Hello tout le monde! Me revoili, me revoilà! :D

Bon alors, je ne suis pas encore sûre de si oui ou non je suis contente de ce chapitre, mais je me sens un minimum satisfaite pour le publier donc... alea jacta est! XD J'espère juste que ce sera suffisant pour vous plaire.

Comme je n'ai pas de bêta pour me corriger et que je relis un nombre incalculable de fois avant de publier, il arrive que des fautes restent voire que des mots manquent, parce que mes yeux corrigent tous seuls à force de relire, du coup je passe complètement à côté. Ça m'est déjà arrivé plusieurs fois et je le constate facilement quand je relis mes chapitres longtemps après les avoir publier. Y'a des fois où je m'en arrache les cheveux, surtout quand c'est au niveau de passage important...

M'enfin bref.

/!\ /!\ /!\ Je vous rappelle au passage que cette histoire est classée M et que ce n'est pas pour rien. Autant j'en profite pour vous confirmer que oui cela signifie qu'il y aura présence de lemon(s) (mais pas tout de suite bien sûr, et je vous préviendrai toujours en début de chapitre), autant je vous préviens qu'il y a un passage dans ce chapitre qui est plutôt violent. Loki n'est pas vraiment ce qu'on peut appeler un gentil et je ne le considère pas comme tel, je préfère vous le rappeler. /!\ /!\ /!\

La troisième partie de ce chapitre, celle qui se passe de nuit, je l'ai écrite en écoutant en boucle le thème du film The Thing (la version originale de 1982, pas le remake de 2011), par Ennio Morricone (il a fait la musique, pas le film ^^). Ça vous donne aussi une idée de l'ambiance. D'ailleurs, pour les fans de Tarantino, sachez que son dernier film The Hateful Eight (Les Huit Salopards) est un gros clin d'œil à ce film, lui-aussi un huis-clos. Il y a mêmes plusieurs scènes qui sont pratiquement reprise de l'œuvre de John Carpenter, notamment celle où ils plantent des piquets pour ne pas se perdre dans la tempête en allant aux toilettes. A noter aussi que l'on retrouve Kurt Russell dans les deux et à chaque fois dans un rôle important. ;)

Fin du point culture du jour, je vous laisse au nouveau chapitre en vous souhaitant une bonne lecture !

Rdv en bas pour la seule RAR du chapitre précédent. ^.^


...

Chapitre V : Fatigue quand tu nous tiens.

...

Lorsque la vieille aubergiste vint débarrasser leur table et récupérer la théière désormais vide, l'humaine incolore l'apostropha gentiment :

« Sauf erreur de ma part, ton dossier financier est arrivé la semaine dernière il me semble, ça t'ennuie si j'y jette un coup d'œil ? »

« Ne t'embête pas avec ça, le comptable a fait savoir que la rentabilité laissait à désirer et que l'on devait réduire drastiquement nos stocks. » bougonna la vieille humaine.

« S'il-te-plaît, Bertha. » insista tranquillement la jeune femme.

La tavernière haussa les épaules, cala son plateau de service contre sa hanche large et finit par abdiquer assez rapidement.

« Tu veux tout ou seulement le dossier de gestion avec les comptes annuels ? »

« Tout. »

La vieille femme repartit dans un lourd soupir avant de réapparaître quelques instants plus tard, un paquet conséquents de feuilles dans ses bras. Il y eut un étrange échange de regards entre les deux humaines, avant que la plus âgée ne rompe le contact visuel pour repartir vaquer à ses occupations de tenancière.

La pâle midgardienne feuilleta rapidement l'ensemble avant d'attaquer le tout, papier par papier, avec un espèce de soin religieux, presque maniaque. Bientôt, il n'y eut plus que le frottement frénétique de la bille de son stylo contre la texture des pages remplies de chiffres, le froissement discret des pages que l'on tourne et le souffle léger de l'humaine incolore penchée dessus. Dehors, l'homme d'affaire avait depuis longtemps cesser de vociférer des insanités, pour partir on-ne-savait-où, laissant sa place au gamin qui jouait désormais dans la neige avec le loup.

Les quelques clients désormais partis et les aubergistes s'affairant ailleurs, la grande salle était plongée dans un silence tel, qu'il laissa Loki s'enterrer profondément dans son propre esprit, naviguant parmi les réflexions qu'il avait jusqu'ici laissées de côté.

La première pensée qui lui vint fut partagée entre les dernières informations qu'il avait obtenu un peu plus tôt au sujet de son improbable hôte et la nouvelle de sa propre disparition, inexplicable aux yeux des hautes autorités. Premièrement, il savait désormais que l'humaine incolore disposait d'un nombre suffisamment grand de ressources pour l'héberger pendant encore très longtemps, pour l'aider et surtout, pour tout mettre en œuvre afin que personne ne s'aperçoive du soutien qu'elle lui apportait. Cela prouvait également deux autres choses, d'abord que, si elle l'avait souhaité, elle aurait pu se débarrasser de lui dès le départ, puis, que la raison de sa présence ici -malgré tout ce qu'elle possédait- n'était pas anodine. On en venait donc au deuxièmement. L'endroit était si désolé et le monde, si vaste, qu'il était absolument improbable que le SHIELD ne le retrouve ici, pas alors que l'agence n'avait absolument aucune idée, même minime, d'où il pourrait se trouver. L'ennui, c'est que l'absence d'information des autorités midgardiennes au sujet de sa disparition, ne lui donnait aucun indice sur la manière dont il leur avait échappé, ni sur la raison de sa présence sur ces terres aussi perdues que gelées. De plus, le dieu n'était pas censé tomber sur une quelconque forme d'aide, pas sur Midgard et pas après sa tentative d'assouvissement de cette infime partie de l'Univers.

S'il se savait déjà chanceux d'être tombé sur cette humaine-là en particulier, non-hostile et visiblement prête à l'accueillir pour une durée indéterminée, il réalisa qu'un pareil coup du sort donnait un tournant très inhabituel à ses plans, lui qui, d'habitude, tombait toujours de très haut lorsque ses machinations venaient à échouer. La pâle midgardienne lui parut alors comme le premier signe encourageant que les forces, qui régissaient le Grand Cosmos, lui offraient.

Il étudia intensément cette humaine à l'apparence fantomatique, cherchant à comprendre s'il y avait là un quelconque message, une piste à suivre, un énigmatique indice. Sentant le poids de son regard, elle releva son visage pour le scruter de ses yeux trop clairs aux pupilles pratiquement sanguines dans la lumière du jour. Durant une poignée de secondes, elle attendit patiemment un mot de sa part. Loki demeurant muet, elle retourna à son travail, comme si de rien n'était, sans paraître vexée ni dérangée par les yeux de l'Ase fixés sur elle.

Le dieu eut presque envie de rire devant ses propres fabulations au sujet de l'humaine mais, malgré tout, l'idée qui lui était venue resta dans un coin de son esprit.

Loki songea alors aux papiers sur lesquels elle s'efforçait de griffonner, perdue dans ses nombres et ses pensées. L'autre humaine les lui avaient donnés en ayant ce regard pour le moins étrange et la communication silencieuse qu'il y avait eu entre elles ensuite, firent penser à Loki qu'il s'agissait là d'un genre d'arrangement.

Comme un accord plus ou moins tacite.

Et un accord, nécessitait forcément que la vieille aubergiste lui fournisse quelque chose en échange. Il se souvint sans peine de ce que Thanos lui avait exigé en échange de la gouvernance de Midgard… et se méfia aussitôt de ce que l'humaine pourrait lui demander. Loki s'interrogea sur ce que son soutien allait lui coûter.

« Qu'attends-tu de moi en échange de ton aide ? » murmura-t-il du bout des lèvres, songeur.

La question fit relever la tête de la midgardienne de la liasse de chiffres et de tableaux qu'elle consultait. Elle lui offrit une moue dubitative, tapotant son crayon contre ses lèvres. Elle jeta un dernier coup d'œil à ses papiers et y fit une croix avant de revenir à Loki, le regardant pensivement.

« As-tu un genre de pouvoir de guérison ou une capacité pour les soins ? »

La question sonnait étrangement, mais l'expression neutre de l'humaine incolore ne lui donna aucun indice.

Il manqua d'en rire, mais préféra garder son sérieux.

« Non. » concéda-t-il, une esquisse de sourire ironique se tordant au coin de ses lèvres.

Elle eut un haussement d'épaules. Reprenant ses calculs, elle déclara :

« Dans ce cas, tu n'as rien qui pourrait susciter mon intérêt. »

Puis elle se remit à sa paperasse comme si de rien n'était, agaçant profondément Loki dont les narines commençaient à frémir d'impatience, frustré de n'obtenir aucune réponse un tant soit peu tangible et passablement vexé d'être aussi peu considéré par une vulgaire humaine.

« Tu veux forcément quelque chose. » insista-t-il, sa voix grinçant dans sa gorge.

« Je n'ai pas dit le contraire. » accorda-t-elle, tournant sa page pour éplucher un nouveau tableau. Elle griffonna dans la marge avant de relever ses yeux trop clairs sur le dieu qui la fixait toujours, affreusement insatisfait de ses réponses trop vagues. « Ce n'est pas quelque chose que tu puisses me donner, ni un service que tu puisses me rendre. Tu ne possèdes rien qui pourrait, même potentiellement, m'intéresser. »

Soit, il n'avait rien non-plus à lui proposer. D'ordinaire, les gens avec qui il passait un marché avait une multitude de chose à exiger en retour… L'humaine incolore voulait forcément quelque chose, mais quoi ?

« Un dieu doué dans les arts de la magie te demande ce que tu souhaites et tu ne trouves rien à lui demander… Alors quoi ? Tu fais dans la charité ? » nargua-t-il, haussant un sourcil moqueur en sachant parfaitement qu'elle lui répondrait poliment par la négative, pas impressionnée pour un sou par l'acidité qu'il mettait dans chacune de ses paroles.

« Non, mais je tiens à ma tranquillité. » rétorqua doucement l'humaine incolore. « Te jeter en pâture aux autorités ne m'est d'aucun intérêt et risquerait surtout de permettre à certains de fouiner dans mes affaires. J'ai clairement autre chose à faire que de devoir gérer ça. »

« Parce qu'héberger un criminel notoire est moins risqué que de le dénoncer ? » ironisa-t-il. « Ou est-ce juste de la pitié ? »

Autant il aurait été préférable qu'il mesure la violence qu'il y avait dans sa voix et qui étouffait dans sa gorge, autant savoir qu'il avait peut-être été pris pour une petite chose blessée et fragile, qu'il fallait panser, l'irrita profondément. La midgardienne l'étudia un moment, ses yeux scrutant intensément chaque trait de son visage. Il sembla qu'elle trouva ce qu'elle cherchait lorsque ses sourcils se froncèrent et que sa moue se fit dubitative.

« De toute évidence, tu n'as pas besoin de ma pitié. » finit-elle par dire. Elle avait modulé sa voix pour que l'affirmation sonne claire. « Quant à la question du risque… j'ai eu tout le temps d'y songer quand je t'ai ramassé dans les bois. »

Le dieu s'offusqua du terme 'ramassé', d'autant plus lorsqu'elle se désintéressa de lui à nouveau pour lui préférer ses papiers bien trop chiffrés. Piqué dans son orgueil, il ne compta pas en rester là.

« Et tu en as conclu ? » demanda-t-il, la langue acerbe et la voix mordante.

« Que c'était tout à fait gérable. »

Il ricana.

« Je suis plus 'gérable' à tes yeux qu'une bande de gratte-papiers incapables ? »

« Mmh mmh… »

Il en fut plus que vexé.

« Instable, fou… Mais 'gérable' ? » s'étrangla-t-il. « Celle-là, on ne me l'avait jamais faite ! »

« Il faut bien une première fois à tout… » murmura-t-elle distraitement, ses sourcils se fronçant alors qu'elle entourait sèchement plusieurs sommes. « Et ça n'est pas une insulte. Ce que je dis, c'est que la situation la plus sûre était de t'aider et, qu'au regard du contexte actuel, elle l'est et le sera toujours. »

S'obligeant à ne pas perdre son calme, il réfléchit un moment à sa réponse, pesant les pours et les contres, recherchant la moindre faille, et ne trouva finalement qu'un dernier point encore trop obscur à son goût :

« Tu dis avoir choisi entre me dénoncer ou m'aider, mais tu n'as pas évoqué la dernière option dont tu disposais… » énonça-t-il, encore dans ses réflexions, mais conservant un ton tranchant dans l'inflexion de sa voix. « Bien d'autre aurait eu peu de scrupule à me laisser dehors. Rien ne t'obligeait à me ramasser, comme tu le dis si bien. »

Elle posa son stylo et rassembla soigneusement les différents feuillets pour en faire une pile parfaite, où pas un papier ne dépassait. Appuyée d'un avant-bras sur la table, elle se frotta le front avant de darder ses yeux lasses sur lui. Le manque d'intérêt évident qu'elle avait pour la conversation le froissa autant qu'il l'étonna. C'était l'occasion rêvée pour elle de marchander une compensation pour ce qu'elle lui accordait et, au lieu d'en profiter, l'humaine incolore se montrait ouvertement désintéressée et royalement insensible à l'idée d'un dieu lui étant redevable.

« Les gens du coin ont beau dire, j'ai tout de même des principes. Laissez un parfait inconnu mourir après une lente agonie dans le froid de l'Alberta n'en fait pas parti. » marmonna-t-elle, répétant ce qu'elle lui avait dit à leur première rencontre.

« Mais tu savais déjà qui j'étais… » argua Loki.

« Et ? On a déjà eu cette conversation, ma réponse n'a pas changé depuis. »

« Oh aller… Petite humaine que tu es, tu ne vas pas me dire que tu n'y as pas songé, ne serait-ce qu'une seule seconde ? » susurra-t-il.

Loki sut qu'il l'avait touché avec cette appellation, à la vue de ses épaules se contractant et du léger grincement de ses dents, sa mâchoire se serrant imperceptiblement. C'était maintenant à elle d'être vexée. Mais, il dut se détromper sur l'origine de sa petite étincelle d'animosité avec la réponse qu'elle lui rendit, prononcée du bout des lèvres avec une forme non retenue de dégoût et une bonne dose de sarcasme :

« Pourquoi faire ? Venger l'humanité ? New York ? » Elle ricana. « Oh pitié, je ne suis pas une de ces nombrilistes américaines qui croit que quiconque s'en prend à l'Amérique, s'en prend aussi à elle personnellement… Pour ta gouverne, je suis anglaise, me cacher derrière un patriotisme aussi dégoulinant, très peu pour moi. »

Oui, elle était définitivement vexée. Il garda néanmoins l'information qu'elle venait de lui donner dans un coin de son esprit, cela pouvait toujours servir. Au moins, il savait maintenant d'où lui venait son étrange accent.

« Serait-ce la jalousie de voir un autre pays que le tien être tenu pour plus représentatif du reste du monde ? » la provoqua-t-il, amusé par sa réaction.

« Non, c'est du pragmatisme. » nia-t-elle, prenant un air détaché. « Le Royaume-Uni a beau être un pays rongé par l'alcoolisme et le snobisme, on y jure avant tout pour la couronne et pas pour un peuple, c'est purement politique et fondamentalement culturel. »

« Mais tu pouvais toujours agir par pur égoïsme. »

« Ce qui aurait été à l'encontre de mes principes… sur le moment. » sourit-t-elle, son éternel air calme retrouvé, son regard malicieux en disant plus long que les quelques mots qu'elle avait murmurés.

Elle s'appuya contre le dossier de sa chaise pour s'étirer, faisant craquer son dos et ses poignets, l'air pensive. Puis, elle darda sur lui ses yeux clairs, lui offrant plus d'attention que précédemment, son regard franc brillant de curiosité.

« Je me demande bien en quoi il est si difficile pour toi d'admettre que que je veuille t'aider sans attendre de contrepartie. Est-ce si difficile à accepter ? »

Loki n'eut pas envie de répondre.

Il y avait eu foule ce midi à l'auberge, à croire que tous les badauds s'étaient passés le mot pour se retrouver et manger un morceau chez le vieux couple de taverniers. La cacophonie qui en avait résulté, avait achevé sa dernière once de retenue en faisant revenir son mal de tête avec force. Le dieu avait grignoté quelques petites choses en vitesse avant de grimper les escaliers pour trouver refuge dans la chambre qu'on lui avait donnée. Il aurait fini par arracher des langues s'il était resté au rez-de-chaussée, parmi les rires gras et les conversations trop bruyantes.

Sous son crâne, son esprit bouillonnait sans discontinuer, c'était comme un battement brûlant qui tambourinait contre l'os. Loki eut beau se masser les tempes, se rafraîchir le visage, s'allonger et s'obliger à dormir. Rien à faire. Plus il essayait d'amoindrir la douleur et plus il s'énervait. Contre lui-même, contre cette maudite planète et contre tous ses maudits habitants, à commencer par cette humaine à la peau trop blanche. S'il avait encore pu utiliser sa magie, ce genre de trivialité serait défaite d'un simple sortilège.

Il tira rageusement les rideaux pour abriter ses yeux de la lumière trop vive du soleil, manquant de les décrocher. Loki se sentait fébrile et vaguement nauséeux. Il serra et desserra ses mains, dépliant et repliant ses longs doigts à en faire craquer ses articulations. Il fallait qu'il détruise quelque chose, réduise en cendres un objet ou même une vie, qu'importe, mais il lui fallait quelque chose sur lequel passer ses nerfs et laisser sa rage s'évacuer plutôt que de la laisser ramper dans son corps par vagues brûlantes et lécher ses tripes de ses flammes acides.

L'esprit embrumé par son propre accès de colère, il n'entendit pas les coups légers portés à la porte, ni les gonds de celle-ci lorsqu'elle s'ouvrit. Il prit vaguement conscience qu'il y avait quelqu'un dans son dos, mais n'écouta que d'une oreille ce qu'on lui disait, trop occupé à incendier la moindre de ses pensées et à alimenter le brasier de sa propre colère.

« …t'ai apporté de quoi manger… …semblait souffrant… …quelque chose à faire... »

Est-ce que cette voix trop calme allait le suivre où qu'il aille et quoiqu'il fasse ?! Elle était pénible à savoir tout ce qu'il pouvait souhaiter ou avoir besoin, à toujours avoir une longueur d'avance et à être aussi horriblement prévenante et… et… trop clairvoyante ! Que cette banshee lui fiche la paix, elle n'aura pas son âme, il avait déjà payé trop cher l'aide 'offerte' par un autre sans jamais en voir les résultats.

« Que me veux-tu ?! » s'agaça-t-il, se retournant vivement pour la toiser de toute sa hauteur, l'air véhément.

Elle le regarda étrangement, sa tête légèrement penchée sur le côté et ses yeux braqués sur lui comme si elle essayait de percer tous ses secrets. Cela ne lui plut pas. Il s'en énerva davantage.

« Tu n'es qu'une mortelle ! » cracha-t-il, mauvais. Elle n'avait rien d'un esprit ou d'une sorcière, s'il le voulait il pourrait la tuer d'un simple geste, lui briser la nuque ou lui tordre son cou trop fin.

« De toute évidence… » déclara prudemment l'humaine incolore, fronçant les sourcils alors qu'il faisait les cents pas devant elle, tournant et se retournant dans cette chambre trop petite. Il s'y sentait trop à l'étroit, il avait un urgent besoin d'espace, la présence même de l'humaine lui parut étouffante.

Mais, à l'instant où l'humaine soupira un peu trop significativement à son goût, il se rapprocha vivement d'elle, l'obligeant à reculer jusqu'à la coincer contre la porte. Son attitude le mettait tellement en colère, pourquoi ne lui répondait-elle pas ? Il apposa ses mains de part et d'autre de sa tête, lui bloquant définitivement le passage. Un air menaçant tordait son expression et, avec tout le venin qu'il possédait dans sa voix, il lui souffla au visage :

« Je suis un dieu… Tu dois forcément me vouloir quelque chose ! »

Sa main saisit sa gorge avant même qu'il n'y ait songé, la capturant sans pour autant chercher à l'étrangler, seulement pour la tenir d'une poigne ferme, les yeux orageux et pleins d'avertissements. La pâle midgardienne le regarda intensément, accrochant pleinement son regard pour y chercher quelque chose. Un brin de suspicion envahit ses yeux clairs et il eut envie de les lui arracher.

« On a déjà eu cette conversation… » murmura-t-elle, sa voix éraillée par le fait qu'il serrait un peu trop sa gorge.

« Je me fiche de ce que… » gronda-t-il, mais elle ne le laissa pas finir.

« …ce matin. »

Un vague souvenir lui piqua l'esprit et il relâcha sa prise sur son cou, comme brûlé. Il l'observa un moment, pas sûr qu'elle lui dise la vérité. Elle se laissa étudier sans broncher, lui rendant la pareille avec une curiosité prudente, se massant le cou d'une main. L'animosité qui n'avait cessé de gonfler dans sa poitrine reflua et il ne comprit pas exactement ce qu'il faisait là, à tenter de lui extirper ces informations quand bien même il pouvait la questionner sans qu'elle ne lui mente. Il se sentit brusquement perdu et confus. Fébrile.

L'humaine incolore fit alors quelque chose d'étonnant, elle se hissa vers lui, sur la pointe des pieds, pour venir coller son front au sien, fermant les yeux pour se concentrer. Il eut la surprise de sentir que sa peau était plus froide que la sienne, lui faisant un bien fou.

« Tu es brûlant. » constata-t-elle, soucieuse.

Elle vint délicatement se saisir de l'un de ses poignets pour glisser son pouce sous le bracelet en métal. Le contact de ses doigts frais sous la lourde entrave lui fit du bien. Suffisamment pour qu'il ne s'arrache pas à sa main et se laisse aller à profiter du léger répit glacé qu'elle lui offrait. Cela n'était pas normal. De par son statut de jotünn et même sous ses traits d'asgardien, sa peau était toujours plus froide que celle des ases et des midgardiens. Il était rigoureusement impossible que celle de l'humaine lui fasse cet effet…

« Perte de mémoire à court terme, fièvre, irritabilité, maux de tête et ton cœur bat un peu vite. » résuma-t-elle. Sa voix était un chuchotement doux à ses oreilles, surtout après la cacophonie qui avait régné deux étages en dessous et ses propres pensées emmêlées, plus bruyantes les unes que les autres. La midgardienne plaça ses doigts sur ses tempes et il apprécia le contact délicat et froid, plus efficace que tout ce qu'il avait tenté auparavant pour trouver un semblant d'apaisement. Il ferma les yeux et inspira lentement pour se calmer tandis qu'elle dardait ses yeux clairs sur lui, traquant le moindre signe de son mal-être.

Loki sentit malgré tout et avec une certaine préoccupation qu'elle avait raison.

« Y-a-t-il quelque chose à faire ? J'ai bien des médicaments, mais leur efficacité risque d'être assez limitée. » murmura-t-elle du bout des lèvres, posant la question autant pour elle-même que pour le dieu.

« Rien. Cela passera… » décréta-t-il, rompant le contact en se reculant. Voyant que sa réponse ne la satisfaisait pas vraiment, il ajouta : « C'est probablement un contrecoup. Rien de grave, je m'en remettrai. »

La midgardienne n'eut pas vraiment l'air convaincu par ce qu'il avançait, mais elle lâcha l'affaire, posant sur lui un dernier regard transperçant avant de changer de sujet.

« D'accord… » souffla-t-elle. « A l'origine, je suis venue te trouver pour t'annoncer que l'on va devoir rester une nuit de plus. Un colis important devait arriver aujourd'hui, mais à cause d'un léger contretemps il n'arrivera que demain matin… avec un peu de chance. »

Son air embêté et son regard interrogateur lui firent comprendre qu'elle accepterait tout de même de repartir aujourd'hui pour le chalet s'il en faisait la demande. Il se contenta d'acquiescer d'un léger hochement de tête, satisfait de voir qu'une fois de plus elle lui laissait le choix. Pour autant, il ne demanda rien. Cela n'était pas son genre.

Néanmoins, il trouva une poche de glace, une tasse de tisane encore fumante et deux comprimés enveloppés dans un mouchoir sur le pas de sa porte, une heure après que la midgardienne l'eut laissé se reposer dans sa chambre. Et bien qu'il n'y eût personne sur le pallier, il se douta aisément de qui avait toqué discrètement à sa porte avant de s'éclipser, lui laissant le soin de récupérer les trois offrandes dans le silence du couloir.

La nuit suivante, ce fut juste pire.

Loki se réveilla brusquement, transpirant parmi les draps, la respiration tremblante sous l'effort et le cœur prêt à sortir de sa poitrine tant il battait fort. Les maux de tête n'étaient plus qu'un mauvais souvenir, mais la fièvre, elle, avait monté crescendo. Les quelques heures de sommeil agité qu'il avait pu grappiller ne furent pas d'une très grande aide et, alors qu'il se rallongeait sur le lit, se débarrassant de la couette d'un geste rageur, il eut beau clore résolument ses paupières et être exténué, le sommeil ne revint pas. La peau nue de son dos, en contact avec le matelas, le brûlait comme s'il y avait une fournaise sous les draps et que sa chaleur suintait à travers le tissu.

Le dieu se releva, fatigué mais bien incapable de se rendormir. Il prit un linge au hasard et essuya la pellicule de sueur qui recouvrait son corps et son visage. Même complètement nu et toute source de chaleur dans la pièce, éteinte, il avait toujours cette impression de cuire sous sa propre peau. Seulement vêtu des bracelets d'acier qui lui ceignaient toujours les poignets, il lui sembla que le métal pesait de plus en plus lourd au bout de ses bras et lui renvoyait sa propre fièvre.

En désespoir de cause, il tenta d'ouvrir sa fenêtre dans l'idée de faire entrer l'air glacé de la nuit dans sa chambre, mais dut se résoudre à trouver un autre moyen lorsqu'il s'avéra qu'elle était verrouillée.

Bien sûr, il n'aurait eu aucun problème à la forcer, mais cela risquait d'attirer un peu trop l'attention des aubergistes sur sa personne puisque de fait, un simple humain en serait bien incapable. Alors il récupéra un pantalon et un manteau pour se vêtir sommairement et prit la décision d'aller chercher le froid directement à la source. C'est-à-dire dehors. Et s'il le fallait, il irait jusqu'à s'affaler dans la neige pour que cette maudite fièvre cesse…

La nuit ici n'était pas du noir dense des Abysses, loin de là. Elle faisait plutôt penser à Loki au ciel nocturne d'Asgard, avec moins d'étoiles, certes, mais les faibles lueurs accompagnées de celle de l'unique lune de cette planète, suffisaient amplement pour qu'il se repère sans mal dans ce qu'il considérait comme une semi-obscurité. La neige n'était alors plus qu'un miroir qui renvoyait au ciel la fine lumière, créant une espèce de luminosité sombre, faite d'ombres et de formes plus ou moins distinctes que les yeux vifs, bien que fatigués, de Loki captaient sans mal.

L'air glacé lui fit un bien fou et c'est presque avec délice qu'il en prit de grandes inspirations, s'en gorgeant les poumons jusqu'à plus soif. Peut-être aurait-il dû prendre des chaussures et mettre plusieurs épaisseurs de tissus, mais le dieu se dit que, de loin, personne ne remarquerait la différence. Pas un humain en tout cas.

Loki avait seulement enfilé le manteau -sans prendre la peine de le fermer- et le pantalon pour que quiconque l'apercevant de loin distingue une silhouette vêtue correctement. Mais s'il n'avait écouté que sa propre envie de froid, il serait très probablement sorti sans prendre cette peine. Loin de lui l'idée de s'exhiber, mais sa peau le cuisait trop et il était presque certain de ne croiser personne au beau milieu de la nuit et, qui-plus-est, dehors. C'était le « presque » qui l'avait convaincu de ne pas prendre un risque aussi stupide.

Il demeura sous le porche de l'auberge, dans l'ombre et à l'abri des possibles passants, regardant les maisons désuètes sans grande conviction, se demandant comment l'on pouvait vivre dans pareils taudis, avant de se rappeler qu'il s'agissait d'habitations humaines. Au moins, la midgardienne avait, elle, un tant soit peu de goût en matière de logis. Son chalet, immense par rapport aux baraques de Garden Creek, n'avait rien à leur envier, avec ses murs épais faits de troncs d'arbres finement taillés et non de d'un ramassis de tôles, de briques et de planches.

S'appuyant contre le mur, il posa son crâne contre la pierre gelée, appréciant pour la première fois de sentir le froid s'infiltrer à travers sa peau et sa chair pour atteindre ses veines avant de courir avec son sang jusque dans son dos et ses membres, répandant son onde glacée et, dans le cas présent, bienvenue.

La fatigue qui courait dans ses bras et ses jambes n'était pas suffisante pour qu'il songe à retourner dans sa chambre pour chaparder encore quelques heures de sommeil, mais lui fit envier le vieux fauteuil en bois qui traînait non-loin. Il se décolla du mur lorsqu'il eut suffisamment froid, pour s'approcher du meuble qui semblait l'attendre depuis des lustres.

Ses pieds nus sur les planches verglacées du porche, il mesura chacun de ses pas pour se déplacer silencieusement, lorsqu'un bruit vint lui irriter les oreilles. Un craquement lourd qui n'était pas dû au mouvement de ses pieds sûrs.

Loki tendit l'oreille, alerte. Il y en eut quelques autres et il distingua des pas, probablement ceux d'un homme corpulent, qui crissaient sourdement dans la neige épaisse. Un individu qui n'était visiblement pas seul, puisque d'autres pas le suivaient, plus légers mais traînants. Quelques chuchotis peu discrets parvinrent à l'ouïe fine du dieu, qui ne bougea pas d'un pouce, attendant de voir qui se promenaient dehors à une heure pareille et se sachant parfaitement invisible parmi les ténèbres créées par l'auvent.

L'Ase distingua sans mal deux hommes, l'un au gabarit gras et l'autre, une silhouette dégingandée. A la seule lueur de l'astre nocturne, il reconnut le visage rond du gamin qui tenait la seule boutique de vêtements et de matériel du coin. S'il avait l'air toujours aussi idiot, le dieu nota néanmoins que le jeune homme ne semblait pas très assuré, ni même rassuré, suivant à la trace celui qui devait fort probablement être son aîné.

L'homme avait littéralement la forme d'une barrique, grand, rond et sans cou. La masse épaisse de son manteau ne jouait pas non-plus en sa faveur, ceinturant son ventre proéminent comme si le tissu synthétique n'allait pas tarder à craquer.

Loki les considéra un instant, se demandant bien ce que ces deux-là comptaient faire, à être si peu discrets en ayant clairement l'air d'avoir quelque chose à cacher. C'en était ridicule.

La réponse lui parut évidente lorsque les deux individus à l'apparence de demeurés s'approchèrent du véhicule blanc de l'humaine incolore. Plutôt que de s'en inquiéter, Loki eut un sourire en coin avec quelque chose de presque violent dans le regard. Lui, dont la colère le démangeait sourdement depuis quelques temps, venait de trouver de quoi passer ses nerfs.

Alors que les deux humains déballaient leur matériel dans le but évident de saboter la voiture, ou au moins de la saccager, Loki s'approcha silencieusement d'eux pour se poster dans leur dos, étudiant leurs gestes avec un amusement cruel.

« T'es sûr de toi Oncle Mel' ? »

« Combien de fois je t'ai dit de pas m'appeler comme ça ! Tu fais chier gamin, t'es pas plus fichu que ton crétin de père de retenir un foutu nom… » grommela le plus âgé, penché sur le véhicule. « Passe-moi le cric au lieu de chouiner comme une donzelle. »

« Mais c'est un modèle récent et Miss Hayleigh est hyper friquée, tu crois pas qu'y a une sécurité… genre comme une alarme ? »

Le jeune blanc-bec avait au moins un peu plus d'esprit que son aîné.

« Les voitures, j'm'y connais, d'accord ?! Dix ans que j'suis mécano, c'pas toi qui va m'apprendre mon foutu métier 'tain de merde. » râla l'autre. « Le connard en doudoune jaune m'a promis un p'tit pactole en échange et j'vais pas cracher sur une occasion d'emmerder la sorcière. Et puis ferme ta gueule deux minutes, t'vas nous faire repérer… »

« Je pense que pour ce qui est de vous faire repérer, vous vous suffisez à vous seul. »

Les deux humains sursautèrent brusquement pour faire volte-face, se tournant vers Loki comme s'il avait débarqué de nulle part, ce qui était effectivement le cas. Le dieu leur adressa un sourire méchant, ses mains jointes dans son dos droit, il se redressa de toute sa hauteur pour mieux les toiser, attendant de voir ce que ces deux créatures pathétiques allaient tenter.

Mais il sembla que l'information était trop conséquente pour qu'elle parvienne jusqu'à leur esprit réduit car ils restèrent figés. Alors le dieu fit un pas vers eux, cherchant à les faire réagir, voulant voir la peur s'infiltrer dans leurs yeux lorsqu'ils comprendraient enfin qu'ils sont les proies d'un prédateur bien singulier et dénué de pitié.

Le plus jeune fut le seul à réagir, l'autre étant trop effaré pour faire quoique ce soit.

« Qu'est-c'vous foutez dehors à cette heure et à moitié à poil ?! »

Autant pour lui, il devait s'agir d'une forme de vie particulièrement simple d'esprit, parce que même un humain aurait déjà senti le danger venir depuis longtemps. Néanmoins, la question l'irrita profondément. Son manteau grand ouvert laissait une vue imprenable sur le fait qu'il n'était vêtu que d'un pantalon, sans parler de ses pieds nus enfoncés dans la neige.

Il saisit le gamin par son col, le hissant à sa hauteur pour lire la peur qui s'inscrivit soudainement sur son visage rouge et gras, appréciant de voir enfin une réaction cohérente chez ce jeune insolent. Son expression aux yeux exorbités par la terreur fut un pur délice, mais, avisant les rondeurs encore pouponnes de ses joues, il décréta qu'il faisait plus enfant qu'adulte.

« Ecarte-toi de mon chemin misérable chose, ce sera mon seul avertissement. » lui cracha-t-il au visage, avant de le jeter à quelques mètres de là.

Malmener un humain allait de soi, ils ne servaient qu'à cela, mais lever la main sur un enfant le répudiait. Celui-là était pratiquement adulte, mais son idiotie faisait pencher la balance dans l'autre sens. Aussi, si le gamin avait la sagesse de ne pas s'interposer, il le laisserait en vie… après l'avoir lourdement assommé.

Il s'approcha dangereusement de l'autre, ricanant de le voir reculer en trébuchant, plus roublard encore que celui qu'il venait d'écarter. L'homme tenta de lui intimer de ne pas s'approcher, mais seul un bredouillement incompréhensible lui échappa et, voyant Loki continuer à s'avancer, il plongea sur la malle à ses pieds pour se saisir d'un outil en métal et le brandir devant lui, les mains tremblantes, sans pour autant avoir l'air d'une quelconque forme de menace aux yeux du dieu. Le midgardien proféra quelques insanités avant de faire un brusque mouvement pour essayer de l'assommer. Son énorme visage ingrat ressembla à celui d'un poisson hors de l'eau quand le dieu stoppa le coup d'une main pour lui arracher l'objet, avant de lui rendre la pareille, l'envoyant au sol avec le son écœurant d'un os qui se brise, probablement la mâchoire.

Le vieillard gras commença à geindre, portant sa main là où il avait reçu le coup de plein fouet. Loki appuya de son pied sur son dos pour l'enfoncer dans la neige et étouffer les plaintes, trop bruyantes à son goût, de l'homme.

« Souffre en silence, tu veux ? » se moqua-t-il, s'amusant de voir l'autre se tortiller de douleur et face contre terre mais, néanmoins, se taire, craintif de ce que le dieu pourrait lui faire de plus.

Dès qu'il retira son pied, le pathétique humain se mit à ramper dans la neige pour lui échapper, traînant sa grande carcasse trop lourde sur le sol gelé. Et le dieu rit de le voir ainsi, à sa juste place.

Il leva à nouveau l'outil de métal, prêt à lui asséner un autre coup, quand un bruit, qu'il commençait à bien connaître, retentit, celui d'une arme midgardienne que l'on charge.

« Faîtes pas ça… » l'interpella le gamin, braquant un petit calibre dans sa direction. « … ou j'vous jure que j'appuie sur la gâchette. »

Le dieu plissa ses yeux en deux fentes meurtrières. Il aurait dû l'assommer avant de s'en prendre à l'autre midgardien. Sans sa magie, il n'était plus à l'épreuve des balles et se traita d'idiot pour ne pas avoir considéré l'idée que l'un d'entre eux puisse être armé…

« Je… J'vais compter jusqu'à trois. Et vous allez poser cette putain de clé anglaise, ok ?! » prévint le gamin, ses genoux s'entrechoquant tant il tremblait. Mais il semblait aussi farouchement déterminé à faire quelque chose pour sauver la peau du membre de sa famille gisant toujours au sol. « Un ! »

Loki n'avait absolument aucune envie de se rendre face un humain aussi faible. Aussi, il ne lâcha pas l'affaire, dardant ses yeux froids sur le gamin, le défiant ouvertement de faire quoique ce soit. Mais au lieu de se mettre à trembler un peu plus comme il l'avait prévu, l'adolescent à peine adulte raffermit sa prise sur l'arme et se campa plus solidement sur ses deux pieds.

« Deux ! » poursuivit le gamin.

Le dieu se dit qu'il y avait des jours où, vraiment, l'Univers entier avait une dent contre lui. Se retrouver menacé par un stupide gamin… C'était aussi irréel qu'idiot. Le dieu serra les dents, mécontent, n'ayant aucune intention de plier, certain que le jeune humain n'aurait pas le cran d'agir, mais tout de même tendu de voir cette possibilité s'accomplir. Avec un peu de chance, le coup ne ferait que l'effleurer, il n'était même pas sûr que le gamin sache correctement viser.

« Deux et demi… »

Non vraiment, ça devenait ridicule.

« Tr_ »

Il ne put finir son décompte, que quelque chose se jeta sur lui dans un grondement terrible. Le gamin tomba à terre, criant de douleur tandis que le loup gris de la midgardienne tenait fermement l'avant-bras du gamin entre ses mâchoires pleines de crocs, un grognement profond roulant sans discontinuer dans le fond de sa gueule. L'arme fut projetée plus loin, alors que l'humain l'avait lâchée dans sa chute. Au-dessus de lui, Windy s'en donnait à cœur joie de faire de son bras une charpie, mordant encore et encore l'adolescent. Le jeune homme eut beau se débattre et rouer de coups le loup, l'animal ne le lâchait plus et semblait s'enhardir à tailler en pièce sa nouvelle proie.

Le dieu n'eut pas le temps de se réjouir de cette vision d'horreur que l'autre humain se releva dans un râle et voulut se saisir de la fameuse clé anglaise que Loki tenait toujours, dans le but évident de venir en aide au jeune imbécile déjà à moitié mort. Le prince déchu ne lui en laissa pas l'occasion et, à la seconde où le type referma sa main fermement sur l'outil, le dieu le tourna brusquement pour sentir avec un plaisir vicieux le poignet de l'humain se rompre sous la torsion. Avant que l'humain ne se remette à brailler, il lui fracassa le crâne avec l'objet et sa victime tomba à terre. La clé anglaise s'abattit à maintes reprises sur la tête de l'homme et Loki ne s'arrêta pas avant qu'il n'y ait plus rien à réduire en bouillie.

Non-loin, le gringalet s'était depuis longtemps tu, achevé par le loup d'une morsure profonde à la gorge.

Loki se redressa, essoufflé et presque ivre d'avoir enfin pu évacuer un peu de sa colère. Le seul point noir au tableau, était que cette petite altercation l'avait inexplicablement fatigué, quand d'ordinaire il aurait pu écraser ces deux humains sans un accroc au souffle. Mais au lieu de s'agacer, il préféra se concentrer sur la scène macabre et le bien fou que cela faisait d'avoir enfin pu se défouler.

Windy, les babines pleines de sang, vint frotter son museau contre la paume de Loki, tachant ses doigts au passage, pour humer sa main avec curiosité. Le loup et son pelage maculé lui rappelèrent indéniablement Fenrir, lorsqu'il était revenu le voir après avoir fait un carnage. Juste avant qu'on le lui arrache.

Le dieu chassa le souvenir d'un mouvement de tête, mais ne put s'empêcher de gratter la tête du loup gris, comme il l'avait tant de fois fait avec Fenrir. Puis, il délaissa l'animal pour considérer les deux cadavres, sachant parfaitement qu'il n'était pas question de les laisser là.

Une heure plus tard, les deux corps n'étaient plus qu'un mauvais -ou un bon ?- souvenir, mais les traces de sang demeuraient dans la neige… Cela embêta fortement Loki, d'autant qu'il y avait trop de neige souillée pour pouvoir y faire quoique ce soit.

Et comme si le ciel l'avait entendu, il se mit brusquement à neiger, de lourds amas de flocons tombant dans la nuit alors que le vent se levait légèrement. Ils recouvrirent rapidement le sol, masquant les dernières preuves de leurs crimes atroces. S'il neigeait ainsi pendant quelques heures, les marques disparaîtraient définitivement. Ravi de cette conclusion, Loki gravit les marches du perron pour retourner sous le porche, où l'attendait sagement le vieux fauteuil en bois.

Le dieu, sachant parfaitement que le sommeil ne lui reviendrait pas, s'y assit pour profiter encore un peu du froid. Windy, qui n'avait pas cessé de le suivre, s'approcha de lui tranquillement pour venir s'allonger à même les lattes de bois, contre ses pieds nus. Puis, il n'y eut plus que le halètement continu du loup et le son feutré de la neige tombant lourdement sur le sol pour le recouvrir de son épais manteau.

Et c'est dans cet instant, dans cette nuit baignée par les reflets lunaires, son esprit enfin calmé et le vent glacé lui léchant le torse de son froid mordant, que Loki trouva l'apaisement qu'il recherchait depuis la veille.

Ce n'est qu'au petit matin, dès les premières lueurs du jour, que le dieu se décida à regagner sa chambre et, au moment de passer la porte de l'auberge, un vif éclat blanc le stoppa. Il se retourna pour darder ses yeux perçants sur le coin de forêt qui jouxtait l'établissement du vieux couple, cherchant parmi les arbres ce qu'il avait aperçu et, entre deux troncs noircis par le froid, il distingua une ombre. Son regard ne l'accrocha que pendant une brève seconde, avant que la chose ne disparaisse soudainement derrière la brume du matin, mais ce fut amplement suffisant pour que Loki devine la silhouette de quelque chose d'énorme.

Étrangement, la neige cessa aussitôt de tomber.

« Qu'est-ce que tu as fichu cette nuit pour être barbouillé comme ça ? Tu sais quoi, je ne veux même pas savoir si c'était un lapin ou un faon. Encore heureux que tu ne l'aies pas ramené ici et que personne ne t'ait vu, parce que j'en connais certains qui t'aurait accueilli à coups de fusil… »

Le matin suivant, la pâle midgardienne était en train de sermonner Windy, moitié exaspérée, moitié amusée par la dégaine du loup. L'animal s'était endormi sur le tapis devant la cheminée quand le dieu avait regagné ses quartiers. Inévitablement, l'humaine n'avait pas manqué sa gueule encore rougie par le sang lorsqu'elle était descendue dans la grande salle, ce qui expliquait qu'elle était actuellement assise à même le sol, une bassine d'eau à son côté tandis qu'elle essayait de nettoyer les babines du loup gris avec un linge humide. Windy se laissait faire, geignant de temps à autres devant le traitement qu'on lui infligeait, avant de se faire rabrouer par une pichenette sur le museau.

Difficile de croire que c'était la même bête que la veille, celle qui avait dépecé vivant un humain.

Attablé devant un copieux petit-déjeuner, Loki regardait la scène d'un œil, un sourire en coin devant l'ignorance de l'humaine incolore. Il avait craint qu'avec sa clairvoyance, elle devine l'horrible vérité. Une bonne chose que ce ne soit pas le cas et une chance que les cris n'aient réveillé personne.

Quoiqu'à en voir les séries d'œillades étranges de la part de l'enfant, assis à sa droite et le nez dans son chocolat chaud, il y en avait peut-être un ici, qui avait le sommeil léger. Mais au lieu de dire quoique ce soit à sa tante, le mioche se contenta de lui faire un grand sourire dénué de réponse quand elle lui demanda s'il avait bien dormi, dardant ensuite ses yeux noirs comme deux billes d'obsidiennes sur le dieu, l'air malicieux.

Soit Loki se faisait des idées, soit le gamin était plus louche encore que ce que marmonnaient les gens du coin.

Le fameux colis manquant arriva peu après l'heure du déjeuner. Un paquet bien étrange et très strictement emballé, qui attira l'attention de Loki. Le vieil aubergiste le chargea précautionneusement à l'arrière du véhicule de l'humaine incolore avec le reste de leurs bagages et les quelques bricoles qu'elle souhaitait ramener. En ce début d'après-midi, ils repartirent tranquillement vers le chalet, laissant derrière eux Garden Creek et ses mystères.

...


Comme je vous l'ai dit, Loki n'est pas un 'gentil', est plutôt légèrement taré parfois et fait facilement dans la méchanceté gratuite (le meurtre gratuit pour le coup). Pour vous dire aussi, un loup ce n'est ni gentil, ni méchant, ça reste un loup, donc un animal. Et un animal, bah aux dernières nouvelles ça ne dispose pas d'une quelconque forme de distinction à ce sujet. Donc non, Windy n'est pas un brave toutou ou quoique ce soit du style, de même pour le reste de la meute, mais ce n'est pas une bande de bêtes sauvages non-plus. Après, j'avoue avoir longtemps hésité à mettre le fils Brown (l'ado qui tenait le magasin) dans cette scène et, pour tout vous dire, il a même été remplacé par un adulte pendant un certain temps, quand le chapitre était encore en écriture. Le gars a genre 18-19ans, donc ce n'est pas un enfant mais... c'est quand même l'âge de mon petit frère et j'avoue que ça m'a pas mal perturbée. C'est probablement le passage que j'ai le plus retravaillé de tout ce chapitre...

RAR:

Laguna, chère Laguna, ta review m'a -une fois de plus- fait très plaisir. C'est rare de voir une lectrice suffisamment déterminée pour réécrire sa review, de peur que le première ait été 'mangée' comme tu dis. Ça me fait chaud au cœur ! ;D Merci pour tes encouragements, on verra bien ce que ça a donné ^^ (mais je pense que j'aurais droit au rattrapage de stats... X) )

En tout cas, j'espère ne pas t'avoir perdue sur ce chapitre-ci. ;) Merci encore pour ta review et ton engouement, ça fait toujours plaisir de recevoir ce genre de message et ça motive pour écrire la suite!