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Carte Noire,

un voleur nommé désir

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Source : Gundam Wing AC

Auteure : Yuy

Bêta de lumière : Lysanea

Genre : yaoi, romance, policier et UA.

Disclamer : aucun des personnages ne m'appartient sauf Black Light, Kimo Lost/Maxwell dit « Le Joker », Scarlette, Jenna et John Johnson, Gale et l'Inspecteur Morris, Aideen dite « L'Irlandaise », Masanaga dit « Le Japonais du Sud », Joe Fisher, le Gardien du loft 781, Lionel et Jeff, Akane, Lieutenant Nanako Gotô, Yumi, Capitaine Marc Guérin, Capitaine Alec Bowers, Lieutenant Antoine Faure, Capitaine Blake McGuire, Agent spécial Kale, Jack Glade, Anita Stones, Faye Ship, Ito Li, Barbara Linardt, Stan et Shawn McGuire, Steve Harris, Akito, Towika, Eichi, les frères Studners, Commandant Giuliano Cortesi dit Elmo, Gasper, Rosy, Charles, Luca, Standford, Surk et Shin-ji…

Couples : Solo x Kimo ; Marc x Antoine

Note : Certes, je poste un peu tard… mais bel et bien ce vendredi. Ouf !

Merci Misaki ! Effectivement, j'ai pensé Solo Smith en ce sens : en mêlant les états de victime et de bourreau. Ce paradoxe est essentiel à ce dossier…

Lemon

À Ly-chan, mon impérissable

et à tous les lecteurs

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Bonne lecture !

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5 – Black Light

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R2

Ocean Park…

Au petit jour, les docks immenses, abandonnés par l'Homme pour encore quelques petites minutes, imposent un silence pesant et n'invitent pas à l'apaisement…

Qui sait ce qui peut bien se cacher entre ces hangars, muets comme des tombes, ou ce qui peut surgir au détour de l'un d'eux ?

Appréciant pourtant la brise marine et les grincements de tôles, Trowa avance d'un pas tranquille vers l'entrepôt de Joe, lorsqu'il voit Kimo adossé à la porte, l'air plus préoccupé qu'à l'accoutumé.

- Bonjour, Trowa, le salue-t-il en se redressant subitement et en esquissant un piètre sourire.

Il essaye de paraître naturel, mais Trowa n'est pas dupe et voit clairement qu'il ne va pas mieux.

*Après toutes ces années à vivre auprès de Solo et uniquement selon son goût, qu'a-t-il bien pu te faire de nouveau pour que tu ne puisses plus l'accepter ?*

- Salut. Ton mec n'est pas là ? se renseigne Trowa.

- Non et Joe nous rejoindra plus tard, le renseigne-t-il en sortant un trousseau de clés de sa poche. C'est la première fois qu'il me le confie, se réjouit-il timidement en ouvrant la porte, comme on pousse celle d'un cachot.

Il ôte ensuite sa veste, avant de ranger sa natte sous son tee-shirt.

- Pourquoi tu fais ça ? l'interroge Trowa, à brûle pourpoint.

- Je fais quoi ?

Trowa ne se donne pas la peine de répéter sa question, Kimo l'a parfaitement comprise ; celui-ci ne pousserait pas un soupir en croisant son regard, dans le cas contraire.

- Si Duo était là, il t'appellerait sûrement « Question Man : l'homme question ! », répond-il en changeant de sujet. Il avait la fâcheuse manie de baptiser tout le monde d'un tas de surnoms et diminutifs plus ou moins amicaux…

- Mais Duo n'est pas là, souligne Trowa.

Pensif, Kimo s'assombrit davantage en se dirigeant vers le salon fictif.

- Je n'ai plus parlé de lui depuis la nuit où il a disparu, confie-t-il en promenant sa main sur le dossier du canapé.

- Que se passerait-il si tu le revoyais ?

- Je ne suis pas capable de tuer, donc je pense que je le détruirai autrement, avec d'autres armes…

Bien que Trowa demeure impassible, il n'en est pas moins stupéfait par ce qu'il entend.

- Je croyais que vous étiez comme des frères.

- Moi aussi, dit-il sèchement et avec amertume. On bosse ?

- Duo a disparu, certes, mais n'est-ce pas plutôt Solo qui te tourmente ? l'interroge Trowa en ignorant sa suggestion.

Le regard de Kimo se durcit.

- Seulement parce que je ne suis pas à la hauteur de ses attentes et je crois pouvoir dire que ça ne te regarde pas !

- Je crois pouvoir dire que quelque chose a changé entre vous. Mais que, comme d'habitude, tu seras le dernier à en être informé et qu'au final, ça te retombera dessus.

Sous l'effet de la colère, la respiration de Kimo s'accélère.

- Tu n'es pas mon conseiller matrimonial, à ce que je sache. Mêles-toi de tes affaires !

- Tu refuses de voir la réalité en face.

- Va te faire voir !

- Que t'a-t-il fait, la dernière fois ?

- Tu ne sais rien de moi, rien !

Trowa s'approche d'un pas lent, comme s'il ne voulait pas effrayer un animal sauvage sur le point de déguerpir, tout en le capturant de son regard hypnotique.

Et cela doit être sacrément efficace, parce que Kimo est incapable de le quitter des yeux ; comme s'il ne pouvait se libérer de ses chaînes imaginaires.

- Tu m'as fait confiance jusqu'ici, lui rappelle Trowa d'une voix basse.

- Pour les R.L.A., uniquement, précise-t-il, moins sûr de lui.

- Fis-toi à tes premières impressions.

- …

- Au boulot.

Les heures qui défilent ensuite semblent s'étirer en années et Trowa ne lui laisse plus aucun répit… Si tant est qu'il lui en ait laissé au cours des séances précédentes !

- Attends… une seconde, s'te-plaît ! quémande finalement Kimo, à bout de souffle et les muscles endoloris.

- Pas question. Tu ne pourras pas faire de pause au loft.

- J'y suis pas !

- C'est dans deux jours. C'est tout comme.

- Je te hais !

- C'est bon signe.

- Te crois pas obligé de répondre à chacune de mes réflexions !

- Ne te crois pas obligé d'en faire.

Vaincu, Kimo pousse un très long soupir d'exaspération…

- Je te hais ! répète-t-il, avant de se remettre au travail.

Comme prévu, Joe se ramène à midi.

- Service livraison ! annonce-t-il.

- J'ai faiiim ! se plaint Kimo en venant se jeter sur la pizza.

- Juste une part et mâche longuement avant d'avaler, le commande Trowa. Sinon, tu ne pourras plus te mouvoir avec fluidité. Déjà que t'as le pas lourd…

A l'entente de cette énième critique, Kimo lui tire généreusement la langue.

Surpris, Joe hausse les sourcils, puis sourit en coin.

*Voilà comment Kimo devrait vivre !* se dit le quinquagénaire.

- Il est où, le taré ? s'enquiert-il ensuite, mine de rien.

- Joe ! le dispute Kimo.

- Mmm… Il n'est pas venu, ce matin, devine-t-il. Tu ne serais pas toi-même, sinon.

A ces mots, Kimo ressent soudainement l'envie de pleurer, l'appétit coupé.

Les heures d'entraînement intensif, la montée en violence de Solo à son égard, les allusions à Duo, au vrai Duo… Tout ça commence à faire beaucoup.

- Kimo, ma poule, ça va pas ?

- J'suis fatigué, souffle-t-il en jetant sa part de pizza sur la boite en carton.

Joe et Trowa s'entre-regardent d'un air mystérieux.

- Quitte-le ! lance le recéleur, qui tente le tout pour le tout.

- Quoi ? Mais qu'est-ce que vous avez, tous les deux ?

- Quitte-le tant qu'il en est encore temps ! le presse-t-il encore.

- Je croyais que j'étais ta poule aux œufs d'or ? Que crois-tu qu'il se passerait si je me désolidarisais de lui ?

- L'argent, oui, mais pas à n'importe quel prix.

- Je ne sais faire que ça et je n'ai que lui, Joe.

- C'est ce qu'il te fait croire, mais…

- Ça suffit ! le coupe-t-il en levant une main. J'vais prendre l'air…

Il contourne les deux hommes, puis sort en claquant la porte en fer, laissant Joe et Trowa, seul à seul, dans un silence de mort.

- C'est quand tu veux, mon p'tit ! l'interpelle Joe.

- …

- Il ne peut pas maîtriser l'art des rayons autonomes !

- Je sais.

Joe étudie longuement l'expression de Trowa… Ou plutôt, son absence d'expression !

- T'aurais été génial de notre autre côté. T'es bien certain de ne pas vouloir… ?

L'éternel silence de Trowa lui arrache un soupir.

- Solo va le détruire, si toi et tes « danseuses » ne faites rien, maintenant.

- On suit mon plan.

- Est-ce qu'au moins tu peux me dire si tu crois Kimo coupable de meurtre ?

- Je suis convaincu que Kimo n'est pas un meurtrier.

Joe se détend visiblement.

- Bon… Du coup, comme Kimo n'a plus à être inquiété et comme on sait pertinemment qu'il n'est pas capable de « danser »…

La porte grince de nouveau, interrompant net leur discussion.

- J'suis prêt, annonce platement Kimo en les dépassant pour rejoindre le « salon ».

- C'était court ! se plaint Joe.

- Allons-y, dit Trowa en emboîtant le pas à son élève.

L'après-midi et la première partie de soirée passent à toute vitesse, elles aussi…

- J'suis cassé ! se plaint Kimo en prenant appui de ses deux mains sur ses genoux, tandis que Joe ferme son entrepôt. Mais j'suis content des progrès que tu me fais faire, Trowa.

Celui-ci l'observe, l'œil brillant.

- Rends-moi mes clés, réclame Joe d'un ton sec, la main tendue vers Kimo.

- La confiance règne !

- Tu te soumets à sa volonté, rends-moi mes clefs, assène-t-il.

Kimo est blessé, une fois de plus.

- Pourquoi tu me fais ça ? Pourquoi maintenant que je dois relever un défi de taille ? Tu veux que je loupe mon coup, c'est ça ?

- Je veux que tu quittes cet enfoiré !

- T'es pas mon père ! crie-t-il à son tour en jetant le trousseau à ses pieds.

- Crois bien que si je l'étais, je te foutrais une bonne raclée ! s'emporte-t-il, en regrettant aussitôt ses paroles.

- Eh bien, eh bien ! tempère hypocritement une voix masculine, surgissant de nulle part.

Tous se retournent comme un seul homme pour voir s'avancer Solo, les mains dans les poches.

Son entrée, soudaine, dans le halo de lumière - dessiné par le lampadaire et qui illumine la porte - a quelque chose d'étrange, d'irréel… Et d'inquiétant, également, puisque les larges couloirs alentours sont, quant à eux, engloutis par l'obscurité régnante ; comme aspirés par les ténèbres. Ainsi, Solo donne l'impression de s'être extirpé d'une poche d'eau noire et brillante à la fois… Et le fait même qu'il puisse y survivre et s'en accommodé fait frissonner.

Serein, Trowa se dit que Solo a finalement bien choisi son pseudonyme.

*Black Light ou la Lumière Noire lui va comme un gant !*

- Je devrais avoir les oreilles qui sifflent, mais non, poursuit Solo en se fendant d'un large sourire sardonique.

- Tu es un être profondément mauvais ! crache Joe, à bout de nerfs.

- Fallait bien que ça sorte un jour, papy.

Comme le recéleur ne rétorque rien, bien qu'il rougisse de colère, le regard haineux de Solo glisse sur Trowa.

- Une fois ton travail terminé, je te conseille de ne plus jamais te retrouver sur ma route.

- Sol'…, intervient tendrement Kimo.

- La ferme ! aboie-t-il, ulcéré.

Sursautant, Kimo reçoit ce pic de haine comme une flèche en plein cœur.

- J'ai hâte de voir l'échéance arriver, moi aussi, répond stoïquement Trowa, en pensant à sa future arrestation.

- Ah, ouais ! Et je peux savoir pourquoi ? Ça te plait plus de p'loter mon mec ? Qui me dit que vous n'avez pas baisé dans un coin pendant mon absence ?

Trowa sourit en coin.

- Je rêve, ou tu te moques de moi ? s'excite Solo, prêt à en découdre.

- Mais non, Sol' ! s'impatiente Kimo avec une pointe de lassitude dans la voix.

Ceci à la stupeur de tous.

- Trowa est comme ça, continue-t-il sans s'apercevoir de ce qu'il encourt à le contredire. Il pose tout un tas de questions, mais ne réponds quasiment jamais aux nôtres.

- Oh ! bien, bien, bien…, dit Solo en arborant un sourire crispé. Si Trowa est comme ça !

Puis, sans crier gare et d'un mouvement brusque, Solo saisit Kimo par la mâchoire en exerçant une traction de façon à ce qu'il doive se tenir sur la pointe des pieds.

- C'est la dernière fois où tu me fais passer pour un abruti, c'est compris ? le menace Solo en serrant les dents.

Sa colère est palpable et Kimo a tout le loisir de la voir brûler dans ses yeux.

Ce dernier déglutit, le cœur battant à mille à l'heure.

- Ou… oui.

- Ça vaudrait mieux pour toi ! le prévient-il en le relâchant d'un geste sec.

Honteux et perdu, Kimo pivote en rentrant la tête dans les épaules.

En face d'eux, Joe serre les poings à se marquer profondément les paumes de ses ongles et voudrait bien refaire son portrait à Solo, mais il a reçu l'ordre de ne pas entraver le plan des preventers. Ce qui ne l'empêche pas de bouillonner à voir Trowa rester là, sans rien faire… jusqu'à ce que l'agent infiltré ne tende physiquement la main à Kimo.

Surpris par son geste, son élève la regarde, les yeux plein de larmes contenues.

- De quoi tu te mêles ? Solo agresse-t-il Trowa. Non mais pour qui tu te prends, sale merdeux ? Tu crois vraiment que Duo pourrait hésiter une seconde entre toi et moi ?

Kimo lance un dernier regard à Trowa, puis à Joe, avant de reculer d'un pas.

- Kimo, réfléchis bien ! l'implore le recéleur.

- Duo ! l'appelle Solo d'une voix sèche et autoritaire. On s'arrache !

Soumis, Kimo le suit docilement.

- Tu sais où me joindre ! crie Joe à l'adresse de Kimo, alors que lui et Solo s'éloignent, puis disparaissent à sa vue.

Il entend ensuite le moteur de leur voiture démarrer nerveusement, au loin, avant qu'elle ne file à toute vitesse, les pneus crissant sur le bitume…

- Pourquoi tu lui as donné le choix ? s'emporte-t-il contre Trowa.

- Il doit le quitter de lui-même, au moins dans son esprit, au risque qu'il nous accuse de l'avoir séparé de celui qu'il croit être son compagnon de vie.

- Mais il va finir par le tuer !

- Il sait qu'il a le choix. Si nous les séparons contre son gré, Kimo saisirait la moindre occasion pour le rejoindre. Nous nous fatiguerions pour rien.

- Mais…

- Nous sommes à deux jours du grand jour. Concentrons-nous ! exige-t-il d'une voix ferme, avant de le conduire jusqu'à un autre entrepôt.

Le bloc, similaire en tout point à celui de Joe, se situe à quelques encablures du sien.

- Le P-jet est prêt pour le transport des prisonniers, le renseigne Alec, dès que le colonel et le recéleur pénètrent le hangar.

Distrait, Joe lève le nez et s'autorise une petite visite des bureaux improvisés où Alec et deux hommes de l'unité de Los Angeles sont en planque depuis le début de l'opération.

- Heero vous a contacté ? s'enquiert Trowa.

- Non, pas depuis mon dernier rapport.

- Mm. Surveille-le, ordonne-t-il en désignant Joe du menton.

- Compte sur moi !

Trowa profite de pouvoir être secondé pour s'isoler et passer un appel…

- Winner, répond rapidement l'héritier.

- Barton.

- …

Depuis son bureau, orienté plein sud et au sommet de la Tour QRW d'Osaka, Quatre se statufie, le stylo au-dessus de son parafeur…

- Heero t'a donné ma ligne directe ?

- Non.

-

- …

- Bonsoir, finit-il par dire.

- Bonsoir, Quatre. Je te sens contrarié par l'audace que j'ai à passer outre ton refus, mais j'ai une mission d'envergure à mener.

- Je t'écoute.

- Solo a dévalorisé Kimo depuis son plus jeune âge. Si bien qu'il se retrouve dans l'incapacité de croire qu'une issue est possible pour sa vie. Il aura besoin de ta présence dès son arrivée à R1. Je doute qu'il accepte mon aide, lorsqu'il se rendra compte que je l'ai utilisé pour atteindre Solo.

- Heero m'a déjà demandé de rester sur l'affaire.

- Bien.

- Et de ne plus te fuir, avoue-t-il, contre toute attente.

- Pourquoi me le révéler ? s'étonne Trowa sans que le ton de sa voix ne trahisse son émoi.

- Parce que… Heero Yuy, répond-il sur le ton de l'évidence, comme si son nom à lui seul pouvait tout expliquer.

- Qui suis-je pour toi ? veut-il savoir.

- Je ne peux pas te répondre.

- Pourquoi ?

- Eh bien, parce le moment est mal choisi et parce que tout le monde sait qu'il est mauvais, voire dangereux, de révéler la vie théorique d'un individu frappé par l'amnésie nominative. Si je le faisais, je risquerais de bloquer définitivement ta mémoire.

*On croirait entendre Lady Une !* pense Trowa, contrarié.

- Tu es parti précipitamment, l'autre jour. Pourquoi ?

Quatre sent l'air s'épaissir…

- Trowa, j'étouffe !

Les propos et réactions de Quatre ne font qu'attiser la curiosité déjà bien avancée de Trowa…

- Si tu n'as pas d'autres impératifs concernant cette mission, je souhaiterais mettre un terme à notre conversation… avec toutes mes excuses.

- Mm. Nous rentrons dans la nuit du 12.

- Je serai présent à la première heure, le matin du 13.

- Entendu. Au revoir, Quatre.

- Au revoir… Trowa.

Trowa coupe la communication en remerciant intérieurement Heero de l'aide active qu'il lui apporte…

- Euh… C'est pas que j'm'ennuie, mais Rosy va se demander où j'suis passé ! fait remarquer Joe qui survient dans l'intervalle, d'un air nerveux.

- Raison supplémentaire pour être des plus attentifs, dit Trowa, avant de lui exposer le plan pour coincer Solo pendant que Kimo opèrera dans le loft…

Au même moment,

au cœur de la nuit noire…

Ivre de rage, Solo n'a pas décroché un mot de tout le trajet, serrant le volant à s'en blanchir les jointures tout en roulant à vive allure.

*Tu t'es bien moqué de moi, sale petite pute !* tempête-t-il au sujet de Kimo. *On verra bien qui rira le dernier, salope !*

Kimo, de son côté, est trop choqué par le geste brusque que Solo a eu à son égard pour prononcer la moindre parole.

Pendant les quelques minutes interminables que dure la traversée de la ville, il lui jette des regards à la dérobée, angoissé à l'idée qu'ils doivent bientôt se retrouver seul à seul dans leur appartement…

*J'aurais peut-être dû rester avec lui…* ressasse-t-il en se remémorant la main tendue de Trowa, comme s'il se tenait toujours devant lui. *Non, c'est ridicule ! Solo s'emporte vite, mais ça ne va jamais au-delà de ce que je peux endurer… Si j'avais accepté son aide, j'aurais perdu Solo et il ne me resterait plus rien*

Le freinage, sec et soudain, le projette face la première contre la boite à gants et ce, bien qu'il ait mis sa ceinture de sécurité.

Immédiatement et sans l'attendre, Solo claque la portière, puis grimpe les escaliers.

Kimo, lui, saisit l'occasion pour marcher d'un pas lent, histoire de prendre le temps de respirer à plein poumons et de calmer son rythme cardiaque…

*Faut que j'me calme… Faut que j'me calme…* se répète-t-il comme un mantra, en vain.

- QU'EST-CE QUE TU FOUS ? tonne subitement la voix de Solo, qui ne craint pas d'alerter le voisinage avec leur scène de ménage.

C'est monnaie courante, ici, et personne ne se risque à se mêler des affaires des autres.

Kimo sursaute en entendant sa voix claquer comme un coup de fouet et résonner dans le couloir.

- J'arrive ! répond-il en accourant auprès de lui.

*Ce n'est pas le moment de le contrarier davantage !* se dit-il en songeant à se faire pardonner en lui cuisinant un bon petit plat. *Il est tard. Je dois trouver une recette rapide à réaliser…*

Seulement, il n'a pas franchi le seuil de leur porte d'entrée que Solo lui agrippe brutalement la natte.

- Aïe ! Sol', tu m'fais mal ! proteste-t-il dans l'espoir que Solo veuille bien le relâcher.

Malheureusement pour lui, il ignore tout de ses plans…

Il n'imagine pas une seule seconde que Solo s'apprête à le marquer au fer rouge en reproduisant, selon ses « ressources » et ses « aptitudes » criminelles, ce que Masanaga lui a fait subir.

Un moyen imparable pour assouvir ses pulsions primaires, d'une part et de détruire Kimo avant de devoir le remettre aux mains du mafieux, d'autre part.

Les coups pleuvent rapidement et le cognent dans un son mat, tandis que ses cris, ses complaintes et ses supplications ne font qu'exacerber le déchainement de violence de Solo, grisé par sa prise de pouvoir totale sur lui ; mais aussi, même indirectement, sur Masanaga.

*Tu veux Kimo ? Tu vas l'avoir, crevure !* (1)

Le visage en sang, Kimo souffre à présent d'une surdité partielle causée par les coups répétés à la tête. Mais rien ne saurait entamer son instinct de survie. Ainsi, alors qu'il est aveuglé par ses larmes et plongé dans l'obscurité froide de la pièce, il recule à tâtons pour tenter de mettre le plus de distance possible entre Solo et lui. Cela, bien qu'il ne sache plus du tout se repérer dans l'espace, ni déterminer où se trouve son agresseur ; si ce n'est qu'il semble faire les cents pas, non loin de lui…

Trop près de lui.

- Sol', articule-t-il avec difficulté. Je… je t'en prie…

- Qu'est-ce que tu crois, pauvre merde ? invective Solo. Tu m'appartiens ! C'est moi qui t'ai fait ! C'est moi qui donne les ordres et tu n'as pas d'autres choix que de les exécuter ! C'est clair ? crie-t-il d'une voix hystérique. Tu… tu n'as pas d'autre choix ! Personne ne l'a !

Pour la première fois, en seize ans de vie commune, Kimo entend véritablement son discours. Il entend toute la détresse de Solo à travers ses mots…

*Mais que puis-je y faire ?* se dit-il avec angoisse.

Brusquement et sans crier gare, après une trêve que Kimo espérait voir durer éternellement, Solo fond à nouveau sur lui, afin de le trainer sur ses pieds en le tirant par les cheveux.

- Oh, non ! Sol' ! s'affole-t-il.

La gifle qu'il reçoit claque si fortement sur sa joue qu'il jurerait avoir reçu un coup de poing, en lieu et place. Puis, d'autres coups s'abattent sur sa tête, son ventre, son dos… C'est à peine s'il sent son tee-shirt se tordre, ensuite, en glissant sur sa peau, lorsque Solo le soulève de nouveau pour le projeter contre le mur.

- JE TE HAIS ! hurle Solo. JE TE HAIS, TOI ET TOUS LES AUTRES !

Le souffle coupé par le choc et son sens de l'équilibre réduit à néant, Kimo, tassé sur le sol comme une boule de linge froissé, porte une main tremblotante à sa bouche pour découvrir le sang chaud qui coule sur ses doigts et sur son menton…

*Duo… Duo… Où es-tu ?* le réclame-t-il intérieurement.

- A présent, redresse-toi et suce-moi comme tu me le dois, intime Solo, à brûle pourpoint, tout en se dénudant.

A l'entente, très claire, de cet ordre et ce, malgré son acouphène, Kimo se tétanise, n'osant plus faire le moindre geste, pas même celui de respirer.

Solo, debout face à lui, le domine par sa taille et par l'ampleur de sa haine.

- Qu'est-ce que t'attends ? crache-t-il impatiemment, d'une voix dure où perce un dégout certain.

- …

- Parfait ! Ne viens pas te plaindre de ce qu'il va se passer, à partir de maintenant. Je fais toujours preuve de beaucoup de patience avec toi.

- Non ! Pitié, nooon ! panique-t-il, lorsque Solo le hisse de force sur ses deux jambes.

- J'veux rien entendre ! le menace-t-il en l'entrainant vers leur chambre.

- Sol', pourquoi ? Pourquoi ?

Kimo tente de suivre son rythme, toujours poussé par cet instinct de survie, mais ses réflexes, devenus lents, son équilibre précaire et ses multiples contusions l'empêchent de marcher correctement et il finit par se faire un croche-pied.

- Fais gaffe, merde ! peste Solo avant de le jeter sur le lit, sans ménagement.

Tremblant de tous ses membres, Kimo ne peut détacher son regard, écarquillé de terreur, de son agresseur.

- Je te demande pardon, Sol', tente-t-il de le calmer, d'une voix brisée et chevrotante. Ça ne se reproduira plus, je te le promets ! parvient-il à débiter rapidement, pendant que Solo le chevauche d'une drôle de façon.

- Mais j'y compte bien, assure-t-il en lui empoignant brutalement la nuque.

- Non, Sol' ! Pas comme ça, je t'en supplie !

Tentant le tout pour le tout, il se jette sur l'homme qu'il aime en le ceinturant de ses bras.

- Je t'en supplie, ne m'oblige pas à faire ça maintenant… Tu sais bien que je ne te refuse jamais rien, mais j'ai mal… J'ai si mal…

- Fallait y penser avant ! dit-il, impitoyable, en le repoussant sèchement.

Dans un éclair de lucidité, Kimo s'agite enfin en tous sens et cherche à s'enfuir, mais il est trop tard…

- Oh, non ! Non ! Nooooon ! Mhm !

Solo ne perd pas une miette du spectacle sensoriel : la chaleur et l'humidité de son antre, la pression exercée par son corps autour de lui, les petits cris d'affolement, de détresse et de douleur, qui l'excitent au plus haut point en vibrant sur sa verge, le sang qui se dépose sur son sexe, le peignant de marbrures rouges, et la sensation de pouvoir absolu sur sa personne…

*Punaise, c'est grisant !* pense-t-il en songeant combien Masanaga est chanceux de pouvoir jouir d'un renouvellement illimité des stocks, d'arrivage frais de jeunes innocents tout frétillants…

Pendant ce temps, Kimo implore sa pitié du regard, mais s'exécute pourtant docilement, alors même qu'il n'est retenu prisonnier que par la seule volonté cruelle et féroce de Solo.

En effet, ce dernier lui bloque toute tentative de dérobade par sa prise ferme et brutale sur sa tête. Kimo ne peut donc que le recevoir en lui et s'attacher à respirer dès qu'il le peut…

- Hey, là ! Blue-eyed boy, l'interrompt Solo d'une voix mielleuse, en s'immobilisant. Tu es meilleur que ça d'habitude, le raille-t-il.

Encouragé par l'accalmie inespérée de son assaillant, Kimo se ressaisit et s'applique désormais à sa tâche - pensant y trouver là son salut - jusqu'à ce que Solo ne le réinvestisse de force, faisant ressurgir ses pires craintes : que cela ne soit que le commencement et que Solo ait définitivement pris goût à le savoir en souffrance et terrorisé.

Aussitôt, Kimo tente de se dégager énergiquement, mais Solo bénéficie de toute sa force et la torture qu'il lui inflige lui donne plus de puissance, encore…

L'acte terrible et non consenti semble durer une éternité, autant pour l'un que pour l'autre, mais pour des raisons diamétralement opposées.

Lorsque Solo finit par éjaculer au plus profond de sa gorge, Kimo se pétrifie, s'interdisant de produire le moindre geste qui pourrait lui donner envie de pousser plus loin la réalisation de ses nouveaux fantasmes.

Malheureusement pour lui et malgré ses efforts pour se faire tout petit, Solo n'en a pas terminé…

- Tu vois ? Ce n'est pas si compliqué d'être enfin un bon coup ! déclare-t-il d'un air satisfait.

Puis, sans temps mort, il l'entraîne jusque sous la douche où Kimo vomit le contenu de son estomac, avant de pleurer tout son soûl, son visage et son corps lancinants de douleur…

Quelques minutes plus tard, sans un mot, Solo l'attache aux barreaux de leur tête de lit et ce, étonnement, pour la première fois en seize ans de relations sexuelles.

*Il faut ça pour le briser complètement, je le sais !* fomente-t-il.

- Solo…, se risque-t-il à l'appeler dans un filet de voix, en tirant inconsciemment sur ses liens.

- Oui, Duo ?

*Je ne suis pas Duo !* Kimo a-t-il envie de hurler. *Si c'est Duo qui t'inspire ça, c'est lui qui devrait être là et pas moi ! C'est pas juste, c'est pas juste !* pense-t-il en dévisageant Solo, comme s'il le voyait pour la première fois.

- Je t'aime, tu sais ?

Solo sourit jusqu'aux oreilles.

- Bien sûr que tu m'aimes, affirme-t-il avec arrogance en glissant son corps sur le sien, tel un serpent prêt à gober sa proie, proprement mordue et paralysée.

Il veut voir ses yeux teintés d'un bleu artificiel tout le temps que durera leur tête à tête. C'est la raison pour laquelle Kimo se retrouve exceptionnellement sur le dos. Parce qu'enfin, Solo peut clairement le violer sans retenue et sans devoir faire passer ça pour de l'amour ou de l'affection.

Enfin, il peut laisser Kimo se dire et penser la vérité sur ce qui les unit véritablement.

Pourquoi maintenant ?

Parce que Masanaga veut lui prendre son jouet et qu'il n'est pas question que Solo le lui remette en état de marche !

- Je… je…, bredouille Kimo, totalement désemparé, tandis que Solo écarte ses cuisses en ramenant ses genoux à hauteur d'épaules.

Il n'ignore pas que cette position fait souffrir Kimo, notamment au niveau de ses côtes fracturées… Mais cela ne fait qu'ajouter du piquant à son bon plaisir.

Loin d'en faire sa préoccupation première, même s'il ne peut s'empêcher de grimacer de douleur, Kimo respire bruyamment et de plus en plus vite.

- Sol' ! s'alarme-t-il.

- Je sais, boy. Tu es sous le choc, mais dis-toi que c'est dans l'ordre des choses… Tu m'aimes, pas vrai ?

- Oui, oui ! répond-il avec empressement, comme pour lui dire qu'il n'est pas nécessaire de le mettre à l'épreuve, qu'il l'a déjà gagné à sa cause et qu'il ne le perdra jamais.

- Tu veux ce qu'il y a de mieux pour moi, je me trompe ?

Kimo secoue imperceptiblement la tête, les yeux grands ouverts sous l'effet de la panique : Solo se presse impatiemment contre son intimité, pourtant fermé à double tour et semble vouloir s'introduire en lui sans le préparer.

- Oh, mon Dieu ! Sol', Sol' ! gémit-il d'une voix suppliante.

*Enfin, tu réalises…* se dit Solo, ravi.

- Que veux-tu donc m'offrir d'autre que ce que je veux et que tu es à même de me fournir, hein ?

A l'écoute de cet ultime aveu, Kimo se laisse aller à sangloter et ferme les yeux, les poings serrés suspendus au-dessus de leurs têtes.

- J'attends ! insiste cruellement Solo en traçant un sillon brûlant sur son bras, histoire de lui rappeler qu'il s'est laissé être attaché, sans protester.

Kimo doit faire appel à tout son courage pour parvenir à rouvrir les yeux et lui répondre, sous peine de vivre peut-être pire que ce qui l'attend déjà…

- Rien, souffle-t-il, accablé de souffrances, morales et physiques.

Solo, lui, sourit d'un air comblé.

- Tu vois comme tu es, Duo. Si seulement, tu n'avais pas fait ta mauvaise tête, on aurait pu s'épargner bien des épreuves.

- S'il-te-plaît. J'veux pas… S'il-te-plaît…

- Reconnais que tu l'as bien cherché, dit-il sans faire état de son énième supplication.

Et même s'il trouve cela très excitant, au fond !

- …

- Bah, je suis heureux que tout soit rentré dans l'ordre, se réjouit-il. On va enfin pourvoir recommencer à s'amuser tous les deux, comme avant… J'ai adoré découvrir ton corps, il y a seize ans. Il n'y a rien de meilleur, de plus savoureux qu'un jeune garçon. Tu avais déjà douze ans quand on a emménagé ensemble, même si je t'ai fait vivre tes premiers émois quelques semaines avant, mais tu as toujours fait si jeune… Ta naïveté et ta crédulité y sont pour beaucoup, sans doute, confie-t-il comme s'ils discutaient autour d'une tasse de café.

- Solo, tente-t-il jusqu'au bout. Fais ça pour moi… Je t'en supplie, épargne-moi, s'il-te-plaît…

- Faire quelque chose… pour toi ? relève-t-il, comme s'il s'agissait d'une plaisanterie. Mais ta vie ne vaut rien, Kimo, assène-t-il le coup de grâce en caressant sa joue boursoufflée.

Alors qu'il se repaît de voir la lumière s'éteindre dans le regard de Kimo, celui-ci pleure en silence, détruit au plus profond.

*Il ne m'a jamais aimé… jamais…* réalise-t-il, sentant ses dernières fondations se briser et s'écrouler sur elles-mêmes.

- J'ai adoré toucher Duo à travers toi, reprend Solo. Et je vais adorer t'explorer, toi, de cette façon-.

Et sans aucune autre forme de procès, comme pour illustrer son propos, Solo le pénètre jusqu'à la garde.

Aussitôt, Kimo se met à hurler en se cambrant violemment sous l'effet de la déchirure. Comme transpercé et labouré par un glaive, Kimo s'époumone à s'en déchirer les cordes vocales, le corps et le cœur plus à vifs que jamais.

Solo, lui, savoure son fabuleux festin en se gavant de ses plaintes et gesticulations de douleur.

*Je suis le Maître !* se répète-t-il en boucle, l'affliction de Kimo l'emplissant de joie et d'allégresse.

- ÇA BRULE ! SOOOL' ! PITIÉ, PITIÉ ! implore encore Kimo dans l'espoir fou de stopper sa fureur.

Seulement, Solo est au comble de ses désirs…

*A MOI ! A MON TOUR D'ETRE LE MAÎTRE !*

Au bout d'interminables supplices, Solo balance Kimo par-dessus le lit, comme on se débarrasse d'un détritus sur le bord de la route, afin d'avoir toute la place nécessaire pour dormir confortablement et ce, nullement dérangé par les draps souillés de sang.

Après avoir heurté le coin de la table de nuit, lui causant une entaille superficielle au niveau de l'arcade sourcilière, Kimo se retrouve donc sur le sol, nu et glacé jusqu'aux os, le corps irradiant d'une douleur si colossale qu'il se retrouve finalement comme anesthésié, engourdi, le cerveau dépassé par l'excès de souffrance.

Et malgré le fait qu'il soit éreinté et qu'il se laisse engloutir par la fatalité de son sort, il parvient néanmoins à puiser dans ses toutes dernières forces pour se recroqueviller, luttant pour ne plus émettre le moindre son au risque d'attirer encore son attention.

*Duo… Duo…* n'a-t-il même plus conscience de penser, harcelé comme il l'est par une migraine effroyable qui semble vouloir lui briser le crâne de l'intérieur, avant de sombrer dans le néant de l'obscurité…

Plus tard dans la matinée,

à l'Agence Preventers d'Osaka…

Rechercher Duo Maxwell s'avère être plus compliqué que prévu…

Pour un agent lambda, cela prendrait certainement des jours, voire des semaines, pour peu qu'il pense à entrer les bonnes combinaisons dans la BDIMP : la Base de Données Informatique Mondiale des Preventers ; la plus complète, à ce jour.

Pour Heero, en revanche, cela lui demande de tapoter quelques minutes sur son clavier, sous les regards intrigués des membres de son unité…

- J'comprends pas, on a la même base de données ! chuchote Blake, tel un élève dissipé.

- Ce que tu n'as pas l'air de comprendre, c'est qu'Heero est la BDIMP, fait remarquer Marc.

- Et aussi qu'il utilise les pleines capacités de son cerveau, renchérit Nanako.

- Euh… J'dois prendre ça comment ? l'interroge Blake en faisant la moue.

Antoine rit, les joues roses et le regard pétillant.

- Je parle au nom de toute l'équipe pour te dire que nous sommes tous très heureux que tu ailles visiblement mieux, lui déclare Nanako, tout de go.

- Oh ! Merci, bredouille Antoine, rougissant. Merci beaucoup, ça me touche.

Heero se lève soudain pour se rendre dans la cuisine, puis en revient rapidement avec une tasse de thé fumant à la main.

- Alors, Sensei ? veut savoir Blake, le premier à céder à sa curiosité.

- Perso, je n'ai rien trouvé ! intervient Marc. Je sais que tu ne nous as pas demandé d'effectuer ces recherches, mais je voulais savoir si j'étais capable, non pas d'aller aussi vite que toi, mais au moins d'obtenir les mêmes résultats.

- Comment as-tu procédé ? s'enquiert le colonel instructeur.

- Je ne m'attendais pas à ce qu'il se déclare en tant que Duo Maxwell, mais ça valait tout de même le coup d'essayer. Ça s'est déjà vu !

- Hn.

- Ensuite, j'ai pensé au nom de son père : David Maxwell. J'avais vraiment bon espoir de le retrouver à ce nom-ci, mais rien.

- Idem, révèle Blake en faisant tournoyer son Bic©. J'ai tenté l'expérience en reprenant chaque nom des douze autres orphelins, et même ceux de Kimo Maxwell/Lost et de Solo Smith, mais Duo est impossible à localiser. Ce type a disparu de Sacramento, sans laisser de trace, la nuit de l'AC 192 et n'a plus jamais fait reparler de lui, depuis.

- C'est aussi la raison pour laquelle Solo et Kimo n'ont jamais pu le retrouver, eux non plus, si tant est qu'ils aient essayé, souligne Heero avant de boire une gorgée de son thé.

- Il n'apparaît sur aucune photo de classe de l'orphelinat, dit Antoine. C'est étrange, non ?

- Que savons-nous sur lui ? Heero les interroge-t-il, les voyant dans l'impasse.

- Il s'appelle Duo Maxwell, résume Marc. Il a fréquenté l'orphelinat du Père Maxwell, à l'instar de Kimo et de Solo Smith. Personne ne sait rien de sa vie avant ses huit ans, si ce n'est qu'il vivait déjà dans la rue, puis plus rien après ses douze ans, excepté que c'est un bon chapardeur. A noter que, comme tous les orphelins des rues, Kimo et lui ont également bénéficié du programme DADN. (A)

- C'est mince, commente Blake.

- Il n'a peut-être pas survécu, avance Nanako, sans trop y croire.

- Alors ? veut savoir Marc, à son tour, en fixant son mentor d'un air avide.

- Max Well, vingt-huit ans, célibataire, sans emploi fixe et sans enfants, vit à San Francisco en Californie. 112 Black avenue, deuxième étage, porte du fond de l'immeuble des Lilas. Voici une photo datant de l'AC 190, ajoute-t-il en l'affichant sur grand écran. La qualité est médiocre, on le voit à peine. Il s'agissait d'une rencontre entre deux clubs de MMA, qui signifie « Mixed Martial Art ». C'est un mélange de pugilat et de lutte au corps. Vous pouvez voir Kimo, en haut, dans les gradins.

- Okay ! lâche Marc qui salue son efficacité.

- J'abandonne ! renchérit Blake, dégouté.

Antoine et Nanako se contentent de sourire, n'ayant jamais songé, pas même une seconde, à se mesurer avec leur colonel.

- Max Well n'a pas de casier judiciaire et ne semble lié à aucun gang, aucune mafia, ni aucune affaire louche et ce, malgré le quartier pauvre dans lequel il veut bien séjourner, leur apprend encore Heero.

- C'est justement ça qui est louche, observe Marc. On ne tourne pas le dos à son passé comme ça, en claquant des doigts, juste parce qu'on décide de fuguer en pleine nuit… Ce gosse a volé toute sa vie et il aurait arrêté du jour au lendemain, alors que Kimo et Solo en ont été incapables ? Franchement… Sensei ?

- Je suis d'accord. Le vol est son mode de vie et je ne pense pas que le Père Maxwell ait eu le temps d'inverser la tendance.

- Il a seulement joué avec le nom de famille de son père, alors qu'il aurait pu en changer aisément, dit Nanako.

- Il refuse de mentir, intervient soudainement Quatre, faisant sursauter les agents spéciaux. Pour lui, mentir, c'est trahir.

Hormis Heero qui le voit arriver de face, tous se retournent, surpris de ne pas l'avoir entendu, ni senti entrer.

- Pourquoi prendre le risque d'habiter si près de Sacramento ? l'interroge Blake.

- Dans un premier temps, Duo a sûrement dû beaucoup voyager, répond Quatre. Mais le manque de sa famille a fini par prendre le dessus, alors il est revenu aussi près que possible, sans pouvoir retourner sur les lieux du drame. Depuis San Francisco, il doit avoir l'impression de vivre auprès d'eux. D'avoir comme une fenêtre sur son passé qu'il peut ouvrir et fermer à sa convenance.

- Sans famille, sans soutien financier connu, sans contrat de travail de longue durée… De quoi vit-il ? mentionne Nanako.

- Que doit-on supposer ? renchérit Blake à sa suite. Qu'il est finalement mêlé au trafic d'Aideen, de Masanaga, bien qu'il vive à six cents kilomètres de Los Angeles, ou qu'il ignore complètement ce que Solo et Kimo sont devenus ?

- Il nous manque un élément crucial pour comprendre l'affaire, ressent Antoine. C'est peut-être beaucoup plus simple que ce que nous imaginons.

- Une idée ? s'enquiert Heero.

Antoine s'effraie toujours un peu lorsque son colonel lui demande son avis…

- Non, je ne perçois rien sur lui à distance… Désolé, répond-il avec plus d'aplomb, néanmoins.

- Hn. Changeant constamment d'adresse, Max Well n'a plus bougé de sa résidence actuelle depuis qu'il y a emménagé, cinq ans plus tôt, relate finalement Heero. L'élément déclencheur de ce qui ressemble à une anomalie reste à définir, toutefois…

- Il n'est jamais sorti du territoire américain ? demande Marc.

- Non et il semblerait que son seul déplacement, enregistré au nom de Max Well, dans l'état du Nevada, coïncide avec l'assassinat du célèbre dictateur Shin-ji, alors en villégiature à Las Vegas durant l'été de l'AC 200.

- Naaan ! réagit immédiatement Blake, dubitatif. Tu ne le soupçonnes tout de même pas d'être un assassin et encore moins, ce tueur à gages- ?

- Pas d'attache professionnelle, ni affective, sous-entend Marc. Il faut tout envisager.

- Ce Max Well ne peut pas être le prétendu redoutable « artiste rouge » Black Shadow ! maintient Blake. Rien ne prouve son existence, d'ailleurs. C'est une chimère !

- Ce n'est pas tout, précise Heero, plongeant ainsi ses agents dans un état d'alerte maximum. Sa fausse identité est d'une rare qualité. J'en apprends presque trop sur lui. Tout un passé fictif a été orchestré d'une main de maître : le scolaire, le social, le médical, le professionnel… Pour n'importe qui, il ne fait aucun doute que Max Well est celui qu'il prétend être : un type ordinaire qui peine à trouver du travail, comme des millions d'autres. Seul quatre personnes dans le monde sont capables de fournir ce niveau d'authenticité.

- Qui ? s'enquiert Blake.

- L'américain : Standford, l'allemand : Surk, Trowa et Heero, répond Quatre.

- Voilà qui facilite les recherches !

- Duo n'a pas cherché à s'établir hors des frontières de son pays, assure Heero. Standford est donc le faussaire qui nous intéresse.

- C'est bien joli tout ça, mais comment l'a-t-il payé ? soumet Blake. Un génie du vrai-faux comme Standford ne verse pas dans la philanthropie !

- C'est vrai, dit Nanako. Duo ne roule pas sur l'or.

- Il l'a payé avec un Mobile Suits, déclare Heero, à la surprise générale.

Blake ouvre grand la bouche.

- Putain, j'y crois pas !

- Qu'est-ce que c'est ? demande Antoine.

- Tu ne connais pas les Mobile Suits ? s'étrangle Blake d'un air outré.

- Des archéologues de l'avant-guerre ont mis au jour vingt-trois modèles de sculptures faites de métaux plus ou moins précieux et vieilles de plusieurs milliers d'années, appelées « Mobile Suits », lui expose savamment Quatre. Disséminées à travers le monde et figurant en bonne place dans les plus beaux musées, elles sont classées en trois catégories. Tout d'abord, tu as la période « Oz », qui est enchevêtrée à celle de l'« Alliance Terrestre » et qui compte une centaine de pièces. Ensuite, la période « Corps Maganac » - en lien direct avec la tribu du même nom et qui subsiste encore aujourd'hui – est un peu décalée, mais les sculptures sont robustes. Celle du « Lotus blanc » a été de courte durée, tandis que la dernière période répertoriée est la plus prestigieuse. Confectionnés dans un matériau indestructible et qui nous est inconnu, les cinq « Gundam » sont les pièces maîtresses des « Mobile Suits ».

- Oh ! souffle Antoine, fasciné par son récit. Ce sont des petites armures mobiles, des sortes de jouets ancestraux ?

- C'est ça, oui ! se moque ouvertement Blake. Mhm ?

Il vient de se prendre un projectile non identifié sur la tête, mais il a beau la tourner vers son colonel en se frottant l'arrière du crâne, rien. Aucune expression ne trahit ce qui ne peut provenir que de lui, au vu de sa position stratégique.

- Non, répond simplement Quatre à l'adresse d'Antoine et sans aucunement le juger.

- On connaît le ou les artistes ? s'enquiert-il.

- C'est bien là l'origine du mystère qui entoure ces pièces savamment ouvragées, répond encore l'héritier. On ne sait absolument pas qui les a faites, ni dans quel but, même si tous s'accordent à penser qu'il s'agissait de maquettes de machines de guerre.

- Je vois… Merci.

- Je t'en prie, dit Quatre en lui souriant, ravi de ressentir qu'Antoine a moins peur de faire des pas de géant.

- Tu plaisantes, Heero ? l'interpelle Marc, une fois l'aparté terminé. Ce sont les œuvres d'art les mieux protégées au monde. Les systèmes de sécurité qui leur sont exclusivement dédiés sont infaillibles.

- Pourtant, le Gundam Deathscythe que Standford a gracieusement reçu en paiement a bien été volé en l'AC 195 par un certain…, commence Heero avant de s'interrompre de lui-même, sachant qu'il ne pourra pas aller au bout de sa phrase.

- Carte Noire ! le coupe effectivement Blake. Putain, j'hallucine ! C'est l'un de ses coups les plus célèbres ! Mais attend, une seconde ! S'il a vingt-huit ans, aujourd'hui, cela veut dire qu'il en avait quinze au moment des faiiits !

- Du calme, Blake.

- Oh, mon Dieuuu ! C'est historique : on a découvert l'identité de Carte Noire ! J'y crois pas !

- On n'a rien découvert, crétin ! le taquine Marc. Heero a tout découvert, tout seul.

- Tout le monde sait que Carte Noire est un des plus grands faussaires de notre époque, souligne Nanako. Pourquoi a-t-il pris le risque de confier la réalisation de sa nouvelle identité à une autre personne ?

- Comme Blake l'a si bien calculé, répond Marc, Duo avait quinze ans à l'époque et ne devait pas encore maîtriser suffisamment cet art.

- A ce propos, relève Quatre, comment as-tu pu obtenir cette information ? Je doute que Standford te l'ait transmise dans un élan d'intégrité soudaine.

Heero sourit en coin.

- Nos routes se sont déjà croisées, le renseigne-t-il d'un air mystérieux.

Ses agents entrouvrent les lèvres, attendant la suite… qui ne vient pas.

- Tu pars quand ? demande Quatre.

- Le 13. Trowa me rejoindra à l'aéroport de San Francisco.

- Duo doit vivre constamment sur ses gardes.

- Hn.

Alors que Blake ressert l'intégralité des exploits de Carte Noire à ses coéquipiers, Quatre en profite pour parler à Heero en aparté…

- Trowa m'a appelé.

- …

- Sur ma ligne directe.

- Cela t'étonne ?

- Non, je connais ses capacités et obtenir mon numéro personnel ne lui pose aucune difficulté, mais il semble bien décidé à…

- … refaire ta connaissance ? termine Heero pour lui.

Quatre soupire.

- Que dois-je faire ?

- Vous faire confiance, comme tu l'as fait dès le premier jour de votre rencontre.

- Et si je brusquais sa mémoire ? demande-t-il en prenant peur. Je soupèse tout ce que je dis, le moindre de mes gestes !

- Depuis quand lui ouvrir ton cœur n'est-il plus recommandé pour son bien-être ? répond-il, lui arrachant un sourire.

- Heero, je pourrais te parler, une minute, lorsque vous aurez fini ?

- Tu peux rester, Marc, le retient Quatre. Nous avons terminé… Merci, Heero. Merci pour tout.

Heero hoche la tête respectueusement, tandis que Quatre prend congé d'eux.

- Il me semble effectivement judicieux que vous partiez incessamment sous peu, Heero déclare-t-il ensuite, avant même que Marc ne puisse formuler sa requête.

- L'affaire culmine à un haut degré d'intensité, je doute que nous puissions nous absenter. D'un autre côté, les efforts d'Antoine et sa détermination nouvelle risquent de vaciller…

- Il faut battre le fer tant qu'il est encore chaud, mais je ne peux vous accorder que trois jours.

- On s'en accommodera, assure-t-il. Merci.

- On va rencontrer Carte Noire ! s'exclame encore Blake, au loin, au grand dam de ses collègues.

- Heero et Trowa vont le rencontrer, le contredit Antoine.

Blake ricane.

- Duo est trop lié à toute cette merde pour que Sensei ne décide pas de l'amener jusqu'ici !

- Peut-être bien…

- C'est certain, mon pote ! Je vais… rencontrer… Carte Noire !

- D'ici là, tu pourrais la mettre en veilleuse ? réclame Marc en s'avançant vers Antoine. On part ce soir, l'informe-t-il ensuite, tout bas, en lui pressant l'épaule, un court instant.

En apprenant la nouvelle, Antoine frissonne et se raidit, mais ne cherche pas à se soustraire à son contact, ni à l'opportunité qui leur est donnée.

- Je vais prévenir mes parents…

Marc le regarde s'enfuir, plus qu'il ne s'éloigne pour téléphoner, mais demeure bien plus confiant que par le passé…

Le lendemain matin,

à Ocean Park…

Joe souffle pour la énième fois, pétri d'impatience…

- Ma poule ne répond pas à son téléphone ! maugrée-t-il.

- Du calme, dit Trowa, placide.

- J'suis certain qu'il lui est arrivé quelque chose…

Un bip l'interrompt et le fait sortir son téléphone.

- Solo m'annonce qu'ils ont un contretemps. Kimo ne viendra pas s'entraîner, ni aujourd'hui, ni demain et me demande de te verser le reste de la somme due. Putain, l'enfoiré !

- Rentre chez toi et ne cherche pas à les contacter.

- Ah, ça ! Pour ne pas me laisser le choix, tu sais faire ! peste-t-il, tout en veillant à ne pas dépasser le seuil de tolérance du preventer.

- Je récupère Kimo, demain soir, comme prévu. A partir de cette date, il sera séparé de Solo.

Joe grommelle quelques paroles inintelligibles, puis s'exécute en s'éloignant d'un pas lourd.

L'instant d'après, le téléphone de Trowa vibre contre son torse.

- Alors ? décroche-t-il en enfilant son oreillette bluetooth.

- Charge Alec et l'Unité de L.A. de rapatrier les prisonniers, répond Heero. Au lieu de les accompagner, tu me rejoins à l'aéroport de SF.

- Notre mission ?

- Surveiller Carte Noire.

- Je te demande pardon ?

Il n'y a bien qu'Heero pour lui arracher une expression de surprise !

- Leur vieille connaissance, Duo Maxwell, n'est autre que Carte Noire.

- Cette affaire prend de drôles de tournures.

- Hn.

Pendant ce temps…

Les yeux grands ouverts sur le vide et l'absurdité de son existence, Kimo est trop choqué pour pleurer ou produire le moindre geste.

Au lieu de ça, il reste allongé sur le sol, à l'endroit même où il a brusquement atterri la nuit dernière, le corps et le visage contusionnés et tuméfiés…

- Va prendre un bain, ordonne Solo d'une voix claquante, aussi froide et dure que le sol sous eux. Tu as un rendez-vous important, ce soir. Rends-toi présentable et tâche de ne pas me faire honte, pour changer. Je passe te chercher à vingt heures trente. D'ici là, je t'interdis de sortir, d'utiliser le téléphone ou de parler à qui que ce soit.

Sans attendre de réponse, ni le plus petit signe de vie de sa part, il l'abandonne ainsi : ankylosé, frigorifié et anéanti.

Kimo doit donc se débrouiller seul pour se relever, se mouvoir et se faire à manger, puisque rien n'est prêt.

Se retrouvant plus isolé que jamais et n'ayant plus aucune notion du temps qui passe, il finit par se redresser, lentement, sans toutefois parvenir à s'empêcher de grimacer à chacun des mouvements qu'il déploie avec courage. Cependant, il s'interdit fermement de gémir. Il doit absolument être capable de taire sa souffrance, à tout prix !

Au risque de déclencher une nouvelle colère…

C'est ainsi qu'il atteint, tant bien que mal, la salle de bain où il actionne fébrilement les robinets avant d'enjamber le rebord de la baignoire, non sans difficulté.

Lorsqu'il se met à grelotter, au bout d'un temps qu'il est incapable d'évaluer, il réalise que l'eau est glacée et teintée de rose.

Il s'en extirpe alors laborieusement, puis se sèche avec des gestes lents et précautionneux, avant de retourner dans leur chambre ; ce qu'il lui prend encore plusieurs minutes.

Malgré ce qu'il s'est passé, Kimo pense à mettre ses lentilles bleues.

*Je ne dois pas lui faire honte…* se remémore-t-il les paroles de Solo.

C'est alors qu'il observe son reflet dans le miroir…

Jusque-ici, il n'a agi que par habitude, sans avoir besoin de se regarder vraiment, afin de vérifier la bonne marche de son rituel matinal.

Mais maintenant qu'il s'étudie minutieusement, il sent son esprit refaire surface et ressent peu à peu le dégoût et la colère gonfler en lui, de et contre lui-même.

Horrifié par ce qu'il voit et perçoit, terrifié par ce qu'ils sont devenus tous les deux, Solo et lui, Kimo se saisit du premier objet dur qui lui tombe sous la main et le projette violemment contre le triptyque qui vole en éclats…

Le soir-même,

le 11 à vingt-et-une heures tapante…

D'un air hautain, Solo confie ses clefs au voiturier de l'Hôtel Blue Scape.

Mutique, Kimo ne lui a posé aucune question quant à la destination de leur déplacement mystérieux, ni quant à la personne qui désire tant le rencontrer, lui, et pourquoi, alors que jusqu'ici, Solo l'a toujours écarté de ce genre de rendez-vous…

Il ne leur faut que quelques minutes pour traverser l'établissement et atteindre l'étage souhaité. Rapidement, les portes de l'ascenseur s'ouvrent sur un couloir désert au sol rouge sang. Dès leur sortie de la cabine, ils sont encadrés par deux hommes de mains du Japonais, lesquels les introduisent sans un mot dans la suite présidentielle.

- Tiens-toi droit, bordel ! aboie Solo en redressant brutalement le menton de Kimo.

Ils se tiennent à présent l'un à côté de l'autre, au bord des trois marches qui mènent au grand salon.

Malheureux, Kimo ne sait plus du tout où il en est. A dire vrai, il ne ressent plus grand-chose d'autre que son corps endolori. Néanmoins, il note toutefois que Solo est de plus en plus nerveux…

Comme l'attente se prolonge et rend pénible sa station debout, Kimo remarque tout un tas d'objets de grande valeur autour d'eux. Une vraie caverne d'Ali baba !

*On aurait eu de quoi se faire un max de tunes, ici* se dit-il, tout en ne se sentant plus concerné par tout ça. *Pourquoi Solo préfère faire affaire avec le propriétaire, plutôt que de le voler ?*

Avant ces évènements, Kimo se serait permis de faire le tour de la pièce pour aller admirer les objets d'art de plus près… Mais, pas aujourd'hui.

Il n'en a plus le cœur, ni l'envie.

- Vous êtes ponctuels, apprécie Masanaga de sa voix suave et envoutante en s'avançant vers eux d'un pas mesuré. Sois le bienvenu dans ton nouveau monde, Kimo Lost, annonce-t-il en ouvrant les bras.

Le mafieux sait pertinemment que « Lost » n'est pas son vrai nom de famille et qu'il vient de l'orphelinat du Père Maxwell.

Comme il se doute bien de l'identité du tueur…

*Hein ?* s'interroge Kimo, incrédule, en lorgnant son kimono rouge brodé de fil d'or, tandis que Solo serre les poings et les dents.

Parce que Kimo se tient exactement à cet endroit précis, il échappe tout juste au puits de lumière de la clarté lunaire qui descend du toit, et à celle, artificielle, qui se retrouve être, de toute façon, sur le mode tamisé.

Ainsi, le mafieux n'est pas encore en mesure de constater les affres que lui a fait subir Solo, tandis que Kimo, lui, a tout le loisir de l'inspecter de bas en haut et reconnaît volontiers que cet homme est très séduisant… et terrifiant. Il exhale de lui une énergie constante, vibrante de menaces et de violence…

- Bonsoir, Monsieur, le salue Kimo d'une voix terne, mais avec toute la crainte que lui inspire cet individu mystère et mystérieux.

Le Japonais du Sud a beau être ce qu'il est : un détraqué. Il en impose !

Mais alors qu'il arrive à leur hauteur, il stoppe soudainement sa lente progression, le visage empreint d'une gravité sombre.

*Sa voix… le ton de sa voix ne s'harmonise pas avec la fraîcheur et la légèreté de sa personnalité…* observe le mafieux, contrarié à souhait.

Puis son regard noir, où brille une lueur inquiétante, se pose lourdement sur Solo, qui déglutit avec difficulté.

- Je pensais que tu chercherais à t'enfuir avec lui… Solo-le-soumis.

Comme Masanaga le toise plus durement, révélant-là tout le mépris et la colère qu'il lui inspire, Solo est obligé de se soumettre…

… devant Kimo.

- Je suis à vos ordres, Maître.

- Voyez-vous ça, doute le mafieux d'un air caustique.

Kimo fronce les sourcils, puis écarquille les yeux et entrouvre la bouche, abasourdi de ce dont il est témoin.

- Approche, mon tout beau, appelle-t-il Kimo d'une voix enjôleuse, en lui tendant la main. Descends ces quelques marches et rejoins-moi, veux-tu ?

Sans qu'il puisse se l'expliquer, Kimo sent une pointe d'angoisse lui tordre l'estomac.

Le ton de Masanaga a beau être relativement chaleureux, Kimo perçoit sans peine l'ordre et la menace sous-jacents et choisit donc d'obéir. Se faisant, il entre enfin dans la lumière, dévoilant ainsi son apparence meurtrie.

*Dans ta face, sale rat !* Solo insulte-t-il Masanaga en pensées. *Tu voulais prendre Kimo, le voici !*

Durant d'interminables secondes, lourdes comme du plomb, le Japonais du Sud reste immobile, son regard plus noir que l'ébène fixé sur Kimo… jusqu'à ce qu'il lève une main aérienne pour caresser sa joue endolorie.

Sous le contact, pourtant doux et léger, Kimo ferme les yeux, en proie à de violents frissons de peur.

- Pour… pourquoi suis-je ici ? demande-t-il d'une voix gémissante.

- Tu n'es plus que l'ombre de ton ombre, juge le mafieux, à mi-voix. Quand cela s'est-il produit ? le questionne-t-il d'une voix dure, à présent.

Kimo rouvre les yeux et le regarde d'un air suppliant.

- Répond ! s'impatiente-t-il, hautement frustré de ne plus pouvoir inclure Kimo dans son harem.

- La nuit dernière, Monsieur, avoue-t-il le viol et le passage à tabac qu'il a visiblement subi.

*C'était à moi de l'éduquer !* enrage intérieurement Masanaga. *Cela me revenait de droit !*

Désappointé, il glisse sa main sur la peau fine et affreusement marquée de son cou, puis, sans rompre le contact physique, tourne lentement autour de lui…

- Tu avais tout pour me plaire, regrette-t-il amèrement. La crédulité, une part miraculeusement vierge de naïveté, un esprit clair et plein d'enthousiasme, un cœur grand ouvert sur le monde et un corps sauvage à dresser…

*Solo m'a vendu à cet homme ?* s'interroge Kimo, refusant d'admettre l'évidence.

- Viens ici, pauvre écervelé ! intime rudement le mafieux à Solo, d'une voix tendue.

Solo ne peut qu'obtempérer, la boule au ventre, mais reste fier d'avoir su entuber un homme de son envergure.

L'inconscient !

Aussitôt, Masanaga l'attrape par la gorge et le fait décoller du sol.

Les pieds pédalant dans le vide, Solo ne tarde pas à virer au violet.

- Je vous en supplie, ne le tuez pas ! panique Kimo, très impressionné par la force herculéenne de cet homme. Je… je ne comprends rien à ce qui se passe, mais je vous en supplie, ne lui faites pas de mal…

- Cette larve t'a souillé outre mesure et m'a privé de la jouissance de mon bien ! fulmine Masanaga en broyant ses mots sous l'effet de la colère.

- Je… je pourrais peut-être travailler pour vous ? propose Kimo.

Le Japonais du Sud plisse des yeux comme pour voir au-loin, puis relâche finalement sa proie pour une raison connue de lui seul.

- Tu ne m'es plus d'aucune utilité, adresse-t-il sèchement à Kimo. Quant à toi… Solo-le-soumis… tu peux remercier ton « dévoué ». Il vient de prolonger ta misérable existence…

Ensuite, sans aucune transition, il lui sourit en coin, d'un air hautement satisfait et calculateur.

*J'aime pas ça !* pense Solo en se frottant la gorge.

*J'ai quelque chose pour toi, Solo-le-soumis, de bien pire que la mort…* concocte effectivement le mafieux.

- Disparaissez de ma vue, mécréants ! les congédie-t-il d'une voix sans appel.

Solo, qui lutte encore pour respirer convenablement, et Kimo s'empressent de sortir.

Une fois seul, Masanaga convoque l'un de ses hommes de main d'un discret signe de tête. Celui-ci accoure alors aussitôt pour tendre l'oreille en un mouvement du buste respectueux.

- Ils ont une mission prévue pour demain soir, indique-t-il simplement.

- Entendu, répond son homme de confiance, comprenant qu'il doit les dénoncer à la police.

- J'ai une autre carte à jouer, fomente-t-il. Constitue une équipe de deux hommes et rendez-vous dans l'instant à San Francisco. Suivez-le et en temps voulu, amenez-le-moi ! commande-t-il, tous ses muscles bandés par la colère et l'excitation.

- Il sera fait selon vos désirs, Maître.

A l'heure de ses nouvelles exigences, Masanaga ne se doute pas un seul instant que l'unité preventers d'Heero s'intéresse, également, à ceux-là même qu'il veut placer sous projecteurs, afin de se venger de ce que Solo à oser lui faire.

Cet homme, cette souillure, a volé sa marchandise !

Déballé son jouet tout neuf !

Bouffé son dessert !

*J'aurais ta peau, Solo-le-soumis !* se promet-il, in petto. *A partir de maintenant, je vais te faire vivre l'enfer…*

Le lendemain soir,

en date du 12, à vingt-deux heures…

C'est le jour J et tout s'accélère !

Tandis que Trowa termine d'enfiler sa tenue sombre de preventer, Joe trépigne d'impatience, ses pas résonnant dans l'entrepôt minutieusement nettoyé par l'unité de Los Angeles…

- Kimo n'est pas venu s'entraîner non plus, aujourd'hui ! C'est ce qui était décidé, certes, et ça n'aurait peut-être rien changé, mais…

- Ça n'aurait fait aucune différence, confirme placidement Trowa.

- Et il n'a pas répondu à mes appels !

- Je croyais t'avoir demandé de ne pas chercher à le contacter.

Entre temps, Alec lui lance un chargeur que Trowa rattrape aisément au vol.

Pour toute réponse, Joe hausse les épaules en l'observant ranger son semi-automatique dans son holster d'épaule.

- Je… je voulais savoir ce qu'il en était… pour moi ? demande-t-il avec nervosité, en changeant de sujet.

- C'est-à-dire ?

- Oh ! Fais pas le malin, mon p'tit ! Tu sais très bien pourquoi je m'inquiète et j'ai toutes les raisons du monde de l'être !

Les agents spéciaux se laissent aller à un léger étirement de lèvres…

- Fais ce qui est prévu et on disparaitra de ta vie, assure l'agent d'élite.

- Sauf si…, intervient Alec, joueur.

- Sauf si quoi ? s'enquiert le recéleur, blême.

- Sauf si tu te retrouves mêlé de trop près à une affaire comme celle-ci.

- Magnifique ! se lamente Joe en levant ses petits bras au ciel. J'travaille pas avec Mickey Mouse, les gars ! J'verse pas dans le rose bonbon et les chichi frégi !

- Tu sens pourtant la friture, souligne Alec.

- Y a des baffes qui s'perdent !

- C'est l'heure, décrète Trowa.

Sans plus discuter - il a hâte que tout ça se termine - Joe sort son téléphone en le branchant sur haut-parleur…

- Qu'est-ce tu m'veux, gros lard ! répond rapidement Solo.

- Te parler, du con !

- J'ai été ravi d'avoir eu cette discussion, s'apprête-t-il à raccrocher.

- Attends, merde !

- T'es pas sans savoir que Duo est en pleine « visite », j'ai pas que ça à faire ! On se verra demain pour le business

- Il ne doit pas être au courant de ça ! l'appâte-t-il.

-

- …

- J't'écoute…

- Me demande pas comment, mais je me retrouve avec un Mobile Suits sur les bras et je refuse de me charger seul de sa revente. Si tu acceptes de t'associer avec moi, le temps de cette affaire…, précise-t-il en appuyant bien sur les derniers mots.

- Cela va sans dire.

- … on s'partage le fric à 40-60.

Au bout du fil, le silence se prolonge…

- Va pas croire que je te fais confiance pour autant ! l'interpelle de nouveau Joe.

- Alors pourquoi fais-tu appel à mes services ? se renseigne-t-il d'un ton soupçonneux.

- Parce que t'es le dernier à qui je peux m'adresser. Tous ceux à qui je l'ai proposé m'ont claqué la porte au nez.

Solo rit aux éclats !

- Tout s'éclaire ! Quel Mobile Suits ?

- Un Leo issu de la période pré-OZ sur le déclin de l'Alliance.

- Pff ! C'est de la merde ! Personne n'en voudra…

- Il est en parfait état et tu sais très bien qu'ils se vendent comme des p'tits pains, contrairement aux Taurus qui sont bien trop risqués à écouler !

- 50-50.

- 45-55, négocie Joe.

Cela a beau être monté de toutes pièces, c'est plus fort que lui !

- Démerde-toi !

- Okay, okay ! T'emballe pas comme ça !

- Pourquoi Duo ne doit pas être mis dans la confidence ?

- J'ai tenté une approche en effleurant le sujet et il m'a répondu qu'il préférait les voir aux musées. Que tout le monde devrait pouvoir en profiter…

Encore un mensonge, mais ça ressemble si bien à Kimo !

- Ouais, j'vois le genre ! Qu'est-ce qu'il peut débiter comme connerie !

Les nerfs en pelote, Joe prend une grande respiration.

- Faut que tu passes au hangar, ce soir.

- Pas question.

- J'ai un acheteur potentiel qui s'envole pour l'Inde, dans deux heures !

- Dans ce cas, il me semble que l'affaire est déjà réglée.

- Réfléchis deux secondes, imbécile ! J'veux faire monter les enchères et pour ça…

- Tu veux que je me fasse passer pour un autre acheteur potentiel pour le pousser à réajuster son offre.

- Voilà, on y est !

Solo soupire.

- Tu vas materner Kimo toute ta vie ? Il peut pas faire son casse tout seul, comme un grand ?

- La ferme !

Solo démarre la voiture.

- Il arrive quand, ton pigeon ?

- Ça ne saurait tarder, répond-il en pensant justement à Solo.

- J'arrive.

- C'est pas la peine de passer chez le fleuriste. Je sais que tu m'aimes !

- Connard !

Joe raccroche.

- C'était plus vrai que nature ! souligne Alec.

- Excellent, apprécie Trowa. Positionne-toi devant ta porte et laisse-nous faire, donne-t-il sa dernière consigne au recéleur. Alec, je compte sur toi.

- Paré, Colonel !

- Adieu, Joe, le salue Trowa, sans aucune nostalgie.

- J'espère bien !

- Sûrement autant que moi.

Puis, sans perdre plus de temps, Trowa monte en voiture pour foncer jusqu'au lieu du cambriolage… tandis que, sur les docks, Alec et l'unité de L.A. se préparent à recevoir Solo, qui pointe justement le bout de son nez.

Alors qu'il rejoint Joe au cœur de son entrepôt, les forces preventers leur tombent dessus, comme la foudre s'abat sur le sommet d'une montagne, abimant son relief de manière irréversible.

- Preventers, plus un geste ! crie Alec en s'approchant d'eux, genoux fléchi et arme au poing.

- Woh, woh, woh ! C'est quoi ce délire ? se rebiffe Solo en cherchant un moyen de s'enfuir.

- Il doit y avoir une erreur ! prétend Joe pour donner le change, tandis qu'il exulte intérieurement.

- A TERRE ! A TERRE ! IMMOBILISEZ-VOUS IMMEDIATEMENT !

Cinq hommes cagoulés les ont dans le viseur, les éblouissant de leur lampe torche intégrée.

- Du calme ! Du calme ! dit Solo en s'allongeant à plat ventre sur le sol, à l'instar du recéleur.

- Mains sur la tête et jambes écartées ! ordonne un agent.

- On peut savoir pourquoi ? demande Solo en s'exécutant, néanmoins.

Alec vient lourdement presser son genou entre ses omoplates, puis lui ramène les mains derrière le dos pour les lui menotter.

- Aïe ! se plaint Solo. Espèce de pervers !

- Solo Smith, alias Black Light, vous êtes en état d'arrestation pour meurtre avec préméditation sur la personne de John Johnson et êtes soupçonné d'homicide, de complicité de vol, recel, viol avec violence et association de malfaiteurs.

- Hein ? Quoi ? Non mais vous délirez, les gars ! J'le connais pas ce type et l'autre gros non plus ! précise-t-il au sujet de Joe. J'me suis perdu ! J'suis au mauvais endroit, au mauvais moment !

- Je te conseille d'obtempérer, le prévient Alec. Lève-toi !

Sans ménagement, l'Agent spécial Bowers le conduit jusqu'au fourgon blindé où il fait monter son prisonnier pour l'y attacher.

- J'veux un avocat et t'as pas à me tutoyer ! revendique Solo. J'ai droit au respect autant qu'un autre !

- Il est ficelé, annonce Alec à ses coéquipiers, ignorant les récriminations du captif. En route, les gars !

- Et le gros, pourquoi il vient pas, lui ? l'interpelle encore Solo.

- Il ne sort pas du territoire, le renseigne Alec.

- Hein ? Mais moi non plus, j'sors pas du territoire !

Sans bruit, Alec lui claque la porte au nez, avant de prendre place à l'avant du fourgon. Aussitôt, le véhicule démarre en direction de l'aéroport privé des preventers…

- HEEEEEEEY ! HEEEEEEEEEEY ! braille Solo, apeuré.

Et il a raison de s'en faire.

Lorsque les preventers décident d'arrêter un individu, cela signifie qu'ils détiennent des preuves irréfutables pour le mettre à l'ombre.

Si ce n'est pour toujours, au moins pour très longtemps…

Au même moment…

Alors que Trowa se gare, tous feux éteints, il aperçoit une voiture de police en faction devant l'immeuble, ainsi que deux policiers tournant autour du portail, munis de leur lampe torche.

Promptement, Trowa sort de son véhicule pour s'approcher d'eux, sa plaque d'agent d'élite preventer bien en évidence sur sa veste, afin d'éviter tout quiproquo.

- Bonsoir, M'sieur ! le salue joyeusement le jeune policier, noyé dans son costume deux fois trop grand pour lui.

- Bonsoir, Messieurs, répond Trowa. Que se passe-t-il ?

Il s'étonne de leur présence ici, puisque Kimo n'a pas encore déclenché l'alarme…

- On a reçu un appel anonyme nous informant que le Joker a projeté de cambrioler cette baraque, le renseigne l'autre policier, le vieux chauve et débrayé, avant de claquer la bulle de son chewing-gum.

*Étrange* se dit Trowa. *Personne d'autres que nous, Joe et Solo sommes censés être au courant…*

- Que disait cet appel ?

- Que le Joker projetait de cambrioler c'te baraque ! lui répète le policier, l'air de dire « non, mais tu l'as eu comment ton badge ? »

Soudain et comme Trowa l'a prévu, le hurlement lancinant de l'alarme retentit.

- Un instant ! les retient-il, alors qu'ils s'apprêtaient à intervenir. Je suis chargé d'arrêter cet individu. J'ai donc la priorité sur cette affaire. Veuillez ranger vos armes et regagnez votre véhicule.

- C'est qui, là d'dans ? s'intéresse l'aîné des deux policiers, mécontent d'être supplanté et pour ne rien arranger, par un preventer sorti de nulle part !

- L'individu que je suis, seul, chargé d'arrêter, répète Trowa d'une voix profonde et subtilement saupoudrée de menace.

Le policier blasé lève les mains en signe de réédition.

- On remballe ! J'm'en voudrais de contrarier les plans mystérieux d'un preventer, dit-il avec mépris, avant de retourner derrière le volant de sa voiture de fonction.

Trowa n'attend pas leur départ complet pour pénétrer le loft et trouve rapidement Kimo… à genoux, sur le sol, étrangement immobile.

*Il devrait chercher à s'enfuir, pas rester-là à attendre patiemment qu'on vienne l'arrêter…* pense Trowa.

Comme il n'y voit presque rien, il décide d'allumer et en profite pour couper le fil audio de l'alarme.

Ce qu'il découvre alors le peine sincèrement…

L'air hagard, amorphe, le visage encore boursoufflé des coups qu'il a visiblement reçu, Kimo lève finalement son regard vers Trowa.

- Il n'était pas prévu que tu te déguises… ni que tu viennes me chercher, dit-il d'une voix éteinte. Où… où est Solo ? Pourquoi n'est-ce pas lui qui vient m'aider ?

Trowa vient s'agenouiller devant lui.

- Je suis un agent d'élite preventer infiltré pour mettre un terme aux agissements criminels de Solo Smith et il a été décidé que tu devais également être arrêté par nos services, toi aussi.

Kimo acquiesce d'un faible hochement de tête, puis se met à pleurer, doucement…

Comme ils n'ont plus rien à faire ici et que le temps presse, Trowa prend Kimo dans ses bras pour le porter jusqu'à la voiture.

Loin de résister, Kimo donne plutôt l'impression d'être soulagé. Il se laisse ainsi être menotté, puis sanglé sur le siège avant, sans s'insurger.

- Tu ne me demandes pas où tu vas atterrir ? l'interroge Trowa.

- Ça m'est égal.

- Nous t'emmenons au Japon.

- Pourquoi ?

- Parce que l'unité du Colonel Heero Yuy a la priorité sur cette affaire.

- Mais quelle affaire ? Je ne menace pas la sécurité nationale comme peut le faire Carte Noire ! Qu'est-ce que vous pouvez bien faire d'un looser comme moi ?

Au lieu de répondre, Trowa passe un appel tout en roulant à vive allure jusqu'au tarmac…

- Bowers, répond Alec.

- J'ai besoin d'une équipe médicale, une fois sur place, commande-t-il. Vois si Sally est dispo'.

- Entendu.

- Kimo est avec moi. Solo l'a bien amoché…

- Qui te dit que c'est lui ? proteste Kimo dans un dernier élan de déni.

- Quelqu'un l'a dénoncé à la police, poursuit Trowa sans faire cas de son intervention désespérée.

- Solo ne se serait pas planté cette balle-ci dans le pied, cherche à comprendre Alec. De plus, il n'avait pas prévu de partir pour un négoce…

- Mm.

- J'veux rester avec toi ! réclame soudain Kimo, en proie à une vive angoisse. S'il-te-plaît…

Trowa lui jette un coup d'œil. Il s'attendait plutôt à ce que Kimo le repousse avec véhémence, mais c'était sans compter sur les supplices que Solo lui a fait subir.

*Espérons que Duo, alias Max Well, se montre aussi coopératif…* pense Trowa, sans trop y croire.

- J'ai le site en visuel, informe-t-il Alec avant de raccrocher.

Il emprunte effectivement la route sécurisée de l'aéroport militaire, lorsque Kimo revient à la charge…

- Qu'est-ce qui va m'arriver ? s'inquiète-t-il enfin. Où est Solo ?

- Solo va être jugé, condamné, puis incarcéré.

- …

- Pourquoi n'as-tu pas pris ma main, ce soir-là ?

- Pourquoi vous nous emmenez jusqu'au Japon ?

Trowa ne prend pas la peine de répondre une deuxième fois à cette même question et immobilise plutôt le véhicule à quelques mètres du P-Jet.

Face au dispositif déployé par l'Organisation, Kimo est impressionné et apeuré.

- Tu vas rester avec moi, dis ?

- C'est ce qui était prévu, répond-il avant de descendre de voiture, puis d'en faire le tour pour délivrer Kimo.

Dès l'instant où le voleur se retrouve les mains libres, il lui saute au cou, implorant.

- J'ai peur, Trowa ! J'connais plus que toi, maintenant…

Trowa le serre doucement dans ses bras, comme on console un enfant, n'oubliant pas que Kimo a été battu et violé.

- J'ai pris des mesures pour que seules des personnes en qui j'ai une entière confiance te prennent en charge, le rassure-t-il.

Mais Kimo refuse toujours de le lâcher.

- Pour commencer, voici l'Agent spécial Alec Bowers, lui présente-il en les faisant pivoter.

Le preventer a beau lui adresser un signe de tête amical, Kimo le regarde comme s'il arborait une queue de lézard et des oreilles de panda !

- Il fait partie de l'équipe du Colonel Heero Yuy, celui-là même en qui tu dois te fier les yeux fermés, poursuit Trowa.

- …

- Une fois arrivé, l'urgentiste Sally Chang te donnera les premiers soins, puis chapotera ton séjour à l'hôpital.

- …

- Ensuite, un certain Quatre Raberba Winner…

- L'homme d'affaire super riche ? s'étonne-t-il.

Trowa sourit.

- Cet agent d'élite saura te soutenir.

- Qu'est-ce qu'un mec plein aux as peut bien faire pour un type comme moi ?

- Je te demande de lui faire confiance, à lui aussi.

- Autant sortir le bottin ! grommelle-t-il sous son oreille.

Trowa remonte sa main pour lui caresser tendrement la tête. Rapidement, Kimo se détend jusqu'à se laisser aller à somnoler.

- Tu es en sécurité, lui promet Trowa, tout bas. Il n'aura plus jamais l'occasion de te toucher…

Assuré de l'avoir tranquillisé, il conduit Kimo jusque dans la carlingue pour l'installer dans l'un des larges et confortables fauteuils du P-Jet.

- Je dois t'attacher, c'est la procédure.

- Je comprends… Je pourrais tuer tous les agents d'un simple claquement de doigts et piloter cet avion jusqu'au Mexique !

Trowa sourit de sa plaisanterie d'où pointe tout de même une certaine frustration.

- Où est… ? s'enquiert nerveusement Kimo.

- Au fond. Alec a dû lui administrer un puissant sédatif.

Kimo doit se tordre le cou pour regarder derrière sa rangée de sièges et aperçoit un bout de chaussure appartenant à Solo.

- Il a parlé de moi ? S'est-il… s'est-il inquiété de mon sort ?

- Pas une seconde, répond-il franchement.

- …

- On est prêt à décoller, vient le prévenir Alec.

- Je descends.

- On va se revoir ? le retient encore Kimo.

- Je veux voir du rose sur tes joues… Tes peintures de guerre ne te siéent guère.

Kimo sourit tristement en suivant Trowa des yeux, tandis que celui-ci dévale les marches, disparaît à sa vue, puis regarde le P-Jet décoller…

Dans moins d'une heure, ils seront tous arrivés à destination.

Solo restera à l'isolement dans l'une des cellules de l'agence, ceci, le temps d'obtenir une place définitive dans la prison Preventers de Tanabe, située à trois cent kilomètres au sud d'Osaka.

Kimo, entouré des aides-soignants et de Quatre, trouvera la sienne dans le « Preventers Help », implanté à Sakai, une ville de la préfecture d'Osaka.

Trowa et Heero, quant à eux, seront infiltrés dans le repère du célèbre Carte Noire

Songeant à sa nouvelle mission, Trowa remet les clefs du véhicule au personnel de l'aéroport, puis commande son bluetooth…

- Heero, articule-t-il.

Deux sonneries plus tard…

- Yuy.

- Le paquet est en livraison.

- Le temps de le réceptionner et je décolle.

- Tout seul ? le taquine Trowa en faisant allusion au petit plaisir solitaire, sa seule option possible depuis sa séparation avec Eichi.

- Baka ! sourit Heero.

Pendant ce temps…

C'est également l'heure d'un nouveau départ pour Antoine et Marc…

Et comme ce dernier pouvait s'y attendre, Antoine est stressé.

- Ça fait trois fois que tu vérifies si les robinets sont bien fermés… Je ne crois pas que les tiroirs de la commode vont s'ouvrir tous seuls, il n'est pas nécessaire de les scotcher… J'ai déjà éteint le courant… Non, notre grille-pain ne mettra pas le feu au bâtiment, inutile de le mettre dans la baignoire… Antoine !

Antoine rouvre sa valise pour la sixième fois…

- Antoine, reprend Marc d'une voix douce en venant le serrer dans ses bras.

Son fiancé hoche fébrilement la tête, puis se soustrait à son élan de tendresse…

A suivre…

Note :

(1) : Crevure : sens figuré (injurieux) : Personne abjecte, individu qui a des sentiments bas et est capable des pires actions.

(A) : DADN : explication chapitre 3.

Note de fin : Les dés sont jetés. Une page se tourne et un nouveau chapitre voit le jour…

Ly-chan : "quinquagénaire", c'est rectifié ! Merci

À vendredi prochain !

Kisu

Yuy