Avril touche à sa fin et voilà enfin le quatorzième chapitre de La Neige du Grand Nord. Pardon, pour ces cinq mois d'absence, mon calendrier n'a pas désempli depuis janvier et j'ai rencontré quelques difficultés, pas pour l'écriture de cette fic, mais pour des choses d'ordres personnelles voire professionnelles (les deux étant souvent liées). J'ai aussi beaucoup culpabilisé de ne rien poster, ce qui fait que j'ai publié une autre fic dans un autre fandom pour compenser ce manque. Les chapitres étant déjà écrit, je n'avais plus qu'à faire mes relectures habituelles avant de poster. J'ai donc écrit ce chapitre de manière assez sporadique, il y a parfois même plusieurs mois qui séparent certains passages (dans mon écriture, pas dans le déroulé de l'histoire). C'était d'autant plus difficile que je devais relire les chapitres précédents régulièrement pour garder une certaine cohérence et n'oublier aucun détail. J'espère que ça aura payé.

12 000 mots (sans mes commentaires) et 25 pages sur Word… Je n'ai qu'une chose à dire : jpp !

Côté musique : La bande son de la saison 2 de Stranger Things. Shivering Soldier, The Mole et Impulse de la bande son du film Dunkerque. Freeze All Motor Functions de la bande son de la série Westworld.

Je vous souhaite tout de même une bonne lecture, on se retrouve en bas pour les réponses aux reviews anonymes et mon blabla habituel.


...

Chapitre XIV

Changement de tactique

..

...

Le loup jotünn ne reparut pas et il ne resta rien du corps de Peskin, si ce n'était une tache rougeâtre dont même les léchages répétés de la meute ne purent venir à bout.

Anna annonça brièvement à Rathkin que son ancien collègue avait eu la mauvaise idée de revenir à Garden Creek. Cela suffit amplement à l'employé pour comprendre le sort de l'autre homme. Rathkin ne dit mot ce jour-là, mais son hochement de tête grave fut suffisant.

..

...

Le Nouvel An arriva bien vite et rien de notable ne s'y passa. Janvier fit ses premiers pas sous la neige, car jamais celle-ci ne s'arrêta de tomber du ciel, ses lourds flocons s'écrasant lentement au sol et épaississant un peu plus le manteau blanc supporté par les arbres.

Les jours se succédèrent sans que rien ne vienne perturber leur course.

Loki éveilla l'incolore aux arts mystiques de la sorcellerie, la jeune femme faisant toujours preuve de bonne volonté et se montrant aussi curieuse que prudente. Cependant, son assiduité n'avait d'égal que sa méfiance. La moindre nouveauté dans son apprentissage se heurtait systématiquement à une myriade de questions et Loki dut user d'une patience qu'il ne se savait pas détenir. La pertinence de ses interrogations aida grandement. Il découvrit chez elle une mémoire hors normes, capable d'emmagasiner beaucoup d'informations, une précision qui se reflétait dans ses questions et une capacité d'adaptation qui avait quelque chose de redoutable. Une fois les informations engrangées, un silence méditatif prenait toujours place avant qu'elle n'accepte finalement le contact et ne se plie à l'exercice. Néanmoins, elle rompit volontairement l'échange à plusieurs reprises, testant son propre contrôle sur la situation, cherchant sans cesse les limites qu'elle pouvait poser au dieu pour mieux s'assurer de l'absence d'emprise qu'il pourrait avoir sur elle. Il pouvait comprendre ses craintes. Il en fut même déçu dans un premier temps, avant de découvrir que ce n'était pas tant sa personne qu'elle redoutait, mais ses pouvoirs en eux-mêmes. Les quelques formes de rejet qu'elle avait pu avoir et autres réticences s'envolèrent progressivement, à mesure qu'elle comprenait comment appréhender la magie, et elle laissa la force du dieu s'écouler en elle sans plus chercher à lutter contre. Passé ce cap, les progrès furent rapides et Loki pouvait désormais guider son pouvoir avec aisance à travers elle. Elle s'adaptait à lui avec une facilité surprenante, sa perspicacité naturelle aidant grandement.

Sa compatibilité avec la magie du dieu avait quelque chose de parfait, ne lui laissant presque aucun effort à faire pour établir une connexion entre eux. Il ne s'abaissait pas à son niveau : elle s'élevait au sien. Une osmose qui reposait presque entièrement sur la capacité de compréhension d'Anna. Ça n'était pas de l'empathie, mais quelque chose de plus fort qui lui permettait d'atteindre le même état d'esprit que lui, s'adaptant à la moindre nuance, à la moindre humeur changeante du dieu. La confiance réciproque qu'ils entretenaient ne pouvait qu'aider en retour.

C'était une chose rare, appréciable. D'autant qu'un sorcier pouvait parcourir l'Univers sans jamais trouver quelqu'un d'aussi sensible à son essence, d'aussi en phase avec lui-même. Il n'en parla pas à l'incolore, préférant garder pour lui le secret de ces détails. C'était, bien sûr, quelque chose qui pouvait se travailler, mais seulement sur le long terme. Un temps dont Loki ne disposait pas compte-tenu de la mortalité d'Anna. Ce fut pourquoi les résultats dépassèrent de loin ce qu'il avait de prime abord escompté. Il pensait nécessiter au moins la fin de l'hiver, si ce n'était le printemps, pour parvenir à lui apprendre comment réaliser un sortilège.

Elle était, deux semaines seulement après le premier contact avec sa magie, d'ores et déjà en mesure de se prêter à l'exercice.

Loki fut le seul à y mettre un frein, faisant mine de vouloir repousser l'échéance. Ce fut également le cas aujourd'hui.

Leurs séances avaient toujours lieu tôt le matin, lorsque l'enfant dormait encore. Anna n'avait pas tenu à ce que ce dernier y assiste, peut-être même qu'elle ne lui avait rien dit à ce sujet, préservant son neveu de toute curiosité qui pourrait se révéler imprudente. La cuisine et le salon étaient leurs lieux de prédilection. Pour la pratique du jour, ils se contentèrent de rester à table après le petit-déjeuner, comme bien souvent.

Les lumières orangées de l'aurore perçaient à travers la fenêtre de la cuisine, étirant leurs ombres sur le mur d'en face sans reporter la silhouette des arcs d'énergie qui couvraient les avant-bras d'Anna. Chaque jour, il laissait sa magie s'infiltrer plus profondément en sa personne, l'habituant toujours plus à la sensation étrange et vibrante de celle-ci, comme un fourmillement persistent mais non dérangeant, qu'il espéra presque familier à ce stade. Le dieu pouvait sentir les os fragiles de l'incolore et la manière dont son essence résonnait contre eux, conscient que s'il forçait trop sa magie, il les briserait.

De ses mains sur ses poignets, il guidait son pouvoir en elle, investissant sa chair pour faire éclore quelques ondes serpentines à la surface blanche de sa peau, profitant toujours de l'échange pour apercevoir cette couleur verte qui lui manquait tant. Tout comme lui, Anna regardait la manière dont ses membres se teintaient irrégulièrement de teinte jades et iridescentes, le visage lisse et détendu, offrant une attention légère et curieuse à cette énergie qui lui était étrangère, se laissant porter par le courant sans jamais s'y noyer.

La leçon du jour était simple : dissimuler le thé contenu dans la tasse qui se tenait entre eux.

La difficulté relevait du fait qu'il fallait faire disparaître le liquide et non son contenant, faire en sorte que le sortilège de camouflage n'enrobe qu'un élément distinct pour ne laisser derrière lui que l'illusion du vide.

Ils avaient déjà réussi à effacer de petits objets aux formes simples et unies, comme des couverts ou une assiette, aussi Loki avait-il décidé de relever un peu le niveau maintenant que l'incolore maîtrisait les bases de l'illusion.

Cela n'était en rien quelque chose de complexe pour le dieu, mais il devait faire saisir à Anna les nuances qui accompagnaient chaque sortilège avant de passer à la pratique de celui qui l'intéressait : l'association d'une énergie à un élément physique. Et puis, il trouvait que la dissimulation était un enchantement aussi simple qu'utile, particulièrement pour fuir un conflit.

Quand bien-même l'incolore avait un pacte avec le loup jotünn, le dieu n'en redoutait pas moins l'ancien gardien et ses pouvoirs. Quelques mesures de précaution étaient donc nécessaires et celle-ci en faisait partie.

Reportant son attention sur Anna, Loki attendit patiemment que celle-ci accroche son regard. Elle ne le faisait que lorsque le grésillement étranger qui l'habitait ne la dérangeait plus. Cela pouvait parfois prendre un peu de temps, mais c'était aussi la garantie d'obtenir d'elle une concentration inébranlable. Fixant résolument les arcs serpentins, elle ne prêtait aucune attention au dieu qui détaillait son visage. Il traquait toujours chez elle le moindre signe d'inconfort, parfaitement conscient qu'une expérience désagréable pourrait rompre le fragile équilibre qu'ils entretenaient. La méfiance d'Anna envers la magie s'était effacée, mais n'avait en rien disparu, et il veilla à ce que celle-ci demeure au silence.

Il n'y avait rien de nerveux dans l'attitude de la jeune femme, son visage transpirant de son calme habituel. Ses mèches pâles encadraient ses yeux aux iris glacées, ses pupilles rouges étaient stables et la ligne de ses sourcils inexistants demeurait inexpressive. Ses traits pouvaient parfois être difficiles à lire, mais Loki avait de la pratique en matière d'observation. Son regard descendit sous sa mâchoire pour accrocher le tressautement de sa carotide, lent et peu visible. De ses pouces bloqués sur le creux de ses poignets, il sentait également son pouls battre sous sa peau fine, faible et régulier lui aussi, alors que sa magie courait toujours le long de ses bras pâles, comme le sac et le ressac des vagues, en attente.

Il s'étonnait toujours de la douceur de sa peau, chaque fois qu'il y apposait la sienne, se demandant si l'étrange contenu de la baignoire y était pour quelque chose. Son regard revint à son cou, qu'il imagina étiré en arrière, comme ce matin où il l'avait surprise en pleine ablution, pâle et humide. Il chassa l'image parasite aussitôt.

Ce souvenir revenait de plus en plus souvent lors de leurs séances, malgré ses propres efforts pour ignorer l'incident, venant perturber l'échange. Fort heureusement l'incolore n'avait jusqu'ici rien remarqué, se remettant toujours en cause lorsque le lien se troublait. Le dieu ne chercha jamais à la détromper sur le sujet, mettant fin à la séance sans plus s'étendre en explication.

Il sembla qu'aujourd'hui, ce fut juste pire.

Lorsqu'enfin Anna lui offrit toute son attention, il hocha brièvement la tête et relâcha ses poignets pour glisser ses mains contre le dos des siennes, épousant leur forme pour se préparer au sortilège, sans jamais rompre l'échange. Les yeux clairs de l'incolore descendirent sur la tasse et ce qu'elle contenait sans plus prêter attention au dieu. Le contact de sa peau glissant sous la sienne lui fut agréable, suffisamment pour que son esprit s'égare à nouveau, confondant les ondes d'un vert iridescent avec les gouttes d'eau nacrée qui avaient couvert sa peau sans couleur. Ce n'est que lorsque les sourcils inexistants d'Anna se froncèrent qu'il abaissa à son tour son regard.

Dans la tasse, le liquide n'avait pas disparu. Mais, sa couleur sombre avait laissé sa place à un genre de blanc translucide. Du lait dilué dans de l'eau. L'exact contenu qui avait rempli la baignoire ce fameux jour.

..

...

Qu'est-ce qui avait bien pu changer ?

A l'autre bout du salon, installé dans son fauteuil habituel et faisant mine de lire un livre, Loki observait d'un œil en coin l'incolore assise dans le canapé, suivant distraitement la ligne de ses jambes étirées parmi les coussins. Elle pianotait frénétiquement sur son ordinateur et ses yeux clairs ne quittaient pas l'écran, laissant à Loki tout le loisir de la détailler sans risquer de s'y faire prendre.

L'épisode du matin se rejouait en boucle dans son esprit, le dieu se refusant à admettre l'inadmissible. Mais le fait est, que son attention avait déviée et que le mauvais sortilège s'était effectué.

La raison de cette erreur semblait être complètement passée sous le radar de son hôte, l'incolore semblant plus déçue d'elle-même et du résultat obtenu. Il semblerait qu'elle ne puisse concevoir l'idée que la faute soit venue de lui. Sauvé par le gong, le dieu n'avait pas eu à fournir la moindre explication car les pas du gamin s'étaient faits entendre dans les escaliers. Anna ne lui avait lancé qu'un vague regard interrogatif avant de prendre la tasse pour vider son contenu dans l'évier, sans plus y prêter attention, mettant un terme à leur séance du matin.

Qu'est-ce qui avait bien pu changer ?

Il avait déjà la réponse. Il l'avait depuis le lendemain de Noël. Peut-être même depuis Toronto, se souvenant d'une paire de jambes blanches, d'un chemisier un peu trop ouvert, d'un verre de vin et d'une cicatrice rectangulaire.

Il savait, qu'en soi, rien n'avait changé en ce début d'année. Sauf une chose. La manière dont ses yeux se posaient sur la silhouette pâle de son hôte, habité d'une faim qu'il ne pensait pas ressentir à nouveau. Pas ici.

L'incolore l'attirait. Là, était le changement.

Une attirance, qu'il jugea aussi malvenue qu'inéluctable compte-tenu de leur proximité quotidienne. Cela risquait de lui poser problème. Néanmoins, cela ne l'empêcha de se pencher sur la question, d'en rechercher le pourquoi.

Les critères de beauté asgardienne ne s'accordaient en rien à son humaine d'hôte. Au domaine des dieux, l'on s'intéressait plutôt aux femmes de grande taille et dotées d'atours généreux, poitrine ronde et bassin large, tout autant de symboles qui s'apparentaient à la fécondité. Anna et ses courbes lisses ne rentraient pas dans ces canons. L'incolore était loin d'être petite, mais ce seul critère aurait été insuffisant aux yeux des Ases qui, eux, préféraient les êtres plus en chair et aux carrures plus athlétiques. Avec ses hanches étroites, sa taille menue, ses membres fins, sa pâleur extrême et ses cheveux blancs, son humaine d'hôte renvoyait une image fragile et stérile, lisse de toute expression et de tout sentiment. Son indifférence habituelle ne faisait que renforcer cette impression et creuser l'écart de sa propre inconformité avec les convenances ases mais aussi humaines. Néanmoins et, quoiqu'on en dise, Anna était loin d'être dépourvue de charme. Son attitude froide s'effaçait pour épouser un calme imperturbable et doux, qui se muait en quelque chose de plus chaleureux lorsqu'elle laissait glisser son masque d'indifférence. Elle n'avait pas l'oisiveté irritante des jeunes asgardiennes de bonne famille, mais son rang de naissance élevé l'avait doté d'une aisance particulière dans le moindre de ses mouvements et d'un port gracieux, altier lorsque les circonstances l'exigeaient.

Elle était belle de par sa singularité, non parce qu'elle était la seule bonne carte qu'il tenait dans son jeu hasardeux.

Elle ne rentrait dans aucune case, ne se pliait pas aux attentes des autres et ne correspondait pas vraiment à ses conquêtes habituelles et autres passades, furent-elles asgardiennes ou non. Dans un sens, elle était autant attirante dans son physique étrange et son apparence éthérée que dans son attitude parfois distante et toujours tranquille. Ses cheveux raides ne flamboyaient pas comme les chevelures asgardiennes, mèches blondes ou rousses qui prenaient suffisamment de volume pour s'apparenter à des crinières. Loki, qui n'était pas du genre à s'enticher de la première venue ni à se rabattre sur du menu fretin en période creuse, savait reconnaître la beauté là où il y en avait et, bien qu'Anna n'eût pas un physique commun, ses iris pâles aux pupilles carmines lui semblaient plus captivantes et agréables que les yeux pétillants des Ases qui l'avaient -autrefois- dévoré du regard avec envie. Son titre de Prince lui avait accordé bien des privilèges et en avait fait saliver plus d'une et plus d'un, majoritairement par attrait du pouvoir, une adulation que son propre charisme n'avait fait que renforcer.

Anna n'avait pas connaissance de son statut et ne semblait pas porter importance aux positions sociales de son entourage, preuve en était du respect qu'elle portait à ses propres employés, hommes de main comme administrateurs de bas rang. Elle possédait suffisamment de pouvoir pour ne pas s'intéresser à celui des autres et était dépourvue de toute forme d'avidité. Certes, elle était intriguée par sa magie, mais cela ne semblait pas dépasser le stade de la curiosité respectueuse. Loki avait ainsi la garantie qu'elle ne le côtoyait que par réelle envie et non par dépit ou par recherche d'un quelconque gain. Des mois qu'elle l'accueillait sous son toit sans rien exiger en retour, il pouvait désormais placer en elle une confiance telle, qu'il n'avait plus à être constamment sur ses gardes et alerte du moindre mouvement, laissant à son esprit plus de place pour ce genre de divagation.

Il était une chose de trouver quelqu'un d'attirant, il en était une autre de désirer cette même personne.

Il considéra cet attrait comme purement physique, Loki ne s'étant jamais réellement attaché à qui que ce soit et trouvant futile toute forme de sentiment qui allait au-delà du respect mutuel mêlé d'une bonne entente.

Restait à savoir si la chose était d'une quelconque réciprocité. Autant un rejet poli et cordial ne le froisserait que légèrement, autant le dieu préfèrerait ne pas voir cela entacher la confiance que l'incolore avait en lui, au risque de perdre cette connexion qui faisait d'elle un vecteur compatible de sa magie. Fallait-il prendre un tel risque pour une simple histoire de satisfaction physique ?

Probablement pas.

Mais le fait est qu'il lui était difficile d'ignorer la question lorsqu'il laissait la pulpe de ses doigts errer contre ses poignets fins. Prendre ce pari était tentant, principalement lorsque le sujet de ses réflexions était assise en face de lui, à l'orée de son espace vital et, qui-plus-est, investie de sa propre énergie. Loki ne se montrait pas toujours aussi prudent qu'il aimerait l'être et la perspicacité d'Anna risquait bien de le rattraper dans son propre questionnement.

L'observant une dernière fois alors qu'elle refermait son ordinateur pour le poser sur la table basse, il décida de réduire le nombre de séances et de faire profil bas dans les prochains jours.

..

...

Mais, comme un problème n'arrive jamais seul, d'autres ennuis se profilèrent à l'horizon dans les jours qui suivirent.

Cela commença par des comportements inhabituels chez les chiens-loups d'Anna. Les animaux semblèrent en proie à une nervosité générale, aboyant au moindre bruit et hurlant longuement à la nuit tombée, se rapprochant toujours plus du chalet, comme si une menace ne tarderait pas à envahir l'orée des bois. Même ses bêtes les plus aguerries, comme Snö ou Sròn, semblèrent de moins en moins enclines à la suivre par-delà la frontière des arbres. L'incolore fit quelques rondes aux alentours du chalet, sans jamais rien trouver d'anormal.

Le gibier, qu'elle chassait habituellement, se fit cependant plus rare.

Il parut d'autant plus évident que quelque chose se tramait dans les bois quand, un soir, l'un des chiens revint au chalet sévèrement blessé.

Une forte agitation s'empara de la meute, à l'extérieur, obligeant Anna à sortir dehors pour voir de quoi il retournait. Loki l'observa, depuis la fenêtre de sa chambre, fendre la foule de canidés pour atteindre un petit groupe d'animaux, elle dut hausser le ton à l'encontre de ses bêtes pour qu'elles daignent la laisser atteindre l'origine de tout ce trouble, forme recroquevillée, couchée dans la neige et étourdie de douleur. Loki ne reconnut pas l'animal, il s'agissait donc, très probablement, d'un des loups de passage. Le sang, lui, était néanmoins bien visible. L'incolore éloigna ses bêtes avant de s'accroupir au sol, approchant prudemment l'animal encore conscient. Elle prit son temps pour l'examiner, avant de tendre une main prudente vers la gueule rougie qui lui montra les dents. Du peu que Loki put voir de l'expression de l'incolore, l'état de son pensionnaire du jour n'augurait rien de bon. Avec des gestes d'une précaution infinie, Anna passa lentement sa main le long des flancs de l'animal et finit par relever la tête en direction du chalet, trouvant aisément la fenêtre qui encadrait la silhouette de Loki et accrochant aussitôt son regard. Il lui sembla qu'elle requérait son aide, aussi hocha-t-il simplement la tête avant de descendre au rez-de-chaussée pour sortir à son tour de la maison.

Dehors, quelques chiens le suivirent timidement sur les premiers mètres, mais s'éloignèrent dès que le dieu s'approcha de l'incolore et de son protégé au pelage rougie. Un grondement sourd roulait derrière les dents serrées de l'animal blessé, seulement entrecoupé par quelques couinements plaintifs.

« Il va falloir le mettre à l'abri. » annonça-t-elle.

L'une des pattes de l'animal était sévèrement entaillée, fourrure et peau manquaient par endroit, laissant la chair à vif, de même que le museau, couvert de marques de crocs. Le loup toisait Loki d'un air mauvais, grognant un avertissement lorsqu'il fit mine de vouloir s'approcher. Profitant de la distraction, Anna sortit un mouchoir de sa poche ainsi qu'un petit flacon, dévissant rapidement le second pour verser un peu de son contenu sur le premier. Elle attendit que loup cesse de s'agiter pour venir habilement glisser le tissu imbibé sur sa truffe. La bête eut un mouvement de recul mais l'incolore insista, étourdissant l'animal avec une efficacité redoutable. Groggy, le loup se laissa mollement choir contre la neige, sonné mais toujours conscient. Elle enroula le chiffon autour de son museau, avant de s'adresser au dieu :

« En temps normal, je mets les blessés au hangar. Mais, comme une autre tempête se profile, la cohabitation avec les autres pourrait ne pas très bien se passer. » Elle était réellement ennuyée par la situation, mais sembla se résoudre à la seule option qui s'offrait à elle. « On va devoir l'emmener au chalet. »

Après un dernier soupir, elle laissa Loki se saisir prudemment de la bête, faute d'être en mesure de la porter elle-même, ses côtes demeurant encore fragiles. L'animal ne dégageait quasiment plus de chaleur, signe indéniable de son mauvais état. Il douta même que l'incolore puisse faire quoique ce soit pour lui. Mais, Anna ne semblait nullement avoir l'intention d'abréger les souffrances du loup, en attestait son visage à l'expression déterminée.

Ils regagnèrent la chaleur des murs du chalet sans qu'aucun des chiens-loups ne cherchent à les en empêcher. Loki aperçut furtivement l'attroupement dévoré de curiosité qui se posta devant la façade avant que l'incolore ne referme la lourde porte en bois de l'entrée.

Anna abandonna le dieu et le loup dans la cuisine pour disparaître à l'étage, revenant une poignée de secondes plus tard avec une seringue et un autre flacon. L'animal gigota légèrement entre ses bras et une main pâle vînt écarter un pan de fourrure pour le piquer au collier. Loki sentit le relâchement soudain de la bête alors que son poids se faisait mort. Seuls ses halètements profonds démontrèrent qu'Anna ne l'avait pas tué.

La jeune femme retira le tissu qui couvrait toujours la gueule de son protégé du jour, révélant à la lumière artificielle des lampes du plafond, l'étendue des dégâts. La babine supérieure avait été déchirée sur tout son côté gauche, deux dents s'étaient pratiquement déchaussées et de nombreuses petites plaies couvraient le pourtour du museau.

« J'ai bien peur que les coyotes ne soient de retour… » souffla Anna. « D'habitude, Ayzshed les tient à distance. Mais si l'hiver est trop rude, ils bravent quand même le danger. Les loups de passage sont trop peu nombreux pour pouvoir y faire face, donc ils reviennent vers la sécurité du chalet et de ma meute, le temps que les choses se tassent. »

Elle l'invita ensuite à poser l'animal sur la table, où elle avait déjà déposé sa mallette de soin dédiée à ses bêtes. Sa main passa distraitement derrière l'une des oreilles triangulaires, chassant la saleté pour dégager un poil brun et gris.

« Celui-là accompagne Bara de temps en temps. C'est l'un des plus jeunes loups de passage. » le reconnut-elle vaguement, avant de prendre son nécessaire pour nettoyer la fourrure et les plaies du sang accumulé. « Il lui arrive de passer régulièrement pour mendier un ou deux repas, mais il est toujours resté très farouche. »

« Tu ne leur donnes pas toujours un nom ? » releva le dieu, détaillant du regard la manière dont la fourrure blanche de ses pattes se fondait dans la masse sombre qui recouvrait son corps. Le dessous de la gueule, nota-t-il, trop rougi par le sang, devait lui aussi être blanc.

« Non. » répondit Anna, alors qu'elle s'appliquait à retirer les chairs trop abîmées du museau, de la gueule et de la patte blessée. « Tu peux lui en donner un, si tu veux. »

Il trouva la proposition futile, préférant regarder l'efficacité avec laquelle l'incolore recousit la babine déchirée et la manière dont elle rassembla les lambeaux de peau qui couvraient d'ordinaire l'articulation de la patte, lui rappelant vaguement les propres sutures qui avaient ornées sa jambe après le terrible épisode du piège à loup.

« J'y réfléchirai peut-être. » marmonna-t-il sans conviction.

..

...

L'animal fut installé dans un coin du salon, que l'incolore réagença pour l'empêcher d'en sortir, créant une espèce de tanière à l'aide de vieux chiffons, de plaids en laine et de coussins usés. Elle laissa même l'un de ses vieux t-shirts parmi le fouillis de tissus, soi-disant pour laisser au loup une trace importante de sa propre odeur et lui rappeler à qui appartenait le territoire où il se trouvait.

Le canapé et un fauteuil servirent de barrage de fortune, la bête étant bien incapable de sauter par-dessus avec sa patte blessée. L'enfant se vit interdire l'accès au salon momentanément, la jeune femme ne voulant pas risquer un accident malencontreux.

Le réveil de la bête fut… mouvementé.

Des plaintes douloureuses mêlées de grondements féroces résonnèrent dans tout le chalet, faisant, en retour, aboyer les chiens-loups à l'extérieur. Anna s'enferma avec le loup des heures durant, cherchant à l'habituer à sa présence pour que l'animal ne la voit plus comme une menace. Un pari perdu d'avance, gagea Loki, mais le dieu fut détrompé avant que la nuit ne vienne.

Au crépuscule, la porte du salon fut finalement débloquée, les plaintes s'étant depuis longtemps éteintes pour ne laisser leur place qu'à quelques jappements d'avertissement. Loki fut même autorisé à pénétrer la pièce, tant qu'il ne s'approchait pas trop de l'animal sauvage.

Il observa d'un œil stupéfait la proximité de l'incolore avec le loup, ce dernier surveillant avec méfiance le dieu s'approcher à l'orée de sa tanière de chiffons, bien à l'abri derrière le canapé. Si l'animal lui montra les dents et jappa une ou deux fois, il ne dit rien lorsque l'incolore se décida à sortir de là pour rejoindre Loki.

« Il me rappelle un peu Windy à ses débuts au chalet. » s'amusa-t-elle doucement. « Toujours prompt à montrer les crocs mais ne mordant qu'en dernier recours. Il va grogner encore un peu, mais il n'y a pas de quoi s'inquiéter. »

Elle ne l'avait pas apprivoisé, ça n'avait jamais été son objectif. Mais elle avait fait quelque chose, indéniablement.

« A ses débuts ? » releva néanmoins Loki.

Anna hocha la tête à l'affirmative.

« Quand je l'ai récupéré, il était dans un sale état. Je l'ai nourri et soigné comme je l'ai pu. Il n'a plus quitté la meute depuis. » Son sourire eut quelque chose de vaguement nostalgique avant de se faner un peu. « Je ne l'amène jamais avec moi lorsque je rends visite à Ayzshed, car une part de moi reste persuadée que c'est lui qui l'a blessé, avant de me l'offrir. »

..

...

Le loup et ses blessures occupèrent de nombreuses heures sur l'emploi du temps d'Anna, si bien qu'elle dut momentanément suspendre leurs séances d'entraînement. Cela, bien sûr, arrangea grandement les affaires de Loki.

En l'absence de proposition de nom de sa part, l'animal fut baptisé Åska. Un nom qui se traduisait par 'tonnerre' en suédois, indiqua Anna. Mais le dieu n'eut pas besoin d'elle pour en comprendre la signification. Cela faisait un moment déjà qu'il avait relevé que les noms de certaines de ses bêtes, lui étaient familiers. En cherchant un peu plus sur le peuple de Suède et autres pays nordiques, Loki découvrit qu'il s'agissait en réalité des descendants des rares peuplades humaines qui eurent un jour crû aux divinités Ases et Vanes, partageant ainsi une même langue mère. Certes, certaines différences linguales avaient surgi durant ces mille dernières années, mais cela prouvait aussi que l'incolore, si tant est qu'elle parlait suédois correctement, possédait quelques rudiments de la langue divine sans même le savoir.

Elle justifia le choix de ce nom par le fait que l'animal, qui finalement se trouva être une louve, possédait un grognement si bas et profond qu'il en était semblable au tonnerre. Loki trouva le nom d'autant plus ironique que la bête et sa hargne lui rappelèrent indéniablement Thor.

N'en déplaise à son caractère mauvais et farouche, la jeune louve maigrissait à vue d'œil, faute de réussir à s'alimenter par elle-même avec son museau contusionné et les dents qui lui manquaient. Même la viande tendre que l'incolore avait finement émincée, fut refusée en bloc, comme si l'animal s'était résolu à se laisser mourir de faim.

En désespoir de cause, Anna finit un jour par franchir la ligne protectrice du canapé, faisant aussitôt gronder la louve effarouchée. L'incolore la réprimanda en haussant le ton, cherchant à s'imposer tout en se tenant hors de la portée de ses crocs. Quand les grognements diminuèrent en intensité, la jeune femme jeta un dernier coup d'œil au dieu qui l'observait depuis l'entrée du salon, avant de s'asseoir à même le sol, disparaissant derrière le canapé. Loki s'en approcha sans un bruit, cherchant à apercevoir ce qu'elle pouvait bien trafiquer avec une bête aussi dangereuse et ouvertement agressive.

Lui-même ne s'était jamais risqué à côtoyer Fenrir de si près lorsque celui-ci était d'une humeur aussi massacrante, sachant son fils parfaitement incapable de se retenir sous le coup de la colère.

Le grondement sourd roulait toujours derrière les dents serrées d'Åska, qui aboya quelques avertissements à l'attention, non pas du dieu, mais bel et bien de l'incolore, retroussant ses babines abimées et montrant les crocs.

Il vit Anna tirer à elle la gamelle et y prendre une poignée d'émincés de viande pour la porter à ses lèvres, la mâcher consciencieusement avant de l'avaler, sans jamais quitter la louve des yeux. La bête cessa aussitôt de grogner pour observer l'incolore avec intérêt. Elle réitéra son geste mais, au lieu de l'avaler, elle recracha la viande dans sa paume. Ne lâchant pas l'animal du regard, elle avança sa main et la viande déjà mâchée qui s'y trouvait, jusqu'à la présenter devant sa gueule, prenant le risque de se faire mordre. Une truffe écorchée s'y égara prudemment avant qu'Åska ne s'aplatisse complètement contre le sol dans un geignement plat, relevant ses yeux orangés sur l'incolore dans une attitude soumise qui rappela vaguement au dieu celle de Rookie. Anna se rapprocha finalement de la louve, qui entrouvrit la gueule en voyant le mouvement, mais pas pour reprendre ses aboiements ou autres avertissements sonores, comme le pensa de prime abord Loki. La main pâle de son hôte s'approcha doucement de la ligne tranchante de ses dents et versa entre le contenu de sa paume, l'animal l'avalant aussitôt.

Elle lui donnait la becquée, comme un oiseau le ferait avec son oisillon.

Elle répéta l'opération plusieurs fois, mâchant la viande avant de la donner du bout des doigts à sa protégée du moment, jusqu'à ce que la louve se rapproche progressivement d'elle pour entrouvrir sa gueule juste sous son menton. Anna ne recula pas mais hésita un moment, toujours sur le qui-vive de ce que l'animal pourrait lui faire si elle se montrait trop imprudente -quand bien même elle l'était déjà aux yeux de Loki-. Après un court temps de réflexion, elle abaissa doucement son visage pour recracher la nourriture directement dans la gueule de la louve, la viande laissant une traînée rougeâtre sur ses lèvres et son menton. Elle nourrit ainsi l'animal, jusqu'à ce que celui-ci se désintéresse du repas fourni par l'incolore, préférant frotter sa tête sous son menton avant de s'en retourner dans sa tanière de chiffons.

Récupérant la gamelle et ce qu'il restait de viande, Anna se redressa pour se rendre finalement compte de la présence du dieu dans la pièce. Probablement le croyait-elle parti depuis qu'elle s'était installée avec la louve, mais Loki avait été trop curieux pour se détourner de pareil spectacle. Il comprenait désormais mieux cette confiance étrange que les loups des environs plaçaient en elle. Ceux qui osaient l'approcher étaient tous d'anciens loups dont elle s'était un jour occupée, justifiant les noms qu'elle leur avait confiés.

Son regard acéré erra sur ses lèvres pâles et encore humides de sang, l'idée de les mordre le traversa furtivement. Il sortit de la pièce sans qu'aucun d'eux ne dise mot, ignorant le regard clair et insistant qui s'égara sur son épaule.

..

...

La tempête qu'attendait Anna vint trois jours plus tard, moins violente que la précédente, mais suffisamment dangereuse pour ne pas souhaiter mettre le nez dehors. Ses bêtes avaient été enfermées comme prévu dans le hangar, avec assez d'eau et de nourriture pour tenir durant une petite semaine. Åska resta bien à l'abri au salon et l'incolore investit la cuisine avec une immense carte de la région, préparant visiblement une prochaine excursion. Le dieu nota qu'elle n'avait pas pris cette peine avant de le mener au loup jotünn.

« Ils viennent toujours par le Sud. » indiqua Anna d'un air concerné. « J'ai appelé les indiens de la réserve de Fox Lake et ils m'ont confirmé en avoir aperçu quelques-uns, il y a une semaine. »

Il semblerait qu'elle s'était mise en tête de régler le problème 'coyotes' d'elle-même. Loki ne lui lança qu'un vague regard intrigué, la laissant poursuivre.

« La dernière fois qu'ils sont venus, ils ont tué une femelle solitaire. Les coyotes s'en prennent rarement aux loups, mais une météo difficile et un manque de nourriture peuvent les pousser à les attaquer. Ils ne m'ont laissée que les os. » expliqua l'incolore, penchée sur sa carte. « Plus ils sont nombreux, plus il y a de bouches à nourrir et plus ils font de dégâts. Ayzshed m'en a tué trois l'année dernière, mais j'ai l'impression que, cette fois-ci, il compte ignorer le problème. »

Elle claqua sa langue contre ses dents pour marquer son mécontentement, ses yeux se promenant sur les faux reliefs du papier jauni, dans l'espoir d'y trouver une solution. Appuyée contre la table, ses mains en agrippant durement le rebord, elle ignora la mèche de cheveux qui glissa sur son front pour venir se poser entre ses deux yeux, le long de son nez. Elle avait ramassée sa chevelure blanche en un chignon lâche, laissant sa nuque exposée. Le regard de Loki s'y attarda un moment, toujours en proie au même questionnement depuis des jours. Fallait-il tenter l'affaire ou non ?

« Je pense qu'ils se sont établis ici. » finit par déclarer Anna, tapotant la carte du bout de l'index. « C'est le secteur que Bara occupe habituellement. Åska a très bien pu s'y faire surprendre. »

Reportant, son attention sur le dieu, son expression concentrée s'effaça pour afficher une mine concernée, l'étudiant ouvertement. Ses lèvres s'entrouvrirent en une légère inspiration, comme pour s'apprêter à poser une question, avant de se raviser, jetant un dernier coup d'œil au dieu avant de revenir au sujet du jour.

..

...

Quand le vent cessa pour ne laisser derrière lui que la chute lente des flocons épais, l'incolore s'arma de sa carabine de chasse et disparut dans les bois avec Sròn, Snö et une dizaine de chiens, emmenant aussi avec elle son neveu. Loki avait poliment décliné l'invitation lorsqu'elle lui avait proposé de venir, le dieu préférant se tenir à ses dernières résolutions.

Les murs du chalet se firent silencieux, au point que même Åska ne vînt pas troubler ce calme inhabituel avec ses grondements sourds. Si cette quiétude fut reposante au début, elle devint néanmoins rapidement pesante à mesure que les heures s'égrenaient, presque étouffante, poussant le dieu à sortir dehors pour tromper l'ennui et retrouver la compagnie bruyante des chiens-loups.

Rookie se jeta sur lui dès ses premiers pas à l'extérieur, jappant comme un bienheureux et bousculant le dieu dans son enthousiasme. Loki s'en dépêtra comme il le put, avant de s'asseoir sur les marches du perron, regardant le pot de colle roux disparaître à l'angle du chalet.

Soupirant de voir à quoi il en était réduit, Loki se cala contre le bois glacé et regarda défiler les différents membres de la meute, sans grande conviction.

Il n'eut pas le temps d'aller bien loin dans ses réflexions, qu'une branche d'arbre fut négligemment jetée à ses pieds. Trépignant d'impatience devant lui et assis gauchement dans la neige, le gros chien roux aboya avec entrain et désigna le bâton d'un coup de museau, laissant sa langue pleine de bave pendre en dehors de sa gueule.

Le dieu considéra l'animal et son engouement soudain, haussant un sourcil flegmatique pour seule réponse. Déçu, mais loin d'en démordre pour autant, Rookie se coucha à plat-ventre, sa queue fouettant l'air en rythme alors qu'il aboyait une seconde fois. Descendant son regard sur le vulgaire bout de bois déjà partiellement mâchouillé, Loki eut un reniflement amusé avant de se dire que, quitte à s'ennuyer, autant le faire correctement.

Il ramassa la branche du bout des doigts, récoltant aussitôt un jappement enthousiaste, avant de lancer l'objet sans nécessiter le moindre effort, l'envoyant à une trentaine de mètre de là.

Le chien décampa aussitôt, partant à la suite du bâton dans une série d'aboiements surexcités, manquant de s'affaler dans la neige dans sa course effrénée et s'attirant les regards curieux de ses congénères. Il exulta d'un bonheur simple et évident lorsqu'il revint avec le bout de bois, le déposant aux pieds du dieu et s'asseyant avec un essoufflement marqué, déjà prêt à repartir.

Le dieu s'amusa de cette attitude obéissante et joueuse, lançant le bâton plus loin encore et répétant le geste chaque fois que revenait le pot de colle roux et niais. C'était une distraction qu'il jugea bienvenue, jetant l'objet toujours plus loin. Quelques chiens-loups vinrent s'allonger à proximité pour profiter du spectacle étrange, se rapprochant du dieu, l'air de rien. L'un d'eux s'installa même à ses pieds, sur la dernière marche du perron en bois, soufflant de temps à autres.

Rookie ne leur prêta aucune attention, tant que le dieu continuait de lancer le bâton. Loki l'envoyait désormais jusqu'à l'autre bout du terrain, obligeant le gros chien à parcourir de grandes distances. Poussant le jeu, il le lança jusqu'à l'orée des bois, la branche atterrissant parmi les premiers arbres. Le chien se remit à courir avec un entrain plus mesuré, fatigué de ses aller-retours incessants. Mais, il s'arrêta bien avant d'avoir atteint la frontière du terrain entourant le chalet, se couchant dans la neige pour regarder d'un air curieux la silhouette grise qui se détacha d'entre les arbres.

Windy se tenait là, l'observant d'un œil indifférent.

Le dieu se demanda ce que le loup gris pouvait bien vouloir, doutant que l'animal veuille lui aussi se joindre au jeu. Rookie jeta à Loki un coup d'œil curieux, ne sachant visiblement pas quoi faire et refusant d'aboyer contre son dominant. Intrigué, le dieu délaissa sa garde rapprochée canine pour traverser le terrain, partant à la rencontre du loup gris.

Quand il ne fut qu'à une poignée de mètres de lui, le vieux loup se détourna pour partir à travers les bois, laissant Loki perplexe. Quelques trottinements plus loin, Windy s'arrêta pour jeter un œil en arrière, attendant visiblement que le dieu s'avance à nouveau. Intrigué, Loki franchit finalement la frontière des bois pour suivre l'animal. Il laissa derrière lui le reste de la meute et Rookie, ne prenant pas la peine de se retourner lorsque ce dernier émit un geignement déçu.

Le loup gris maintint la distance qui les séparait, s'arrêtant de temps à autre pour regarder en arrière et vérifier que le dieu le suivait toujours. Son attitude était étrange et ne laissait aucun indice au dieu sur les intentions de l'animal. Au bout d'une bonne heure de marche à travers les arbres gelés, Loki songea à rebrousser chemin, craignant que la neige, qui tombait sans discontinuer, ne finisse par effacer les traces de ses pas. Mais, au loin, le loup progressait toujours, sa silhouette grise et large se faufilant entre les arbres et foulant sans un bruit le tapis neigeux. Incertain de s'il fallait continuer ou non, Loki ralentit le pas, l'idée de faire demi-tour se faisant de plus en plus tentante alors qu'il jetait un coup d'œil en arrière. Lorsqu'il reporta son regard sur la stature de Windy, il constata que le loup s'était arrêté en haut d'une butte, regardant de ses yeux couleur glacier le dieu en contre-bas. Soufflant, Loki reprit sa route tout en marquant son agacement, mais fut curieux de voir le loup ne pas repartir et l'attendre patiemment, du haut de sa colline.

Il comprit enfin la raison de ce petit voyage à travers la forêt, lorsqu'il atteignit le sommet de la butte. Il avisa les quelques chiens-loups allongés dans la neige, baignant dans un silence absolu. Windy le dépassa pour rejoindre l'incolore et le gamin, tous deux allongés à plat ventre sur une couverture et occupés à surveiller ce qu'il se passait une centaine de mètres plus bas. Le loup gris s'étendit dans la neige sans rien faire de plus.

Las de s'être fait ainsi avoir par un simple animal, le dieu s'assit à côté d'Anna sur un pan de couverture.

« Tu as changé d'avis ? » demanda tranquillement la jeune femme, modulant sa voix pour qu'elle reste basse, presque un murmure. Derrière eux, les chiens-loups ne faisaient pas un bruit, en attente des ordres à venir. Loki comprit qu'elle était encore en pleine chasse, en attestait sa carabine avec laquelle elle jetait régulièrement des coups d'œil en contrebas, à travers le viseur. Il reconnut là une arme faite pour les tirs à longue distance. A côté d'elle, le gamin scrutait le fond de la vallée avec des jumelles.

« Plus ou moins. » reconnut-il, jetant un vague regard à Windy.

Sans quitter sa visée, elle lui intima d'un ton poli :

« Tu vas devoir t'allonger aussi. Les coyotes ont l'œil vif. »

Lâchant un bref soupir, il adopta la même position qu'elle, se couchant à plat ventre sur la couverture épaisse et isolante, s'appuyant sur ses coudes et ses avant-bras. L'incolore lui passa ensuite une paire de jumelles.

« A partir de la zone dégagée, cherche un sapin mort et remonte de quelques mètres sur le flanc de la vallée qui nous est opposé. »

Après un léger temps d'adaptation, il trouva l'arbre indiqué et parcourut des yeux l'endroit qu'elle lui avait indiqué. Il y avait trois lapins morts, laissés en l'état et à même la neige, tâchant son manteau blanc d'un rouge prononcé.

« Tu leur as laissés un piège ? » demanda Loki.

« Un genre de traquenard, on va dire. » accorda-t-elle. « Les lapins servent juste d'appât. »

Après quoi, un silence plat s'installa, seulement entrecoupé par le chuintement léger des quelques flocons qui tombaient encore. Au bout d'une bonne demi-heure, l'enfant finit par se lasser. Il attrapa une seconde couverture dans laquelle il s'enroula, avant de se coller contre le flanc de sa tante pour s'endormir presque aussitôt. Windy se releva pour venir se presser contre le dos du gamin et se remettre à somnoler, offrant sa chaleur et sa protection. Les chiens-loups bougèrent de temps à autre, seulement pour resserrer leurs rangs et se tenir chaud. Snö vint même se caler contre la jambe droite du dieu, posant sa tête sur ses pattes sans pour autant s'endormir, soupirant continuellement, ses yeux couleur ambre, ouverts et alertes. Le loup blanc demeurait le plus prompt à rechercher son contact et ce, depuis ses premiers jours à Garden Creek. D'une certaine manière, Loki appréciait sa compagnie silencieuse et son flegme. Il pensa la réciproque toute aussi vraie.

« Quelque chose ne va pas ? »

Le murmure interrogatif le surprit légèrement. Reportant son attention sur Anna, le dieu la dévisagea un instant, sans savoir quoi répondre.

« A quel sujet ? » se renseigna-t-il, prudent.

Ses yeux aux protections noires sur lui, elle entrouvrit la bouche en une inspiration mesurée, cherchant ses mots les plus appropriés, avant de se raviser, dans une parfaite copie de la fois précédente, lorsqu'elle était penchée au-dessus de sa carte, il y a quelques jours déjà. Elle se détourna pour plonger son regard dans le viseur de son arme, mais la discussion n'en fut pas close pour autant. Observant toujours la vallée en contrebas avec sa carabine, elle finit par prononcer du bout des lèvres :

« Ces derniers temps, tu sembles… » Elle s'arrêta un temps, incertaine de si le mot choisi convenait et recherchant toujours une précision aiguë. « …distant. »

L'incolore avait donc détecté un certain changement chez lui. Il se demanda si sa perspicacité l'avait entièrement rattrapé ou s'il lui restait encore un peu de marge, la question n'ayant toujours pas été tranchée de son côté.

« Ce n'est pas un reproche. » s'expliqua-t-elle doucement. « Juste… une impression. »

Elle semblait particulièrement attachée à l'idée de ne pas le vexer ou le braquer, énonçant à voix haute ses pensées sans exiger d'explications de sa part, le laissant, une fois de plus, libre de répondre ou non. La vérité ou le silence, comme toujours.

Que fallait-il dire et que fallait-il masquer ?

L'ennui avec Anna, c'est qu'on ne savait jamais vraiment ce qu'elle avait compris par elle-même. Loki se doutait qu'il sous-estimait régulièrement la hauteur de ses connaissances. Mais, au-delà de son acuité surprenante, elle avait également l'art de parler de choses vagues, pour mieux laisser les autres s'empresser de combler ses manques et ainsi découvrir les parcelles de vérité qui lui échappaient encore. Un génie manipulatoire dont elle usait néanmoins avec parcimonie et qui n'était pas sans charme. Dépourvue de sa mortalité, elle aurait fait une adversaire politique de taille à Asgard. Et une précieuse alliée.

Pour autant, elle n'avait jamais réellement joué avec lui ou contre lui, se contentant d'engranger les informations qu'il lui donnait ou qu'il laissait involontairement transparaître.

« Une affaire personnelle. » lâcha-t-il simplement, refusant de lui donner une quelconque précision sur le sujet qui lui occupait l'esprit.

« Rien à voir avec le sortilège et la tasse de thé ? »

Il eut un accroc au souffle avant de se reprendre, maîtrisant autant que possible son étonnement pour mieux prêter attention à ce qu'elle venait de dire, à la manière dont elle l'avait prononcé. Rien ne disait qu'elle savait.

La question pouvait sembler abrupte, mais elle l'avait tournée de sorte que l'interrogation sonne autrement. Il pouvait entendre dans sa retenue -proche de la réticence- qu'elle se pensait toujours en cause de cet échec, peut-être même croyait-elle que son changement d'attitude y était dû. Il ne sembla pas à Loki que sa question sonnait à ses oreilles comme elle sonnait aux siennes. Si bien que, dans un sens, répondre par la négative ne serait pas entièrement un mensonge.

« Non. »

Elle masqua assez bien son soulagement, le contenant derrière son habituelle indifférence. Le dieu comprit que, l'idée qu'il ait pu lui tenir rigueur de cet infortuné évènement, la travaillait depuis un moment déjà.

Leur échange sembla s'arrêter là et l'incolore reprit son observation minutieuse, alors que pas un coyote n'était en vue.

« Avgrunden… » murmura-t-elle, prenant une seconde fois Loki au dépourvu. Elle essayait toujours de comprendre, mais creusait une piste qui ne la mènerait nulle part, faisant, pour la première fois depuis leur rencontre, fausse route.

Les Abysses.

Un sentiment désagréable remonta son dos, comme un insecte s'étant invité sous son vêtement, quelque chose de nuisible dont il aimerait se défaire au plus vite. Offrant de nouveau son attention au dieu pour se heurter à son incompréhension et à un dégoût maladif à peine voilé, elle se justifia aussitôt :

« Tu l'as mentionné à plusieurs reprises lorsque tu étais souffrant. »

Les affres de l'inconscience pouvaient être assez similaires aux sensations laissées par cet endroit maudit, un étourdissement latent et perturbant, renforcé par le manque de repères. Loki ne se souvenait pourtant pas avoir évoqué avec l'incolore son chaotique et bref passage dans les Abysses. Il fut probable qu'il eût parlé sous le joug de la fièvre. L'idée lui hérissa d'autant plus la peau des picots désagréables du souvenir.

Il était hors de question d'emprunter cette voie-là, même si, avec, il pourrait détourner son attention du fâcheux incident de la tasse de thé.

Comprenant que le sujet ne se prêtait d'aucune manière à la discussion, l'incolore reporta son attention sur le flanc opposé de la vallée, ses yeux se réalignant avec la visée de son arme. Après quelques minutes de silence pesant, une exclamation échappa à la jeune femme.

« Here they are… »

Chassant les relents désagréables de sensation qui perduraient depuis leur dernier échange, le dieu se saisit de ses jumelles et regarda en contrebas, tandis que l'incolore réveillait le gamin en le secouant gentiment.

Plus petits que des loups, dotés de grandes oreilles triangulaires et d'un faciès fin, proche de celui des renards, les coyotes se montraient enfin. Leurs pelages ternes se détachaient peu de la végétation morte qui les entourait, gris, ocre, fauve et si peu de nuances. Ils étaient un groupe d'une vingtaine d'individus.

« Il y a beaucoup de juvéniles. » releva Anna, occupée à les dénombrer. « A croire qu'ils ont gardés avec eux les petits de l'année dernière… »

Ils tournèrent autour des lapins offerts pendant un moment, méfiants, alors que les plus jeunes commençaient à s'impatienter, tenant difficilement en place. Deux autres coyotes les rejoignirent, probablement des membres de la meute à la traîne, et il sembla que le groupe fut enfin complet.

De leur côté, l'enfant finissait de se réveiller et se réinstallait correctement. Les chiens-loups s'agitèrent un peu et Anna dut les rabrouer pour les ramener au silence. Il serait dommage d'être détectés maintenant, après des heures d'attente.

« Que dit le vent ? » demanda la jeune femme dans un murmure, alors que le gamin troquait ses jumelles contre un curieux appareil. Il planta dans la neige un petit bâton de bois, au bout duquel un ruban large avait été noué.

« Brise légère mais instable, trois à sept pieds par seconde. » répondit l'enfant avec sérieux, en dépit du sommeil qui transpirait dans sa voix, ses yeux résolument fixés sur l'écran de son petit appareil.

Jetant régulièrement un œil au ruban et à ses mouvements pour déterminer le sens du vent, l'incolore vérifia son chargeur avant de défaire le cran de sûreté de son arme dans un déclic sonore. Elle ajusta sa carabine contre son épaule et la protection qui la couvrait, s'installa le plus confortablement possible, puis annonça :

« Bien, à quatre pieds. Quand tu veux. »

Le gamin prit son temps, ses yeux ne quittant pas l'écran de son petit appareil. L'œil fixé à son viseur et le doigt sur la détente, Anna ne bougea pas d'un pouce, patiente. Après une courte minute, la voix enfantine s'éleva dans une intonation incisive :

« Now. »

Le coup partit avant même qu'il n'ait fini de prononcer le mot unique, dans un cliquetis sec accompagné d'une détonation discrète. Sans perdre une seconde ni quitter de l'œil sa visée, l'incolore tira en arrière un levier, éjectant la cartouche vide, et le poussa pour recharger. Clic clac.

« Six. » annonça l'enfant, juste avant qu'elle ne tire à nouveau et ne recharge aussitôt.

« Four. » Nouveau tir.

A l'aide de ses jumelles, Loki observa les coyotes s'effondrer les uns après les autres, Anna ne leur laissant pas le temps de réagir, tirant à de nombreuses reprises et ratant sa cible à quelques occasions. Elle abattit les individus les plus imposants et uniquement des adultes, délaissant les plus jeunes, si bien qu'il ne resta qu'une bonne douzaine de têtes parmi les coyotes.

Désorientés et trop agités pour être abattus à une telle distance, les animaux s'éparpillèrent un peu, sans savoir par où s'enfuir. L'incolore stoppa ses tirs et se retourna pour aviser la petite meute qu'elle avait emmenée avec elle. Prêts à décamper au moindre de ses ordres, les chiens-loups la toisait avec une impatience évidente, quelques grognements excités leur échappant.

« Allez-y. »

Ils se mirent à dévaler la colline dès la seconde suivante, se scindant en deux groupes respectivement menés par Windy et Snö. Le loup blanc et sa clique foncèrent droit sur les coyotes tandis que les autres dévièrent par la gauche pour s'enfoncer dans les arbres et disparaître. En bas, les coyotes s'affolèrent, se rassemblant maladroitement pour filer hors de leur portée, déguerpissant à toute allure et gagnant de l'avance sur leurs poursuivants grâce à leurs petites tailles. Quittant la zone dégagée où l'incolore les avait attirés, ils cherchèrent à regagner le couvert des arbres pour mieux semer les chiens-loups lancés à leurs trousses, poussant quelques jappements paniqués et aigus. Proches de réussir à s'échapper pour de bon, les coyotes n'étaient plus très loin de la sécurité des arbres, forçant Anna à réarmer sa carabine pour tenter de les ralentir.

Suivant la course des coyotes pour viser au plus juste, elle n'eut pourtant pas à presser la détente, ses cibles faisant brusquement demi-tour. D'entre les arbres, un loup noir à la stature caractéristique, avait surgi, déstabilisant les coyotes au point de les détourner de leur destination initiale. Bara avait visiblement décidé qu'il était grand temps de réinvestir son propre territoire, profitant de la charge de la meute d'Anna pour chasser avec eux les importuns.

Progressivement, les coyotes se firent encercler par leurs poursuivants, le loup noir coopérant avec le loup blanc pour les maintenir dans la zone dégagée, les rabattant comme s'ils avaient été des moutons tandis que les chiens-loups leur collaient au train. La course effrénée des coyotes à travers la plaine et leur allure vive les empêchèrent néanmoins de les rattraper, les rapprochant de l'autre extrémité de la zone, là où la forêt reprenait ses droits.

Mais, lorsqu'ils atteignirent la frontière des bois, l'autre moitié de la meute d'Anna, menée par le vieux loup gris, sortit d'entre les arbres, prenant les coyotes à revers. Le choc fut brutal, les animaux soudainement pris en étau et attaqués de toutes parts. L'affaire fut réglée en quelques minutes. Une boucherie rapide et efficace, qui ne laissa aucun survivant.

Soufflant, Anna remit le cran de sûreté de son arme et se releva, aidant l'enfant à en faire de même avant de passer la carabine en bandoulière pour la laisser reposer contre son dos. Loki suivit le mouvement. Ébouriffant les cheveux de son neveu en frottant son bonnet sur sa tête, elle le gratifia gentiment :

« Beau boulot, maître du vent. »

Le compliment arracha un sourire heureux au visage de l'enfant, d'ordinaire si fermé et dur. Elle récupéra ses jumelles pour jeter un dernier coup d'œil aux alentours, avant de les ranger dans son sac et d'en faire de même avec celles confiées au dieu et les quelques gadgets dont ils s'étaient servis. La couverture fut secouée et soigneusement repliée. Regardant ses animaux s'exciter en contrebas et s'acharner sur les restes des coyotes, l'incolore annonça à l'enfant :

« Si tu voulais une nouvelle fourrure, j'ai bien peur qu'avec la charpie qu'ils ont fait, cela s'annonce difficile. »

« C'est pas grave. » marmonna le gamin, cachant difficilement sa déception.

Voyant sa réaction, Anna proposa :

« On peut toujours descendre et voir ce qu'il en est. »

Un hochement de tête vif lui répondit.

Ils descendirent prudemment de la colline pour rejoindre les chiens-loups, certains revenant vers eux avec enthousiasme pour leur tourner autour silencieusement, trop essoufflés pour pouvoir aboyer. Un champ de bataille aux couleurs sanguines se révéla à mesure qu'ils s'approchèrent du reste de la petite meute. Certains avaient déjà commencé à se nourrir à même les carcasses de coyotes, probablement plus par jeu que par réel appétit. Insensible à la scène de carnage, le gosse se mit à parcourir le terrain jonché de cadavres, à la recherche d'une fourrure plus ou moins intacte. Bara maintint une certaine distance entre eux, peu désireux de les approcher et toujours aussi méfiant.

Couvrant la zone d'un regard attentif, Anna commenta :

« L'intérêt d'avoir des chiens avec une part de sang lupin, c'est qu'ils conservent un assez bon instinct de chasse. Ils se débrouillent assez bien par eux-mêmes, si bien qu'ils sont déjà aguerris lorsque je les emmène chasser avec moi. » Le dieu ne répondit rien, observant lui aussi les traces de ce carnage aussi surprenant qu'efficace. « Il reste que ça n'en est pas vraiment une partie de plaisir, plutôt une nécessité. Les techniques d'effarouchement n'ont jamais fonctionné contre eux et je suis trop attachée à mes bêtes pour laisser Dame Nature faire son œuvre. » Avisant le ciel, elle reprit : « On a encore trois heures de jour devant nous, mais mieux vaut se hâter. »

Elle héla son neveu, le gamin revenant vers eux en traînant des pieds, faute d'avoir trouvé ce qu'il recherchait. Devant son air contrarié, Anna souffla avant de porter son regard vers l'autre extrémité de la plaine, là où gisaient encore les coyotes qu'elle avait abattu elle-même. Soupirant, elle annonça :

« On en prend un parmi ceux-là, je le défais sur place et on met les voiles. » L'offre ne sembla pas entièrement satisfaire l'enfant, d'autant plus lorsque sa tante ajouta : « Pas le temps de choisir, le premier fera l'affaire, je n'ai visé que les têtes. Je veux que l'on soit partis d'ici une demi-heure. Récupère des dents si tu veux, mais quand on s'en va, on s'en va. »

La bouche de l'enfant se tordit en une grimace.

« Si je veux une tête ? » ronchonna-t-il.

La demande avait de quoi surprendre et l'incolore haussa un sourcil étonné tandis que le dieu reniflait d'amusement.

« Hors de question. » trancha Anna d'un ton sans appel, marchant déjà en direction des autres coyotes. « Tu apprendras la taxidermie quand tu seras grand, si ça te chante. Je n'ai pas l'intention de m'y mettre. »

Pressée de rentrer, l'incolore choisit un animal de petite taille et s'attela à sa tâche, défaisant la peau à l'aide d'un couteau tandis que l'enfant slalomait entre les carcasses en bougonnant, cherchant des dents déjà arrachées, visiblement sans grand succès. N'ayant rien à faire et doutant que l'incolore lui en veuille pour cela, le dieu prit une fois de plus le gosse en pitié et éclata une mâchoire qui traînait par-là, d'un simple coup de talon, fracturant suffisamment l'os pour en déchausser la partie la plus solide : les dents. L'enfant vint aussitôt les ramasser, lui lançant un regard maraud avant de fourrer dans ses poches les précieuses pièces d'émail. Au bruit que cela fit, Loki sourit en coin en comprenant que le gamin en avait déjà fauchées quelques-unes sur les carcasses précédentes.

Vil charognard.

Bara vint jeter un œil expectatif à ce qu'ils faisaient et Anna lui jeta un lapin intouché, en guise de remerciement. Le loup ramassa la proie offerte et s'en alla sans un bruit, retournant à l'obscurité des bois. Après quoi, l'incolore acheva de récupérer la peau du coyote dont elle s'occupait, l'emballa dans un tissu et la rangea dans son sac. Ils repartirent en temps et en heure, gravissant de nouveau la colline pour rebasculer de l'autre côté. Rendus à son sommet, un appel lupin résonna au loin, les bêtes de l'incolore y répondant aussitôt, hurlant de longues notes dans une synchronisation parfaite. Sur le flanc de la colline d'en face, la silhouette noire de Bara se détachait de la neige, alors que le loup solitaire hurlait une dernière fois à leur intention.

Les aurevoirs échangés, ils quittèrent l'endroit pour de bon, avant que la nuit ne vienne les y cueillir.

Le crépuscule pointa le bout de son nez lorsqu'ils atteignirent le chalet. Le dîner y fut silencieux, la fatigue accumulée durant la journée l'emportant sur tout le reste. Loki regagna ses quartiers une fois le repas terminé, pressé de s'isoler à nouveau et de regagner son lit. Le sommeil lui tomba dessus aisément, mais le dieu n'y trouva pas le repos qu'il recherchait.

..

...

Le néant. Il était de retour dans le néant.

Piégé dans des ténèbres si denses qu'il n'en voyait même plus ses propres mains, c'était à peine s'il distinguait les silhouettes ombreuses de ses membres.

Il n'y avait pas un son, pas un murmure. Ni même l'écho de ses propres pas. Seule sa respiration irrégulière était audible. Sa voix se perdait dans le vide dès lors qu'elle franchissait la barrière de ses lèvres, s'éteignant aussitôt, faute de trouver une surface contre laquelle résonner.

Il n'y avait rien. Pas de sol, pas de ciel. Le haut et le bas n'existaient pas ici. Même l'air y était intangible, ne laissant qu'une impression de vide chaque fois qu'il tentait d'en gorger ses poumons.

Sans repère aucun, abandonné de toute sensation et isolé de toute forme de contact, sa propre solitude s'imposait à lui de manière physique, le dépouillant de tout, s'infiltrant jusqu'au plus profond de son être pour ne laisser derrière qu'un trou béant.

C'était comme être mort, mais en pire. Bien pire.

Il était de retour dans son enfer personnel. Dans les Abysses.

Loki s'en extirpa d'une inspiration brusque, se réveillant soudainement parmi les draps humides, transpirant et fébrile. Il se jeta précipitamment sur la lampe de chevet, allumant la lumière pour chasser les ténèbres de la pièce. Les couleurs agressives de la chambre s'offrirent à lui, lui rappelant où il était sans réussir à ramener en son cœur un sentiment de sécurité. Il cligna des yeux, deux fois, et essuya d'une main son visage ruisselant de sueur avant de se relever. Encore secoué par son cauchemar, il quitta la chambre d'un pas pressé et nerveux.

Dans la salle de bain immaculée du premier étage, il se passa la tête sous l'eau froide, s'aspergeant également le torse après avoir abandonné son T-shirt imbibé de sueur dans la panière, essayant de se remettre les idées en place et de chasser les relents de sensations -d'absence de sensation- de son mauvais rêve. Mais rien à faire, la peur le tenait au corps et ne semblait plus vouloir le lâcher, terreur sourde qui lui vrillait l'échine et qui transperçait ses côtes sous les battements fous et incontrôlables de son propre cœur. Comme si les doigts glacés de la mort étaient restés enlacés entre ses vertèbres, continuant à insinuer en lui cette solitude écrasante et mortelle, qui enflait jusqu'à l'en rendre fou. Par moment, il doutait même d'être encore vivant, son esprit essayant tant bien que mal de reprendre pied après l'isolement soudain de ses sens.

Des mois qu'il n'avait plus été hanté par ce genre de souvenir, il pensait avoir surmonté le traumatisme lié à son court séjour dans l'obscurité infinie. Une simple évocation soufflée à demi-mots avait pourtant suffi à l'excaver des tréfonds verrouillés de sa mémoire.

Avgrunden…

Un rêve, c'était juste un rêve.

Il prit son temps pour maîtriser de nouveau sa respiration, se restreignant le plus possible au calme malgré le sang qui vrombissait contre ses tempes et la pellicule de sueur devenue glacée qui s'accrochait à sa peau. Après un temps, il finit par quitter la pièce pour regagner le pallier.

Quelques halètements lui échappaient encore et il sentait l'extrémité de ses mains trembler par intermittence. Il était loin d'avoir repris le contrôle. La semi-obscurité qui le séparait de sa chambre suffit à le paralyser, l'idée même de se confronter à la noirceur cachée derrière ses propres paupières, lui était au-delà de l'insupportable. Il mourrait à nouveau de l'intérieur, sous le poids d'une solitude grandissante.

Une lumière salvatrice filtra jusqu'à ses pieds, s'étirant timidement sur le parquet pour effleurer ses orteils nus, ses yeux l'accrochèrent aussitôt, avides de clarté. Il en remonta le flot pour trouver sa source sous la porte de l'incolore, raie lumineuse et vaguement jaune qui ne pouvait provenir que d'une lampe de chevet. Anna, constata-t-il, ne dormait pas.

Un choix terrible s'offrit à lui.

Celui de ranger son ego pour prendre ce dont il avait si désespérément besoin. Ou celui de passer une nuit entière seul, à se sentir mourir sans jamais atteindre le salut du trépas.

Il pourrait regagner sa chambre et y laisser la lumière allumée toute la nuit, s'empêcher de dormir pour ne pas risquer de rebasculer dans le souvenir traumatique. Il pourrait. Mais franchir les mètres qui le séparaient de sa chambre, semblait être devenu une épreuve insurmontable, une promesse d'heures infinies et de creux béant encombrant sa poitrine.

Il avait besoin de quelqu'un, d'une présence suffisamment tangible pour qu'il ait la preuve définitive que ceci était bien la réalité et pas une chimère inventée depuis les profondeurs obscures des Abysses. Un contact capable de lui assurer qu'il n'était plus une âme errante, perdue dans des ténèbres sans fin.

Le dieu se dit pourtant qu'il n'était plus un enfant, qu'au grand jamais il n'aurait peur du noir, ni ne se défilerait face à l'obscurité. Il se pensa au-dessus de tout cela, prenant la décision ferme de retourner à la froideur de ses draps.

Toujours aussi étourdi par le souvenir et rongé de l'intérieur par le néant, ses pas le menèrent pourtant à la chambre de l'incolore sans qu'il puisse lutter, ouvrant la porte pour la refermer dans son dos avant de porter son regard sur sa silhouette pâle.

Jambes repliées sous les draps et penchée sur son ordinateur, Anna releva la tête de son écran pour aviser le dieu depuis son lit, son expression se teintant aussitôt d'une curiosité prudente, consciente de l'heure tardive et de l'état lamentable de celui qui lui faisait face. Il la dévisagea d'un air dérangé, son regard perçant traquant dans son image le moindre défaut qui trahirait une illusion. Si elle était bien là, il ne pouvait pas être dans les Abysses, n'est-ce pas ?

Ils s'observèrent un moment, Loki parvenant presque à discerner le vrai du faux, le tangible de l'intangible. S'il fallait faire demi-tour, c'était maintenant. L'hésitation le fit rester, scrutant le moindre de ses gestes alors qu'elle refermait son ordinateur pour le glisser à terre. La respiration encore marquée, il la laissa détailler son visage blafard et le trouble qui s'y lisait. Le temps se suspendit l'espace d'un instant, alors qu'il appréhendait sa réponse, acceptation ou sentence, le dieu ne sachant pas lui-même ce qu'il attendait d'elle. Ses pupilles carmines plongées dans les siennes, Anna dégagea finalement un pan de couette, lui offrant une invitation muette qu'il accepta sans réfléchir, oubliant ses résolutions de distance.

Il contint l'urgence qui se ruait dans ses membres, s'approchant à pas mesurés du lit avant de s'y installer, glissant ses jambes sous les draps et s'asseyant à côté d'elle. L'incolore ne fit que lui rendre un regard tranquille et doux, la clarté glacée de ses yeux s'effaçant pour laisser sa place à un pourpre pâle et fatigué. Elle avait un air d'épuisement serein, rayonnant presque, chassant par sa simple présence les ténèbres qui lui grignotaient l'esprit et la solitude qui l'éventrait. Le dieu se laissa inonder par sa compréhension et son calme, ne la quittant pas des yeux.

Il attrapa son poignet dès qu'elle fit mine de vouloir éteindre la lumière, stoppant sa main avant qu'elle n'atteigne l'interrupteur de la lampe, saisissant sa peau presque durement. Pas question de laisser l'obscurité revenir. Un étonnement muet et léger filtra dans l'attitude paisible de l'incolore, mais il sut à son regard qu'elle comprit le pourquoi de son geste. De même, elle ne lui opposa aucune forme de résistance lorsqu'il amena son poignet jusqu'à son nez pour respirer l'odeur de sa peau, s'assurant une bonne fois pour toute que tout cela n'avait rien d'une illusion. Il desserra suffisamment sa poigne pour qu'elle puisse s'y soustraire sans le moindre effort et fut conforté dans ses actes lorsqu'elle ne s'en défit pas. La peau sous ses doigts était tiède et tendre, un lent battement de cœur résonnant à travers le fin réseau de veines qui se coulait dessous, un rythme calme qui eut quelque chose de rassurant. Le dieu laissa son nez errer le long de son bras, inspirant son odeur de lessive, de lait et de feu de bois sans jamais s'en lasser, trouvant sa propre paix au travers de ce contact si particulier. Il remonta le chemin de peau jusqu'à son épaule pour effleurer sa clavicule et ensuite imprimer son visage au creux de son cou pâle et y respirer à plein poumon la fragrance si caractéristique de la jeune femme, se réconfortant dans ce qu'il identifia comme quelque chose de familier.

Sa présence, aussi bien physique que psychique, envahit ses sens, éclipsant le vide et l'obscurité abyssale pour le baigner dans un sentiment de sécurité. Épuisé, il s'y blottit sans chercher à lutter, acceptant les mains pâles qui se faufilèrent dans ses cheveux et dans son dos nu alors qu'il agrippait sa taille d'une poigne nerveuse, ses mains tressautant encore alors que la tension s'évacuait de ses membres. Il y avait toujours quelque chose de douloureux dans sa manière d'agir. Aussi, l'incolore s'écrasa légèrement contre le dieu et lui répondit par des caresses appuyées sur son cuir chevelu et le passage lent et répété de sa paume le long de sa colonne vertébrale, cherchant à lui apporter le soutien et le réconfort qu'il lui demandait implicitement.

Il finit par s'allonger entièrement dans le lit, calant sa tête contre l'oreiller et l'entraînant avec lui. Tandis que des bras fins encerclaient son buste, le sommeil revint le couvrir de sa chape de plomb et il renonça à lutter contre son ombre apaisante.

..

...


Je dois vous avouer que, après cette fin de chapitre, j'ai un peu peur que vous me trucidiez… ^^ Gloups.

Concernant Loki, très clairement, je n'avais pas envie de suivre le cliché sur la tension sexuelle insoutenable et le côté je dévore l'autre des yeux et elle ne s'en rend même pas compte. Pour un type qui verse autant dans la manipulation et le mensonge, mieux vaut la jouer finement et c'est, ici, ce qu'il fait (ou s'efforce de faire). De même, la révélation ne lui tombe pas dessus comme ça, le gars réfléchit et finit par se rendre compte que 'merde, elle me plaît'. Loki peut être un peu barge par certains aspects, dès lors que ça concerne le pouvoir ou son propre ego, mais il demeure un personnage capable d'une grande lucidité. Et puis, je sais pas vous, mais selon moi, quand quelqu'un nous plaît physiquement, on ne passe pas non plus des heures à se languir de cette personne. Ça fait tilt à chaque fois (ou presque) qu'on la croise, c'est tout. C'est mon point de vue, en tout cas.

Moi qui n'y connaît pas grand-chose à la chasse et encore moins aux armes, j'ai dû me renseigner un peu pour l'écriture du passage avec les coyotes, notamment par rapport aux types d'arme à longues distances que l'on peut utiliser pour chasser. C'est ainsi que j'ai découvert que, non, fusil et carabine ne sont pas la même chose, la seconde permettant des tirs à longue distance d'une assez bonne précision. Pour celles et ceux qui connaissent un peu, j'attribue à Anna deux armes : un fusil de chasse à bascule, qu'elle emmène systématiquement avec elle lorsqu'elle sort dans les bois et dont elle s'est déjà servie tout au long de cette fic, et une carabine de chasse à verrou (la plus classe je trouve, mais ça n'est que mon opinion de vulgaire amatrice), qu'elle utilise ici. Voilà pour la petite histoire, si la distinction des deux vous intéresse, Wikipédia pourrait se révéler être un bon ami. )

Je ne sais pas si je vous l'aie déjà mentionné : Rookie ne s'appelle pas comme ça à cause du film Rox et Rooky, mais parce que dans la culture Nord-Américaine, c'est comme ça qu'on désigne un débutant dans le milieu sportif.

Pour la scène où Loki joue à « va chercher » avec Rookie, je me suis pas mal inspirée du moment dans Thor 2 où le dieu trompe l'ennui dans sa cellule en jetant en l'air un objet et en le rattrapant.

Un grand merci à tous pour vos retours sur le chapitre précédent, petits nouveaux comme lecteurs assidus, c'est toujours une immense joie que de lire vos opinions et impressions et, surtout, vos encouragements. Parmi vous, certain(e)s me suivent depuis un bon bout de temps déjà et je ne sais jamais comment vous témoignez ma reconnaissance à la hauteur des émotions que vos commentaires me laissent. Petits mots ou messages d'une longueur infinie, vous me rendez ivre de bonheur à chaque fois. De savoir son travail apprécié et reconnu, de pouvoir lire ensuite l'engouement qu'il génère, justifient amplement les heures d'écriture frénétique, de relecture et de doutes. Pour tout cela, un simple merci ne suffira jamais.

Je serai à nouveau en partiels dans deux semaines et j'enchainerai derrière avec un stage de trois mois. Je ne sais pas encore à quoi va ressembler mon emploi du temps donc, une fois de plus, je n'ai absolument aucune idée de quand vous aurez la suite (pas dans cinq mois j'espère ^^). Avec un peu de chance, mes soirées et weekends seront un peu plus libres une fois que je serais en stage. Je m'efforce de vous le répéter, je n'abandonne pas cette fic et non, je ne m'en lasse pas ! Ô grand jamais ! C'est toujours un plaisir de l'écrire, mais vous comprendrez que, rendue en master, le temps devient une denrée rare…

Des bisous, des bisous et plein de pensées agréables pour vous, j'espère que nous nous reverrons vite !

Réponse aux Rars :

(J'en profite pour rappeler que je réponds directement et systématiquement par MP si vous possédez un compte sur ce site, pensez donc à faire un tour sur votre profil pour checker ça les enfants...)

Moi : Noël à l'autrichienne de mon côté, car je ne suis pas rentrée en France pour les fêtes. Mon premier Noël sans ma famille d'ailleurs… Bref, passons. Mon Erasmus s'est bien passé et, tout comme toi, je suppute ce type de programme ! :D J'avoue que quand j'ai eu l'idée du loup jotünn (bien avant de me mettre à publier, car j'ai mon scénar en tête depuis le départ), je me suis dit que j'allais me tirer une balle dans le pied avec, plutôt qu'autre chose ^^ Heureuse d'apprendre que ça n'est finalement pas le cas !

J'ai lu beaucoup de fictions où les personnages se rapprochaient toujours dans des moments critiques, j'avais envie de contrebalancer un peu à ce sujet car, pour moi, les liens les plus forts se créent dans un climat de confiance (où il n'y a pas nécessairement de menace sous-jacente). Comme il est aussi très difficile de balancer un personnage sans capacité physique ou résistance particulières (comme Anna) dans un contexte de danger à la Marvel, je me suis plutôt attachée au fait de démontrer que l'on peut être un minimum badass avec un cerveau bien fait et aucun pouvoir magique. Après, j'admets qu'Anna n'est pas non-plus un modèle d'humain lambda, au contraire, je voulais qu'elle s'en distingue suffisamment pour pouvoir être en mesure de faire face à une personne du calibre de Loki.

Ah Eliott… Lui aussi m'a donné du fil à retordre dans son écriture. Je voulais qu'il soit aussi singulier et étrange qu'attachant, tout en conservant une attitude propre à son âge. Je peux comprendre cette première impression désagréable, il y a trop de fics qui mettent en avant des enfants surdoués, niais à souhait ou ultra en avance sur leur âge. Pari risqué là aussi, j'ai cru que j'allais m'y casser les dents à plusieurs reprises. On va dire que j'apprends à maîtriser et mieux cerner mes personnages en même temps que vous apprenez à les connaître.

Ton commentaire sur The Road m'a intriguée et je suis retournée la lire, j'avais oublié les fautes d'orthographes et de frappes de son auteur ^^ Je pense qu'elle m'a beaucoup marquée parce que c'est la première fic avec un scénario cohérent que j'ai pu lire sur ce fandom, même si j'ai mis un temps infini à me faire à l'OC de cette histoire. Merci pour tous ces compliments en tout cas, ça m'a fait chaud au cœur de lire ta review !

J'espère que cette suite aura été à ton goût. Porte-toi bien et au plaisir d'avoir de tes nouvelles !

Guest (21/03) : Hey ! Contente de voir que le cadre et l'histoire que j'ai créés te plaisent ! Je vois ce que tu veux dire ^^ Ça me fait plaisir de savoir mon OC aussi appréciée, d'autant que l'histoire tourne parfois plus autour d'elle que de Loki. Merci à toi pour ta review et tes compliments, j'espère que ce chapitre comble tes attentes !

Guest (28/04) : Voilà ton vœu exaucé ! ;) J'espère que ce chapitre t'aura également plu !