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Carte Noire,

un voleur nommé désir

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Source : Gundam Wing AC

Auteure : Yuy

Bêta de lumière : Lysanea

Genre : yaoi, romance, policier et UA.

Disclamer : aucun des personnages ne m'appartient sauf Black Light, Kimo Lost/Maxwell dit « Le Joker », Scarlette, Jenna et John Johnson, Gale et l'Inspecteur Morris, Aideen dite « L'Irlandaise », Masanaga dit « Le Japonais du Sud », Joe Fisher, le Gardien du loft 781, Lionel et Jeff, Akane, Lieutenant Nanako Gotô, Yumi, Capitaine Marc Guérin, Capitaine Alec Bowers, Lieutenant Antoine Faure, Capitaine Blake McGuire, Agent spécial Kale, Jack Glade, Anita Stones, Faye Ship, Ito Li, Barbara Linardt, Stan et Shawn McGuire, Steve Harris, Akito, Towika, Eichi, les frères Studners, Commandant Giuliano Cortesi dit Elmo, Gasper, Rosy, Charles, Luca, Standford, Surk, Shin-ji, Estelle, Docteur Akeno, Antonio, Katrine, Vincent, Fernand Faure, Isabelle De la Forgerolle-Faure, Cure-dent, le Colonel Jackson, Maurice Bailey dit « le géniteur », Daniel Bailey, Freddy, Miss Lili, Phoebe, Jason Stich, Hakim, Stuck, Jackie, Jake MacCain, Sean Davis, Silvio, Rosy MacGarette, l'Agent spécial Tsuki, Vincent, Antonio, Alexandra, Steven, Kylian, Monsieur Fernot et Monsieur Boyer…

Couples : Heero x Duo ; Trowa x Quatre

Note : Les choses s'accélèrent à nouveau et une certaine pression, de plus en plus pesante, se fait sentir…

Lemon

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À Ly-chan, mon impérissable

et à tous les lecteurs

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Bonne lecture !

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14 – Le Japonais du Sud

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De bon matin,

au Manoir Winner…

La brume qui entoure la bâtisse confère au lieu une aura de magie et de mystère…

Un contexte idéal pour se laisser aller à la contemplation méditative. Seulement, Heero préfère veiller sur les enfants plutôt que de savourer une retraite spirituelle express. Aussi, pourquoi voudrait-il se couper du monde extérieur, au fond, puisqu'il vit un rêve éveillé depuis que Duo est entré dans sa vie…

- Heero ? l'appelle Daniel.

Après avoir préparé les petits-déjeuners et dressé la table, le preventer sirote présentement sa boisson chaude dans la véranda du Manoir, profitant à la fois de la vue magnifique du parc et de l'agréable compagnie des enfants.

- Hn. ?

- Je peux reprendre des céréales, s'il-te-plaît ?

- Tu te resserres autant que tu veux, petit guerrier.

A l'entente de ce surnom affectueux - celui qu'Heero n'utilise que pour lui - Daniel sourit jusqu'aux oreilles, balançant joyeusement des pieds sous sa chaise.

- Merci.

Akane, assise entre son père et Daniel, observe le jeune garçon, l'air de l'inspecter…

- Pourquoi l'examines-tu ainsi ? s'enquiert Heero avec curiosité.

Sa fille tourne alors son visage vers lui, tandis que Daniel s'absorbe dans le tri minutieux de ses céréales en forme d'animaux…

- Il est exactement comme je le voulais, le renseigne-t-elle.

Heero lève un sourcil interrogateur.

- Tu sais, reprend-elle. Le petit frère que je t'ai demandé…

- J'suis pas ton petit frère ! râle immédiatement Daniel. Hein, c'est vrai, Heero ?

- Hn., confirme-t-il, le sourire en coin.

A la droite du pas-petit-frère-mais-frère-tout-court, Towika rit en faisant aller son regard de l'un à l'autre. Entourée de l'amour et de la chaleur de sa famille de cœur, la petite fille ne s'est plus inquiétée de l'absence provisoire de Quatre et attend son retour, bien sagement…

- Bonjour, tout le mooonde ! lance soudain Duo en étirant ses bras vers le ciel.

- Bonjouuuur ! les enfants chantent-ils d'une même voix.

Guilleret, Duo s'avance vers la longue table en bois, massive et ouvragée, pour déposer un doux baiser sur la tête de chacun des bambins, avant de venir embrasser son compagnon qui s'est levé à son approche.

Si Heero se fige, ce n'est pas en raison du caractère chaste du baiser qu'il reçoit, mais parce que son bien-aimé a sauté une étape des plus cruciales…

- Bonjour, prend-il tout de même le temps de l'accueillir.

- Salut, 'ro, répond-il en s'asseyant à ses côtés et face aux enfants.

Ebahis, ceux-ci considèrent les adultes avec une immobilité parfaite.

- Duo…, commence Heero.

- Tu me passes le jus de raisin, s'teup… Merci.

- Duo, reprend-il en pressant sa main pour retenir son attention.

- Qu'y-a-t-il ? demande le natté en versant du lait froid sur son riz soufflé.

- Nous n'avons encore rien dit aux enfants.

- A quel propos ?

- Le nôtre.

Comme Duo dévisage les enfants d'un air déconfit, Heero juge bon de lui enlever le pichet de lait des mains.

- Duo et moi sommes ensemble, déclare-t-il doucement. Tout comme le sont Quatre et Trowa.

- Papa ? relève aussitôt la plus petite, Towika.

- Oui, mon ange. Comme ton baba et ton papa.

Akane, quant à elle, médite sereinement la nouvelle, pendant que Daniel fixe intensément son daddy.

- Ça veut dire qu'on va rester avec Heero et Akane… pour toujours ? s'enquiert-il avec vigilance.

- Oui, mon chaton,promet le natté.

La bouche sèche et le cœur battant la chamade, certes, mais sans marquer aucune hésitation.

Akane et Daniel échangent alors un long regard, en silence, tandis qu'Heero n'a d'yeux que pour son compagnon.

*Pour toujours…* se répète-t-il avec délice cette promesse indirecte.

Puis, dans un sursaut d'humeur festive, leurs enfants crient de joie et d'excitation.

- Ouais ! C'est trop cooooool ! font-ils de concert.

Soulagé, Duo s'affaisse brusquement sur sa chaise.

- Je ne m'étais pas rendu compte que j'appréhendais autant ce moment, confie-t-il à Heero. Tout ça s'est fait si vite et cela me semble pourtant si naturel !

Son élu, qui tient toujours sa main dans la sienne, la lui presse plus fortement en retour.

- Papa ? l'appelle Akane.

- Hn ? répond-il en reportant son attention sur sa fille.

Son père est si souriant, si épanoui depuis que Duo et Daniel ont littéralement déboulé dans leur vie…

- Tu n'es plus tout seul, maintenant.

- Non, mon ange. Nous ne sommes plus seuls.

Très ému par leur tendre échange et par les mots-mêmes de la petite, Duo réalise un peu tard qu'il est de nouveau sous son regard examinateur…

- Vous allez vous marier quand ? veut-elle savoir.

Elle songe déjà à la robe qu'elle va porter, alors que le natté cligne des paupières, une fois, deux fois…

- Euh…, balbutie-t-il, ensuite.

- On n'en a pas encore discuté, la renseigne tranquillement Heero.

- Je pourrais me déguiser en cow-boy ? réclame Daniel.

- Je te fais le costume d'halloween que tu veux, mon lapin, assure Duo, ravi d'avoir l'opportunité de passer à un autre sujet.

- Pourquoi ? Vous allez vous marier le jour d'halloween ?

Heero lâche un rire discret.

- 'ro ! Aide-moi, au lieu de t'marrer ! le dispute le natté, à voix basse.

- Duo et moi sommes déjà mariés, déclare alors Heero. Dans nos cœurs…

- Oui, mais vous n'avez signé aucun papier, souligne Daniel.

- Depuis quand t'es aussi futé, toi ? l'interroge Duo.

- Il tient ça de son daddy, répond Heero, à la place de l'enfant.

Daniel et lui partagent une belle complicité. En conséquence, le jeune garçon est à même de comprendre que ce point de détail-ci est loin d'être relégué aux oubliettes et qu'il doit faire confiance à Heero pour que cette affaire soit menée à son terme.

Ding, dong !

- Ouf ! Sauvé par le gong ! lâche Duo.

Aussitôt, Heero s'en va accueillir le visiteur dont la venue est motivée par son invitation, lancée la veille au soir.

En suivant sa trajectoire des yeux, Duo finit par apercevoir la triste mine de Towika.

- Bah alors, ma puce ? s'étonne-t-il avec tendresse. Viens me voir, ma petite fée des neiges, l'encourage-t-il, ensuite.

Towika ne se fait pas prier et s'empresse de sauter de sa chaise pour aller grimper sur les genoux de son nouvel oncle ; ce qui met le feu aux poudres.

- Non ! s'interpose vivement Daniel. Elle a pas le droit !

- Hey, là ! C'est quoi, le problème ?

- Towika veut prendre ma place ! T'es mon père à moi, pas à elle !

Choquée et blessée par son rejet, la fillette se met à pleurer.

- Dany, mon petit chat, le tempère doucement Duo, tout en consolant Towika. Tu sais bien qu'elle n'a pas vu son papa depuis des mois…

Daniel croise les bras, mécontent.

- Même !

Duo regrette son comportement, mais il comprend sa réaction.

*Dany doit avoir l'impression de me partager avec le monde entier, alors qu'il y a encore peu de temps, il ne m'avait rien que pour lui…* pense-t-il.

- Je t'aime, mon fils. Rien ne pourra jamais nous enlever ça.

Daniel lui jette un coup d'œil plein d'espoir.

- Notre lien est unique et indestructible, certifie encore Duo. Crois-moi, je ne laisserai jamais personne nous séparer.

Cette fois-ci, son « fils » se lève pour lui faire un câlin.

- Tu es gentil et tu as bon cœur, mon poussin, reprend Duo, avant de lui déposer un baiser dans ses cheveux. Qu'est-ce qui peut bien te mettre dans un état pareil ?

- On se voit plus beaucoup, depuis qu'on est parti de notre ancien chez nous…

- Je sais et je m'en excuse… Ecoute, je mets tout en œuvre pour que notre famille reste unie et ne manque de rien. Seulement, 'ro et moi seront amenés à nous absenter de temps à autres pour notre travail et je voudrais vraiment que tu le vives le mieux possible.

- Je suis content que tu sois un Preventer, comme Heero…

- Mais ?

- Mais tu me manques…

- Oh, mon petit chat…, le réconforte-t-il en l'étreignant comme il peut avec Towika qui se serre aussi contre lui. 'ro et moi sommes sur une affaire importante, en ce moment. Laisse-nous le temps d'y mettre un terme et nous prendrons un rythme normal qui devrait tous nous convenir. D'accord ?

- Mm.

- Tu veux bien m'aider et patienter jusque-là ?

- Oui, dad.

- Good boy ! se réjouit-il en lui déposant un autre baiser sur la tête.

Puis, il entreprend de redynamiser le reste de l'équipe :

- Bien ! Akane et toi, vous n'avez qu'à vous asseoir, chacun à côté de moi, et je garde Towika sur mes genoux… Ça vous va ?

- Oui ! s'empresse de répondre Towika, en caressant sa longue tresse qu'elle trouve tout à fait fascinante.

- Dano ? veut s'assurer Duo.

- Oui, dad.

- Sûr ?

- Sûr, daddy.

- Et toi, ma petite fleur des îles ? s'enquiert-il auprès d'Akane.

- Oui, assure-t-elle, souriante.

- Vous êtes une nounou d'enfer, constate un individu mystérieux.

Alors que Duo propose un verre de jus de fruit à Towika, il interrompt son geste pour porter son attention vers la source de cette voix masculine inconnue - mais somme toute très agréable – tombant dès lors sur une paire d'yeux bleu scrutateur, qui lui donne l'impression d'être transpercé de part en part.

Bien sûr, il est également frappé par sa beauté à couper le souffle : de magnifiques cheveux blonds, raides, tombant librement jusqu'à la taille, des traits harmonieux, un corps svelte, un port de tête et de dos altier… Paré de son costume soyeux et réalisé sur-mesure, Milliardo est un homme spectaculaire et saisissant.

Pourtant, son physique à lui seul n'explique pas tout. Le charisme qui émane de sa personne termine d'éblouir quiconque croise sa route.

Duo reconnaît que le tout est intimidant, mais d'une façon qui diffère de la présence sensationnelle d'Heero.

*Mon homme est prodigieux !* pense-t-il, comme s'il se faisait un devoir et un honneur de défendre les couleurs de son compagnon.

Le Preventer d'élite Yuy est d'une intégrité rare et à toute épreuve. Il inspire une détermination inébranlable qui force le respect et l'admiration de tous, tandis que l'aristocrate se laisse davantage mener par ses émotions et notamment, la colère, qui les domine entre toutes.

Et parce qu'à cela viennent s'ajouter ses capacités de guerrier exceptionnel et légendaire, son instabilité en a souvent dérangé, voire menacé plus d'un.

Cependant, tout cela appartient désormais au passé et depuis, l'homme a su convaincre la sphère politique – et Heero - de son engagement sincère dans la lutte contre l'intolérance et le séparatisme.

- Duo, je te présente mon beau-frère et l'Ambassadeur de la Paix : Milliardo Peacecraft, dit Heero. Milliardo, voici mon compagnon et le père de Daniel : Duo Maxwell.

- Enchanté, le salue l'aristocrate en inclinant légèrement le buste.

Lui non plus n'est pas en reste devant la beauté exotique du natté et il se dit qu'il aurait bien aimé passer dans sa vie avant Heero ; Milliardo collectionne les conquêtes d'un soir et Duo est tout à fait son type de friandises.

- Moi de même, répond poliment Duo, sur sa réserve.

Il s'agit tout de même de l'homme qui a pété un plomb à l'échelle mondiale et qui n'a pu être ramené à la raison que par l'intervention implacable d'Heero !

Sans rien connaître de tout cela et ne suivant que ce que lui dicte son cœur, Akane se lève avec hâte pour aller se jeter dans les bras de son oncle adoré.

- Duo est trop cool ! déclare-t-elle, tel que l'aurait rapporté Daniel. J'ai fait un autre cauchemar, l'autre nuit et il est venu me chanter une chanson. Tu t'en rappelles, papa ?

- Hn.

- Je ne fais presque plus de mauvais rêves, depuis…

Interpellé, Milliardo jette un autre coup d'œil critique sur le soliste en question.

- Vraiment ?

- Oui. Et il va rester avec nous… pour toujours, précise-t-elle avec enthousiasme.

A ces mots, Milliardo croise volontairement le regard d'Heero – incroyablement direct, fidèle à lui-même – puis celui de Duo, circonspect.

*Aucun amant n'a pu jouir de telles largesses venant d'Heero. Jusqu'à présent, nul étranger n'a été autorisé à faire partie de leur vie de famille* pense l'ambassadeur.

Il reste étonné par la soudaineté de ce changement-ci, qui n'est pas des moindres. L'impact sur Akane et son père est et sera considérable…

Certes, Heero n'est pas homme à tergiverser, mais il ne mentirait pas à sa fille et ne prendrait pas le risque insensé de bouleverser leur existence en lui présentant un compagnon dont il n'est pas certain à cent pour cent.

*C'est on ne peut plus sérieux, entre eux* déduit Milliardo, in petto.

- Si cela te rend heureuse, alors je suis le plus heureux des oncles, affirme-t-il à sa nièce.

- J'ai aussi un petit frère…

- Mais euh ! s'emporte immédiatement Daniel.

- Dano…, le prévient Duo. Si le cœur vous en dit…, invite-t-il ensuite l'aristocrate à partager leur repas, en lui désignant la table d'un élégant geste de la main.

- Avec joie, merci, accepte-t-il en raccompagnant sa princesse.

- Ils n'ont pas école, aujourd'hui, explique Heero en prenant place, à son tour. Comme nous avons une audition importante et que la présence de Quatre et Trowa est requise, j'ai demandé à Milliardo de venir veiller sur les enfants.

- Tu as bien fait de m'appeler, assure son beau-frère.

- Hn.

- Vous devez avoir un agenda de ministre, souligne Duo. Comment faites-vous pour vous soustraire à vos obligations ?

- Ma famille passe en priorité et j'ai la chance d'avoir une équipe de travail capable de maintenir l'ordre et la cohésion durant mes brèves absences, l'éclaire-t-il, non sans une pointe d'ironie dans la voix.

Pensif, Duo hoche la tête tout en continuant de l'examiner.

- Il y a un air de famille subtil entre la petite et vous. Une sorte de reflet intérieur…, remarque-t-il d'un air absorbé. Sous bien des aspects physiques et comportementaux, Akane ressemble à son père, mais en vous voyant, aujourd'hui, je me rends compte que n'importe qui pourrait deviner votre lien de parenté.

Immensément fière, la jeune fille sourit jusqu'aux oreilles en prenant la main de son oncle et celle de son père.

- Il faut dire que vous ressemblez beaucoup à sa mère, poursuit Duo.

L'aristocrate est véritablement surpris qu'un inconnu se permette de parler si ouvertement de sa sœur devant Heero, Akane… et lui.

Depuis le décès tragique de Relena Peacecraft, plus personne n'ose plus prononcer son nom, ni évoquer son existence passée en leur présence.

- J'aimerais ne pas avoir à vous contredire sur ce dernier point et recevoir en toute légitimité le plus beau compliment qu'on ne m'ait jamais adressé, mais… ce serait le voler, sans vouloir vous offenser.

Bien entendu, Milliardo est au courant pour Carte Noire. Et pour cette identité-ci, uniquement. Heero veille à ce que Black Shadow reste dans l'ombre et demeure une énigme pour toute personne étrangère à son unité.

- Je ne le suis pas, affirme Duo.

Sous la vigilance du Colonel, les deux hommes se considèrent longuement, comme s'ils tâtaient du bout des doigts les limites de l'autre, invisibles à l'œil nu, mais pourtant bien tangibles ; une frontière subjective à ne pas franchir.

- Ma sœur était d'une droiture exemplaire, certifie Milliardo, au bout d'un moment.

- Relena avait confiance en toi et t'aimait infiniment, intervient Heero. Elle détesterait que tu te diminues, de quelque façon que ce soit.

Pour toute réponse, son beau-frère sourit tristement ; ce qui, d'une certaine manière, magnifie plus encore sa beauté froide – et néanmoins fascinante – typique des pays nordiques de la troisième région.

Ding, dong !

Dans l'instant, Duo et Heero se consultent du regard.

- Tu crois que… ? commence le natté, avec espoir.

Des pas précipités retentissent dans le couloir, lequel mène à la véranda où ils sont attablés.

- Towika ? l'appelle une voix désincarnée.

La fillette s'immobilise, aux aguets, puis saute des genoux de Duo pour courir jusqu'au seuil.

- PAPA ! PAPA !

Trowa apparaît enfin dans l'embrasure de la porte et s'empresse de la soulever dans les airs.

- Papa, murmure-t-elle tout en pleurant.

- Ma p'tite chérie, la console-t-il en l'étreignant. Je t'aime, ma p'tite fille…

D'abord retardé par les dépêches urgentes transmises par Gasper dès l'arrivée de l'héritier, celui-ci se hâte à présent de rejoindre son mari et leur fille. Il en est encore à parcourir le long couloir qu'il sent déjà sa gorge se serrer par un afflux d'émotion.

C'est donc en larmes que l'empathe vient caresser la joue de leur enfant.

- Baba

- Ne sois plus triste, trésor… Nous sommes là. Papa est rentré.

- J'l'aime plus ! clame-t-elle, tout en s'accrochant à son père comme à une bouée de sauvetage.

- Towika…

- Laisse, chéri, l'interrompt doucement Trowa. Elle a toutes les raisons du monde d'être en colère après moi.

*Non* se fustige Quatre, in petto. *Je suis le seul à blâmer*

Comme si Duo pouvait lire dans ses pensées, il se permet de les rejoindre pour poser tendrement sa main sur le dos de la fillette.

- Jamais on n'a raison contre son Seigneur, ni contre un enfant qui pleure, récite-t-il. C'est ce que disait le Père David et je sais, aujourd'hui, qu'il s'est inspiré d'une sagesse japonaise.

Sans que personne ne puisse expliquer pourquoi, son intervention impose un retour à l'accalmie.

Soudainement serein - comme si Duo avait appuyé sur un interrupteur - Quatre redresse les épaules, réalisant du même coup qu'il est toujours prisonnier de son abattement extraordinaire. Cela, jusqu'à en avoir altéré sa posture, d'ordinaire si légère et élégante.

Naturellement, Trowa le soutient, mais Quatre continue de se sentir coupable vis-à-vis de lui et de leur fille. Dès lors, les mots et l'amitié de Duo lui donnent une impulsion inattendue, nécessaire…

Lorsque le natté pivote pour rebrousser chemin, l'héritier le retient par le bras.

- Merci. Merci de toute mon âme, mon ami.

- En art comme en amour, l'instinct suffit.

- Je reconnais-là les paroles d'Anatole France, mais c'est toi et toi seul qui a su nous apaiser, tous.

L'empathe ne fait pas seulement allusion au réconfort que Duo est en mesure de leur apporter, mais également au bonheur et à la joie inestimables que retrouvent Heero et Akane… grâce à lui.

Touché, Duo lui rend son étreinte d'une brève pression de sa main sur la sienne. Puis il retourne s'asseoir, sous le regard examinateur de Milliardo, lui-même s'attirant toute l'attention d'Heero…

- Trowa, tu devrais peut-être rester avec votre fille, suggère soudainement le Colonel Yuy en sortant de table.

- Je me serai absenté pour n'importe quel autre dossier, mais pas pour celui-ci, refuse-t-il, avant d'inciter sa fille à le regarder. Towika, mon ange, je dois partir au travail…

Il n'a pas fini de prononcer ces mots qu'elle se remet à pleurer en se frottant les yeux.

- Je te fais la promesse de revenir, ce soir.

Elle dévisage alors son père à travers ses petites larmes…

- Je te le promets, réitère-t-il.

Courageuse, Towika hoche la tête, tout en serrant très fort la main de Quatre.

- Milliardo va bien s'occuper de vous trois, lui prédit son baba. Tu ne verras pas le temps passer, trésor.

- Si ! Je le verrai… Et même que ce sera la plus longue journée de ma vie ! se rebelle-t-elle en reniflant joliment.

De son côté, Duo fait un signe de tête discret à l'adresse d'Akane et Daniel. Complices, ceux-ci accourent aussitôt jusqu'à Towika.

- Tu viens ? On va jouer aux petits chevaux, propose la jeune fille, pleine d'entrain.

- J'prends les rouges ! décrète Daniel.

Towika les observe un moment, hésitante.

- J'adore ce jeu, lui apprend Trowa. Tu t'entraînes avec eux pour qu'on puisse y jouer tous ensemble, à notre retour ?

La fillette, de bientôt six ans, considère encore longuement ses parents…

Puis, conséquemment de ce temps de réflexion, elle finit par accepter de descendre des bras de Trowa pour suivre ses deux amis, de deux ans son aîné, jusqu'à leur salle de jeux aménagée.

L'instant d'après, Quatre profite d'être ceinturé par son mari pour s'appuyer sur lui et lâcher un soupir de soulagement.

- Trowa se souvient de nous, annonce-t-il.

- C'est génial ! se réjouit Duo. Par quel miracle cela s'est-il produit ? Hier encore, quand nous étions à l'hôpital, votre situation familiale restait théorique, pour lui…

Le visage de Quatre prend alors une teinte d'un rouge soutenu.

- On… on a discuté, bredouille le redoutable homme d'affaires.

Tous sourient, Trowa y compris.

- Il est temps d'y aller, intervient Heero, recevant-là toute la gratitude de l'empathe.

Immédiatement, Duo pivote vers Milliardo.

- Dany n'est pas fana du beurre de cacahuètes, l'informe-t-il sans plus de cérémonie. Je sais, ça parait étrange pour un américain, mais il n'aime pas trop ça… Et il déteste le jus d'orange ! Ça le rend malade… Il est plutôt turbulent, mais dès qu'il est absorbé par une activité qui lui plait, il se calme tout de suite. Il est très facile à vivre et malgré le fait qu'ils se chamaillent de temps en temps, les trois nains s'entendent à merveille.

L'Ambassadeur de la Paix arbore un large sourire, tout à fait séduit par l'homme qui, à n'en point douter, fait d'ores et déjà partie de la famille.

- C'est noté. Et si l'incertitude à son sujet vient à poindre, je vous appelle aussitôt.

- Tu, rectifie-t-il.

- Plait-il ?

- Tu es l'Oncle adoré d'Akane, on est donc amené à se côtoyer. Je préfère qu'on se tutoie. C'est plus sain.

- Si ta venue illumine incontestablement la vie de mon beau-frère, ton fils éclaire celle de ma nièce.

Comme Duo ne sait pas quoi répondre, il se contente d'opiner du chef, avant de suivre les trois agents d'élites preventers dans le couloir…

- Mince ! J'ai oublié de lui dire un truc…, les prévient-il en marchant déjà à reculons vers la véranda.

- T'as une minute, lui accorde Heero.

- Okay…

Il presse alors le pas pour s'arrêter sur le seuil.

- Mill' ? l'interpelle-t-il.

L'aristocrate s'immobilise, stupéfait de se voir nommer ainsi et sur un ton aussi familier.

- Je n'ai pas eu le temps de finir mes macarons au thé vert matcha, chocolat blanc et framboises, hier soir, poursuit-il. Tu trouveras de la ganache réservée au frais. Tu pourrais garnir les coques en y ajoutant des framboises fraîches, s'il-te-plaît ?

- Il sera fait selon tes désirs, promet-il, captivé par sa personnalité atypique.

Désinvolte, audacieux… Voici les mots qui lui viennent à l'esprit et qui semblent qualifier Duo Maxwell tout entier.

Mais ce serait céder à la facilité.

*Duo est un homme averti et pertinent* analyse l'Ambassadeur, in petto.

Lequel ne se laisse pas distraire par la décontraction apparente du natté. Au contraire, Milliardo sait reconnaitre quelqu'un d'avisé lorsqu'il en rencontre un.

- C'est une gourmandise destinée aux enfants, précise Duo avec sérieux. Mais tu peux en prendre un, si tu veux.

Et « Mill' », le nouveau « commis » du « Chef Daddy » ne doute pas un seul instant qu'il n'aurait pas eu intérêt à goûter aux pâtisseries des enfants sans en avoir reçu l'autorisation explicite du pâtissier.

- Volontiers. Merci, Duo.

Satisfait, le natté lui décoche un sourire d'une fraîcheur à peine croyable, puis s'en retourne rejoindre les autres qui l'attendent patiemment sur le perron.

Dès son retour parmi eux, au pas de course, Duo interpelle Quatre, pendant que leur petit groupe emprunte l'un des chemins qui mènent aux garages.

- Ecoute, Quat'… Je crois que ton majordome m'en veut un peu de lui avoir volé la vedette durant le dîner. Je me suis occupé seul du repas et du goûter des enfants. Je ne me suis pas rendu compte tout de suite que je lui avais purement et simplement réquisitionné sa cuisine… Son territoire, en somme. J'ai bien tenté de m'en excuser, mais il fait comme si je ne l'avais pas offensé.

L'héritier ne paraît pas surpris.

- Gasper ne devrait pas se sentir en danger, ni même éprouver un quelconque sentiment d'infériorité. Il entretient ce Manoir d'une main de maître et sa cuisine est exquise.

- Eh bien, dis-le-lui, toi, histoire que je me sente mieux !

- Tu te culpabilises ? s'enquiert Trowa.

- Je ne veux pas que cet homme ait une fausse impression. J'ai juste voulu bien faire pour les enfants, pas lui prendre sa place de traiteur. Je pense que c'est une question d'honneur pour lui que de bien recevoir vos hôtes. Ce que je suis à même de comprendre…

- Si cela peut vous tranquilliser, tous les deux, je lui en toucherais deux mots, promet Quatre.

- Merci.

Parvenus jusqu'à leurs véhicules, les agents font une halte.

- Au fait, que voulais-tu à Milliardo ? l'interroge Trowa, décidément bien curieux.

- Je lui ai demandé de garnir les macarons, le renseigne-t-il en ouvrant la portière passager de la Range rover© d'Heero. Mill' a l'air cool ! ajoute-t-il en prenant place.

Un bref instant, Trowa et Heero s'entre-regardent, le sourire en coin.

Milliardo Peacecraft, héritier d'une illustre famille, Ambassadeur de la Paix et anciennement Preventer de renom, vient tout de même de recevoir des ordres de la part du légendaire Carte Noire, voleur placé sous liberté conditionnelle, et de voir son prénom majestueux ratatiné en un sobriquet des plus familiers… Le tout, en l'espace de quelques minutes.

Cependant, contrairement aux apparences et à l'image qu'il véhicule, Milliardo est un homme simple. Eduqué selon les codes de la haute société et des plus cultivés, certes, mais il reste néanmoins accessible pour qui sait jouer cartes sur table.

- Quoi, encore ? râle Duo. Faut toujours que vous me reprochiez un truc !

Pour toute réponse, Heero grimpe derrière le volant, puis embrasse son amant avec une tendresse infinie.

- Oh, ça…, commente le natté, l'air rieur.

Heureux, Heero démarre sans plus tarder, imité par Trowa.

De son côté, l'aristocrate est plus que satisfait de constater que le compagnon d'Heero - le premier, seul et unique présenté officiellement en tant que tel - se sente si concerné par le bien-être des enfants, cela, jusqu'à en faire manifestement sa priorité absolue.

Du reste, il préfère de loin la franchise désarmante de Duo à l'hypocrisie puante des politiques…

Quelques minutes plus tard,

à l'Agence Preventers d'Osaka…

L'ambiance n'est plus aux réjouissances.

Les visages sont fermés, empreints de gravité. Les dos sont raides et les gestes, nerveux.

Malgré le fait que ce soit Heero et lui seul qui s'occupe de mener l'interrogatoire, l'air est chargé d'électricité ; comme s'ils s'apprêtaient à tirer à la courte paille pour désigner celui qui endosserait ce rôle déjà attribué.

En conséquence, l'atmosphère est excessivement suffocante, tant les silences, qui finissent immanquablement par s'installer entre deux conversations, sont épais.

Le Japonais du Sud, mafieux notoire, sociopathe, « soupçonné » d'enlèvements, de viols avec séquestrations, de meurtres au premier degré et d'avoir commandité plusieurs dizaines d'autres assassinats politiques et crapuleux, est attendu pour dix heures tapante et personne, pas même Heero, Trowa ou Quatre, ne parvient à se concentrer durablement sur l'un des autres dossiers qu'ils ont à traiter…

- Tu t'étonnes qu'aucun des ténors du barreau qui se trouvent être à sa solde n'ait tenté de faire annuler sa convocation, suppose Duo en posant une tasse de thé sur le bureau de son Colonel. Je pense qu'il veut venir, au contraire. Et il vient parce qu'il sait qu'il ressortira d'ici libre, quoi que vous ayez contre lui.

Mine de rien, tous écoutent leur discussion, qui n'a de toute façon pas de caractère secret ; néanmoins, l'Agent spécial McGuire est sans doute le plus attentif…

- Il vient nous narguer ! lâche-t-il d'ailleurs, crispé.

Duo, Heero, Trowa et Quatre tournent leurs têtes dans une parfaite synchronisation.

- Mais pour la première fois, nous avons un témoin à charge contre lui, poursuit Blake.

- Parce qu'il n'a toujours pas eu d'accident ? ironise le natté, grinçant.

- Il ne pourra pas s'en sortir, cette fois-ci ! assure-t-il avec aplomb.

Duo ne répond rien, cette fois-ci, et c'est bien assez inhabituel pour que Blake s'agite pour de bon.

- Quoi ? aboie-t-il.

- Calme-toi ! le menace Heero, sans préavis.

Blake se frotte la nuque – comme si l'énergie puissante du Preventer d'élite venait la lui picoter - et s'astreint à maîtriser ses nerfs.

- Ne laisse pas ton jugement être biaisé par tes sentiments personnels, lui recommande Quatre.

- Pas plus qu'il ne l'est déjà, complète Trowa.

- Je suis contre cette audition, déclare Duo d'un ton dégagé. Ce n'est qu'un contretemps à mes yeux, vous le savez tous.

A ces mots, Blake fait aller son regard de son Colonel… à l'écho de Black Shadow.

- Je n'ai pas su protéger mon frère, mais je pense être en mesure d'aider le tien, reprend-il.

Ce faisant, il insinue clairement son intention d'éliminer Masanaga.

- Personne n'a rien entendu, commande Heero. Cet échange n'a jamais eu lieu.

Ses hommes opinent du chef, solidaires et comprenant que Duo est en train de mettre en péril sa liberté conditionnelle.

- C'est pratique ! lance le natté. J'ai crevé ton pneu et défoncé ton rétro, mais t'as rien vu. Cela n'a jamais eu lieu, parodie-t-il.

Loin de partager son sens de la dérision, Heero se lève de son siège, un poil contrarié.

- Je n'ai mentionné Black Shadow dans aucun de mes rapports te concernant et mon unité a également accepté de prendre ce risque. Aux yeux de la loi, tu n'es que Carte Noire, un Poids plume relié indirectement à l'un des dossiers les plus épineux que nous ayons eu à traiter et un témoin direct des multiples meurtres Maxwell perpétrés par Black Light. A ces titres, les Administrateurs te considèrent à présent dévoué à servir l'Organisation sous mon commandement et comptent bien mettre tes talents à contribution.

Duo balaye ses « complices » du regard…

- Ça ne m'empêchera pas d'agir, fait-il valoir avec une légèreté incongrue.

- Dans ce cas, je te laisse la primeur d'informer nos enfants que leur daddy va passer le restant de ses jours en prison pour homicide volontaire avec préméditation.

- Tu crois que je n'ai pas compris tes manigances, 'ro ? réplique-t-il. Je sais très exactement ce qui se trame dans ton esprit et je ne te laisserai pas me mettre sur la touche !

- Je te demande de ne pas impliquer mon unité ! explique clairement Heero, d'une voix plus dure qu'il ne l'aurait souhaité.

*Là, tout de suite, je dois avoir l'air d'un idiot…* se dit le natté.

Il réalise, un peu tard, qu'Heero veut protéger l'intégrité de ses agents, tandis qu'il va devoir trahir la Charte Preventers en renfilant sa veste de tueur à gages et que, par conséquent, il convient de se brancher sur le mode « discrétion »…

Duo n'a pas le temps de s'excuser que la sonnette de la porte retentit, brisant le malaise comme on pulvérise un verre de cristal.

- Il est très en avance, souligne Antoine, fébrile.

Son cœur palpite sous les décharges émotionnelles qu'il reçoit, comme des coups portés au thorax.

- Visualise l'objet de ton choix et concentre-toi dessus, lui conseille Quatre.

Penaud d'infliger à son ami des vibrations aussi négatives, Blake lui tend son vieux Bic©.

- Merci, dit Antoine en s'en emparant avec déférence. Je sais ce qu'il représente pour toi…

Blake hausse les épaules, ne sachant pas quoi répondre…

- Cette configuration est inédite, déclare le Colonel Barton. Dites-vous que les dés sont jetés.

- Vous avez fourni un travail exemplaire, renchéri le Colonel Yuy. Quoi qu'il se passe, ne le prenez pas pour un échec, ni pour une atteinte personnelle. Ce qui suit, dès à présent, n'est plus de votre ressort.

Les agents spéciaux échangent des regards entendus. Puis, chacun s'affaire à respecter le plan préalablement établit par Heero. Ainsi, Marc, Trowa, Quatre et Duo assisteront au face à face, tandis que le reste de l'équipe restera dans la salle principale à s'occuper des autres dossiers en cours ; le Colonel Yuy ayant chargé Alec d'aller ouvrir, lequel s'exécute avec une impassibilité remarquable…

Alors qu'il s'efface, afin de laisser entrer trois individus tout de noir vêtus, ceux-ci s'engouffrent impatiemment dans l'étroit couloir. Nerveux, les deux hommes de mains qui encadrent leur Maître gravissent ensuite les quelques marches qui mènent à la piste d'enquêtes, qu'ils trouvent plombée par un silence de mort.

- Je suis l'Agent spécial Alec Bowers, se présente-t-il au prévenu, comme il est d'usage. Je vais vous escorter jusqu'à la salle d'interrogatoire, mais vos gardes du corps doivent vous attendre, ici, sous la surveillance de mes collègues.

Coopératif, Masanaga en donne l'ordre d'un signe discret, tout en inspectant les agents présents avec dédain, avant de s'intéresser tout particulièrement à Blake McGuire. Et visiblement, le mafieux se délecte de le voir déjà trembler de colère…

Le Japonais du Sud – un homme sombre d'une beauté physique certaine - sourit d'un air satisfait, puis engage la conversation, mondain.

- C'est tout à fait… charmant, apprécie-t-il, sardonique. Une parfaite petite garçonnière…

Les preventers préservent admirablement leur dignité par un stoïcisme exemplaire ; même Blake fait preuve d'une retenue verbale remarquable.

Pour le moment…

- Je m'étonne de ne pas être reçu en personne par votre père spirituel

- Le Colonel Yuy apparaitra lorsqu'il jugera le moment opportun, le renseigne Alec. Devons-nous attendre votre avocat ?

- Je ne me fais pas représenter. Ce serait tout à fait inutile puisque je suis innocent. Voyez-vous… j'ai consenti à me déplacer et à laisser libre court à vos fantaisies puériles, afin de nous dispenser de pénibles épreuves administratives visant à obtenir une injonction d'éloignement. Je sais…, ajoute-t-il très vite en levant une main.

Comme s'il s'attendait à être interrompu.

- Je suis… bien malgré moi… excessivement magnanime, termine-t-il, la main sur le cœur, fier de sa prestation.

Devant tant de « générosité d'âme », les preventers parviennent de justesse à retenir un soupir d'exaspération.

- Malheureusement…, reprend-il d'un air faussement navré. La patience me fait souvent défaut, précise-t-il d'un ton ouvertement comminatoire.

- Dans ce cas, si vous voulez bien me suivre…

- Mais certainement… Agent spécial Alec Bowers.

Sa façon de prononcer ses grade et nom de famille ne laisse planer aucun doute sur le fait qu'il saura se souvenir de lui. De sa famille. De ses proches.

Au cas où…

Dans la pénombre de la salle d'écoute…

Heero laisse sa vieille connaissance mijoter quelques longues minutes, histoire de rééquilibrer la balance du pouvoir et de rétablir sa propre domination en ce lieu…

Cependant, dès l'instant où Masanaga s'est assis face au miroir, il n'a cessé de fixer son reflet, certain d'atteindre et d'accrocher le regard d'Heero à travers cette illusion d'optique.

Au bout d'un moment, Marc se racle discrètement la gorge.

- Heero…, commence-t-il d'un ton solennel. Je voulais te dire, au nom de toute l'équipe, que nous sommes tous derrière toi, quoi que tu décides d'entreprendre.

- Ce que tu dis n'a aucun sens, répond-il sans détacher ses yeux du mafieux.

- C'est au sujet de…

- Je ne vois pas de quoi tu veux parler, le coupe-t-il sèchement en ancrant durement son regard au sien.

- Désolé, Sensei, mais cette fois-ci, nous passerons outre ! Si tu as besoin d'une assistance technique officieuse, nous te l'assurerons. Sache-le !

Stupéfait, Heero se retrouve confronté à une sorte de mutinerie, mais déclenchée en sa faveur…

Une première !

- Fallait pas faire autant de mômes ! lance Duo, faisant sourire tout le monde.

Le Capitaine Yuy, excepté.

- Tenez-vous en au plan initial qui prévoit d'assurer sa semi-liberté à Duo et de préserver son lien avec Daniel, répond Heero, touchant son amant en plein cœur. Pour le reste, nous nous débrouillerons seuls.

Marc acquiesce, puis reporte son attention sur Duo, lequel accepte de répondre à la question muette qui les taraude tous, depuis qu'ils le savent être l'énigmatique et terrifiant Black Shadow

- J'ai choisi de mon propre chef, sauf pour un cas, d'assassiner une poignée de monstres. Cela fait-il de moi quelqu'un de bien à vos yeux d'hommes et de preventers ? l'interpelle-t-il sous l'attention d'Heero, de Trowa et de Quatre.

- Sans vouloir justifier tes actes criminels, ces choses n'avaient plus rien qui puisse les qualifier d'être humain…

- Tuer une fois, c'est une fois de trop.

- Je ne te suis plus…, dit-il en plissant le front.

- Suis les conseils d'Heero et ne cherche pas à me donner de contours.

Comme pour apporter sa voix et plus de poids aux paroles de son compagnon, Heero destine un long regard dissuasif à son agent de confiance.

- Reçu, cinq sur cinq ! signale Marc en levant les mains en signe de réédition.

Alors qu'Heero se détourne enfin pour partir, Duo le retient par le bras.

- Vous ne vous êtes pas revus depuis vingt ans, mais ce qui s'est passé entre vous est une plaie infectée, ouverte et plus à vif que jamais. Il va tout faire pour te ramener à votre histoire personnelle.

- Nous n'en avons pas.

- Ne joue pas sur les mots, tu sais bien ce que je veux dire.

Pour toute réponse, Heero l'attire à lui d'une traction pour l'enlacer avec douceur et l'embrasser langoureusement en le serrant contre lui…

- Ça, c'est une histoire personnelle, lui apprend-il ensuite, tout contre ses lèvres.

La tête dans les nuages, Duo se pourlèche afin de savourer les traces résiduelles de ce délicieux baiser. Puis, il niche son visage dans son cou pour respirer son odeur, comme s'il voulait s'en imbiber, tandis qu'Heero l'imite en raffermissant son étreinte…

- Je t'aime, murmure le natté, sous son oreille.

Heero finit par se détacher de lui, le regard exprimant plus que les mots la force de ses sentiments et de son attachement à son égard…

- Sois sage, demande-t-il.

- Ça ne sera pas difficile, tu ne seras plus là ! Quoi que…, ajoute-t-il, taquin.

Les trois hommes toujours présents partagent le même sourire tendre, pendant que le Colonel Yuy sort de la salle d'écoute pour rejoindre la salle d'interrogatoire…

Posément, avec condescendance et une assurance nauséabonde, Masanaga tourne la tête vers le Preventer d'élite venu l'auditionner dans une affaire de meurtre en bande organisée avec préméditation…

- Colonel Heero Yuy, prononce lentement le Japonais du Sud.

Comme si le nom du légendaire guerrier, à lui seul, suffisait à tout expliquer…

Son timbre de voix est tout aussi sublime que sa beauté froide. Racé, son visage, lisse et sans le moindre défaut, arbore un bouc structuré et qui s'accorde avec son perfectionnisme obsessionnel lui valant de remplacer régulièrement son petit personnel et de piquer des colères hystériques mémorables…

- Au secours de la veuve et de l'orphelin…, poursuit-il en observant l'agent d'élite s'asseoir face à lui. Il fut un temps, mon cher, où tu ne prenais pas cette peine.

Serein, Heero plante enfin son regard dans le sien, insensible à son esthétique harmonieuse indéniable.

- Il fut un temps où un cœur battait dans ta poitrine.

Le mafieux étire un peu plus ses lèvres en une grimace cruelle et séduisante.

- L'amour est une fable. Seule la force domine ce monde.

- La force n'est qu'une illusion. En réalité, les humains sont faibles. Et nous ne faisons pas exception à la règle, lui enseigne-t-il. (A)

A ces mots, les deux japonais se toisent avec une fixité rare, se livrant ainsi un combat d'esprit sans merci.

- Je devine à ta mine… resplendissante… que ta vie amoureuse n'est plus au point mort, se réjouit-il de constater que Carte Noire ait apparemment réussi à entrer dans son lit.

Ce qui doit signifier leur mort prochaine, à tous les deux…

- Je te souhaite d'en démarrer une, un jour. A ce moment-là, tu comprendras peut-être ce pourquoi ta mère a risqué, puis perdu sa vie.

Le regard de Masanaga, originellement d'un noir profond, s'obscurcit de rancœur, tandis que son sourire s'évapore, brisant ainsi l'illusion parfaite de sa courtoisie insolente.

Impavide, Heero ouvre le dossier sans quitter les yeux enfiellés du mafieux…

- Un témoin affirme t'avoir clairement entendu et vu commander une exécution avant d'y assister, sans toutefois prendre part physiquement à la mise à mort.

- Voilà une de ces bonnes histoires fantasques qui ne manquent pas d'alimenter les fantasmes, commente-t-il d'un air hautain et en se fendant d'un nouveau sourire dédaigneux. Je comprends donc que cela ait attiré ton attention…

- …

- Quand cette pauvre victime s'est-elle fait assassiner ? s'enquiert-il.

L'émotion compatissante qu'il tente de simuler est des plus affligeantes et ne convainc personne…

- La nuit du 4 du mois dernier, lors de ton passage au Festival du Cirque de Moscou.

Masanaga prend le temps de la réflexion, une intelligence vive et sournoise brillant dans ses prunelles…

- Oui… Cela me revient. Très beau spectacle. Les artistes font un travail remarquable…

Le mafieux parle du « spectacle » de l'exécution et du travail des « artistes rouge », soit des tueurs à gages recrutés sur place pour l'occasion. Seulement, cette déclaration serait jugée irrecevable par le tribunal. Les mots-mêmes qu'il utilise seraient immanquablement attribués à l'univers du Cirque…

- Jusqu'à ce qu'un témoin ne pénètre les coulisses, avance Heero.

- C'est regrettable, en effet. Pour cette personne, plus rien ne sera plus jamais comme avant. Toute la… magie… de l'existence, envolée pour toujours.

- En parlant d'existence réduite au silence, qu'as-tu fait de Shawn McGuire ?

- Je ne vois absolument pas de qui, ni de quoi tu veux parler.

- Du jeune homme que tu as fait enlever et que tu séquestres depuis plus de quatre ans. Il était mineur au moment des faits.

- Il s'agit-là d'une accusation extrêmement grave, Colonel Yuy.

- Je ne te le fais pas dire.

- Si tu avais la moindre preuve tangible contre moi et qui puisse tenir devant un tribunal, nous ne serions pas là à discuter de théories aussi fumeuses que calomnieuses.

- Nous ne discutons pas, Masanaga.

- Non, il est vrai… Tu m'importunes. Et cela, au risque insensé de m'obliger à porter plainte pour diffamation, contre toi et tes hommes. Les Administrateurs seraient dès lors forcés de dissoudre ton unité, pulvérisant au passage votre précieuse petite réputation de super héros.

- …

- Béni soit l'homme qui, n'ayant rien à dire, s'abstient de le démontrer à haute voix, récite-il George Eliot.

Toc, toc !

Quelqu'un vient de frapper au miroir.

Le Japonais du Sud caresse alors machinalement son bouc, en souriant largement d'un air victorieux…

Pendant ce temps,

depuis la salle d'écoute…

Trowa, Quatre, Marc et Duo sont à la fois concentrés, consternés et résignés…

- Il m'énerve, ce type ! finit par lâcher le natté, traduisant ainsi les pensées de chacun.

- Heero a toujours su qu'on ne pouvait rien en tirer et que la seule façon de l'incriminer était de rassembler des éléments qui puissent constituer des preuves irréfutables, rapporte Marc.

- Masanaga est bien trop malin et trop prudent pour…, commence Duo, avant d'être interrompu.

Toc, toc, toc !

L'individu n'a pas fini de frapper qu'il se permet d'entrer avant d'y être autorisé.

- C'est la merde ! annonce Blake, catastrophé.

Sans un mot, Trowa tend une main pour réclamer la feuille que l'agent spécial tient dans son poing.

- Le témoin, devine aisément Duo, blasé.

- D'après les analyses préliminaires, tout porte à croire qu'il s'agisse d'un suicide, précise Trowa en parcourant les premières constations du légiste.

Sans plus émettre le moindre commentaire qui risquerait de compromettre l'intégrité des agents spéciaux, Duo quitte la pièce d'un pas résolu en direction de la piste d'enquêtes, suivi par Quatre…

- Il fallait s'y attendre, se désole ce dernier. Il est fort à parier que bien d'autres avant lui se sont fait réduire au silence…

- Je comprends les raisons qui poussent 'ro à persévérer dans la voie de la justice légiférée, mais je sais aussi qu'il n'est pas homme à tolérer que l'on menace sa famille.

- Qui le serait ? l'interpelle-t-il, pour la forme.

Duo considère son ami durant un moment…

Un regard acéré que Quatre est en mesure de lui rendre, sans ciller.

Dans le même temps, Trowa tape deux fois à la vitre pour avertir Heero qu'un problème est survenu. Celui-ci se lève aussitôt pour le rejoindre et constater que son « détenu » n'est plus là…

- Le témoin, l'informe Trowa, laconique.

D'abord inquiet, Heero se fie au calme olympien de son ami et à celui de Marc pour en déduire qu'aucun incident majeur n'a motivé les départs de Duo et Quatre.

- Mettons un terme à cette mascarade, décrète Heero. Marc, je te charge de raccompagner Masanaga en lui signifiant que les charges retenues contre lui ne tiennent plus.

- Entendu.

- Sensei…, commence Blake.

- Retourne à ton poste, prescrit-il.

Sentant son agent plus que fébrile, Heero juge préférable de l'escorter personnellement en lui empoignant le bras.

- Tu ne peux pas le laisser partir comme ça ! oppose-t-il tout de même.

La force de sa contestation est telle qu'Heero est obligé de le bousculer pour l'acculer devant la table connectée. Une fois certain que son agent reste à la place qu'il vient de lui attribuer, Heero reprend ses distances.

Vigilant.

- Tu n'as même pas eu le temps de le cuisiner au sujet de mon frère ! prétend Blake.

- Tu n'en sais rien ! intervient Alec, mécontent. Tu n'as pas assisté à l'interrogatoire, alors garde tes désapprobations pour toi.

- Silence ! somme soudainement Heero.

Et le silence s'impose.

Alors qu'ils sont tous réunis au centre de la piste et attendent patiemment que Marc reconduise Masanaga jusqu'à la porte, Heero et Duo échangent un regard lourd de sens…

*Cette fois-ci, je n'ai plus le choix…* se dit le Colonel. *Je dois outrepasser mon serment preventers et l'éliminer…*

Faute de preuves avérées qui puissent contrer l'offensive de ses avocats à la Cour Suprême, le fils du Daï jouit de la présomption d'innocence et ressort donc les mains libres, de nouveau entouré par ses gardes du corps.

Cependant qu'ils se dirigent d'un pas tranquille vers l'escalier qui mène à la sortie des civils, le Japonais du Sud croise délibérément le regard furieux de l'Agent Blake, dont la respiration est visiblement marquée par les mouvements convulsifs de son torse…

En un centième de seconde, sa résolution à garder son sang-froid est balayée par le sourire narquois que Masanaga lui destine. Cela, pendant qu'il l'examine avec soin, le visage empreint d'une expression étrange…

- Vous me rappelez quelqu'un… Mmm ! Comme c'est agaçant, je l'ai sur le bout de la langue, le provoque-t-il.

D'un geste vif, Heero retient Blake qui amorce un pas dans la direction du mafieux. Mais cela ne suffit pas. Blake cherche alors à contourner son Colonel, en vain.

- Je préfère avoir ce que j'ai dans la braguette que ce que tu as dans la tête : c'est plus gros ! McGuire emploie-t-il les mots de Kerzauson.

Simultanément, Heero lui fait une clef de bras et le plaque contre la table centrale.

- Aaaaah ! crie Blake de douleur et de rage mêlées.

- Reste tranquille ! le somme placidement Heero.

- Allons, allons, Agent spécial McGuire…, le tance Masanaga d'une voix où perce une raillerie insupportable. Il serait regrettable de briser votre carrière sur la base d'un malentendu, ajoute-t-il, avant d'ancrer durement son regard à celui de Duo. Suivez mon conseil et respectez votre engagement.

Faisant mine d'adresser ces derniers mots à Blake, le mafieux a la surprise d'entendre Duo lui répondre.

- Une opportunité s'offre à lui, depuis peu, insinue-t-il.

- A la bonne heure ! se réjouit-il avec sobriété.

Comme Duo ne renchérit pas et que son vis-à-vis se sent intouchable, celui-ci décide de jouer encore un peu…

- Nous n'avons pas eu le plaisir d'être présentés, mais je suis curieux de savoir ce qu'un adonis tel que vous peut bien avoir à exécuter en ce lieu. Tout y est si terne, si triste, si… insignifiant. Enfin ! Peu m'importe votre identité. Un homme de votre calibre, ça ne s'oublie pas, promet-il, sa menace de mort à peine voilée.

- La beauté se raconte encore moins que le bonheur, Heero cite-t-il Simone de Beauvoir.

Les regards des deux hommes se verrouillent, une fois encore.

Un regard d'une noirceur absolue de la part de Masanaga, lequel ne parvient toujours pas, après tant d'années, à ébranler l'impavidité d'Heero.

Dans le même temps, et parce que Blake se retrouve totalement bloqué par la force surhumaine de son supérieur, les empathes prennent le relais…

Antoine, tout d'abord, qui serre les poings à s'en blanchir les jointures et respire bruyamment depuis plusieurs minutes, se laisse submerger par la rage de son collègue. N'ayant plus aucun contrôle sur son corps, il se voit, impuissant, se diriger vers Masanaga dans le but évident d'en découdre.

Heureusement, Marc réagit promptement en l'enserrant fermement dans ses bras. En retour, Antoine l'insulte copieusement en se démenant comme un diable pour échapper à son étreinte.

- Antoine, écoute-moi…

- J't'emmerde, pauv' type !

Marc grimace. Non pas de se faire invectiver par sa chère et tendre moitié, mais du coup de pied magistral que son amant vient de lui envoyer dans les tibias, pour plus d'emphase.

- Charmant, murmure Marc, tout en l'entraînant contre son gré vers la terrasse.

- Rentrons ! enjoint le fils du Daï, totalement indifférent à la petite scène qui se déroule entre les deux agents.

Il est bien trop occupé à toiser Heero, ce qui a tendance à le plonger dans un monde à part…

Encore un autre !

- Quelqu'un m'attend avec impatience…, poursuit-il d'un ton où l'on devine ce qu'il insinue.

A ces mots, Blake s'agite de nouveau en y mettant toutes ses forces, obligeant ainsi Heero à le plaquer plus durement contre la paroi de verre.

Sentant le geôlier de son frère lui échapper, Blake se met à pleurer de rage, les dents serrées et les muscles tendus à l'extrême…

Devant ce spectacle, qu'il juge navrant, Masanaga émet un rire suave, l'air de se délecter. Et alors qu'il se détourne enfin pour sortir, flanqué de ses deux acolytes, Quatre surgit de nulle part et fonce droit sur eux… lorsque Trowa l'intercepte.

- Blake, contrôle-toi ! exige Heero. Tu es la source de son agressivité, ajoute-t-il au sujet de Quatre.

- IL VIOLE MON FRERE ! se révolte tout de même le jeune homme impétueux de vingt-quatre ans, au sujet du mafieux.

Heero sait de quoi Quatre est capable…

Il sait que l'empathe a la force et l'habileté nécessaire pour immobiliser les gardes du corps et tuer Masanaga à lui seul, pour peu que le Japonais du Sud soit suffisamment décontenancé pour ne pas penser à se défendre immédiatement ; ce qui est plus qu'improbable, vu son niveau d'art martiaux.

Ceci dit, Quatre a les moyens d'au moins l'humilier publiquement ; ce qui attirerait inévitablement les foudres des Administrateurs sur l'unité du Colonel Yuy. Enlisé jusqu'au cou, Heero n'aurait d'autre choix que de présenter sa démission. Une requête que les Administrateurs auraient cependant bien du mal à accepter…

L'idée de perdre son emploi ne chagrine pas Heero, outre mesure. Il est davantage soucieux de l'avenir de ses agents et surtout, il se sait avoir la faculté de stopper Masanaga… définitivement.

- TUE-LE ! Blake hurle-t-il à l'empathe de renom. TUE-LEEE !

Heero ne peut compter que sur Trowa, la seule autre personne à même de neutraliser Quatre. Ce qu'il fait en parant un premier coup, puis en le saisissant efficacement à la gorge.

- N'espérez plus causer un esclandre, adresse-t-il à Masanaga et à ses hommes. Maintenant, sortez ! somme-t-il, ensuite.

Ce qu'ils font avec nonchalance, un rictus de mépris déformant leurs traits de manière grotesque…

A la seconde où la porte qui donne accès aux escaliers se referme sur eux, Quatre attaque de nouveau Trowa, sous les yeux ébahis des agents.

- Quatre, reprends-toi ! l'interpelle Heero.

Malheureusement, son ami reste sourd à son avertissement et semble bien décidé à faire payer Trowa pour tout le mal qu'il ressent en lui. Il ne s'agit pas seulement du désespoir de Blake, mais également d'une accumulation de souffrances telle que la vague de haine déferlante de l'Agent spécial McGuire n'a fait qu'exacerber ce qui couve depuis le jour de l'accident, huit mois plus tôt…

- Cette guerre ne finira jamais si chacun se met à mener son combat personnel, déclare calmement Trowa, en reprenant sciemment les paroles de son mari. Ma vie n'a peut-être plus aucune valeur, mais je dois continuer à vivre. Parce qu'il y a une personne qui m'aime et qui m'attend… Toi, Quatre. (A)

Du fait que l'empathe paraît suffisamment captivé par son éloquence, Trowa prend le risque de se rapprocher, quitte à amoindrir son champ d'action en cas d'attaque furtive.

- Trowa, recule ! lui conseille Heero. C'est comme…

- C'est comme quoi ? l'interroge Trowa, sans cesser d'étudier Quatre avec attention.

- Comme ce jour-, se résigne-t-il à répondre.

Trowa lui jette un rapide coup d'œil.

- Je t'ai effacé, murmure soudain Quatre.

- …

- Je t'ai effacé parce que je t'ai tué, dit-il d'un ton étrangement neutre, distant.

Perplexe, Trowa esquisse un autre geste vers lui, lorsque d'un mouvement brusque, Quatre le projette puissamment contre la porte.

Médusé, Duo va pour intervenir quand l'héritier titube soudainement en arrière, visiblement horrifié par ce qu'il vient de faire…

Une fois encore.

La vision de son mari, ramassé sur le sol, inerte, perce simultanément sa carapace de colère et à travers lui, celle de Blake. Ainsi démuni, coupable, Quatre s'écroule au sol, asthénique.

- T'es calmé ? Heero interroge-t-il durement Blake.

Se faisant, sa voix claquante résonne étrangement dans la grande salle…

Plongés dans l'hébétude et la confusion, les agents spéciaux, dont Duo, restent immobiles, de peur d'aggraver la situation par une réaction involontaire.

De son côté, comme Blake ne répond rien et continue de serrer les poings, Heero lui remonte un peu plus le bras dans le dos.

- AAAAH ! OUI… Oui, Sensei ! capitule McGuire.

Heero le relâche donc doucement.

Pour Trowa, en revanche, tout se déroule très différemment…

Catapulté dans une autre dimension, il vit ce dernier assaut au ralenti. Il voit cet ange blond lui heurter la cage thoracique, sent ses pieds quitter le sol et son corps s'envoler dans les airs… jusqu'à ce que ces quelques centièmes de secondes n'explosent sous l'impact dur de la porte, laquelle se fendille imperceptiblement sous la pression de son corps et la violence du choc.

La douleur dans son dos est fulgurante et pourtant, dès qu'il tombe face contre terre, elle devient sourde, supplantée par ce qu'il lui revient en mémoire.

Une part de vérité si terrible, qu'il a préféré l'oublier, ce jour-

Début du flash-back

Huit mois plus tôt,

au beau milieu de la nuit…

Infiltrés depuis plusieurs semaines, Trowa et Heero font équipe sur une affaire de stupéfiants et de trafic d'êtres humains, lorsqu'un flash info empêche Trowa de mordre dans son sandwich…

- C'est un coup dur pour le monde de la finance. Le businessman et philanthrope Raberba Winner Père est mort assassiné, hier matin, lors d'une conférence de presse. Celle-ci ayant pour objet la motion concernant l'allégement des charges patronales des grands directeurs, à condition que ceux-ci s'engagent à abaisser leur salaire et à embaucher davantage de personnel immigrant.

Trowa monte le son du poste radio, raccordé à la vieille voiture dans laquelle ils campent.

- Son unique héritier, Quatre Raberba Winner, était présent lors de l'explosion qui a coûté la vie à dix-huit personnes, selon nos sources. Il n'est apparemment pas blessé, mais plus personne ne l'a revu, depuis…

- Avons-nous une piste sur les possibles commanditaires ?

- Je crois qu'il n'est pas fantaisiste de faire le lien entre ce mode opératoire et celui utilisé pour l'assassinat de Relena Peacecraft. Rappelez-vous, elle est morte dans les mêmes configurations, lors d'une conférence de presse en plein air.

- Tous deux s'élevaient contre l'injustice.

- Votre théorie tient la route, mais vous savez tous que l'Agent d'élite Preventer et Colonel Heero Yuy a traqué et été contraint d'éliminer le groupe terroriste responsable du décès de sa femme.

- Certes, mais le noyau est resté intact et les ordres d'exécution continuent d'être donnés !

- Serait-ce une allusion visant à discréditer les récentes mesures mises en place par le Ministre de l'Intérieur ?

Heero baisse le son, tandis que Trowa tente de joindre son mari…

- Il ne décroche pas.

Heero ne commente pas. Ils sont coupés du monde depuis des jours et regrettent de n'avoir pas intercepté l'information, avant.

- Quatre doit être dévasté, devine Trowa.

Heero sort son communicateur portatif, semblable à un papyrus des temps modernes.

- Que fais-tu ? s'enquiert le Colonel Barton.

- Je brise notre connexion.

Trowa ne conteste pas. Il a hâte de retrouver son mari.

- Il sait parfaitement qui est responsable de ce massacre et de celui de ma femme, déclare Heero. Et il a les moyens techniques et financiers de retrouver les exécutants sans avoir besoin des ressources Preventers.

Ce qu'il fait, lui aussi.

- Il n'y a rien à craindre de sa part, Heero. Quatre est un être pacifique. Son père et lui n'étaient pas d'accord sur tout, mais je m'attends tout de même à le ramasser à la petite cuillère.

- Tu le sous-estimes, mon ami… Les hommes de main du Daï ont des dizaines de points de chutes, cependant, je relève une activité dans leur maison du quartier pavillonnaire du sud-est.

Aussitôt, Trowa démarre en trombe.

- Tu as l'air convaincu qu'il s'agit d'un ordre émanant du Daï et non pas de son fils.

- Masanaga mène une guerre personnelle contre moi, répond Heero. Pour le reste, c'est au Daï que revient de commander l'exécution d'une personnalité aussi influente que l'était le père de Quatre.

La radio émet un jingle d'alerte.

- Alerte Info : selon des témoins, des coups de feu ont retenti dans un quartier huppé du sud-est !

*Quatre !* pensent-ils immédiatement.

Roulant déjà à bonne allure, Trowa enfonce encore la pédale…

Arrivés sur les lieux, ils ne peuvent que constater l'enchevêtrement d'au moins cinq corps sans vie sur la pelouse de devant.

Ils n'ont pas fait deux pas vers la maison, qu'un flic en faction vient les interpeller.

- Reculez, s'il-vous-plaît !

Heero et Trowa sortent leurs plaques.

- Nous prenons le contrôle de la zone et la suite des opérations, dicte le Colonel Yuy.

Le policier ne s'y oppose pas, bien conscient que son service n'a pas la priorité sur ce type d'intervention.

- D'après mes gars, il s'agirait d'un homme armé, de taille moyenne et visiblement rompu aux méthodes et techniques de combats. Nos équipements sont à votre disposition.

- Hn., émet-il, se gardant bien de dévoiler l'identité du « forcené ».

- J'y vais, décide son coéquipier. Il ne devrait pas y avoir de soucis. (A)

Autour d'eux, la rue se vide et les renforts preventers dispersent les médias, sur terre et dans les airs…

- Trowa, sois très prudent, le retient-il. Quelque chose ne va pas.

- Qu'est-ce qui t'inquiète ?

- N'oublie surtout pas. Il tue de sang-froid et sans sommation.

- …

- J'te couvre.

L'arme au poing avec lampe torche intégrée, ils courent jusqu'à la porte d'entrée entrebâillée.

- Je passe par derrière, indique Heero, avant de contourner la baraque.

Une villa luxueuse, constituée de panneaux de verre et de bois.

D'un coup d'épaule, Trowa pousse la porte principale.

- Quatre, c'est moi ! s'annonce-t-il aussitôt.

Rien, pas de réponse.

- J'entre ! prévient-il.

Sous son propre poids, la porte se referme d'elle-même en un cliquetis résonnant.

- Je viens d'apprendre la nouvelle concernant l'attentat terroriste perpétré sur ton père, l'informe-t-il en enjambant les trois corps inertes qui jonchent le sol. Je suis désolé de n'avoir pas pu être là plus tôt…

Il enfile le couloir en mosaïque de carreaux de verre et de plâtre blanc, jette un coup d'œil dans l'immense cuisine, laquelle est ouverte sur un premier salon – désert - puis se dirige vers ce qu'il devine être le grand séjour.

Enfin, il perçoit des sons étouffés lui parvenir de cette pièce…

- Quatre, c'est Trowa qui te parle. Est-ce que tu m'entends ?

Soudain, son mari apparait.

Son regard est assombri et les traits de son visage expriment une froideur et une cruauté inhabituelles, même pour l'homme d'affaires implacable qu'il est devenu.

- Je t'entends, Trowa… Je t'entends et je te conseille de ne pas t'approcher.

- Rentrons chez nous…

Pendant ce temps, Heero fait glisser la porte vitrée de la véranda qui se trouve à plus de dix mètres d'eux. En s'introduisant, il aperçoit un homme, à genoux sur le sol du séjour et visiblement toujours en vie, bien que saignant abondamment de la tête…

- Le temps n'est plus au divertissement… il est au combat ! déclare Quatre en dévoilant lentement sa ceinture d'explosif. Il ne doit plus rien subsister de tout ça. Je dois détruire ce monde, il le faut ! Pour le bien de cette humanité décadente…

- Qu'est-ce qui te prends ? Je ne te reconnais plus…

- Rien ne doit faire obstacle à ma mission, alors n'approche pas. Ni toi, ni les autres !

- C'est vraiment tout ce que tu as à nous dire ? sévit Heero en le prenant pour cible. Si tu penses agir au mieux, alors je n'écouterai que ma conscience et je me battrai. Quatre, je me battrai contre toi !

- Ne soit pas trop sévère avec lui, le tempère Trowa, contrastant de douceur. Chéri, nous allons passer cette épreuve, ensemble.

Animé par un profond sentiment de colère et de chagrin, Quatre sent malgré tout son cœur vibrer à la voix de son mari, à ses paroles, à sa présence… Alors, pour ne pas fléchir, l'empathe durcit le ton.

- Nous sommes alliés dans la lutte contre le mal et je ne veux pas avoir à me battre contre vous, alors faites ce que je vous dis et allez-vous en ! Vous n'avez rien à faire ici !

- N'y compte pas ! oppose Heero, catégorique.

- Quatre, cette manière de procéder est mauvaise, affirme Trowa. Elle va à l'encontre de tes propres principes.

Tout en parlant, il s'obstine à vouloir réduire la distance…

- Je te dis ne pas t'approcher ! hurle l'empathe.

- J'espère que tu trouveras en toi le moyen d'apaiser ton amertume et ta déception. Je l'espère de tout cœur…

- Trowa, ne reste pas là ! le prévient Heero.

La suite se déroule comme dans un rêve…

Avec une lenteur et une brièveté incontrôlables…

Une seconde plus tard, Trowa heurte violemment un panneau de verre qui se brise sous l'impact, puis tombe au sol, inerte, parmi les tessons.

Celle d'après, plusieurs choses se produisent simultanément : Heero immobilise Quatre en le projetant face contre terre, lui déconnecte le détonateur de sa ceinture et appelle son ami.

- Trowa, est-ce que tu m'entends ?

Pour toute réponse, du sang provenant de sa tête s'écoule vers eux en traçant un sillon écarlate le long des joints du carrelage…

- Trowa ? l'appelle Quatre d'un air perplexe, comme s'il venait de sortir de transe. Oh, mon Dieu ! Non… Trowa ! Trowaaaaaa ! Heero, lâche-moi, il faut lui porter secours !

Il tente de s'extirper de l'étreinte lourde et ferme d'Heero, en vain.

- Il est trop tard pour le sauver ! Regarde où ta folie nous a conduit ! s'emporte-t-il.

Sous le choc, lui aussi.

- Le temps presse… Laisse-moi au moins essayer ! supplie-t-il.

- S'il y a quelque chose à faire, c'est à moi d'en décider ! Tu as assez fait de dégâts autour de toi, il me semble, assène-t-il.

Effondré, Quatre se sent mourir…

- Qu'ai-je fait ? s'interroge-t-il, gémissant de douleurs. Qu'ai-je fait à mon étoile ?

Attristé et sentant son ami complètement dévasté, Heero se met à le serrer contre lui, davantage pour le soutenir que pour le retenir prisonnier…

Personne, à part Heero et Trowa, n'a vu Quatre commettre ces crimes. Et personne, à part eux, Milliardo et les Administrateurs ne sont au courant. Ayant rapidement pesé le pour et le contre, l'Organisation – suggérée par l'Administrateur Chang et le Colonel Yuy - a finalement décidé d'extraire discrètement Quatre du site, sans engager de poursuites. Cela, à condition qu'il reste disponible sur le sol japonais et réponde présent chaque fois qu'une unité preventers réclamerait ses services.

Pour le « reste », justifier les morts de treize terroristes, conséquemment au raide d'une équipe preventers, est passé comme une lettre à la poste ; les peuples de toutes les Régions réclamant vengeance pour l'assassinat du philanthrope, il fut aisé d'entériner l'affaire, sans que personne n'ait le moindre soupçon sur son déroulement…

Fin du flash-back

Trowa se souvient des cris déchirants de son mari, alors redevenu lui-même et confronté à l'horrible tragédie dont il est l'auteur…

- Trowa, l'appelle-t-on d'une voix amicale.

Il ouvre les yeux et voit Heero, accroupi à ses côtés.

- Tu n'as rien de grave, lui apprend-il.

Trowa le considère un court instant, avant de se relever souplement.

- Je sais.

Son regard glisse vers le corps de Quatre, roulé en boule contre l'un des bureaux et parcouru de soubresauts.

Croyant bien faire et n'écoutant que son cœur, l'Agent Gotô s'apprête à secourir l'empathe…

- Nanako, non ! la retient Heero. Ne le touche pas…

Dans le même temps, Trowa vient s'agenouiller face à son mari.

Le visage enfoui dans ses bras, ce dernier s'emploie à respirer profondément, le cœur et l'âme affolés, terrifié à l'idée d'être encore capable de s'en prendre à l'homme qu'il aime.

A des êtres innocents.

Ceux-là même qu'il a juré de protéger…

- Je suis tellement désolé…, souffle-t-il.

Sans mot dire, Trowa lui caresse les cheveux. Comme il aurait voulu le faire ce jour-

- Tu n'aurais pas dû chercher à me contrer, lui reproche Quatre.

- Et te laisser te battre avec ces porte-flingues, au risque que tu en ressortes blessé ou pire ?

- Ça n'aurait été que justice !

Peiné, Trowa le couve d'un regard empreint d'une grande tendresse.

- Relève-toi, Quatre, l'enjoint-il d'une voix douce, tout en l'attrapant par les épaules.

L'empathe se laisse faire, mais s'obstine à garder la tête basse.

- Les gens qui ont bon cœur sont condamnés à verser des larmes. Mais pourtant, personne ne les comprend. (A)

Usant à nouveau des paroles de Quatre, Trowa réussit à s'emparer de toute son attention.

- Personne sauf toi, murmure-t-il encore.

- Tu as toujours le choix, insinue l'héritier.

- C'est-à-dire ?

- D'emprunter un autre chemin, de choisir quelqu'un d'autre. J'expliquerai à…

- … notre fille, complète Trowa.

- Nous ne serions pas les premiers parents à divorcer et Towika… pourra choisir avec qui elle voudra vivre, termine-t-il avec difficulté, la gorge nouée.

Trowa laisse échapper un bref soupir.

- Pourquoi ne suis-je pas surpris que tu me soumettes cette proposition ? Quatre… à présent, dis-moi, qui est le plus absurde des deux ?

Bouleversé et à bout de force, comme s'il n'avait plus fermé l'œil depuis l'accident, Quatre se réfugie dans ses bras, les jambes en coton.

- Rentrons chez nous, suggère Trowa en le serrant contre lui pour le soutenir et l'aider à tenir debout.

En passant devant les agents, le Colonel Barton pense à les saluer d'un signe de tête. Puis, Quatre et lui quittent l'Agence, rendant les personnes restantes à l'épais silence qui aura régné durant le tête-à-tête des deux hommes et qui perdure encore une poignée de secondes…

… jusqu'à ce que Marc entrouvre la porte vitrée.

- La voie est libre ? s'enquiert-il, serein.

- Oui… c'est bon, répond Alec d'un air hébété.

L'Agent Faure est pâle et a le visage marqué par ses larmes, mais il semble avoir retrouvé toute son intégrité.

Pour Blake, en revanche, c'est plus compliqué…

Il est assis derrière son bureau, recroquevillé sur lui-même.

- Heero, pourrais-tu éclaircir quelques points ? demande Marc, tout en offrant un verre d'eau à son compagnon.

- Confrontés au déchainement émotionnel de Blake et à la folie criminelle de Masanaga, les empathes se sont retrouvés sous emprise. Grossièrement, dans ces cas-là, leur corps se retrouve commandé par l'état de vie d'une ou plusieurs personnes, sans qu'ils n'arrivent clairement à identifier ce qui leur appartient. Plus la confusion est grande, plus ils sont ballotés par ce qu'ils ressentent.

L'Agent Marc Guérin boit littéralement ses paroles, comme si Heero lui livrait le mode d'emploi d'Antoine…

- Quatre et Trowa ont une fille ? le questionne Nanako, le front plissé sous l'effet de la perplexité. Je ne comprends pas… Ils donnent l'impression de se connaître depuis longtemps, alors qu'ils n'ont véritablement coopéré sur une même enquête que récemment…

- Quatre et Trowa sont mariés depuis huit ans, révèle le Colonel, à la surprise générale. Il y a huit mois, comme vous le savez, le père de Quatre s'est fait assassiner. A l'issue de l'intervention visant à appréhender la cellule terroriste, Trowa est tombé dans le coma. Lorsqu'il s'est réveillé, les médecins lui ont diagnostiqué une amnésie nominative.

Heero veille à ne pas donner plus de détails qu'il n'en faut pour étancher leur soif de curiosité ; somme toute légitime, après ce qu'il vient de se produire sous leurs yeux.

- Oh ! dit-elle. Cela n'aura touché que son mari et leur fille…

- Hn.

Un autre type de silence s'installe…

- Et… Et pour Blake, que va-t-il se passer ? ose-t-elle s'enquérir.

- C'est tout réfléchi, déclare-t-il en reportant son attention sur l'Agent McGuire. Une mise à pied surveillé d'une semaine avec obligation de me faire valider tes déplacements quotidiens.

C'est sévère, mais Blake ne conteste pas. Il sait qu'il a échoué sur toute la ligne et mis en péril la vie de son frère. Si le Japonais du Sud se sent talonné de trop près, il pourrait parfaitement décider de se débarrasser de Shawn.

S'il ne l'a pas déjà fait…

- La prochaine fois que tu menaces le bon déroulement de ma mission, je te fais mettre aux arrêts jusqu'à ce que j'en ai terminé.

- …

- J'entends pas ! Heero hausse-t-il le ton.

- A vos ordres, mon Colonel ! répond précipitamment Blake en se redressant soudain, le regard fuyant. Toutes mes excuses, Sensei.

- Refusées !

Un froid polaire envahi la grande salle, déjà placée à basse température…

- Dois-je te faire raccompagner, ou crois-tu pouvoir traîner ta carcasse jusqu'à chez toi et revenir travailler sérieusement à faire libérer ton frère… vivant ? l'interroge-t-il en appuyant sur le dernier mot.

- Ça… ça ira.

Blême, Blake se lève et au prix d'un effort visible, entreprend de s'en aller…

- Je demande l'autorisation de l'accompagner, Sensei, quémande Nanako.

- Accordée, répond Heero, le ton radouci.

Le couple d'agents quitte l'Agence à son tour, y laissant une atmosphère tendue et morose.

- Masanaga en a seulement après moi, reprend Heero. Faites en sorte de ne pas vous trouver dans sa ligne de mire, compris ?

Ses hommes opinent du chef.

- Comment cela va-t-il finir ? s'inquiète Antoine, alors même qu'il ressent l'inéluctable se tramer.

- Tu trembles comme une feuille, constate Heero. Marc, donne-lui un soda et emmène-le s'allonger.

- Non merci, ça va aller, refuse doucement Antoine.

- C'est un ordre.

- Ah.

L'expression de l'Agent Faure a au moins le mérite de faire rire tout le monde et jusqu'à faire sourire Heero…

Pendant ce temps…

D'autorité, Nanako arrache les clefs de voiture des mains de Blake, puis s'installe au volant.

Amorphe, Blake n'est plus que l'ombre de lui-même, le visage blanc comme un linge…

Durant le court trajet, la jeune femme lui jette des regards à la dérobé. Et bien qu'elle soit déterminée à lui apporter son soutien, elle ne tente pas d'engager la conversation, cela, jusqu'à ce qu'elle s'immobilise sur la place de parking réservé au résident, sis au pied de l'immeuble où loge l'Agent McGuire.

Durant le court trajet, la jeune femme lui jette des regards à la dérobé. Et bien qu'elle soit déterminée à lui apporter son soutien, elle ne tente pas d'engager la conversation, préférant attendre de s'immobiliser sur la place de parking réservé au résident, sis au pied de l'immeuble où loge l'Agent McGuire.

Alors qu'elle ouvre sa portière et glisse au bord de son siège, Blake lui agrippe l'épaule.

- Je ne suis pas de bonne compagnie.

- Je vais te préparer quelque chose à manger.

- Non, merci, décline-t-il sa proposition, tout en quittant le véhicule.

A l'instar de son amie.

- Tu ne dois pas rester seul, Blake, affirme-t-elle en déclenchant le verrouillage centralisé. Pas après ce qui vient de se passer.

- Il ne s'est justement rien passé, Nana, rien ! Ça se trouve, il… il est entrain de violer mon frère à l'heure qu'il est ! Il va lui faire payer mon insolence et passer ses nerfs sur lui…

Comme son ami serre son trousseau de façon à laisser sur sa paume une empreinte très nette de sa clef d'appartement, Nanako le lui confisque avec douceur, avant de monter jusqu'à son palier…

- Dis-toi que Shawn vit ses derniers instants de calvaire, tente-t-elle de le consoler, tout en ouvrant la porte.

- Ça m'aide pas ! ronchonne-t-il en la suivant à l'intérieur du studio.

Sans surprise, celui-ci est impeccable. Ce n'est pas la première fois que l'Agent Gotô séjourne chez lui et chaque fois, son intérieur est irréprochable.

- Tu sais parfaitement qu'Heero et Duo ont prévu de l'arrêter

Blake se laisse tomber sur son canapé, tandis que Nanako va s'affairer en cuisine…

- Ça ne me plait pas ! se plaint-il.

- Je n'ai encore rien cuisiné !

- Je veux parler des risques que prend notre Colonel et Carte Noire.

- Duo, le repend-elle.

- Quoi ?

- Il s'appelle Duo, pas Carte Noire.

- Ah ! Ouais, si tu veux…

Nanako lève les yeux au ciel, attendrie par l'admiration sans borne que Blake voue au voleur hors pair ; un gentleman cambrioleur légendaire, inégalé, inimitable, remarquable et qui n'a certes pas son pareil pour fasciner les foules… mais un hors-la-loi tout de même !

- Nous ne pouvons pas les contrer et Sensei t'a explicitement menacé de représailles si tu te mettais en travers de sa de route, lui rappelle-t-elle.

- Je ne mérite pas sa protection…

- Tu es quelqu'un de bien, Blake. Heero le sait. Nous le savons tous.

Blake soupire bruyamment.

- Si tu savais…, commence-t-il, le regard dans le vague. Shawn est si gentil…

Nanako s'interrompt, le temps d'observer son ami perdu dans ses souvenirs.

- Je le saurai, Blake, assure-t-elle, le ramenant à leur réalité présente. Je compte bien le rencontrer, un jour et tu ferais bien de revoir ton comportement si tu ne veux pas souffrir de la comparaison !

Blake sourit, la remerciant d'un regard pour l'énergie qu'elle déploie afin de l'accompagner dans sa quête.

- Tu es un ange, Nana, déclare-t-il avec le plus grand sérieux.

Sans rien répondre, Nanako reprend le cours de son activité, tout en s'efforçant de ne rien laisser paraitre du trouble qu'il provoque en elle…

L'instant d'après, Blake étire le bras afin de se saisir de son téléphone fixe.

- Je sais cuisiner, Blake ! s'offusque-t-elle, convaincue qu'il s'apprête à appeler un traiteur.

Sans faire état de sa remarque, ni de la spatule brandie dans sa direction qu'elle tient dans sa main, l'Agent McGuire branche le haut-parleur.

- Secrétariat Chang, j'écoute ?

- Bonsoir, je dois parler de toute urgence à l'Administrateur… C'est une affaire de la plus haute importance.

Nanako ouvre grand la bouche, tel un poisson hors de l'eau.

- Veuillez vous identifier.

- Agent spécial Blake McGuire, matricule 4579BMG30-83.

La secrétaire le met en attente…

- Non mais t'es malade ? s'affole Nanako en murmurant.

- Sensei fait tout pour tout le monde, se justifie-t-il. Il est temps que nous lui rendions la pareille.

- En trahissant sa confiance ?

- Je ne suis pas en train de le balancer !

- Ah, non ?

- L'Administrateur Chang et lui se connaissent, depuis longtemps. Lui seul a le pouvoir de nous aider et d'officia…

- Chang, résonne soudain la voix dure et sévère du Haut dignitaire Preventer.

- Mes respects, Administrateur Chang. Pardonnez mon impudence, mais ce que j'ai à vous confier est une affaire des plus délicates…

- Venez-en au fait.

Blake déglutit, transpirant.

- Le Colonel Yuy est dans l'ennui à cause de moi. Vous êtes le seul qui puisse intervenir et sauver la situation.

-

- …

- Vous avez toute mon attention…

In petto, Blake se félicite qu'il suffise de peu de mots pour s'expliquer et justifier l'objet de sa requête…

On ne discute jamais avec un Administrateur. On argumente !

Au même moment,

au Temple du Myosotis…

Construit avec des bois précieux, le vieil édifice central est somptueux. Et comme pour renforcer sa magnificence, celui-ci se reflète dans le lac situé juste à l'avant, telle une porte donnant sur un monde parallèle…

Avec son toit d'or, le Temple illumine et domine les trois pavillons, de taille plus modeste, sis en fonction des jardins Zen. Ceux-ci, de sable et de pierre, sont ratissés chaque jour et mesurent, chacun, une vingtaine de mètres de long pour dix de large.

De l'extérieur, l'enceinte ultra sécurisée dissimule l'ensemble des bâtiments et des jardins, lesquels demeurent conséquemment invisibles aux promeneurs. En revanche, la grande pagode de cinq étages, culminant à cinquante-cinq mètres de haut, s'impose non seulement à leur regard, mais également à celui du reste du monde…

Car voici l'enjeu majeur de ce Palais. Au-delà de constituer une preuve de richesse manifeste et d'offrir un confort certain à son propriétaire actuel - le Daï - il s'agit surtout d'y mener une politique offensive et punitive visant à faire régner la terreur par la corruption, le trafic de stupéfiants, d'armes et à l'occasion, d'êtres humains.

Tandis que l'avenir du Myosotis se joue entre les murs du bâtiment principal, les faits et gestes du Japonais du Sud, quant à eux, se déroulent à l'abri des regards dans l'antre du Pavillon noir ; la résidence attitrée de Masanaga.

Loin d'égaler les dimensions imposantes du Temple, le Pavillon noir aux tuiles de cuivre ne manque pourtant pas de prestance, ni de charme… ni d'espace où loger ses dévoués.

Néanmoins, le Pavillon rouge leur est intégralement dévolu. Ainsi, Shawn et les autres y résident confortablement, bénéficient des meilleurs soins – médicaux et esthétiques - d'une éducation raffinée et consacrent du temps à la pratique d'arts martiaux, tel que le Tai-Chi-Chuan.

Contrairement aux apparences, rien de tout ceci n'est motivé par l'instinct bienveillant de Masanaga - inexistant, au demeurant - mais vise uniquement à satisfaire son bon plaisir…

Ses dévoués doivent être beaux, sains de corps, résistants et s'exprimer avec déférence.

Ses dévoués doivent absolument lui être agréables en tous points.

Le Pavillon jaune, en revanche, est réservé aux invités de marque ; lesquels peuvent admirer les salles ornées de fusumas - des écrans opaques coulissant utilisés pour redéfinir l'espace d'une pièce ou servir de porte dans l'habitat traditionnel japonais – finement peints voilà des siècles…

- Vermines ! Misérables rampants ! fulmine le fils du Daï.

Tandis qu'il foule d'un pas rageur le sol des couloirs couverts, suivi de sa garde rapprochée, son vêtement ample en soie noire virevolte autour de lui, telle l'ondulation d'une aura malfaisante…

- Ces sales petits morveux vont me le payer, tous autant qu'ils sont ! promet-il en s'engouffrant dans ses quartiers.

Il ne stoppe sa progression qu'une fois parvenu devant une commode noire en bois laqué, afin de se servir un verre de saké.

Puis, il en descend un autre, avant de projeter violemment le récipient en porcelaine fine de Chine contre une poutrelle.

- Amenez-le-moi et ne me faites lanterner ! ordonne-t-il d'une voix claquante.

Stoïques, si ce n'est blasés, ses hommes de main s'inclinent, ne doutant pas une seconde que leur maître réclame Shawn.

Depuis que le jeune homme vit reclus en ces lieux, les autres dévoués ont la surprise d'être moins sollicités… sinon pour des tête-à-tête de plus en plus rudes.

Ayant fini par faire le rapprochement, les jeunes hommes ont commencé par rejeter Shawn, avant de le molester. Lorsque Masanaga a découvert son favori, contusionné et le visage boursoufflé, son sang n'a fait qu'un tour. Ses représailles ont été à la hauteur de sa fureur… allant jusqu'à impliquer ses gardes du corps, lesquels ne se sont pas fait prier pour ajouter à leurs supplices.

Depuis cet épisode noir où les dévoués ont cru leur dernière heure arrivée - peut-être, même, l'ont-ils espéré - Shawn profite, seul, des plus belles pièces du Pavillon rouge et du jardin, tandis que les autres sont placés à l'isolement pour une durée indéterminée…

En dépit du luxe dans lequel Masanaga évolue, celui-ci n'a de cesse de pester en son for intérieur. Il est de notoriété publique que le fils du Daï n'est jamais contenté ; pas même lorsqu'il peut jouir de la compagnie de Shawn.

Le seul être pour qui le Japonais du Sud prétend éprouver de l'affection…

L'alcool aidant, Masanaga parvient à se redonner contenance et passe du séjour à l'une de ses chambres à thème, dont il dispose au gré de ses humeurs.

Celle qu'il choisit présentement inviterait à la détente - de par sa sobriété - si des chaînes ne pendaient pas au plafond, au-dessus du lit. Immense, taillé dans un bois sombre et dense, celui-ci présente d'autres chaînes fixées à chacun de ses quatre montants, à l'aide de lourds anneaux.

Alors qu'il se perd dans ses souvenirs, le fils du Daï sent de nouveau une présence, derrière lui. Il pivote donc pour considérer son captif, lequel est encadré par deux hommes de main.

Du haut de ses vingt-deux ans, Shawn est un très beau jeune homme. Certes, il n'a pas d'autre choix que d'entretenir et sublimer sa beauté physique, mais il a su préserver, malgré tout, une lumière intérieure qui fait toute la différence…

Son kimono en soie rouge, brodé de fils d'or, est sans conteste un ouvrage des plus raffinée. Néanmoins, rien ne semble rendre grâce à la finesse de sa peau claire. Avec ses courts cheveux blonds et ses yeux noisette, le frère de Blake donne une impression d'irréalité qu'aucune matière ne saurait magnifier avec justesse.

*Comment ai-je pu le comparer à Solo-le-soumis ?* se reproche le Japonais du Sud, incrédule quant à son égarement.

Fasciné comme au premier jour, il se rapproche lentement de Shawn, lequel lui coule un regard prudent…

Une fois parvenu jusqu'à son dévoué, le fils du Daï lui empoigne brusquement la mâchoire, afin d'admirer l'empreinte de ses dents qui se détache nettement sur le côté droit de son cou.

Il garde le silence, le temps de passer ses doigts sur le relief de sa blessure, puis l'interroge posément.

- Tu as toujours mal ?

- Plus maintenant, Maître, répond-il avec la docilité qui convient.

Il semble serein, presque absent, comme s'il avait développé la capacité de s'évader par la pensée, abandonnant son corps à son triste sort…

D'une main possessive, Masanaga se met à caresser sa joue… avant de le gifler avec force.

Sous l'attaque cuisante, la tête de Shawn pivote, sans bruit. Nul doute qu'il se serait effondré si les gardes du corps ne le maintenaient pas debout.

- Ton merdaillon de frère et ses congénères attardés s'entêtent à vouloir t'arracher à moi ! se plaint Masanaga. (1)

Bien qu'il ne laisse rien paraître, Shawn est dévasté d'être séparé de Blake. Par pur sadisme, Masanaga lui a appris que son grand-frère remuait ciel et terre pour le récupérer… et qu'ils vivaient à seulement quelques kilomètres, l'un de l'autre.

- Qu'as-tu à dire pour sa défense ? Si tant est que quiconque puisse plaider en faveur d'un nigaud ! (2)

- J'aurais préféré qu'il m'oublie, Maître.

- Tu es toujours prêt à… sacrifier ta vie… pour sauver celle de cet ostrogoth, même en sachant ce que cela signifie ? (3)

La seule raison pour laquelle Blake McGuire est encore sain et sauf – au-delà du fait qu'il survie à ses missions – est que Masanaga a fait le serment de l'épargner, tant que Shawn accepte de se conformer à ses règles. Sans compter celles concernant son comportement, Shawn n'a pas le droit d'attenter à sa vie. A la seconde où il mettrait fin à ses jours, ceux de son frère seraient comptés… et ses souffrances, démultipliées.

Aussi, le mafieux trouve finalement assez distrayant de torturer moralement deux hommes, pour le prix d'un.

- Sans hésiter, Maître.

A ces mots, Masanaga passe son dévoué aux rayons X, comme pour chercher à déceler d'où peut bien provenir cet amour fraternel indéfectible…

Puis, il aperçoit un mince filet de sang se frayer un chemin au coin de sa bouche, conséquemment au coup violent porté à sa tête. C'est alors qu'il l'empoigne brusquement par les cheveux, afin de l'embrasser et de goûter son affliction.

- Tu es incomparable, souffle-t-il contre ses lèvres, tout en le dévêtant.

Lorsqu'il dénoue sa propre ceinture et écarte les pans de son kimono, Shawn s'agenouille devant la virilité de son Maître… tandis que les hommes de main reculent d'un pas.

Malgré le fait que son devoir semble évident, Shawn doit attendre que Masanaga glisse une main dans sa chevelure, afin d'y exercer une certaine pression, signe que le moment de l'honorer est venu.

Imprévisible, Masanaga est capable de se déchaîner sur lui et en lui des heures durant, ou bien de le prendre avec plus de retenue, voire avec douceur…

- Tu sais ce que tu représentes pour moi, n'est-ce pas ?

- Je suis votre dévoué, Maître.

Le Japonais du Sud prend le temps de la réflexion en le dévisageant d'un air méditatif…

- Attachez-le aux montants du lit et sortez, finit-il par ordonner à ses porte-flingues.

Lesquels s'empressent de satisfaire leur Seigneur et Maître en entrainant Shawn jusqu'au lit, où il lui attache solidement les poignets. Entravé, digne et courageux, le jeune homme se laisse faire, allant même jusqu'à coopérer.

Comme n'importe qui d'autre dans cette situation, il a d'abord commencé par se débattre farouchement.

Il s'est refusé à lui, en vain.

Il a lutté avec rage, se révoltant contre son kidnappeur… au début.

Puis il a compris que rien ni personne ne pouvait plus l'aider.

Qu'il ne sortirait jamais d'ici et que la seule manière de s'épargner des souffrances inutiles était d'accepter son infortune…

Il s'apprêtait à fêter ses dix-huit ans quand trois hommes l'ont abordé dans une rue fréquentée de l'État de l'Illinois, à Chicago.

Shawn sortait d'un disquaire, le cadeau de Blake en main, lorsqu'il s'est fait embarquer sous la menace d'une arme dans une berline noire aux vitres teintées.

Le soir-même, il se retrouvait ligoté au Temple du Myosotis, en offrande au fils du Daï

Blake, de son côté, l'a attendu chez eux jusqu'au petit matin, guettant l'heure à laquelle l'on pouvait légitimement déclarer une disparition inquiétante. Toutefois, quand le moment de contacter la police fut venu, les agents ont refusé de déclencher l'alerte enlèvement, convaincus que le jeune frère avait simplement fugué, histoire de fêter sa prochaine majorité.

« C'est d'son âge ! Il finira par réapparaître, vous faites pas de bile ! » disaient-ils…

Désespéré, terrifié, le grand-frère d'à peine vingt-ans s'est retrouvé seul au monde et dans l'incapacité insupportable de porter secours à son frère cadet.

Le lendemain, il décidait de s'engager au sein de l'Organisation Preventers. Et trois ans plus tard, Heero le recrutait. Cela, en connaissance de cause, puisque les deux hommes ont fini par découvrir que Shawn était détenu prisonnier par Masanaga…

- Tu es bien davantage à mes yeux, le détrompe ce dernier en s'allongeant sur lui.

Résigné, Shawn l'accueille comme il se doit, sous peine d'ajouter à son calvaire.

Satisfait de son obéissance, de sa totale dévotion, Masanaga vient mordiller ses lèvres, non sans brusquerie, avant de l'embrasser longuement… exigeant de lui le meilleur et ne lui réservant que le pire.

Dans son malheur, Shawn peut se targuer de connaître le fils du Daï mieux que quiconque. Pourtant, malgré ses quatre longues années passées entre ses mains, il ne sait toujours pas anticiper les actes du mafieux…

Peut-on seulement prédire la folie ?

- Un jour, tu verras…, commence Masanaga.

Le cœur battant et les yeux humides, Shawn se crispe à mesure que le fils du Daï se presse contre son intimité.

- … tu m'aimeras autant que je t'aime, promet-il, avant de le pénétrer avec force.

Le dos arc-bouté, la tête rejetée en arrière et le visage grimaçant de douleur, Shawn tire inconsciemment sur les chaînes qui le maintiennent allongé, pendant que Masanaga le possède avec une fougue cinglante, enivré par ses cris de détresse et son asservissement…

Une heure plus tard,

à la salle du Trône - le cœur du bâtiment principal…

D'un naturel impatient, Masanaga doit malgré tout se résoudre à attendre dans le couloir central du Temple, le temps que le Daï mette un terme à une réunion à laquelle le Japonais du Sud n'a pas été convié.

Ce dernier pourrait peut-être ignorer cette énième marque de mépris, si les Chefs de clans et vieux dignitaires du Myosotis lui témoignaient le respect dû à son rang de prétendu héritier. A l'inverse, aucun d'entre eux ne prend la peine de le considérer, ne serait-ce que pour assurer leurs arrières et la pérennité de leurs affaires, au cas où le Daï viendrait à disparaitre… prématurément.

*Pauvres fous !* tempête Masanaga, in petto.

- Entre ! commande soudain le Daï de sa voix autoritaire.

Masanaga s'avance jusqu'à une distance raisonnable de dix pas, puis s'incline d'une façon qui a plus à voir avec la soumission qu'avec un sentiment d'estime.

- Vous m'avez fait mander, Maître ?

Depuis son fauteuil royal, le Daï le toise durement.

- On m'a rapporté ta convocation signée par le Colonel Yuy, en personne.

- Nous n'avons rien à craindre d'eux.

- Bien sûr que non ! s'offusque-t-il. En revanche, ton avenir me parait irrémédiablement compromis…

Masanaga relève le buste, mais garde la tête basse.

- Que voulez-vous dire ?

- Tu n'es qu'une source d'ennuis, concède-t-il à préciser.

Comme d'habitude, son fils caché encaisse, sans mot dire.

- Tu es destiné à être mon successeur. Mais tout ce que tu fais depuis ta naissance, tout ce que tu décides se révèle être un fiasco.

- Je n'aspire pourtant qu'à vous plaire et à être utile au Myosotis.

- Mensonge éhonté ! Tu n'as rien fait d'autre que collectionner les conquêtes et à mes frais.

- Je vais de ce pas donner l'ordre qu'on se débarrasse de mes quatre dévoués.

- Tu en as cinq, il me semble…

- …

- Il devient impératif de te marier avec une femme et de fonder une famille respectable. Si ta descendance saute une génération, peut-être sera-t-elle plus apte à régner que toi.

Masanaga serre les poings, indigné, humilié et fou de douleur.

Indifférent, le Daï se lève avec une nonchalance trompeuse. Égrenant un chapelet en bois précieux, il va se positionner devant l'une des katomado – littéralement, fenêtre de feu – qui donne à contempler l'immensité du domaine…

- Des rumeurs de déclin, allant jusqu'à circuler parmi nos plus fidèles alliés, menacent notre famille. Il est grand temps d'apporter ta contribution à les faire démentir, lui reproche-t-il son désintérêt pour les affaires du groupe.

- Je m'y efforce, Maître. Si seulement, vous acceptiez de me laisser les coudées franches…

Le Daï pivote vers lui, visiblement furieux d'être mis en cause dans l'impéritie manifeste de son bâtard de fils, lequel s'obstine à vouloir ignorer l'évidence de sa filiation.

Cependant, malgré toute l'énergie qu'il met à nier leur lien de parenté, cela, tout en prétendant monter sur le Trône en toute légitimité, Masanaga ne peut cacher son amertume. Celle de n'avoir jamais été présenté officiellement, bien que chacun le surnomme « le fils du Daï ». Celle de n'avoir jamais été reconnu par son père, ni publiquement, ni au sein de leur sphère privée.

Celle de n'avoir pas été réellement le fils d'Odin… ou pendant si peu de minutes.

- Serais-tu devenu fou au point de me traiter de vieillard sénile ? l'interroge-t-il d'un ton comminatoire.

- Mille pardon si c'est là l'impression que je vous ai donné, mon Maître. Je ne suis que votre humble et dévoué serviteur…

Ces mots et cette sujétion imbibés de fureur ont une saveur unique que le Daï est à même de goûter…

Les papilles contentées, il s'apaise un tant soit peu, presque satisfait. Néanmoins, cela ne vient pas peser en faveur du Japonais du Sud…

- Tu as l'air de tenir tout particulièrement à ce… Shawn McGuire, insinue le Daï.

Masanaga se tend.

- Tue-le…

- Maître…

- … de tes propres mains, poursuit-il sans faire état de son intervention.

- Comme toujours, je saurai me plier à votre volonté, mais laissez-le-moi…, implore-t-il, conscient de réduire à néant tous ses efforts visant à paraitre puissant et inébranlable.

Des tentatives dignes de son illustre père.

Le Daï l'observe un long, très long moment…

Il détaille son fils de vingt-cinq ans, indubitablement séduisant – bien plus qu'il ne l'a jamais été – et aux mœurs toutes aussi scandaleuses. Néanmoins, il regrette son absence de charisme et sa vision étriqué de l'avenir.

- Tu as jusqu'à demain matin, finit-il par lâcher.

- Maître…

- Si tu tiens tant à ce jeune homme, épargne-lui une exécution publique.

C'est-à-dire, en présence du comité.

- Et… dans la foulée… épargne-toi une humiliation supplémentaire, assène-t-il.

Tremblant de rage, Masanaga attend que son Maître ait quitté la salle du Trône pour pousser un hurlement de pure frustration.

Un cri déchirant, audible jusqu'au dehors et que le Daï ne saurait manquer, depuis les couloirs couverts qu'il emprunte pour rejoindre ses appartements privés…

De retour au Pavillon noir, Masanaga convoque ses hommes de main ; au grand complet, ils sont au nombre de treize.

- Ils ne doivent pas voir le jour se lever, déclare-t-il, tout de go et l'air soucieux.

- Seigneur, nous commandez-vous les exécutions de tous vos dévoués ? s'enquiert son garde du corps en chef.

- Le premier qui touche à Shawn, je le pèle comme un oignon avant de lui faire bouffer sa turgescence ! s'emporte-t-il avec véhémence.

Puis, afin de retrouver contenance, il passe une main dans ses cheveux noirs et raides.

- Quant aux autres, ils sont à vous, confirme-t-il son ordre.

Pour le plus grand plaisir de ses hommes.

- C'est un grand honneur, mon Seigneur, mais je préfère rester ici et assurer votre protection.

Réellement surpris, le Japonais du Sud s'avance vers lui pour poser une main sur son épaule.

- Tu me sers fidèlement, depuis toujours…

Le Chef de sa garde personnelle incline la tête, de façon à ne pas obliger Masanaga à retirer sa main.

- Si je devais partir d'ici… en exil… me suivrais-tu, même si cela déplait au Daï ?

- Oui, mon Seigneur.

Masanaga prend le temps de la réflexion, tout en étudiant son vis-à-vis…

- Toi, plus qu'aucun autre, mérite de prendre un peu de bon temps. Accompagnes tes hommes et laissez-vous aller à votre… imagination.

- Soyez assuré de notre reconnaissance, Maître.

- Faite durer…, leur recommande-t-il.

Ou peut-être est-ce un ordre ?

Ainsi missionnés, ses porte-flingues s'inclinent profondément, avant de s'éloigner gaiement en direction du Pavillon rouge…

Sans plus attendre, Masanaga retrouve Shawn, lequel est toujours étendu sur le lit, recroquevillé sur lui-même et les mains liées.

Cependant, Masanaga sait qu'il ne dort pas.

Autant que possible, son dévoué favori ne s'assoupit jamais dans ses chambres à thème, mais seulement lorsque le fils du Daï le renvoie dans la sienne, au Pavillon rouge.

- Que dirais-tu de partir, quelque temps ? le questionne-t-il d'un ton qui se veut dégagé. Avec moi, cela va sans dire…

Shawn est bien le seul et unique dévoué à qui il demande son avis. Les autres n'ont pas voix au chapitre…

Non pas que Shawn ait véritablement le choix ou un quelconque poids sur la décision finale du mafieux. Néanmoins, Masanaga lui accorde l'illusion d'un espace de liberté intellectuel.

- Je me plierai à votre volonté, Maître, promet-il intelligemment.

Il n'a plus grand-chose à voir avec le jeune homme étourdi et naïf qu'il était du temps où son grand-frère le couvait ; pire qu'une mère !

En quatre ans de conditionnement, Shawn s'est transformé en un jeune homme de bonne famille aux manières irréprochables.

Alors que le Japonais du Sud se rapproche de lui pour venir s'asseoir sur le rebord du lit, Shawn se repositionne correctement sur le dos.

- Que ressens-tu pour moi ? veut-il savoir.

Et pendant qu'il caresse son torse du bout des doigts, il le scrute plus que jamais, comme s'il cherchait à lire dans les moindres recoins de son esprit…

Pris de panique, son dévoué ne peut empêcher son rythme cardiaque de s'emballer.

*Cette question est trop ouverte, trop personnelle, trop périlleuse ! Quelle que soit ma réponse, elle ne lui conviendra pas…* se dit Shawn, terriblement inquiet.

- Je ne sais pas quoi vous répondre, Maître. Pardonnez-moi…

Le Japonais du Sud lève une main… pour l'abaisser doucement vers son visage, qu'il effleure ensuite.

- C'est pourtant simple, affirme-t-il d'une voix où perce une pointe d'irritation. M'es-tu attaché ? Dirais-tu… dirais-tu que tu m'aimes, à ta manière ?

La peur au ventre, le cœur de Shawn bat à tout rompre.

- D'une… d'une certaine manière, je…, commence-t-il, la bouche sèche.

Pensant l'aider à y voir plus clair, Masanaga se penche pour l'embrasser…

Il met dans ce baiser toute la douceur dont il se croit capable, invitant même son dévoué à y prendre part, activement. Ce qui, dans son esprit, revient à se laisser dominer ; en partie et toute proportion gardée.

Une opportunité que Shawn ne saisit pas, dans les deux sens du terme.

N'ayant aucun doute sur son homosexualité, le jeune homme n'est sorti qu'avec un seul garçon de son âge – un individu des plus timides - et pendant trois petits mois, avant d'être séquestré et violé par le mafieux.

Shawn n'a donc pas eu le temps d'appréhender les rapports intimes entre deux personnes consentantes, où chacun se donne à l'autre, en toute confiance.

- Alors ? s'obstine Masanaga, sa main se frayant un chemin jusqu'au membre de son dévoué, amorphe.

Confus quant à ses desseins, Shawn est à nouveau pris de terreur et halète.

- Chuuut… Laisse-toi aller à mes envies…

- Mais je… je ne suis pas en mesure de vous satisfaire, Maître.

- J'ai ce qu'il te faut, insinue-t-il en se levant pour s'emparer de la boîte rouge d'où il sort une seringue.

A la vue de cet objet, Shawn se met à pleurer, doucement, tandis que le Japonais du Sud aspire le liquide transparent de la petite fiole.

- Voici de quoi me prouver ton amour, murmure Masanaga, visiblement réjoui. Tourne-toi.

Shawn s'exécute, la mort dans l'âme, avant de sentir l'aiguille transpercer le côté droit de sa fesse.

- Tu es si timoré… Bientôt, je suis certain que tu n'en auras plus besoin.

L'action du produit est fulgurante. Au bout de seulement quelques secondes, Shawn sent une chaleur nouvelle et étrangère l'envahir, peu à peu, et commander à ses sens.

Lubrique, Masanaga observe le phallus de son dévoué se dresser, le sentant plaisamment durcir dans sa main. Electrisé, il commence à le masturber, tout en dévisageant Shawn, à l'affût de ses moindres expressions…

Sous le plaisir de ces sensations non-désirées, Shawn est désorienté.

- Alors ? persiste le mafieux, exigent.

Menaçant.

Pour toute réponse, Shawn se tortille, la respiration rapide…

A la pointe du jour…

Bien malgré lui, Shawn continue d'exciter durablement le Japonais du Sud…

Extatique, ce dernier retombe sur le dos pour la énième fois, afin de s'étendre aux côtés de son dévoué. Shawn souffre atrocement de son état. Il a beau éjaculer pour le plus grand plaisir de Masanaga, la puissance du médicament ne faiblit pas et ne cesse de lui provoquer érection sur érection, rendues douloureuses par l'effet du produit.

- Maître… j'ai mal, ose-t-il revendiquer.

Un sourire salace flottant sur ses lèvres, Masanaga examine avec ravissement le sexe tendu à l'extrême de son captif.

- La souffrance te sied à merveille, mon cher…

- Je vous en supplie !

Masanaga n'ignore pas le supplice de son amant. Au contraire, il s'en nourrit comme on se repait de son dessert favori : longuement, lentement et avec délice.

Radieux, il vient effleurer son phallus, sur toute sa longueur…

- Maîiitre ! implore Shawn.

Le contact physique est devenu insoutenable. Instinctivement, il essaye de se dégager, sans grand succès.

Il n'a pas le temps de regretter son geste que le fils du Daï ancre durement son regard d'acier dans le sien.

La chose est grave : Shawn a tenté de se refuser à lui.

- Que cela ne se reproduise plus, le prévient le mafieux.

- Non, Maître, promet-il d'une voix tremblotante, des larmes roulant sur ses joues.

L'espace d'un instant, il s'attend à recevoir une pluie de coups, mais c'est sans compter sur la fascination que son membre dressé exerce sur son ravisseur.

En lieu et place de le châtier comme à l'accoutumer, le Japonais du Sud choisit plutôt de continuer sur sa lancée en le travaillant au corps…

- MHMMMMMM ! se plaint Shawn.

Masanaga le touche sans douceur, venant s'abreuver de son infortune en l'embrassant profondément…

Il se délecte comme jamais de sa détresse, regrettant de ne pouvoir abuser de cette molécule plus souvent ; à long terme, l'individu succombe à une crise cardiaque.

Enhardi par le plaisir qu'il prend à tourmenter Shawn de cette façon-ci, Masanaga projette de le loger ailleurs, en cachette, afin de continuer à assouvir ses fantasmes…

- Mhm ! gémit-il soudain en ouvrant grand les yeux de stupéfaction.

Abasourdi, le mafieux se redresse vivement au-dessus de Shawn. Puis, il porte une main à sa bouche… qu'il trouve ensanglantée.

- Tu m'as mordu, constate-t-il, médusé. Tu as osé… me mordre ? s'offense-t-il, ensuite.

Scandalisé, il gifle durement Shawn et à plusieurs reprises…

En pleurs, la peau comme brûlée sous la répétition des coups, celui-ci parvient à prononcer quelques paroles.

- Je… je ne vous aime pas… Maître.

Masanaga serre les poings, furieux de son aveu et de se sentir rejeté, une fois encore, et par Shawn.

Surtout, par lui.

- On ne peut pas… forcer quelqu'un à vous aimer, poursuit Shawn avec courage, le corps parcouru de spasmes.

- Dans ce cas, tu ne m'es plus d'aucune utilité ! assène-t-il, comme s'il broyait chacun de ses mots.

Dans le même temps, il le prend par la gorge pour la lui comprimer progressivement.

- Je meurs… libre, réussit à articuler son dévoué, avant que l'air ne vienne à lui manquer.

Il en est à se remémorer les meilleurs moments passés avec son grand-frère, Blake, lorsque Masanaga le relâche subitement. Hors de lui, il saute littéralement du lit, afin de faire les cents pas…

- Tu m'appartiens, Shawn ! fulmine-t-il. Qu'est-ce que tu crois ? Que j'ai besoin de ton assentiment ? sa voix tonne-t-elle.

- Non, Maître.

- ASSEZ D'INSOLENCE !

Shawn se pétrifie et prie pour que son cœur explose avant que Masanaga ne parvienne de nouveau jusqu'à lui…

Mais ce qui est devenu son seul et unique désir ne s'exauce toujours pas et il doit contempler, impuissant, le regard empli de haine du mafieux, planté au plus profond du sien.

- Si tu me refuses l'accès à ta virilité… alors personne n'y aura droit ! finit-il par déclarer.

- Maître… que faites-vous ? s'effraie Shawn en tirant sur ses chaines. Je vous en prie, je vous en conjure ! Non… NON ! NOOOOOOOON !

A suivre…

Note :

(1) : merdaillon : petit puant qui veut faire l'important

(2) : nigaud : qui est sans finesse d'esprit

(3) : ostrogoth : imbécile, personne qui ignore les bienséances

(A) : citations originales issues de l'anime GW, dont un ensemble de dialogues, lors du flash-back, provenant des épisodes 24 et 25.

Note de fin : Ouf ! J'ai pu poster aujourd'hui. C'était mal parti, mais je fais mon maximum pour respecter mes délais… et votre impatience délicieuse à connaître la suite des intrigues ; vous m'en voyez ravie !

Alinea63, merci, merci, merciii ! Ça me fait du bien, ça me rassure, ça me motive tellement aussi… Ces quelques lignes sont précieuses pour moi ; comme les reviews le sont pour tous les auteurs. Également, un grand, un immense merci à toi, Lysanea, de prendre le temps de me lire en mode « lectrice » et de laisser une review si encourageante, si rassénérante ! Ton regard sur mes écrits est très, très important, comme tu le sais… Tu m'as fait rire en parlant de Lady Une ! Et chaud au cœur, en me confiant et confirmant la tendresse et l'intérêt que les lecteurs peuvent éprouver vis-à-vis de mes personnages secondaires. Enfin, ceux qui sont sains d'esprit ! Au fait ? Je dis ça, je dis rien, mais… tu m'as traité de génie, non ? LOL ! *je sors*

Misaki, Kat'anna, je sais que vous êtes présentes à chaque chapitre. Merci à vous deux pour votre soutien. Tit0u86, j'espère que tu es toujours parmi nous… Aussi, je n'oublie pas celles et ceux qui se sont inscrits aux alertes postes.

Je pense fort à chacun d'entre vous. Bon courage et…

A la semaine prochaine !

Kisu

Yuy