.
CHAPITRE 22
Ne me dis pas de ne pas voler
Je ne m'évanouis pas mais tout s'estompa. La chute m'avait coupé le souffle et il ne semblait pas que je puisse reprendre une grande respiration. Ma tête palpitait et me piquait là où elle avait touché la surface dure et gelée. Les lumières étaient éblouissantes et floues en même temps alors je fermai les yeux en gémissant douloureusement.
Qu'est-ce que c'était que ça ?
Le chaos retentit autour de moi – des gens criaient mon nom, des cris d'inquiétude, le bourdonnement d'une foule de gens – tous se demandant s'ils avaient vu ce qu'il s'était passé. Par-dessus tout ça je pouvais entendre les cris de panique d'Edward, même si je n'arrivais pas à comprendre exactement ce qu'il disait à part mon nom.
Ma tête tournait un peu alors je n'essayai pas d'ouvrir les yeux au début. Mais quand je sentis une vague glaciale de copeaux de glace toucher le haut de mon bras nu et que je sentis quelqu'un s'agenouiller à côté de moi, je jetai un coup d'œil.
Cela me prit un moment et pas mal de clignements d'yeux avant de pouvoir me concentrer mais quand je le fis, je vis la dernière personne que je voulais.
Lauren.
Elle fit claquer sa langue et prononça d'une voix basse et malveillante. "Petit cygne maladroit. Tu devrais regarder où tu vas."
Alors que j'essayai de comprendre ses mots et de chasser le bruit strident de mes oreilles, je la vis glisser lentement cette épingle qui ressemblait à un bijou dans ses cheveux avec un haussement de ses sourcils très épilés.
Et tout s'éclaircit. Cette petite garce m'avait délibérément fait trébucher. Elle avait dû jeter l'épingle à cheveu devant moi et elle s'était coincée dans ma pointe.
Je n'eus pas l'occasion de la confronter en entendant Marcus et Esmée s'approcher rapidement. Lauren fit une expression inquiète dès le moment où j'entendis leurs pas à proximité.
"Oh mon dieu Isabella, ça va ? " roucoula-t-elle.
"Mallory éloignez-vous de ma patineuse," claqua Marcus en s'approchant. "Allez avec votre coach."
Elle se releva et s'éloigna en patinant mais pas avant que j'aperçoive son petit sourire satisfait. Ensuite Marcus et Esmée planèrent au-dessus de moi, accroupis à mes côtés et appelant mon attention.
"Est-ce que tu vas bien ?" demanda Esmée, hésitant un peu à me toucher pour une raison quelconque. Il me fallut un moment pour me souvenir que ma tête avait cogné et que j'avais atterri rudement. Ils étaient probablement préoccupés par une blessure à la colonne vertébrale.
"Oui ça va. Un peu fatiguée. Je me suis dit qu'il me fallait une petite sieste…" dis-je sèchement, suscitant des rires soulagés qui se transformèrent en regard inquiet quand je gémis à nouveau à cause de la douleur pulsante dans ma tempe.
Je levai mon bras pour toucher mon front et essayai de m'asseoir, voulant juste enfouir ma tête entre mes genoux jusqu'à ce que la douleur disparaisse. Je ne réussis même pas lever la tête avant qu'ils ne me poussent tous les deux doucement et me maintiennent là.
"Reste tranquille Bella,'" ordonna doucement Marcus. "Ils envoient un médecin."
"Non, je vous en prie, non," protestai-je, essayant de lutter contre leurs mains pour me relever mais incapable de bouger sous leur emprise. "Je vais bien."'
"Tu t'es cogné la tête assez fort, chérie," murmura Esmée. "Ils veulent juste s'assurer que tu vas bien."
Je soupirai mais arrêtai de discuter parce que ça me faisait encore plus mal à la tête.
L'un des médecins s'accroupit à côté de moi, repoussant Marcus et Esmée sur le côté pour qu'il puisse voir clairement ce qu'il se passait. Je grognai et essayai de ne pas rouler des yeux alors qu'il faisait tous les examens de base, de vérifier mon pouls à m'éblouir avec cette petite lampe agaçante dans les yeux.
Quand il eut terminé la vérification préliminaire et que je n'étais pas blessée à la colonne vertébrale ou quoi que ce soit de grave il nous demanda de revenir dans la salle de formation qu'ils avaient installée comme poste de premiers secours pour l'événement, pour effectuer quelques tests supplémentaires. J'essayai de protester et reculai rapidement quand ils se liguèrent contre moi, insistant sur le fait que c'était par précaution.
"Esmée ?" criai-je, en lui faisant signe de la main pour qu'elle se rapproche puisqu'ils ne voulaient pas que je me relève. "Peux-tu dire à Edward que je vais bien ?" demandai-je, quand elle s'accroupit à côté de moi et me prit la main. "Je ne veux pas qu'il s'inquiète pour une petite bosse sur ma tête. Je suis sûre que tout ça lui fait peur," dis-je, en faisant un geste entre le médecin et moi, toujours allongée sur le sol.
"Bien sûr ma chérie," acquiesça-t-elle, en me serrant la main et me faisant un sourire compréhensif. "Je te retrouve là-bas après qu'ils aient fini leurs examens."
Ce fut lent, ils craignaient toujours une commotion cérébrale mais je réussis à m'asseoir et puis à me tenir debout avec de l'aide. Marcus m'accompagna avec le médecin sur la glace. Il m'aida à enfiler mes protège patins car ils ne voulaient pas que je bouge plus avant d'avoir subi un examen plus approfondi.
Une des responsables nous attendait au bord de la glace et nous accompagna à la salle d'examen qui était assez grande et entièrement équipée comme toujours lors de ces événements. Une bonne chose pour ce haut niveau de compétition puisqu'il y a des directives strictes pour assurer la sécurité et la santé des patineurs.
Ils avaient même un scanner portable qu'ils utilisèrent pour vérifier si j'avais une commotion cérébrale. L'officielle resta avec nous pour surveiller mon examen et poser probablement quelques questions même si elle ne l'a pas fait pendant que le médecin travaillait.
Cela ne prit pas longtemps mais plus que suffisamment pour me rendre nerveuse. Je connaissais assez bien mon corps pour dire que j'allais bien, rien de plus qu'une bosse et un peu mal à la tête. Je voulais juste enfiler mes chaussures et sortir d'ici, retourner à l'hôtel pour décompresser et me reposer un peu.
Et je voulais voir Edward, le rassurer que j'allais bien, apaiser l'inquiétude qu'il ressentait sans aucun doute. Plus longtemps je resterais ici plus ce serait difficile. Il avait paru tellement effrayé quand j'étais étendue par terre et je pouvais seulement imaginer ce qu'il avait traversé, ne pouvant rien savoir, seulement que j'étais sûrement blessée. Je l'avais déjà vu, lui, tant de fois dans la même situation quand je le regardais jouer, je savais combien c'était difficile de ne pas laisser les pensées se déchainer à cause de l'incertitude.
Pendant que nous attendions les résultats, l'officielle s'avança et se présenta à moi avant de poser quelques questions sur l'incident. Je décidai de me taire et lui dit n'être pas vraiment sûre de ce qu'il s'était passé. Pas pour épargner Lauren mais parce que je n'étais pas intéressée d'être impliquée dans une sorte de scandale ridicule. Je pouvais déjà pratiquement voir les gros titres.
En plus j'étais plus déterminée que jamais à battre Lauren à la loyale, pas par défaut parce qu'elle serait disqualifiée.
Les résultats des tests sont revenus négatifs, pas même une légère commotion cérébrale. Le médecin nous renvoya après m'avoir donné de l'aspirine pour les maux de tête et me conseiller de me reposer, ce qui était déjà ce que j'avais prévu.
Esmée attendait dans le couloir juste à l'extérieur, inquiète et les sourcils froncés, appuyée contre le mur avec mes sacs à ses pieds. Elle s'approcha rapidement de moi, passant ses mains sur mon visage et ma tête essayant de se faire une idée par elle-même.
"Je vais bien, Esmée. Juste mal à la tête," insistai-je, mais la laissant vérifier jusqu'à ce qu'elle soit satisfaite.
Marcus dit qu'il allait retourner sur la glace pour parler à quelques officiels et répondre à d'autres questions et il me rappela d'aller me reposer.
Esmée m'amena sur un banc et me remit mes baskets. Ils m'avaient déjà fait enlever les patins pour le scanner et elle les glissa dans le sac, exactement de la façon dont j'aimais qu'ils soient rangés. Ça me fit sourire. Esmée remarquait toujours tout.
"Comment va Edward ?" lui demandai-je.
"Un peu secoué. Désireux de voir par lui-même que tu vas bien," dit-elle. Ses lèvres firent un sourire amusé. "Apparemment je ne suis pas une source médicale très fiable. J'aimerai bien savoir, qui, selon lui a soigné toutes ses coupures et contusions au fil des ans. Entre Emmett et lui j'ai pratiquement obtenu mon doctorat."
Je ris avec elle, même si ça me faisait mal à la tête.
"Merci d'avoir essayé au moins. Il était tellement énervé à propos de tout ce week-end. Je suis sûre que cela n'a rien arrangé… " grimaçai-je.
"Je sais que ça peut être un peu ennuyeux, ma chérie mais essaie de te calmer. Il se soucie tellement de toi."
"Je sais," soupirai-je, en me frottant les tempes. "C'est difficile de s'énerver contre lui. Je suis sûre que je serais tout aussi mauvaise s'il se blessait sur la glace."
"Qu'est-il arrivé ?" s'enquit-elle doucement, en caressant mes cheveux. "Je te regardais quand tu es tombée mais il n'a pas semblé que tu aies fait quoi que ce soit."
Je haussai les épaules, un peu mal à l'aise parce que je n'avais pas vraiment réfléchi. Je savais que je n'avais pas l'intention de le dire à un officiel mais pourrais-je vraiment le cacher à Esmée ? Ou à Edward ? C'était si mal de même penser à leur mentir.
"Quelque chose est arrivé," dit-elle ne me scrutant. "Je t'ai vu trébucher suffisamment de fois pour savoir à quoi ça ressemble."
"J'ai trébuché…" admis-je, la regardant dans les yeux. "… sur l'épingle à cheveux de Lauren Mallory."
"Quoi ?"
"Je n'ai pas de preuve mais j'en suis à peu près sûre. Elle m'a fait un commentaire sarcastique après ma chute et je l'ai vue la remettre dans ses cheveux."
"Es-tu en train de me dire qu'elle a délibérément essayé de te faire du mal ?" demanda-t-elle, sa voix calme mais frémissante.
"Je ne sais pas quelle était son intention. Elle voulait sûrement me secouer. Elle a essayé verbalement et je suis sûre que ça l'a fâché que je lui réplique au lieu de me recroqueviller."
"C'est… révoltant," cracha-t-elle, son visage devenant rose de colère. "C'est un comportement intolérable. Nous devons le signaler. Tu leur as dit quand ils sont posés des questions à ce sujet ?"
"Non, je leur ai dit que je ne savais pas ce qu'il s'était passé," admis-je.
"Bella !" dit-elle avec désapprobation.
"Je n'ai pas de preuve," lui rappelai-je. "Et en plus ils la vireraient."
"Et c'est une mauvaise chose ? Elle devrait être expulsée pour avoir tenté de saborder une autre patineuse !"
"Je veux avoir la chance de la battre sur la glace," dis-je avec passion. "Je sais que je suis juste censée vouloir gagner pour moi-même et que la compétition ne concerne personne d'autre mais c'est cette fois Esmée. Je veux gagner pour moi mais je veux vraiment botter le cul de Lauren Mallory à l'occasion."
Esmée me fixa un instant, ensuite elle éclata de rire, me tirant dans ses bras.
"Oh Bella," renifla-t-elle, en essuyant des larmes d'amusement et en se reculant. "C'est quelque chose que j'ai hâte de voir."
Elle se leva et tendit la main vers mon sac, le posant sur son épaule avant que je puisse le lui prendre.
"Allons retrouver Edward et les filles avant qu'il ne fasse une crise cardiaque…"
Je hochai la tête et nous nous mîmes en marche.
"Tu dois lui dire," murmura-t-elle alors que nous avancions dans le couloir. "Nous n'avons pas à le signaler mais tu ne devrais pas lui cacher quelque chose comme ça."
"Je vais le lui dire… mais pas avant que nous soyons à l'hôtel pour qu'il n'aille pas la confronter mais oui, je vais lui dire."
Esmée enroula son bras autour de moi et je me laissai un peu m'appuyer sur elle pendant que nous marchions, l'épuisement du matin commençant à me rattraper.
Quand nous tournâmes au bout du couloir, son bras se resserra autour de ma taille et j'entendis quelque chose comme un grondement provenant de sa poitrine. Je levai les yeux, intriguée de savoir pourquoi elle aurait fait ce bruit alors qu'une voix familière répondait à ma question.
"C'était assez théâtral là-bas, Isabella," dit Renée. Elle était appuyée contre le mur dans le couloir vide juste à côté d'une porte marquée Personnel Officiel et elle se redressa quand nous nous rapprochâmes.
"Quoi, tu pensais que tu pourrais essayer d'obtenir un vote de sympathie des juges ? Un peu trop dramatique, tu ne crois pas ?"
"Vous voulez parler de drame ? " craqua Esmée. " Allez parler à votre patineuse. Bien que je ne serais pas surprise que vous encouragiez son comportement déplorable."
"Je n'ai aucune idée de ce que vous voulez dire...Emma, c'est ça ?"
"Vous savez exactement de quoi je parle," répondit Esmée, ignorant la façon dont Renée, avait délibérément écorché son nom. " Vous ne me trompez pas une minute. Donnez-moi une bonne raison de ne pas porter ça devant le conseil de l'USFSA et signaler votre équipe pour conduite antisportive."
"Vous ne voulez vraiment pas aller par-là, chérie. Vous êtes dépassée par les événements," dit Renée. "Pourquoi ne retournez pas dans votre petite cuisine Betty Crocker où vous devriez être et arrêtez d'essayer de marcher dans mes chaussures ? Elles ne sont vraiment pas votre style."
"Oh, ne me cherchez pas !" dit Esmée entre dents.
"Stop !" dis-je, en m'interposant entre elles et en levant les mains pour les séparer. Je lançai un regard noir à Renée puis je tournai mon attention vers Esmée.
"Esmée, pourrais-tu nous laisser une minute ?" demandai-je.
"Tu dois te reposer, Bella, on devrait vraiment retourner à l'hôtel," protesta-t-elle, en regardant Renée par-dessus mon épaule avec plus de malice que je n'avais jamais vu dans ses yeux verts typiquement gentils. Soudainement je compris exactement ce qu'ils voulaient dire par la phrase, "si les regards pouvaient tuer".
"Je sais. Juste une minute," lui promis-je tranquillement, en essayant de la rassurer d'un regard.
Ses épaules perdirent un peu de leur tension et elle hocha la tête avant de me serrer dans ses bras.
"Je reste ici," murmura-t-elle doucement à mon oreille, "Je ne te laisse pas seule avec elle."
Je lui fis un signe de tête puis la relâchai, en attendant qu'elle fasse quelques pas dans le couloir avant de me tourner vers Renée.
"Je vois que tout le monde se bat encore pour toi," sourit-elle. "Tu as toujours joué le rôle de la petite princesse de glace gâtée."
Je ne pris même pas la peine d'enregistrer l'insulte. Il y avait des choses plus importantes que je voulais lui dire qui n'impliquait pas de plaisanteries insignifiantes.
Je ne savais même pas par où commencer mais en regardant son expression froide, la seule chose que je pus dire était : "Qu'est-ce qui t'est arrivé ?"
"Excuse-moi ? " répondit-elle, l'air un peu offensé.
"Tu n'as pas toujours été comme ça. Que s'est-il passé pour que tu deviennes une femme si froide et une salope sans cœur ?"
Ok, peut-être pas la façon la plus efficace de commencer la conversation mais il fallait le demander.
"Est-ce que tu prends ton pied à me parler comme ça ?" demanda-t-elle. "Je suis toujours ta mère."
Je ris incrédule et croisai les bras sur ma poitrine. "Comment tu peux dire ça ? Tu ne m'as pas parlé pendant des mois."
"Ça ne change rien à ce fait. Tu t'adresseras à moi avec respect."
"Tu n'as pas gagné mon respect," dis-je froidement.
"Oh, je l'ai mérité," discuta-t-elle. "Toutes les conneries que j'ai gérées au fil des ans pour te mener là où tu es. Tu ne serais rien sans moi."
"Ça ne te donne pas droit à quoi que ce soit. Surtout pas après que tu m'aies laissé tomber. J'ai essayé, Renée. Je voulais arranger les choses, faire amende honorable avec toi mais tu as tout gâché."
"Tu n'as personne d'autre que toi-même à blâmer pour ça. Tu m'as virée."
"En tant que mon manager. Mais tu as démissionné en tant que ma mère. C'est ta faute."
Elle n'avait pas l'air d'avoir grand-chose à dire à ce sujet mais moi si.
"Tu es allée voir Lauren," accusai-je. Bien que je ne veuille pas nécessairement qu'elle sache que ça m'avait fait beaucoup de mal, j'avais besoin d'avoir une sorte d'aperçu.
"Eh bien, je devais trouver quelque chose à faire jusqu'à ce que tu retrouves tes esprits," expliqua-t-elle. "Clairement, tu ne l'as pas encore fait, donc c'était une bonne chose que je l'aie fait."
"Quoi, tu pensais que je reviendrais en rampant vers toi ?" me moquai-je. "Tu ne me connais vraiment pas."
"Je te connais mieux que quiconque," fit-elle valoir.
"Non. Tu ne me connais pas," lui dis-je avec certitude. "Tu connais la marionnette que tu as contrôlée et dont tu as tiré les ficelles. Mais ce n'était pas moi. Tu ne sais rien de moi."
"Je sais que tu ne peux pas le faire sans moi," dit-elle avec un rictus. "Pas dans ce monde. J'ai vu ta performance à Skate America. Tu ne peux pas faire ça sans moi. Tu as besoin de moi."
Je la regardai fixement pendant un moment, étonnée de voir à quel point il était maintenant facile de laisser ses mots voler au-dessus de ma tête sans en absorber un seul dans mon cœur comme je l'avais toujours fait dans le passé.
"Tu ne comprends toujours pas, n'est-ce pas ?" dis-je doucement, calmement. "J'avais besoin de toi. Mais pas en tant que mon manager. J'avais besoin de ma mère. Tout ce que j'ai toujours voulu de toi, c'est être ta fille. J'aurais adoré que tu me dises que tu m'aimes… juste une fois. Que je gagne ou perde, tu serais là pour moi et me soutiendrais en tant que ta fille en premier et patineuse en second."
Je la laissai absorber ça pendant un moment, pour elle et pour moi, bien que je ne sois pas sûre qu'elle comprenne combien de chances je lui avais offertes.
"Mais je ne le fais plus," poursuivis-je. "J'ai finalement trouvé des gens qui me voient comme quelque chose de plus qu'un moyen de gagner une médaille, qui pensent que je vaux quelque chose en dehors du patinage artistique."
"N'est-ce pas pittoresque ?" ricana-t-elle. "Pourtant, tu es là. Toujours désespérément accrochée à la chance de gagner un autre trophée. Qu'est-ce que ça dit de toi ?"
"Que je ne suis pas une lâcheuse. Je n'abandonne pas mes rêves aussi facilement que certaines personnes," dis-je, regardant son visage et me demandant si elle comprendrait mon insinuation. "Et ce sont mes rêves, Renée. Pas les tiens. Tu m'as peut-être présenté les opportunités que j'ai eues mais c'est moi qui les ai saisies."
Il était clair qu'elle commençait à perdre un peu son calme. C'était presque comme si plus calme je devenais plus elle semblait agitée et frénétique.
"C'est une blague, ta présence ici !" Elle était furieuse. "Tu ne seras jamais une championne, Isabella. Tu es trop comme ton père, trop douce et complaisante pour vraiment faire quelque chose de toi-même. Je ne sais pas pourquoi je me suis souciée de toi. Tu n'as pas ce qu'il faut. Tu n'as certainement jamais eu le talent."
Il y a un an, un tel commentaire de sa part m'aurait mise à genoux, mais maintenant je n'étais même pas touchée. C'était la chose la plus libératrice au monde d'entendre ces mots et de ne même pas sentir la moindre piqûre.
Ça ne me faisait rien et c'était si merveilleux.
"C'est ton opinion. Franchement, ça ne signifie plus grand chose pour moi." Je souris paisiblement, parce que pour la première fois, je le pensais vraiment. Son opinion ne faisait plus aucune différence.
"Je suppose que je n'aurais pas dû être surprise quand tu as essayé de séduire Phil," dit-elle, se raccrochant désespérément à n'importe quoi maintenant qu'elle voyait que son emprise sur moi avait faibli.
"Encore ça ? Laisse-moi mettre les choses au clair une fois pour toutes," dis-je, en baissant suffisamment la voix pour qu'Esmée ne puisse pas entendre. Je n'avais jamais dit à personne d'autre qu'Edward ce qu'il s'était vraiment passé et je n'étais pas trop désireuse de faire sortir ce squelette. "Ton oh-si-innocent petit mari m'a harcelée sexuellement."
"C'est ta version," se moqua Renée, visiblement moins inquiète de baisser la voix. "Je suis peu disposés à croire une petite pute qui mettrait ses griffes sur son entraîneur, sans parler d'un homme impliqué avec sa propre mère. Puis quand il a refusé, ça t'a énervé et tu as essayé de jouer comme si c'était lui qui avait tort."
"Si c'est ce que tu veux croire…" dis-je indifférente.
"J'ai vu ton petit copain là-bas. Edward ?" dit-elle, et je me hérissais en entendant son nom sortir de ses lèvres. "J'ai été un peu surprise de voir que tu avais réussi à garder son attention pendant si longtemps. Je me demande ce qu'il penserait s'il savait que tu as essayé de baiser ton entraîneur derrière son dos."
Ce fut mon point de rupture. Si elle voulait essayer de répandre des rumeurs vicieuses ou me provoquer avec des vacheries, c'était son choix mais j'en avais marre de la laisser faire.
"Oh, va te faire foutre, Renée !" dis-je, en roulant les yeux et en lui tournant le dos.
Je sentis instantanément sa main serrer mon poignet et je ne pus retenir la grimace de douleur quand elle enfonça ses ongles manucurés dans ma peau.
"Hey !" cria Esmée, s'éloignant du mur et s'approchant rapidement. " Enlevez vos mains... "
"Dégagez, madame," interrompit Renée, me tiraillant violemment pour me rapprocher d'elle et m'éloigner d'Esmée. "Ce n'est pas votre affaire. C'est ma fille et vous n'avez pas le droit de me dire..."
"J'ai tout à fait le droit," dit Esmée avec fermeté, interrompant Renée cette fois-ci. "Il faut beaucoup plus que donner naissance pour s'appeler une mère. Je suis étonnée que vous puissiez vous appeler mère."
"Qui diable pensez-vous être ?" demanda Renée.
"Quelqu'un qui comprend vraiment ce que signifie être une mère. Maintenant, enlevez votre main d'elle immédiatement ou j'appelle la sécurité et je vous fais escorter hors du bâtiment."
"Vous ne pouvez pas faire ça," grogna Renée.
"Au diable si je ne peux pas !" dit Esmée dangereusement. "Vous voulez que j'appelle la police aussi ? Vous avez cinq secondes pour lâcher sa main et même ça c'est généreux."
Elles se regardèrent fixement pendant que Renée tenait mon poignet. Quand quatre secondes furent écoulées et qu'elle ne m'avait pas lâchée, Esmée leva simplement son élégant sourcil en signe de défi. Renée s'essouffla, serrant mon poignet une fois de plus avant de balancer mon bras.
"Bien," dit Esmée doucement, faisant deux pas de plus jusqu'à ce qu'elle soit bien en face de Renée. "Maintenant, écoutez-moi bien parce que je ne le dirai qu'une fois."
"Je n'ai pas à écouter..."
"Mais vous allez le faire," insista Esmée. "Vous n'avez aucune idée de ce que vous avez abandonné. Isabella est une des meilleures personnes que je connaisse. Elle est douce et gentille et bonne. Elle est plus forte que tous ceux que j'ai rencontrés. Et rien de tout ça n'est à cause de vous. Tout est à cause d'elle. Vous avez eu votre chance de voir ça, de la connaître et un jour vous regretterez de ne pas l'avoir saisie. Pour ça et ça seulement, je suis désolée pour vous. Maintenant vous avez entendu ce qu'elle a dit, elle ne veut pas ou n'a pas besoin de vous dans sa vie et si vous avez un peu de bon sens, vous l'écouterez et resterez loin d'elle."
"Vous ne pouvez pas me dire... "
"C'est elle quivous l'a dit. Moi je vous dis ceci. Si vous essayez encore de poser un doigt sur ma fille, vous en serez désolée."
"Est-ce une menace ?" demanda Renée, essayant de paraître ambivalente bien que sa voix soit tremblante.
"C'est un fait," dit Esmée. Avec un dernier regard dans la direction de Renée, Esmée tourna son attention vers moi, en tendant la main. "Allons-y, Bella."
Je ne jetai même pas un coup d'œil en partant avec la main chaude d'Esmée dans la mienne.
Une fois que nous eûmes disparu au fond du couloir, Esmée souffla un grand coup et s'affala contre le mur.
"Oh mon Dieu, mon cœur bat la chamade," rit-elle, en posant sa paume sur sa poitrine.
Je ris et me mis à côté d'elle, imitant sa position. Elle tourna la tête et me sourit avec un clin d'œil pendant que je souriais en retour.
"Allez maman ours !" lui dis-je, en lui tendant mon poing, pour un 'tope là' ce qu'elle fit avec un éclat de rire.
"Je ne voulais pas dépasser les limites," dit-elle une fois que nous nous fûmes calmées. "Tu l'as géré brillamment. Je ne pouvais pas supporter de la voir poser une autre main sur toi."
"Merci. Merci d'être intervenue quand tu l'as fait, d'avoir dit ces choses."
"Je pensais vraiment tout ce que j'ai dit," dit-elle en me prenant gentiment la joue. "Je ne te vois pas simplement comme la petite-amie de mon fils ou ni même comme une amie, bien que tu sois ces deux choses. Tu es ma fille, Bella, dans mon cœur si ce n'est par le sang. Je t'aime."
Je souris malgré mes larmes et me cachai dans ses bras en murmurant, "Je t'aime aussi."
⁂
Sortir de la patinoire avait été chaotique et avait pris beaucoup de temps.
Edward faisait les cent pas frénétiquement quand nous passâmes la sécurité et je ressentis du remords de l'avoir abandonné si longtemps même si je me sentais bien d'avoir pu faire ce que j'avais fait avec Renée.
Il n'attendit pas que nous arrivions à lui. Dès qu'il nous vit, il se mit à courir et ensuite il me souleva dans ses bras. Il ne voulait pas me laisser aller, même pas quand Rose et Alice nous rejoignirent. Ils m'entourèrent tous alors que je leur répétais encore et encore que j'allais bien. Finalement il se calma suffisamment pour me regarder dans les yeux et ce qu'il y vit sembla le réconforter et effacer un peu son inquiétude.
Quelques caméras qui avaient suivi les entraînements avaient divulgué l'info que j'étais tombée et la presse était venue en masse pour explorer la possibilité d'un acte malveillant. Entre Edward, Marcus et quelques agents de sécurité supplémentaires nous traversâmes la foule en toute sécurité pour arriver sans tarder au SUV.
Quand nous arrivâmes à notre chambre j'étais plus que prête à m'effondrer dans mon lit. J'avais pensé parler à Edward de ce qu'il s'était passé à la fois avec Lauren et avec Renée avant de me reposer mais les veines de ma tempe palpitaient et mon corps se traînait.
J'enroulai mes bras autour d'Edward et posai ma tête sur son cœur. Il semblait un peu plus calme quand il pouvait me tenir dans ses bras.
"Je sais que j'ai dit que nous parlerions," murmurai-je contre sa chemise. "Mais j'ai vraiment besoin de faire une sieste, espérons-le pour me débarrasser de ce mal de tête avant ce soir. Pourrons-nous parler après ?"
"Si c'est ce que tu veux. Nous n'avons pas à le faire, tu sais, du moins pas aujourd'hui. Je sais que tu as beaucoup de choses en tête pour ce soir," dit-il, en se reculant pour me caresser les joues. "Je ne veux pas que tu sois distraite."
"J'ai promis que je te parlerais toujours quand il se passe quelque chose," dis-je, en levant la main pour la poser sur les siennes. "Je veux tenir cette promesse. Je vais vraiment bien mentalement et physiquement, donc je ne veux pas que tu t'inquiètes mais je veux quand même te dire ce qu'il s'est passé."
"Bien, quand tu voudras parler je t'écouterais."
"D'accord," dis-je en lui serrant les mains, en m'asseyant au bord du lit et en m'enlevant les chaussures. "Donne-moi quelques heures pour me remettre."
Je me déshabillai et restai en sous-vêtement, enfilai un de ses maillots avant de ramper sous les couvertures. Je ne fus pas surprise quand Edward ferma les rideaux et me rejoignis en boxer et t-shirt, mais je le fus quand il éteignit la lampe et m'attira contre lui. Habituellement quand je faisais la sieste il regardait la télévision ou parfois il lisait.
"Tu peux allumer la télé si tu veux. Ça ne me dérangera pas," murmurai-je, pensant qu'il ne le faisait pas à cause de mon mal de tête. Je ne voulais pas qu'il reste assis là dans le noir pendant les deux heures que j'allais dormir.
"Ça me va. Je suis bien là."
"Tu devrais te reposer aussi," marmonnai-je, frottant ma joue contre son avant-bras et essayant de me détendre.
Il fit un peu de bruit et caressa ma nuque. Se penchant en avant il embrassa la peau qu'il avait exposée avant de chuchoter à mon oreille, "Dors mon amour."
Je me réveillai avant l'alarme ce qui était idéal au lieu de me sentir groggy et grincheuse d'être arrachée du sommeil de force, je me sentis rafraîchie et revigorée. Je me retournai dans les bras d'Edward et je vis que ses yeux étaient grands ouverts et clairs – comme si ça faisait un moment qu'il était réveillé.
"Tu as dormi ?" lui demandai-je.
Il secoua la tête et me sourit doucement, se pencha pour frotter son nez contre le mien. Il bougea ma tête dans son cou et me tint là simplement, me frottant doucement le bas du dos.
Je pensai prendre une douche en premier, il ne m'en voudrait pas. Mais j'étais vraiment prête.
"Ce n'était pas un accident," dis-je, sachant qu'il comprendrait de quoi je parlais. "Je suis presque sûre que Lauren a jeté une épingle à cheveux sur la glace devant moi pour bloquer mes patins."
Il souffla et ne dit rien pendant une minute en regardant le plafond mais au moins il n'avait pas l'air trop bouleversé.
"J'avais peur que ce soit quelque chose comme ça mais je pensais juste être paranoïaque. Tout le monde me disait que tu venais de trébucher mais ça ne ressemblait pas à ça," dit-il, en tournant la tête sur l'oreiller pour me regarder. Ses yeux parcoururent mon visage et il me fit un petit sourire. "En fait ça aide un peu de savoir que je n'étais pas complètement fou."
Je lui souris et caressai doucement ses cheveux.
"Désolé d'agir comme un fou," murmura-t-il, avec une grimace. "Je suis juste si inquiet pour toi."
"Ça va," chuchotai-je en retour, en picorant le bout de son nez.
Je m'arrêtai un instant, ne sachant pas comment il réagirait à ma prochaine déclaration.
"Je ne l'ai pas dénoncée et je ne vais pas le faire," dis-je avec hésitation.
Etonnamment il hocha la tête et eut presque l'air heureux.
"Bien. Alors ça va encore lui faire plus mal quand tu vas lui botter le cul sur la glace."
Je ris et me jetai dans ses bras, reconnaissante qu'il me connaisse suffisamment pour comprendre mes pensées sans poser de questions. Je chuchotai un merci contre son cou et il embrassa le dessus de ma tête en réponse.
Je me blottis dans ses bras et il joua avec mes cheveux pendant que je lui parlais de ma confrontation avec Renée et de l'intervention de sa mère.
"Je suis contente que ce se soit passé ainsi," dis-je me sentant plus légère au final. "Il fallait que je lui dise certaines choses même si elle ne les a pas entendues. Et maintenant il me semble que je peux laisser tout ça derrière moi. Je ne suis même pas en colère. Je me sens juste… libérée."
Il n'avait rien à ajouter, son sourire me disait qu'il comprenait et la fierté qui brillait dans ses yeux me fit me sentir très puissante.
J'allai prendre une douche et il me rejoignit devenant un peu joueur avec ses mains mais ce fut tout, de peur de me fatiguer, c'est du moins ce qu'il dit. Au moment où je m'assis au bord du lit pour me sécher les cheveux je me sentais heureuse et impatiente d'y aller.
Les filles arrivèrent à la porte et chassèrent Edward pendant qu'elles m'aidaient à me préparer. Après avoir passé quelques minutes à leur raconter les détails nous passâmes le reste du temps en mode nanas – plaisantant, rigolant et passant un agréable moment ensemble.
Rose tira mes cheveux en arrière et attacha la rose rouge ornée de bijoux à mon chignon tandis qu'Alice me maquillait. Étonnamment je me regardai dans le miroir et cela ne semblait pas être une transformation si énorme. Je ne ressemblais pas à une poupée ou à une femme trop maquillée – comme c'était parfois le cas lorsqu'on me préparait à la compétition. C'était peut-être la première fois dans un programme court que j'étais confiante plutôt que stressée.
Je me détournai du miroir pour faire face à mes amies et avec un sourire je leur dis. "Ça va être une belle soirée."
⁂
D'une manière ou d'une autre je réussis à garder ce calme et cette confiance en moi pendant le reste de l'après-midi et jusqu'à la soirée.
Tout le groupe vint en voiture et aussi loin que possible jusqu'à la sécurité. Ils me gardèrent de bonne humeur et je n'avais même pas l'impression de me diriger vers ce qui était probablement la compétition la plus importante de ma vie. C'était une bonne chose que nous soyons partis tôt car il me fallut un bon moment pour se frayer un chemin à travers les étreintes et les coups de poing et les souhaits de bonne chance.
Emmett nous fit nous mettre en cercle pour me booster le moral. C'était un peu gênant et ça fit tourner la tête à certaines personnes qui passaient par là mais cela me fit qu'amplifier mon sourire.
Après il jeta ses bras massifs autour de nous tous et m'écrasa dans une étreinte de groupe. Il tira même Charlie à côté de lui quand il essaya de s'échapper et lui frotta la tête en disant, "Allez chef, ressentez l'amour !"
Visiblement Emmett et Charlie avait forgé une amitié solide pendant cet après-midi-là. Ils admiraient tous les deux Randy Moss* et aimaient beaucoup les info-publicités ringardes de fin de soirée.
Edward réussit à manger la plupart de mon rouge à lèvre à la grande consternation d'Alice et il me fallut encore cinq minutes avant que je puisse les laisser quand elle fouilla dans le sac et trouva le maquillage pour faire les 'réparations' qui s'imposaient.
Esmée vint dans les coulisses avec Marcus et moi pas comme la fois d'avant. Il y avait beaucoup plus de journalistes à gérer et j'aurai peut-être besoin d'un peu d'aide pour faire celles qui n'étaient pas prévues.
Je suppose que tout le monde était content qu'elle soit avec moi au vu des événements du matin. Pas que Marcus ne puisse pas gérer ces choses tout seul mais il pouvait être très occupé quand la compétition commencerait et ça aidait beaucoup d'avoir quelqu'un d'autre avec moi.
Comme ça avait bien fonctionné à Lake Placid je fis la même chose – écouter la musique d'Edward puis courir pour m'échauffer dans les couloirs et ensuite échanger des textos avec lui pendant mes étirements.
J'avais beaucoup de temps à tuer, je ne passai que dans le troisième groupe, Lauren était dans le premier alors je ne la verrai certainement pas beaucoup. Je savais qu'elle traînerait ici jusqu'à la fin pour attendre le classement mais je ne prévoyais pas beaucoup d'opportunités d'interaction avec elle ou son équipe. Et aussi insignifiante et immature qu'elle soit elle n'était pas assez stupide pour essayer quoi que ce soit ce soir.
Je ne m'inquiétais ni pour elle ni pour aucun des autres concurrentes pendant que je m'échauffais. J'enregistrai que la compétition était en cours en entendant le rugissement sourd et lointain des acclamations et que j'aperçus Kurt Browning et Dick Button* sur l'un des nombreux écrans plats qui bordent la zone. A partir de ce moment-là je gardais la tête baissée et m'échauffais. Je savais que Marcus me ferait savoir quand je devrais commencer à m'habiller mais jusque-là je restais dans ma bulle.
Une heure et demie passa et avant que je me m'en rende compte j'étais dans mon costume et debout près des bords, attendant que l'annonceur invite mon groupe à entrer sur la glace. Je me concentrai sur ma respiration et ne fis pas vraiment attention à qui patinait avec moi, tout comme je n'avais pas regardé les scores ou le classement des douze premières patineuses qui avaient déjà terminé leurs programmes courts.
Je remarquai qu'Angela se tenait à ma droite comme si elle essayait très fort de ne pas regarder la foule.
"Hé," dis-je doucement. "Bonne chance." Elle tourna la tête et me sourit.
Je tendis ma main et elle la tapa légèrement.
"Toi aussi," dit-elle, au moment où l'annonceur se mettait à parler. Je fis rouler mon cou et agitai les genoux à quelques reprises pendant que la foule commençait à faire du bruit. Dès que nous pûmes rentrer je fus la deuxième à franchir la porte et je m'écartais rapidement du peloton.
Nous avions six minutes à passer sur la glace, pas beaucoup de temps pour autre chose que quelques tours, peut-être quelques sauts. Je me servis du temps pour m'habituer à l'atmosphère – les lumières, les caméras, la foule.
L'endroit était bondé et plein d'énergie. Je pouvais entendre ma famille et mes amis m'applaudir et je dus gémir quand Emmett commença un chant enthousiaste de "Al-lez Bel-la' suivi d'un applaudissement saccadé.
La foule était toujours plus turbulente pendant l'échauffement car elle ne voulait pas gâcher la performance de qui que ce soit et cela créait un environnement amusant. Cela faisait du bien de se nourrir et d'absorber cette énergie.
Quand ils annoncèrent que le temps était écoulé je ne m'attardais pas. Je sortis la première, attrapant rapidement mes protège lames et la veste polaire qu'Esmée me tendit avant de repartir derrière le rideau prête et à attendre mon tour. Je passai quatrième, il s'agissait donc de rester souple jusqu'à mon retour.
Quand Marcus me dit qu'il était temps, la nervosité commença finalement à faire son apparition. Mais avec elle la montée d'adrénaline donc ça ne me dérangeait pas tellement. Esmée me serra et me souhaita bonne chance, me prenant mes protège patins alors que je passais par la porte.
Marcus et moi fîmes notre traditionnelle réunion apaisante près du bord en attendant qu'ils m'annoncent. Quand ils le firent il me serra les mains et me fit un clin d'œil.
"C'est parti !"
Je pris mon temps pour glisser jusqu'au centre de la glace, laissant le bourdonnement électrique du public s'infiltrer et booster l'énergie qui me traversait déjà.
Avec confiance et assurance, je pris la pose de départ, en regardant le jury avec un regard qui disait, "On y va".
La musique commença et je la suivis parfaitement synchronisée, sentant chaque note dans mes pas. Je n'allai pas trop vite, j'allai plutôt à la rencontre de chaque élément au fur et à mesure qu'il arrivait, faisant confiance à mon corps pour se souvenir de ce que je lui avais enseigné.
Mon premier saut fut un peu serré mais pas au détriment de mon deuxième qui fut fluide et propre. Avec eux derrière moi avec succès, je pris de l'élan et fis mon flip sans aucun effort.
Un saut de plus et j'étais libre. Mon Axel. Je pensai brièvement à envoyer la prudence au vent et faire un triple car je me sentais bien mais je ne voulais pas gâcher ma chance si je le ratais. Alors je gardai mon souffle calme pendant que je naviguais dans ma préparation... et je réussis le double.
Putain. Oui ! pensai-je en me félicitant.
A partir de là, c'était facile. Le temps que je fasse mon saut et que je me lance dans ma spirale, je me sentais complètement intouchable. Infaillible. Encore plus quand la foule commença à applaudir en rythme avec la musique.
J'eus un sourire sur le visage pendant la dernière minute et demie de mon programme parce que je savais que je l'avais. Malgré les événements ridicules du matin, mes craintes de venir à cet événement au cours des dernières mois, mes nerfs, j'avais relevé le défi et réussi.
C'était ma soirée et rien ne pouvait m'arrêter.
La foule criait et se levait avant même que je n'atteigne ma pose finale et je le bus comme un élixir magique. Le tout était un peu étourdissant et ressemblait presque à un rêve, comme si c'était juste trop parfait pour être réel. Je secouai la tête et prononçai un " waouh " déconcerté que je ne pus entendre par-dessus des acclamations. Je me ressaisis avant de saluer, en m'assurant de souffler un baiser à l'endroit où je savais qu'Edward et les autres s'étaient levés.
Je ramassai une des plus grosses peluches qu'un supporter avait jeté sur la glace pour me garder au chaud dans le coin Kiss & Cry jusqu'à ce que je puisse remettre mon sweatshirt. Marcus me rejoignit sur les bords avec un sourire éclatant et une chaleureuse accolade, m'amenant sur le banc où Esmée attendait pour m'offrir la même chose.
Attendre les notes était toujours le pire. Mes sauts étaient super mais est-ce que les atterrissages feraient baisser la note ? Ma séquence de pas était-elle en phase avec la musique ? Mes pirouettes étaient-elles régulières ? C'était... complètement hors de mes mains maintenant.
Marcus et Esmée bavardaient à côté de moi pendant que je finissais l'eau et me tamponnais le cou avec une serviette.
La foule reprit vie alors que la voix bourdonna finalement dans les haut-parleurs pour donner mes résultats.
Quand j'entendis mes notes, j'étais ravie mais ce qui suivit était encore mieux.
La première place.
Je criai et jetai mes bras autour de Marcus avec Esmée qui me rejoignit rapidement. Puis je me levai et saluai la foule, prête à aller en coulisses et à m'imprégner du succès de la soirée. Il y avait encore deux patineurs dans mon groupe, puis une autre série de cinq filles mais je n'avais pas prévu de regarder.
Je glissai mes bras dans ma veste et la fermai jusqu'au cou, en faisant de nouveau signe à la foule et me retournant vers le rideau qui menait aux coulisses. Les gens étaient regroupés autour des patineurs, des entraîneurs et des officiels, tous regardant la soirée se dérouler. L'une de ces personnes était Lauren, avec Phil qui se tenait en retrait, Renée n'était pas avec eux. Aucun des deux n'avait l'air très heureux mais Lauren avait l'air carrément énervée.
Je n'étais pas certaine de son classement actuel, ni de la façon dont elle avait patiné. Tout ce que je savais, c'est que j'avais fait mieux. Je ne pus m'empêcher de lever le visage et de lui lancer un petit sourire arrogant quand nous passâmes devant.
C'était un peu puéril, certes mais ça valait tellement la peine quand elle souffla et s'envola comme un petit enfant qui n'avait pas obtenu ce qu'il voulait. Je gloussai, en regardant Phil et en le fixant avec un sourire supérieur jusqu'à ce qu'il plisse les yeux vers moi puis s'éloigne pour suivre sa patineuse en fuite.
Il y avait encore tout un programme à suivre et tant de choses pouvaient changer… mais pour une soirée, j'étais au top et j'avais prévu de fêter ça.
Le reste du groupe semblait assez désireux de s'assurer que je le fasse.
Nous allâmes dîner tard dans un restaurant voisin avec Alice qui avait appelé pour libérer le fond pour nous. Les autres burent quelques verres, pendant que je m'en tenais à l'eau. J'avais tout le lendemain pour me reposer et récupérer mais ça ne semblait pas être une bonne idée de me soûler. Edward s'arrêta après le premier verre et résista aux autres qui tentèrent à plusieurs reprises de le forcer à boire plus.
Quand nous rentrâmes à l'hôtel, tout le monde était plutôt heureux. Alice, Rose, Emmett et Jasper avaient décidé qu'ils n'étaient pas tout à fait prêts à terminer la soirée et ils se dirigèrent vers le bar de l'hôtel.
Edward et moi étions dans le hall avec nos parents, en train de discuter et de nous souhaiter bonne nuit, quand nous fûmes approchés par un jeune garçon. Il avait l'air d'avoir dix ans et portait un maillot de hockey Wild qui était vraiment trop grand pour lui.
"Waouh ! " s'exclama-t-il, avec de grands yeux en se frayant un chemin entre Carlisle et Charlie. Il fixa Edward avec des yeux énormes remplis d'adoration. "Vous êtes Edward Cullen ! J'ai essayé de dire à mon frère que je vous avais vu ici plus tôt mais il ne m'a pas cru…"
"Hey mon pote !" Edward lui fit un sourire et lui tendit la main. Le gamin resta bouche bée, planté là pendant quelques secondes avant de mettre sa main dans celle d'Edward et de la serrer avec enthousiasme. Il fit un geste vers le maillot du gamin. "Tu es un grand fan de hockey ?"
"Oui, monsieur. Nous n'avons pas d'équipe pro là d'où je viens mais je regarde quand même tous les matchs. Les Wild sont mes favoris, " dit-il, en se réveillant rapidement et en perdant un peu de cette timidité initiale que les enfants ont si souvent près de nouvelles personnes. "Et mon père ? Une fois, il m'a emmené avec lui quand il est allé dans le Minnesota pour le travail. Et il m'a emmené à un de vos matchs ! Mec, c'était tellement cool ! Tu as marqué deux buts. Oh, et ton frère, Emmett, a eu une grosse bagarre. C'était génial. Il est là aussi ?" demanda-t-il, en jetant un coup d'œil autour de lui.
Edward fit un signe de tête et commença à parler mais le gamin ne le laissa pas placer un mot.
"Où est-il ? Qu'est-ce que vous faites ici ?" demanda-t-il, puis il me remarqua derrière Edward. "Oh, vous êtes cette fille patineuse. Comment connaissez-vous Edward ?" Mes yeux s'écarquillèrent d'amusement parce que le gamin avait l'air carrément accusateur.
"La patineuse est ma petite-amie," dit Edward en me faisant un clin d'œil et en me tirant ensuite vers lui.
"Oh. Je suppose que c'est bien," dit-il après un moment de réflexion. "Je veux dire, je n'aime pas les filles mais si tu le fais, Edward, alors ça doit être bien. Et tu es bien, tu sais, pour une fille," affirma-t-il, je faillis m'étouffer de rire en disant "Merci".
"Je n'aime pas regarder le patinage artistique mais ma mère et ma sœur me le font faire parfois et tu es leur préférée. Tu n'es pas aussi ennuyeuse à regarder que les autres filles mais ce serait bien mieux si tu as de la bonne musique," poursuivit-il en bafouillant. "Comme cette fille qui a utilisé le thème de James Bond ? C'était cool. Tu devrais faire quelque chose comme ça. Ou Pirates des Caraïbes peut-être."
Le gamin était super mignon et visiblement en pleine forme. Il se présenta comme Pete et fit rire tout le monde avec son commentaire plein d'esprit sur le fait d'être obligé d'aller au Championnat National parce que ses parents avaient eu des billets pour l'anniversaire de sa petite sœur et nous offrit quelques-unes de ses moments préférer de hockey.
Edward répondit avec plaisir à toutes ses questions et, après m'avoir jeté un coup d'œil pour voir si tout allait bien, il accepta d'aller avec lui retrouver sa famille au restaurant pour rencontrer son frère aîné et poser pour quelques photos.
Je lui fis un signe de tête pour qu'il y aille. Je pensai brièvement à aller avec eux pour dire bonjour à sa sœur.
C'était vraiment amusant de rencontrer un petit fan et de voir ses yeux s'illuminer de crainte et de plaisir, rendre sa journée belle avec quelque chose d'aussi insignifiant qu'un câlin et un autographe. Mais j'étais juste trop épuisée pour participer à ce qui pourrait être un long échange. Au moins si la fille était un peu comme son grand frère.
Avec l'adrénaline qui s'écoulait rapidement de mon sang, l'épuisement de la très longue journée commençait à me rattraper. J'étais plus que prête à monter dans ce lit extrêmement moelleux dans notre chambre et à m'effondrer.
Je dis à Edward que j'allais monter dans la chambre puis je griffonnai un mot sur un bout de papier pour l'enfant à transmettre à sa sœur en lui disant "Joyeux anniversaire" et en lui disant qu'elle pouvait venir me voir dans les coulisses quand ils laisseraient quelques personnes revenir pour des photos et des autographes dimanche l'après-midi.
J'embrassai Edward sur la joue et lui dis de s'amuser et de prendre son temps avant de partir vers les ascenseurs.
En montant, j'appuyai la tête contre le miroir et débattis mentalement si je prenais un bain avec les sels de bain parfumés fournis par le spa de l'hôtel. Je luttais encore avec cette décision en sortant de l'ascenseur et en tournant dans le couloir qui menait à notre chambre.
Ce que j'y vis me paralysa et me donna la chair de poule.
Phil Dwyer, trébuchant dans le couloir vide.
Il était seul et n'avait pas encore semblé me remarquer. J'étais déchirée entre faire demi-tour et essayer de prendre l'ascenseur pour redescendre ou me faufiler dans ma chambre avant qu'il ne me voie.
Je n'eus pas le temps de faire un choix avant que sa tête ne se tourne et que ses yeux gris perçants soient sur moi. Il cligna des yeux à plusieurs reprises avant que ses lèvres ne s'écartent dans un lent sourire qui me donna des frissons.
Le sourire du prédateur.
"Eh bien, eh bien," marmonna-t-il, se dirigeant vers moi. "Si ce n'est pas la femme du moment. Je suppose que les félicitations sont de rigueur. Non pas que tu les acceptes de ma part. Petite salope prétentieuse."
Il était clairement ivre et instable sur ses pieds. J'espérais que ça voulait dire qu'il était un peu lent, aussi.
J'essayai de le contourner avec agilité pour arriver à ma porte mais sa main s'élança, tapant contre le mur pour me bloquer. J'hésitai un instant de trop, en essayant de décider si je devais me glisser sous son bras ou tourner autour de lui. A la seconde où mon esprit choisit, il me coinça contre le mur avec un bras solide de chaque côté de mon torse. Son haleine empestait le whisky, horriblement doucereux et à en juger par ses yeux rouges, il en avait bu beaucoup.
"Euh euh euh, où crois-tu aller ? Nous avons une conversation ici, Isabella. Et tu es très grossière."
J'essayai de rester calme. Phil était grand mais j'étais agile. J'étais sobre et ce n'était pas comme si j'étais une petite mauviette. Bien sûr, il avait l'avantage mais j'étais convaincue que je pouvais lui résister.
"Laisse-moi partir, Phil," ordonnai-je, d'un ton aussi ferme que possible. Malgré mes efforts pour garder mon calme, mes genoux commençaient à trembler et mon cœur battait fort dans ma poitrine.
Il pinça les lèvres pendant un moment avant de me sourire à nouveau, en disant lentement : "Non, je ne pense pas que je le ferai. C'est dommage la façon dont les choses se sont déroulées au Minnesota. Tu sais, on aurait pu faire une grande équipe si tu n'avais pas été si... difficile."
J'envisageai brièvement de crier à l'aide, après tout il devait y avoir quelqu'un dans les chambres autour nous à cette heure de la nuit. Mais j'espérais gérer la situation moi-même sans que personne ne soit impliqué. Les gens parlaient et je n'étais pas vraiment intéressée à me laisser entraîner dans un scandale.
"Je pense que je me suis très bien débrouillée sans toi," dis-je froidement. Je le regardai fixement en utilisant chaque petit bout de volonté que je possédais pour rester calme. Je ne pouvais pas lui montrer à quel point il me faisait peur. Peut-être que s'il pensait que je n'étais pas affectée, il abandonnerait et continuerait son chemin.
Il rit de façon maniaque et secoua la tête. Il leva une main pour se détacher du mur mais seulement pour frôler mes lèvres de ses doigts, son pouce et son annulaire serrant ma mâchoire pour tenir mon visage quand j'essayais de m'éloigner. Son majeur passa sur ma lèvre inférieure et la nausée déferla dans mon estomac.
"Tu as une sacrée bouche," dit-il à voix basse, les yeux rivés sur l'endroit où ses doigts étaient posés. "J'ai toujours aimé ça. Maintenant ta mère, elle a aussi une bouche. La femme ne la ferme jamais. 'Isabella ceci, Isabella cela.' C'est assez pour faire exploser ma tête," il m'agrippa, en regardant dans mes yeux. "Maintenant, tout ce que je vais entendre, c'est l'entendre râler sans fin. Et puis il y a Lauren. Les deux ne feront rien d'autre que me harceler, harceler sans fin si tu gagnes."
Sa main quitta de mon visage mais ne descendit que pour s'appuyer contre mon cou comme un serpent tranquille et inoffensif mais menaçant tout de même.
"Ce n'est pas mon problème. Tu as fait ton propre lit avec Renée et d'après ce que j'ai entendu, tu le fais avec Lauren, aussi," dis-je, en proférant des menaces voilées pour le convaincre de se retirer. Si l'association les découvrait, il serait banni de ce sport. La fraternisation entre les entraîneurs et leurs patineurs étaient strictement interdite.
Malheureusement, la menace d'être dénoncé ne sembla pas l'effrayer. Peut-être parce qu'il était trop ivre pour s'en soucier. Tout ce que je savais, c'est que j'étais à court d'options.
"Hum… ça c'est sûr tu es une tête brûlée, pas vrai ?" rigola-t-il, en s'inclinant pour arriver à poser son avant-bras à côté de ma tête et empiétant encore un peu plus sur mon espace. Il fit descendre son doigt le long de ma gorge ce qui aurait pu sembler séduisant pour une personne extérieure. Je ne pouvais pas arrêter le tremblement qui secouait mon corps et cela me terrifiait que ma peur ne semble que l'exciter.
"Tu sais," affirma-t-il. "Lauren est vraiment accommodante. Très désireuse de plaire. Peut-être un peu trop facile. Il y a quelque chose d'excitant concernant un challenge. J'aime davantage quand on me résiste."
La lueur rapace et affamée dans ses yeux me glaça le sang et je perdis tout espoir de régler cela avec des mots.
"Oh ouais. Tu vas bien te battre," dit-il. Sa main se déplaça du mur vers ma poitrine, tapotant le tissu de ma veste. Je me tordis contre lui essayant de le repousser avec mes mains, mon épaule.
Il bougea juste assez pour que je puisse lever mon genou entre ses jambes.
Malheureusement je ratai ma cible et mon genou tapa solidement contre le haut de sa cuisse plutôt que dans son aine. Cela le fit reculer suffisamment pour que je puisse bouger mais pas suffisamment pour lui échapper.
Il récupéra assez rapidement et je criai quand il me repoussa contre le mur. Il me coinça cette fois, si près de moi que je pouvais à peine bouger contre lui ni même taper contre le mur pour alerter quelqu'un. Sa main se serra autour de ma gorge et je ne pus pas faire plus qu'un gémissement étouffé.
Son visage était tout près du mien, sa joue caressant pratiquement mon visage et son souffle dans mon oreille.
"Tu penses que tu es résistante mais tu ne l'es pas. Tu es minuscule, impuissante," dit-il, la main qui n'était pas autour de ma gorge saisit mon bras et se resserra de façon inquiétante. "Tu ne sais pas à quel point il serait facile pour moi de te prendre comme une brindille. Peut-être que je ferai juste cela, Lauren et Renée me remercieraient. Tout le monde sait à quel point tu es maladroite. Les gens penseraient que tu viens de tomber dans l'escalier. Tu aurais attiré l'attention pendant quelque temps. 'Pauvre petite Swan elle était si proche. Quelle tragédie !' Et ensuite tu disparaîtras. Et alors sûrement que je pourrai avoir un peu de paix et de tranquillité." Il grogna ses derniers mots. Sa main se serra autour de mon cou jusqu'à ce que je voie des points. Des larmes coulèrent sur mes joues alors que je me débattais contre lui.
"Qu'en penses-tu ?" demanda-t-il. "Il me semble que ce serait bien."
Le sang affluait à mes oreilles alors que je luttais contre l'évanouissement. Puis par-dessus le bourdonnement de mon pouls j'entendis le plus merveilleux bruit que je puisse imaginer.
"Bella ? Hé !" cria la voix d'Edward. "Putain mais qu'est-ce vous faites ? Lâchez-la !"
Ça me parut loin mais je ne pouvais pas dire si ça l'était vraiment ou si c'était juste parce que j'étais au bord de l'inconscience. De toute façon j'étais soulagée. Edward était là et je savais que j'étais sauvée.
La pression autour de ma gorge disparut instantanément, suivie du poids contre mon corps. Je m'effondrai sur le sol dès que je ne fus plus soutenue par la forte emprise de Phil. Je me penchai et agrippai ma poitrine en haletant pour respirer. Vaguement j'entendis des pas rapides et inégaux s'éloigner et je compris que Phil filait dans le couloir dans la direction opposée.
Ensuite Edward fut devant moi montrant un mélange de fureur et d'inquiétude quand je le regardais. Ses mains étaient douces mais tremblantes alors qu'elles couraient sur mon visage et sur mes bras.
"Est-ce que ça va ?" demanda-t-il.
Je hochai la tête et expirai en sifflant. "Oui je vais bien."
Ses yeux prirent un air meurtrier alors qu'il jetait un coup d'œil au-dessus de moi, absorbant probablement les zébrures rouges autour de mon cou ainsi que mes vêtements froissés. Puis sa tête se tourna brusquement pour regarder dans le couloir alors que la porte coupe-feu de la cage d'escalier claquait avec fracas.
"Reste avec ton père," me dit-il, en se levant. Il partit en sprintant, criant à Charlie de s'occuper de moi.
Charlie était accroupi à l'endroit qu'Edward venait de quitter, me demandant ce qu'il s'était passé et si j'allais bien. Il était clair d'après ses questions qu'il était arrivé après Edward et n'avait vraiment rien vu. Je ne lui répondis pas, ma tête étant trop brumeuse pour former une phrase.
Puis tout à coup je compris ce qu'il se passait : Edward allait s'en prendre à Phil.
Mes yeux s'écarquillèrent de panique et je me précipitai pour me lever.
"Bella, attends !" appela Charlie, me rattrapant facilement alors que je trébuchais en essayant de courir après Edward.
"Papa je t'en prie, tu dois y aller," suppliai-je, me tournant et agrippant sa chemise alors qu'il essayait de me retenir "Edward poursuit Phil. Tu dois l'arrêter avant qu'il ne se blesse. S'il te plaît !"
La moustache de Charlie frémit ses yeux se plissèrent et il acquiesça rapidement.
"Reste ici chérie," ordonna-t-il.
Il n'attendit pas ma confirmation avant de partir en courant. Je ne pouvais pas rester là sans savoir ce qu'il se passait. Il me fallut moins de deux secondes pour décider d'ignorer leurs demandes et de courir après eux.
Après ce qui me sembla une éternité je poussai la lourde porte menant à la cage d'escalier. Je pouvais entendre des jurons étouffés et des bruits de lutte plus bas, je suivis les sons jusqu'à ce que je puisse enfin y voir. Edward avait la main sur Phil il le tenait contre le mur pendant qu'il le frappait au visage et ça faisait un bruit écœurant.
"Edward ! Arrête !" entendis-je mon père crier, en continuant à descendre les marches.
Les mots détournèrent l'attention Edward pendant une seconde mais c'est tout ce qu'il fallut. Phil saisit cette opportunité et leva son poing sur la joue d'Edward, le repoussant juste assez pour qu'il puisse lui échapper et continuer à descendre l'escalier.
Au moment où Edward se remit suffisamment pour lui courir après, Charlie était à ses côtés le retenant et lui parlant d'une voix pleine d'autorité apaisante.
Ils levèrent les yeux en même temps et je réalisai que je respirais bruyamment, proche de l'hyperventilation. Je m'appuyai contre la rampe et tentai de me contrôler lorsque je les vis remonter les marches.
J'y arrivai presque au moment où Edward arriva à ma hauteur. Je tombai pratiquement dans ses bras. Ils m'entourèrent instantanément et me bercèrent gentiment en me chuchotant des choses réconfortantes.
"Allez dans votre chambre," suggéra Charlie.
Edward dut quasiment me porter parce que je refusais de le lâcher. Quand nous arrivâmes à la porte Edward essaya de récupérer sa carte dans sa poche mais je ne le laissai pas faire et sortis la mienne de ma veste. Je voulais simplement quitter ce couloir aussi vite que possible.
Mes mains tremblaient et je n'y arrivai pas. Charlie me prit la carte et la glissa facilement, poussant la porte et nous faisant entrer. Il alla à la salle de bain pour trouver un gant pour le visage d'Edward pendant que nous allions nous asseoir au bord du lit, moi sur ses genoux, ses bras autour de moi alors que je me blottissais contre lui.
Je vis Charlie revenir et hésiter un peu avant d'offrir le linge humide.
"Merci Charlie," dit Edward en le lui prenant.
Je réalisai que je n'avais pas vraiment regardé Edward depuis qu'il avait surgi. Pourquoi avait-il besoin d'un linge humide ? Etait-il blessé ? Ma tête tourna et je haletai en voyant du sang couler d'une coupure juste à côté de son œil.
"Oh mon dieu, que t'a-t-il fait ? Tu vas bien ? Ça fait mal ?" l'interrogeai-je, la voix paniquée alors que mes doigts tremblaient sur sa joue.
"Bella !" Il arrêta mes questions avec un simple mais ferme. "Je vais bien, je te le promets."
"Mais ton visage ?" protestai-je.
"Un crochet déloyal," marmonna-t-il d'un air renfrogné. Il passa le linge mouillé contre sa joue pour essuyer le sang. "Le salaud m'a frappé avec sa bague."
"C'est juste une coupure, Bells," dit Charlie pour me rassurer. "Rien de pire qu'il n'ait déjà eu en jouant au hockey."
"Mais ça n'est pas arrivé pendant un match !"
"Baby, ce n'est rien," me promit Edward, jetant la serviette sur le lit quand il eut fini. Il passa ses doigts dans mes cheveux et les caressa pour m'apaiser. "Je n'aurai probablement pas même un bleu, il était trop bourré pour faire davantage."
Maintenant que le sang avait disparu ça ne semblait pas aussi mauvais. Ce n'était vraiment rien de plus qu'une entaille entouré d'un léger gonflement. Je déposai un baiser juste à côté et ensuite remis ma tête contre son épaule.
"La vraie question, c'est comment tu vas toi ?" demanda Charlie. "Que s'est-il passé ?"
Comme je ne répondis pas immédiatement Charlie regarda Edward.
"Je suis arrivé et les ai trouvés. Phil… l'avait coincée contre le mur et il l'avait quasiment soulevée du sol," dit-il lentement, sa voix articulant précisément chaque mot et ses bras se serrant autour de moi. "Je n'ai pas vu grand-chose de plus. J'ai crié et ça lui a fait peur. Je me suis arrêté pour voir si elle allait bien avant de partir à sa poursuite."
"Bien sûr que tu l'as fait fiston," dit Charlie en s'approchant et en tapotant son genou.
"Bells ?" demanda-t-il après une minute et il s'agenouilla face à moi. "Il faut que tu nous dises ce qu'il s'est passé avant ça."
Je frissonnai en respirant et opinai avant de lever la tête. Je m'éloignai d'Edward mais il garda sa main serrée entre les deux miennes et je m'accrochai à sa chaleur pour chasser les frissons. Il posa son autre main dans mon dos, le caressant doucement tirant lui aussi du réconfort de ce contact.
Je leur racontai tout, depuis le moment où j'étais sortie de l'ascenseur et où je l'avais vu jusqu'à ce qu'Edward arrive. Ils ne m'arrêtèrent pas ni ne me posèrent de questions. Ils ne me poussèrent pas quand je dus prendre un moment pour me ressaisir. Ils m'écoutèrent patiemment jusqu'à ce que j'aie tout déballé.
"Bells, nous devons appeler les flics," affirma Charlie. "Et pas seulement la sécurité de l'hôtel, les vrais."
Je paniquai instantanément, me levant brusquement du lit.
"Non ! On ne peut pas appeler la police."
"On ne peut pas !?" réagit vivement Edward, comme je l'avais prévu. "Il t'a agressée, Bella ! Cette merde doit être enfermée dans une cellule de prison."
"Tu as raison," lui dis-je, en me retournant pour lui faire face. "Il devrait. C'est un salaud et ce qu'il a fait était tellement mal."
"Bien, nous sommes d'accord," dit-il rapidement. "Alors, qu'est-ce qu'on attend ?"
"Et s'il le retourne contre toi, Edward ?" criai-je. "Et si nous le faisons arrêter et qu'il porte plainte contre toi pour l'avoir poursuivi ?"
"Ça n'arrivera pas, Bella."
"Mais ça pourrait," persistai-je. "Je parie qu'il va essayer par tous les moyens de se sortir de ses emmerdes."
"Ce serait sa parole contre la mienne," dit-il, en se levant avec agitation. "Il n'y a pas de surveillance vidéo dans les cages d'escalier, donc ce n'est pas comme s'ils pouvaient prouver que j'ai fait quelque chose. Ce que nous pouvons prouver, c'est qu'il t'a coincé et t'a prise à la gorge." Il cria pratiquement, la voix douloureuse en enfonçant ses mains dans ses cheveux.
"C'est toujours un risque et un risque que je ne suis pas prête à prendre. Pas avec toi. Même une simple rumeur serait nuisible à ta réputation," dis-je.
Je repensai brièvement au petit garçon qui était dans le hall, à la façon dont il avait regardé Edward avec une telle admiration. Je l'avais déjà vu tant de fois. Je ne pouvais pas supporter l'idée que quelque chose arrive à changer ça, que ce petit garçon entende que son héros avait été jeté en prison pour agression, même si c'était pour me défendre.
"Qui se soucie de ma réputation ?" s'exclama-t-il.
"Moi ! Et tu devrais aussi. Tu as travaillé si dur pour en arriver là. Tu es une bonne personne, Edward et je ne vais pas rester là à te regarder te faire dépeindre sous un mauvais jour pour avoir essayé de me protéger."
Il ouvrit la bouche pour répondre mais abandonna quand Charlie se racla la gorge, se tenant juste sur le côté et entre nous.
"Je déteste dire ça, Edward…" dit-il après un moment. "Mais elle marque un point. Une ordure comme Phil, va essayer n'importe quoi pour tout mettre sur le dos de quelqu'un d'autre."
Edward essaya de discuter mais Charlie le coupa à nouveau.
"Maintenant, je ne dis rien contre ce que tu as fait là-bas. Tu as protégé ma fille. En tant que son père, je t'en suis reconnaissant. En tant qu'homme et ami, je respecte le fait que tu aies fait ce que tu avais à faire. Personne ne comprend ce que tu ressens plus que moi. Je ne veux rien de plus que de le voir pourrir dans une cellule. Je ne me sentirais pas bien de le laisser partir mais je me sentirais encore plus mal de le dénoncer pour une punition légère si ça doit te causer des problèmes. Je ne te laisserai pas te faire démolir pour ce que tu as fait, puisque j'aurais fait exactement la même chose à ta place."
"Il ne peut pas s'en tirer comme ça," insista Edward en s'adressant à Charlie. L'expression dans ses yeux était un peu désespérée maintenant que Charlie et moi étions contre lui. "Où est la justice dans tout ça ?"
"Je suis désolée mais je ne peux pas le faire," murmurai-je, attirant son regard vers moi. "Je ne peux pas te mettre dans une situation où tu pourrais avoir des ennuis à cause d'un salaud comme Phil Dwyer. S'il te plaît, ne... me demande pas de le faire."
"Alors quoi, il va s'en tirer comme si de rien n'était ?" demanda-t-il, les épaules courbées dans la défaite.
"Non. Tu as raison, il ne peut pas s'en tirer comme ça," dis-je, appuyée contre le dossier de la chaise où Charlie était assis tout à l'heure.
Je me creusai la tête pendant une minute, en essayant de penser à ce qui pourrait être fait sans risquer d'impliquer Edward et qui n'attirerait pas les médias. J'étais dans ce monde depuis longtemps et j'avais entendu beaucoup d'histoires, des histoires que la plupart des gens ne connaissaient pas. Je n'avais pas nécessairement entendu parler d'une situation semblable mais d'assez de scénarios similaires pour savoir ce que je pourrais faire.
"Si je dépose une plainte auprès de la fédération, ils enquêteront discrètement," dis-je. " Tu as dit qu'il n'y a pas de caméras dans les escaliers mais il y en a dans les couloirs. Ils verront tout le truc mais pas ce qui est arrivé après. Ils vont au moins le suspendre, plus probablement il sera banni en tant qu'entraîneur ou tout ce qui est lié à ce sport. Ils essaieront de garder ça aussi secret que possible. Ils ne voudront pas impliquer la presse s'ils peuvent l'éviter."
Edward souffla un peu et s'assit sur le bord du lit, la tête dans les mains.
Quand il leva les yeux, ils étaient si tourmentés que j'eus envie d'éclater en sanglots. Je voulais l'embrasser. Je voulais céder et lui donner tout ce qu'il voulait, juste pour être sûre de ne jamais avoir à le voir comme ça.
"Ce n'est pas assez, Bella," grinça-t-il.
"Je sais que ce n'est pas juste…" lui dis-je, en croisant les jambes. "Mais je dois croire qu'il recevra tout ce qu'il mérite. Mais pas comme ça. Pas si ça risque de te nuire." Je le regardai fixement dans les yeux, le suppliant de comprendre et de ne pas m'en vouloir pour ça.
Il gémit et tapa le matelas.
"Merde ! Je n'aurais pas dû le poursuivre."
"Ne t'en veux pas," suppliai-je, en frottant des cercles doux et apaisants contre son genou. "Je ne le fais pas. Tu m'as protégé."
"Ouais et en le frappant, j'ai juste rendu les choses beaucoup plus difficiles. Je n'aurais pas dû me lancer à sa poursuite, même si c'était extrêmement satisfaisant de lui botter le cul. J'aurais dû rester avec toi."
"Stop," dis-je fermement. "Même si on essayait de lui coller une accusation d'agression, il n'obtiendrait pas une punition sévère. J'aurai probablement un ou deux bleus mais il ne m'a pas vraiment fait mal. Il n'aurait rien de plus qu'une tape sur la main. Tout ce que porter plainte ferait, c'est le mettre en colère et impliquer les médias."
Je m'arrêtai un moment, décidant que je devais être honnête sur toutes mes motivations, pas seulement sur certaines. "C'est vraiment égoïste mais je ne veux pas les gros titres ou ce genre d'attention. La presse serait affamée et pas seulement pendant ce week-end. Ils nous suivraient chez nous, pour Dieu sait combien de temps. Je ne veux pas que ça se sache et se transforme en un nouveau scandale à la Nancy Kerrigan et Tonya Harding. Ce n'est pas comment je veux être connue ou qu'on se souvienne de moi."
Il me regarda, étudiant mon visage pendant un long moment avant de soupirer et de toucher mes cheveux. "Je n'aime toujours pas ça."
"Je sais que tu n'aimes pas," dis-je. "Je n'aime pas non plus. Mais il semble que ce soit la solution la moins douloureuse. Je ne te demande pas d'aimer ça, parce qu'il n'y a pas vraiment de solution magique, une qui rendra tout le monde heureux. La vie n'est pas aussi simple - la victoire pour les gentils et les méchants perdent. Mais de cette façon, il est hors de nos vies et ça ne changera pas la nôtre. Peut-être que nous... ne gagneront pas mais lui non plus."
"Ok," dit-il en levant les mains en signe d'acceptation peu enthousiaste. "Mais nous obtenons la vidéo de surveillance et on l'apportera au comité si c'est ça qui doit le faire déguerpir d'ici. Et juste après ça, nous allons déposer une injonction restrictive. Pas de discussion," dit-il, bien que je n'aie pas ouvert la bouche pour le faire. "Tu m'as dit avec quoi tu peux vivre, c'est quelque chose dont j'ai besoin." Il prit ma joue en coupe et la caressa avec son pouce. "Il ne va plus jamais... s'approcher de toi."
"Ok," acceptai-je, sans hésitation. Il hocha la tête une fois et me prit dans ses bras.
"Tu es sûre que tu vas bien ?"
"Ouais," dis-je, en respirant profondément et en laissant son odeur et sa présence m'envelopper. "Toi ?"
"Seigneur, Bella," chuchota-t-il, sa voix se brisant en abaissant son front jusqu'à mon cou. "Je n'ai jamais eu aussi peur de toute ma vie. Jamais."
"Chut," le fis-je taire doucement, en embrassant le haut de sa tête. "Je suis là. Je vais bien. Je vais bien." Je chuchotai ces mots, encore et encore, le tenant simplement aussi longtemps qu'il en avait besoin.
Charlie s'excusa pour aller voir avec la sécurité ce qu'il pouvait faire pour mettre la vidéo de côté pour que les responsables de la fédération puissent l'examiner.
"Je suis vraiment content que tu aies un jour de congé demain," murmura Edward au bout d'un moment. "Je ne sais pas si je pourrais gérer un autre de ces trucs."
"Aujourd'hui n'était pas si mal, n'est-ce pas ?" Je lui donnai un petit coup de coude, pour essayer de nous remonter le moral à tous les deux.
"Non. Il y avait beaucoup de bonnes choses aussi. Comme te regarder te lancer là-bas ? C'était... cool."
"Assez pour que ça vaille la peine de s'occuper de tout le mal ?"
"Je suis ici avec toi, n'est-ce pas ?" Je lui souris doucement et il frôla mes lèvres d'un doux baiser.
"Alors ça vaut toujours la peine. Quoi qu'il arrive."
Il retomba sur le matelas, me tirant avec lui. "Quand même, j'attends avec impatience une journée tranquille demain et que cette journée soit enfin finie."
Je me figeai un moment dans ses bras
"Qu'est-ce qui ne va pas ?"
"Est-ce que…. Pourrions-nous peut-être trouver une autre chambre ? Ailleurs je veux dire." Dormir ici… je ressentais le besoin de m'éloigner de cet endroit où Phil m'avait coincée et murmuré ses mots malveillants à mon oreille me rendaient ridiculement mal à l'aise.
"Je suppose que nous ne le ferons pas maintenant car il est très tard. Mais demain ? Je sais que ce n'est pas raisonnable mais c'est juste – ce couloir… je ne peux - non," bafouillai-je alors que le choc revenait, me laissant tremblante et instantanément au bord de l'évanouissement sans que je m'en rende compte.
Il me serra plus fort, embrassa ma tête et caressa mes cheveux me laissant pleurer contre sa chemise. Quand j'eus fini je me sentis totalement épuisée mais je n'arrivais pas à m'endormir. Chaque fois que je fermai les yeux je me voyais dans ce couloir juste après cette porte et le visage menaçant de Phil.
"Allez," murmura Edward, en tapotant mon dos et en me faisant asseoir. "Allons faire nos bagages."
"Quoi ?" demandai-je me sentant vraiment lente. "Pourquoi ?"
"On ne reste pas ici Bella. Tu n'es pas bien et honnêtement moi non plus."
"C'est si tard," dis-je en regardant l'heure et réalisant qu'il était encore plus tard que ce que je pensais.
"Tout est déjà prévu. Maman nous a trouvé un hôtel de l'autre côté de la ville. On y va."
"Quoi ? Quand est-ce arrivé ?"
"Texto, mon amour. C'est la vague du futur," dit-il avec un clin d'œil. "Charlie est allé voir mes parents et ils ont averti Alice et les autres alors qu'ils montaient. Ils nous attendent tous dans le hall."
"C'est vrai ?" Je m'arrêtai maladroitement. "Est-ce qu'ils savent ?"
"Oui Charlie leur a raconté," dit-il en me tirant dans ses bras quand je fis la grimace. "Ils sont bouleversés mais pour les mêmes raisons que moi. Personne ne veut te voir blessée. Nous t'aimons. Tu vas juste devoir l'accepter," dit-il sans détour, posant un baiser claquant sur le bout de mon nez, me faisant rire.
Je secouai la tête en gémissant. "Je ne veux pas faire déménager tout le monde…"
"Tu ne leur fais rien faire," insista-t-il. "Ils voulaient. Nous sommes venus pour rester ensemble. Eh bien pas ensemble ensemble parce que j'ai l'espoir de profiter pleinement de ton après-midi libre." Il sourit avec espièglerie réchauffant mon cœur. Il leva mon menton pour rencontrer mes lèvres.
"Merci," murmurai-je, entre deux baisers.
"Nous sommes avec toi, Bella. Toujours."
⁂
C'était vraiment très tard dans la nuit. Après que nous ayons traversé la ville et effectué l'enregistrement j'étais à peu près morte debout. Je réussis à garder les yeux ouverts assez longtemps pour passer un peu de temps à tous les rassurer que j'allais vraiment bien et à être réconfortée par leurs câlins. La dernière chose dont je me souvins c'était d'être assise sur les genoux d'Emmett et être écrasée par l'un de ses énormes câlins d'ours et de rester là dans son étreinte fraternelle jusqu'à à ce que je m'évanouisse d'épuisement.
La chose suivante c'était qu'il faisait jour et que j'étais couchée avec Edward enroulé autour de moi. Nous avions dormi mais pas trop. Je pense que nous étions tous les deux impatients de parler au comité et d'en finir.
Charlie, Esmée et Marcus revinrent avec nous à Davenport. Marcus avait déjà alerté de la situation et avait demandé une entrevue. C'était difficile de revivre cela pendant que je leur racontais ce qu'il s'était passé mais je pus me détacher suffisamment pour m'en sortir sans trop de peine.
Je fus surprise d'apprendre qu'ils avaient déjà été en contact avec le service de sécurité de l'hôtel et avaient fait rédiger une ordonnance pour obtenir la bande. Ils avaient également été en contact avec Phil après avoir examiné la vidéo pour lui demander de venir. D'après ce que je sus il ne se souvenait pas beaucoup de la nuit précédente à part s'être saoulé au bar de l'hôtel puis s'être fait réveiller par la sécurité après avoir comaté sur une chaise longue de la piscine de l'hôtel. Apparemment son explication pour les bleus sur son visage était qu'il avait eu une bagarre au bar.
Ils purent nous dire tout de suite que des mesures immédiates seraient prises contre lui sous la forme d'un licenciement définitif.
Apparemment ce n'était pas la première plainte contre lui déposée par un patineur mais ils n'avaient jamais eu de preuves substantielles et tangibles pour confirmer.
Ils allaient l'obliger à se taire avec une ordonnance de silence concernant les circonstances entourant son licenciement. Ce n'était dans l'intérêt de personne que les médias s'emparent de cette histoire.
Tout se passa beaucoup plus facilement que je l'avais prévu. Nous nous arrêtâmes au poste de police à la demande d'Edward pour une injonction restrictive. Charlie avait quelques amis et ça aida le processus pour obtenir une injonction temporaire avant qu'une demande officielle puisse être déposée. Après cela nous retournâmes à l'hôtel et campâmes tous dans la suite de Carlisle et d'Esmée en tenue décontractée, étendus sur les fauteuils ou par terre profitant pleinement de ce congé.
⁂
J'abandonnai l'entraînement officiel du patinage libre le samedi matin, pour éviter la folie un peu plus longtemps. Marcus et moi retournâmes à la patinoire locale pour que je puisse m'échauffer brièvement. Pour la plupart je me détendis, m'étirai et fis la sieste, emmagasinant de l'énergie pour ce soir. Quatre minutes semblaient être un temps très court mais ça pouvait ressembler à une éternité si tu n'étais pas au sommet de ton art.
Après le drame des jours précédents, je commençai à me demander si ça en valait la peine. Je n'étais pas de celles qui voulaient tout faire pour gagner. Je ne voulais pas battre les autres pour arriver au sommet. Bien sûr je voulais battre Lauren mais je ne m'abaisserais jamais à lui causer des dommages physiques ni même à lui souhaiter ça. C'était sans compter les fois où j'imaginais ses pieds se recroqueviller après qu'une maison lui soit tombée dessus. Mais c'était purement de l'imagination.
J'avais travaillé si dur pour en arriver là et je le voulais toujours mais est-ce que ça en valait la peine ?
Je retournai cette question en tous sens tout l'après-midi alors que j'étais dans les bras d'Edward, essayant de me reposer.
J'arrivai à la conclusion que oui ça valait le coup. Je ne pouvais pas les laisser gagner et me faire douter de moi. J'aimais la compétition. J'aimais patiner. J'aimais toute cette excitation, ce défi, le risque. Il y avait juste quelque chose à être là-bas sur cette glace, à respirer cet air froid et frais et à relever le défi, cela me faisait me sentir vivante. Chaque fois que j'étais sous les lumières j'apprenais quelque chose de nouveau sur moi-même et je n'avais pas encore fini d'apprendre.
Je n'avais même pas besoin d'être la meilleure. Je voulais juste être à mon meilleur.
Quand j'allais à la patinoire ce soir-là c'était avec cet objectif, patiner le meilleur que j'aie jamais fait.
Le groupe m'accompagna à nouveau et tout le monde semblait un peu méfiant, faisant attention à tout signe de problème.
J'étais complètement préparée à cela – il n'y avait aucun moyen que Renée ou Lauren acceptent tranquillement le licenciement de Phil. Perdre son entraîneur au milieu d'une énorme compétition était déjà assez dévastateur mais je ne pouvais même pas penser à être désolée pour aucune des deux.
J'avais grogné un peu en disant à Edward que j'étais prête à ce que les griffes soient sorties ce soir. Il avait souri et m'avait dit que Lauren au moins ne m'embêterait plus. Quand j'avais ricané à ce sujet, il m'avait simplement dit qu'il l'avait croisée le jeudi soir et qu'elle était consciente que je n'étais pas quelqu'un avec qui elle voulait jouer.
J'étais un peu exaspérée qu'il ne me donne pas plus que ça, avide de connaître toute l'histoire. Mon imagination avait fait un travail décent en comblant les vides sur la façon dont cela avait dû se passer - Lauren essayant de flirter et lui la repoussant totalement. Cette seule pensée me fit sourire. Pauvre Lauren. Edward furieux était sûrement une chose effrayante à voir si vous étiez du mauvais côté. Néanmoins, j'étais contente d'avoir une personne de moins dont je devais me soucier.
Eh bien deux en fait puisque Phil avait été banni de la patinoire.
Comme prévu les ennuis se manifestèrent sous la forme de Renée.
Elle était furieuse, me traquant dès que nous nous approchâmes du contrôle de sécurité où Lauren et elle faisaient la queue.
"Espèce de petite garce lâche !" cria-t-elle, étonnant même Lauren qui en resta bouche bée. Elle recula de quelques pas lançant des regards inquiets et nerveux vers Edward et moi et se taisant. Il avait dû être très impressionnant.
"Y a-t-il un problème Renée ?" demanda Charlie, s'avançant devant nous pour affronter la femme qui avait été son épouse autrefois. Edward me tira à côté de lui alors que le reste de la famille formait un cercle autour de nous.
"Oui, Charles il y en a un," dit-elle en tournant son attention vers lui. "J′ai un très gros problème avec des gens qui disent des mensonges et profèrent des accusations haineuses pour ruiner la vie de quelqu'un d'autre juste pour leur propre bénéfice."
"Hypocrite," souffla Alice, ce qui me fit étouffer un rire lorsqu'elle l'associa à un clin d'œil impertinent dirigé vers moi. Heureusement il semblait que Renée n'ait rien remarqué.
"Je sais que c'est toi !" ragea Renée en me regardant. "Ils ne me le diront pas mais ça doit être toi."
"Tu sais avec quoi j'ai un problème," demanda Charlie sur le ton de la conversation avec une menace sous-jacente. "Une femme qui maltraite sa fille depuis des années. Qui la vole, la rabaisse, l'isole. Qui lui ment et lui fait croire que la seule valeur qu'elle a pour quiconque est sa capacité à ramener un trophée, à sortir, se produire puis ne plus s'occuper d′elle.
"Et sais-tu ce qui me pose un plus gros problème ?" continua-t-il, la voix toujours calme et posée
mais basse et dangereuse. "Quand cette fille c'est la mienne. Phil s'en est sorti nettement mieux que ce qu'il aurait dû avoir pour ce qu'il a fait, alors profite-en. Crois-moi quand je te dis que tu ne seras pas chanceuse deux fois. Toi, ta patineuse et ton mari, restez loin de Bella. Ne vous en prenez pas à elle. Ne pensez même pas à elle. Elle n'existe plus pour toi. Si j'entends différemment, tu n'aimeras pas ce qui te tombera dessus. Ne me fais pas chier, Ren."
Ses yeux s'écarquillèrent et sa bouche se mit à bouger de façon comique en bafouillant, tentant de former une réponse ce qui échoua manifestement.
"Garde ton souffle," dit-il. "Nous en avons fini ici."
Ses yeux se déplacèrent, absorbant les dix personnes qui lui faisaient face. Pour la première fois de ma vie, je vis une expression intimidée, faible, même effrayée.
Elle se mit à souffler et tourna les talons, saisissant violemment la main de Lauren et se dirigeant vers la porte de sécurité.
"Allez, chef !"rugit Emmett, lui donnant une bonne claque dans le dos. "Je détesterais être du mauvais côté de ta table d′interrogatoire."
"Continue comme ça, mon grand, tu pourrais bien finir là," le taquina Charlie, en lui tapant affectueusement sur la tête.
"Bien, maintenant que le spectacle est terminé, pouvons-nous passer à l'événement principal ?" demanda Marcus.
"Oui, s'il vous plaît ?" ris-je, en me blottissant contre Edward. "Je pense que j'ai eu assez de drame pour le reste de ma vie."
"Prête à aller gagner cette médaille d'or, ma belle ?" demanda Edward, en embrassant le haut de ma tête.
"Plus que tu ne le penses."
Et je le pensais. J'étais prête à y aller et à montrer à tout le monde ce que je savais déjà dans mon cœur.
C'était mon moment de briller. J'étais la plus vieille patineuse du groupe mais je n'avais pas dépassé la fleur de l'âge. J'étais... juste à mon apogée.
La soirée avançait et je me sentais bien. Je devais patiner en deuxième position dans le dernier groupe, ce qui était en fait assez idéal. Il faudrait attendre plus longtemps pour savoir comment je finirais mais ça me donnait juste assez de temps après les six minutes d'échauffement pour reprendre mon souffle mais pas assez pour risquer de me déconcentrer et devenir trop nerveuse.
Lauren était sur mes talons en deuxième place et elle patinerait en dernier, alors ce serait dur jusqu'à la toute fin. L'agréable surprise fut Angela Weber. Elle avait réussi son programme court le jeudi soir et se trouvait actuellement en quatrième place, patinant en tête de notre groupe.
Je vis à peine Renée pour le reste de la soirée et quand je la voyais, c'était toujours de loin. Elle semblait...secouée. Nerveuse. Lauren ne changeait pas et elle ne semblait pas pouvoir rester immobile, même en s'étirant. Elle ne me dérangeait pas, donc je ne lui prêtais pas beaucoup d'attention.
Je m'échauffai et ne pris même pas la peine de mettre ma polaire après. Je ne respectai pas la règle que je m'étais imposée et regardai Angela en m'étirant, l'encourageant intérieurement, elle prit facilement la première place, malgré quelques petits faux pas.
Puis ce fut mon tour.
Je me sentais bien sur cette glace, confiante que ce qui devait arriver arriverait. Je trouvai Edward dans la foule alors que je glissais vers le centre de la glace et lui souris. Il était un peu en retrait mais je pouvais le voir clairement sourire en retour et me dire : "Je t'aime".
"Je t'aime," lui répondis-je en chuchotant, en sourdine.
Je gardai les yeux sur lui en prenant ma position de départ et j'attendis que sa musique m'emporte sur ses ailes.
Chaque fois que j'en eus l'occasion, mon regard trouva le sien et il me poussait à continuer. Ces quatre minutes ressemblèrent à un rêve et avant que je ne m'en rende compte, tout était fini.
Avec un rire déconcerté, je réalisai que j'avais à peine fait attention aux pas mais que je n'avais pas merdé. Pas même une fois.
Deux programmes propres à la compétition la plus importante de ma vie. Je ne pouvais pas demander mieux que ça.
Je me sentais détendue en attendant mes notes, sachant qu'elles ne pouvaient pas être décevantes. Je voguais facilement au sommet du peloton avec une marge assez large.
Puis je passai le rideau et remis mon pull, en m'installant pour l'attente. J'avais mis la barre haut, il s'agissait maintenant d'attendre de voir si quelqu'un d'autre pouvait la relever.
Je campai dans le salon des patineurs, me blottissant dans le canapé rouge à coussins durs en costume et baskets. Si je finissais dans les quatre premières, je devrais retourner sur la glace pour le podium.
Il faudrait attendre encore plus longtemps pour savoir qui d'entre nous irait à Vancouver. Le fait de se placer en premier et deuxième n'était pas une entrée automatique. Un groupe de neuf personnes se réunirait plus tard dans la nuit pour prendre la décision sur qui représenterait les dames américaines pour les jeux. J'essayais de ne pas penser à cette affaire, me concentrant plutôt sur qui finirait première.
Les autres patineuses commencèrent à revenir pour se joindre à l'attente. Je passai le temps avec Edward par texto, bien que je lui aie demandé de ne rien me dire de ce qui se passait là-bas.
Il y avait des écrans de télévision tout autour de moi mais je les ignorai autant que possible. Je ne pouvais pas contrôler ce qui arrivait à quelqu'un d'autre et ça me rendait seulement nerveuse de regarder les autres, en attendant de voir si elles vont glisser ou passer devant moi pour arriver au sommet.
Le temps que Lauren touche la glace pour finir la soirée, j'étais toujours au top avec Angela qui était deuxième, à environ dix points derrière moi. Ça avait été une soirée difficile pour les autres filles avec quelques chutes cruelles. La plupart d'entre elles avaient déjà tout remballé et s'étaient changées, me laissant, Angela et les deux filles assises en troisième et quatrième place à attendre, se demandant où Lauren s'intégrerait.
Edward continua à me distraire pendant tout son programme mais j'attrapai quelques trucs quand je ne pouvais pas empêcher mes yeux d'aller à l'écran. Elle avait l'air bien d'après ce que j'ai vu et ça me rendait très nerveuse. Je n'avais pas suffisamment regardé pour savoir à quel point je devais être inquiète.
Alors que j'entendis le bourdonnement sourd de l'annonceur révéler ses scores, mon téléphone bipa avec un texto et je regardai frénétiquement.
Quoi qu'il arrive, tu es toujours numéro 1 sur mon tableau d'affichage. –E
Je souris en me rappelant que je lui avais dit la même chose.
Mon portable bipa à nouveau alors que des acclamations retentissaient tout autour de moi.
… et apparemment tu l'es sur celui de tout le monde aussi. Félicitations, baby ! –E
Au début, je ne compris pas exactement ce qu'il disait. Marcus et Esmée me bombardèrent pratiquement de câlins et de cris excités. Je dus les regarder comme s'ils étaient fous parce qu′Esmée m'attrapa par les épaules et me fit finalement comprendre.
"Bella, tu as gagné !"
Mes yeux s'écarquillèrent et se dirigèrent vers l'écran. Bien sûr, il y avait le classement final.
Lauren en troisième, Angela en deuxième et mon nom en premier avec dix points d'avance. J'en restais bouche bée et faillis dire "merde" à voix haute avant de me rappeler qu'il y avait des caméras tout autour de moi.
Je me tournai vers elles avec un sourire radieux. "Oh mon Dieu, j'ai gagné !"
…
* Don't tell me not to fly : extrait de la chanson Don't Rain on My Parade de Barbra Streisand... Ne me dites pas de ne pas voler - je dois simplement y arriver...
* Randy Moss : né en 1977, joueur de football américain, l'un des meilleurs receveurs dans l'histoire de la National Football League – 1m 93, n°81 des Patriots de la Nouvelle-Angleterre.
* Kurt browning : patineur artistique canadien né en 1966, quadruple champion canadien ainsi que champion du monde quatre fois (dont trois consécutives).
* Dick Button : né en 1929, ancien patineur artistique américain et analyste à la télévision. Deux fois champion olympique et en 1948 il fut le premier à réussir un double Axel en compétition.
…
