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Carte Noire,
un voleur nommé désir
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Source : Gundam Wing AC
Auteure : Yuy
Bêta de lumière : Lysanea
Genre : yaoi, romance, policier et UA.
Disclamer : aucun des personnages ne m'appartient sauf Black Light, Kimo Lost/Maxwell dit « Le Joker », Scarlette, Jenna et John Johnson, Gale et l'Inspecteur Morris, Aideen dite « L'Irlandaise », Masanaga dit « Le Japonais du Sud », Joe Fisher, le Gardien du loft 781, Lionel et Jeff, Akane, Lieutenant Nanako Gotô, Yumi, Capitaine Marc Guérin, Capitaine Alec Bowers, Lieutenant Antoine Faure, Capitaine Blake McGuire, Agent spécial Kale, Jack Glade, Anita Stones, Faye Ship, Ito Li, Barbara Linardt, Stan et Shawn McGuire, Steve Harris, Akito, Towika, Eichi, les frères Studners, Commandant Giuliano Cortesi dit Elmo, Gasper, Rosy, Charles, Luca, Standford, Surk, Shin-ji, Estelle, Docteur Akeno, Antonio, Katrine, Vincent, Fernand Faure, Isabelle De la Forgerolle-Faure, Cure-dent, le Colonel Jackson, Maurice Bailey dit « le géniteur », Daniel Bailey, Freddy, Miss Lili, Phoebe, Jason Stich, Hakim, Stuck, Jackie, Jake MacCain, Sean Davis, Silvio, Rosy MacGarette, l'Agent spécial Tsuki, Vincent, Antonio, Alexandra, Steven, Kylian, Monsieur Fernot et Monsieur Boyer…
Couples : Heero x Duo ; Trowa x Quatre
Note : La liberté revêt le sens qu'on lui donne en fonction de son vécu et de ses aspirations. Cependant, si la conception de sa liberté propre est individuelle, la question de savoir comment l'utiliser demeure…
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Lime
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À Ly-chan, mon impérissable
et à tous les lecteurs
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Bonne lecture !
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16 – Ma liberté
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À l'aube…
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Heero n'a pas pu, ni voulu fermer l'œil du reste de la nuit. Duo n'est toujours pas rentré et n'a manifestement pas daigné donner signe de vie…
Si l'idée de s'allonger pour tenter de se reposer ou de faire le vide dans son esprit est le premier réflexe du commun des mortels, elle n'a pas effleuré Heero, ne serait-ce qu'une demi-seconde. A l'inverse, il trouve bien plus supportable de s'occuper en tapant frénétiquement sur son clavier d'ordinateur, tout en résistant à la tentation terrible d'espionner son compagnon en le localisant via sa puce micronisée sous-cutanée ou son bracelet numérique.
De toute façon, s'il devait lui arriver quelque chose de grave, le traceur enverrait une alerte sur son communicateur portatif.
De fait, il ne sait pas ce qui est le plus stressant : redouter qu'il se mette à sonner, lui indiquant enfin où se trouve Duo, mais dans un état préoccupant. Ou redouter qu'il ne sonne jamais, impliquant que Duo reste bien dans sa zone d'assignation, mais qu'il ne veuille toujours pas regagner leur domicile.
Trowa lui a bien conseillé de ne pas dramatiser, confiant quant aux intentions du natté. Seulement, Heero vient de faire une découverte majeure sur lui-même ; son esprit analytique ayant tôt fait de mettre le doigt sur cette sensation inédite. Une impression de manque déjà bien ancrée qu'il n'a jamais ressenti auparavant. La séparation physique que Duo leur impose venant confirmer son intuition.
*Je ne peux pas vivre sans lui* comprend-il clairement.
Depuis qu'il a capturé l'amour de sa vie, il ne lui a plus jamais échappé… jusqu'à cette nuit.
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Début du flash-back
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Quelques heures plus tôt…
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Ne parvenant pas à dépasser son trouble, Heero vient sonner au Manoir Winner dans l'espoir fou d'y débusquer son amour de « détenu »…
Peut-être ce dernier s'y trouve-t-il et aura simplement oublié de le prévenir, perturbé comme il doit l'être par les images cauchemardesques des meurtres des membres de sa famille ?
Peut-être a-t-il ressenti un besoin impérieux de voir Daniel, sain et sauf ?
*J'ai beau retourner le problème dans tous les sens, rien n'explique qu'il veuille me tenir à l'écart* se dit Heero.
La double porte en chêne massif s'ouvre, sans émettre le moindre grincement. Malgré l'heure plus que tardive, le maître d'hôtel est comme à son habitude : courtois et impeccablement vêtu pour la nuit.
- Bonsoir, Monsieur, l'accueille-t-il en s'effaçant dignement pour le laisser entrer.
- Bonsoir, Gasper, le salue Heero, tout en investissant le vaste hall.
Du fait de ses dimensions, la demeure imposante pourrait paraître froide et impersonnelle. Cependant, l'association subtile des couleurs, des matériaux tels que le bois et le marbre, ainsi que la décoration chic et conviviale donnent au contraire une impression de bien-être, de prospérité… de vie. Sans compter l'aura de ses habitants, chaude, douce et bienveillante.
- Duo est-il ici ? l'interroge-t-il.
- Non, répond une autre voix.
Heero tourne alors la tête pour voir Trowa descendre les quelques marches restantes du grand escalier. Cela fait bien longtemps – trop - qu'il n'a plus vu son ami en ce lieu et dans ces beaux habits d'intérieur ; ceux que Quatre choisit pour lui.
- Merci, Gasper, le congédie respectueusement Trowa.
Le maître d'hôtel s'incline, laissant les deux hommes seuls, en tête-à-tête.
- Il est plus de minuit et les enfants dorment à poings fermés, décrit Trowa, tout de go.
Le ton de sa voix donne à penser qu'il l'informe d'un fait tout en lui en reprochant gentiment un autre.
- Comment se porte Quatre ? Heero s'enquiert-il plutôt.
- A merveille, lui apprend-il, le regard pétillant. L'opération s'est-elle bien déroulée en ce qui concerne Shawn ?
Trowa se doute de l'issue funeste réservée aux mafieux et il devine à l'attitude d'Heero qu'aucun de ses hommes n'a été grièvement blessé.
- Il est vivant.
- Tu ne crois pas qu'il puisse se reconstruire ?
- L'avenir nous le dira…
- Mm… Pourquoi Duo a-t-il choisi de s'enfuir ? veut-il savoir, ensuite.
Trowa et Heero ne sont pas mediums. Ils ont simplement un esprit de déduction imparable et similaire sur plus d'un point. Ils n'ont besoin que peu de mots pour s'expliquer et se comprendre ; ce qui déstabilise celles et ceux qui tentent de suivre leurs conversations, lesquelles peuvent donner l'impression d'être décousues.
- Masanaga s'est tranché la gorge. Sous nos yeux.
Les deux colonels échangent un de leur fameux silence.
Profond, apaisant… parlant.
- Rentre, finit par lui recommander Trowa. Ça ne rimerait à rien de sillonner la ville. Nous parlons de Carte Noire, pas du Joker. Rentre chez vous, Heero. Quelle que soit la route que l'on emprunte, on finit toujours par rentrer chez soi.
- Daniel est ici, oppose-t-il.
- Duo ne voudra pas que votre fils et plus largement, les enfants, le voient dans cet état. Et je le pense suffisamment prévenant et bienveillant pour qu'il pense également à épargner mon mari.
Heero acquiesce, sans toutefois parvenir à être complètement tranquillisé par les paroles de son ami. C'est donc toujours anxieux qu'il quitte sa demeure pour rejoindre la sienne, au bord du Wando…
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Fin du flash-back
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Pensif, Heero en est à se préparer sa cinquième tasse de thé vert, lorsqu'il sent une légère brise tiède lui caresser la nuque. Un peu comme si le soleil du matin lui soufflait dans le cou…
- Je n'avais pas prémédité de te faire faux bond et quand je m'en suis rendu compte, je… je ne pensais pas m'absenter tout ce temps, articule le natté d'un air penaud.
Une manière de s'excuser qui ne le satisfait pas lui-même, tant elle lui paraît insuffisante bien que sincère.
A l'évidence, son colonel a veillé toute la nuit, si l'on en croit les quelques sachets de thé détrempés, empilés sur une soucoupe.
Se forçant à observer une entière passivité, Heero délaisse son ordinateur et sa boisson chaude, afin de lui faire face.
De son côté, Duo fait coulisser la porte vitrée, derrière lui ; un accès suffisamment sécurisé pour que personnene soit en mesure de l'ouvrir depuis l'extérieur. Seulement, Duo n'est pas n'importe qui. Carte Noire n'est pas un vulgaire voleur qui se découragerait dès qu'une serrure comporterait plus de huit crans de sureté, doublée d'une détection électronique qui ne laisse qu'une minute pour déverrouiller la porte. Du reste, le natté n'a pas réellement souhaité entrer par effraction chez son compagnon. Préoccupé comme il l'est, il a simplement agi par automatisme. Ses petites infractions sans gravité lui sont devenues si naturelles, si faciles, si vitales à sa survie aussi, qu'il n'a même plus conscience de les commettre…
… ni du fait qu'il ne détient effectivement pas de double des clefs de la maison d'Heero.
- Je t'aime, Duo, proclame le preventer d'élite.
Avec une parfaite froideur, cependant.
Hochant imperceptiblement la tête, le natté se met à réfléchir d'un air grave. Le ton sur lequel Heero lui déclare sa flamme est loin de briser la glace qui s'est apparemment formée, entre eux.
- Je n'ai jamais eu l'intention de te quitter, éprouve-t-il le besoin de se défendre. Tu le sais, au moins ?
- Je mentirais si j'affirmais ne pas avoir envisagé cette possibilité. Mais tu ne laisserais pas notre fils.
- Crois-tu que je ne revienne que pour Dano ?
- …
- Ou alors, à cause de mes traceurs ?
- …
Oscillant entre l'inconfort extraordinaire d'être ainsi maintenu à distance par son bien-aimé et l'irritation de le voir douter de la sorte, Duo blêmit… avant de rougir légèrement sous l'effet de l'agacement qu'il sent gronder en son for intérieur. Néanmoins, il s'oblige aussitôt à prendre sur lui ; Heero est suffisamment échaudé pour ne pas rajouter à ce qui semble être une épreuve.
- Je ne peux pas croire que mon escapade nocturne ait plus de poids que ce qui nous unit, toi et moi.
- Non, pas à ce point, confirme effectivement Heero.
Indéchiffrable.
Duo avance de quelques pas, sans oser abolir complètement l'espace qui les sépare l'un de l'autre.
- Tu n'as pas cherché à me géolocaliser ?
- Je me suis interdit de te pister pour des raisons personnelles. Tu as le droit de visiter la ville de nuit, après tout, ajoute-t-il, une pointe d'amertume dans la voix.
- Je n'aime pas ce qui se trame, 'ro, indique Duo avec fermeté. Je n'ai jamais voulu ça. Ce froid entre nous… me gèle de l'intérieur.
Sous l'impact de ces mots, Heero reste pourtant de marbre.
- Tu es peut-être le type le plus tenace de la planète, mais je n'en suis pas moins persévérant, le prévient Duo. Tu peux faire ta tête de mule tant que tu voudras. J'ai fait une erreur. J'en suis pleinement conscient, à présent et je suis prêt à en payer le prix. Mais saches que je ne nous laisserai pas nous éteindre. Jamais ! Alors… vas-y ! Fais comme tu veux…
Malgré l'embarras manifeste du natté, Heero pousse son analyse en l'examinant durant un long moment.
Un temps que Duo a bien du mal à lui concéder, le cœur battant à tout rompre…
Puis, après une interminable minute, peut-être même deux.
- Je crois que tu n'imagines pas à quel point tu comptes pour moi, finit par confier Heero. Tu es devenu mon univers. Mon tout.
Bouleversé, Duo sent ses yeux s'embuer de larmes contenues. Il voudrait tant rebondir, formuler une parole pleine d'amour et de conviction, articuler quelque chose, n'importe quoi, qui puisse tranquilliser son élu sur ses propres sentiments à son égard, seulement… la gorge serrée par un afflux d'émotion, il ne parvient qu'à hocher la tête.
En outre, la déclaration d'Heero est lourde de sens et de conséquences : il exprime clairement, pour qui sait lire entre ses lignes, qu'il ne tolérera aucune sorte de menace planer sur leur vie.
Le Daï et le Japonais du Sud sont désormais hors d'état de nuire, certes. Cependant, Duo devine sans mal à quelles autres « menaces » Heero fait allusion.
Kimo Mawxell et Solo Smith.
Les familiers restants qu'Heero juge potentiellement néfastes pour le bien-être de son compagnon. Celui-ci ne doute d'ailleurs pas que son preventer fait d'ores et déjà preuve d'une vigilance accrue les concernant.
- Si, j'en ai une petite idée, finit par soutenir Duo, tout en se passant une main sur le visage. Tu es très protecteur et j'ai des tas de problèmes ! ajoute-t-il en esquissant un pâle sourire.
Résolu à consolider leur union et à soutenir son élu, Heero décide enfin de le rejoindre afin de le serrer contre lui. Une étreinte chaude et rassérénante que Duo lui retourne avec soulagement.
- Tu m'as fait peur, idiot, lui reproche-t-il doucement, ensuite.
Le nez niché sous son oreille, il s'applique à respirer longuement son odeur.
- Enfin, j'imagine que je ne l'ai pas volé ! murmure-t-il, peu après.
- Y a un début à tout, plaisante tranquillement Heero, sur le même ton.
Duo sourit contre sa peau et profite avec une acuité redoublée de ses caresses de plus en plus ciblées dans son dos.
- Tu pourrais au moins me laisser le droit de péter un câble, de temps en temps.
- N'est-ce pas déjà le cas ?
- Hey ! Si tu veux que ça marche entre nous, Mister Contrôle, faut me laisser avoir raison au moins une fois sur trois.
- On s'accorde sur un signe ?
Duo commence par lui déposer un doux baiser dans le cou, avant de lui répondre.
- Quand tu verras que je suis à deux doigts d'imploser et qu'il me viendra l'envie de te teindre les cheveux en rose, tu pourras prendre ça pour un « signe » qu'il vaudrait mieux pour ta survie de « mâle » d'être en parfait accord avec moi !
Heero se met à rire, séduit par ce florilège d'aspects si caractéristiques de l'humanité si lumineuse, tendre et drôle de son compagnon.
- Je t'aime plus que tout, 'ro, déclare le natté.
Au comble du bonheur, chaque fois que le rire de son compagnon vient à emplir ses oreilles et exalter ses sens.
- Vivre à tes côtés est tout ce que je désire, poursuit-il.
- Ici ? se renseigne Heero.
- Avec toi, rectifie Duo. Franchement, je ne tiens pas particulièrement à retourner en R2 et Dany, non plus. Il aime sa nouvelle vie, ici, avec vous. Et moi aussi.
A ces mots, à cette ultime confirmation verbale, Heero raffermit considérablement son étreinte.
- Mon Dieu ! Je m'en veux tellement de t'avoir inquiété…, regrette Duo.
- Je n'ai jamais douté de l'amour que nous éprouvons l'un pour l'autre. Mais à présent que Masanaga ne complote plus afin de causer notre perte, je me suis dit que tu voudrais probablement recouvrer ta liberté, même si cela implique de me quit…
- Je te veux, toi ! l'interrompt-il en s'écartant suffisamment pour ancrer son regard au sien.
Horrifié que son amant ait pu envisager un scénario aussi sinistre, Duo refuse de l'entendre prononcer la fin de sa phrase.
- Duo, je t'ai fait prisonnier, souligne-t-il sa situation, sans ressentir de culpabilité pour autant. Tu es mon captif, je te prive d'une part importante de ta liberté…
- Heero, ma liberté, c'est toi ! déclare-t-il avec fougue.
Des mots forts et lourds de sens qu'il ne peut avoir choisi ni prononcé à la légère. Un serment passionné, enflammé, attestant sans aucune ambiguïté qu'il a d'ores et déjà métamorphosé sa conception de la liberté ; composante majeure et si fondamentale de son existence. Son bien le plus précieux, le seul qu'il n'ait jamais vraiment possédé…
De fait, Heero le dévisage comme jamais, conscient du sérieux considérable et de la solennité de cette parole donnée.
Sacrée.
Dépassé par l'ampleur incommensurable de ses sentiments envers Heero, troublé par l'intensité du regard que ce dernier lui destine, Duo s'applique à reprendre un tant soit peu le contrôle de ses pensées et de son cœur. S'il n'a pas l'intention de faire machine arrière, il doit encore s'acclimater avec cette révélation fracassante…
Cette promesse d'avenir… qu'il n'a pas vu venir !
Tandis qu'il retrouve contenance en s'éclaircissant la gorge, tout en réarrangeant distraitement le col de chemise ouvert de son amant, Heero, quant à lui, garde sereinement le silence. Un contraste saisissant en comparaison du vertige merveilleux qui le saisi tout entier. Ivre d'une joie sans pareille, au comble d'un bonheur exaltant, Heero s'abstient pourtant de tout commentaire, laissant son natté se remettre doucement de ses propres émotions.
L'impact de cette proclamation est suffisamment empreint de gravité pour qu'il ne se risque pas à acculer son compagnon dans ses derniers retranchements affectifs. Au final, Duo s'en charge très bien tout seul ! Venant de lui, ces mots ne sont ni plus ni moins qu'une déclaration d'amour ultime. Duo lui fait confiance au point de lui remettre délibérément une partie conséquente de sa liberté, si ce n'est sa liberté toute entière…
Heero en est profondément bouleversé, honoré et heureux.
Duo en est proprement déstabilisé ; déstabilisé, cueilli, hébété même ! Néanmoins, il demeure sûr de lui.
Sûr d'Heero et de lui.
- Je… j'avais juste besoin de m'isoler et de faire le point, finit par reprendre Duo. Tu ne peux pas, à toi seul, guérir mes blessures, 'ro. Je dois y mettre du mien et c'est ce que je m'efforce de faire.
- Hn., acquiesce tranquillement son amant.
- Seulement… je m'y suis mal pris, admet Duo. Après la mort de ma famille, plus personne ne s'est plus soucié de moi. Excepté Dany, mais c'est autre chose… Je n'ai pas l'habitude d'être attendu, désiré… aimé de la sorte. J'aurais dû te prévenir. J'aurais dû prendre soin de toi et du cadeau inestimable que tu me fais. J'ai honte, 'ro. J'ai honte de mon sursaut d'immaturité et je suis sincèrement désolé du mal que je t'ai causé… sans le vouloir.
Subjugué par son honnêteté et son humilité extraordinaires, Heero ne trouve rien de mieux à faire que de le gratifier d'un long et langoureux baiser, mettant, par la même occasion, un terme à la culpabilité naissante du natté.
- Excuses acceptées, incident oublié, conclut-il ensuite leur petite mise au point.
Et quelle mise au point ! Si l'incident est effectivement pardonné, en revanche, la révélation de Duo restera à jamais graver dans sa mémoire ; ainsi que dans celle du natté, à n'en point douter.
- Je ne l'oublierai pas, réfute toutefois Duo, au sujet de l'incident. Au contraire, je veux m'en souvenir pour ne plus jamais risquer de te blesser. On a été trop longtemps seul, toi et moi. A présent, nous sommes ensemble. Plus qu'une équipe, nous ne formons plus qu'un et je compte bien demeurer digne de ta confiance.
- Et moi, de la tienne.
- Aucun risque de ce côté ! certifie-t-il. Tu es d'une fiabilité à toute épreuve, mon Colonel.
- Je suis capable de passer outre les limites que tu m'as fixées, si cela me permet de mieux te protéger, signale-t-il.
Duo soupire intérieurement.
- Tu es exaspérant, P-man !
- Je suis sérieux.
- C'est précisément ce que je viens de dire ! le taquine-t-il, avant de le rassurer. Je sais tout ça et tu ne perdrais pas ma confiance pour autant. Je trouve ça un peu chiant, disons-le clairement !
- Hn.
- T'en prendrais juste pour ton grade. Et tu es haut gradé, mon chéri. Très, très haut gradé !
Heero esquisse un beau sourire en coin, détendu.
- Tu viens ? propose le natté.
Tout en se mordant la lèvre, il l'entraine par la main en direction de leur chambre.
- Je viens, confirme Heero, brûlant de désir depuis la seconde où Duo est rentré chez eux.
Depuis la seconde où Duo est entré dans sa vie…
Un désir flamboyant ravivé à tout jamais et décuplé par l'engagement inconditionnel des deux hommes.
Le souffle coupé par l'ardeur émanant de son amant, Duo sent un long frisson parcourir son corps.
- Tu te souviens que je ne suis pas à usage unique ?
Riant doucement, Heero l'attire à lui d'une traction, l'enfermant dans une étreinte tendre et puissante à la fois, et à laquelle Duo n'a nulle envie d'échapper.
- Ce sera lent, très lent…, promet Heero, lui susurrant ces quelques mots électrisant contre ses lèvres entrouvertes.
Enivré d'amour et de désir, Duo s'abandonne bien volontiers, vacillant déjà entre ses bras…
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Bien plus tard,
en fin de matinée…
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Profondément relaxés, les deux hommes partagent un bon bain chaud, le cœur, le corps et l'esprit apaisés…
- 'ro ?
Tout en sortant Heero de sa somnolence, Duo glisse sur son corps, afin de leur trouver la position la plus confortable. Sous cette caresse involontaire et d'une extrême douceur, Heero resserre instinctivement son bras autour de sa taille.
- Hn ?
- Comment es-tu passé du « métier » de tueur à gages à celui de Preventer ?
Le colonel prend le temps de la réflexion…
Encore et encore…
- 'ro ? tente-t-il une nouvelle fois.
L'interpellé pose alors un doux regard sur son dénatté.
- Excuse-moi, j'étais perdu dans mes pensées.
- J'ai vu ça, dit-il en ramenant de l'eau chaude sur le haut de son torse, à demi émergé.
- Je crois qu'Odin m'a guidé, lui répond finalement Heero. Seulement, je n'ai pas su l'entendre ni le comprendre, à l'époque.
- Ça t'embête de me raconter comment ça s'est passé ?
- Non. Bien au contraire…
Amoureux transi, Duo est fasciné par les innombrables facettes de son compagnon et de la chance inouïe qu'il a d'être auprès de lui, dans sa vie… dans son cœur.
*Il me donne carte blanche* réalise pleinement Duo. *Il me fait confiance et c'est si important pour moi… Pour nous deux !*
La caresse persistante d'Heero sur son épaule finit par le sortir de sa réflexion intérieure…
- A quoi penses-tu ? veut savoir son preventer, intrigué.
- A tout ce chemin parcouru, chacun de notre côté. C'est vrai qu'on a des points communs, toi et moi, et ils ne sont pas tous positifs. Certains sont même carrément pourris ! Pourtant, et fort heureusement, l'alchimie de notre couple ne repose pas uniquement sur ces capacités peu communes. Nous nous entendons, l'un, l'autre. C'est comme si…
- … nous partagions les mêmes aspirations.
- Oui, approuve-t-il. Tout devient magique en ta présence…
- Toujours cette fâcheuse tendance à chanter mes louanges, se plaint Heero.
Duo se met à rire.
- Compte sur moi pour donner de la voix !
Heero sourit d'un air coquin.
- Ce n'est pas dans ce sens-là qu'il faut le prendre, lui explique Duo.
En vain. Le sourire tendrement salace d'Heero s'étire.
- Bon ! Tu me la racontes, ton histoire ?
- Hn…
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Début du flash-back
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Vingt ans plus tôt,
en AC 188…
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Du haut de ses huit ans, Heero décoche une douzième flèche et atteint sa cible - plantée à soixante-dix mètres de distance - en plein dans le mille.
Sans surprise.
- Ne fais qu'un avec ta flèche, lui recommande encore Odin, présent à ses côtés. Tu as déjà parfaitement assimilé que tu ne fais qu'un avec tonarme. Quel que soit le support, tu en fais désormais le prolongement de toi-même. Maintenant, oublie l'arc que tu tiens entre les mains et concentres-toi uniquement sur ton objectif. Préoccupes-toi de maîtriser la façon dont tu vas utiliser et optimiser tes munitions.
- Je suis précis, se défend l'enfant de son air naturellement placide.
- Tu dois transformer n'importe quel objet en arme de guerre, Heero. Il ne s'agit pas seulement d'être précis, mais d'être imparable. C'est là où réside la clef de ta survie.
Taciturne, le jeune guerrier engage une nouvelle flèche…
- Tire à l'oiseau ! commande alors son père et maître instructeur.
Aussitôt, Heero bascule à la verticale pour viser différentes cibles placées sur un mât à dix, vingt et trente mètres de haut.
- On y reviendra, commente Odin. Tir positionné !
Discipliné et particulièrement doué, l'enfant - qui ne jouit de cette désignation que de par son apparence physique - se positionne tantôt à genoux, à cloche pied, puis termine sa série d'éjections allongé sur une table.
- Bien… Viens par ici, mon fils.
Heero se rapproche, sans montrer le moindre signe de fatigue, ni d'ennui.
- Je voudrais savoir si tu ne comptes finalement que sur ton seul sens de la vue pour te déplacer et déjouer les ruses de l'ennemi, explique Odin, tout en lui bandant les yeux.
- Prêt, assure-t-il, nullement affolé par cet imprévu.
- Allons-y !
Ce qu'Odin ne lui a pas révélé, c'est qu'il ferait tout pour le désorienter. D'abord en le poussant, puis en lançant des objets au sol et à ses pieds…
Mais rien. Rien ne semble perturber son fils qui atteint ses cibles en plein cœur, inlassablement.
- Ce sera tout pour aujourd'hui, met-il donc un terme à son entraînement quotidien.
Heero ôte son bandeau, stoïque.
Il est impossible de savoir s'il est fier de lui, ou s'il estime qu'il peut mieux faire. Aucune expression, ni l'éclat de son regard, ne permet de le deviner. Même son père commence à éprouver des difficultés à le déchiffrer. Comme si Heero s'était peu à peu muni d'un pare-feu impénétrable, le rendant inexorablement inaccessible.
- Mon garçon…, commence Odin en s'agenouillant devant lui.
Heero le scrute alors de ses yeux bleus de Prusse, magnifiques, vibrants et brillants d'une intelligence et d'une détermination farouches, voire inquiétantes…
- Partout où je pose mon regard, poursuit-il, tout n'est que chaos. Excepté, lorsque je te vois, mon fils. Tout en toi m'inspire l'Ordre et la Justice.
Attentif, Heero demeure impassible.
- La voie que je nous ai tracé n'est peut-être pas la meilleure, avoue-t-il. Mais elle est certainement l'une des plus lucides. Cependant, si je suis ton maître instructeur, je ne suis pas ton maître à penser. Personne ne l'est, alors écoute-bien ce que je vais te dire, Heero :suis toujours ce que te dicte ta conscience.
- Cela signifie-t-il que je place mon instinct au-dessus de tout ? Même au-dessus des ordres ? Et même… au-dessus de toi ?
- Absolument, mon fils. Tu es le seul à décider pour ta vie et sache qu'il n'y a aucun mal à agir selon sa conscience.
Heero le dévisage intensément, sans rien répondre.
- Je t'ai enseigné comment survivre et comment te battre. J'ai fait de toi un tueur efficace et je ne doute pas que tu deviendras l'un des hommes les plus redoutables que le monde ait jamais porté, mais… une partie de moi le regrette.
Cette fois-ci, Heero cille durant une demi-seconde.
- S'il n'est pas trop tard, je voudrais que tu envisages très sérieusement de choisir un autre chemin. Que tu puisses voir par toi-même ce qui te correspond vraiment et qui n'a peut-être rien à voir avec ma vie. Peut-être que…, commence-t-il, avant de s'interrompre.
Le temps d'esquisser un sourire amusé.
- J'ai parfois l'étrange sensation que tu es fait pour arrêter des gens comme moi, tout en combattant ardemment ceux-là même que nous exécutons !
Comme son fils n'a aucune réaction, si ce n'est peut-être que pour une fois, il l'inspecte avec méfiance, Odin rit franchement en le décoiffant un peu plus qu'il ne l'est déjà.
Tutut !
Son père sort son téléphone de sa poche.
- Une nouvelle mission nous est confiée, le renseigne-t-il. Un certain Daï doit mourir avant qu'un accord ne soit conclu entre sa famille et celle d'une autre mafia au nord. Au travail, petit guerrier !
- Hn.
Deux jours plus tard, Odin perdait la vie sous les yeux de son fils…
Sa fierté…
Sa lumière éternelle dans un monde de ténèbres…
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Fin du flash-back
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Les yeux humides, Duo soupire de tristesse…
- Petit guerrier, murmure-t-il pour lui-même, comprenant d'où vient ce surnom.
Celui-là même qu'Heero donne affectueusement à Daniel.
*Comme une sorte d'héritage…* se dit Duo.
Heero, quant à lui, continue de le cajoler - un peu distraitement, il est vrai - plongé dans ses innombrables souvenirs… lorsqu'il entend Duo renifler.
- Chéri…,rouspètetendrement Heero. Comment peux-tu t'émouvoir d'un fait qui ne te concerne pas et qui s'est déroulé des années en arrière ?
- Je me sens hautement concerné par tout ce qui a fait et fait ta vie… chéri, se rebelle-t-il.
- Cela me touche, mais tu ne peux pas faire le rapprochement entre Odin et David. Mon père et moi n'entretenions pas une relation des plus normales et puis, j'ai fait mon deuil.
- Mais tu étais si jeune, 'ro ! J'aurais voulu et je veux toujours le meilleur pour toi.
- La vie m'a déjà donné le meilleur. J'ai d'abord rencontré une amie exceptionnelle qui a donné vie à notre merveilleuse fille. Akane qui me réclamait un frère avant de voir débarquer Daniel. Mon espoir fou, ensuite, de rencontrer l'homme de ma vie.
Duo rougit légèrement, fier d'être l'heureux élu.
- Je n'imaginais pas, poursuit Heero d'un air songeur, que mon expertise en explosif allait être d'un si grand secourt.
- Comment ça ?
- Tu n'es pas sans ignorer que je suis depuis peu l'heureux détenteur d'un bâton de dynamite.
- Hey ! feint-il de s'offusquer.
En vain, puisqu'il sourit jusqu'aux oreilles.
- Tu aurais peut-être préféré que je te compare à une patate chaude ? le questionne Heero, tout en l'attirant à lui pour quémander un doux baiser.
- Non plus, répond Duo, avant de lui accorder ses faveurs.
Un instant de pur bonheur…
- La problématique est résolue ? s'enquiert Heero, après ce tendre échange.
- Cette histoire m'attristera toujours, mais je n'y reviendrai plus, promet-il.
- Tu as le droit d'aborder tous les sujets, fait-il remarquer.
- Oui, mais je crois qu'il est préférable de se remémorer les bonnes choses… Bien qu'ils aient eu des vies diamétralement opposées, Odin et David avaient l'intention de nous ramener sur le droit chemin. Et tu auras beau dire, je suis certain, moi, que tu aurais fini par écouter ton père !
- Peut-être bien…
- Ça ne fait aucun doute !
- Hn.
- Et quoi de mieux pour honorer leurs mémoires que de s'engager dans une Organisation dont le but est de lutter contre le crime et de favoriser l'intégration des jeunes au sein de la société ?
- Je n'ai pas compris tout de suite ce qu'Odin projetait pour moi.
- Tu veux dire que tu as continué, tout seul, à exercer ce métier-là, après sa mort ? articule difficilement Duo.
Il est si stupéfait qu'il se dresse sur une main, l'autre prenant doucement appui sur la ceinture abdominale d'Heero.
- Je me suis perfectionné sans relâche auprès des plus grands maîtres à travers le monde, tout en remplissant mes contrats jusqu'à mes quinze ans, confirme-t-il.
- Période à laquelle tu as décidé de passer les examens pour devenir Preventer ?
- Hn.
- Une formalité, j'imagine…
- Hn.
- Ils n'ont jamais su décrypter ton passé ?
- Ils s'en doutaient, mais face à mes capacités, ils ont choisi de l'ignorer.
- Tu m'étonnes !
- Au final, j'ai éliminé bien plus d'individus que toi, révèle Heero.
- Il n'a jamais été question de faire un concours ! objecte-t-il, tout en reprenant sa position initiale.
- Je te dis cela pour que tu ne te censures pas vis-à-vis de ta nouvelle vie avec nous. Je vois bien de quelle façon tu me regardes et je souhaite que tu saches tout de moi. Je ne veux pas te mentir, Duo. Sur aucun point.
- Je l'avoue, j'suis fan ! confie-t-il avec légèreté. Tout ce que tu entreprends est mené à son terme et parfaitement accompli. Rien n'est perfectible dans ce que tu réalises.
- Duo…, râle-t-il.
- Mon regard sur toi ne changera jamais, l'interrompt le dénatté. Sinon en mieux.
- Parce que c'est encore possible ?
Duo explose de rire.
Heero sourit, fasciné, lui aussi, par les moindres faits et gestes de son bien-aimé. Mais alors qu'il amorce un mouvement pour sortir de l'eau, Duo le plaque soudainement au fond de la baignoire.
- Je dois me rendre à l'Agence, l'informe Heero.
Déterminé, Duo raffermit pourtant son étreinte.
- Tu dois effectivement te rendre, oui. Mais pas à l'Agence, sous-entend-il.
- Debout, c'est un ordre ! tente le preventer.
- Comme tu peux le constater, mon Colonel, nous sommes déjà au « garde à vous », tous les deux, souligne-t-il…
… tout en glissant une main coquine jusqu'à leurs bas-ventres.
La caresse est charnelle, ciblée, appuyée… Tout en douceur, Heero se raccroche à la nuque de son homme. Lorsque le preventer bascule légèrement la tête en arrière, Duo vient susurrer à son oreille.
- Si tu tiens tant à sortir du bain,tu dois d'abord me passer sur le corps… encore.
A ces mots et à tout ce que Duo est capable de provoquer, de commander en lui, Heero se rend à leur désir commun, sans plus montrer de résistance.
Conquis et conquérant…
•
En début d'après-midi,
à l'Agence d'Osaka…
•
Ponctuel, le Colonel Yuy est pourtant le dernier à arriver sur son lieu de travail.
Lorsqu'il entre dans son Q.G., les visages de ses agents se tournent vers lui, tels des tournesols vers leur soleil. Leurs traits sont tirés, mais l'expression qui domine est cellede la satisfaction. La satisfaction et la fierté d'avoir remporté une bataille de plus…
Celle-ci, plus qu'aucune autre.
D'une nature plus pondérée, Heero leur adresse néanmoins ses félicitations. Il fut un temps où elles auraient été implicites. Heero se serait alors contenté d'un bref regard, laissant les destinataires décider du sens à y donner. Mais au contact de Relena, sa défunte femme, et de leur fille, Akane, l'agent d'élite s'est peu à peu ouvert à une autre forme de communication. Moins rude, moins isolée de celle du commun des mortels…
De fait, il lui est devenu naturel d'exprimer publiquement certains sentiments. Un effort visible que son entourage privé et professionnel savent reconnaître et apprécier à sa juste valeur.
- Des nouvelles de Shawn ?
Tout en s'enquérant de l'état de santé du jeune homme, le Colonel va s'installer à son bureau où l'y attend une pile de dossiers, fraîchement bâtie. Il devine, à la couleur bleu nuit des couvertures cartonnées, qu'il s'agit des rapports de missions de ses agents spéciaux.
C'est une tâche pénible, mais indispensable à ce qu'aucun doute ne puisse subsister, ni sur la partie adverse, ni sur les actes du preventer concerné. Pourtant, d'ordinaire, la plupart des agents spéciaux rechigne à les rédiger et leur colonel n'a alors plus d'autres choix que d'imposer un délais.
Heero n'a jamais dû en arriver là.
Au contraire, ses agents ont toujours rendu leurs rapports, au plus tard, le lendemain de l'intervention.
L'agent d'élite n'est donc pas surpris d'avoir à les vérifier, dès aujourd'hui. Cependant, sa satisfaction de les voir si impliqués demeure intacte, comme au premier jour…
- Blake est à son chevet et nous informe régulièrement de son état, le renseigne Marc. L'intervention médicale s'est parfaitement bien déroulée. D'après Sally, il ne devrait pas garder de séquelles physiques.
- Il est entre de bonnes mains, assure Heero, tout en s'affairant à rentrer ses codes d'activation.
- Et… Duo ? l'interroge timidement Antoine. On a su pour…
- … sa fuite ? termine Heero, en redressant la tête.
- Oui.
- Il est rentré. Tôt, dans la matinée.
Ses hommes en ressentent un grand soulagement. Néanmoins, une question les taraude tous : si tout est bien qui finit bien, pourquoi le natté n'est-il pas à son poste de travail ? Aucun d'entre eux n'a le temps d'exprimer leur interrogation à haute voix, que le téléphone du colonel coupe court à leur élan…
Identifiant le numéro qui s'affiche en clignotant nerveusement, Heero s'empresse de prendre l'appel entrant.
- Que se passe-t-il ? s'enquiert-il, tout de go.
- Bah…, balbutie Duo, à l'autre bout du fil. Tu me prends de court, là… T'as une de ces façons de décrocher, ça fait peur !
- Nous venons à peine de nous quitter. J'ai toutes les raisons de croire qu'un évènement exceptionnel est survenu.
- Cela ne veut rien dire, ce que tu dis. Il se passe toujours quelque chose…
- Duo ! sévit-il comme il peut, alors que sa voix est emmiellée de douceur.
Pour se redonner contenance, il s'empare du premier dossier de sa pile.
- Sauf erreur de ma part, ce n'est pas de mon seul fait si je suis obligé de t'appeler pour te parler. Je te signale que tu es parti.
- Tu dormais, souligne-t-il, avant de signer le rapport de mission de Nanako.
- La faute à qui ? Dois-je te faire remarquer, une fois encore, qu'il n'est pas nécessaire de métamorphoser mon ivresse érotique en coma éthylique ?
Heero ne prend pas la peine de répondre et sourit plutôt en coin, tout en prenant connaissance du rapport d'Antoine.
- Passons ! Comment va Shawn ? veut savoir Duo.
- Physiquement, il se rétablira.
- C'est bien et son frère est là pour veiller sur lui.
L'air de dire, concernant sa relation avec Kimo : « contrairement à moi, le déserteur ! »
- Duo…, commence Heero, en interrompant sa lecture.
- Je pensais rendre visite à Maurice, le coupe Duo, peu enclin à aborder le sujet de son frère.
- Seul ?
- Oui, pour l'instant. Je passerai voir Blake et Shawn, ensuite.
- Ça leur fera plaisir.
- Tu crois ?
- Entre compatriotes, vous devriez bien vous comprendre, avance-t-il en validant le rapport d'Antoine.
- Moui… Je suis censé le prendre comment ?
- Sensei ! Alec se permet-il de l'interpeller.
Heero lève la tête dans sa direction. Bowers a le combiné plaqué contre son épaule, la mine solennelle.
*Wufeï* devine aussitôt Heero.
- Pardon de t'interrompre, mais j'ai l'Administrateur Chang en ligne, révèle effectivement Alec.
- J'ai entendu, lui signifie Duo, évitant à Heero de se justifier. Je te laisse. A ce soir !
- Une seconde ! le retient-il, in extremis.
- Oui ?
- Je t'ai laissé ma clef de maison dans le vide-poche de l'entrée.
- Je l'ai, indique-t-il après l'avoir rapidement trouvé.
- Tu penses avoir le temps d'en faire un double, cet après-midi ?
- Oui et puis, ça me donnera l'occasion de visiter le quartier commerçant.
- Il doit y avoir quelques billets…
- … dans « la boite à outils », je sais.
Heero ne peut s'empêcher d'esquisser un sourire.
- A ce soir.
- Bye !
Simultanément, Heero ouvre un troisième rapport et donne le feu vert à l'Agent Bowers, afin que ce dernier transfère l'appel du Haut dignitaire Preventer sur son terminal.
- Chang, répond Heero.
- Yuy…
•
Pendant ce temps…
•
La natte au vent et le cœur plus léger que l'air, Duo sort en trombe de ce qui fut son domicile carcéral pour finalement devenir son cocon familial…
Alors qu'il marche d'un pas rapide vers l'arrêt du bus, tout en remontant à moitié le zip de sa veste noire sur son tee-shirt bleu nuit, il aperçoit la navette tourner lentement au coin de la rue.
*Misère ! C'est là qu'on apprécie d'avoir une voiture…* se dit-il en forçant l'allure.
- Siouplaît ! crie-t-il, tout en allant taper sur l'une des vitres du long véhicule.
Le chauffeur, alerté par l'un des passagers, accepte de décélérer, afin de s'immobiliser et d'ouvrir ses portes.
- Merci, Monsieur. C'est cool !
- Ticket, réclame placidement le chauffeur.
Blasé.
Une poignée de minutes plus tard, Duo se tient dans le hall d'entrée du Preventers Help de Sakai. Tout en s'imprégnant du lieu, il sent son cœur palpiter et sa gorge se serrer.
*Kim' est ici, quelque part dans ces locaux et je ne sais toujours pas si j'ai envie de tomber sur lui par hasard… ou pas*
- Duo ?
L'interpellé sursaute, avant de pivoter en direction de cette voix devenue familière… amicale.
Il aurait dû la reconnaitre immédiatement et ne pas craindre de se retourner, mais perturbé comme il l'est par tout ce qui le préoccupe – et notamment Kimo - il n'a pas su maîtriser son émotion.
A présent qu'il se retrouve nez-à-nez avec l'Agent McGuire, Duo avoue se sentir un peu bête.
- Salut, BicMan !
- Salut. Y a un problème à l'Agence ?
- Non, pas que je sache. Je viens voir le géniteur de mon fils.
- Maurice, rectifie Blake.
Il est à la fois las que Duo persiste à l'appeler ainsi et amusé par son attitude parfois si enfantine.
- Oui… Maurice, répète le natté.
L'air de dire : « Je ne vois pas où est la différence. Mais bon, si ça peut te faire plaisir ! »
- Je voulais en profiter pour prendre des nouvelles de ton frère, poursuit-il.
Pour toute réponse, Blake baisse son regard sur le gobelet vide qu'il tient encore dans sa main.
- Allez ! Le prochain, c'est pour moi ! annonce Duo, en guise de soutien.
L'instant d'après, tous deux se tiennent devant l'un des nombreux distributeurs de l'hôpital, Blake, pris d'un fou rire irrépressible de voir Duo confronté à huit larges boutons rétroéclairés proposant du Carte noire©.
- T'as même des produits dérivés à ton nom, l'artiste !
- J'suis mort de rire ! bougonne le principal concerné.
Pendant qu'il commande le café de son désormais collègue et ami, celui-ci s'essuie les yeux, le corps encore secoué de quelques soubresauts nerveux.
- Tiens, tu me diras quel goût j'ai, plaisante innocemment Duo, tout en lui tendant son « breuvage ».
Seulement, Blake cligne des paupières, ne sachant quel comportement adopter face à la polysémie de son discours.
- Fais comme si j'avais rien dit ! s'empresse de demanderle voleur repenti. Je n'arrive pas à croire que j'ai dit un truc pareil, marmonne-t-il pour lui-même. Je suis désolé, ça sonnait mieux dans ma tête…
- T'inquiète, le rassure Blake, souriant timidement. Et merci, ajoute-il.
Avant de s'emparer du gobelet avec précaution.
- Tu tiens le coup ? s'enquiert Duo.
- Faut bien.
- Non, Blake.
McGuire fronce les sourcils.
- Tu dois tenir le coup, précise Duo.
Le preventer prend une grande inspiration, afin de se redonner du courage.
- Je sais.
- Comme tu sais que vous n'êtes pas seuls. La famille de cœur peut se révéler plus solide que celle d'origine.
L'agent opine du chef, sentant une vague de chaleur intérieure l'envahir, peu à peu.
- Et toi… Que comptes-tu faire pour Kimo ? se renseigne-t-il avec tout le tact dont il se sent capable.
Duo a beau se préparer psychologiquement et savoir que tous s'interrogent sur ce qu'il projette pour ses retrouvailles avec son frère… il ressent chaque fois un malaise grandissant.
- Il n'a pas l'air de vouloir me réintégrer dans sa vie et 'ro ne veut pas qu'on renoue le contact. Pas pour l'instant.
- C'est compliqué, constate-t-il simplement, sans insister.
Duo, qui s'attend plutôt à être matraqué de conseils en tout genre, est à la fois surpris et reconnaissant que Blake ne cherche pas à lui forcer la main.
- Tu devrais rendre visite à Maurice, lui recommande Blake. Ensuite, si tu as du temps et si tu en as toujours envie, tu peux passer nous voir.
- Avec plaisir, accepte Duo.
- Chambre 308, lui indique-t-il, tout en se mettant à marcher à reculons vers ladite salle.
- C'est noté !
Sur cette promesse, Duo s'éloigne à son tour en quête de la chambre 212…
Située dans l'aile réservée aux patients en phase terminale, atteints de maladies incurables ou virulentes, il se dit qu'il a peu de chance d'y croiser Kimo. Son frère – peut-il seulement prétendre encore le nommer ainsi, ou oser se considérer comme tel ? - loge à l'exact opposé du grand bâtiment et n'est pas censé être au courant de sa présence en ces lieux.
Ni même dans ce pays.
C'est dans cet état d'esprit résigné que le natté arrive enfin à destination. Au moment de frapper, il respire un grand coup, le poing levé.
Toc, toc, toc !
- Entrez…
Duo reconnait la voix rocailleuse du géniteur. A la différence qu'elle paraît plus trainante que d'habitude. Plus souffrante.
Aussitôt ouvre-t-il la porte que son regard tombe sur tout un arsenal de machines. Puis, après avoir jeté un coup d'œil sur cet enchevêtrement de tuyaux et de pompes, il finit par trouver un homme considérablement amaigri au regard bleu délavé et à la respiration assistée laborieuse.
- Approchez, demande-t-il d'une voix faible.
Duo s'exécute, mal à l'aise. Et tandis qu'il s'assoit sur l'une des deux chaises misent à la disposition des possibles visiteurs, Maurice le dévisage comme s'il le voyait pour la première et dernière fois de sa vie.
- Daniel ? s'enquiert-il, laconique par nécessité.
- Dano va bien, le rassure Duo. Il adore sa nouvelle école et s'est fait plein d'amis.
Le condamné ferme les yeux durant quelques secondes, comme il savoure cette heureuse nouvelle.
- Écoutez… Maurice. Notre situation à tous les trois est délicate, mais…
- Écoutez… Duo, l'interrompt-il d'une voix si basse que le natté ne s'est arrêté de parler que parce qu'il l'observe attentivement et qu'il a vu ses lèvres remuer. Vous prenez soin… de mon fils.
- Je fais de mon mieux.
- Je vous en… remercie.
Ému, Duo sent les larmes poindre.
- Je vais… mourir, poursuit Maurice. Je n'ai pas… fait grand-chose de… de bien pour lui. Alors… je voudrais accomplir… un acte bienveillant et… lui offrir la vie… qu'il aurait toujours dû avoir.
- Je vous y aiderai, garantit Duo en s'essuyant les yeux.
- Je sais.
Les deux pères échangent un long regard entendu.
- J'envisage de vous amener… notre fils, annonce Duo qui, quelles que soient les circonstances, ne sera jamais d'humeur à se laisser déposséder de ses droits paternels sur Daniel.
- Pas… pas comme ça.
- Dano saura le supporter et surtout, il s'en voudrait terriblement de n'avoir pas vu son… autre père, avant que l'inévitable ne survienne.
- Vous… le connaissez bien.
- Dany me surprend chaque jour. Je crois qu'en fait, c'est lui qui me connait le mieux.
- D'accord, accepte finalement Maurice.
- Nous viendrons demain, conclut Duo.
Maurice acquiesce de nouveau et prend le temps de récupérer un peu. Une pause que Duo observe en silence.
- Heero Yuy ? demande ensuite Maurice.
- Dany est sous sa tutelle et Heero l'aime comme s'il était son propre enfant. Il a une fille du même âge qui s'appelle Akane et ces deux p'tits chats s'adorent.
Maurice sourit, ce qui illumine son visage osseux.
- Et vous ?
Duo hésite à répondre, mais se dit qu'il lui doit bien la vérité.
Toute la vérité.
- Je considère Daniel comme mon fils, avoue-t-il. Avant de rencontrer le Colonel Yuy, je vous détestais et ne faisais rien pour améliorer votre relation avec Dano.
- Sous l'emprise de l'alcool… j'ai vécu ces dernières années… comme dans un demi-sommeil.
- L'heure n'est plus aux reproches, le coupe doucement Duo. Je souhaite sincèrement que vous rentriez positivement dans la vie de notre fils et sachez que je m'appliquerai à ce qu'il vous comprenne.
- Merci… infiniment.
- Vous ne savez pas tout, dévoile-t-il, non sans une pointe de nervosité. Je suis Carte Noire, lâche-t-il. 'ro m'a arrêté dans le cadre d'une affaire bien plus vaste et qui menaçait la vie de Dany. Mais rassurez-vous ! Nous y avons mis un terme définitif et notre fils est à présent en toute sécurité.
- 'ro ? relève-t-il, intrigué.
- Je viens de vous révéler mon identité secrète et tout ce qui vous préoccupe, c'est le surnom que je donne à mon compagnon ?
- Le Colonel Yuy… est votre amant ? s'étonne-t-il en ouvrant de grands yeux surpris.
- Oui, nous sommes ensemble. Et même si aujourd'hui, je ne m'en plains plus, il m'a d'abord forcé à travailler pour l'Organisation qui vous a également employé, par le passé, râle-t-il en relevant son jean, afin de montrer son bracelet numérique.
Comme pour dire : « Non mais, vous vous rendez compte de l'injustice ? Si ce n'est pas de l'abus de pouvoir, c'est quoi ? »
Maurice parvient à suivre le mouvement en baissant les yeux, puis pose à nouveau son regard fatigué sur Duo… avant de partir dans un grand rire.
Un rire léger et joyeux.
- Faut pas vous gêner ! bougonne faussement le « détenu », souriant.
Quand soudain, Maurice se met à tousser… jusqu'à s'en étouffer. Duo saute alors de sa chaise pour alerter le personnel médical.
- Veuillez sortir, s'il-vous-plaît, commande rapidement une infirmière. Monsieur Bailey est exténué.
- Oui… bien sûr, bredouille Duo, depuis le couloir où il a fini par atterrir.
A travers la baie vitrée de la chambre dont les rideaux n'ont pas encore été tirés, il observe, impuissant, les infirmiers s'affairer autour de Maurice… mourant.
*Nous aurions finalement pu nous entendre… Quel gâchis !* pense-t-il avec tristesse.
Ne pouvant rien faire d'autre que lui amener leur petit garçon, Duo enfonce ses mains dans les poches avant de son jean et quitte cette aile-ci du bâtiment, pour rejoindre la chambre 308…
Là encore, il prend une grande inspiration, histoire de mettre de côté sa vie privée pour ne se consacrer qu'à celle des deux frères McGuire… puis frappe trois coups francs.
La porte s'ouvre presque immédiatement sur Blake, comme s'il l'attendait, tapis juste derrière.
- T'as pas oublié de venir ! se réjouit l'agent.
- J'ai donné ma parole, lui rappelle Duo, grimaçant sous l'outrage.
Involontaire, ceci étant.
- T'aurais pu nous oublier, réitère-t-il.
Il tente de faire bonne figure, mais tout en lui – sa voix, sa posture, ses gestes - trahit son anxiété.
- Non, Blake. Je n'oublie pas mes promesses. De fait, cela reviendrait à mentir et je ne mens jamais.
- Les gens changent, parfois, et on peut pas savoir ni en vouloir à la personne, raconte le preventer en guise d'excuses, tout en s'effaçant pour le laisser entrer.
Interpellé par son attitude des plus étranges, Duo marque une hésitation, son attention toujours rivée sur Blake. L'agent spécial est excessivement soulagé de le savoir parmi eux, alors qu'il devrait être heureux de vivre ces précieux moments intimes, seul, avec son frère. En lieu et place, Blake semble désemparé, dépassé par les évènements.
Par ses retrouvailles avec celui qui constitue sa seule et unique famille.
Circonspect, Duo passe finalement le seuil, s'intéressant maintenant au rescapé. Shawn, manifestement réveillé, tranquillement assis et conscient de ce qui se déroule autour de lui, le détaille de la tête aux pieds depuis son lit d'hôpital.
Un laps de temps qu'utilise Duo pour lui rendre la pareille…
Ce faisant, il croise son regard profond et dont la franchise n'altère en rien l'impression de douceur qui s'en dégage. A l'instar de Masanaga, Duo fait le rapprochement avec la physionomie de Solo : yeux couleurs noisette, courts cheveux blonds. Cependant, malgré ces quelques points de ressemblance, Solo et Shawn n'ont absolument rien en commun. Tandis que l'un renvoie une impression de nervosité et de ressentiment constant, l'autre inspire confiance et invite à l'apaisement ; au pardon.
*On se sent bien en sa présence* constate le natté, in petto. *Alors pourquoi la magie n'opère-t-elle pas sur Blake ?*
De même, le lien de parenté entre les deux frères est loin d'être flagrant. Alors que l'aîné de vingt-quatre ans arbore un physique de nageur et noircit toutes les cases de l'hétéro-sûr-de-lui, Shawn - de deux ans son cadet - à l'inverse, paraît délicat et dépendant.
*Il doit en être ainsi depuis toujours* soupçonne Duo.
- Salut, Shawn ! Moi, c'est Duo. Duo Maxwell.
Il réalise soudain qu'il n'a plus utilisé son nom de famille en un seul morceau depuis une éternité et trouve étrange de se présenter ainsi. Non plus en tant que Max Well, mais en tant que Duo Maxwell.
- Bonjour, répond le jeune homme. Veuillez m'excuser si je vous dévisage avec tant d'insistance. C'est que, je n'ai plus vu de nouveaux visages depuis si longtemps…
Meurtri par cet énième témoignage, rappelant sans cesse le calvaire qui a été celui de son petit frère durant plus de quatre années, Blake fait tout son possible pour dissimuler son émoi. Une parade que Duo connait par cœur et discerne aisément chez son ami.
- Aucun problème, certifie le natté. Et puis, mate-moi ça, un peu ! ajoute-t-il en adoptant plusieurs poses, tel un mannequin amateur.
Cueillis, les deux frères sourient jusqu'aux oreilles.
- Dis-donc, BicMan, reprend Duo. T'es sûr que vous êtes de la même famille ?
L'agent spécial fronce les sourcils, interloqué.
De son côté, Shawn n'a pas l'occasion de demander d'où vient cet étrange surnom que Duo développe son propos, l'air malicieux.
- Shawn paraît si distingué et raffiné dans ses manières, explique-t-il.
La sensation de malaise qui survient subitement éclaire Duo sur les raisons du changement de comportement chez l'Agent McGuire.
*Okay, j'ai saisi !* pense le natté. *C'est au Japonais du Sud que Shawn doit cette sophistication…*
Nul doute que Shawn est naturellement doté d'une certaine élégance, mais pas au point d'en déconcerter Blake.
*Il va falloir que Quatre leur vienne en aide…* complote Duo, in petto.
- Enfin, t'as pu sauter une génération ! poursuit-il, blagueur.
- C'est en majeur partie à mon grand-frère, mon guide, que je dois d'être l'homme que je suis devenu, le défend Shawn.
- J'ai hâte de le rencontrer, insinue lourdement Duo, taquin.
La réaction de Blake ne se fait pas attendre : il donne un coup de poing amical sur l'épaule du natté.
- Fais pas attention, Blake prévient-il Shawn. Duo est irrécupérable ! Quoi qu'il semble avoir perdu de son panache…
En représailles, le célèbre voleur fait mine de tousser dans son poing, mais veille toutefois à ce quechacun puisse nettement entendre : « guide de pacotille ! »
Cette fois-ci, Shawn sourit largement ; à l'instar de son grand-frère, lequel se détend considérablement au contact du natté.
- Sais-tu, p'tit frère, que Duo est le fameux Carte Noire ? l'interroge Blake.
- Vraiment ? souffle Shawn, tout en ouvrant de grands yeux admiratifs.
- Sais-tu, Shawn, que ton frère est un homme acharné ? répond Duo, du tac au tac. Il a déployé toute son énergie et n'a pas ménagé ses efforts pour te retrouver et te récupérer vivant.
- Je sais, dit Shawn, reconnaissant. J'ai toujours su, en mon for intérieur, que mon frère ne cesserait jamais de me chercher. Cela me réjouissait, tout comme j'espérais qu'il échoue dans sa quête. J'ai tant craint pour sa vie…
Bouleversé, Blake lui presse la main et dépose un baiser sur le haut de sa tête.
- Qu'avez-vous prévu, pour votre nouveau départ ? s'enquiert Duo.
- Shawn veut rentrer chez nous, lui apprend Blake. Dès que possible.
Là encore, Duo lit dans ses grands yeux verts qu'il aurait préféré rester au Japon, au sein de sa nouvelle famille.
- Je comprends.
- Et toi ?
- Oh… Ma vie est ici, à présent.
- Auprès du Colonel.
- Oui… D'autant plus que Dano n'a jamais été aussi épanoui que depuis qu'il est dans cette école, en compagnie d'Akane et de Towika. Je m'en voudrais de le déraciner, une nouvelle fois. Avant tout, c'est autour de lui que je construis ma vie et le fait que 'ro aille dans la même direction me remplit de joie, confie-t-il avec retenue.
Blake acquiesce, tout en continuant de tenir la main de son frère.
- 'ro ? relève Shawn.
- Heero Yuy est mon compagnon. Le Roi des preventers sort avec le Roi des voleurs !
- L'amour ne connaît pas de frontières, déclare Shawn, à la fois triste et mystérieux.
- Faut croire, répond Duo, d'une voix douce.
Il est troublé par le regard scrutateur que Shawn lui destine. C'est comme s'il tentait de lui dire quelque chose, sans oser le prononcer à voix haute.
*On ne peut pas les laisser partir dans cet état* pense le natté. *Ils ont besoin d'aide. De notre soutien à tous…*
Trois quarts d'heure plus tard, après avoir raconté quelques-unes des anecdotes de Carte Noire, Duo prend congé en promettant de repasser bientôt.
Et alors qu'il se hâte de quitter le bâtiment, sans oublier de saluer Estelle - la charmante dame de l'accueil - Duo ne ressent toujours pas le regard pesant, vissé sur lui et qui le guette depuis qu'il est arrivé au Preventers Help.
Ce même regard écrasant qui suit sa trajectoire, de loin, à présent qu'il regagne l'abri bus…
•
Le soir venu…
•
Le dîner terminé et littéralement dévoré - les enfants étant allés jusqu'à lécher leurs assiettes - Duo plonge maintenant la vaisselle ainsi « prélavée » dans l'évier rempli d'eau chaude et de mousse.
- Shawn fait preuve d'un courage hors du commun, rapporte-t-il encore, tandis qu'Heero continue de débarrasser la table du salon. Il participe aux conversations comme s'il venait de se faire opérer de l'appendicite. Je trouve ça dingue !
- Dad, je peux reprendre un yaourt, s'il-te-plaît ? quémande Daniel, dans l'intervalle.
- Bien sûr, chaton. Toi aussi, ma petite fleur des îles.
Akane lui offre un grand sourire. Comme Duo l'a deviné, le choix de leur fille se porte sur le yaourt parfumé à la vanille. Et c'est en sautillant qu'elle rejoint ensuite son frère de cœur, lequel s'est hissé sur l'un des hauts tabourets de l'ilot central de la cuisine.
- A en croire ton récit, c'est plutôt Blake qui semble abattu, répond Heero.
- Il a l'air complètement paumé, tu veux dire !
- Hn.
- J'imagine que je serais dans le même état, voire pire ! révèle Duo.
Sans s'apercevoir, ni se douter que cette confidence, même sous forme d'hypothèse, provoque chez son compagnon un regain supplémentaire de méfiance et d'appréhension.
- Shawn n'est pas disposé à prendre cette décision, poursuit Duo. Blake et lui ne doivent pas rentrer en R2 tout de suite.
- Quel est donc ce plan qui te trotte déjà dans la tête ? se renseigne Heero, tout en revenant vers lui, verres en main.
Duo cesse son activité durant un court instant, afin d'ancrer son regard à celui de son Colonel.
- Je pense qu'il serait judicieux de confier Shawn à Quatre, quelque temps. Il pourrait l'analyser et nous aider à mieux le cerner. Qu'on le veuille ou non, Masanaga a métamorphoséle frère de Blake en une sorte d'aristocrate « bon marché ». S'il devait tenter de renouer avec son ancienne vie, maintenant… le choc serait rude. Peut-être même insoutenable. Shawn n'a pas l'air de réaliser ce qu'il est devenu, ni de l'effet qu'il peut produire sur son entourage.
- Hn.
- Toi seul à l'autorité de repousser leur départ prématuré. Quat' l'aiderait à s'adapter à sa nouvelle condition de vie et Blake n'aurait pas à subir d'exil. Du moins, pas dans l'immédiat. Blake a besoin de nous, de notre soutien. Shawn doit absolument en prendre conscience et le prendreen considération.
Comme Heero ne répond rien, Duo lui jette un autre coup d'œil.
- A quoi tu penses ?
- Quatre participe au Congrès Mondial de l'Union Pacifique mis en place par Relena. Si Shawn doit patienter, autant faire en sorte qu'il n'ait plus le temps de songer à rentrer.
- En voilà une excellente idée ! se réjouit Duo. Mill' ne doit-il pas y faire acte de présence, également ?
- Impérativement.
- Parfait ! Cela permettra à Quat' de souffler un peu. Tu crois qu'il acceptera ?
Dans un premier temps, Heero vient déposer un doux baiser au coin de ses lèvres.
- Quatre est un fin stratège et ta stratégie s'avère être excellente, approuve-t-il, ensuite.
- Dad ? l'appelle Daniel, peu après.
- Oui, chaton ? répond Duo en se tournant à demi vers son fils.
Ses mains gantées toujours plongées dans l'évier.
- On peut regarder la télé ?
Avant de répondre, le natté avise l'heure tardive sur l'horloge du four de la cuisine.
- Hors de question, mes trésors. Il est l'heure de vous brosser les dents et d'aller au lit.
- Allez, daaad !
- Papa ? tente Akane, auprès de son père.
- Au lit, princesse, confirme Heero.
- On peut avoir une histoire ? demande-t-elle en contrepartie.
- Je n'imaginais pas ça autrement, approuve Duo en lui adressant un clin d'œil.
Akane et Daniel s'en vont donc vers leur chambre en sautillant, tout en discutant de l'histoire qu'ils voudraient entendre.
- Une, sur les robots mobiles ! décrète le petit garçon.
- Sur un monde enchanté rempli de fées et de dragons, contre-attaque la jeune fille.
- Robots mobiles !
- Fées et dragons !
- Robots mobiles !
- Fées et dragons !
- Robots mobiles, robots mobiles, robots mobiles…
- Fées, dragons, fées, dragons, fées, dragons…
- …
- …
Dès que l'ouïe fine des enfants devient hors de portée de voix, Duo s'empresse de confier à Heero le déroulement de son autre visite.
- Maurice va mal, 'ro.
- Que t'a-t-il dit ? s'enquiert-il.
- Il nous remercie d'être présents pour notre fils. Notre fils à tous les trois.
Heero est surpris. Non pas par le fait que Duo ait fini par admettre Maurice au sein de sa relation privilégiée avec Daniel, mais que cela se passe si vite.
*D'un autre côté, le temps joue contre eux et Duo est un homme d'une grande bonté* pense Heero, in petto.
- Qu'as-tu répondu ? veut-il savoir.
- De tout ce que j'ai bien pu lui dire, il ne retient que deux choses : que nous sommes ensemble, toi et moi, et que Dano est très heureux, ici, avec nous.
- Que prévois-tu de faire ?
- Je n'ai pas le choix, dit-il en soupirant. Je dois en parler à Dany.
- Tu penses qu'il voudra le voir ?
- Oui. C'est pour ça que j'ai pris le risque de le promettre à Maurice. Parce que je connais suffisamment bien notre fils pour savoir qu'il choisira cette option.
- Dad ? l'appelle soudain Daniel, faisant sursauter Duo.
- Oui, mon lapin. Mettez-vous au lit, j'arrive…
- Dans combien de temps ?
- Mais, tout de suite !
Daniel détale aussitôt jusqu'à la chambre qu'il partage toujours avec Akane.
- Tu nous rejoins ? se renseigne Duo, auprès de son compagnon.
- Dans une minute…
Heureux, tout simplement, Duo se détourne pour aller tenir sa promesse.
- Chéri ? le retient Heero.
- Mm ?
- Tes gants.
- Oh !
Duo s'en défait en toute hâte sous le regard attendri d'Heero, puis quitte le séjour.
En poussant la porte de la chambre, le natté peut entendre des chapelets de rires étouffés par les draps et couvertures sous lesquels se dissimulent les enfants.
- On s'excite pas, les mômes ! prévient Duo en venant s'asseoir sur le rebord du lit de son fils. Découvrez-moi ces beaux visages, que je puisse voir combien vous êtes fatigués… ou pas, conclut-il, lorsque les enfants obtempèrent.
- Je voudrais une histoire pour bien dormir, quémande Akane.
- S'il-te-plaît, complète doucement Heero qui survient dans l'intervalle et les couve tous du regard, depuis le seuil.
- S'il-te-plaît, Duo, se corrige immédiatement sa fille.
- Moi aussi ! renchérit Daniel. S'il-te-plaît, dad.
- J'en ai justement une qui devrait vous plaire, annonce Duo. Mais pour que la magie opère, vous devez impérativement fermer les yeux et écouter très attentivement.
Le cœur en joie, les enfants s'empressent d'obéir avec un enthousiasme non dissimulé.
- Les mots doivent prendre vie dans votre esprit… Vous êtes prêts ?
- Ouiiii ! assurent-ils d'une même voix.
- Nul ne peut me voir. Mais nul, non plus, ne voit sans moi. Il faut, pour m'attraper, un prisme parfait, subtil piège, qui me révèle en arc-en-ciel. Alors, ma chaleur s'habille de couleurs. Marchez sereins. De demain en demain, ma beauté vous éclaire… Qui suis-je ? (A)
- Bah… toi ! propose naturellement Daniel.
Duo pouffe de rire.
- C'est gentil, mon chaton. Mais la bonne réponse est : je suis l'esprit de la lumière.
Émerveillés, les enfants en restent bouche-bée.
- C'est beau, finit par dire Daniel.
- Une autre, s'il-te-plaît ! réclame Akane.
- D'accord, accepte Duo. Tenez, celui-ci. Écoutez bien…
Les enfants hochent la tête, tout en serrant leur draps sous l'effet de la concentration.
- Du bleu, du bleu, du bleu… Dieu que c'est ennuyeux ! Heureusement que je suis là pour animer le paysage. Un navire qui chavire, une jeune fille sur une île, un pont de coton s'étire… Je fais et je défais d'infinis spectacles à qui sait les regarder. Qui suis-je ? (A)
Absolument et irrémédiablement envoûté, Heero contemple son compagnon comme s'il le voyait pour la première fois.
*Akane et Daniel font déjà le plus beau des rêves, alors même qu'ils ne sont pas encore assoupis* se dit-il, serein.
- La fée des nuages ! devine Akane, d'un air triomphal.
- Bravo ! confirme Duo. Elle est la tisseuse de nuages.
- Encore ! supplient-ils.
- On me croit grave et sévère, je suis fraîche et légère… Chaque soir, je me coiffe d'un rayon de lune. J'enfile un voile de brume et je m'en vais danser dans le règne enchanté des chats et des étoiles. Alors tant pis si au matin, je dois rebrousser chemin. J'attendrai que le jour s'achève pour redevenir reine. Éphémère et infinie, je suis l'esprit de la nuit. (A)
A ces mots, Akane rouvre les yeux pour plonger son regard dans celui de son conteur.
- Cela veut dire que maman est reine pour toujours ?
- Écoute, lui propose Duo. Astre de vie, je gonfle les bourgeons, dore les moissons et donne le sourire, aux filles comme aux garçons. Entrez donc dans ma ronde, tournez jupons, tresses et chansons. Et ne soyez pas tristes, si parfois je me retire pour laisser place à la pluie… Je vous évite ainsi, la terrible sécheresse. (A)
Un ange passe…
- Elle est la déesse du soleil, révèle-t-il enfin en venant caresser le visage d'Akane. Ta maman brille pour toi, mon cœur.
La jeune fille hoche la tête, apaisée.
- Pour moi aussi ? demande soudain Daniel.
- Bien sûr, mon lapin, assure Duo. Ta maman n'a jamais cessé d'être autour de toi, pour te protéger de son amour.
- Moi, je pense qu'elle t'a envoyé me trouver.
- Moi, aussi ! renchérit Akane. Je suis sûre que maman t'a envoyé à mon père.
Duo leur sourit, ému par la foi qu'ils placent en lui et de la place de choix qu'ils lui réservent.
- Je suis très heureux d'être auprès de vous, leur confie-t-il.
- On va vraiment rester ici, dis ? s'enquiert Daniel avec une pointe d'angoisse dans la voix.
- Ici, je ne sais pas. Mais avec eux, c'est certain.
Déjà très complices, Akane et Daniel se sourient avec soulagement. Heero, quant à lui, est heureux que son amant n'ait plus à le consulter du regard pour avoir la certitude de leur avenir à eux tous.
Ensemble.
- Le moment est venu de refermer vos paupières, demande Duo, d'une voix douce et de plus en plus basse. C'est l'heure de quitter vos peurs et de rejoindre le monde des rêves… Avez-vous trouvé le chemin jaune qui serpente entre les arbres immenses et verdoyants ?
- Oui, chuchotent-ils.
- Y a des p'tits cailloux, mais ils piquent pas, ceux-là, indique Daniel, dans un souci scientifique.
Duo et Heero s'entre-regardent un court instant, les yeux brillants d'un pur bonheur.
- Ce chemin est le plus sûr de tous les chemins, reprend le natté. Il vous mène au monde des hauteurs où tout n'est que nuages et apesanteur… Ainsi, il est impossible de tomber. Vous ne pouvez que vous élever aussi haut que vous le souhaitez… Vous y êtes ?
- Oui, affirment-ils, d'une voix de plus en plus fluette.
- Regardez… Observez les nuages en chamallow… Ils sont de toutes les couleurs, de toutes les tailles et de toutes les formes… Ils sont si moelleux, si doux que vous pouvez bondir de l'un à l'autre et vous rouler dedans…
Sans bruit, Duo se lève et recule jusqu'à Heero qui en profite pour le ceinturer de ses bras.
- Ressentez comme ils vous enrobent de douceur…
- …
- …
- Entendez le chant des oiseaux et la poésie des fées vous murmurer à l'oreille…
- …
- …
- Faites de beaux rêves…
Sur ces derniers mots, à peine susurrés, Duo éteint la petite lumière, puis referme doucement la porte.
- Tu es merveilleux, souffle aussitôt Heero, le nez dans ses longs cheveux parfumés au bois de santal.
Savourant-là son bonheur, Duo prend le temps d'apprécier la chaleur et le soutien incomparables de son homme.
- Ce sera moins gai, demain, lorsque je parlerai à Dany, finit par dire le natté, d'un ton défaitiste.
- Notre fils est avec son daddy. Rien ne pourra le heurter durablement.
Après un autre silence, Duo se retourne dans ses bras.
- Je m'en veux de n'avoir pas tenté de me rapprocher de Maurice avant, mais… tout ce que je voyais, à l'époque, c'était sa chance d'avoir un enfant et je ne lui pardonnai pas de se complaire dans la boisson.
Sans relever son propos, Heero l'entraîne vers leur chambre où ils se préparent ensuite à se coucher, chacun absorbé par ses préoccupations propres.
Seulement, Heero a beau retourner le problème dans tous les sens, il ne trouve aucun angle d'approche qui paraisse satisfaisant. Il décide donc d'aborder le sujet qui le turlupine, comme à son habitude : de face.
- J'imagine que tu as pensé à Kimo, sachant qu'il loge là-bas ? interroge-t-il Duo, sans plus de cérémonie.
- T'imagine bien, confirme-t-il en se glissant sous leur draps, à sa suite.
- Le bâtiment où il vit ne se situe pas sur ta trajectoire, que ce soit pour aller rendre visite à Maurice ou bien à Shawn. Mais il subsiste tout de même un risque que tu le rencontres.
- Et ça ne te plait pas, je sais, traduit Duo en croisant les bras derrière sa tête.
- Tu penses à lui continuellement, depuis la confrontation faussée.
- Pas continuellement, tient-il à rectifier.
- Que comptes-tu faire ? s'enquiert Heero.
- Rien, n'importe quoi… J'suis plus à une catastrophe près !
- Tu es trop sévère avec toi-même.
- C'est toi qui me dis ça, Mister Contrôle ?
- Tel que tu me vois, saches que je suis passé à l'essorage avec Relena.
A l'évocation de sa défunte femme, Duo roule sur le côté en se dressant sur son avant-bras, afin de pouvoir le regarder dans les yeux.
- Cela te gêne que je parle d'elle ? le questionne Heero.
- Non. C'est un exemple pour nous tous.
Heero le considère de longues secondes, durant lesquelles Duo lui sourit d'un air étrange.
- Dis-moi…, réclame le Colonel.
Ces deux petits mots, à eux seuls et employés par Heero, suffisent à faire craquer Duo.
- Relena a atteint le statut d'idole, 'ro. Elle ne mourra jamais parce qu'elle réside dans le cœur de tous celles et ceux qui croient en un avenir meilleur. En un genre humain meilleur. Et c'est une bonne chose ! Je suis le premier à l'admirer et à la regretter.
- Mais…
- Je me dis juste que je ne serai jamais à sa hauteur et que, fatalement, je ne tiendrai pas la comparaison. Je sais ce que tu vas dire ! ajoute-t-il très vite, de peur d'être interrompu et contredit. Qui irait nous comparer, elle et moi, franchement ? Je devrais me sentir tranquille, à l'abri dans mon passé de criminel. Mais d'un autre côté, je ne me donne pas le droit d'échouer dans l'éducation de nos enfants. Seulement, là encore, je sais que Relena aurait été meilleure que moi.
- Baka ! le traite durement Heero, mécontent.
D'humeur morose, Duo ne cherche pas à se défendre et hausse simplement les épaules.
- Triple baka ! l'accuse une nouvelle fois Heero.
Désireux de chasser ce gros nuage, il renverse Duo sur le dos, afin de lui donner un long baiser escamoteur de pensées négatives. Aussitôt, sous le poids du corps de son amant pesant plaisamment sur le sien, le natté retrouve toute sa légèreté d'être.
- Je me doute que tu as d'autres choses en tête, mais…, commence Duo.
Avant d'être interrompu par le sourire malicieux d'Heero.
- Non, par « d'autres choses en tête », je pensais « travail » ! rouspète gentiment Duo. Bref ! Je n'aime pas prendre les transports en commun. Ma voiture me manque, sans parler du fait que je ne peux ni emmener, ni récupérer les enfants à l'école. Ah ! Je n'ai pas de téléphone portable, non plus. On n'est plus à l'âge de pierre, 'ro. Je ne vais pas voler la planète avec une carte SIM et une voiture !
- Rien n'est moins sûr.
- Tu m'as rendu inoffensif ! revendique-t-il.
- T'as fini ?
- Oui.
Heero plonge alors dans son cou pour y déposer une pluie de doux baisers, avant de lui murmurer à l'oreille.
- Ta voiture te sera livrée, ici, demain matin, à la première heure, dévoile-t-il.
Duo, qui glisse ses jambes sur les siennes, s'immobilise soudain.
- Hein ?
- Quant à tes affaires, reprend Heero, quelles qu'elles soient, tu n'auras qu'à te les procurer avec ta carte de crédit.
Ébahi, Duo inverse leur position.
A présent au-dessus d'Heero, celui-ci en profite pour lui ôter son tee-shirt, tout en se demandant pourquoi son homme prend encore la peine d'en enfiler un.
- Je t'ai ouvert un compte, lui apprend le preventer. Il n'est pas question que tu me demandes l'autorisation d'acheter ce dont notre famille a besoin ou envie et encore moins, de te justifier.
Il profite que Duo doive posément assimiler toutes ses informations pour se redresser et lui défaire sa tresse en de gestes délicats.
- Merci, souffle le dénatté. Tu fais tout pour que je puisse m'intégrer. Tu m'as fait confiance dès le départ.
- A cent pour cent, réaffirme Heero en le caressant tendrement.
Frissonnant, Duo perd ses doigts dans ses courts cheveux bruns, se pressant déjà contre lui.
- Je t'aime…
- Alors fais-moi plaisir et cesse de remettre en cause ta place légitime à mes côtés, exige Heero.
- Ça va prendre du temps.
- Du moment que tu le prends, ce temps.
- Si ça continue comme ça, on va plus pouvoir discuter sans que tu ne relèves tous les termes relatifs à… Mhmm ! finit-il par gémir, doucement.
Avec délice…
- Relatifs à… ? l'interroge Heero, par jeu.
- Ah ! à… à toi…
Follement épris de son compagnon, Heero l'embrasse de nouveau, les entraînant tous deux dans une étreinte passionnée…
Fusionnelle…
À suivre…
Note :
(A) : extrait du livre de Shiitake et Alice Brière-Haquet « Yosei, dans le secret des fées »
•
Note de fin : Oops ! J'ai bien cru que je ne serais pas en mesure de poster à temps, cette semaine. Je déclare ouverte la saison de la grippe !
J'espère que vous allez bien, que vous faites le plein de vitamine C et de moments réconfortants sous la couette avec votre bouillote bien chaude ; n'y voyez là aucune allusion, si ce n'est au mode « marmotte »…
Lysanea, tu compares Duo à un chat sauvage. C'est exactement ça ! Je m'étonne même de ne pas l'avoir mentionné dans mes chapitres… « Calimero-Blake » lol ! C'est tout lui. Je n'ai pas voulu en faire trop. Non seulement pour rester crédible, mais aussi parce que Blake est loin d'être stupide et qu'il est très apprécié par ses coéquipiers. Lorsqu'il se montre plaintif, c'est superficiel et souvent pour distraire son entourage. J'avais hâte de le présenter à Carte Noire ; c'est toujours sympa d'assister à leurs échanges à Duo et lui. Je suis conteeeente que Duo te plaise tant dans cet univers et à travers moi. Masanaga / Massage : lol ! C'est tellement pas lui…
Alinea63, j'ai moi-même du mal à lâcher ce dossier. Je n'ai pas envie de les quitter, mais je veux préserver la qualité des chapitres en vous proposant des témoignages, des éclats de vie riches et captivants. Je ne projette jamais le nombre de pages que je vais rédiger par chapitre et encore moins le nombre de chapitres par dossier. J'écris jusqu'à ressentir, non pas de la lassitude – bien au contraire ! - mais le point final. Cependant, comme j'aime particulièrement ce dossier, moi aussi, mon épilogue est plus long que prévu et même si je ne garantis pas de poster un ou plusieurs chapitres bonus, j'avoue que j'y pense, encore aujourd'hui. Mais chut ! j'ai rien dit…
J'ai été surprise que tu tentes une recette du poulet au citron. J'aurais dû proposer plus de recettes… Il y en a une à suivre, spécial fête.
Merci infiniment de manifester votre intérêt pour Carte Noire. Merci pour vos mots, pour votre soutien… Vivement vos prochaines reviews ! Tout le régal est pour moi, merci.
Misaki, Kat'anna, Tit0u86… je vous souhaite à toutes et à tous une excellente semaine. Prenez soin de vous et…
à la semaine prochaine !
Kisu
Yuy ღ
