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CHAPITRE 25 : Citius, Altus, Fortius
Cette soirée était tout ce dont j'avais besoin avant notre départ pour Vancouver : bonne nourriture, bonne compagnie, rires, détente. Famille. Marcus nous rejoignit pour le repas qui se transforma en une fête de fiançailles impromptue car c'était la première fois que nous nous retrouvions tous ensemble. Carlisle fit sauter le bouchon d'une bouteille de champagne ridiculement chère et je ne pensais même plus au patinage ni aux Jeux Olympique de la soirée. Enfin, presque pas.
Quand Edward et moi rentrâmes à la maison je pus même exaucer mon vœu de passer du temps seuls. Juste lui et moi. Bien qu'il fût tard et que le lendemain soit occupé à voyager, nous allumâmes un feu et nous mîmes à l'aise sur un matelas de fortune d'oreillers et de couvertures par terre. Nos baisers sans hâte et nos caresses douces devinrent quelque chose de plus. Tandis que le feu chaud crépitait dans le foyer, Edward et moi fîmes l'amour lentement, doucement et nous endormîmes dans les bras l'un de l'autre.
Le lendemain rien n'était tranquille. Lutter pour faire embarquer dix personnes sur un vol dans un aéroport très fréquenté n'est pas une mince affaire en particulier avec des gens comme Alice qui aurait dû embaucher du personnel vu le nombre de ses bagages. Le pauvre Jasper avait l'air épuisé et il n'était que dix heures du matin lorsqu'ils apparurent tous les deux avec leur chariot à bagages.
Le départ se déroula sans heurt mais les choses se dégradèrent par la suite.
Nous avions une correspondance à Chicago pour laquelle Emmett se plaignit abondamment en disant que nous ne devrions pas voler vers l'est alors que notre direction était le nord-ouest. L'escale était super courte et dès que nous atterrîmes nous partîmes dans une bousculade pour traverser le terminal et attraper notre prochain vol. je dus rire pendant que nous sprintions dans les couloirs d'O'Hare. C'était une vraie scène tirée de Maman j'ai raté l'avion. Alice commença même à fredonner la chanson alors que nous nous précipitions.
Même en nous dépêchant beaucoup nous ratâmes de peu la correspondance et Esmée se mit au travail pour nous réserver un autre vol. Heureusement elle avait prévu que notre voyage durerait un jour entier avant que je sois censée être là-bas.
Deux heures et demie après le décollage de notre vol initial nous étions toujours coincés dans le terminal avec encore deux heures d'attente devant nous. Alice et Rose avaient depuis longtemps abandonné le groupe et étaient parties explorer les opportunités de shopping qu'O'Hare avaient à offrir. Jasper s'était calé sur la pile de bagages à main et progressait silencieusement dans une copie usée de The Red Badge of Courage*. Esmée s'était installée sur un banc au-dessus de lui, parcourant joyeusement un roman d'amour récemment sorti sur son lecteur. Charlie et Carlisle campaient devant les fenêtres, grignotant des graines de tournesol et des cacahuètes grillées en discutant sport et politique.
Je m'étendis sur une rangée vide de chaises avec ma tête sur les genoux d'Edward, essayant de combattre un mal de tête qui s'était infiltré toute la matinée. Ses mains grattaient patiemment ma tête, apaisant le pouls palpitant de ma tempe alors qu'il feuilletait nonchalamment une copie de Sports Illustrated, ses pieds calés sur la valise d'Emmett devant lui.
Emmett était assis sur le banc en face de nous, jouant à une sorte de jeu vidéo sur son téléphone. Ça ne devait pas bien se passer car il n'arrêtait pas de se taper le front et de jurer à voix basse. A un moment donné il eut l'air de vouloir casser le minuscule appareil entre ses grandes mains. Il se contenta de le jeter maladroitement sur le siège à côté de lui. Il se rassit, s'étalant sur trois sièges et soufflant de frustration, tapant ses doigts contre le dossier du banc.
"C'est bientôt l'heure ?" gémit-il, à personne en particulier.
"Non Emmett," soupira Esmée, ne levant même pas les yeux de sa lecture. "Je t'ai déjà dit six fois… que le vol était à cinq heures trente."
"NOOO," grogna-t-il, croisant les bras sur sa poitrine et faisant une moue boudeuse, ressemblant tout à fait à un petit garçon grincheux. "Ça craint. J'aurais pu traverser le terminal deux fois plus vite si je n'avais pas été avec vous. Je pourrais être à mi-chemin de Vancouver en ce moment."
"Eh bien peut-être que la prochaine fois tu devrais juste courir sans nous, Emmett McCarty Cullen," dit Esmée d'une voix neutre qui me montra qu'elle avait fait face à ses gémissements à plus d'une occasion. "Alors peut-être que tu seras heureux et que nous pourrons avoir un peu de paix et de tranquillité."
"Aïe maman !" dit Emmett, en tenant sa main sur son cœur en se levant. "Ça fait vraiment mal." Il avança vers l'endroit où Esmée était assise, lui arrachant son Kindle des mains et le brandissant au-dessus de sa tête de manière taquine alors qu'elle essayait de le récupérer.
"Hé Emmett, rends-moi ça !"
"Qu'est-ce que tu vas faire ? Me punir ?" dit-il d'un ton sarcastique.
"Pire. Je vais le dire à Rosalie," menaça-t-elle avec un sourire satisfait quand le visage d'Emmett se décomposa. "Ses punitions sont beaucoup plus efficaces."
"Ce n'est pas juste," fit-il en grimaçant, lui rendant l'appareil à contrecœur.
"Pourquoi ne vas-tu pas chercher quelque chose à manger ?" suggéra-t-elle, se remettant à l'aise.
"Non. Je m'ennuie trop pour grignoter," se plaignit-il.
Je fis un soupir exagéré, tapotant le genou d'Edward. "L'apocalypse est là… Emmett n'a pas faim."
"Ha ha ha," il se tourna vers moi et tira la langue. "Vous êtes tous un groupe de comédiens. Je vais aller regarder les avions atterrir."
"Comment va ta tête ?" demanda Edward, roulant son magazine et le fourrant dans son sac de voyage.
"Mieux."
"Tu veux te promener un peu ?"
"D'accord," fis-je en haussant les épaules, me redressant sur ses genoux et attrapant mon sac sous le siège.
"Maman ça te dérange de veiller sur nos affaires ?" demanda Edward. "Bella et moi allons nous dégourdir les jambes."
"Pas du tout," dit-elle avec un sourire. "Gardez juste un œil sur les panneaux en cas de changement de vol. Amusez-vous bien."
"Où allons-nous ?" demandai-je, alors que nous sortions dans un couloir animé.
"J'ai pensé que nous ne ferions que nous promener un moment," dit-il tendant la main et agrippant la mienne, entrelaçant nos doigts. "Nous resterons suffisamment assis dans l'avion."
Nous errâmes un peu, parcourant des souvenirs trop chers dans l'un des kiosques à journaux et nous arrêtant pour prendre une photo devant le globe suspendu que je me souvenais avoir vu dans des films.
"Tu as faim ?" demanda Edward après un moment. "Il y a de bons endroits où manger ici. Et tu peux parier que nous n'obtiendrons rien de bon dans l'avion."
"Qu'est-ce qu'ils ont ? Je ne suis jamais passée par cet aéroport avant."
"Oh baby, tu es avec le bon gars alors," dit-il, me tirant plus près alors que nous nous écartions pour laisser passer un flot de passagers pressés. Mes bras passèrent autour de son cou et il frotta sa joue sur ma mâchoire. "J'ai ici tout un trésor de connaissance en ce qui concerne les secrets cachés de survie dans un aéroport," déclara-t-il, en tapotant le côté de sa tête et ayant l'air assez fier de lui.
"C'est un fait ?" lui demandai-je en lui souriant, me mettant sur la pointe des pieds pour être à un souffle de ses lèvres.
"Mhmmhmm," fit-il mordillant ma lèvre inférieure. "Reste avec moi, mon amour."
"Je ne prévoyais rien de différent," marmonnai-je, resserrant mes bras autour de lui et soupirant alors qu'il suçait doucement ma lèvre entre les siennes, sa langue cherchant délicatement à entrer dans ma bouche et ne rencontrant aucune résistance.
Je gémis doucement alors que la pression de sa bouche augmentait régulièrement et que ses lèvres bougeaient avec les miennes. Ses mains se déplacèrent sur le bas de mon dos, l'une serrant légèrement le tissu de ma chemise tandis que l'autre s'écrasait sur ma peau, pressant mon corps contre le sien. Je haletai en sentant son érection contre mon ventre, mes doigts se resserrant dans ses cheveux alors que je gémissais, rencontrant la passion accrue de ses baisers avec une ferveur égale.
Un sifflement aigu nous fit rapidement nous séparer, pour trouver Alice et Rose qui arrivaient vers nous chargées de sacs de shopping.
"Hé trouvez-vous une chambre, les tourtereaux !" cria Rose, juste un peu plus fort que nécessaire.
Je mis le dos de ma main contre mes lèvres gonflées essayant de retrouver mon souffle.
"Nous étions juste… euh… en train de chercher…" balbutiai-je.
"De la nourriture," lâcha Edward, venant à mon aide en se mettant légèrement derrière moi, essayant de s'ajuster discrètement dans son jean. "On allait manger quelque chose."
"On dirait que tu avais bien entamé l'apéritif avec le visage de Bella," ricana Alice.
"Ferme-là, demi portion," marmonna Edward en roulant des yeux et en me tirant dans la direction opposée. "Nous vous retrouverons à la porte d'embarquement."
"Ne vous laissez pas emporter par votre tourbillon de câlins au point de rater l'avion !" cria Alice.
Nous nous comportâmes bien et Edward m'emmena à un endroit bien connu de Chicago appelé Billy Goat Tavern pour les cheezborgers* Après nous être suffisamment rassasiés Edward m'entraîna avec enthousiasme dans le couloir et dans une file extrêmement longue devant une petite boutique appelée Garrett's Popcorn. J'essayai de le dissuader en disant que l'attente était trop longue et suggérai que nous prenions juste des jetons et des bonbons dans l'un des kiosques à journaux près de la porte mais il insista sur le fait que je ne vivais pas vraiment avant d'avoir goûté leur mélange de Chicago. Cela paraissait un peu dégoûtant, un assortiment de pop-corn au caramel, au beurre et au fromage, tout mélangé mais Edward avait l'air si adorablement excité que je cédai et attendis dans cette file ridicule pour avoir un mélange de pop-corn dégoûtant.
Ça en valait sûrement la peine, il me fit passer le temps en me frottant doucement le cou et en m'engageant dans une démonstration publique et physique d'affection à la limite de la décence qui m'aurait embarrassée si je n'étais pas si désespérée pour lui.
Quand l'adolescent derrière nous me tapa dans le dos et m'informa sèchement que c'était notre tour, je décidai qu'Edward et moi devions vraiment prendre des vacances – juste nous deux, de préférence quelque part complètement à l'écart du monde extérieur. En voyant le regard d'Edward quand je lui suggérais l'idée je ne pensais pas qu'il faudrait trop d'acharnement pour le convaincre.
Au moment où finalement nous montâmes dans l'avion tout le monde semblait être de meilleure humeur et prêt à y aller.
Nous avions finalement réussi à embarquer pour aller au Canada. Nous étions tous un peu fatigués de voyager lorsque l'avion se posa mais la vue de Vancouver dans toute sa splendeur olympique sembla donner le coup d'envoi à notre deuxième souffle. Avec le changement de fuseau horaire nous arrivâmes à l'appartement près du village et nous installâmes juste vers l'heure du dîner.
"Les adultes" choisirent de rester et de commander quelque chose mais les six autres étaient tous impatients de commencer le séjour ici et de se plonger dans l'esprit olympique. Ce fut une courte balade au village et avec les températures douces et printanières dont Vancouver jouissait cela permit une agréable promenade en soirée.
Nous nous arrêtâmes d'abord à la cafétéria pour manger et profiter de la cuisine des chefs de haut calibre, servant des cuisines du monde entier vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Nous errâmes sans but dans les vastes terrains, passant d'un bâtiment à l'autre pour regarder – la salle de gym, le petit complexe commercial complet avec une banque et un centre religieux toutes confessions. C'était vraiment comme une mini-ville isolée. Les sentiers et les couloirs regorgeaient d'athlètes du monde entier, arborant tous fièrement les couleurs de leur nation, beaucoup d'entre eux se promenant avec désinvolture avec des médailles autour de leur cou comme si c'était un accessoire parfaitement courant.
Emmett était comme un enfant le jour de Noël, montrant les sites, donnant les noms des athlètes qu'il reconnaissait. Je m'attendais à moitié à ce qu'il se présente à l'un des snowboardeurs bien connu que nous croisâmes en chemin dans le salon des athlètes et qu'il lui demande un autographe. Vous n'auriez jamais pensé que l'homme lui-même était un athlète professionnel.
Je les présentais aux membres de l'équipe que je reconnus, recevant toujours un accueil chaleureux.
Enfin nous allâmes dans la salle de jeux dans la section américaine des dortoirs. Je mourrai d'envie de montrer ça aux gars depuis que j'avais campé ici presque toute la nuit de la cérémonie d'ouverture. C'était comme une salle de jeux fantastique avec des téléviseurs grand écran. Un groupe s'était engagé dans un passionnant jeu de Guitar Hero, des tables de billard, de ping-pong, de hockey sur table et des fléchettes étaient dispersées partout. La musique pop faible passant dans les haut-parleurs, mélangée au rire des coéquipiers créait une atmosphère de plaisir et de détente où tout le monde pouvait s'éloigner de la pression de ses différentes compétitions et simplement profiter d'une pause.
"Hé, Bella !" J'entendis mon nom appelé par un ténor profond quand nous entrâmes dans la pièce. Je levai les yeux juste à temps pour voir Garrett Saunders, nous rejoindre en courant. C'était un patineur de vitesse et l'un des visages les plus célèbres de l'équipe américaine. Il avait gagné le titre de champion olympique et je suppose que le titre lui avait été attribué pour une bonne raison. Il était incontestablement séduisant avec ses cheveux blonds, courts et ses yeux bleu océan, le bronzage de sa peau convenant mieux à un surfeur qu'à un patineur de vitesse.
Mais alors qu'il faisait battre le cœur des autres filles, je n'avais jamais senti un seul battement de trop pour lui. Il
était simplement un bon gars, une connaissance amicale et un athlète que je respectais.
Je l'avais rencontré aux Jeux Olympiques précédents lors des cérémonies d'ouverture et je l'avais croisé pendant les jeux lorsque Renée n'avait pas son œil d'aigle sur moi. Il avait fait partie du groupe avec lequel j'avais traîné après la cérémonie la semaine précédente. Bien qu'il ait toujours flirté, il n'avait jamais fait un pas dans ma direction non plus, inébranlablement dévoué à sa petite-amie de longue date et qui se trouvait être également membre de l'équipe de curling féminin.
"Garrett, hey ! Comment ça va ?" demandai-je en riant quand il me prit dans ses bras. Ai-je... mentionné qu'il flirtait ? Tout à fait inoffensif mais néanmoins dragueur.
"Super !" dit-il en me remettant sur pied. "Tu viens de revenir ?"
"Oui, ce soir. Comment s'est passée ta semaine ?"
"Deux jusqu'à présent," sourit-il en étirant les rubans autour de son cou pour montrer ses médailles : une d'argent, une de bronze.
Il semblait un peu prétentieux d'étaler ses victoires en portant des médailles pendant que vous alliez dans le lounge mais en regardant autour de la pièce, ces petits disques étincelants étaient partout.
"Waouh, c'est sûr," souris-je, en me penchant pour voir de plus près le motif unique gravé dans le métal ondulé. "Combien t'en reste-t-il ?"
"Deux," dit-il, en laissant tomber ses mains dans ses poches quand je me redressais. "Quinze cents demain et le relais n'est pas avant vendredi prochain".
"Eh bien, bonne chance."
"Toi aussi. Quelques gars et moi avons eu des billets pour venir te voir patiner," m'informa-t-il, en me donnant un petit coup de pouce sur l'épaule. "Je suis sûr que tu seras très bien."
"Oh, c'est vraiment gentil de ta part," dis-je en regardant derrière moi quand je sentis quelqu'un s'approcher.
"Hé, Bells, tu ne nous présentes pas à ton ami ?" demanda Rose de manière suggestive, en ayant l'air plutôt impatiente de rencontrer l'homme en face de moi.
Alice était tout près derrière elle et je dus me mordre la lèvre pour ne pas rire en voyant leur expression. Elles étaient comme deux pré-adolescents en pâmoison face à leur Backstreet Boy préféré. Je m'attendais à moitié à ce qu'elles se mettent à se tripoter les cheveux et à glousser à tout moment.
"Oh mon Dieu, désolée," bégayai-je, en alertant le reste de la bande quand je vis les garçons quelques pas en arrière. "Les gars, voici Garrett, patinage de vitesse. Garrett, voici Jasper, Emmett, Rose, Alice et Edward," lui dis-je, en le tirant près de moi et en me blottissant sous son bras quand il enveloppa facilement sa main autour pour la poser sur ma hanche. "Mon fiancé."
"C'est vrai, j'ai entendu dire que tu t'étais fiancée," dit-il, en tendant la main à Edward et en la lui serrant avec enthousiasme. "Félicitations, mec, j'espère que tu réalises que tu vas épouser l'une des filles les plus cool du monde. Bâtard chanceux."
Edward me fit un sourire fier et un signe de tête pour me dire qu'il était d'accord. Je fus soulagée de ne pas détecter le moindre soupçon de jalousie dans ses yeux. Les gars n'étaient pas tous très compréhensifs quand un mec draguait sa fiancée. Je ne pouvais que supposer qu'il ressentait exactement la même chose que moi. Peu importait qui d'autre croisait notre chemin ou à quel point ils étaient attirants. Nous n'avions d'yeux que pour l'autre et une confiance profonde qui ne pouvait pas être ternie.
"Peu importe, Garrett, comme si tu n'étais pas follement amoureux d'Irina depuis presque une décennie…" plaisantai-je, me fondant dans l'étreinte d'Edward quand sa main frottait négligemment ma hanche.
"C'est vrai," soupira-t-il, en claquant des doigts de façon comique. "Pourtant, beaucoup de cœurs ont été brisés quand on a su que le Swan n'était plus sur le marché. Tu ferais mieux de la traiter correctement, Edward."
"Je vais faire de mon mieux," répondit Edward avec sérénité, un sourire amical aux lèvres.
"Bien sûr que oui, tu as l'air d'un gars droit. Et hé, j'ai presque oublié que tu joues pour les Wild. Ça alors, Emmett, Jasper, je n'ai pas fait le lien au début mais vous êtes tous dans l'équipe !" s'exclama Garrett, l'admiration claire dans sa voix. "Vous êtes géniaux, je suis un grand fan. Ma mère ne m'a jamais laissé partir pour le hockey, elle a dit que j'étais 'trop délicat'. Je suis presque sûr que c'est le langage maman pour dire maigrichon."
"Certainement plus du tout maigrichon," murmura Alice dans sa barbe, trop tranquillement pour qu'un des garçons l'entende. Rose secoua la tête en signe d'accord, les yeux écarquillés d'appréciation en mordant lèvre inférieure. Je ne l'avais jamais vue regarder quoi que ce soit de cette façon, sauf les voitures classiques et Emmett.
"Vous allez assister à un match pendant que vous êtes ici ?" demanda Garrett aux gars. "Je pense que les USA jouent contre le Canada pour les préliminaires de dimanche."
"Oui, mais ils doivent être complètement complets, je veux dire, voyons !" se moqua Emmett.
"Mec, t'es avec Bella, je suis sûr qu'elle peut te brancher !" dit Garrett, en donnant une légère claque sur l'épaule à Emmett. "N'est-ce pas, Swan ?"
Je me retins de sourire, ne voulant pas laisser entendre que j'avais pris les devants.
"Je vais voir ce que je peux faire…" Je haussai les épaules avec désinvolture. "Je vais peut-être pouvoir tirer quelques ficelles…"
"Babybel, tu es géniale !" dit Emmett, le poing levé.
"Vous allez rester dans le coin un moment ? Nous étions plusieurs à vouloir organiser un tournoi de hockey sur table. Vous voulez voir si vos compétences correspondent à vos mouvements sur la glace ?" dit Garrett, sur le ton le plus convaincant.
"Amusez-vous bien !" dit rapidement Alice, les repoussant pendant qu'elle liait son bras avec le mien. "On va juste avoir une petite discussion entre filles sur les canapés."
Elle attendit que les gars partent avec Garrett et elle me traîna sur un canapé, me poussant pour que je m'assoie et en me tapant les doigts sur le front.
"Aïe, c'est quoi ce bordel, Alice ?" râlai-je, en me frottant le front.
"Tu nous as caché des choses, ma fille !" accusa Alice. "Quel autre régal pour les yeux as-tu caché ?"
"De quoi parles-tu ?"
"De quoi je parle ? Je parle du fait que Garrett Saunders vient de traverser la salle et te serrer dans ses bras comme si tu étais sa meilleure amie ou quelque chose comme ça. Crache le morceau !" dit-elle d'un seul souffle, avec des yeux énormes alors qu'ils se baladaient derrière moi pour vérifier où étaient les gars et voir qui d'autre elle pourrait reconnaître.
"Il n'y a rien à cracher !" insistai-je. "Je l'ai rencontré aux derniers Jeux Olympiques et je l'ai revu la semaine dernière quand j'étais ici. Nous avons traîné ensemble après les cérémonies d'ouverture".
"Et tu ne t'es jamais tapé ça ?" se moqua Rose.
"Quoi ?" criai-je de surprise. "Non !"
"Bells, l'homme est digne qu'on lui bave dessus," m'informa Alice comme si je manquais un fait évident.
"Il est dans mes cinq," dit Rose.
"Tes cinq ?" lui demandai-je.
"Oui, tu sais, la liste des cinq célébrités avec lesquelles tu pourrais coucher si jamais tu en avais l'occasion... oh merde, eh bien, je suppose que je viens de prouver que cette règle est fausse puisque nous sommes dans la même pièce avec mec régal pour les yeux et il n'y a toujours pas moyen que je trompe Emmett," raisonna-t-elle, son visage se laissant aller à une certaine déception. "Oh et bien, je maintiens toujours qu'il est un de mes béguins célèbre."
"Ok, c'est juste...peu importe mais non, je ne me suis jamais "tapé" ça. Vierge, tu te souviens ?"
Alice se mit à ricaner.
"Plus maintenant," fit remarquer Rose, les yeux rivés sur la pièce et sifflant à voix basse.
"Et je dois dire que j'ai une nouvelle admiration pour ta maîtrise de toi-même. Tenir ta carte V pendant si longtemps avec un tel éventail de prétendants de premier plan n'aurait pas dû être si facile."
"Vous êtes de vraies perverses !" m'exclamai-je, en les frappant toutes les deux sur la tête pour essayer de leur enlever ce regard de groupie effrayante en pâmoison. "Et toi, tu es heureuse dans ton mariage !" dis-je, pointant un doigt accusateur sur Alice.
"Ça ne me rend pas aveugle," fit-elle, en haussant les épaules.
"Garrett Saunders est sacrément sexy, Bells", dit Rose. "Admets-le."
"Meh," je haussais les épaules avec désintérêt.
"Oh ne t'en fais pas, Rose," dit Alice d'une voix dégoûtée. "Elle est clairement prise dans la brume des fiançailles où elle ne voit pas d'autre homme que son fiancé."
"Ouaip," dis-je avec un sourire suffisant, en me plongeant dans la vue de mon fiancé sexy qui se livrait à un jeu exigeant de hockey sur table et la façon dont les muscles de son dos et de ses bras ondulaient délicieusement sous son t-shirt fin. "Et la vue est sacrément bonne d'ici."
Quelques heures plus tard, notre groupe s'était mélangé avec les autres Olympiens, passant de bons moments à rire et à bavarder.
Alice et Rose avaient rapidement perdu leur attitude de groupie et s'étaient lancées dans le jeu, leur enthousiasme effréné attirant facilement les gens lorsqu'elles ont affronté un groupe de skieurs alpins à Guitar Hero.
Eric s'était pointé il y avait quelque temps et Emmett l'avait pris sous son aile, essayant de lui apprendre comment jouer au ping-pong. Jusqu'à présent, il n'avait eu que peu de succès car Eric avait tendance à se recroqueviller et à laisser tomber sa raquette chaque fois que la petite boule blanche s'approchait de lui. C'était comme un petit spectacle comique et je m'amusais bien à les regarder quand Edward arriva et se posa sur le canapé à côté de moi.
"Hé, ma belle, comment ça va ?" me demanda-t-il, en m'embrassant sur le dessus de la tête alors que je me blottissais dans ses bras.
"Bien. Tu t'amuses bien ?" J'inclinai ma tête vers l'arrière en souriant quand il m'embrassa doucement sous cet angle bizarre.
"Oui," dit-il en m'embrassant à nouveau. "Toi ?"
"Mmmhmm," je fredonnai, l'embrassant encore une fois avant de me pelotonner sur ses genoux. "Un peu fatiguée. C'était... une longue journée"
"Nous allons bientôt partir. Je pense que tout le monde est bien fatigué," murmura-t-il, en caressant doucement mes cheveux et m'enroulant dans son étreinte. "C'est un groupe amusant. Garrett est un gars marrant."
"Ouais, il a toujours été un peu grande gueule," dis-je, en me battant contre un bâillement. "Lui et Eric s'entendent vraiment bien."
"Je vois ça," dit Edward en riant, en regardant où Garrett avait rejoint Emmett et Eric, en essayant de lui donner quelques conseils "utiles" qui, pour la plupart, ne nécessitaient que beaucoup de tentatives dans un va-et-vient d'insultes. Dites avec la plus grande affection bien sûr.
Je souris, en riant doucement à ce spectacle et je m'enfonçai dans l'épaule d'Edward.
"Hé," dit doucement Edward, en nous appuyant contre les coussins alors que nos jambes s'entremêlaient. "Garrett a dit qu'il pouvait nous obtenir des laissez-passer pour aller le voir patiner demain, ça te dit ?"
"Ouais. Ça a l'air sympa."
"Euh…" il s'éclaircit la gorge, voulant manifestement dire autre chose, bien qu'il hésite.
"Quoi ?"
"Tu penses vraiment que tu peux nous faire entrer au stade dimanche ?"
"Pourquoi ?" lui demandai-je avec désinvolture, en levant la tête de sa poitrine et en fondant un peu à son expression excitée dans ses yeux d'un vert éclatant. "Tu voulais y aller ?"
"Putain oui ! Je veux dire, euh, oui, si on peut entrer…" bégaya-t-il, se reprenant rapidement. Je dus me retenir pour ne pas éclater de rire. "Mais ce n'est pas grave si tu ne peux pas nous avoir des billets."
Je souris et frottai mes articulations sur sa joue, embrassant doucement ses lèvres.
"Que dirais-tu si je te disais... que je les ai déjà," dis-je.
"Sérieusement ?"
Quand je hochai la tête ses yeux sortirent presque de leurs orbites.
"Rangée six, centre de la patinoire."
Il me fixa un moment, sa mâchoire se relâcha. Puis ses yeux se plissèrent et il serra ses lèvres me regardant avec une agitation enjouée. Ses doigts s'enfoncèrent dans mes flancs, chatouillant mes côtes alors qu'il me roulait sous lui, me grondant joyeusement pour ne pas lui avoir dit plus tôt. Perché au-dessus de moi, ses lèvres s'écartèrent dans un sourire géant.
"Tu es vraiment la fiancée la plus cool qui soit."
⁂
Pendant les trois jours suivants je me concentrais sur vivre cette expérience le plus possible, me plongeant dans l'excitation et le plaisir des jeux. Je n'oubliais pas pourquoi j'étais là et je consacrai une partie de mes matinées à sortir sur la glace et aller au gymnase pour continuer mon entraînement afin de pouvoir m'adapter au changement d'altitude. J'avais même réussi à faire sortir les gars pour un footing avec moi autour du périmètre du village à quelques reprises chaque matin.
Honnêtement à ce stade j'étais aussi préparée que possible, il était inutile de m'enchaîner à la patinoire pour m'entraîner.
Je l'avais fait la dernière fois à Turin même si ce n'était pas par choix. J'avais à peine vu quoi que ce soit des jeux à part l'intérieur de la patinoire de Palavela où se passaient les entraînements et où nous avions patiné. Au moment où le programme court se profila j'étais déjà usée bien que Renée ne l'ait pas vu et c'était à cause du surentraînement.
Je n'avais pas prévu de refaire cette erreur une deuxième fois.
J'étais redevenue olympienne et je l'avais fait entièrement avec mes deux pieds sans que Renée soit là pour me pousser et m'inciter à faire plus. Les jours où elle me disait que je devais m'entraîner davantage, que je ne pouvais pas me permettre de me laisser distraire étaient passés. Cette fois j'avais bien l'intention de profiter de cette aventure que si peu de gens ont la chance de vivre.
Chaque jour j'enfilai ma tenue de supporter rouge, blanc et bleu et m'aventurai à soutenir mes coéquipiers avec ma famille enthousiaste. Ils m'entouraient d'amour et de soutien ayant foi en mes capacité et encourageaient mon besoin de prendre du recul par rapport à l'entraînement et de profiter de ce temps. Je savais que l'occasion ne se reproduirait plus et j'étais complètement déterminée à tout absorber comme une éponge.
Le snowboard, le patinage de vitesse, le curling nous en eûmes un aperçu, allant même jusqu'à Whistler pour regarder l'action en montagne lors du ski alpin et les courses de skeleton. Nous restions ensemble ou nous séparions en groupes en fonction des événements que nous voulions voir s'il y en avait plus d'un à la fois.
De temps en temps nous rencontrions Eric, Angela, Garrett et d'autres avec lesquels nous avions fait connaissance le premier soir. Mais si souvent nous n'étions que six, je trouvais que je préférais cela. Partager cette expérience avec Alice, Jasper, Emmett, Rose et Edward, courir tous les jours dans le village olympique comme des enfants sautaient sur des bonbons à Disney World… je n'échangerai cette expérience pour rien au monde. Tant de souvenirs se gravèrent dans ma tête au cours de ces trois jours… Je savais que c'était des souvenirs que je chérirais pour toujours.
Mon préféré était d'être assise près d'Edward dans les tribunes bondées de la patinoire de hockey et d'encourager l'équipe américaine contre le Canada. C'était le premier match de hockey, c'était le premier auquel nous assistions ensemble en tant que fans, même si nous avions déjà regardé quelques matchs à la télévision. J'aurai dû réaliser qu'il serait un fan fou mais rien n'aurait pu me préparer à ce que je vécus pendant ce match.
Il était le mélange parfait de ses parents – suivant calmement et studieusement les mouvements du jeu comme Carlisle, toujours sur le bord de son siège, ses doigts sous son menton jusqu'à ce que ce qu'un penalty soit prononcé ou qu'une bagarre éclate ou qu'un but soit marqué. Puis il était totalement comme Esmée, sautant partout, applaudissant et criant.
A chaque but marqué par les Etats-Unis, il me soulevait et m'écrasait contre lui avec un câlin et me faisait presque exploser les tympans avec ses cris exaltés. En voyant son expression alors qu'il regardait le match se jouer il devenait clair pour moi qu'il mourrait d'envie d'y aller même s'il ne l'admettrait pas.
Pourtant il semblait parfaitement heureux d'être assis avec moi, me tenant la main et grignotant un bretzel tout en étant entouré par le reste de notre famille autour de nous.
Vers la fin de la troisième période, les Etats-Unis avaient une avance minime et je commençai à avoir hâte de sortir de là. Pas parce que je n'aimais pas le match ou la compagnie mais regarder Edward sur les gradins toute la soirée plus le manque de temps que nous pouvions passer ensemble depuis notre départ du Minnesota, tout ça me faisait me sentir très… fringante.
J'avais entendu certains des athlètes bavarder au Village à propos de la diminution jusqu'à l'arrêt total de l'entrainement avant une compétition*. Il est courant pour les olympiens de s'entraîner très rigoureusement et de réduire considérablement les jours précédant leurs épreuves. C'est ce qui est censé entraîner des conditions de performances maximales pour le corps. C'était quelque chose que presque tout le monde pratique dans une certaine mesure à ce niveau et il était certain que je m'entraînais bien moins que quand j'étais chez moi pour donner à mon corps beaucoup de repos.
Ce que je n'avais pas réalisé c'est qu'il était bien connu que cette pause entraînait également une augmentation massive de la libido. Quelque chose concernant les endorphines. Cela aidait certainement à expliquer l'atmosphère sexuellement chargée dans le village ainsi que la pléthore de préservatifs gratuits fournis aux athlètes… ce qui n'était tout simplement pas quelque chose que j'avais remarqué ou vécu moi-même. Jusqu'à maintenant.
Que ça soit ça ou non, je m'en fichais vraiment. Je voulais juste avoir Edward seul et nu et le plus tôt possible.
Son attention était sur le match, ses yeux presque vitreux et il ne clignait pratiquement jamais, même si je pouvais les voir se déplacer rapidement alors qu'ils suivaient le palet. Une partie de moi pensait que je devrais juste attendre car le match était presque terminé et il était tellement excité d'être venu le voir. Mais j'ai pensé qu'il n'y avait aucun mal à au moins faire connaître mes intentions pour ce que je voulais faire ensuite.
Je me rapprochai un peu plus de lui, enroulant mes bras autour de son biceps alors que son coude était sur l'accoudoir entre nous. Puis je penchai ma tête contre la courbe de son épaule, me blottissant contre son cou alors qu'il s'adaptait pour m'accueillir.
"Salut," murmurai-je, posant un doux baiser contre son cou.
Il se tourna légèrement et me sourit, passant son doigt sur mon avant-bras. "Tu t'amuses ?"
"Ouais," soupirai-je, baissant ma voix pour qu'elle devienne un murmure prometteur. Je voulais lui expliquer clairement mes intentions mais je n'avais certainement pas besoin que quelqu'un d'autre entende ce que j'avais en tête. "Bien que je préfère de loin te voir sur la glace."
"C'est vrai ?" sourit-il mais il était clair que je n'avais pas encore attiré toute son attention. Je vais devoir intensifier mon jeu.
"MMMhMMM," fis-je, laissant tomber une de mes mains sur son genou et remontant lentement le long de sa cuisse. Je ratissai mes ongles le long de son entrejambe, il se redressa un peu plus en sursautant, écartant automatiquement les jambes juste un peu à mon contact. Mes lèvres firent un sourire coquin. J'ai définitivement son attention maintenant.
"Je te vois patiner là-bas, la façon dont la transpiration s'accumule sur ta peau après l'effort, j'imagine ton corps, la façon dont tes muscles s'étirent sous tes protections. La façon dont tu gères ton… bâton…" dis-je lentement, ma voix remplie d'insinuations. J'appuyai un baiser bouche ouverte et senti sa peau vibrer contre mes lèvres alors qu'il haletait, sa pomme d'Adam bougeant tandis qu'il déglutissait difficilement. Avec un sourire satisfait, je me rassis à ma place. "Ouais je préfère vraiment ça."
"Seigneur Bella," gémit-il, les yeux fermés et la mâchoire contractée. Comme c'était toujours le cas quand il essayait de garder une certaine maîtrise de soi. "Tu ne peux pas me dire ça quand on est en public."
C'était probablement un peu méchant de le taquiner davantage mais je ne pouvais pas m'arrêter. Mon besoin désespéré de lui m'avait transformé en chatte sans vergogne. Je me fichais même que mon père et ses parents soient à moins de trois mètres. Je pensai que tant qu'ils ne se retournaient pas j'étais en sécurité.
"Alors ça n'aidera probablement pas si je te dis que j'ai emballé ton maillot dans mon sac," murmurai-je, en me tournant un peu sur mon siège pour pouvoir facilement caresser son torse avec mes doigts. "Et que j'ai bien l'intention de le mettre quand nous retournerons à notre chambre," dis-je, refermant doucement mes dents sur le lobe de son oreille. "Et rien d'autre… Capitaine."
"Oh Seigneur," gémit-il, puis il haleta quand mes doigts effleurèrent son érection. Sa prise se resserra sur l'accoudoir jusqu'à ce que ses articulations soient blanches. "Non, ça n'aide vraiment pas."
"Tu sais qu'ils disent que les participants aux JO sont très excités pendant les jeux ?" l'informai-je sur le ton de la conversation, nonchalamment alors que mes doigts continuaient à errer sur sa cuisse.
"Ils font ça ?" dit-il faiblement, soulevant légèrement ses hanches du fauteuil comme s'il cherchait mon attention.
"Ouais, toute cette testostérone et cette activité physique, tant de jeunes corps parfaits et fermes dans un espace confiné, " dis-je, en appuyant ma main sur le muscle durci de sa jambe.
"C'est une situation difficile," dit-il tournant sa tête pour caresser sa joue contre ma peau douce, embrassant légèrement mon cou.
"Mmmhmmm, mais il n'y a qu'un corps ferme que je veux. Le seul que j'aie jamais voulu et que je voudrai toujours," dis-je, d'une voix rauque alors que les doigts de mon autre main plongeait dans ses cheveux, agrippant les mèches pendant qu'il embrassait mon cou. "Le seul dont j'ai besoin. Le tien."
Ses mains allèrent sur mon visage avec empressement, me tenant fermement tandis que sa bouche couvrait passionnément la mienne.
"Soudain je suis très impatient que ce match soit terminé," murmura-t-il, son souffle chaud et haletant sur mes lèvres.
C'est à ce moment que le commentateur dit dans le haut-parleur, "Il reste une minute dans la troisième période !"
"Putain quel timing parfait !" marmonna Edward, se levant de son siège et me tirant, pas très délicatement, sur mes pieds avec lui. Je criai à notre brusque mouvement puis ravalai un gémissement en voyant l'éclat dans ses yeux. De la luxure. Pure.
"Hé mec ou tu vas ? Ils viennent juste de sortir le gardien !" protesta Emmett, posant sa main sur l'épaule d'Edward pour le maintenir en place.
Pendant une seconde il sembla qu'Edward fut tenté de jeter son frère par terre et de m'emporter sur son épaule, une image mentale qui m'excitait bien plus qu'elle ne le devrait. Mais nous fûmes épargnés parce que la foule se leva pour fêter une glorieuse victoire. Emmett lâcha sa prise pour se joindre aux applaudissements en tapant dans les mains de chaque personne qu'il pouvait atteindre.
Les Etats-Unis avaient marqué dans la dernière minute du match, remportant la victoire.
Edward me prit dans ses bras, ses mains dans mon dos et il appuya mes hanches contre lui sous l'apparence d'une étreinte de joie.
Il plongea sa tête près de mon oreille tandis que les applaudissements continuaient de retentir autour de nous "Sortons d'ici."
Je hochai la tête alors qu'il me remettait sur mes pieds, saisissant instantanément ma main fermement alors que nous nous frayions un chemin hors de la rangée.
"Nous nous reverrons à l'appartement plus tard," dit-il lorsque Rose demanda où nous allions. "Beaucoup plus tard," claqua-t-il après un autre regard lubrique vers moi.
Il me traîna pratiquement dans l'escalier, désireux de nos faire sortir de la patinoire avant la fin du match pour éviter que nous soyons engloutis par la foule. Je le suivis, gloussant et à bout de souffle tout le long du chemin en trébuchant, criant de manière puérile quand il grogna et me hissa simplement dans ses bras, pas très loin de mon précédent fantasme.
Le chemin du retour prit environ trois fois plus de temps que prévu car nous n'arrêtions pas de tomber l'un sur l'autre. C'était comme une sorte de force magnétique qui courait entre nous. Je devais simplement le toucher.
A un moment il me coinça contre le mur de la salle à manger du village olympique, ses mains dézippant mon gilet avec impatience pour qu'il puisse plus facilement caresser mes seins sous mon pull. Ce n'était que légèrement embarrassant lorsque nous avons été pris sur le fait par une équipe de bobeurs qui passait. Ensuite Edward m'ordonna fermement d'avancer à trois mètres de lui sans aucun contact physique jusqu'à ce que nous soyons arrivés.
Et nous l'avons fait, claquant à peine la porte derrière nous avant d'être l'un sur l'autre. C'était un enchevêtrement désespéré de mains, de lèvres et de membres, nous griffant dans notre frénésie. Les vêtements furent déchirés et dispersés au hasard dans notre hâte d'être nus, cherchant la satisfaction de nos peaux glissant l'une sur l'autre.
Nous tentâmes de monter l'escalier pour aller dans notre chambre au cas où notre avertissement n'aurait pas été pris au sérieux. Mais nous ne fîmes que deux pas avant qu'il ne perde patience et ne me cloue contre un mur. Ses lèvres se collèrent à ma peau et ses doigts s'enfoncèrent dans mes hanches alors qu'il m'agrippait, me soulevant jusqu'à ce que mes jambes s'enroulent autour de sa taille, attirant sa longueur en moi d'un coup à me couper le souffle.
C'était animal, la sueur scintillant sur notre peau alors que nos corps tapaient l'un contre l'autre, chacun cherchant le plaisir que seul l'autre pouvait offrir. Des cris d'extase et des grognements de satisfaction furent les seuls autres sons dans la pièce. Même ceux-ci tombèrent dans l'oreille d'un sourd alors que le sang pulsait dans ma tête comme des vagues déferlantes alors qu'il me prenait.
Je n'eus aucune idée de combien de temps ça dura, deux ou dix minutes. Tout ce que je savais c'est que je ne m'étais jamais sentie plus désirée que lorsqu'Edward me serrait désespérément contre lui, haletant mon nom, sa tête enfouie dans mon cou alors qu'il se déversait en moi quelques secondes seulement après mon orgasme fracassant.
Il me maintint là, contre le mur, tous les deux effrayés de bouger de peur de simplement nous effondrer. Finalement je desserrai mes jambes de sa taille et nous glissâmes sur le sol.
"Merde. Bordel. Aah, Bella," haleta-t-il, sa main frottant son cœur palpitant alors qu'il essayait de récupérer son souffle.
"Tu peux le dire encore une fois," gloussai-je, en m'étalant à côté de lui, la poitrine se soulevant comme mes poumons brûlaient pour trouver de l'oxygène.
Nous nous allongeâmes sur le sol dans un silence satisfait, ma tête posée sur son bras comme seul contact entre nous.
"Ce devrait être une raison suffisante pour organiser les Jeux Olympiques chaque année," dit-il après
quelques minutes. Quand je tournai la tête pour le voir, il regardait le plafond complètement satisfait.
"Oh mon Dieu, on s'entre tuerait !" m'exclamai-je, en me retournant pour poser ma tête sur sa poitrine.
"Tu veux parier ?" Il sourit avec malice, me faisant rouler sous lui, en me couvrant le visage de baisers taquins.
⁂
Avant que je ne m'en rende compte, le mardi arriva et c'était à mon tour d'avoir une chance de remporter une médaille, plutôt que d'applaudir ceux qui avaient gagné la leur. Mon échauffement se passa bien, même si la vue de toutes ces chaises vides entourant la glace inquiétait les papillons dans mon ventre.
La taille même de la patinoire était impressionnante mais je trouvais un moyen de me calmer et de m'entraîner en me répétant encore et encore que ce n'était qu'une foule comme les autres, juste un spectacle ou compétition de patinage. Que la taille n'avait pas vraiment d'importance.
Ce soir-là, j'entrai dans le Pacific Coliséum aussi préparée que possible.
Dès que je déposais mes affaires dans le vestiaire, je me mis au travail en m'échauffant et en faisant ce que je faisais habituellement quand j'étais dans cette zone.
Pour une raison quelconque, ça ne fonctionnait pas. L'ambiance dans la patinoire était si pleine d'énergie
qu'il m'était impossible de retrouver mon calme. Les bruits de la foule au début de la soirée étaient si
assourdissants que même dans les coulisses, avec mes écouteurs, je pouvais entendre chaque acclamation, chaque grognement, chaque applaudissement.
Mon cœur cognait dans ma poitrine et je devais boire de l'eau toutes les deux minutes pour empêcher que ma gorge
ne devienne sèche. Malgré tous mes efforts, je ne pus m'empêcher de vérifier les écrans après chaque
patineuse, pour voir comment elle s'était débrouillée. Le tirage au sort ne m'avait pas favorisée, me laissant en dernière position. Cela ne me donnait que plus de temps pour devenir nerveuse.
J'envoyai des SMS à Edward, en prenant soin de censurer mes commentaires pour qu'il ne soupçonne pas à quel point j'étais secouée mais je pense qu'il me surveillait. Chaque message de sa part était rassurant, apaisant, juste ce qu'il me fallait.
Il m'aidait... en quelque sorte. Mais j'étais encore un peu nerveuse quand je dus éteindre mon téléphone et avancer dans le vestiaire pour me changer.
Cela ne fit qu'empirer avec l'échauffement du groupe. C'était le bruit de la patinoire. Je jure que je n'avais jamais entendu rien de tel de toute ma vie.
Cela avait-il été le cas à Turin ? Etait-ce simplement que j'avais oublié au cours des quatre dernières années comment c'était de se produire aux Jeux Olympiques ?
J'avais envie de vomir.
Une fois de plus dans les coulisses, je pris quelques minutes pour m'asseoir et poser ma tête entre mes genoux, essayant désespérément de me sortir de cet état de terreur totale. Ce serait un désastre si je sortais comme ça.
Finalement, je pus reprendre le contrôle de ma respiration et me concentrer pour rester au chaud, me visualiser en train de patiner un programme parfait.
J'avais ça. J'avais déjà parfaitement réussi ce programme à Spokane. Je pouvais le refaire.
Malheureusement, les lourds battements de mon cœur et les spasmes de mon estomac s'opposaient à ces pensées confiantes.
La meilleure concurrente du Canada patinait juste avant moi et la foule fut enthousiasmée par ses résultats, ce qui la plaça facilement en première position.
Les acclamations pour elle se transformèrent rapidement en un chant tonitruant de "U-S-A ! U-S-A !" quand j'enlevai mes protections et marchai sur la glace.
Pas de pression, n'est-ce pas ?
Je me glissai dans le coin, en attendant le signal pour pouvoir prendre mon départ. Mon pouce frottait nerveusement le cygne caché sur ma hanche, une habitude à laquelle je n'avais pas eu recours depuis un certain temps. En le faisant, je ne pouvais pas m'empêcher de regarder tout autour. Les drapeaux américains flottaient avec force et des panneaux colorés arboraient mon nom. Des gens. Tant de gens.
Marcus me rappela, les mains tendues sur les bordures, offrant un moment d'ancrage dans une tempête de détresse.
Je mis mes mains dans les siennes, les récupérant instantanément pour les essuyer sur ma jupe lorsque je remarquai combien elles étaient moites. Marcus se tenait simplement debout, les paumes levées et attendait patiemment. Je bougeai nerveusement mes genoux, mes yeux s'agitant partout sauf là où il le fallait. Je savais que je me sabotais toute seule mais je ne pouvais rien y faire. C'était comme une avalanche de peur imparable et les nerfs qui se déchaînaient dans mon système.
"Allons-y, Bella," me dit gentiment Marcus, les doigts se repliant pour me faire signe. J'essayai à nouveau de soulever mes mains et les placer dans les siennes mais elles vibraient pratiquement.
"Oh, mon Dieu, Marcus," haletai-je, en plaçant mes mains devant moi. "Je ne peux pas m'arrêter de trembler."
"Les mains ici, ma fille," murmura-t-il d'un ton apaisant. Je posai rapidement mes mains dans les siennes, ses mains chaudes se serrèrent autour de mes doigts gelés et il frotta de manière rassurante mes mains tremblantes. "Allez, Bella. Respire profondément. Inspire... expire... Encore une fois. Inspire... expire... Et voilà…" dit-il. Je suivis ses instructions et je me sentis apaisée, les yeux fermés pendant un moment alors que j'essayais de bloquer tout sauf le son de sa voix et ma respiration. "Continue de respirer et reste sur tes pieds. C'est tout ce que tu dois faire. D'accord ?"
"Ouais," murmurai-je, le son perdu dans le volume de la salle. Je hochai la tête lentement, en gardant les yeux fermés aussi longtemps que possible pour maintenir ce sentiment précaire de calme. "Ok."
Marcus resta simplement là avec moi, me tenant les mains et frottant mes articulations jusqu'à ce que nous entendions mon nom, d'abord en français puis en anglais.
"Représentant les États-Unis, Isabella Swan !"
Mes yeux s'ouvrirent au rugissement de la foule. C'était une lutte pour maintenir le sentiment de calme mais je réussis, d'une manière ou d'une autre, à y parvenir, du moins dans une certaine mesure.
"Ecoute juste la musique et fais-toi confiance. Tu l'as," dit Marcus, en serrant mes mains encore une fois. Je lui fis un signe de tête, lui faisant un sourire tremblant maintenant que j'avais réussi à contrôler ma respiration. Il lâcha mes mains et me fit sortir. "Prends tout ton temps."
Je fis comme me dit, exploitant chaque seconde de la minute qui m'était allouée pour prendre ma place au centre de la glace, ce qui permit à la foule de se calmer. Lorsque je levai les bras dans leur position de départ, la patinoire était silencieuse. A ce moment, mille doutes me consumaient, le trac dans mon estomac ne faisait qu'attiser les flammes. L'étendue de la glace s'étendait autour de moi comme une mer sans fin et je me tenais prête à me noyer.
Le morceau familier résonna dans cette patinoire inconnue. Mes pieds répétaient ce qu'ils avaient fait des centaines de fois sur cette glace inconnue. Une fois que je retrouvais ma routine, presque tout le reste disparaissait, me permettant de me concentrer sur mes mouvements et ma performance. Je m'approchai du premier saut avec confiance mais cela n'aida pas. Rotation excessive. Mauvaise rotation.
Tout ce que j'entendais dans ma tête pendant la descente, c'était la voix apaisante de Marcus qui disait : "Reste sur tes pieds". D'une manière ou d'une autre, je réussis à sauver l'atterrissage, même si c'était serré et que je n'avais plus suffisamment d'élan que pour faire un double saut au lieu du triple prévu.
Eh bien, vas-y. Ce n'était pas vraiment ce que je voulais. J'ai atterri cette combinaison proprement toute la semaine, qu'était-il arrivé ?
Je n'avais pas le temps de m'attarder sur le passé, à moins de vouloir totalement gâcher mes chances, alors je m'en débarrassais en faisant coïncider mon souffle avec le rythme de la musique comme je le faisais mes croisements pour le prochain saut. Profondes respirations... et atterrissage parfait.
Mieux comme ça.
Une fois les sauts derrière moi, je voguai à nouveau en douceur à travers mes pirouettes et mes spirales, terminant sur une note élevée qui fit se lever la foule. Mais en saluant, je ne pus m'empêcher de me sentir juste un peu déçue. J'avais laissé l'ambiance prendre le dessus et n'avais pas réussi à me calmer suffisamment pour atteindre l'état d'esprit dont j'avais besoin pour réaliser un programme parfait. Après une si belle performance aux finales nationales, j'étais déçue de ne pas avoir pu le faire à nouveau.
Je gardai le sourire et mes pensées pour moi-même en saluant la foule, en glissant vers le bord tout en me frayant un chemin à travers les bouquets de fleurs et les animaux en peluche éparpillés sur la glace. L'un d'entre eux attira mon attention. Juste avant d'arriver à la porte, je vis un ourson en peluche sur la glace, portant un maillot de hockey vert. Je souris, mon moral s'améliora instantanément, je le ramassai pour y jeter un coup d'œil de plus près. L'ours portait une réplique miniature de maillot des Wild d'Edward, nom et numéro brodés dans le dos et tout.
Je serrai l'ours contre ma poitrine et levai les yeux vers les gradins, en essayant de le trouver dans la foule imposante. Cela me prit un moment mais juste avant de sortir de la glace, je le repérai. Ses cheveux de bronze brillaient dans la lumière fluorescente aveuglante. Il se tenait dans les gradins avec notre famille, vêtu de la tête aux pieds des couleurs de l'équipe américaine que j'avais pris pour lui, m'encourageant fièrement.
En les voyant là, leurs visages excités alors qu'ils me saluaient, je ne me sentis plus aussi déçue. Ça n'avait peut-être pas été parfait mais je m'étais bien reprise après mes erreurs et avais continué.
Et vraiment, c'est tout ce que je pouvais me demander.
Je n'avais pas besoin d'être irréprochable.
Quand je sortis du Kiss & Cry avec mon ours Cullen blotti dans mes bras et à la troisième place, en fait je me sentis assez phénoménale.
⁂
Il fallut un certain temps pour sortir du Pacific Coliseum après le programme court. Même si j'étais la dernière de la soirée il y avait encore la presse à gérer. J'avais pris quelques minutes pour bien m'étirer dans les vestiaires pour ne pas risquer un muscle froissé puis je passai mes bras sous ceux de Marcus et Esmée pour sortir des coulisses et retrouver tous les autres.
Ils étaient pleins de sourires et d'encouragements. Pas un seul mot sur mes petits faux pas. Et en fait, ils étaient mineurs bien qu'ils m'aient paru énormes sur le moment. Je ne m'attendais pas vraiment à ce qu'ils en parlent mais c'était quand même si... rafraîchissant de n'entendre que de la positivité. Même maintenant, après tous ces mois, une petite partie de moi continuait à attendre cette réprimande quand je faisais une erreur. Mais à chaque fois que je dérapais et que je n'étais pas parfaite, il était devenu un peu plus facile d'accepter que cela n'allait pas venir, plus maintenant.
A Turin, lorsque j'avais pris la tête à la suite de mon programme court, Renée avait encore ressenti le besoin de souligner les minuscules détails que j'aurais pu mieux faire. Je savais que ma famille n'était en rien comme elle.
Esmée, Charlie, Edward, Alice. Pas un seul d'entre eux, ni aucun des autres, ne m'aurait jamais rabaissé ou m'aurait fait sentir que je n'étais pas assez bien. En fait, ils s'empressaient de dire exactement le contraire, que j'étais toujours bonne. Mais quand même, c'était comme s'il y avait un certain instinct ancré dans mon cœur après tant d'années de critiques qui n'attendaient que d'entendre sa voix chaque fois que je sortais de la patinoire. Surtout ici.
Bien que nous soyons à l'autre bout du monde, l'environnement était si semblable. Cela faisait remonter tant de souvenirs même si je m'efforçais d'en créer de nouveaux.
De meilleurs souvenirs.
J'avais mal au cœur pour la fille que j'avais été à l'époque - si seule et nerveuse, terrifiée par son propre potentiel et essayant toujours d'enterrer profondément ces insécurités pour donner l'image d'une perfection inébranlable quand je me sentais tout sauf parfaite.
Je pouvais encore me rappeler si clairement ce qu'avait été cette vie et je ne pouvais jamais imaginer y revenir.
Plus jamais je ne pleurerais avant de m'endormir après une mauvaise journée d'entraînement, seule et misérable. Même lors de mes jours les plus difficiles, j'aurais toujours Edward. Je pouvais envisager l'avenir avec la certitude que même si je n'avais pas toutes les réponses, je les trouverais et je n'aurais jamais à le faire seule. Mes fardeaux étaient les siens, tout comme mes triomphes. Tout comme les siens étaient les miens. Avec le soutien que j'avais gagné et la confiance que j'avais désormais en moi, je pouvais regarder en arrière et me rendre compte que mes erreurs ne m'avaient pas brisé, elles n'avaient fait que me rendre plus forte. Et avec cette certitude, je me rendis compte que je pouvais faire à peu près tout ce que je voulais.
De retour à l'appartement, nous nous installâmes tous dans le salon, un feu chaud crépitait en arrière-plan, pour grignoter un en-cas et profiter de la compagnie. J'avais un jour de congé avant le patinage libre, donc je n'étais pas trop inquiète de rester éveillée tard. Pourtant, le flot constant des activités commença à nous rattraper et à minuit, tout le monde se dirigea vers sa chambre en luttant contre les bâillements.
Edward s'endormit, probablement convaincu que j'étais tellement épuisée par ma journée que je ne devrais pas avoir de difficulté à dormir. Mais d'une certaine façon, le sommeil m'échappait. Je restai allongée là, au chaud et confortablement installée dans ses bras, les sons calmes de la maison autour de nous et la régularité de la respiration d'Edward tentant de m'apaiser dans mon sommeil. Mais même si mes yeux étaient fermés et que mon corps aspirait au repos, mon esprit ne pouvait pas suivre.
Sorties de nulle part, des douzaines de questions me vinrent à l'esprit, l'une après l'autre en un clin d'œil.
Quelle est la suite ? Que dois-je faire maintenant ? Qu'est-ce que je veux ? De quoi ai-je besoin ? Qu'est-ce qui va me rendre heureuse ?
Il semblerait que toutes les questions que j'avais gardées pour "plus tard" s'étaient entassées pour obtenir leur réponse maintenant, me privant de paix jusqu'à ce qu'elles soient reconnues et satisfaites. Plus j'essayais de les repousser dans un recoin de ma tête plus elles devenaient bruyantes et finalement je cédais.
Dans le silence de la nuit je cherchais les réponses à mes questions dans le seul endroit où j'étais susceptible de les trouver : mon cœur.
Et quand je les trouvais je dormis le plus paisiblement possible.
⁂
Le lendemain alors que tout le monde dans la cuisine faisait des projets pour la journée, je pris Edward à part et lui suggérai de rester seuls. Je fus reconnaissante qu'il ne discute pas ma demande, il dit simplement aux autres que nous les retrouverions plus tard puis il rinça son bol de céréales avant de me suivre à l'étage pour m'habiller et sortir. Je n'avais pas vraiment de plan je savais seulement que je voulais l'amener dans un endroit calme où nous pourrions discuter. Alors que j'avais trouvé certaines de mes réponses, je ne pouvais pas les rendre définitives avant de les avoir partagées et de m'assurer qu'elles fonctionnent aussi pour lui.
Bien que ce soit ma vie, nous étions une équipe à présent.
Nous décidâmes de prendre une des voitures de location et de rouler un peu en direction du nord de Vancouver vers Cypress Mountain où les événements de snowboard et de ski acrobatique avaient lieu. Aucun n'était prévu ce jour-là et le coin était calme. La foule était à Vancouver ou à Whistler où toute l'action se poursuivait. Edward accepta facilement ma suggestion de s'arrêter pour que nous puissions nous promener un peu.
La journée était chaude surtout par rapport aux températures glaciales que nous avions connues au Minnesota. C'était agréable de se promener sans but pendant un certain temps appréciant, qu'il n'y ait pas la foule. Nous n'étions pas complètement seuls bien sûr, il y avait encore des athlètes qui se pressaient, s'entraînaient un peu avant que leurs épreuves ne se poursuivent mais c'était facile d'éviter toute interaction. Main dans la main gantée, nous parcourûmes les sentiers, nous promenant parfois dans la neige lorsque nous voulions voir quelque chose de plus près. Il n'y avait pas de précipitation, pas d'horaire, pas de plan, juste nous deux profitant de passer du temps ensemble.
Dans notre exploration nous tombâmes sur un petit monticule isolé, juste assez loin des sentiers battus pour qu'il soit peu probable que quelqu'un nous dérange. Cela me rappelait presque la petite colline près de l'aéroport où nous étions allés à plus d'une occasion pour trouver un moment de calme. C'était parfait.
Je tirai sur la main d'Edward, le conduisant avec impatience et le poussant doucement pour qu'il s'installe sur le monticule de neige, je me mis entre ses jambes et ses bras m'entourèrent. Bien que je ne puisse pas vraiment sentir la réaction de son corps ou sa chaleur, nous étions séparés par l'épaisseur de nos manteaux, mais je ressentais toujours ce contentement familier qui me remplissait toujours quand il me berçait dans ses bras. J'étais à la maison. Peu importe où nous étions, tout ce dont j'avais besoin c'était de lui et je trouverais la maison.
"C'est magnifique ici," soupirai-je, en regardant les sommets des montagnes.
"Ouais, un peu différent du Minnesota, c'est sûr," dit-il, en repoussant mes cheveux de mon cou pour pouvoir mettre son menton dans la courbe et s'y reposer.
"As-tu déjà pensé vivre ailleurs ?" demandai-je, réalisant que je n'avais même jamais pensé à ça.
"Pas vraiment, " il haussa les épaules, posant un doux baiser sur la minuscule tache de peau sur mon cou qui n'était pas couverte. "Je suppose qu'il y a toujours une chance si un métier se présente mais j'adore ici. C'est… la maison. Tu comprends ?"
Je hochai simplement la tête, souriant en me blottissant un peu plus dans ses bras. Je le savais exactement.
"Alice y a réfléchi pendant un moment," dit-il doucement après une minute. "Après le lycée elle avait très envie de partir. Est-ce qu'elle t'a dit qu'elle était allée à LA pendant un certain temps ?"
"Non je ne savais pas ça."
"Elle est allée dans une école de mode pendant un an," expliqua-t-il, après une minute. "Les études secondaires avaient été dures pour elle. Elle n'avait pas beaucoup d'amis. Et elle s'est rendue compte que certaines des filles avec qui elle pensait être amie, n'étaient avec elle que parce qu'elles pensaient que ça augmenterait leur chance de mieux nous connaître, Emmett ou moi."
"C'est horrible," grognai-je doucement, la colère éclatant dans mon cœur pour quiconque blesserait ma meilleure amie. "Qui voudrait ne pas être ami avec Alice ? C'est la meilleure."
"Oui c'était assez difficile pour elle. Quand elle a eu son diplôme elle a pensé que c'était sa chance de recommencer à zéro," poursuivit-il, avec un soupçon de tristesse dans la voix. Je ne pouvais qu'imaginer à quel point cela avait été difficile pour lui, pour chacun d'eux. Je le serrai pour le soutenir quand il reprit la parole, la tristesse avait disparu. "Il lui a fallu deux ans avant de se rendre compte que c'est dans le Minnesota qu'elle voulait être. Je ne sais pas, nous sommes si proches qu'il est difficile de penser à vivre séparément. Surtout maintenant."
"Je ressens la même chose. Renée et moi avons tellement voyagé après qu'elle et Charlie se soient séparés. Aucun endroit ne m'a jamais semblé être chez moi. Jusqu'à ce que j'arrive au Minnesota et que je vous ai tous trouvés."
"Je suis tellement reconnaissant que tu l'aies fait," murmura-t-il, posant un long baiser sur ma joue. Il se rassit, me tirant avec lui pour m'allonger sur le doux lit de neige alors qu'il me tordait dans ses bras pour que je pose ma tête sur son torse.
"C'est un peu fou, quand on y réfléchi," déclara-t-il. "Toi et moi nous sommes croisés à l'aéroport puis tu as emménagé à côté de ma sœur, mon père est ton médecin et puis tu te pointes à la patinoire ce soir-là."
"On dirait que l'univers voulait nous dire quelque chose, hein ?" lui dis-je, avec un sourire taquin. Toutes ces coïncidences étaient un peu ridicules en y réfléchissant bien.
"Tu peux le dire. Je pense que ça veut dire que nous étions faits l'un pour l'autre," murmura-t-il, en passant ses doigts gantés sur ma joue. "Il m'a toujours semblé qu'il me manquait quelque chose. Et maintenant je réalise que c'est toi que j'attendais."
"Désolée de t'avoir fait attendre," murmurai-je, en frottant doucement mon nez contre le sien, leurs bouts froids se réchauffant légèrement.
"Ça valait le coup," dit-il, me souriant magnifiquement avant de me rapprocher dans une étreinte serrée, les poches de nos manteaux s'aplatissant entre nous. "Et maintenant que je t'ai, tu peux parier que je ne te lâcherai jamais."
"Je n'irai nulle part si tu n'es pas avec moi," lui dis-je.
Nous étions allongés là, entremêlés et contents, l'air juste assez chaud pour rendre notre pause dans la neige assez confortable.
"Edward ?" murmurai-je, après un certain temps. J'avais envie de lui parler et je ne pensais pas pouvoir trouver un meilleur moment.
"Hmmm ?"
"J'ai en quelque sorte… eh bien, pris des décisions," balbutiai-je, en me raclant légèrement la gorge. J'étais seulement un peu nerveuse que mes projets ne correspondent pas aux siens. "Euh à propos de ce que je veux faire ensuite ? Aucun n'est gravé dans le marbre. Je voulais d'abord en discuter avec toi et découvrir ce qui fonctionne pour nous deux."
"Quand as-tu eu même le temps d'y penser ?" dit-il en riant. "Tu n'as pas été un peu occupée ?"
"Hier soir." Je haussai les épaules. "Je n'arrivais pas à dormir."
Il prit mon menton entre ses doigts, inclinant ma tête jusqu'à ce que je le regarde dans les yeux. "Tu aurais dû me réveiller," dit-il doucement.
"Ça m'a donné le temps de réfléchir," dis-je avec un doux sourire, repoussant les cheveux de son front. "J'avais besoin de ça."
"Ça aurait pu attendre quelques jours. Petite folle," me réprimanda-t-il affectueusement. "Alors… à quelles conclusions en es-tu arrivée ?"
Je me soulevai de son torse, me sentant plus à l'aise d'être assise face à lui. Il se cala sur ses coudes à côté de moi, attendant patiemment d'entendre ce que j'avais à dire.
"Je veux prendre ma retraite," dis-je, confiante. "Au moins pour la compétition. Demain ce sera la dernière fois que je patinerai en compétition."
"Tu es sûre ?" demanda-t-il, sans rien d'autre que du soutien dans ses yeux et dans sa voix. "Tu n'as pas les championnats du Monde le mois prochain ?"
"Si. Mais c'est ce que je veux. Je suis contente d'en être arrivée là dans ma carrière et ça… je ne sais pas. C'est juste le bon moment," expliquai-je. "Peu importe, ce qu'il se passe demain, je sais que je me sentirai bien en raccrochant mes patins pour ainsi dire. Je suis … contente. Médaille ou pas."
Je remontai mes genoux contre ma poitrine, enroulant mes bras autour d'eux, en baissant les yeux sur lui, voulant partager toutes les révélations que j'avais eues la nuit dernière. "Cette saison a été tellement incroyable. Après m'être blessée… me demandant si je pourrais même patiner à nouveau, je suis revenue et ai accompli bien plus que je ne l'aurais imaginé. Tu veux savoir ce dont je suis reconnaissante ?"
"Oui ?" demanda-t-il, rayonnant joyeusement vers moi.
"Je suis reconnaissante d'avoir retrouvé ma joie de patiner," murmurai-je passionnément. "Pendant si longtemps, l'accent a été trop mis sur le travail, les sacrifices, les difficultés. J'aimais toujours patiner mais je ne pouvais pas vraiment l'apprécier. J'ai finalement retrouvé ça."
"Tu peux le dire," dit-il se redressant et se rapprochant de moi. "Chaque fois que je te voie patiner je ne peux pas m'empêcher de sourire. C'est contagieux."
"Je ne suis pas encore prête à abandonner complètement," lui dis-je, m'arrêtant un instant pour rassembler mes pensées. "Est-ce que tu voulais vraiment dire ça quand tu as dit que tu viendrais avec moi si je partais en tournée un moment ?"
"Oui je l'ai dit," dit-il sans hésitation. "Il faudra regarder les détails mais autant que possible au moins."
Je le regardais dans les yeux pendant un long moment, cherchant tout indice qu'il n'était pas sincère. Il n'y avait aucune trace de doute dans leurs profondeurs vertes étincelantes.
"Je veux le faire," dis-je. "Au moins pour cet été. La plupart des dates tombent pendant ta saison morte donc j'espère que nous n'aurons pas beaucoup à nous séparer. Ça a été difficile entre ta saison et la mienne et je ne veux pas continuer à faire ça si nous voulons vraiment commencer notre vie ensemble. Mais j'ai l'impression que c'est quelque chose que je dois faire," murmurai-je, en tendant la main pour prendre la sienne. "Je veux passer un peu de temps à profiter de mon patinage pendant que je le peux encore. Je sais que je ne pourrai pas toujours patiner comme je le fais maintenant quand j'aurai cinquante ou soixante ans…"
"Chut," me coupa-t-il, avec une moue joueuse sur les lèvres, posant son doigt sur ma bouche pour m'arrêter. "Ne parle pas comme ça. Dans mon imagination tu seras une personne de soixante ans… très courageuse."
J'éclatai de rire et le poussai avec mon épaule. "Sale pervers !"
"Et c'est pour ça que tu m'aimes," plaisanta-t-il, en se penchant pour caresser mes lèvres des siennes.
"Alors…" fis-je, d'un air interrogateur.
"Et alors ?" demanda-t-il, me prenant dans ses bras.
"Tu es d'accord, partir avec moi, en tournée ?"
"Si c'est important pour toi je ferai tout ce que je peux pour que ça fonctionne," dit-il d'un air sûr, embrassant le dessus de ma tête. "Je ne voudrais jamais empêcher tes rêves de se concrétiser, Bella."
"Je ne veux pas que tu aies l'impression que je fais passer le patinage avant notre relation."
"C'est ridicule," dit-il, me prenant par les épaules et me faisant tourner pour que je le regarde en face. "Pourquoi penses-tu cela ?"
"Il me semble tellement égoïste de te demander de faire le tour du pays avec moi dans un bus pendant quatre mois," expliquai-je. "Comme tu l'as dit, ta famille est importante pour toi et elle l'est aussi pour moi, je nous en éloignerais."
"C'est toujours notre maison. Nous y retournerons assez souvent et ils seront toujours là quand nous reviendrons."
"Et concernant le mariage ?" demandai-je. "Ça veut dire qu'il sera un peu repoussé."
"Et je te l'ai déjà dit, pas besoin de se presser," dit-il doucement, en embrassant tendrement mon front. "Tu es mon toujours Bella. Qu'on soit mariés demain ou dans deux ans ne changera jamais cela."
"Pour information," murmurai-je, en posant mon front contre sa joue piquante. "J'espère que ça ne sera pas dans deux ans."
"Moi aussi," convint-il, avec un soupir, ses mains frottant doucement mon dos. "Nous trouverons le moment qui fonctionnera pour nous deux. Alors ne t'inquiète pas de ça. Pourquoi veux-tu faire cette tournée ?"
"Parce que le patinage, la performance ça ne ressemble à rien d'autre au monde. J'adore ça. Je veux avoir la chance de m'amuser sans la pression constante de la compétition. Profiter de cette joie maintenant que je l'aie retrouvée. Pendant longtemps le patinage n'a pas été un choix pour moi. Je devais le faire même quand je ne voulais pas. Maintenant je n'ai plus à patiner mais je le veux. C'est mon choix. Et je veux faire ça… pour moi."
"Alors tu devrais en profiter. Baby, il y aura des moments où je voudrais faire des choses et je viendrai vers toi, en te demandant ton soutien. Ce ne sera peut-être pas toujours facile mais j'espère que tu seras toujours de mon côté, que tu me soutiendras. S'il te plaît, fais-moi confiance pour faire la même chose pour toi."
Je ne pouvais pas parler, il me bouleversait tellement que je ne pus qu'hocher la tête.
"On dirait que tu veux seulement faire une tournée cette saison. Une idée de ce que tu vas faire après cela ?"
"Eh bien, j'ai découvert que j'aime vraiment la chorégraphie. Saisir la musique et la mettre en mouvement,
créer quelque chose à partir de rien, en utilisant seulement mon imagination et mon corps. Je veux explorer mes capacités et la tournée est une excellente occasion pour cela. Je pense que c'est ce que je veux faire," expliquai-je, l'excitation me parcourant les veines face à toutes les possibilités qui s'offraient à moi.
"Après la tournée de l'automne, je veux m'installer en tant que chorégraphe. Si je peux me construire une
réputation je pourrais travailler en free-lance et depuis le Minnesota. Et plus tard, peut-être même être coach. Je ne pense pas pouvoir trouver autre chose qui me rende aussi heureuse que le patinage artistique. Aussi satisfaite. Ce serait une expérience différente, travailler depuis les bords plutôt que sur la glace mais je pense que ça me comblerait."
"Je le pense aussi," dit-il en me souriant fièrement. "C'est ton monde, Bella. Et tu y as ta place. D'une manière ou d'une autre."
"Mais ce n'est pas tout ce que je veux," lui dis-je.
"Quoi d'autre ?"
J'enlevai mes gants, voulant que nos peaux soient en contact. J'enroulai mes mains chaudes autour de ses joues froides et regardai dans ses yeux brillants, souhaitant avoir des mots plus éloquents pour lui dire tout ce que je souhaitais pour nos vies. Je devrais me contenter de la simplicité et de la sincérité.
"Je veux avoir une famille avec toi," chuchotai-je, en mettant mon cœur dans mes mots. "Peut-être pas immédiatement. J'ai l'impression d'en apprendre encore beaucoup sur moi-même mais je veux éventuellement avoir des bébés avec toi. Être mère, construire un foyer et élever nos enfants. Ensemble. Quoi qu'il arrive dans nos vies - les opportunités qui nous seront offertes ou qui nous échapperont… je veux être ta partenaire, ta meilleure amie et ta femme."
Ses yeux brillaient en retour, étincelants d'émotion. Il ouvrit la bouche, un son silencieux s'en échappant avant qu'il la referme. Il pinça sa lèvre inférieure, la mouilla avec sa langue en déglutissant, comme s'il cherchait les bons mots pour répondre. Il tendit la main et fit glisser ses mains nues le long de mes bras, passant ses mains sous les miennes pour entrelacer nos doigts.
Quand il parla, ses mots étaient taquins mais sa voix était grave et rauque. " Tu penses que tu peux avoir tout ça, n'est-ce pas ?"
"Oui… Tant que je suis avec toi."
"Je ne sais pas, mon amour," dit-il en embrassant mes articulations et en me faisant son beau sourire en coin. "Ce n'est pas un conte de fées."
"Tu as raison," dis-je, en levant le visage jusqu'à ce que mes lèvres ne soient plus qu'à un souffle des siennes. "C'est tellement mieux."
⁂
Le lendemain après-midi, alors que je m'asseyais par terre dans les coulisses du Coliseum, en m'étirant les jambes, je ne pouvais que constater à quel point tout était différent. Le niveau de bruit était toujours insensé mais il ne me secouait pas. Comme ce fut le cas mardi. C'était peut-être parce que je l'avais déjà vécu une fois cette semaine mais quelle qu'en soit la raison, je me sentais incroyablement calme. Concentrée. Prête. Je souriais en m'étirant, me souvenant des moments avant de partir pour la patinoire au début de l'après-midi.
Je dus faire le tour de la pièce, chacun me souhaitant bonne chance à sa façon. Carlisle me tapota la joue avec affection, me rappelant de ne pas lésiner sur les étirements. Charlie me sourit, ne grommelant que légèrement quand il embrassa mon front et me dit : "Tu es magnifique, ma petite fille."
Jasper me fit une accolade fraternelle et me dit "Amuse-toi bien, Darlin," avec cet accent du sud qui n'appartient qu'à lui. Alice et Rose s'occupèrent de ma coiffure et de mon maquillage, faisant une dernière retouche pour s'assurer qu′aucune des embrassades ne m'avait "ruinée". Puis elles-mêmes menacèrent leur travail parfait en m'écrasant entre elles dans une étreinte à couper le souffle alors qu'elles me disaient que j'allais très bien m'en sortir. Et puis il y eut Emmett...
Il s'approcha de moi avec l'expression la plus sérieuse que j'aie jamais vue sur son visage, posant ses mains géantes sur mes épaules. Il se baissa pour pouvoir me regarder dans les yeux mais ne s'en approchant pas. Il me regarda en disant : "Babybel, c'est ton moment. Je n'ai qu'une seule chose à te dire…" Puis il s'était arrêté de façon théâtrale, soufflant avant de poursuivre sobrement : "Ne tombe pas sur ton joli petit cul !"
J'avais éclaté de rire, comme tous les autres, le comportement sérieux d'Emmett se fissurant instantanément comme s'il riait de son propre humour, me prenant dans ses bras pour m'écraser contre lui. "Va les chercher, Champ !" avait-il dit avant de me taper sur les fesses et de me remettre sur pied pour m'envoyer dehors.
Edward m'avait accompagné à la voiture pendant qu'Esmée rappelait une dernière fois aux autres quand ils devaient partir et où elle avait laissé les laissez-passer.
"Eh bien, il semble qu'ils aient couvert toutes les bases," me dit Edward en souriant alors que nous étions à côté de la portière ouverte.
"Pas toutes," dis-je de façon suggestive, en levant mon visage vers le sien pour un baiser prolongé.
Ses doigts caressèrent mes joues, berçant délicatement mon visage tandis que nos bouches se frottaient l'une contre l'autre. "Bella,", respira-t-il, ses doigts s'enroulant autour de la peau nue de mon cou alors qu'il me tenait pour un instant encore. Son contact me communiquait tout ce que j'avais besoin de savoir.
Quand Esmée et Marcus commencèrent à montrer des signes d'impatience, Edward m'embrassa une fois de plus, chuchotant "Je t'aime" contre ma tempe. Puis il me fit monter dans la voiture et me fit signe alors que nous partions.
Quelques heures plus tard, je me souvins de ces moments et je sentis mon cœur se gonfler, leur amour et leur soutien me fournissaient ce que je n'avais pas pu trouver pour moi-même avant le programme court. La paix.
Je restai détendue pendant toutes les phases préliminaires - m'étirant, courant dans les couloirs pour activer ma circulation, m'habillant, ne pensant jamais plus loin que l'étape suivante. En tant qu'une des meilleures, j'étais dans le dernier groupe de préparation et bien sûr, la foule était frénétique pour nous accueillir lorsque nous fûmes appelées pour notre séance d'entraînement de six minutes. Je souris en voyant Angela, bien que ses scores l'aient fait reculer assez loin pour une place sur le podium. Lorsqu'on nous laissa entrer j'utilisai ce temps pour m'acclimater au bruit, m'en imbibant pour pouvoir le bloquer quand il le faudrait.
Ne voulant pas épuiser mon énergie, je continuai à m'échauffer en me concentrant sur l'essentiel, me familiarisant avec la surface de la glace et l'énergie qui m'entouraient. Je repérai ma famille dans les tribunes quelques rangs plus loin des bordures, près du centre de la patinoire et les saluai d'un signe de main.
Puis je répétais mon triple Axel.
Marcus m'avait laissé la décision finale ce matin-là après la séance d'entraînement, me faisant confiance en disant que je savais mieux que quiconque ce qui me convenait. Je pouvais le faire. Chaque cellule de mon corps me disait de le faire. Si c'était ma dernière fois sur la glace en tant que patineuse de compétition, je voulais montrer tout ça.
J'exécutais le saut trois fois pendant les six minutes d'échauffement, chacun avec un atterrissage fort et parfait.
Esmée me retrouva près du bord et m'escorta en coulisses pour attendre mon tour. J'étais troisième sur les cinq patineuses du groupe final. Alors que logiquement, je savais que trois d'entre nous ramèneraient des médailles à la maison, monter sur le podium n'était même pas dans mon esprit.
Tout ce que je voulais, c'était aller sur la glace et patiner ce programme du mieux que je pouvais. Je voulais laisser mon cœur sur la glace qui avait été un tel moteur dans ma vie pendant si longtemps. Si je pouvais faire cela, je partirais heureuse.
Esmée me murmura que j'étais la prochaine, m'incitant à passer le rideau. Juste à la limite des coulisses, elle me tendit la main pour prendre la mienne, la serrant pour m'encourager.
Elle n'eut rien à dire. La chaleur de sa main, son sourire fier et ses yeux larmoyants disaient tout. Je lui fis un signe de tête et serrai légèrement sa main puis je sortis.
Quand je franchis le portillon, je me sentis calme et confiante et quand mes mains trouvèrent celles de Marcus près du bord elles ne tremblaient pas.
Il me sourit et me frotta les articulations. "Respire, Bella. Regarde tout le chemin que tu as parcouru."
Je lui souris et serrai ses mains rugueuses et ridées, en lui adressant un "merci" silencieux bien que je lui doive beaucoup plus que cela. Il me fit un doux clin d'œil alors que la foule hurlait recouvrant la voix du présentateur qui annonçait mon nom.
"Vas-y et vole, ma fille. Personne d'autre ne peut t'égaler…" me dit Marcus.
Le public était plus bruyant que mardi, assoiffé d'un gagnant à nommer et de médailles à décerner mais tout ce bruit ne me terrifia pas comme il l'avait fait avant le programme court. Je n'étais pas soucieuse de faire plaisir à qui que ce soit avec ce programme. La seule que je devais satisfaire, c'était moi-même. Savoir cela m'apporta la sérénité alors que je prenais ma pose de départ et respirais, en attendant le début de ma berceuse.
Quand elle arriva, je fus emportée comme dans un rêve.
Tout disparut sauf la musique d'Edward et la glace sous mes pieds. Mes deux grands amours parfaitement entrelacés.
La musique était mon parcours et à travers mes pas j'en revécus chaque instant. Dix-neuf ans d′apprentissage, de formation, d'effort. Une année à tomber amoureuse, non seulement d'Edward et des autres mais aussi de moi-même.
Un torrent de souvenirs déferla dans ma tête, certains bons et d'autres mauvais mais ils constituaient tous mon histoire. Bien qu'il ne m'ait pas connu pendant tout ce temps, Edward avait trouvé un moyen d'accéder à mon cœur, de lire chaque page, transcrivant cette histoire dans ses belles notes. Et chacune d'elles se jouait à travers les mouvements de mon corps pendant ces quatre petites minutes sur la glace.
Ce qui est étonnant, c'est que ce n'était que le début. Peut-être que je fermais un chapitre de ma vie mais je continuais. A un moment donné, il n'y a pas si longtemps, j'avais l'impression que ma vie pourrait s'arrêter si je ne pouvais pas patiner, que je ne valais rien si je n'étais pas sur la glace. Que c'était mon but. Mon seul but.
Je savais maintenant que le patinage n'était qu'une partie de ce que j'étais, pas la totalité. J'avais appris tellement de choses sur moi et j'étais impatiente de voir ce que j'allais découvrir d'autre.
D'un seul coup, je réalisai que mon corps avait arrêté de bouger et pendant un instant, je paniquais, me demandant ce que j'avais oublié. Puis, comme si mes oreilles avaient été débouchées, le bruit des applaudissements retentit.
C'était fini.
Mes mains se mirent à trembler et mes yeux quittèrent la glace pour regarder autour de moi. Des milliers de visages - tous souriants, les mains et les voix chantant leur approbation ravie. Mes pensées accélèrent, essayant de comprendre exactement ce qu'il venait de se passer. Ma main se tendit inconsciemment vers le haut pour toucher mon cou où mon pouls martelait dans ma gorge. Je sentis une minuscule goutte d'humidité à travers la manche de ma robe. En soulevant le dos de ma main jusqu'à mes joues, je fus surprise de trouver des larmes.
En un instant, tout s'enchaîna.
Je l'avais fait. Pas un seul faux pas, pas même le plus petit. J'avais patiné le meilleur programme de ma vie pendant ces quatre minutes envoûtantes.
Aux Jeux Olympiques.
Je ne savais pas quel serait mon score et honnêtement, je m'en foutais. Parce que la perfection de ces quatre minutes suffisait pour durer toute ma vie, que je gagne ou que je perde.
Un bouquet de fleurs atterrit à quelques mètres devant moi, me surprenant dans mon hébétude. Je me rendis compte alors que j'étais toujours au milieu de la patinoire et que je n'avais même pas salué.
Oh mon Dieu, je l'ai vraiment fait !
J'éclatai de rire, la puissance et la grandeur de mon sourire menaçant de déchirer mes joues et levai victorieusement les mains en l'air. Mes doigts se fermèrent en poings comme si je voulais capturer la grandeur de ce moment pour la mettre dans ma poche et la ressortir plus tard.
Ma tête s'inclina vers l'arrière alors que les applaudissements pleuvaient sur moi. Mes bras s'abaissèrent pour se recroqueviller sur ma tête alors en riant ou pleurant des larmes de joie - je ne savais plus trop - tout ce que je savais, c'était que c'était putain extraordinaire.
Reprenant mon calme, je levai les bras vers la foule, en souriant et en m'inclinant, en saluant de la main avec enthousiasme de chaque côté, gardant la section avec ma famille pour la fin.
Sans hésitation, mes yeux se fixèrent instantanément sur ceux d'Edward, la joie et l'émerveillement qui les emplissaient reflétaient les émotions qui me submergeaient.
Le regard fixé sur lui, je glissai vers les planches... et avec un sourire, je quittai la glace.
En lui, je voyais ma vie, mon amour, mon avenir et il n'avait jamais été aussi prometteur.
F I N
* La conquête du courage : roman de guerre de l'écrivain américain Stephen Crane paru en octobre 1895, ce roman est considéré comme l'un des ouvrages les plus influents de la littérature américaine.
*cheeseburgers avec l'accent mdr
* tapering effect
