If the wait is of an extreme length

On your FF account

Who you gonna call?

Ghostwriter!

If the last chapter is tense

And the next one seems no close around

Who you gonna call?

Ghostwriter!

I ain't 'fraid of no threat

I ain't 'fraid of no threat

If you're looking for a next chapter

And not waiting for two

Who you gonna thank?

Ghostwriter!

An infinite wait

Because of an author working the entire year

Ow, who did you hate?

Ghostwriter!

I ain't 'fraid of no threat

I ain't 'fraid of no threat

Who you gonna curse?

Ghostwriter!

If you're all starving

For some new stories

Please address your calling to

Ghostwriter!

(Drop the mike et go se planquer fissa fissa…)

Si je vous formulais une nouvelle excuse, serait-elle seulement valable aux vues de l'attente interminable que mon retard vous a causé ? Pas sûr... Mais je m'excuse tout de même. Mon stage de six mois et la rédaction de mon mémoire, m'ont tenue assez occupée l'année dernière, si bien que le temps a filé à une allure assez déroutante. Ma fin d'étude ne s'est pas extrêmement bien passée non-plus, notamment à cause d'un gros désaccord avec ma correctrice de mémoire. Et pour en rajouter une couche, me retrouver aux portes du monde professionnel (c'est presque le « monde des adultes, des vrais » de mon point de vue) me stresse énormément, quand bien même je suis contente d'être à la veille de ma propre indépendance (ce qui est cool, faut pas se mentir). J'ai malgré tout du mal à m'en réjouir, l'angoisse de se planter est plus forte que tout le reste. J'ai les pétoches comme pas permis et j'ai l'impression d'être la seule parmi mes amis à me sentir ainsi. Je me connais suffisamment pour savoir que c'est juste la période de transition qui me préoccupe et que, une fois lancée, tout ira bien. J'ai toujours fonctionné comme ça, il aurait été étonnant que, pour un changement aussi majeur, ça ne soit pas le cas. M'enfin, c'est juste ma petite vie et les quelques tracas qui la rythment.

Outre mon retard conséquent, j'ai eu en tête tout au long (looong) de ce chapitre que je sème beaucoup de choses dans mon histoire et qu'il va falloir que je redouble de vigilance pour tout récolter avant de la boucler (on a encore le temps, je vous rassure, mais ce serait bête de vous faire manquer certains détails). En parlant de longueur, vous aurez constaté que je poste cette fois-ci non-pas un mais deux chapitres, pour la simple et bonne raison que plus de 28 000 mots ça fait un peu lourd pour un seul et même chapitre. Considérez-les néanmoins comme un tout, vu le titre vous finirez forcément par comprendre pourquoi.

J'avais dit que je vous préviendrai à chaque fois, je vous avertis donc pour ces deux parties de chapitre : il y aura du lemon (une scène dans chaque). Encore une fois, celles et ceux que ça dérange vous pouvez passer votre chemin jusqu'au passage suivant (fiez-vous aux séparations en pointillés), je tiens tout de même à souligner que cela peut néanmoins vous faire manquer des lignes de dialogue importantes, tant pour la compréhension que pour l'intrigue. A vous de voir.

Freeze all motor function et Fake plastic trees par Ramin Djawadi pour la BO de Westworld, Diamond et Karma de Lorn, I'm not in love de Kelsey Lu et Work de Charlotte Day Wilson (BO de Euphoria, une série que je vous recommande vivement).

Bonne lecture à vous, on se retrouve en bas !


...

..

Chapitre XVII

Le chien – 1ère partie

..

...

Loki pouvait dire à la crispation spasmodique des doigts pâles d'Anna, que la douleur de sa main se manifestait enfin.

Une petite heure déjà qu'ils cherchaient Lisbeth à travers les bois, guidés par un Sròn concentré et imperturbable, au grand damne du chien roux qui lui collait aux basques. Pourquoi Anna avait laissé Rookie les accompagner, il n'en avait pas la moindre idée. L'animal était trop pataud pour ce genre de traque et trop prompt à la distraction.

A ses côtés, l'incolore avançait sans rien dire d'un pas décidé, les yeux rivés sur le chien-loup bicolore, guettant le moindre signe de sa part. Dans leur dos, le soleil avait entamé sa descente, engageant le compte-à-rebours. Il s'agissait maintenant d'une course contre le temps. La sœur ne survivrait pas à une nuit dehors et les ressources physiques d'Anna s'épuisaient à vue d'œil. Pourtant, sa fatigue ne semblait pouvoir venir à bout de sa détermination, la jeune femme redoublant d'effort alors que les rayons cramoisis s'étalaient sur le blanc de la neige, étirant l'ombre des arbres au sol comme une menace silencieuse.

Un coup d'œil en arrière avait appris à Loki que la quasi-totalité de la meute s'était recrutée d'elle-même dans cette chasse inhabituelle. L'urgence évidente qui hantait le moindre pas de leur maîtresse, fut probablement la seule chose qui les motiva à gagner les bois avec elle. Non loin, quelques silhouettes discrètes les suivaient, se faufilant agilement entre les arbres sans jamais les perdre. Il fallait croire que l'agitation générale avait aussi réussi à attirer quelques loups de passage et Loki reconnut parmi eux Dehli, la louve au pelage grisâtre et au collier blanc. C'était comme si la tension de l'incolore avait été un phare en pleine nuit, attirant à elle ses bêtes plus sûrement qu'aucune autre lumière dans l'obscurité.

Et Anna ne disait toujours rien.

Tout amusement s'était évanoui de l'esprit du dieu depuis un moment déjà. L'heure n'était plus à la plaisanterie et les traits tendus de l'incolore n'invitaient pas à la discussion, encore moins à la taquinerie.

Il en voulut à l'imbécile de sœur, de s'être mise toute seule dans pareille situation et de l'obliger au froid extérieur, quand la cheminée du chalet ronflait d'un bon feu et qu'une partie d'échec attendait toujours d'être conclue. Une hôte plus reposée et disposée n'aurait, également, pas été de refus.

Mieux aurait-il valu que cette être irascible soit demeurée dans ses propres problèmes, loin de Garden Creek. Elle et ses maux finiraient par dévorer la paix qu'il y avait ici, consumant sa propre sœur au passage, et Loki n'était pas enclin à laisser une telle chose se produire.

Sròn se mit soudainement à aboyer et, au détour d'une rangée de bouleaux, ils aperçurent une ombre vacillante affublée de cheveux roux.

Etrangement, aucune des bêtes ne s'élança à sa rencontre et Sròn se rangea même derrière l'incolore lorsque celle-ci le rappela. Il y eut une vague d'énervement parmi les rangs de la meute, comme une appréhension nerveuse et impatiente, ponctuée de jappements excités et tendus.

« Lisbeth ! » héla Anna, brisant enfin son silence.

La silhouette mal assurée de la sœur colérique tangua légèrement. Elle chercha l'origine de la voix qui avait prononcé son nom, vérifiant les alentours d'un air désorienté avant d'enfin se retourner.

Elle sembla les reconnaître.

« Allez-vous-en ! » s'égosilla-t-elle, véhémente. « Laissez-moi tranquille ! »

Il y avait autant de larmes sur son visage que dans sa voix. Elle grelotait, probablement autant de froid que de nervosité. Son allure misérable et ruinée en disait long sur son état, aussi bien physique que mental.

Cela ne les empêcha pas de s'approcher d'elle.

Elle n'eut même pas la force de reculer ou d'essayer de fuir, ses yeux fous dévisageant sa sœur comme une proie face à son prédateur. Surprise et confuse.

« C'est fini, tu n'iras pas plus loin. » annonça fermement l'incolore. « Tu rentres avec nous, que tu le veuilles ou non. »

Sa dernière phrase, à n'en pas douter, était un ultimatum.

Lisbeth le manqua complètement, ignorant jusqu'au grondement bas qui émanait de la meute derrière sa sœur, véritable armée prête à charger au premier ordre de l'incolore.

« Non ! Il est hors de question que je_ »

La stupeur la coupa au vol, son regard dérouté s'abaissant sur sa cuisse par réflexe.

Fatiguée et à court de patience, Anna n'avait pas attendu d'entendre l'entière diatribe de sa sœur pour faire feu. Son aînée eut tout juste le temps de retirer la fléchette de sa cuisse, qu'elle s'effondra dans la neige dans un bruit mou.

Au regard interrogatif de Loki, l'incolore répondit d'un ton usé :

« J'ai un dîner à préparer, des directives à donner et un petit garçon à coucher. J'ai froid, faim et envie de dormir. Ma main me fait un mal de chien. » Elle jeta un vague regard au bandage couvrant sa paume, sali et imbibé de sang. « Et j'ai besoin de points. »

Sa patience, d'ordinaire infinie, venait de s'épuiser et le poids des précédents jours se sentit jusque dans sa voix aux trémolos bas, de même que le ras-le-bol profond habitant son visage.

« Tu la portes ou je la traîne ? » lui demanda-t-elle sans détour.

La dernière option aurait valu le détour, mais la fatigue et l'absence d'humour chez Anna, le firent renoncer à cette idée.

« J'ajouterai cela à la liste de tes redevances. » nargua-t-il tout de même, faisant un pas dans la direction de la silhouette effondrée dans la neige. Inutile de perdre plus de temps.

Contre toute attente, une masse rousse et toute en fourrure s'interposa entre lui et Lisbeth, un grondement sourd et bas roulant sous la grande carcasse tout à coup plus si maladroite de Rookie. Il lui adressa un unique aboiement, lourd d'avertissements, avant de reprendre ses grognements, ses babines retroussées gommant son expression idiote et souriante. Sa soudaine agressivité fit reconsidérer son approche au dieu, perplexe face à ce revirement d'attitude.

« Qu'est-ce qu'il lui prend ? » questionna Loki, jetant un rapide coup d'œil à Anna avant de reporter sa pleine attention sur l'improbable rebelle du jour. Il pourrait lui briser le crâne d'un simple coup de pied bien placé, mais avec la meute tout entière réunie autour de lui, une telle action serait loin d'être sage.

« Il lui prend qu'il est avant tout le chien de Lisbeth, pas le mien. » annonça l'incolore avec fatigue. Elle soupira avant d'ajouter : « Laisse, je m'en occupe. »

Dès lors que l'incolore s'avança vers l'indiscipliné, une certaine agitation traversa la meute. Face à Anna, le chien roux ne fléchit pas, dévoilant toujours plus ses dents et courbant son dos pour adopter une posture plus menaçante. Quelques piaffements surexcités résonnèrent aussitôt parmi le groupe rassemblé autour d'eux.

Le plus couard de la bande la défiait ouvertement devant l'ensemble de la meute. A croire que l'on pouvait toujours trouver en soi quelques onces de bravoure, même chez les plus lâches.

Loki sut qu'un tel comportement allait être lourd de conséquences pour l'animal, car à ce stade il était clair qu'Anna n'allait pas laisser passer un tel affront, aussi affectueux Rookie est-il pu être par le passé.

« Tu choisis vraiment mal ton moment... » souffla l'incolore à l'adresse du chien roux.

Ses deux mains sur son fusil, elle s'approcha de lui sans une once d'hésitation et, lorsque l'animal chercha à l'attaquer, elle lui flanqua un coup de crosse. Brusque et non-retenu.

Il y eut un piaillement aigu de douleur, vite suivi de quelques plaintes apeurées lorsque l'incolore le saisit de sa main valide par le col. Sans prévenir -et à la surprise de Loki-, elle mordit l'animal à l'oreille jusqu'au sang, avant de finalement relâcher sa prise. Le chien roux se ramassa sur lui-même et finit par lui présenter son ventre, gage de soumission autrefois synonyme de jeu.

« Maintenant, tu peux la ramasser. » indiqua Anna sans émotion, s'essuyant la bouche pour en ôter les traces de sang.

Loki eut un reniflement dédaigneux avant de récupérer le fardeau du jour, jetant un regard peu amène au chien toujours à terre. Défendre les absents n'avait jamais rien rapporté et cet imbécile de chien venait juste d'en avoir la cruelle preuve.

Lisbeth chargée sur son épaule comme on porterait un sac de farine, le dieu fit le premier pas sur le chemin du retour, l'incolore suivant aussitôt le mouvement.

Il n'y avait pas grand-chose à ajouter et Loki était plus préoccupé par la fatigue évidente d'Anna que par le sort du pot-de-colle roux ou même l'état du presque-cadavre qui lui encombrait maintenant l'épaule. La froideur soudaine de son hôte avait cependant de quoi surprendre, lui qui s'était habitué à une attitude plus en douceur de sa part.

Cela en disait long sur l'ambivalence qu'elle présentait hors du cadre familial et quelque chose lui disait que ce genre d'indifférence froide allait refaire surface prochainement, notamment vis-à-vis du ou des auteurs de la cyberattaque. D'autant que l'incolore ne se retourna pas une seule fois pour jeter un œil en arrière, pas même lorsqu'ils entendirent nettement les bousculades mauvaises dont le chien roux faisait désormais l'objet.

..

...

Lisbeth fut déposée dans la chambre de sa sœur et Anna profita de son inconscience pour la remettre sous perfusion, à la différence cette fois-ci que le produit administré n'était pas le même : un fluide d'un blanc jaunâtre et laiteux avait remplacé le liquide translucide permettant à l'incapable sœur de ne pas se déshydrater.

« A ma connaissance, tu n'as toujours pas trouvé solution à son problème. » fit remarquer Loki à voix haute.

« Juste de quoi endiguer la dégradation des tissus, mais pas de quoi régénérer ceux qui sont déjà altérés. » souffla Anna, alors qu'elle réajustait la poche sur son support. « Cela devrait l'aider à retrouver ses esprits, mais elle y perd du temps en contrepartie. »

Voilà donc qu'elle était cette solution que la sœur colérique avait refusée avec force tout à l'heure, au point d'en perdre ses moyens.

Un presque retour à la normale contre une espérance de vie moindre, il y avait effectivement de quoi se mettre en rogne. Anna semblait croire qu'il s'agissait-là de sa meilleure option. Ils verront bien ce qu'il en est à son réveil...

« Si elle ne souhaite pas poursuivre ce traitement, je ne m'y opposerai pas. » se justifia l'incolore. « Mais c'est une décision qu'elle doit prendre à tête reposée et non sur une simple pulsion. »

Beaucoup s'insurgeraient déjà de la voir volontairement pousser sa sœur dans une telle direction, lui forçant le premier pas vers une mort plus précoce qu'elle ne devait l'être. Mais pour Loki, c'était une fin qui justifiait amplement le moyen et dont il pouvait comprendre le motif.

Ils descendirent au rez-de-chaussée pour regagner la cuisine.

Le gamin les y rejoignit aussitôt, se fichant dans les jambes de sa tante pour ne plus en bouger, enfonçant son visage rond contre son ventre comme pour s'y cacher. De sa main valide, Anna lui caressa doucement la tête tout en jetant un regard absent au bandage imbibé de sang de sa main gauche.

« Tu saurais me recoudre ? » demanda-t-elle dans un murmure.

La question n'était évidemment pas adressée à l'enfant.

« Il ne m'a jamais été donné l'occasion de faire une telle chose. » répondit simplement Loki.

Quittant finalement sa main des yeux, l'incolore le regarda avec toute l'attention que sa fatigue pouvait lui permettre. Son expression eut quelque chose de résigné.

« J'imagine qu'il y a une première fois à tout. » conclut-elle avec dépit. « De toute façon, ma main droite tremble trop pour que je puisse m'en charger toute seule... et j'ai de la codéine. »

L'incolore sembla se réjouir un peu de ce dernier point, mais cela paraissait être un maigre réconfort aux vues de la situation.

Elle s'installa sur une chaise et laissa le gamin se hisser sur ses genoux, se contentant de le tourner vers elle pour qu'il ne voit pas sa blessure. D'un mouvement mal assuré, elle défit son bandage devenu inutile. La mallette de soins n'ayant pas quitté la table depuis la dernière fois, Anna y piocha un tube en plastique qu'elle décapuchonna. Deux comprimés s'échouèrent sur le bois de la table et elle les porta à sa bouche pour les avaler.

« Codéine. » l'informa simplement l'incolore, avant de l'inviter à prendre place à son tour. « Prends l'aiguille et désinfecte-la, puis fais-en de même avec le fil. Tu vas suturer le dos de ma main en premier, mieux vaut que tu t'essayes d'abord sur le côté le moins sensible... »

Recoudre celle qui en avait auparavant fait de même pour lui, quelle ironie.

Loki prit une chaise et considéra avec une attention particulière la tâche qui venait de lui être incombée. Sous ses yeux, la plaie n'était pas belle à voir. Le sang avait coagulé par endroit, noyant la coupure et rendant indistinguable ses abords. Il allait lui falloir nettoyer cela en premier lieu.

Ce ne fut pas une chose plaisante. Refermer sa chair et la panser.

En face, Anna piquait du nez de temps à autres ou humait d'un air distrait les cheveux de son neveu, surveillant toujours d'un œil ses faits et gestes, le guidant lorsque nécessaire. Il n'y avait que le frémissement léger de ses lèvres qui témoignait chez elle d'un certain inconfort, peut-être même de la douleur, en dépit de l'antalgique qu'elle avait pris.

Son expression se noya progressivement dans un brouillard de fatigue, ses yeux se nimbant d'une indifférence exténuée et atone. Sa voix sans force ne devint plus qu'un murmure et, quand Loki acheva enfin le réassemblement de ses chairs malmenées, elle semblait n'être plus qu'une ombre d'elle-même, silencieuse et fade, comme dépourvue de toute volonté. Même le remerciement qu'elle lui adressa n'était que des mots prononcés sans la chaleur qui auraient dû les accompagner.

Il l'observa, elle et ses gestes devenus ceux d'un automate, réchauffer les restes de la veille pour le dîner de ce soir et envoyer quelques messages via son portable, probablement des directives à l'adresse de ses subalternes. Il n'obtint d'elle aucune réponse lorsqu'il offrit son aide. Son air absent lui confirma seulement qu'elle n'avait pas entendu sa proposition, qu'il n'eût même pas envie de réitérer, sachant pertinemment le refus obstiné et exténué qu'il récolterait en retour. Il se résolut à devoir la laisser gérer les choses, seule.

Sans surprise, l'incolore brilla par son manque d'éloquence au cours du repas.

Un silence pesant s'était emparé du chalet depuis leur retour et Loki ne se sentait pas la force d'essayer de le briser. Le dîner terminé, l'incolore monta à l'étage avec l'enfant pour l'aider à se préparer pour la nuit. Loki gagna la salle de bain du rez-de-chaussée sans un mot, laissant celle à l'étage libre d'accès à la jeune femme. Il eut raison d'une telle attention en entendant la tuyauterie grincer et l'eau s'écouler entre les murs. Lui-même se doucha, plus pour se détendre que pour se débarrasser d'un semblant de crasse.

Toutes les lumières étaient éteintes lorsqu'il regagna l'étage et ses propres quartiers. Seul un faible rai de lumière en provenance de sa chambre se glissait sur le plancher du palier.

Poussant la porte, ses yeux accrochèrent immédiatement une masse raide de cheveux blancs et humides ainsi qu'une silhouette glissée sous les draps. Déjà profondément endormie, Loki contempla un bref instant Anna avant de s'allonger à ses côtés.

Qu'elle choisisse son lit plutôt que de passer la nuit avec sa sœur ou sur le canapé, semblait tomber sous le sens, mais il ne put s'empêcher de s'enorgueillir de ce simple fait. Le préférer, lui, à elle et à la solitude.

Tendant une main vers son visage, il dégagea quelques mèches folles de ses paupières closes, laissant au passage son pouce s'attarder sur une pommette haute et ses doigts passer dans sa chevelure blanche.

Sa peau avait perdu de sa chaleur, remarqua le dieu, et ses cheveux, de leur éclat.

« Tu devrais faire plus attention à toi. » lui dit-il, avant d'éteindre la lumière.

Dans l'obscurité nouvelle, il rangea dans un coin de sa tête la sensation d'avoir effleuré un relief inhabituel derrière son oreille. Celui d'une cicatrice en courbe, fine et discrète.

..

...

Loki fut réveillé le lendemain matin par une main secouant timidement son épaule.

Ouvrant péniblement un œil, il avisa la tête ronde de l'enfant et son expression contrariée.

« Allons bon... Qu'est-ce que tu veux ? » soupira le dieu, gardant pour lui sa surprise de ne pas avoir entendu le morveux entrer dans sa chambre, ce qui n'était pas faute d'avoir l'ouïe fine et les sens en alerte depuis le retour de l'irascible sœur.

« J'ai faim. » bougonna en retour la demi-portion.

Le voilà bien avancé.

« Demande à ta tante. » renifla-t-il, désireux de retrouver le sommeil et son silence.

Pour toute réponse, l'enfant pointa un doigt par-dessus son épaule, tout en le fixant de ses yeux durs et obscurs. Suivant du regard ce que le petit lui désignait, Loki avisa la forme endormie à ses côtés.

Soit, le dieu devait avouer que ce réveil des plus inhabituels lui avait momentanément fait oublier qu'il ne s'était pas couché seul la veille.

« Elle se réveille pas. » indiqua platement l'enfant, en rien perturbé par le fait de l'avoir trouvée dans le lit du dieu. « Et maman non-plus. »

Ce qui expliquait pourquoi le môme avait jeté son dévolu matinal sur lui.

Loki regarda pensivement l'incolore étendue à ses côtés, doutant que la pousser hors du lit soit une solution envisageable. En faire autant avec le dragon qui sommeillait dans l'autre chambre, ne semblait pas non-plus être une idée lumineuse, d'autant que son repos forcé était un gage de tranquillité aussi longtemps qu'il durerait.

La grogne au ventre et trépignant d'un pied sur l'autre, l'enfant campa sur ses positions, prêt à tenir un siège à son chevet -comme si Loki avait besoin de ça dès le réveil...- et le toisa, dans l'évidente attente d'une quelconque réaction de sa part.

Comprenant que le morveux ne bougerait pas d'un pouce ni ne piperait mot tant qu'il ne répondrait pas à sa demande, Loki abdiqua dans un soupir aussi contrarié que résigné, se redressant finalement dans son lit.

Fichu gamin trop têtu.

« File. J'arrive. » grogna le dieu.

Le gamin se dandina bizarrement avant d'enfin déguerpir, traînant ses pieds sur le tapis puis le parquet avant de passer le seuil de la chambre. Le dieu regarda sa porte laissée grande ouverte en grinçant des dents, avant de jeter un second coup d'œil à la silhouette endormie à ses côtés.

« Oh mais de rien. » fit Loki avec ironie.

Anna ne répondit rien bien sûr et peut-être que le dieu lui envia son sommeil profond, immunité temporaire qui l'exempta de la corvée que l'enfant incarnait à lui seul.

Enfin, une corvée...

Ses propres enfants s'étaient, à bien des reprises, montrés plus retorses et difficiles que le neveu taciturne de l'incolore, mettant souvent sa patience à rude épreuve.

Soupirant de nouveau, il se dégagea des draps et sortit du lit. Il considéra un moment la figure endormie et sans couleur d'Anna, avant de remonter la couette jusqu'à couvrir ses épaules. Le visage à moitié enfoncé dans l'oreiller, elle ne bougea pas d'un cil. Le regard de Loki dévia jusqu'à ses cheveux et, d'une main prudente, il dégagea les quelques mèches rassemblées derrière son oreille.

L'objet de ses pensées apparut clairement dans la lumière du petit jour, se faufilant entre les racines de ses cheveux.

Nette et d'un tracé qui ne semblait rien devoir au hasard, la cicatrice qu'il avait effleuré la veille remontait discrètement le long de son crâne, formant un arc de cercle pas plus grand que deux phalanges.

Cette vision le laissa perplexe.

Il pourrait, bien sûr, investiguer un peu plus à ce sujet. Mais, même si profiter de la vulnérabilité des autres pour assouvir sa curiosité ne lui avait jamais posé aucun cas de conscience, il hésita grandement à laisser ses mains partir en quête d'éventuelles autres marques. Et ce n'était pas l'envie qui manquait.

Celles entraperçues sur l'une de ses épaules, bien plus légères et moins discernables que les autres, demeuraient un mystère que le dieu n'avait toujours pas eu occasion de percer.

Et, Loki ne le savait que trop bien, il y avait derrière chaque marque, une histoire. De batailles majoritairement, chez les Ases. Mais pour une humaine de sa carrure, de telles scarifications n'étaient probablement pas le fruit du fer que l'on croise avec l'ennemi. Du moins, peut-être pas de la même manière, en ce qui la concernait.

Arrachant ses yeux à regret de la peau immaculée d'Anna, le dieu se détourna.

Il y avait au bas des escaliers un petit sauvageon qui attendait que quelqu'un daigne bien le nourrir et, bientôt il fallait s'en douter, une meute entière qui en attendrait de même de lui.

..

...

La suite fut une attente presque paisible, rythmée de parties d'échec que le dieu avait enfin tout le loisir d'achever, de lecture de contes plus grotesques les uns que les autres -la littérature midgardienne destinée aux plus jeunes, n'avait décidément rien d'intéressant à offrir, si ce n'était des messages simplistes et bien souvent stupides-, d'études studieuses des composants de la lance chitauri et de chapardages dans les placards de l'incolore.

La journée entière passa sans qu'aucune des deux sœurs ne se manifesta.

A la nuit tombée, il mit l'enfant au lit, foulant de ses pieds le sol de la chambre du petit pour la première fois.

Un lit défait dans un angle, une pile de coussin dans l'autre, un tapis épais au centre et des montagnes de jouets qui jonchaient le parquet. La chambre de l'enfant n'était pas un exemple d'ordre, mais ce n'était pas le bazar chaotique auquel il s'était attendu. Sans surprise, il retrouva la ramure de cerf, trônant sur une commode en bois, et le crâne canin, grossièrement planqué sous le sommier du lit, l'incolore lui ayant rendu ses effets il y a peu.

Fait notable, le mur du fond était une peinture grandeur nature des bois environnants, donnant l'illusion d'un passage, aussi impossible qu'improbable, vers l'extérieur. Ce morceau de forêt factice, fallait-il préciser, était représenté sous la neige, à l'identique des environs actuellement figés sous le froid hivernal.

Loki s'en approcha, jetant un œil aux détails qui habillaient un tel décor. Il frôla un tronc d'arbre du bout du doigt, trouvant drôle la sensation rugueuse que donnait la texture de la fresque, imitation proche de celle de l'écorce.

« C'est maman qui l'a fait. » déclara l'enfant dans son dos, pas peu fier de le lui préciser.

Il grimpa dans son lit et se débattit avec la couette épaisse jusqu'à ce que le dieu n'ait pitié de lui et ne vienne le border. L'expression fermée de son visage s'était altérée sous l'effet de la fatigue et le petit clignait ses yeux embrumés en un lent mouvement de paupières.

« Dors maintenant. » lui dit Loki.

Il quitta la chambre enfantine pour regagner la sienne, non sans sourire en coin à l'entente du « Goodnight » chuchoté et mal articulé que lui souffla le gamin dans son dos lorsqu'il passa le seuil de sa porte.

De retour dans ses quartiers, il retrouva dans son lit la forme pâle et recroquevillée sur elle-même d'Anna. Elle avait bougé dans son sommeil et Loki dut batailler quelque peu pour la dégager des draps dans lesquels elle s'était elle-même emprisonnée. Une fois réinstallée, il apposa le dos de sa main contre son front et fut satisfait de ne lui trouver aucune fièvre. Il jeta également un œil à son bandage qui était, fort heureusement, resté en place et ne présentait nulle trace de sang, signe que les sutures qu'il avait réalisées, avaient tenu.

D'ici demain matin, elle serait pleinement remise, jugea-t-il. Blessure à part.

Récupérant sur son bureau l'un des livres fournis par l'incolore, le dieu s'installa sur le couvre-lit, dos appuyé contre le montant.

Les bases du nucléaire.

Il était grand temps de creuser un peu plus sérieusement la question en épluchant l'ensemble des documents qu'Anna avait mis à sa disposition. Et quoi de mieux qu'un peu de lecture en agréable -bien qu'endormie- compagnie pour cela ?

..

...

Rien qu'à l'odeur du bacon grillé, des œufs brouillés et du pain chaud, Loki sut qui était réveillé, bien avant de se retourner parmi ses draps pour aviser l'absence d'Anna.

Il descendit à la cuisine pour l'y retrouver.

« Hello there. » fut-il aussitôt salué.

Elle ne prit la peine de se détourner de ses fourneaux que lorsque que deux assiettes furent remplies, tendant aussitôt l'une d'entre elles au dieu. Il s'en saisit en lui lançant un regard évaluateur, notant qu'elle ne se servait pas de sa main gauche et que toute tension avait déserté son visage.

« Tu as retrouvé quelques couleurs, on dirait. » la piqua-t-il avec ironie, quelque part soulagé de la voir suffisamment reposée pour réendosser ses fonctions au sein de la maison.

L'incolore sourit en coin mais ne commenta pas, préférant s'installer avec lui à table. Sur le plan de travail, la cafetière ronronnait et le toasteur grésillait tranquillement, laissant l'air se charger des arômes amers du café et ceux, plus gourmands, du pain grillé.

L'ambiance se chargea d'un silence doux, que même l'arrivée de l'enfant ne perturba pas. Cette matinée semblait avoir un goût de renouveau pour la jeune femme, dont la sérénité fraîchement retrouvée lui fut agréable. Les toasts et le café furent servis, accompagnés de sucre, de beurre et de confiture. Le petit eut, comme à son habitude, droit à son chocolat chaud, ajoutant une saveur de plus aux maelstrom d'odeurs qui embaumaient déjà la cuisine.

Quand des pas firent grincer les marches de l'escalier, Loki se dit que toute paix ne durait jamais bien longtemps.

Lisbeth apparut à l'encadrement de la porte où elle fit une halte, avant de traverser la cuisine d'un pas hésitant pour se joindre à leur tablée. Elle ne prononça pas un mot, ce qui força le dieu à revoir son jugement. Sa sœur la servit aussitôt d'un café et d'un bol de porridge, qu'elle mangea sans grand entrain.

Il ne semblait y avoir nulle rancœur entre elles, que le ressentiment aille dans un sens ou dans l'autre.

Les minutes suivantes ne furent rythmées que par le bruit des couverts s'entrechoquant et le fumet dégagé par les assiettes de chacun. Les rayons du soleil en pleine ascension perçaient à travers les fenêtres de la cuisine, faisant briller quelques paillettes de poussière qui flottaient dans l'air ambiant.

Ce calme étrange avait quelque chose d'apaisant.

« Ta main ? » s'enquit finalement Lisbeth, rompant le silence.

« Rien d'irréparable, a priori. » répondit simplement Anna.

Il semblait que le traitement administré à sa sœur, avait fait effet, en témoignait l'absence d'agressivité déraisonnée dans ses paroles. D'une manière générale, elle paraissait plus alerte et l'esprit moins abruti par les drogues et la maladie. Ce revirement d'attitude était assez surprenant, mais Loki ne douta pas que l'animosité qu'elle manifestait d'ordinaire à son égard était, pour autant, loin d'être effacée.

Son regard avait, malgré tout, encore quelque chose de vague. Le dieu gagea que sa convalescence était loin d'être achevée, en dépit de la nette amélioration de ces dernières vingt-quatre heures.

..

...

Anna ayant repris les rênes de la maison, Loki s'autorisa plusieurs excursions au bois calciné, plus au Sud. Non pas qu'il fuyait son hôte ni les murs du chalet, mais il préférait éviter toute confrontation avec la sœur colérique. Jusqu'ici elle avait plus ou moins poursuivi son évitement soigneux de sa personne -ce qui n'excluait pas quelques échanges de mots âpres et hostiles lors d'hasardeuses rencontres- et il était désireux de ne pas la voir se mêler de ses affaires.

Alors, quand le dragon semblait retrouver ses humeurs les plus exécrables, le dieu s'occupait ailleurs, profitant du silence mortuaire de l'ancienne forêt pour recentrer ses propres pensées et éviter de songer à combien une certaine tête rousse serait du plus bel effet au bout d'une pique. Ou d'une pertuisane...

Qui-plus-est, l'arme chitauri était encore loin d'être achevée dans sa remise en état, même en dépit des nombreux réajustements effectués.

Il y avait toutefois du progrès. Le rayon était plus net et plus précis, et sa lumière, bien moins brouillonne qu'elle ne l'était au cours des premiers essais. Peut-être lui faudrait-il recourir à l'aide d'Anna pour user de sa magie et étudier la stabilité du dispositif d'alimentation jusqu'en son cœur. Pas question, en revanche, de faire une telle chose à proximité de l'insupportable sœur. Loki tenait à préserver le secret de ses pouvoirs et l'assistance indispensable que constituait l'incolore sur ce plan.

Arme en main, le dieu quitta le désert d'arbres fantômes pour regagner le périmètre du chalet. A force de venir en ces lieux, ses bottes avaient fini par se teindre d'un gris sale et cendreux.

Une truffe humide et balafrée s'attarda sur la suie qui s'y étalait par couches.

Etonnamment, ce gros bêta de chien roux le suivait désormais à la trace, la ligne du dos abattue et les pattes traînantes, non pas parce que l'animal souhaitait une quelconque revanche après la correction qu'il avait récoltée en le défiant lui et Anna, mais plus comme une vaine tentative de reprendre un peu de galons au sein de la meute.

Les autres bêtes de l'incolore avaient eu un changement d'attitude radical à son égard, le persécutant à tour de rôle et le repoussant toujours jusqu'à l'orée des bois environnants, comme si le rouquin avait perdu son droit d'accès au chalet et n'était devenu rien de plus qu'un indésirable. Plus rejeté encore qu'Åska ne l'avait été durant ses premiers jours dehors, il était probable que le chien ne regagne jamais la place qu'il avait occupée au côté de l'incolore, pour la simple raison que ses pairs canins ne le laisseraient pas faire.

Alors, cet imbécile de cabot n'était plus réduit qu'à devoir courber l'échine et faire tête basse, suivant le dieu -qui était bien le seul à ne pas le repousser- dès qu'il l'apercevait dehors. Anna se contentait de l'ignorer, ayant plus urgent à faire que de tenter de réparer les pots cassés, et le chien n'essayait même pas de l'approcher, probablement par crainte d'une nouvelle sanction.

Loki le poussa pour qu'il arrête l'inspection minutieusement inutile de ses chaussures, sans pour autant le rabrouer.

Son oreille droite arborait désormais une belle balafre rouge en demi-lune, trace laissée par les dents d'Anna, qui n'y était visiblement pas allée de mains mortes avec la morsure.

Le chien s'éloigna d'un air penaud mais le suivit toujours. Son expression niaise et souriante avait disparu de sa face ronde et ses mouvements, bien que toujours aussi maladroits et désordonnés, avaient perdu de leur dynamisme.

Atteignant enfin les abords du lac gelé, le dieu s'arrêta un moment pour regarder les deux silhouettes qui se mouvaient en son centre. Le vent qui avait soufflé les nuits passées, avait dégagé la neige accumulée sur la glace épaisse, laissant à l'air libre son étendue d'un bleu irréel. Le môme avait alors insisté pour pouvoir y patiner, ce à quoi Anna avait aisément cédé.

Rookie émit une plainte basse et le dieu lui jeta un coup d'œil ennuyé. Les fesses dans la neige, la queue remuant la poudreuse et le regard porté sur les deux patineurs, il semblait que malgré la punition que l'incolore lui avait infligé, le chien roux se languissait de sa présence.

« Tu ne gagneras rien à gémir aussi pitoyablement. » lui dit Loki, reniflant avec mépris.

Au loin, Anna tenait son neveu par la main, lui servant de soutien alors qu'elle glissait sans effort sur la glace, le tirant à sa suite alors qu'elle patinait à l'envers, dos à la direction dans laquelle elle allait. Le petit semblait mal assuré sur ses lames de patins, comme en témoignait sa posture crispée, et se raccrochait à elle tant bien que mal.

Se décidant finalement à traverser le lac, le dieu avança d'un pas prudent, désireux de ne pas perdre l'équilibre en glissant bêtement. Dans son dos, le chien roux ne prit pas cette précaution et il l'entendit s'étaler sur la glace à plusieurs reprises.

Lorsqu'ils atteignirent la petite plaine entourant le chalet, l'animal n'attendit pas de se faire chasser par ses pairs et fila en direction des bois sans plus demander son reste, laissant Loki atteindre seul le chalet.

Apercevant un éclat de cheveux roux sous l'auvent, le dieu eut un soupir agacé.

Il gravit d'un pas las les marches en bois, jetant un regard aigu à la silhouette accoudée à la rambarde, qui lui rendit son œillade. Une cigarette allumée entre ses doigts, elle dégageait une odeur nauséabonde de fumée et de tabac, et lui adressa un sourire en coin mauvais lorsque cela le fit froncer du nez.

« Qu'est-ce que tu faisais avec une arme alien et mon chien ? » demanda-t-elle sans détour, à la fois acide et ennuyée.

« Rien qui ne te concerne. » répondit Loki avec indifférence, avant de s'arrêter à son niveau. « Quant à ton animal de compagnie, il offre sa loyauté à n'importe qui. »

Le n'importe qui, l'incluait plus elle que lui, ce que Lisbeth ne manqua pas.

Son expression se fit un peu plus contrariée et elle porta sa cigarette à sa bouche, son extrémité rougeoyant à mesure qu'elle s'intoxiquait avec, tout en le toisant de ses yeux trop clairs. A croire qu'il lui fallait sans cesse s'empoisonner d'une manière ou d'une autre.

Elle jeta finalement un bref coup d'œil à la masse rousse maladroite planquée entre deux arbres, à l'orée du bois. Son visage fut noyé par la fumée puis, le pouce et l'index entre ses lèvres, elle siffla. Quelques chiens-loups redressèrent la tête à l'appel, reprenant aussitôt leurs occupations lorsqu'ils virent qu'Anna n'en était pas à l'origine. Au loin, Rookie se contenta d'émettre un aboiement dépité, trépignant sur place sans pour autant franchir la frontière protectrice du sous-bois.

L'expression de Lisbeth se pinça.

« Mais qu'est-ce qu'il fout cet idiot... » marmonna-t-elle, suspicieuse.

Son regard se reporta automatiquement sur lui.

Il lui rendit un sourire faussement innocent, avant de lancer :

« Ce n'est pas de mon fait. »

Mâchoires serrées, le regard de Lisbeth se détourna pour fixer la silhouette se mouvant avec aisance sur le lac. Elle ne dit rien, mais reprit quelques bouffées de sa cigarette, ses gestes habités d'une certaine contrariété.

Considérant qu'il avait enfin mouché sa répartie, Loki lui tourna le dos et fit un pas en direction de l'entrée. Inutile de perdre davantage de temps avec elle.

« Tu te la tapes, non ? » fut la question qui le retint pourtant devant la porte close du chalet.

A cela, il n'eut même pas envie de répondre.

« Je prends ça pour un oui. » poursuivit Lisbeth d'un ton sans émotion.

Il lui adressa un regard lourd d'avertissements, prêt à lui cracher ses vérités les plus horribles si elle osait prononcer ne serait-ce qu'un mot de travers à son égard.

« Si tu veux un bon conseil... » ajouta-t-elle, marmonnant presque. « ...ne t'attache pas à elle. »

Cela ressemblait plus à une mise en garde qu'une injonction de sa part.

L'irascible sœur lâcha un soupir énervé et amer, avant de commenter à voix haute :

« Elle a eu plus de peine quand mère a collé une balle dans le crâne du chien, que lorsque je suis partie de la maison. » Elle renifla. « Pas même une larme pour moi alors qu'elle a pleuré le clebs durant des heures. »

Elle expira quelques volutes de fumée avant d'écraser sa cigarette contre le bois du garde-corps, prenant son temps avant de délivrer la fin de son message.

« Si jamais elle te prête un tant soit peu de sentiments, rappelle-toi ceci. » articula-t-elle, mauvaise, jetant son mégot d'un geste négligeant. « Ici, les chiens sont ceux qui ne manquent jamais de rien. Demande-toi donc si tu n'en es pas devenu un. »

Ce furent les mots de trop.

..

...

Contrarié n'était pas un mot suffisant pour définir l'imbroglio noir de pensées désagréables qui hantait son esprit. Les mots assassins de l'irascible sœur l'avaient poursuivi toute la journée durant et rien ne semblait pouvoir atténuer cette espèce de rage qui n'avait depuis cessé d'enfler sous son crâne et en son cœur.

Maudite humaine et sa langue mauvaise.

N'aurait-ce été pour l'attachement de l'incolore envers sa propre sœur, l'odieuse femme aurait déjà connu les pires sévices puis le trépas entre ses mains, qu'il rêvait de voir tordre le maigre cou de ce parasite ambulant.

Et il l'avait eu, ce cou, d'une main, comprimé mais pas tordu.

Ses doigts avaient serré suffisamment fort pour empêcher l'air et ses quelques relents de fumée, de sortir de ses poumons. La surprise sur son visage muet avait été un régal. Plaquée contre la porte du chalet par la seule force de sa poigne, elle avait tenté de se débattre, rouant de coups son bras dans le vain espoir qu'il la relâche.

« J'ai déjà toléré bien trop de choses à ton égard et il y a des limites à ma patience qu'il ne vaut mieux pas franchir. Encore un mot de travers et je m'arrangerais pour que plus personne n'ait à pâtir de ton insupportable voix. »

Mais elle n'avait rien voulu entendre, alors il avait appuyé. Plus fort. Jusqu'à ce qu'elle arrête de lutter, pétrifiée de peur.

« Méprise-moi autant qu'il t'en plaira, cela ne changera rien au fait que tu seras toujours une source de problèmes. » Sa propre colère avait pulsé à ses tempes et l'envie de serrer toujours plus fort lui avait creusé l'estomac d'une faim violente. « Tu n'es rien de plus qu'un poids mort, une demeurée bien incapable de voir ses torts et toujours prompts à en causer aux autres. C'est à se demander pourquoi ta propre sœur ne t'a pas laissée à ton sort.»

Et, quand le pouls sous ses doigts avait commencé à faiblir, il l'avait repoussée, la jetant au sol avec un mépris mal contenu, alors qu'il aurait suffi de presser encore un peu plus sa main pour séparer sa tête du reste de son corps.

Il aurait voulu la tuer.

Mais se confondre dans son ire lui aurait valu bien pire que les foudres de l'incolore, dont Lisbeth restait -malgré tout- la sœur qu'elle avait maintenue en vie ces derniers jours au dépit de sa propre santé. La sœur, donc, qu'il ne fallait certainement pas tuer.

Pour un prétendu chien, il pensait n'avoir pour laisse que ses bracelets. Mais ce genre d'injonction le laissait penser que ceux-ci n'étaient pas les seuls liens qui l'avaient asservi.

Il fallait constater qu'aujourd'hui il se pliait bien plus aisément aux volontés de l'incolore que par le passé. Preuve en était de sa profonde envie de faire définitivement taire l'irascible sœur, qu'il ne pouvait assouvir pour la simple raison que cela déplairait à son hôte. Fût un temps, il aurait utilisé la manière forte pour dissuader la rouquine de lui chercher des comptes dès le premier mot de travers de sa part. Dire qu'il avait fallu attendre une insulte aussi basse, il s'en sentait...

Irrité.

Les nombreuses lames présentes dans la cuisine lui avaient travaillé l'imagination jusqu'à la fin de l'après-midi et il rongeait désormais de plus en plus mal son frein d'être ainsi réduit à éviter un conflit qu'il souhaitait pourtant voir éclater. L'idée l'en rendait presque sourd, trop présente pour qu'il puisse se distraire dans d'autres réflexions. Il se sentait partir dans un cercle vicieux dont l'issue risquait de provoquer d'irréversibles dommages.

D'un côté, il en voulait à Anna d'occuper toujours plus de place dans son esprit et d'entraver la moindre de ses actions -même indirectement- lorsqu'il s'agissait de violence.

Et peu s'en fallait pour preuve : Rathkin ne devait la vie qu'au fait qu'il revêtait une quelconque importance aux yeux de l'incolore, Peskin avait été banni par cette dernière, échappant aux griefs du dieu avant de finir bêtement ses jours entre les crocs du loup jotünn, et Lisbeth avait pour seul mérite à sa survie, son lien de parenté avec elle. Aucun n'avait représenté ou ne représentait une réelle menace pour lui, mais tous lui avaient manqué de respect d'une manière ou d'une autre, chose que Loki n'avait, jusqu'ici, jamais toléré de la part de qui que ce soit.

D'un autre côté, il pouvait reconnaître la puérilité profonde qu'il y avait dans le fait de ne pas pouvoir supporter la présence nauséabonde et toxique de la rouquine alors qu'ils étaient contraints de vivre sous le même toit. D'autant plus lorsqu'il se trouvait dans la salle de bain de l'étage à fixer son propre reflet dans le miroir dans une vaine tentative de se calmer, après avoir passé des heures entières à ruminer ses sombres pensées dans sa chambre, comme un enfant bouderait dans son coin.

C'en était ridicule.

Profondément et exécrablement frustré, voilà les mots justes.

Ouvrant le robinet, Loki se passa de l'eau sur le visage à plusieurs reprises pour tenter d'évacuer les relents de tensions qui l'habitaient encore. Se passant une main à la fois lasse et énervée sur le visage pour s'essuyer sommairement, il jeta un nouveau coup d'œil à son reflet. La vision de son propre visage à l'expression courroucée ne fut pas d'une très grande aide. Il poussa un soupir irrité, se décidant finalement à quitter des yeux le miroir et à relâcher la vasque qui lui servait d'appui, pour se redresser et sortir de la salle de bain.

Il fallait qu'il se détende et trouve une distraction, quelque chose à faire qui serait capable d'éteindre le brasier qu'était devenu son esprit. Sans quoi, le dieu allait passer le reste de la journée à bouillir sous ses propres pensées.

Il était sur le point d'actionner la poignée de la porte pour sortir, lorsque le martèlement discret de pieds foulant les dernières marches de l'escalier attira son attention, son ouïe s'affutant aussitôt alors qu'il reconnaissait la sœur à laquelle appartenaient les pas.

Une drôle d'idée lui effleura l'esprit, le genre qui pourrait tenir à distance le goût aigre de sa propre rancœur. Quand les pas résonnèrent devant l'entrée de la salle de bain, il ne réfléchit pas, ouvrit la porte à la volée et l'attrapa, tirant à lui sa silhouette pour l'obliger à entrer dans la pièce. Il l'immobilisa d'un bras en travers de la taille, forçant son dos à demeurer contre lui, et plaqua sa main sur ses lèvres pour empêcher le moindre de son de s'en échapper, l'étouffant presque.

Un coude lui frappa immédiatement les côtes, le corps piégé entre ses bras se débattant aussitôt. Il sentit même la morsure appuyée d'ongles sur ses avant-bras, raclant désespérément -et futilement, fallait-il le souligner- contre sa peau, presque vicieusement, cherchant autant à lui faire lâcher prise qu'à le blesser.

Une telle réaction ne l'amusa pas, mais le fit tout de même sourire.

Il l'attira jusque devant le miroir et, dès lors qu'elle aperçut leurs reflets et le reconnut, cessa soudainement tout mouvement.

Les pupilles pourpres d'Anna le fixèrent avec un étonnement non feint, noyées dans ses yeux écarquillés.

Quelques-unes de ses mèches folles brossèrent la joue du dieu au rythme de sa respiration saccadée et il put sentir contre le dos de sa main, toujours pressée contre ses lèvres, son souffle irrégulier. Il maintint sa prise, le temps qu'elle se remette de ses émotions, pressant toujours son corps contre le sien et se départant difficilement de son sourire. Eventuellement, elle retrouva son souffle et les hauts et bas agités de sa poitrine ralentirent, de même que le tressautement nerveux de ses épaules, mais elle ne lâcha pas son avant-bras pour autant, ses ongles résolument enfoncés dans sa chair. Le geste avait probablement quelque chose de punitif après la frayeur qu'il lui avait causée.

Quand elle reprit enfin ses esprits, son reflet le questionna du regard et il ne répondit qu'en pressant un doigt contre ses lèvres pour lui intimer le silence auquel, d'ordinaire, elle tenait tant.

Hors de question que quiconque ne vienne interrompre ses plans, surtout lorsqu'il avait enfin la pleine attention de l'incolore.

Le reflet d'Anna lui adressa un regard ennuyé mais lui donna tout de même son assentiment en opinant du chef avec une certaine réserve. Libérant sa bouche, sa main descendit jusqu'à s'apposer contre la base de sa gorge pâle pour mieux la presser contre lui, son dos rencontrant plus fermement son torse sans qu'il ne sente une seule résistance chez l'incolore, en dépit de son évidente réticence. Sous sa paume courraient les reliefs de ses clavicules et quelques battements de cœur affolés. Attentive, elle garda un œil sur le miroir, suivant de ses yeux trop clairs le moindre des mouvements du dieu, le visage emprunt d'un léger scepticisme.

« J'ai besoin d'une distraction. » chuchota-t-il à son oreille, récoltant un haussement de sourcil interrogateur en retour.

Il y eut comme un éclair de compréhension traversant son visage lorsque Loki appuya sa tête contre la sienne et laissa sa main libre dévaler son flanc gauche, de ses côtes jusqu'à la courbe de son bassin, s'attardant contre le creux de sa hanche au passage. Ses doigts accrochèrent sa ceinture et, comme elle ne protestait toujours pas, suivant simplement du regard ce que leurs reflets étaient en train de faire, il en défit la boucle.

L'ouverture de son pantalon ne lui opposa pas plus de résistance et, quand il s'immisça enfin dans son sous-vêtement, elle s'accrocha plus fermement à son avant-bras, non pas pour se défaire de sa prise mais pour l'empêcher de la lâcher une seule seconde, obligeant son bras à demeurer contre elle alors qu'elle s'appuyait soudainement contre lui.

« Je ne vais nulle part. » lui dit-il dans un murmure bas.

« J'espère bien. »

Sa voix avait quelque chose de désespérément pressant en dépit de l'ironie qui accompagnait ses mots, la retenue qui avait emprunt les traits de son visage, comme envolée.

Sauf erreur de sa part -ce qui n'arrivait jamais-, l'anatomie féminine humaine était plus que similaire à celle asgardienne et il en eut rapidement la confirmation lorsqu'il partit en quête de ce point réputé si sensible, l'attention forçant aussitôt un soupir entre les lèvres pâles de l'incolore. Il s'y attarda consciencieusement, jusqu'à entendre contre son oreille les tressaillements d'une respiration haletante. Progressivement, son corps se mit à s'étirer et à tanguer entre ses bras, sa tête penchée sur son épaule oscillant doucement sur un rythme lascif.

Jouer de l'ensemble de ses doigts contre son sexe lui valut un gémissement semi-étranglé et un intéressant coup de bassin contre le sien, qui se répéta à quelques reprises avant de devenir un balancement continu, coordonné avec les mouvements de sa main entre ses jambes. La friction de ses fesses contre lui était enivrante et il s'appliqua à la satisfaire dûment, ne serait-ce que pour ce frottement indécent contre son entrejambe.

Les yeux d'Anna s'étaient rapidement clos, la jeune femme profitant éhontément des sensations qu'il lui procurait, et Loki ne détacherait pour rien au monde son regard du miroir, ses yeux affamés ne quittant pas leurs reflets une seule seconde, avides de l'image de leurs corps enlacés.

Quand les inspirations de l'incolore se firent plus gémissantes, il délaissa sa prise sur sa gorge pour replacer sa main sur sa bouche et étouffer le plaisir qui la franchissait. Ils ne souffriraient d'aucune interruption de la part du monde extérieur, Loki y veillerait jusqu'au bout. Il aurait l'incolore entre ses bras et sous son touché aussi longtemps que le désir lui en tiraillerait le bas-ventre.

Sous ses doigts, sa chair devenait toujours plus humide et brûlante, lui donnant envie de plus, de s'investir plus profondément en elle et de la ravir jusqu'à sentir le mouvement constant de ses lèvres et la vibration chaude et basse de ses gémissements contre sa paume. Doucement, il se glissa en elle et la chaleur qui entoura ses phalanges lui embrasa les sens. Une main pâle s'enroula autour de son cou, remontant jusqu'à l'arrière de son crâne pour y agripper ses cheveux, tirant presque durement sur ses mèches et l'attirant dans une embrasse toujours plus possessive.

Leurs joues se brossaient l'une contre l'autre alors que leurs corps dansaient ensemble, son bassin suivant désormais les mouvements du sien. Loki avait faim du moindre contact, oubliant jusqu'à la barrière de leurs vêtements et s'imaginant la friction de sa peau blanche contre la sienne, au gré des halètements et petits gémissements qu'il étouffait de sa main.

La caresse qu'il lui prodiguait était aussi dure que paresseuse. Rien ne pressait, après tout, et il avait trop attendu une telle intimité à son goût pour régler la chose aussi négligemment. La main qui empoignait ses cheveux, semblait du même avis, l'obligeant à demeurer contre l'incolore et le défendant de mettre prématurément fin à leur petit entretien, aussi long puisse-t-il être.

Les minutes suivantes gagnèrent en intensité et il réalisa qu'il avait les yeux fermés lorsqu'il sentit quelque chose d'humide contre son avant-bras sans savoir de quoi il s'agissait. Soulevant difficilement ses paupières il aperçut dans le miroir leurs deux silhouettes imbriquées et échevelées, sa propre main se perdant dans un pantalon qui n'était pas le sien et le visage rongé par l'extase d'Anna, avant de remarquer l'état de son bandage. Imbibé d'un rouge devenu trop familier.

Ses ongles toujours enfoncés dans le bras du dieu, la poigne farouche de sa main blessée avait suffi pour rouvrir la plaie, qui semblait malgré tout être le cadet des soucis de la jeune femme.

Même poisseuse, sa prise sur lui n'en était pas moins ferme.

Loki décida également d'ignorer la blessure, le temps d'achever leur petite affaire.

Leur étrange étreinte se fit plus saccadée et erratique, guidée par le seul rythme de ses doigts. Il accompagna son plaisir de caresses toujours plus appuyées, toujours plus intenses, décidé à mener leur danse jusqu'à son apothéose. Il la sentait proche de la jouissance alors qu'elle se pressait avec urgence contre lui, se débattant presque sans réellement chercher à échapper à ses bras. Et, à force d'insistance, elle s'arqua soudainement avant de se mettre à trembler. D'un geste spasmodique, sa main bandée parcourut son avant-bras, tirant sur sa peau et y étalant toujours plus de sang, alors qu'une poigne féroce tirait toujours plus fort sur ses cheveux.

Quand ses soubresauts cessèrent, elle se détendit ostensiblement, un gémissement d'aise se heurtant alors à la barrière de la main du dieu. Le poids de son corps contre le sien, il libéra sa bouche. De sa main nouvellement libre, il défit à la hâte l'ouverture de son propre pantalon et se saisit de son sexe pour se soulager à son tour. Avec la chaleur et l'humidité de l'incolore contre son autre main et l'envie accumulée précédemment, atteindre sa propre jouissance ne fut pas long. Il resta contre elle, la travaillant encore un peu au corps alors qu'il s'occupait aussi de lui-même. La main dans ses cheveux redescendit contre son cou en une caresse douce et Anna roula intentionnellement son bassin contre le sien. Dans le miroir, ses yeux pâles le détaillaient, ses pupilles rouges le regardant se donner du plaisir avec un intérêt non-feint. Il s'en sentit aussi flatté que désiré, accentuant un peu plus la tension qui lui étirait le bas-ventre et menaçait de se rompre à tout instant.

C'est avec son regard résolument accroché au sien qu'il vînt, dans un râle muet.

Retirant ses mains de son sous-vêtement et de celui d'Anna, le dieu prit appui contre le rebord en bois supportant le lavabo, emprisonnant sa silhouette gracile entre lui et le meuble. Il enfouit son visage contre son cou, fourrageant paresseusement parmi ses mèches blanches alors qu'ils reprenaient tous deux leurs souffles. Du bout de ses lèvres, il pouvait goûter le sel de sa peau et sentir le pouls de l'incolore ralentir doucement.

Contre son propre cou, une main pâle avait repris ses caresses, cette fois-ci plus apaisantes qu'excitantes, le massant gentiment pour effacer les dernières tensions de leur échange et l'empêcher de quitter son giron.

« A charge de revanche. » finit par murmurer Anna, le citant au mot près avec une respiration encore légèrement haletante, comprenant finalement qu'il venait de lui retourner la faveur qu'elle lui avait auparavant accordée.

« Que veux-tu... » sourit-il contre ses cheveux. « ...je suis un homme de parole. »

L'incolore eut un léger rire dont il sentit les tressautements contre son torse. Elle pencha sa tête sur le côté, pour pouvoir apercevoir son visage dans le miroir.

« Un homme de bien des mots, oui, mais un homme de parole, ça... » dit-elle à son reflet, la voix basse et les yeux pétillants.

Il mordilla la peau de son cou pour la punir de ses mots précédents et ne réussit qu'à lui arracher un frisson et un sourire malicieux.

Levant sa main blessée à hauteur de son visage, Anna avisa son bandage ensanglanté avec une moue ennuyée. Elle retira la bande de tissu devenue inutile pour rincer sa plaie à l'eau claire. Débarrassée de l'excès de sang, elle observa minutieusement les sutures présentes sur les deux côtés de sa main et, par-dessus son épaule, Loki en fit de même. Les fils, constata-t-il, étaient légèrement défaits.

Utilisant prudemment sa main blessée, elle se saisit des deux poignets du dieu pour attirer ses mains sous le jet d'eau et entreprit de les lui laver consciencieusement, le débarrassant des traces de leur plaisir mutuel et s'occupant d'enlever le sang séché qui lui maculait l'avant-bras. Loki se détendit sous son touché, appréciant le parcours doux et appliqué de ses doigts pâles sur sa propre peau, réveillant presque le désir qu'il venait tout juste d'assouvir.

Par pur jeu, il donna un coup de bassin, son sexe encore légèrement tendu derrière la barrière de son pantalon retrouvant sans mal sa place contre ses fesses, profitant de leurs positions respectives pour se frotter une dernière fois à elle en un mouvement suggestif qui ne passa certainement pas inaperçu.

Il ne lui faudrait pas grand-chose pour s'ériger à nouveau, avec les quelques relents d'excitation qui le parcouraient encore et le corps toujours étroitement imbriqué contre le sien.

« Sois prudent avec ce que tu demandes. » l'avertit simplement Anna, quelques notes basses et chaudes dans la voix, alors qu'elle s'appliquait à sécher leurs mains.

Il appuya son menton sur son épaule, courbant le dos pour mieux la surplomber et observer le moindre de ses faits et gestes. Il pouvait calmer ses ardeurs, mais s'écarter d'elle était hors de question.

« Dans ce cas, je vais avoir besoin de récupérer mes mains. » déclara-t-il nonchalamment.

Elle eut un soupir amusé, secouant doucement sa tête de droite à gauche, puis relâcha ses paumes fraîchement lavées, le laissant reprendre ses appuis sur le meuble, ses avant-bras effleurant ostensiblement sa taille.

Le corps du dieu toujours pressé contre le sien, Anna tendit un bras sur le côté pour ouvrir un tiroir, fouillant dedans jusqu'à en sortir un petit rouleau de gaze et ce qui ressemblait à un nécessaire à couture.

« Et moi qui commençait à croire que tu étais perdue sans ta mallette de premiers soins... » ironisa Loki dans son dos.

L'incolore eut un reniflement amusé mais ne commenta pas, préférant s'atteler à sa tâche. Elle resserra les points à l'aide d'une pince, non sans grimacer lorsque cela tirait trop sur sa peau. Elle reprit le nœud défait à l'extrémité de chaque plaie et, en un rien de temps, acheva de ressouder ses propres chairs, bandant à nouveau sa main avec la gaze propre.

Quittant sa paume du regard, elle releva ses yeux pour aviser dans le miroir le dieu penché sur son épaule.

« Donc... » soupira Anna à son attention. « Qu'est-ce que je dois comprendre du fait qu'après avoir étranglé ma sœur, tu me kidnappes en douce dans la salle de bain pour perdre ta main dans mon jean ? »

Elle n'y allait pas par quatre chemins, c'était le moins que l'on puisse dire.

Il douta que l'irascible sœur soit venue pleurnicher à son propos auprès de sa cadette, et supposa que l'incolore lui avait elle-même tiré les vers du nez ou qu'elle avait déduit ce qu'il s'était passé à partir de l'état dans lequel elle l'avait retrouvée. Etonnamment, elle ne semblait pas particulièrement contrariée par sa petite altercation de tout à l'heure avec le dragon qui lui servait d'aînée, mais exigeait à l'évidence une explication.

« Mes doigts en toi, pour être tout à fait précis. » corrigea Loki, avec une indulgence ironique. « Simple effet de cause à conséquence. »

Il n'essayait pas de minimiser les faits, il n'avait juste aucune envie d'en parler et encore moins envie d'entendre l'incolore lui faire la morale. Sa réponse ne sembla en rien la satisfaire, mais son expression n'avait rien de fâchée.

« Que l'on soit clair... » commença-t-elle, la voix calme mais ferme. « ...Lisbeth est -bien que les derniers jours tendent à prouver le contraire- une adulte capable de mesurer et d'assumer l'impact de ses propres actes. Elle sait ce qu'elle sème, elle sait ce qu'elle récolte. »

« Permets-moi d'en douter. »

Elle lui jeta une œillade indifférente, insensible à son commentaire.

« Quoiqu'il en soit, ce problème-ci est le sien et le tien. Pas le mien. Tant qu'aucun de vous deux ne me pousse pas à penser le contraire... » dit-elle, terminant sa phrase par un léger soupir. Elle n'interviendrait donc pas, sauf absolue nécessité. « Je ne crois pas que tu aies besoin d'un sermon ni d'un rappel quant aux conséquences d'un geste irréversible. Ma tolérance est grande mais elle a aussi ses limites, surtout lorsque ma famille est concernée. » le mit-elle toutefois en garde, appuyant ses mots d'un regard plat. « Ce qui m'intrigue, en revanche, c'est ce que Lisbeth a bien pu dire ou faire pour provoquer une telle réaction de ta part. »

Il étouffa un rire ironique.

« Et tu crois que je vais me confesser sur ta simple demande ? » répliqua-t-il, le ton mordant.

« Je peux toujours essayer. » sourit-elle doucement, sans réellement croire à ses propres paroles. Elle lui laissa quelques secondes supplémentaires pour répondre et, le dieu refusant toujours de lui fournir la moindre explication, elle reprit : « Connaissant ma sœur, je parierai plutôt sur des mots plus que sur des faits. »

« Ne fais pas ça. » l'arrêta Loki, un certain avertissement dans la voix. Elle rassemblait les morceaux, comme toujours, mais il n'avait pas l'intention de la laisser reconstituer la vérité.

Elle s'écarta légèrement pour lui jeter un coup d'œil par-dessus son épaule, délaissant le reflet du dieu pour darder ses yeux sur son visage bien réel. Ses pupilles sanguines le fixèrent un long moment, non-pas comme si elle essayait de déterminer ce que sa sœur avait bien pu lui dire, mais plutôt comme si elle voulait s'enquérir de lui, cherchant à établir si elle pouvait creuser encore sans risquer de le braquer.

« Comme tu le voudras. » finit-elle par abdiquer, estimant visiblement que l'heure n'était pas aux investigations. Elle l'avertit néanmoins : « Mais si malgré tout je parviens à trouver, il est probable que je t'en fasse mention. » Lui adressant un dernier sourire, elle fit de nouveau face au miroir, ses yeux se chargeant de quelque chose de facétieux alors qu'elle ajoutait : « Surtout maintenant que je sais comment cela se finit ensuite. »

Le sujet semblant clos, l'incolore remit de l'ordre dans ses vêtements, en commençant par rentrer sa chemise dans son pantalon, dont elle referma ensuite l'ouverture.

Il y avait pourtant une dernière chose que Loki voulait clarifier.

Il se saisit de sa taille, attirant ses hanches en arrière pour obliger son bassin à rencontrer de nouveau le sien, avant qu'elle ne lui échappe, récupérant aussitôt sa pleine attention lorsque ses iris glacées retrouvèrent les siennes dans le reflet du miroir.

« Next time, I'd like to take you. » confia-t-il dans un souffle, ses lèvres contre son oreille, se pressant une dernière fois contre elle.

Elle acheva de reboucler sa ceinture et se retourna entre ses mains pour lui faire face, son visage si proche du sien que leurs respirations se mêlèrent. Ses lèvres se muèrent en un sourire en coin mutin et, descendant son regard plus bas, elle entreprit de s'occuper également de son pantalon, remontant sa braguette d'un geste franc.

« Next time, I'd like to taste you. » lui répondit-elle avec désinvolture, laissant sa main errer contre son entrejambe avant de se saisir des deux pans de son vêtement pour refermer le bouton du haut, achevant de le rhabiller.

Eh bien, voilà une proposition qu'il ne risquait pas d'oublier...

Après quoi, elle appuya ses mains contre son estomac pour l'inviter à reculer. Il se laissa faire, effectuant quelques pas en arrière sans la quitter des yeux, s'amusant de sa répartie vive et taquine. Elle fit quelques pas vers la porte et quitta finalement la salle de bain, non sans un dernier regard dans sa direction.

Lorsqu'elle disparut de son champ de vision, Loki se décida à regagner ses propres quartier, songeant qu'il avait besoin d'un sous-vêtement propre. Voire d'un pantalon.

..

...

Le reste de la journée se déroula sans heurt aucun. L'irascible sœur déserta les parties communes du chalet pour se cloîtrer dans la chambre de l'incolore, léchant probablement ses plaies dans son coin. Loki fut ainsi libre de déambuler comme bon lui semblait, sans s'inquiéter de sa présence nauséabonde et toxique. La houle grondant sous son crâne s'était calmée depuis sa petite entrevue avec Anna et les quelques idées mauvaises qu'il ait pu avoir, se firent plus éparses. Elles n'en demeurèrent pas moins présentes et il s'appliqua à les ignorer autant que possible.

Après le dîner, il remonta à l'étage pour retrouver le confort de sa chambre et les lectures qu'il avait laissées en suspens, s'occupant l'esprit sans trop songer aux réflexions qui avaient monopolisé son attention au cours de la journée. Il travailla jusque tard avant d'aller dormir.

Il fut réveillé dans la nuit par le son de quelques pas discrets -et pourtant si familiers- foulant le parquet de sa chambre. Le matelas s'affaissa puis un corps vint se fondre contre le sien, se pressant contre son dos nu alors qu'un bras s'enroulait autour de sa taille.

Par-delà les limbes du sommeil, il songea distraitement que cette nuit encore l'incolore le préférait à sa propre sœur, même en dépit des évènements houleux du jour-même. Il s'enorgueillit à nouveau de l'idée.

« T'a-t-elle chassée hors de ton lit ou ma compagnie est-elle si irrésistible ? » demanda-t-il dans l'obscurité, savourant l'agréable sensation de chaleur qui se diffusa dans son dos.

La main apposée contre son estomac s'égara pensivement, frottant doucement son ventre avant de se loger sur ses dernières côtes, là où la peau était plus fine.

« Un peu des deux... » murmura tranquillement Anna contre sa nuque, avant de lui souhaiter bonne nuit.

Elle s'endormit sans effort contre lui et il finit par en faire de même.

..

...


Je pense que vous aurez noté depuis longtemps que la notion de « fun » chez Loki, ne colle pas exactement à la définition lambda qu'on peut en avoir... ^^ D'autre part, la réaction d'Anna dans la salle de bain est plus un genre de « Ce n'est pas drôle. Du tout. Mais je t'en prie, continue. Je suis curieuse de voir où cette main va finir sa course. » (Initialement je voulais même caser cette phrase en anglais. "Not funny. At all. But please, keep going. I'd like to see where this hand will make its way." Mais je ne suis pas parvenue à l'insérer de manière juste donc j'ai fait sans). Dans la mesure où il s'agit toujours du point de vue de Loki, il est normal que le récit évoque peu le ressenti d'Anna et que vous ayez peut-être eu l'impression elle lui cède un peu vite dans la salle de bain. Pour moi, elle doit gérer tellement de choses, qu'elle n'est pas contre un petit moment d'évasion aussi gracieusement offert, bien qu'elle n'apprécie pas l'introduction du dieu en question. Ce n'est pas qu'elle se fiche du fait qu'il ait étranglé sa sœur, car ce n'est pas très anodin comme altercation (même si elle ne le réprimande pas, elle met quand même Loki en garde à ce propos). Elle est surtout lasse, fatiguée et habituée aux débordements de sa sœur, d'où son souhait de ne pas prendre position dans cette querelle qu'elle voit presque comme une chamaillerie inutile. Parallèlement, cela ne l'empêche pas de rester attentive aux besoins de sa sœur et de s'inquiéter du changement d'humeur de Loki.

Il faut que je vous avoue un truc, quand j'écris un lemon la plupart du temps j'ai l'impression de décrire une partie de Twister. La main droite de untel va ici, la bouche du deuxième va là, le sexe du troisième va_ Hum. Je pense que vous avez saisi l'idée ^^ J'essaie de ne pas trop tomber dans ce type de schéma descriptif, mais comme j'ai toujours envie de tout détailler c'est parfois compliqué. Et plus les personnages s'entortillent, plus c'est difficile à écrire !

Je me rends compte que pour le personnage d'Eliott, je m'inspire beaucoup des petites manies bizarres de mon cousin quand il avait cinq ans... Pour vous donner un exemple, lorsqu'il ne savait pas quoi faire, il se dandinait. Debout, sur sa chaise, allongé dans le canap', en dansant... Du dandinage à toutes les sauces quoi ! x)

A tout de suite avec la deuxième partie de ce double-chapitre, on n'en a pas fini sur le chien, c'est moi qui vous le dit !