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Carte Noire,
un voleur nommé désir
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Source : Gundam Wing AC
Auteure : Yuy
Bêta de lumière : Lysanea
Genre : yaoi, romance, policier et UA.
Disclamer : aucun des personnages ne m'appartient sauf Black Light, Kimo Lost/Maxwell dit « Le Joker », Scarlette, Jenna et John Johnson, Gale et l'Inspecteur Morris, Aideen dite « L'Irlandaise », Masanaga dit « Le Japonais du Sud », Joe Fisher, le Gardien du loft 781, Lionel et Jeff, Akane, Lieutenant Nanako Gotô, Yumi, Capitaine Marc Guérin, Capitaine Alec Bowers, Lieutenant Antoine Faure, Capitaine Blake McGuire, Agent spécial Kale, Jack Glade, Anita Stones, Faye Ship, Ito Li, Barbara Linardt, Stan et Shawn McGuire, Steve Harris, Akito, Towika, Eichi, les frères Studners, Commandant Giuliano Cortesi dit Elmo, Gasper, Rosy, Charles, Luca, Standford, Surk, Shin-ji, Estelle, Docteur Akeno, Antonio, Katrine, Vincent, Fernand Faure, Isabelle De la Forgerolle-Faure, Cure-dent, le Colonel Jackson, Maurice Bailey dit « le géniteur », Daniel Bailey, Freddy, Miss Lili, Phoebe, Jason Stich, Hakim, Stuck, Jackie, Jake MacCain, Sean Davis, Silvio, Rosy MacGarette, l'Agent spécial Tsuki, Vincent, Antonio, Alexandra, Steven, Kylian et Monsieur Fernot…
Couple : Heero x Duo
Note : Dimanche soir, c'est tout de même un peu tard… Gomen. Comme vous le savez, vos reviews et MP me vont droit au cœur. J'en découvre certains, le matin et ça me donne le sourire pour toute la journée… au minimum !
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Lime
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À Ly-chan, mon impérissable
et à tous les lecteurs
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Bonne lecture !
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11 – Cartes sur table
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Le lendemain matin…
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Contrairement à Akane et Daniel, Heero et Duo n'ont pas réussi à se rendormir, la nuit dernière…
*Ce n'est pourtant pas faute d'avoir chanté une berceuse !* s'est répété Duo, tandis qu'il contemplait le plafond de sa chambre, les mains croisées derrière la tête.
Comme envoûtés, les deux hommes ne cessent de penser l'un à l'autre et souffrent de ne pouvoir jouir continuellement de cette chaleur fusionnelle à leur côté ; une passion si ardente qu'elle en devient palpable, telle une onde qui vibrerait autour d'eux. Une énergie qui, impétueuse, ne saurait être couvée indéfiniment…
Si Duo choisit de garder ses distances en repoussant toujours plus loin les limites du supportable, Heero, quant à lui, ne demanderait pas mieux que de les réduire en cendres.
Mais Duo veut rester concentré sur sa mission.
*J'ai un contrat rouge à remplir et je ne vais peut-être pas y survivre, alors inutile d'entamer une relation avec Heero et lui donner de faux espoirs. D'autant plus que je dois plutôt trouver un moyen d'échapper à sa surveillance et non pas me blottir contre lui !* a-t-il ruminé durant toute la nuit, frustré au plus haut point.
A présent qu'il doit se lever, la situation lui semble plus compliquée que jamais…
D'un pas trainant, il rejoint Heero et les enfants qui se trouvent déjà en cuisine, d'où leurs voix lui parviennent.
Il n'a pas fini de bailler à s'en décrocher la mâchoire qu'Akane lui saute dans les bras, avec une confiance absolue et sans craindre qu'il ne soit pas capable de la réceptionner, ni de supporter son poids plume.
- Merci, Duo ! dit-elle à propos du réconfort qu'il lui a apporté.
- Oh, ma choupinette…, murmure-t-il en l'étreignant avec tendresse.
Tandis qu'elle lui rend la pareille en se permettant de caresser sa longue tresse, ledit natté, de son côté, ne peut s'empêcher de vouloir croiser le regard d'Heero, braqué sur lui…
Un regard intense et bouleversé.
Même s'il n'y a que Duo pour le savoir.
Pour lire dans l'impassibilité apparente et coutumière du Colonel Yuy.
*L'homme et le Preventer sont indissociables…* réalise pleinement Duo, alors que l'agent d'élite le passe aux rayons X, sans que l'homme ne cherche à dissimuler ses sentiments.
- Bonjour, parvient-il à prononcer, troublé.
Comme pris entre deux feux…
- Bonjour, Duo, répond Heero, confiant.
Après un court silence - un brin gênant pour le « détenu » - celui-ci reporte son attention sur Akane.
- Sache que si tu as besoin de quoi que ce soit, tu ne dois pas hésiter à venir me trouver. A n'importe quelle heure du jour et de la nuit. D'accord ? demande-t-il à la fillette.
- D'accord, promet-elle en lui offrant un sourire éblouissant.
- Good girl !
Dès qu'elle touche terre pour sautiller ensuite vers Heero, Daniel s'empresse à prendre sa place dans les bras de son daddy en venant enfouir son visage dans son grand tee-shirt blanc.
- Bah alors, mon chaton ? s'enquiert Duo d'une voix douce, tout en passant sa main dans les cheveux de son « fils ».
- J'veux plus y aller !
- C'est dommage, parce que je meurs d'envie de la visiter, moi, cette école… D'ailleurs, je compte assister aux premiers cours avec ta sœur.
Daniel relève la tête, l'air indécis. Il ne comprend toujours pas l'obsession qu'on les adultes pour l'école. Il admet volontiers qu'on s'y amuse bien, en-dehors des cours. Toutefois, les enfants sont tout de même appelés à fournir un effort de concentration considérable sur des sujets totalement insipides - voire carrément soporifiques - alors que leurs parties de jeu, imaginées et mises en place avec tant de soin et de minutie, sont brutalement interrompues et reléguées à des fadaises…
Tout à son analyse intérieure, il semble que Daniel ne soit nullement contrarié que son daddy considère Akane comme sa sœur d'adoption.
- Tu peux venir avec nous, si tu veux, propose Duo, sans brusquerie.
Pensif, le garçon semble peser le pour et le contre…
- On va bien s'amuser, tu verras, garantit Duo. Et puis, la princesse est là pour nous guider.
- Oh ! Oui ! confirme-t-elle avec enthousiasme, le nez au-dessus de son bol de céréales.
- Il vous reste quinze minutes, indique Heero, souriant et détendu.
- Quoi ? s'écrie Duo. Fallait me réveiller, 'ro ! J'vais être en retard à l'école !
Leurs enfants rient de voir le natté courir dans tous les sens, en passant de sa chambre, à la salle de bain et en faisant des crochets par la cuisine où il avale des gorgées de chocolat chaud, entre deux allers-retours…
- Va pas te brûler, le prévient Heero avec bienveillance, tout en débarrassant la table.
- Trop tard ! Fallait me le dire, avant ! Tandis que toi, visiblement, tu préfères cultiver l'après !
Il a beau lui faire des reproches, le ton de sa voix et l'énergie avec lesquels il le réprimande n'ont plus rien à voir avec la phase difficile qu'ils n'ont pourtant pas fini de traverser.
Loin de là…
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A l'École élémentaire du Lotus Blanc…
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Pendant qu'Heero s'entretient avec la directrice de l'établissement privé, Duo, Akane et Daniel patientent sagement dans l'entrée, main dans la main, sous les regards curieux des autres élèves et de leurs parents…
- Bonjour, Duo, s'élève une voix familière, derrière eux. Bonjour, les enfants.
Ils se retournent tous trois comme un seul homme, pour découvrir Quatre qui porte Towika dans ses bras.
- Hey ! Salut, Quat' ! répond Duo, avenant. Coucou, la pitchoune ! ajoute-t-il à l'adresse de la petite fille, qui lui sourit en retour.
*Je suis finalement accepté et si vite ?* s'étonne l'empathe, in petto, à l'entente de son nouveau surnom. *Je n'ignore pas l'affabilité naturelle de Duo et il nous a reçu avec chaleur l'autre soir, mais je suis tout de même l'un des instigateurs de ce qu'il perçoit certainement comme étant son enlèvement et l'entrave à sa liberté d'agir…*
- Bonjour, Oncle Quatre ! dit Akane, radieuse.
- Salut, articule timidement Daniel en s'accrochant à la veste Preventer flambante neuve de son « père ».
- Daniel…, commence l'Agent d'élite Winner en s'agenouillant devant le garçon, tout en gardant sa fille contre lui. Ce n'est pas évident d'arriver quelque part et de ne connaître personne, cela doit te faire un peu peur. Seulement toi, tu n'es pas tout seul, petit prince. Tu es entouré de personnes qui t'aiment et qui tiennent très fort à toi. Aie confiance en l'avenir. Tout va très bien se passer…
Daniel hoche la tête, les yeux écarquillés par la présence et l'aura si particulière de cet homme, ceci, bien qu'il le connaisse et l'apprécie déjà…
- Merci, murmure Duo en caressant la tête de son petit prince.
L'homme d'affaires se relève et s'apprête à engager la conversation avec le natté, lorsqu'il perçoit un mouvement, non loin d'eux : Heero sort du bureau de la directrice pour les rejoindre, ensuite, en de grandes enjambées.
- Bonjour, Quatre, dit-il en tendant son petit doigt à Towika, en guise de salut.
Ravie, elle s'empresse d'y répondre en tentant d'enrouler l'un de ses doigts autour du sien.
- Bonjour, Heero, dit l'empathe, tout en couvant sa petite fille d'un regard affectueux.
- Tout est réglé, annonce le Colonel Yuy, un instant plus tard. Je t'ai inscrit sur la liste, apprend-il à Duo.
- Euh… 'ro, t'es gentil, mais je ne vais pas aller à l'école tous les jours.
A cette réflexion - qui n'est pourtant pas un commentaire isolé, ni le plus caustique - Heero laisse échapper un rire inopiné, doux et mélodieux, s'attirant ainsi l'attention de toutes les personnes présentes dans l'entrée.
Pendant que Duo le contemple, à la fois médusé, subjugué et irrémédiablement ensorcelé, Quatre, lui, se réjouit de ressentir l'amour qui les unit déjà et de la plus inéluctable des manières…
Leurs enfants, quant à eux, observent le preventer Yuy d'un air absorbé, visiblement fascinés par sa personnalité.
De son côté, Akane semble surprise et heureuse qu'un tel bouleversement se produise enfin dans la vie de son père…
- Le personnel de l'établissement n'est autorisé à confier les élèves qu'aux personnes dont le nom est présent sur la liste que les parents leur constituent, explique ensuite Heero, sans rien remarquer du trouble qu'il vient de causer. Et je viens de t'y ajouter.
- Oh ! Pour Daniel, croit comprendre Duo en clignant des yeux.
Comme pour s'assurer que la vision fantastique d'Heero-qui-se-laisse-aller-à-son-hilarité n'a pas été un mirage.
- Pour nos deux enfants, rectifie-t-il, rayonnant de bonheur quant à cette idée.
- Je ne sais pas quoi dire…
- Dis « oui », dad ! l'interrompt Daniel d'un ton pressant, soucieux que le lien qui les unit tous les quatre ne soit jamais coupé.
- Voui…
- Vous allez être très occupés, ces prochains jours, leur promet Heero. Votre section a été choisie pour organiser la kermesse de l'école qui aura lieu dans quelques semaines.
- Trop bien ! jubile Daniel en s'imaginant déjà construire une catapulte.
Tant et si bien qu'il en oublie son anxiété et finit par lâcher la main de Duo pour suivre Akane jusque dans leur salle de classe attitrée, afin de pouvoir discuter de l'évènement avec leurs camarades…
- C'est chouette ! se félicite Duo. Je pourrais peut-être m'occuper de la partie sucrée…
- C'est toi qui vois, approuve Heero. Tu me rejoins à l'Agence, après le déjeuner ?
- Un peu avant, sans doute. Je nous ferai un p'tit truc à manger.
- Entendu.
- Bon, bah… à toute !
Heero le suit du regard jusqu'à ce qu'il disparaisse à sa vue, puis l'entend distinctement se présenter :
- Salut, les p'tits loups ! Moi, c'est Duo, le daddy de Daniel. Je vais rester avec vous, durant toute la matinée.
- Daniel est mon petit frère et Duo est mon ami, tient à préciser Akane.
Ce qui réchauffe considérablement le cœur d'Heero et apaise son esprit.
- J'suis ton frère, pas ton petit frère ! rouspète Daniel.
- Oooooh ! C'est une vraie ? demande l'un des jeunes élèves.
Heero devine aisément que l'enfant interroge Duo au sujet de sa longue tresse.
Dans le même temps, Quatre embrasse sa fille avant qu'elle ne court vers sa classe, elle aussi. Puis, il emboîte le pas du preventer qui s'engage maintenant vers la sortie…
- Ma présence est-elle requise, à l'Agence ? s'enquiert le consultant profiler, tandis qu'ils font une halte sur le parking de l'établissement scolaire.
- Oui, pour Kimo. J'ai prévu une confrontation faussée.
Cette confrontation à sens unique implique qu'une des personnes en présence ne voit pas l'autre et n'est pas mise dans la confidence. Ce stratagème consiste dès lors à tromper l'une des parties, ou à la laisser volontairement dans l'ignorance, au profit de celle, adverse.
- Tu veux d'abord t'occuper de Duo, comprend Quatre.
- Hn.
- Il a l'air de bien s'adapter à sa nouvelle vie de famille…
- …
- … mais tu n'es pas tout à fait rassuré.
- Parce que tu l'es totalement, toi ?
- Non, c'est vrai, admet-il. Duo est un bel illusionniste, je le reconnais et je crois qu'il fomente quelque chose dans son coin. Pour ne pas dire, sous ton nez et derrière ton dos.
- Duo donne par moment l'air d'être insouciant et détaché, mais il n'en est pas moins rongé par ses démons intérieurs. (A)
- Il n'est pas le seul, souligne-t-il en se frottant les bras, comme s'il avait froid.
- Tu comptes lui livrer toute ton histoire ?
- Tout dépendra de notre conversation, mais au moins une part, oui.
- Hn… La présence de Trowa est requise, elle aussi.
- J'ai pris ma décision, Heero. Que je me sente prêt ou non à le revoir assidûment n'y change rien.
Le Colonel Yuy le dévisage un moment, en silence, avant de prendre congé.
Quatre le regarde partir, les yeux dans le vague, puis s'en va vers sa voiture, à son tour, lorsque Duo l'interpelle. Tiré de sa rêverie, Quatre observe alors Duo s'avancer rapidement vers lui.
- Je peux te parler, une minute ? demande le natté, une fois parvenu à sa hauteur.
- C'est au sujet de ce qui s'est passé, hier soir ? devine l'empathe.
- Oui, confirme-t-il son intuition. Je me sens mal, depuis. J'aimerais autant faire le point le plus vite possible, si tu veux bien…
Quatre accepte volontiers et l'invite à s'installer sur l'un des bancs qui bordent le petit parc, de façon à ce que Daniel puisse voir Duo à travers l'une des fenêtres de l'école.
- Je ne vois pas comment t'annoncer ça autrement, alors… je me lance : Trowa est mon mari, déclare l'empathe, tout de go. Il y a huit mois, mon père a été assassiné. Sa disparition tragique et soudaine m'ayant quelque peu perturbé, j'ai voulu… me venger. Seulement, dans ma folie meurtrière, j'ai pris Trowa pour cible et depuis, il est atteint d'une amnésie nominative. C'est un résumé un peu rapide, mais il suffit à te donner une idée de notre situation à tous les trois.
- Et son amnésie nominative… elle touche qui, en particulier ?
- Notre famille, uniquement. Je conçois d'être sévèrement puni, mais Towika ne mérite pas son sort.
- Les conseilleurs ne sont pas les payeurs, mais ne baisse pas les bras. On ne peut pas oublier éternellement les personnes que l'on aime. Je suis certain que tout rentrera dans l'ordre, tôt ou tard.
- Tu as réussi à préserver ton optimisme, malgré tout ce qui t'est arrivé… Je trouve cela admirable.
Duo hausse les épaules.
- Dany y est pour beaucoup. Il m'a forcé à garder la tête hors de l'eau…
- A ce propos, des nouvelles de Maurice ?
- Non, répond-il en faisant la moue.
Il doit bien avouer qu'il l'a complètement occulté, celui-là !
Déjà qu'il ne pensait pas beaucoup au « géniteur » lorsque cet ivrogne notoire vivait un étage au-dessus du sien, alors maintenant qu'ils ont tous radicalement changé de vie et de pays…
- Tu dois être rassuré qu'au cas où il t'arriverait quelque chose, Heero puisse prendre la relève, non ?
- Pas qu'un peu ! confirme Duo. Dano est très attaché à sa nouvelle famille et réciproquement. Je suis plus que rassuré : c'est un vœu cher à mon cœur qui s'est exaucé.
- Alors, tu crains vraiment pour ta vie…
- On n'est jamais sûr de rien.
- Moi, je suis sûr de Trowa, tout comme tu as l'air d'être certain du devenir d'Heero. Après tout, c'est lui qui opère sur le terrain. Il est donc curieux que tu sois rasséréné que ce soit lui que Daniel ait choisi comme autre parent.
- Tu essayes de me faire parler et c'est bien normal. Même de réserve, tu restes un preventer. Mais ça ne prendra pas, Quat', le prévient-il gentiment.
Le profiler et criminologue d'élite sourit.
- Je suis heureux que tu ne m'en tiennes pas rigueur.
- Je m'y attendais.
- Heero va finir par s'attaquer à ce morceau-là. Il y songe déjà.
- Je sais.
- Nous nous doutons, tous, que tu as la ferme intention de t'en prendre au Japonais du Sud.
- …
- Malgré l'obstacle que représente Heero… et crois-moi, il ne te sera pas aisé de le contourner, si tant est que cela soit possible… tu penses pourtant réussir la mission que tu t'es confiée, dit-il à moitié sur le ton d'une question.
- Je l'espère, pour le bien de tous.
- Je n'émets aucun doute sur ta capacité à la remplir, dans d'autres circonstances, mais maintenant que tu es pris en sandwich par Heero et Trowa…
- En parlant de ça, tu sais comment ils se sont rencontrés, ces deux pots de colle ?
- Mon mari et ton… agent de libération conditionnelle et de probation ? le titille-t-il, mutin.
Duo bougonne en époussetant son pantalon.
L'agent de libération conditionnelle aide les détenus qui ont obtenu cette libération à réussir leur réinsertion sociale. Il les surveille également pour s'assurer qu'ils respectent les conditions qui leur ont été imposées et qu'ils ne récidivent pas.
L'agent de probation, quant à lui, supervise et aide les contrevenants qui sont en probation. Ou, en d'autres termes, qui sont mis à l'épreuve.
Dans le cas présent - parce que Duo constitue un « cas particulier » - le Colonel Yuy a jugé préférable d'assurer les deux postes, ceci, avec l'accord unanime des Administrateurs. Néanmoins, ce consensus reste fragile et pourrait s'avérer nul et non avenu si Carte Noire devait s'obstiner en refusant de coopérer et de rentrer dans le rang.
Sachant cela, Quatre décide pourtant de ne pas en parler. Pas dans l'immédiat.
*Le moment est mal choisi. Duo accepte enfin de s'ouvrir et je ressens qu'il envisage même la possibilité d'emprunter une autre voie… La bonne voie. Si l'un de nous, ou si les Administrateurs décident de l'acculer davantage, nous ne ferions alors que le braquer et ne réussirions qu'à perdre bêtement une aide précieuse. Sans compter que nous gâcherions plus d'une vie : la sienne, tout d'abord, puis celle de Daniel, d'Heero et par conséquent, celle d'Akane…* analyse l'empathe avec gravité.
- Ils se sont rencontrés en Sibérie en l'an AC 195 et se sont tout de suite entendus, sans avoir besoin de prononcer le moindre son, répond-il à sa question, sans rien laisser paraitre de ses pensées. Ils n'étaient pas très bavards, en ce temps-là.
- J'vois le genre !
- A cette époque, ils servaient sous les ordres directs de Son Excellence Treize Khushrenada et du Colonel Zechs Merquise, que tu connais sous le nom de Milliardo Peacecraft. Ceci, jusqu'à ce qu'un coup d'état éclate en AC 199 et fasse s'effondrer le système économique de la cinquième région et n'aboutisse au triste évènement de l'assassinat de Son Excellence, alors seul défenseur de la Paix par l'unification des cinq Régions. Le Colonel Merquise, fou de rage et de douleur, a tenté d'exterminer le monde connu en s'attaquant d'abord aux systèmes politique et économique, avant d'en venir aux menaces d'attentats biologiques.
- Le Colonel Merquise, cet homme de guerre effroyable, est bien l'oncle d'Akane ? Le beau-frère d'Heero ? Le frère aîné de Relena et celui qui lui succède avec brio dans le rôle d'Ambassadeur de la Paix ? demande-t-il confirmation, l'air abasourdi.
- Lui-même. Si Heero n'avait pas été là pour l'arrêter… Dieu sait ce qui se serait produit. Depuis, et bien qu'ils ne fassent rien pour forcer le destin, Trowa et Heero n'ont de cesse de travailler ensemble tout en menant une vie et une carrière parfaitement autonomes.
- 'ro était présent lorsque votre accident a eu lieu ?
- Oui. Il est parvenu à m'immobiliser, mais une seconde trop tard, malheureusement… J'aurais préféré qu'il me tire dessus, au lieu d'écouter Trowa.
- 'ro ne fait jamais rien au hasard et bien qu'il ait vu son ami sombrer dans l'oubli, je suis certain qu'il ne regrette pas une seule seconde de t'avoir épargné.
Surpris par la tournure que prend leur conversation et par la force de son amitié à son égard, pourtant naissante, Quatre le dévisage avec émotion, sans mot dire.
- Ce qu'il veut, aujourd'hui, reprend Duo, c'est vous voir à nouveau réunis. Ce qui, entre nous, n'est pas complètement réjouissant : 'ro a le chic pour te contraindre à accomplir la mission donnée selon ses plans à lui. Je l'ai à l'œil, le bougre !
Quatre se met à rire.
Une joie contagieuse et bienvenue que Duo partage avec toute la légèreté dont il se sent capable.
- Je sais que tu lui en as beaucoup voulu de t'avoir comme enchaîné à lui…, commence l'empathe.
- Personne n'aimerait ça ! se défend-il.
Sans brusquerie, toutefois.
- Assurément… Mais reconnais tout de même qu'il est magnanime avec toi.
- …
- Un autre colonel que lui t'aurait jeté en prison et aurait rendu Daniel à son… géniteur.
- Oui, je sais, admet-il. 'ro est patient, mais il n'aime pas perdre son temps pour autant. Le truc c'est qu'il a oublié de mettre son costume de Superman, ce jour-là… Du coup, je ne l'ai pas reconnu !
Quatre sourit.
- Il n'avait pas atteint la majorité qu'il dépoussiérait déjà la cybercriminalité en bouleversant et rénovant la traque virtuelle des preventers…
Intrigué, Duo l'écoute avec attention.
- Son intervention et son génie ont permis d'appréhender vingt mille prédateurs sexuels en deux mois et demi, et de pister les cent soixante-dix mille pédophiles continuellement connectés sur le réseau… Depuis, les agents preventers du monde entier travaillent sur ses projets et procèdent à des arrestations quotidiennes. En vérité, les Administrateurs seraient bien en peine de maintenir l'ordre et la cohésion de l'Organisation, sans Heero.
Duo médite ses paroles durant une poignée de secondes.
- Ce n'est pas la peine de me rapporter ses exploits. Je n'ai aucun doute sur ce qu'il est.
- Et que peut-il bien être, d'après toi ?
- La perfection.
Quatre ne s'attendait pas à ce qu'il emploie un mot aussi fort, aussi tranché.
- Tu ne lui donnes plus aucune marge d'erreur. C'est risqué.
- Risqué pour qui ?
- Pour toi. Tu pourrais être déçu, ou pire, te sentir trahi et perdre tes repères.
- Mes repères ? répète-t-il, incrédule. Parce que tu crois qu'Heero est mon unique repère ?
- …
- Pff ! siffle-t-il en se levant. Je dois y aller.
- Excuse-moi, Duo. Je me rends compte que j'ai parlé un peu vite.
- Mais tu penses toujours ce que tu m'as dit ?
- Oui.
Embarrassé, hors de sa zone de confort, Duo se détourne pour partir.
- Au revoir, Duo.
- Salut, répond-il d'une voix éteinte, de dos et en lui faisant un bref signe de main.
*Pourvu que tu acceptes de te raccrocher à lui* se dit l'empathe en songeant à la prochaine épreuve que Duo va devoir endurer.
L'une des plus terribles, à n'en point douter…
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Pendant ce temps…
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Heero n'a pas franchi le seuil de son agence que l'Agent spécial Antoine Faure lui saute littéralement dessus.
- C'est trop tôt, Sensei ! Duo ne supportera pas un autre bouleversement, pas maintenant.
- Bonjour à tous.
Ses agents le saluent à leur tour en les suivant des yeux, Antoine et lui.
- Je ne peux plus reculer l'échéance, dit calmement le Colonel en allant se servir une tasse de thé, en cuisine.
- Où est-il, à ce propos ? s'enquiert Marc, derrière eux.
- A l'école, avec nos enfants, répond-il le plus naturellement du monde en rejoignant son bureau.
« Nos enfants » sonne étrangement aux oreilles de ses agents, qui hésitent à s'en réjouir ou à s'en inquiéter…
- Sensei…, persiste Antoine.
- Je lui ai donné ma parole, le coupe Heero. Duo veut savoir, il saura, ajoute-t-il d'un ton catégorique.
L'Agent Faure ne peut que soupirer d'impuissance.
- Du nouveau sur Masanaga ? se renseigne Heero.
- RAS ! l'informe Alec.
- Il est sage comme une image, précise Nanako. D'après nos sources, il se contente de mener ses affaires chez lui, au temple familial ou à leur restaurant « Au dragon rouge ».
- Il attend quelque chose, un signal, mais lequel ? s'interroge Antoine, intuitif.
- Ce séjour au pays t'a fait le plus grand bien, on dirait, le félicite son Colonel.
Antoine vire à l'écarlate, mais tient bon.
- Oui… En dépit de ce que je vous ai fait endurer, je vous remercie du fond du cœur de m'avoir épaulé jusqu'au bout et sans jamais douter de mon possible rétablissement.
Pour toute réponse, un simple et non moins resplendissant sourire en coin de ses amis et collègues suffit à réchauffer un peu plus le cœur d'Antoine, déjà tenu à bonne température par les soins de son fiancé.
- L'idée n'est pas d'éviter aux gens de souffrir, dit Heero. Mais bel et bien de les soutenir au moment opportun.
- Oui, c'est ce que j'ai fini par comprendre.
- Hn.
- Pour en revenir à Duo…, commence-t-il avant de se racler la gorge, gêné de devoir se montrer insistant envers son supérieur.
- Trowa et Quatre s'occupent d'escorter Kimo jusqu'ici, cet après-midi, informe-t-il son unité.
- Tu vas les placer en confrontation réelle ? s'enquiert Antoine, au bord de la panique.
- Non, en confrontation faussée. Pour l'heure, il s'agit de rétablir l'équilibre. Kimo en sait plus que Duo et lui-même aura une version complémentaire à lui transmettre, par la suite. Il m'a promis de nous rejoindre avant le déjeuner.
- De te rejoindre, Sensei, souligne Blake. Carte Noire ne promettra jamais rien à personne d'autre qu'à toi et à… vos enfants.
- C'est vrai, Heero, renchérit Marc. Il n'échappe à personne qu'il ne respectera que votre engagement à tous les deux et n'écoutera que toi.
- Seulement, les Administrateurs voudront savoir, tôt ou tard, si son enrôlement forcé à nos côtés est viable ou non et s'assurer de sa complète obéissance envers l'Organisation, intervient Antoine sur un ton d'excuse.
Méditatif, Heero ne répond rien…
- Et pour Solo ? finit par s'enquérir Alec. Kimo et Duo ne savent toujours pas qu'il est le meurtrier de leur famille. Tu comptes leur révéler cette pièce-ci du puzzle, également ?
- Duo réclame vengeance, certes, mais il désire surtout connaitre la vérité. Cela, nous sommes en mesure de le lui donner et c'est ce que nous ferons.
Son équipe acquiesce avec gravité.
Alors qu'un épais silence s'installe, conséquemment à la déclaration du Colonel, les téléphones se mettent soudain à sonner de concert…
- Au boulot ! commande le preventer d'élite.
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Onze heures…
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C'est sous un ciel bleu azur et un soleil radieux que Duo sort du Lotus Blanc, satisfait et confiant quant au bien-être de son « fils ».
*Il ne peut que s'épanouir dans cette école. C'est tellement mieux que ce qu'il avait à San Francisco…* se dit-il, empli de gratitude.
Il se remémore l'adresse de l'Agence, puis se met en quête des bonnes rues à emprunter pour y parvenir, tout en savourant sa petite liberté retrouvée.
*Il faut que je fouille les papiers d'Heero et son ordinateur. Comment vais-je m'y prendre pour l'en éloigner ? Et puis, ce fichu bracelet numérique ! Comment faire… ?*
Le temps d'y réfléchir - et sans avoir trouvé de solutions qui tiennent la route - le voilà arrivé devant la porte du garage du bâtiment ultra sécurisé.
- Déjà ! se désole-t-il, planté devant l'édifice.
Dépité, il le contourne dans l'intention d'atteindre la porte d'entrée - qu'il sait être dédiée aux visiteurs - mais décide plutôt d'aller en reconnaissance dans le quartier…
C'est ainsi qu'il repère l'aquarium géant Kaiyukan, la place du marché, le restaurant où l'Agent spécial Blake McGuire s'approvisionne en plats à emporter – le « Délices de Tempozan » - la grande roue qui culmine à cent douze mètres de haut, puis le parc.
- Le coin est génial pour les enfants ! s'émerveille-t-il, des idées de sorties en famille plein la tête.
Au bout de quelques minutes - pendant lesquelles il a pu admirer les différentes vues du port - Duo se résigne enfin à aller sonner à la porte…
- C'est déjà beaucoup moins drôle ! se dit-il pour lui-même, en attendant qu'on vienne lui ouvrir.
Rapidement, Antoine vient l'accueillir, tout sourire.
- Bonjour et bienvenue à toi, Duo !
- T'as fait de la chirurgie esthétique, ou c'est une sorte de prothèse amovible ? l'interroge-t-il, tout de go.
- Comment ça ?
- Ton sourire a l'air permanent. Même moi, je ne peux pas faire ça !
Sur ces mots, il termine de gravir les dernières marches qui mènent directement à la salle principale, talonné par l'agent spécial.
- Oh ! Peu de temps avant que tu n'arrives parmi nous, il en était tout autre…
- Et, c'est quoi qui t'a transfiguré ?
- Je pensais que seule l'absence de difficulté pouvait nous rendre heureux, mais il s'avère qu'il n'en est rien. J'ai découvert que la volonté de fournir tous les efforts possibles pour donner et se donner est la clef qui mène au bonheur.
Pensif, Duo pose sa veste sur le dossier de sa chaise de bureau, devant lequel il est parvenu.
*BicMan, Nana et 'ro sont absents* observe-t-il au sujet de Blake, Nanako et Heero. *Mais le problème, c'est qu'il y a toujours quelqu'un, ici…*
- C'est pas faux, mais je pense tout de même que Marc y est pour beaucoup, fait-il valoir.
- Je n'enlève aucun mérite à mon compagnon, mais si j'avais refusé de me donner les moyens de m'en sortir, il n'aurait rien pu faire d'autre que me regarder mourir.
Inquiet, cette fois-ci, Duo considère Marc qui lui rend son regard.
- A ce point-là ? s'enquiert le natté.
- Entends bien, Duo, insiste lourdement Antoine. Il est très important que tu désires suivre la personne que tu sais être ton ami. Quoi qu'il advienne.
- Qu'est-ce qui va encore m'arriver ? demande Duo avec un fort sentiment de lassitude.
Blake et Nanako entrent dans l'intervalle, interrompant leur discussion.
- Je constate que tu n'as pas réussi à t'enfuir, dit McGuire, taquin.
- Il serait cruel de ma part de vous priver de ma présence et de mon charisme, répond le « fugitif » en sursis.
- Mm, marmonne Blake en allant s'affaler sur sa chaise.
A peine s'est-il assis qu'il fait tournoyer son vieux Bic© entre ses doigts.
- T'arrives toujours pas à couper ton bracelet, hein ? poursuit-il. Couic, couic ! imite-il le son des ciseaux.
Duo croise les bras et sourit.
- Je suis tout disposé à te couper l'envie de m'importuner.
Tous sourient, amusés par leur joute verbale désormais coutumière, lorsqu'Heero semble jaillir de nulle part.
- D'où tu sors, Houdini ? l'interroge Duo en faisant référence au célèbre prestidigitateur américain.
- De mon bureau.
- Il est ici, ton bureau, dit-il en le pointant du doigt.
- Celui qui m'est officiellement réservé se trouve derrière cette paroi en verre opacifiée.
*Intéressant* se dit Duo.
Vu d'ici, on ne distingue pas les rainures savamment dissimulées de la porte, ni aucune ombre ou contour d'objet qui pourrait trahir l'installation de la pièce, au travers du mur en verre. De fait, Duo a cru à un arrangement architectural ingénieux pour simplement faire entrer davantage de lumière…
- J'imagine que Daniel s'est bien adapté, sinon, tu ne serais pas d'aussi bonne humeur, souligne Heero, tout en triant quelques papiers.
- Ouais, impec' ! confirme-t-il en s'en allant à reculons vers la cuisine. Vous faites pas de bile, les gars. Y en aura pour tout le monde.
- C'est trop cool ! lâche Blake, trop heureux de manger autre chose que son sempiternel bento.
- Rien ne t'y oblige, précise Nanako.
- C'est ça ou je m'installe derrière mon « bureau », dit-il en mimant les guillemets avec ses doigts. Ce n'est donc pas comme si j'avais vraiment le choix !
- Baka, laisse échapper Heero.
Comme son expression est neutre et qu'il continue d'arranger son bureau en bouclant certains de ses dossiers, son unité ne saurait dire si le Colonel se permet une pointe d'ironie, ou s'il est sérieusement contrarié par le refus net et catégorique du natté à assumer sa nouvelle vie… et sa nouvelle profession.
Duo, quant à lui, fait mine de n'avoir rien entendu, puis disparait dans la seule pièce du bâtiment qu'il se sent capable d'affectionner.
L'heure du repas venue, celui-ci se révèle savoureux - ainsi que les preventers s'y attendaient - et se déroule dans une ambiance bon enfant.
Preuve que chacun des agents spéciaux fait en sorte de ne pas trop penser à la future confrontation…
•
Au Preventers Help…
•
Comme convenu, les Agents d'élite Winner et Barton se retrouvent devant l'Hôpital Preventers de Sakai…
- Bonjour, Quatre.
- Bonjour, Trowa.
- Comment vas-tu ? s'enquiert-il, tandis qu'ils marchent, tous deux, vers la chambre du détenu.
- Au mieux, merci.
- Dans ce cas, c'est Kimo ou bien Duo qui te plonge dans cet état.
- Que veux-tu dire ?
- Tu as l'air triste et désemparé.
Quatre bloque son chagrin comme on retient sa respiration, puis frappe à la porte devant laquelle ils sont parvenus.
- Qui est-ce ? demande Kimo avec une pointe d'anxiété dans la voix.
Depuis son arrivée sur le sol japonais - pays leader de la première région – celui-ci est passé de sa chambre de patient à celle de repos sécurisée située dans l'aile ouest.
- Pardonne-moi, s'excuse Trowa dans l'intervalle. Je te fais souffrir comme personne…
- C'est nous : Trowa et Quatre, répond plutôt l'empathe à Kimo.
- Oh ! Entrez ! les invite le jeune homme, content de recevoir leur visite.
- Quatre…
- Pas maintenant, Trowa ! le coupe-t-il, crispé. Le moment est mal choisi.
Il pousse la porte et voit Kimo marcher vers eux, un livre de recettes à la main.
- Bonjour ! les accueille-t-il avec chaleur.
- Bonjour, Kimo, dit Quatre en tentant d'esquisser l'ébauche d'un sourire.
- Salut, articule sobrement Trowa, comme à son habitude.
- Ils me laissent cuisiner pour une partie du personnel, annonce gaiement Kimo.
- Cela doit te faire du bien, l'encourage l'empathe.
- Oui !
Sans réserve aucune, Kimo étreint Quatre un court instant, puis Trowa, ensuite, qu'il serre tout de même plus étroitement et plus longuement contre lui.
Les preventers s'entre-regardent alors et Trowa a l'immense satisfaction de n'avoir pas manqué l'étincelle d'agacement passer fugacement dans le regard de Quatre, avant que ce dernier ne soupire discrètement en détournant la tête.
- Nous devons t'emmener à l'Agence, afin que tu y sois interrogé, l'informe l'héritier.
- Encore ? râle Kimo en se détachant du Colonel Barton. Mais que vais-je bien pouvoir dire de plus ? Et quel est l'intérêt de m'emmener jusque là-bas ? Autant le faire ici…
- Ne t'occupe pas de connaître les raisons qui ont motivé la décision du Colonel Yuy, répond son ex-professeur de R.L.A.
Kimo n'oppose plus rien, même s'il n'en pense pas moins.
- Tu as bonne mine, reprend-il.
Kimo sourit, les yeux pétillants.
- C'est quand tu veux.
- Hein ?
- On doit y aller, Kimo.
- Oh, oui ! Le temps d'enfiler ma veste et mes chaussures et c'est bon, explique-t-il en s'y affairant déjà.
- On t'attend dans le couloir, le prévient Trowa tout en invitant Quatre à ressortir.
- Okay… J'me dépêche ! assure Kimo en ouvrant l'un de ses tiroirs pour finalement changer de pantalon.
De son côté, Quatre sent son cœur cogner durement contre son torse et sa tête lui tourner.
- La journée promet d'être intense et comme chaque fois que l'on se voit, nous nous retrouvons dans le feu de l'action, déclare Trowa. Je propose donc que nous prenions rendez-vous, dans le lieu qui te plaira. Quand penses-tu être disponible ?
- J'apprécie d'avoir le choix, merci, ironise Quatre, pris de panique.
- Tu as statué, seul, de rester loin de moi, alors que nous sommes liés d'une façon peu ordinaire, il me semble, non ? lui reproche-t-il sans détours.
Sans même essayer de dissimuler son mécontentement.
Quatre en reste sans voix !
- J'suis prêt ! annonce Kimo en venant se planter devant eux.
- Bien, allons-y, décide Trowa.
Aussitôt, Kimo s'accroche à son bras…
•
A l'Agence…
•
L'air inoffensif, les mains dans les poches, Duo pourrait presque siffloter tandis qu'il suit nonchalamment Heero à travers ce que le natté perçoit comme un dédale de couloirs sans fin…
Bien que son preventer ne juge pas utile de le mettre au parfum, Duo se doute pertinemment de l'endroit où ils se rendent.
- Tu peux aussi bien faire ton numéro sur la piste d'enquête, Houdini, ou pendant que je prépare la tarte aux fraises de nos bambins, suggère-t-il d'une voix où perce une pointe d'agacement.
- Il n'y aura pas d'audition pour toi, aujourd'hui. Juste une confrontation faussée.
- Ah ! d'accooord ! Voilà qui change tout ! le raille-t-il. Ecoute, Super 'ro… Contrairement à toi, je ne suis pas un descendant direct des X-Men, donc, moi, pas comprendre ton langage de justicier.
Les agents spéciaux, qui les talonnent dans un silence si épais qu'on pourrait le couper en tranche, le trouve certes amusant, mais n'ont pas le cœur à sourire, cette fois-ci.
L'épreuve qui s'annonce promet d'être douloureuse et décisive quant à la suite de leur collaboration.
D'entre eux tous, seule Nanako n'assistera pas à l'audition. Un preventer doit assurer la permanence téléphonique de l'Agence et c'est tout naturellement que l'Agent spécial Gotô s'est proposée.
Lorsqu'ils tournent pour enfiler le dernier couloir qui mène aux trois salles d'interrogatoire, Duo aperçoit Quatre et Trowa postés devant l'une des portes ; une expression solennelle pour le premier et continuellement impavide pour le second.
- Je croyais que je n'étais pas le centre du monde, lui rappelle Duo, des plus suspicieux. A l'exception de Nana, toute ton équipe est présente, 'ro. C'est quoi, le problème ? T'as peur de ma réaction ?
- Je n'ai qu'une parole, déclare-t-il.
A ces mots et à ce qu'ils sous-entendent, le regard du natté se durcit en une fraction de seconde.
Un regard froid et soupçonneux : un regard de flic.
- De quoi s'agit-il, exactement ?
- La confrontation est faussée puisqu'il n'y aura que toi qui pourras voir et entendre la personne interrogée.
- C'est l'assassin de ma famille ? demande-t-il sur un ton comminatoire.
- Non, mais cela risque de te faire tout aussi mal.
D'un mouvement prompt, qui trahit ses réflexes de combattant aguerri, Duo le contourne dans l'idée de forcer l'entrée de la salle d'interrogatoire dans laquelle se trouve vraisemblablement l'individu mystère.
Néanmoins, Heero s'attendait à ce type de sursaut et n'a aucune difficulté à l'intercepter, puis à l'immobiliser.
- Je peux encore tout annuler, le menace-t-il posément, sa main enserrant fermement son bras.
- Tu m'as donné ta parole, lui rappelle Duo.
- J'ai aussi promis à Daniel de veiller sur toi.
Comme si Heero avait prononcé le mot magique, Duo cesse de lutter. Oh ! il ne s'est pas débattu physiquement, mais la lueur féroce qui brille de temps à autre dans son regard tend à pâlir dès qu'il pense au devenir de son « fils ».
- Tu n'aurais pas dû et de toute façon, ce n'est pas ce qui m'arrêtera. Ça modifie mes plans, ça retarde l'échéance, mais cela ne change rien à la finalité.
Pour toute réponse, Heero le libère pour aller ouvrir une autre porte : celle de la salle d'écoute, réservée aux agents preventers et témoins.
- Entre, je te prie, intime-t-il poliment.
Duo s'exécute de mauvaise grâce, pendant que le Colonel donne ses ordres :
- Alec et Blake, vous restez dans le couloir, mais attendez-vous à devoir échanger vos places avec celles de Marc et Antoine, d'ici peu.
Ses agents acquiescent d'un hochement de tête parfaitement synchronisé, l'air grave.
Le signal est donné.
Les Agents Guérin et Faure ferment donc la marche en entrant les derniers dans la pièce plongée dans la pénombre, tandis que Quatre et Trowa rejoignent Kimo ; lequel est déjà bien installé et attend sagement qu'on lui dise quoi faire… ou plutôt, quoi dire.
- Alors c'est vous qui m'interrogez, du coup ? s'enquiert-il.
L'air de dire : « si c'est le cas, je vois vraiment pas pourquoi il a fallu que je vienne jusqu'ici ! », en ajoutant la subtilité suivante : « vous n'avez rien de mieux à faire, franchement ? »
Il est à mille lieux d'imaginer ce qui se trame de l'autre côté du miroir…
- Décline-moi simplement ton identité, demande posément Trowa.
- Kimo Lost.
- Ta véritable identité, le corrige Quatre.
- Oh ! Kimo Maxwell.
- D'où viens-tu ? le questionne Trowa.
Kimo soupire.
- Je me demande c'est quoi le plus chiant : poser les mêmes questions, ou y répondre ?
- C'est important, assure Quatre.
- Avec vous, c'est toujours important !
Trowa s'assoit en bout de table et croise les bras, se positionnant ainsi sur la gauche de Kimo et dos au miroir.
- Je ne sais pas d'où je viens avant d'avoir rencontré Duo dans ma superbe benne à ordures, obtempère-t-il d'une voix lasse. Un an après, Sol' nous a présenté au Père Maxwell et patati et patata…
Soudain, un bruit sourd se fait entendre, semblant provenir du miroir sans tain qui vibre sous la violence du choc…
- Qu'est-ce qui se passe ? s'inquiète Kimo en s'agitant nerveusement sur son siège.
- Ta vie n'est pas en danger, certifie Trowa, tout en plaçant un objet au centre de la table.
- Jamais vu ce couteau, répond Kimo à sa question muette.
- Concentre-toi, prends ton temps, l'incite Quatre.
- Oui, mais non… Attendez une minute ! Vous me soupçonnez de meurtre, c'est ça ?
- Non, le rassure immédiatement Trowa.
- Bah, alors ! C'est quoi ce couteau ? Pourquoi vous me le montrez ?
- Au fond de toi… tu le sais, avance doucement Quatre.
Kimo fait aller son regard d'un preventer à un autre, puis examine à nouveau l'arme blanche…
- C'est… c'est avec ça que…
- Oui, l'aide Quatre. C'est ce modèle d'arme que l'assassin a utilisé pour tuer votre famille, à Duo et toi.
- Duo ne mérite plus d'y être inclus ! s'emporte Kimo. Il nous a abandonné !
- Tu ne sais pas les circonstances de son départ, tempère l'empathe. Tu ne connais pas toute l'histoire et lui non plus.
- M'en fiche ! Qu'il crève, ce fils de pu… !
Sans crier gare, d'un mouvement fluide et aérien, Trowa lui administre une gifle des plus cinglantes.
- Tro… Trowa… pourquoi ? finit-il par bredouiller en l'implorant du regard, les lèvres tremblantes et en pressant sa joue endolorie.
- Tu ignores tous des raisons qui ont poussé Duo à fuir le lieu des crimes. Tu n'as pas le droit de le juger aussi sévèrement.
- Mais…
- Je sais ce qu'il t'a fait endurer, l'interrompt-il en parlant des mauvais traitements de Solo à son égard. Mais avant de condamner ton frère, attends d'avoir toutes les cartes en mains.
Submergé par son chagrin, Kimo se laisse aller à ses larmes, les épaules basses, plus abattu et perdu que jamais…
- Pourquoi il m'a laissé tout seul ? Il n'y avait aucune raison valable à ce qu'il m'abandonne…
- Duo est revenu, cette nuit-là, lui révèle enfin Quatre.
Kimo se redresse, avide d'entendre la suite…
- Il est revenu et vous a tous vu morts, toi y compris, poursuit-il.
- Mais j'étais pas mort ! conteste-t-il, perplexe.
- Le meurtrier t'a assommé, Kimo, et c'est ainsi que Duo t'a découvert : inerte parmi les corps sans vie et couvert du sang de votre famille.
Pendant un long moment, Kimo ne dit plus rien, son regard absent rivé sur le miroir, comme il se repasse le film de son passé…
- Il aurait dû attendre, finit-il par murmurer.
- Il est parti pour débusquer et tuer la personne responsable du massacre, lui apprend Trowa.
Kimo essuie ses joues.
- Ça lui ressemble, admet-il d'une voix triste où perce tout de même une pointe d'amertume. Il… il l'a trouvé ? se renseigne-t-il.
- Non. Il le croyait mort, lui aussi.
- Hein ?
- Duo et toi connaissez l'assassin.
- Qui est-ce ? s'enquiert Kimo, le cœur battant.
- Nous ne pouvons pas te le révéler pour l'instant. Patience…
- Mais c'est pas juste ! commence-t-il à se rebeller.
Trowa exige le silence d'un doigt posé en travers des lèvres…
Et le silence se fait.
•
Au même moment…
•
Irrité d'être pieds et poings liés - une fois encore - Duo s'immobilise avec raideur face au miroir sans tain, lequel est provisoirement recouvert d'un cache en feutrine.
En jetant un coup d'œil par-dessus son épaule, il voit Antoine fermer la porte, puis Marc et Heero se positionner de chaque côté.
Soudain, avant que le natté ne puisse balancer une remarque sarcastique, une voix désincarnée retentit…
- Alors c'est vous qui m'interrogez, du coup ?
- Qui est-ce ? s'enquiert Duo en tendant l'oreille.
Kimo et lui étaient très jeunes lorsque le destin a voulu qu'ils soient séparés. Depuis, leurs voix d'enfant, fluettes, se sont muées en voix d'homme.
- Le Joker, l'informe Heero, d'une voix neutre.
Sous son regard inquisiteur, rien, aucune des expressions de son détenu ne lui échappe.
En revanche, Marc et Antoine, eux, le dévisagent avec anxiété.
- Je ne vois pas le rapport avec notre affaire, observe Duo, le front plissé par la perplexité.
- Décline-moi simplement ton identité.
Il reconnait la voix de Trowa.
- Kimo Lost.
- Mon frère est mort, 'ro ! lâche-t-il en lui coulant un regard impatient. Que cherches-tu à la fin ? Un fantôme ?
- Ta véritable identité.
La voix de Quatre.
- Oh ! Kimo Maxwell.
Le monde, jusqu'ici si dur, si hostile et si impitoyable, au moins envers Duo, cesse soudain de tourner pour se liquéfier sous ses pieds.
- Non… Non, c'est impossible, souffle-t-il en arrachant brutalement le cache.
Comme il se pétrifie d'épouvante à la découverte de son petit-frère… vivant, Heero fait un pas dans sa direction, pendant qu'Antoine desserre le col de sa chemise, la respiration déjà laborieuse.
- D'où viens-tu ?
Tandis que Kimo soupire de lassitude, Duo serre la feutrine qu'il tient toujours dans ses mains, à s'en faire blanchir les jointures.
Heero fait un deuxième pas en avant.
- Je me demande c'est quoi le plus chiant : poser les mêmes questions, ou y répondre ?
Désorienté, choqué, Duo sent son cœur battre douloureusement dans sa poitrine, dans sa gorge et jusque dans ses tympans.
Dans le même temps, Heero comble la distance qui les sépare encore pour venir poser une main ferme et rassurante sur son épaule ; tel un point de repère dans ce monde où tout s'étiole et se désagrège autour de Duo.
Seulement, ce dernier lui en veut terriblement de lui avoir caché la vérité si longtemps. Il rejette donc son réconfort en se dégageant d'un geste brusque.
- C'est important.
A travers ses larmes, brûlantes et silencieuses, Duo examine avec application le visage de ce frère qu'il croyait perdu à jamais. Ses traits d'adulte, affirmés mais délicats, lui rappellent ceux de son visage d'enfant. En revanche, il s'étonne de le voir porter une longue natte ; fine et fatiguée, qui plus est.
*Kim' n'a jamais souhaité avoir les cheveux longs* se remémore-t-il en tentant de ravaler la boule de chagrin qui s'est formée dans sa gorge.
- Avec vous, c'est toujours important !
- Je l'ai abandonné, s'incrimine durement Duo dans un murmure empli de détresse et de colère mêlées. Je l'ai laissé tout seul.
- Tu ne pouvais pas savoir, affirme Heero.
Trowa s'assoit en bout de table et croise les bras, se positionnant ainsi sur la gauche de Kimo et dos au miroir.
- Je ne sais pas d'où je viens avant d'avoir rencontré Duo dans ma superbe benne à ordures, obéit-il d'une voix lasse. Un an après, Sol' nous a présenté au Père Maxwell et patati et patata…
- Que s'est-il passé ? s'enquiert Duo, sans se tourner vers qui que ce soit en particulier.
Comme la réponse tarde à venir, il réitère sa requête.
- QUE S'EST-IL PASSEE ? exige-t-il, à présent, tout en frappant rageusement la vitre qui semble vibrer de sa fureur, sous l'impact.
Antoine se met à suffoquer, mais refuse l'aide que son compagnon lui propose.
- Qu'est-ce qui se passe ? s'inquiète Kimo en s'agitant nerveusement sur son siège.
- Ta vie n'est pas en danger.
- Le meurtrier l'a assommé, lui explique calmement Heero en venant saisir ses poignets avec fermeté. C'est pourquoi tu l'as cru mort.
- Non, se débat-il intérieurement en secouant la tête. J'étais là, ajoute-t-il en tirant sur ses « liens », tel un bras de fer revisité.
- Tu as vu des corps immobiles, du sang en abondance sur le sol et imbibant leurs vêtements. Tout ceci dans l'obscurité de la nuit et à l'âge de douze ans. N'importe qui d'autre serait venu aux mêmes conclusions que toi.
- Jamais vu ce couteau.
- J'aurais dû le voir ! proteste encore Duo qui ne se pardonne pas son erreur de jugement. Lâche-moi !
- Concentre-toi, prends ton temps, Quatre incite-t-il Kimo.
- Calme-toi, Duo, ou tu ne pourras pas assister à la suite de l'audience.
- Oui, mais non… Attendez une minute ! Vous me soupçonnez de meurtre, c'est ça ?
- Je te dis de me lâcher, le menace-t-il, la mâchoire serrée.
- Non.
- Non, dit Heero, comme un écho à la réponse de Trowa.
Malgré la douleur, immense, qui lui broie les entrailles, Duo peut lire dans le regard bleu de Prusse de son preventer tout l'amour qu'il lui porte déjà et la détermination infaillible qui l'anime au plus profond de lui-même.
- Bah, alors ! C'est quoi ce couteau ? Pourquoi vous me le montrez ?
- Au fond de toi… tu le sais.
- Ne fais pas ça, Heero, le prévient-il, une ombre voilant soudainement son regard.
*Il souffre trop. Black Shadow prend le dessus sur lui* comprend l'Agent d'élite.
Au fond de la pièce, l'Agent Faure n'y tient plus et ne peut s'empêcher d'intervenir.
- Il a besoin de toi, Sensei ! dit-il sur un ton d'urgence. Il meurt d'envie d'être avec toi, mais je sens le mal monter en lui.
- C'est… c'est avec ça que…
- La ferme ! aboie Duo.
En bon preventer qu'il est, Marc reste très attentif à ce qui se passe entre Duo et Heero. Toutefois, Antoine ressent à quel point son compagnon se soucie de lui, également.
- Oui, Kimo. C'est ce modèle d'arme que l'assassin a utilisé pour tuer votre famille, à Duo et toi.
- Duo ne mérite plus d'y être inclus ! s'emporte Kimo et faisant violemment tressaillir son frère. Il nous a abandonné !
*Nous ?* parvient à relever froidement le natté, intrigué.
Absorbé par ses pensées et se réfugiant dans son pragmatisme, il ne réalise pas qu'Heero l'a finalement relâché.
- Qui d'autre a survécu ? s'enquiert Duo, ses paumes à présent pressées contre la paroi de verre, comme pour atteindre Kimo.
Heero ne répond pas. Il sait que Duo finira par se souvenir de leur conversation au sujet de…
- Solo, se remémore-t-il, effectivement. Sol' a survécu, lui aussi ! se réjouit-il, en premier lieu.
Il est si préoccupé par le devenir de Daniel, sa relation avec Heero, l'équipe preventer, son « bureau », sa détention à ciel ouvert et le marché conclu avec le Japonais du Sud… qu'il a passablement oublié de se pencher sur ce point.
- Tu ne sais pas les circonstances de son départ. Tu ne connais pas toute l'histoire et lui non plus.
- M'en fiche ! Qu'il crève, ce fils de pu… !
Sans crier gare, d'un mouvement fluide et aérien, Trowa lui administre une gifle des plus cinglantes.
Meurtri d'être ainsi détesté, renié, banni par son frère bien-aimé, Duo recule de deux pas, comme s'il avait lui-même reçu le coup, avant de se figer dans une immobilité parfaite, sans plus produire le moindre son, ni le moindre geste qui pourrait trahir son désarroi intérieur…
Non.
C'est Antoine, doué d'empathie, qui se charge d'extérioriser ses émotions.
Immédiatement, celui-ci s'est retrouvé plié en deux, le corps secoué de spasmes, tant la souffrance qu'il canalise est intense…
- J'ai l'impression… qu'on me transperce… de part en part, témoigne-t-il d'une voix entrecoupée et en s'écroulant sur le sol en se tenant la gorge. J'arrive plus… à respirer…
Marc accourt aussitôt auprès de son homme pour le soutenir.
- Antoine, ressaisis-toi. Ce n'est pas toi que tu ressens. Ce n'est pas à toi que cela arrive…
- Il m'engloutit… aide-moi ! supplie-t-il, pantelant.
- Coupe le lien, bon sang ! exige le trentenaire en le soulevant dans les airs.
- Dépêche-toi de le sortir d'ici, ordonne Heero, sans quitter le natté du regard.
- Tro… Trowa… pourquoi ? bredouille Kimo.
Alors que l'Agent Guérin escorte son amant au dehors, afin que Blake et Alec puissent prendre le relais, une nouvelle vague d'énergie brûlante vient remplir Antoine, qui fait office de calice. Dès lors, le jeune empathe devient sourd à ce qui l'entoure et à sa propre vie.
Ignorant son fiancé, il tend une main fébrile vers leur Colonel.
- 'ro… je meurs…, articule Antoine, le regard voilé.
Frappés de stupeur, les agents spéciaux se paralysent sur le seuil.
Il faut dire que le spectacle est saisissant…
En surface et alors que Duo est en train de perdre pieds, celui-ci semble totalement indifférent à la scène de sa vie qui se joue, non pas sans lui, mais en dehors de lui-même, à travers Antoine.
En surface, Duo semble imperturbable.
En surface, Duo semble s'être retiré loin, très loin au cœur de ses profondeurs intérieures.
- Antoine s'étrangle ! se fâche soudain Heero.
L'effet escompté se produit : Marc sursaute et sort de sa fixité, à l'instar de ses collègues.
- Tu ignores tous des raisons qui ont poussé Duo à fuir le lieu des crimes. Tu n'as pas le droit de le juger aussi sévèrement.
- Mais…
- Je sais ce qu'il t'a fait endurer, mais avant de condamner ton frère, attends d'avoir toutes les cartes en mains.
Submergé par son chagrin, Kimo se laisse aller à ses larmes, les épaules basses, plus abattu et perdu que jamais…
- Il ? relève Duo de cette voix froide qui bouillonne pourtant de colère. Qu'est-ce qu'on lui a fait ? Qui est ce putain de « il » ?
- …
- Mais réponds-moi, merde ! s'emporte-t-il contre Heero.
A présent qu'Antoine n'est plus dans la pièce pour faire tampon, les émotions de Duo l'envahissent à nouveau pleinement.
- Pourquoi il m'a laissé tout seul ? Il n'y avait aucune raison valable à ce qu'il m'abandonne…
- Duo est revenu, cette nuit-là.
Kimo se redresse, avide d'apprendre la suite…
De son côté, Duo est également interpellé par la tirade de Quatre et se tient prêt à recevoir la suite du récit d'un air affamé.
- Il est revenu et vous a tous vu morts, toi y compris.
- Mais j'étais pas mort !
- J'ai trahi notre serment, s'accuse Duo, faussement apathique.
- Tu as toujours été là pour lui, conteste Heero.
- Le meurtrier t'a assommé, Kimo et c'est ainsi que Duo t'a découvert : inerte parmi les corps sans vie et couvert du sang de votre famille.
- La preuve en est que non, répond Duo.
- Pour n'importe qui d'autre que toi, Kimo aurait semblé mort, également.
Heero a beau dire, Duo demeure inconsolable et distant.
- Il aurait dû attendre…
*Je l'ai laissé tout seul, je l'ai abandonné…* se flagelle inlassablement Duo, in petto.
- Il est parti pour débusquer et tuer la personne responsable du massacre.
- Ça lui ressemble… Il… il l'a trouvé ?
- Non. Il le croyait mort, lui aussi.
- Hein ?
- Hein ? lâche également Duo, le cerveau tournant à plein régime. Ça n'a aucun sens ! ajoute-t-il à mi-voix, pour lui-même.
Heero n'est pas surpris que Duo ne fasse pas immédiatement le rapprochement avec le casier judiciaire de Solo Smith.
Depuis seize longues années, le natté se perd plutôt dans ses souvenirs d'enfances, heureux et malheureux, quand il doit soudain y relier son présent, confus et incertain, ainsi que son frère qu'il croyait mort, mais qui se tient pourtant devant lui, bien portant et…
… et qui le hait, manifestement.
- Duo et toi connaissez l'assassin.
- Qui est-ce ?
- Nous ne pouvons pas te le révéler pour l'instant. Patience…
- Mais c'est pas juste !
D'un geste, Trowa le fait taire…
- Qui est-ce ? exige Duo, à son tour, en pivotant lentement vers Heero.
C'est alors que le preventer a la confirmation de ce qu'il craignait. A la vue de sa mine, sombre et sinistre, plus aucun doute n'est permis : Duo a laissé place à son ombre tueuse, Black Shadow.
Les Agents Blake McGuire et Alec Bowers font courageusement un pas en avant, bien qu'ils aient plutôt l'envie de garder leurs distances.
- A votre place, j'y resterai ! les met en garde le natté, sans même leur accorder un regard.
Il n'a d'yeux que pour la seule et unique menace réelle face à lui : le Colonel Yuy.
Durant un long moment, les deux hommes s'examinent avec minutie, chacun luttant intérieurement pour prendre le dessus.
- Je ne te laisserai pas sortir d'ici sans moi, certifie Heero.
- Je ne te laisserai pas me garder prisonnier et je compte bien reprendre ma liberté, de gré ou de force.
- Sensei ? l'appelle Blake, hésitant.
- N'intervenez pas, somme-t-il d'un ton catégorique.
Toc, toc, toc !
Sans attendre qu'on l'y invite, Quatre entrouvre la porte à laquelle il vient de toquer.
- Je passe prendre les enfants et les emmène chez moi, annonce-t-il.
- Hn, autorise Heero, sans couper le lien visuel qu'il partage avec son détenu.
- Je sens bien que tu préférerais nous envoyer sur Jupiter, Duo, mais je vais tout de même tenter de te donner un conseil…
- Vous savez tous l'entière vérité et vous nous la refusez à mon frère et moi, les accuse-t-il, amer.
- Ne fais pas comme moi, dit tristement Quatre. Ecoute plutôt ce qu'Heero te demandera de faire… ou de ne pas faire.
Mais Duo ne cesse d'incendier Heero du regard.
- Ne laisse pas passer ta chance…
Sur cette dernière recommandation, qui n'appelle aucune réponse, il referme la porte pour rejoindre Trowa ; celui-ci se trouve déjà dans la salle d'investigation où il l'y attend patiemment en compagnie de Kimo, afin d'escorter ce dernier jusqu'à sa chambre sécurisée…
- Tu sais tout, murmure le natté. Tu sais qui est responsable de ce massacre.
- Oui, avoue Heero, sur ses gardes.
- Dis-le-moi.
- Il est en prison, tu ne pourras pas l'atteindre.
- Tu ne sais pas de quoi je suis capable.
- J'en ai une petite idée, justement.
- Peu importe ! Je le saurai d'une manière ou d'une autre.
- Je n'ai pas dit que je ne te révèlerai jamais son identité, simplement que la situation ne s'y prête pas.
- Oh ! lâche-t-il en esquissant un sourire carnassier et en s'avançant vers lui. Voilà qui change tout…
Heero ne bouge pas et l'observe plutôt combler la distance qui les sépare, sans ciller.
- Je le tuerai, 'ro, promet-il à un souffle de ses lèvres, son regard plongé dans le sien. Je le ferai, sois en sûr.
- Je t'en empêcherai et tu le sais.
Inopinément, Duo lâche un rire dur et méprisant, tandis qu'il reprend ses distances.
- J'ai accepté que ta bande de guignols et toi fassiez mumuse avec moi durant un certain temps, mais faudra pas pousser le bouchon. Et puis, tu sais ce qu'on dit : « toutes les bonnes choses ont une fin ».
- …
- …
- Sortons, finit par ordonner l'agent d'élite.
Sans opposer de résistance, Duo obtempère et le contourne pour suivre Blake et Alec qui ouvrent la voie jusqu'à la piste d'enquête.
- Ne commets pas d'actes irréfléchis, le prévient Heero en fermant la marche.
Dès l'instant où ils apparaissent dans la grande salle, tous les regards convergent vers… Black Shadow.
- Je suis sincèrement désolé pour tout ce qui vous arrive à Kimo et toi, déclare précipitamment Antoine, encore troublé par ce qu'il ressent.
- T'attaches pas à moi, poussinet. J'vais pas faire long feu, ici.
- Que veux-tu dire ? Qu'as-tu l'intention de faire ? l'interroge l'empathe novice en fronçant les sourcils.
- Je vais buter l'enfoiré qui a massacré notre famille, celui qui a maltraité mon frère et tous ceux qui menacent les gens que j'aime, débite-t-il en échangeant un bref regard entendu avec l'Agent Blake McGuire.
Une complicité discrète qui n'échappe pourtant à personne, puisque Masanaga menace effectivement la vie de Daniel… d'Heero et donc, par voie de conséquence, celle d'Akane.
Envahi par la colère froide du natté, Antoine commet alors l'acte insensé de se dresser sur son chemin, prenant tout le monde de court.
- Nous ne te laisserons pas mener ta petite guerre personnelle et encore moins t'attaquer au Japonais du… Hng ?
D'un geste prompt, Duo l'a pris par la gorge pour la lui serrer sans l'ombre d'une hésitation, le décollant du sol.
Réactifs, Marc et Heero interviennent simultanément et avec sang-froid. Pendant que l'un tente de tirer son compagnon en arrière, l'autre profite du faux pas de Duo pour le ceinturer et l'étreindre avec force.
Heero sait que Duo ne tuera pas Antoine, ni maintenant, ni jamais et qu'il souhaite simplement leur faire passer un message à tous, par son biais.
- Tu ne le feras pas, 'ro, prétend Duo, sûr de lui. Tu ne me feras aucun mal parce que tu tiens à moi.
- Tu ne feras rien à l'Agent Faure, ni a aucun autre membre de mon équipe et pourtant…, répond-il sous son oreille.
Puis il glisse ses bras autour de sa tête, les positionnant de façon à pouvoir lui briser la nuque en une flexion, brève et fatale.
Une mort rapide et indolore.
Une prise que Duo connaît par cœur, puisque c'est ainsi que Black Shadow a notamment assassiné le fameux dictateur.
Immédiatement, celui-ci s'avoue vaincu au premier round et relâche Antoine, lentement…
Alors que l'empathe se réfugie une nouvelle fois dans les bras de Marc et aspire l'air à grande goulée en se frottant le cou, Duo se retourne subrepticement pour attaquer Heero. Il parvient à lui décocher un crochet du droit efficace, mais ne réussit qu'à faire pivoter la tête de l'agent d'élite, dont le corps reste solidement ancré au sol.
- Un prêté pour un rendu ! annonce-t-il en le frappant à son tour. (A)
Son coup de poing dans l'estomac est si terrible que Duo s'évanouit dans les deux secondes qui suivent, sans bruit.
Heero le réceptionne sans mal, tandis que le natté s'écroule contre lui, désormais plongé dans l'inconscience.
Les agents spéciaux ont rarement vu leur Colonel combattre de cette façon et avec ce qu'ils ont récemment appris à son sujet - à savoir qu'il a commencé sa vie de jeune garçon en tant que tueur à gages - ils le dévisagent d'un air interdit.
- Antoine ? Heero prend-il ensuite de ses nouvelles, laconique.
- Ça va, merci.
- Tu t'es mis en travers de sa route, le réprimande-t-il. Tu as cherché à le priver de sa liberté, de son libre-arbitre. Ceci, bien qu'ayant eu accès à son profil. Tu n'en as pas les moyens.
- Je sais, excuse-moi.
- Qu'aucun de vous n'intervienne plus. Je vous avais prévenu : Duo peut être dangereux. Il ne veut pas vous tuer. Ce n'est pas un meurtrier, plutôt une sorte de justicier hors-la-loi. En revanche, il n'est pas contre des dommages collatéraux pour peu que vous fassiez obstacle à la mission qu'il s'est donnée.
Son unité acquiesce d'un mouvement de tête parfaitement synchronisé.
- Que comptes-tu faire ? s'enquiert Marc, au nom de tous.
- Le ramener chez nous et lui faire un topo.
- Tu as besoin d'aide ? propose Blake.
- Non.
- Et pour Kimo ? l'interroge Alec.
- En sortant, tout à l'heure, Trowa m'a chargé de lui commander un bracelet numérique, afin d'établir sa nouvelle zone d'assignation, leur apprend Marc.
- Où va-t-il loger ? demande Nanako.
- Il restera au Preventers Help, mais sera libre d'aller et venir dans un périmètre restreint, répond Heero. Marc, je te confie l'Agence.
- Compte sur moi. Au moindre signe suspect, l'un de nous t'appelle.
Heero opine, confiant quant à l'engagement et au sérieux de son équipe.
Puis, d'un geste qui trahit la tendresse qu'il éprouve envers son détenu, il réajuste son étreinte autour de son corps inanimé, afin de le porter jusqu'à sa voiture où il projette de l'y attacher solidement…
Pour ne pas risquer qu'il se fasse mal pendant le trajet, bien qu'Heero ait prévu de conduire prudemment et qu'il doute que Duo reprenne ses esprits avant un moment.
Pour ne pas qu'il se libère et saute du véhicule en marche dans l'idée de se faire justice lui-même ; Duo étant capable d'accomplir cet acte désespéré, bien que son bracelet l'immobiliserait rapidement sur la chaussée.
Pour ne pas le perdre.
Pour ne pas perdre l'être-aimé…
•
Quelques heures plus tard…
•
Il fait nuit, au dehors, lorsque Duo émerge enfin…
Il entend d'abord des sons de raclements doux, pareils à des frottements lointains, et ceux des objets que l'on pose dans un bruit mat, avant de sentir de bonnes odeurs venir titiller son appétit.
Puis, les souvenirs des évènements récents remontent à la surface, l'incitant à ouvrir les yeux.
Se faisant, il reconnaît immédiatement le salon d'Heero et comprend que son preventer l'a ramené chez eux et qu'il est en train de cuisiner…
- Le repas est prêt dans une minute, le renseigne effectivement le propriétaire, dont l'ouïe fine a su percevoir le son propre aux froissements des tissus entre eux.
Duo se redresse en grimaçant, une main plaquée sur son ventre, ne sachant plus s'il doit détester cet homme, ou admirer son tempérament.
- Là, tout de suite, je te déteste ! décide-t-il finalement.
- Viens t'asseoir.
- Tu t'imagines que nous allons reprendre le cours de notre existence, comme avant ? Ou que tu vas pouvoir me tenir en laisse toute ta vie ?
- Loin de moi cette idée. Viens t'asseoir, c'est prêt.
- Je suis désolé pour Antoine, mais il l'a bien cherché ! se justifie-t-il en se levant.
- C'est un empathe. Il n'a fait que subir ton propre état de vie émotionnel. Et ne va pas le comparer à Quatre. Antoine a refoulé son don pendant des années, il ne commence à l'appréhender en conscience que depuis peu… Ça va refroidir.
- C'est quoi, ton plan ?
- …
- Qui a fait subir quoi à mon frère ? Qui est le meurtrier de notre famille ? Et pourquoi Sol' ne l'a-t-il pas protégé ?
- …
- JE PERDS PATIENCE ! hurle-t-il en tapant du poing sur la table.
Heero et lui s'affrontent du regard durant un bref instant, mais cela est sans commune mesure avec ce qui s'est produit dans la salle d'écoute.
Comme son entité ténébreuse l'a quitté et ne se manifeste qu'en cas de nécessité absolue, Duo se retrouve à nu et plus à vif que jamais.
- Tu joues avec le feu, l'accuse-t-il en obéissant à son ordre, toutefois.
D'un naturel endurant, Heero lui présente son assiette, puis s'installe face à lui avec calme.
- Tu comptes priver Kimo de ta présence et de ton soutien, une fois de plus ?
Cette question lui fait l'effet d'un deuxième coup de poing dans l'estomac.
- De toute façon, il me hait ! réplique-t-il en s'efforçant de ravaler son émoi.
- Il t'aime plus que tout au monde. Tu es le centre de son univers.
Duo se lève dans l'intention de se soustraire à leur discussion, qu'il juge insoutenable.
- Rassis-toi ! somme Heero, peu amène.
Son charisme extraordinaire fait le reste : Duo s'exécute, la boule au ventre et la bouche sèche.
- Nous vous avons trouvé en étudiant les faits et gestes de Masanaga…, commence Heero.
- Je ne l'avais pas encore rencontré lorsque tu es venu m'espionner ! le coupe-t-il.
- Tout est parti d'un meurtre que la police mettait sur le dos du Joker, poursuit Heero, sans faire état de sa remarque. La photo d'un homme quittant l'Hôtel Blue Scape a été l'élément crucial pour vous relier, tous, et reconstituer votre passé.
- De qui parles-tu, exactement ?
Heero ignore encore sa question et fait fi de son empressent.
- Rapidement, Trowa est parti en mission d'infiltration auprès de Kimo, en tant que professeur de R.L.A. Je n'ai pas besoin de t'expliquer en quoi ces rayons lasers autonomes consistent…
- …
- Comme on s'y attendait, le Joker n'a pas su les maîtriser et Trowa l'a cueilli en flagrant délit de vol avec effraction. A ce moment-là, nous avions déjà connaissance de ton existence en tant que Duo Maxwell et de ce qui vous unissait tous les trois, mais pas de ta double identité. Quatre voulait dès le départ que nous nous intéressions à toi, seulement, tu n'étais pas lié aux affaires de Masanaga, ni à celles d'Aideen « l'Irlandaise », du Joker et encore moins aux méfaits d'un certain Black Light…
- Je connaissais le Joker de réputation…
- Hn.
- Qu'est-ce qui vous a fait changer d'avis, me concernant ?
- Kimo.
- Il s'est confié à Trowa ?
- En quelque sorte.
Duo se prend brusquement la tête entre les mains.
- Arrête de faire ça, 'ro. Je t'en supplie, arrête…
Heero n'a pas le temps d'intervenir que tout s'assemble soudainement dans l'esprit du natté.
Pièce par pièce…
- Black Light, murmure-t-il, les yeux dans le vague.
*Enfin, nous y sommes…* pense Heero.
- Solo Smith, alias Black Light, est coupable de complicité de vol, recel, d'association de malfaiteurs, de viol avec violence, d'homicides et de meurtres avec préméditation, récite-t-il ce qu'Heero lui a déballé au Preventers Help.
- …
- Je veux l'entendre de ta bouche. Est-ce que… est-ce que d'une façon ou d'une autre, Sol' est responsable de la mort de ma famille ? articule-t-il d'une voix blanche.
Dans le même temps, il repousse sa chaise pour se lever et reculer ensuite de quelques pas. Comme s'il craignait d'entendre cette réponse-ci ou désirait s'en éloigner, mettre le plus de distance possible entre lui et cette effroyable vérité.
- Oui, il est le seul commanditaire et meurtrier, confirme Heero.
Le monde se trouble subitement et se met à tanguer.
A travers sa nausée et son vertige, Duo lutte contre un courant qui semble vouloir l'entrainer vers le fond.
- Mais… je l'ai vu tomber ! rapporte-t-il, confus.
- Il devait sans doute avoir les mains recouvertes de sang, déduit Heero. Il se sera toucher le cou et aura trébuché sur l'un des corps, sous tes yeux, et sans avoir remarqué ta présence.
Comme frappé par la foudre, Duo va s'appuyer contre le canapé, le corps vidé de toute énergie.
- Pourquoi a-t-il fait ça ? C'est insensé ! Il savait combien je les aimais…
- David faisait obstacle à ses désirs et ton indépendance farouche l'empêchait de les assouvir. Il fallait donc qu'il te rende dépendant de lui. Qu'il ne te reste plus que lui.
Duo passe une main tremblante sur son visage, puis sur ses cheveux.
- Dans ce cas… pourquoi avoir épargné mon frère ?
- Parce qu'il n'était pas certain que tu décides finalement de le suivre. Kimo étant déjà sous son emprise, il comptait là-dessus pour que tu t'intéresses enfin à lui…
- Est-il également responsable des mauvais traitements qu'a reçus Kimo ?
- Oui.
- Que lui a-t-il fait ?
- …
- Je veux savoir ! exige-t-il, à bout de nerfs. Heero, s'il-te-plaît…
Le preventer se lève à son tour pour faire quelques pas dans sa direction.
- Il l'a grimé à ton image, l'a violé quotidiennement et le faisait travailler pour lui sans que Kimo ne sache rien de ses contrats rouges.
De grosses larmes dévalent les joues de Duo…
- Jusqu'à son arrestation, Kimo portait des lentilles bleues et devait enfiler un costume de prêtre pour commettre ses vols. Tu auras sans doute remarqué qu'il porte les cheveux longs et nattés. Ceci à la demande de Solo. Pour parachever sa copie, il l'appelait Duo et non pas par son prénom. Juste avant qu'on ne les arrête tous les deux, Solo l'a battu et brutalement violé pour ne pas que Masanaga ne le lui prenne…
- Quoi ? l'interrompt-il en s'essuyant les yeux. Qu'est-ce que ce timbré vient faire dans l'histoire ?
- Masanaga raffole des jeunes hommes, mais adore aussi soumettre des plus âgés que lui, de temps à autre… Solo en sait quelque chose. Kimo lui a tapé dans l'œil… Comme Solo nomme ton frère Duo, nous pensons que c'est ainsi que Masanaga a fait le lien entre vous trois. Il lui aura suffit de mener quelques recherches et il aura découvert ta double vie, voire triple… De quoi le satisfaire doublement, puisque vous avez passé un accord.
- C'est de mon frère dont nous parlons, lui rappelle-t-il.
- Hn. Pour ne pas lui livrer un homme encore plein d'espoir, Solo a décidé de le briser, comme pour le ternir. Fou de rage, Masanaga a failli le tuer, mais sans que personne ne sache pourquoi, il l'a finalement épargné. Je pencherai pour une vengeance d'un autre genre…
Pensif, Duo parvient à se décoller du canapé pour faire les cent pas, sous les yeux scrutateurs du Colonel…
- Moi, je sais, lâche le natté, au bout d'un moment. Je sais pourquoi.
- Pourquoi Masanaga désire-t-il te livrer Solo ? devine Heero, intuitif et perspicace. Qu'a-t-il à y gagner ?
- C'est mon paiement, révèle-t-il en fuyant son regard. J'ai d'abord refusé le contrat qu'il m'a proposé. Puis, il a marchandé notre accord en m'agitant sous le nez l'identité de l'assassin de ma famille… C'est là que j'ai su. J'ai su que je ne pourrais plus m'en dépêtrer, que j'accepte ou non.
Heero fronce les sourcils.
- De quelle nature est ce contrat ?
*Il n'a jamais eu l'intention de me le livrer, le salopard ! Il savait déjà que Solo s'était fait arrêter !* réalise Duo.
Comme il ne répond pas, Heero décide de se rapprocher de lui.
- Que t'a-t-il commandé ? insiste-t-il.
- Quelle importance, puisque de toute façon, je ne le ferai pas ?
- Pourquoi ne me le dis-tu pas, puisque de toute façon, tu ne rempliras pas ce contrat ?
Au pied du mur, Duo pousse un long soupir.
- Je suis censé t'éliminer, avoue-t-il tout de go, en lui jetant un coup d'œil en coin pour voir comment il reçoit cette explication.
A ces mots, Heero stoppe net sa lente progression, le visage fermé et le regard dur, verrouillé sur Duo.
- Du moins, c'est ce que je lui ai laissé croire, reprend-il tout en fixant l'un des vases du salon.
- Explique-toi.
- Nous avons signé un contrat rouge et je n'ai pas menti, sauf que c'est lui que je vise.
Heero médite un instant…
- As-tu jamais envisagé de me tuer, comme prévu, ne serait-ce qu'une seconde ?
- Sincèrement ? propose-t-il en relevant la tête vers lui.
- J'aime autant.
- Non. Même lorsqu'il m'a révélé pourquoi il voulait ta mort, à savoir : venger celle d'Odin. Cela m'a juste dérangé que cela reflète mon propre dessein, lequel est de venger David et le reste de ma famille… Mais non, je n'ai jamais envisagé de t'ôter la vie. Et puis, Masanaga veut me faire la peau, également, je l'ai bien senti. Il nous surveille de près et je dois faire en sorte de vous protéger, Daniel, Akane et toi.
- Pourquoi, toi ?
- Moi, quoi ?
- Tu m'as très bien compris.
- Parce que j'suis doué, j'imagine ! suggère-t-il d'un ton qui se veut désinvolte.
Seulement, Heero n'est plus d'humeur à jouer. Il fond soudain sur lui en de grandes enjambées, faisant hâtivement reculer Duo jusqu'au mur le plus proche.
- Parce que je suis un tueur à gages indépendant et que je n'ai aucune allégeance, avoue-t-il très vite.
- Ça se tient, admet-il en s'immobilisant à un pas du natté. Cependant, tu n'es pas le seul dans ce cas de figure.
- Il lui fallait quelqu'un qui puisse t'approcher et déjouer ta sécurité.
- Mais encore ?
- Il s'attend à ce que je couche avec toi. D'après lui, c'est la seule façon de te toucher, c'te bonne blague !
- …
- Toujours d'après lui, reprend-il après s'être raclé la gorge. Tu serais si fasciné par ma double identité que tu en oublierais de te protéger et pire, que tu me laisserais te faire du mal.
- Vraiment ?
- Il a l'air convaincu qu'aucun autre guerrier, si excellent soit-il, ne peut parvenir à ses fins avec toi… Pour tout dire, tu le rends dingue, le taré ! Il a vraiment les nerfs quand il parle de toi.
- A-t-il mentionné quelqu'un d'autre ?
- Euh…
L'énergie comminatoire qu'Heero se permet de libérer plus que d'habitude fait passablement perdre ses moyens à Duo.
- Oui ! se souvient-il, au prix d'un réel effort. Eichi… ton mec. Il m'a dit qu'il était naze…
- Eichi et moi étions amant, uniquement. Il n'a jamais été mon compagnon et je ne l'ai jamais envisagé.
Duo déglutit difficilement, captivé par l'état dans lequel s'est plongé Heero.
- Il t'a vendu aux flics de San Francisco pour me forcer la main, reprend-il. Et pour être certain que nous nous retrouvions à vivre sous le même toit. Il savait que je réagirai ainsi. Que je chercherai à te protéger de toi-même et de lui.
- On aurait peut-être dû lui envoyer une sextape, parvient-il à plaisanter.
- Et à l'hôpital, il t'a fait savoir qu'il t'avait toujours à l'œil et que le temps t'était compté, poursuit Heero en ignorant sa remarque.
- Il m'a pourtant affirmé que j'avais tout le temps devant moi !
Puis, sans aucune transition, Heero le dépasse dans l'intention de se rendre dans sa chambre… lorsque le natté le retient, par la main, à défaut de pouvoir attraper sa manche de chemise, puisque Heero les a retroussées jusqu'aux coudes.
Les deux hommes aimeraient réduire le monde au contact de leurs deux paumes qui se pressent avec urgence, mais le monde dans lequel ils évoluent menace d'exterminer tous ceux qu'ils souhaitent protéger et ce qui doit être préservé.
- Masanaga doit mourir, déclare Duo. Nous n'avons pas d'autre choix. Il n'est pas homme à se laisser enfermer et même si l'Organisation parvenait à le faire inculper, il garderait toute son influence. Son pouvoir resterait intact depuis le cœur de sa cellule.
Le preventer ne répond rien, mais il le dévisage durant de longues secondes, pendant lesquelles Duo parvient à déchiffrer son expression ; au moins, en partie.
*'ro envisage sérieusement la solution finale. Il se remet à raisonner en tant que prédateur…* observe Duo en contemplant la lueur martiale dans les prunelles de son preventer. *Il n'a peut-être pas encore pris de décision définitive, mais c'est toujours mieux que rien !* pense-t-il, avec espoir.
Soulagé de pouvoir bénéficier de son autorisation et pourquoi pas, de son concours, le natté commence à s'en réjouir, lorsque le Colonel – comme s'il illustrait ses pensées - porte soudainement son attention sur le bas de son pantalon. Ou plus précisément, sur le bracelet numérique qu'il devine sous le tissu de son détenu.
- N'y songe même pas ! le prévient Duo en relâchant sa main, comme si celle d'Heero venait subitement de le brûler.
Heero plonge à nouveau son regard dans le sien, sans mot dire.
- Quel que soit ton plan, ne m'évince pas ! Ne me laisse pas sur le bord de la route comme on se déleste d'un pneu crevé.
Mutique, Heero se détourne de lui pour s'engouffrer dans le couloir, rendant le natté au silence glacial qui règne à présent dans le salon…
•
Au milieu de la nuit…
•
Insomniaque, voilà maintenant des heures que Duo détaille les moindres recoins de sa chambre…
Lassé de se retourner sans discontinuer dans son lit, il se lève finalement pour faire les cents pas.
*Je devrais être au plus mal…* se dit-il, perturbé de ne pas parvenir à s'en alarmer. *Au lieu de quoi, je ne ressens plus rien. Rien qui se rapproche du chagrin ou du regret… Tout n'est plus que colère en moi. Seulement, 'ro aussi veut la faire valser, Lady Gaga ! Aucun doute là-dessus !*
Il s'immobilise, le regard braqué sur la poignée.
*On en a envie, tous les deux !*
Fort de cette certitude, qui traduit à la fois leur désir charnel et celui de se défendre face à l'adversité, il se décide à le rejoindre…
D'un pas sûr, il traverse le couloir pour aller s'introduire dans la chambre du preventer, ceci, sans prendre la peine de frapper, ni d'obtenir son consentement.
Il n'a pas franchi le seuil qu'Heero le toise déjà, ses yeux brillants d'un éclat inquiétant. Ce qui ne dissuade pourtant pas Duo d'avancer vers lui, ni de se glisser sous ses draps…
… puis de se coller contre son corps aux muscles tendus.
- Je ne viens pas tant pour le fond, mais pour la forme, lui susurre-t-il à l'oreille tout en caressant son torse.
Et alors qu'il s'apprête à descendre plus bas, Heero saisit son poignet au vol pour le lui comprimer sans ménagement.
- Hey ! Tu me fais mal ! se plaint Duo, grimaçant.
- Certainement moins que toi.
- …
- Il y a un nerf dans l'avant-bras, à peu près trois doigts au-dessus du pli du coude, raconte-t-il en s'y rendant sous le regard captivé et interrogateur du natté. Si tu sais comment appuyer…
- AAAAAAH ! crie-t-il en s'écartant d'un bond. Non mais ça va pas ?
- … ça peut être assez douloureux.
Choqué, Duo se tient le bras en écharpe.
- Sors d'ici, commande durement le preventer, tout en se levant pour l'escorter. Et ne t'avise plus jamais de vouloir salir notre relation.
Sur ces mots, il lui claque la porte au nez.
- Quelle relation, sale rustre ? l'apostrophe Duo en se frottant le poignet.
N'obtenant plus, ni réponse verbale, ni réaction physique de la part d'Heero, Duo se met à faire les cents pas devant sa porte ; tel un fauve sauvage maintenu en captivité… à l'extérieur de la cage doré qu'il convoite.
Il faut qu'il occupe son corps pour ne pas penser, pour ne pas ruminer son angoisse. Il doit à tout prix stopper le flot d'émotions qui menaced'anéantir le peu de self-control qui lui reste.
Essoufflé par l'effort que cela lui coûte, Duo se sent perdu et vulnérable. Alors qu'il cherche un moyen de fuir ce qu'il sent inexorablement monter en lui, le souvenir poignant de sa famille finit par l'emporter…
Les images, terribles, s'imposent à lui avec une telle force qu'il ne peut plus les reléguer dans un recoin de son esprit.
Aussitôt, ses yeux s'embuent de larmes et son pouls s'emballe, tandis qu'il se prend la tête entre les mains, comme pour ne pas perdre la raison et dans l'espoir de semer ce qui le tire vers le fond…
Comme chaque fois qu'il se sent submergé par son passé, il tente de se réfugier dans l'univers froid et pragmatique de Black Shadow. Mais à peine envisage-t-il cette solution que la vision d'Heero, dans son esprit, la court-circuite.
Sans plus aucun recours pour se protéger de son pire cauchemar, Duo est forcé d'affronter ce qui le hante depuis seize ans : les corps inertes et couverts de sang de tous les membres de sa famille.
Vincent, un enfant de six ans et à la santé fragile.
Antonio, le batteur de cartes surdoué.
Alexandra, la muette.
Kylian, dit Kiki.
Steven, le plus jeune.
Sœur Helen, la râleuse au grand cœur.
Leur héro à tous : Père David, l'ami, le père, le guide bienveillant.
Kimo… le rescapé.
Et Solo… le meurtrier.
En équilibre précaire au-dessus d'un gouffre vertigineux, Duo se plie en deux, lentement, avant de s'allonger sur le sol.
- Kimy, articule-t-il dans un murmure, avant de fondre en larmes, au milieu du couloir. Oh, mon Dieu, non, gémit-il de douleur en se tenant le ventre. Pas ça… Pas ça, non… Je vous en prie, ne me les prenez pas… J'vous en supplie. Prenez-moi à leur place. Rendez-les moi… Rendez-les moi ! quémande-t-il à Dieu sait qui.
Comme s'il avait de nouveau douze ans et qu'il se retrouvait confronté à l'extermination sanglante de son foyer, il se replie sur lui-même. Seulement, au lieu d'errer seul dans les ruelles, sombres et crasseuses, de Sacramento, il se retrouve au domicile de son preventer.
Son cerbère.
Son agent de libération conditionnelle et de probation.
*Mon ami* finit-il par s'avouer, in petto.
Privé de son armure, Duo n'est plus que pleurs et complaintes. Meurtri, mutilé par la douleur, les regrets et la culpabilité, il parvient néanmoins à ramper jusqu'à sa chambre, pour se hisser ensuite sur son lit, afin de s'y rouler en boule.
De son côté, Heero se fait violence pour ne pas intervenir.
Il ne croit pas que Duo se permettrait un jour de franchir le point de non-retour, quelles que soient les épreuves qu'il doive traverser : il ne supporterait pas d'abandonner Daniel. De fait, Heero demeure plus ou moins serein ; ce qui ne l'empêche pas de ronger son frein, le cœur battant furieusement, comme s'il voulait s'échapper de son torse pour aller se lover contre celui de son bien-aimé.
En revanche, il reste attentif, derrière sa porte, les sens en éveil.
*Duo doit impérativement exprimer sa peine et faire son deuil. Jusqu'ici, il s'obstinait plutôt à vouloir la contenir, au risque de s'effondrer complètement et irrémédiablement* se répète-t-il, en boucle.
Cependant, son inquiétude grandit soudainement lorsque plus aucun son ne lui parvient. Aussitôt, il sort de sa chambre pour s'approcher de celle de Duo.
Alors qu'il s'immobilise sur le seuil, il perçoit les cris, longs et déchirants, que son ami tente d'étouffer dans son oreiller.
Profondément attristé, la gorge et les poings serrés, le preventer souffre que Duo doive en passer par là. Heero meure d'envie d'aller le prendre dans ses bras pour le réconforter. Mais s'il laisse libre court à son désir, maintenant, et sans que Duo ne se soit manifesté en ce sens, celui-ci restera bloqué dans l'incertitude et l'autodestruction.
Auquel cas, Heero serait alors certain de le perdre… d'une façon, ou d'une autre.
*Tu dois choisir entre ta nouvelle vie de famille et ton passé* se dit Heero, comme s'il s'adressait au natté par télépathie.
Malgré tout, le preventer est rassuré de le voir enfin expulser ce trop-plein. L'étape indispensable pour vouloir guérir et faire peau neuve.
Doucement, Heero referme donc la porte en se promettant, une fois de plus, de veiller sur sa famille…
… recomposée.
•
Deux heures plus tard…
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En dépit du fait que Duo ait beaucoup pleuré et qu'il en soit épuisé, il ne parvient pourtant pas à s'endormir, pas même à s'écrouler de fatigue…
Au contraire, les vives angoisses auxquelles il est toujours en proie le maintiennent éveillé et lui torturent l'esprit, sans relâche.
*Je regrette… Je regrette tellement…* pense-t-il au sujet de Kimo, de Solo, de sa famille…
… et d'Heero.
*Il faut que je retourne le voir… Il faut que j'y aille, tout de suite…*
Honteux, penaud, mais surtout amorphe, il s'extirpe de sa chambre pour rejoindre celle de son preventer… et ami.
Il n'a qu'un étroit couloir à traverser, mais cette fois-ci, il met un temps considérable à atteindre l'autre rive.
Enfin arrivé à destination, il essuie ses paumes moites sur son vêtement, avant de lever péniblement une main lourde comme du plomb pour toquer discrètement à sa porte…
… mais elle reste en suspens.
Il finit par la baisser, puis la relève derechef et à plusieurs reprises, en une série d'hésitations interminables, jusqu'à ce qu'il soupire en posant son front, moite lui-aussi, contre la surface en bois peint.
*J'ai peur* se dit-il, l'air égaré. *J'ai tellement peur de l'avoir perdu, lui aussi…*
Il est si préoccupé, si las, qu'il ne sent pas la présence de son gardien, derrière lui.
Heero non plus n'est pas parvenu à trouver le sommeil.
Seulement, au lieu de tourner en rond et de ruminer, il a préféré être productif en allant travailler au salon.
C'est le léger cliquetis du mécanisme de la serrure d'une des portes du couloir qui l'a alerté que Duo avait encore quitté sa chambre.
Ainsi, Heero l'observe poser le plat de sa main le long du battant, incapable d'aller plus loin.
Emu par son désarroi et profondément épris de cet homme, Heero décide de se manifester en s'avançant de quelques pas, sans chercher à lui imposer son soutien physique…
Considérablement fragilisé par ce qu'il vient d'apprendre et tourmenté par leur dispute à tous les deux, Duo sursaute avant de se raccrocher à son regard, comme à une bouée de sauvetage.
- Pardon, s'excuse le natté, d'une voix enrouée et les yeux humides. Les mots ne suffisent pas pour te dire combien je suis désolé…
- Je sais et je le suis aussi.
Duo hoche la tête en se passant une main sur son visage, comme pour s'éclaircir les idées.
- Le pire dans tout ça, c'est que je ne peux pas dire que je ne sais pas ce qui m'a pris, parce que je le sais, au contraire… J'ai voulu me servir de toi pour anéantir le peu de sensations qui me restaient. Abuser du désir que nous éprouvons l'un pour l'autre afin de tuer la noblesse de nos sentiments… J'étais alors convaincu que ce serait plus facile de vivre après ça. Qu'il ne resterait plus rien de moi, pas même la mémoire de mes douleurs passées et présentes.
- Ça peut se comprendre…
- Non, ça peut pas ! le coupe-t-il avec ardeur. Je n'avais pas le droit de te trahir, mais je… je voulais tellement que ça s'arrête… Tu comprends ? Je voulais…, commence-t-il, avant de s'interrompre, la gorge nouée et les jambes en coton.
D'un mouvement lent, sans brusquerie, Heero vient passer ses bras autour de sa taille et se serrer contre lui.
- Je comprends, souffle-t-il à son oreille.
A mesure que Duo accepte cette étreinte, puissante, chaude et tendre, Heero la raffermit jusqu'à ce que son compagnon se laisse complètement aller à ce qui les unit, tous les deux.
- Ça me fait mal, 'ro, confie-t-il en sanglotant sur son épaule. J'ai si mal…, ajoute-t-il en agrippant son tee-shirt.
Pour l'apaiser, Heero lui dépose un doux baiser sous l'oreille, tout en lui caressant le dos, de son cou jusqu'au creux de ses reins…
Ses mains demeurent sagement sur son vêtement, ses doigts ne touchent pas encore sa peau nue, mais Duo frémit déjà sous la douceur de ses gestes et cesse de pleurer.
- Tu dois me trouver lamentable, dit-il à mi-voix.
- Bien sûr que non. Tu t'es retrouvé seul, toi aussi. De nouveau lâché dans un monde hostile et livré à la perversité des Hommes. C'est un miracle que tu aies survécu et que tu sois resté quelqu'un de moral… plus ou moins, ajoute-il, taquin.
Ce faisant, il réussit à faire sourire Duo dont les lèvres s'étirent contre sa peau.
- C'est un miracle… que tu sois parvenu jusqu'à moi, reprend-il, ensuite, frissonnant sous le frôlement de la bouche de Duo dans son cou.
A ces mots, emplis d'amour, le natté respire longuement son odeur, le cœur battant la chamade…
Peu à peu, il s'apaise. Son souffle ralentit pour adopter un rythme lent et régulier.
Comme le silence perdure, Heero se demande si son compagnon s'est assoupi, mais les caresses qu'il reçoit dans les cheveux qui bordent sa nuque lui indiquent que Duo est toujours plongé dans sa réflexion intérieure…
- Je veux rester avec toi, finit-il par déclarer.
Même si sa voix est encore rauque d'avoir tant pleuré, son ton, lui, est redevenu calme et posé.
- Je le veux vraiment et pour de bonnes raisons, poursuit-il avec une détermination nouvelle.
- Je le veux plus que tout, moi aussi, répond Heero, un magnifique sourire illuminant son visage, désormais radieux.
Soulagés, les deux hommes se laissent envahir par un sentiment de sécurité absolue.
Bercé, consolé par la présence de son preventer, Duo ne tarde plus à somnoler ; l'esprit, le cœur et le corps allégés d'un poids qu'aucun homme n'est en mesure de supporter…
… indéfiniment.
Sentant son homme s'affaisser de fatigue entre ses bras, Heero en passe un sous ses genoux pour le porter jusqu'à son lit où il le dépose doucement, avant de le couvrir, puis de venir s'étendre à ses côtés.
Aussitôt, dans un demi-sommeil, Duo roule sur lui-même pour se lover tout contre Heero, son visage à nouveau niché dans son cou.
Comblé, le preventer s'empresse dès lors de l'entourer de ses bras protecteurs, le couvant d'un regard aimant et il se l'avoue, un brin possessif…
A suivre…
Note :
(A) : citations originales issues de l'anime GW.
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Note de fin : Alinea63, tu me dis avoir dû relire la rencontre Masanaga-Duo pour vérifier si notre natté avait réellement signé pour tuer Heero : Par-fait ! Je voulais que le lecteur ait ne serait-ce qu'un tout petit doute à ce sujet, jusqu'au moment où Duo annoncerait clairement ses intentions. Merci donc de m'avoir confié ton moment d'incertitude… en plus du reste, bien évidemment. Kat'anna, je n'ai pas encore eu le temps de te répondre, mais un miaouMerci pour… tout. Misaki, tu es un amour. Merci…
J'ai la chance et la joie de recevoir des mots si gentils, si doux de votre part ; le compliment – ultime - sur la « qualité » de mon écriture ressort… Je ne peux que partager cette lumière magnifique avec Lysanea qui s'est farcie des centaines de pages ! Toujours avec une patience, une passion et une écoute merveilleuses. Merci infiniment, ma chère Ly-chan…
Merci à vous d'être toujours au rendez-vous et d'attendre la suite avec un si bon appétit. De mon côté, je vais faire tout mon possible pour vous livrer mon prochain chapitre… à bonne température !
Encore un grand merci à vous tous et…
A la semaine prochaine !
Kisu
Yuy ღ
