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Carte Noire,

un voleur nommé désir

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Source : Gundam Wing AC

Auteure : Yuy

Bêta de lumière : Lysanea

Genre : yaoi, romance, policier et UA.

Disclamer : aucun des personnages ne m'appartient sauf Black Light, Kimo Lost/Maxwell dit « Le Joker », Scarlette, Jenna et John Johnson, Gale et l'Inspecteur Morris, Aideen dite « L'Irlandaise », Masanaga dit « Le Japonais du Sud », Joe Fisher, le Gardien du loft 781, Lionel et Jeff, Akane, Lieutenant Nanako Gotô, Yumi, Capitaine Marc Guérin, Capitaine Alec Bowers, Lieutenant Antoine Faure, Capitaine Blake McGuire, Agent spécial Kale, Jack Glade, Anita Stones, Faye Ship, Ito Li, Barbara Linardt, Stan et Shawn McGuire, Steve Harris, Akito, Towika, Eichi, les frères Studners, Commandant Giuliano Cortesi dit Elmo, Gasper, Rosy, Charles, Luca, Standford, Surk, Shin-ji, Estelle, Docteur Akeno, Antonio, Katrine, Vincent, Fernand Faure, Isabelle De la Forgerolle-Faure, Cure-dent, le Colonel Jackson, Maurice Bailey dit « le géniteur », Daniel Bailey, Freddy, Miss Lili, Phoebe, Jason Stich, Hakim, Stuck, Jackie, Jake MacCain, Sean Davis, Silvio, Rosy MacGarette, l'Agent spécial Tsuki, Vincent, Antonio, Alexandra, Steven, Kylian, Monsieur Fernot et Monsieur Boyer…

Couples : Heero x Duo ; Trowa x Quatre

Note : il est grand temps pour nos G-boys de prendre de l'altitude pour plonger, ensuite, tête la première en territoire ennemi…

Lime

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À Ly-chan, mon impérissable

et à tous les lecteurs

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Bonne lecture !

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15 – WingSuit

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Le jour-même,

au lever du soleil…

Heero et Duo ont l'esprit tranquille de savoir leurs enfants épanouis, entre de bonnes mains et sous bonne garde ; il n'est pas né, l'individu capable de les atteindre avec Quatre, Trowa, Milliardo et leurs parents pour cerbères !

Lorsque le Colonel Yuy et son désormais compagnon poussent la porte de l'Agence - somme toute plutôt détendus, compte tenu de ce qu'ils s'apprêtent à faire - ils sont étonnés d'être accueillis par une série de mines lugubres.

- Bah, vous en faites des tronches ! lance immanquablement Duo.

Blake, en civil, s'avance vers eux, visiblement nerveux.

- Sensei…, commence-t-il d'un air coupable.

Il a longuement réfléchi à ce qu'il dirait à Heero. Les raisons qui l'ont décidé à les dénoncer, Duo et lui. Mais à présent qu'il se retrouve face au Colonel, sous son regard scrutateur et à proximité de son aura impressionnante… il n'est plus capable que d'articuler ce qui lui vient, la bouche sèche.

- Quelqu'un t'attend dans ton bureau.

- Qui dois-je remercier ? s'enquiert Heero avec une ironie froide.

L'Agent d'élite Yuy est réputé indéchiffrable. Chacun sait cela. Beaucoup l'ont éprouvé ou l'ont appris à leurs dépens. Et pourtant, tous tentent instinctivement de décrypter ses pensées. Seulement, son beau visage reste désespérément impassible et son regard… un brin comminatoire.

- Moi seul, se dénonce McGuire.

Déjà qu'il a manigancé cette rencontre inopinée derrière le dos de son Colonel, il ne tient pas en plus à passer pour un couard !

- Nous tous, le contredit Marc.

Lequel rejoint son collègue pour faire front.

Au fond, personne, pas même Heero, n'est surpris par son attitude. Marc est un ami fidèle et loyal. S'il juge légitime le comportement d'un individu, alors il se fait un devoir de le défendre. Coûte que coûte.

- Nous formons une équipe, poursuit effectivement l'Agent Guérin. Ce sont tes propres mots, Heero.

Leur Colonel n'a aucunement la sensation d'être désavoué. A l'inverse, il est pleinement satisfait de les savoir soudés… dans l'honnêteté.

- Hn, commente-t-il avec un air mystérieux.

Nullement ébranlé, il s'en va recevoir son rendez-vous arrangé… se doutant pertinemment de ce qui l'attend.

- Qu'avez-vous comploté ? les interroge Duo.

D'un ton nettement moins conciliant…

Pendant ce temps,

au bureau officiel du Colonel Yuy…

Heero ne se sent pas pris au dépourvu, ni décontenancé de trouver Wufeï, debout face à la baie vitrée de son grand bureau, les mains croisées dans le dos.

Sobre, élégant et charismatique, l'Agent d'élite et Administrateur Preventer Wufeï Chang donne continuellement l'impression de remettre en question les principes fondamentaux de l'Univers.

Si certains le traitent d'éternel insatisfait, d'autres ont su interpréter son souci éthique d'être toujours en accord avec ses valeurs ancestrales dans un monde dénué de sens moral. En cela, il est aisé de qualifier d'extrême son idéal de Justice ; le confort de la modernité et l'illusion de protection qu'elle offre n'ont fait que renforcer l'ignorance des êtres humains. Au contraire, il serait plus juste d'avouer que Wufeï Chang applique simplement les directives les plus élémentaires.

Néanmoins, la présence lumineuse et chaleureuse de Sally à ses côtés a le mérite d'assouplir sa vision de la vie et de ses aléas…

A trop vouloir bien faire, Wufeï s'était condamné à une retraite intérieure prématurée. Torturé par un excès de rigidité, le jeune homme s'accusait alors de tous les maux… jusqu'au jour où sa rencontre avec Sally Pô a brisé net son empire de solitude. Spirituelle et combative, celle qui devint son amie, puis sa femme, a tôt fait de l'extirper de sa culpabilité déplacée et disproportionnée.

- Chang, le salue respectueusement le Colonel, tout en refermant la porte.

- Yuy, répond l'Administrateur sur le même ton, en se tournant vers lui. C'est poussiéreux, ici…

- Viens-en au fait.

Tel un rituel, Wufeï et Heero ont pour coutume de se jauger un moment…

Entre admiration et affrontement.

- Je viens valider ta prochaine intervention au Temple du Myosotis, finit par déclarer le Haut dignitaire Preventer.

Là encore, Heero s'attendait à ce que l'objet officiel de sa visite soit lié à la mission officieuse qu'ils se sont programmés, Duo et lui. Pour quelle autre raison Blake aurait-il alerté un Administrateur, sans d'abord en référer à son supérieur hiérarchique direct ?

- Malgré ta position élevée au sein de l'Organisation, il te faut un motif valable pour autoriser ce type d'opération.

- Blake a reçu un message de son frère, hier soir et sa parole de Preventer fait foi.

Heero et Wufeï n'y croient pas une seconde, mais ils devinent aisément les mobiles qui ont poussé Blake à inventer cette histoire : la seule façon de délivrer son frère et d'éviter à Heero et Duo de souffrir de représailles judiciaires pour la mission commando qu'ils ont d'ores et déjà planifié.

En revanche, Blake risque gros si les autres Administrateurs venaient à découvrir la supercherie. Dans le meilleur des cas - considérant la détresse morale de l'Agent McGuire vis-à-vis de son frère - un blâme pour faux témoignage accompagné d'une mise à pied. Au pire, l'agent porterait à lui seul le discrédit intolérable qu'il aurait dès lors jeté sur l'Organisation et devrait en subir toutes les conséquences : un renvoi pour faute grave additionné de pénalités financières et d'une surveillance à durée indéterminée, jusqu'à ce que l'ex-agent donne l'assurance de n'être pas tenté de vendre des informations ; quelles qu'elles soient, ces données seraient qualifiées de sensibles puisque régissant la vie des preventers à travers le monde.

Fort heureusement, le renvoi d'un agent reste rare. Le niveau de recrutement permet d'invalider certaines candidatures ou de décourager les moins motivés ou les plus curieux. A contrario, il met efficacement en lumière celles et ceux dont le profil cadre avec l'environnement d'inspiration militaire.

De fait, un renvoi n'est pas sans conséquences pour l'Organisation. Outre le changement évident des codes d'accès connus par tous les agents spéciaux à travers le monde et le rappel de certains fantômes en mission d'infiltration, les preventers doivent rester en alerte, utiliser les moyens mis à leur disposition comme la reconnaissance faciale, afin de s'assurer du respect de la confidentialité de la part de l'ex-agent à travers ses déplacements, ses rencontres, ses mouvements bancaires.

Les deux Agents d'élite en présence savent donc que tout dépend de la qualité de leur silence…

… à eux tous.

- L'appel à l'aide de Shawn McGuire prouve sa présence et sa séquestration en ce lieu et justifie votre plan d'action, poursuit Wufeï, sans ciller.

- Tu as pris la peine de te déplacer jusqu'ici pour me dire ça ?

- A l'avenir, fais en sorte que je n'ai plus à le faire, le prévient-il. J'ai lu ton rapport, Yuy. Mais j'attends toujours ton rapport complet sur Carte Noire, ajoute-t-il.

Comme Heero s'en doutait, Wufeï soupçonne bel et bien Duo d'être davantage qu'un faussaire et voleur de génie…

- Je n'ai rien de plus à en dire, si ce n'est détailler ses infractions au fur et à mesure qu'il nous les dévoilera.

… et comme Wufeï a fini par le réaliser, Heero fait et fera tout pour le cacher.

- Tu as été désigné comme étant la Voix de la Neutralité et le Garant du Livre des Lois Preventers, lui rappelle-t-il avec emphase. En intégrant les rangs de l'Organisation, tu as prêté serment de loyauté.

- Je ne trahis pas mon serment d'allégeance à la Constitution.

- Jusqu'ici, tu as toujours agi en accord avec les préceptes du Livre des Lois Preventers, reconnaît-il. Mais Maxwell et toi étiez sur le point d'en bafouer les fondements.

- Si tel avait été le cas, Duo aurait été forcé de me suivre et d'obéir à mes ordres. Vous n'auriez pas pu remettre en cause sa liberté conditionnelle et son implication, pleine et entière, au sein de l'Organisation.

Wufeï est proprement stupéfié !

- Tu irais jusqu'à t'accuser de tous les torts et entacher ton nom pour le protéger ?

- …

- Je ne sais pas si je dois être simplement consterné, ou bien entièrement et définitivement sidéré.

- A toi, maintenant, de décider comment tu dois préserver ton intégrité, lui rappelle Heero, usant des mots-mêmes de l'Administrateur. (A)

Se remémorant une de ses premières rencontres avec Heero, Wufeï ne peut s'empêcher d'esquisser un demi-sourire.

- Très bien, cède-t-il. Je m'arrangerai donc avec ma conscience… Cela étant dit, as-tu encore suffisamment confiance en moi pour me révéler l'envers du décor ?

- Je t'ai toujours estimé et respecté, Wufeï. Mais tu n'es pas censé ignorer ma ligne de conduite.

- Dans notre intérêt à tous, aucun preventer, tous grades confondus, ne commettrait l'imprudence de l'oublier… Heero. Et moi, le premier.

- Je n'ai pas l'intention de réviser mon rapport, l'avertit le Colonel.

- C'est ce que j'ai cru comprendre, en effet. « Duo Maxwell, voleur prodige repenti, est sans conteste devenu un atout indispensable à l'Organisation », pour te citer.

- Je suis le Perfect Soldier, déclare gravement Heero. L'un des tueurs à gages les plus aguerris au monde. Les Administrateurs de l'époque étaient au courant de ma situation et pourtant, ils m'ont engagé, puis donné les clefs d'une Agence et le poste de formateur en me confiant la responsabilité d'une équipe. En quoi la situation de Duo est-elle différente ?

- En quoi serait-elle similaire, puisqu'à t'entendre, il n'est que l'emblématique Carte Noire ?

Les deux hommes s'examinent dans un long silence, à la fois tendu et familier.

- Tes soupçons sont fondés, finit par confirmer Heero.

Il est désormais assuré que Wufeï accepte de garder le secret et de ne pas officialiser cette information-ci. De surcroît, il n'est pas dans la nature du Haut dignitaire de faire tant de manières. Pas si son but est d'obtenir la condamnation ferme et définitive du très énigmatique Duo Maxwell.

- Duo est bel et bien Black Shadow, confie Heero.

Voici ce pour quoi Wufeï a fait le déplacement jusqu'à l'Agence d'Osaka. Il lui est impératif de s'assurer de l'intégrité d'Heero dès lors que Black Shadow est entré dans la vie intime de l'Agent d'élite.

L'Administrateur Chang porte le Colonel Yuy en très haute estime et l'apprécie également en tant qu'homme et ami de longue date. Il n'hésite pas à le féliciter pour son travail, pour son engagement remarquable au sein de l'Organisation, et notamment, pour son sens inné de l'équité. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que depuis qu'Heero s'est enrôlé au sein des Preventers, l'Organisation ne s'est jamais aussi bien portée !

Chaque agent à travers le monde sait que le légendaire Heero Yuy est un hacker de génie et qu'il utilise ce potentiel afin de détecter les agents véreux ; les quelques arrestations spectaculaires qui ont suivi ses premières investigations ont, quant à elles, terminé de parfaire sa renommée.

Aussi, Wufeï détesterait combattre son ami, si, par malheur, le Perfect Soldier décidait de s'allier au Black Shadow.

*Ce serait un véritable cauchemar…* pense Wufeï, des plus inquiets quant à ce scénario maudit.

Cependant, en lui révélant la part d'ombre la plus profonde de Duo, Heero certifie sa droiture. La sienne et celle de Duo.

- Je ne suis pas surpris que ce soit toi qui aies mis la main sur le Shinigami, répond Wufeï.

Originaire de la cinquième région, il n'est pas sans connaitre le surnom attribué par ses compatriotes au redoutable Black Shadow.

- Ni que tu en sois tombé amoureux, poursuit-il. Au fond, tu ne pouvais décemment pas être attiré par une brebis galeuse, il te fallait un loup. Quelqu'un de ta trempe… J'ai bien épousé Sally ! relate-t-il avec une légèreté incongrue. Cela en dit long sur la nature de mon caractère.

A cette confidence, tout à fait inattendue de la part de l'Administrateur Chang, c'est au tour d'Heero de sourire en coin. Toutefois, il décèle ce qui continue de tracasser son ami. Il préfère donc mettre les choses au clair, une fois pour toutes.

- Rien ne saurait réveiller mes vieux démons, Wufeï. Je me suis engagé par vocation, pas par dépit. Ma place est ici et celle de Duo aussi.

- Comme tu le sais, j'apprécie ta franchise et ton honnêteté, Yuy. Seulement, je ne partirai pas d'ici tant que je n'aurais pas la certitude absolue que tu es en mesure de contrôler cet animal.

- Duo n'est pas une machine que l'on reprogramme. Mais je peux d'ores et déjà t'assurer de sa pleine et entière collaboration, ainsi que de son intention à faire tout ce qui est nécessaire pour garantir un avenir heureux et confortable à nos deux enfants. Rien ne pourra le détourner de la mission qu'il s'est donnée.

Si, dans un premier temps, Wufeï ne parait pas convaincu par le début de sa plaidoirie, en revanche, la seconde partie retient particulièrement son attention.

- Je suis moi-même prêt à tout pour protéger ma famille, donc je ne peux pas dire que tes arguments sont rassurants, ni ne me donnent une quelconque garantie. Néanmoins, Maxwell est sous ta tutelle exclusive et ta surveillance rapprochée. Ce qui signifie qu'il lui est impossible de récidiver… dans quelque domaine que ce soit.

- Bien qu'extrêmement douloureuses, il a obtenu toutes les réponses à l'énigme de l'assassinat de sa famille. Aujourd'hui, Duo n'a plus qu'un seul objectif : tourner la page et se consacrer à son fils, Daniel.

- Pas seulement,insinue-t-il.

Doué de clairvoyance, Wufeï n'éprouve aucune difficulté à percevoir l'émotion que suscite Duo dans le cœur du Colonel. Non pas qu'Heero ait perdu sa capacité innée à ne rien laisser paraître, mais les enseignements de sa femme Sally et la manière de procéder d'Heero l'amènent à penser que les deux hommes sont déjà solidement attachés l'un à l'autre.

Comme pour sonner le glas de leur discussion, la sonnerie du téléphone du Colonel les interrompt.

- En avons-nous terminé ? se renseigne Heero, tout en se dirigeant vers sa table de travail.

Cette question ne concerne pas le dossier en cours – celui du Japonais du Sud - mais les cas de Carte Noire… et de Black Shadow.

- Tu as manœuvré avec brio, reconnaît l'Administrateur en guise de confirmation. Cela, bien que tu t'obstines à n'en retirer aucune gloire, le taquine-t-il.

Puisque vanter son ingéniosité dans cette affaire-ci reviendrait à anéantir les efforts engagés visant à préserver l'invisibilité partielle de Duo aux yeux des autres Administrateurs et à ceux du reste du monde.

De marbre, Heero met donc fin à leur tête-à-tête en décrochant le combiné.

De son côté, Wufeï gagne la sortie du bureau, nullement affecté par l'apparente froideur du Colonel…

Au même moment,

dans la salle d'investigation…

Les agents spéciaux ont beau savoir qu'ils ne peuvent rien entendre de l'entretien se déroulant entre leur Colonel et l'Administrateur Chang, ils persistent tout de même à tendre l'oreille…

- C'est anormalement long, ou juste interminable ? finit par s'enquérir Duo, avec l'ironie qui le caractérise et mettant ainsi des mots sur l'impatience de chacun.

Stationné à distance égale de l'ascenseur et du luxueux – poussiéreux – bureau attitré d'Heero, le natté tripote un dossier censé lui fournir un alibi en béton quant à sa toute nouvelle activité d'honnête travailleur.

Aucun des agents n'a le temps de lui formuler une réponse convenable que la porte du quartier privé du Colonel s'ouvre soudainement. Aussitôt, tous les regards convergent vers elle, les membres de l'unité à l'affût du moindre indice comportemental leur permettant de se forger une opinion solide sur le dénouement final de l'entrevue.

Cependant, seul l'Administrateur reparaît. Comme à son arrivée, l'homme semble maître de lui et distant. Non pas que les agents spéciaux en soient déçus, bien au contraire ! Mais ils réalisent qu'ils espéraient peut-être une conclusion plus… percutante.

En lieu et place, Wufeï se dirige vers l'ascenseur d'un pas tranquille, ne leur jetant qu'un vague coup d'œil en passant à proximité de l'open space. En revanche, il en est un que l'Administrateur ne saurait snober. Et il profite d'attendre la montée de la cabine pour dévisager Duo.

Ce dernier n'a pas l'intention de se dérober à son regard. Bien au contraire, il saisit cette occasion d'étudier minutieusement son vis-à-vis, sans chercher à dissimuler son intérêt, sa curiosité… ni son inquiétude.

- Heureux d'être parmi nous, Maxwell ? l'interroge Wufeï, en appuyant sur son nom de famille.

- Y a pire, mais ce serait plutôt à moi de vous poser cette question.

- L'avenir nous le dira…

- Dois-je me sentir menacé ?

- Ce serait plutôt à nous de vous poser cette question.

L'attitude allusive de l'Administrateur est sans équivoque.

Elle renseigne Duo quant à la valeur des informations qu'Heero a finalement dévoilé lors de sa conversation avec Wufeï.

*Ils n'ont pas gentiment bavardé de l'autre taré autour d'une tasse de café !* se dit Duo avec nervosité. *Il sait pour BlackShadow. Je le vois dans ses yeux…*

- Cartes sur table, exige-t-il subitement, sans plus de détours.

Il apprécie moyennement que le Haut dignitaire se permette de jouer avec sa vie, sa liberté et par conséquent, celles de Daniel, Heero et Akane. Même s'il ne croit pas que sa petite fleur des îles se soit suffisamment attachée à lui pour véritablement souffrir de son éventuelle absence. Par contre, elle pâtirait à coup sûr du mauvais tour joué à son père.

- C'est une de vos spécialités, il me semble, commente Wufeï.

Duo ne relève pas sa remarque, mais garde les poings serrés et l'œil acéré.

- Le Colonel est d'une grande probité, déclare alors Wufeï. À son image, celles et ceux qui défendent la justice se doivent d'être forts. (A)

Là encore, Duo attend la suite.

Il ne doute ni de sa sincérité, ni de sa capacité à donner le meilleur de lui-même. Quel que soit le domaine choisi, il met un point d'honneur à travailler assidûment afin d'y exceller. Seulement, de là à rivaliser avec la rectitude d'Heero Yuy et de Wufeï Chang…

*C'est bien beau, c'est très noble, mais c'est pour les superhéros, tout ça !* pense-t-il.

- L'êtes-vous ? s'enquiert l'Administrateur.

Le natté palpe ses poches, manifestement à la recherche de quelque chose.

- Mince ! conclut-il avec un air embêté. J'ai plus de CVs sur moi et je crois bien que j'ai filé ma dernière paire de collant bleu dur… Mmm… je peux peut-être emprunter ceux d'Heero ?

Déjà immobiles et aux aguets, les agents spéciaux se pétrifient pour de bon. Ils ne songent pas tant aux ennuis que Duo est probablement sur le point de s'attirer, mais plutôt à la réaction d'Heero qui ne manquera pas d'être explosive, au cas où la décision de lui retirer la « garde » du natté serait prise.

L'Administrateur Chang, quant à lui, se contente de l'examiner avec soin. Loin d'être laxiste, il n'est cependant plus prompt à se formaliser pour si peu, et cela, depuis belle lurette !

*Maxwell ne souhaite pas m'offenser. Il a simplement peur que je fasse voler en éclat leur nouvelle vie, à tous les quatre* analyse-t-il, intérieurement.

Aussi, Sally - un soutien et un garde-fou précieux qui cultive sa propre définition de la justice – l'a déjà initié aux remarques en tous genres, tendrement facétieuses.

*Allez donc demander à l'Administrateur !* se représente-t-il la voix de sa femme, in petto, lorsqu'elle lui envoie leurs enfants réclamant ci ou ça.

Il retient sans peine un doux sourire à ce souvenir familial, n'étant pas enclin à faire étalage de sa vie privée.

- Marchez dans les pas du Colonel Yuy, finit-il par lui recommander en un avertissement à peine dissimulé.

Nullement impressionné, Duo se permet, au contraire, de reprendre ses propos avec une insolence rare et redoublée… l'empêchant même de poursuivre s'il en avait eu seulement l'intention.

- Vous voulez dire… dans ceux du Colonel Yuy ? souligne-t-il incongrûment. Au temps pour moi ! J'ai cru que nous parlions d'un autre…

Cette fois-ci, toutefois, le Haut dignitaire observe un long silence méditatif.

Plus long que tous ceux qu'il n'a jamais dû tenir en pareille situation ; jusqu'à présent.

Un moment de gêne indéniable que Duo n'a pas l'intention de combler en prenant sur lui.

Les agents spéciaux, quant à eux, pourraient se confondre avec de véritables statues de cire, si leurs yeux ne brillaient pas de crainte. Et s'ils ne faisaient pas d'incessants aller-retours en se posant tantôt sur l'impudent voleur fraîchement repenti - sans gré et de force - puis sur le seul Administrateur qui soit également couronné du titre d'Agent d'élite ; sans compter son auréole de gloire aussi tenace que celle nimbant le légendaire Heero Yuy.

- Faites vos preuves et vous serez officiellement admis dans nos rangs, décide pourtant Wufeï, au bout d'un certain temps. Dès que nous jugerons le moment opportun, nous vous enverrons une convocation à la Cérémonie annuelle des nouvelles recrues.

Toujours disposé à échanger quelques bons mots, Duo a une demi-douzaine de réflexions sarcastiques en tête, prêtes à l'emploi. Mais c'est sans compter sur la promesse réconfortante du Haut dignitaire, lequel persiste à se montrer respectueux et bienveillant, envers et contre tout.

Envers lui.

Pour lui.

Confronté à tant de générosité - autant dire à l'inattendu ! - Duo ne peut plus que rendre les armes et s'estimer heureux du confort de vie qu'un Administrateur est apparemment prêt à lui concéder, malgré son passif peu reluisant.

- Merci, s'incline le natté avec un soulagement sincère.

Non dissimulé.

- Merci… Administrateur Chang, lui accorde-t-il.

Sa reconnaissance, pareille à un aveu de détresse tardif, interpelle profondément Wufeï qui s'interroge sur la capacité qu'a Heero de s'adapter à de tels changements d'humeur.

*Cet énergumène passe de l'ombre à la lumière en un battement de cils…* se dit Wufeï, un brin fasciné par le personnage.

- Yuy n'a de cesse de clamer votre volonté à bâtir une vie respectable. Et malgré le fait que votre CV ne corresponde pas au profil type d'un agent spécial, j'ai toute confiance en son jugement.

- Si jamais ça foire, ça ne sera pas sa faute, garantit Duo.

Il est soucieux du bien, mais aussi du tort qu'il peut faire à son compagnon. Le simple fait d'être Carte Noire et de pouvoir prétendre au statut d'agent preventer - sous le commandement d'Heero Yuy, qui plus est - doit immanquablement créer la polémique au sein de l'Organisation.

- Si vous déviez, ne serait-ce que d'un millimètre, le Colonel devra en assumer toutes les conséquences, le menace-t-il ouvertement.

- J'ai peut-être fait les quatre cents coups dans ma vie, mais pour résumer, je suis plutôt un bon gars, assure-t-il. (A)

- Il y a bien plus en jeu que votre réhabilitation. Yuy et vous êtes à présent liés pour le meilleur et pour le pire, certifie-t-il solennellement.

Ébranlé. Profondément et irrémédiablement bouleversé par ces mots et par tout ce qu'ils impliquent en termes de responsabilité, d'engagement - voire de dévotion - de conséquence et d'amour… Duo reste sans voix.

Secrètement satisfait d'être parvenu à l'atteindre en plein cœur, Wufeï prend le temps de le détailler durant une poignée de secondes supplémentaires… avant de quitter l'Agence, un rictus de triomphe flottant sur les lèvres.

Dès l'instant où les portes de l'ascenseur se referment sur l'illustre Wufeï Chang, les agents spéciaux lâchent enfin les tensions en poussant chacun un long soupir intérieur… jusqu'à ce que le retour de leur Colonel provoque une nouvelle crispation.

- Blake m'a tout raconté et je pense qu'il a eu raison d'agir ainsi, intervient précipitamment Duo, prenant fait et cause pour son compatriote.

D'ordinaire impassible, Heero balaye son équipe rebelle du regard.

- Si tu dois blâmer et renvoyer quelqu'un, c'est moi et moi seul, affirme McGuire.

Heero fait durer le silence un long moment en étudiant chacun de ses agents.

- Wufeï, sort de ce corps ! lance alors Duo, pas tout à fait remis de sa rencontre avec l'Administrateur.

En réaction, les agents se mordent la lèvre pour s'empêcher de rire à gorge déployée, mais laissant tout de même échapper un rire nerveux et incontrôlable, tant Duo leur donne des sueurs froides ; aujourd'hui, plus que jamais !

- Gotô et Faure, vous resterez ici en soutien technique, commande soudainement le Colonel.

Nanako et Antoine hochent la tête, s'autorisant à sourire largement, cette fois-ci.

- Guérin, Bowers et McGuire, vous constituerez l'équipe au sol.

Marc et Alec acquiescent, mais Blake fronce les sourcils.

- Sensei… je suis sous le coup d'une mise à pied…

- Levée, décide Heero, laconique.

Blake est soulagé. Pas seulement d'être pardonné et de nouveau admis en service actif, mais également par la perspective plus que tangible de participer à la mission de sauvetage de son frère ; enfin.

*Shawn, tiens le coup ! On arrive…* pense-t-il, comme s'il pouvait lui envoyer ses ondes positives par télépathie.

De son côté, Duo se sent passablement laissé pour compte. Heero ne lui a donné aucune instruction, semblant l'exclure de l'intervention à présent qu'elle revêt un caractère officiel. Or, Duo a la ferme intention de prendre part aux réjouissances, ainsi qu'à l'assaut visant le Temple du Myosotis.

Afin de se rappeler au bon souvenir de son Colonel, il ne trouve rien de mieux que de se racler bruyamment la gorge. S'il s'attend logiquement à se faire remarquer, l'expression malicieuse que lui destine son compagnon, elle, le prend de court.

- Quant à nous deux, on va s'envoyer en l'air, lui annonce d'ailleurs Heero, l'œil brillant.

Duo manque d'avaler sa salive de travers.

- Je te demande pardon ?

- Nan ! C'est trop cool ! jubile Blake, halluciné.

Et visiblement très excité à cette perspective.

- On pourrait vous enregistrer, histoire qu'on se repasse vos exploits au ralenti ?

- Hein ? se renseigne Duo, grimaçant sous l'effet de la perplexité.

- De toute façon, les Administrateurs en voudront une copie, fait valoir Heero.

- Une copie de… ? s'enquiert le natté.

- Je trouve ça risqué, même si nous savons que Carte Noire l'a déjà fait, souligne Antoine.

- Fait quoi ? veut savoir Duo.

- C'est classe ! apprécie Marc. Il est fort à parier que votre prise restera dans les annales.

- Qu… quoi ? tente encore nerveusement Duo.

Il sent bien que tous ont compris la stratégie d'Heero et commencent à se faire des films… sauf lui.

A la nuit tombée…

Voici plusieurs minutes - jugées bien trop courtes au goût de Duo - qu'Heero et lui planent à vingt mille pieds…

Soit…

- Six mille quatre-vingt-seize mètres d'altitude, convertit le natté d'un ton rêveur, les yeux grands ouverts sur la soute de l'avion. Plus de six kilomètres… 'ro, je te le répète : je n'ai jamais sauté d'aussi haut !

- Grâce à nos derniers prototypes de combinaisons, nous allons atteindre une finesse de quatre, l'informe Heero, tout en vérifiant une dernière fois leur équipement.

Contrairement à son compagnon, Heero ne doute pas un instant que Duo soit capable d'effectuer ce saut. Certes, Duo ne ment pas lorsqu'il affirme n'avoir jamais pris autant de risques liés à la distance. Mais Carte Noire a déjà usé de ce moyen d'approche, afin de cambrioler un luxueux triplex niché au faîte de la plus haute tour du monde…

- Cela signifie qu'il est possible de réaliser quatre kilomètres à l'horizontal pour un kilomètre vertical parcouru, poursuit Heero. D'après mes calculs, nous arriverons juste au-dessus du parc.

- J'me sens beaucoup mieux, d'un coup ! ironise Duo, avant de soupirer. 'ro, je n'aime pas m'envoyer en l'air…

Heero sourit.

- Mais euh !Je voulais dire que je n'aime pas voler ! rectifie Duo, grognon.

Le sourire du preventer s'étire.

- Aaargh ! râle le natté.

Heero l'observe du coin de l'œil croiser les bras en signe de contestation, lorsque le feu rouge de la soute s'allume.

- Nous n'allons pas tarder à sauter le pas, le taquine-t-il.

A moitié.

- J'suis mort de rire !

Spécialement conçue pour permettre aux parachutistes de planer au lieu de chuter, la « wingsuit » - combinaison ailée - rend possible l'un des plus vieux rêves de l'homme : voler.

Imaginée et créée par Patrick de Gayardon, cette discipline de glisse a pour but de passer d'un mouvement de chute à un mouvement de vol. Pour cela, les parachutistes utilisent des combinaisons souples, en forme d'aile, pour transformer leurs corps en une sorte d'aile d'avion. Ces combinaisons se gonflent d'air dès que le parachutiste sort de l'avion ou saute depuis un point élevé - base jump - générant alors une portance permettant au parachutiste de réduire sa vitesse de chute, en la convertissant en vitesse horizontale…

- Duo, savais-tu qu'Heero détient tous les records dans ce domaine ? l'interroge Antoine, depuis l'Agence.

- Ouais ! répond Duo d'un air blasé. Du plus haut saut d'une altitude de douze kilomètres. Du plus long saut en glissant sur près de six kilomètres.

- Et du plus long vol, couvrant une distance de vingt-trois kilomètres cent, ainsi que de la plus grande vitesse atteinte, avec une pointe à trois cent soixante-trois kilomètres par heure en sautant depuis un avion à haute altitude, complète-t-il.

- Tu oublies la fois où il a sauté d'un hélicoptère avec un parachute de base jump en se posant, sans l'ouvrir, sept cent trente et un mètres plus bas sur un amoncellement de plusieurs milliers de boîtes de cartons en guise d'amortisseur, débite Nanako, tout aussi admirative que son collègue.

- Ce n'était pas prévu, précise Heero.

- L'incident technique ? croit deviner Duo.

Il pose tout de même la question, dans le doute.

- Non, les cartons.

Duo le regarde à présent d'un air ahuri.

- Non mais, t'es un grand malade !

Le feu orange s'illumine.

- Si j'avais été un hétéro lambda, j'aurais eu une vie morne et bien rangée, déclare Duo. Elle n'aurait pas été trépidante et je ne serais pas là, en train de risquer ma vie pour et à cause de toi !

- Pense bien au plan de vol que nous avons répété au sol, lui recommande Heero, sans faire état de sa remarque.

- Tu me l'as montré, P-man ! Nuance…

- Jusqu'au point d'ouverture, il nous faut voler à une vitesse relax et constante.

- Je suis tout ce qu'il y a de plus relax ! Je suis un modèle de sérénité !

Le feu vert s'allume.

La soute de l'avion s'ouvre, comme si cette gueule de fer béante s'apprêtait à mordre dans l'obscurité glacée de la nuit.

- Le soutien terrestre est en place, les informe Antoine.

- Formidable ! persifle Duo. Je ne pensais pas un jour éprouver autant de joie !

- Go ! décrète Heero en s'élançant.

Sans la moindre hésitation, Duo plonge à sa suite.

- Vous foncez à plus de deux cents kilomètres par heure, les renseigne bientôt l'Agent Faure.

- Te sens pas obligé de tout nous dire, mascotte-boy ! suggère Duo.

Le vol ne dure qu'une poignée de secondes, mais elles sont absolument grisantes. Bien qu'il fasse nuit noire, Duo et Heero ont une vue panoramique à couper le souffle. Au loin, le fuselage de l'avion scintille sous la lumière zodiacale, jusqu'à n'être bientôt plus qu'un point d'ombre éclipsé par le ciel étoilé…

*D'une certaine façon, 'ro et moi volons un instant d'éternité…* pense le natté, sous le coup de l'inspiration.

- Point d'atterrissage en vue, lui indique Heero, tout en se mettant à l'envers, afin de pouvoir contempler son compagnon.

- Tu peux pas voler comme tout le monde ? rouspète Duo.

Heero rit, puis se retourne, sur le point d'ouvrir son parachute.

L'instant d'après, ils atterrissent tous deux dans le parc du Temple du Myosotis, sans heurts et dans la plus grande discrétion. Mus par des mouvements instinctifs, ils s'empressent ensuite de dissimuler leur équipement, avant de partir à l'assaut du bâtiment principal.

- Odin et toi avez traumatisé le Daï en entrant par la grande porte, murmure Duo en pressant son laryngophone bluetooth. Conséquemment à cela, peut-être le parc est-il moins surveillé…

A peine a-t-il émis cette théorie qu'Heero et lui doivent immobiliser quatre hommes, comme surgis de nulle part ; dans la mesure du possible, ils évitent de tuer sans sommation.

- Enfin, un peu quand même, rectifie le natté, en reprenant son propos.

- Équipe au sol, tenez-vous prêts ! ordonne Heero.

- Parée ! répond Marc.

- D'après nos radars, il y a vingt-sept gardes sur votre trajectoire, les prévient Nanako.

Pilotes virtuels émérites, Antoine et elle sont aux commandes de deux drones avec caméras embarquées qui survolent actuellement la zone d'intervention.

Grâce à l'imagerie thermique, les drones permettent de voir et de cibler les forces ennemies dans la nuit la plus noire, à travers la brume, les nuages, la pluie, la neige ou bien encore, la fumée. Ne nécessitant aucune source de lumière, la caméra thermique – ou infrarouge – peut capter de très faibles différences de température et les convertir en une excellente image thermique sur laquelle les plus petits détails sont visibles. (B)

- Bien reçu, confirme Heero.

- C'est trop pour ne pas être obligé d'en éliminer quelques-uns, souligne Duo.

- Hn., admet son compagnon.

Confiant, Duo suit la voie que son Colonel lui ouvre, sans émettre le moindre doute quant à la direction des opérations. Mais bientôt, les deux hommes ne peuvent effectivement plus se contenter d'immobiliser les porte-flingues qui leur font obstacles, ou simplement leur démettre épaules et genoux. Très vite, les preventers doivent sortir leurs armes munies de silencieux… et se résoudre à tirer dans le but avoué de les abattre.

A titre exceptionnel, Duo a reçu l'autorisation d'user d'armes à feu durant le temps de l'intervention. Dès que celle-ci prendra fin, le natté devra rendre son équipement militaire et la permission de tuer qui l'accompagne.

Deux minutes plus tard, ils atteignent enfin la cour intérieure et trouvent un abri provisoire. Profitant de cette halte pour recharger ses munitions, Heero fait le point sur la progression de chacun…

- Antoine, guide les autres, commande-t-il rapidement.

- Entendu ! obtempère l'Agent Faure, non sans soulagement.

Il est heureux de pouvoir se concentrer, entre autres, sur les déplacements de son compagnon…

- Priorité aux otages, rappelle ensuite Heero à son équipe au sol.

- Reçu, acquiesce Marc.

Avant de donner le signal à Alec…

Sitôt fait, l'imposant portail de l'entrée nord explose en un éclair aveuglant, semant ainsi un vent de panique au sein du Temple.

Comme de juste, la majorité des gardes se précipite au dehors et se retrouve piégée par les preventers.

- Vous êtes cernés, rendez-vous ou nous tirons ! proclame calmement l'Agent Guérin, soutenu par McGuire et Bowers.

- Hey ! s'exclame Alec, arme au poing. Toi, là ! J'veux voir tes mains, bien en évidence !

- Le premier qui frétille, j'le descends ! promet Blake, peu amène.

Au loin, Heero et Duo leur jettent un dernier coup d'œil, afin de s'assurer que les agents spéciaux maîtrisent la situation.

Bientôt, Marc obtient des otages qu'ils s'allongent à plat ventre, pendant qu'Alec et Blake partent explorer les bâtiments à la recherche des captifs…

Leurs arrières assurés, Heero et Duo reprennent donc leur avancée.

- Je ne vois plus que trois points chauds, les renseigne Nanako.

Ils pressent le pas, impatients d'en découdre.

- Tu t'attends à quoi ? s'enquiert Duo.

Mais Heero ne répond rien, plongé dans ses pensées…

Duo n'insiste pas. Il comprend que son compagnon soit également assailli par les images et les sensations de son passé, lorsque Odin et lui s'introduisaient dans ce même lieu, vingt ans plus tôt, pour remplir cette même mission : éliminer le Daï.

*Au final, Odin a perdu la vie et mon Heero s'est retrouvé seul au monde…* se dit le natté, peiné.

Leurs déplacements sont des plus fluides. Ils ne rencontrent pour ainsi dire aucune difficulté. Plus tard, ils parviennent enfin à la salle du Trône ; laquelle n'est manifestement pas désertée par son « roi » auto-proclamé. Par péché d'orgueil ou par vanité, le Daï n'a semble-t-il pas jugé bon de fuir, ni de se réfugier derrière sa garde rapprochée.

En lieu et place, un seul et unique tueur à gages se tient à ses côtés en guise de protection…

Aux aguets, Heero et Duo s'interrogent donc quant à l'endroit où se dissimule la troisième personne, mais le Maître des lieux coupe court à leurs spéculations intérieures en décidant d'engager la conversation.

- Comme on se retrouve… Heero Yuy, déclare-t-il d'une voix où perce une pointe d'admiration.

Il a beau affecter une parfaite assurance, il n'est pas moins conscient qu'une page est sur le point de se tourner… et que la suite s'écrira sans lui.

Un instant passe…

Durant lequel personne ne prononce plus la moindre parole, ni n'émet le moindre son.

Puis, comme si un signal perçu de lui seul l'invitait à se mouvoir, le Daï se lève dans le but manifeste de s'approcher d'Heero…

Le résultat ne se fait pas attendre : le Colonel le met en joue, stoppant net son avancée.

Immédiatement, le porte-flingue réplique, suivit de Duo qui arme son 9mm d'un cliquetis retentissant.

- Tu bouges pas, ninja tong ! menace-t-il « l'artiste rouge », face à lui. Ôter la vie des dépravés ne me pose aucun problème. S'il y a bien un domaine dans lequel j'excelle, c'est celui-là.

Le Daï sourit d'un air amusé en faisant aller son regard de l'un à l'autre…

- Tu recrutes chez nous, maintenant ? interroge-t-il le Colonel. Enfin, j'oubliai que toi aussi, tu viens de notre monde, ajoute-t-il.

Ce faisant, il ouvre son kimono sur son torse, afin de dévoiler la cicatrice que lui a faite Heero, enfant.

- Vingt ans…, reprend rêveusement le Daï. Cela fait vingt ans que je me demande chaque jour pourquoi ce n'est pas toi, mon fils, plutôt que cette incapable de Masanaga.

- A-t-il jamais entendu la vérité de votre bouche, vous concernant tous les deux ? veut savoir Heero.

- Je ne tiens pas à me couvrir de honte ! Aux yeux de tous, il n'est qu'un deshi. Un disciple, disons… défectueux. Je peux m'en débarrasser aisément sans qu'il ne se ridiculise, une fois de plus, à me réclamer sa part de l'héritage.

- Masanaga méritait d'être aimé, comme tous les enfants, intervient Duo. Je ne tolère pas ce qu'il est devenu, aujourd'hui, mais vous êtes là à vous plaindre de lui, alors que c'est vous qui l'avez façonné.

- Parlons-nous vraiment du même homme ? s'enquiert-il, le regard brillant d'intelligence.

Le Daï ne serait pas là où il est aujourd'hui sans faire preuve de la plus grande vigilance quant à son entourage, notamment, en se renseignant sur toute personne susceptible d'interagir avec le Myosotis. Heero étant sa menace la plus sérieuse, il est naturel pour le Daï de s'être documenté sur Duo ; Solo n'est donc pas une énigme pour lui.

- Rendez-vous, Daï et vous aurez la vie sauve, promet Heero.

Le Chef mafieux rit, comme s'il venait d'entendre une bonne blague…

- Tu n'aurais pas le temps de m'interroger que tu serais contraint de me libérer en moins d'une heure et… de toute évidence… tu ne te donnes plus le droit de tuer sans sourciller. Cela, depuis que tu gâches ton si précieux et si rare talent au sein de cette pitoyable Organisation. J'aurais pu faire de toi un Prince, Heero, se désole-t-il. Un Prince des Ténèbres digne de me succéder…

Insondable, Heero ne répond rien.

- Sais-tu que j'avais donné l'ordre qu'on te récupère vivant ? Il ne m'a fallu qu'une seconde pour choisir entre Masanaga et toi…

- Je ne suis que ce que me dicte ma conscience, indique Heero. J'aurais refusé votre offre.

- Une simple faille dans le système, le détrompe-t-il en balayant son argument d'un revers de main. Rien qui ne soit irréversible.

- Bon ! s'impatiente Duo. On va pas y passer la nuit ! J'ai eu ma dose avec son fils, j'ai pas envie de me taper le discours débile du père !

Saisissant l'occasion de croire que Duo est suffisamment distrait pour être vulnérable, le garde fait un micromouvement que Black Shadow est à même de percevoir… et de désapprouver.

Sans délais ni sommation, ce dernier lui tire une balle en pleine tête.

L'homme, n'ayant pas eu le temps de presser la détente jusqu'au bout, s'effondre sur lui-même.

Raide mort.

- Bien, apprécie Duo, le regard assombri. Tu vas faire quoi, sans ton ninja ?

Le sourire méprisant du Daï se crispe en une grimace venimeuse, tandis que les sons caractéristiques de freinage et de portes de voiture qui claquent leur parviennent depuis le parc…

- T'entends ça ? La cavalerie arrive !

Sans rien rétorquer, le Daï s'incline lentement en ce qui semble être un signe de réédition…

*C'est trop facile !* pensent, de concert, Heero et Duo.

Le Maître mafieux ne tarde pas à leur donner raison. Simultanément, il se redresse subrepticement et sort une arme d'on ne sait où dans la ferme intention de tuer Heero. S'il doit mourir, l'enfant prodige doit l'accompagner dans la tombe !

Heero et Duo répliquent aussitôt, faisant retentir une double détonation dans un parfait ensemble.

A l'instar du garde du corps gisant désormais à ses pieds, le Daï n'a pas eu le temps de presser la détente. Lorsque la poudre contenue dans l'air se dissipe, les preventers découvrent le mafieux : à genoux, les yeux grands ouverts sur le vide.

Sans vie.

Son corps avachi présentant un trou écarlate au troisième œil et une tâche de sang grandissante en plein cœur. Là où Heero l'avait manqué de peu, vingt ans plus tôt. Quelques millimètres qui auraient sans doute fait la différence et qui auraient pu sauver la vie d'Odin…

Cette fois-là, tout du moins.

Tous deux auraient continué à exercer le métier controversé de tueur à gages, le petit Masanaga de cinq ans et sa mère auraient pu recouvrer la liberté et…

- Et un autre Daï et un autre Masanaga auraient pris leur place, déclare Duo.

Comme s'il avait la faculté de lire dans les pensées de son Colonel et de suivre le cheminement intérieur de sa réflexion.

Heero plonge alors son regard dans le sien, en silence.

- Avec des si, on referait le monde, reprend Duo. C'est toi qui as terminé de m'apprendre ce que David se désolait de m'enseigner… Il voulait que j'arrête de voler et que je me range du bon côté. Ce que toi, tu as eu la force de faire… seul.

Bien que la situation ne s'y prête guère, Heero s'octroie toutefois le droit d'aller déposer un doux baiser sur le front de son bien-aimé…

- Le point chaud fantôme s'éloigne rapidement, les presse Nanako.

- Masanaga, devine Duo.

- Guide-nous, demande Heero.

- Vous ne pouvez plus lui couper la route, mais il se dirige au sud-est de votre position.

Heero et Duo se mettent en route.

- Sensei ! l'interpelle Blake, affolé. On arrive trop tard pour quatre de ses captifs et mon frère reste introuvable !

- Il est là où Masanaga se rend, l'informe Heero. Gotô, pilote Blake jusqu'à nous.

- Entendu !

- Sensei…, l'interpelle de nouveau Blake, des trémolos perceptibles dans la voix. Il les a massacrés…

- Tous, sauf Shawn, tente de le rassurer Duo. Garde ton calme, BicMan. Ton frère a plus que jamais besoin de toi. C'est pas le moment de flancher !

L'Agent McGuire ne répond rien, mais tous devinent qu'il profite de cet instant de solitude pour rassembler son courage…

Pendant ce temps…

Lorsque l'explosion du grand portail retentit et illumine brièvement le grand parc de ses feux ravageurs, Masanaga comprend simultanément trois choses :

Premièrement, le Colonel Yuy – ça ne peut être que lui ! - a finalement obtenu l'autorisation de prendre le Temple d'assaut. Ensuite, Heero Yuy l'importune à un niveau bien plus élevé qu'il n'a pu l'imaginer. Pour terminer, dès lors que l'Agent d'élite Heero Yuy pénètre ce lieu de pouvoir, le Myosotis se trouve être en fâcheuse posture…

Immédiatement, le Japonais du Sud donne l'ordre au chef de sa garde rapprochée d'enfermer Shawn dans son bunker, avant de se précipiter lui-même jusqu'à la salle du Trône, afin d'aider son Maître à s'enfuir.

*Tant que le Daï et moi survivons, le Myosotis perdurera !* se dit Masanaga, tout en parcourant à vive allure le bâtiment principal.

Alors qu'il s'apprête à pousser la porte secrète dissimulée dans le mur, des voix qu'il reconnaitrait entre mille résonnent dans la grande salle ornementée et interrompent son geste.

- Comme on se retrouve… Heero Yuy.

Ka-chunk !

A ce son caractéristique, métallique et familier, Masanaga devine que le Colonel Yuy vient de braquer une arme sur son Maître.

Pour autant, il sait qu'en tant que preventer, Heero fera tout pour ne pas avoir à tirer. Mais au troisième son similaire - le deuxième provenant de la riposte attendue du garde - le Japonais du Sud fronce les sourcils, s'interrogeant sur l'identité de ce porte-flingue-ci

- Tu bouges pas, ninja tong ! Ôter la vie des dépravés ne me pose aucun problème. S'il y a bien un domaine dans lequel j'excelle, c'est celui-là.

A l'entente de cette voix, les soupçons de Masanaga se trouvent finalement confirmés : Carte Noire n'a jamais eu l'intention d'honorer son contrat rouge, mais bien d'aider Heero à anéantir le Myosotis.

*Une opportunité s'offre à Blake depuis peu…* se souvient-il des paroles de Duo. *L'opportunité que Yuy et toi veniez me voler Shawn !* réalise-t-il enfin, en grinçant des dents. *Maudit sois-tu !*

- Tu recrutes chez nous, maintenant ? entend-il son Maître interroger Heero. Enfin, j'oubliai que toi aussi, tu viens de notre monde. Vingt ans… Cela fait vingt ans que je me demande chaque jour pourquoi ce n'est pas toi, mon fils, plutôt que cet incapable de Masanaga.

Soudain livide, le fils désavoué, proprement haï, retient inconsciemment sa respiration. Comme si ce geste, né d'un réflexe de survie enfantin, pouvait empêcher la propagation plus avant de ces mots créateurs de maux ; de le meurtrir en dedans sous des dehors pourtant reluisants d'une vie fortunée.

- A-t-il jamais entendu la vérité de votre bouche, vous concernant tous les deux ?

- Je ne tiens pas à me couvrir de honte ! Aux yeux de tous, il n'est qu'un deshi. Un disciple, disons… défectueux. Je peux m'en débarrasser aisément sans qu'il ne se ridiculise, une fois de plus, à me réclamer sa part de l'héritage.

Mortifié, Masanaga se laisse lentement tomber à terre, se condamnant lui-même à continuer d'endurer les dénigrements de son père à son encontre…

- Masanaga méritait d'être aimé, comme tous les enfants, intervient Duo. Je ne tolère pas ce qu'il est devenu, aujourd'hui, mais vous êtes là à vous plaindre de lui, alors que c'est vous qui l'avez façonné.

- Parlons-nous vraiment du même homme ?

- Rendez-vous, Daï et vous aurez la vie sauve, intervient Heero.

A sa promesse plus que charitable et au rire cynique du Daï qui s'ensuit en guise de réponse, le Japonais du Sud sent que leur fin est proche.

A tous les deux.

- Tu n'aurais pas le temps de m'interroger que tu serais contraint de me libérer en moins d'une heure et… de toute évidence… tu ne te donnes plus le droit de tuer sans sourciller. Cela, depuis que tu gâches ton si précieux et si rare talent au sein de cette pitoyable Organisation. J'aurais pu faire de toi un Prince, Heero. Un Prince des Ténèbres digne de me succéder…

Les yeux brûlant des larmes qu'il se refuse à verser, Masanaga reçoit ces dernières paroles dégoulinantes d'une admiration sans borne à l'égard d'Heero de plein fouet. Elles s'enfoncent dans les entrailles du fils déchu, telle une dague empoisonnée logée en plein cœur que l'on viendrait remuer inlassablement, sans jamais se soucier des désirs qui persistent à y palpiter…

- Sais-tu que j'avais donné l'ordre qu'on te récupère vivant ? Il ne m'a fallu qu'une seconde pour choisir entre Masanaga et toi…

La chose est dite.

Renié par son propre père - l'homme aux yeux duquel Masanaga désirait briller plus que tout au monde – le fils du Daï voit ses ultimes espoirs partir en fumée.

- Je ne suis que ce que me dicte ma conscience. J'aurais refusé votre offre.

- Une simple faille dans le système. Rien qui ne soit irréversible.

- Bon ! s'impatiente Duo. On va pas y passer la nuit ! J'ai eu ma dose avec son fils, j'ai pas envie de me taper le discours débile du père !

Un coup de feu, aussi soudain que retentissant, le fait violemment sursauter.

- Bien, apprécie Duo. Tu vas faire quoi sans ton ninja ?

Masanaga comprend-là que Black Shadow vient d'abattre le porte flingue de son père, quand des bruits de freinages et de portières que l'on claque terminent de l'extirper de sa prostration insolite.

- T'entends ça ? La cavalerie arrive !

*Shawn !* panique le Japonais du Sud à l'idée qu'on le lui enlève. *Il est tout ce qui me reste, à présent…*

Il se relève hâtivement, lorsqu'un double coup de feu retentit… bientôt suivi d'un bruit sourd, lourd et pesant.

Dès lors, Masanaga sait que son père est mort. Et que les deux preventers, eux, sont toujours en vie.

Nul besoin de troubler le silence de la salle du Trône pour le vérifier, il en est intimement convaincu.

A la fois libéré d'un poids et plus accablé que jamais, il se détourne pour rebrousser chemin…

Il ne peut se permettre de s'épancher sur l'amertume que le Daï lui inspire. Il aura tout le temps pour ça.

Si le sort en décide ainsi.

Pour l'heure, il doit rejoindre son dévoué, sans plus attendre…

Au cœur du parc…

Déstabilisé et confus, Masanaga court à en perdre haleine…

Son point de chute est tout proche, pourtant, il lui semble que la traversée du parc n'en finit pas. Comme si sa vision lui jouait des tours en rallongeant les sentiers et les tordant affreusement à mesure qu'il les emprunte…

Néanmoins, une poignée de minutes suffit à ce qu'il touche enfin au but : le bunker.

La casemate est belle et bien enterrée à plusieurs mètres de profondeur, mais son accès - marqué par une sorte de façade épaisse et peu ouvragée - ne manque pas de défigurer le site en se dressant à la vue de n'importe qui se trouvant à proximité.

Il s'apprête à en pousser la lourde porte, lorsqu'une balle ricoche sur son pourtour en plâtre, à un cheveu de son si beau visage.

- Arrête-toi ! le somme durement Heero. C'est terminé, Masanaga. Tu as perdu.

- Sois un gentil perdant à son pépère et lèves bien haut tes mimines ! exige Duo.

Le Japonais du Sud s'exécute, ne réitérant pas l'erreur de mépriser la familiarité faussement naïve du natté. Lentement, il pivote sur lui-même afin de jauger les trois hommes postés à dix mètres de distance.

- Où est Shawn ? le questionne Blake, son poing armé tremblant sous l'effet de la colère. Rends-moi mon frère, enfoiré !

Pour toute réponse, Masanaga enfonce subitement la porte. Celle-ci cède le passage sans montrer aucune résistance, lui permettant ainsi de s'engouffrer dans le long tunnel menant à l'intérieur de son refuge.

- Putain de merde ! lâche Blake, tout en se lançant à sa poursuite.

A l'instar d'Heero et Duo, l'Agent spécial McGuire constate avec soulagement que Masanaga n'a pas eu, ou n'a pas pris le temps de verrouiller les portes derrière lui. Autant celles des différents sas peuvent être aisément démises de leurs gonds, voire enfoncées, autant celle du bunker – massive - donnerait du fil à retordre aux techniciens alors chargés de la découpe.

Un certain nombre de marches plus bas, et alors qu'ils pensaient que ce couloir labyrinthique déboucherait sur l'entrée de l'appartement souterrain, voici qu'ils doivent encore arpenter un étroit corridor noir aux parois lisses et miroitantes…

- On va se faire canarder ! prédit Blake, nerveux.

Son intuition ne met pas longtemps à s'avérer juste. Dès l'instant où Duo pousse ce qui semble être la dernière porte se dressant entre eux et Masanaga, le chef de sa garde rapprochée vide littéralement son chargeur… avant de s'apercevoir qu'un espace suffisant permet à Heero et à ses agents de se mettre à l'abri des balles.

Trop tard.

Le barillet du malfrat est vide et les preventers n'ont plus qu'à le cueillir.

Pendant que Duo s'occupe de l'attacher solidement, Heero et Blake sécurisent l'antichambre.

- Tous les hommes de main du Daï et de son fils ont été arrêtés, annonce Heero. Le Temple est à présent sous notre contrôle, mais on n'est jamais trop prudent.

- J'en ai marre d'être prudent ! s'emporte Blake. Ce monstre est derrière cette porte avec mon frère ! ajoute-t-il d'un air outragé.

Il est conscient de l'inanité de sa remarque. Après tout, où Masanaga peut bien détenir Shawn, si ce n'est dans la deuxième et dernière pièce de cette casemate ?

Le regard que lui destine Heero, en revanche, n'est en rien superflu ou vain. Il est vital pour Shawn que Blake obéisse au doigt et à l'œil avisé du Colonel…

- Je ferai tout ce que tu me diras au moment où tu m'en donneras l'ordre, s'empresse de lui promettre l'Agent spécial. Ne m'évince pas de l'assaut principal, Sensei… s'il-te-plaît.

- Hn.

Méditatif, il prend le temps de vérifier son chargeur, avant d'interroger calmement son agent.

- Pourquoi es-tu là ?

- Quelle question !

Mais Heero n'entend rien à son air perplexe.

- Je t'ai posé une question simple, je m'attends donc logiquement à recevoir une réponse du même genre.

Blake s'astreint à ne pas céder à la panique, quand Duo revient vers eux.

- C'est bon, j'ai terminé de le saucissonner, déclare-t-il, au sujet du prisonnier.

- Shawn, répond soudainement Blake. Je suis ici pour mon frère et non pas pour mener une vengeance personnelle.

Il lui a suffi d'un regard sur Duo pour se remémorer le pourquoi de son combat : retrouver et sauver son frère. C'est ce que le drame familial du natté lui inspire…

Quant à Duo, l'antichambre est suffisamment petite pour qu'il ait pu suivre leur mise au point, tout en s'affairant de son côté.

- Masanaga a rendu les armes, déclare gravement Heero.

- C'est pourquoi il n'a pas jugé utile de verrouiller les portes, comprend Blake. Il se sait fait comme un rat ! se réjouit-il.

Avant de pleinement réaliser ce que cela signifie et dans quelle situation critique se trouve son frère.

- Shawn ! Il va entraîner mon frère dans son suicide !

- Il ne fera rien de tel avant de m'avoir revu, assure Heero.

- Il t'attend, souligne Duo. Il t'attend depuis vingt ans…

- Hn.

Ensemble, ils pénètrent enfin la plus spacieuse des deux salles…

L'ultime étape de leur mission commando.

Le point d'orgue de toutes ces années d'investigations, mêlant l'amitié, l'espoir et le travail acharné… malgré les moments de découragement qui n'ont pas manqué de venir saper le moral des agents.

Cependant, le Colonel Yuy a toujours su enrayer ce phénomène naturel. En identifiant les objectifs à atteindre, en leur insufflant une forte détermination et rappelant régulièrement leur mission première. A savoir : être un rempart imprenable entre la joie et le malheur, entre la bienveillance et la cruauté.

Plus qu'un agent preventer employé pour faire régner l'ordre, être un homme lambda garant de la Paix.

Peut-être est-ce pour cette raison que l'unité du Colonel Yuy obtient les meilleurs résultats…

Peut-être est-ce parce l'Agent d'élite place le genre humain au cœur du système, comme le préconisait Relena avec une opiniâtreté sans pareille…

Fort de cette formation unique et de la confiance absolue qu'il place en Heero, Blake ne s'attarde pas sur ce qui ressemble à un studio richement décoré, mais plutôt sur le mafieux… enserrant Shawn dans ses bras, une lame de rasoir pressée contre sa carotide, prête à la lui trancher net.

- Shawn ! crie Blake, les larmes aux yeux et la rage au corps. Bordel, mais tu vas le LÂCher, oui ! explose-t-il, sous le coup de l'impatience.

Visiblement mal en point, le jeune captif peine à ouvrir les yeux. Ne serait-ce que pour contempler le visage de son frère adoré… éventuellement pour la dernière fois.

- Shawn, réponds-moi ! quémande Blake, tout en pointant Masanaga du canon de son arme.

Il sait pourtant qu'il est trop risqué de tirer. Son frère pourrait être touché par ricochet, ou la lame que tient le Japonais du Sud pourrait riper et le tuer.

De leur côté, Heero et Duo échangent un regard entendu : Masanaga est dos au mur, littéralement, son dévoué pesamment adossé contre son torse.

- Tu le savais… pour le Daï et moi, adresse-t-il à Heero.

Masanaga n'a que faire des élucubrations de Blake. Cet individu, insignifiant à ses yeux, est et a toujours été le cadet de ses soucis. Contrairement à Heero qui, lui, n'a jamais cessé d'alimenter ses fantasmes du fils idéal choyé par un père magnifié.

- Tu l'as toujours su.

- Oui, avoue Heero, impassible par nature.

Pensif, Masanaga étreint Shawn comme s'il possédait le plus précieux trésor de tous l'univers… et qu'il risquait de lui glisser entre les doigts, d'un moment à l'autre.

- Le Daï…, commence-t-il.

Avant de s'interrompre pour esquisser un sourire en coin plein d'amertume.

- Mon père a fait brûler le corps encore chaud du tien et celui de ma mère, quelques heures à peine après ton échappée.

Sa révélation plonge la pièce dans un étrange silence.

Un laps de temps qu'utilise Masanaga pour glisser au sol, lentement, en entraînant Shawn dans sa chute.

- Libère-le, ordonne Heero d'une voix calme.

Confiant, il baisse son arme, incitant les autres à en faire autant.

- Si tu l'aimes vraiment, reprend-il, tu dois le rendre à sa famille et lui permettre de vivre. Même si cela signifie qu'il continuera sans toi.

Le Japonais du Sud esquisse un autre sourire, triste et narquois à la fois.

- N'a-t-il jamais vécu avec moi, au bout du compte ? Pour prétendre partager la vie d'autrui, faudrait-il déjà que l'on vous aime en retour…

- Je vois que t'as repris les études ! lance Duo, sarcastique.

Le nez niché dans les courts cheveux blonds de son dévoué, Masanaga ne veut plus gaspiller la moindre seconde en faisant, entre autres choses, état des remarques de ce genre. Il préfère s'appliquer à respirer profondément, consciencieusement, l'odeur délectable à souhait de Shawn…

Au grand dam de Blake qui s'agite nerveusement en dansant sur ses pieds. D'un regard, pareille à une claque sur la nuque, Heero l'enjoint à tenir sa position et sa promesse.

Ce qu'il consent à faire, même lorsque Masanaga dépose un long baiser dans le cou de son frère… écartant provisoirement la lame, laquelle retrouve rapidement sa position première, tout contre sa peau.

- Tu es tout ce qui me reste, lui confie-t-il, sous son oreille. Tu es tout ce que je n'ai jamais eu de beau et de vrai dans ma vie.

Comme s'il avait attendu ce moment précis pour puiser dans ses dernières forces et participer ainsi à sa propre délivrance – ne serait-ce qu'intérieure - Shawn s'anime à ces paroles.

- Je te pardonne… Masanaga, parvient-il à articuler.

Son absolution sincère touche le Japonais du Sud en plein cœur. Reconnaissant, celui-ci prolonge l'instant de grâce en resserrant sa prise sur lui, continuant de manipuler la lame avec une extrême précaution, sans toutefois cesser de l'en menacer.

- C'est la première fois que tu prononces mon nom.

- C'est la première fois… où je ne crains plus de le faire, souligne-t-il, alors qu'il est toujours sous le joug du mafieux.

Pétri de regrets, Masanaga presse ses lèvres dans ses cheveux.

Une toute dernière fois.

- Merci, souffle-t-il, tout en éloignant finalement la lame de la peau fine de son cou. J'aurais dû te suivre, Fils d'Odin, ajoute-t-il à l'attention d'Heero.

Chacun peut percevoir une pointe vive de remords dans sa voix et pourtant, Masanaga semble paisible.

Résolu.

- D'une manière ou d'une autre, je réaliserai le vœu de mon père et te ferai sortir d'ici, certifie Heero.

L'instant est solennel.

Durant un moment, Masanaga contemple celui qu'il aurait tant aimé avoir pour frère, une tristesse infinie logée au cœur de ses prunelles…

- Il est tout à vous, finit-il par promettre en retour.

Avant de se trancher la gorge d'un geste sûr, net et précis.

D'abord paralysé par la vision d'épouvante qu'offre à présent le Japonais du Sud, Blake se précipite ensuite vers Shawn, dont le vêtement en soie rouge commence à s'imbiber du sang de son bourreau.

- Shawn ! Shawn, réponds-moi ! implore-t-il, tout en venant s'agenouiller à ses côtés.

En déplaçant son corps pour l'installer confortablement sur ses cuisses et le serrer contre lui, Blake écarte involontairement le kimono de son frère… dévoilant ainsi l'état de son entrejambe.

- Oh, mon Dieu ! panique Blake.

S'exhortant à réagir avec promptitude, il presse aussitôt son laryngophone bluetooth.

- Agent McGuire, au bunker. Il me faut une ambulance au plus vite !

- Blake, murmure Shawn.

- Je suis là, p'tit frère… Je suis là, tiens bon !

Pendant ce temps, dans un recoin de la pièce, Duo demeure pétrifié, les yeux braqués sur la plaie sanguinolente de Masanaga.

Pressentant ce qui risque probablement de s'ensuivre, Heero vient se poster entre lui et le cadavre du mafieux ; tel un rempart infranchissable entre le bonheur et le malheur.

- Duo, regarde-moi.

Son compagnon semble ne pas l'entendre et se trouver à des années lumière de la casemate. Projeté dans l'horreur du drame survenu durant son enfance, cette nuit-là, à nouveau confronté à tout ce sang, à ces gorges profondément tranchées, Duo n'a plus aucune réaction… jusqu'à ce qu'Heero ne le secoue par les épaules.

- Concentre-toi sur ma voix, lui demande le preventer. C'est fini, Duo. Tout ceci est derrière toi.

A la fois meurtri par son vécu passé et reconnaissant du soutien infrangible de son amant, Duo fait fi des convenances et se blottit contre Heero.

- Tout ceci est en moi, 'ro, murmure tristement le natté. Je n'arrive pas à en sortir et je le regrette. Crois-moi, je le regrette vraiment.

En réponse, Heero l'étreint avec force tout en méditant sur les paroles susceptibles de l'aider… lorsque Sally et ses infirmiers surgissent dans l'intervalle.

- Qu'est-ce qu'on a ? demande-t-elle sur un ton d'urgence.

- Docteur Chang, par ici ! crie Blake. C'est pour mon frère !

A croupetons, la doctoresse en chef commence l'examen préliminaire de son nouveau patient.

- Il est fiévreux et le pouls est filant, indique-t-elle à ses infirmiers.

- Qu'est-ce qu'il a ? veut savoir Blake. Qu'est-ce que Masanaga lui a fait ?

- Il lui a fracturé le pénis, diagnostique-t-elle d'un calme olympien, tout en s'affairant autour de Shawn.

- Mais… C'est possible, ça ?

- La membrane du pénis, très fine, peut résister à dix fois la pression d'une érection, lui apprend-elle sans cesser de s'occuper du jeune homme. Mais lors d'un rapport violent dans certaines positions, ou tout simplement en tombant de son lit en pleine érection… C'est plus courant que ce qu'on croit !

- Que… il va… comment…

- Il doit subir une opération chirurgicale, puis portera une attelle.

- Où ça ? s'enquiert-il d'un air hébété.

- Au pénis, Blake, répond patiemment Sally.

Il n'y a aucune trace de moquerie dans sa voix. Elle se doute que Blake doit se sentir lessivé. Tout comme elle sait qu'il a besoin de se raccrocher à quelque chose de concret. Retrouver son frère cadet, après quatre longues années d'incertitude et d'angoisse, doit encore lui paraître irréel, alors que se concentrer sur le discours de la doctoresse lui permet certainement de garder un semblant de contrôle sur les évènements ; de se convaincre qu'il ne rêve pas, que son frère lui revient enfin…

- Six semaines de repos, au minimum, prescrit-elle.

Entretemps, les infirmiers ont installé Shawn sur le brancard, afin de le transporter dans l'ambulance, puis à l'hôpital.

- On décolle ! commande-t-elle, rapidement.

Tenant la main de son petit frère, Blake accompagne le personnel médical, sans plus prêter attention à son entourage…

Et alors qu'ils s'empressent de sortir, Marc et Alec, eux, entrent dans le bunker.

- Au rapport, Colonel ! formule l'Agent Guérin, comme il est d'usage dans le corps militaire preventer.

Duo se détache aussitôt d'Heero, afin de le laisser travailler.

- J'ai besoin de prendre l'air… seul, indique le natté, le regard fuyant.

Soucieux de son équilibre émotionnel, Heero respecte son désir tout en suivant des yeux son départ précipité, jusqu'à ce qu'il disparaisse à sa vue.

- Je t'écoute, Marc, assure-t-il ensuite.

- Aucun blessé grave dans nos rangs. Huit morts dans les leurs, sans compter le Daï et apparemment, Masanaga, ajoute-t-il en lançant un bref regard à l'homme, autrefois si puissant.

Et dont les yeux restés ouverts contemplent peut-être déjà un autre monde…

- L'Administrateur Chang nous a envoyé des renforts, le renseigne Alec.

- Malheureusement, les quatre autres hommes détenus par Masanaga ont été exécutés, peu avant notre intervention.

A en juger par l'expression de son agent et à sa façon d'annoncer cette information, Heero devine sans mal que ces jeunes hommes ont probablement rendu leur dernier souffle dans d'atroces souffrances.

- Organisez le rapatriement des corps, commande-t-il. Il nous incombe de retrouver et de contacter les familles des victimes.

- Compte sur nous, promet Marc.

- Je m'occupe de contacter la cellule de soutien psychologique, afin qu'elle prenne en charge leurs familles et amis proches, fait savoir Alec.

Heero opine du chef en signe d'assentiment.

- Rendez-vous à l'Agence, cette après-midi. D'ici là, reposez-vous. Cette mission n'est pas tout à fait terminée, les prévient-il.

- La nouvelle de la mort du Daï et de son héritier doit déjà se répandre, souligne Alec.

- Les clans annexés au Myosotis vont se détruire d'eux-mêmes, prédit Marc. Leurs membres vont s'entretuer, appâtés par le pouvoir et nous n'aurons dès lors plus qu'à les achever en pulvérisant ce qui restera de leur organisation mafieuse.

- Certes, mais… Crois-tu qu'il soit réellement possible d'assainir durablement le Quartier rouge ? Alec interroge-t-il son Colonel.

- Seulement si la branche humanitaire des Preventers organise la contre-attaque et vu l'ampleur de la tâche, elle doit déjà être à pied d'œuvre.

- Je suis certain qu'ils sauront réhabiliter ce quartier et redonner confiance en ses habitants, soutient Alec avec un soudain fort sentiment d'optimisme.

- Sauvons la jeunesse ! dit Marc, sincère dans ses propos, mais taquin à l'égard de son collègue.

Heero se laisse aller à esquisser un doux sourire en coin… qui disparait bien vite à la pensée de son compagnon.

Seul, au dehors.

Il prend alors congé de ses hommes, afin de remonter à la surface. Il est impatient de retrouver son partenaire, son ami, son amant…

Dans l'obscurité propre à une nuit sans lune, les lumières des gyrophares sont éblouissantes, mais ne gênent pas les agents spéciaux qui s'activent sur le site. Le bourdonnement même qui résulte du déploiement important des effectifs preventers a quelque chose de rassurant…

Heero, quant à lui, a rempli sa mission. Il s'autorise donc à explorer le parc à la recherche de Duo. Seulement, les secondes s'égrènent et deviennent des minutes, qui a leur tour en forment plusieurs dizaines…

Les sourcils froncés par la contrariété, Heero s'immobilise devant l'un des pavillons et presse son laryngophone bluetooth.

- Duo ?

-

- Duo, où es-tu ? retente-t-il, le cœur palpitant à mille à l'heure.

Le natté ne répond toujours pas et demeure introuvable…

Leur technologie militaire de communication a une portée d'un kilomètre et demi. Par conséquent, le silence radio signifie que son « détenu » est loin, désormais hors d'atteinte.

Ça ne peut être que cela.

Heero se refuse à croire que son compagnon coupe volontairement la communication… entre eux deux.

Confiant quant à leur union, Heero se laisse pourtant envahir par une pointe d'incertitude. Et si Duo avait finalement décidé de reprendre sa liberté, si brutalement confisquée ?

S'il désirait cela, plus que tout ?

Heero reconnait qu'il est absurde de douter de la moralité de son compagnon.

Duo est un homme de parole, un ami loyal…

Mais aussi et surtout, la prunelle de ses yeux…

A suivre…

Note :

(A) : citations originales issues de l'Anime GW.

(B) : site de référence : FLIR (fr)

Note de fin : Je vous laisse à nouveau sur un méchant suspens…

A l'origine, ce chapitre et le suivant constituaient un seul et même chapitre ; beaucoup trop long ! Je me souviens avoir eu du mal à le couper en deux, parce que moi aussi je voulais « connaître » la suite au plus vite… Mais si, par la fin du règne du Daï et de Masanaga, ce chapitre marque nettement la clôture d'une histoire dans l'Histoire Carte Noire, le suivant offre un tracé inédit ; des voies nouvelles se mêlant inextricablement à leur vie, à tous…

Notre voyage est donc loin d'être terminé…

D'autres bouleversements se profilent à l'horizon…

D'autres intrigues appellent à être dénouées, sans jamais – je l'espère – diluer notre Carte noire©…

Misaki : merci pour ta review ultra vivifiante. Un moyen de me soudoyer ? Ne me tente pas plus ! Je me retiens encore, parfois, de poster deux chapitres par semaine… Ta review a bien failli me faire poster en avance.

Lysanea : j'ai posté le chapitre précédent juste, juste avant de recevoir tes reviews suivantes. C'est déjà agréable d'écrire, mais quand en plus notre imaginaire et notre façon de l'exprimer – avec ton aide précieuse - plaisent aux lecteurs, alors là : c'est super génial !

Pour le coup du « poulet », j'ai sciemment usé d'un cliché bien lourd, pas du tout subtil. Inutile de vous indiquer lequel… si ? Poulet/Police… Police/Poulet… Bref, passons ! lol

Concernant le coup de foudre entre nos adorables G-boys et la nécessité de maintenir un rythme soutenu (infiltration et extraction dans l'urgence), j'avais peur que l'alchimie ne se ressente pas complètement, pas aussi profondément et richement que souhaité. Ce que tu me décris de ton ressenti me réconforte donc énormément. Je suis heureuse, également, d'arriver à respecter plus ou moins bien les caractères d'origines des G-boys, tout en m'autorisant à les refaçonner à ma manière… et que la magie opère, là encore.

Je ne peux envisager Duo autrement que farouchement épris de sa liberté et, à la fois, farouchement épris d'Heero. Il fallait absolument que je parvienne à faire cohabiter ses deux aspects de sa personnalité, à les faire s'apprivoiser. Aussi, je suis contente que Duo donne réellement l'impression - même un court instant - d'être prêt à se « débarrasser » d'Heero pour protéger Daniel (chap. 8)… et que Daniel soit adopté avec un naturel presque évident par les lecteurs. Je crois que c'est chose faite, à l'instar d'Akane et de Towika…

Tit0u86 : chouette ! J'ai reçu ta review avant de poster ce chapitre-ci ; je peux donc te répondre aussitôt. Comme quoi, ça peut avoir du bon d'être en retard. Je comprends totalement ton besoin d'isolement afin de pouvoir lire confortablement et tranquillement. Que tu le fasses pour lire mes chapitres est d'ailleurs un grand compliment ; une sorte d'écrin en velours qu'offre le lecteur à l'œuvre de l'auteur. Je me souviens encore de mes moments de doutes… Merci donc du fond du cœur, pour tout. De même, je savoure vos reviews comme des friandises merveilleuses… Au risque d'en lasser certain : merci beaucoup pour vos commentaires. Je crois qu'au bout du 15ème chapitre, je suis bien bien rassurée !

Les mots sincères sont rares et précieux. Merci à tous de m'avoir lu et…

A la semaine prochaine !

Kisu

Yuy