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CHAPITRE 21

Se préparer au pire


Pour la plupart des gens les jours qui suivent Noël servent à se détendre et à récupérer des jours très occupés des vacances. Pas que ce soit le cas pour moi, ni pour Edward d'ailleurs. Le jour après Noël il partit pour un autre voyage et je retournai à la patinoire pour continuer ma préparation finale pour les championnats nationaux.

Avant même de le savoir le 31 décembre et l'aube de la nouvelle année était là. Les Wild jouaient à domicile ce soir-là alors nous allâmes tous à la patinoire pour les encourager. Au lieu de notre célébration post match au pub, Rose, Emmett, Alice et Jasper décidèrent d'aller en ville pour aborder 2010. Pendant qu'Edward et moi nous barricadions sur le canapé, à siroter du champagne dans des verres en plastique et nous blottissant sur le canapé pour regarder Dick Clark procéder au compte à rebours.

C'était la première fois que je partageais un baiser avec quelqu'un à minuit et Edward avait plus que compensé leur absence dans mon passé.

Plus tard dans la semaine il m'obligea à m'emmitoufler contre le froid et nous allâmes jusqu'à la petite colline près de l'aéroport où je l'avais surpris quelques mois auparavant. J'étais un peu perdue au début concernant la raison pour laquelle il voulait m'emmener là-bas, mi – janvier, avec des températures en dessous de zéro. Mais ensuite il me rappela que c'était exactement un an plus tôt que nous nous étions croisés pour la première fois à l'aéroport. A ce rappel j'oubliais complètement le froid, seulement remplie par la chaleur du souvenir et du chemin parcouru depuis ce premier jour.

C'était incroyable de penser que ça ne faisait qu'un an que j'avais déménagé dans le Minnesota et vraiment commencé à vivre – vraiment vivre – plutôt qu'exister. Il y a un an je ne connaissais ni Edward, ni Alice, ni Esmée, ni aucune des personnes qui étaient devenues importantes pour moi. Je me connaissais à peine. Il y a un an, j'étais recroquevillée sous ma mère et cédais à chacune de ses demandes, sauf pour revenir ici. Je ne pouvais même pas imaginer retourner à cette vie maintenant.

Avec mon départ pour les championnats nationaux dans quelques jours seulement, il était difficile de ne pas penser à la certitude de me heurter à mon passé. Dans ce monde fermé, il serait inévitable de croiser Phil, Lauren et Renée. Lauren je pourrai la gérer. Elle était immature et ennuyeuse mais ce serait facile d'en faire abstraction.

Phil et Renée ça allait être une histoire complètement différente. La simple pensée de croiser à nouveau Phil me donnait des frissons. Et Renée ? Je ne savais vraiment pas à quoi m'attendre. Nous n'avions pas vraiment parlé depuis que je l'avais virée. J'avais travaillé pour repousser toutes ses pensées dans les mois qui avaient suivi la publication de l'article de Lauren mais ce serait différent de se retrouver face à face avec elle de nouveau. Je ne pouvais qu'espérer que le soutien que j'aurais avec moi ainsi que ma confiance nouvellement forgée, suffiraient à me soutenir et à me porter à travers tout ce qu'il se passerait.

Le vendredi avant les championnats je me réveillais avec un frisson. Bien que je sois toujours sous les couvertures, la chaleur du corps d'Edward et la façon dont il s'enroulait autour de moi me manquait. Je me retournai sur le matelas, toujours endormie. Mes mains le cherchaient, voulant juste trouver où il était pour pouvoir me replier à côté de lui et replonger dans l'inconscience. Mais il était introuvable et les draps sur le côté du lit étaient frais.

Confuse, j'ouvris les yeux et regardai autour de moi, essayant de comprendre où il avait pu aller. La porte de la chambre était légèrement entrouverte alors que nous la laissions fermée la nuit, je devinais qu'il était descendu, juste pour prendre de l'eau peut-être.

Pas que je puisse me rendormir avant de comprendre où il était.

Frissonnant à l'air vif, je m'enveloppai dans un sweat-shirt et mis des chaussettes épaisses pour épargner mes orteils sur le plancher froid. Mes pas étaient silencieux alors que je descendais l'escalier bien que ne pas faire de bruit n'était pas nécessaire pour nous deux seuls. Il faisait nuit mais la douce lumière de la lune brillait par les fenêtres. En jetant un coup d'œil par la porte ouverte qui menait au salon, je repérai Edward assis sur le siège de la fenêtre. Sa tête se tourna instantanément vers moi quand j'entrais dans la pièce et un petit sourire se dessina sur ses lèvres.

"Hé !" murmura-t-il.

"Hé," répondis-je, me dirigeant vers l'endroit où il était assis. La petite alcôve était un peu exposée à tous les vents, les fenêtres givrées, pourtant il s'était assis là, en pantalon de survêtement et rien de plus qu'un mince t-shirt blanc. Ses cheveux étaient en désordre, encore plus que d'habitude soit à cause de ses doigts agités soit juste parce qu'il venait de se lever.

"Est-ce que je t'ai réveillée ?" demanda-t-il. Je haussai les épaules parce en vérité c'était son absence qui m'avait réveillé. Ses lèvres se soulevèrent en un sourire penaud alors qu'il ouvrit les bras. "Désolé," murmura-t-il et il embrassa le dessus de ma tête pendant que je me blottissais contre lui.

"Ça va," dis-je, essayant d'étouffer un bâillement dans son t-shirt. Mes genoux se recroquevillèrent pour se cacher sous ce sweat-shirt trop grand que j'avais enfilé. Nous restâmes assis en silence quelques minutes pendant qu'il caressait mes cheveux et que j'essayais de secouer le brouillard de mon cerveau.

"Qu'est-ce que tu fais en bas ?" demandai-je.

"Je ne sais pas," soupira-t-il. "Je te vois assise ici tout le temps quand tu as besoin de réfléchir. Je me suis dit que j'allais essayer."

"A quoi réfléchis-tu ?"

Il haussa les épaules puis me serra un peu plus fort. Quelque chose le tracassait. Je m'écartai juste assez pour qu'il voie mon visage dans la douce lumière qui brillait à travers la fenêtre, soulevant mon front d'une manière qui lui disait que je n'allais pas laisser passer ça.

"Juste le week-end prochain," céda-t-il. "Tes concurrentes et tout."

"Et plus précisément ?"

Il hésita un instant, pinçant les lèvres comme s'il essayait de penser à quoi dire ou peut-être simplement comment le dire. J'essayai d'être patiente car dieu sait qu'il l'était toujours avec moi mais ce n'était pas facile alors que la tension était si évidente dans ses yeux.

"Je suis juste…" commença-t-il puis il s'arrêta. "Je ne sais pas, inquiet je suppose. En quelque sorte," marmonna-t-il tranquillement. Il roula des yeux et passa ses mains sur son visage et il jura doucement en les enlevant puis il me regarda. "Putain, je suis nerveux, d'accord ?"

"Tu es nerveux ?" demandai-je, véritablement surprise parce que cette pensée ne m'avait même pas traversé l'esprit. "A quel sujet… mon patinage ?"

"Non, bon oui," se contredit-il rapidement. "Seulement parce que je sais à quel point ça peut être difficile pour toi mais ce n'est pas… ça."

Il s'interrompit à nouveau et ne sembla pas trop pressé de continuer. Je n'étais pas aussi patiente que lui alors là où il m'avait peut-être donné plus de temps pour rassembler mes pensées et le laisser entrer, je ne trouvais pas la patience d'attendre. J'avais besoin de savoir ce qui le gardait éveillé et lui mettait ce soupçon de tristesse dans les yeux surtout si c'était moi qui en étais la cause.

Je me penchai et pris son visage en coupe dans mes mains, massant la peau de ses tempes avec mes pouces. "Dis-moi Edward. Je ne peux pas aider si tu ne me parles pas."

Il fit un petit rire qui effaça un peu la tristesse de ses yeux.

"C'est moi qui dis ça d'habitude," dit-il, avec un sourire narquois et il leva ses mains pour me prendre les poignets.

"Ouais et bien c'est fair-play," souris-je, en déposant un baiser sur son nez. "Allez, raconte maintenant."

Il soupira longuement, la tension quittant ses épaules. Ses doigts se serrèrent sur mes poignets et ses yeux cherchèrent les miens un moment.

"Je suis nerveux à cause de Phil et de Renée," dit-il. "Tu vas très certainement tomber sur eux et je ne serai pas avec toi quand ça se passera." Ses mains restèrent liées aux miennes, alors que ses yeux se détournaient, sa voix devenant un murmure rauque tellement bas que j'avais du mal à entendre ses mots même dans le silence de la pièce. "Je déteste cette idée que tu sois près d'eux quand je ne pourrais pas être avec toi."

"Hé," murmurai-je doucement, caressant ses joues et l'incitant à me regarder dans les yeux. "Tout va bien se passer."

"Et comment tu le sais ?"

"Parce qu'il n'y aura pas vraiment d'opportunité pour que quelque chose se passe. Je ne suis jamais seule là-bas, Edward. Esmée et Marcus seront toujours avec moi et il y a beaucoup de sécurité et d'officiels, sans mentionner les autres patineurs et leur encadrement. Rien ne va m'arriver."

"Pourtant," soupira-t-il et il laissa tomber ses mains des miennes pour s'appuyer contre le mur. "Je déteste ne pas pouvoir être avec toi pour m'en assurer."

Ses lèvres faisaient une moue des plus adorables. Avec ses cheveux ébouriffés et ses yeux fatigués je dus sourire et secouer un peu la tête en le voyant. Je souhaitai vraiment qu'il ne s'inquiète pas autant, principalement parce que je détestais le voir souffrir, même dans une moindre mesure. Mais en le voyant comme ça je ne pouvais pas m'empêcher de me sentir aimée.

"Mon chevalier en armure étincelante," murmurai-je, en frottant doucement quelques mèches de ses cheveux qui tombaient sur son front. "Tu dois vraiment arrêter avec ça, tu vas me faire m'évanouir."

Ses lèvres firent un sourire comme je l'espérais. "Ne te moque pas !"

Je ris et avançai pour me mettre contre sa poitrine, ses genoux repliés de chaque côté de mon corps. "Je suis désolée. Tu es tellement mignon quand tu es maussade et surprotecteur."

"Je ne peux pas m'en empêcher." Sa main caressa mon dos sous mes cheveux. Ses doigts frôlèrent mon cou, frottant doucement ma nuque. "C'est mon travail de te protéger. Peux-tu me reprocher de prendre ça au sérieux alors que tu es la chose la plus précieuse de toute ma vie ?"

Laissez donc à Edward le soin de rendre la surprotection incroyablement romantique et même sexy. La femme moderne en moi voulait le gifler mais je ne pouvais pas, pas quand il disait des choses comme ça.

"Non," dis-je, en frôlant ses côtes. "Mais tu peux me faire confiance pour faire mon travail et prendre soin de moi-même lorsque tu n'es pas là."

"Je te fais confiance, ça ne veut pas dire que je ne vais pas me sentir mal à l'aise de te regarder partir où je ne peux pas t'atteindre si tu as besoin de moi.

"Tu en fais vraiment trop," insistai-je légèrement, me soulevant un peu pour secouer la tête et essayer de le convaincre qu'il n'avait rien à craindre.

"Peut-être," céda-t-il, avec un soupir. "Mais tu n'es pas du tout nerveuse ?"

"Si, je suis nerveuse à l'idée de les rencontrer," avouai-je, me penchant et posant mes mains sur le banc derrière moi pour me soutenir. "Principalement parce que je ne sais pas à quoi m'attendre. Me parlera-t-elle ? M'ignorera-t-elle complétement ? Qu'est-ce qui est le pire ? Je déteste ne pas comprendre comment elle fonctionne. Une mère normale serait probablement désolée, non ? D'avoir rejeté son propre enfant. Même si elle est toujours en colère contre ce qu'il s'est passé, on pourrait penser qu'après un certain temps elle commencerait à regretter ses actes. Mais peut-être pas. Peut- être qu'elle ne le fera jamais. Ça dépend d'elle.

J'ai déjà fait la paix avec ce qu'il s'est passé et j'ai avancé. Je n'ai pas besoin de son approbation ou de quoi que ce soit d'autre, pas quand j'ai une famille qui me la donne librement. Pas alors que je t'ai toi," murmurai-je avec passion, me baissant jusqu'à ce que mon visage soit proche du sien et qu'il n'eut d'autre choix que celui de voir à quel point j'étais sincère. Mes doigts effleurèrent sa barbe naissante. "Tu me donnes tout ce dont je pourrais avoir besoin et bien plus encore."

Il sourit doucement et posa ses lèvres contre les miennes et murmura en retour, "C'est facile de donner quand je reçois autant en retour."

"Je suis contente que tu ressentes ça." Je l'embrassai de nouveau et me réinstallai sur sa poitrine.

Nous restâmes là pendant quelques minutes, plus contents même s'il était clair que le problème n'avait pas complètement disparu.

"Donc… le patinage," déclara-t-il après une minute. "Tu es nerveuse à son sujet ?"

"Je suis toujours nerveuse de participer à une compétition," répondis-je honnêtement. "Mais ce n'est pas nécessairement une mauvaise chose. Cela me garde les pieds sur terre et ne me permet pas de me complaire. Mais j'ai une compétition à mon actif avec ces programmes, ce qui aide à dissiper une partie de l'incertitude et vous serez tous là avec moi tout le temps. Il est si facile de se laisser emporter par tout mais j'espère qu'aucun de vous ne me le permettra."

"Je pense que nous pouvons gérer ça," dit-il, d'une voix basse et espiègle alors que ses poignets s'abaissaient pour trainer de manière taquine sur ma cuisse nue. "Il me semble que je me souviens de quelques méthodes qui avaient bien fonctionné pour te distraire la dernière fois."

Je gloussai et lui tapai sur la main, en me redressant. En le regardant, je savais que je devais être aussi honnête que possible, pour le préparer à ce que ces quelques jours seraient. Je ne voulais pas arriver là-bas et qu'il soit pris au dépourvu par la dimension du cirque que cette compétition serait.

"Ce sera plus grand cette fois-ci, plus de patineurs, plus de fans et beaucoup plus de médias. Les événements du Grand Prix comme Skate America ont tous ces trucs mais c'est loin d'être comme pendant cette compétition. Les championnats nationaux sont de haut niveau, en particulier dans une saison olympique. C'est un événement très amusant mais il va y avoir beaucoup de choses en même temps. Je suis désolée si je ne te vois pas beaucoup ou si je ne suis pas toujours à cent pour cent là quand je le ferai."

"Hé, ne t'inquiète pas pour moi ou pour aucun d'entre nous d'ailleurs. Fais juste ce que tu as besoin de faire."

"Ça semble si égoïste," dis-je en soupirant, en me retournant sur le banc.

"Non, ça ne l'est pas," affirma-t-il facilement, s'étirant vers l'avant pour s'allonger à côté de moi, son visage reposant près le mien. "Suis-je égoïste quand je veux que tu sois là à mes matchs ? Ou quand tu me déposes et me récupère à l'aéroport tout le temps ? Ou quand tu dois dormir seule parce que je suis sur les routes pendant la moitié de la saison ?"

"Maintenant que tu le dis, c'est très dur de s'asseoir dans ces gradins et de te regarder jouer," dis-je d'une voix taquine, en me tordant sur le banc pour pouvoir m'appuyer contre lui et traîner mes doigts sur sa poitrine.

"Ah oui ?"

"Mmhmm, c'est très difficile quand tout ce que je veux faire c'est sauter par-dessus les bordures et te dépouiller des coussinets de protection. Peut-être faire un petit tête-à-tête avec un peu de sueur," dis-je avec un mouvement suggestif des sourcils.

"Mmm, j'adore quand tu penses à des choses cochonnes avec le hockey," il gémit et captura mes lèvres dans un baiser.

Nous nous allongeâmes ensemble sur le banc, chacun pris dans ses propres pensées, bien qu'aucun de nous ne détourne son regard de l'autre. Je pensais à ce qu'il avait dit sur le fait que c'était un peu comme quand je le soutenais en étant là quand il avait besoin de moi et qu'il faisait simplement la même chose pour moi.

Dans un sens, c'était la même chose ici. Je n'aurais pas dû être surprise qu'il soit nerveux, inquiet pour moi alors que j'avais toujours ces mêmes sentiments en le voyant partir en tournée ou même juste en étant assise dans les gradins et en le regardant jouer. D'accord, c'était probablement à un degré moindre mais je le ressentais quand même, bien que je ne lui aie jamais dit avant.

"C'est dur pour moi parfois de regarder tes matchs," avouai-je. "Je sais que tu peux t'occuper de toi-même mais ce n'est pas facile de te voir prendre un coup de temps en temps, de craindre qu'à chaque seconde tu puisses être blessé. Donc je comprends ce que tu veux dire. Je suppose que c'est ce qui accompagne l'amour."

"Je suppose que oui," consentit-il. "L'amour n'est pas que des cœurs gonflés et des romances douces."

"Non mais c'est bien mieux que ce que j'avais imaginé," rétorquai-je. "Je ne l'échangerais pour rien au monde, même quand c'est difficile."

Il ouvrit la bouche pour dire quelque chose puis la referma et se mit à rire de façon incrédule.

"Mon Dieu, tu me rends si ringard parfois, Bella." Il secoua un peu la tête, soit à la situation ou lui-même.

"Tu aimes ça," taquinai-je, en lui enfonçant un doigt dans les côtes. "N'essaie même pas de le nier."

"Peut-être," concéda-t-il, en levant les mains pour jouer avec une mèche de cheveux rebelle près de mon visage. "Je n'ai jamais pensé que je trouverais quelqu'un avec qui je pourrais être ringard."

"Je suis contente que ce soit moi," chuchotai-je.

"Ça ne pouvait pas être quelqu'un d'autre. Ça a toujours été toi, Bella. Tu ne sais pas combien de temps je t'ai attendue."

Mon cœur fondit simplement et je me penchai pour l'embrasser à nouveau parce que vraiment, quelle autre réponse donner à quelque chose comme ça ? Par mon baiser, j'essayai de communiquer que je ressentais exactement la même chose pour lui. Comme Alice l'avait si brillamment déclaré, mon cœur avait toujours su que c'était lui.

Je me déplaçai dans ses bras tandis que sa langue balayait la mienne et approfondissait le baiser. Malheureusement, le peu d'espace et mon manque de coordination n'était pas un bon mélange et je me cognai le genou contre le cadre de fenêtre.

"D'accord, Roméo," gémis-je et je le tapai légèrement dans le dos, en me déplaçant pour me déplier de l'alcôve. "Allons te mettre au lit avant que tu commences à me réciter des sonnets."

"Pas encore," dit-il, en serrant un peu plus ses bras autour de moi pour me maintenir en place. "Pouvons-nous rester ici un peu plus longtemps ?"

Il semblait plus détendu que quand je l'avais trouvé mais je pouvais encore détecter un soupçon d'inquiétude dans ses yeux. Sa réticence à quitter ce petit espace ne faisait que confirmer qu'il n'était pas convaincu à cent pour cent.

Bien qu'il soit clair que je ne pourrais pas effacer entièrement ses préoccupations, j'espérai au moins le réconforter par mes actions.

"Bien sûr," murmurai-je, le gardant près de moi et je m'allongeais sur le banc dans l'espace confiné. Mes jambes s'entrelacèrent avec celles d'Edward et nos corps se chevauchèrent de façon pas tout à fait confortable.

J'ouvris le tiroir intégré sous le siège, j'en sortis une couverture et la drapai sur nous. Un des coussins du canapé était par terre, tout près, et Edward l'attrapa pour que je le mette derrière ma tête quand il posa sa tête contre ma poitrine. Sa joue blottie dans la vallée entre mes seins, sa main s'étendait sur ma cage thoracique, le bout de ses doigts effleurant à peine la courbe de ma poitrine. La position n'était pas sexuelle, simplement intime et malgré le froid de la fenêtre et l'espace légèrement exigu, je ne voulais pas bouger d'un pouce.

"C'est vraiment un bon endroit," dit-il d'un air endormi. "Je peux voir pourquoi tu l'aimes tant."

"Ouais, eh bien, d'habitude je n'ai pas une paire de seins pour oreiller," le taquinai-je. Je fis courir mes doigts dans ses cheveux, en grattant légèrement son cuir chevelu dans le but de l'endormir.

"C'est dommage, Swan," dit-il, en enfonçant son visage un peu plus profondément. Je pouvais entendre le sourire dans sa voix. "C'est vraiment la meilleure partie."

Je gloussai doucement et secouai la tête. C'était vraiment un mec, malgré son côté ringard et sentimental.

"Ferme les yeux, bébé," l'exhortai-je dans un doux murmure, poursuivant mes caresses sur sa tête.

"Tu ne m'as jamais appelé comme ça avant," dit-il, sans bouger de sa place.

"Oh, ouais, euh... totalement émasculant ?" bafouillai-je. J'étais un peu gênée de ne pas avoir réalisé que ce terme d'affection m'avait échappé.

"Non, en fait," murmura-t-il, en pressant doucement avec ses doigts l'endroit où ils se trouvaient sur mon torse. "J'ai en quelque sorte aimé ça."

Je tournai mon visage juste assez pour appuyer mes lèvres sur le haut de sa tête et je murmurai, "Dors, Edward. Je t'aime."

"Je t'aime," murmura-t-il en retour, sa voix déjà lourde et brouillée par le sommeil.

Bien que je sois fatiguée, je ne pouvais pas m'endormir, pas avant de savoir qu'il se reposerait paisiblement. Je ne pouvais pas imaginer combien de fois il avait fait la même chose pour moi - me réconforter, faire attention à moi. J'étais contente d'avoir pu être là pour lui pour une fois qu'il avait besoin de réconfort, même si je n'avais pas pu effacer entièrement le fardeau.

Edward gémit un peu et s'agita contre moi. Qu'il soit endormi ou pas, je ne pouvais pas vraiment le dire et je ne voulais pas le déranger s'il l'avait fait. Je pensais au nombre de fois où il m'avait endormi avec le son velouté de sa voix, soit en chantant, soit en fredonnant. Bien que ma voix chantée laisse un peu à désirer, je me demandais si cela aurait le même effet sur lui que sur moi.

Alors je chantais la première chanson qui me vint à l'esprit, par coïncidence la même chanson qu'il fredonnait pour m'apaiser pour dormir, Snow Patrol - Chasing Cars. Au début, je chantais doucement et timidement, un peu mal à l'aise avec le son de ma voix dans le silence puis plus facilement et avec un peu plus de confiance quand je le sentis se détendre et que sa respiration devenait lente et lourde contre moi.

Après avoir terminé la chanson une fois, je recommençai depuis le début, en fredonnant simplement la mélodie cette fois. J'étais presque certaine qu'il dormait maintenant mais je continuais au cas où. Après la deuxième fois, je m'arrêtai un moment. Juste avant de pouvoir recommencer, je sentis Edward se déplacer légèrement contre moi, marmonnant clairement dans son sommeil. Bien que je ne puisse pas distinguer grand-chose, je reconnus mon nom tomber de ses lèvres, suivi de près par un "Je t'aime".

Je souris et posai ma joue contre le sommet de sa tête, ridiculement charmée par l'homme étalé sur moi. Une fois qu'il fut calmé et que sa respiration devint un doux ronflement, je me permis finalement de fermer les yeux et de le rejoindre dans le sommeil.

Edward s'envola pour Dallas avec les gars le lendemain matin. Après qu'il soit parti, je m'immergeai entièrement dans le patinage, profitant des dernières journées sur la glace à domicile avant de traverser le pays pour l'état de Washington.

Malgré ma nervosité, j'avais hâte d'y aller, pour voir si le travail que j'avais fait ces dernières semaines depuis Skate America avait apporté une différence. Ça a toujours été le pire moment pour moi, juste attendre au bord du gouffre. Il n'y avait pas grand-chose de plus que je puisse faire et qui m'aiderait à me mieux préparer. Au lieu de cela, ces jours étaient simplement une question de répétition et de suivi de mes étirements afin de maintenir la mémoire musculaire que mon corps avait acquise pour mes deux chorégraphies.

Je me sentais beaucoup plus en confiance avec mon patinage cette fois-ci mais chaque compétition était une sorte de pari. Tu pouvais y aller en ayant parfaitement réussi tes exercices pendant l'échauffement et ensuite le gâcher avec un stupide faux pas. Il y a une raison pour laquelle tous les patineurs sont prompts à dire que la glace est glissante.

Après avoir réussi le premier triple Axel, j'avais été beaucoup plus constante dans la réalisation du saut à l'entraînement mais pas au point où je veuille l'utiliser pour la compétition. Je savais que j'avais une bonne chance d'arriver au sommet, même sans incorporer le mouvement. J'admets qu'une partie de moi voulais le rajouter, juste pour avoir l'opportunité de contrarier Renée mais ce n'était qu'une toute partie de moi.

Je m'entraînais encore au saut tous les jours et je m'accrochais à l'espoir de pouvoir l'utiliser. Bien sûr, mon côté pessimiste s'inquiétait de ne pas en avoir l'occasion. Que les championnats nationaux seraient la fin pour moi. Mais, j'essayais de ne pas trop m'attarder sur ces pensées. Pas besoin de m'en faire par avance.

Ça me faisait du bien de savoir que j'aurais autant de soutien à Spokane. Tous les Cullen et les Hale seraient là en plus de mon père. Carlisle, Esmée, Rose, Alice et Marcus s'envoleraient tous avec moi le mardi matin, alors que les gars arriveraient séparément de la destination finale de leur tournée. Charlie avait prévu de conduire depuis Forks.

Alice avait fait appel à sa magie organisatrice et avait réussi à réserver des sièges en première classe sur un vol du Minnesota à Spokane et qui atterrirait une heure après l'arrivée des gars. Je pense qu'elle savait à quel point Edward était nerveux à propos de toute cette situation, même après notre conversation la veille de son départ. C'était gentil de sa part d'essayer d'apaiser son esprit, ne serait-ce qu'un peu.

J'avoue que ça me soulageait de savoir qu'il serait là à m'attendre quand je descendrai de l'avion. Les médias attendraient certainement aux portes, en plus grand nombre qu'ils ne m'avaient accueillie à Colorado Springs pour Champs Camp. Savoir qu'il serait là à mes côtés rendait tout cela un peu moins intimidant.

Notre voyage en avion se déroula sans incident, rempli des bavardages enthousiastes de Rose et Alice sur le prochain week-end - elles étaient excitées de voir à quoi ressembleraient les costumes de tout le monde, si elles pouvaient assister à une séance d'entraînement - et l'hôtel chic où nous serions tous logés avec les autres concurrents et leurs équipes. Ça m'a aidé à me changer les idées, même si à chaque accalmie dans la conversation, je finissais par m'inquiéter de savoir si j'avais oublié quelque chose.

Peu de temps après, les trains d'atterrissage étaient sortis et on se frayait un chemin dans le tunnel plein de courants d'air, menant au terminal.

Dès que je franchis la porte d'entrée, je vis le visage d'Edward scrutant la foule qui passait la porte. Il lui suffit d'un instant pour me repérer et quand il le fit, son visage devint souriant alors qu'il courait pour me prendre dans ses bras dans une étreinte enthousiaste.

Il fit pleuvoir des baisers sur mon visage et me dit que je lui avais manqué avant de s'attarder sur mes lèvres, me donnant un baiser étourdissant qui aurait pu me gêner, si mon cerveau n'avait pas simplement fondu à son toucher.

Quelque part dans mon abasourdissement, j'entendis Emmett faire une blague sarcastique que je ratai complètement mais ça fit rire et chahuter les autres. Je réussis à me détacher et à enfouir mon visage rougissant dans le cou d'Edward qui me tenait serrée et qui tapait son frère dans le dos à cause de ses taquineries.

"Hé, ho ! Jazz, pourquoi tu ne me dis plus bonjour comme ça ?" entends-je Alice gémir à côté moi, mon visage encore enfoui dans le cou d'Edward. Je me tournai sur le côté pour voir Jasper sourire d'un air penaud à sa femme.

"Désolé, Darling." Il sourit avant de la soulever de la même façon et de déposer uns gros baiser sur ses lèvres rieuses.

Rose poussa Emmett et lui lança un regard acéré. "Oh allez Rosie maintenant ça aurait juste l'air stupide si je le faisais."

Elle roula des yeux et lui donna un coup dans l'estomac.

"Allez romantique sans espoir, allons chercher nos sacs," gémit-elle, en passant son bras sous le sien et essayant de le tirer.

Il la saisit par la taille et la souleva sans prévenir. Elle poussa un petit cri et enroula ses jambes autour de sa taille, tapant son torse avec espièglerie et le réprimandant alors qu'il riait bruyamment et l'arrêta dans ses plaintes avec un baiser enthousiaste qui était juste légèrement inapproprié, juste comme ils semblaient le préférer.

"Il faut que je te soulève aussi ma chère ? Je ne voudrai pas entendre des plaintes que les garçons montrent ce qu'il faut faire à leur vieux père," dit Carlisle, ses bras atour de la taille d'Esmée qui était devant lui.

Esmée rit et secoua la tête, tapotant le bras de Carlisle et sortant de sa prise pour arracher son bagage à main et suggérer que nous passions à la récupération des bagages.

Edward desserra finalement son étreinte mais il me garda à ses côtés, prenant mon sac avec le sien sur son épaule. Nous suivîmes les autres un peu en arrière pendant que nous nous posions des questions sur nos vols respectifs.

Nous avançâmes en groupe dans le terminal, récupérant d'abord les bagages des gars puis attendant que les nôtres prennent place sur le chariot. Dès que j'eus ma valise en main, je la posai et l'ouvris pour faire un inventaire rapide. J'étais devenu un peu paranoïaque d'avoir à mettre mes patins dans la soute et je ne me sentis mieux qu'en voyant par moi-même qu'ils étaient arrivés en un seul morceau.

Une fois que je vis que tout était en ordre, je poussai un petit soupir de soulagement.

"Tout va bien ?" demanda Edward, en me donnant un coup de coude taquin et en s'agenouillant à côté de moi.

"Ouais," dis-je, avec un sourire penaud. "Je n'aime tout simplement pas mettre mes bébés entre les mains du personnel de l'aéroport, tu comprends ?"

Il gloussa et ébouriffa mes cheveux puis alla aider son père à récupérer le reste des bagages sur le carrousel.

Alice s'approcha, posant lourdement sa valise à côté du tas grandissant à côté de moi.

"Oh Bella tu as apporté tes patins rubis !" applaudit Alice avec excitation quand elle les vit par l'ouverture de mon sac.

"Oh ouais, euh porte-bonheur je suppose. Je ne peux pas vraiment les porter pour la compétition mais j'ai pensé à les prendre," balbutiai-je, ne voulant pas révéler le fait que j'avais l'intention de les mettre si je finissais par me classer parmi les quatre premières et que je pouvais patiner en exhibition le dimanche après-midi.

"Ça craint que tu ne puisses pas les porter. Ils iraient parfaitement avec ton costume rouge pour le programme court."

"Ce serait un peu trop, tu ne crois pas ?" demandai-je, en rabattant le haut de mon sac et en le refermant.

"Bébé je déteste le dire, mais je ne sais pas s'il y a quelque chose de "trop" quand il s'agit de patinage artistique," offrit Rose.

"Tu sais quoi ? J'ai un ami qui serait totalement d'accord avec toi…" dis-je en pensant à Eric. "Je vais laisser l'ostentation et l'excès aux patineurs comme lui… qui peuvent le faire."

Les championnats nationaux s'étiraient sur deux week-ends et la semaine entre les deux afin de donner à tous les représentants de l'équipe américaine un temps d'arrêt égal avant leurs performances olympiques. Les hommes avaient eu leur compétition le week-end précédent. Les dames patinaient toujours en dernier donc nous n'avons pas concouru avant jeudi pour nos programmes courts et ensuite samedi pour les longs. Cependant Eric serait toujours là puisqu'il avait remporté le titre masculin. Les quatre premiers finalistes de chaque catégorie se produiraient dimanche pour l'exhibition. J'avais hâte de le revoir surtout parce qu'Eric ne faisait rien à moitié set encore plus pour l'exhibition. Il était toujours sur la ligne du "trop".

Il nous fallut une bonne demi-heure prou rassembler tous nos sacs et nous diriger vers le trottoir. Comme prévu la presse attendait à l'extérieur alors Marcus, Esmée et Carlisle sortirent pour trouver les taxis.

Une fois qu'ils nous eurent envoyé un texto, Edward me mit sous son bras avec Emmett et Rose devant pour dégager le chemin pendant qu'Alice et Jasper suivaient, formant un bouclier très efficace contre les caméras et les questions criées. Je pouvais dire que ça dérangeait Edward de voir et d'entendre tant de gens se bousculer et hurler, essayant de se rapprocher de moi mais il sembla se détendre un peu quand je lui serrai la taille et lui souris pour lui faire savoir que j'allais bien.

Nous dûmes prendre trois taxis pour aller à l'hôtel, Alice monta avec Edward et moi et nous passâmes tout le trajet à écouter ses commentaires. Quand nous arrivâmes Edward était souriant et il riait de nouveau, beaucoup plus détendu qu'il l'avait été depuis que nous étions sortis de l'aéroport.

Quand nous fûmes enfin au Davenport, l'hôtel officiel de l'événement, la mâchoire d'Alice se décrocha quasiment jusqu'au sol.

"Nous allons rester ici ?" demanda-t-elle, avec de grands yeux alors que nous sortions du taxi.

"Ouaip. Ce sera notre chez nous pour les prochains cinq jours," dis-je, en passant mon bras autour de sa taille et en admirant l'hôtel à mon tour.

"Oh seigneur c'est incroyable !" s'exclama-t-elle. Elle poussa un petit cri et se lança dans un bavardage pétillant sur la façon dont il serait cool de planifier un mariage dans un endroit comme celui-ci alors qu'elle se précipitait à l'arrière du taxi pour attraper ses sacs afin que nous puissions entrer.

C'était vraiment quelque chose à admirer – orné et somptueux, la grande classe. J'aurai été heureuse d'avoir une chambre un peu moins luxueuse autre part mais je pensais que ce serait amusant pour tous les autres de trainer dans le quartier général de tous les patineurs ainsi que de voir les quelques visages célèbres qui ne manqueraient pas l'occasion de se montrer. Pas vraiment qu'ils soient obsédés par ce genre de chose mais ça pouvait faire un bon divertissement.

Je n'avais jamais séjourné dans les hôtels officiels avant. Renée nous prenait toujours une chambre loin de tout ce qui était officiel mais toujours quelque chose de luxueux pour satisfaire son niveau d'exigence. Je ne savais pas si c'était une erreur de se mêler aux autres patineurs mais j'étais plutôt excitée d'être un plus impliquée dans l'atmosphère, surtout avec tous les autres à proximité pour me garder les pieds sur terre.

Esmée, Carlisle et Marcus allèrent à la réception pendant que nous restions avec les bagages bavardant et admirant le hall. Les sols en marbre, les hauts plafonds ornés, les arrangements floraux décadents, les fauteuils et canapés moelleux et une grande fontaine bouillonnante qui était un signe certain que cet endroit n'était certainement pas un hôtel de seconde classe.

Comme nous attendions Jasper s'était assis sur l'accoudoir du canapé avec Alice sur ses genoux, Rose s'était affalée sur un énorme fauteuil trop rembourré et Emmett s'était appuyé sur le dossier. Je repérai quelques visages familiers dans le hall, quelques-uns qui s'enregistraient, d'autres qui ne faisaient que passer. J'étais devenue plus amicale avec quelques patineurs depuis Champs Camp mais à présent l'environnement était tout à fait différent. Il n'y avait aucun signe d'amitié ni de bavardages décontractés dans les couloirs. Ici tout était compétition et tout le monde était en compétition.

Raison de plus d'être reconnaissante d'avoir un groupe de soutien aussi solide de mon côté. Une partie de moi ne pouvait pas croire qu'ils étaient tous là, abandonnant leurs occupations juste pour m'encourager. Pas que ça me surprenne. Ils ne le voyaient pas comme un sacrifice, comme beaucoup d'autres auraient pu le faire. Je n'avais jamais rencontré de personnes aussi soudées que les Cullen et grâce à un miracle j'avais été acceptée comme l'un d'eux.

J'étais entourée par les bras d'Edward, m'appuyant nonchalamment contre son torse alors qu'Emmett et Jasper partageaient une anecdote amusante sur les dernières manigances de leur coéquipier dans les vestiaires quand je vis un visage qui me bloqua la respiration.

Lauren Mallory déambulait sous les arches imposantes qui menaient des ascenseurs dans le hall, dans toute sa gloire blonde à la peau orange. Elle ressemblait à une future Lindsay Lohan, dans une robe pull ample qui était vraiment trop courte, des bottes talons aiguilles au-dessus des genoux et un chapeau pailleté couvraient ses cheveux raides. Quel genre de personne s'habille comme ça à la mi-janvier ? Ou m'importe quand d'ailleurs…

Apparemment le même genre de personne qui bronze au point de ressembler à une carotte dans une perruque blonde.

Je me raidis instantanément, prise complètement au dépourvu en la voyant ici. Bien sûr je savais que je la verrais à Spokane mais à la patinoire pas l'hôtel. Apparemment les choses se passaient un peu différemment avec sa nouvelle équipe car à moins que mes yeux ne faiblissent elle était là, à pas plus de quinze mètres.

Bien sûr elle me remarqua avant que je puisse regarder ailleurs et une fois que ses yeux furent sur moi je ne pouvais pas m'arrêter de la regarder fixement de peur qu'elle ne le prenne comme un signe de faiblesse. L'intimidation était déjà pleinement opérationnelle.

Elle me sourit et haussa les sourcils et je ne montrai aucune émotion pas même le moindre tressaillement de mes lèvres. Puis ses yeux bougèrent juste un peu et je sus qu'elle regardait Edward. Elle tira sa lèvre inférieure entre ses dents et même d'aussi loin je pouvais voir la lumière dans ses yeux – désir, luxure, défi, peu importe comme vous l'appelez, cela me donna envie de grogner et de grincer des dents. Quand elle plissa les yeux et se lécha les lèvres, je dus me mordre la langue pour me retenir.

Je savais que si je montrais à quel point sa réaction me dérangeait, cela ne ferait qu'empirer les choses alors je souris simplement. Cela lui disait que je savais exactement ce que j'avais et qu'elle n'avait aucune chance, tout en me blottissant un peu plus contre lui.

Ses yeux s'illuminèrent un instant et sa mâchoire se figea avant qu'elle puisse l'empêcher. Parfois il était si facile de voir à quel point elle avait encore tant de choses à apprendre. Pourtant c'était une bonne actrice et elle récupéra rapidement. Ses lèvres firent un sourire narquois et elle me fit un signe de doigts condescendant. Elle lança un dernier regard, long et salace, à Edward de haut en bas avant de s'éloigner vers l'une des nombreuses portes pour sortir. Ce ne fut que lorsqu'elle fut hors de ma vue que je réalisais à quel point cette petite rencontre m'avait tendue. Je dus physiquement forcer mes épaules à se relâcher alors que je soufflai de soulagement.

"Qu'est-ce qui ne va pas ?" demanda Edward, un doux murmure à mon oreille, alors que son menton se posait sur mon épaule.

"Rien," dis-je, en secouant la tête pour me débarrasser de tout ça. "Rien de grave."

"Qu'est-ce qui n'est pas grave ?" demanda-t-il, en regardant autour de lui, cherchant probablement la source de ce qui m'avait dérangé.

"Ce n'est vraiment rien, promis. Je ne m'attendais pas à…" Je m'éloignais voulant juste oublier ça.

Bien sûr j'aurais dû savoir que cela ne serait pas suffisant pour le satisfaire, surtout pas avec la façon dont il était devenu protecteur récemment.

Il tira légèrement sur ma taille, s'éloignant du groupe et me tenant la main pour que je le suive. Il s'arrêta quand nous atteignîmes la fontaine et se tourna de nouveau vers moi, tendant l'autre main.

"Tu es contrariée. S'il te plait, dis-moi ?" demanda-t-il, ses yeux étaient patients et implorants en même temps.

"Je viens de voir Lauren," dis-je, espérant que si j'expliquais rapidement et avec désinvolture il croirait que tout allait bien. Et vraiment il en était ainsi. Bien sûr elle avait réussi à me déstabiliser mais je m'étais préparée à bien pire qu'un sourire irritant. "Ce n'est pas grave, je ne m'y attendais pas. Renée ne nous a jamais laissé rester dans le même hôtel que les autres alors j'ai pensé qu'ils ne seraient pas ici. Ils m'ont juste pris par surprise."

"Est-ce que ça va aller ?" demanda-t-il, levant une de nos mains jointes contre sa joue, frottant mes phalanges contre sa fine barbe. "Nous pouvons trouver une chambre ailleurs."

"Non, c'est idiot," dis-je. "C'est un grand hôtel il y a des tonnes de gens ici et nous ne serons pas là de toute façon. Comme je l'ai dit, c'était juste inattendu, c'est tout."

Il me serra la main. "Si tu changes d'avis, dis simplement un mot et nous partons d'ici, d'accord ?"

"Ouais." Il sourit et se pencha pour frotter légèrement son nez contre le mien puis en picora le bout avant de regarder par-dessus mon épaule.

"Eh bien, si ça te fait du bien, il pourrait y avoir un visage familier qui vient de faire son apparition," dit-il avec un sourire, en faisant un geste du menton. Quand je me retournai je vis Charlie au milieu du groupe. Il échangea une poignée de main amicale avec Carlisle puis un câlin avec Esmée avant qu'Alice ne bondisse, le faisant presque tomber à cause de son enthousiasme. Ça le surprit vu son expression sidérée alors qu'il lui tapotait maladroitement le dos.

"Allez," souris-je et je tirai Edward par la main dans leur direction. "Nous ferions mieux de le sauver avant qu'Alice ne lui provoque une crise cardiaque."

Le reste de cette première journée fut merveilleux. Après nous être installés et avoir pris un peu de repos nous partîmes à l'aventure avant de nous retrouver dans le hall pour discuter de nos projets de dîner. Apparemment Alice et Esmée y avaient déjà pensé puisqu'elles avaient réservé l'une des plus petites salles de réunion de l'hôtel pour nous. Elles avaient commandé des pizzas et il y avait une télévision grand écran pour mettre des films amusants en arrière-plan pendant que nous trainions et nous amusions. C'était un début parfait et discret pour le week-end. Exactement ce dont j'avais besoin sans même le savoir.

C'était super de voir Charlie se mêler au reste du groupe. Comme à New York, il semblait parfaitement s'adapter à ce mélange, en bavardant à côté de Carlisle et en buvant une bière ou en se laissant entraîner par l'enthousiasme d'Alice quand elle lui demanda de faire partie de son équipe pour Catch-phrase.

Il semblait plus léger et plus heureux que je ne l'avais jamais vu. Bien que j'admette ne pas l'avoir vu souvent, je pouvais encore faire la différence. Que ce soit à cause de Sue, la femme qu'il voyait ou être accueilli par les Cullen et traité comme un ami de longue date ou autre, je n'étais pas sûre mais j'aimais vraiment ça. C'était agréable de le voir si enjoué, surtout quand j'étais si heureuse aussi.

Bien que la compétition ait toujours été au centre de mes préoccupations, je me sentais plus détendue en y allant que je ne l'avais été jamais avant. Même si le stress des facteurs extérieurs à la compétition pesait sur mon esprit.

Mercredi suivit le même schéma. Les événements officiels n'étaient pas programmés avant le lendemain avec l'entraînement du programme court le matin puis le début de la compétition plus tard dans la soirée. Mercredi, cependant, je n'avais pas grand-chose à faire à part quelques interviews avec la presse ici et là. Il n'était pas nécessaire d'être présent à Spokane tout de suite mais j'ai toujours voulu y aller un peu plus tôt afin de donner à mon corps le temps de s'adapter à tout changement d'altitude.

Marcus avait trouvé une patinoire à la périphérie de la ville où je pouvais m'entraîner sans risque de croiser d'autres patineurs ou les médias. Le reste du groupe sortit pour visiter la ville avec Charlie comme guide. Ils finirent par nous retrouver, Marcus et moi, à la patinoire et les gars me rejoignirent même sur la glace puisqu'ils avaient leurs patins étant venus directement après leur match.

Alice et Rose se joignirent à la fête, glissant dans leurs chaussures de ville, et après un certain temps, même les anciens s'aventurèrent sur la glace. Pour le reste de l'après-midi, il ne fut plus question de préparation, juste s'amuser et faire du raffut. Au lieu de m'attarder sur les minuscules problèmes, que j'avais rencontrés pendant ma séance d'entrainement, je finis par rire tellement fort que mes abdominaux commencèrent à me faire mal et je quittai la patinoire en me sentant bien.

Par la suite, nous revînmes à l'hôtel pour nous rafraîchir avant de nous mettre en vêtements confortables et de nous affaler sur les canapés et le plancher de la suite de Carlisle et Esmée pour grignoter et regarder un film. Edward et moi partîmes en premier car nous avions prévu de nous retrouver pour le petit-déjeuner tôt le lendemain matin avant ma séance à la patinoire.

Nous étions de retour dans notre chambre à neuf heures, juste assez de temps pour que je puisse convaincre mon très serviable petit-ami que j'avais besoin d'une distraction vu la suite du programme. Il était plus que disposé à se soumettre.

Si souvent, la veille d'une compétition, j'étais agitée, stressée et inquiète. Le plus souvent, mes rêves étaient remplis d'images anxieuses du pire des scénarios jouant encore et encore dans mon esprit en technicolor entièrement et clairement.

Mais cette nuit-là, mes rêves ne furent remplis que d'Edward et mon esprit ne fut rien d'autre que pacifique.

Se présenter à la patinoire le lendemain matin fut un peu comme aller un zoo. La sécurité était stricte, avec de multiples points de contrôle à franchir. Cela prit beaucoup de temps puisqu'ils fouillaient minutieusement chaque patineur mais je me divertis en envoyant des SMS à Edward.

Esmée et Marcus m'accompagnèrent dans les coulisses pendant qu'Edward, Rose et Alice partirent dans l'autre direction pour camper dans les gradins, pour la plupart vides, et regarder la séance d'entraînement.

Le reste des gars décida d'esquiver les festivités du début, prévoyant d'être tous présents quand ça comptait vraiment. Ça me convenait parfaitement. Les séances d'entraînement étaient toujours un peu imprévisibles et je n'avais vraiment pas besoin d'un tas de gens en plus qui regardaient. Surtout si ça se passait mal.

Je pouvais comprendre qu'Alice et Rose veuillent venir regarder mais j'avais été surprise quand Edward avait refusé l'offre des hommes de passer la journée avec eux, préférant rejoindre les filles et observer ma séance du matin. Je l'avais encouragé à y aller parce qu'en fait, la séance d'entraînement n'était pas très intéressante mais il avait été assez catégorique pour rester tout près. Je suppose que je ne pouvais pas réellement le blâmer.

L'entraînement était facultatif, alors je ne savais pas si Lauren et son équipe se montreraient mais je me préparais à la probabilité qu'ils soient là, grâce à ça je ne fus pas tout à fait choquée d'apercevoir Phil et Renée à l'enregistrement.

Ils n'avaient pas changé bien que je suppose que cela aurait dû être une évidence. Ce n'est pas parce que beaucoup de choses s'étaient passées depuis la dernière fois que je les avais vus qu'ils avaient changé physiquement.

Ils étaient à la sécurité pour faire contrôler les sacs de Lauren, alors que nous étions quelques groupes derrière eux. Phil jeta un coup d'œil, visiblement impatient de voir combien de temps prenait le processus de contrôle et il me repéra presque instantanément. J'avais espéré rester sous leur radar un peu plus longtemps mais non, pas de chance. Ses lèvres s'étirèrent en un lent et sournois ricanement, me rappelant ce premier regard déconcertant qu'il m'avait donné quand Renée nous avait présentés à l'hôtel. Celui qui me donnait envie de me mettre à l'abri sous de lourdes couvertures.

Il hocha la tête pour me saluer mais je ne fis pas de même et ne le saluai de quelque façon que ce soit.

Au lieu de cela, je choisis de jouer avec la sangle de mon sac, faisant comme si je ne savais pas qu'il était là. Du coin de l'œil, je le vis pousser Renée et je ne pus m'empêcher de lever les yeux, juste au moment où elle me regardait.

Nos yeux se connectèrent pendant un instant, les siens restèrent inexpressifs. Ils m'étaient si familiers mais de tant de manières étrangers en même temps. Ils étaient froids, durs, presque insensibles. Le regard qu'elle me lança était à la fois évaluateur et désintéressé, comme si elle ne faisait que me jauger. Ça ne dura qu'un instant et juste comme ça, sa tête se retourna, son attention se porta sur Lauren et Phil. Le seul signe qu'elle était affectée par ma présence, c'est qu'elle tira durement sur le bras de Phil pour détourner son attention de l'endroit où je me trouvais.

Donc c'est comme ça que ça va être, pensais-je. Je souhaitai être aussi peu affectée qu'elle l'était mais je suppose que je ne suis pas sans cœur. Le fait qu'elle puisse me regarder comme ça alors qu'elle m'avait conçue, mise au monde et élevée, me rendait physiquement malade. Ma main se leva pour frotter mon ventre sans même que je m'en rende compte.

"Tu vas bien, ma chérie ? Tu es un peu pâle," murmura Esmée. Elle balaya doucement les cheveux qui tombaient sur mon front, en posant sa paume à plat dessus pour vérifier par elle-même.

"Ouais, je vais bien," marmonnai-je, en voulant toucher de nouveau mon ventre et en forçant mes mains à rester à mes côtés. Ma tête commença à tourner pour les regarder mais je m'arrêtai juste à temps, en ramenant mon regard sur Esmée. J'essayai de lui faire un sourire rassurant mais ce fut plutôt une grimace.

Elle dut remarquer où mes yeux voulaient se perdre car elle regarda par-dessus mon l'épaule. A en juger par la grimace qui tordit immédiatement ses lèvres, elle comprit assez facilement ce qui me dérangeait. Elle ne regarda pas dans leur direction plus d'un instant et quand ses yeux revinrent aux miens, ils étaient doux de compassion et de compréhension.

"Ne fais pas attention à eux," dit-elle doucement, en glissant son bras autour de ma taille. "Je sais que c'est dur chérie… mais ils ne peuvent t'affecter que si tu les laisses faire."

Je hochai la tête et lui fis un petit sourire qui devint un peu plus sincère quand elle me serra contre elle et embrassa mon front.

Ce fut un peu plus facile de respirer quand la sécurité en termina avec les sacs de Lauren et les laissa passer. Les coulisses étaient généralement assez encombrées, si bien que ce ne serait pas la dernière fois que je les verrais. Pendant le temps qu'il nous restait à attendre pour passer le point de contrôle, je me concentrai sur moi, pour me construire un peu de cette carapace qui me permettrait de traverser ça.

J'envoyai un texto à Edward pour lui dire que je les avais vus et que tout allait bien. Il n'y avait pas moyen qu'il les manque une fois qu'on serait toutes sur la glace et je ne voulais pas qu'il soit pris au dépourvu. Il me répondit rapidement par texto, essayant clairement de vérifier et de s'assurer que j'allais vraiment bien. Plutôt que de faire un échange de texto, je l'appelai pour qu'il comprenne au ton de ma voix que tout allait bien et lui dire que je serai sur la glace après quelques étirements.

Sa réponse fut suggestive et enjouée, plutôt qu'inquiète, je considérais que j'avais bien fait mon travail.

Esmée et Marcus prirent mes sacs pour aller chercher une place le long des bancs avec les autres équipes, pendant que je faisais un jogging rapide dans les couloirs pour faire monter mon rythme cardiaque. Je trouvai un coin tranquille et fis mes étirements sans être dérangée avant de retrouver Marcus et lacer mes patins.

La glace était encombrée d'autres patineurs, bien que certains soient encore en coulisses à effectuer leurs routines d'échauffement. L'entraînement était décontracté - au moins aussi décontracté que possible avec vingt-trois femmes ultra compétitives. Nous avions été réparties en trois groupes distincts de sept ou huit patineuses, avec une heure chacune sur la glace.

Nous étions libres d'aller et venir à notre guise dans le créneau horaire et chaque patineur avait l'occasion d'exécuter son programme complet une fois avec la musique dans les haut-parleurs, même si la patinoire n'était pas complètement vide. Quelques-unes des filles, les moins bien classées de ma section étaient déjà acharnées au travail, avec une qui prenait sa place au centre de la patinoire quand sa musique commençait. C'était le Pas de Deux de Casse-Noisette, une sélection que j'avais utilisée il y a quelques années. Le morceau familier me fit sourire.

Je la regardais en laçant mes patins et m'attardais un peu plus le long des bordures, posant ma cheville sur le dessus en courbant mon bras pour toucher mes orteils.

La fille était en fait assez bonne et avait un réel potentiel. Je me creusai la tête pour essayer de me rappeler son nom mais je n'arrivais pas à mettre le doigt dessus. Elle essayait juste un peu trop fort, probablement un peu intimidée par certains visages plus connus sur la glace autour d'elle.

C'est la partie que j'aimais vraiment dans les répétitions - voir tous les différents entrainements, les chorégraphies que chacun avait travaillé. C'était comme une confiserie pleine d'inspiration, écouter les choix de morceaux et comment elles coupaient leur musique, comment elles avaient choisi d'enchaîner leurs pas. C'était difficile d'être original mais c'était amusant de regarder et de voir la variété. Je n'avais jamais pu me résoudre à regarder quelqu'un d'autre patiner une fois la compétition commencée, donc l'entraînement était vraiment ma seule occasion de scruter la scène.

La jeune fille avait un beau programme, bien que j'aie repéré quelques éléments que je modifierais si ça ne tenait qu'à moi. J'avais presque envie de mettre la main dessus et de la façonner, comme si souvent en regardant d'autres patineurs. Non pas parce que je pensais que j'étais meilleure mais parce que mon esprit semblait toujours déborder de possibilités. Cette envie semblait encore plus prononcée maintenant que j'avais eu l'occasion d'explorer mes capacités en tant que chorégraphe.

Quand elle eut fini, j'entendis les applaudissements de la foule clairsemée dans les gradins. Son entraîneur se tenait près de l'endroit où j'étais et l'appela, me rafraîchissant la mémoire quant à son identité.

Angela Weber, relativement nouvelle sur le terrain et encore très jeune à dix-huit ans. Je l'avais vue ici et là lors de quelques événements dans le passé. Elle était bonne mais un peu incohérente et toujours un peu sous le radar, bien qu'elle ait remporté quelques médailles au cours des trois derrières saisons. D'après mes souvenirs, elle avait fait quelques chutes brutales au Grand Prix mais avait quand même terminé relativement haut.

J'essayai de me concentrer sur mes étirements et de les ignorer pendant que son entraîneur lui parlait de certains éléments et la laissa pour aller voir les officiels.

Au lieu de repartir pour continuer à s'échauffer, Angela resta près du bord. Ses yeux étaient énormes et elle avait l'air extrêmement nerveuse. Je pouvais comprendre pourquoi. A dix-huit ans, ce serait son premier essai pour une équipe olympique et ça ajoutait toujours beaucoup de stress.

J'hésitai un instant, voulant dire quelque chose, ayant été à sa place auparavant. Elle me semblait gentille mais je ne la connaissais certainement pas assez pour savoir si elle allait crier sur moi pour m'être adressée à elle comme d'autres filles le feraient.

Quand elle resta là, à se tordre les mains d'anxiété et à manifestement essayer de contrôler son souffle, je décidai de suivre mon instinct.

"Tu étais vraiment très bien, Angela," dis-je prudemment.

Sa tête se releva et elle resta bouche bée dans ce qui semblait être un choc quand elle comprit qui lui parlait.

"Qui, moi ?" demanda-t-elle, en pointant sa poitrine.

Je souris chaleureusement et fis un signe de tête. "C'est un super programme. J'aime vraiment la façon dont tu as coupé le morceau."

"Vraiment ?" demanda-t-elle, avec un sourire radieux en se rapprochant un peu plus de moi. "J'ai adoré ta version en deux mille quatre. Celle avec la robe rose ? Je la regarde sur YouTube tout le temps."

"Ouais ?" demandai-je, me sentant un peu étourdie par le compliment. La chorégraphie de Casse-Noisette était l'une des premières où j'avais participé en aidant Marcus. "C'était une de mes préférées aussi. J'espère que ça marchera aussi bien pour toi que pour moi."

"J'en doute fortement," dit-elle, en levant un peu les yeux au ciel. "Je veux dire… tu as gagné l'or à Skate Canada et l'argent aux championnats nationaux cette année-là. Il n'y a pas moyen que ça m'arrive."

"Pourquoi pas ? De ce que j'ai vu, on dirait que tu as une bonne chance."

"Oh allez. Moi ? Pas question," dit-elle d'un air triste. "J'ai presque détruit mes chances au début de la saison. J'espère juste que je ne me ridiculiserai pas ce week-end pour pouvoir me montrer à nouveau l'année prochaine…"

"Hé on ne sait jamais... Tout peut arriver," offris-je. "Tu peux aller sur la glace et patiner deux programmes parfaits et ramener l'or à la maison."

Elle secoua la tête, toujours pessimiste. Je détestai la voir se saborder toute seule sûrement parce que je l'avais fait de nombreuses fois par le passé et je savais combien ça me hantait. Quelque chose en elle me donnait juste envie de l'encourager.

"Je suis aussi assez nerveuse," murmurai-je, espérant que ça l'aidera à se détendre si elle ne se savait pas seule.

"Vraiment ?!" se moqua-t-elle avec incrédulité. "Toi ?"

"Eh bien oui. Peu importe le nombre de fois où tu te produis devant une foule, c'est toujours angoissant. Se blesser et disparaitre la saison dernière ? C'est difficile de revenir de là."

"Tu n'as rien à craindre. Je veux dire que tu es la meilleure patineuse qui soit. Et tes programmes ? Oh mon Dieu ils sont tout simplement magnifiques."

"Merci," dis-je doucement, rougissant en voyant combien elle était visiblement sincère.

"Je veux dire je sais que tu n'es pas beaucoup plus âgée que moi mais tu es une sorte d'idole."

"Eh bien, moi aussi je pense que tu es assez impressionnante," lui dis-je avec un sourire. "Ne sois pas trop nerveuse et ça se passera bien."

"Angela ?" entendis-je son entraineur crier, en lui faisant signe.

"Oh je suppose que je ferais mieux d'y aller," balbutia-t-elle, en lui faisant un geste.

Je souris et lui tendis ma main pour la lui serrer. "Bonne chance ce soir."

"Merci ! Et à toi aussi," dit-elle. En me tapant dans la main avec enthousiasme. "Pas que tu en aies besoin, bien sûr, tu es merveilleuse."

"J'en ai toujours besoin. Merci, Angela."

Je la regardai s'éloigner, me sentant plus légère à l'idée de m'entraîner. En essayant de l'apaiser j'avais en quelque sorte réussi à calmer mes nerfs aussi.

En regardant autour de moi j'aperçus rapidement Edward, Alice et Rose assis le plus près possible, juste à côté du milieu de la patinoire. Je leur souris en leur faisant un signe de la main alors que je finissais de m'étirer puis je m'approchai de Marcus pour avoir notre conversation pré-entrainement typique.

Lauren était déjà sur la glace au moment où j'enlevais mes protège patins et franchis la barrière. J'essayai de la bloquer mais c'était difficile étant donné qu'elle semblait passer beaucoup de temps à répéter ses spirales juste en face d'Edward.

Tellement transparente, pensai-je, secouant la tête de dégoût devant ses tactiques bon marché. Je n'étais pas du tout inquiète. Edward était à moi et ne serait jamais intéressé par elle ou quelqu'un d'autre, je le savais.

Et vraiment ses spirales n'étaient pas si impressionnantes même s'il était probablement insignifiant de s'en réjouir. Les sauts et l'athlétisme de Lauren étaient ses points forts, certainement pas sa souplesse ou son talent artistique.

Après avoir effectué plusieurs tours pour m'habituer à la surface, je commençai à échauffer mes propres spirales, me collant près des planches de l'autre côté. Renée et Phil étaient stationnés à une extrémité de la patinoire, restant près des bords mais bougeant parfois pour étudier leur patineuse.

Chaque fois que je m'approchai de l'endroit où ils étaient, Renée semblait faire exprès de se détourner et de m'ignorer complètement alors que Phil faisait exactement le contraire, me scrutant minutieusement. Bien que j'essaie de les éviter, il était difficile de ne pas occuper toute la surface de la patinoire si je voulais vraiment profiter de cette séance d'entraînement.

J'entendis le faux rire aigu de Lauren de l'autre côté de la glace et je me tournai pour la voir debout près des bords, juste face à l'endroit où les filles et Edward étaient assis. Juste devant mes yeux, elle souleva sa jambe et cala son pied sur les planches, lui donnant effectivement une vision complète de son entrejambe dans son petit justaucorps.

Ça suffisait. Elle n'était peut-être pas une menace mais je n'allais pas rester là, à la regarder se jeter ouvertement sur mon petit-ami.

Je glissai vers elle. En m'approchant je l'entendis lui demander s'il l'aiderait avec ses patins d'une voix douce et mielleuse, battant, ridiculement, des cils et se penchant suffisamment pour qu'il puisse regarder dans son décolleté - comme s'il n'en avait pas déjà assez vu.

Edward avait l'air consterné et un peu paniqué en essayant de l'ignorer, jetant des coups d'œil à Rose et à sa sœur pour obtenir de l'aide. Je pouvais dire que Rose n'était qu'à un souffle ou deux de déchaîner l'enfer. Je ne voulais vraiment pas que l'un d'eux aient des ennuis avec la sécurité alors je patinais juste à côté de Lauren, l'avertissant de ma présence en grattant bruyant mes lames contre la glace.

"Oh Lauren," dis-je avec condescendance. Elle se tourna et pinça les lèvres comme si elle venait de goûter quelque chose d'aigre. "Tu ne sais donc pas que c'est une sacrée responsabilité de faire lacer ses patins par quelqu'un d'autre ? Je ne voudrais pas que tu trébuches parce qu'ils sont attachés trop serrés…"

Elle roula des yeux et même si elle avait l'air un peu réticente à le faire, elle laissa retomber sa jambe des planches et se tourna vers moi.

"Bonjour Isabella," ricana-t-elle, ses mains calées sur ses hanches. "J'ai oublié que tu patinais à cette compétition."

"J'en doute," dis-je froidement. "Mais si tu veux sous-estimer tes adversaires, je t'en prie..."

Elle ouvrit la bouche pour répondre mais fut coupée lorsque Phil l'appela de l'autre côté de la glace, l'informant qu'elle était là pour répéter son programme.

Elle lança un dernier regard dans ma direction avant de tourner son attention vers Edward.

"C'est Edward, pas vrai ?" demanda-t-elle d'une voix basse et haletante, séduisante. Une fois de plus elle lui envoya un regard charmeur et bomba le torse si évidemment que je ne pus m'empêcher de rouler des yeux. "Je suis sûre que je te reverrai."

Elle embrassa le bout de ses doigts avec ses lèvres collantes et brillantes puis les posa sur sa joue avant qu'il ne se rende compte de ce qu'elle faisait et d'empêcher sa manœuvre. Elle pivota sur ses lames et s'envola vers son entraîneur, sa haute queue de cheval blonde rebondissant à chacun de ses pas.

Le visage d'Edward se crispa d'horreur alors qu'il essayait d'enlever la substance gluante sur sa joue.

"Beurk," gémit-il.

"Il te faudra peut-être te faire vacciner contre le tétanos, Edward…" lui conseilla Alice. Rose et lui se tournèrent vers elle, interrogateurs. "Quoi ? Ce n'est pas ce qu'il faut faire quand on s'est fait mordre par une chienne enragée ?"

J'éclatai de rire, me serrant les côtes tandis que Rose et Alice riaient aussi. Je levai les yeux pour voir Edward bien moins amusé et essuyant toujours son visage. Je lui fis un sourire d'excuse, en essayant de reprendre le contrôle et je me mis au travail pour retirer toutes les preuves de son passage sur sa belle joue.

"Sérieusement, quelle saleté !" se moqua Rose.

"Saleté ?" demandai-je, en m'appuyant contre les bords et en m'étirant pour rester échauffée.

"Putain de garce !" Elle haussa les épaules.

"Oui totalement !" s'exclama Alice. "J'avais peur qu'elle saute par-dessus et commence à danser autour d'Edward."

"Vous riez toutes mais je viens d'être violé !" se plaignit-il, d'un air renfrogné. "J'ai besoin de trouver une douche. Et un peu de désinfectant aussi," ajouta-t-il, effleurant à nouveau son visage même si toutes les traces de gloss avaient disparu.

"Oh mon pauvre," roucoulai-je exagérément, tendant la main pour prendre son visage boudeur entre mes mains. "Je t'embrasserai bien pour que tout aille mieux mais je travaille."

"Mais Bella je suis en état de vulnérabilité en ce moment," gémit-il, sa lèvre inférieure faisant une adorable moue. "J'ai juste besoin de réconfort."

"Je peux aller chercher Lauren si ça peut t'aider," le taquinai-je. "Il ne semble pas qu'elle soit très soucieuse de se montrer professionnelle."

"Non, non, ça va," dit-il rapidement. "Je me sens beaucoup mieux."

"Si tu es sûr..."

"Oui," dit-il en tendant sa main vers les miennes et me tirant. Les planches nous séparaient de la taille aux pieds mais il réussit quand même à se rapprocher suffisamment pour me chuchoter à l'oreille, nos poitrines se frôlant. "Je devrais arriver à être patient jusqu'à ce que je puisse te sortir de la glace et loin des regards indiscrets..."

Je rougis d'anticipation – comme je le faisais toujours – quand il parlait ainsi. Ces mots et avec cette voix… Soudain je n'étais plus du tout préoccupée de paraître professionnelle.

"Eh bien peut-être juste un truc rapide," murmurai-je, levant mon visage vers le sien et lui caressant les lèvres avec un doux et tendre baiser qui en évoquait beaucoup d'autres à venir. "Mais je vais t'envoyer Marcus si ça me cause des ennuis."

"Prends ton cul paresseux de là et va patiner, Swan," ordonna Rose, en tapant des poings sur l'accoudoir de son fauteuil. "Ce n'est pas le moment de bavarder et de te faire bécoter. Nous avons payé cher pour voir du patinage."

"Pit bull !" ris-je, profitant de cette opportunité pour m'appuyer contre Edward pour un instant supplémentaire. "Vous avez eu des laisser-passer gratis. Je ne te dois rien. Je ne suis pas ton petit singe de compétition."

"Allez va montrer à ces filles qui est le chef ici !" m'encouragea Alice, en tapant dans ses mains.

"D'accord d'accord, chahuteuses folles !" grognai-je dans un souffle et je lâchai Edward. Je levai les yeux vers lui et serrai ses mains une dernière fois avant de lâcher prise. "A bientôt ?"

"Si ces deux dingues ne m'ont pas tué avant…" dit-il avec un sourire affectueux.

"Hey !" protesta Alice, en le tapant à l'arrière de la jambe.

Je rigolai en secouant la tête aux chamailleries du frère et de la sœur et je partis. Je n'avais pas fait plus de trois pas avant de céder à la tentation. Edward s'était détourné et plaisantait avec Alice quand je le pris par surprise, saisissant son poignet.

Ses sourcils se froncèrent de confusion et sa bouche s'ouvrit pour m'interroger mais je ne laissai pas sortir les mots avant que mes lèvres ne s'écrasent passionnément contre les siennes. Ses bras s'enroulèrent étroitement autour de moi tandis que les miens serraient son cou.

Le baiser fut court mais chaud et très satisfaisant.

Je le laissai quand Rose et Alice commencèrent à nous encourager avec enthousiasme.

"Je prendrai le blâme pour ça." Je me levai sur la pointe des pieds pour lui murmurer à l'oreille. "Mais ça valait tellement le coup."

Ses doigts se resserrèrent sur mon dos quand je m'éloignai et quand je levai les yeux je vis un mélange d'étourdissement et de luxure, la luxure l'emportant rapidement.

"Ce n'était pas très gentil, Isabella," dit-il, en se penchant et en chuchotant contre ma joue. "Maintenant je vais devoir rester là avec une érection de la taille du Texas et te regarder te tortiller pendant une heure. "Parlez donc d'exciter un gars jusqu'à ce qu'il ait les boules bleues…"

Je gloussai et je lui fis une bise chaste sur la joue. "Je me rattraperai plus tard," promis-je, en m'éloignant et en faisant un clin d'œil espiègle et il se rassit.

Lorsque je revins auprès de Marcus et Esmée de l'autre côté de la patinoire, je fus accueillie par le visage désapprobateur de Marcus, le sourcil levé et tout. Esmée se tenait à côté de lui, essayant d'étouffer ses rires.

"Je sais, je sais," dis-je avec regret. "Je suis désolée."

"Oh allez, vieil homme, détends-toi !" dit Esmée, le poussant du coude pendant qu'ils s'appuyaient sur le bord des panneaux. "C'est toi qui étais assis ici à me dire combien ils sont mignons."

Marcus couvrit son rire d'une toux et refit son visage renfrogné, bien qu'il était facile de voir que ses yeux scintillaient d'amusement.

"Assure-toi que tu es bien échauffée. Tu es la prochaine," dit-il brièvement, en me poussant et en fusillant Esmée du regard.

Ces deux-là formaient vraiment une bonne équipe.

Je suivis la fin du programme de Lauren pendant que je m'échauffais sur les bords et que je lâchais quelques-uns de mes sauts. Je détestais admettre que c'était bien - pas du tout mon style mais j'étais sûre que ça plairait au public.

Si elle réussissait tous les sauts, il n'y avait aucun doute qu'elle obtiendrait des scores élevés.

Les sauts avaient toujours été ma faiblesse. Le reste des éléments coulait facilement pour moi, aidé par ma souplesse et une stabilité naturelles mais les sauts étaient ce qui me retenait. Naturellement je n'étais pas une athlète, ce n'était pas mon point fort. Dans un système de points qui mettait beaucoup plus l'accent sur l'atterrissage des sauts difficiles, je savais que je devais améliorer mon style.

Lauren en finit et me frôla avec un sourire en quittant le centre de la patinoire et je bougeai pour prendre sa place. Je roulai des yeux et fis craquer mon cou, en secouant les bras alors que je me concentrai sur ce que je devais faire.

En prenant ma position de départ, je dus me dire consciemment de me calmer et d'y aller doucement. Une grande partie de moi voulait juste passer à pleine puissance et tout donner, sachant que Lauren et Renée étaient proches et regardaient. Mais ce serait plutôt stupide de me saboter en en faisant trop pendant l'entraînement.

"Patine, c'est tout, Bella," me répétai-je comme un mantra. "Juste un échauffement. Ne deviens pas dingue."

Mais quand ma musique se mit en marche, je ne pus m'empêcher de sentir l'étincelle de feu en moi. Mes mouvements, était légers et calmes, marquant les étapes plutôt que de me lancer à fond mais ma détermination était à son maximum.

Je passai près d'eux, me préparant pour ma première tentative de saut. Je souris un peu de satisfaction quand je vis Lauren reculer et s'aplatir contre les barrières, visiblement elle ne m'avait pas vu arriver.

Je réussis le premier saut puis le second et je dus reprendre une grande respiration pour combattre l'adrénaline qui me poussait à foncer. Je réussis à patiner un programme propre, à faire mes sauts, en soulignant certaines étapes les plus faciles dans ma tête afin de conserver mon énergie.

Lorsque j'arrivais à ma dernière position, je fus accueillie par les applaudissements enthousiastes de la petite foule dans les gradins, avec Alice et Edward qui m'acclamaient et Rose qui sifflait entre ses doigts. Je souris et leur fis une révérence exagérée avant de retourner vers Marcus pour boire et faire un bilan après ma répétition.

Il me donna quelques conseils sur ce à quoi il fallait faire attention et m'envoya passer le reste de l'heure à faire ce que je voulais, ce qui me permettrait de me sentir en confiance pour patiner dans la soirée.

Alors que l'heure touchait à sa fin, je me sentais bien. J'avais réussi à bloquer Renée, Phil et Lauren et trouver ma concentration, me laissant convaincue que je serais capable de faire la même chose en compétition.

Je m'arrêtai au bord de la patinoire pour souffler et enlever des copeaux de glace de mes patins, pensant que j'avais tout le temps de faire quelques sauts de plus avant qu'ils nous demandent de dégager pour le prochain groupe.

"Tu es essoufflée, Isabella ?" entendis-je Lauren demander, en s'approchant. "J'ai remarqué que tu ne t'es pas donné à fond pendant ta répétition. Déjà fatiguée ?"

Je me mordis la langue et secouai la tête d'incrédulité. La fille ne savait pas quand s'arrêter. Au lieu de m'engager dans une bataille mesquine, je continuai à essuyer mes patins et à m'étirer.

Elle tapotait une épingle à cheveux bon marché contre ses lèvres en me contournant. Je continuai mes étirements, en essayant de vaquer à mes occupations et de ne pas être trop distraite.

"Je suppose que c'est trop d'attendre que quelqu'un de ton âge puisse nous suivre."

"Tout le monde ne ressent pas le besoin de frimer quand ça ne compte pas vraiment," répondis-je.

Les mots s'étaient échappés avant que je puisse les arrêter. J'étais déchirée entre garder mon sang-froid et me gifler pour avoir mordu à son hameçon. Elle me déstabilisait et je détestais ne pas pouvoir m'en aller mais je voulais effacer ce sourire suffisant de son visage.

"Tout compte, Swan. En tant que vétéran ici, je suis étonnée que tu ne le saches pas. Ou peut-être c'est juste que tu ne te soucies pas suffisamment de gagner pour t'en rendre compte," dit-elle.

Je me retournais pour lui faire face, inclinant ma tête avec confiance, bien qu'elle ait l'avantage de la hauteur.

"Ne te trompe pas, Lauren, je suis venue ici pour gagner," dis-je avec une détermination tranquille. "Alors ne pense pas une seconde que tu vas avoir la route libre jusqu'au podium et un billet gratuit pour Vancouver avec ton nom dessus."

"S'il te plaît…" se moqua-t-elle, en me tapotant le nez avec condescendance avec la fleur rose pointue au bout de l'épingle à cheveux dans sa main. " Tu n'as aucune chance. "

"En fait, si. Et tu le sais. Tu sais que je peux te battre. Et tu sais quoi ? Moi aussi."

"Ce titre est pour moi," dit-elle, les dents serrées, la lèvre retroussée dans un grognement peu attrayant. Alors son visage s'adoucit, des éclats de malice et de défi dans ses yeux bleus qui brillaient. "Et tu sais quoi ? Ce n'est pas tout ce que je vais te prendre ce week-end…"

Elle regarda sur le côté et mon regard la suivit jusqu'à Edward. Il se tenait au même endroit, appuyé contre les planches, me regardant, les mains croisées devant lui. Quand il me vit regarder dans sa direction, ses lèvres se plissèrent pour faire mon sourire préféré et je ne pus m'empêcher de lui sourire en retour.

"C'est un bon parti," dit-elle, tuant mon sourire heureux. Ses yeux se posèrent sur son corps d'une manière qui me donna envie de lui arracher les yeux. Elle tourna juste devant moi en le bloquant effectivement de ma vue. "Des mains si douces pour un joueur de hockey, j'ai été surprise. Je parie qu'il sait aussi exactement comment s'en servir. Je peux juste les imaginer courant partout sur mon corps, les choses qu'il pourrait faire avec ces doigts longs et sexy."

"C'est tout ce que tu peux faire, Lauren, imaginer…" dis-je, légèrement arrogante puisque je savais qu'elle ne l'aurait jamais.

"Je n'en serais pas si sûre," sourit-elle. "Tu n'as pas vu la façon dont il m'a regardé."

Je dus me retenir de rire, parce que j'avais vu la façon dont il la regardait et ça n'avait pas été agréable, certainement pas de quoi se vanter.

"Tu délires complètement. "

"Et tu ne comprends manifestement pas les hommes. Il n'en faut pas beaucoup. Montre-leur un peu de peau, fais que ta voix soit un peu rauque en leur chuchotant à l'oreille combien tu veux leur bite et ils ne sont pas trop regardants sur la personne avec qui ils tombent au lit. Ça me prendra peut-être dix minutes pour qu'il arrache mes vêtements et oublie tout de toi," dit-elle d'une voix moqueuse, en tournoyant autour de moi.

Je ne pris pas la peine de répondre. Ma relation avec Edward était inébranlable et certainement pas sous la menace d'une petite bimbo dégoûtante. Je n'avais pas besoin de me défendre devant elle. A la place, je choisis tout simplement de filer.

"Ton beau-père n'a pas mis plus longtemps que ça à venir ramper vers moi," dit-elle après moi, en gardant sa voix assez basse pour que je sois la seule à l'entendre.

Ça me fit m'arrêter.

"Qu'est-ce que tu viens de dire ?" Je me retournai pour la regarder en face, détestant le triomphe que je vis dans ses yeux de pouvoir retenir mon attention.

"Tu m'as bien entendue," dit-elle, en patinant à nouveau vers moi. "J'ai eu Phil haletant entre mes jambes en quelques jours."

Je n'aurais vraiment pas dû être surprise. Cet homme était un vrai connard et Lauren était une salope. Mais Renée... Il n'y a aucun moyen qu'elle ait pu avoir des soupçons sur la nature de leur relation ou Lauren serait grillée, j'en étais convaincue.

Ces trois-là étaient comme un soap opéra vivant. Je ne savais pas pourquoi elle me parlait de Phil et d'elle. Peut-être qu'elle pensait que ça me ferait du mal ou que ça me ferait du tort mais en fait ça ne me faisait plus rien du tout. Plus maintenant. Ils pourraient tous les trois vivre heureux dans leur petite merde, dans un univers rempli de drames. Ça ne faisait aucune différence pour moi.

"Je suis persuadée que l'association américaine de patinage artistique serait très intéressée par cette information. Sans parler de ton manager…" dis-je et j'essayais de repartir mais Lauren m'emboîta le pas.

"Oh, elle ne me fait pas peur. Tu vois, contrairement à toi, je ne suis pas une petite fille faible qui se laisse faire," dit-elle sèchement, patinant quelques pas devant moi et s'arrêtant brusquement, m'arrêtant en même temps.

"Renée pense peut-être qu'elle mène la barque mais elle fait exactement ce que je veux. Et elle le fait pendant que son mari se faufile dans mon lit. Ta mère ne peut pas retenir un homme contre moi et… toi non plus."

Je lui souris gentiment et parlai d'une voix lente et patiente.

"Il n'y a pas de compétition là, Lauren. Edward est à moi. Donc je te suggère de te concentrer sur le fait d'essayer de me battre sur la glace. Parce que même si ce n'est pas gagné, tu n'as aucune chance avec lui."

Avec ça et un petit clin d'œil insolent, je tournai autour d'elle et décollai sur la glace, sans lui donner l'occasion de répondre.

Le temps étant compté, il semblait que tout le monde se soit entassé à la dernière minute, donc réussir à se faufiler parmi les sept autres patineuses était difficile. Et avec seulement quelques minutes restantes à l'horloge, je voulais refaire mon flip plusieurs fois. C'était une des choses où j'avais du mal mais je les réceptionnais bien mieux ces derniers temps. Je réussis à faire trois sauts, tous avec succès. Je pensai à essayer d'en faire un autre, simplement parce que je me sentais bien et pour garder en mémoire le timing autant que possible jusqu'à ce soir.

Je glissais lentement sur le côté, mes mains reposant sur mes hanches en reprenant un peu mon souffle avant d'essayer à nouveau. Puis soudain, je ne planais plus, je tombais.

La pointe de mon patin semblait s'être prise dans la glace et ça me déséquilibra complètement. Puisque je me déplaçai quasiment à la vitesse d'un escargot, je n'étais pas préparée à me rattraper.

Mes pieds partirent sous moi et je criai de surprise en tombant sur le dos, ma tête heurtant violemment la glace.