvements aussi naturels que la respiration. Chaque pas que je faisais semblait s'accorder parfaitement au morceau. Cela m'emplissait comme si les deux n'avaient jamais existé l'un sans l'autre.

Mes bras se levèrent et se courbèrent sans intention, réagissant simplement aux notes alors qu'elles touchaient mes oreilles et transcendaient mes veines. Mes pieds tapaient sur les notes de l'allegro rapide et vivant et glissaient doucement pendant les adagios lents et lisses, jouant de la glace comme les doigts d'Edward sur les touches. A mesure que l'énergie du morceau augmentait la mienne aussi, la puissance de mes sauts et la vitesse de mes virages étaient déterminées par le rythme et la force du morceau.

Au moment où la musique s'arrêta je savais que je devais l'avoir.

J'étais bien consciente que c'était une idée folle. Les patineurs ne changent pas de programme à mi-saison et surtout pas cette fin de saison. J'avais déjà un libre solide qui pourrait me mener au sommet. Mais autant j'aimais la Sonate au clair de lune, quelque chose en moi avait désespérément besoin de patiner sur ce programme, ce morceau. J'avais presque l'impression que si je ne m'en servais pas, l'occasion manquée bouillirait en moi jusqu'à ce qu'elle explose.

Vendre ça à Marcus serait difficile. Alors que c'était vraiment moi qui avais le dernier mot je savais que je ne pourrais pas y arriver sans son soutien. L'ajout d'un programme entièrement nouveau serait exténuant. Cela nécessiterait des sacrifices sur notre temps alors qu'il était déjà juste. Je pouvais menacer, insister et argumenter contre l'une de ses protestations mais je voulais vraiment qu'il dise oui de lui-même.

Pour le reste de l'après-midi je passai le morceau en boucle et je me mis à créer quelque chose de si époustouflant et magnifique qu'il n'aurait pas d'autre choix que d'accepter.

Pendant deux jours je me lançai dans la création, le temps le plus court que j'aie jamais consacré à l'élaboration d'un programme quel qu'il soit mais une fois l'idée en tête, les pas coulaient de mon corps comme de l'eau. C'était comme si les mouvements n'attendaient que moi pour ouvrir le robinet et sortir.

Lundi après-midi j'étais une épave complète. J'étais presque reconnaissante qu'Edward soit à l'extérieur pour qu'il ne me demande pas pourquoi j'avais passé toute la journée du samedi et le dimanche à la patinoire ou ce qui m'avait autant énervée.

J'étais contente de ce que j'avais trouvé. C'était difficile de ne pas être inspiré par ce morceau mais j'avais l'impression que ce que j'avais créé à partir de la musique était la meilleure chose que j'aie jamais produite. Ce n'était pas prêt pour la compétition mais les fondations y étaient.

Je ne savais pas vraiment à quelle heure Marcus rentrait car son vol de retour de Boston avait été retardé. Je pensais qu'il viendrait à la patinoire une fois arrivé alors je passai du temps à peaufiner le programme et à essayer de l'enregistrer.

Après un échauffement complet, je branchai mon iPod et pris ma position de départ au centre. Alors que je commençai à bouger je me sentis flotter comme dans un état presque onirique, cet état que je semblais retrouver chaque fois que je patinais sur cette musique. Même après l'avoir écouté et répété d'innombrables fois au cours de ces derniers jours, ce morceau semblait toujours frais et nouveau à chaque fois comme si je ne faisais que découvrir les notes.

D'une certaine façon, il me rappelait ma relation avec Edward. Chaque fois qu'on s'embrassait ou qu'on faisait l'amour, c'était toujours une exploration exaltante, il rendait encore mes genoux flagada quand il souriait de travers ou quand il faisait quelque chose d'aussi simple que prendre ma main pour entrelacer nos doigts.

La fin du morceau semblait arriver toujours trop tôt. Au lieu de m'épuiser - comme les quatre minutes de patinage libre le faisaient - cette chorégraphie me laissait toujours exaltée, comme si je me réveillais d'un beau rêve quand mon patin s'est enfoncé dans la glace pour ma position finale. Bien que la musique ait été lyrique et douce, elle me donnait de l'énergie et me laissait toujours plus forte que jamais.

La musique s'estompa, ne laissant dans le silence que mon souffle haletant, bien que le calme ne dure pas longtemps. Des applaudissements retentirent du banc et je fus ébranlée par ce son inattendu, me retournant pour voir Marcus debout à sa place habituelle le long de la balustrade avec un sourire heureux sur son visage.

"Eh bien, c'était charmant," dit-il.

"Merci," murmurai-je, avec un sourire timide alors que je glissai vers lui pour le rejoindre, attrapant la bouteille d'eau qu'il me proposait.

Je me sentais nerveuse en buvant le liquide froid. Il m'avait surpris à débarquer si soudainement. J'espérais avoir un peu plus de temps pour réfléchir à la façon de le convaincre que je n'étais pas complètement dingue.

"C'est quoi cette musique ?" demanda-t-il. "Je ne reconnais pas du tout."

"Non, euh, bien sûr que non. C'est Edward qui l'a en quelque sorte écrit. Pour moi."

Je rayonnai de fierté pour Edward tout en rougissant à l'idée de partager quelque chose de si personnel.

Après mon impulsion initiale de vouloir utiliser ce morceau, une partie de moi avait commencé à s'inquiéter de savoir s'il serait d'accord avec ça. Bien sûr, il était d'accord pour que j'utilise sa Sonate au clair de lune, mais c'était différent. C'était à lui. Mais il avait insisté sur le fait que c'était à moi de faire ce que je voulais, alors j'étais sûre qu'il le pensait.

Je n'étais pas encore sûre de lui dévoiler mon projet. Une partie de moi ne voulait pas lui donner de faux espoirs si ça ne marchait pas. Une autre partie voulait le surprendre. Quoi qu'il en soit, j'avais besoin d'abord de convaincre Marcus.

"Vraiment ?" dit Marcus, de l'admiration et de la considération claires dans ses traits. "Eh bien, le garçon a du talent, c'est certain. Et il t'a capturé jusqu'au bout. La façon dont tu as bougé, c'était sans faille."

" Vous le pensez ?" demandai-je.

"Je ne le dirais pas si je ne le pensais pas."

L'optimisme et un soupçon de courage raffermirent ma détermination. S'il y avait une ouverture pour faire ma demande, elle était là.

"Eh bien, je voulais parler de peut-être..." bégayai-je en soufflant, incertaine de la meilleure façon d'annoncer la nouvelle.

"Que se passe-t-il ?" demanda-t-il patiemment, manifestement habitué à mes bouffonneries nerveuses.

"Je veux m'en servir," m'exclamai-je. "Pour un programme."

"Quoi, comme pour une exhibition ?"

"Non," dis-je doucement. "Pour la compétition. Cette année. L'année prochaine, techniquement mais cette saison."

"Bella !" soupira-t-il, et je me sentis un peu démoralisée, même si je m'attendais à ce qu'il discute. "C'est un beau morceau et tu patines à merveille dessus. Je n'ai vu que la dernière moitié mais ce que j'ai vu était brillant, peut-être le meilleur que je t'aie jamais vu faire."

"Mais ?" demandai-je, sachant déjà que ça allait arriver.

"Mais il n'y a pas assez de temps. Tu as déjà deux beaux programmes que nous savons que tu peux exécuter à merveille si tu arrives à te calmer un peu. Ajouter une toute nouvelle chorégraphie si tard ? Ce n'est tout simplement pas faisable," expliqua-t-il, les bras croisés devant lui et appuyé contre le bord.

"Ça ne veut pas dire que ça ne peut pas être fait," argumentai-je. "Je peux le faire, Marcus. Nous pouvons le faire. Je suis prête à travailler."

"Ce n'est pas le moment de te surmener," répondit-il. "Tes muscles devront s'ajuster et mémoriser une nouvelle série de mouvements. Tu te fatigueras et t'épuiseras peut-être juste quand tu auras besoin d'être à ton apogée. C'est risqué de te pousser trop fort en ce moment et de chercher les ennuis. Ce moment est assez stressant sans y ajouter ça, n'est-ce pas ?"

"J'entends ce que vous dites," dis-je. "Je comprends pourquoi ce n'est pas une bonne idée. Mais malgré tout ça, j'ai l'impression que c'est le bon choix."

"Pourquoi ne pas l'utiliser pour une exhibition ?" suggéra-t-il. "Ou la saison prochaine ? Ça n'a pas besoin d'être maintenant mais tu pourrais quand même l'utiliser."

"Je ne sais pas comment l'expliquer. Je sais que je pourrais l'utiliser une autre fois mais je le veux maintenant. Je pense que j'ai besoin de le faire maintenant."

"Et tu veux que ce soit prêt à temps pour les finales nationales ?"

"Idéalement, oui, mais je sais à quel point c'est compliqué. Alors, j'ai commencé à réfléchir. Vous vous souvenez quand j'ai dit que je voulais patiner sur la Sonate au clair de lune ?" demandai-je, en attendant qu'il acquiesce, en me sentant confiante... au moins il m'écoutait. "Vous m'avez offert un marché ce jour-là. Que si je pouvais atterrir un triple, je pourrais l'utiliser mais j'avais besoin de vous montrer à quel point je le voulais. Eh bien, je propose un autre marché."

"J'écoute," dit-il, son attention clairement piquée.

"J'utiliserai mes programmes actuels pour le championnat national, avec tous les changements nécessaires," dis-je lentement, énumérant les termes de ma proposition. "Si je me classe dans les deux premières places et que je fasse partie de l'équipe olympique, vous acceptez de m'aider à préparer la berceuse pour la compétition afin que je puisse l'utiliser à Vancouver."

" Tu voudrais lancer un tout nouveau programme sur la glace olympique ?" demanda-t-il incrédule. "C'est... c'est courageux, Bella, faute d'un meilleur mot."

"Je sais que ça l'est. Mais je sais aussi que je suis prête à relever le défi," dis-je, me sentant enfin en confiance pour lui prouver que j'étais sérieuse et que ce n'était pas qu'une lubie ridicule.

Il se redressa contre les barrières avec un regard attentif. Cet homme avait un visage de poker et c'était toujours difficile de déterminer exactement où ses pensées étaient concentrées. Je ne pouvais qu'espérer qu'elles penchent du côté que je voulais.

"C'est évident que c'est important pour toi," dit-il après quelques instants de silence. "C'est pourquoi je vais le considérer et ne pas te dire que tu es dingue. L'idée est peut-être folle mais j'admets être intrigué."

"Alors..." traînai-je, ne me permettant pas encore de me donner de faux espoirs. "Qu'est-ce que ça veut dire ?"

"Tu garderais toujours le même programme court, quoi qu'il arrive ?" dit-il, même si ça avait l'air d'être une demande.

"Oui," promis-je. "Je n'y toucherai pas. Je sais que j'ai merdé à Lake Placid mais je sais que je peux mieux le faire une fois que je ne serai plus aussi nerveuse."

"Bien. C'est une bonne chose." Il souffla et se tint droit. "Comme je l'ai dit, j'ai seulement capté la dernière partie du programme. As-tu une chorégraphie entière ?"

"Oui, c'est brut, mais je suis contente de la fondation. Je pense qu'avec un peu d'entraînement et vos conseils ça pourrait être vraiment incroyable," dis-je avec un soupçon d'espoir et un sourire prudent.

"Pas besoin de caresser mon ego, ma fille", sourit-il. "J'ai impression que j'aurais besoin de voir ce que tu as déjà pour prendre la décision. J'ai aimé la conclusion. Et si tu me montrais si le reste est à la hauteur ?"

"D'accord," acceptai-je, patinant pour aller au centre de la patinoire pendant qu'il lançait le début du morceau.

La nervosité parcourut tout mon corps lorsque je pris ma position de départ. J'avais besoin de faire mes preuves et je savais que je n'avais qu'une seule chance de le faire. D'une certaine façon, ce patinage, exécuté pour une seule paire d'yeux sans lumière, sans costume ou vernis, était probablement le plus important que j'aie fait jusqu'à présent.

Dès que j'entendis les premières notes de la mélodie, mon corps se calma et je me perdis dans le rêve. Edward avait bien nommé la composition. Les notes ne manquaient jamais de bercer instantanément mon âme.

Je n'avais pas encore commencé, comme tant de patineurs et de chorégraphes étaient enclins à le faire. Souvent toute la première moitié était remplie de sauts - les éléments les plus difficiles - afin d'obtenir les points avant que la fatigue ne s'installe. D'une façon ou d'une autre avec ce programme, je n'avais jamais senti mes pieds traîner ou mes bras se fatiguer et j'en profitais au maximum en répartissant les mouvements autant que possible. En compétition, cela me permettrait d'accumuler des points supplémentaires et m'aiderait vraiment à me démarquer de la meute.

J'étais tellement absorbée par la musique que je remarquai à peine que mon dernier saut approchait, un solide double axel dans la seconde moitié de la prestation. Tandis que je reprenais de la vitesse, l'idée me vint que c'était maintenant ou jamais. Il était temps de tout oublier et de voir ce qui allait se passer.

Alors que je me préparais pour mon saut, ce n'était pas dans l'intention de faire un double solide.

Les dents du patin s'enfoncèrent dans la glace et je sautai en avant, me lançant dans les airs avec facilité et détermination. Je retins mon souffle et tous les bruits semblèrent s'estomper, sauf celui du battement du cœur et le sang qui coulait à flot.

Une fois, deux fois, trois fois, je tournais, bien au-dessus de la glace. Avec un dernier élan de pure volonté, je réussis à faire en sorte de décaler mon centre de gravité et de vriller ce dernier demi-tour qui m'avait toujours échappé avant de me poser solidement sur le pied opposé d'où j'étais partie.

C'était comme si tout c'était simplement enchainé. La pièce manquante du puzzle s'était mise en place et les planètes s'étaient toutes alignées pour ce moment parfait. Pendant un instant, je ne réalisais même pas ce qu'il venait de se passer. Mais quand je compris, je faillis tout faire capoter en m'effondrant en état de choc.

Mes pieds s'arrêtèrent brusquement et je regardai les pointes de mes patins, comme s'ils étaient magiques et allaient me dire que je ne rêvais pas.

Heureusement Marcus ne broncha pas lorsque mes patins ne coopérèrent plus.

"Bon dieu, Bella," dit-il dans un souffle étranglé. "C'était… Tu as atterri !" Mes yeux se tournèrent vers lui, sa mâchoire relâchée et ses yeux étonnés.

Je me sentais figée comme si lorsque je bougerais cela effacerait la réalité de ce moment. Marcus et moi restâmes là, nous fixant l'un l'autre pour je ne sais pas combien de temps. Son visage se fendit d'un sourire et il rit. Il se mit à rire, un roulement de rires ravis, en se précipitant pour s'avancer sur la glace. Au moment où il m'atteignit je réalisai que je n'avais toujours pas pu bouger même si je pouvais sentir mon sourire refléter le sien.

Il me fit me relever, cet homme un peu stoïque et corpulent, et me serra pendant que j'enroulai mes bras autour de son cou et le retins, mon rire rejoignant le sien.

Il me fit reculer. Avec un clin d'œil il me tendit la main. Deux seuls mots sortirent de sa bouche mais c'était exactement celui que j'avais besoin d'entendre.

"Marché conclu."

Quand j'arrivai ce soir-là je fus ravie de trouver les lumières allumées indiquant qu'Edward était rentré de son voyage. Je réussis à peine à fermer la porte derrière moi, déterminée à le retrouver et à partager les nouvelles de mon dragon nouvellement vaincu.

Je criai son nom avec frénésie quand je ne le trouvais pas tout de suite. Quand il apparut je ne perdis pas de temps et courus pour parcourir les quelques marches avant de me lancer dans ses bras, lui coupant le souffle avec un "ouf" alors que ses pieds trébuchaient et qu'une de ses mains s'avançait vers le mur pour nous stabiliser tous les deux.

Je réussis à peine à dire les mots tant mes lèvres était occupées à parsemer son cou de baisers de fête mais il sembla saisir l'essentiel. Il me retourna la faveur et me coupa le souffle tellement il me serrait fort, les joyeux bruits qui résonnaient dans sa poitrine étaient très semblables à la réaction de Marcus et chacun d'eux était très satisfaisant pour mes oreilles.

Ses mains passèrent dans mes cheveux et il prit gentiment mon visage en coupe. Mes jambes restèrent autour de lui et je vis briller l'adoration dans ses yeux dans la lumière faible du couloir.

"Je savais que tu pouvais le faire," murmura-t-il. "Je n'en ai jamais douté."

Le lendemain malgré l'énorme quantité de travail que nous avions à faire, Marcus me laissa libre pour la grande journée "officielle " de déménagement. Les gars avaient une journée de repos après leur weekend sur la route et Rose quitta le garage pour donner un coup de main. En commençant par mon appartement nous finîmes de tout ranger dans des cartons pour laisser de la place et remettre l'endroit en bon état pour récupérer ma caution.

Pendant que les gars faisaient reculer le camion de Jasper et la jeep d'Emmett jusqu'à la zone de chargement près de la porte d'entrée, les filles et moi sortions mes affaires dans le couloir. Ce n'est que lorsque je vis tout cela étalé que je réalisais à quel point j'avais beaucoup de choses. Même après avoir vendu ou donné la plupart des plus gros meubles, c'était vraiment à couper le souffle par rapport à la quantité stupidement petite avec laquelle j'étais arrivée.

"Putain de merde, Babybel !" dit Emmett, en sortant de l'ascenseur. "Tu n'avais pas genre deux cartons quand tu es arrivée ici ? Putain que s'est-il passé ? C'est comme si tes affaires s'étaient accouplées en captivité et s'étaient transformées en lapins excités."

"C'est la faute d'Alice."

"Hé !" protesta-t-elle, en tirant un autre carton vers le tas.

"Tu ne peux pas être insultée quand c'est un fait, Ali. Il a raison, je n'avais pas grand-chose quand je suis arrivée ici. Comment va-t-on faire pour rentrer tout ça dans la maison ?"

"Nous le ferons rentrer chérie," murmura Edward, en venant derrière moi et dégageant mes cheveux de mes épaules pour y poser son menton. "Mais bon ça fait beaucoup de choses."

"Ne m'en parle pas… " marmonnai-je. "Autrefois je jure que je n'avais pas grand-chose. Et maintenant il va falloir trois voitures pour transporter tout ça. Au moins."

"Je pense que nous y arriverons," gloussa-t-il et il m'embrassa sur la joue avant de partir pour aider les gars à amener les cartons dans l'ascenseur.

Une heure plus tard les voitures étaient chargées et les autres partirent pour avoir une longueur d'avance pendant qu'Edward restait avec moi pour vérifier tous les coins et recoins avant de fermer une dernière fois.

Il s'assit sur les marches de l'alcôve pendant que je me promenais dans les pièces vides, me donnant un moment dont je ne savais pas que j'avais besoin.

Autant j'avais hâte de vivre à la maison, cet endroit allait me manquer. J'étais au centre du salon et sentais bien les larmes dans mes yeux, alors que je me souvenais de tant de merveilleux moments ici – les soirées entre filles, les discussions avec Esmée, les câlins avec Edward. Cela avait été le premier endroit qui avait vraiment été à moi, où j'avais eu l'impression d'être vraiment chez moi. C'est comme être à la maison.

"Ça va ?" demanda Edward. Je n'avais même pas réalisé qu'il était arrivé près de moi.

"Oui je vais bien."

"Cet endroit me manquera aussi," murmura-t-il, essuyant avec son pouce une larme perdue qui coulait sur ma joue. "Beaucoup de bons souvenirs entre ces murs."

"Ouais," fis-je, en hochant la tête et glissant mes bras autour de sa taille, en séchant ma joue sur sa chemise et en respirant au rythme de sa respiration.

"Je pense que nous avons probablement le temps d'en ajouter un de plus à la collection," dit-il, en sortant son iPod de la poche de son jeans. Il tripota les boutons pendant un moment avant de rentrer un écouteur dans mon oreille et mettant l'autre dans la sienne et me ramenant dans ses bras. Une ballade lente commença, une que je ne reconnus pas au début.

Alors que la musique passait dans une oreille, la voix fredonnant d'Edward passait par l'autre et je réalisai que c'était une mélodie qu'il me chantait souvent lorsque nous faisions la sieste ou tout simplement des câlins. Avec nos mains jointes sur son cœur, il me balançait en cercles lents. Nos pieds se mélangèrent et ses doigts dansèrent sur ma peau nue à la taille où mon t-shirt était remonté au-dessus de mon jeans.

"Est-ce que ça va être une autre règle à la maison ?" demandai-je, en haussant les sourcils d'amusement. "Danse spontanée obligatoire ?"

"Tu le sais Swan. Tu ferais mieux de t'y habituer, ça pourrait arriver souvent."

"Ça ne dérangerait pas de danser avec toi," dis-je timidement. "Tant que ça ne t'ennuie pas d'avoir quelques orteils meurtris de temps en temps."

"Peu importe," se moqua-t-il. "Tu danses bien."

"Ha, peut-être parce que tu es mon partenaire. Je suis presque sûre que quelqu'un d'autre finirait dans un fauteuil roulant s'il essayer de me guider."

"Je suppose que tu devras juste rester avec moi, baby," dit-il, avec un sourire arrogant. "Je fais tous les bons mouvements."

"Comme si je ne le savais pas…" rigolai-je, en embrassant rapidement ses lèvres.

Il rit avec moi avant de chuchoter un chut tranquillement et de me tirer contre son torse et nous continuâmes à nous balancer.

Toute trace de tristesse ou de pensées mornes s'évanouirent, ne laissant que de la joie. En disant au revoir à cet endroit je disais bonjour à quelque chose d'infiniment plus merveilleux.

Alors que la musique finissait, Edward me fit tournoyer, les petits écouteurs tombant de nos oreilles et pendant de sa poche par le cordon. Il sourit et descendit ses lèvres sur les miennes dans un baiser avant de me remettre sur mes pieds.

Je lui souris et lui tendis la main. "Allons à la maison."

Après avoir rendu mes clés, Edward et moi ramenâmes le reste de mes affaires à la maison et trouvâmes tout le groupe en train de travailler avec acharnement.

Durant les heures qui suivirent nous entassâmes les cartons dans le salon et mélangeâmes lentement mais surement mes affaires avec celles d'Edward. Les gars bougeaient tous les poids lourds pendant que je supervisais, principalement soulignant les différents endroits où Edward et moi avions décidé de poser les choses. Ce fut assez facile et amusant avec la bonne compagnie.

Lorsque l'après-midi se transforma en soirée nous commandâmes de la nourriture et de la bière chinoise en guise de remerciement pour leurs efforts. Non pas que ce soit vraiment nécessaire, nous avions aidé Alice et Jasper à s'installer et le referions quand Rose et Em auraient décidé pour leur maison. C'était vraiment quelque chose de simple même si je savais que ce genre d'amitié étroite était difficile à trouver. C'était quelque chose que je ne prendrais jamais pour acquis.

Après avoir débarrassé la nourriture ils proposèrent de rester pour continuer avec les autres cartons. Bien que l'aide supplémentaire aurait probablement été la bienvenue j'étais prête à profiter d'un peu de calme après cette journée si chargée. Edward sembla le sentir et les chassa poliment.

Quand la porte se ferma derrière eux, je fermai les yeux et pris une grande inspiration juste pour savourer le silence. Bien que j'aime beaucoup nos amis, toute cette agitation finissait par devenir épuisante.

En soufflant j'ouvris les yeux pour voir Edward appuyé contre la porte d'entrée. Il semblait lui aussi profiter d'un moment de calme. Lorsque ses yeux s'ouvrirent, ils trouvèrent immédiatement les miens et ses lèvres se recourbèrent en un sourire qui me faisait toujours flancher.

Il se dirigea vers moi et me souleva. Mes jambes s'enroulèrent automatiquement autour de sa taille et se resserrèrent quand il me fit tourner vertigineusement.

Sa main enveloppa l'arrière de ma tête et inclina mon visage pour pouvoir poser ses lèvres sur les miennes et je me retrouvai dans un enchevêtrement lent et satisfaisant. La douce étreinte se transforma en taquinerie lorsqu'il enfouit son visage dans mon cou et me fit des chatouilles tout en me serrant fort.

"Tu es prête à travailler un peu plus avant d'arrêter ?" demanda-t-il, en se frottant les mains sur mes cuisses et me tapotant légèrement les fesses.

"Je suppose," dis-je en soupirant longtemps. "Nous devrions probablement agir en adultes responsables."

"Je dois admettre que la responsabilité n'est pas vraiment ma motivation," dit-il, en souriant alors que je me remettais debout. "Je suis juste prêt à en finir avec tout ça pour qu'on puisse avoir plus de temps pour se concentrer sur des activités très irresponsables."

"Oh vraiment ?" demandai-je, avec un sourire timide. "Eh bien, allez, et que ça saute ! Allons vider les derniers cartons."

Ensemble, nous nous attaquâmes à mon vaste assortiment de livres, en les intercalant sur les étagères avec ceux déjà en place. Nous comparâmes nos collections et bavardâmes au fur et à mesure que nous les organisions dans un ordre que nous approuvions tous les deux. Il se moquait de mes romans d'amour ringards pendant que je menaçais de cacher sa collection de livres de Fitzgerald là où ils ne verraient plus jamais la lumière du jour.

Finalement, nous arrivâmes aux derniers cartons restants dans le coin du salon, il y en avait deux... et je n'avais pas vraiment l'intention de les déballer.

Edward s'approcha du premier et demanda où il allait.

"Nous n'avons probablement pas besoin d'en faire quoi que ce soit," insistai-je, en me dirigeant vers l'endroit où il tournait le carton, cherchant une étiquette. "Si tu as de l'espace pour les ranger, nous pouvons juste les empiler."

"Qu'est-ce que c'est ?" demanda-t-il curieusement.

"Juste quelques vieux trucs. Rien d'important," répondis-je avec désinvolture. J'attrapai le second, disposée à le coller dans n'importe quel placard ou sous-sol mais je n'eus pas cette chance. Il avait déjà déchiré la bande sur le sien et l'ouvris.

"Bella…" dit-il, avec un soupçon d'exaspération.

"Edward…" fis-je en l'imitant. "Je suis sérieuse, jetons-les quelque part qu'on en finisse."

Il mit la main à l'intérieur et souleva la plaque avec ma médaille olympique. "Je ne pense pas que ce soit quelque chose qu'on jette dans un carton quelque part."

"Si c'est ce que j'ai choisi d'en faire," répondis-je avec un peu de pétulance. "C'est ma médaille après tout…"

"Baby, c'est quelque chose dont on peut être très fier," dit-il en le tenant devant lui. "Pourquoi est-ce que tu veux juste la laisser dans un carton dans un placard sombre au sous-sol ?"

Je haussai les épaules et regardai fixement le carton fermé dans mes mains, jouant avec un coin du ruban adhésif. Les deux grands cartons remplis de souvenirs de ma carrière de patineuse avaient été cachés dans mon appartement dès leur arrivée après le retour de Renée en Floride, tout comme le plus petit carton qu'elle m'avait envoyé quand j'avais déménagé sans elle. Je n'en avais jamais rien fait et n'avais pas vraiment prévu que ça change maintenant.

Il soupira et posa doucement la plaque sur le dessus du carton. Il se tourna vers moi, me prit le mien et le posa sur le canapé avant de mettre ses mains sur mes épaules.

"Regarde-moi, s'il te plaît ?" murmura-t-il doucement. Je clignai des yeux une fois, en gardant les yeux fermés plus longtemps que nécessaire, avant de rencontrer son regard.

"N'en es-tu pas fière ?" demanda-t-il.

Je haussai à nouveau les épaules, tirant ma lèvre inférieure entre mes dents pour mordre doucement, surtout dans le but d'éviter de lui montrer que ça me rendait nerveuse.

"Que veux-tu dire ?" demanda-t-il, répétant mon haussement d'épaules. "Tu ne sais pas à quel point c'est incroyable ? Tout ce qui est là ? Médailles, trophées... Je sais que ce n'est pas ce qui est important pour toi mais c'est quand même quelque chose. Tu ne devrais pas tous les jeter dans un coin pour qu'on les oublie."

"Je ne sais pas comment l'expliquer…" murmurai-je. "Oui, je suis fière de ce que j'ai fait mais une partie de moi sent comme si c'était mal de tous les exposer."

"Est-ce une question de modestie ? Parce que j'ai compris, Bella, je ne suis pas du genre à faire étalage d'un tas de conneries et essayer de montrer à tout le monde à quel point je suis formidable. Même si c'est un peu le cas…" dit-il avec un sourire enjoué, disant ouvertement des mots arrogants, probablement destinés à faire naître un sourire. Il réussit et mes lèvres tremblèrent momentanément.

"Mais tu es plutôt impressionnante et c'est ta maison désormais," poursuivit-il. "Tu devrais mettre ça quelque part."

"Ce n'est pas nécessairement une question de modestie," expliquai-je, même si je suppose que cela en faisait partie. "C'est juste que... je ne sais pas."

"Tu n'as pas besoin de choisir tes mots avec moi, tu sais," dit-il patiemment quand je traînais. "Je ne te jugerai pas ou quoi que ce soit d'autre."

"Non, je sais," lui dis-je, en soufflant et en rassemblant mes pensées. "Tu sais comment j'ai réussi à me classer quatrième à Skate America ?" demandai-je et il acquiesça. "D'une certaine façon, j'en suis presque plus fière que tout ce qu'il y a dans ces cartons. J'ai l'impression d'y être arrivée par mon propre mérite et pas seulement parce que Renée me poussait et me harcelait. Peut-être que je n'ai pas ramené de médaille à la maison mais j'ai vraiment eu l'impression que je méritais vraiment cette place."

"Tout ce que tu as dans cette boîte, tu l'as mérité," dit-il d'une voix ferme, la décontraction qui avait été si évidente dans ses traits quelques instants plus tôt avait disparu complètement, bien que la tendresse dans ses yeux demeure. Ses mains bercèrent mon visage et il garda mes yeux sur les siens, ferme mais incroyablement doux en même temps.

"Ça n'a pas d'importance si cette salope te poussait ou menait la barque à l'époque. Tout ce que tu as fait c'est toi, pas elle. Ce sont tes accomplissements."

"Je ne sais pas," murmurai-je, un peu honteuse d'admettre la vérité de mes pensées. "Peut-être que je n'aurais pas gagné si elle n'avait pas fait ce qu'elle a fait."

"Peut-être pas… mais c'est toi qui as gagné tout ça. Qui s'est poussé au bord du précipice pendant les entrainements ? Qui a eu mal au corps après une dure journée sur la glace ? Qui a ressenti l'anxiété devant des milliers de gens et surmonté ses nerfs pour patiner et avoir l'air totalement magnifique en le faisant ?" dit-il, sa voix devenant de plus en plus intense au fur et à mesure et ses mains me rapprochant de plus en plus de son visage, jusqu'à ce que son souffle murmure chaudement sur les joues, ses yeux enflammés dans les miens. "Toi. C'est toi, Bella, pas Renée. Jamais elle."

Mes yeux se fermèrent et je me fondis dans son contact et l'intensité de ses paroles, mon front tombant pour s'appuyer contre sa joue. Parfois, la force de ses sentiments pour moi, en particulier sa fierté et son respect me submergeaient encore et me laissaient choquée.

Mes mains glissèrent le long de ses poignets, les serrant doucement avant que je m'éloigne de lui et soupire. Mes yeux se tournèrent vers les cartons qui avaient amené cette conversation.

"Tant d'objets dans ces cartons gardent de mauvais souvenirs," avouai-je. "Je ne dis pas que j'avais une vie terrible jusqu'à ce que je déménage ici, mais je parie que tu peux choisir n'importe quel objet au hasard et je peux te dire quelque chose qui s'est passé pendant la compétition et qui m'a rendu malheureuse. Même quand j'ai fini première, il y avait toujours quelque chose qui n'était pas assez bien."

"Tu te sentais mal à l'aise de monter sur le podium ?"

"Non, je suppose que non. C'est une telle montée d'adrénaline," souris-je doucement, me rappelant l'émerveillement de ces moments. "Presque surréaliste dans un sens. C'est plutôt cool de sentir le poids autour du cou, de se tenir debout, tenant un bel arrangement de fleurs pendant que tu regardes ton drapeau hissé devant toi."

"A part les conneries avec Renée, qu'est-ce que tu as pensé de la compétition ?" demanda-t-il. "Je veux dire, quelque chose devait te plaire si tu choisis encore de concourir, alors qu'elle n'est plus dans la course."

"C'est difficile à dire. C'était toujours si stressant, angoissant. Il y a toujours des gens partout et ils ont tous des attentes. Mais c'est comme si, quand je mettais les pieds sur la glace, tout ça disparaissait. Chaque représentation est comme une ardoise vierge. Toujours fraiche et remplie de possibilités. C'est un défi mais presque comme, je ne sais pas, plus envers moi-même," expliquai-je, presque comme une question, je ne savais pas exactement comment la décrire. Il semblait comprendre alors je continuai.

"Manifestement, tu essaies de battre les autres mais le plus grand défi pour moi a toujours été envers moi-même. Et ça peut être déchirant et décevant de travailler si longtemps puis faire seulement une erreur stupide quand ça compte le plus. Mais quand c'est bon ? Quand tu es là-bas et que tu atterris une combinaison vraiment difficile ou atteint tes postures parfaitement ? Il n'y a rien de mieux." Je soupirais. "C'est une sorte d'euphorie, tu sais ?"

Il hocha la tête, me toucha la joue avec un sourire compréhensif. "Ouais. Je sais exactement ce que tu veux dire."

Il laissa tomber sa main et se pencha, rangeant la plaque avec ma médaille dans le carton ouvert et le prit. Il me sourit et fit un geste bizarre pour que je saisisse l'autre. Je le suivis jusqu'au sous-sol où nous les posâmes devant le mur de sa salle de jeu qui abritait ses propres trophées et médailles.

Sa main dans le carton, il sortit à nouveau ma médaille d'argent de Turin et me la tendit.

"Je veux que tu choisisses un endroit pour celle-là."

Je soupirai et la lui pris des mains, en passant vers le mur. Je la regardai, passant doucement mes doigts sur le ruban lisse puis le long de la courbe de métal froid et lourd.

Je me souvenais du moment exact où je l'avais reçu, j'avais tout juste été capable de me contenir et de m'empêcher de danser toute excitée. Renée avait été déçue, bien sûr ce n'était pas l'or mais j'étais exaltée. Et pendant que je devais écouter ses plaintes et ses commentaires négatifs après la cérémonie, je n'avais rien ressenti de tel sur le podium.

Quand les représentants du Comité Olympique avait passé cette médaille autour de mon cou, je n'avais entendu que les applaudissements et les cris d'enthousiasme qui correspondaient à tout ce qui traversait mon être à ce moment-là. J'étais là, agrippée à mes fleurs et souriant bêtement. Je me souvenais d'avoir été très impressionnée. Je m'étais sentie, belle, puissante, incroyable. La déception ne m'avait même pas effleurée.

Il avait raison, j'avais besoin de me rappeler des moments comme ça, pas seulement des émotions négatives que j'avais vécues avec ma mère. Ce n'était pas comme si je pouvais oublier l'intégralité de ma vie avant de me faire mal au genou et de commencer à rompre ces chaines. Ma vie ne tournait pas entièrement autour d'elle, peu importe que ça ait l'air d'être comme ça. Je n'étais pas juste envers moi-même en bloquant tout, simplement parce que les circonstances étaient moins que parfaites.

Je brandis la médaille vers un endroit vide sur le mur au milieu des plaques et des boites de récompenses passées.

"Ici, je pense," dis-je, en tournant mon cou pour voir où il était.

Il s'avança derrière moi et posa sa main sur la mienne, tenant la plaque contre le mur. "Juste ici, c'est parfait."

Nous passâmes l'heure suivante à réorganiser les étagères de trophées, mélangeant les miens aux siens tout en partageant les histoires qui les accompagnaient. Et bien que nous nous connaissions bien à présent nous n'avions jamais vraiment approfondi toutes les petites étapes qui nous avait permis d'arriver là où nous en étions.

Il me raconta plus de choses sur son enfance, ses études secondaires et ses expériences à l'université. Je lui donnais des récits de ma vie que je n'avais jamais pensé à partager avant, pensant que personne d'autre ne les trouverait intéressants. Mais Edward semblait tout aussi désireux de dévorer chacune des petites friandises que je voulais partager de la même manière que je voulais en savoir plus sur lui.

La conversation ralentissait la vitesse de déballage mais ça ne sembla pas nous déranger. Morceau par morceau et histoire par histoire nous vidâmes les étagères, les remplissant des symboles de chacun de nos parcours.

Il fit beaucoup de commentaires suggestifs qui me firent rougir quand il tomba sur une réserve de mes costumes même s'il était vraiment un peu déçu qu'aucun d'eux ne soit plus révélateur. Apparemment les tissus de couleur chair n'étaient pas aussi sexy que la peau qu'ils cachaient.

En déplaçant quelques affaires sur une étagère je tombais sur un simple petit cadre, caché derrière de plus gros objets.

Je l'attrapai pour une inspection plus approfondie et je fus surprise de voir que c'était la carte de score du bowling où il m'avait emmenée à notre premier rendez-vous, celui de cette même soirée en fait. Il y avait sur cette carte à la fois nos noms griffonnés au crayon et la date écrite au stylo dans un coin, évidemment rajoutée plus tard. Les cadres étaient remplis pour les trois matchs que nous avions joués ensemble avec mes gribouillis désordonnés sur le côté quand j'avais tenté ma chance pour noter le score une fois.

"Qu'est-ce que c'est que ça ?" demandai-je, me tournant vers lui et le lui montrant pour qu'il comprenne ce que je voulais savoir.

"Rien," dit-il rapidement, en me l'arrachant de la main. Il le cacha derrière son dos dans une tentative ridicule. Ses joues étaient roses et il avait l'air timide, se raclant la gorge en détournant les yeux.

"Qu'est-ce que tu veux dire par 'rien' ?" rigolai-je, en tentant d'atteindre l'objet qu'il tenait derrière son dos.

"Juste ça, j'avais oublié que c'était là," balbutia-t-il, se détournant pendant que je suivais ses mouvements. Après quelques minutes d'esquive et de jeu, je m'arrêtai et croisai les bras, relevant ma tête alors que mes lèvres faisaient un sourire narquois.

"Pourquoi tu ne me dis pas simplement pourquoi tu as le tableau de bord de notre premier rendez-vous encadré sur ton étagère à trophées ?" suggérai-je, la voix amusée et taquine.

"Je te l'ai dit, j'avais complètement oublié que c'était ici…" dit-il exaspéré.

"Non non non," dis-je enjouée, en passant ma main derrière lui. Je lui pris facilement le cadre par surprise et le tins devant moi. "Cela ne ressemble pas exactement à un papier jeté négligemment sur une étagère mon pote, je n'en crois rien. Il me semble que tu l'as mis là délibérément."

"S'il te plait est-ce que tu ne pourrais simplement pas laisser tomber ?" demanda-t-il, de nouveau en tendant sa main vers le cadre.

"Pas avant que tu me dises pourquoi tu l'as mis ici," insistai-je, en le cachant derrière moi bien qu'il puisse l'atteindre facilement s'il voulait.

Il soupira et fourra ses mains dans ses poches tout en se balançant sur ses talons.

"Edward…" insistai-je, quand il ne dit rien.

"Parce que c'est là qu'il doit être, ok ?" lâcha-t-il. "Parce que quand je suis rentré ce soir-là, après t'avoir déposée, j'avais l'impression d'avoir gagné le plus gros prix de ma vie. Sortir avec toi ? Être avec toi ? Constater que tu me voulais vraiment, je me sentais comme si j'avais gagné le championnat, une médaille olympique ou putain même la coupe Stanley et tout cela à la fois. Eh bien je n'en ai gagné qu'un mais j'imagine que c'est ce que je ressentirais. Je suis tombé amoureux de toi, Bella et je savais qu'il n'y aurait jamais rien de plus important que de gagner ton cœur."

Eh bien, c'était juste… tellement adorable. Je voulais sérieusement faire la moue et tirer la langue mais à en juger par la façon dont il se grattait nerveusement le cou et détournait les yeux je ne pensais pas que ça serait approprié.

Parfois il me déroutait complètement. Il était l'homme le plus doux que j'aie jamais rencontré, cela semblait toujours facile. J'attendais ces adorables petits gestes et il n'avait jamais hésité à me les montrer auparavant. Peut-être était-ce parce qu'il avait été pris au dépourvu mais je ne m'attendais pas à le voir aussi mal à l'aise devant une démonstration d'affection.

"Sérieusement tu rougis ?" demandai-je, incrédule en m'approchant de lui, prenant ses joues légèrement roses et voyant comme sa pomme d'Adam bougeait. "Pourquoi es-tu si gêné par ça ?"

"Parce que je suis un gars," dit-il comme si cela était évident.

"Et donc ?"

"Eh bien encadrer un souvenir de notre premier rendez-vous est ringard et sentimental et il n'y a qu'une fille qui ferait ça," développa-t-il, en me regardant enfin. "Emmett me dirait probablement que je ferais aussi bien de faire bronzer mes boules et de les accrocher au mur s'il voyait ça."

"Mais Emmett n'est pas ici maintenant, pas vrai ?"

"Non. Mais…" Il haussa les épaules et enroula ses bras autour de mes épaules me faisant tourner pour m'appuyer dos à lui. Il regarda l'objet dans mes mains, son menton contre mon cou et il mit ses doigts sur les miens sur le métal froid. "Tu ne penses pas que c'est étrange que j'aie mis ça là ?"

"Non," dis-je, en reposant le cadre sur l'étagère, bien devant et au milieu sans le cacher. Je me tournai dans ses bras et passai mes mains sur son torse. "Je pense que c'est incroyablement tendre. Et de façon absolument virile. Cela ne me dérange pas d'être ton prix aussi longtemps que je pourrai te gagner aussi.

"Toujours, amour," dit-il contre mes lèvres. "Il n'y a pas de compétition."

Peu de temps après nous en finîmes au sous-sol et remontâmes pour nous préparer à aller au lit.

Alors qu'il défaisait les couvertures et que je tapai les oreillers, ridiculement heureuse que le mien soit avec le sien dorénavant. Même si cela ne me dérangeait pas j'étais devenue rapidement accro aux oreillers en plume qu'Alice m'avait incité à acheter quand j'avais emménagé la première fois. C'était agréable de les avoir de nouveau.

"Je ne sais pas comment tu peux dormir sur ces choses," marmonna-t-il, en retirant sa montre et en la posant sur sa table de chevet.

"Je ne sais pas comment tu peux t'en passer," persistai-je, serrant l'un des objets célestes contre ma poitrine.

"Ils sont sans intérêt."

"Quoi ?"

"Tu sais les duvets ou peu importe comment tu les appelles," expliqua-t-il en pinçant ses doigts. "Ils traversent l'oreiller. C'est inconfortable."

"C'est ridicule," raillai-je. "Ces choses sont géniales."

"Si tu le dis, Swan. Garde-les juste de ton côté du lit," dit-il, en me poussant plus loin de ses oreillers non ronds.

"De mon côté," dis-je d'un sourire indulgent, serrant l'oreiller dans un câlin. "C'est agréable d'y penser."

"Quoi ? Ça toujours été ton côté," fit-il remarquer.

"Je sais mais maintenant c'est plus officiel, tu comprends ?" expliquai-je, tapant l'oreiller puis en attrapant l'autre. "Je n'ai plus d'appartement. Tous mes vêtements sont suspendus dans ce placard ou rangés dans ces tiroirs. Ta cuisine déborde de tout mon bazar et je ne veux même pas que tu penses à y toucher," l'avertis-je d'une voix ferme. "Tu ne t'en sers pas donc je peux choisir où ça sera rangé."

"Oui madame," dit-il avec un salut à deux doigts.

Je hochai la tête, satisfaite de sa réponse avant de continuer.

"Ça semble plus réel maintenant. Comme si nous étions vraiment là, en train de le faire. Une partie de moi pense toujours que tout cela est un rêve impossible ou quelque chose comme ça."

Il fit le tour du lit et se mit à côté de moi, posant ses mains sur ma taille, ses pouces frictionnant doucement mes hanches.

"Crois-le, Swan. Tu es bien réveillée et nous sommes tous les deux ici. Tu es coincée avec moi," dit-il, en s'appuyant et en effleurant ses lèvres doucement et lentement contre les miennes. "Qu'est-ce que ça fait d'officiellement cohabiter ?"

Je soupirai et le regardai avec ce qui pourrait être considéré comme des 'yeux de biche' et je murmurai, "Incroyable".

"Je le pense aussi," il sourit et m'embrassa une fois de plus. Il s'éloigna et fis passer son t-shirt par-dessus sa tête, le jetant au hasard sur la chaise dans le coin.

"Tu devras me dire si je fais quelque chose de super agaçant," je souris, en prenant ma lotion de la table de chevet et en la passant sur mes coudes et mes avant-bras. "Je n'ai jamais eu de colocataire avant."

"Vraiment ?" demanda-t-il. "Jamais ?"

"Non. Il y a eu plein de fois où ils ont essayé de me coller avec des camarades de chambre pour la compétition ou des camps et autres trucs mais Renée finissait toujours par réserver des chambres séparées. Trop de distractions. Et toi ?"

"J'en ai eu quelques-uns," il haussa les épaules. "Emmett, bien sûr. Nous partagions une chambre quand nous étions enfants, avant de déménager dans une maison plus grande. Puis à la fac, j'ai passé quelques années dans les dortoirs. Maman et papa voulaient que je profite de toute l'expérience, je suppose. Mon colocataire de première année était totalement bizarre," dit-il, en s'asseyant sur le côté du lit pour retirer ses chaussettes et les jeter sur son t-shirt puis en défaisant son jean pour l'ajouter à la pile. "Le mec ne se douchait presque jamais et il regardait Office Space au moins quatre fois par semaine. La deuxième année était un peu mieux puisque je partageais ma chambre avec un gars de l'équipe mais il était vraiment à fond sur les femmes. J'ai eu quelques rencontres gênantes avec ses partenaires d'un soir."

"Ah oui ?" souris-je, refermant ma lotion et la remettant à sa place.

"Mmhmm. L'une d'elles a essayé de s'enfuir avec ma chemise préférée parce que je l'avais laissée sur le futon. J'ai pratiquement dû la lui arracher pour qu'elle me la rende. Et non," m'interrompit-il quand j'ouvris la bouche pour commenter, "ce n'était pas du tout sexy. Cette salope essayait de voler ma chemise Batman."

"Pas la chemise de Batman !" haletai-je d'horreur simulée.

"Tu plaisantes, Swan, mais tu sais que ça te manquerait," il sourit, en allumant la lampe de son côté du lit.

"Tu as raison. C'est vraiment sexy sur toi," dis-je avec un soupir de rêve, mes yeux se voilant légèrement pendant que je l'imaginais la porter. "Surtout quand tu es étendu par terre, avec juste le plus petit morceau de ton ventre qui se montre et la bande grise de ton caleçon qui se détache de ton jeans" terminai-je, avec un fredonnement indulgent.

"On dirait que tu y as beaucoup réfléchi," ironisa-t-il, en tendant les mains vers moi, m'approchant de lui.

"Peut-être," dis-je coquettement, en l'embrassant rapidement. "Peut-être. Probablement", dis-je en changeant les mots avec un sourire en coin, en ponctuant chaque mot d'un bisou avant de sortir de son emprise. "Je vais aller me brosser les dents. Tu viens ?"

Le temps que nous terminions nos routines nocturnes et que nous rentrions dans la chambre, je me sentais bien éveillée, malgré les activités fatigantes de la journée.

Edward éteignit la lumière principale et se hissa sur le lit, vêtu seulement de son boxer bleu. Je me permis de le reluquer une délicieuse minute pendant qu'il ne faisait pas attention.

Il me jeta un coup d'œil, en sourcillant, quand il me trouva juste à côté du lit, plutôt qu'allongée à côté de lui. Je pris l'un de mes oreillers et le secouai, essayant de cacher mes joues rosies de m'être fait prendre à le regarder. Pendant que je tapotai le coussin, je fus frappée par l'inspiration.

"Tu sais, Edward," dis-je avec un sourire sournois et charmeur. "J'ai toujours voulu faire quelque chose mais comme je n'ai jamais eu de colocataire avant, je n'ai pas pu..."

"Ah oui ? Qu'est-ce que c'est ?" demanda-t-il en riant. Il replia négligemment ses bras derrière la tête, devenant vulnérable.

Parfait. Cible parfaite.

Sans réfléchir dans quoi je m'embarquais, j'attaquai. Avec un fort bang je frappai le haut de son corps avec mon oreiller. Il cria de surprise, ses bras tombant et ses jambes se recroquevillant instantanément sur lui-même en position de défense. Puis il leva les yeux vers moi avec une expression d'incrédulité.

"Bataille d'oreillers," dis-je en souriant, puis je grimaçai, imitant son expression surprise.

Sa bouche béante se referma, avant de se tordre en un sourire sinistre et ses yeux se plissèrent de défi. Il attrapa l'arme la plus proche - qui se trouvait être mon autre oreiller – et avança sur moi, me frappant dans le dos en bondissant.

Ce fut une guerre totale, un enchevêtrement de membres et de tissus alors que nous roulions sur le matelas. Je réussis à résister, mes muscles toniques et aidés par ma souplesse mais il me battait en taille et en poids. Nous nous battions alternativement pour le contrôle, en roulant et s'épinglant et en jouant avec les oreillers et les couvertures.

Nous nous battîmes sans relâche, le bruit des oreillers frappant les corps se mêlant à notre rire haletant, un chœur de mes cris et son grognement enjoué. Les couvertures s'emmêlant d'abord autour de nous, puis tombant par terre pour dégager le champ de bataille.

Je le plaquai par derrière, m'attachant maladroitement autour de son torse comme un singe araignée. Il me fit tourner puis basculer par-dessus son épaule et me fit tomber sur le matelas. J'eus le souffle coupé avant d'enfoncer mes orteils dans ses côtés pour le chatouiller, sans pitié jusqu'à ce qu'il relâche son emprise.

Au cours de cette bataille épique, je frappai son torse avec mon oreiller et j'entendis un craquement. Je restai bouche bée quand je réalisai ce qu'il s'était passé.

"Edward !" réprimandai-je. "Tu as déchiré mon oreiller !"

"Bella, je suis vraiment désolé !" ricana-t-il, bien que son expression soit tout sauf pleine de remords. Il essayait, sans succès, d'étouffer son rire en serrant l'oreiller intact sur sa poitrine.

"Gros con !" criai-je, en me retournant et en le frappant sur la tête. Les plumes volaient partout, couvrant sa tête et se collant à sa peau, recouvrant ses cheveux comme un lourd manteau de neige.

Il crachait avec humour les flocons de duvet qui lui collaient aux lèvres avant de fixer son regard sur moi et de me dévisager.

Je reculai lentement à genoux, en tenant mes bras devant moi dans un geste de paix alors que je me battais contre le rire qui menaçait d'éclater en le voyant comme ça.

"Oh, tu es dans le pétrin, Swan !" menaça-t-il, ses lèvres se transformant en un sourire tordu et ses yeux devenant sournois.

Avant que je puisse évaluer ses intentions, il arracha le tissu de l'oreiller qu'il tenait dans ses mains, le déchirant volontairement. Il se précipita sur moi, déversant le contenu de son arme et en me plaquant au lit.

Il y avait des plumes partout pendant que notre bataille de flirt se poursuivait, tous les deux arrachant maintenant de minuscules peluches blanches de nos bouches parce que nous riions trop fort.

Finalement, il réussit à me coincer. Les taies d'oreillers vides furent abandonnées et ses mains saisirent mes poignets au-dessus de ma tête alors que ses jambes coinçaient les miennes. Je continuai à glousser et en haletant je me rendis, trop épuisée pour tenter une autre riposte.

Je secouai les cheveux de mon visage et levai les yeux vers lui. Il ne riait pas ou même souriait. L'intensité dans ses yeux émeraudes était comme un coup direct à mon cœur et il vacilla dans ma poitrine. Mon rire essoufflé se transforma en un halètement silencieux alors que je le regardais, mes lèvres légèrement ouvertes mais plus du tout recourbées en sourire à cause de nos pitreries.

"Mon Dieu, Bella !" souffla-t-il, en me regardant avec un air de révérence. "Tu es tellement magnifique. Parfois, je n'arrive pas à croire que tu es vraiment à moi."

"Je suis à toi," murmurai-je, les yeux fixés sur son visage en transe. "Toujours."

Son corps sembla s'effondrer sur moi, bien que je ne sente pas la force de son poids. Ses bras étaient instantanément enroulés autour de mon corps alors que nos torses s'alignaient et que ses lèvres cherchaient et conquéraient les miennes.

L'atmosphère qui avait été espiègle et coquine quelques instants auparavant était soudainement lourde de passion et de désir intense. Nos mains s'étalaient sur la peau de l'autre, les siennes tirant sur les bretelles de mon soutien-gorge et libérant mes seins de leur confinement.

Sa tête plongea alors que sa bouche explorait la pointe tendue de mon mamelon, le tirant entre ses dents et en passant sa langue sur la peau sensible. Son pouce se leva pour entourer l'autre, le faisant rouler jusqu'à la rigidité assortie. Ma tête tomba en arrière et je poussai un doux cri alors que mes mains plongeaient dans des mèches de cheveux doux.

En gardant ses bras serrés autour de moi, il se remit à genoux sur le lit, me tirant pour m'asseoir sur ses genoux avec mes jambes parallèles aux siennes de chaque côté. La peau nue de nos poitrines frottait l'une contre l'autre quand nous nous embrassâmes, légèrement collants à cause de l'effort de notre jeu.

Le dos de ses doigts recourbés frôlait légèrement la courbe de ma poitrine alors qu'il abaissait la bouche à l'endroit tendre de mon cou où il pouvait sentir le battement accéléré de mon cœur. Il déposa un baiser humide et bouche ouverte contre mon cou et gémit doucement quand ses dents s'enfoncèrent, en pinçant l'endroit afin d'envoyer des picotements et des vagues de chaleur directement à mon centre.

"J'aime la façon dont ton pouls accélère juste là," murmura-t-il contre ma peau, l'embrassant à nouveau. "Est-ce à cause de moi baby ?"

"Tu sais que oui," soufflai-je doucement. Je revins dans ses bras jusqu'à ce que je puisse regarder en bas et voir son visage. Je cherchai sa main et la posai à plat contre mon cœur, la recouvrant avec les deux miennes pour le bercer. "Tu es le seul qui fasse battre mon cœur ainsi."

Il descendit sa tête pour déposer un tendre baiser sur le dos de ma main au-dessus de mon cœur et ensuite il la prit dans sa main libre et la posa sur sa poitrine où son cœur battait aussi rapidement dans un rythme régulier. Il posa sa main sur la mienne imitant ma position et nous restâmes là, nous regardant simplement dans les yeux et sentant le rythme semblable de nos deux cœurs.

"Tu me fais toujours ça," murmura-t-il, avec un gémissement rauque sa respiration tremblante de désir.

"Je voudrai faire tellement plus," dis-je.

Je plongeai pour lui, mes bras s'agrippant à ses épaules alors que ma bouche accélérait sur la sienne. Ses mains tombèrent rapidement sur mes hanches, m'incitant à me rapprocher. Mes hanches bougeaient de par leur propre volonté, cherchant la friction délicieuse de son corps contre le mien. Je gémis quand je la trouvai et sa langue plongea dans ma bouche ouverte.

Doucement, je me frottai contre lui, mes yeux se fermant à l'intensité du plaisir qui me traversait. Ses doigts s'enfoncèrent dans ma peau, la taille de ses mains permettant à chaque doigt d'atteindre un large territoire et de me revendiquer. Mes ongles creusèrent dans son dos, désireuse de le revendiquer moi aussi. Quand je sentis son corps frémir à mon contact, mes lèvres se recourbèrent contre les siennes en une joie enivrante. Je l'entendis reprendre son souffle avant qu'il ne me relâche dans un gémissement bas et guttural.

"Putain, Bella," grogna-t-il, glissant sur ma peau pour serrer le tissu en dentelle au niveau de mes hanches. Je me levai sur les genoux puis redescendis pour l'aider à me débarrasser de ma culotte. Etalé sur une couverture de plume je l'attrapai. Tirant son corps à moi je le poussai vers l'avant jusqu'à ce que je puisse caresser sa poitrine chaude et musclée, ne faisant une pause que pour accrocher mes doigts dans le coton de son boxer et le faire glisser de sa taille.

Les plumes chatouillaient et piquaient alternativement alors que je m'allongeai à plat contre le matelas sans y prêter attention. Ma concentration allait sur lui sans partage.

Son corps se releva jusqu'à ce qu'il se rassoie sur les talons. Il baissa les yeux, dévorant avidement mon corps nu alors qu'il s'agenouillait devant moi, aussi nu que moi. Ma main reposait mollement sur mon cœur battant tandis que je regardais son visage et attendais qu'il fasse le prochain mouvement. Je pouvais à peine respirer alors que ses doigts tendaient la main pour caresser tendrement ma peau, effleurant légèrement les plumes qui s'accrochaient à mon corps.

Lorsque ses yeux brillants se levèrent pour enfin rencontrer les miens tout mon être trembla d'anticipation.

Il ne me fit pas attendre plus longtemps. Son corps s'abaissa sur le mien, sa main caressant ma cuisse et accrochant ma jambe à sa taille alors que je haletais.

Son corps bougeait contre le mien, sa longueur dure glissant sur la chaleur entre mes cuisses et je le désirais et il grognait.

Sa mâchoire se contracta tandis qu'il poussait lentement ses hanches contre moi. Ses yeux clignèrent rapidement et ses lèvres tremblèrent tandis que des sons étranglés s'échappaient de sa bouche et que ses doigts impatients caressaient mes jambes écartées.

Se reculant juste assez pour s'aligner avec mon entrée, il me regarda, leva un doigt sur ma joue et me caressa doucement le visage.

"Je t'aime," murmura-t-il passionnément.

Sa main passa dans mon dos, l'autre toujours à ma taille, tenant toujours ma jambe contre sa taille, mon mollet coincé sur sa jambe.

Il ne me donna pas l'occasion de lui dire la même chose avant de glisser en moi, me remplissant complètement d'un seul coup. Je poussai des cris alors que mon corps tremblait, toujours désireux de l'accueillir de nouveau chez lui.

Mes bras se serrèrent étroitement autour de son dos pendant que je posai mes lèvres contre son cou et murmurai, "Je t'aime aussi."

Il n'y avait rien de rapide ou d'hâtif dans nos ébats amoureux, c'était lent et intense et nous savourions chaque contact et chérissions chaque soupir. Quand je me sentis approcher de mon apogée, le pouls de son corps me dit qu'il était juste comme moi.

Sa main se tendit vers la mienne, serrant étroitement nos doigts et posant nos bras joints au-dessus de ma tête sur le matelas. Sa paume se serra contre la mienne au rythme de ses poussées, ses doigts se resserrant sur les os de ma main. Nos lèvres se retrouvèrent alors que nous atteignîmes l'orgasme. Nos hanches se tendirent contre l'autre pendant qu'il se déversait en moi et que la tension de mon corps se dissipait rapidement.

Tandis que redescendions de notre apogée il roula à côté de moi et se coucha sur le dos. Nos mains ne se séparèrent jamais, toujours mollement étendues au-dessus de nos têtes.

Après quelques minutes de calme ses doigts commencèrent à danser légèrement sur ma paume. J'ouvris les yeux pour le regarder. Il me souriait tendrement et adorablement et je lui rendis la pareille facilement.

"Je dis que c'est un commencement parfait pour cette entière chose de vivre ensemble," dis-je légèrement, en soupirant de contentement.

"Pas de discussion ici," dit-il, en se penchant pour frotter son nez contre le mien et picorer doucement mes lèvres. Il se redressa un peu et se pencha son sourire s'élargissant d'amusement.

"Quoi ?" demandai-je.

"Rien. Tu es vraiment à la hauteur de ton nom en ce moment avec toutes ces plumes dans tes cheveux," expliqua-t-il, arrachant quelques minuscules plumes blanches de mes cheveux.

"Oh seigneur," grognai-je, y mettant ma main pour évaluer l'étendue des dégâts. "Il doit y en avoir partout."

"Un peu," gloussa-t-il.

"Hé. Tu sais je ne suis pas la seule. Tu as petit truc de Duffy Duck là… "dis-je, levant la main et ébouriffant ses cheveux et des plumes s'envolèrent. "Tu me dois deux nouveaux oreillers."

"Si tu le dis," dit-il, en continuant à enlever des plumes de mes cheveux. "Tu sais déjà qu'ils ne survivront pas longtemps probablement. Mais si c'est quelque chose que tu es prête à risquer…"

Je gémis et me redressai, m'époussetant les cheveux. "Ce n'est probablement pas la peine mais je les aime."

"Je dois admettre que je vois ces oreillers en plume d'un œil nouveau," sourit-il avec un air enfantin. Je secouai la tête d'amusement et me penchai pour l'embrasser avant de me lever.

Regardant le lit, je gémis intérieurement. Il était entièrement recouvert de duvet blanc et ça allait prendre une éternité à nettoyer. Edward resta assis parmi les plumes et je lui souris.

"Tu sais quoi, Cullen ?"

"Quoi, Swan ?" demanda-t-il, croisant ses bras autour de ses genoux repliés.

"Je pense que c'est le moment idéal pour discuter de la façon dont nous allons nous partager les tâches ménagères," dis-je sobrement.

"Oh tu crois, hein ?"

"Euh euh… Si cela doit se produire régulièrement," dis-je, en désignant le lit et tout le bazar de plumes. "Je ne parle pas seulement du nettoyage des plumes. Je veux que chacune de ses saletés ait disparu quand je sortirai de la douche," ordonnai-je avec arrogance, en chatouillant son nez avec une plume que j'avais enlevée de mes cheveux, avant de tourner les talons et de filer à la salle de bain.

Je ne fis pas deux pas avant d'être dans ses bras.

"Je pensais que nous étions censés être une équipe, Swan," dit-il, en me jetant sur son épaule. "Et tu vois maintenant, la façon dont je vois les choses c'est que nous reformions notre équipe dans le domaine de la douche, nous unirons nos forces pour lutter contre les plumes perverses et nous pourrons en récolter les fruits ensemble," expliqua-t-il en se dirigeant vers la salle de bain.

"Tu es si intelligent," gloussai-je. "Je savais qu'il y avait une raison pour laquelle j'avais accepté d'emménager avec toi."

"J'espère qu'il y en a plus d'une," dit-il, me reposant, en tendant sa main vers la douche.

"Oh, il y en a des centaines, Cullen," dis-je, en glissant mes bras autour de lui et levant mes lèvres sur les siennes alors que nous entrions. "Des milliers, même."

Nous n'avions pas vécu officiellement six jours ensemble avant qu'Edward ne parte pour son marathon sur la route. Ce n'était pas vraiment assez long pour savoir si nous fonctionnerions à long terme mais je savais que ça allait le faire.

Les jours étaient heureux et pas seulement parce que nous étions comme dans un conte de fées ou dans une sorte de lune de miel. Nous nous chamaillions sur des choses banales, de temps en temps nous étions grincheux et nous devinions que les habitudes de l'autre ne tarderaient pas à nous taper sur les nerfs. Mais tout ce qu'il fallait, c'était regarder autour d'une pièce, n'importe laquelle et voir les signes de chacun de nous juste là, pour me redonner le sourire.

Au début j'étais encore un peu hésitante dans la maison, réticente à ouvrir certains tiroirs ou à déambuler la nuit pour prendre un verre dans la cuisine pendant qu'Edward dormait mais chaque jour ça devenait un peu plus confortable.

Je trouvai étonnamment facile d'être moi-même auprès de lui, j'avais toujours caché des parties de moi, même récemment. Bientôt je commençais à perdre certaines de mes inhibitions et je n'hésitais plus à faire des choses comme me coucher sur le canapé ou me couper les ongles des pieds, choses peu importantes mais apparemment privé et intime.

Notre petite bulle de bonheur n'était pas complètement impénétrable et des nouvelles désagréables nous parvinrent concernant la participation d'Edward aux Jeux Olympiques. Comme il l'avait prédit, il n'avait pas obtenu la place bien qu'il fasse partie des cinq suppléants offensifs répertoriés en cas de maladie ou de blessure.

J'étais déçue, certes, mais Edward semblait bien prendre la nouvelle. Il m'assura à plusieurs reprises qu'il allait bien, qu'il avait encore des chances, et qu'il était juste heureux d'avoir été envisagé pour l'équipe. Cela ne m'empêcha pas d'essayer de le réconforter, lui et moi, et il n'avait pas de scrupules à me laisser faire.

Beaucoup trop tôt, l'équipe repartit. Pendant qu'Edward était absent, je me concentrai sur mon entraînement, en m'en tenant principalement à mes programmes actuels pour les finales nationales. Marcus accepta de réserver une partie des séances chaque après-midi pour travailler sur mon programme de berceuse. Si je réussissais à obtenir une des deux places pour l'équipe olympique, il n'y aurait pas beaucoup de temps pour préparer la nouvelle chorégraphie.

Je me sentais déjà bien par rapport à la chorégraphie et Marcus ne semblait pas avoir beaucoup de problèmes avec elle non plus. Une partie de moi était nerveuse parce que ça me semblait trop facile, alors peut-être que ce n'était pas tout à fait assez difficile, mais il semblait convaincu que ce serait un programme solide et compétitif, si j'avais la chance de l'utiliser.

Nous n'avions pas parlé à Esmée de notre pacte et je n'avais pas non plus partagé la possibilité d'utiliser la musique d'Edward avec quelqu'un d'autre. Je savais que si je ne réussissais pas aux Nationaux ou si je n'étais pas dans l'équipe, je serais probablement plus que déçue à l'idée de ne pas pouvoir patiner ce programme. Une partie de moi pensait qu'il serait plus facile de s'en accommoder si personne d'autre ne savait que ça avait été une possibilité.

Entre le fait de s'installer à la maison et de penser à Noël, de se concentrer sur les championnats nationaux et le potentiel Vancouver, mes pensées étaient entièrement consumées dans le présent et dans un avenir proche. Ainsi, lorsque Marcus m'approcha pour quelque chose au-delà de cette ligne temporelle, je fus complètement prise au dépourvu.

"L'été prochain ?" demandai-je, en me dirigeant vers les bordures et en prenant la bouteille d'eau qu'Esmée me tendit avec un sourire.

"Oui, j'ai mentionné cette possibilité il y a quelque temps, si tu te souviens. Stars on Ice est en train de dresser sa liste et ils aimeraient avoir ton nom si tu es intéressée."

"Eh bien, je n'y ai pas vraiment réfléchi," bégayai-je.

"C'est quelque chose auquel tu dois commencer à penser," affirma-t-il. "Je sais qu'il est facile de se laisser prendre dans ce qui se passe juste devant toi mais tu dois relever les yeux vers l'horizon pour voir ce qu'il y a au-delà."

"Je sais, vous avez raison," soupirai-je, en jouant avec le bouchon de ma bouteille d'eau. "Je euh, j'étais juste assez occupée."

"Chérie, nous savons que tu as beaucoup de choses auxquelles penser en ce moment," intervint Esmée. "Je pense que nous sommes tous conscients que le Championnat National va être dur pour toi et à plus d'un titre. Nous ne voulons juste pas que tu oublies ton avenir. Ta vie ne s'arrêtera pas en janvier après les Nationaux ou les Jeux Olympiques, si tu arrives jusque-là. Tu ne veux pas te réveiller le lendemain matin sans un indice sur ce qui arrivera après, n'est-ce pas ?"

Je secouai la tête, prenant acte de leur point de vue.

"Je ne sais pas ce que je veux," admis-je tranquillement. "Les tournées, les spectacles, c'est amusant et j'aime travailler sur de nouveaux programmes mais je ne sais pas si je veux faire cela."

"Penses-tu à participer à nouveau à la compétition l'année prochaine ? " demanda Marcus. "Je reconnais que les Jeux Olympiques dans quatre ans sont hors de question mais il y aurait encore beaucoup d'opportunités. Tu es en grande forme, tu patines mieux que jamais. Tu pourrais probablement y arriver une autre année, peut-être même deux."

"Je ne sais pas non plus," dis-je en croisant les bras et en m'affalant sur le côté des panneaux. "Je suis désolé, les gars, je sais que vous voulez plus de réponses mais je n'en ai pas pour le moment. Je vais volontiers admettre que j'ai été assez distraite ces derniers temps."

"C'est pourquoi nous soulevons cette question maintenant, pendant qu'il y a encore plein de temps pour y penser et que tu as toutes sortes d'options," expliqua Esmée, en se penchant et en me frottant le dos d'une manière qui me réconfortait toujours.

"Je déteste un peu penser cela mais j'aimerais presque qu'il n'y ait pas autant d'options," dis-je avec un sourire sans humour. "Ça rendrait le processus de prise de décision beaucoup plus facile s'il y avait juste un chemin à choisir."

"Eh bien, tu n'as pas à décider complètement par toi-même," dit doucement Esmée. "C'est ta vie, Bella, et en fin de compte, ce sont tes choix, car ce sont eux qui t'affecteront le plus et tu devras t'en accommoder. Mais tu peux parler à l'un de nous, à tes amis, et tu devrais probablement parler à Edward. Je suis sûre qu'il te soutiendra quoi que tu veuilles faire et tu ne devrais pas te sentir retenue par le fait d'être en couple mais c'est toujours une bonne chose d'en parler, de voir ce que chacun pense et comment vous allez faire en sorte que ça marche."

Bien sûr qu'elle l'avait suggéré… et bien sûr qu'elle avait eu raison de le faire.

"Tu sais quoi ? Plus je suis dans une relation, plus il semble y avoir de discussions," dis-je avec un sourire. "Non pas que je me plaigne mais il semble qu'à chaque fois qu'un problème survient, quelqu'un me dit toujours de lui parler, même si ce n'est que la voix dans ma tête."

"Et est-ce que ça marche ?" demanda-t-elle.

"A chaque fois," admis-je.

Elle haussa les sourcils et me fit un sourire complice. "Hmm, je suppose que ça dit quelque chose de bien."

Je ne pensais pas vraiment qu'il soit approprié d'avoir une discussion sérieuse et approfondie sur l'avenir au téléphone avec une réception potentiellement mauvaise. Quelque chose à propos de ça semblait si désinvolte.

Impersonnel.

Heureusement, je n'eus pas à attendre aussi longtemps que prévu pour lui parler en personne.

Quand j'eus fini de m'entraîner cet après-midi-là, je vis un texto d'Edward me disant qu'il avait trouvé un vol juste après le match ce soir. Il rentrerait pour moins de quarante-huit heures et ensuite prendrait un avion pour le Colorado pour leur prochain match.

C'était peu pratique et ridicule de dépenser l'argent pour un vol simplement pour remplir le seul créneau disponible dans son emploi du temps avec moi, après tout, nous avions dépassé la moitié de son séjour et nous avions survécu plus longues séparations dans le passé. Mais ça lui ressemblait tellement. Je ne pouvais même pas me résoudre à secouer la tête ou faire la grimace. Je me sentais trop excitée à l'idée de dormir dans ses bras cette nuit-là.

Son message disait qu'il n'arriverait que très tard et qu'il prendrait un taxi pour rentrer de l'aéroport.

Je fis donc de mon mieux pour suivre mes projets originaux pour la soirée, en préparant le dîner et en traînant avec les filles en regardant le match.

Je m'entretins brièvement avec Edward avant qu'il ne monte à bord de son avion, confirmant son heure d'arrivée. Bien que j'essaie de rester éveillée pour le saluer à son arrivée, je finis par m'endormir en regardant Jimmy Kimmel.

Quand je me réveillai, la pièce était sombre et silencieuse. Edward était assis sur le bord du lit à côté de moi, se penchant sur mon corps et me poussant doucement du bout du nez pour me réveiller.

"Humm," murmurai-je en tournant la tête et en cherchant instinctivement ses lèvres dans le noir.

"Hé !" murmura-t-il.

Mes yeux s'ouvrirent pour voir son profil sombre et familier devant moi, le peu de lumière mettant à peine en évidence les parties de son visage.

"Salut," soufflai-je tranquillement, mes lèvres se courbant en un sourire doux et endormi. "Tu viens de rentrer ?"

"Il y a quelques minutes," dit-il. "Tu viens en bas avec moi ?"

"Pourquoi ?" demandai-je, confuse. "Tu ne viens pas te coucher ?"

"Pas encore," dit-il en se levant et en me tendant la main. "Allez."

Je jetai un coup d'œil aux chiffres brillants de l'horloge.

"Edward," me plaignis-je. "Il est tard. Et il fait froid. Mets tes fesses sous les couvertures et fais-moi un câlin."

"Ça en vaudra la peine, je le promets," insista-t-il en riant. Il se pencha et embrassa mon front avant de me prendre la main et de me tirer le bras. "Allons-y."

"Bien," soufflai-je, en jetant les couvertures.

Le froid de la pièce me donna des frissons et j'allai jusqu'au placard avec les pieds bien lourds, en saisissant un des sweatshirts moelleux d'Edward pour me protéger du froid.

Je le suivis dans l'escalier jusqu'au salon, ma mauvaise humeur d'avoir été arrachée de mon lit confortable diminua instantanément en voyant le feu doux et crépitant dans l'âtre et deux tasses fumantes du chocolat chaud posées sur la table basse.

"Pourquoi tout ça ?" demandai-je.

Il prit simplement ma main et me conduisit aux fenêtres de devant, en tirant doucement les rideaux.

L'extérieur de la rue était sombre, presque noir à cause de l'absence de lampadaires et de maisons éclairées mais les premières lueurs du matin, étaient juste assez lumineuses pour qu'on puisse voir les doux flocons blancs qui tombaient du ciel nocturne pour couvrir le sol.

"La première neige de la saison," murmura-t-il, balayant les cheveux de mon épaule et embrassant mon cou, juste au-dessus de la capuche de son sweat-shirt.

Je souris et me retournai dans ses bras, mes yeux regardant toujours par la fenêtre alors que je posais ma tempe contre sa poitrine. "Tu avais raison," soupirai-je. "Ça en valait la peine."

Nous nous blottîmes l'un contre l'autre sur le siège de la fenêtre, en repliant les rideaux pour pouvoir regarder la neige tomber pendant que nous sirotions notre chocolat chaud. Il me raconta son voyage et je le mis au courant de ce qu'il se passait ici, en omettant de mentionner comment Marcus et moi passions les après-midis.

Je pensai à ce que Marcus et Esmée m'avaient dit cet après-midi-là et je me dis qu'il n'y avait aucun intérêt à retarder cette conversation.

"Hé Edward ? "demandai-je.

"Hé Bella ?" répéta-t-il, en embrassant mon cou.

Je gloussai légèrement puis soupirai. "Marcus m'a demandé quelque chose aujourd'hui et c'est probablement une chose dont nous devrions parler."

"De quoi s'agit-il amour ?" demanda-t-il. "Tout va bien ?"

"Oh oui tout va bien," le rassurai-je, prenant ses doigts dans ma main pour jouer avec. "C'est simplement. Je n'ai pas réellement pensé à ce qui aller se passer après les championnats nationaux. Je veux dire idéalement j'irai à Vancouver donc ça m'amènera jusqu'en février mais c'est euh… ensuite que ça devient un peu brumeux."

"D'accord, et…?" m'incita-t-il à continuer.

"Et…" je m'arrêtais un moment, hésitant et mâchonnant ma lèvre inférieure. Je ne savais pas vraiment comment il allait réagir à ce que j'allais dire ensuite. "Eh bien Marcus a mentionné la possibilité de faire une tournée cet été. Stars on Ice. Ils voyagent partout dans le monde pendant des mois pour faire des spectacles. Je l'ai déjà fait et ils me demandent de revenir."

"Est-ce quelque chose que tu veux refaire ?"

Il n'hésita pas à demander et il n'était pas nerveux en le faisant. J'avais certes été un peu inquiète qu'il panique à l'idée que je parte. Parce que je l'étais certainement moi-même. Je le voulais un peu mais une part beaucoup plus importante ne voulait pas quitter cet endroit, ses côtés, plus longtemps qu'il n'était absolument nécessaire.

"C'est juste ça, je ne sais pas," grognai-je, enfonçant mes doigts dans mes cheveux et tirant légèrement dessus de frustration. "Je n'avais même pas réfléchi à ce que j'allais faire ensuite. Marcus a mentionné que je pourrais probablement même participer de nouveau à la compétition l'année prochaine ou peut-être même l'année d'après aussi. Je ne sais pas non plus ce que je ressens à ce sujet," dis-je avant qu'il ait le temps de demander. "Mais alors si je ne fais rien de tout ça, qu'est-ce que je vais faire d'autre ?"

"Eh bien as-tu pensé à autre chose ?" demanda-t-il patiemment, peignant mes cheveux avec ses longs et doux doigts alors que je tournai ma tête contre sa poitrine. "Reprendre des cours ? Essayer quelque chose de nouveau ?"

"Honnêtement ? Non. Je veux dire… j'ai un niveau d'étude décent et je suppose que je pourrais prendre des cours ou quelque chose mais pour quoi ? Ce n'est pas comme si je voulais travailler dans un bureau ou enseigner ou n'importe lequel de ces autres emplois que les gens normaux pensent faire lorsqu'ils deviennent adultes. Je n'ai jamais voulu faire autre chose que patiner."

"Et le coaching ?" suggéra-t-il.

"Peut-être," murmurai-je en y réfléchissant. "Je ne sais pas. J'ai toujours pensé que j'étais toujours trop laxiste pour essayer de diriger d'autres patineurs."

Il ricana en rigolant, me serrant un peu plus fort un instant. "Baby tu n'es pas trop laxiste. Crois-moi."

Je roulai des yeux parce que je savais qu'il mentait ou du moins qu'il essayait d'éluder pas mal de choses.

"Peut-être pas autant qu'avant," lui accordai-je. "Pourtant je ne sais pas si je voudrais. C'est un environnement dur, féroce et souvent rempli de manipulation et de stratégie. Je ne sais pas si j'aurais suffisamment de patience comme Marcus."

"Il y a toujours la retraite anticipée," taquina-t-il. "Tricote. Deviens une de ces bourgeoises qui déjeunent."

"Ouais, c'est une idée," soufflai-je avec humour, me blottissant un peu plus dans ses bras. "Est-ce que tu sais ce que tu feras ? Quand tu ne pourras plus jouer ?"

"Un peu," dit-il. "Je veux dire tant que je n'ai pas de blessures ou de problèmes de santé je pourrais encore jouer un certain temps donc ce n'est pas aussi urgent de résoudre ce problème. Mais oui, un jour je devrai rendre les patins. Quand je le ferais je voudrais quand même continuer avec le hockey. Non seulement parce que je connais mais parce que c'est ce que j'aime. Je voudrais probablement entrainer. Peut-être dans la ligue si j'en ai l'occasion sinon à l'université, Je pense que je pourrais être heureux aussi bien dans l'un comme dans l'autre."

"Je peux le voir," dis-je en souriant sur sa peau, en posant ma joue sur son avant-bras. "Tu ferais un excellent entraineur. Tu as tellement de patience mais tu peux aussi être dur. Je peux certainement t'imaginer faire ta part pour façonner la prochaine génération de stars de la Ligue Nationale de Hockey."

"Quelque chose comme ça," gloussa-t-il.

Je me retournai sur ses genoux jusqu'à pouvoir enrouler mes bras et mes jambes autour de lui et le regarder dans les yeux.

"Je suis un peu jalouse," avouai-je. "Tu sembles avoir pensé à tout. Et moi je n'ai la moindre idée de rien."

"Tu dois juste penser à ce qui te rend heureuse," dit-il, en levant le dos de sa main pour me caresser tendrement le visage. "Tu as vingt-cinq ans Bella et il y a encore beaucoup de vie devant toi. Comment te vois-tu vivre ?"

Je soupirai et m'appuyai contre lui, posant ma tête sur son épaule. Je n'étais pas tout à fait prête à répondre à cette question. Du moins pas à ce sujet.

"Avec toi," murmurai-je, après un moment. "La seule chose dont je sois certaine c'est que je te veux dans ma vie et tous les autres aussi. Je veux voir mon père davantage, apprendre à mieux le connaitre. Au-delà de ça ? Je n'en sais rien ?"

Il posa ses mains sur mes épaules et me poussa doucement en arrière pour que je puisse voir son visage.

"Nous n'irons nulle part mon amour," murmura-t-il avec assurance. "Donc si tu veux encore faire de la compétition un an ou deux ou tourner pendant que tu le peux, et c'est quelque chose qui semble amusant, alors fais-le. Nous arriverons à nous en accommoder. Si c'est l'été je pourrais aller avec toi, nous pourrions voyager voir un peu du monde ensemble."

"Tu ferais ça ?"

Il hocha la tête sans hésiter. "Si c'est vraiment ce que tu veux alors je ferais n'importe quoi pour te soutenir," promit-il, entrelaçant nos doigts. "Nous y serons ensemble."

"Ouais," murmurai-je, baissant la tête pour caresser ma joue avec nos mains jointes. "Ensemble."

"Ce n'est pas parce que tu as développé des racines que tu ne peux pas voler," déclara-t-il. "Tu peux toujours avoir des rêves et les poursuivre. Et je serai là avec toi comme tu le fais pour moi."

"Toujours." Je souris et me penchai pour l'embrasser.

Edward repartit à nouveau le dimanche matin avec ses coéquipiers pour terminer leurs matchs à l'extérieur. Je retournai au travail me sentant rafraichie et reconstituée après notre temps impromptu ensemble. Nous n'avions pas quitté la maison depuis le moment où il avait franchi la porte jusqu'à ce qu'il reparte pour l'aéroport. La plupart de ces heures s'étaient passées au lit.

Quand ils revinrent toute la famille prit la journée pour aller dans une ferme d'arbres pour couper nos arbres de Noël – un grand pour la maison d'Esmée et de Carlisle et des modèles un peu plus petits pour les autres. C'était un processus amusant malgré les températures glaciales. Nous étions emmitouflés, avions chargé les scies et les cordes dans deux voitures, quittant la ville et entonnant des chants de Noel.

Les gars prenaient la tâche de traquer les meilleurs spécimens très au sérieux, c'était même difficile de garder un visage impassible. Celui-ci était trop court, le suivant était déséquilibré. L'un avait un point mort et le bout tordu, on ne voyait pas le sommet de l'arbre.

Finalement ils se décidèrent pour celui de la maison des Cullen. Tandis qu'Emmett et Rose se mettaient au travail pour s'occuper du monstre, Alice et Jasper se précipitèrent à la recherche du leur tandis qu'Edward m'attrapa par la main et me tira avec enthousiasme dans la direction opposée pour en chercher un pour nous.

Finalement il en trouva un. Il virevolta autour, le contemplant silencieusement pendant que j'essayai d'étouffer mon rire. Quand il fut satisfait il se tourna vers moi avec un sourire aveuglant et dit : "Bien non ?"

Je hochai la tête et le rejoignis, enroulant mes bras autour de sa taille. "C'est parfait."

Il envoya un texto à Emmett lui indiquant notre emplacement afin qu'il puisse venir nous aider à le couper et à le ramener à la voiture. En attendant nous profitâmes d'un moment tranquille pour nous tous seuls. Je commençai un peu à trembler de froid et Edward m'ouvrit sa veste, m'emmitouflant contre sa poitrine chaude et m'enroulant dans le tissu épais de son manteau.

Je soupirai de contentement et me blottis contre lui alors qu'il posait sa joue sur le dessus de ma tête pendant que nous regardions notre arbre.

"C'est amusant. Je ne me souviens pas de la dernière fois que j'aie eu un sapin de Noël," murmurai-je.

"Vraiment ?"

"Ouais. Je suppose que nous en avions quand j'étais enfant mais nous n'avons jamais fait ça. Quand nous vivions ici Charlie allait en chercher un au Garden Center après Thanksgiving. Il le décorait avec des lumières colorées et mettait l'ange ancien de sa mère tout en haut. Renée n'aimait pas trop faire la fête, du moins pas quand j'ai commencé le patinage. Elle disait que c'était juste une distraction. Les vacances étaient toujours très occupées alors nous ne faisions pas grand cas de tout ça. Ensuite quand nous sommes parties nous n'avons plus jamais eu d'arbre. Quelquefois je m'apercevais tout juste que c'était Noël."

"Raison de plus pour en choisir un parfait cette année," murmura-t-il, me serrant contre lui et en frottant sa joue froide contre mon visage. "Rien ne dit mieux Noël que l'odeur des feuilles fraîches et persistantes qui te réveillent le matin."

"J'attends ça avec impatience. Siroter du chocolat chaud près de la cheminée, garnir des biscuits de sucre. Faire tous ces trucs ringards qu'on est censé faire en décembre juste parce que c'est la tradition."

"Oh, nous sommes très attachés aux traditions, alors tu peux compter sur ça," gloussa-t-il.

"Quelle est ta préférée ?"

"Il y en a beaucoup. La nourriture, évidemment. On a toujours la même chose pour le dîner et maman aime tellement faire de la pâtisserie. Ça sent la cannelle et la vanille dans toute la maison pendant le mois entier," soupira-t-il paisiblement. "J'aime aller à la messe de fin de soirée avec toute la famille et écouter les chants traditionnels. C'est exactement le même service depuis que je suis petit. J'aime la continuité. Maman donne toujours à tout le monde un nouvel ornement à accrocher au sapin et des trucs drôles, des petits cadeaux dans les chaussettes de tout le monde. Je pense que mon préféré c'est d'écouter mon père lire La Nuit Avant Noël. Il a ce vieux livre d'images abîmé qui lui a été transmis par sa famille et même si nous connaissons tous les mots par cœur, il le sort encore chaque année pour le lire près du feu."

"C'est bien," souris-je contre sa poitrine. "Je suis excitée de voir certains d'entre elles."

"Moi aussi," dit-il en m'embrassant. "J'aime l'idée de partager mes traditions avec toi. Peut-être en commencer de nouvelles…"

Ma bouche chercha encore la sienne, ayant besoin de plus qu'une simple et douce caresse. Ses doigts gantés touchèrent le bas de mon dos. Ils étaient légèrement humides et froids à cause de la neige mais je ne tressaillis pas quand ils touchèrent la peau nue sous mon pull. Au lieu de cela, je gémis contre sa bouche alors que sa langue s'enfonçait entre mes lèvres en me pressant contre lui, faisant glisser mes mains couvertes sur son dos sous son manteau.

Ses baisers me laissèrent essoufflée et chaude, fondant pratiquement malgré le vent vif et mes orteils gelés.

"Maintenant, c'est une nouvelle tradition que je pourrais garder," dit-il avec un sourire enjoué. "Fête de l'embrassade après avoir choisi le sapin parfait. On va définitivement refaire ça l'année prochaine."

"L'année prochaine ?" demandai-je, sentant une lueur chaleureuse de bonheur se répandre dans mon corps. "J'aime vraiment ça."

L'après-midi de la veille de Noël, je me débattais avec la fermeture éclair de ma robe dans la salle de bain.

"Tu es presque prête, mon amour ?" appela Edward de la chambre. "Maman vient d'appeler pour dire qu'ils se dirigent vers nous maintenant."

Je gémis en sentant la fermeture éclair se bloquer à nouveau et j'abandonnai le combat. Je m'approchai de la porte et vis Edward assis sur le côté du lit en train d'attacher ses chaussures brillantes.

" Pourrais-tu... " fis-je en faisant des mouvements vers la fermeture éclair dans mon dos.

Il me regarda et sourit, me faisant signe de me mettre devant lui. Ses doigts décoincèrent la fermeture en douceur puis il la ferma sans effort avant de me tourner doucement pour lui faire face.

Son visage était au niveau de ma gorge lorsqu'il s'assit sur le lit et je me mis entre ses jambes.

Il sourit en voyant ce que je portais sur mon cœur, une étincelante réplique du cygne de ma hanche qu'il avait faite faire pour moi et passée autour de mon cou seulement ce matin-là. Il la toucha doucement avec son index avant de traîner sur le décolleté de ma robe.

"Tu es magnifique," murmura-t-il, posant ses mains sur mes hanches et faisant courir ses yeux sur mon corps d'une manière qui me donnait envie de rater la messe.

"Tu n'es pas mal non plus…" dis-je, en tendant la main pour redresser le nœud de sa cravate déjà parfaite. Je tirai sur la soie, forçant son visage à s'approcher du mien pendant que je baissai la tête jusqu'à ce que nos lèvres se caressent doucement.

Ce qui avait commencé doucement devint rapidement passionné. Mes mains se mirent à jouer avec ses boutons et les siennes serrèrent mes hanches. Je passai ma langue sur ses lèvres avant de me glisser lentement à l'intérieur et de retrouver la sienne.

Mon corps se pencha en avant et le sien retomba contre le matelas tandis que mes pieds se soulevaient du sol pour se croiser aux chevilles.

Ses doigts erraient, s'agrippant à la jupe de ma robe et se déplaçant plus bas jusqu'à ce qu'ils puissent toucher la peau lisse et nue de mes jambes. J'éloignai mes lèvres des siennes pour mordiller son oreille pendant que mes hanches roulaient contre lui. Il haleta et serra ses mains sur mon corps, arrêtant soudainement mes mouvements.

"Bella", protesta-t-il en essayant de bouger sa tête hors de portée de ma bouche impatiente. "On ne peut pas. On va être en retard pour la messe."

"Serait-ce une chose si terrible ?" lui demandai-je, toujours en train de me débattre et d'essayer de le ramener avec des baisers.

"Nous devons y aller," se plaignit-il, bien que ses mains continuent à m'encourager. "Tout le monde va être là."

"Tout ce que je veux est ici," contestai-je. Je glissai ma main sous son corps pour effleurer son érection.

"Oh, mon Dieu", gémit-il, ses yeux se fermèrent quand il tressaillit contre ma paume, involontairement.

"Tu vois ?" murmurai-je, profitant du fait qu'il ne me repoussait plus, pour me frotter contre lui et je pris sa bite dans ma main à travers la matière fine de son pantalon. "Ici et maintenant c'est tellement mieux qu'à l'église."

Il grogna et s'éloigna de mon contact, respirant fortement.

"Quoi qu'il en soit, nous devons quand même y aller…" dit-il, en se déplaçant de quelques centimètres pour mettre de la distance entre nous. "Et maintenant, grâce à toi, je vais probablement devoir réserver un confessionnal pour une semaine entière."

"Pourquoi ça ?" gloussai-je.

"Parce que tu peux parier ton cul sexy que je vais passer tout le service à fantasmer comment je vais te mettre nue le plus tôt possible," expliqua-t-il, avec une expression enjouée.

"On ne peut pas avoir ça, n'est-ce pas ?" demandai-je gentiment, en me glissant vers lui et en tentant d'attraper sa fermeture éclair.

"Swan !" avertit-il, bien qu'il soit ridiculement faible dans sa protestation.

"J'essaie juste d'aider, Edward," insistai-je, en chevauchant ses jambes puis en me déplaçant lentement sur son corps jusqu'à ce que mon visage plane juste au-dessus de la boucle de sa ceinture.

Je levai les yeux vers lui, battant timidement mes cils pendant que le bout de mes doigts s'enfonçait dans son pantalon et le caressai légèrement à travers le coton de son caleçon.

"Qu'est-ce qui est pire sur l'échelle du péché, être en retard de quelques minutes ou avoir des pensées lascives ?" demandai-je, en flirtant.

Il passa ses mains sous mes bras et me ramena sur son corps, m'étalant sur lui avant d'écraser sa bouche contre la mienne.

"Putain, je m'en fous," murmura-t-il entre des baisers durs et rapides. "En plus, le paradis ne peut pas être mieux que toi."

Nous réussîmes à arriver à l'église à temps, en trouvant nos places sur le banc avec sa famille alors que les cloches sonnaient.

Le service fut magnifique, même si certaines parties étaient un peu ennuyeuses. Quand mon attention commençait à dériver, je pouvais toujours me divertir en regardant Edward. Comment il était emballé par le sermon, comment il chantait chaque chanson. C'était un côté si différent de lui. De temps en temps, il me surprit à le regarder et me fit un clin d'œil et un sourire malicieux et je me rendis compte qu'il n'était pas si différent après tout. Juste quelque chose de nouveau.

Le dîner chez les Cullen fut une fanfare. Je pensais qu'ils avaient fait toute une histoire de Thanksgiving mais ce n'était rien. Il y avait de la nourriture partout - des biscuits de toute taille et couleur, des gâteaux aux fruits (que seul Carlisle mangeait), tout ce que vous vouliez. Alice servit du lait de poule pour un toast pendant qu'Esmée s'occupait de la cuisine, refusant toute aide.

A table, Carlisle s'empressa de plonger dans sa portion de Lutefisk* et essaya, sans succès, de nous en faire goûter. Je m'étais suffisamment approchée dans la cuisine pour sentir son odeur et il n'était pas question que je m'aventure plus près. Le reste des choix n'était pas seulement comestible mais délicieux et je goutais à tout.

Après le repas, nous laissâmes la vaisselle dans l'évier et nous réunîmes tous dans le salon pour échanger des cadeaux et simplement être ensemble.

Et alors que la pile de paquets colorés sous l'arbre s'amenuisait, Esmée me prit à part, me tendant une petite boîte bien emballée. A l'intérieur, posée sur un coussin de satin ivoire, se trouvait un beau bracelet, déjà à moitié rempli de breloques colorées.

"Esmée !" marmonnai-je, en levant les yeux de la boîte pour la voir me sourire.

"Nous en avons tous un," expliqua-t-elle, en levant le poignet et en montrant une chaînette assortie avec des charmes différents. "Alice a le sien depuis qu'elle est bébé et nous en avons donné un à Rose pour Noël il y a deux ans."

"Il est magnifique," chuchotai-je. Je soulevai doucement la chaîne de la doublure matelassée et la tins pour inspecter de plus près les petits objets suspendus. Il y avait un "B" incrusté de pierres précieuses bleu clair, une patineuse et les cinq cercles des anneaux olympiques. Il y avait un livre, un gant de cuisine et une petite réplique du logo des Wild pour Edward. A côté de celui-ci, il y avait un poisson, qui ressemblait à une truite en fait et j'étais confuse. Je le pris dans la main, lui demandant ce qu'il représentait.

"Pour Charlie," dit-elle avec un sourire. "J'ai pensé que tu voudrais qu'il soit représenté."

Je souris, heureuse qu'elle se soit souvenue de l'inclure. Charlie et moi devions encore apprendre à mieux nous connaître mais les choses allaient bien depuis qu'il avait débarqué à Lake Placid. Nous avions beaucoup parlé et avec moins de gêne.

Quand nous nous étions parlé plus tôt cet après-midi pour échanger des "Joyeux Noël", il avait même déclaré qu'il passait la journée avec une femme qu'il avait commencé à voir. Apparemment, c'était la veuve d'un de ses bons amis et ils se connaissaient depuis toujours mais ce n'est que récemment qu'ils avaient découvert qu'il y avait quelque chose de plus. J'étais vraiment heureuse pour lui et je n'avais même pas bafouillé en lui disant que je l'aimais avant de raccrocher.

En bougeant le bracelet, je vis une autre breloque qui me coupa la respiration.

Les armoiries de la famille Cullen.

Les doigts d'Esmée rejoignirent les miens sur le bracelet, brandissant la petite breloque pour que nous puissions toutes les deux la voir.

"Tu es de la famille, Bella. Pas seulement parce que tu es avec Edward mais parce que tu es toi. Tu es l'une de nous maintenant." Elle prit le bracelet de mes doigts tremblants et le passa autour de mon poignet. En tapotant la chaîne, elle me regarda avec un sourire affectueux. "Tu le seras toujours."

Une fois les papiers d'emballage jetés et la vaisselle lavée, nous nous installâmes autour la cheminée pour écouter Carlisle lire à haute voix.

Je comprenais pourquoi Edward appréciait tant ceci. C'était simplement un moment de calme, chaleureux et familial. Même Emmett était calme, avec un regard doux et tendre sur son visage alors qu'il était assis à côté de Rose et lui tenait la main. La voix de Carlisle était posée et apaisante. Intemporelle. Installée par terre à côté d'Edward, je pouvais si facilement imaginer cette même scène chaque année dans l'avenir. Toujours la même mais toujours changeante.

Edward jouait avec mon bracelet pendant que nous nous blottissions l'un contre l'autre sur le plancher, pendant que Carlisle parlait des nuits magiques de Noël, je savais qu'il n'y en aurait rien de mieux que ça.

Sauf peut-être l'année prochaine.

*Le lutefisk est une spécialité de Norvège, de Suède et de Finlande. Ce plat est également consommé dans les États américains du Minnesota et du Wisconsin. Le lutefisk est fait de poisson blanc séché (l'élaboration dure plus de 15 jours). Ce plat à l'odeur et au goût fort, typiquement viking, est servi avec une purée de pois cassés, des pommes de terre nouvelles, du bacon, de la moutarde forte, du fromage de chèvre et une boisson alcoolisée.