Et hop! La suite! ;)

J'espère que cette année 2017 a bien commencé pour vous.

J'ai bouclé ce chapitre le weekend dernier, mais j'avais besoin d'une bonne relecture avant de le poster, ce qui est maintenant chose faite.

Dans ce chapitre on apprend beaucoup de chose sur Anna, alors… enjoy ! Et rendez-vous en bas pour le petit mot de la fin et les réponses aux reviews anonymes ! )

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Chapitre VI : Garden Creek

La maison de la midgardienne était truffée d'une multitude de gadget en tout genre. Loki n'était pas sûr de la fonction que chacun occupait, mais la majorité avait la communication et la diffusion d'information pour principal objectif. Le reste était très souvent inutile et superflu, de son point de vue.

Le téléphone, était de ceux dont le prince asgardien ne savait quoi faire. L'humaine incolore semblait en être complètement dépendante, passant des heures et des heures avec l'objet colmaté à son oreille. Loki ne s'y était que peu intéressé au début, mais comme à son habitude, la curiosité avait fini par prendre le dessus. La plupart du temps, la midgardienne demandait des informations et en donnait en retour avec un nombre variable de directives. Lorsque le dieu tendit l'oreille sur les sujets évoqués, il comprit qu'elle ne s'adressait pas à ses hommes de terrains, comme il l'avait d'abord pensé.

Elle parlait chiffres, intérêts, situation politique et plusieurs noms revenaient régulièrement.

Loki saisit qu'il s'agissait-là de son réel métier, sans qu'il puisse exactement savoir qu'elles étaient ses fonctions et missions. Seul le mot spéculation résonna dans son esprit, écho de l'une de ses conversations avec la midgardienne, mais le dieu ne voyait pas encore où tout cela menait…

D'autant que le téléphone n'était pas la seule chose qui avait captée l'intérêt de Loki. Outre les divers gadgets et technologies dont regorgeait la maison, la midgardienne possédait dans sa cuisine une quantité appréciable de couteaux, de tailles et de formes diverses, tous d'excellente qualité. Quand bien même ils n'avaient qu'une fonction purement culinaire, Loki, qui appréciait le maniement des lames courtes, ne pouvait pas ignorer les trésors de bonnes factures que renfermaient les tiroirs et présentoirs en bois de l'humaine incolore. Ils pourraient toujours lui servir ultérieurement et au moins le dieu savait-il désormais où il pourrait s'armer lorsqu'il quitterait les lieux. Bien que ce jour ne soit malheureusement pas près d'arriver…

En revanche, le départ pour Garden Creek, lui, arriva à grands pas.

Les sacs de rechanges et quelques babioles furent chargés dans la voiture, aussi blanche que sa propriétaire. Ce cher Liam était venu prendre les consignes pour gérer les lieux durant l'absence de la pâle midgardienne. L'homme de main serrait les mâchoires à s'en casser les dents depuis qu'il avait aperçu le dieu assis sur le siège passager tandis que sa patronne l'apostrophait depuis la place du conducteur, à travers sa fenêtre ouverte. Loki lui accorda un sourire narquois, riant ouvertement de la jalousie à peine voilée de l'humain.

Les dernières amabilités échangées et après avoir vérifié trois fois que le gamin était bien attaché et installé à l'arrière, chose aussi exaspérante qu'inutile selon Loki, la midgardienne démarra enfin la voiture. Elle s'engagea dans les bois, roulant entre les rangées d'arbres épars, slalomant parfois avec précaution entre les conifères, jusqu'à ce qu'un chemin de neige tassée apparaisse au bout d'une bonne demi-heure.

Quiconque ne connaissait pas le parcours exact menant à la demeure de l'humaine, ne parviendrait jamais jusqu'au chalet, à moins d'y aller à pied. Quoique le dieu fut sûr que beaucoup s'y perdrait et ce, bien avant d'avoir atteint la maison.

« Astucieux ce passage dissimulé, j'imagine que c'est l'unique voie d'accès. » commenta-t-il dans l'idée d'en apprendre plus.

« Je n'aime pas être dérangée. » répondit tranquillement l'humaine incolore tournant son volant pour mieux s'engager sur la petite route de neige.

Il lui lança un regard équivoque.

« Serais-je l'exception qui confirme la règle dans ce cas ? » demanda-t-il avec suffisance.

Loki ne manqua pas le sourire en coin qu'elle tenta de retenir.

« A toi de voir s'il y a une différence entre un dérangement et un imprévu… » contra sagement la midgardienne.

Le dieu eut un reniflement amusé avant de retourner à sa contemplation du paysage figé sous son lourd manteau neigeux, qui défilait sous ses yeux.

« Tatie… » interpella l'enfant, faisant se tourner Loki pour voir le morveux scotché contre la vitre. « Y'a Windy qui vient vers nous. »

Et effectivement, à la gauche du véhicule, le gros chien-loup courait, les suivant sans trop de difficulté du fait de la faible vitesse à laquelle ils roulaient. La midgardienne arrêta simplement la voiture et l'animal pris son élan pour sauter à l'arrière du véhicule, manquant de se prendre les pattes arrière dans le rebord métallique.

« C'est que ce cher Windy commence à se faire vieux. » sourit la midgardienne, le loup s'ébrouant à l'arrière du véhicule avant de s'y allonger.

Le reste du trajet se passa sans heurt et dans un calme relatif. Ils rejoignirent une route bétonnée sur laquelle ils ne croisèrent personne, roulant toujours à allure réduite, les bois devenus denses défilant lentement sous le regard ennuyé du dieu.

Loki sut qu'ils avaient enfin atteint Garden Creek, lorsque la forêt s'arrêta soudainement pour révéler les premières habitations de la petite ville ainsi qu'une grande et large piste dégagée.

« C'est l'aéroport. » lui précisa la midgardienne.

Il s'avéra rapidement que Garden Creek faisait plus hameau que ville, un endroit isolé au beau milieu de nulle part, fait de bicoques solides, loin de la sophistication du chalet de l'humaine incolore. Mis à part deux ou trois badauds, il n'y avait pas âme qui vive dans les quelques rues où la voiture passa.

La pâle midgardienne les conduisit jusqu'à un bâtiment plus imposant que les autres, l'établissement où ils passeraient la nuit. Elle se gara et aussitôt la porte de l'auberge s'ouvrit pour laisser sortir un homme au fort embonpoint d'une bonne soixantaine d'années. Il s'approcha d'eux et lança un joyeux :

« Miss Hayleigh ! »

L'humaine lui sourit gentiment avant de serrer la main que l'homme lui tendait.

« Rupert. » salua-t-elle poliment. « Comment va Bertha ? »

« Bien, bien ! Elle vient juste de finir de préparer vos chambres. Je vais m'occuper de vos bagages, alors rentrez vite vous mettre au chaud avant d'attraper froid ! Y'en a une qui va encore me passer un savon sinon ! »

Le vieillard avait un fort accent, moins articulé que la midgardienne et avec une prononciation différente de certaines voyelles, une barbe grise et épaisse soigneusement taillée qui lui mangeait tout le bas du visage et un bonnet vert enfoncé sur sa tête pour cacher un début de calvitie. Malgré son âge et sa bedaine, on pouvait dire qu'il était solidement bâti, pas forcément large d'épaules mais doté de bras forts.

Ils gravirent les quelques marches en bois qui menaient au perron, le loup gris sur leur talon. Il faisait bon à l'intérieur. Le rez-de-chaussée était un genre de taverne et était entièrement fait de bois, probablement comme tout le reste de l'établissement. Un large comptoir, au-dessus duquel des têtes d'animaux empaillés étaient accrochés, occupait un angle de l'immense pièce et plusieurs tables rondes avec chaises basses, disposées çà et là le long des murs, attendaient que quelqu'un daigne bien s'y installer. Le loup domestique alla s'allonger sur l'épais tapis qui recouvrait le parquet devant la cheminée où brûlait un imposant feu, pour ne plus en bouger. Derrière le bar, une vieille femme aux cheveux gris frisonnants, les regardait par-dessus ses lunettes rondes d'un air bienveillant. La pâle midgardienne se dirigea vers elle.

« Vous n'étiez pas obligés de chasser tous vos clients pour pouvoir nous accueillir. » dit-elle avec une pointe d'amusement.

« Ces vieux loups mal léchés sont partis d'eux-mêmes. » mentit ouvertement la vieille femme, un faux air innocent sur ses traits ridés. « Quel bon vent t'amène cette fois-ci ? »

« Quelques emplettes à faire et un peu de paperasse… Tu serais un ange si tu pouvais appeler le véto pour moi, j'aimerais bien qu'il jette un coup d'œil à Windy. »

Derrière le comptoir, la grand-mère leva les yeux aux ciels mais acquiesça, son regard franc sur la pâle midgardienne indiquant clairement qu'on ne la lui ferait pas. Elle regarda brièvement Loki mais ne fit aucun commentaire quant à sa présence.

« Ta commande est arrivée hier, Rupert l'a mise au sous-sol. » annonça-t-elle tout en sortant plusieurs papiers. « Tout à l'air correct, pas de dommages externes. Mon vieux croulant de mari s'occupera de charger tout ça demain avant votre départ. »

L'humaine incolore hocha la tête, attrapa le crayon que la vieille femme lui tendit, signa les papiers et se tourna vers son neveu qui commençait à somnoler debout.

« Petit-déjeuner Eliott ou tu préfères monter te recoucher ? »

Ils étaient partis tôt ce matin, dès les premières lueurs du jour, et la midgardienne avait dû tirer l'enfant du lit. Le garçon se frotta le visage avant d'hocher la tête mollement.

« Une réponse avec des mots, s'il-te-plaît. » s'amusa sa tante.

Il eut un air boudeur et désigna le plafond du doigt sans prendre la peine de répondre verbalement, la faisant soupirer.

« T'es pas le fils de Liz pour rien… »

Elle s'approcha de lui pour l'attraper sous les aisselles et le prendre dans ses bras, laissant l'enfant échouer sa tête sur son épaule. Il ferma instantanément les yeux et s'endormit aussitôt.

« Avec toi au moins le doute n'est pas permis ! » rit-elle, avant de se tourner vers Loki. « On petit-déjeune et ensuite on ira t'acheter ce qu'il te faut. On est plutôt en avance sur l'heure, donc prend tes aises on n'est pas pressé. »

Elle lui indiqua du menton une table près de la cheminée, avant de resserrer sa prise sur le gamin et de se diriger vers l'escalier en bois qui menait à l'étage.

« Café et pancakes comme tu sais si bien les faire Bertha s'il-te-plaît ! » héla-t-elle au passage, laissant Loki avec la vieille humaine.

« Autre chose avec les pancakes jeune homme ? » lui demanda-t-elle par-dessus ses lunettes.

L'appellation lui arracha un sourire en coin ironique. Il y a longtemps que plus personne ne l'appelait comme cela et, ayant presque un millénaire de plus qu'elle, cela sonnait comme une mauvaise blague.

« Une omelette. » demanda-t-il simplement avant de se diriger vers le feu ronflant de la cheminée.

Le loup gris le regarda s'installer avant de reposer sa tête sur le tapis, fixant toujours Loki d'un air curieux. Maintenant que le dieu savait ce qu'était l'animal, son regard sur lui était différent et la distinction qu'il y avait entre lui et les autres chiens de la midgardienne lui parut plus flagrante. Couché sur le ventre, son flanc encore marqué par quatre entailles profondes, se réchauffant grâce au brasier crépitant, le loup et ses cicatrices rappelèrent à Loki que l'animal s'était dressé à lui seul contre un grizzly dix fois plus gros et grand que lui, dans le seul but de le sauver lui et la pâle midgardienne. Loki se rappela Snö et sa carrure à fort poitrail et pattes larges. Le loup gris, lui, avait plus de muscle dans les pattes arrières et des articulations plus fines. A eux deux, ils étaient des mâles à la stature imposante et se démarquaient du reste de la meute par leur lignée et leur gros gabarit, mais aussi par leur comportement plus sage. Et ces deux-là, qui à l'évidence avaient tout pour être des alphas, bien qu'ayant plus d'importance au sein de la hiérarchie de la meute, demeuraient sagement et avec obéissance sous les ordres de l'humaine incolore.

Cela n'avait pas de sens…

« Prends ce qui te plaît. » lui donna pour seule consigne la midgardienne.

Malgré l'allure perdue de la petite bourgade, Garden Creek recelait néanmoins parmi ses quelques commerces, un magasin de vêtements et d'équipement pour le terrain plutôt conséquent et complet. D'après la midgardienne, c'était ici que la plupart venait chercher tout ce dont il pourrait avoir besoin pour résister au dur froid imposé par les conditions climatiques de la région, autrement dit, les quelques habitants du patelin, ceux des communes « voisines » -compter plusieurs heures en voiture- et les rares voyageurs de passage.

Loki s'aventura parmi les rayons, regardant les vêtements midgardiens avec un certain dédain. Et dire qu'il allait s'habiller avec ces friperies… Cela révélait à quel point il était tombé bien bas. Soupirant, il se choisit sans grande conviction quelques T-shirts, pantalons et vestes pour se couvrir à différent degré, tous en noir ou vert, parfois en blanc faute de trouver mieux. Il laissa tomber l'ensemble sur le comptoir de la caisse, sous le nez d'un jeune blanc-bec à peine sorti de l'adolescence, l'œil morne, bovin et le front luisant où persistaient quelques boutons d'acné. Le gamin lui lança un regard scandalisé auquel le dieu ne prit même pas la peine de répondre, préférant se détourner pour repartir à travers les rayons avec le maigre espoir de trouver des chaussures un minimum décentes.

Il croisa la midgardienne au détour d'une rangée d'immondes manteaux matelassés -et dont Loki ne prononcerait jamais le nom tant il était ridicule-, qui regardait les vêtements pour enfant. Fort heureusement, ils avaient laissé l'insupportable gamin à l'auberge, sous la responsabilité de la vieille femme.

Quelques longues et interminables minutes plus tard, Loki attendait avec agacement que le caissier, aussi mou physiquement que mentalement, termine d'enregistrer les articles que le dieu avait choisi, parce que bien sûr cet idiot n'avait pas eu l'idée de commencer pendant qu'il se cherchait une paire de chaussure… L'humaine incolore revint avec trois vêtements pour l'enfant et quelques babioles, dont un bonnet gris qu'elle plaqua contre le torse de Loki. Il récupéra le couvre-chef d'une main pour l'examiner.

« En quel honneur devrais-je m'affubler d'une chose pareille ? »

« Parce qu'il n'y a que les fous qui sortent dehors tête nue par un tel froid et parce que je suis sûre qu'il t'ira très bien. » se moqua gentiment la midgardienne.

Il leva les yeux aux ciels et posa le fichu bonnet sur la pile de vêtements, abdiquant. Néanmoins, son humaine d'hôte n'avait pas tort… Lui qui ne craignait pas les températures négatives, devait tout de même se vêtir comme le ferait un midgardien dans de telles conditions, sans quoi les gens allaient se poser des questions.

« Sortez couvert… » ricana le jeune homme à tête d'enfant et le dieu ne vit pas ce qu'il y avait de si drôle. L'humaine incolore lança un regard aussi offensé que tranchant au caissier et son rire mourut aussitôt dans sa gorge. Il déglutit péniblement avant de se remettre au travail, se dépêchant soudainement d'enregistrer les derniers articles.

« Cinq milles deux cents quinze dollars et cinq cents. Z'avez les moyens de vous offrir tout ça ?! » s'étonna l'autre humain.

La pâle midgardienne lui renvoya un regard lasse qu'il ne soutint pas.

« Melvin n'est pas là ? » demanda-t-elle, une certaine fatigue dans la voix, alors qu'elle comptait ses billets pour lui donner la somme exacte.

« Qu'est-ce que ça vous regarde ? » se défendit l'autre.

Elle releva ses yeux sur lui et il baissa aussitôt le regard.

« Tu es nouveau ici. » fit remarquer la midgardienne.

« Pt'êt bien. » marmonna-t-il.

« Evident même, puisque tu ne sais pas qui je suis… »

L'idiot redressa aussitôt sa tête pour la dévisager intensément, les yeux plissés, la bouche de travers et l'air affreusement ignare. Elle lui rendit son regard sans broncher.

« Z'êtes la tarée qui vit au fond des bois ! » la reconnut brusquement l'adolescent en beuglant.

« On va dire que oui… » se désespéra l'humaine en récupérant leurs achats.

« 'tain de merde ! Oncle Melvin a dit que vous alliez pt'êt passer et qu'il fallait pas… que j'vous cause. »

La voix du jeune homme c'était faite toute petite sur la fin, alors qu'il réalisait ce qu'il venait de dire. L'humaine incolore lui jeta un regard équivoque.

« Encore un membre de la famille Brown… » soupira-t-elle « …le contraire eut été étonnant. »

Loki était étonné de voir le grand nombre de regards de travers ou d'œillades fort peu sympathiques que la pâle midgardienne attiraient sur elle. Lui qui avait craint d'être reconnu ou de ne pas réussir à passer inaperçu, dut admettre que le physique peu commun de son hôte éclipsait complètement sa présence aux regards des pauvres hères qui vivaient dans ce hameau, captant leur attention plus sûrement qu'un phare en pleine mer et l'éclipsant totalement à leurs regards scrutateurs. Bien sûr, le dieu n'en était pas invisible pour autant, mais personnes ne le dévisagea ou n'exprima la moindre forme de suspicion à son égard. Ce genre d'attitude semblait être exclusivement réservée à l'humaine incolore, peu importe où ils allaient, que le gamin soit là ou non.

Il n'y avait guère que le vieux couple tenant l'auberge qui se montrait ostensiblement et ouvertement chaleureux envers la midgardienne.

Le plus amusant fut lorsque le soigneur pour animaux les rejoint à l'intérieur de l'établissement, alors qu'ils prenaient l'habituelle collation de fin d'après-midi, thé et petits gâteaux secs à l'appui. L'homme était typé comme la majorité de la population locale, peau tannée, yeux sombres et cheveux noirs, tout comme l'homme de main de la midgardienne. « Communauté indienne. » lui avait-elle soufflé quelques heures plus tôt, lui expliquant au passage la grande vague de colonisation de l'Amérique du Nord qui avait presque éradiqué les populations indigènes, il y a de cela quelques siècles. Garden Creek, lui avait-elle appris, était l'un des derniers points d'attache de la Little Red River Cree Nation -une ethnie qui ne comptait plus que quelques milliers de membres- parmi lesquels on trouvait Fox Lake et John D'Or Prairie, plus à l'Ouest. La majorité de la population locale était donc amérindienne, mais quelques humains à la peau blanche s'étaient aussi établis à Garden Creek, dont le nom officiel était en réalité Garden River.

Quoiqu'il en soit, le spécialiste en médecine animale n'eut pas l'air ravi d'être convoqué pour servir la pâle midgardienne. Son visage dur exprimait clairement son désaccord, pourtant l'humain ne dit pas un mot sur ce fait. Mais son expression horrifiée lorsqu'il aperçut le loup gris fut des plus tordantes. Il s'attela néanmoins à la tâche, aidé par la midgardienne qui manipulait l'animal avec aisance, laissant l'homme faire ses observations et répondant patiemment à ses questions.

Les quelques humains présents dans la salle, regardèrent tous la scène d'un œil en coin méfiant, comme s'ils s'attendaient à ce que le loup morde ou attaque d'une quelconque manière le vétérinaire. Les paris sur le sujet allaient bon train. On sentait une certaine réticence générale à la présence de l'animal que certains traitèrent sans se cacher de « bête sauvage ». La plupart ne se privèrent pas non-plus pour lâcher quelques commentaires désagréables sur la midgardienne qui ne pouvait les entendre à l'autre bout de la pièce. Loki, qui était installé au comptoir, un énième café sous le nez, était aux premières loges pour assister aux commérages dont elle faisait l'objet, sans qu'aucun ne fasse attention à lui.

« Le grand-père Brown a dit que c'était tous des gens qu'elle avait changé en animal pour la servir. »

« Ce vieux grippe-sou n'a jamais rien dit d'autre que des conneries. »

« Un loup qui obéit au doigt et à l'œil sans même avoir été dressé, moi je dis que c'est la preuve que la salope est une sorcière. Même le gamin est pas normal et je te parle même pas de la sœur… »

« Parce qu'en plus y'en a une autre ?! »

« Quoi, tu l'as jamais vue ? Bah mon gars… C'est une folle furieuse à la gâchette facile, 'paraît qu'elle a failli buté un type… Rien à voir avec cette sorcière blanche qui se terre au fin fond de Garden Creek, mais crois-moi que si c'est pas la première qui te maudit ce sera l'autre qui se chargera de te régler ton compte si tu viens leur chercher des noises. »

« Qu'est-ce qu'elles viennent foutre ici avec le blé qu'elles ont ? 'peuvent pas aller s'acheter une villa sur le bord de mer comme tous les autres idiots pleins aux as… »

« Pourquoi toi t'es venu t'enterrer ici, dans le trou du cul de l'Alberta ? »

« Bah pour pas faire de taule, qu'est-ce tu crois… »

« Moi c'est pour que ma conne d'ex-femme me foute la paix. Les taverniers écossais pour échapper aux dettes. Les deux fils Brown sont que des bouseux qui ont suivi leur père, qu'est justement venu ici pour après avoir été traîné pour viol. En définitive, on est tous ici pour se tasser dans un coin et se faire oublier… Mais les deux sœurs rosbifs ont juste débarqué de nulle part, sans un mot et sans que personne ne sache exactement où elles se sont établies. Je sais même pas si elles vivent au Nord ou au Sud de la Peace River. »

« Damn it… Si ça c'est pas des sorcières… »

Et ainsi de suite… Loki écouta les différentes conversations avec un certain intérêt, cherchant la vérité à travers l'imbroglio de rumeurs et de superstitions que les gens du coin pouvaient avoir, tout en sirotant sa tasse. Les indiens marmonnaient que la pâle midgardienne avait épousé un ancien esprit loup et élevait désormais ses enfants en échange du contrôle absolu de son territoire et de quelques pouvoirs mystiques. Beaucoup l'accusèrent de sorcellerie -ce qui manqua de le faire rire-, d'avoir pactisé avec une quelconque entité démoniaque ou encore d'être responsable d'une série d'avalanches qui avaient eu lieu dans les montagnes plus au Nord. Chacun proférait à son encontre des accusations toutes plus abracadabrantesques les unes que les autres, créant un murmure général qui enfla jusqu'à ce que la vieille aubergiste ne claque un verre contre le bois dur du comptoir et ne somme d'un ton ferme :

« Taisez-vous donc avant que je ne décide que chacun règle son ardoise aujourd'hui ! »

Ce fut pour le moins efficace. La rumeur se tut aussitôt et la tavernière reprit son verre pour l'essuyer, l'air furibonde.

« Shame on you, you stupid bastards… » marmonna-t-elle, suffisamment fort pour que tous l'entendent.

Les rares personnes à n'avoir jusqu'ici fait aucun commentaire, levèrent leurs verres à l'intention de la vieille femme avec un hochement de tête tacite, s'attirant quelques regards de travers de la part des autres.

Au moins la midgardienne ne s'était-elle pas mis à dos l'ensemble des locaux…

Le soir, Loki accueillit avec un plaisir mitigé le lit moelleux de sa chambre, s'installant dessus en maugréant. Cette interminable journée venait enfin de s'achever et même s'il en avait appris un peu plus sur son étrange hôte, il avait hâte de pouvoir fermer les yeux et de s'abandonner au sommeil, un terrible mal de tête tambourinant sous son crâne depuis les premières heures de l'aube.

Le lendemain matin, il y avait déjà quelques personnes présentes au rez-de-chaussée lorsqu'ils y descendirent pour prendre le petit-déjeuner. Il y eut quelques regards en coin au début, mais ce petit manège cessa rapidement quand la midgardienne leur rendit à tous une œillade froide, chacun retournant aussitôt à son verre, son plat ou sa tasse. Ils purent ensuite manger en paix, assis à la table au coin du feu, qui était la plus à l'écart des autres, le loup allant se vautrer sur l'épais tapis comme la veille.

La douleur à son crâne ne s'était qu'à peine amoindrie et Loki n'avait que trop peu dormi pour se sentir un minimum reposé. La midgardienne lui lança un regard étrange tandis qu'elle lui versait du café dans sa tasse, lui assurant gentiment que « la caféine peut aider* ». Il préféra ne pas répondre et accepta même sans broncher le comprimé blanc qu'elle glissa dans son verre d'eau. Cette agaçante prévenance, à laquelle il s'était plus ou moins accoutumée, avait au moins une utilité…

Le repas terminé il se sentit effectivement un peu mieux, mais était devenu légèrement irritable à cause de la fatigue accumulée.

Cinq minutes après que le morveux soit parti s'amuser sur les machines bruyantes dans le fond de la salle, un homme fit irruption dans la taverne. La première chose qui fit tiquer Loki fut son attitude et sa dégaine. L'homme était couvert d'un large manteau aux couleurs criardes -du même style que les horreurs matelassées que le dieu avait vues la veille au magasin- et son pas qui se voulait assuré, voire même conquérant, sonnait faux. Le type détonait avec les rares indigènes qui étaient venus prendre un verre, vautrés sur les chaises hautes du comptoir. L'incolore haussa un sourcil à son entrée, mais ne fit pas un seul commentaire, préférant se replonger dans la lecture de son journal. Sauf que le nouveau venu se dirigea vers eux, au grand damne de Loki dont le niveau d'irritation augmenta d'un cran quand l'étranger s'installa à leur table sans même en demander l'invitation. L'asgardien ne se gêna pas pour le dévisager de son regard tranchant, mais le type l'ignora complètement, trop focalisé sur la midgardienne qui n'avait même pas pris la peine de relever le nez de son papier imprimé. Après un silence figé, il finit par tousser légèrement pour attirer son attention. Lentement, l'incolore releva son visage pour offrir un sourire poli à l'impromptu. Le type eut l'air ravi de sa réaction, si bien qu'il engagea aussitôt la conversation :

« Vous n'êtes pas facile à trouver Mademoiselle Coldberry. »

La phrase eut le mérite de rendre la situation moins inintéressante aux yeux de Loki, toujours curieux d'en savoir un peu plus sur sa si silencieuse hôte. Hôte qui maintint son sourire aimable, sans pour autant prendre la peine de répondre.

« Je me présente, John Fisher ! » L'homme lui tendit une main enthousiaste qu'elle ignora royalement pour continuer à le fixer poliment. L'étranger hésita un moment sur la marche à suivre, puis débita aussitôt : « Je suis venu jusqu'ici pour parler affaire avec vous. Je sais que la situation ici est difficile, que l'isolement géographique ne vous permet que peu de profit et que les badauds… » Il jeta un regard aux indiens penchés sur leur boisson « … peuvent se montrer très durs envers une jeune femme telle que vous. C'est un réel gâchis quand on connaît tous le potentiel que possède votre famille et je me doute que ce désert technologique et humain nuit grandement à l'image de votre entreprise jusqu'ici florissante. »

Il marqua un temps de pause avec un sourire compatissant qui puait l'hypocrisie, puis sortit un dossier de son sac et reprit son monologue tout en le feuilletant :

« J'aimerais autant aller droit au but avec vous Annabeth -permettez que je vous appelle Annabeth-, je souhaiterais vous faire une proposition de rachat de l'ensemble du territoire de Garden Creek, car je vois bien à quel point la situation est bloquée de votre côté… Vous vous êtes efforcée par divers investissements à maintenir à flot le peu d'activité déjà existante dans ce comté, vous avez racheté l'ensemble des commerces et des terrains à bâtir, vous avez même été jusqu'à devenir l'unique actionnaire du seul centre hospitalier de la région. Et je ne crois pas vous apprendre votre métier en vous disant que de tels investissement dans une zone aussi dépeuplée et à l'écart, se révèlent souvent être un véritable gouffre financier. Certes, la zone possède un bon potentiel en matière d'exploitation minière et pétrolière, mais je sais également qu'il vous ait impossible de mettre en place quoique ce soit sans risquer de froisser vos partenaires appartenant déjà au secteur. Personne n'aime voir ses alliés créer de la concurrence… Qui plus est, je peux comprendre que vous ayez une certaine réticence à vendre certains terrains de la zone Sud, du fait de votre loyauté envers la communauté indienne de Fox Lake qui vous l'a d'ailleurs bien rendu ces dernières années. C'est pourquoi, je m'engagerai à épargner au maximum leur territoire et à leur offrir quelques parts de l'exploitation minière qui jouxterait leur réserve. Je puis vous assurer que tout le monde y trouverait son compte, après tout, l'argent peut faire bien des choses entre de bonnes mains… »

Le type monologua encore un bon moment, prenant de plus en plus d'assurance. Loki décrocha quand des chiffres et des termes inconnus apparurent dans cette conversation à sens unique. L'homme ne semblait avoir que le mot « profit » à la bouche. Mais jamais la midgardienne ne le coupa, écoutant patiemment ce qu'il avait à lui déblatérer, lui prêtant attention sans vraiment faire mine d'être intéressée.

« … et je pense que votre sœur serait du même avis que moi. Probablement ne souhaiterait-elle pas voir évoluer son unique enfant dans ce milieu hostile. Vous-même souhaitez certainement le meilleur pour votre neveu et je crois sincèrement qu'il est dans son intérêt comme dans le vôtre, que vous rejoignez un endroit plus à même d'héberger une famille aussi jeune que la vôtre, si je puis me permettre. »

Enfin. En-fin. Enfin, il s'était arrêter de parler. Le type s'était entre-temps défait de son manteau, révélant la chemise-cravate qu'il portait en dessous et libérant le parfum bien trop lourd et musqué dont il s'était aspergé. Il sentait comme il respirait l'argent par tous les pores de sa peau. Il avait également pris soin de sortir une masse de documents parlant de chiffres et d'autres choses -absolument ennuyant- et avait été jusqu'à déposer un contrat de plusieurs pages sous le nez de la midgardienne, par-dessus son précieux journal. L'étranger lui tendait désormais un stylo, dans l'attente qu'elle s'en saisisse pour signer la liasse de papier, un sourire d'une hypocrisie extrême collé sur son visage imberbe et le regard déjà triomphant.

L'incolore sourit plus encore et prit le crayon pour le reposer sur la table. Elle feuilleta tranquillement le contrat sous les yeux impatients de l'autre.

« Je dois dire que c'est un dossier plutôt bien rodé que vous me présentez-là Monsieur Fisher… » Elle tourna encore quelques pages puis referma le document. « Mais j'ai tout de même quelques petites questions à vous poser, ainsi que quelques remarques. »

Elle reprit le stylo pour le tendre à l'homme qui ne comprit pas le geste.

« Vous feriez mieux de le reprendre, vous risquez d'avoir à prendre des notes. » l'invita-t-elle.

La pâle midgardienne s'appuya ensuite à la table sur ses avant-bras, se mettant plus à l'aise devant la mine étonnée de l'homme. Elle s'étira sur sa chaise faisant craquer son dos avant de reprendre sa position, une moue lasse sur son visage à l'expression toujours aussi polie.

« Premièrement, j'aimerais bien comprendre comment vous en êtes venus à espérer faire affaire avec moi, surtout en sachant que je me suis sciemment isolée dans cet endroit pour être tranquille. Une personne difficile à trouver, Monsieur Fisher, est une personne qui ne veut pas être dérangée. J'ai clairement laissée entendre avant mon départ que je m'absenterai durant toute la période hivernale, mais peut-être qu'il n'était pas assez clair pour vous que j'ai pu vouloir prendre quelques vacances… »

Sa main glissa jusqu'au dossier que l'homme ne lui avait pas présenté et qui ne lui était visiblement pas destiné, pour le tirer à elle. Elle l'ouvrit pour le feuilleter sans grande conviction. L'homme voulut faire un commentaire mais elle l'en dissuada d'un regard. Il était amusant de voir à quel point la plupart de ses congénères humains n'arrivaient pas à soutenir son regard d'un bleu trop pâle. Peut-être était-ce les pupilles carmin ?

L'humaine incolore fixa son interlocuteur jusqu'à ce qu'il baisse les yeux dans une attitude plus soumise. Pour autant, son expression demeurait aussi calme que d'ordinaire et ses mots étaient dénués de tout venin, chose dont Loki n'aurait pas manqué pour critiquer quelqu'un aussi ouvertement.

« Deuxièmement… » reprit la midgardienne en refermant le dossier pour croiser ses mains dessus, « …j'investis dans cet endroit depuis des années dans un but qui n'est clairement pas lucratif. Vous avez supposé un investissement hasardeux de ma part, or il n'en est rien. Je pourrais même être extrêmement vexée que vous remettiez ainsi en cause mes capacités de jugement et le choix de mes placements privés alors même que je suis à la tête de l'une des plus grosses sociétés de financement que ce monde connaisse. »

Ainsi donc, tel était le véritable métier de son improbable hôte. Cela n'étonna guère Loki, il avait déjà eu bon nombre d'indice pour se rapprocher de cette idée.

« On en vient donc au troisièmement... » Sa voix eut ensuite quelque chose d'un peu plus grondant, mais c'était discret, masqué derrière la douceur et le calme dont elle faisait toujours preuve. « Qui êtes-vous pour parler au nom de ma propre sœur que vous ne connaissez pas personnellement et encore moins professionnellement ? Jusque là vous auriez pu être plutôt convaincant malgré votre speech interminable, des arguments qui font plus ou moins sens et je passerai sur le fait que vous vous étiez basé sur de mauvaises suppositions. Mise à part ces… quelques fausses notes, vous vous en êtes relativement bien sorti, mais vous avez démoli tous vos efforts et vos belles tournures de phrases en évoquant ce que l'on n'aborde jamais quand on parle affaire : la situation familiale de l'un des partis concernés. Autant je reconnais là une tentative de m'amadouer, autant je vous ferai remarquer que vous n'avez aucun droit de jugement sur ma vie privée qui, par définition, est justement privée. Pesez un peu plus vos mots Monsieur Fisher, on pourrait croire que vous avez cherché à me menacer en évoquant mon neveu... »

L'étranger avait perdu quelques couleurs au fil des explications et elle en profita pour se resservir une tasse de thé, l'aubergiste lui ayant laissé la théière un peu plus tôt.

« C'est-à-dire que je_ » tenta-t-il.

« Je n'ai pas fini. » le coupa-t-elle reposant un trop brusquement la théière dans sa coupelle. Le ton de la midgardienne s'était soudainement fait polaire, clairement agacé et loin de la douceur du discours précédent. « Je crois que vous n'avez pas exactement saisi à qui vous avez à faire. Je crois même que vous n'avez pas idée du gouffre qui s'ouvre sous vos pieds… Sans doute avez-vous pensé qu'en étant mon aîné de quelques années, vous auriez eu un avantage en termes d'expérience professionnelle et de maturité ? Or, il n'en est rien. Ce que j'en pense moi, c'est que vous êtes l'un de ces fils à papa qui espère remporter un gros coup pour faire ses preuves devant un paternel qui n'en a strictement rien à faire et qui refuse clairement de vous laisser les rênes de l'entreprise familiale. Vous ne vous appelez certainement pas Fisher et même si vous travaillez bel et bien pour le compte de F-enterprise comme vous l'avez présenté, vous oubliez de mentionner qu'il s'agit de l'une des dernières acquisitions de la Wellon Society. Je gage que votre père, Monsieur Wellon Senior, a racheté la start-up que vous aviez fondée suite à la faillite de celle-ci, devenant ainsi votre patron. J'imagine que la pilule a été difficile à avaler, d'autant que je connais très bien avec quelle main de fer il applique ses propres lois. Enfin, je savais déjà que Fisher était le nom de jeune fille de l'épouse Wellon, votre mère… Le seul conseil que je puis vous donner Monsieur Fisher ou Wellon Junior –peu importe- c'est que vous n'êtes définitivement pas fait pour la finance mais qu'un poste plus commercial vous conviendrait parfaitement. Jamais vous n'atteindrez la hauteur de votre géniteur, mieux vaudrait-il vous faire à cette idée. »

Et sur ces dernières paroles, elle se saisit du contrat pour le déchirer en deux sous le regard éberlué de celui qui était arrivé en fier conquérant, lui damant le pion une bonne fois pour toute.

« Maintenant si vous voulez bien me faire le plaisir de dégager, j'aimerais prendre mon thé en paix. »

Le type resta là, à la regarder sans comprendre, ni prendre la mesure de ce qu'il venait de se passer. Il se releva brusquement, bredouillant et bouillonnant de colère, le visage cramoisi. La midgardienne le regarda faire sans quitter son expression blasée, buvant tranquillement son thé. Une petite musique électronique et stridente s'éleva du fond de la salle, où la machine à jeu sur laquelle le gamin était penché annonçait « Victoire » en clignotant de multiples couleurs. L'homme regarda d'un air mauvais l'enfant et la midgardienne se tendit aussitôt, elle claqua sa langue contre son palais, le visage mécontent.

Le loup gris se redressa instantanément et quand l'inconnu voulut faire un pas vers le gamin, il lui montra les dents pour grogner dangereusement, ses oreilles partant en arrière tandis que ses babines se fripaient en se retroussant, faisant reculer l'homme en colère. Il y eut un léger murmure dans la salle et les amérindiens toujours assis au comptoir se tournèrent vers eux, hésitant à intervenir.

L'atmosphère se fit tendue.

Le vieil aubergiste qui s'était installé à une table avec un autre vieillard pour jouer aux cartes, se leva pour attraper un fusil accroché au-dessus du bar. Il l'arma avec un cliquetis avant de le braquer sur le fauteur de trouble.

« T'es pas le bienvenu ici mon gars, alors sors. »

L'homme eut une expression outrée.

« Vous n'oseriez pas… » cracha-t-il, vexé, son visage encore plus rouge.

Le grand-père rit avant d'abaisser son fusil.

« Non, effectivement ! » ce qui soulagea aussitôt l'autre homme qui eut lui aussi un petit rire. Mais il s'étrangla lorsque le vieillard demanda aux indiens du comptoir « Foutez-moi ça dehors. » avant de ranger son fusil et de se servir une pinte par-dessus le comptoir.

Le type eut beau protester, il se fit traîner jusqu'à la sortie pour être jeté sans ménagement à l'extérieur, vite suivi par sa valise et son immonde manteau. La midgardienne adressa un hochement de tête gratifiant aux indigènes et ceux-ci se réinstallèrent au comptoir après lui avoir rendu la pareille. Personne ne tint compte des cris indignés de l'homme d'affaire à l'extérieur, ayant probablement mieux à faire que d'écouter un pauvre type cracher son venin sur le manque d'éducation des locaux et leurs mauvaises manières. Il n'y avait guère que le gamin qui pouffait sans discrétion au fond de la salle.

« La finance, mmh ? » argua le dieu, regardant à travers la fenêtre l'homme éconduit brailler.

« Oh, c'est un métier comme un autre… » lui répondit l'humaine d'un ton léger, le nez dans sa tasse.

« Qu'est-ce qu'une petite fille qui ne manque de rien vient faire parmi le petit peuple ? »

« La petite fille possède aussi l'auberge où tu dors… » argua-t-elle, l'air de rien. Son visage se fendit ensuite d'un sourire. « Fort heureusement, elle est plutôt magnanime ces derniers temps. Alors elle ne demandera pas à l'homme qui vient d'ailleurs pourquoi diable il a voulu raser New York… »

Loki sourit en coin quand elle lui adressa une moue faussement innocente. L'humaine incolore cachait décidément bien son jeu…

« C'est une capitale humaine comme une autre. » reprit Loki, imitant la réponse précédente de l'humaine.

« C'est presque du mauvais goût à ce niveau… » se désola-t-elle en récupérant son journal.

« Venant d'une humaine qui se complaît dans un lieu pareil, ce n'est pas recevable. » contra-t-il, un haussement de sourcil moqueur.

« Quel chanceux tu fais, d'avoir atterri dans ce même endroit… » tacla-t-elle gentiment.

« On fait ce que l'on peut, avec ce que l'on a. » se défendit Loki.

« Comme bien d'autres… » soupira l'humaine avant d'abaisser son journal pour lui présenter l'article qu'elle lisait.

Sur le papier grisâtre, une photo de sa silhouette se tenant au sommet de la tour Stark se trouvait sous un titre écrit à l'encre noire :

"WHERE IS HE ?"

« Mais il paraitrait qu'en ce moment ta main ne tient pas que des mauvaises cartes. » ajouta-t-elle.

« Deux semaines et ils n'ont pas la moindre idée de ce qu'il s'est passé ? » sourit Loki, ravi de se savoir encore dans l'ombre et à l'abri.

« Mieux… » lui dit la midgardienne. Du bout du doigt, elle tapota la fin de l'article et lui précisa : « Ils ne se rappellent même pas le moment exact de ta disparition. »


...

J'aurais dû appeler ce chapitre « Où Loki se découvre une aversion envers les doudounes » ^.^

Ce chapitre, je l'ai écrit en deux fois… La rencontre avec Monsieur Fisher il y a… pfiouuuh… au moins six mois je crois, probablement plus. Et le reste ? Bah j'ai tout écrit ce weekend ! XD (c'est ce qui s'appelle avoir de l'inspiration, ça m'arrive souvent après une période d'exam et comme vendredi dernier j'ai passé deux partiels anticipés bah… voilà quoi.) Je suis donc plutôt fier d'avoir écrit 11 pages et quasiment 5 000 mots en moins de 48H (ceci est bien un auto-jetage de fleurs).

En tout cas, j'espère qu'il n'y a pas trop de différence de style entre les deux…

*« la caféine peut aider », ce qui est véridique ! En cas de maux de tête un bon café peut faire l'affaire si vous ne souhaitez pas prendre une quantité trop importante de paracétamol, puisque la caféine donne plus d'efficacité à ce principe actif. Mais il me semble que c'est seulement valable pour ce type de douleur. Après, je ne suis ni médecin ni pharmacienne ^^

J'espère que les courts passages en anglais ne gênent personne. Comme tous les personnages sont censés parler anglais, je trouve plus authentique de glisser quelques expressions dans cette langue. Mais si ça vous embête je peux toujours mettre la traduction entre parenthèses pour les prochaines fois. ;) Après, je pense que ça reste très compréhensible sans ^^, mais ça n'est que mon humble avis.

Réponse aux reviews anonymes :

Je suppose que les deux reviews que j'ai reçu sous les pseudos Laguna et Lectrice Fantme sont un doublon provenant de la même personne, sinon c'est un sacré pouvoir de siamoises que vous avez là ! ^^ En tout cas ça m'a fait super plaisir, que de compliments je suis flattée ! 3 J'imagine que ce chapitre a pu t'apporter quelques éléments de réponse à tes nombreuses questions ! J'espère en tout cas que cette suite te convient ! Retour au chalet à la fin du prochain chapitre, il peut donc encore se passer des choses dans ce trou perdu qu'est Garden Creek :D