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Carte Noire,
un voleur nommé désir
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Source : Gundam Wing AC
Auteure : Yuy
Bêta de lumière : Lysanea
Genre : yaoi, romance, policier et UA.
Disclamer : aucun des personnages ne m'appartient sauf Black Light, Kimo Lost/Maxwell dit « Le Joker », Scarlette, Jenna et John Johnson, Gale et l'Inspecteur Morris, Aideen dite « L'Irlandaise », Masanaga dit « Le Japonais du Sud », Joe Fisher, le Gardien du loft 781, Lionel et Jeff, Akane, Lieutenant Nanako Gotô, Yumi, Capitaine Marc Guérin, Capitaine Alec Bowers, Lieutenant Antoine Faure, Capitaine Blake McGuire, Agent spécial Kale, Jack Glade, Anita Stones, Faye Ship, Ito Li, Barbara Linardt, Stan et Shawn McGuire, Steve Harris, Akito, Towika, Eichi, les frères Studners, Commandant Giuliano Cortesi dit Elmo, Gasper, Rosy, Charles, Luca, Standford, Surk, Shin-ji, Estelle, Docteur Akeno, Antonio, Katrine, Vincent, Fernand Faure, Isabelle De la Forgerolle-Faure, Cure-dent, le Colonel Jackson, Maurice Bailey dit « le géniteur », Daniel Bailey, Freddy, Miss Lili, Phoebe, Jason Stich, Hakim, Stuck, Jackie, Jake MacCain, Sean Davis, Silvio, Rosy MacGarette, l'Agent spécial Tsuki, Vincent, Antonio, Alexandra, Steven, Kylian, Monsieur Fernot, Monsieur Boyer, Maître Joly et Charles Dubois…
Couples : Heero x Duo ; Trowa x Quatre
Note : Beau moment à tous et rendez-vous en fin de chapitre.
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Lime
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À Ly-chan, mon impérissable
et à tous les lecteurs
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Bonne lecture !
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17 – Alors, bonne balade ?
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Le lendemain matin…
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Daniel se réveille bien plus tôt que d'habitude et ne parvient ni à se rendormir, ni à patienter sagement dans son lit jusqu'à ce qu'il soit l'heure de se livrer à sa toilette.
Depuis déjà un long quart d'heure, il jette des regards pleins d'espoir vers Akane qui refuse obstinément de quitter les bras de Morphée. Sentant l'ennui poindre et la faim le gagner, il décide finalement de se lever et d'aller voir son daddy.
Se déplaçant sur la pointe des pieds, il arrive rapidement devant la porte de sa chambre sur laquelle il tapote doucement, tout en appelant Duo à travers. N'obtenant aucune réponse, pas même un grognement de mécontentement, il se permet d'entrer… pour découvrir avec stupeur une chambre vide. Non seulement le lit est déserté, mais il n'y a plus aucun indice permettant de déduire que son daddy occupe cette pièce.
C'est comme s'il n'y avait jamais séjourné, comme si sa présence en ces lieux n'avait été qu'un doux rêve ; un mirage.
Horrifié, le petit garçon se met à pleurer, le cœur battant à tout rompre et le souffle court. Instinctivement, il traverse le couloir pour se précipiter à tambouriner la porte d'Heero.
- HEEROOO ! HEEROOO !
Alarmés, le preventer et Duo bondissent comme un seul homme. Particulièrement prompt, c'est Heero qui atteint la poignée en premier. Lorsqu'il ouvre la porte, Daniel se jette aussitôt dans ses bras, se raccrochant à son père comme à une bouée de sauvetage.
- Chuuut ! tente de l'apaiser Heero en lui frottant le dos. Que t'arrive-t-il, petit guerrier ?
- Il est parti ! le renseigne-t-il, d'une voix tremblotante.
- Qui donc ?
- Daddy.
- Hein ? dit Duo, la mine à la fois perplexe et déconfite. Bah non, j'suis là !
Dans sa panique et sa douleur intérieure, Daniel n'a pas su envisager l'éventualité que Duo ait tout simplement changé de chambre. Du haut de ses huit ans, l'enfant s'est laissé envahir par son pire cauchemar : être séparé de son daddy.
Ce n'est donc qu'à l'entente de la voix de Duo qu'il réalise son erreur et s'en réjouit avec un immense soulagement.
- DAD ! s'écrie-t-il.
Avant de descendre des bras d'Heero pour aller grimper dans ceux de Duo.
- Oh ! Mon cœur… J'ai complètement oublié de te dire que je dormais avec 'ro, désormais. Tu m'as cherché dans mon ancienne chambre, n'est-ce pas ?
- Oui… J'ai eu si peur !
- Pardonne-moi, trésor.
- Papa ? vient s'enquérir Akane, depuis le seuil de la chambre parentale.
Afin de la rassurer au plus vite, Heero lui offre le réconfort de ses bras.
- Une simple méprise, mon ange. Rien de grave… Tu as bien dormi ?
- Hn, affirme-t-elle en posant sa tête sur son épaule.
- Il est tôt, remarque Duo.
Il continue de caresser le dos de son fils, le sentant se détendre, peu à peu.
- J'avais plus sommeil et j'ai faim, explique Daniel.
- Et si je nous faisais des pancakes, ça vous dit ?
- Oui ! s'empresse d'approuver le petit garçon.
La suggestion culinaire de Duo a le mérite de sortir Akane de sa somnolence et de sécher les larmes de son fils.
- Mettez vos robes de chambre et vos chaussons, leur demande Duo. On vous rejoint…
Absorbés par leur prochain petit-déjeuner, les enfants descendent des bras de leurs pères pour se diriger vers leur chambre.
- Moi, je les empile les uns sur les autres et je les arrose de sirop d'érable, raconte Daniel à sa sœur. Et toi, tu les manges comment ?
- Je ne sais pas encore, je n'en ai jamais goûté, révèle-t-elle.
- Naaan ! lâche Daniel, l'air effaré.
- Ça, c'est pas un matin comme je les aime, déclare Duo.
Pour tenter de se remettre de ses émotions, il se passe une main sur le visage en tachant de respirer profondément.
- Cet épisode fait déjà partie du passé pour eux, le tranquillise Heero.
Duo n'a pas l'occasion de le remercier à haute voix pour son soutien que le téléphone de son compagnon se met à sonner.
- Yuy, décroche Heero. Hn… J'arrive.
- Une urgence, croit deviner Duo.
- Non, le détrompe Heero.
- Qui peut bien t'appeler à cette heure, si ce n'est pour une mission d'importance ?
Il a beau réfléchir, le sourire en coin d'Heero le laisse perplexe. Quand soudain, la lumière se fait dans son esprit.
- Ma voiture ! se remémore-t-il en se frappant le front du plat de la main.
Aussitôt, il se hâte d'enfiler jean et tee-shirt, afin de se rendre présentable pour aller ouvrir aux livreurs.
Créant le contraste, Heero est comme à son habitude : serein et peu démonstratif de la joie immense qui fait pourtant chavirer son cœur. Certes, il n'est plus aussi taciturne qu'auparavant, mais il demeure néanmoins secret. Moins, cela étant dit, pour les quelques chanceux qu'il accepte de faire entrer dans son cercle d'intimes. Un cercle des plus restreint, mais où il y fait bon vivre et où chacun trouve sa place sans jamais se sentir à l'étroit.
C'est ainsi, paisible, qu'il suit de près son compagnon survolté, le regard attiré par les mouvements hypnotique de sa longue natte. Épaisse et brillante, celle-ci ne manque cependant pas de légèreté et se balance librement, rebondissant sur les reins de Duo avec plus ou moins de vélocité.
- Qu'est-ce qu'il se passe ? demande Daniel en trottinant vers eux.
- 'ro m'a offert une…, commence Duo.
Avant de s'interrompre pour interrogerHeero du regard.
- Une BMW i3, noire et taupe, le renseigne-t-il. Un véhicule électrique de dernière génération.
Curieux, Duo ouvre enfin la porte et découvre le modèle choisi par Heero.
- Waoh ! lâche-t-il, les yeux pétillants. Elle est splendide, 'ro ! Merci.
Surexcités à leur tour, les enfants viennent se coller aux vitres pour voir à l'intérieur du véhicule. Le natté lui-même ne tarde pas à tourner autour, jusqu'à se mettre à la place du conducteur, afin d'apprécier les matières et le confort absolu du design.
Pendant ce temps, Heero s'occupe de signer les papiers tendus par les livreurs et en profite pour discuter avec eux de la « Wallbox BMW i » : la borne de recharge spécialement conçue pour être installé au domicile du particulier. Après s'être mis d'accord sur le jour et l'heure où l'équipe de spécialistes doit venir disposer le système dans le garage, les livreurs se retirent, laissant tout le loisir au preventer d'observer sa famille, alors accaparée par la nouvelle attraction que représente le bolide.
- C'est ni trop grand, ni trop petit, estime Daniel d'un œil expert. Ça vaut pas les vieux modèles de mon pays, mais c'est cool quand même. Hein, Akane ?
- Je valide, approuve-t-elle, tout en testant l'ouverture des petites portes-arrières.
Antagonistes, celles-ci garantissent un accès confortable à l'habitacle agréablement ouvert. (A)
- Qu'en penses-tu, petit guerrier ? Heero interroge-t-il Daniel. Est-ce que ce modèle se classe dans la catégorie des super caisses ?
Aux souvenirs de leur première rencontre à Heero, Trowa et lui, et aux premiers mots échangés au pied de l'immeuble de San Francisco, Daniel lui adresse un sourire éclatant.
- C'est une super caisse du futur ! confirme-t-il en quittant l'habitacle de la BMW pour venir taper dans sa main.
- Je pourrais monter dedans, moi aussi ? demande Akane.
- Bien sûr, ma petite fleur des îles, promet Duo. Cette voiture est certes compacte, elle n'en demeure pas moins familiale, mes chatons. Je peux enfin vous emmener à l'école, manger une glace au centre commercial…
- … en cuisine, suggère Heero.
- Ouais, par exemple, acquiesce Duo, tout sourire.
- On dit oui, dad, le reprend Daniel. Hein, Heero ?
- Hn.
- M'en fiche ! se rebelle gentiment Duo. J'ai une voiture, j'ai une voiture, j'ai une voituuure !
Heero voit bien que son amant a totalement occulté où cette voiture est censée les conduire, aujourd'hui, Daniel et lui. Toutefois, il se refuse à briser son euphorie. Tôt ou tard, Duo finira par reprendre pieds dans la dure réalité et à ce moment-là, aucune voiture, aucun cadeau matériel au monde ne saura le réconforter.
Au bout de quelques minutes, lorsque les enfants entament leur premier pancake, Duo change soudainement d'expression. En prévision de ce qui ne manquera pas de s'ensuivre, le preventer s'empare de sa main pour la lui presser tendrement.
- Je te conseillerais bien d'attendre…
- … mais le temps joue contre nous, je sais, achève Duo.
Contraint par la force des choses, il se tourne vers Daniel, lequel tente par tous les moyens de contenir le sirop d'érable au centre de sa galette.
- Dany boy, mon lapin…
- Oui, dad ? répond-il distraitement.
Duo s'éclaircit la voix.
- Voilà… Ton papa, commence-t-il, avant de devoir s'interrompre face au froncement de sourcils de Daniel. Maurice…
- Ah !
- Il ne va pas très bien. Sa santé est devenue très fragile, tout d'un coup et il se trouve à l'hôpital, ici.
A ces mots, Daniel abandonne le combat contre son petit-déjeuner et l'écoute attentivement.
- C'est grave ? s'enquiert-il.
- Oui, mon cœur. Je peux t'emmener le voir, si tu le souhaites.
- Aujourd'hui ?
- Le plus tôt sera le mieux, en effet.
Daniel prend le temps de la réflexion.
- Je vais rater l'école.
- Ça ne pose aucun problème.
Pensif, Daniel se met à émietter son pancake.
- Il va mourir, pas vrai ?
Duo connait la réponse, mais ne parvient pas à l'exprimer. Ni à voix haute, ni par un simple hochement de tête.
Ayant pressenti ce qui survient, Heero décide de prendre le relais.
- Oui, mon bonhomme. Maurice va nous quitter et c'est à toi de décider ce que tu veux faire, ou non. Saches cependant que tu n'es obligé de rien.
Daniel impose un nouveau silence, la mine grave. Le petit garçon paraît soudain si mâture pour son jeune âge…
- Je veux bien le voir une dernière fois, déclare-t-il. Mais seulement si vous m'accompagnez, pose-t-il ensuite sa condition.
- Il serait préférable que je ne sois pas présent, indique Heero. Du moins, pas le premier jour de vos retrouvailles.
- Pourquoi ?
- Maurice et moi nous sommes déjà dits tout ce que nous avions à nous dire. Cette visite n'a pas pour but de nous réunir tous, mais seulement Maurice et toi.
- Je comprends… Mais j'irai pas sans toi, dad ! exige-t-il avec nervosité.
- Naturellement, chaton, promet Duo avec un calme apparent qu'il est loin de ressentir. Je ne te lâche pas d'une semelle !
- Tu veux que je vienne avec toi ? propose Akane à son frère.
Elle réalise ensuite qu'elle doit impérativement obtenir l'accord de son père et de Duo si elle veut être en mesure de tenir la promesse de soutien faite à Daniel.
- Je peux l'accompagner ? demande-t-elle donc aux adultes, avant même que Daniel ait eu le temps de répondre.
Émus par la générosité de leur fille, Heero lui donne sa permission le premier, Duo en second.
- Si ton père n'y voit pas d'objection, alors c'est bon pour moi, confirme le natté. La décision finale te revient, chaton.
- Non, Akane, refuse Daniel. C'est gentil, mais c'est pas la peine. Je compte pas m'éterniser.
Le voyant se refermer sur lui-même, Akane met dès lors tout en œuvre pour le sortir de sa morosité.
- Tu ne manges pas ton pancake ?
- Non.
- Dommage.
Cette fois-ci, Daniel sort de sa coquille.
- Pourquoi ? s'intéresse-t-il, intrigué.
- Parce que je parie que je finis le mien avant toi ! certifie-t-elle de ce petit air espiègle qui ressemble tant à celui qu'arborait Relena.
- C'est ce qu'on va voir ! la provoque-t-il en duel.
- Prêt ?
- Attends ! Il faut qu'on décide si on le fait avec ou sans couverts.
- Mmm… Sans, décide-t-elle après mûre réflexion.
- Okay, se réjouit-il que sa sœur ne craigne pas de se salir les mains.
Contrairement aux autres filles de leur école…
Daniel ne l'exprimera peut-être jamais à voix haute, mais en son for intérieur, il veut bien admettre qu'il a décidément la plus chouette des sœurs.
- Prêt ?
- Partez !
Sous la table, le natté presse la main d'Heero.
De toutes ses forces…
•
Un peu plus tard…
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Le soleil brille dans un ciel sans nuages, mais Duo et Daniel n'en oublient pas de fermer leurs manteaux face au froid de ce mois d'automne.
Au volant de sa toute nouvelle voiture, Duo profite que Daniel soit absorbé par la découverte des nombreuses fonctionnalités que propose le tableau de bord pour aborder le sujet qui les turlupine.
- Je voudrais que l'on convienne d'un code dans le cas où tu souhaiterais écourter la visite, sans rendre ta décision brusque pour autant.
- J'ai pas d'idées, dit Daniel en rouvrant la boîte à gants.
- Eh bien… tu pourrais demander à aller aux toilettes et une fois que nous serons dans le couloir, tu n'auras qu'à me dire que tu veux partir. Je me chargerais ensuite de l'expliquer à Maurice.
- D'accord, accepte-t-il. On va rester longtemps ?
Contrairement au trajet en bus, Duo gagne sa destination rapidement. Il prend donc le temps de se garer, avant de répondre à son « fils ».
- Trésor… Je vois que tu ne comprends pas. C'est toi qui décides, de tout.
Durant un court instant, Daniel fixe Duo d'un air pensif…
- J'suis prêt, annonce l'enfant avec sérieux.
- Alors, je le suis aussi, soutient patiemment le natté. Juste une chose… T'es prêt pour tout de suite ou maintenant ? ajoute-t-il pour détendre l'atmosphère.
Daniel sourit largement.
- Maintenant, dad, prend-il la peine de répondre à la plaisanterie de son daddy.
Bien décidés à se montrer forts et dignes, Duo et Daniel sortent tous deux du véhicule. Main dans la main, ils se faufilent entre les voitures du parking et finissent par atteindre le bâtiment principal.
- Bonjour, Duo, le salue immédiatement Estelle. Bonjour, petit homme !
- Bonjour, répond le natté. Daniel, je te présente Estelle.
- Bonjour, Estelle, dit-il poliment. Je reste avec dad ! la prévient-il ensuite, au cas où.
Sans se formaliser, Estelle jette tout de même un coup d'œil interrogatif à Duo.
- C'est une longue histoire, explique-t-il, délibérément évasif. Nous venons voir Maurice Bailey. Son médecin accepte que son enfant lui rende visite.
- Je suis au courant, acquiesce-t-elle, souriante.
Sans plus tarder, Duo et Daniel s'éloignent du comptoir de l'accueil pour se rendre à la chambre 212…
Toc, toc, toc !
- Entrez, les invite une voix faible.
Duo pose alors la main sur la poignée, son regard rivé à celui de son « fils ».
- Vas-y, dad, lui assure à nouveau Daniel.
Duo acquiesce, puis ouvre la porte.
- Daniel, murmure aussitôt Maurice, en souriant du mieux qu'il peut.
- Bonjour, répond le petit garçon.
A mesure que Duo et lui s'avancent dans la chambre, Daniel broie la main de son daddy de plus en plus fort. N'en laissant rien paraître, Duo l'emmène tranquillement s'asseoir aux côtés du malade.
- Bonjour, Maurice. Comment vous portez-vous, ce matin ? s'enquiert le natté.
- Bien mieux, merci, ment-il, le souffle court.
Non pas qu'il veuille exclure Duo de son esprit, ni même de la conversation, mais il ne peut s'empêcher de n'avoir d'yeux que pour ce fils qu'il n'a jamais vraiment eu la chance de connaître.
- Et toi, Daniel… Comment vas-tu ?
- Ça va.
- On m'a dit que… tu adorais ta nouvelle école.
- Oui.
- Ainsi que… ta nouvelle famille.
- Dad n'est pas nouveau, lui rappelle-t-il, un peu sèchement. Mais Heero et Akane, si. Et je suis bien avec eux. Je veux pas partir et je partirai pas !
- Dany boy, le reprend doucement Duo. Sois gentil, mon cœur, tente-t-il de l'adoucir.
Rebelle jusqu'au bout, Daniel croise les bras et détourne le regard.
- Tu n'as pas à te faire de soucis, fils, certifie Maurice. Je vois bien que… tu es heureux avec eux.
Toujours sur la défensive, Daniel ne répond rien, bien décidé à camper sur ses positions.
- Je suis désolé, s'excuse Duo.
- Je récolte… ce que j'ai semé. Ce qui compte… c'est que j'ai l'opportunité de réparer.
Duo ne voit pas bien comment, mais se garde bien de lui faire part de ses pensées.
- Tu ressembles beaucoup… à ta mère, révèle Maurice à son fils. Ma très chère Lily…
Le sujet est sensible et touche Daniel en plein cœur. Curieux, il reporte son attention sur Maurice, mais hausse les épaules en signe d'ignorance. Une façon aussi de minimiser sa tristesse de n'avoir plus le souvenirde sa mère, décédée alors qu'il n'avait que trois ans. La douce et aimante Lily qui sentait bon le muguet lui apparait aujourd'hui comme une étrangère. Au mieux, ne reste d'elle qu'une image floue et figée dans le temps.
- Je sais bien qu'on sort de table, mais est-ce que tu veux un chocolat chaud, mon chaton ? propose Duo, histoire de l'aider à se détendre un peu.
- Oui… Où tu vas ? panique-t-il lorsque son daddy s'éloigne pour sortir.
Sans lui.
- Je vais nous chercher de quoi passer un bon moment, tous les trois. Pendant ce temps, je voudrais que tu m'attendes, ici.
- Non !
- Tu sais, Dany…, commence-t-il en s'agenouillant devant lui pour être à sa hauteur. Normalement, les enfants ne sont pas admis dans cette aile. Tu n'as pas le droit de déambuler dans les couloirs avec moi. Et puis, tu es avec Maurice et je crois que tu as bien compris, maintenant, qu'il se pourrait que ce soit vos derniers instants, ensemble.
Daniel hoche la tête, une larme brillant dans ses yeux.
- Je ne te laisse pas avec un parfait étranger, mon ange. Je vais juste te chercher un chocolat chaud et je reviens aussi vite que possible. D'accord ?
- D'accord.
- Good boy !
Duo se relève et adresse un signe de tête complice à Maurice, lequel lui renvoie toute sa reconnaissance d'un regard profond et vibrant.
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De l'avis de Duo, le distributeur qui fait l'angle du troisième couloir est ultra agressif. Toutes ces étiquettes rétroéclairées Carte noire© écrit en gros caractères et qui figurent sur les huit boutons de la dizaine que compte le panneau de contrôle sont selon lui tout à fait disproportionnées.
*On n'a pas idée de boire autant de café !* pense-t-il en introduisant une pièce dans la fente de la machine.
Il tente donc d'ignorer les clignotements incessants des touches proposant du café et presse la seule et unique attribuée au chocolat chaud ; la dernière restante étant pour le thé.
- Pas de Carte noire© ? l'interpelle une voix d'homme, derrière lui.
Immédiatement, Duo fait volte-face, le cœur battant à mille à l'heure.
Durant un long, très long moment, les deux hommes se dévisagent avec une gravité raide et brûlante…
Paralysé, Duo se retrouve dans l'incapacité la plus totale à briser le silence lourd et terriblement pesant qui les oppresse tous les deux.
- Alors, bonne balade ? s'enquiert finalement son vis-à-vis, d'un ton sardonique.
Duo comprend pertinemment qu'il fait allusion à la mission « Levrin ». Sa dernière mission d'orphelin en solitaire, afin de voler le médicament censé guérir Vincent.
*Il nous a abandonné ! Qu'il crève !* résonne la voix et les paroles de Kimo dans l'esprit de Duo.
Le natté sent ses yeux s'embuer de larmes contenues, tandis qu'il redécouvre les traits de ce visage d'adulte. Ces yeux couleur noisette, ces cheveux bruns… et cette longue tresse fine.
Trop fine, et qui semble dénoter avec le personnage.
- Kim', je…
- Appelle-moi : Duo ! le coupe durement Kimo. C'est en ton nom que j'ai vécu l'enfer seize années durant !
Impuissant, Duo serre les poings pour s'empêcher de fondre en larmes.
- Je suis profondément et sincèrement désolé, parvient-il à articuler.
Son chagrin et ses regrets sont d'une violence telle qu'ils lui compriment la cage thoracique.
- J'en doute pas une seconde ! rétorque Kimo, ironique. Toujours là pour l'autre,hein, vieux frère ! lui jette-t-il leur devise à la figure, plus incisif que jamais.
Comme un coup de poignard porté en plein cœur, Duo se sent mourir à petit feu. Estimant légitime de recevoir les récriminations de son frère, Duo encaisse. Sans broncher. Laissant Kimo tout saccager sur son passage.
- Je ferai n'importe quoi pour être pardonné, jure Duo. Pour réparer.
- Mmm… laisse-moi réfléchir, répond Kimo en tapotant son menton de ses doigts. Je sais !
Duo attend, plein d'espoir…
- Crève, espèce d'enfoiré ! crache-t-il avec une hargne assassine. Les gens souffrent et meurent à cause de toi ! Il vaudrait mieux pour tout le monde que tu disparaisses de la surface de la terre, une fois pour toutes !
Sur un dernier regard enfiellé, Kimo se détourne d'un pas lent, les mains dans les poches et la tête haute.
Seulement, ce que Duo ne peut ni voir ni deviner à travers ses larmes, ce sont celles de son frère qui coulent à flots et qu'il ne s'autorise à effacer que lorsqu'il tourne au fond du couloir.
Dévasté et meurtri au plus profond de son être, Duo n'est plus désormais que l'ombre de lui-même. Sous le choc, il resterait sans doute au beau milieu du couloir jusqu'à ce qu'un membre du personnel le remarque, debout ou bien prostré, n'ayant plus conscience de ce qui l'entoure, ni même de son propre corps. Anéanti par la douleur, Duo ne pourrait pas sortir seul de cette inertie…
Toutefois, son instinct paternel constitue un solide barrage et lui interdit de se morfondre, ici et maintenant. Tel un automate, il finit donc par s'emparer du gobelet, puis retourne auprès de son « fils ».
- Dad ! l'accueille Daniel, tout sourire. Maurice m'a raconté plein de blagues ! Tu veux que je t'en raconte une ?
- Oui… avec joie, mon chaton, l'encourage-t-il d'une voix blanche, un pâle sourire aux lèvres.
Il n'était pas totalement certain de pouvoir faire usage de sa voix sans craquer. A présent soulagé d'être en mesure de lui dissimuler son effondrement intérieur, Duo lui tend la boisson chocolatée.
- Attention, c'est chaud, le prévient-il d'une voix plate.
- Merci, dad ! répond Daniel en prenant prudemment le gobelet, les yeux brillant de gourmandise.
Duo se félicite que Daniel soit trop captivé pour se rendre compte de quoi que ce soit. Maurice, en revanche, réalise pleinement que quelque chose de grave s'est produit. Et il espère sincèrement que le daddy de leur fils saura passer cette épreuve.
L'endurer courageusement, entouré de proches amis et surtout, en sortir indemne.
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Dans la soirée…
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Le Colonel Yuy a décidé de boucler seul l'affaire du Myosotis, laissant à ses agents le soin de s'occuper des autres dossiers qui n'ont pas manqué de s'accumuler sur leurs bureaux.
C'est ainsi qu'Heero regagne son domicile, encore hanté par le souvenir de ses conversations téléphoniques avec les familles des quatre victimes connues de Masanaga.
Durant le trajet, néanmoins, il s'efforce de faire le vide dans son esprit. Il met un point d'honneur à isoler sa vie professionnelle de sa vie privée. Mais lorsqu'il passe le seuil de leur maison, heureux à l'idée de retrouver Duo et leurs enfants, le voilà cueilli par l'odeur de ce qui semble être un pudding… carbonisé.
Intrigué - d'ordinaire, Duo ne fait jamais rien brûler - Heero ôte sa veste d'uniforme pour l'accrocher à la patère de l'entrée, laquelle donne directement sur la grande cuisine ouverte et enfumée. Les sens en alerte, il s'avance vers son compagnon tout en l'observant se débattre avec le plat noirci. Se faisant, le natté renverse ses ustensiles, les uns après les autres, lui qui est toujours si adroit en cuisine ; entre autres domaines.
- Merde ! lâche Duo en se tenant la main.
Sans cesser de l'observer, Heero va humidifier un linge pour le lui appliquer.
- Laisse ! refuse brusquement son compagnon. Ça ira.
Heero n'insiste pas et repose le tissu.
- Les retrouvailles se sont mal passées ? s'enquiert-il, ensuite.
Un instant, Duo s'immobilise pour déterminer à quelles retrouvailles Heero fait allusion.
*Il ne peut pas être au courant pour Kim' et moi. Enfin, je crois…* espère-t-il, in petto.
- Daniel veut y retourner pour apprendre d'autres blagues de Maurice, élude-t-il.
Heero tend l'oreille, mais ne détecte aucune trace de jalousie dans sa voix.
- Tu n'en es pas fâché.
- Non, bien au contraire, prend-il la peine de répondre, alors qu'Heero ne lui posait pas la question.
- Dans ce cas, dis-moi ce qui…
- Je me sens fatigué, ce soir, l'interrompt le natté. Tu pourrais t'occuper des enfants ?
Malgré la douceur contenue dans la voix de son preventer et sa sollicitude à son égard, Duo préfère couper court à cette conversation qu'il juge trop dangereuse à son goût ; Heero étant passé maître dans l'art de le faire parler de ce qu'il préfère taire.
*Je n'aurais jamais imaginé possible qu'un individu puisse avoir tant d'ascendant sur moi* pense Duo.
- Hn, affirme Heero.
- Merci. Je vais en profiter pour prendre un bain et me coucher tôt. Comme Daniel veut retourner voir Maurice aussi souvent que possible, nous avons convenu d'un programme qui ne lèse personne : Dano va à l'école, moi à l'Agence et on file direct à l'hôpital pour la fin d'après-midi. Akane pourra choisir de nous accompagner, ou de rentrer avec toi ou Quatre, Milliardo…
S'obligeant à prendre sur lui, Duo se croit capable de parvenir à affecter une parfaite assurance, déterminé à dissimuler son désarroi le plus longtemps possible.
*Je peux y arriver tout seul* pense-t-il. *Inutile d'impliquer ma famille*
Seulement, loin d'être dupé par son jeu et encore moins distrait par son débit de paroles, Heero redouble de vigilance.
- Nous formons une équipe, une famille, ce sont tes propres mots. Et au-delà de notre intimité amoureuse, nous sommes amis. A ce titre, le plus précieux à mes yeux, je ne te laisserai pas te débattre seul avec cette douleur qui semble te déchirer les entrailles et n'est pas loin de te rendre fou.
A ces mots et à la force tranquille mais irrésistible qu'Heero leur insuffle, le natté craque ; plus vite et plus facilement qu'il ne l'avait prévu. Les nerfs mis à rude épreuve, il fond littéralement en larmes.
Immédiatement, Heero s'avance pour venir le serrer dans ses bras et l'entourer de sa chaleur… mais Duo se dérobe en s'essuyant les joues et en se massant brièvement le cou ; à force de ravaler son chagrin, la douleur dans sa gorge est devenue insoutenable.
- Écoute, je suis simplement éprouvé par tout ça. S'il-te-plaît, laisse-moi le temps de me remettre.
*Ils se sont vus* déduit aisément l'agent d'élite.
Il a la confirmation de ce qu'il craignait et de ce qui ronge Duo de l'intérieur : le face-à-face avec Kimo.
Et le Colonel se doute que ces retrouvailles-ci n'ont pas manqué d'être brutales et traumatisantes… Malheureusement, il n'a pas l'opportunité de pousser plus loin ses investigations que Daniel surgit dans l'intervalle.
- Dad, tu peux m'aider ?
Au cahier de devoirs qu'il tient dans la main, ils comprennent qu'il vient le lui montrer.
- J'ai besoin de me reposer, chaton. Tu veux bien voir ça avec Heero ?
Daniel n'a pas le temps de lui répondre que Duo s'éloigne déjà vers sa chambre en de grandes enjambées. L'occasion d'échapper à son preventer est trop belle !
En revanche, Daniel reste planté là, les sourcils soudain froncés par l'inquiétude que suscite son daddy. Il n'y a pas si longtemps, Daniel se serait senti désemparé face à la fuite de Duo. Surtout, il s'en serait voulu de ne pas être assez grand pour lui venir en aide. Aujourd'hui, la donne a changé.
Heero a changé la donne.
Il est présent pour eux à chaque instant et les fait toujours passer en priorité. Et plus important encore, Heero l'estime digne de confiance au point de le mettre dans la confidence concernant leur vie à tous les quatre.
Debout, face à l'enfant, Heero l'observe comme s'il pouvait voir le cheminement de ses pensées. Lorsque Daniel reporte à nouveau son attention sur Heero, ce dernier reste fidèle à l'image que son « fils » se fait de lui et en vient naturellement à confirmer son ressenti ; sans rien lui cacher de la vérité du cœur, tout en le préservant des épreuves liées à leur vie d'adulte.
- Ton daddy est triste, mais pour une fois, tu ne peux pas faire grand-chose pour lui. Pas dans l'immédiat. Si ce n'est continuer à bien travailler à l'école et à suivre nos conseils.
Daniel hoche la tête, coopératif.
- Tu veux de l'aide pour une leçon difficile ?
- Oui, s'il-te-plaît, demande-t-il, encore un peu distrait par l'abattement extraordinaire de son daddy.
En compensation, il est tellement rassuré par la présence d'Heero !
- Sur quel sujet ?
Daniel ouvre son cahier d'Histoireà la bonne page.
- Les Régions, lit Heero. Quel est le problème ?
- On n'a encore rien fait, en classe, mais la maîtresse veut qu'on fasse des recherches…
- J'imagine qu'Akane a le même devoir que toi ?
- Oui, mais elle est dans la bibliothèque ! lui apprend-il, dépité.
L'air de dire : « je sais pas si t'es au courant, mais ma sœur est dingue ! »
Heero lui sourit avec tendresse.
- Tu veux bien aller la chercher, que je fasse le cours en une seule fois ?
- D'accord… Et pour dad, qu'est-ce qu'on fait ?
- Ça, c'est ma partie. La tienne, c'est de vivre pleinement ta vie d'enfant sans plus te soucier des aléas de nos vies d'adultes.
Cela suffit à tranquilliser Daniel qui s'en retourne aussitôt pour aller chercher Akane. A mi-parcours, en plein milieu du salon, il s'arrête comme s'il avait oublié quelque chose d'important.
- Je t'aime, tu sais ? déclare-t-il avec une franchise et une pureté de cœur magnifiques.
Heero lui sourit derechef, tout en sortant les légumes du réfrigérateur.
- Je t'aime, mon fils.
Ainsi choyé, Daniel ressent un bonheur incommensurable envahir tout son être. Fort de cette protection inégalable qu'est celle d'un parent aimant, Daniel repart en sautillant, plus léger que l'air.
Peu après, les enfants viennent s'assoir sur le canapé, prêts à écouter l'un de leurs deux professeurs particuliers préférés.
- Installez-vous au bar de la cuisine, leur demande Heero. Je profite de vous faire la leçon pour nous préparer à manger.
Akane et Daniel se hissent donc sur les chaises hautes, avant de tourner plusieurs fois sur eux-mêmes en essayant d'aller plus vite que l'autre. Mais dès l'instant où Heero commence à couper les légumes à une vitesse ahurissante, ils s'immobilisent, captivés par sa dextérité.
- Dad va pas aussi vite que toi, constate Daniel.
Heero sourit, puis jette les dés et lamelles de toutes les couleurs dans son wok.
- Que devez-vous savoir sur les Régions ? les interroge-t-il en faisant sauter les légumes.
- A quoi elles servent et depuis quand elles sont en place, le renseigne Akane, passant de la petite fille à l'élève.
- La délimitation par région date de la dernière guerre mondiale survenue en AC 175 et qui perdura huit longues années, commence Heero. Malheureusement, elle n'eut pas l'effet de solidarité escompté. Il a donc fallu patienter seize années supplémentaires pour que ce rêve d'union prenne forme.
- Pourquoi ? s'enquiert Daniel.
- Parce l'homme tente d'abord de prendre ce qu'il convoite par la force, avant de réaliser qu'il a finalement les mains bien vides, malgré ses richesses matérielles, puisqu'il ne vit pas l'essentiel.
- Et c'est quoi, l'essentiel ?
- L'amour qui nous lie les uns aux autres.
- Il suffit de le leur dire, conseille Akane.
Sa suggestion, simple et innocente, ne surprend pas Heero. La naïveté de sa fille, dû à son jeune âge, ne l'empêche pas d'avoir un esprit logique, rationnel. En temps voulu, la fillette se métamorphosera en une femme tenace, déterminée à défendre ses idées ; mais déjà, Akane tient de son père en allant droit au but, sans faire de chichis.
*Relena n'était pas non plus du genre à tourner autour du pot !* songe Heero.
- Ce n'est pas aussi simple. L'humain est vindicatif par nature et ne désire véritablement se consacrer à la paix des peuples que lorsqu'il a atteint le point de non-retour.
- On fait comment pour éviter d'être… vindicatif ? veut savoir Daniel.
- Pour ne pas se venger, on écoute son cœur et on transmet son savoir avec humilité.
Malgré leur jeune âge, les enfants comprennent son enseignement. Naturellement, ils n'ont pas encore tous les tenants et les aboutissants, mais ils sont sûrs d'une chose : on ne doit pas faire aux autres, ce que l'on n'aimerait pas que l'on nous fasse.
- Je peux poursuivre la leçon ? les questionne Heero, tout en transférant ses légumes dans des bols.
Daniel et Akane hochent la tête en signe d'assentiment.
- En AC 199, celle qui incarnait alors la notion même de l'unité entre les peuples, Relena Peacecraft, décida de redessiner les frontières. Cela, afin de prévenir les conflits en instaurant, de gré ou de force, un dialogue entre nations et imposer une surveillance constante par le biais d'une Organisation indépendante déjà existante et elle-même soumise à un règlement strict : Preventers.
- C'est ta maman qui a fait tout ça, chuchoteDaniel à sa sœur.
Akane sourit, les yeux brillantde fierté…
Pendant ce temps, Heero verse un fond de bouillon dans leurs bols, puis sort les couverts.
- Face aux critiques, Relena avait l'habitude de répondre : « Qui cela pourrait-il gêner que de devoir faire cartes sur table, si ce n'est ceux qui ont l'intention de nuire ? Allons, messieurs, prêtons-nous main forteet ensemble, d'un même cœur dans des corps différents, faisons en sorte de mériter notre place ! »
- Elle avait l'air très forte, admire Daniel.
- Relena était indomptable et irrésistible, confirme Heero.
Akane n'émet aucun commentaire, mais son père l'observe du coin de l'œil et se réjouit de constater qu'elle ne paraît plus submergée par la tristesse du souvenir et du manque de sa mère.
*Merci, Duo* pense-t-il avec ferveur.
- On doit déterminer les pays englobés par les cinq Régions, lit Akane sur son cahier.
- Hn… R1, R4 et R5 se partagent l'immense territoire asiatique. Le Japon étant le pays administratif de référence de la première région, les Etats-Unis d'Amérique de la deuxième, la France pour la troisième, l'Arabie Saoudite de la quatrième et la Chine de la cinquième. Dans le détail, la R1 regroupe donc l'archipel du Japon, une grande partie de l'Asie et un morceau du Groenland qu'il partage avec la R2. Cette dernière représente toutes les Amériques. La R3, les pays d'Europe, l'Australie, ainsi qu'une partie du territoire africain. La R4 est une région puissante qui possède néanmoins peu de terres. Enfin, la R5 a su conquérir des pays africains, devenant ainsi la seule région coupée en deux par une autre, la R4.
Les mines défaites, Akane et Daniel demeurent parfaitement immobiles, la pointe de leur crayon à papier suspendue au-dessus de leur page vierge.
- C'est compliqué, quand même, avance Daniel, grimaçant d'incertitude.
Face à leur air ahuri, Heero se met à rire.
- Je vais vous imprimer une carte simplifiée des Régions et vous n'aurez plus qu'à placer le nom des pays. Ça vous va ?
Vu l'expression d'intense soulagement qui s'inscrit à présent sur leurs visages, Heero obtient sa réponse.
- Rangez vos cahiers et mangez tant que c'est chaud. Je vais apporter un bol à votre daddy.
La fin de sa phrase lui est venu si naturellement que même Akane n'a pas réagi, comme si cela avait toujours été ainsi. Comme si Duo avait toujours été un deuxième père pour elle.
C'est sur cette pensée réjouissante qu'Heero entre dans leur chambre, pensant trouver Duo bien au chaud dans un bain relaxant. En lieu et place, il le découvre prostré et recroquevillé à la tête du lit. Comme absorbé par la pénombre de la pièce, l'attitude de Duo y ajoute une dimension lugubre et donne l'impression qu'il y fait plus froid que dans le reste de la maison. Pour autant, Heero parvient à distinguer son compagnon et évolue sans mal jusqu'à lui.
- Je t'apporte ton dîner, signale Heero d'une voix douce.
Il joint le geste à la parole en posant le bol sur la table de nuit, puis allume la lampe de chevet. La faible lumière qui vient éclairer leurs visagesrenforce dès lors cette sensation d'isolement et de profonde solitude.
En accord avec cette atmosphère, Duo ne dit rien, apathique. Pas plus qu'il ne réagit lorsqu'il sent peser sur son corps la couverture qu'Heero étend présentement sur ses épaules.
A quoi bon maintenir une neutralité de façade puisqu'Heero a manifestement tout découvert !
- Tu pensais vraiment pouvoir me cacher la raison de tes tourments ? s'enquiert d'ailleurs son preventer.
Soucieux du bien-être de son élu, Heero s'installe face à lui.
- J'ai pas envie d'en parler ! tranche Duo, sortant de son mutisme avec plus de dureté qu'il ne l'a souhaité.
Heero a l'intelligence de ne pas le prendre pour lui. Au contraire, il devine que son compagnon ne s'est pas encore autorisé à pleurer tout son soul, afin d'évacuer le trop plein. Dans son noble vœu de protéger leurs enfants, le natté s'interdit purement et spontanément de s'effondrer ; du moins, devant eux. Résultat, Duo a les nerfs à vif et se défoule sur son amant qu'il sait être suffisamment armé pour supporter ce moment difficile.
- Il ne t'est pas naturel de tout garder pour toi. Tu as besoin de communiquer avec les gens que tu aimes et en qui tu places ta confiance.
- N'établis pas mon profil, Heero, se fâche-t-il le plus sérieusement du monde.
- Je ne suis pas ton ennemi.
- Je peux espérer avoir un jardin secret, ou c'est trop te demander ?
- Un jardin secret ? répète-t-il.
- Parfaitement ! Les gens normaux n'enquêtent pas sur leurs conjoints, figures-toi !
- Ce n'est pas un jardin secret que tu cultives, Duo. C'est une bombe à retardement.
Cette fois-ci, le natté ne trouve rien à rétorquer.
- Me repousser fait partie de ta thérapie, ou c'est simplement l'environnement naturel de ton jardin secret ? s'enquiert alors Heero, un brin mordant.
- Une dimension où tu ne peux être présent à mes côtés n'est que pure absurdité ! se rebiffe-t-il.
- C'est donc pour cette raison que nous nous disputons, conclut-il, non sans une pointe d'irritation dans la voix.
- Nous nous disputons parce que tu ne me laisses pas assez de temps ! riposte-t-il.
- Je ne nous laisserai pas nous éteindre, se défend-il en reprenant délibérément les termes du natté.
Bouleversé, perdu et torturé, Duo secoue la tête en signe d'impuissance, tout en serrant les pans de la couverture autour de lui.
- Ce temps dont tu clames l'absolue nécessité, reprend Heero, nous le prendrons et l'endurerons ensemble, toi et moi.
Au bout du rouleau, son bien-aimé semble acquiescer par un nouveau silence ; mais rien n'est moins sûr.
- Je retourne m'occuper des enfants, finit par l'informer Heero.
Pour ne pas inquiéter Daniel, il doit revenir rapidement vers Akane et lui. Il se résigne donc à ne déposer qu'un seul baiser sur la tête de son compagnon, avant de devoir le laisser seul, enseveli sous le poids de son chagrin et de sa culpabilité…
•
Deux heures plus tard…
•
Une fois les enfants couchés et bordés avec amour, Heero peut enfin rejoindre Duo pour la nuit.
Alors que le preventer espère obtenir quelques éclaircissements, il retrouve son compagnon tel qu'il a dû se résoudre à le délaisser, deux heures plus tôt : muré dans son silence destructeur.
Malgré l'apparente immobilité du natté, Heero sait qu'il ne dort pas ; une légère somnolence, tout au plus. Aussi, un coup d'œil sur son bol plein lui apprend également que Duo n'y a pas touché.
Par crainte de l'alourdir de reproches, Heero choisit de ne pas se prononcer. Cependant, il boue intérieurement de sentir son compagnon s'abandonner au seul jugement de Kimo. Cela, au détriment de leurs enfants et du couple qu'ils forment tous deux, depuis peu.
Des plus contrariés, Heero prend tout de même le temps d'aller se rafraîchir et de se dévêtir, avant de rejoindre son amant. Au moment où Heero se glisse sous les draps, il a l'agréable surprise de voir Duo – également prêt pour la nuit - faire de même, sans que son preventer n'ait eu à l'y inciter.
La peau froide et les muscles crispés par les tensions, Duo accepte avec gratitude de se réfugier dans les bras de son compagnon, nichant son nez glacé dans le creux de son cou.
- Je…, tente-t-il, la gorge nouée par l'émotion.
Au seul son de sa voix, Heero lit dans son intonation que son élu souhaite à la fois lui confier sa peine, s'excuser d'avoir été désagréable et lui témoigner son affection.
Profonde et éternelle.
- Chuuut, l'interrompt tendrement Heero. Je sais, ajoute-t-il en resserrant son étreinte. Je sais tout ça.
Pareil à un déclic salvateur, ses mots, sa voix et sa présence permettent enfin à Duo de laisser libre court à son affliction.
Terrible et innommable.
Bercé par l'amour inconditionnel de son preventer, Duo s'abandonne à ce réconfort exceptionnel et pleure à chaudes larmes…
… jusqu'à ce qu'il ne puisse plus résister au sommeil, lequel l'entraine dans les profondeurs d'une nuit sans rêves.
•
Un peu plus tard…
•
Au milieu de la nuit, Heero s'éveille, désireux de retrouver le contact physique avec son compagnon. Seulement, la main qu'il tend à ses côtés ne palpe qu'une place vide et froide, signe que Duo n'y est plus depuis de longues minutes.
A l'affut du moindre bruit, Heero ouvre grand les yeux pour jeter un regard circulaire, avant de détecter la silhouette de Duo. Plus ou moins conscient des trépidations qu'il déclenche chez son preventer, le natté se tient debout devant la fenêtre de leur chambre, le corps illuminé par la clarté lunaire.
Incapable de se rendormir, ni même de patienter que son homme revienne auprès de lui, Heero décide de le rejoindre.
De son côté, Duo a à peine le temps d'associer le bruissement des tissus entre eux avec le départ d'Heero de leur lit qu'il le sent déjà glisser ses mains autour de sa taille. Ainsi ceinturé par derrière, Duo se laisse instinctivement aller dans les bras de son amant.
- Dis-moi quelque chose, n'importe quoi, murmure-t-il sous son oreille.
- Y a rien à dire, 'ro, assure Duo, atonique.
- Rapporte-moi au moins le contenu de votre conversation.
- Ça n'a aucune importance.
- Ça a en a pour moi.
- Je refuse. Pour notre bien, à tous les trois.
Dans le fond, Heero s'attendait à ce que Duo couvre Kimo, quoi qu'il ait pu proférer ou faire à son encontre.
- Tu as raison, admet le preventer. Il n'est pas nécessaire que ce soit toi qui me le confesse.
Duo a beau être court-circuité par la réaction violente et injurieuse de son frère, il n'en percute pas moins ce que Heero sous-entend ; ce qui a le mérite de sortir le natté de sa léthargie.
- S'il-te-plaît, 'ro…, commence-t-il.
Avant de s'interrompre, afin de se retourner dans ses bras pour ancrer son regard suppliant au sien.
- Je te le demande comme une faveur : ne pars pas à la rencontre de mon frère.
- Si tu ne parviens pas à t'extirper de ton affliction naissante, je le brise menu, déclare Heero avec le plus grand sérieux.
- Je comprends et je conçois ton irritation, chéri, mais…
- Je suis furieux ! rectifie-t-il. Je lui rendrai chaque coup qu'il te portera, promet-il encore, une lueur sauvage dans ses prunelles assombries.
- Kimo est si fragile, espère-t-il l'amadouer. Il ne peut pas endurer un face à face avec toi.
- Il lui reste suffisamment de force pour t'insulter, me semble-t-il. Crois-moi, il va regretter d'être né !
Duo frissonne d'effroi à l'idée de provoquer un tel déchaînement de colère contre son frère.
- Je ne peux manifestement pas te faire changer d'avis sur l'interrogatoire que tu souhaites lui faire passer, mais accepte au moins d'envoyer Trowa à ta place. Ils se connaissent déjà et Trowa est moins concerné que toi.
- Hn, finit par concéder Heero.
Vigilant, il ose néanmoins se réjouir de ce qu'il perçoit de nouveau chez son élu : une soif de vivre, de survivre à cette épreuve. Bien que le regard de Duo soit encore quelque peu éteint, Heero y décèle tout de même cette flamme intérieure, propre à la force de caractère de son noble et courageux compagnon.
- A une condition, poursuit Heero. Si les informations obtenues ne me satisfont pas, je me chargerais de l'interroger moi-même.
Naturellement, il ne bluffe pas lorsqu'il certifie employer tous les moyens possibles, afin de protéger sa famille. Mais il sait qu'il lui suffit d'user de mots suffisamment forts pour que Duo reprenne la lutte. Ce faisant, Heero a subtilement modifié la problématique : à présent, Duo doit moins se défendre de l'amertume haineuse de Kimo, qu'il doit protéger son frère des plans redoutables du Colonel Yuy.
- 'ro…, commence Duo, avant de s'interrompre une fois de plus pour déglutir. En vérité, Kimy est tendre, affectueux et généreux. Il adore rire et j'adorai son rire. Je… je suis mort avec eux tous, cette nuit-là. J'ai marché de villes en villes en état de choc. Non seulement j'avais perdu toute ma famille, mais je devais retourner à ma vie d'errance sans mon fidèle compagnon de galère, mon ami, mon frère… Tu comprends ? Mon père, Sœur Helen et tous les autres, c'était comme si je m'attendais à les perdre, tôt ou tard. Je ne pouvais pas croire en ma bonne fortune. Tandis que Kimo, j'étais certain qu'on resterait toujours ensemble. J'étais convaincu qu'on parviendrait à surmonter toutes les épreuves, ensemble.
- Qu'attends-tu pour le lui dire ?
- Il refusera de m'écouter.
- Écris-le lui, suggère brillamment Heero.
Durant un court instant, Duo soupire de désespoir sans plus croire qu'une solution à son problème puisse s'appliquer… quand soudain, les mots d'Heero – chemin faisant dans son esprit - font renaître l'espoir en son cœur meurtri.
- Oui ! Oui, c'est ça !
Heero respire de nouveau, réalisant ainsi qu'il avait retenu sa respiration durant de longues secondes.
- Minute ! le retient-il, alors que Duo quitte le réconfort de ses bras. Tu feras ça, demain.
- Je dois écrire cette lettre tout de suite pour la lui remettre, dès demain.
Heero comprend sa hâte, mais tique sur un détail.
- Tu ne remettras pas cette lettre en mains-propre, lui interdit-il sans détour. Estelle se chargera du transfert.
- Okay, accepte le natté.
D'ordinaire, il aurait sans doute pinaillé, ne serait-ce que pour la forme. Néanmoins, il reste lucide : Heero est en mode « protection rapprochée » et ne permettra plus qu'une telle situation se reproduise.
Cependant, Heero ne le libère toujours pas de son étreinte et attend manifestement des garanties plus solides qu'un accord évasif. Surtout venant de Duo.
- Je promets de ne plus entrer en contact avec lui, mais… si comme aujourd'hui, Kimo décide de venir à moi…
- C'est donc lui qui a pris cette décision, apprend Heero, mécontent.
- 'ro…, râle doucement Duo.
- Je vais opposer vos bracelets numériques, annonce-t-il.
- C'est-à-dire ?
- Vous ne pourrez plus vous approcher à moins de cinq cent mètres, explique-t-il tout en allant s'emparer de son communicateur portatif. Tu n'as pas à te soucier des éventuelles décharges électriques. Seul Kimo en subira les effets, si vous deviez franchir votre zone de restriction supplémentaire.
Intérieurement, Duo pousse un long, très long soupir d'exaspération et d'impuissance.
- Ça t'embête si je rédige mon mot en restant au lit avec toi ? s'enquiert-il plutôt, à défaut de pouvoir influer sur la décision de son preventer.
Cela, tout en se mettant en quête d'un stylo et du bloc-notes qu'il sait être quelque part dans la chambre.
- Baka, répond Heero, sans lever le nez de son écran.
- J'oubliai ton amabilité légendaire ! lance Duo.
Les deux hommes se sourient.
Un sourire résolu pour l'un et encore alourdi de chagrin pour l'autre…
•
Trois boulettes de papier éparpillées sur le sol plus tard… Duo grimace devant le résultat qu'il juge peu fameux. Il ne peut pas dire que son ébauche lui convienne, mais il sait qu'il ne pourra pas faire mieux, vu les circonstances. Il s'emploie donc à plier minutieusement la précieuse lettre, puis la pose sur sa table de chevet.
*J'espère qu'il prendra la peine de la lire, avant de la déchirer* pense-t-il, avant de reporter son attention sur Heero.
Celui-ci semble dormir à poings fermés, son bras reposant nonchalamment en travers du bassin de son amant. Plus qu'attendri, Duo est profondément touché par les efforts titanesques que déploie Heero pour le soulager.
*Personne ne m'a jamais aidé de la sorte. Personne, sauf toi* se dit le natté, tout en caressant ses courts cheveux bruns.
Gagné par la fatigue, il se trémousse bientôt pour se glisser sous les couvertures en tentant de déranger Heero le moins possible. Seulement, malgré toutes ses précautions, Heero se réveille et le scrute aussitôt. Comprenant que Duo a terminé son projet de lettre et qu'il désire s'allonger - dans ses bras, cela va sans dire ! – Heero s'écarte juste de quoi lui laisser la place de manœuvrer.
- Merci, souffle le natté.
Pour toute réponse, Heero l'embrasse avec une langueur toute particulière, avant de l'enfermer dans une étreinte libératrice…
•
Au matin…
•
Le réveil est difficile. Même les timides rayons du soleil semblent peiner à inonder la chambre de leur éclat chatoyant…
C'est tout du moins le constat que fait Duo depuis le lit où il repose, balloté entre tourment et quiétude. Le soutien inestimable de son amant y est pour beaucoup dans le rééquilibrage de sa balance émotionnelle. Malgré cela, Duo ne parvient pas à se débarrasser de cette douleur lancinante chevillée au cœur et au corps. Alors, comme chaque fois qu'il souhaite fêter un heureux évènement ou, au contraire, oublier ce qui fait mal, il réfléchit à ce qu'il va bien pouvoir concocter de bon pour ses proches ; quitte à en faire trop.
Il en est à repenser le goûter des enfants – métamorphosé en mets gastronomiques - lorsqu'il un micromouvement l'invite à tourner la tête vers Heero. Ce dernier a les yeux clos et la respiration profonde. Pour n'importe qui, Heero semble endormi, mais Duo sait que son preventer a la faculté de récupérer en très peu de temps et qu'il ne cesse jamais d'être sur le qui-vive. Aussi, le natté n'hésite pas longtemps à venir plonger ses doigts dans sa chevelure en bataille.
- Je t'aime, murmure-t-il.
Heero ouvre les yeux… éclairant son visage aux traits purs et encadré par de grosses mèches de cheveux bruns. Son regard bleu de Prusse est quant à lui si direct, qu'il suffit à provoquer des contractions dans le bas-ventre du natté et à faire accélérer son rythme cardiaque.
De ce même regard hypnotique, Heero interroge son compagnon.
- Je saigne, déclare alors Duo, avec pudeur. Une partie de moi s'est brisée… à tout jamais. Toi-même, tu n'y peux rien. Une autre part, cependant, est emplie de joie et vibre d'un bonheur inaltérable. Cela grâce aux enfants et à toi. C'est à cette partie, largement majoritaire, que j'ai décidé de me consacrer corps et âme. Je veux être un père et un compagnon dévoué. Rien de plus, rien de moins. Quant à mon frère… Je garderai cette blessure jusqu'à la fin de mes jours, j'imagine. Le secouer comme un prunier n'y changerait rien.
Ce qu'Heero lui concède à moitié… à la vue des larmes qui roulent à présent sur les joues de son bien-aimé.
- C'est rien, assure celui-ci en se hâtant de les effacer. Ça va se tasser, promet-il ensuite.
Sans mot dire, Heero se redresse afin de combler l'espace qui les sépare et le prendre dans ses bras.
- Tu me fais tant de bien, le remercie Duo en se lovant contre lui.
- J'ai bien envie de poursuivre dans cette voie et d'intensifier mes efforts en ce sens, suggère Heero, tout en traçant un sillon électrisant le long de son dos.
- C'est exactement là où je veux en venir…, l'encourage-t-il, frissonnant sous les attentions de son amant.
- Où, exactement ? s'enquiert-il par jeu à un souffle de ses lèvres.
Duo commence d'abord par sourire, puis se cambre soudainement, gémissant sous le toucher expert de son homme.
- Heero ! Duo a-t-il encore le temps d'articuler, avant de recevoir un long baiser.
Sans réserve, les deux hommes s'abandonnent à leur étreinte. Une union qu'Heero rend particulièrement tendre et qui achève de bouleverser Duo…
•
Plus tard, en cuisine, les deux hommes réalisent l'heure plus que matinale à laquelle ils ont fini par se lever.
- Ça me donne le temps de faire tout ce que j'ai prévu, se félicite Duo, revigoré.
Tandis qu'il noie ses soucis dans ses préparations culinaires - telle une abeille missionnée de nourrir toute la ruche – Heero, quant à lui, se tient tranquillement à ses côtés, appuyé sur le rebord de l'îlot central, tout en sirotant son Carte noire©.
Une fois n'est pas coutume ! Et puis, Heero apprécie le café, même si c'est sans commune mesure avec la prédilection qu'à Trowa pour ce breuvage.
- J'emporte le goûter de Dano dans une lunch-box et réserve celui d'Akane dans la sienne pour son retour de l'école, l'informe Duo en sortant la version rose bonbon d'un placard. Inutile de te dire que tu as fait ton choix, ce matin, ajoute-t-il ensuite, à brûle pourpoint.
Heero s'immobilise, la tasse à hauteur d'épaule.
- Plait-il ? s'enquiert-il.
- C'est moi, ou Carte noire© ! précise-t-il en désignant sa tasse du menton.
Heero sourit à sa réflexion et au jeu de mots improbable qu'elle implique.
- L'odeur du café ne me gêne pas, mais j'en déteste la saveur, poursuit Duo. Je me rappelle encore du goût infâme de celui que j'ai dû boire lors de notre premier tête-à-tête, à San Francisco… Beurk ! Tu peux toujours courir pour m'embrasser, après ça !
- S'il ne s'agit que d'épargner tes papilles gustatives, je peux parfaitement m'appliquer à te gratifier d'autres douceurs… ailleurs.
Cueilli par sa réponse des plus coquines, ainsi que par l'afflux d'images et de sensations qu'elle déclenche, Duo ressent une bouffée de chaleur formidable l'envahir…
- En parlant de programme, reprend Heero. Akane et moi vous accompagnons à l'hôpital, cette fois-ci.
Inquiet, Duo délaisse son activité pour le dévisager.
- Akane…, commence-t-il avec une légère hésitation.
- … me l'a explicitement réclamé, l'interrompt doucement Heero. Elle veut rencontrer le père biologique de son frère. Elle veut faire partie de votre vie. Elle veut…
- … que nous formions une famille unie, termine Duo pour lui, rassuré.
- Hn.
- Un instant, j'ai cru que tu ne venais que pour me surveiller, avoue-t-il.
- Le souhait de notre fille arrange bien mes affaires, puisque je viens effectivement surveiller quelqu'un.
- Kimo, devine aisément le natté.
Heero ne prend pas la peine de confirmer et préfère finir son café, se disant qu'il ne risque pas d'en boire beaucoup d'autres, à l'avenir.
- Bonjour, dad ! Bonjour, Heero ! dit soudain Daniel en venant vers eux pour quémander un câlin.
- Que fais-tu debout à cette heure ? s'étonne Duo. Il est beaucoup trop tôt…
- J'ai plus sommeil, affirme-t-il.
Avant de bailler à s'en décrocher la mâchoire.
Au moment où il vacille de fatigue, Heero le soulève du sol pour qu'il prenne un peu de hauteur et puisse se laisser aller à somnoler dans ses bras, sans plus subir la tension qu'entraîne la station debout.
- Ta sœur est restée couchée ? veut savoir le preventer.
- Non, elle arrive, le renseigne Daniel, tout en observant son daddy s'activer en cuisine. On va voir Maurice, aujourd'hui, hein, dad ?
- On ne raterait ça pour rien au monde, chaton.
- Tu ne seras pas bizarre, après ?
Un instant, Duo cesse d'emballer ses bentōs à l'aide d'un furoshiki japonais rouge pour les considérer, lui et Heero.
- Ça va aller, mon lapin. Ne t'inquiète plus.
Vigilant, Daniel consulte Heero du regard, lequel lui confirme la bonne nouvelle d'un léger sourire en coin.
Sur ces entrefaites, Akane apparaît, aussi fraîche et dispo que si elle avait pu faire la grasse matinée.
- Bonjour à toi, ma petite fleur des îles, l'accueille Duo avec une chaleur toute paternelle.
Éblouie par la nature solaire de son nouveau daddy, Akane vient lui planter un énorme bisou sur la joue.
- Je peux t'aider ? demande-t-elle, ensuite.
- Avec joie, ma tourterelle, accepte le natté, trop heureux de partager ces moments de complicité privilégiésavec leur fille.
Pendant ce temps, Heero remplit sa mission de père en berçant Daniel. Une fois rassuré quant à l'état de son daddy, le petit garçon s'est mis à somnoler dans les bras réconfortant de son père…
•
A l'Agence…
•
Le Colonel Yuy et son « détenu » sont pile à l'heure, comme à l'accoutumée. Une double arrivée que les agents spéciaux guettent avec la même régularité…
Après les salutations, certes, d'usage, mais non moins chaleureuses, Duo et Heero s'enquièrent immédiatement de l'état de santé de Shawn.
- Il va de mieux en mieux, d'après le Docteur Chang, leur apprend Blake. Merci.
- Tu ne préfères pas être avec lui ? demande Duo en jetant sa veste sur le dossier de sa chaise.
- Si, mais il m'a sermonné ! se plaint-il. Soi-disant que je ne dois pas négliger ma vie pour lui, que ma place n'est pas à l'hôpital, que je ne pourrais rien faire de plus…
Tous se mettent à pouffer de rire. Même Nanako y va de ses soubresauts d'épaules.
- Ça n'a rien de drôle ! s'indigne l'Agent McGuire en croisant les bras.
- 'ro et moi avons pensé à quelque chose le concernant, révèle Duo.
- Quoi donc ? l'interroge-t-il, curieux.
- Et bien, comme Shawn est en convalescence…, commence-t-il en cherchant ses mots.
- Je m'oppose à ta demande de mutation, intervient le Colonel, depuis son bureau où il a fini par s'installer.
Blake se tourne alors vers lui, juste à temps pour le voir déchirer son formulaire.
- Mais… Sensei… Vous savez tous que je n'ai pas fait cette demande de gaité de cœur, mais Shawn ne connait rien ni personne, ici.
- Shawn doit demeurer à tes côtés, ici, jusqu'à son complet rétablissement, commande-t-il. Quant à toi, tu es missionné de l'aider à s'intégrer. A ne pas confondre avec lui laisser les rênes de ta vie.
- Shawn n'est plus celui qu'il croit être, renchérit Duo. Tu peux toi-même constater qu'il est devenu… euh…
- … distingué ? propose Blake, ironique.
- Quatre est le plus indiqué pour le guider et l'aider à s'adapter à sa nouvelle condition de vie intérieure. Fais-nous confiance.
- La question ne se pose pas, Duo, mais Quatre est-il seulement au courant ? Et quand il aura eu vent de votre projet, sera-t-il d'accord ? Quel temps pourrait-il lui accorder ? C'est un homme d'une rare bienveillance à vous entendre, mais il n'en reste pas moins très occupé.
- Nous serons bientôt fixés, lui indique Heero.
Pendant qu'il compose le numéro du philanthrope et envoie un ordre de mission à Trowa dans la foulée, les agents spéciaux, quant à eux, reprennent leur discussion.
- Et pour Maurice ? s'enquiert Alec.
Duo secoue tristement la tête.
- Akane et Heero viennent avec nous, aujourd'hui, leur apprend-il, ensuite.
Le voyant hésiter à poursuivre, Marc fait mine de vouloir le questionner… lorsqu'Antoine l'en dissuade discrètement, une main sur son bras.
- Je crois qu'il serait plus sain de vous en parler, se prononce finalement le natté. Vous m'avez traqué, puis accueilli au sein de votre équipe comme si de rien n'était. Je vous dois bien la vérité.
- Tu as le droit d'avoir un jardin secret, relève Alec.
A ces mots et au souvenir auquel ils le renvoient, Duo esquisse un pâle sourire.
- Kimo m'a découvert à l'hôpital, dévoile-t-il. Ça s'est mal passé et depuis, 'ro désire nous tenir éloignés l'un de l'autre, mon frère et moi.
- Logique, approuve Marc.
- Je ne vois pas en quoi ça l'est, réfute Blake sur le ton de la conversation. C'est son frère, il a le droit de le voir !
- Duo et Kimo n'ont pas la même relation que Shawn et toi entretenez, souligne Nanako. D'autant que Kimo ne connaît pas encore quel rôle a joué Solo dans les multiples meurtres. Sa vision des évènements s'en retrouve donc tronquée.
- Ça reste à voir, persiste Blake. Que t'a-t-il dit exactement ? interroge-t-il Duo.
- Rien qui ne vaille la peine d'être répété, élude le natté. Je voulais juste vous tenir au courant des derniers évènements.
- A la manière dont tu te défiles, j'imagine que Sensei a d'ores et déjà prévu d'interroger Kimo, devine Alec.
- Je l'ai convaincu d'envoyer Trowa à sa place.
- Bien joué, approuve Marc, une nouvelle fois.
- Tu comptes revoir ton frère… un jour ? s'intéresse Blake.
Duo hausse les épaules en signe d'ignorance, puis engage la conversation sur un tout autre sujet, peu enclin à se pencher plus avant sur celui-ci.
- Vous êtes plutôt viande ou fruit de mer ?
Perplexes, ses vis-à-vis n'ont pas le temps de répondre que leur Colonel fait une double annonce.
- En ce qui concerne Shawn, Quatre est ravi de le prendre sous son aile. Il profitera de ses soirées mondaines pour l'y emmener et le présenter à d'autres personnalités influentes. Il a immédiatement dégagé du temps pour passer le voir à l'hôpital, dès aujourd'hui.
- Merci, répond sobrement Blake. Merci beaucoup…
Il est touché que tous se soucient du devenir de son petit frère et est visiblement soulagé de pouvoir bénéficier de ce soutien inattendu.
- De nouveaux éléments sont survenus dans l'affaire des Quais Ouest, déclare ensuite le Colonel.
- Je suis curieux de voir ça ! lance Alec, un brin pessimiste.
Le ton de sa voix et l'expression avide de chacun des agents indiquent au natté que cette affaire leur donne du fil à retordre et ce, depuis un bon moment.
- Aucun témoignage de voisinage ne converge, on était dans l'impasse jusque-là, confirme effectivement Marc, dépité.
- Les indices relevés sur la scène de crime secondaire sont minces et aucun d'eux n'est assez solide pour tenir devant un tribunal, rappelle également Alec.
- Pas d'arme du crime, pas d'empreintes, pas d'ADN, des victimes inconnues de nos fichiers… rien qui soit exploitable, complète Blake.
- Nana et moi avons eu beau balayer la zone à l'aide de drones, de jour comme de nuit, nous n'avons jamais rien détecté de suspect, rapporte Antoine.
- Un fantôme nous a transmis de nouvelles données, confie Heero, tout en rejoignant la table centrale.
En quelques mouvements tactiles fluides, il y fait apparaître plusieurs documents provenant de sources diverses.
- Ils ont retrouvé deux autres corps sur ce même site, s'informe ainsi Alec, tout en parcourant le rapport du légiste présenté sur l'un des écrans muraux. Pas de blessures défensives sur les bras ou sur les mains. Aucun signe qu'ils aient eu le temps de se débattre.
- Le larynx du premier a été écrasé…, commence Marc.
- … tandis que le second a eu les vertèbres C6 et C7 fracturées, poursuit Blake, causé soit par une chute, soit par un coup violent porté à la nuque.
- L'enquête peut redémarrer, conclut Heero.
- Alors… du coup… si c'est du domaine du possible, je préfère m'occuper de classer vos papiers, taper des rapports…, propose Duo.
En vain.
La mine grave, Heero vient poser sur son bureau une copie papier du dossier.
- Les trafiquants de drogue de ce quai utilisent également des enfants pour faire passer leurs marchandises, le renseigne-t-il. Que ce soit sur eux, ou en eux, précise-t-il.
Sans délais, Duo s'empare de l'affaire, résolu à s'en imprégner pour rattraper son retard et la connaître sur le bout des doigts.
- Vous avez fouillé les égouts ? s'enquiert-il tout en consultant brièvement les rapports mis à sa disposition. C'est la première chose qui me traverse l'esprit lorsque j'envisage de me cacher, de me rendre invisible aux radars des autorités, ou pour fuir une place sécurisée. Il se pourrait également que ces enfants y soient maintenus en captivité. Et si vos indices sont ténus, c'est parce que ces individus sont peut-être tués sous terre, avant d'être remontés à la surface.
- A l'époque des faits qui ont été portés à notre connaissance par le biais d'une première équipe preventers, nous avions entrepris de sonder le réseau souterrain, mais ça n'a rien donné, explique Alec.
- Il est bien trop vaste, dit Blake. On a perdu du temps et ça n'a aidé personne !
- Ces conduits d'évacuation mènent forcément quelque part, insiste Duo.
- Que te dicte ton instinct ? l'interroge Heero.
- La même chose que le tien, répond-il du tac au tac, perspicace. D'emprunter cette piste, à nouveau.
- Hn. Alec, trouve-nous une carte des égouts détaillée en concordance avec les rues, commande aussitôt Heero.
- C'est comme si c'était fait ! assure son agent.
Pendant ce temps, Duo s'approche de la table centrale afin d'y mener quelques recherches.
- Ce serait trop facile, mais… à tout hasard… je voudrais vérifier si deux ou trois accès ne seraient pas fermés pour travaux de maintenance… voire carrément condamnés.
- Nous avions également suivi cette voie, l'informe Heero. Mais ne découvrant rien, nous en avions déduit que les trafiquants testaient notre capacité à les débusquer et à saisir leur logistique.
- Ils font montre d'une prudence extrême, renchérit Antoine.
- Depuis, de l'eau a coulé sous les ponts et ils doivent se sentir intouchables, avance Duo. Le moment nous est enfin devenu propice…
- Hn.
- Bingo ! se félicite Duo, ayant touché au but.
- J'ai la carte et réservé l'équipement nécessaire, annonce Alec, peu après.
Comme Do n'a pas encore eu le temps d'appréhender tous les aspects du dossier, l'équipe d'Heero se fait un devoir de lui récapituler chronologiquement les différents éléments de l'affaire…
•
A l'heure du goûter,
au Preventers Help de Sakai…
•
Les mains moites et le cœur martelant furieusement son thorax, Duo plie et déplie sa lettre jusqu'à ce que les enfants, Heero et lui parviennent au bureau d'accueil.
- Bonjour, les salue Estelle.
Elle apparait toujours souriante et disponible, bien qu'elle soit très occupée et très demandée : un dossier, un bobo, un doudou égaré, ou pour un gros câlin, Estelle est la « mama » de l'hôpital.
- Bonjour, Estelle, répond Duo. Pourrais-tu transmettre ceci à Kimo Maxwell, s'il-te-plaît ? demande-t-il en glissant la lettre sur le comptoir.
- Ce sera fait, assure-t-elle, après avoir discrètement consulté du regard le Colonel Yuy.
- Merci.
- Vous venez tous voir Maurice ? s'enquiert-elle.
- Oui, répond Daniel. On en a parlé, Akane et moi, et je veux lui présenter ma sœur et mes papas.
Akane renforce son propos par un hochement de tête.
- Je suis certaine que Maurice va les adorer, certifie-t-elle en adressant un clin d'œil aux enfants.
- Estelle ! l'appelle-t-on.
- Je viens ! prévient-elle. Bonne visite, mes petits.
- Merciii ! répondent les enfants d'une même voix fluette.
Les deux hommes, quant à eux, lui adressent un signe de tête élégant.
- C'est quoi ? Daniel interroge-t-il ensuite son daddy.
Sa sœur et lui trottinent aux côtés de leurs pères, tandis qu'ils se dirigent vers la chambre de Maurice.
- Quoi donc ? demande Duo.
- Ce que tu as donné à Estelle…
- J'adresse un petit mot à l'une de mes anciennes connaissances.
Il croit en avoir terminé avec cet épisode, quand Daniel s'efforce, au contraire, d'en savoir plus long.
- Il s'appelle Maxwell, lui aussi ? se souvient-il.
- Oui, confirme le natté. Kimo est comme un frère pour moi. Nous nous sommes perdus de vue lorsque nous étions enfants et… depuis… nos vies ont pris des chemins différents et…
Il laisse la fin de sa phrase en suspens, ne sachant plus comment la compléter, le regard dans le vague.
- Et ? insiste son fils.
- Je te promets de tout t'expliquer, mais plus tard.
Voyant Daniel sur le point de rebondir, Heero décide d'intervenir.
- Plus tard, petit guerrier.
Daniel tourne alors la tête et croise son regard.
- Okay, accepte-t-il.
- On est arrivé, annonce le natté. Akane, mon ange… Tu peux encore changer d'avis.
- Je veux venir, confirme-t-elle en attrapant la main de son frère.
Lequel la presse en retour, bien heureux que sa sœur désire toujours l'accompagner.
- Bien. Dans ce cas, allons-y !
Duo toque donc à la porte et l'ouvre presque aussitôt.
- Maurice ? l'appelle-t-il en tentant de murmurer tout en souhaitant se faire entendre de manière audible.
- Entrez… entrez, les invite Maurice.
La famille Yuy au grand complet s'exécute, sous le regard ébahi du souffreteux.
- Bonjour, Maurice, le salue aimablement Heero.
- Mon Colonel, articule-t-il.
- Je vous présente notre fille, Akane.
- Bonjour, Maurice ! dit-elle.
- Bienvenue à toi… jeune fille, répond Maurice, avant de porter son attention sur son fils.
- Salut ! lance Daniel, tout sourire.
Il est si fier d'être en présence de ses pères d'adoption et de sa sœur !
- Akane et toi… avez passé une bonne journée ? s'enquiert Maurice.
- Oui ! répond simplement Daniel. Tu veux qu'on te la raconte ?
- J'adorerai, assure-t-il.
Désireux d'offrir à Maurice une fin de vie la plus heureuse et la plus chaleureuse possible, Heero et Duo se retirent au fond de la chambre, laissant les enfants s'installer au plus près du malade.
Duo se réjouit de voir Daniel et Akane évoluer en un tandem harmonieux. A leurs grands gestes, il devine qu'ils racontent l'aventure de leur dernière sortie scolaire, laquelle leur a donné l'opportunité de monter à bord d'une montgolfière. Maurice, quant à lui, semble conquis par cette jeunesse prometteuse et sourit à s'en décrocher la mâchoire.
- Regarde-le, dit Duo en poussant Heero du coude, tout en faisant un geste en direction de Maurice.
Cela, bien qu'Heero soit tout autant absorbé par la scène qui s'offre à eux.
- Il ne peut même pas en placer une ! poursuit le natté, rieur.
Heero sourit en retour, le visage illuminé d'un bonheur simple, sans fioritures.
Rapidement, les minutes s'égrainent et laissent peu à peu place à d'autres préoccupations intérieures…
Remarquant l'air absent et soucieux de son compagnon, Heero en vient naturellement à le rassurer.
- Trowa fera en sorte qu'il la lise, garantit-il, perspicace au sujet de la lettre.
Sortant de ses pensées, Duo tourne la tête vers son preventer.
- Tu autorises Kimo à me répondre ?
- Grand bien lui fasse.
Interpellé par la façon dont il lui a répondu – tant par la tonalité de sa voix, que par les mots choisis - Duo fronce les sourcils.
- Si… par miracle… il décidait de m'écrire en retour… Intercepterais-tu sa lettre ? se renseigne-t-il.
Heero s'arrache à la contemplation de leurs enfants pour tourner son visage vers lui, afin de soutenir son regard. Il n'est pas dans sa nature de jouer double-jeu et il a toujours eu l'intention de mettre cartes sur table avec Duo.
- Oui, répond-il donc sans détour.
Attristé et un peu en colère, Duo détourne son regard. Il connait les raisons qui poussent son preventer à prendre autant de précautions et lui-même n'est pas en mesure de lui garantir de supporter une nouvelle confrontation avec Kimo ; qu'elle soit orale ou écrite.
Redoutant que le malaise survenu ne s'installe longuement entre eux, Heero vient poser sa main sur celle de Duo, laquelle repose nonchalamment sur sa cuisse.
Sur le moment, Duo se tend et refuse cette douce étreinte… mais cela ne dure pas. Il a tôt fait d'entrelacer ses doigts à ceux de son élu.
- Ça fait mal, murmure le natté.
- Pardon, s'excuse sincèrement Heero.
- Ce n'est pas ta faute, assure-t-il en lâchant un soupir de lassitude. Tu cherches seulement à nous protéger, tous.
Heero ne trouve rien à répondre. Et même s'il avait dû relever sa remarque, son élan aurait été stoppé net par les coups soudainement portés à la porte de la chambre.
Là encore, il n'a pas le temps de se manifester que Maurice s'empresse d'inviter le nouveau venu.
- Bonjour, Monsieur Bailey, articule une femme, en entrant.
Élancée et élégamment vêtue, elle gagnerait à moderniser sa garde-robe, un brin trop classique pour son âge. Proche de la quarantaine, elle paraît pourtant faire dix ans de moins, alors que son accoutrement lui en donne dix de plus.
- Salutations, Monsieur Bailey, formule un jeune homme.
Se tenant aux côtés de la femme, celui-ci tient nerveusement un dossier à sangles sous le bras. Heero et Duo devinent sans mal qu'il tente de se vieillir, afin de se crédibiliser aux yeux des autres, en employant des termes un brin vieillot.
*Sur ce point, au moins, ces deux-là s'accordent merveilleusement !* semblent se transmettre d'un regard, Heero et Duo.
- Je vous attendais, fait remarquer Maurice, tout en invitant d'un hochement de tête le Colonel et son compagnon à venir les rejoindre.
Comme Maurice s'apprête à faire les présentations, Duo intervient pour couper court à son entreprise.
- Inutile de te fatiguer. Ton souffle est précieux, Maurice. 'ro et moi pouvons parfaitement nous présenter nous-mêmes.
- Colonel Heero Yuy, décline-t-il son identité, face aux deux inconnus.
- Duo Maxwell, l'imite le natté.
- Je vois que nous sommes au grand complet, annonce mystérieusement la femme, avant de tendre la main. Je suis Maître Joly de l'Office notarial Jutô.
- Vous êtes notaire ? demande Duo.
Il ne serait pas plus surpris de la trouver là que s'il tombait nez-à-nez avec le Père Noël faisant sa tournée des cheminées en plein mois d'août.
- Selon toute vraisemblance, répond-elle avec un grand sourire.
Comme le jeune homme donne l'impression de vivre un dilemme existentiel quant à décider s'il doit se présenter tout de suite ou plus tard, Heero l'incite à s'exécuter séance tenante en lui lançant un regard qu'il juge des plus explicites… mais qui, à l'inverse de l'effet souhaité, déstabilise davantage le nouveau venu.
- Vous êtes ? Heero l'interroge-t-il donc, de son autorité naturelle.
- Charles Dubois, assistant social, pour vous servir, Messieurs, obtempère-t-il avec empressement.
Dans un mouvement de panique, Daniel vient s'agripper à Duo de toutes ses forces tandis que le sourire affable de ce dernier s'évapore instantanément.
- Essayes, ne serait-ce que d'imaginer toucher à un cheveu de mon fils et je te fais bouffer ta sacoche, doublure comprise ! s'emporte-t-il, avant qu'Heero ne le stoppe en posant une main ferme sur son épaule.
Dès lors, tous les regards convergent vers le natté, les corps figés par un tel niveau d'agressivité.
- Ce n'est pas… ce que vous croyez, se hâte de clarifier Maurice. Maître… voulez-vous bien sortir les papiers… s'il-vous-plaît ?
La femme obéit de bonne grâce et soumet rapidement l'un des trois exemplaires à Duo et Heero. Duo étant trop nerveux pour se concentrer sur ce bloc de feuilles prometteuses d'ennui, c'est Heero qui s'y colle.
- Alors ? veut savoir le natté, le regard rivé sur l'assistant social. On commence par la bride ou la boucle ?
- Duo ! le prévient Heero.
Doucement, mais sûrement.
- Nous sommes ici pour le bien de chacun, tente Charles, non sans déglutir.
- Votre notion du bien n'est pas la mienne ! se rebiffe Duo.
- Cette fois-ci, ça l'est, tranche Heero.
Duo libère du regard l'assistant social pour se concentrer sur son compagnon.
- Maurice nous a nommé comme tuteurs légaux de Daniel, révèle Heero.
- Tu es déjà son tuteur légal, souligne Duo, peu amène.
- Toi, tu ne l'étais pas encore. Pas au sens légal du terme.
Un instant, le monde semble s'arrêter et les choses échapper à la loi de l'apesanteur.
- Hein ? lâche peu élégamment Duo.
- Daniel devient légalement et officiellement notre fils, précise Heero.
- A moi aussi ?
- Hn.
- Mais je suis…, commence-t-il.
Avant de s'interrompre. Il ne souhaite pas prononcer ce mots-là devant la notaire et l'assistant social, même s'ils sont probablement au courant de son statut de détenu. Aussi, il compte sur Heero pour lire dans son esprit.
- Tu es son daddy, termine Heero pour lui. Signe ici, indique-t-il ensuite, simplement.
Mais contre toute attente, Duo ne se précipite pas à apposer sa signature. Les yeux embués de larmes, il n'arrive pas à croire que leur rêve, à Daniel et lui, se réalise enfin. Que plus jamais personne ne pourra les menacer de les séparer…
Interprétant mal sa réaction, Daniel s'inquiète plutôt de son immobilité extraordinaire et tire sur sa manche, avant de lui prendre la main pour l'attirer davantage vers lui.
- Signe, dad ! le supplie-t-il instamment. S'il-te-plaît…
Pour leur prêter main forte, Akane vient glisser un stylo entre les doigts du natté.
- Siiiigne ! lui commande les enfants, d'une même voix.
Ainsi extirpé de sa stupeur, Duo se hâte enfin d'aller prendre appui sur l'assise d'une chaise afin de parafer chacune des feuilles des trois exemplaires du contrat, en plus de sa signature en bas de la dernière.
Une fois cet acte accompli, Daniel sautille jusqu'à Maurice pour lui planter un gros baiser sur la joue.
- Merci, Maurice ! dit-il, fou de joie.
- C'est la seule façon que j'ai trouvé… pour… réparer mes torts.
Son fils continue de lui sourire, les yeux brillant d'un bonheur extatique.
De son côté, Duo se sent un peu bête.
- Je suis sincèrement désolé de vous avoir malmené… Charles.
- J'ai cru comprendre que vous teniez beaucoup à Daniel.
- Oui… Mais du coup… vous êtes là pourquoi ?
- Je suis ici dans le but de me porter garant de votre sérieux et de votre stabilité comportementale.
Un ange passe !
Quand soudain, Heero se met à rire. Véritablement hilare, il rit de plus en plus fort, bientôt rejoint par les enfants ; ces derniers n'ayant rien compris à l'allusion et ne riant que pour le plaisir de suivre leur père.
Dans l'espoir d'ignorer la taquinerie tendre, mais horripilante, de son compagnon, Duo se racle la gorge.
- J'imagine que votre opinion sur moi est définitivement formée et que rien de ce que je pourrais dire ou faire ne vous ferait changer d'avis ?
- En effet, confirme l'assistant social.
Se faisant, il interrompt efficacement l'interlude du preventer, lequel l'interroge à nouveau d'un regard pesant.
- Vous me semblez soucieux de votre petit garçon, reprend Charles. Et le nombre impressionnant de témoignages élogieux en votre faveur me fait dire que vous êtes une personne de confiance. Que vous laissiez un étranger s'emparer de votre enfant sans sourciller m'aurait… inquiété.
- Okay, articule Duo, rassuré. Écoutez, je tiens à m'excuser pour mon comportement.
- Excuses acceptées.
- Merci. Vous parliez de témoignages élogieux en ma faveur ?
- C'est exact. Votre dossier comprend celui du très respectable Quatre Raberba Winner. Celui de son mari, le Colonel Trowa Barton. Et ceux des agents spéciaux du Colonel Yuy : les Capitaines Alec Bowers, Marc Guérin et Blake McGuire, ainsi que les Lieutenants Antoine Faure et Nanako Gotô. Sans oublier la lettre de recommandation manuscrite de l'Administrateur Chang Wufeï. Cependant, toutes ces personnes font partie de votre environnement depuis peu et nous tenions à remonter plus loin dans votre histoire, à Daniel et vous. Avec l'autorisation et l'appui de l'Administrateur Chang, nous avons donc pu mener notre propre enquête avec l'aide des services sociaux de San Francisco. Rapidement, de nombreux témoignages spontanés nous sont parvenus : de la part de vos anciens voisins, des commerçants, des anciens professeurs de Daniel. Plusieurs dizaines de lettres nous ont été adressées.
- Ah, quand même ! lâche Duo, impressionné et secrètement ému d'être porté en si haute estime.
- Les enfants du quartier dont vous vous occupiez manifestement ont également tenu à nous raconter tout ce que vous faisiez pour eux : leur préparer le goûter, voire les repas pour celles et ceux dont les parents étaient trop pauvres pour pouvoir subvenir à tous leurs besoins. L'achat de fournitures scolaires, de vêtements et de chaussures… Le fait que les Hauts dignitaires Preventers se portent garant nous tranquillise et nous protège, mais le résultat de notre enquête sur la façon dont vous meniez votre vie avant d'être arrêté nous informe clairement où vous placiez vos… ressources.
- C'est joliment formulé, merci.
- Je suis heureux… de savoir mon fils entre de bonnes mains, déclare Maurice.
- Soyez assuré de notre volonté infaillible à lui donner tout ce dont il aura besoin, certifie Heero, alors occupé à signer les papiers.
- Certainement… mon Colonel.
- J'ai tout ce dont il me faut, annonce Maître Joly, rangeant les précieux documents avec un plaisir évident. Dès que Monsieur Dubois les aura co-signés à mon bureau, je vous ferai parvenir une copie par transporteur.
- A l'Agence d'Osaka, de préférence, demande Heero.
- Entendu. En ce qui me concerne et au regard de la loi, vous êtes à présent les tuteurs légaux de Daniel Bailey.
- Merci, parvient à dire Duo, la gorge serrée par un afflux d'émotion.
Souriants, les deux représentants ne s'éternisent pas plus et prennent congés d'eux.
- Maurice…, commence Duo en se tournant vers lui.
- Vous l'avez éduqué, le coupe-t-il. Nourri, protégé, choyé… Je vous dois la survie et la vie… de mon fils, Duo. De notre fils…
Désormais trop bouleversé pour poursuivre cet échange, Duo se contente d'opiner du chef tout en réclamant un câlin de la part des enfants.
- Je vous aime tant, mes trésors.
- Je t'aime, dad ! clame Daniel.
- Est-ce que je peux t'appeler daddy, moi aussi ? murmure Akane à son oreille.
- Ma tourterelle, rien ne t'oblige à…
- Je sais, mais j'en ai envie, l'interrompt-elle, sûre d'elle et de son désir. Daniel et moi en avons discuté et il est d'accord.
Elle prend le temps de jeter un coup d'œil à son père, avant de reprendre.
- Papa l'est aussi, déchiffre-t-elle sans mal.
- J'en serai honoré, ma petite fleur des îles, accepte le natté avec une émotion redoublée.
- De toute façon, elle t'appelle déjà comme ça devant ses copines, rapporte Daniel.
- Vraiment ? demande Heero.
- Si on s'en rapporte aux faits, Duo est déjà comme mon daddy, se justifie-t-elle.
- Bah, de toute façon, Duo est un daddy ! conclut Daniel, ne voyant pas ce que son père pourrait être d'autre qu'un père.
Ce qui a au moins le mérite de faire rire Maurice. Une joie qui contribue à détendre les traits de son visage et à sublimer sa sérénité retrouvée…
•
La fin de journée passe vite. Celle-ci s'est merveilleusement déroulée et permet d'entamer un nouveau chapitre de leur vie à tous. Mais sur le chemin du retour, Daniel est si absorbé dans ses pensées qu'il semble méditer un théorème…
- Tout va bien, mon lapin ? veut s'assurer Duo.
Il pivote sur son siège passager avant, afin qu'il lui soit plus aisé d'observer son fils, installé à l'arrière avec sa sœur.
- Oui, confirme-t-il simplement, d'un air rêveur.
Duo n'insiste pas. Il voit bien que Daniel ne souhaite pas communiquer sur ce qui le préoccupe.
Pas maintenant.
•
Pendant ce temps…
•
Toc toc toc !
- Je vous en prie, entrez ! Shawn invite-t-il son visiteur inconnu.
Il se doute que ça ne peut pas être son frère, puisque Blake ne prend jamais la peine de frapper. Intrigué, il observe la porte s'ouvrir, en douceur, pour laisser place à un homme qu'il n'a encore jamais rencontré en personne, mais qu'il a eu tout le loisir de contempler en photo sur certains magazines financiers.
C'est donc les yeux ronds que Shawn l'accueille depuis son lit, ne sachant plus comment se positionner pour faire montre du respect dont Quatre Raberba Winner peut se prévaloir.
- Bonjour, Monsieur Winner. Je suis enchanté de vous rencontrer.
- Tout le plaisir est pour moi, assure Quatre en venant lui serrer la main.
Un instant, Shawn est saisi par le sourire lumineux de l'héritier. Quelle étrangeté de voir tant d'affabilité sur les traits d'un homme d'affaires milliardaire réputé si exigeant ; un visage amène que Shawn lui renvoie.
- Que me vaut l'honneur et le privilège de votre visite, Monsieur ?
- Vous semblez pris au dépourvu, remarque Quatre. Blake vous a-t-il prévenu de mon arrivée, comme il était convenu ?
- Non. Veuillez l'en excuser, il doit certainement être très pris par son travail.
- N'ayez crainte, je n'en suis pas fâché, affirme-t-il, désireux d'apaiser Shawn. Mais dans ce cas, comment m'avez-vous reconnu ?
- Étudier le monde de la finance faisait partie de mon enseignement, explique-t-il. Masanaga désirait s'entretenir avec moi sur toutes sortes de sujets et ne supportait pas que je ne puisse suivre ses conversations.
- Je vois…
- Les circonstances de mon éducation sont malheureuses, mais j'ai malgré tout pu apprendre et comprendre une partie du monde qui nous entoure et me forger mes propres opinions.
- C'est tout à votre honneur, Shawn. Je viens ici dans le but de vous entretenir à ce sujet… Accepteriez-vous de m'accorder un peu de votre temps ?
- Naturellement ! J'ai encore tant de choses à découvrir et votre expérience de vie est si riche… Vous êtes un grand philanthrope et je me passionne pour chacun des articles relatant vos prises de position.
Quatre lui offre un large sourire, tout à fait séduit par le personnage.
- Je suis moi-même très heureux d'être en votre compagnie. Mais avant d'entrer dans le vif du sujet, je souhaiterais vous demander s'il vous est envisageable de me tutoyer et de m'appeler par mon prénom ? Je connais bien l'unité du Colonel Yuy et votre frère fait dès lors partie de mon entourage.
- Vous méritez que l'on vous traite avec tous les égards dus à votre rang.
- Je suis bien né et ai la chance d'être prédisposé au monde des affaires, mais cela ne fait pas de moi un surhomme, Shawn. J'aimerais tant que tu vois en moi un ami, un confident… plutôt qu'un homme puissant et autoritaire. Je dois l'être par nécessité, mais mon moi profond est d'une grande sensibilité.
Il ne saurait mettre des mots sur ce qu'il ressent, mais Shawn est bouleversé par le discours de l'empathe.
- J'accède à votre requête, mais je ne vous cache pas que cela va m'être difficile de m'adapter à tant de familiarité vous concernant, le prévient-il avec émotion.
Quatre lui sourit derechef, touché par tant de prévenance et de pureté mêlées.
- Je te prédis un avenir brillant, Shawn, déclare-t-il. J'ai hâte que tu puisses sortir d'ici pour te présenter à la Cour.
- A la Cour ?
- C'est ainsi que les gens de la haute société nomment notre cercle de privilégiés.
- Je n'ai rien accompli qui mérite un tel passe-droit.
- Tu as au moins celui d'être honnête et crois-moi, cette qualité est plus précieuse et plus rare que tout l'or du monde.
Enfin, Shawn semble se détendre et lui rend son sourire.
- Je suis vaincu, capitule le jeune homme. Je t'accompagnerai bien volontiers. Mais je crains tout de même de te faire honte. Je n'ai que quelques connaissances théoriques et peu de pratiques… J'entends déjà fuser les quolibets !
- Ton esprit est relié à ton cœur et à ton âme, l'encourage l'empathe. Tu es tout ce dont la Cour a besoin.
Troublé et fortement ému, Shawn sent une larme perler au coin de l'œil.
- Blake ! s'écrit-il soudain. Il m'a affirmé qu'il poserait sa demande de mutation, ce matin-même.
- Ne t'inquiète plus, le rassure Quatre. Heero aura tôt fait de la réduire en miettes.
- Mon frère n'a pas le droit de disposer de sa vie professionnelle ? dramatise-t-il la situation.
- Je comprends l'effet que peut produire les décisions arbitraires du Colonel Yuy, mais ne te laisse pas happer par le piège des conclusions hâtives. Elles sont la résultante des apparences trompeuses et portent préjudice aux bons éléments de nos sociétés.
Aussitôt, Shawn acquiesce et regagne en sérénité.
- Saches que c'est sur l'inspiration d'Heero et de son compagnon, Duo, que je me tiens devant toi, aujourd'hui, et porte ce beau projet.
- J'aimerai beaucoup leur rendre visite à l'Agence et les remercier de vive voix.
- Je t'y emmènerai avec grand plaisir. Je pense qu'ils t'attendent tous avec impatience.
- Vraiment ?
- Blake a dû te le dire. L'unité d'Heero forme une famille très unie.
- Non, il ne m'en a rien dit, confie-t-il d'un air pensif. Blake a toujours eu cette fâcheuse tendance à me surprotéger. Je me souviens qu'il en oubliait même de manger.
- Je ne remets pas en cause votre lien, mais… éprouverais-tu quelques réticences à lui livrer certaines de tes préoccupations ?
- J'ai moi-même peur de le décevoir, avoue-t-il, sans détours.
- Tu aimes la compagnie de tes pareils, je me trompe ? le questionne doucement l'empathe, avec le plus grand tact.
- Je réfléchissais encore à la façon dont j'allais le lui annoncer, le jour de mon enlèvement.
- Me crois-tu lorsque je te certifie que ton frère est prêt à tout entendre ?
Méditatif, Shawn se permet de dévisager ouvertement l'homme face à lui.
- Merci de m'accorder tant d'importance, finit-il par déclarer. Bien plus que je n'en ai en réalité. Je n'ai pas encore découvert toutes les raisons pour lesquelles tu consens à m'aider, mais je suis touché par ta générosité d'âme… Quatre.
L'empathe se rapproche alors de Shawn, jusqu'à ce qu'il soit en mesure de lui presser la main.
- Première leçon : ne jamais idéaliser la réussite d'autrui, l'instruit-il humblement.
Shawn se met à rire avec la retenue qui le caractérise et se dit qu'il ne pouvait espérer vivre plus grande joie – en dehors de ses retrouvailles avec son frère - après une période de si grand malheur…
•
Au même moment,
non loin de là…
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Toc-toc-toc toc !
- J'suis pas là ! s'écrie rageusement Kimo. Foutez-moi la paix ! Merde !
Le Colonel Barton entre pour atterrir dans une pièce plongée dans l'obscurité.
- C'est moi, Trowa, s'annonce-t-il.
Il presse l'un des interrupteurs disposés sur la face interne du mur de l'entrée, afin d'actionner les volets roulants.
- C'est aussi valable pour toi, Trowa ! lui jette-t-il à la figure, alors que la lumière du jour chasse progressivement l'ombre de la pièce.
L'agent d'élite, loin de s'offusquer, s'avance jusqu'au centre de la chambre à la recherche de son détenu.
- Fort heureusement, ce n'est pas à toi de décider de mes droits sur toi.
- Tu commences à me courir sur le haricot !
Guider par le son de sa voix et par ses invectives, Trowa finit par le trouver, dissimulé derrière la tête de son lit. Assis à même le sol, les bras entourant ses genoux repliés contre son torse, Kimo fait mine d'ignorer le preventer.
- Le Colonel Yuy m'envoie causer avec toi de…, commence ce dernier en venant se positionner devant lui, à croupetons.
- C'est qui celui-là ? l'interrompt-il abruptement.
- Heero Yuy est l'agent de probation de ton frère et accessoirement, son compagnon.
- …
- Duo a négocié et obtenu que ce soit moi qui vienne te parler, plutôt que le Colonel.
- Pourquoi ? Qu'a-t-il de si effrayant ? demande-t-il en lui destinant un regard insolent.
- Tu as causé du tort à son élu, le renseigne Trowa, d'un ton grave. Il vaudrait mieux pour toi que tu ne le rencontres pas dans cette circonstance, le prévient-il, ensuite.
Cette fois-ci, Kimo a la décence de déglutir.
- De toute façon, j'ai déjà tout dit à ce fils de…, commence-t-il.
Avant de s'interrompre devant le regard flamboyant de son agent de probation.
- De toute façon, Heero a programmé ton bracelet numérique afin de t'empêcher de t'approcher à nouveau de Duo.
Frustré, une fois de plus, Kimo serre les poings.
- Estelle t'a-t-elle déjà transmis la lettre que Duo t'a adressée ? s'enquiert Trowa.
- Parce que tu crois sincèrement que je lirai un torchon pareil ?
La coupe est pleine.
- Solo a massacré votre famille, déclare le preventer, sans plus de cérémonie.
- Tu mens ! l'accuse Kimo, le cœur battant.
- Il est l'unique commanditaire et meurtrier.
- Tais-toi !
- Il voulait garder Duo pour lui tout seul.
- La ferme !
- Seulement, il fallait que tu restes en vie, les premiers temps, afin que Duo accepte de suivre Solo.
La respiration chaotique, Kimo se passe durement les mains sur le visage en secouant la tête.
- Solo savait que Duo ne se destinait qu'à subvenir aux besoins de votre famille. Redevenu orphelin, Solo a su prédire que Duo ne se soucierait plus que de toi. Toi qui vouais un véritable culte à Solo et le suivais partout, comme son ombre. Il a rapidement dû s'apercevoir de ton adoration pour sa personne et voir le parti qu'il pouvait tirer de votre situation, à tous les trois.
Le regard voilé par ses larmes contenues, Kimo se met à trembler de tout son être.
- Si Solo t'a épargné cette nuit-là, c'est uniquement dans le but de convaincre Duo de rester avec lui. S'il ne t'a pas tué, par la suite, c'est uniquement dans le but de se servir de toi comme d'un placebo grimé à l'effigie de son idéal masculin : Duo.
Pris de sanglots convulsifs, Kimo plaque ses mains sur sa bouche dans l'espoir de les étouffer.
- M'est avis que Solo espérait que Duo parte à votre recherche. Ce que Duo aurait sans doute entreprit, s'il ne vous croyait pas tous mort. Dans tous les cas, il n'a jamais fomenté de complots contre toi et s'est toujours consacré à votre bonheur à tous. Il t'a vu inerte, ensanglanté et étendu sur le corps du Père David. Tous avaient la gorge tranchée et Solo a bêtement trébuché, la gorge rougie par le sang de vos proches… Il ne t'a pas abandonné, Kimo. Duo a cru, dur comme fer, ce qu'il a vu de ses yeux d'enfant, assène-t-il.
Submergé par l'émotion, Kimo se prend la tête entre ses mains.
- Je veux le revoir, finit-il par quémander d'une voix tremblotante.
- Heero refusera ta requête. Tes mots ont fait trop de mal…
- Je t'en supplie ! Trowa, aide-moi !
- Personne ne peut rien contre la décision du Colonel Yuy. Sois patient et reformule ta demande quand les choses se seront tassées.
Désespéré, Kimo fond en larmes ; inconsolable.
- Je regrette, je regrette, je regrette !
Toc toc toc !
- Entrez, autorise le Colonel.
L'infirmière s'exécute.
- Du courrier pour Kimo Maxwell ! annonce-t-elle avec enthousiasme.
Trowa se lève pour la rejoindre et prendre la lettre.
- Merci.
- Au plaisir !
Elle referme la porte derrière elle, sans avoir vu Kimo, toujours dissimulé par le lit.
Sans perdre de temps, Trowa revient vers son détenu, lettre en main.
- Donne-la-moi ! exige maladroitement Kimo. S'il-te-plaît, ajoute-t-il ensuite, d'un ton radoucit.
- Mm.
Kimo s'empresse alors de sécher ses larmes, afin de pouvoir lire les mots de son frère.
« Kim,
J'aurais tant aimé commencer ma lettre par « mon cher frère »…
Mais je ne m'en sens pas le droit, plus depuis cette nuit-là. Tu dois probablement me maudire et amèrement regretter d'avoir croisé mon chemin. Je le conçois aisément. Naturellement, je te demande pardon pour tout le mal que je t'ai fait, même indirectement, et bien entendu, je ne m'attends pas à être pardonné et ne pense pas mériter ta sympathie. Tu m'as demandé de payer mes crimes de ma vie… Saches que j'ai maudit la vie d'avoir dû survivre à votre mort à tous et peut-être t'aurais-je donné satisfaction si je n'avais pas charge d'âmes, à présent…
J'espère que tu te plairas, ici, et que tu trouveras de vrais amis sur lesquels tu puisses compter.
Tu ne me croiras certainement plus, mais je t'aime.
Je t'aime infiniment.
Je te souhaite d'être le plus heureux des hommes. Toi, plus qu'aucun autre.
Duo »
Penaud et pleurant de nouveau à chaudes larmes, Kimo caresse le papier de ses mains tremblantes en suivant les courbes de l'écriture de son frère, ému par sa volonté constante et inchangée de le protéger, malgré les mots cruels qu'il a eu pour lui.
Anéanti, Kimo ne se sent plus la force de rien, pas même celle de supporter le poids de son propre corps.
- Je… je lui ai dit qu'il devait mourir pour ce que Solo m'avait fait subir à cause de lui, avoue-t-il confusément. Je lui ai dit que les gens mourraient à cause de lui, je lui ai dit de mourir, Trowa. Je lui ai dit d'aller mourir dans un coin.
Compatissant, Trowa vient doucement l'empoigner par les épaules.
- Appuies-toi sur moi, le soutient-il.
Mais dès l'instant où Kimo se tient sur ses deux jambes, il est assailli par de violentes nausées, lesquelles le mènent tout droit à ses toilettes.
Pendant ce temps, Trowa consulte son communicateur portatif ; il est certain d'y trouver un message écrit de la part de son ami, Heero.
« Mission ? » s'enquiert effectivement le Colonel Yuy.
« Accomplie » répond le Colonel Barton.
Trowa décide néanmoins de rester encore un peu. L'état de Kimo l'inquiète et il veut éviter que le jeune homme en vienne à se punir.
- Kimo ? l'appelle-t-il d'ailleurs à travers la porte de la salle d'eau.
N'obtenant aucune réponse, Trowa réitère avec plus de fermeté.
- Kimo !
- J'suis toujours là, signale-t-il d'une voix faible et en ouvrant la porte.
- Va prendre une douche et rejoins-moi, ensuite.
- Où ?
- Ici. Je nous commande de quoi manger…
- Tu vas rester avec moi, ici ?
- Mm.
- Et que va en penser ton mari ? l'interroge-t-il en désignant son alliance du menton.
- Pas de ça entre nous ! stoppe-t-il son accès de jalousie.
- Désolé… Je fais vraiment tout de travers ! se déprécie-t-il en baissant le regard.
- Tu finiras par trouver ta place, garantit Trowa. Ce n'est qu'une question de temps.
N'y croyant pas vraiment, Kimo parvient à articuler quelques mots, les yeux baignés de larmes.
- Tu es si gentil avec moi…
- Tu as du cœur, Kimo. Je ne te le laisserai pas tomber.
Bouleversé, son détenu s'essuie les joues mouillées de larmes.
- Je mérite pas ton amitié et je n'ai rien à offrir en retour, mais… merci.
- Prends une douche chaude, lui recommande-t-il à nouveau et pour toute réponse. Je nous commande une pizza.
- Sans anchois ! s'empresse-t-il de préciser.
Trowa lui sourit.
- Sans anchois, confirme-t-il.
•
En début de soirée, le Preventer Barton doit se résoudre à le laisser seul.
- Duo a très envie de te revoir, dévoile-t-il soudainement, sur le seuil.
Il lui semble indispensable de susciter l'espoir, s'il ne veut pas que Kimo soit terrassé par son chagrin.
De son côté, le cœur de Kimo rate un battement, avant de repartir en trombe.
- Mais, tu m'as dit que…
- Le Colonel Yuy s'opposera à vos retrouvailles durant un certain temps, mais je peux te certifier que Duo et toi vous reverrez, tôt ou tard.
La gorge nouée par un afflux d'émotion, Kimo acquiesce en hochant la tête.
- Tu penses pouvoir tenir le coup jusque-là ? s'enquiert Trowa.
- Je lui dois bien ça, après tout ce que je lui fais subir.
- Il ne t'en veut absolument pas.
- Moi, je m'en veux !
Souhaitant sincèrement que le frère de Duo remonte la pente, Trowa lui ouvre les bras en une invitation à partager une longue et chaleureuse étreinte ; une invitation inespérée à laquelle Kimo répond sans se faire prier.
- Prends soin de toi, Kimo, lui recommande le preventer, en lui frottant le dos. Tu ne voudrais pas que Duo te voie dans un état pareil ?
Kimo parvient à hausser les épaules, tout en reniflant joliment.
- Tu pourrais… me donner de ses nouvelles ?
- Je le peux.
- Merci… Oh ! Et tu pourrais lui dire que je… que tout ça n'est pas… que je ne savais pas…
- J'ai saisi, l'interrompt doucement Trowa.
De lui-même, Kimo met fin à leur tendre échange, au grand étonnement du preventer.
- Ta famille doit t'attendre impatiemment, explique Kimo, d'un air souffrant.
- Tu finiras par retrouver la tienne en la personne de Duo et surtout, si tu t'en donnes les moyens, tu pourras construire ton propre foyer. Écrire ta propre histoire.
- L'espoir fait vivre ! lance-t-il, avant d'esquisser un faible sourire en coin.
Trowa le scrute encore un instant, afin de s'assurer que Kimo continuera de vivre dans l'espoir de renouer les liens avec son frère… puis s'éloigne.
Mais d'ici là…
Kimo ne supporte plus ce silence oppressant dans sa chambre, preuve qu'il y demeure seul. Un comble pour lui qui déteste tant la solitude !
Un silence si persistant qu'il semble l'accuser de tous les maux du genre humain…
Assis sur son lit, les poings serrés sur ses cuisses, il tente de résister à l'appel de la nuit ; en vain.
Tourmenté, il se lève d'un bond comme si une aiguille l'avait piqué au séant, puis décroche sa veste et plutôt que de simplement sortir pour prendre l'air…
… il s'enfuit du Preventers Help, disparaissant dans la nuit…
À suivre…
Note :
(A) : site officiel BMW France
•
Note de fin : encore un chapitre de vie difficile pour les frères Maxwell, mais qui permet de faire renaître l'espoir, d'offrir un second souffle à leur relation si brutalement interrompue. Un renouveau salvateur, certes, mais qui demande à être encadré…
Misaki, merci beaucoup pour ta review. T'imagines bien ! J'espère que ces confrontations-ci et celles à venir te séduiront. Pour les frères Maxwell, cela se déroule en deux étapes… Je n'en dis pas plus. Je trouve BicMan touchant, moi aussi, surtout lorsqu'il se sent désemparé, maladroit par rapport à son frère. Mais bon, je suis certainement trop impliquée pour être totalement objective lol
Un grand merci à vous toutes et tous de me lire chaque semaine…
Ma chère Lysanea, merci pour tout. Chères Misaki, Alinea63, Kat'anna et Tit0u86, prenez soin de vous et…
à la semaine prochaine !
Kisu
Yuy ღ
