"Pleaaaase… Don't see… Just an author caught up in dreams and fantasies.

Please… See me… Reaching out for a chapter you can't see.

Take my hand let's see what will be published tomorrow. (Hum… today! Today!)

Best writes plans sometimes are just a one-night illumination.

I'd be damned Morpheus's demanding back my pillow.

So let's read it and see if I had some good inspiration."

Adam Levine par pitié ne me trucide pas, c'est un pur hasard si, ce coup-ci, ma chanson massacrée de début de chapitre est l'une des tiennes. Je prends l'inspiration comme elle vient... T.T

Je pense que cette histoire d'attendre 4-5 mois entre chaque chapitre va devenir une mauvaise blague récurrente. J'ai profité de mes vacances pour écrire tout ce que j'ai pu, mais avec un rapport à boucler et un stage à préparer, je n'ai pas toujours eu autant de temps à allouer à l'écriture de cette fiction, que je l'aurais voulu. Ce qui est bien dommage, nous sommes d'accord là-dessus !

Chapitre sous le signe des révélations mes amis. Je dis ça, je dis rien... ;)

/!Aussi, je me dois de vous prévenir que oui, ça y est, il y a présence de lemon dans ce chapitre. Ceux à qui ce genre de lecture déplaît, sautez jusqu'au passage suivant -délimité par les petits points-, vous pouvez reprendre la suite sans problème de compréhension.

Merci à AkiraRedTiger pour la relecture du début de ce chapitre ! :D

Acid Rain et Ice de Lorn, Wait de M83, Then the Quiet Explosion et Universalis de Hammock


...

Chapitre XVI

Malcolm, Joshua, Lisbeth

..

...

La nuit fut, comme l'avait prévu Anna, longue.

Toujours sans signe aucun de ses subalternes, l'incolore se trouva d'autres tâches à effectuer, patientant comme elle le pouvait. Loki devinait sans mal la tension qui crispait, par moment, ses épaules et la fatigue qui cassait doucement sa silhouette gracile. Lui-même avait fini par délaisser toute occupation littéraire pour n'avoir ses yeux rivés plus que sur elle et ce que ses mains étaient occupées à faire. De belles mains, songea-t-il, qu'il aurait préféré voir chiffonner ses vêtements ou glisser contre sa peau.

Il se rasséréna du souvenir d'une paume chaude apposée entre ses omoplates, avant de se décider à chasser toute idée de rapprochement de son esprit. Plus tard.

Après avoir investi le salon durant les premières heures de la nuit, ils migrèrent vers la cuisine où quelques bougies supplémentaires furent disposées. Finalement, ce fut Anna qui apporta au dieu une distraction pouvant l'aider à contrecarrer ses idées égarées, lorsqu'elle sortit son fusil à bascule du placard où elle stockait ses armes, ainsi qu'un petit coffret.

« Un peu d'entretien ne lui ferait pas de mal. » lui expliqua-t-elle, s'installant à table.

Il la regarda défaire le canon de la culasse avant de démonter l'ensemble avec minutie, se souvenant soudainement de l'arme chitauri qui attendait d'être remise en état, rangée quelque part parmi ses affaires. Voilà une occupation toute trouvée pour les heures à venir.

Il monta à l'étage sans un mot et, le temps qu'il revienne avec l'objet de ses pensées, une boîte à outil avait fait son apparition sur la table de la cuisine, visiblement destinée à son seul usage. Cette prévoyance autrefois agaçante avait aujourd'hui quelque chose de terriblement amusant. Il eut un sourire ironique alors qu'il s'installait face à Anna, occupée à nettoyer les pièces fraîchement démontées de son arme.

« Tu as passé suffisamment de temps à détailler ce fusil pour que je présume que tu avais une idée en tête... » indiqua-t-elle au dieu avec un détachement qui dissimulait bien mal les notes chaudes de malice mêlées à sa voix.

« Le jour où tu présumeras mal, je serai là pour le souligner. » nargua-t-il en réponse, ouvrant finalement la caisse à outil pour y piocher de quoi s'occuper de la lance-blaster encore en morceaux. Il lui fallait détacher la lame du reste avant toute chose, le dieu étant peu désireux de se blesser avec lors de la remise en état de l'objet.

« Si tu le dis. » sourit en coin l'incolore, terminant son entretien en un temps record pour mieux remonter son arme avec une dextérité surprenante, laissant le canon rencontrer la bascule dans un clac final.

Après quoi, elle rangea son arme et sortit son second fusil pour lui administrer le même sort. D'armature plus complexe, le système à verrou de l'arme demanda plus de patience à Anna, qui désolidarisa chaque pièce une-à-une sans une once d'hésitation.

Il avait déjà eu l'occasion de la voir se servir de ses armes à de multiples reprises et savait qu'elle était capable d'atteindre des cibles difficiles. Mais la voir entretenir l'artillerie qu'elle possédait fit remarquer à Loki la familiarité et -subséquemment- l'expérience que la jeune femme avait avec ses fusils et, probablement, avec les armes en général.

Les plaisirs de la chasse, seuls, ne pouvaient expliquer cette connaissance et cette maîtrise qu'elle possédait, laissant le dieu songer qu'il y avait chez elle une nécessité de savoir se défendre contre une menace qui n'était pas seulement animale.

Il y réfléchit plus profondément, alors qu'il polissait, reformait et réassemblait avec prudence les pièces parfois mises à mal de l'arme chitauri. Un silence studieux s'installa entre eux, ne laissant que de rares bruits métalliques rompre l'atmosphère calme de la cuisine.

Se rappelant du chauffeur discret et du bras droit d'Anna, armés et d'allure pourtant banale, le dieu songea que l'incolore ne versait pas dans une sécurité excessive et clairement affichée, préférant s'entourer d'un personnel qualifié capable de s'auto-protéger et de prendre sa défense en cas de nécessité. Il semblait évident qu'elle s'était également incluse à cette idée. Paraître atteignable, lorsqu'elle était loin de l'être.

Il en était là dans ses réflexions, lorsqu'une clarté soudaine et aveuglante les interrompit dans leurs tâches respectives.

Loki dut cligner des yeux quelques secondes avant de comprendre que le courant était revenu et qu'il s'agissait tout simplement de l'ampoule du plafonnier qui s'était rallumée. Se composant un visage neutre, Anna abandonna son fusil à verrou sur la table pour se diriger vers sa télévision murale, téléphone en main.

Hijo et Carlington apparurent alors à l'écran, leurs traits creusés par le stress et le manque de sommeil.

« Où en est-on ? » demanda Anna.

« Le système ne semble pas avoir trop souffert de la réinitialisation d'urgence et Mike s'est chargé de rediriger les flux de données vers un serveur adjacent, le temps qu'on remette un peu d'ordre dans nos affaires. Aucune information relative à votre lieu de retraite ne se trouvant dans notre base de données, votre position ne semble pas être compromise. » résuma Hijo. « D'ici vingt-quatre à quarante-huit heures, je devrais avoir débusqué l'imbécile qui a osé franchir mes programmes de sécurité. »

Visiblement il allait de l'honneur de la jeune femme à l'air diable de tirer cette affaire au clair.

« Quoiqu'il en soit... » soupira l'incolore. « ...il va nous falloir mettre en place une réunion de crise pour discuter de tout ça, ce qui ne va certainement pas se faire sans Lisbeth. »

« Nous sommes toujours sans nouvelle d'elle, Madame. » avertit prudemment Carlington. « Et impossible de la tracer sur son portable personnel. »

Anna se passa une main lasse sur son visage, inspirant longuement avant de reporter son attention sur ses deux subalternes.

« Envoyez Bertie alors, c'est lui le spécialiste des parties de cache-cache. » finit-elle par ordonner calmement. « Et dites-lui qu'il a carte blanche. »

« Très bien. » acquiesça son bras droit avec raideur. « Je vous laisse gérer la réintégration des données avec Hijo, je dois m'occuper d'ordonner la communication interne sur cet incident. »

Elle les salua avant de sortir du champ, laissant Hijo seule à l'écran.

« Il va falloir que l'on procède en simultané. » informa-t-elle. « Je pense que vos codes de sécurité ne seront pas de trop. Le plus tôt cette étape sera achevée, le plus tôt je pourrais traquer cet hacker du dimanche. »

Ainsi passa le reste de la nuit, Anna procédant méthodiquement à la restauration informatique du système de sa société et effectuant quantité d'autres choses auxquelles Loki ne s'intéressa que peu, faute d'en saisir le moindre sens. Il préféra achever le réassemblage de l'arme chitauri et laisser l'incolore à la résolution de problèmes et questionnements toujours plus complexes. Dans la mesure où toute menace semblait écartée, il ne voyait nul intérêt à se mêler de ces choses-là et décréta que sa priorité était à la restauration du blaster.

Une arme digne de ce nom ne ferait pas de mal, surtout avec un loup jotünn dans les parages et la possibilité -même fort improbable- d'une visite nocturne.

Après une heure de travail appliqué, chaque pièce avait enfin retrouvé sa place et le dieu réinséra la lame de la lance avec précaution, avant de remettre la source d'énergie de l'arme en son cœur. Ne restait plus qu'à voir si la chose était prête à l'emploi.

Il jeta un œil à Anna, toujours occupée avec Hijo, tapant -avec une frénésie modérée par la fatigue- sur les touches de son ordinateur personnel tout en discutant avec l'autre jeune femme, et se décida à sortir dehors, arme en main.

L'air frais de l'extérieur lui fit du bien, le froid réveillant son esprit.

Il y avait derrière les montagnes une fine ligne rosée qui avait bien du mal à chasser l'obscurité de la nuit et les quelques éclats d'étoiles qui s'y taillaient timidement une place. L'aube était encore loin et Loki songea qu'à une heure pareille, le gamin devait encore dormir.

Il était plus sage de s'éloigner un peu du chalet avant de procéder à toute forme de test.

Il fut peu surpris de voir une silhouette blanche se détacher de la masse endormie de chiens-loups vautrés près du chalet, Snö s'ébrouant souplement pour venir à sa rencontre avec un naturel qui surprenait encore le dieu. Le loup sentit avec curiosité le bout de l'arme avant de reprendre ses distances, attendant de voir ce qu'il comptait faire. Reniflant d'amusement, Loki l'appela à sa suite alors qu'il prenait la direction des premiers arbres. Il écouta avec une satisfaction certaine le bruit discret des pattes foulant la neige derrière lui.

Le dieu ne s'éloigna pas tant que cela, jugeant préférable de rester à portée de voix du chalet et de ses gardiens à fourrure, juste au cas où.

Le loup jotünn n'était pas une menace selon Anna, mais Loki voyait les choses différemment et il ne fut pas certain qu'une séance de tirs d'essai ne le préserve de la colère de l'autre maître des lieux...

Il choisit un arbrisseau pour première cible, se positionna et arma la lance-blaster, un frisson d'anticipation courant le long de son dos. La réussite d'une telle opération serait comme un renouveau pour lui, une manière de renouer avec sa puissance d'antan.

C'est avec une fébrilité marquée qu'il laissa le coup partir, envoyant un rayon violacé déchirer l'obscurité ambiante et transpercer de part en part sa cible avant de s'enfoncer dans l'arbre suivant, noircissant son tronc aussi sûrement que l'aurait fait un brasier. Le bois crépita sous la force de l'impact et, après quelques secondes de résistance, céda.

Snö émit quelques grondements agités mais ne prit pas la fuite, restant sagement derrière Loki.

Le dieu ricana.

Une joie presque malsaine lui encombra la poitrine car, en dépit des quelques réglages qu'il avait à effectuer, l'arme dépassait de loin ses espérances en termes de force de frappe. Si bien, qu'il tira trois autres décharges, cherchant à gagner en précision à chacune d'entre elles et notant au passage les ajustements qu'il aurait à réaliser pour perfectionner la lance. Il explosa quelques arbres supplémentaires, juste pour le plaisir de manier une arme de facture non-humaine et d'une puissance qui valait la peine d'être nommée ainsi.

Plus que satisfait de ce premier essai prometteur, Loki décréta qu'il s'arrêterait là pour aujourd'hui, avant de déforester l'ensemble du domaine de l'incolore ou d'attirer le vieux gardien loup sur la zone. Snö, qui n'avait malgré tout pas déguerpi, sembla ravi de cette décision, prenant le chemin du chalet dès lors que le dieu fit mine de vouloir partir dans cette direction.

Le loup blanc le suivit jusque sous l'auvent, s'allongeant de tout son long à côté de la porte d'entrée alors que Loki rentrait à l'intérieur et laissait son compagnon d'essai dehors. S'il retrouva effectivement Anna dans la cuisine, force était de constater que la jeune femme avait finalement cédé à la fatigue, en témoignait son visage endormi et sa silhouette effondrée sur le bois de la table, parmi des bribes de notes et une multitude de papiers. Reportant ses yeux sur la télé, le dieu constata que Hijo s'était elle aussi assoupie sur son bureau. Des bruits de pas résonnèrent jusqu'à ce que Carlington fasse son apparition à l'écran pour déposer une couverture sur les épaules de sa cadette. Relevant la tête, elle avisa Loki.

« Vous pouvez couper la communication, il y a longtemps déjà qu'elles ont fini. Je me charge de la suite. » dit-elle doucement, lui offrant un hochement de tête poli et un sourire en coin en guise de salut. Après quoi, elle rompit le contact et l'écran devint noir.

Loki referma l'ordinateur toujours en route et ramassa les feuillets épars en une pile soignée, jetant au passage un œil aux notes d'Anna sans rien y repérer d'intéressant. Il contempla finalement la forme alanguie de l'incolore, se disant qu'il ferait mieux de la mettre au lit que de la réveiller. La nuit avait encore quelques belles heures devant elle et un peu de sommeil ne serait pas de refus.

Se penchant sur elle, il la bascula avec prudence contre lui avant de passer un bras au creux de ses jambes et un autre autour de ses épaules. Il la porta jusqu'à sa chambre sans qu'elle n'ouvre un seul œil, visiblement déjà profondément endormie et éreintée par le stress des heures précédentes. Lui-même apprécia de la sentir ainsi contre son torse, son souffle chaud et régulier s'échouant sur le tissu fin de son T-shirt et réchauffant la peau qui se trouvait dessous. Atteignant finalement le lit d'Anna, il l'allongea sur la couette épaisse et lui enleva chaussures et chaussettes, se demandant si lui retirer ses vêtements irait au-delà de ce que l'incolore lui autorisait déjà. Il ne résista pas à la tentation de lui ôter son pantalon, se disant qu'il l'avait déjà vue et touchée sans. Ses yeux apprécièrent la dentelle fine et bleue de son sous-vêtement, avant qu'il ne se décide à la glisser sous les draps. Elle se recroquevilla légèrement sur elle-même après qu'il eut rabattu la couette sur son corps à demi dénudé et il resta un moment à débattre de si oui ou non il pouvait passer la nuit à ses côtés, ses yeux rivés sur son visage aux traits fantomatiques et assoupis.

Loki se dit qu'il pouvait bien envoyer ses bonnes manières faire un tour à Helheim, il avait partagé sa couche par deux fois déjà et elle s'était montrée plus qu'encline à l'y accueillir de nouveau, alors pourquoi se priver de ce dont il avait envie ?

Il se débarrassa de ses propres vêtements en quelques mouvements las, pressé de trouver les limbes du sommeil et la présence solaire d'Anna. Il se coucha à son tour et partit en quête de la silhouette gracile de la jeune femme, épousant son dos de son torse et glissant ses jambes contre les siennes.

Et s'il sentit les quelques frémissements de froid qui parcoururent la peau pâle de l'incolore, il chassa cette fois-ci au loin toute idée de distance et refoula l'amertume de ce qu'il était, préférant se noyer dans la chaleur dégagée par Anna et se laisser submerger par le sommeil.

..

...

Loki sut, rien qu'à la chaleur des draps, qu'il n'était pas en train de se réveiller dans son lit mais dans celui d'Anna.

Il ouvrit ses yeux pour trouver son visage pâle tourné vers le sien, paupières closes par le sommeil. Rien d'étonnant au fait qu'elle dorme encore, songea Loki en avisant les chiffres rouges de son réveil, cela faisait à peine deux heures qu'ils s'étaient couchés. Cependant, si le dieu n'aurait pas été contre une petite sieste supplémentaire, une part de lui ne semblait pas décidée à retourner au repos.

L'envie qui réchauffait doucement le bas de ses reins semblait abonder dans le même sens.

S'il se dit que la situation avait quelque chose de fort inconvenant, force était de constater que la vision de la jeune femme étendue à ses côtés n'était pas pour aider.

Elle avait bougé dans son sommeil pour se positionner sur le dos, son T-shirt ample ayant eu du mal à suivre le mouvement, et Loki avait désormais une vue imprenable sur la poitrine menue de l'incolore. D'ailleurs, la dentelle bleue qui gardait ses rondeurs discrètes, n'était pas sans lui rappeler quelque chose.

Désirable, Anna l'était assurément et il avait déjà suffisamment débattu sur ce sujet pour ne pas avoir à le refaire, se contentant d'observer sa silhouette à la dérobée avec une question bien plus primordiale en tête : Que faire ?

Dans la mesure où il n'avait nullement l'intention d'ignorer ce besoin matinal, deux choix s'offraient à lui. Premièrement, il pouvait parfaitement regagner en douce ses propres quartiers ou la salle de bain pour prendre les choses en main. Deuxièmement, Anna ayant été plus qu'explicite sur le fait qu'elle ne lui était pas indifférente, il pouvait aussi la réveiller et ainsi partager avec elle un bon moment.

Si la dernière option était la plus tentante, il n'était cependant pas dit que la jeune femme lui fasse un bon accueil avec le peu d'heures de sommeil qu'elle avait accumulées. La logique voudrait qu'il opte pour la première option.

L'ennui, c'est qu'il n'avait absolument aucune envie de quitter le confort et la chaleur des draps.

Loki étant homme de compromis, il choisit un entre-deux.

Il n'eut donc absolument aucun scrupule à glisser sa main dans son propre sous-vêtement après avoir jeté un dernier œil à l'incolore qui dormait à poing fermé. Il s'agissait juste de ne pas se faire surprendre, bien que l'idée pût se révéler particulièrement intéressante…

Le dieu fixa entièrement son attention sur l'incolore allongée devant lui, sur ses formes légères et la ligne de son cou exposé, s'imaginant sans peine fourrager contre sa peau, mordre sa chair et sentir sa chaleur. Il n'eut aucune difficulté à trouver un rythme plaisant, lent et ferme, sa respiration se faisant plus soutenue sous le plaisir. Le nez dans les draps imprégnés de l'odeur d'Anna, il s'enivra de son parfum, y retrouvant l'odeur de sa lessive fleurie mêlée à celle du feu de bois. Il ferma ses yeux pour mieux se focaliser sur cet éventail de fragrances et les sensations qu'il se procurait.

Ce fut avec une certaine ironie qu'il songea que, d'ordinaire, il n'avait que rarement eu à s'occuper de lui-même, soit parce qu'il se trouvait sans problème un ou une partenaire, soit parce qu'il était trop occupé par ses devoirs de prince pour être diverti par ce genre de chose. Plus ironique encore, toute forme de plaisir solitaire était perçue comme une déviance à Asgard et les mœurs ne toléraient une telle chose qu'envers les guerriers accomplis, sous-couvert d'une nécessité de relaxation avant un affrontement. Autant dire que lui-même ne rentrait pas dans ce standard selon le peuple Ase... Les sorciers n'y étaient, après tout, guère considérés comme des combattants.

Ce genre d'interdit l'agaçait profondément, puisque Loki considérait que toute faim se devait d'être assouvie, guerrier ou non. Il songea vaguement qu'il n'avait aucune idée de ce qu'il en était sur Midgard, mais l'acceptance de l'incolore concernant son absence de préférence pour un genre, portait à croire que cela aussi lui serait égal. Et puis, à l'exception d'Anna, les usages de ce monde en matière de sexe étaient pour lui sans importance.

Parallèlement à cela, il avait actuellement mieux à faire et à penser.

Il respirait fort contre l'oreiller et ses yeux s'étaient fermés depuis un moment pour se perdre dans les images suggestives que créait son esprit, où il saisissait à pleine main une chevelure blanche et où des lèvres pâles rencontraient sa propre peau avec une passion dévorante. Il était si facile de se laisser guider par son propre désir, cheminant d'idée en idée sans vraiment se fixer, se découvrant avec stupéfaction une capacité d'imagination assez riche face à l'exotisme du physique incolore de la jeune femme.

Le plus surprenant fut néanmoins lorsqu'il entrouvrit ses paupières, rencontrant aussitôt une paire de pupilles rouges encore ensommeillées le fixant avec curiosité. La vision -cette fois-ci bien réelle- d'une Anna tout juste réveillée et le scrutant de son regard étrange fit monter d'un cran la pression entre ses reins.

La lueur d'étonnement qui brillait dans le fond de son regard le fit hésiter quant au fait de s'arrêter, chose dont il n'avait absolument aucune envie. Décidé à terminer ce qu'il avait commencé, il accéléra la cadence en plantant son regard dans les prunelles carmines, défiant l'incolore avec suffisance. Anna lui répondit par un haussement de sourcil interrogateur mais non moins suggestif. Elle le regarda se donner du plaisir avec attention, ses iris clairs détaillant ses traits qui se contractaient de plus en plus sous les sensations. Le manège dura un moment avant que Loki ne grogne, à la limite de basculer mais sans jamais se sentir partir.

Une main chaude vint finalement rejoindre la sienne, lui arrachant un soupir de contentement tandis que des doigts qui ne lui appartenaient pas venaient s'attaquer à la base de son sexe après avoir effleuré son bas-ventre et investit son sous-vêtement. L'invitation était claire alors il ne chercha pas un quelconque signe de permission pour se coller à Anna et nicher sa tête contre sa poitrine. Il frôla la naissance de ses seins du bout de ses lèvres, se traçant ensuite un chemin jusque dans son cou pour y humer sans honte sa gorge et en capter la moindre essence, allant jusqu'à goûter sa peau de sa bouche et de sa langue. Un gémissement léger et approbateur lui apprit que le geste était apprécié, alors il ne se priva pas pour demeurer ainsi, dévorant sa chair et profitant de sa chaleur sans jamais s'en sentir rassasié. Elle lui mordit franchement l'oreille en réponse et l'empoigna plus fermement, suivant ses mouvements avec assiduité. De sa main libre, elle emmêla ses doigts dans ses cheveux pour en agripper les racines et obliger son visage à demeurer contre son cou pour y poursuivre ses attentions.

« Tu me déshabilles dans mon sommeil maintenant ? » murmura-t-elle tout bas, alors qu'une jambe nue se glissait entre les siennes, remontant jusqu'à ce que sa cuisse atteigne son entrejambe.

« Si la perte de ton pantalon t'ennuie... » souffla-t-il contre sa peau. Sa respiration se hacha lorsqu'elle appuya sa cuisse contre le sous-vêtement qui gardait leurs mains jointes et bien d'autres choses, avant qu'il ne reprenne avec quelques difficultés : « ...je peux toujours te le remettre. »

« Je pense que ça ira. » sourit Anna, glissant finalement sa jambe plus bas pour la laisser entre les siennes, lui laissant le loisir de sentir contre sa peau les irrégularités douces d'une cicatrice rectangulaire. « Je suis très bien comme ça. »

Son sous-vêtement commençait à devenir gênant alors il l'abaissa brusquement, presque rageusement, avant de reprendre là où il en était. Les mouvements de l'incolore combiné aux siens étaient un délice auquel il n'avait jusqu'ici jamais goûté. Bien sûr, il avait déjà expérimenté cette caresse et il appréciait même tout particulièrement le fait de sentir une autre main s'appliquer sur lui. Mais jamais il n'avait partagé le geste. Cela n'était pas forcément pratique ou évident, mais c'était nouveau et bon, très bon. Anna était suffisamment perspicace pour deviner ce qui lui convenait, ses doigts toujours au contact des siens pour suivre le rythme qu'il s'instaurait. Et il y était, il y était presque. Il poussait contre leurs mains, tout en mordant la peau fine et pâle de son cou. L'incolore se mit à haleter doucement contre son oreille avant d'en lécher voracement le contour. Aucune Ase ne se serait permise une chose pareille, bien trop dans la retenue pour oser une caresse aussi animale. La pensée et le geste suffirent à faire basculer Loki pour de bon et il se répandit dans son poing tandis qu'Anna crochetait de nouveau sa nuque pour le retenir contre elle.

Il reprit son souffle avec satisfaction, sentant la main de l'incolore le masser doucement derrière la tête et l'empêcher de quitter son cou. Profitant du sentiment de bien-être qu'il savait éphémère, il s'appuya complètement contre ce corps chaud qui ne le repoussait pas, malgré la froideur du sien, profitant de la paume et des doigts chauds qui s'égaraient sur son estomac. Cela faisait trop longtemps, brouillant délicieusement ses sens alors qu'il se laissait aller encore un peu au contentement.

S'il sentit l'incolore s'étirer contre lui, il n'en fit rien, elle ne s'éloigna qu'un bref instant avant de laisser sa peau revenir au contact de la sienne. Loki mordit brièvement la chair revenue sous ses lèvres avant de se décider à jeter un œil à ce qu'elle trafiquait. Une poignée de mouchoirs attendait patiemment que le dieu s'en saisisse, bien gardés par la main pâle d'Anna. Main qui retrouva sa place sur sa nuque dès lors qu'il prit dans la sienne ce qui l'encombrait.

Il s'essuya sommairement, préférant se focaliser sur la respiration toujours marquée de l'incolore et noter qu'il avait une revanche à prendre. Il jeta négligemment les mouchoirs usagés au sol avant de se redresser dans le lit, récoltant un regard légèrement interloqué mais toujours aussi attentif de la part de l'incolore, qui suivait des yeux le moindre de ses gestes. Loki ne lui rendit qu'un sourire en coin narquois avant d'apposer ses mains de part et d'autre de sa tête, prenant garde à ne pas s'appuyer sur les mèches blanches éparpillées sur l'oreiller alors qu'il basculait son propre corps au-dessus d'Anna et encerclait ses jambes des siennes.

De là où il était, il avait une vue imprenable sur la jeune femme, ses pupilles carmines dilatées en un océan sanguin, les rougeurs laissées par ses dents le long de son cou et les fines arabesques de dentelle bleue qui couvrait sa poitrine, dansant sous les hauts et bas de sa respiration encore inégale. Il ressentit une certaine fierté de l'avoir mise dans cet état et avait bien l'intention de troubler encore un peu plus ce visage sans couleur aux traits agréables.

Plaquant son bassin au sien pour la restreindre, il se moqua allègrement de sa propre allure débraillée ou de son sous-vêtement qui n'était pas revenu sur ses hanches, et s'abaissa jusqu'à effleurer ses seins de son torse, appréciant le froissement du tissu contre sa peau nue. Il murmura alors contre ses lèvres pâles :

« A charge de revanche. »

Il glissa ensuite sa bouche jusqu'à son cou et y reprit son œuvre, retrouvant sans peine les quelques points capables de lui voler son souffle et s'acharnant sur eux avec faim. Il descendit progressivement, croquant une clavicule avant de cheminer jusqu'au creux situé entre ses seins pour y égarer sa langue. Le corps piégé sous le sien s'arqua dans un sursaut et une main qu'il connaissait bien repris sa place parmi ses cheveux, tirant dessus lorsqu'il la taquinait un peu trop. Une paume chaude s'attarda sur son ventre, caressant doucement son abdomen, avant de migrer jusqu'à son dos pour s'y agripper.

Ce n'est que lorsqu'il songea que la dentelle bleue, aussi agréable à l'œil soit-elle, allait devoir lui céder plus de terrain, qu'une voix enfantine s'éleva à travers tout l'étage.

Loki soupira lourdement, alors qu'Anna lâchait un petit rire.

Le gosse appelait sa tante, demandant d'un ton pinaillant s'il pouvait sortir de sa chambre pour enfin prendre son petit-déjeuner, insistant bien sur le fait qu'aujourd'hui était le deuxième jour de sa punition et qu'après-demain il n'aurait plus à poser pareille question.

« Il peut bien attendre cinq minutes. » grogna Loki contre la peau pâle, cajolant encore un peu cette poitrine dont il n'avait pas encore pu apercevoir les pointes masquées par le tissu. « Le temps que j'achève notre petite affaire. »

« En seulement cinq minutes ? » tacla doucement Anna, ses deux mains quittant cheveux et dos pour venir encadrer son visage et l'éloigner gentiment de sa tâche. Il céda à regret mais ressentit une satisfaction certaine en apercevant les iris glacées presque disparues des yeux de l'incolore, englouties par les abîmes carmin de ses pupilles. « Crois-moi, tu ne veux pas qu'il débarque. » souffla-t-elle, toujours secouée d'un petit rire.

Face à la moquerie légère dont il était l'objet, il s'abaissa pour venir croquer une dernière fois la peau de son cou et glisser vicieusement sa main contre sa poitrine jusqu'à englober l'un de ses seins, se voulant brusque mais pas brutal.

« On remet ça quand tu veux. » susurra-t-il contre son oreille alors que le corps sous le sien s'arquait de nouveau.

Après quoi, il s'écarta pour s'étendre à ses côtés parmi les draps, écoutant d'une oreille amusée la respiration soutenue d'Anna, qui mit un certain temps à reprendre pied. Elle sortit finalement du lit lorsque l'enfant l'appela une seconde fois, enfilant un peignoir à la hâte. Loki lui lança une moue amusée à laquelle elle ne répondit pas, préférant remettre de l'ordre dans ses cheveux avant de sortir de la pièce.

Il l'écouta vaguement parler au gamin puis descendre au rez-de-chaussée avec lui et se décida enfin à sortir du lit lui aussi, pour partir en quête de vêtements propres et d'une douche bien méritée.

..

...

« Vous croyez qu'il s'agit de notre visiteur habituel ? »

La voix d'Hijo s'élevait comme un voile dans le salon, légèrement grésillante et instable, alors que l'incolore avait mis son téléphone sur haut-parleur. Installée dans le fauteuil qu'occupait d'ordinaire Loki, elle épluchait de gros dossiers, visiblement en quête d'une information précise.

« Non. Mais je commence à avoir une petite idée de qui cela pourrait être. » répondit tranquillement Anna.

« Mouais... » marmonna l'autre femme, alors qu'en fond résonnait le tapotement continu des touches d'un clavier qu'on enfonce. « On verra bien si ce que je trouve confirme ce que vous pensez. D'ailleurs, je viens de perdre cent dollars... Spencer a parié que vous diriez ça. »

« Tu m'en vois désolée, Courtney. » dit l'incolore d'un ton distrait, trop prise dans ses recherches pour offrir son entière attention à sa subalterne.

Une petite heure déjà que les deux femmes discutaient, Hijo menant l'essentiel de la discussion à grand renfort de paroles inutiles, ce qui avait le don d'agacer Loki, assis dans le canapé et occupé à passer en revue les différentes pièces du blaster chitauri exposées sur la table basse. Impossible d'effectuer les réajustements qu'il avait prévu de faire, sans démonter entièrement l'arme ce qui, en soit, était assez frustrant. Hijo déblatéra sur toute une série de choses fort peu intéressantes sans qu'Anna ne reprenne la parole, acquiesçant juste de temps à autre pour montrer qu'elle suivait toujours -ou presque- la conversation.

« ...c'est là que je me suis dit que je n'avais qu'à lancer un contre-piratage, plutôt que d'essayer bêtement de remonter le fil. Du coup, j'ai mis un appât, on verra bien ce que j'hameçonne au bout du compte. Vous êtes vraiment sûre qu'il ne s'agit pas de Stark ? »

La mention d'un tel nom suffit à tirer Loki de sa concentration, son ouïe soudainement à l'affût.

« Absolument certaine, il n'y a aucune raison pour laquelle il aurait changé de signature. » assura Anna.

« Je n'aime pas quand il vient fouiner chez nous... » grommela Hijo, martelant avec énervement sur son clavier, au point qu'on pouvait en entendre chaque touche. « Dire qu'on s'embête même plus à lui mettre des bâtons dans les roues et qu'on le laisse fouiner à sa guise... »

« Mieux vaut ne pas le challenger sur ce terrain, ce serait une perte de temps et de moyens. » contra l'incolore sans grand entrain. Elle ignora le regard pointu que lui adressa Loki, feuilletant ses classeurs avec toujours autant d'application. Le dieu était pourtant bien décidé à obtenir des explications à ce sujet, tôt ou tard.

« Saleté de mégalomane. » pesta l'autre femme, visiblement contrariée. « Ce type est pire qu'un enfant, je ne pourrais pas_ » Elle se tut soudainement, allant même jusqu'à suspendre le martèlement qu'elle exerçait sur ses touches de clavier. « Oh... Mince. » La surprise d'Hijo attira aussitôt l'attention d'Anna, qui attendit sans prononcer un seul mot, que sa subalterne reprenne : « Mauvaise nouvelle. Très mauvaise nouvelle. »

« C'est-à-dire ? » demanda l'incolore, sur la réserve. Elle referma le classeur qu'elle consultait et le reposa sur la pile de documents jouxtant le fauteuil où elle était installée.

« On ne connaît pas encore les circonstances exactes, mais... Malcolm Arton est décédé. Il y a une heure. » expliqua prudemment Hijo. « Il était à San Francisco depuis quelques semaines. Je vais demander à Spencer de regarder ça de plus près. Navrée madame. »

Le nom était inconnu à Loki, mais le soupir qu'émit Anna lui fit comprendre que, bien qu'elle ne semblât pas particulièrement attachée à cet homme, la nouvelle de sa mort la contrariait profondément.

« Dans un laps de temps aussi court après l'attaque, c'est trop évident pour n'être qu'une coïncidence. » déclara-t-elle à voix haute. « Je préfère attendre un peu avant d'annoncer la nouvelle au petit. Ces derniers jours ont déjà été assez durs pour lui, il a bien droit à un peu de répit avant de devoir affronter ça... »

A cela Hijo acquiesça. Elles discutèrent encore un peu avant qu'Anna ne raccroche, la jeune femme se laissant alors choir contre le dossier de son fauteuil, visiblement lasse des derniers évènements.

« Il s'agit de son géniteur, n'est-ce pas ? » s'enquit Loki.

Géniteur et non père, l'homme en question n'avait visiblement jamais endossé ses responsabilités parentales envers le gamin.

« Oui... » soupira Anna, avant de se frotter le visage d'une main, une légère amertume sur ses traits. « Voilà qui tombe vraiment mal. » Retirant sa main de son visage, elle avisa l'arme chitauri toujours démontée. « Tu auras besoin d'autres choses pour ça ? »

« Je devrais pouvoir m'en sortir avec les moyens du bord. » gagea Loki, qui n'en oublia pas pour autant le nom mentionné un peu plus tôt. Son expression se fronça légèrement. « Qu'est-ce que vient faire Stark dans tout ça ? »

Sa question tira un sourire en coin à Anna, qui prit son temps avant de lui répondre :

« Il n'a jamais pu s'empêcher de mettre son nez partout, surtout dans les affaires des autres. Ça fait des années qu'il s'offre quelques excursions sur nos serveurs privés, juste pour jeter un œil. Dans la mesure où il fera toujours ce qu'il veut, peu importe les conséquences, il est vain de vouloir protéger mes données en ligne. » Elle fit un geste en direction du plafond, avant d'ajouter : « C'est aussi pour cela que je préfère le papier en ce qui concerne mes informations les plus sensibles. »

L'existence des étagères et autres rangements pleins à craquer de documents prenant la poussière au cœur même du grenier, prenait soudainement tout son sens. Quantité d'informations précieusement archivées au sein du chalet, cachées avec leur propriétaire dans un lieu inaccessible, forteresse de glace entourées de ses gardiens à quatre pattes.

..

...

Elle attendit le lendemain pour l'annoncer à l'enfant.

Son visage rond se froissa d'une manière étrange, comme si l'information était difficile à assimiler. Cependant, il ne pleura pas, préférant se serrer contre sa tante sans prononcer un seul mot. Il resta dans son mutisme toute la journée et retourna dans sa chambre après le petit-déjeuner, même en dépit du fait que sa punition ait été levée par l'incolore.

Le gamin ne dit rien jusqu'au surlendemain. Il vint dans la cuisine d'un pas traînant pour y trouver sa tante et se planter à ses côtés, au niveau du plan de travail. Ses traits exprimaient une certaine contrariété, ses sourcils froncés durcissant ses yeux sombres. Anna s'essuya les mains sur un torchon pour ensuite venir écarter de son visage les quelques mèches d'encre qui encombraient son front, dans un geste affectueux et compatissant.

« Comment vas-tu ? » demanda doucement l'incolore.

Il balança sa tête de droite à gauche avec hésitation, frottant ses pieds contre le parquet sans trop savoir quoi répondre. Il jeta finalement un bref coup d'œil à Loki, installé à la table de la cuisine. De toute évidence, l'enfant hésitait à parler en sa présence.

Le dieu allait ramasser ses affaires et les pièces en cours de réajustement pour leur laisser plus d'intimité, quand le gamin prit la parole :

« Tu sais si... si... » Il prit une petite inspiration et se mordit les joues, sa mine se renfrognant soudainement. « ...il m'aimait bien ? »

Il ne semblait pas que le gamin était en quête d'une quelconque forme d'affection paternelle, c'était plus comme s'il considérait la possibilité, désormais réduite à néant, de voir cet inconnu prendre un jour une réelle part à son existence.

« Tu comptais pour lui. » affirma Anna, sa main englobant la joue de l'enfant pour la caresser doucement. « Mais pas comme un fils peut compter pour son père. Il était d'accord pour te rencontrer, lorsque tu serais suffisamment grand pour prendre des décisions par toi-même. »

« On se connaissait pas. » dit le gamin, comme si ce simple constat ne pouvait pas être en adéquation avec ce que sa tante venait de lui répondre. « On peut pas aimer quelqu'un qu'on connaît pas. »

« On peut apprécier l'idée que l'on se fait de quelqu'un ou ce que cette personne représente pour nous. » répondit tranquillement l'incolore, se voulant apaisante. « C'est difficile à comprendre aujourd'hui mais, en grandissant, tout s'éclaircira. Tu verras. »

Il hocha la tête d'un air peu convaincu. Quelque chose lui trottait visiblement dans la tête et il n'avait pas l'air de réussir à s'en défaire d'après son expression toujours aussi froissée.

Anna peigna une dernière fois les mèches folles de l'enfant de ses doigts et reprit sa préparation du prochain repas, le laissant cogiter tout en lui prêtant une certaine attention. Il vint s'appuyer contre elle, calant sa tête contre sa hanche et émit un long soupir, son attitude se faisant presque défaitiste. Loki se reconcentra finalement sur sa tâche, limant avec précaution l'intérieur de l'une des pièces reliées au canon pour améliorer la précision de l'arme.

« Maman ne l'aimait pas. » finit par dire le gamin, après un temps de réflexion apparemment intense. « Pourquoi elle était avec lui, alors ? »

Question difficile mais réponse évidente.

« Parfois les adultes, lorsqu'ils se sentent un peu seuls, cherchent la compagnie des autres. Même celle de ceux qu'ils n'apprécient pas vraiment. » expliqua avec prudence Anna. Le hachage de ses légumes ralentit un peu mais ne s'arrêta pas pour autant, les mots prononcés s'entrecoupant du choc de sa lame rencontrant le bois de sa planche à découper. « Ce n'est pas de l'amour, juste... un genre un peu à part d'affection. »

Ces dernières paroles donnèrent un peu plus matière à penser à l'enfant, qui vint appuyer son front contre la hanche de sa tante, agrippant les plis de son T-shirt de ses petites mains. Il jeta un second coup d'œil à Loki, mais cette fois-ci ce fut plus pour une quête de soutien et de réponse qu'une évaluation muette de sa personne. Ce gamin réfléchissait beaucoup trop, rendant la myriade de pourquoi qui lui encombrait l'esprit, presque audible.

Il était également amusant de constater que, même s'il n'avait pas l'entière confiance de l'enfant, celui-ci le considérait comme une aide potentielle depuis un moment déjà, en attestait l'expression moins dure de son visage lorsqu'il le scrutait de ses yeux noirs.

Loki n'avait malheureusement aucune forme de réponse à lui offrir, lui, qui ne s'était jamais attaché à quiconque et qui ne connaissait d'aucune manière le géniteur de l'enfant. Qui-plus-est, il était hors de question d'expliquer au gamin pourquoi deux adultes sans aucun sentiment décidaient de partager quelques bons moments ensemble.

« Est-ce que c'était pareil avec ton mari ? » résonna la voix enfantine après un temps.

Cette fois-ci, Anna arrêta tout mouvement, suspendant sa lame au-dessus de ses légumes.

La chose la plus retorse avec les enfants, c'était qu'ils n'avaient bien souvent aucun mal à poser certaines questions, inconscients du malaise qu'elles pouvaient générer. Même doté d'un degré élevé d'intelligence, le gamin n'en était pas moins dépourvu d'innocence. Il releva sa tête pour regarder sa tante, en attente d'une réponse.

« Les choses étaient différentes. » finit par répondre calmement Anna, toujours figée mais la voix imperturbable. Elle baissa son regard sur l'enfant qui ne lui rendit qu'une moue plus attentive. L'incolore soupira légèrement, avant de reprendre : « Je l'aimais bien, mais pas de la manière dont lui m'aimait. Cela arrive parfois. »

L'expression de l'enfant se fit dubitative.

« Mais alors pourquoi tu es restée avec lui ? » insista-t-il, perplexe.

« Parce que dans la vie, mon grand, on fait parfois des choix difficiles. » expliqua patiemment l'incolore, lui offrant un sourire tranquille. « Il m'a épousé parce qu'il avait des sentiments pour moi. Je l'ai épousé parce que j'avais besoin de lui. »

..

...

« Si tu comptes faire d'autres essais avec ça, j'aime autant t'emmener à quelques kilomètres au Sud d'ici. »

Interpellé par la voix d'Anna avant même qu'il n'eût franchi la ligne des premiers arbres, Loki s'arrêta et finit par se retourner pour aviser la jeune femme, qui le rejoignit en quelques pas. Ses yeux étranges masqués derrière ses lentilles de protection d'un noir fixe et étrange, accrochèrent l'arme chitauri qu'il tenait entre ses mains.

« Hier, Snö et quelques autres de mes bêtes m'ont semblé assez contrariés de constater que certains arbres avaient été réduits en poussières. » ajouta la jeune femme.

De gros nuages gris s'amoncelaient dans le ciel, étouffant la lueur pâle du soleil, mais elle avait tout de même pris ses lunettes de protection, rafistolées avec les moyens du bord depuis qu'elle en avait perdu un verre dans l'avalanche. La paire reposait sur la fourrure épaisse du col de son manteau et elle avait également avec elle l'un de ses fusils, porté en bandoulière.

« Quatre ou cinq arbres de moins ne font pas grande différence pour une forêt aussi immense. » se défendit-il, une once de moquerie dans la voix.

A cela, elle eut un air légèrement amusé.

« Pas lorsque tu détruis une aire de marquage... » précisa-t-elle.

Loki eut la politesse de ne rien ajouter de plus, mais il lui adressa un sourire narquois.

Elle eut un regard pour l'enfant qui jouait dans la neige, plus loin, entouré de quelques chiens. Un peu plus loin encore, Windy surveillait le moindre de ses faits et gestes avec assiduité. Le gamin semblant sous bonne garde, Anna prit la direction du lac gelé situé en contre-bas de la plaine où se dressait le chalet, invitant Loki à la suivre.

Sans surprise, Snö les suivit, amenant à sa suite quelques-uns de ses compagnons. Il fut même étonnant de voir Åska les suivre à distance.

Ils traversèrent le lac à pied pour rejoindre la rive opposée. Là où la neige n'avait pas tout recouvert, la glace était d'un bleu clair et translucide. Au cœur de l'hiver, on n'entendait même plus l'eau s'écouler en dessous.

De l'autre côté, ils longèrent un peu les abords du point d'eau avant de s'en éloigner pour s'engouffrer entre deux collines. Snö les suivit à distance, prenant de la hauteur pour surveiller les alentours et disparaissant parfois pour revenir devant eux. L'animal était visiblement inquiet, mais Anna ne semblait pas partager son trouble.

« Je ne sais pas pourquoi, mais il n'aime pas l'odeur de la cendre. » commenta l'incolore à voix haute, un œil sur la silhouette blanche qui repartait déjà. Åska en profita pour réduire la distance qui la séparait du petit groupe canin, non sans se faire accueillir par quelques grognements suspicieux.

Loki n'eut pas le temps de s'interroger sur les mots d'Anna, qu'ils dépassèrent les collines, atterrissant dans une plaine rase et déserte. Au fond, une ligne d'un noir profond marquait les limites de la zone, se fondant dans une masse d'un gris obscur qui grignotait les flancs des montagnes situées juste derrière. Plissant ses yeux, Loki distingua des troncs d'arbres noircis et dépourvus de branches, comme taillés en pointe.

« L'été dernier, il y a eu un grand incendie dans le Sud de la région. Une partie de la forêt a été entièrement ravagée mais, par chance, les flammes n'ont pas atteint le chalet. » expliqua Anna, avant de reporter son regard opaque sur lui. « Trois de mes bêtes y sont probablement restées. Le jour où je t'ai trouvé, j'étais à leur recherche. Il y avait une chance pour qu'elles aient fui et se soient trouvées un autre endroit où vivre, mais je crains que les choses ne se soient pas passées ainsi. »

A mesure qu'ils avançaient, la neige devint d'un gris sale sous leurs pas et les pics noirs des arbres calcinés semblèrent se dresser plus haut encore, donnant l'impression que les montagnes se hérissaient de picots tranchants. Snö revint finalement vers eux, sans cesser d'humer le sol, nerveux. Ses yeux ambrés revenaient régulièrement sur Anna et, lorsque la jeune femme fit un geste dans sa direction, il s'approcha d'elle jusqu'à se ficher contre ses jambes, adoptant une attitude similaire à celle de Rookie.

« C'est plutôt rare que quelque chose le tracasse à ce point. » murmura-t-elle, passant une main affectueuse dans l'encolure de l'animal.

Il ne s'éloigna pas un seul instant d'elle, dès lors qu'ils atteignirent l'orée de cette forêt fantôme, évoluant parmi les premiers arbres calcinés. Ils ne s'enfoncèrent pas trop loin, la plaine se distinguant encore dans leur dos. Le silence, ici, était différent de celui qui imprégnait d'ordinaire Garden Creek, il avait quelque chose de plus tangible, le bois demeurant vide de toute vie.

« Ayzshed aussi n'apprécie que peu cet endroit, il l'évite comme la peste. » ajouta Anna, révélant enfin l'intérêt de ce lieu. « Un peu plus de cendres n'y fera aucune différence. »

« Du moment qu'il ne compte pas les arbres. » ironisa Loki, saisissant de ses deux mains le blaster alors qu'il balayait la zone du regard, cherchant des arbres isolés qui n'en entraîneraient pas d'autre dans leur chute, une fois abattus.

Il enclencha l'alimentation de l'arme, les sillons translucides parcourant le métal se chargeant d'une lumière violacée encore légèrement instable. S'installant sur un tronc d'arbre mort probablement couché par l'incendie, l'incolore ne lui prêta pas grande attention, ne gardant qu'un œil sur ce qu'il faisait et préférant se focaliser sur le loup blanc collé à ses jambes. Le dieu avait pensé qu'elle repartirait avec l'animal pour le confort de ce dernier, mais elle n'en fit rien, assistant à ses essais sans un mot de plus et rappelant ses autres bêtes lorsqu'elles risquaient d'entrer dans son champ de tir. Elle le regarda faire ses ajustements et les séries de décharges qui les accompagnaient, suivant de ses yeux obscurcis les rayons d'un mauve brillant sans que sa main ne quitte la fourrure immaculée du loup.

Quand il fut satisfait de ses résultats, une bonne douzaine d'arbres avaient disparus du paysage et l'ensemble des chiens-loups s'étaient rassemblés autour d'Anna, formant un étrange public.

« Tu veux essayer ? » proposa-t-il. Qu'elle sache l'utiliser ne serait pas une mauvaise chose en cas de problème.

Anna considéra l'arme un moment, avant de répondre.

« Une autrefois peut-être, je pense qu'il y en a un ici qui a eu assez d'émotions pour la journée. » sourit-elle, abaissant son regard sur Snö.

Loki acquiesça, mais s'approcha tout de même d'elle pour lui montrer son fonctionnement, à défaut d'une mise en pratique. Activation, réglage du canon, visée, gâchette, désactivation. Se redressant pour mieux voir, elle suivit attentivement ses explications, ses yeux retraçant les lignes de l'arme avec minutie. La jeune femme lui posa quelques questions, avant qu'ils ne se décident à quitter l'endroit.

Ils eurent à peine le temps de faire quelques pas, que des appels lupins résonnèrent au loin.

Les rares chiens-loups qui les avaient suivis jusqu'ici y répondirent aussitôt, à l'exception de Snö, hurlant de manière presque synchrone. Leur réponse retentit entre les arbres morts, se répercutant contre les flancs des montagnes proches. Le loup blanc semblait trop perturbé pour faire quoique ce soit, ses oreilles partant régulièrement en arrière alors qu'il humait l'air sans trop savoir quoi faire d'autres.

Peu de temps après, il y eut une deuxième salve d'appels.

« Ce sont les tiens ? » s'enquit le dieu.

« Oui. » acquiesça Anna. « Mais rien de grave, ils trouvent probablement le temps long. »

Elle lâcha un discret soupir amusé avant de porter ses mains gantées à sa bouche. A la surprise du dieu, elle releva son visage vers le ciel grisâtre de ce milieu d'après-midi et imita l'un de ces hurlements, sa voix se muant en une longue note qui dura plusieurs secondes. Retirant ses mains, elle tendit l'oreille et n'eut pas attendre bien longtemps. Par-delà les collines et le lac, ses bêtes lui répondirent avec un entrain marqué, leur appel résonnant plus fort encore, comme porté par le vent.

Son visage se fendit d'un air enjoué et elle porta de nouveau ses mains à sa bouche pour recommencer.

« Tu sais les reconnaître ? » demanda Loki, prêtant une oreille attentive aux hurlements qui reprirent de plus bel, essayant de les distinguer les uns des autres sans pouvoir y parvenir, même avec son ouïe fine.

« Les plus bavards, oui. Windy est toujours le premier et son hurlement, plus bref, porte bien. » répondit Anna, avant d'émettre un troisième appel. Sa voix se réverbéra sans mal contre les arbres morts, qui n'avaient que leur silence à offrir. Contre toute attente, Snö se joignit même à elle. Le loup récolta quelques cajoles supplémentaires en récompense, l'incolore riant doucement. « Ce qui est amusant... » ajouta-t-elle. « ...c'est que, eux, ils me reconnaissent. »

A la différence que, cette fois-ci, ce fut un hurlement lupin plutôt singulier qui lui répondit, écho rauque et lointain qui leur parvint pourtant avec force. Le son fut tel, qu'il fit légèrement trembler les bois calcinés, au point que des cristaux de glace s'en décrochèrent, flocons entachés de cendre virevoltant doucement sous la brise fraîche.

« Prétentieux... » sourit en coin Anna.

Il fallait croire que, de là où il était, le loup jotünn pouvait également l'entendre et Loki gagea que son esprit n'avait même pas eu besoin d'atteindre celui de la jeune femme, pour savoir qu'il s'agissait d'elle.

« Lui aussi te reconnaît. » fit remarquer Loki.

« Quand ça l'arrange. » déclara-t-elle. « La plupart du temps, il m'ignore. »

Ses bêtes répondirent au vieux gardien sans qu'Anna ne se joignent à elles, préférant reprendre sa route vers le chalet et enfin quitter ces bois lugubres. Le loup blanc ne se fit pas prier pour mettre les voiles, poussant presque l'incolore dans sa hâte.

De temps à autre, quelques jappements lointains perçaient le silence ambiant. Il semblait que le gamin soit encore dehors, occupé à jouer avec les chiens-loups restés sur place. En dépit de son très jeune âge, l'enfant était suffisamment autonome pour qu'Anna le laisse seul au chalet. Après tout, il avait à sa disposition une garde personnelle bien particulière et rivalisait suffisamment d'intelligence pour ne pas se mettre en danger bêtement -si l'on omettait le récent incident avec Åska, qui était presque l'exception confirmant la règle-.

Inévitablement, les pensées du dieu revinrent au décès du géniteur, se doutant que l'incolore avait reçu de nouvelles informations à ce sujet.

« Si toutefois il s'avère que le père du petit a bel et bien été tué, qu'est-ce que tu comptes faire ? » demanda finalement Loki, alors qu'ils atteignaient enfin l'autre extrémité de la plaine.

« Tu t'en doutes, je suppose, mais je n'invoquerai pas la justice pour régler cette affaire. » confia Anna sans détour. « Quant à la sanction appliquée, elle ne dépendra que de la hauteur du forfait commis. »

Si le responsable de la cyberattaque y était réellement pour quelque chose, nul doute que l'incolore lui fera chèrement payer son double méfait. Loki était curieux de voir de quelle manière elle règlerait la question avec le supposé coupable. Dans la mesure où ce n'était pas les moyens qui lui manquaient, elle disposait d'une palette de possibilités qui laissait grande place à l'imagination et inutile de dire qu'il ne s'agirait pas que d'une simple tape sur les doigts.

Mais, il y avait autre chose qui suscitait encore bien plus de curiosité chez le dieu, quelqu'un dont l'incolore ne parlait que trop peu.

Tu es mariée ?

Veuve, mais ça ne fait rien.

Il n'avait jamais revêtu une véritable forme d'importance dans ses dires. Et, la manière dont elle avait décrit au gamin sa relation avec lui, permettait de comprendre pourquoi la disparition d'un être censé être proche d'elle, l'indifférait presque.

L'évidente délicatesse du sujet avait toujours restreint Loki dans ses questions à son sujet et il n'était pas impossible qu'il se soit auparavant moqué de ce que l'homme avait bien pu représenter pour Anna, faute d'avoir accordé un quelconque intérêt à cette information.

Il fut curieux de constater que son point de vue sur la chose, avait aujourd'hui changé.

« Il était chirurgien. » déclara Anna à ses côtés, le surprenant dans ses propres pensées. Parfois, il oubliait presque cette perspicacité qui la caractérisait tant. « Un excellent chirurgien, même. » ajouta-t-elle.

Loki la considéra d'un œil intrigué, marchant toujours à ses côtés.

« C'est lui qui t'a appris tout ce que tu sais en matière de soin. » comprit-il.

« Pour l'essentiel, oui. » acquiesça-t-elle. « J'ai appris le reste sur le tas. » Elle eut un vague sourire nostalgique, jetant un coup d'œil circulaire à ses bêtes.

« Il n'est jamais venu à Garden Creek. » affirma Loki.

« Seulement une fois. » le détrompa Anna. « Mais il n'est pas resté bien longtemps. »

Elle se garda bien de lui dire pour quelle raison, mais l'hostilité latente de cet environnement y était peut-être pour quelque chose.

Néanmoins, il y avait encore une chose, en particulier, qu'il voulait savoir.

« Qu'est-ce que tu attendais de lui, après l'avoir épousé ? »

La question lui brûlait l'esprit depuis ce matin. Les mariages arrangés étaient monnaie courante à Asgard et Loki voyait l'intérêt politique de ceux-ci. Mais il ne semblait pas que la chose fut orchestrée par sa famille, cela correspondait plus à une manœuvre de sa part.

« Un passe-droit pour l'Amérique. » lui répondit-elle sans une once d'hésitation, confirmant ses soupçons. « Le seul moyen de m'enfuir légalement de mon pays sans risquer que ma mère ne mandate les autorités pour me rapatrier. »

Partir si loin, pour échapper à des obligations qu'elle avait pourtant acceptées d'endosser. Loki ne savait rien des exigences des riches familles midgardiennes, mais il devinait la rigueur et le cadre inflexible qui en encerclaient les membres. Ici-bas, les choses n'étaient peut-être pas si différentes des hautes castes d'Asgard.

Qui mieux que lui pour comprendre le manque d'air lié au poids des responsabilités.

Qui pire que lui pour comprendre le besoin d'y échapper.

Perdre du pouvoir volontairement n'était pas quelque chose qu'il pouvait concevoir, à moins d'avoir la certitude d'obtenir bien plus en échange d'un tel sacrifice. Pourtant, en ce temps-là, l'incolore ne semblait en rien avoir été motivée par cette idée.

Il devait y avoir eu un enjeu, majeur et bien réel, qu'elle s'évertuait pourtant à taire. De cela, il n'en lui en tint pas rigueur, pas lorsque lui-même faisait appel à l'omission pour préserver certains de ses secrets. Et puis, avec elle, la vérité perdait de son charme lorsqu'elle était entièrement dévoilée. Les maigres morceaux qu'elle lui laissait le soin de réassembler, donnant matière à affûter à son esprit, suscitaient chez lui bien plus d'intérêt.

Cependant, les mots d'Anna disaient aussi une autre chose.

« Tu étais encore sous la tutelle de tes parents à cette époque. »

« Exact. » acquiesça Anna, un sourire sans joie sur les lèvres. « J'ai quitté l'Angleterre peu de temps avant ma majorité. Mon père m'avait soutenu dans ce projet. Il comprenait mon envie de liberté, même s'il n'aimait pas l'idée de me voir partir au bras d'un homme plus âgé. »

Une décision drastique pour un âge aussi jeune, Loki se demandait encore comment avait pu être sa vie dans son pays d'origine pour qu'elle désire à ce point se trouver une autre terre d'accueil.

« Je m'étais lassée des projets de ma mère et, après des années d'obéissance, j'en ai eu assez. » ajouta l'incolore, sans aucune émotion. « Joshua passait quelques mois dans le Surrey quand nous nous sommes rencontrés. Il m'a remis un pied en place après une malencontreuse chute à cheval. Il était intéressé et intéressant. Charmant, respectueux et compréhensif. » sourit-elle doucement. « Cela m'avait semblé être le meilleur choix dont je disposais. »

Une rencontre fortuite, qui lui avait permise d'opérer un changement majeur dans vie.

« Savait-il la raison de ton engagement auprès de lui ? » demanda Loki.

« Bien sûr. » acquiesça Anna. « Je n'avais aucune raison de le lui cacher. Josh s'en était toujours accommodé et il m'était de bonne compagnie. Avec son soutien, j'ai pu faire mes débuts dans le monde de la finance. »

Il n'avait donc pas attendu d'elle qu'elle reste bien sagement à la maison, à s'occuper de son foyer en son absence. Une compagne de vie semblait être tout ce qu'il avait exigé d'elle et Anna n'avait pas l'air d'avoir été écœurée par la chose.

A sa manière d'en parler, de l'évoquer, le mariage qu'elle s'était arrangé avait, finalement, été un moindre bien plus qu'un moindre mal.

« Il a été un bon ami. » dit doucement Anna, murmurant presque. « Probablement le premier que je me sois fait. »

La solitude, semblait-il, était une chose qu'elle n'avait pas seulement connue à Garden Creek.

..

...

Dans la cuisine montait doucement l'odeur de la viande bouillie, laissant présager un dîner copieux. Les mains dans l'eau mousseuse, l'incolore nettoyait ses couteaux avec soin et méthode, faisant abstraction des doigts qui s'égaraient doucement contre la courbe de ses hanches.

« Si je me tranche un doigt, on saura à qui la faute. » avertit-elle, sans quitter sa tâche du regard.

« Je ne laisserai pas une telle chose se produire. » assura Loki dans son dos, avec un sérieux trop poussé qui dissimulait mal la taquinerie sous-jacente.

Elle soupira dans un rire léger.

« Tu peux attendre un peu ? J'ai presque fini. » demanda-t-elle gentiment, sans chercher à se dégager des mains du dieu.

« Et risquer de manquer une telle occasion ? C'est mal me connaître... » susurra-t-il, fourrageant dans ses cheveux, sa bouche près de son oreille.

Bien qu'il agréait à la nécessité d'entretenir ses lames comme il se devait, il avait actuellement d'autres plans en tête.

Un soupir profond et presque ennuyé résonna dans la cuisine. Le dieu tourna la tête pour aviser Snö, vautré sous la table derrière eux. L'animal était resté assez agité à leur retour au chalet et l'incolore avait fini par le laisser entrer à l'intérieur pour le reste de la journée, cédant face à l'attitude préoccupée du loup. Les yeux ambre lui rendirent un regard curieux, ses oreilles triangulaires se redressant sur sa tête avec intérêt. Probablement que l'odeur ambiante de viande poussait l'animal à croire que le dieu serait prompt à le nourrir.

La réaction de Snö tira un sourire en coin à Anna.

« La patience n'est pas toujours ton fort. » tacla-t-elle gentiment Loki, se saisissant d'un torchon pour se sécher les mains. Elle se retourna pour lui faire face et prit appui contre le plan de travail, relevant son visage vers le sien. Provocateur, il apposa ses mains contre le rebord en bois, de part et d'autre de sa taille, pour la bloquer contre le meuble. En dépit de leur proximité et du fait qu'il la surplombait, l'incolore ne fléchit pas, ses yeux clairs plongés dans les siens avec le calme habituel qui les habitaient. « Depuis l'étage, on entend bien ce qui se passe au rez-de-chaussée, particulièrement dans la cuisine. » déclara-t-elle, délaissant son torchon, elle leva ses mains jusqu'à effleurer les lignes de ses clavicules du bout des doigts. Soupirant doucement, elle ajouta : « Si tu ne veux pas voir l'interruption de la veille se réitérer, je suggère d'attendre qu'Eliott dorme à point fermé. »

Après quoi, elle posa ses mains à plat contre son torse et le poussa gentiment pour qu'il recule, lui offrant un sourire à la fois désolé et taquin.

Peine perdue face à sa force, le dieu ne fit pas un seul pas en arrière. Il attrapa doucement son cou de ses mains, ses pouces passant distraitement contre les contours fins de son visage. Ses yeux pâles et attentifs sur lui, elle le fixa avec patience, son sourire fleurissant un peu plus.

De sa position, il aurait pu l'embrasser, mais il avait le sentiment qu'une telle chose serait déplacée. Elle avait eu maintes occasions de venir chercher ses lèvres et n'avait jamais amorcé le moindre mouvement en ce sens. Comme pour confirmer ses pensées, les mains pâles poussèrent un peu plus fermement contre son torse.

Ce n'était pas un rejet à proprement parler, plutôt un refus poli.

Il n'en était pas moins agréable de sentir son souffle chaud contre sa bouche et son visage et, la peau douce de ses joues, sous ses pouces.

« Si tu me cherches après le dîner, tu sais où me trouver. » lui indiqua Loki, suivant la tactique de la jeune femme. Ses propres quartiers, contrairement à ceux d'Anna, n'avaient pas de mur commun avec la chambre du gamin. Le dieu aimait autant réduire le risque de voir l'enfant débarquer parce qu'il entendait de drôles de bruits.

Après un dernier regard, il la laissa finalement lui échapper, relâchant son cou et reprenant ses distances.

Ce fut ainsi qu'il se retrouva à attendre l'incolore une fois le repas achevé. Elle avait couché l'enfant il y avait une heure déjà et avait quelques coups de fil et de la paperasse urgente à réaliser, avant d'éventuellement lui rendre une visite de courtoisie.

Les heures passant, le dieu songea que ses chances de compagnie nocturne se réduisait à poussière. Il entendait la voix d'Anna, prise dans une conversation soutenue, étouffée par les murs et réduite à un vague fond sonore. La jeune femme avait quitté la cuisine pour investir le bureau à l'étage, qu'elle n'utilisait qu'en de rares occasions. Une nuit administrative s'annonçait pour elle et il semblait que les nouvelles n'étaient pas bonnes.

En définitive, Loki finit par abandonner sa lecture du soir et gagner son lit, rangeant au passage les quelques plans de l'arme chitauri qu'il s'était appliqué à tracer. Sans grand espoir, il s'était également penché sur l'énergie présente dans son dispositif d'alimentation. Il semblait que la dent du loup jotünn qui dormait dans l'un de ses tiroirs, allait devoir attendre encore un moment. Le dieu n'avait toujours pas trouvé une source d'énergie digne de ce nom et ses recherches ne l'avaient jusqu'ici mené nul part.

Il s'installa parmi ses draps et n'eut aucun mal à trouver le sommeil, écoutant distraitement les allées et venues de la jeune femme dans la pièce d'à côté et le vent qui faisait craquer les murs et vibrer sa fenêtre de temps à autre. Une nuit hostile s'annonçait dehors et le dieu se réjouissait d'en être à l'abri, se noyant dans le confort de son propre lit et s'endormant en un instant.

Ce ne fut que tard dans la nuit, que l'on toqua à sa porte.

Le son, même infime, suffit à le réveiller, ses sens s'aiguisant aussitôt. Il se releva et avança avec prudence jusqu'à la porte, aux aguets, même en se doutant de l'identité de son visiteur tardif.

Sans surprise, il trouva l'incolore sur le palier, noyée dans l'obscurité et l'air ailleurs.

« Je t'attendais un peu plus tôt. » dit Loki, une ironie légère dans la voix, alors qu'il s'appuyait contre le bois de l'encadrement, croisant ses bras sur son torse.

« Désolée. » murmura Anna. Elle eut un maigre soupir, annonciateur d'une mauvaise nouvelle. « Il va falloir que j'aille chercher ma sœur à Garden Creek... » Il fallait croire qu'il n'aurait pas le plaisir de sa compagnie cette nuit. « Est-ce que je peux te laisser Eliott ? » lui demanda-t-elle. Le dieu pouvait sentir que les mots lui coûtaient. « Je te revaudrai ça. »

« Tu peux. » acquiesça Loki.

Elle se passa une main lasse sur le front, ramassant quelques mèches folles au passage.

« Les prochains jours vont être éprouvants. » annonça-t-elle du bout des lèvres. « Lisbeth est... Elle ne sera pas très coopérative, je pense. Bertie l'a retrouvée dans un état déplorable. » Ses traits pâles étaient marqués d'un certain découragement, mais Anna semblait malgré tout résolue à récupérer sa sœur plutôt que la laisser aux soins d'un autre. « J'espère être de retour avant demain matin. » ajouta-t-elle, sans grande conviction.

Son visage lisse d'ordinaire si calme était troublé par l'inquiétude et l'épuisement, plus mental que physique, de ces derniers jours. A la voir ainsi, le dieu avait l'impression que le tracas causé par sa sœur la rongerait jusqu'à l'os.

N'ayant rien de plus à dire, l'incolore le remercia et lui souhaita bonne nuit puis, disparut dans l'obscurité, son ombre blafarde se noyant progressivement dans les ténèbres nocturnes.

Dehors, le vent frappait toujours aussi durement les murs du chalet, laissant présager un trajet difficile pour la jeune femme. Il hésita à la rattraper puis se ravisa en entendant le moteur de la voiture s'éloigner. Elle savait mieux que lui ce qu'elle faisait, alors il laissa tomber.

Prenant conscience du fait qu'il n'avait pas décollé de l'entrée de sa chambre depuis le départ d'Anna, Loki s'apprêta à regagner son lit lorsqu'il avisa une silhouette blanche sur le palier.

Fantôme étrange que le fixait sans sourciller, Snö attendait là, patiemment.

Loki le dévisagea un moment, cherchant à comprendre ce que le loup pouvait bien lui vouloir. Il pensait qu'Anna l'avait mis dehors pour la nuit.

Quand le dieu lui tourna le dos pour rentrer dans sa chambre, l'animal lui emboîta le pas, s'invitant de lui-même dans ses quartiers.

« Pas un bruit et tu dors par terre. » avertit Loki, n'ayant pas le courage de mettre la bête à la porte.

Ce n'était définitivement pas la compagnie que le dieu avait prévue, mais sa présence ne l'ennuya pas vraiment, alors il laissa couler. Sa fourrure immaculée tranchait avec les couleurs criardes de la chambre, ce qui n'était pas plus mal.

Snö trouva sa place sur un bout du tapis rouge et épais qui s'étirait sur les côtés du lit et s'y allongea sans quitter le dieu du regard. Il posa sa large tête sur ses pattes et s'endormit. Juste comme ça.

Loki se dit qu'il ferait mieux d'en faire de même.

Demain serait un jour long et pénible.

..

...

Ce qui devait arriver, arriva.

Peu avant l'aube, le dieu entendit du bruit dans l'escalier, des pas mal assurés, suivis de près par d'autres, plus stables et lents. Il n'était pas improbable qu'Anna doive soutenir sa sœur pour que celle-ci puisse monter les marches, faute de pouvoir y parvenir seule.

Le dragon était de retour, se dit Loki, et ce n'était pas ses flammes, ni ses mots acerbes qu'il allait falloir craindre. Son penchant autodestructeur suffisait à lui-seul.

Au sol, Snö redressa sa tête et huma l'air, curieux.

Il sembla que l'incolore trouva le courage -ou la nécessité- de la doucher et le dieu n'osait même pas imaginer à quoi la sœur colérique pouvait bien ressembler, qu'il s'agisse de blessures ou de saletés. Il n'avait pas non-plus envie de se lever pour aller vérifier.

Quand le soleil émergea de ses premiers rayons, des pieds foulèrent le parquet du pallier de la salle de bain jusqu'à la chambre d'Anna et, après un temps, une seule des deux paires en ressortit pour descendre au rez-de-chaussée.

Ne retrouvant pas le sommeil, Loki se décida à rejoindre l'incolore en bas, le loup sur ses pas.

Il la trouva dans la cuisine occupée à préparer le petit-déjeuner en dépit de l'heure très matinale. Son visage était marqué par l'absence de sommeil, coupant toute expression de ses traits.

Elle ne dit pas grand-chose, se contentant de relâcher Snö dehors et de réaliser l'essentiel avant de préparer une perfusion pour la nouvelle arrivée de la maisonnée, ses gestes mécaniques et la tête ailleurs. Quand elle repartit à l'étage, le gamin descendit à la cuisine sans un bruit et le dieu s'occupa de lui. Il était évident que l'enfant savait pour sa génitrice, il suffisait de voir son petit air rembruni et ses yeux durs et obscurs. Il ne fut pas plus bavard que sa tante, préférant opiner du chef ou secouer sa tête à la place des réponses monosyllabiques qu'il donnait d'ordinaire.

Loki ne lui en tînt pas vraiment rigueur et le laissa à son silence.

Il y eut un peu d'agitation à l'étage, quelques plaintes -presque des plaidoiries- et le son étouffé de coups. Contre qui ou contre quoi, le dieu n'en avait pas la moindre idée, mais lorsqu'Anna redescendit finalement, les griffures présentes sur ses avant-bras furent bien suffisantes pour comprendre que sa sœur n'était, comme annoncé, pas des plus coopératives.

L'incolore passa sa journée à jongler entre sa sœur, bloquée dans sa chambre, et ses occupations habituelles.

Elle expliqua à demi-mots qu'il faudrait vingt-quatre à quarante-huit heures pour enfin sevrer sa sœur et, de ce que Loki avait pu brièvement en apercevoir en remontant à l'étage, la jeune femme n'avait pas hésité à la sangler au lit pour la maintenir tranquille.

Au fil du jour, la voix de Lisbeth s'éleva plus fortement, tantôt pour essayer d'amadouer sa sœur et obtenir sa dose, tantôt pour l'insulter copieusement, hurlant des horreurs jusqu'à n'en plus pouvoir. Les rares moments de silence étaient ceux où la jeune femme comataient, trop épuisée pour brailler quoique ce soit. Cela ne durait malheureusement jamais bien longtemps.

Anna installa l'enfant au salon pour la nuit, cherchant à l'épargner le plus possible de la situation.

Ce ne fut qu'au beau milieu de la nuit que l'irascible sœur se tut enfin.

Sur le palier, Loki contempla un temps la porte entrouverte de la chambre d'Anna et le rai de lumière qui s'en échappait. Il hésita un moment avant de finalement en franchir le seuil.

Sur la couette épaisse du lit, il trouva l'incolore et la forme alanguie de sa sœur, endormie sur ses genoux. D'un doigt sur ses lèvres, Anna intima le silence au dieu, caressant de son autre main les mèches rousses qui encadrait le visage niché contre elle.

Reportant son attention sur l'ordinateur ouvert devant elle, elle lui fit signe d'approcher.

« J'ai peut-être trouvé quelque chose pour toi. » murmura-t-elle tout bas, veillant à ne pas réveiller l'endormie.

Loki regarda d'un œil la silhouette effondrée sur le lit, constatant que l'incolore l'avait finalement désanglée, les lanières en tissu traînant par terre, non loin du lit. Son état était déplorable. Ses cheveux étaient sales, plaqués sur son crâne et humides de sueur. Sa respiration, inégale et parfois difficile. Son T-shirt, auréolé de transpiration et probablement tâché de vomis par endroit.

Mieux valait-il passer sur l'odeur, suffisamment rance et nauséabonde pour le dissuader d'inspirer plus profondément par le nez.

Avec prudence, il s'installa sur un coin de couette, aux côtés d'Anna qui, bien qu'échevelée, avait nettement meilleure allure.

Du bout du doigt, elle pointa quelques lignes sur son écran d'ordinateur.

« Je vois que tu as eu le temps de plancher sur autre chose. » fit remarquer Loki, alignant sa voix sur les notes basses de celle de l'incolore. Il ne manquerait plus que le dragon fétide se réveille.

« Ce n'est pas comme si je pouvais fermer l'œil. » dit doucement Anna. « Tu penses que ça pourrait suffire ? »

« Fission induite de l'uranium, les dernières découvertes » lut-il à voix haute. « Le renouveau militaire des dispositifs portatifs »

A l'évidence, elle avait gardé à l'esprit sa quête d'une énergie pouvant rivaliser avec le sortilège enfermé dans ses bracelets, en dépit des récents évènements.

Loki se demanda s'il lui arrivait une seule seconde d'arrêter de penser à tout. C'était comme si Anna était partout à la fois. Comme si son esprit pouvait se fragmenter et travailler simultanément sur plusieurs fronts.

La pensée lui tira un sourire en coin et il se dit que la chose n'était peut-être pas si éloignée de la vérité.

« Je ne suis pas une spécialiste du nucléaire mais, si cela te semble être une piste exploitable, je connais quelques experts qui pourraient t'aiguiller dans tes recherches. » expliqua l'incolore, légèrement sur la réserve.

Loki parcourut des yeux l'article, estimant qu'il était encore trop tôt pour se prononcer.

« Cela vaut la peine d'être exploré. » dit-il.

« Une fois Lisbeth remise sur pied, un retour à la civilisation va s'imposer. » prévint Anna. Elle caressa distraitement la tête de sa sœur, dégageant quelques mèches humides de son front en sueur. « Si tu as d'autres idées en tête, ce sera l'occasion de creuser un peu plus sérieusement la question. On aura occasion d'en reparler. »

« Bien. » acquiesça Loki.

Cela semblait être un meilleur point de départ que tout ce à quoi il avait pu songer.

Quelques spasmes agitèrent Lisbeth, qui marmonna quelques mots dépourvus de sens. Elle s'agita un moment, ouvrant ses yeux par intermittence mais sans les voir. Elle avait l'air bien loin d'eux, naviguant parmi des chimères qu'elle seule pouvait voir. Ses gestes étaient dépourvus de force et Anna attendit simplement que sa sœur se calme, tenant ses poignets sans chercher à la restreindre plus que nécessaire.

« Il va falloir que je la perfuse à nouveau, elle se déshydrate bien trop vite. » constata-t-elle, une fatigue profonde dans la voix.

Son visage défait avait encore moins de couleur que d'ordinaire, ce qui, en soi, était quelque chose.

« Tu devrais dormir. » conseilla Loki, doutant qu'elle se soit autorisée un seul instant de repos depuis la veille.

« Et qui lui tiendra la tête la prochaine fois qu'elle vomira ? » répondit l'incolore en soupirant. « La dernière chose dont j'ai envie, c'est qu'elle s'étouffe. Et, je doute que tu sois volontaire pour prendre le relais. »

De ça, il n'en avait pas la moindre envie et il ne s'en cacha même pas.

« Pas vraiment, non. » convint-il.

S'occuper du gamin était une chose, sauver la mise de l'irascible sœur en était une autre. Une chose, dont il n'avait d'aucune manière l'intention de se mêler.

L'incolore n'eut pas l'air d'avoir grand-chose à faire de son manque d'empathie, préférant étudier sa sœur du regard. Quand elle arrêta de bouger, ses mains pâles relâchèrent avec précaution ses poignets pour se saisir doucement de sa tête et la ramener sur ses genoux.

« De toute façon, je n'arriverai pas à dormir en la sachant comme ça. » conclut-elle. « D'ici un ou deux jours, son état devrait nettement s'améliorer. » Elle soupira, peu convaincue par ses propres mots. « Enfin, espérons-le. »

..

...

Le lendemain fut un peu plus calme, suffisamment pour qu'Anna puisse se permettre de brèves siestes sur le canapé.

La sœur colérique leur fit même l'honneur de sa présence au cours de succinctes apparitions, majoritairement des incursions dans la cuisine et toujours sous l'égide de sa cadette. De toute façon, sans elle, elle ne pouvait guère faire grand-chose. Sa silhouette, d'ordinaire hautaine, était cassée et frappée d'un abattement soudain, errant comme un spectre entre les murs du chalet.

Voilà qui était très reposant pour Loki, lui rappelant indéniablement la loque ambulante qu'elle était à Toronto.

Son mutisme fut tel, qu'elle cessa même de plaidoyer pour sa cause, n'ayant même plus la force de réclamer quoique ce soit à l'incolore, se contentant de la suivre aveuglément à travers la maison.

Il fallut attendre le surlendemain pour que Lisbeth décroche enfin un mot et regagne un minimum d'autonomie. Pour autant, l'incolore n'était jamais loin, gardant un œil prudent sur sa sœur.

Elle évita Loki comme la peste, pour son plus grand plaisir, et ne restait jamais bien longtemps dans la même pièce, traînant ailleurs sa mine déplorable dès qu'elle le pouvait. Il n'y avait guère que la compagnie d'Anna qu'elle recherchait volontairement, fuyant même la présence du gamin, par honte ou pour le protéger au mieux. Peut-être un peu des deux.

L'enfant préférait alors suivre le dieu comme son ombre, demeurant silencieusement dans son giron.

Quand la journée toucha à sa fin, le petit déterra l'échiquier de sous la table basse du salon. Jusqu'ici il avait réussi à tromper l'ennui tout seul, mais la solitude ne semblait maintenant plus être à son goût. Il jeta un regard incertain au dieu et Loki soupira avant d'acquiescer, se réinstallant plus confortablement dans le canapé tandis que l'enfant prenait place au sol, un coussin sous les fesses.

« Je prends les noirs. » dit-il, tenant les pièces dans ses petits poings serrés.

Soit le môme se sentait suffisamment en confiance pour lui laisser l'avantage du premier coup, soit il s'obstinait à toujours jouer avec les mêmes pions.

Il le regarda mettre en place le jeu, ses mains positionnant parfois maladroitement les pièces sur leur case et son regard noir et dur fixé sur l'échiquier. Avec les récents évènements, Loki comprenait mieux d'où venait tant de froideur chez l'enfant. Il était presque admirable de voir que, malgré tout, le gamin avait pu trouver un genre d'équilibre, même si pour cela il avait dû grandir un peu trop vite.

Cela n'expliquait pas tout, bien sûr. Mais qui pouvait dire ce qui était normal dans son comportement lorsque, autour de lui, rien ne l'était.

« La seule chose plus pâle que toi, Anna, c'est la mort. »

La voix éteinte de la sœur colérique résonna faiblement depuis la cuisine et Loki n'écouta que d'une oreille ce que la jeune femme disait à l'incolore, avançant son premier pion face à ceux de l'enfant.

Le gamin fit comme s'il n'entendait rien, jouant la partie en faisant abstraction de tout ce qui se trouvait en dehors de l'échiquier.

« Cela ne répond pas à ma question. » souffla Anna, fatiguée. « Tout ce que je peux te proposer, c'est ça... ...et je n'ai rien d'autre. »

Les pions noirs encerclèrent doucement les siens, même s'il en éclaircit un peu les rangs. En face, l'enfant n'était en rien déstabilisé et le dieu sut que, en dépit de son jeune âge, il était effectivement un adversaire coriace.

« J'en veux pas de ton truc. Ce n'est pas une solution. » grinça Lisbeth.

« Liz... »

« Non. Tu sais ce que je veux. Si tu m'en donnais juste une petite dose, quelques gouttes... »

Le ton montait dans la cuisine et, à mesure que l'irascible sœur retrouvait ses intonations les plus colériques, le visage de l'enfant se froissait, ses traits ronds se crispant durement. D'un geste nerveux, il récupéra la reine blanche qu'il venait de renverser, ignorant le regard de Loki sur lui.

Il aurait été mentir que de dire que l'attitude du gamin ne l'inquiétait en rien, pas plus que la tension grandissant dans la pièce d'à côté.

« Il y a une différence cruciale entre ce que tu veux et ce dont tu as besoin. Tu as eu le premier, tu n'as jamais voulu du second. Aujourd'hui, nous sommes à court d'option et, clairement, tu ne peux pas continuer ainsi. » déclara Anna, ferme et froide.

Le gamin serra durement le pion blanc dans sa main, les bords aigus de la pièce s'enfonçant toujours plus contre ses doigts et sa paume, dans une attitude compulsive.

Il sursauta quand les mains du dieu vinrent recouvrir la sienne, doucement. Avec délicatesse, il desserra les doigts enfantins crispés sur le plastique blanc et récupéra la reine pour la poser sur le bois de la table. Dans sa paume, la main de l'enfant paraissait ridiculement petite et il la comprima légèrement, jusqu'à ce que le petit accepte de le regarder dans les yeux.

Dans les obsidiennes denses de l'enfant, il y avait un mélange indistinguable de tristesse et de peur.

« Lisbeth, s'il-te-plaît. » insista Anna dans la cuisine.

« J'ai dit non ! » hurla la sœur en retour, presque hystérique.

Il y eut un coup, comme le bruit sec de quelque chose que l'on frappe contre une surface dure. Puis, la porte d'entrée claqua.

Un long silence suivit.

Face à lui, le gamin se ferma soudainement. Il se recroquevilla sur lui-même, tête rentrée entre ses épaules, et quelques tremblements de peur le saisirent. Prostré ainsi sur le canapé, on aurait dit un gibier acculé, sentant le danger proche.

« Reste ici. » lui intima Loki en se relevant. Le gamin retint aussitôt sa main, refusant de le laisser s'éloigner. « Je vais revenir. » lui promit-il, cherchant à le rassurer.

Il ébouriffa ses cheveux comme l'incolore avait l'habitude de le faire et l'enfant relâcha finalement sa prise, le regardant quitter la pièce avec une certaine inquiétude.

Dans la cuisine, Loki trouva Anna, assise seule à la table.

Ce qu'il vit, le laissa figé dans l'entrée.

« J'aurais dû voir le coup venir... » sourit-elle amèrement, une expression stupéfiée sur le visage.

Médusée, ses yeux grands ouverts ne se détachèrent pas un seul instant de sa main, reposant devant elle sur la table.

Il y avait une lame plantée dans sa chair, qui transperçait également le bois du meuble, retenant sa paume contre sa surface. Loki reconnut l'objet comme l'un des nombreux couteaux de cuisine d'Anna. Une auréole de sang entourait sa main, formant une flaque qui grandissait lentement.

Fruit improbable de la colère de Lisbeth, l'incolore ne releva même pas ses yeux de l'arme lorsque Loki s'approcha, trop surprise pour réagir et prenant progressivement la mesure de ce qu'il venait de se passer.

Elle déglutit difficilement et ne jeta pas un regard au dieu à ses côtés. Lui-même préféra attendre qu'elle reprenne ses esprits avant d'intervenir.

Anna prit finalement quelques inspirations, son regard résolument fixé sur son couteau d'office, avant de s'en saisir de sa main libre. Elle essaya de s'en libérer, vainement, l'arme trop profondément enfoncée dans le bois de la table pour qu'elle puisse la retirer d'une main. La tentative ne lui tira qu'un gémissement de douleur et pas une seule once de progression.

Ses pupilles sanguines se relevèrent enfin sur Loki lorsqu'il fit un geste en direction de l'arme. Il écarta sa main du couteau et se saisit à son tour de sa poignée. Il adressa un regard interrogatif à Anna, qui prit une longue inspiration avant d'acquiescer.

Elle siffla de douleur quand il retira la lame, l'objet n'opposant aucune résistance face à sa force. Le métal était nimbé de sang jusqu'à sa moitié, mais la plaie infligée à l'incolore semblait nette, du peu qu'il pouvait en voir avec l'abondante hémoglobine qui la maculait.

Prudemment, Anna plia et déplia ses doigts, à la recherche de dégâts invisibles, non sans quelques grimaces. Cela ne fit qu'augmenter un peu plus l'afflux de sang, noyant les contours de la blessure.

« Je n'ai pas l'impression que les os aient été touchés. » commenta-t-elle, ses yeux toujours habités d'un certain choc, portés sur sa main meurtrie. « Pour ce qui est des nerfs, on verra plus tard. »

Elle se leva avec précaution de sa chaise, tenant sa paume de sa main intacte. Elle frémit à nouveau de douleur lorsqu'elle passa sa plaie sous l'eau du robinet. Loki abandonna le couteau dans l'évier qu'elle n'utilisait pas jetant au passage un œil sur sa blessure.

Quand le saignement ralenti, il se saisit doucement de sa main pour examiner la coupure de plus près, faisant fi des quelques perles de sang qui roulèrent sur ses doigts. Ses chairs n'avaient pas l'air d'avoir été malmenée outre mesure, mais la plaie était suffisamment importante pour être considérée comme une urgence. Il n'y avait pas de tendons apparents ni de petites ficelles blanches évoquant des nerfs, les muscles de sa main semblaient être les seuls amochés dans cette drôle d'affaire.

« Il te faut panser ça. » fit remarquer Loki, toujours penché sur la coupure.

Anna acquiesça et lui indiqua où trouver des bandages. Il relâcha sa main, qu'elle repassa aussitôt sous l'eau, et partit en quête du nécessaire médical à l'étage supérieur.

Quand il redescendit, son regard accrocha la silhouette chétive du gamin, resté comme promis dans le salon. Il attendait sur le seuil de la porte, hésitant visiblement à en franchir la ligne.

« C'est bientôt fini. » lui assura Loki.

L'enfant n'avait pas besoin de voir ça. Clairement.

Le dieu s'attendit à quelques protestations de sa part, mais l'enfant se contenta d'acquiescer d'un air abattu.

« D'accord. » murmura le petit, traînant ensuite ses pieds sur le parquet du salon pour retourner s'asseoir, presque piteusement.

Dans la cuisine, il retrouva l'incolore toujours occupée à rincer sa plaie à l'eau claire. Quand elle releva son visage pour accrocher son regard au sien, il dit :

« Ne bouge pas, je m'en occupe. »

Posant la malle de soin sur la table, il se saisit d'un chiffon qu'il jeta négligemment sur la petite flaque de sang encore présente sur le bois du meuble, laissant le tissu absorber le liquide carmin pour mieux se focaliser sur sa tâche. Il trouva une longue bande de tissu tressé, une compresse épaisse et le flacon d'alcool à désinfecter.

Revenant à l'incolore, il coupa l'eau et attrapa délicatement son poignet, aspergeant sa main avec l'alcool. Il resserra sa prise quand elle siffla de douleur et voulut, par réflexe, se retirer de sa poigne.

« Tu aurais pu prendre la bétadine... » se plaignit faiblement Anna.

« Pour cela, il aurait fallu que je sache de quoi il s'agisse. » rétorqua Loki, inondant la plaie pour être sûr de la laisser la plus propre possible.

Délaissant le désinfectant, il plaqua la compresse contre la coupure puis entreprit de bander sa main.

« Serre. » le guida-t-elle. « Plus fort. »

Il suivit ses indications, enroulant fermement sa main dans le tissu blanc avant d'en nouer les extrémités sur le dos de sa paume.

« Autre chose ? » demanda Loki, une pointe d'ironie dans la voix.

« Non. » répondit Anna. « Mais... merci. »

Cela étant fait, le dieu héla le gamin, qui ne se fit pas prier pour venir les rejoindre.

Ses petits pieds foulèrent le sol avec un empressement mal dissimulé, il se glissa dans les bras de sa tante quand elle les lui ouvrit. De sa main valide, elle le souleva contre elle pour le bercer doucement, murmurant quelques mots apaisants dans ses cheveux.

« Tu vas rester au salon ou dans ta chambre, le temps que j'aille la chercher dehors. » lui dit doucement l'incolore. Quand il se serra un peu plus contre elle, elle ajouta : « Ce ne sera pas long, je te le promets. »

Elle le reposa finalement au sol et le petit s'en alla sans rien dire, jetant un dernier regard inquiet à sa parente avant de disparaître dans le couloir.

Anna soupira longuement avant de se ressaisir et de marcher d'un pas décidé jusqu'au placard où elle rangeait ses armes, dans le vestibule. Intrigué, Loki la suivit. Du petit meuble mural, elle extirpa un fusil que le dieu ne connaissait pas et des fléchettes munies d'aiguille sur leur extrémité.

« Qu'est-ce ? » demanda-t-il.

« Seringues hypodermiques. » expliqua sommairement Anna, alors qu'elle chargeait l'arme.

Il n'en fut pas plus avancé, mais douta qu'il s'agisse de munitions faites pour tuer. Le liquide que renfermaient les fléchettes le fit opter pour une drogue soporifique, probablement quelque chose dont elle avait l'usage lorsque ses bêtes se montraient trop récalcitrantes.

L'incolore s'habilla chaudement, prenant garde à ne pas défaire le bandage de sa main. Le dieu pouvait dire à ses gestes que la blessure lui était douloureuse, mais pas suffisamment pour la dissuader de retrouver sa sœur. Avec la nuit tombante, l'urgence était bien réelle.

« Tu m'accompagnes ou tu restes ici ? » lui demanda-t-elle, se débattant avec la manche de son manteau.

« Disons que j'ai envie de prendre l'air. » ironisa Loki. Il se saisit du poignet de sa main invalide et la guida dans le vêtement. « Et il me semble que mon inestimable aide te sera utile. »

Avec ce que Lisbeth s'était montrée capable de faire, il était hors de question de risquer -même avec un danger minime- l'incolore seule face à elle. Et puis, dans le cas où l'irascible sœur se montrait particulièrement virulente, il ne voulait pas manquer Anna usant de la manière forte.

« Si ça t'amuse... » souffla-t-elle, lasse. « Avec un peu de chance, elle ne sera pas allée bien loin. »

Avec un peu de chance, se répéta Loki, elle sera morte d'hypothermie avant qu'ils ne la retrouvent. Mais mieux valait-il garder ce genre de pensée pour lui.

L'incolore revérifia son fusil et l'arma avec un clic sonore. Son expression n'était que détermination et fatigue. Quand elle fut prête, Loki ouvrit la porte et s'écarta de l'entrée pour la laisser passer devant.

« Après toi. » sourit-il, légèrement goguenard.

Dehors, les bêtes d'Anna trépignaient déjà d'impatience, comme si elles pressentaient la chasse à l'homme -à la femme, en l'occurrence- qui allait se tenir.

Cela allait être follement amusant.

..

...


J'arrête le chapitre ici parce que sinon ça devient trois fois trop long! ^^

Musique de fin de chapitre (oui, j'en avais envie ^^) : 555-5555 de Lorn (je n'arrive plus à me passer de cet artiste).

Si le nom du père d'Eliott ne vous dit rien, c'est normal car c'est la première fois qu'il est vraiment mentionné dans cette histoire. Je lui ai donné un nom, mais pas une grande importance, surtout dans la mesure où il est mort. Ça me paraissait juste délicat de l'évoquer sans le nommer clairement.

Le Surrey est un comté situé dans le Sud de l'Angleterre, juste en dessous de celui qui englobe Londres. Et, pour rappel, le majorité anglaise est fixée à dix-sept ans.

Autre rappel, aux échecs, la règle veut que le détenteur des pièces blanches joue le premier.

Ça m'a beaucoup fait rire de voir que cette histoire de trafic / marché noir d'armes chitauris soit apparue dans Spider Homecoming, des mois (années ? ^^) après la publication de mon chapitre 6. C'est quelque chose qui, selon moi, coulait de sens après avoir vu le premier film Avengers et j'ai beaucoup apprécié de voir cette idée ressurgir dans Homecoming :)

Pour ce qui est du lemon présent ici, je ne sais pas si c'est trop (ou pas assez) cru pour vous, vu que je détaille énormément mes scènes (je me voyais mal bazarder ça quand d'ordinaire je prends mes aises en matière de description). J'espère surtout ne pas être tombée dans du vulgaire gratuit, parce que ça n'était pas mon objectif. A noter aussi que c'est la première fois que je publie du lemon donc un peu d'indulgence ne serait pas de refus ^^ C'est, il n'empêche, extrêmement difficile d'écrire ce genre de scène sans tomber dans une description trop grossière dans son vocabulaire, on va dire que j'ai essayé d'étoffer sans en faire des caisses (je vois d'ici un tigre rouge japonais me lancer un petit « envolée lyrique » bien placé) mais pas sûr que ça fonctionne mieux ainsi ^^' Comme je vous l'ai dit il y a fort longtemps et comme vous vous en doutez certainement, oui, il y aura d'autres scènes de ce genre. Voilà.

Je sais pas vous, mais quand j'étais petite (très petite) la notion de mort n'était pas toujours évidente pour moi. A l'époque, la définition que j'en avais était que quelqu'un de décédé était quelqu'un qu'on ne reverrait pas, parce qu'il ou elle était parti(e) très loin, sans son corps. Pourtant dans un sens, la personne est toujours là : on en parle souvent aux réunions de famille, on y pense de temps en temps. Ça me laissait assez perplexe quand j'étais petite parce que ça ne me paraissait pas clair comme histoire ^^ Je pense que vis-à-vis de ça on fait tous son petit bonhomme de chemin à sa manière, suivant les évènements auxquels on est confronté. :) Mais il ne faut pas oublier que pour les enfants, il y a des choses qui ne vont pas toujours de soi et qui ne sont pas facile à comprendre, d'où les interrogations d'Eliott dans ce chapitre, qui est effectivement affecté par ce qu'il apprend sans comprendre ce qui se passe exactement. A cet âge, c'est dur de mettre une émotion sur ce qu'on ressent quand on ne sait pas à quoi on fait face.

Beaucoup de chose dans ce chapitre, qu'avez-vous préféré (ou détesté) ? Qu'est-ce qui vous a étonné ? La cure de désintox express de Lisbeth, le réchauffement d'atmosphère du début de chapitre, le dialogue à distance avec les loups, Loki qui prend les choses en main, la rebuffade à coup de couteau... rien ? :)

A bientôt, j'espère ! Et merci encore de continuer à ma lire en dépit de l'attente entre les chapitres ;)