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Carte Noire,
un voleur nommé désir
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Source : Gundam Wing AC
Auteure : Yuy
Bêta de lumière : Lysanea
Genre : yaoi, romance, policier et UA.
Disclamer : aucun des personnages ne m'appartient sauf Black Light, Kimo Lost/Maxwell dit « Le Joker », Scarlette, Jenna et John Johnson, Gale et l'Inspecteur Morris, Aideen dite « L'Irlandaise », Masanaga dit « Le Japonais du Sud », Joe Fisher, le Gardien du loft 781, Lionel et Jeff, Akane, Lieutenant Nanako Gotô, Yumi, Capitaine Marc Guérin, Capitaine Alec Bowers, Lieutenant Antoine Faure, Capitaine Blake McGuire, Agent spécial Kale, Jack Glade, Anita Stones, Faye Ship, Ito Li, Barbara Linardt, Stan et Shawn McGuire, Steve Harris, Akito, Towika, Eichi, les frères Studners, Commandant Giuliano Cortesi dit Elmo, Gasper, Rosy, Charles, Luca, Standford, Surk, Shin-ji, Estelle, Docteur Akeno, Antonio, Katrine, Vincent, Fernand Faure, Isabelle De la Forgerolle-Faure, Cure-dent, le Colonel Jackson, Maurice Bailey dit « le géniteur », Daniel Bailey, Freddy, Miss Lili, Phoebe, Jason Stich, Hakim, Stuck, Jackie, Jake MacCain, Sean Davis, Silvio, Rosy MacGarette, l'Agent spécial Tsuki, Vincent, Antonio, Alexandra, Steven, Kylian, Monsieur Fernot et Monsieur Boyer…
Couples : Heero x Duo ; Trowa x Quatre
Note : Un café allongé pour la treize… Chaud, devant !
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Lemon
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À Ly-chan, mon impérissable
et à tous les lecteurs
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Bonne lecture !
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13 – Mon firmament
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Le lendemain matin…
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Les visages d'Heero et Duo sont chatouillés par les premiers rayons du soleil…
Et bien que Duo flotte encore entre rêve et réalité, il parvient tout de même à ressentir ce fameux point chaud glisser sur sa peau ; celui qui monte et descend inlassablement sur son corps et qui semble en redessiner les lignes courbes, puis tracer des formes arrondies sur son torse.
D'abord tout entier concentré sur les trajectoires imprévisibles que prend cette entité régénératrice, Duo finit par esquisser un mouvement nonchalant et délicat. Il ne veut plus seulement bénéficier de cette source de vie inépuisable, il veut la toucher à son tour…
Cependant, au lieu de s'en saisir, de l'attraper comme pour l'acquérir… l'emprisonner, Duo vient doucement effleurer la main de son bienfaiteur. Par ce geste - somme toute d'apparence ordinaire dans un couple - le natté semble pourtant confier une notion primordiale.
Celle de la liberté de chacun.
Une vie à deux placée sous le signe sacré de l'amitié. Une amitié inestimable et libre de toute entrave.
Une condition implicite qu'Heero comprend, approuve, respecte et à laquelle il adhère en entremêlant ses doigts à ceux de son élu.
Rassuré que ce message-ci soit bien passé et ait été reçu sans heurts, le natté ouvre les yeux pour tomber nez à nez avec son « astre » qui le couve d'un regard caressant…
- Bonjour, lui souhaite Heero.
- Bonjour, répond le natté.
Il le dévisage longuement, avec une intensité nouvelle…
Comme s'il le voyait pour la première fois de sa vie.
Ce qui n'est pas tout à fait faux. En un sens, il a découvert son preventer sous un autre jour, la nuit dernière…
- Tu serais bien resté là-haut, devine Heero.
Des plus épanouis, Duo lui sourit largement, les yeux brillants.
- Je passerais pour un escroc si je te promettais d'être tien pour l'éternité, maintenant ? se renseigne-t-il.
L'agent d'élite roule sur le dos, en proie à une vive hilarité.
Fasciné, Duo se hisse hâtivement sur le côté, afin de pouvoir le contempler…
- Je ferai tout mon possible pour être toujours digne d'intérêt à tes yeux, promet Heero sur un ton qui fait frissonner son amant de la tête aux pieds.
Un court silence s'installe ensuite, confortable et apaisant, durant lequel les deux hommes s'appliquent à respirer profondément, sagement étendus l'un à côté de l'autre.
- C'est la première fois pour moi, confie Duo, au bout d'un moment.
Sans mot dire, Heero se contente de l'examiner.
- C'est la première fois… que l'on me fait l'amour, précise son compagnon.
D'une grande sagacité, Heero comprend ce que ces mots sous-entendent : Duo a été pris par désir, certes oui, mais jamais par et avec amour.
- S'unir avec la personne que l'on aime est bien plus fort et bien plus intense.
- En cela, tu es le seul et unique pour moi, 'ro.
- En cela, tu es le seul et unique pour moi, Duo.
Alors que tout est réuni pour faire de cette première matinée à deux, un doux rêve éveillé, leur bulle de bonheur commence à se fissurer…
A mesure que Duo connecte leurs mots d'amour à la dure réalité, son regard se voile de tristesse.
Il fait le lien avec les viols perpétrés sur son frère de cœur, son compagnon d'infortune : Kimo Maxwell.
Ce qui l'amène à penser à son assaillant : Solo Smith.
Sentant Duo se retirer dans ses sombres pensées, Heero tend une main vers son visage pour le ramener à leur présent.
- Reste avec moi, demande-t-il dans un tendre murmure.
Aussitôt, Duo se raccroche à son regard et à la chaleur de ses doigts sur sa peau.
- Il était là, devant moi et je suis parti. Je l'ai laissé vivre, alors que je me suis juré de le tuer.
- Tu l'aurais éliminé, cette nuit-là ? l'interroge doucement Heero.
- Il a assassiné ma famille.
- Aurais-tu été capable d'exterminer celui que Kimo et toi considériez comme votre grand-frère ?
- …
- Serais-tu capable de le tuer, aujourd'hui que tu connais son identité ?
Duo s'apprête à répondre par la positive, mais se ravise.
- Je ne sais pas. Je ne sais plus, 'ro… J'ai l'impression de devoir choisir entre Sol', l'ami de mon enfance et Solo Smith, le meurtrier des Maxwell et le bourreau de mon frère.
- Solo est en prison. Tu ne peux plus l'atteindre, désormais.
Duo prend le temps de la réflexion, tout en entremêlant ses doigts à ceux de son compagnon.
- Ce n'est pas pour cette raison que je ne peux plus l'atteindre. C'est parce que tu y veilles continuellement.
Heero ne prend pas la peine de confirmer.
- Je veux le voir, exige soudainement Duo.
- Solo ?
- Oui. Je ne m'imposerai pas à Kim'. Je comprends tout à fait qu'il ne veuille plus me fréquenter.
- Je peux t'organiser une rencontre à la Prison de Tanabe. Mais comme tu es sous ma juridiction preventers et sous ma responsabilité exclusive, je dois t'accompagner.
- Je m'en doute.
- As-tu dans l'idée d'attenter à sa vie, malgré le fait que je sois présent ?
Les deux hommes échangent un long regard…
- A ce jour, je ne peux rien te promettre, finit par avouer Duo.
Dans le fond, Heero n'est pas vraiment inquiet. Il préfère lui presser tendrement la main, plutôt que de l'acculer dans ses derniers retranchements restants.
- Nous devons aborder un autre point important, annonce Heero.
- Je t'écoute…
- Maurice.
- Qu'est-ce qu'il veut, celui-là ? se renseigne-t-il froidement.
- Il est condamné.
- Pour quel motif ?
- Il va mourir, Duo.
Sous le choc, son amant se redresse en position assise.
- Oh…
Heero l'imite, sans se soucier d'être à nouveau nu sous son regard, comme le drap glisse le long de leurs corps.
- Qu'est-ce qu'il a ? s'enquiert Duo avec la générosité d'âme qui le caractérise.
- Un cancer du pancréas avec métastases hépatiques. Les médecins lui donnent six mois. Cependant, son état s'aggrave plus vite que prévu.
Duo observe un autre silence…
- Tu crois qu'il est en état de nous recevoir, Dany et moi ? finit-il par demander.
- Oui, mais il faudrait que tu te décides rapidement.
Soucieux, Duo est le premier à sortir du lit et à en faire le tour. Sans être pleinement conscient de son geste, il retire son élastique pour dénouer et secouer sa longue chevelure, ne réalisant pas davantage qu'il est nu comme au jour de sa naissance et… magnifique.
Ce n'est qu'au bout d'un certain temps, lorsqu'il croise le regard d'Heero, qu'il prend pleinement conscience de leur dure situation…
- C'est bête ! On doit aller bosser et on ne peut pas se permettre d'être en retard, tente le dénatté.
- Toi, non, mais moi, si, insinue Heero, tout en s'avançant vers lui.
Avide.
Comme Duo recule, impressionné malgré lui, il finit par percuter la grosse et lourde commode dans laquelle il a rangé du linge, la veille.
Seulement, Heero continue de s'approcher…
- Salut, beau brun ! lance alors Duo, à brûle-pourpoint. T'es bien sur la messagerie de mon répondeur. Je suis momentanément libre et t'as trente secondes pour me déclarer ta flamme… et la vie entière pour le regretter ! C'est à toi… ou pas, après le Bip : biiip !
Heero arbore un large sourire, mais coince tout de même Duo contre le meuble sur lequel il prend appui, de part et d'autre de son corps frémissant.
- Bonjour, susurre maintenant Duo, séducteur. En adoptant cette attitude, tu viens d'enclencher le système d'explosion à retardement de ton compagnon… Après la mise à feu automatique signalée par un bip, tu auras vingt secondes pour confier tes dernières volontés. Garde ton sang-chaud, c'est à toi… Bip.
- Baka, lâche Heero en déposant un doux baiser sur son nez.
Il le libère ensuite pour se diriger vers la salle de bain.
- Hey ! Tu m'allumes et après, tu t'en vas ? s'indigne Duo en lui emboîtant le pas.
- Les hommes en bonne santé s'allument tous seuls, le matin, fait-il valoir en entrant dans la cabine de douche, talonné de près par Duo.
- C'est pas une raison !
- Tu devrais sortir, lui conseille-t-il.
- Pourquoi ?
- Parce que je vais prendre une douche froide.
- Oh…
Néanmoins, au lieu d'obtempérer, Duo choisit plutôt de venir l'embrasser.
- Sors…, l'exhorte Heero, le souffle court.
- Salutations, P-man, murmure sensuellement Duo à son oreille, tout en se collant davantage contre lui. T'es bien en communication avec mon répondeur-enregistreur personnel. Je t'invite à m'y laisser ton message. Cependant, tu as le droit de garder le silence. Tout ce que tu vas dire sera enregistré et pourra être utilisé contre toi. C'est à toi après le… tu sais quoi…
- Sois raisonnable, s'efforce-t-il de le convaincre de s'abstenir.
Ceci, bien que ses mains semblent se désolidariser de sa volonté en massant consciencieusement les fesses de son amant.
- Je veux juste une petite, toute petite caresse, demande Duo en ondulant lascivement du bassin. Laisse-toi faire, amour…
Conquis, Heero ferme les yeux, en proie à un plaisir intense : celui d'être auprès de son adoré et d'en être aimé en retour…
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Moins d'une heure plus tard, ils sont fin prêts pour se rendre sur leur lieu de travail, plus libres et plus légers qu'ils ne l'ont jamais été…
Seulement, en voulant passer le seuil de leur maison, Duo se prend un coup de jus paralysant.
- Heerooooooh ! peste-t-il, tandis qu'il gît sur le sol, son corps secoué de spasmes incontrôlables.
- Désolé, chéri. J'ai complètement oublié d'actualiser ton bracelet…, explique-t-il calmement, tout en déployant son communicateur portatif.
- Là, tout de suite, j'te déteste ! décrète le natté, le souffle court.
Pendant qu'Heero modifie la programmation du bracelet numérique et de la puce micronisée, Duo, lui, met un point d'honneur à ronchonner, fâché de ne point parvenir à bouder comme il le souhaiterait, tant il est épris de son preventer…
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A l'Agence d'Osaka…
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Un long baiser, langoureux et passionné, aura suffi à Heero pour venir à bout de la mauvaise humeur de son adorable compagnon…
- Les enfants pourraient revenir à la maison, même pour un jour ou deux ? quémande Duo en traversant la piste d'enquêtes, à la suite d'Heero. Oui, bonjour tout le monde ! devance-t-il les agents spéciaux. Alors, 'ro ?
- Je préfère les laisser chez Quatre, pour l'instant… Bonjour à tous, salue-t-il ensuite son équipe.
Laquelle lui rend la pareille, d'un signe de tête.
- On passe bien les voir, ce soir ? veut s'assurer le natté. On leur a promis…
- Hn.
- Tu le dis, si on dérange ? Blake interpelle-t-il Duo.
- Là, tout de suite, oui… Je pensais apporter mes gâteaux à l'école, reprend-il aussitôt sa conversation avec Heero. Oui, je vous en ai réservé quelques-uns, précise-t-il aux agents. De toute façon, j'en ai fait pour une armée !
*Ça devient une habitude…* se fait-il la réflexion.
- Faure, Gotô… Vous voulez bien vous charger des livraisons ? leur demande Heero.
- Avec plaisir, accepte Antoine.
Dans le même temps, Nanako enfile la veste qu'elle vient tout juste d'ôter, un biscuit coincé entre ses lèvres.
- Quoi ? s'offusque Duo, incrédule quant à la décision du Colonel.
Pour toute justification, Heero lui tend un papier.
- Waoh ! Une feuille blanche en guise de compensation, constate Duo tout en s'en emparant d'un geste sec.
Amusés, les agents spéciaux restent aux aguets, sentant venir une prochaine tirade des plus mémorables, dont Duo a le secret.
- Dis-moi, Colonel Yuy, serait-ce là une malheureuse tentative de séduction ? reprend-il, ironique. Parce que si ce n'était pas déjà le cas, je succomberais à coup sûr ! En revanche, c'est pas un peu risqué de faire ça devant tes hommes ? Cela pourrait passer pour une tentative de corruption, ou pour du favoritisme… Hey ! Faut pas m'en vouloir, les gars ! ajoute-t-il en se tournant vers eux, les mains levées. Vous aussi, un jour, vous aurez droit à une feuille de papier vierge.
- Baka ! lâche Heero d'un air faussement exaspéré.
- Dis-donc voir, P-man… Tu me traites d'idiot un peu trop souvent à mon goût.
- Mets-toi au travail, dans ce cas, ordonne-t-il d'une voix où perce une grande tendresse à son égard.
Non sans maugréer, Duo s'exécute en s'installant derrière son beau bureau, pendant que son Colonel se rend en cuisine.
Aussitôt, Blake profite de l'occasion pour le rejoindre.
- Sensei, je ne sais plus ce que nous pouvons divulguer ou non en sa présence…
- Comme ? l'interroge-t-il en préparant leurs boissons chaudes à Duo et lui.
- Masanaga.
- Du nouveau ?
- Un témoin sous protection policière dans une affaire d'empoisonnement à la belladone, en Russie, prétend détenir des informations compromettantes concernant le fils du Daï.
- Quand l'auditionnes-tu ?
- Moi ?
- Hn.
- En visioconférence, ça peut se faire ce matin-même, affirme-t-il, surpris et honoré qu'Heero place en lui une si grande confiance.
L'agent d'élite sort à sa suite, deux tasses fumantes en main. Il en dépose une sur son bureau, puis l'autre sur celui de son nouvel agent spécial… très spécial.
- C'est de l'encre sympathique, annonce Duo d'un air blasé, en désignant le document confié par Heero, aussi peu vierge qu'ils le soupçonnaient tous. C'est invisible à l'œil nu, précise-t-il encore.
- Ça nous apprend quoi ?
- Qu'un braquage à mains armées aura lieu à la Banque Internationale d'Osaka dans huit minutes, le renseigne-t-il le plus tranquillement du monde, en louchant sur son chocolat chaud. Si j'en crois le sceau apposé au bas de la page et ce qu'en dit votre base de données, ce serait l'œuvre d'un des clans alliés au Myosotis…
- C'est pour nous, décrète Heero.
- Oh, non, non, non, mon p'tit père ! J'ai pas encore signé pour ça, moi. Je me considère davantage comme un stagiaire : pas d'insigne, pas de forcing !
Mais Heero n'a que faire de son slogan et projette plutôt de le guider vers la salle d'armes et sur le terrain.
Un autre colonel désigné pour être en charge du Poids plume « Carte Noire » lui en aurait tout simplement donné l'ordre et Duo n'aurait pas eu d'autre choix que d'obéir, sous peine de se retrouver derrière les barreaux. Ou bien, cet autre agent de libération conditionnelle et de probation lui aurait tout bonnement lancé un regard autoritaire qui, là encore, intimerait au voleur notoire sa pleine et entière collaboration forcée.
Seulement, Heero répugne à briser l'homme qu'il aime. Etablir une relation professionnelle conflictuelle désavouerait l'amitié profonde et le respect mutuel qui les unit au plus profond d'eux-mêmes.
Au contraire, Heero souhaite ardemment que Duo prenne conscience de la place qui est d'ores et déjà la sienne, et qu'il serait criminel de ne pas mettre à profit ses talents innés pour l'investigation et l'intervention militaire.
Aussi, il ne veut pas que Duo continue de se sentir dépossédé d'une partie de son libre-arbitre ; d'où sa résistance récalcitrante de par ses objections à répétition. S'il est vrai que le natté est spolié de ses droits par le port du bracelet numérique, il est primordial qu'il s'approprie à nouveau toute son autonomie.
- Un père et un mari attentionné doit faire preuve de prudence, afin de protéger sa famille, concède Heero.
- Parfaitement, approuve Duo, avant de souffler sur son chocolat chaud.
Tous écoutent et observent attentivement leur échange…
Ils déchiffrent immédiatement la méthode employée par leur Colonel pour l'avoir déjà vu à l'œuvre et ils espèrent sincèrement qu'elle fonctionnera également sur Duo ; une fois encore.
- D'autant que tu as enfin l'opportunité de mener une vie honnête et d'être en mesure de promettre à Daniel sécurité, stabilité, confort et perspective d'avenir… sans risquer de lui mentir.
- Ce n'est pas rien et surtout, ce n'était pas joué d'avance !
- Hn. Et quel plus beau rôle pour des hommes tels que nous – soucieux de l'éthique et compétents en stratégie et tactique militaire - que de s'engager activement dans les forces de l'ordre Preventers ? Une Organisation constituée d'agents, tous dévoués au service de la Paix et à la construction d'un monde tel que nous le rêvons pour les générations futures…
On y est !
Duo délaisse sa boisson et étudie minutieusement Heero d'un air soupçonneux…
- Pourtant, cette vie n'est pas sans danger, en convient Heero. Je comprends donc aisément que tu veuilles privilégier l'aspect administratif de notre métier. Rester derrière ton bureau, du matin au soir, en excluant toute prise de risque liée aux actions conduites sur le terrain, te met indubitablement à l'abri d'éventuelles péripéties.
- Ce n'est peut-être pas une vie de rêve pour quelqu'un comme moi, mais peut-être aussi que j'ai envie de ça ! se rebiffe-t-il, piqué au vif.
Il a la désagréable sensation – jusqu'à avoir un goût amer dans la bouche - d'abandonner le combat en plein champ de bataille. En clair, il se fait l'effet d'un déserteur.
- Si la monotonie d'un tel poste, certes cruciale et nécessaire, mais néanmoins linéaire, te séduit…
Sur cet état de fait peu reluisant, Heero s'éloigne en direction de la salle d'armes, sans plus rien exiger de son nouvel agent.
Depuis son bureau, Duo observe le départ de son compagnon, la mort dans l'âme. Il sent son cœur se serrer et palpiter douloureusement dans sa gorge, à la fois frustré et inquiet à l'idée de ne pas partager l'entier quotidien professionnel d'Heero.
*Non, je ne peux pas vouloir de cette vie-là… Une vie de mensonges et de faux-fuyants. Ce n'est pas moi !* se dit-il.
Il est désormais conscient que ce choix lui revient et qu'il n'a manifestement besoin de personne pour se fourvoyer. Il n'a pas rédigé son premier rapport de mission, ni tâté de la photocopieuse qu'il angoisse déjà de s'être apparemment condamné à une vie de gratte-papier.
- Hey ! l'interpelle-t-il en se levant avec précipitation. 'ro, attends-moi ! requiert-il tout en pressant le pas pour le rejoindre. Si je viens pas, tu vas encore passer pour un perfect soldier. Il faut que quelqu'un puisse témoigner que…, ajoute-t-il.
La suite de sa tirade devient inaudible aux agents spéciaux restés dans la salle principale, le son de sa voix s'affaiblissant à mesure qu'il s'enfonce dans le bâtiment.
- C'était moins une ! lâche Nanako.
- C'était joué d'avance, au contraire ! la contredit Blake en faisant tournoyer son vieux Bic©.
- Il ne s'agissait pas tant de l'inciter à aller sur le terrain, mais plutôt de lui faire prendre conscience des moyens dont il dispose pour bâtir sa nouvelle vie, explique Antoine.
Ce qui ne l'empêche pas de reprendre le cours de son activité primaire, à savoir, l'étude de documents.
- Au fond, poursuit-il, Duo a déjà accepté de faire partie de notre grande famille. Il est simplement contrarié d'être maintenu en captivité par le port de son bracelet numérique. En cela, il ne peut décemment pas cesser de lutter jusqu'au bout du bout. Sensei l'a bien compris et agit en conséquence…
Un demi-sourire sur les lèvres, les agents spéciaux sont heureux et profondément soulagés de voir Antoine si bien dans sa peau.
- Euh… C'est quoi la différence entre un empathe et un Monsieur-je-sais-tout ? s'enquiert Blake.
Aussitôt, une pluie de projectiles s'abat sur lui.
- On avait dit : pas les trombones ! se rebelle-t-il.
En vain…
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Pendant ce temps,
à la Salle d'armes…
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La pièce – d'un blanc immaculée - s'avère des plus spacieuses pour une zone de stockage. Les multiples rangements ultra modernes ne présentent pas de poignées ni d'encoches. Les portes et tiroirs sont aussi lisses que le serait un mur nu et donnent donc une impression d'invisibilité partielle. Pour autant, tout a été optimisé pour garantir un accès rapide et intuitif au matériel militaire, sans toutefois compromettre la sécurité. Ainsi, chaque agent doit mémoriser, dès son affectation au sein de son agence, les emplacements d'armes et de munitions. Ensuite, il n'a plus qu'à toucher la surface qu'il désire ouvrir ; les capteurs intégrés sur l'ensemble des panneaux opèrent une recherche d'identité et d'autorisation instantanée via ses empreintes digitales. Par conséquent, si un individu parvenait à s'introduire dans les locaux et atteignait cette zone, il serait dans l'incapacité de se servir…
- Joli matos, apprécie Duo en observant Heero ouvrir plusieurs compartiments.
- Qui oserait s'attaquer à ce type de structures, à ton avis ? l'interroge ce dernier.
- Moi, suggère Duo en enfilant la combinaison de moto qu'il vient de lui donner.
A l'instar de son compagnon.
- Dans l'intention de tuer tes otages ?
- Non. Et puis, moi, au moins, j'ai du style. Enfin, Carte Noire en avait…
- Mets ça, exige-t-il en désignant l'objet du menton.
- Du kevlar ? relève Duo. Si tu ne portes pas de gilet par balles, alors moi non plus, décide-t-il en réajustant son laryngophone bluetooth autour du cou.
Heero glisse ses deux Browning 9mm dans son holster d'épaule, puis s'empare de barres de munitions qu'il insère dans les poches prévues à cet effet.
- Ce n'est pas le moment de négocier, Duo.
Le natté recule vers la sortie.
- Qu'est-ce que… ? commence Heero en voyant le natté verrouiller la porte.
Puis placer la clef dans sa poche.
- Je peux te la reprendre sans problème, assure Heero. Tu nous fais juste perdre du temps.
- La question n'est pas de savoir si tu peux le faire, mais si tu veux t'y risquer ?
- …
Finalement, Heero attrape au vol le gilet que Duo lui lance. Le Colonel le revêt ensuite, sans discuter, sous peine de perdre une partie de la confiance, si précieuse à ses yeux, que Duo place en lui.
Lorsqu'ils repassent par la salle principale, le Colonel donne ses consignes.
- Marc, tu nous suis par satellite. Alec, tu négocies avec la police pour qu'elle n'entrave pas notre action. L'idéal serait qu'elle coopère. Blake, ne t'occupes pas de ça et concentre-toi sur ton témoin.
- Commencez par le fraisier ! leur conseille le Chef Daddy - comme si le reste de l'équipe pouvait s'octroyer une pause goûter, en ces circonstances - avant de disparaître derrière la porte qui mène au garage.
Heero et lui s'y rendent au pas de course. Sans temps morts, ils enfilent leurs casques avec écouteur intégré, avant que Duo ne grimpe derrière son pilote, lequel démarre immédiatement.
Heero a choisi sa BMW HP4 par intuition, d'abord, puis par envie, ensuite.
L'éventualité de devoir prendre les malfaiteurs en chasse est plus que probable et sa moto - Haute Performance 4 cylindres - de deux cent kilos est idéale pour se faufiler dans les ruelles, au besoin.
Elle est la plus légère de sa catégorie. Forgée dans les meilleurs matériaux et fondue dans un design d'exception, elle allie puissance et maniabilité impressionnantes.
En matière de technologie, la HP4 a plus d'une longueur d'avance sur son époque : la puissance se libère chaque fois que nécessaire et les amortisseurs - la première suspension dynamique au monde - s'adaptent automatiquement à la situation.
Pour parachever le tout, quatre modes sont proposés : pluie et sport pour la route, course et slick pour la piste.
Tout est fait pour que le pilote puisse améliorer son chrono…
Du fait de ses procédés de fabrication élaborés - réactivité sans faille, traction maximale, accélération optimale - peu d'exemplaires de ce modèle ont été produits.
La HP4 est unique en son genre et réservée à de rares privilégiés… (A)
- Mhmm…, murmure sensuellement Duo. Tout compte fait, j'adore mon nouveau job !
Heero constate que son compagnon sait parfaitement se tenir à l'arrière d'une moto, ne gênant aucun de ses mouvements.
- Tout le monde nous entend, Duo.
- Ah.
- Ne vous gênez pas pour nous, assure Marc, taquin. Une manif' pacifique a lieu sur le boulevard sud et des travaux de voieries bloquent complètement la rue du Pardon.
Malgré le fait qu'Heero doive modifier sa trajectoire à plusieurs reprises, Duo et lui arrivent rapidement sur les lieux, passant les barrages de police sans difficulté, grâce à l'efficacité d'Alec.
Le Colonel Yuy n'a pas encore coupé le moteur que l'Inspecteur en chef vient les alpaguer.
- Ils sont sept et lourdement armés, leur fait-il un topo.
Les preventers descendent de l'engin, tout en ôtant leurs casques.
- C'est beaucoup, remarque Duo en repoussant sa mèche en arrière.
Disciplinée et rebondie, elle reprend sa position initiale.
Au contraire, Heero ne se donne jamais la peine d'essayer d'arranger ses cheveux…
- Ils refusent de libérer ne serait-ce qu'un des vingt-trois otages, clients et personnels confondus, reprend l'Inspecteur en chef. Notre négociateur nous indique cependant qu'il y a des tensions au sein du groupe. Ils sont du genre instables et portés sur la gâchette.
- Vous avez votre propre équipe d'intervention d'élite, souligne le natté. Pourquoi ne l'avez-vous pas appelée ?
- En cas d'échec, mes supérieurs préfèrent que le scandale retombe sur la vôtre.
- Charmant. Je vois que le courage diminue à mesure que l'homme grimpe dans la hiérarchie.
L'Inspecteur acquiesce discrètement, d'un haussement d'épaules.
- Combien d'issues ? s'enquiert Heero, pragmatique.
- Trois. Mes hommes ont déjà condamné la principale, face à nous.
- Ne changez rien à votre protocole. Nos cibles ne doivent pas se douter que nous prenons la relève.
- Entendu.
- Duo…
- Je m'occupe de l'entrée du personnel, termine-t-il pour lui.
Le temps d'échanger un sourire complice, ils partent en opération commando…
Les arbres centenaires qui bordent la Banque leur permettent de se faufiler aisément jusqu'au deux accès restants : l'un sis à l'ouest du bâtiment, l'autre à l'est.
Adossé au mur de l'établissement, Heero presse son laryngophone bluetooth.
- En position, indique-t-il.
- Laquelle ? veut savoir Duo, coquin.
- Duo…, le réprimande-t-il.
- Oui, moi aussi, affirme-t-il.
L'air de dire : « Oui, je t'aime moi aussi ».
- J'entre.
- J'suis prêt, répond-il d'un ton tendancieux.
- …
- Bien reçu.
Sans plus tarder, Heero ouvre la porte en braquant son Browning 9mm droit devant lui, à hauteur d'épaules…
… mais s'étonne très vite de ne tomber sur aucun guetteur.
Il s'élance alors dans un jeu de couloirs, déserts eux aussi, tout en s'interrogeant sur les motivations réelles des malfrats.
Bientôt, des voix retentissantes lui parviennent.
- Qu'est-ce qu'ils foutent, bordel ? s'impatiente l'un des braqueurs. J'croyais qu'ils devaient finir par rappliquer !
- La ferme ! Tu sais très bien pourquoi on est là, alors tiens-toi tranquille !
Afin d'évaluer la situation, Heero jette un coup d'œil rapide par le hublot de la porte battante, laquelle donne directement sur le grand hall où sont retranchés les sept hommes et leurs otages.
- Y en a trois de ton côté, informe-t-il Duo, à voix basse.
- Je les ai en visuel, confirme le natté.
- N'interviens pas avant mon signal.
- Okay.
L'instant est grave. Duo ne cherche plus à discuter ses ordres. En sa qualité de prisonnier en liberté conditionnelle, Duo n'a pas le droit de détenir ni d'utiliser d'armes à feu. Il doit donc attendre, tapis dans l'ombre, que son agent de probation lui donne le feu vert, misant sur l'effet de surprise.
Arme au poing, Heero pousse la porte d'un coup d'épaule, paré à tirer…
Des coups de feu nourris sont alors échangés, sans discontinuer. Le bruit assourdissant qui en résulte, ajouté à la poudre en suspension qui forme un rideau opaque, leur font perdre la notion du temps.
Cependant, malgré la violence et la dangerosité de cet assaut, peu d'ennemis se retrouvent à terre, cachés et protégés comme ils le sont par les tables renversées. Par conséquent, leurs percuteurs à tous finissent par cliqueter dans le vide, signe que leurs barillets sont à secs. Aussitôt, Heero range son Browning dans son holster – davantage par automatisme - pour pouvoir les neutraliser à mains nues.
- Maintenant ! invite-t-il Duo à intervenir.
A présent, le natté se retrouve à égalité…
Tout se déroule alors très vite.
En une poignée de secondes, Heero et Duo immobilisent efficacement tous ceux qui se jettent sur eux ; ce qui justifie la lutte au corps.
Malheureusement, le dernier à être encore debout s'empare d'une jeune femme et lui pointe le canon de son arme sur la tempe.
- Oh, non ! J'vous en prie…, gémit-elle, paniquée.
- Hey ! l'interpelle Duo en accrochant son regard. T'inquiète, on va s'le faire !
Le braqueur chambre une balle - prouvant là qu'il lui reste bel et bien des munitions - puis, du canon de son flingue, leur fait signe de reculer.
- Vous cillez, elle crève ! promet-il.
Son visage est à découvert.
C'est mauvais signe.
Soudain, une voiture freine subitement, crissant des pneus sur le bitume.
- Mon taxi vient d'arriver, annonce-t-il en toisant étrangement le Colonel.
D'un air satisfait… alors qu'il doit déguerpir sans liquidités, sans avoir obtenu le moindre virement bancaire sur un compte offshore et sans ses complices ; lesquels sont toujours en vie et donc susceptibles de vendre la mèche.
Néanmoins, Heero et Duo n'ont pas d'autre choix que de le regarder prendre la fuite. L'homme n'est pas bien grand et la jeune femme parvient à le dissimuler d'une façon telle qu'Heero ne peut le viser sans risquer de la toucher grièvement…
Dès que la voiture des fugitifs redémarre en trombe, le malfrat propulse son otage par-dessus bord. Tandis que la femme roule sur elle-même - bientôt secourue par les forces de l'ordre - les deux agents preventers, eux, s'empressent d'aller enfourcher leur moto.
- Marc ? l'appelle Heero en enfilant son casque.
- Ils ont pris la direction du Quartier rouge, leur indique-t-il immédiatement.
Le Quartier rouge…
L'un des derniers bastions des narcotrafiquants à n'avoir pas été encore nettoyé par les Preventers et qui se trouve être à deux rues du Myosotis… et sous son contrôle.
Aux commandes de sa BMW, Heero passe de zéro à cent kilomètres par heure en deux secondes et neuf dixièmes, manœuvrant sa HP4 de deux cents kilos en ordre de marche avec une aisance rare.
- Je me suis toujours demandé pourquoi ils s'y prenaient de cette façon, s'interroge tranquillement Duo.
Entre temps, deux autres véhicules ennemis ont rejoint la première.
A la poursuite de leurs cibles verrouillées, Heero fonce à vive allure ; le bruit du moteur ronronnant dans la ville et les vibrations du bolide imprégnant leurs deux corps…
- Braquer une banque, internationale qui plus est, à mains armées, poursuit Duo sur le ton de la conversation. Franchement, c'est naze !
Le raccourci que prend l'agent d'élite l'amène à dévaler un vieil escalier en pierres, avant d'emprunter un virage en épingle, la moto quasiment couchée sur le bitume.
- Ils sont entrés dans le tunnel de l'Infortuné, les informe Marc. Je ne les ai plus en visuel…
Heero s'y introduit en fronçant les sourcils. Le braqueur et ses complices auraient dû prendre l'une des bretelles de l'autoroute la plus proche, afin de mettre toutes les chances de leur côté de disparaître dans la nature.
Au lieu de ça, les trois véhiculent filent droit devant.
De façon à ce qu'Heero puisse les pourchasser.
Indéfiniment…
*Ils font diversion* réalise-t-il.
Il opère alors un demi-tour à cent quatre-vingt degrés, puis accélère de nouveau en faisant fumer sa roue arrière.
De fait, il rebrousse chemin…
- 'ro ? s'enquiert son partenaire.
- Ils nous baladent, explique-t-il calmement.
- Les enfants ! s'angoisse immédiatement Duo.
- Marc, préviens Quatre et Trowa, somme Heero.
- J'ai déjà composé leurs numéros…
- Avec un peu de chance, Faure et Gotô sont encore à proximité du Lotus Blanc.
- J'essaye de les contacter, mais ils ne répondent pas…
Soudain, de nouveaux coups de feu retentissent…
- Non, mais c'est le monde à l'envers ! s'irrite le natté. Ce sont les braqueurs qui courent après les preventers, maintenant !
- Que fais-tu ? veut savoir Heero, alors qu'il sent Duo se mouvoir agilement autour de lui.
- Fais-moi confiance.
Duo le chevauche, à présent. A califourchon face à Heero, ses jambes reposent au-dessus ses siennes et sont solidement enroulées autour de son bassin.
- C'est pas comme si tu n'avais pas l'habitude, prend-il le temps de le taquiner, tout en s'emparant habilement des deux Browning 9mm d'Heero.
Il recharge l'un d'eux avec dextérité, puis vise au-dessus de ses épaules, tire et fait mouche, une arme dans chaque main.
Les chauffeurs s'effondrent sur leurs volants, probablement morts sur le coup. Résultat : deux des trois voitures titubent.
L'une d'elle vient se plier contre un poteau…
- Un de moins, annonce Duo.
… tandis que l'autre percute une rambarde de sécurité, avant de partir en tonneau.
- Et de deux.
- Je croyais que Carte Noire n'utilisait pas d'armes ? souligne Heero.
- C'est le cas. Mais ça ne signifie pas que je ne sache pas en user…
- Hn. Accroche-toi…
- Je n'arrive pas à joindre Trowa, les informe Marc. Aux dernières nouvelles, il était au Preventers Help pour remettre le bracelet à Kimo. Quatre est en route pour l'école…
- Putain de merde ! lâche Duo, lorsqu'une des balles siffle trop près d'eux. Je voulais nous en garder un pour l'interroger, mais ça va pas être possible.
Il mitraille les roues de la dernière voiture en lice…
Tactique imparable puisque le véhicule fait une embardée, avant de venir abîmer quelques carrosseries de voitures garées sur le bas-côté - et déclencher une dizaine d'alarmes assourdissantes - puis termine sa course dans une boutique de cigarettes électroniques ; fort heureusement, inoccupée à cette heure.
- Fumer, tue ! lance ironiquement Duo, qui n'en reste pas moins sur ses gardes.
Toutefois, l'unique passager et le conducteur n'ont sûrement pas survécu : le bras ensanglanté du braqueur pend à travers la vitre brisée, tandis que la tête de son complice est appuyée contre le volant, faisant hurler le klaxon sans discontinuer.
Heero, quant à lui, s'immobilise en douceur, avant d'observer son amant ranger ses Browning dans leurs fourreaux respectifs, au niveau de ses flancs.
- Tu ne sais pas seulement manier les armes, Duo. Tu es un tireur d'élite.
- J'me débrouille bien sur les cannettes, minimise-t-il, pendant que les habitants et commerçants sortent peu à peu de leurs cachettes, rassurés par la présence des deux preventers.
- Tu as atteint des cibles mouvantes alors que tu te trouvais dans une position instable et mobile, insiste-t-il en le dévisageant.
- Que reproches-tu donc à cette position ? le questionne-t-il, éludant joliment le sujet des armes à feu.
Arborant un sourire malicieux, il est toujours assis à califourchon sur et face à Heero.
- J'ai enfin pu alerter Antoine et Nanako, leur apprend Marc. Je vous les envoie, afin qu'ils prennent le relais.
- Parfait, approuve le Colonel. Pourquoi ne se sont-ils pas manifestés plus tôt ?
- Au retour de leur livraison, ils ont été coincés dans un accident de la route. En se portant volontaire pour aider et organiser les secours, ils ont laissé leurs communicateurs dans leur véhicule.
- C'est pas leur faute, dit Duo, conciliant.
- On ne doit pas se séparer de son communicateur, sévit l'agent d'élite. Autant pour remplir ses missions que pour sa propre sécurité.
- Quatre vient d'appeler. Quelqu'un a bel et bien déposé un paquet suspect à l'accueil de l'école… Une équipe de déminage l'a pris en charge. Les occupants du Lotus Blanc sont hors de danger.
- Qu'en est-il pour Trowa ?
- Il est… là.
- C'est quoi, le problème ? s'enquiert le Colonel Barton.
Comme Marc lui a laissé un message sur son répondeur, Trowa s'est directement rendu à l'Agence en sortant de l'hôpital.
- Masanaga, répond Heero, laconique.
- Il nous mène par le bout du nez, tient à préciser Duo. Il va falloir s'en occuper. Masanaga n'est pas bête, il sent bien que je ne respecte pas notre accord…
- Hn, approuve Heero.
Seulement, son regard dit tout de son intention d'exclure Duo du projet. Las, ce dernier lâche alors un soupir exaspéré.
- Est-ce qu'on pourrait sauter l'étape où tu fais tout pour m'évincer de l'équation, le concernant ?
Méditatif, Heero le dévisage à nouveau, longuement…
- Hn, concède-t-il ensuite… à moitié.
- Voilà qui nous fait gagner du temps ! se réjouit-il… un peu vite.
Satisfait, il reprend sa position de départ - à savoir, derrière son pilote - sous les regards incrédules des passants et témoins qui commencent à s'attrouper autour d'eux.
L'instant d'après, les Agents spéciaux Faure et Gotô débarquent sur les lieux et assurent la relève ; la première de leurs actions étant de fortifier la zone de sécurité en la délimitant et en l'élargissant.
Le Colonel Yuy n'humilie jamais ses hommes ; notamment, en les réprimandant publiquement. Aussi, le regard de désapprobation qu'il destine à Antoine et Nanako est suffisamment intimidant et explicite pour qu'ils retiennent la leçon.
Désormais libres de partir, Heero et Duo prennent donc la direction de l'Agence…
•
Un peu plus tôt,
Au Preventers Help…
•
Toc, toc, toc !
- Qui c'est ? s'enquiert Kimo.
Toujours avec cette pointe d'inquiétude dans la voix…
- Trowa, se fait connaitre l'agent d'élite.
Kimo se hâte d'aller lui ouvrir, le sourire aux lèvres.
- Bonjour, Trowa ! dit-il en se dandinant.
- Salut, répond-il en entrant.
- Tu veux boire quelque chose ?
- Non, merci. Je viens t'annoncer une bonne nouvelle.
- J'veux pas rentrer chez moi ! panique-t-il immédiatement. J'suis bien, ici…
- Tu es coupable de vols avec effractions et recels d'objets volés, lui rappelle-t-il. Il n'est pas question que tu repartes où que ce soit et encore moins, les mains libres, ajoute-t-il avec stoïcisme, en lui présentant son bracelet numérique.
- Oh, je vois.
- Pour l'instant, tu continues de loger ici, mais tu pourras sortir, seul, de sept à vingt-trois heures, lui explique-t-il en le lui mettant.
- Jusqu'où je peux aller ?
- Dans un rayon de cinq kilomètres.
- C'est peu.
- C'est toujours plus vaste que ta chambre.
- Oui, c'est sûr.
- Si tu n'as pas d'autres questions…, dit-il en se détournant déjà pour partir.
- Attends ! Tu peux bien rester un peu avec moi, non ?
- Tu te sens seul, constate Trowa.
Kimo hausse les épaules, puis se frotte les bras comme pour se réchauffer.
- Il y a quelqu'un qui rêverait de te réconforter, reprend-il.
- Si tu fais allusion à mon traître de frère, tu peux toujours rêver !
- Duo ne t'a pas trahi. Il t'a cru mort.
Furieux contre son frère et souffrant tout autant que lui d'un chagrin qui le broie de l'intérieur, Kimo lui tourne pourtant le dos.
- Tu n'es pas juste envers lui et tu le sais, poursuit Trowa.
- J'le déteste et toi aussi ! crie-t-il en pleurant.
- Mm.
La porte claque, doucement.
- Trowa…
Trop tard.
Une fois de plus, Kimo se retrouve seul et isolé…
•
A l'Agence…
•
Heero et Duo n'ont pas franchi le seuil que Blake se rue sur eux…
- Sensei, j'ai de quoi le convoquer ! déclare-t-il, le souffle court.
- Qui donc, BicMan ? veut savoir Duo en s'étirant, pendant qu'Heero va ranger ses armes dans l'un des tiroirs sécurisés de son bureau.
- Masanaga, le renseigne l'Agent McGuire.
- Non, non et non ! Lui, on le zigouille, un point c'est tout ! Vous commencez à me saouler avec vos auditions à la noix !
- S'il reste une tentative de l'arrêter par ce biais, nous devons la saisir, tranche Heero.
- Tu n'y crois pas toi-même ! l'accuse Duo. Il va vous broyer…
- Sors-moi la convocation, commande-t-il plutôt à Blake.
- C'est déjà fait. T'as plus qu'à signer…
Ce que fait son Colonel, sans la moindre hésitation.
Furibond, Duo part se réfugier dans la cuisine où il tombe nez-à-nez avec le buveur de café.
- T'es toujours là, toi ! l'apostrophe-t-il. T'as pas un truc débile de preventer à faire, comme de materner un sociopathe ?
Impassible, le Colonel Barton ne répond rien et l'observe plutôt en train de se défouler sur une pâte à pain qui termine gentiment de lever…
- J'ai vu Kimo, tout à l'heure, lui apprend-il ensuite, à brûle-pourpoint.
Duo se fige un court instant.
- Comment va-t-il ? demande-t-il à mi-voix.
- Mieux, depuis qu'il est séparé de Solo et mal, à la fois. Kimo ne supporte que moyennement la solitude…
- Il ne veut pas entendre parler de moi, j'imagine ?
- Ses mots dépassent souvent sa pensée. Il me rappelle quelqu'un…, insinue-t-il.
Souffrant, Duo enfonce profondément ses mains dans la boule de pâte crue.
Puis, sans crier gare, il la projette violemment contre le mur, avant de balancer les ustensiles de cuisine dans la foulée…
Le vacarme assourdissant qui en résulte alerte l'équipe et fait accourir Heero, qui interroge Trowa du regard.
- Kimo, l'informe-t-il, laconique.
Heero s'avance alors pour prendre Duo dans ses bras.
- C'est sans espoir…, se désespère ce dernier.
Heero presse tendrement sa tête contre son épaule et Duo s'y cache volontiers, comme si cela pouvait le soustraire au reste du monde…
- Une autre vie s'offre à toi, Duo.
- J'aurais tant voulu que mon frère en fasse partie…
- Je sais, chéri. Je sais…
Si Trowa ne laisse transparaître aucun étonnement, c'est loin d'être le cas pour les agents spéciaux qui se sont massés sur le seuil.
D'un signe du menton, Trowa les fait sortir de leur perplexité et de la pièce…
L'instant d'après, Duo remontre le bout de son nez et entreprend d'effacer ses larmes.
- Désolé et merci.
- Ça va aller ? s'enquiert Heero.
- Je vais aller me rafraîchir…, élude-t-il.
Heero le laisse quitter la cuisine, sachant que son compagnon a besoin, lui aussi, de s'isoler de temps à autres.
Les deux agents d'élite se retrouvent donc seuls, l'un, arborant un doux sourire, tendrement moqueur, pendant que l'autre commence à ramasser les objets disséminés sur le sol…
- Remballe-moi ce sourire ! lance Heero à Trowa.
- J'vais pas tirer la tronche alors que mon ami trouve enfin chaussure à son pied… Que vous avez dû prendre d'ailleurs, non ?
Contre toute attente, Heero marque une pause et médite sérieusement la question, une louche dans une main et un grand couteau dans l'autre…
- Il est la meilleure chose qui ne me soit jamais arrivée, avec ma fille et Relena.
Indéniablement, Relena et lui s'adoraient. Mais la jeune femme avait fini par se rendre compte que son mari et ami ne se sentait pas complètement épanoui.
En secret, sans rien confier de sa souffrance, ni à son mari, ni à son frère, ni même à Quatre, elle se préparait à devoir laisser partir l'homme de sa vie ; tôt ou tard. Ne se doutant pas une seule seconde que ce serait elle qui les quitterait et de la plus douloureuse et définitive des façons…
- Et moi, alors ? plaisante Trowa, le sourire en coin.
- Baka.
- Ils veulent du gâteau ! annonce soudain Duo, lequel s'avance vers eux en s'efforçant de paraître gai.
Les quelques gouttes d'eau qui perlent encore à ses mèches de cheveux prouvent qu'il s'est effectivement rafraichi en se jetant de l'eau au visage…
- Laisse, 'ro. C'est à moi de réparer mes bêtises et puis, ils ont besoin de toi, là-bas. Une histoire de tueur en série… J'me suis bouché les oreilles quand ils ont commencé à parler d'éviscération à la scie circulaire.
Heero cesse donc de remettre de l'ordre, en cuisine, pour venir embrasser son homme avec une passion langoureuse…
Puis il disparait, rassuré, laissant son amant quelque peu estourbi en compagnie de son meilleur ami.
- Tu… tu veux une part ? propose Duo, les joues et les lèvres rougies.
- Non merci, répond Trowa. Je te le laisse, ajoute-t-il au sujet du gâteau « Heero ».
- Ha, ha, ha ! prononce le natté. Attends, j'ai mieux pour toi : si t'allais faire un tour, histoire d'embêter quelqu'un d'autre ?
- Ça va être difficile de te trouver un remplaçant, le taquine-t-il. Tu penses à une personne en particulier ?
- Mmm… Pourquoi pas, Quat' ? ose-t-il.
Trowa lève un sourcil.
- Pourquoi lui ?
- Et pourquoi pas ? répond-il du tac au tac en lui lançant un regard éloquent. File !
Sagace, Trowa ne prend pas sa suggestion à la légère. Duo est loin d'être stupide et donne plutôt l'impression d'être bien informé à leur sujet. En outre, il semble avoir moins de scrupule à passer outre les recommandations des médecins concernant son amnésie nominative…
- Kimo finira par revenir vers toi…, lui promet-il, avant de sortir à son tour pour quitter l'Agence, ensuite.
De son côté, Duo interrompt son mouvement, le couteau plongé dans l'un des trois gâteaux qu'ils ont gardé pour eux et observe un long moment de silence…
•
A l'heure du goûter,
à Nakanoshima…
•
Les trois Tours de verre Winner, implantées sur l'oasis urbaine située dans le centre d'Osaka, scintillent de mille éclats sous le soleil rougeoyant de cette fin d'après-midi…
Malgré le fait qu'il ait su déjouer une alerte au colis piégé au sein même du Lotus Blanc, Quatre est encore très inquiet. Il lui a été difficile de se concentrer ensuite sur ses réunions en extérieur…
Auda - son secrétaire particulier et protecteur Maganac – l'accompagne toujours dans ce type de déplacement. C'est donc ensemble qu'ils remontent en silence jusqu'à l'avant-dernier étage de l'un des immeubles architecturaux, par l'ascenseur privé de l'héritier.
- Sors-moi le dossier complet de l'affaire Mastrod, s'il-te-plaît. Si personne n'y met du sien, on y sera encore l'an prochain.
- Tout de suite, Maître Quatre, acquiesce Auda en s'inclinant respectueusement.
Préoccupé, continuellement anxieux depuis « l'accident » survenu huit mois plus tôt, Quatre se dirige vers son immense bureau, laissant son ami et secrétaire dans le sien.
Le Maganac est un homme de trente-cinq ans, discret et patient. Il n'est ni grand, ni costaud et fait plutôt figure de demi-portion comparé à l'image de leur Chef emblématique : Rashid. Néanmoins, Auda compense son manque de carrure par son agilité. Perspicace, il se plait à servir son Maître de cœur en observant minutieusement chacune des personnes qui sont amenées à le rencontrer.
En revanche, le travail administratif auquel il a dû se faire lui donne bien plus de fil à retordre qu'il ne l'avait prévu…
- Je souhaiterai m'entretenir avec Monsieur Winner, s'il-vous-plaît.
Auda se retourne vivement vers le porteur de cette voix.
- Monsieur Barton…, articule-t-il d'une voix blanche.
Trowa plisse des yeux et s'étonne de retrouver la trace de cet homme dans sa mémoire.
- Auda, c'est bien ça ?
- Oui, Monsieur.
Ces retrouvailles, plus qu'aucune autre, déclenche chez Trowa une impatience comme il en a rarement éprouvé jusque-ici.
- Je dois voir Quatre, répète-t-il avec plus de conviction qu'il n'en a jamais eu. J'attendrai le temps qu'il faudra…
Auda acquiesce d'un hochement de tête, le sourire aux lèvres, puis s'en va prévenir l'héritier…
Il frappe d'abord à sa porte - une fois, selon le code convenu – avant d'entrer.
- Oui, Auda ? l'interpelle respectueusement Quatre, sans détacher ses yeux de son document.
- Monsieur Barton est ici.
Quatre se fige, puis redresse lentement la tête vers son ami.
- Il est bien décidé à patienter… indéfiniment, reprend-il.
- …
- Vous n'avez plus de rendez-vous, cette après-midi et je peux m'occuper de déplacer ceux de demain, suggère-t-il avec douceur.
Quatre se hisse littéralement de son siège en prenant appui sur sa table de travail, comme si ses jambes ne le portaient plus.
- Seulement ceux programmés dans le courant de la matinée. Sauf impératif preventers, je devrai être disponible pour le reste de la journée…
- Entendu.
- Bien… Fais-le entrer, je te prie, demande-t-il en ôtant son alliance. Merci, Auda.
Aussitôt, son secrétaire s'efface.
Quatre n'a pas le temps de se composer l'expression de neutralité qui convient que Trowa apparait dans son bureau, en moins de cinq secondes.
- Bonsoir, Quatre.
- Bonsoir, Trowa, répond-il en l'invitant d'un geste élégant à s'installer au grand salon.
Cependant, aucun des deux ne s'assoient sur le canapé d'angle en cuir blanc et Quatre reste à bonne distance.
- J'ai appris pour l'attentat visant l'école, l'informe Trowa.
- Oui, c'est réglé.
- Mm… Tu n'as pas l'air d'aller, pourtant.
- Cela m'a tout de même tracassé.
Il évite de croiser son regard trop longtemps et s'en veut de ne pas parvenir à se ressaisir.
- Ma visite impromptue te perturbe, décèle Trowa, perspicace.
- Il était prévu que nous nous accordions sur un jour et une heure…
- Tu es fâché ?
- Non. Absolument pas, je…, commence-t-il.
Avant de s'interrompre, comme Trowa marche à présent vers lui.
La gorge et l'estomac noués par la nervosité, Quatre s'éloigne d'un pas ou deux, mais ne peut décemment pas parcourir la vaste pièce à reculons… sans paraître suspect.
- Tu… ? veut savoir Trowa.
Le cœur de l'empathe s'emballe…
*Quelque chose a changé. Il est déterminé à forcer les portes, cette fois-ci…* se dit-il, paniqué.
- Moi, je le suis, reprend Trowa en s'immobilisant près de lui. Je suis contrarié.
Nauséeux et pris de vertiges, Quatre ne trouve rien à répondre et doit fermer les paupières, afin de garder un semblant de self-control. Une réticence qui ne décourage pas Trowa, lequel trouve de quoi faire, lui, en prenant délicatement son visage en coupe.
Quatre lâche alors un long soupir tremblant, tandis que Trowa glisse ses mains caressantes sur ses joues.
- Je ne comprends pas la lutte que tu mènes contre moi, contre nous, évoque Trowa. Alors que tout nous pousse l'un vers l'autre.
A ces mots, Quatre rouvre les yeux.
- Pourquoi ? insiste Trowa, ses yeux d'un vert émeraude fouillant les siens.
Deux turquoises brillantes de chagrin…
Quatre veut se dégager, mais Trowa le retient et observe les expressions de surprise, de détresse et de colère se succéder dans ses prunelles.
Devant tant de désarroi et de non-dits, Trowa comble l'espace ténu qui les sépare encore pour presser longuement ses lèvres sur son front.
- Pourquoi ne veux-tu pas de nous ? implore-t-il avec douleur. C'est à cause de ton ex-mari ? Vous êtes pourtant divorcés, si j'en crois la marque claire autour de ton annulaire…
C'en est trop.
La pression est telle que l'empathe éclate en sanglots…
- Qui suis-je pour toi, Quatre ? l'interroge Trowa, sans relâche, tout en le serrant dans ses bras. Dis-le moi, je t'en prie.
- Tout ! avoue-t-il enfin, à bout de nerfs. Tu es tout pour moi et plus encore…
Se sentant délivré d'un poids qu'il ne savait pas si lourd, Trowa étreint plus fortement cet homme qui représente tout, pour lui aussi.
- Je ressens le besoin et l'envie irrépressibles de vivre à tes côtés, se confie-t-il en lui caressant le dos. Est-ce réciproque ?
- Oui, répond-il à mi-voix, le nez dans son cou.
- Mais tu ne t'autoriseras pas à aller plus loin avec moi avant que je n'ai retrouvé mon fragment de mémoire manquant, devine-t-il à regret.
Comme pour confirmer sa crainte, Quatre se détache de lui.
Lentement, avec difficulté, mais sûrement…
- Je suis désolé, s'excuse-t-il en s'essuyant les yeux.
- Pas autant que moi.
Les deux hommes échangent un long regard. Un regard aimant, tendre et empli d'un désir inassouvi.
Alors que Quatre s'apprête à lui céder, ne serait-ce qu'un doux baiser, il décide finalement de se détourner en s'avançant près de la baie vitrée qui surplombe la ville.
- Tu es d'humeur câline avec moi parce que tu ne te rappelles pas ce que je t'ai fait, se justifie-t-il.
- Quatre, ma mission a mal tourné. Je ne vois pas comment tu pourrais être impliqué.
- Le rapport ne dit pas tout et je pense que Lady Une s'est bien gardé de te rafraîchir la mémoire, lui apprend-il, sans pouvoir s'empêcher de laisser transparaître une pointe de reproche dans la voix.
- Jaloux ?
- Tu sais pertinemment que oui ! répond-il, peu amène.
Trowa sourit.
- J'ai rompu notre arrangement physique entre elle et moi, et cela n'a jamais été que ça.
- Tu es libre de faire ce que bon te semble, assure-t-il, radouci.
- Mm… Pour ce qui concerne le rapport, je compte sur toi pour le compléter.
Quatre se passe les mains sur le visage, puis dans les cheveux.
- Lady Une m'a interdit de te parler. Dans l'intérêt du patient, nous devons tous garder le silence et attendre que le temps fasse son œuvre…
Trowa le rejoint, une nouvelle fois, pour venir l'étreindre par derrière.
- Il est dans mon intérêt que chacun veuille bien répondre à mes questions, commande-t-il sous son oreille.
Quatre frisonne violemment en s'agrippant aux manches de Trowa.
- J'ai si peur de te nuire, encore…
- Que te dicte ton intuition ? l'interroge-t-il, tandis qu'il respire son odeur.
Comme s'il pouvait s'en repaitre…
- Je… je ne me fais plus confiance, bredouille-t-il pendant que l'amour de sa vie déboutonne le haut de sa chemise. Trowa…
Sourd à sa résistance faiblissante, celui-ci s'emploie plutôt à embrasser consciencieusement chaque parcelle de peau découverte, tout en écartant le col de son vêtement pour mieux atteindre son épaule, partiellement dénudée…
Soupirant d'aise, l'héritier se mord la lèvre.
- Quatre…, susurre Trowa d'une voix terriblement basse, avant de lui mordiller le lobe.
- Mhmmm ! gémit-il doucement, en levant un bras pour caresser sa nuque.
Satisfait, Trowa se presse davantage contre lui - son entrejambe battant furieusement contre ses fesses – en resserrant l'étau de ses bras.
- Je t'aime…, craque Quatre sous la pression insoutenable de leur désir.
- Je suis sûr de ça, confirme Trowa. Et de l'amour que je te porte, en retour. Mais ce que je ne sais plus, c'est depuis combien de temps et surtout, comment cela s'est-il passé avec ton ex-mari… Pourquoi as-tu toléré ma liaison absurde avec Lady Une, sans chercher à te manifester ? Pire, tu m'as fui, Quatre.
- Ne me force pas à t'en dire plus. Comprends-moi, je te dois bien ça…
- On ne doit jamais que la vérité.
Là encore, Quatre ne trouve rien à redire…
*Au fond, Trowa a raison* pense-t-il.
Driiiing ! Driiiing !
Le téléphone se met à sonner…
- Mhmmm ! râle Trowa de mécontentement. Frustré par le gong…
- C'est… ma ligne personnelle, l'informe-t-il en déglutissant avec difficulté. Je dois répondre…
Trowa accepte donc de le libérer… pour un temps.
Il aurait bien aimé pouvoir le dévisager à nouveau, durant sa conversation téléphonique, mais Quatre lui tourne le dos. Parce qu'il a décroché par le devant de son bureau, d'abord, puis pour se redonner contenance, ensuite.
- Winner, j'écoute, répond-il, après s'être éclairci la gorge.
- Monsieur Winner, votre fille vous a aperçu, tout à l'heure, et elle reste inconsolable, depuis, lui apprend la Directrice du Lotus Blanc. Elle croit que vous l'avez oublié, que vous êtes reparti sans elle.
- Mon Dieu, non… Passez-la moi, je vous prie et allez chercher Akane et Daniel Yuy. Ils sauront la distraire.
- Entendu…
Une seconde plus tard, la voix larmoyante de la fillette de cinq ans résonne dans le combiné.
- Baba ?
- Towika, mon ange. Je ne t'ai pas oublié, trésor. J'ai simplement dû passer avant l'heure dite pour régler une affaire.
Malgré son explication, sa fille se remet à pleurer.
*Towika ?* relève Trowa en plissant des yeux. *Se pourrait-il que… ?*
- Voyons, mon cœur… Tu es toute ma vie. Tu sais bien que je ne te laisserai jamais. Tiens, tu peux voir l'horloge qui est accrochée au mur de ta classe ?
- Oui…
- Quelle heure affiche-t-elle ?
- La grande aiguille est sur le trois et la petite, sur le quatre.
- Il n'est que seize heures et quinze minutes. C'est l'heure de goûter les bons gâteaux que Duo vous a préparé et après cela, je viendrai vous chercher, Akane, Daniel et toi. D'accord ?
- Oui…
- Tu es rassurée ?
- Oui, baba.
- Towika, tu veux venir jouer avec nous ? l'appelle soudain Akane.
- Oui !
- Je t'embrasse très, très fort ! lui dit Quatre, souriant.
Mais sa petite fille ne l'écoute déjà plus, accaparée par les pitreries de Daniel…
- Moi, aussi ! insère habilement Trowa.
- Et papa, aussi ! rapporte immédiatement Quatre, avec automatisme, alors que leur fille raccroche sans l'avoir entendu.
Trowa se fige, sous le choc.
Ce qui n'est rien en comparaison du visage livide qu'arbore Quatre, à présent. Catastrophé, il pivote vers le « papa » d'Akane, lentement, ne pouvant plus rien faire d'autre que de le fixer, impuissant.
- Dis-moi que ce n'est pas ce que je crois, gronde Trowa, les poings serrés.
Son regard est si dur, si froid, que, l'espace d'un instant, Quatre croit mourir.
- Ta colère contre moi est légitime, mais…
- Mais quoi ? fulmine-t-il. Aurais-tu des circonstances atténuantes ?
Suffoquant, Quatre secoue la tête.
- C'est notre fille ?
Cette fois-ci, Quatre hoche la tête.
- Tu m'as laissé l'abandonner et ce, pendant huit mois ? s'indigne-t-il, en appuyant chacun de ses mots.
Quatre tente de bloquer un sanglot, en vain.
- Lady Une m'a dit de ne…
- Laisse-là en dehors de ça ! tonne la voix de Trowa. Tu es un adulte responsable, j'estime que tu avais ton mot à dire !
Quatre vacille, le souffle coupé par l'énergie brûlante que lui envoie son bien-aimé ; s'il ne se retenait pas à son bureau, l'empathe serait déjà à terre.
- Maître Quatre ? l'interpelle soudain Auda.
Il s'est permis d'entrer à l'entente des éclats de voix…
Trowa bouillonne de colère et de passion. Jamais le Maganac ne l'avait vu ainsi, et certainement pas contre Quatre.
- J'interdis à quiconque de venir nous déranger, dicte sèchement Trowa, sans cesser de foudroyer du regard l'homme qu'il aime.
- Fais ce qu'il dit, Auda, confirme l'héritier, d'une voix faible et visiblement mal en point.
Son secrétaire s'exécute, non sans inquiétude. Il ne croit pas que Trowa veuille lui faire du mal. En revanche, il doute que son ami puisse survivre au rejet de son compagnon.
- Tu n'es pas divorcé, n'est-ce pas ? l'interroge Trowa, pour la forme.
Quatre secoue imperceptiblement la tête, prisonnier de son regard flamboyant d'acrimonie et, somme toute, de son bon-vouloir.
- Je veux te l'entendre dire ! exige-t-il, impitoyable.
- Nous… nous sommes mariés, articule l'empathe, avant de chanceler tout entier.
Le voir prêt à s'écrouler et à sombrer dans l'inconscience… dans l'oubli, percute Trowa à pleine puissance.
D'un geste prompt, il vient le soutenir avant que son mari ne s'effondre complètement sur le sol.
- Pardonne-moi, s'excuse Trowa, en le serrant dans ses bras. Pardonne-moi, mon amour…
- Tout est… ma faute, s'accuse Quatre dans un murmure à peine audible.
A présent que sa colère est retombée, Trowa est à même de constater l'épuisement de son compagnon.
- Je t'emmène à l'hôpital.
Quatre voudrait protester, refuser cette aide providentielle - certain de ne pas la mériter – mais il ne peut plus fournir le moindre effort…
•
Au Preventers Help…
•
Le riche homme d'affaires occupe désormais une chambre privée et réside provisoirement dans l'aile la plus tranquille du complexe hospitalier ; celle réservée aux patients qui ne présentent pas de pathologie nécessitant un suivi médical lourd.
Comme pour Kimo Maxwell…
Par chance, Sally est encore présente et peut se charger d'ausculter l'héritier avant de terminer son service.
Au bout de quelques minutes, lorsqu'elle referme la porte de la chambre pour faire face à Trowa, son expression est plutôt sereine… bien qu'un brin contrariée.
- Que préconises-tu ? l'interroge le preventer.
Il a beau être d'une nature impassible, la Doctoresse Sally Chang sait qu'il est terriblement inquiet.
- Quatre est…
- … mon mari, l'interrompt-il, une pointe d'amertume dans la voix.
Il s'en veut de n'avoir pas engagé cette discussion-ci avec Quatre plus tôt et surtout, de ne toujours pas parvenir à se souvenir d'eux.
De les avoir oubliés… abandonnés.
Sally, elle, semble agréablement surprise et profondément soulagée.
- J'allais dire entêté, se permet-elle cette remarque.
Pleine de tendresse, au demeurant.
- Comme d'habitude, depuis ton accident, ton mari déjoue toutes nos tentatives visant à alléger son affliction, poursuit-elle. Sa réputation d'homme d'affaires nous indique à elle seule que personne ne peut aller contre sa volonté… Exceptés Heero et toi, réflexion faite.
- C'est bon à entendre.
- Maintenant que tu connais la vérité vous concernant tous les deux, oui.
- Mm. Physiquement, il n'a rien de grave ?
- Non. Tout est là-dedans, affirme-t-elle en appuyant son stylo contre sa tempe.
Elle profite de ce geste pour en éjecter la mine.
- Bien, souffle-t-elle en griffonnant son papier. Monsieur Winner est libre de s'en aller, mais je préfère le garder cette nuit, en observation.
- A condition que je puisse rester avec lui.
- Je ne voyais pas ça autrement, le tranquillise-t-elle, souriante. Quatre n'a pas tant besoin de repos que de reprendre goût à la vie.
- J'y veillerai. Merci, Sally. Merci pour tout.
- J'adore recevoir des fleurs, mais en vérité, c'est plutôt Heero qu'il faut remercier. Il ne l'a pas lâché d'une semelle.
Un doux sourire éclaire le visage du Colonel Barton.
- Qu'est-ce qu'il a ? s'enquiert soudain Duo, depuis le bout du couloir.
Trowa les a prévenus de l'incident, Heero et lui.
- Pas de panique, messieurs, répond Sally, tandis que les nouveaux venus arrivent à leur hauteur. Je vous le laisse. Quatre est entre de bonnes mains. Oh ! J'oubliais…, ajoute-elle en considérant Heero et Trowa. Allez-y mollo ! les prévint-elle.
Les accusés lèvent un sourcil, d'un air étonné.
- Dieu seul sait combien vous l'aimez, chacun à votre manière, et je suis bien placée pour savoir que cela nous pousse parfois à être d'autant plus sévère qu'on ne le serait envers un étranger.
Sur cette dernière recommandation, un poil comminatoire, Sally s'éloigne…
- Tu veux que je lui parle ? propose Heero à son ami.
Bien qu'il ne sache rien de ce qu'il s'est dit, ni même produit entre les deux hommes…
- J'imagine que ce n'est pas son premier séjour, ici ? devine plutôt Trowa.
Heero et lui s'entreregardent et s'étudient un moment, comme s'ils cherchaient à entendre, puis à décrypter la voix intérieure de l'autre.
- Vous faites quoi, là ? les interpelle Duo. Vous parodiez les Teletubbies© ? Ecoutez, les P-men, vous avez effectivement une antenne chacun, mais elle ne permet pas d'entrer en télépathie.
- Que t'a-t-il dévoilé, exactement ? Heero questionne-t-il Trowa, sans faire état de l'intervention de son amant.
- Je reste avec lui, cette nuit, lui apprend-il.
- Je ne sais pas qui écrit vos dialogues, mais il se foule pas des masses, le scénariste ! lance le natté.
- Pouvez-vous vous occuper de notre fille, le temps de son hospitalisation ?
- Bien sûr que oui ! s'emporte Duo, indigné qu'il ait posé cette question. Inutile de demander ! Comme si nous avions l'intention de laisser cette adorable princesse toute seule… Hey ! Mais attends voir… Tu as bien dit notre fille ?
Pour toute réponse, Trowa sourit.
Un sourire triste, toutefois.
*J'ai été absent si longtemps…* pense-t-il avec angoisse.
Duo se mord la lèvre, heureux pour eux, tandis qu'Heero observe son ami d'un regard scrutateur.
- Merci d'avoir veillé sur ma famille, déclare solennellement Trowa.
Les deux amis s'empoignent la main avec force, avant de se donner une franche accolade en un signe de fraternité.
- Il a fait preuve de beaucoup de courage, le renseigne ensuite Heero.
- Je n'en doute pas.
- Tu te souviens de tout ?
- Non, j'ai forcé Quatre à me révéler notre situation matrimoniale. Cependant, cela ne fait presque aucune différence. Je l'aime et peu m'importe que je doive finalement tout recommencer et ne jamais me souvenir de notre passé commun.
- Quat' s'en veut vraiment de… Mhm ?
Pour se faire pardonner de l'avoir interrompu d'une manière aussi grossière, Heero remplace sa main par sa bouche, qu'il presse un court instant sur celle de son cher et tendre bavard.
- Tu crois bien faire, chéri, mais l'amnésie nominative est encore méconnue des scientifiques. Au moins, s'accordent-ils sur un point : il faut révéler le moins d'éléments possible et laisser le temps faire son œuvre.
- Quat' lui a bien dit des trucs ! fait-il valoir, sans parvenir à le bouder.
- Parce que Trowa les lui a réclamées, son esprit a pu traiter et accepter les informations obtenues.
Duo soupire, mais obtempère.
- Nous allons récupérer les enfants et passeront la nuit au Manoir, Heero informe-t-il Trowa, en ceinturant son amant d'un bras puissant.
- Merci.
- Je vais leur faire des gaufres, pour ce soir et des macarons, pour demain, détaille Duo. Ne vous faites plus aucun souci.
- Quatre et moi t'accordons notre entière confiance.
Le natté sourit, un peu décontenancé par cet aveu.
Aussi, Heero sait que son compagnon souffre en silence, sans rien laisser paraître, de se retrouver à deux pas de l'endroit où réside provisoirement Kimo. Il décide donc qu'il est temps pour eux de partir et prend rapidement congé.
Trowa, quant à lui, n'attend pas que le couple disparaisse à sa vue pour aller reformer le sien…
La chambre dans laquelle il entre est spacieuse, sans être exagérément grande. A cette heure de la soirée, elle est agréablement plongée dans une semi-clarté et aucun bruit, ni aucune agitation extérieure ne leur parvient.
Il faut dire que le quartier médical où Quatre est logé se trouve loin de ceux réservés aux malades et blessés graves.
Comme Quatre n'est pas sous intraveineuse, ni sous tranquillisant, Trowa peut s'asseoir à ses côtés sans se soucier d'aucun appareillage. Il se réjouit également que le lit soit suffisamment large pour qu'ils puissent s'y reposer à deux, à condition tout de même de bien vouloir se serrer un peu.
- Tu fais semblant de dormir, constate Trowa. Quatre, regarde-moi.
Son mari ouvre les yeux d'un air contrit, mais ne simule pas sa fatigue.
- Je ne veux pas t'imposer quoi que ce soit…
- L'amour que je te porte n'est pas une affaire de souvenirs communs, ni même de papiers. C'est un état d'être permanent. Un sentiment si solide et si profondément ancré en moi que rien ni personne ne pourra jamais l'effacer… Quatre, je t'aime et je suis prêt à tout recommencer avec toi et avec notre fille.
Désorienté, l'empathe ne dit pas un mot, se contentant de contempler Trowa comme s'il n'était qu'une apparition.
Un énième mirage, cruel et magnifique…
- Mon cher et tendre, veux-tu seulement encore de moi ? finit par douter Trowa en caressant sa joue, plus qu'il ne chasse ses larmes.
- Ne sois pas absurde, répond Quatreen esquissant un maigre sourire.
- Qui est le plus absurde des deux ? l'interroge-t-il en se penchant vers lui pour l'embrasser.
Longuement…
Profondément…
Intensément…
A la seconde où leurs lèvres se touchent, la magie opère et leur désir charnel s'embrase comme au premier jour.
Impatients, comme s'ils se contenaient depuis une éternité et qu'il ne leur restait plus qu'une heure à vivre, les deux hommes s'explorent avec urgence. Sans interrompre leurs baisers, Trowa repousse le drap pour venir s'allonger sur Quatre et le clouer sur le matelas. Puis, il remue souplement des hanches, invitant son homme à écarter ses jambes, sous lui. Ce faisant, il presse leurs entrejambes, dures, palpitantes et avides, leur arrachant un profond gémissement de plaisir…
L'instant d'après, il s'attaque à sa tunique d'hôpital en remontant le tissu sur le haut de ses cuisses… quand soudain… une douleur fulgurante lui déchire le crâne.
- Aaaaaaah ! se plaint Trowa en se prenant la tête.
Il se redresse brusquement et manque de tomber du lit, sous le regard anxieux de son mari.
- Oh, mon Dieu ! Trowa ! Pas ça, non ! Non !
Quatre appuie plusieurs fois sur le bouton d'appel, tout en soutenant son compagnon du mieux qu'il peut.
De son côté, celui-ci l'entend, mais pas aujourd'hui…
Pas maintenant…
Assailli de souvenirs érotiques, comme autant d'éclairs aveuglants et de saveurs enivrantes, il entend Quatre gémir de plaisir, lui susurrer des mots doux…
Puis l'image s'ajoute à la bande son et il le sent. Il le voit se tordre sous lui.
Le réclamer…
Le caresser…
Lui faire l'amour avec passion…
- Trowa, je t'en prie, parle-moi ! s'inquiète Quatre, durant ce temps.
Mais son mari garde les yeux clos et se concentre à présent sur les rires d'une enfant…
De leur fille, Towika.
- Mon firmament, murmure Trowa.
Son firmament, sa constellation d'étoiles… autant de termes élogieux et enchanteurs qu'il choisit pour définir son mari adoré et leur fille chérie ; sa famille.
L'empathe porte alors une main tremblante à sa bouche, n'osant croire que le miracle se produise et encore moins, sous ses yeux.
Dans le même temps, Trowa rouvre enfin les siens et le regard qu'il pose sur Quatre est sans équivoque. Subjugué, ce dernier entrouvre les lèvres et s'apprête à dire quelque chose, lorsque la porte s'ouvre à la volée.
- Que se passe-t-il ? s'enquiert un interne, à bout de souffle.
Il est rare que le personnel de cette aile-ci soit confronté à une urgence médicale. Il n'y a donc rien d'étonnant à trouver des miettes de biscuit au coin de ses lèvres et sur sa blouse, ni à ce qu'il paraisse plus angoissé que le patient lui-même. Cependant, le jeune interne ne semble pas non plus préparé à surprendre un couple dans son intimité.
Ainsi confronté à l'image de deux hommes entrelacés et à moitié dénudés, il se fige sur le seuil, l'air perplexe.
- C'est une fausse alerte, assure tranquillement Trowa, tout en préservant la pudeur de son mari en le recouvrant du drap.
L'interne devrait simplement acquiescer et quitter la chambre, mais son trouble le pousse manifestement à poursuivre ses investigations…
- Qui… qui vous suit ? demande-t-il.
Intimidé, il ne sait plus vraiment sur quoi se concentrer pour ne pas avoir à les fixer dans cette situation. D'un autre côté, s'adresser aux rideaux ne parait guère mieux.
- Sally est au courant de ma présence, ici, indique Trowa. Si vous y trouvez à redire…
- Non, non ! l'interrompt-il, en agitant les mains pour plus d'emphase. Si Sally a donné son accord…
- C'est le cas, confirme-t-il.
Le calme olympien de l'agent d'élite place l'interne dans une situation plus délicate encore, si cela est possible. Dans l'espoir de se redonner contenance, il se racle la gorge afin de s'éclaircir la voix… en vain.
- Bien, si… si vous avez le moindre problème, n'hésitez pas, affirme-t-il en s'essuyant le front.
Trowa ne souhaite pas particulièrement le déstabiliser, comme il projetterait de le faire avec un suspect. Il est simplement lui-même : naturellement troublant.
- Merci et veuillez me pardonner pour la gêne occasionnée, intervient Quatre. L'espace d'un instant, j'ai vraiment cru que quelque chose de grave se produisait.
- Oui…oh ! pff… ça… ça arrive… On fait des choses et puis… Voilà ! termine-t-il enfin ses balbutiements.
- …
- …
- Bonne nuit ! lance-t-il d'une manière un peu abrupte.
Il referme précipitamment la porte, certainement soulagé de se soustraire à leur compagnie. Il ne fait alors aucun doute que le jeune homme va s'empresser de rapporter la croustillante nouvelle à ses collègues. Néanmoins, il se gardera bien d'égratigner les réputations de l'homme d'affaires et philanthrope Quatre Raberba Winner, et de l'Agent d'élite Preventer Trowa Barton…
Partagé entre un rire nerveux et des larmes de joie, Quatre tente de reprendre là où ils en étaient, son mari et lui, lorsqu'ils ont été brutalement interrompus…
- Trowa, tu…, commence-t-il.
Mais il ne peut plus poursuivre, tant le regard que son compagnon pose à nouveau sur lui est intense.
- Je…, murmure Trowa, tout en se penchant sur lui. Nous…
Sans plus attendre, il le débarrasse de son unique vêtement en souriant de cet air si particulier - éperdument amoureux, ardent et joueur - qu'il n'a que pour Quatre.
Toute sa vigueur retrouvée, celui-ci l'attire plus près encore, l'entrainant jusqu'à ce que Trowa le recouvre complètement et pèse lourdement sur son corps. Quatre a besoin de ça, il a terriblement besoin de sentir physiquement le poids de sa présence…
- Presse-toi contre moi, quémande-t-il.
Trowa accède volontiers à sa requête en ondulant souplement son bassin contre le sien et en l'embrassant avec langueur…
Cependant, Quatre finit par s'impatienter et triture ses vêtements ; sans toutefois parvenir à le dévêtir complètement. Pourtant, il veut éprouver à nouveau la sensation unique de la peau nue de son mari glissant sur la sienne, de ses mains caressantes se faufilant là où personne d'autre n'ira jamais, de ses lèvres traçant un sillon brûlant de baisers jusqu'à…
- Mhmmm ! gémit-il soudain.
Alors que Trowa repart à la conquête de son bien-aimé, voici qu'il se met à flatter son érection avec une attention toute particulière…
Mais il en veut plus, lui aussi. Afin d'assouvir son désir, il descend progressivement jusqu'à son entrejambe, parsemant son ventre de doux baisers. Se faisant, il entend la respiration de Quatre s'accélérer sous l'excitation et le sent fouiller ses cheveux, hésitant quant à lui imposer sa volonté.
Galvanisé, Trowa esquisse un sourire…
Son mari est l'un des leaders mondiaux sur le marché économique. Un homme d'affaires respecté, redoutable et redouté, et un héritier à la hauteur de son illustre père. Mais face à Trowa, il redevient simplement Quatre. Un homme doux et sensible. Un ami et un père dévoué.
Aussi, il n'y a bien qu'avec Trowa que Quatre s'autorise à se laisser aller. Il n'y a bien que Trowa qui soit en mesure de le toucher…
… comme bon lui semble.
Fort de son amour infini pour son compagnon, Trowa souffle doucement, longuement sur sa pointe délicate…
- Annh ! se plaint Quatre en se mordant la lèvre.
Trowa attend qu'il rouvre les yeux pour accrocher son regard. C'est ensuite, seulement, qu'il embrasse le bout de son sexe, une fois… deux fois… trois fois… en déviant chaque fois de quelques millimètres, avant de le lécher, méthodiquement…
La respiration saccadée, Quatre a les pupilles complètement dilatées.
Ne s'en prenant pour l'instant qu'à son extrémité, voici que Trowa le lui suce avec application…
Dès lors, Quatre fouille les cheveux de son amant comme si sa vie en dépendait. Mais il a beau l'implorer de passer à la vitesse supérieure, Trowa continue de le mettre au supplice.
En désespoir de cause, l'empathe joue sa dernière carte en s'emparant de la main droite de son mari, décidément bien taquin.
A ce geste, Trowa cesse son petit jeu pour prendre le temps de l'observer…
Quatre se hâte d'abord d'humidifier abondamment son index, puis le majeur. L'instant d'après, Trowa ajoute un troisième doigt entre ses lèvres, tout en imposant un rythme de va-et-vient, lent et sensuel, leurs regards soudés l'un à l'autre.
A l'évidence, leur désir commun de ne faire qu'un, corps et âmes, les submerge et commande leurs sens. Cependant, rien ne peut oblitérer ce sentiment d'amour inaltérable qui les unit envers et contre tout…
Satisfait de voir l'étincelle de vie briller à nouveau dans les yeux de son bien-aimé, Trowa retire ses doigts et l'avale tout entier.
Dans un premier temps, Quatre retient son souffle, puis se met à haleter, de plus en plus vite, pendant que son amant accélère le mouvement, l'enroulant de sa langue…
Seulement, voilà huit mois qu'ils sont séparés. Huit mois interminables que Quatre survit, reclus en lui-même. Accablé par sa faute, il n'a plus goût à rien, pas même au plaisir solitaire. Aussi, ayant une vie sexuelle au point mort, il se libère rapidement en un râle presque douloureux, teinté de chagrin.
- Pardon, articule-t-il, en larmes. Pardon…
- Mon amour, susurre Trowa à son oreille. Chuuut…
Le baiser qu'il lui donne ensuite - à la fois tendre et autoritaire – vient clore le débat. Certes, temporairement, mais il n'est plus temps de se fustiger. Au contraire, les deux hommes doivent saisir l'occasion au vol et sceller à nouveau leur union, savourer leur deuxième chance…
C'est dans cet état d'esprit qu'ils se délectent de leurs retrouvailles charnelles et c'est avec une détermination farouche que Trowa prolonge l'instant… jusqu'à ce qu'il sente son mari s'apaiser complètement.
Du moins, physiquement.
En effet, sous les attentions enjôleuses de Trowa, la tristesse de l'empathe finit par laisser place à la béatitude…
A présent que Quatre parait serein, Trowa se relève, afin de se dévêtir. L'opération est simple et il s'exécute en toute hâte, pourtant, il a bien du mal à coordonner ses mouvements tant la vision que lui offre son mari est excitante. Celui-ci l'attend patiemment, alangui sur le lit en une position des plus lascives, les joues roses, la bouche entrouverte laissant passer un souffle court et le regard irrémédiablement assombri par le désir…
Prestement, Trowa revient s'allonger auprès de son mari. Et alors qu'il humidifie ses doigts, Quatre les lui retire de la bouche.
- Ce n'est pas nécessaire, prétend-il.
Interpellé, Trowa l'observe un court instant. Il est anormal que son mari souhaite mêler à son plaisir, une douleur qui peut être amoindrie, voire évitée…
Bien décidé à le réconforter, il introduit délicatement un premier doigt au cœur de son intimité. Après une légère contraction de son muscle, il a l'agréable surprise de sentir Quatre se détendre aussitôt.
Rassuré, Trowa ne tarde plus à ajouter un deuxième, puis un troisième doigt, s'appliquant amoureusement à stimuler son point P. Passé le premier moment de crispation, Quatre ne ressent plus présentement qu'un grand bien-être. Et à l'évidence, Trowa prend un plaisir fou à le voir maltraiter son oreiller, sous les sensations qu'il réussit à lui provoquer…
Bientôt, l'héritier bascule la tête en arrière, en proie à son premier orgasme prostatique. Envahi par un sentiment de plénitude intense et diffus, il sent Trowa se retirer, avant qu'il ne lui relève délicatement une jambe - qu'il prend le temps d'embrasser tendrement - pour la poser sur son épaule.
Penché sur lui, à un souffle de son visage, Trowa l'embrasse de nouveau, par envie et par plaisir d'abord, puis pour le détourner un peu de la douleur à venir…
D'une seule poussée, il plonge en lui jusqu'à la garde pour toucher sa prostate de plein fouet.
Comme il s'y attendait, Quatre se ploie tel un arc, gémissant à la fois son plaisir et ses souffrances…
Celle de son intrusion physique dans son corps est provisoire et supportable ; surtout, elle est la résultante de son union sacrée avec Trowa et promet donc de céder rapidement sa place à un plaisir inextinguible.
Mais celle d'avoir été rayé provisoirement de sa carte est, elle, insondable, terrible… mortelle.
De son côté, Trowa n'est pas en reste. Alors qu'il reprend sa place en son bien-aimé, il ressent, lui aussi, la douleur déchirante de leur séparation… ainsi que le bonheur indescriptible d'être à nouveau l'homme de sa vie.
- Je t'aime, souffle-t-il, tout en entremêlant ses doigts aux siens.
Bouleversé, Quatre garde les yeux clos, la respiration chaotique…
- Chéri, l'appelle Trowa, en promenant ses lèvres sur son visage. Mon amour, regarde-moi…
Au bout d'une poignée de secondes, interminables pour Trowa, Quatre accède enfin à sa requête. Il réalise alors que son mari attend visiblement un signe de sa part, lui signifiant qu'il peut laisser libre court à ses va-et-vient…
Mais contre toute attente, Quatre lui demande de se retirer.
Néanmoins confiant, Trowa s'exécute, non sans une lenteur des plus exquises…
Il devine – se remémore - ce que souhaite son mari, lequel se redresse effectivement pour l'embrasser, avant de se retourner. Ainsi positionné, il se retrouve à quatre pattes sous son compagnon qui s'empresse d'accéder à leur désir en s'introduisant profondément en lui, une nouvelle fois.
Là encore, Trowa s'immobilise, les mains crispées sur les hanches de Quatre, et subit avec délice la forte contraction de son amant autour de lui…
- Viens, le réclame bientôt Quatre.
Ardent, il remue doucement contre lui, autour de lui…
- Quaaatre !
Se sentant à présent pleinement libre d'aller-et-venir, Trowa amorce enfin ses lents et puissants mouvements du bassin, l'emplissant complètement et le nourrissant de toute la passion qu'il éprouve pour son homme…
Pendant que Quatre soupire, gémit, crie son plaisir et son bonheur de renaître entre ses bras, Trowa, quant à lui, grogne et râle son exaltation de se sentir à nouveau en lui, enserrer par l'étau de feu de son mari et d'être toujours capable de lui faire tant de bien, malgré l'épreuve douloureuse qu'ils ont dû traverser.
Alors qu'il a adopté un rythme constant en le pénétrant au plus profond de son être, voilà qu'il accélère soudain la cadence…
- Trowaaaa ! gémit Quatre.
Plus vigoureux que jamais, Trowa enroule sa main autour du membre de son amant, qu'il sent durcir tout à fait sous ses doigts…
Cueilli, Quatre s'arc-boute sous cette sensation, douce, intense, voluptueuse et enivrante, qui vient s'ajouter à l'extase que Trowa lui donne déjà à vivre.
Enfiévré, celui-ci intensifie son traitement autour de sa verge palpitante…
- TROWAAA !
A force de triturer son drap, Quatre finit par le déchirer…
Alors il se raccroche aux barreaux de son lit – fort heureusement stables et robustes - mais cela ne suffit pas. Sous l'intensité du plaisir extraordinaire qu'il reçoit et donne en retour, il n'a de cesse de scander le nom de son mari. Ses va-et-vient sont tels, que Quatre en vient à broyer violemment son oreiller, avant d'y étouffer ses hurlements en mordant dans son moelleux.
- MHMMMMM !
Durant de longues minutes supplémentaires, Trowa contracte son corps, roulant des muscles, tout entier dévoué à l'amour charnel qui les anime…
Bientôt, les sentant tous deux sur le point de se rendre, Trowa plonge en lui comme si c'était la première et dernière fois.
Propulsant son corps à l'intérieur du sien, encore et encore…
Jusqu'à ce qu'enfin, Quatre et lui se libèrent puissamment, basculant de concert dans le gouffre étincelant de l'orgasme.
- TROWAAAAAA ! jouit longuement Quatre.
- QUAAAATRE ! exulte Trowa.
Bien qu'il plane en apesanteur, totalement épuisé, il parvient à sentir Quatre trembler sous lui, alors qu'il se répand abondamment dans sa main. Et manifestement, Quatre jubile de sentir le fluide brûlant de l'amour de sa vie se répandre à nouveau aux creux de ses reins.
Semblant le réanimer de l'intérieur…
Le souffle erratique, les deux amants ont l'impression de flotter dans l'univers, sans corps.
Comblé, Trowa se retire avec douceur tout en lui murmurant des mots d'amour…
- Tro… wa, articule faiblement Quatre, à plat ventre, le dos se soulevant au rythme de sa respiration saccadée.
Béat et déconnecté du monde, c'est à peine s'il réalise qu'il roule instinctivement sur le côté, afin que Trowa puisse venir se lover derrière lui, contre son dos.
Comme avant…
Le lit aurait été plus grand que cela n'aurait rien changé. Etroitement enlacés, ils s'abandonnent au sommeil avec la sensation unique d'être entier, en sécurité et avec l'assurance d'être en mesure de protéger l'être aimé.
Comme avant…
•
Au petit matin…
•
A peine Trowa ouvre-t-il les yeux qu'il s'empresse de remonter le drap sur eux, se réjouissant de pouvoir attraper la couverture qu'il a jetée au sol, en début de soirée, sans avoir à descendre du lit.
Malgré ce léger remue-ménage, Quatre demeure imperturbable et continue de somnoler paisiblement entre les bras de son mari, face à lui.
Radieux, Trowa est heureux de pouvoir contempler le visage de son compagnon, avant que ce dernier ne s'éveille. Empreint d'une grande sérénité, l'empathe rayonne de nouveau ; son teint frais et lumineux, ainsi que ses traits reposés, donnent l'impression qu'il n'est descendu du ciel rien que pour Trowa…
- Chéri… ? l'appelle celui-ci.
Pour l'inciter à sortir de ses rêves, il plonge délicatement sa main dans ses courts cheveux blonds…
- Mhm ! râle Quatre en se blottissant davantage contre lui, nichant son nez dans son cou.
Et Trowa ne peut résister.
Il l'étreint plus fortement, tout en caressant son dos et en parsemant son épaule de doux baisers…
- Il est temps de rentrer chez nous, déclare-t-il.
A ces mots, à l'entente de sa voix, sous son toucher et enveloppé dans son odeur, Quatre se réveille tout à fait et ouvre grands les yeux.
Immédiatement, les souvenirs de la soirée lui reviennent en mémoire, le faisant se hisser brusquement sur un coude ; ce qui n'empêche pas Trowa de continuer à promener sa main sur son corps…
- Bonjour, dit simplement Trowa.
Surplombant ainsi son mari, Quatre lève une main aérienne pour redessiner les contours de son visage, comme s'il touchait son rêve du bout des doigts…
- Je t'aime tant…, répond-il gravement.
Trowa s'empare doucement de sa main pour la lui embrasser avec dévotion, son regard scrutateur rivé au sien.
- Je te prends aux mots, prête-t-il serment.
Quatre tente de lui sourire, mais n'y parvient pas. Il ressent nettement que son mari a deux, trois petites choses à mettre au clair…
- Ce qui s'est passé après mon accident, ou plutôt, ce qui ne s'est pas passé, ne doit plus jamais se reproduire, reprend effectivement Trowa.
- Je ne suis pas certain de comprendre…
- Je ne me souviens toujours pas du déroulement exact de mon accident…, commence-t-il par révéler.
Quatre hoche la tête, le regard à nouveau voiler par les sentiments de tristesse et de culpabilité.
- … mais je me souviens nettement ne plus t'avoir eu à mes côtés, par la suite.
Quatre ouvre la bouche pour se justifier, mais Trowa le fait taire du regard.
Un regard vert émeraude où brille une lueur intimidante…
- Je ne veux pas t'accabler, mon amour. Loin de moi, cette idée. Seulement, tu vas devoir me promettre que notre famille passera toujours en priorité, désormais. Cela, quelle que soit la situation et les ordres qu'on pourrait bien te donner, l'enjoint-il, catégorique.
Le cœur battant à mille à l'heure, Quatre ne parvient pas à répondre, la gorge nouée.
Alors, pour l'amener à se détendre et à coopérer, Trowa inverse leur position, tout en douceur.
- Sans toi, je ne suis personne. Et personne d'autre que toi n'est en mesure de m'aider, Quatre. Comment as-tu pu les laisser nous séparer ?
Bouleversé, l'héritier voit trouble, ses yeux embués de larmes contenues…
- Promets-moi d'outrepasser toutes les règles lorsqu'il s'agit de nous. Promets-le-moi ! le somme-t-il, sans détour.
Dans un premier temps, Quatre hoche frénétiquement la tête avant de parvenir à s'exprimer à voix haute.
- Tu as ma parole…
- Tu as toute ma confiance, conclut Trowa en se penchant sur son visage pour l'embrasser.
- Je te le promets, murmure-t-il, entre deux baisers passionnés. Je te le jure…
Ondulant souplement, Trowa se met à frotter habilement son bassin contre le sien, faisant se caresser leurs membres, dressés l'un contre l'autre…
- Mhmmmmm !
- Viens, mon amour… Viens…, l'encourage Trowa, grisé par la redécouverte de son corps, de ses complaintes et de ses frissons.
Effectivement, Quatre halète et gémit, se tortillant sous lui pour le plus grand plaisir de son mari…
Quelques minutes plus tard, celui-ci obtient une nouvelle fois de le contempler, tandis qu'ils se libèrent, tous deux, entre eux.
Déconnecté de la réalité - le monde ne se résumant plus qu'à leur contact - Quatre sent Trowa couvrir son visage de doux baisers, avant qu'il ne quitte leur nid douillet improvisé. Mais l'empathe n'a pas le temps de regretter son départ du lit, qu'il vole soudain dans les airs… emporté par son mari jusqu'à la salle de bain adjacente, où il le fait atterrir.
Pourtant collés l'un à l'autre, ils parviennent tout de même à se nettoyer, s'amusant de la profusion de mousse qui les recouvre à présent d'un blanc immaculé.
Ils profitent ensuite de se placer sous le pommeau de douche, duquel s'écoule une eau tiède salvatrice, pour s'enlacer sagement, avec tendresse…
Et alors que Trowa caresse nonchalamment la main gauche de son mari - laquelle repose sur l'un de ses pectoraux - il est soudainement gêné par un détail.
- Où est ton alliance ? s'enquiert-il.
- Oh ! Euh… dans ma poche de pantalon, se souvient-il. Je ne l'enlevais que lorsque je te voyais… Mon alliance, je veux dire ! précise-t-il en pouffant de rire contre ses muscles saillants.
Trowa sourit de sa désinvolture et se félicite de son hilarité retrouvée. Cependant, l'expression du Colonel Barton reste emprunte de gravité.
- Pourquoi ça ?
Comme Quatre hésite à le lui confier - sa joie somme toute un peu ternie - Trowa lui relève la tête d'un doigt tendre, mais autoritaire, placé sous son menton.
- Réponds-moi, mon amour.
Quatre soupire d'abord de bien-être, puis pour prendre son élan, ensuite.
- Une m'a conseillé de ne rien faire qui puisse te perturber et de ne surtout pas te rappeler que nous sommes mariés.
Tandis qu'il lui révèle, peu à peu, l'envers du décor et ce qu'il a subi durant ces huit dernier mois - ajouté à cela, ses propres autocensures – l'empathe ressent la colère froide de son mari vibrer à l'intérieur de leurs deux corps.
- Où est la mienne ? veut-il savoir, des flammes dansant dans ses prunelles.
Au fond de lui, il connait déjà la réponse.
A cette question-ci, Quatre observe un long silence, particulièrement lourd et pesant…
- Elle me l'a confisqué, avoue-t-il enfin. Je n'ai pas pu la garder, poursuit-il, encoreprofondément meurtri par cette décision arbitraire.
Trowa est si furieux que son énergie vient picoter la peau de son compagnon, telle une brûlure au troisième degré.
- Partons d'ici, implore Quatre en se pressant contre lui. Rentrons chez nous…
Fâché, Trowa parvient malgré tout à se murer dans son silence intérieur, afin d'enrober son mari de la tranquillité absolue qui s'en dégage…
•
Dix minutes plus tard…
•
Trowa est le premier à s'être entièrement rhabillé.
Alors qu'il observe son mari enfiler sa chemise, il remarque que celui-ci a le regard dans le vague, l'air morose…
Se remémorant ce que Quatre lui a confié, sous la douche, Trowa le rejoint pour plonger ses mains dans les poches avant de son pantalon.
Surpris, l'empathe sort de ses pensées et s'immobilise, puis il devine ce que cherche son mari et sourit.
L'instant d'après, Trowa ressort ses mains de son vêtement, tenant précieusement l'alliance de Quatre, du bout des doigts.
- Pour cette vie-ci…, déclare-t-il en glissant l'anneau à son annulaire.
Le cœur battant, Quatre complète les paroles qu'ils se sont échangés à l'église, cinq ans plus tôt, en AC 203.
- … et pour toutes les autres.
Apaisés, ils s'étreignent un long moment, avec force et tendresse, jusqu'à ce que Trowa ne se détache…
- On se retrouve à l'accueil, lui indique-t-il, avant de lui déposer un doux baiser sur le front. C'est Estelle qui s'occupe de faire signer les bons de sortie, dorénavant.
- Où vas-tu ? s'enquiert-il en reprenant le boutonnage de sa chemise.
- Je vais lui rendre une petite visite…
- Trowa, elle… elle a tenté sa chance, souligne Quatre dans l'espoir d'aplanir les choses entre eux tous.
Cette histoire ne concerne pas seulement Lady Une, Trowa et lui. Il faut ajouter Heero à l'équation, parce que l'empathe sait qu'il la surveille du coin de l'œil.
Et qu'il ne fait pas bon d'être la cible du Colonel Yuy. Ni celle du Colonel Barton, par ailleurs.
- Elle a tenté de nous détruire, le contredit-il, la main sur la poignée, prêt à partir.
- Je lui en veux, moi aussi, mais une partie de moi comprend qu'elle ait tout fait pour t'avoir.
- Quatre…, commence-t-il.
Avant de s'interrompre pour le dévisager d'un air admiratif.
- Tu ne sais pas à quel point tu es exceptionnel…
Sur ces mots, il se rend auprès de Lady Une, résolu à reprendre ce qui lui appartient.
De son côté, Quatre lâche un long soupir tout en jetant un regard circulaire sur la chambre, afin d'être certain de n'avoir rien oublié.
Satisfait, il sort à son tour…
•
Quelques blocs plus loin,
dans le bâtiment administratif…
•
Trowa connait bien le bureau de Lady Une pour l'y avoir retrouvé à plusieurs reprises, durant ces derniers mois…
Ne dérogeant pas à ses habitudes d'antan, il passe au nez et à la barbe du secrétaire particulier de la Directrice, sans demander la permission d'entrer. Et comme à l'accoutumé, celui-ci doit le laisser faire… avec un agacement évident.
D'ordinaire, Lady Une préfère se déplacer et ne reçoit finalement que peu de visites de ses partenaires commerciaux et preventers. Le Colonel Barton se glisse donc dans ses quartiers, sans frapper…
- Bonjour, Trowa, le salue-t-elle, depuis son large fauteuil.
Elle prend le temps de signer la dernière feuille de son parafeur, avant de poser sur lui un regard perçant.
- Bonjour, Une, concède-t-il, en lui rendant la pareille.
Elle n'a pas eu besoin de lever le nez de ses papiers pour savoir que c'était lui. Il n'y a que l'Agent d'élite Barton qui soit autorisé à agir ainsi. Son propre secrétaire doit toquer deux fois et attendre qu'elle veuille bien l'inviter.
- Je viens d'apprendre que tu as passé la nuit ici, dans nos locaux. Tu n'as rien de grave, au moins ?
- Tu t'inquiètes de savoir si j'ai recouvré la mémoire ?
- Ne sois pas stupide.
C'est pourtant ce qui explique qu'elle soit sur sa réserve. Généralement, elle le déshabille ouvertement du regard…
- Mm. C'est tout ce que l'on t'a rapporté ?
- Que devrais-je savoir d'autre ?
- Je ne suis pas venu pour moi, mais pour Quatre.
Lady Une fronce les sourcils en examinant minutieusement son vis-à-vis…
Elle essaye, encore et toujours, de lire en lui, de prévoir ses réactions, de suivre son raisonnement intérieur… de le comprendre, en somme.
Mais en vain.
Contrairement à Quatre, Lady Une n'a jamais pu, ni su pénétrer le cœur de Trowa…
Dans le fond, a-t-elle jamais ouvert le sien ?
- Tu aurais dû venir me trouver. Je me serais personnellement occupée de veiller sur lui et sur le bon déroulement de son séjour, parmi nous.
- Tu as suffisamment veillé sur nos vies, Une.
- Que dois-je comprendre ? s'enquiert-elle, sur la défensive.
Trowa, qui s'était immobilisé à mi-chemin, la rejoint tout à fait.
Sa démarche chaloupée, associée à l'énergie comminatoire qu'il dégage naturellement, fait penser à un fauve.
Un fauve sorti de sa cage…
- Même alors que tu te crois amoureuse de moi, tu ne peux t'empêcher de me combattre…
Il se penche vers elle, en appui sur les larges accoudoirs, l'obligeant ainsi à se coller complètement contre le dossier du fauteuil.
- Je viens récupérer mon alliance, murmure-t-il, en plantant son regard féroce dans le sien.
- Je lui ai pourtant bien dit de ne pas…
- Nous avons passé la nuit ensemble, Une, l'interrompt-il. Ici, sur ton territoire.
- …
- Tu m'as maintenu en exil, loin de ma famille. Ton petit jeu n'a que trop duré !
Lady Une est contrainte de s'avouer vaincue, mais ne semble pas manifester le moindre remord…
- Très bien, admet-elle, un peu déçue.
Comme s'il ne restait plus sa taille dans l'article vestimentaire désiré et qu'elle se retrouvait donc contrainte de se rabattre sur un autre modèle…
Trowa se redresse et patiente, le temps qu'elle se déplace jusqu'à son coffre-fort personnel.
- Je l'ai mise en sureté, l'informe-t-elle en composant son code secret.
- Elle n'est pas là où elle devait m'attendre. C'était à Quatre de la conserver…
- Tu le portes toujours aux nues, malgré ce qu'il t'a fait ?
- …
- Alors comme ça, tu ne te souviens toujours pas des circonstances exactes de ton accident, devine-t-elle.
- Cela semble te réjouir…
Lady Une émet un rire de gorge, sensuel et cruel.
- Je me dis que j'ai peut-être encore ma chance, après tout, déclare-t-elle en lui déposant son bien au creux de sa main tendue, paume vers le haut.
Elle le dépasse ensuite, afin de retourner derrière son bureau, l'air satisfait.
- A bientôt, Trowa, le congédie-t-elle avec suffisance.
Cependant, le preventer d'élite reste là, de nouveau planté au milieu de la pièce et sans paraître décontenancé pour autant. Au contraire. Méditatif, il contemple son alliance durant de longues secondes, redécouvrant par la même occasion l'inscription gravée sur sa face interne…
•
Début du flash-back
•
Cinq ans plus tôt,
AC 203…
•
Cela fait maintenant près d'une heure que Quatre attend patiemment son fiancé…
Au pied d'un immeuble cossu de la Place Vendôme, en R3, posté entre la lourde porte d'entrée et sa limousine, l'empathe s'entête et se refuse à passer le seuil sans Trowa.
Alors, pour la deuxième fois, Quatre prend son téléphone, afin d'appeler leur contact – Monsieur Boyer - qui se trouve cinq étages plus haut…
- Monsieur Winner… Avez-vous réussi à joindre Monsieur Barton ?
- Non, je n'ai toujours aucune nouvelle, mais il ne devrait plus tarder…
- Peut-être a-t-il tout simplement oublié notre rendez-vous. Ce ne serait pas la première fois. Le mariage marque un tournant décisif et…
- Ce n'est pas dans ses habitudes, l'interrompt-il.
La simple l'idée que Trowa puisse l'oublier l'horrifie au plus haut point. Cela va au-delà d'une crainte irraisonnable. C'est une angoisse étrange et, qui plus est, sans fondement, puisque Trowa est toujours aux petits soins pour lui. Néanmoins, Quatre ressent de temps à autre une peur panique lui étreindre le cœur…
- D'ordinaire, Trowa est d'une grande ponctualité, poursuit-il. La seule explication est qu'il est retenu par son travail…
- Nous sommes là à votre demande, Monsieur Winner. Comme vous le savez, nous n'avons pas de boutique et organisons exclusivement des showrooms privés à la demande du client.
- Je paierai la location de l'appartement jusqu'à ce que mon fiancé soit en mesure de venir, avec moi, choisir nos alliances.
- Dans ce cas…, sous-entend-il, satisfait.
- Il va venir, réaffirme Quatre.
- Je n'en doute plus.
Un brin agacé par son scepticisme, Quatre raccroche. Avant de croiser le regard de son chauffeur…
- Que décidez-vous, Monsieur ? s'enquiert ce dernier.
- Je persiste à croire que Monsieur Barton est victime d'un contretemps.
- Vous serez certainement mieux à l'intérieur de la voiture.
- Non, merci. Je préfère rester ici, à guetter son arrivée…
- Bien, Monsieur.
Quatre jette un coup d'œil derrière lui, sur sa droite, puis sur sa gauche, avant de consulter l'heure à sa montre.
- Pardonne mon retard, s'excuse soudain Trowa en s'avançant vers lui en de grandes enjambées.
Au son de sa voix, Quatre pivote prestement, lui offrant un sourire éblouissant.
- Tu n'as pas oublié notre rendez-vous. C'est le plus important.
- C'est toi que je n'oublie pas, rectifie Trowa en déposant un doux baiser au coin de ses lèvres. Prêt ?
- Autant que tu peux l'être, assure-t-il.
Les deux amants entrelacent alors leurs doigts, serrant leurs paumes l'une contre l'autre.
- N'oublie pas, lui rappelle Trowa. On fait simple.
- Oui, oui, promet-il distraitement, tandis qu'ils se rendent au cinquième étage de l'immeuble.
- Quatre…
- N'aies crainte, mon amour. Je ne vais pas t'affubler d'une pierre grosse comme mon poing.
- Fais voir…
Quatre tourne son visage vers lui.
- Quoi donc ?
- Ton poing, demande-t-il en s'emparant de son autre main.
Il y dépose un doux baiser, puis un autre, son regard ancré à celui de son fiancé…
Frissonnant, Quatre se met à rire. Mais lorsqu'il fait mine de s'éloigner, Trowa l'attire à lui d'une traction, afin de le gratifier d'un long, très long baiser…
- J'aime quand c'est simple, insiste Trowa, tout en l'étreignant.
- Une capsule de canette ferait peut-être l'affaire ? propose Quatre.
- Par exemple…
- Une ficelle, ou bien encore, des mèches de nos cheveux ?
- Ou bien…, commence Trowa en venant effleurer son oreille de ses lèvres, afin de lui murmurer son idée.
Laquelle semble faire son petit effet, si l'on en croit le rouge soutenu qui monte aux joues de l'héritier.
Le sourire en coin, Trowa est à présent certain que son fiancé ne dépensera pas des milles et des cents pour un bijou ; certes symbolique, mais qui, à ses yeux, reste un accessoire.
L'ascenseur ouvre enfin ses portes. Dès lors, le représentant de la Maison de joaillerie Gyo les accueille avec la courtoisie qui s'impose, avant de les conduire jusqu'au salon privatisé pour l'occasion. Chic, épuré… tout est pensé pour que les parties en présence se sentent à leur aise. La disposition des meubles, le subtil mariage entre l'ancien et le contemporain, la vue dégagée sur la ville lumière… D'ici, l'on ne perçoit que les bons côtés d'un Paris fantasmé.
- Raffinement, élégance, et une pointe de modernité : voilà l'esprit de la Maison Gyo, déclare Monsieur Boyer en guise d'introduction. (B)
Dans le même temps, les deux hommes s'installent confortablement dans le canapé, boudant les fruits et gâteaux, ainsi que le champagne mis à leur disposition sur la table basse, devant eux.
- Selon les mots de Fanny Boucher, notre directrice de création : « Gyo offre aux hommes et aux femmes d'aujourd'hui une alternative moderne et raffinée à la joaillerie traditionnelle, qui est souvent désuète ou inabordable. Nos bijoux sont créés pour vivre, bouger, voyager. Ils sont incroyablement désirables et surtout, ils ressemblent à ceux et celles qui les portent. » (B)
- C'est en partie pour ces raisons que nous vous avons choisi, confirme Quatre. J'ai longuement parcouru votre catalogue, mais j'hésite encore entre trois modèles… Trowa, si tu veux bien me donner ton avis ? lui demande-t-il, ensuite.
- Naturellement, acquiesce Trowa.
- Bien… Pouvez-vous nous présenter les modèles Thésée, Isben et Priam, s'il-vous-plaît ? souhaite Quatre.
- Bien entendu…
Alors que le commercial s'éloigne d'eux, Quatre pose sa main sur le bras de son fiancé.
- Nous devons choisir le matériau, même si j'ai une nette préférence pour le platine. Mais également la façon dont il sera travaillé. Et puis, il faudra nous décider sur les pierres… Seulement, toutes ne s'harmonisent pas avec tous les modèles. Donc, soit nous prenons une décision ferme et définitive sur les pierres, soit sur un modèle.
- Je serai des plus fermes, promet Trowa, taquin.
- Trowa ! le dispute Quatre, tout en abaissant la voix.
- Voici les bagues sur lesquelles vous avez posé une option, lui annonce Monsieur Boyer.
Quatre s'empare alors du plateau recouvert d'une feutrine bleu marine que lui présente le commercial.
- Si je puis me permettre, Monsieur Winner, vous avez un goût très sûr, assure ce dernier.
- Merci, mais je me sens à présent incapable de trancher, confie l'héritier, tout en admirant les trois bagues élégamment disposées.
- Tu n'as vraiment aucune préférence ? l'interroge Trowa.
Pour lui, le port de l'alliance est facultatif, voire inutile, mais il accepte volontiers de se prêter à ce jeu-ci. Pour Quatre.
*Si c'est important pour lui, alors ça l'est pour moi…* pense Trowa.
- Et bien… Il y a tout d'abord celle-ci, dit Quatre en se saisissant d'une bague. La Thésée en Or blanc. Ses deux pierres nichées à l'intérieur de ce long rectangle évidé donnent l'impression de flotter sur le doigt.
- Pour donner cette impression d'apesanteur, Gyo a imaginé et développé un serti unique, clos sur les trois côtés du rectangle entourant la pierre, mais entièrement ouvert sur l'autre, les renseigne Monsieur Boyer. De minuscules encoches, quasiment invisibles à l'œil nu, sont pratiquées à l'intérieur du métal pour mieux tenir la pierre. Enfin, une très fine barre de métal passe sous la pierre, la protégeant de tout choc. (C)
- Elle est élégante, concède Trowa.
- Oui, très…, confirme Quatre.
- Un de nos best-sellers pour hommes ! s'enthousiasme le représentant. Il faut dire que la bague Thésée a tout pour plaire : des lignes géométriques, une présence sur le doigt, et deux pierres qui restent discrètes mais apportent une touche précieuse. Comme toutes les bagues qui comportent de toutes petites pierres, je recommande de choisir deux diamants, deux rubis, deux émeraudes ou deux saphirs. Elle tirera mieux son épingle du jeu. (C)
- Mm. Ensuite ? réclame Trowa à son fiancé.
- La Priam, sélectionne Quatre. En platine, cette fois-ci et sertie de cinq brillants… La largeur peut être rédhibitoire.
- Le design de cette bague est composé d'un jonc plat à bords droits, précise Monsieur Boyer. La particularité de ce jonc est qu'il n'est pas tout à fait complet : ses deux extrémités sont reliées entre elles par une barre de métal sertie de cinq brillants de deux millimètres. (C)
- Non, articule sobrement Trowa.
- Plait-il ?
- C'est du beau travail, mais cette bague ne nous correspond pas.
Immédiatement, Quatre la repousse délicatement dans un recoin du plateau.
- J'aurais dû deviner, se reproche-t-il. Le simple fait que le jonc soit coupé en deux, comme désuni, aurait dû me mettre la puce à l'oreille…
- Ce qui retient ton attention vaut toujours la peine d'être étudié en profondeur, le tranquillise Trowa.
Touché par ces mots et sa tendresse infinie à son égard, Quatre ancre ses yeux aux siens durant ce qui leur semble être une éternité…
Puis, sans pouvoir déterminer le laps de temps qui s'est finalement écoulé, Quatre lui présente son troisième et dernier choix.
- Voici l'Isben, annonce-t-il tout en l'enfilant à son doigt. J'ai eu beau poser mon regard sur d'autres modèles, tous aussi beaux les uns que les autres, je reviens sans cesse vers celui-ci…
Au lieu d'examiner l'alliance, Trowa dévisage plutôt son fiancé, alors occupé à détailler l'anneau…
- Ibsen est une très belle réussite design, assure le représentant. Partie d'une alliance St-Honoré, avec sa finition brossée, la bague perd en épaisseur et gagne en caractère avec la ligne de pierres. Je conseille aux hommes de commander la bague en argent, en or blanc ou en platine. L'effet brossé sur l'or jaune ou l'or rose adoucit l'aspect de la bague, ce qui n'est pas forcément bienvenu sur ce design qui doit paraître acéré et mécanique. (C)
- Si nous partions sur du platine et diamant ? soumet Trowa.
- Voilà un excellent choix, Monsieur. Le platine est un métal naturellement blanc qui ne perd jamais son éclat brillant. Plus lourd que l'or blanc, sa rareté en fait un métal luxueux et éternel. Quant au diamant, c'est une pierre fascinante… Son nom vient du grec « Adamas » qui signifie « pur ». (C)
Trowa et Quatre se consultent du regard…
- C'est décidé ! annonce l'héritier. Nous optons pour l'Isben.
- Dans ce cas, laissez-moi vous conter notre histoire…, propose Monsieur Boyer.
Intrigués et captivés, Quatre et Trowa l'écoutent avec attention…
- Gemmyo est le nom d'une impératrice japonaise du VIIIème siècle qui avait pour habitude de cacher une tourmaline rose sous son oreiller. La tourmaline a pour vertu, dit-on, d'apaiser les cœurs anxieux… Une belle histoire qui a donné son nom à notre Joaillerie : Gyo. (B)
- Voilà un monogatari plein de poésie et une source d'inspiration pour votre Maison, souligne Quatre.
- Oui, en effet, acquiesce fièrement Monsieur Boyer.
- A vous entendre, Gyo se veut être la tourmaline des fiancés, soulève Trowa. (1)
Visiblement satisfait que ses clients du jour en viennent à cette conclusion, Monsieur Boyer incline légèrement le buste, puis reprend son récit.
- Les pièces de théâtre de Henrik Ibsen font voyager dans le grand froid de la Norvège. Les ambiances parfois glaciales de ses drames peinent à se réchauffer autour des poêles qui brûlent au centre de la pièce… On devine presque la neige tomber dehors par flocons épais, puis sceller la nature dans un grand silence étouffé. Les noms de ses personnages emblématiques achèvent de nous plonger dans la rigueur scandinave : Hedda, Solveig, Helga, Jorgen… La bague Ibsen en platine et diamant est une reprise du design Néo, c'est-à-dire un ruban d'un peu plus de cinq millimètres de large, barré par une ligne de cinq pierres rondes d'un millimètre alignées. En revanche, le diamètre très petit des pierres limite les choix au diamant et au spinelle noir. En général, les autres gemmes ne présentent pas de couleur suffisamment marquée pour être intéressante sur de si petites surfaces. (C)
- C'est pour cette raison que je n'ai pas su me décider, dévoile Quatre à son fiancé. Je ne savais pas si tu voudrais te fixer sur une émeraude, ou bien sur de l'Or jaune…
- C'est ton regard sur la vie qui me guide, l'interrompt Trowa. Pas un bijou…
- Là n'est pas la question…
- Tu m'es plus précieux que tous les trésors de l'univers, Quatre.
Comme à chaque fois, les déclarations d'amour de son compagnon emplissent l'héritier d'une plénitude inouïe. Mais pas seulement. Une partie de lui, même infime, s'inquiète de ce bonheur trop parfait…
- Je t'aime tant…, finit par murmurer l'empathe, ému.
- Je te prends aux mots, s'engage Trowa, souriant.
Quatre lui rend la pareille, enthousiaste de voir leur mariage prochain prendre forme, de jour en jour…
- A la bonne heure ! se mêle Monsieur Boyer. Il ne me reste plus qu'à vous demander si vous souhaitez graver vos alliances ?
Son regard toujours ancré à celui de son fiancé, Trowa répond par la positive.
- Oui, nous le voulons.
Et il sent Quatre serrer sa main avec force, ses yeux brillants d'une telle intensité que Trowa jurerait contempler deux turquoises…
•
Fin du flash-back
•
Serein, Trowa incline son alliance pour y lire ces quelques mots :
« Pour cette vie et pour toutes les autres »
Il se souvient, à présent, que celle de Quatre – à l'identique - porte la même devise…
- Si j'en crois ce que tu me rapportes à demi-mots, je devrai suffisamment en vouloir à l'homme de ma vie, l'un des êtres en qui j'ai le plus confiance, pour le quitter, résume-t-il sur le ton d'une question.
- Tu es assez grand pour tirer tes propres conclusions, répond-elle.
Son regard noisette, où brille une lueur malicieuse, se pose fixement sur Trowa.
- Mm. Voyons si celle-ci convient… Quatre, mon époux adoré, se culpabilise tant qu'il a accepté de me perdre, de mourir, plutôt que risquer de me faire souffrir à nouveau. Tandis que toi, ma maîtresse d'un soir, tu as cherché à me manipuler en m'enfermant dans mon amnésie nominative, privant, du même coup, Towika de l'un de ses pères.
A mesure que Trowa expose sa théorie, l'étirement de lèvres de Lady Une se flétrit aux entournures, avant de disparaitre complètement.
- Tes relations amoureuses seront toujours obstruées par tes innombrables conflits intérieurs, Une.
- N'est-ce pas là, l'environnement naturel et le quotidien de tous les couples ?
- Si cela ne tenait qu'à moi, je te laisserais sur cette question sans y apporter de réponse. Seulement, la voix de Quatre dans mon cœur m'incite à te dire ceci : pardonne à Treize d'avoir choisi Milliardo plutôt que toi et préserve le doux souvenir de la confiance absolue que feu Son Excellence t'a accordé, de son vivant. Chéris l'amitié qui vous unit à travers le temps et l'espace, et tourne la page… Quatre ajouterait sans doute que tu es une belle personne, au fond et que tes intentions envers les soldats sont louables, mais je vais plutôt opter pour une mise en garde : ne t'avise plus jamais de vouloir nous nuire, de quelque façon que ce soit.
- …
- Adieu, Une.
Placide, Trowa sort de son bureau…
… et de sa vie.
•
D'un pas empressé, Trowa part retrouver son époux qui l'attend au dehors, un peu à l'écart de l'entrée principale du Preventers Help…
- Alors ? s'enquiert Quatre, nerveux.
Pour toute réponse, Trowa exhibe fièrement son alliance, comme on brandirait une coupe sacrée, une relique magique, ou bien encore, le secret de la vie éternelle…
Les yeux rivés sur l'objet, Quatre est immédiatement submergé par les innombrables souvenirs qu'il draine en lui.
Il n'espérait plus ce bonheur avec Trowa et n'escomptait pas davantage être heureux avec qui que soit d'autre…
Résigné, il a dû apprendre à survivre dans le malheur, la solitude, le chagrin et le désespoir. Et voilà que tout à coup, sa vie redémarre au quart de tour. Chacune de ses cellules exigeant à présent de rattraper le temps perdu…
Alors, c'est avec beaucoup d'émotion et la main un peu tremblotante qu'il s'empare de l'anneau, symbole de leur union, afin de le faire lentement glisser autour de l'annulaire de son mari.
- Il faudra du temps pour panser et guérir tes blessures, souligne Trowa.
Il serre le poing, à présent. Comme si son alliance lui permettait de se ressaisir, de recouvrir ses forces, de reprendre les rênes de son existence et de soutenir à nouveau l'homme de sa vie.
- Et ce temps, nous allons le prendre, promet-il. Pour nous et pour notre fille.
Quatre hoche la tête, une ébauche de sourire au coin des lèvres.
- Repose-toi sur moi, Quatre. Nuit et jour.
Secoué, l'héritier se couvre le visage de ses mains, avant de venir se réfugier dans les bras de Trowa…
- T'apprends vite ! le taquine doucement celui-ci.
Et il est heureux de sentir son bien-aimé sourire contre son cou…
A suivre…
Note :
(1) : le monogatari est une forme littéraire de la littérature japonaise traditionnelle dont la traduction la plus proche pourrait être « récit » (wiki)
(A) : BMW Motorrad HP4 Race
(B) : issu du site Gemmyo, à l'époque de la création de ce chapitre
(C) : modèles du Joaillier Gemmyo ; « Priam » n'est plus dans leur catalogue à l'heure où je poste mon chapitre
•
Note de fin : Bah quoi ? Dans 13, il y a 3… et après 3, il y a 4… 3 x 4… Okay, okay, je sors !
En effet Misaki, j'ai bien saisi l'idée et tu m'en vois ravie. Thank you, arigato, xiéxié, gracias, grazie… Merci ! Alinea63, t'as tout dit. Merci ! Spéciale dédicace à Lysanea : je souris encore jusqu'aux oreilles en repensant à cette fameuse scène… Mon Dieu ! Ce que j'ai pu rire ! Merci pour cette tranche de fou rire…
J'espère que vous avez passé un autre bon moment, « bien au chaud ». Leurs aventures continuent, alors…
A la semaine prochaine !
Kisu
Yuy ღ
