.

Carte Noire,

un voleur nommé désir

.

Source : Gundam Wing AC

Auteure : Yuy

Bêta de lumière : Lysanea

Genre : yaoi, romance, policier et UA.

Disclamer : aucun des personnages ne m'appartient sauf Black Light, Kimo Lost/Maxwell dit « Le Joker », Scarlette, Jenna et John Johnson, Gale et l'Inspecteur Morris, Aideen dite « L'Irlandaise », Masanaga dit « Le Japonais du Sud », Joe Fisher, le Gardien du loft 781, Lionel et Jeff, Akane, Lieutenant Nanako Gotô, Yumi, Capitaine Marc Guérin, Capitaine Alec Bowers, Lieutenant Antoine Faure, Capitaine Blake McGuire, Agent spécial Kale, Jack Glade, Anita Stones, Faye Ship, Ito Li, Barbara Linardt, Stan et Shawn McGuire, Steve Harris, Akito, Towika, Eichi, les frères Studners, Commandant Giuliano Cortesi dit Elmo, Gasper, Rosy, Charles, Luca, Standford, Surk, Shin-ji, Estelle, Docteur Akeno, Antonio, Katrine, Vincent, Fernand Faure, Isabelle De la Forgerolle-Faure, Cure-dent, le Colonel Jackson, Maurice Bailey dit « le géniteur », Daniel Bailey, Freddy, Miss Lili, Phoebe, Jason Stich, Hakim, Stuck, Jackie, Jake MacCain, Sean Davis, Silvio, Rosy MacGarette, l'Agent spécial Tsuki, Vincent, Antonio, Alexandra, Steven, Kylian, Monsieur Fernot, Monsieur Boyer, Maître Joly, Charles Dubois, Hisa, Shunichi Abe, Kei, l'Agent Gere, Fuhito, le Colonel Patchak et l'Agent spécial Anaé Maeda…

Couples : Heero x Duo ; Trowa x Quatre

Note : Loin des yeux, près du cœur…

Lime

.

À Ly-chan, mon impérissable

et à tous les lecteurs

.

Bonne lecture !

.

19 – Baka

.

Au bord du Wando…

Invariablement, lorsque le ciel est ainsi dégagé, les bassins de la rivière Yodogawa brillent intensément sous l'effet des premiers rayons du soleil…

Sirotant son chocolat chaud, Duo aime se perdre dans l'éclat aveuglant de ce scintillement. D'ordinaire, Heero ne tarde jamais à le rejoindre en venant serrer étroitement son corps puissant contre le sien. Il l'enlace alors par derrière, puis pose son menton sur son épaule après lui avoir déposé un doux baiser dans le cou.

Mais pas ce matin.

Plus, depuis qu'il est parti en mission à des milliers de kilomètres de chez eux.

De lui et sans lui.

Toc-toc-toc… toc !

*Trowa* devine aussitôt Duo, au son de ce « toc » code.

Mug en main, il va ouvrir à son ami d'un pas tranquille…

- Salut, Tro'.

- Salut.

- Entre, fais comme chez toi, l'invite-t-il ensuite.

Il laisse à Trowa le soin de fermer la porte derrière lui, avant que ce dernier ne le rejoigne côté cuisine ; tout aussi silencieux que le reste de la maison.

- Les enfants dorment encore ? s'étonne Trowa, au vu de l'heure.

- Ils m'ont prouvé qu'ils sont capables de se préparer rapidement, alors je leur accorde une grosse demi-heure, confirme Duo en le conviant d'un geste à s'assoir autour de l'îlot central. Café ?

- Je ne dis pas non, accepte-t-il en se hissant souplement sur un haut tabouret.

C'est alors qu'il voit Duo sortir une cafetière à piston. Cela n'implique pas nécessairement qu'il doive moudre lui-même des grains de café, mais visiblement, Duo ne le conçoit pas autrement.

*Je ne crois pas avoir jamais vu Heero se servir d'un tel équipement* se remémore Trowa.

- Tu n'aimes pourtant pas le café, souligne-t-il à haute voix.

- Et alors ? 'ro en boit bien, lui.

- Alors ? répète-t-il. Heero ne peut en boire que lorsqu'il est certain qu'il n'aura pas l'occasion de t'embrasser.

Face au silence du natté, Trowa esquisse un grand sourire.

- Tu fournis tous ces efforts rien que pour moi, conclut-il avec plaisir.

- T'adores ça et Quat' et toi passez votre vie chez nous ! se défend Duo.

- Tu auras beau dire et te plaindre de nous pour tenter de faire diversion, je n'en reste pas moins stupéfait, déclare-t-il d'un ton pourtant placide.

- Bah, on dirait pas ! le raille le natté. Qu'est-ce que ça doit être quand t'es mort de rire…

- Je suis raide, sous-entend-il.

Duo lâche un rire bref.

- Je ne crois pas que tu te permettais ce genre d'allusion avec Relena.

- Ne crois pas ça, le détrompe-t-il. Elle pouvait se montrer bien moins pudique que nous. Cela dit, j'ai longtemps cru avoir côtoyé une des personnes les plus crispantes qui soient. Elle était formidable dans bien des domaines, mais elle pouvait se montrer très irritante, par moment.

- Qu'elle ait réussi à t'atteindre toi, c'est que ce devait être quelque chose. Une force de la nature, dans l'genre !

- Mm. Mais ça, c'était avant de te rencontrer, insinue-t-il.

Posant clairement Duo comme étant le roi des insupportables.

- Ha, ha, ha ! Mort de rire !

Imperturbable, le natté continue de préparer le café de son ami. Ayant le dos tourné, il offre à Trowa une vue imprenable sur le haut de son corps. Une lecture rapide de sa posture et de sa gestuelle révèle bien des choses, mais ce que Trowa retient surtout est la crispation de ses épaules, signe que Duo est excessivement soucieux.

- Tu travailles un produit que tu n'apprécies pas. Merci.

Duo hausse les épaules avec raideur, l'air de minimiser son investissement.

- C'est pas grand-chose.

- Mm.

- Comment va Quat' ? Je n'ai pas eu le temps de l'appeler, cette semaine.

- Bien.

- Maintenant que tu as recouvré la mémoire, ton cher et tendre peut de nouveau quitter la Première Région sans que l'Organisation y trouve à redire.

- Il est heureux de pouvoir retourner en R4, mais nous n'avons pas l'intention de déménager.

- Il accepte toujours d'être au service des Preventers ?

- Pleinement. Ça n'a jamais été une punition pour lui.

Le nouveau silence de Duo en dit long. Non pas qu'il revienne encore sur son faux départ avec l'Organisation, mais plutôt sur ce que le poste d'agent d'élite implique pour son compagnon. Pour lui. Et pour leurs enfants.

- Heero ne communique avec nous pendant ses missions longue duréeque lorsqu'il est certain de pouvoir sécuriser l'appel, l'informe Trowa.

Se permettant-là d'aborder ce qui préoccupe probablement le natté.

- Et c'est censé me rassurer ?

- Il n'est parti que depuis une semaine, souligne-t-il. La durée minimum de ses déplacements est de deux.

- Je ne comprends pas ! s'impatiente déjà Duo. N'y a-t-il donc que lui qui soit en mesure de remplir ce type de mission ?

- Le Colonel Patchak n'aurait pas appelé un agent d'élite si la situation n'échappait pas à tout contrôle. Et il n'aurait pas réclamé le soutien d'Heero si les circonstances n'exigeaient pas son intervention. T'imagines bien que ce genre d'individus ne met pas son orgueil de côté si facilement.

- J'm'en doute, ronchonne-t-il.

- Tu devais bien t'attendre à ce que cela arrive, un jour ou l'autre.

- Ça ne rend pas l'épreuve plus supportable pour autant.

Trowa le scrute avec une attention particulière, tandis que Duo finit par se tourner vers lui.

- Il y a autre chose qui te chagrine, détecte rapidement le colonel.

- On s'est disputé juste avant qu'il ne parte et je le regrette, avoue Duo, sans détour.

- Raconte…

Duo ne connaît Quatre et Trowa que depuis peu. Il ne saurait dire comment ni pourquoi il leur accorde une si grande confiance et pourtant, c'est une évidence : ils sont amis.

De grands amis.

Appuyer sur le rebord de l'évier, Duo n'hésite pas une seconde à se confier…

Début du flash-back

Une semaine plus tôt…

Serein, Duo termine de faire le tour des chambres et de la salle de bain afin de récupérer le linge sale qui traine depuis des jours. Une bassine pleine dans les bras, il se dirige à présent vers la buanderie où il choisit de lancer une lessive de blanc, d'abord, pour s'occuper du noir et de la couleur, ensuite. Ceci fait, il s'empare du sèche-linge pliable dans l'idée de le déployer sur la terrasse dallée…

- Autant profiter du beau temps ! se dit-il à voix haute.

Les enfants participant à une sortie scolaire jusqu'au soir, Duo saisit l'occasion d'être dispensé de la « vigilance-à-tout-instant » qu'exige son rôle de père pour faire un maximum de tâches ménagères.

Séchoir en main, il traverse le salon où Heero pianote inlassablement sur son clavier d'ordinateur portable tout en consultant régulièrement son communicateur portatif.

- T'as pas l'impression que je me tape tout, tout seul ? râle Duo, pour la forme.

- Tu as besoin d'aide ? demande Heero, sans détacher son regard de ses écrans.

- Non. Mais c'est une question de principe, de savoir-vivre !

Face au silence de son compagnon, Duo lâche un soupir tout en reprenant le cours de son activité.

Une fois le linge de la première lessive étendu au-dehors, le natté reparait dans le salon, un brin agacé par ce qu'il traduit comme étant le désintérêt d'Heero pour leur ménage.

- Marc a dit qu'il te préviendrait s'il se passait quelque chose de très très grave à l'Agence, lui rappelle Duo.

- Ce que je fais depuis ce matin n'est pas en rapport direct avec les affaires confiées à l'Agence d'Osaka, mais plus à voir avec ma position au sein de l'Organisation.

- Du genre ? l'interroge-t-il d'un air blasé, depuis la cuisine ouverte.

- Je m'apprête à partir en mission, annonce Heero, sans mesurer l'impact que cette nouvelle peut produire sur son amant.

Non pas qu'il le fasse délibérément. Loin de lui l'envie de blesser ou d'inquiéter son compagnon. Heero poursuit simplement la vie qu'il mène depuis qu'il est au service de l'Organisation ; rien que de très routinier, à ses yeux.

Derrière lui, Duo s'immobilise, la main sur la poignée du réfrigérateur américain.

- Toi, tout seul ? s'enquiert-il d'une voix qui se veut égale.

- Hn.

- Et ils t'envoient où, les « Dieux de l'Olympe » ? ironise-t-il, mordant à souhait.

- Baka.

Sur ce qui lui apparait comme étant une attaque injustifiée et humiliante, Duo choisit pour toutes représailles de garder le silence. Un mutisme lourd et pesant qu'Heero ne remarque que lorsqu'il finit par être déconcentré par le bruit incessant provenant de la cuisine.

Réalisant soudain qu'il est assis dos à cette partie-ci du séjour, Heero pivote à demi sur sa chaise afin d'observer la scène : le corps vibrant de colère, Duo continue effectivement de claquer les portes de placard et les ustensiles de cuisine sur le plan de travail. A un point tel qu'Heero en vient à se faire la réflexion qu'il n'imaginait pas possible de produire un tel vacarme avec si peu d'éléments à sa disposition.

D'abord plongé dans la perplexité la plus totale, Heero finit par percuter.

Désolé qu'un tel quiproquo se soit immiscé entre eux, le preventer se lève afin de rejoindre son compagnon.

- Baka…, commence-t-il.

- Je crois avoir compris ! se rebiffe Duo en repoussant sa tentative d'approche. Tu as été on ne peut plus clair, Heero. Merci bien !

- Proliv Baka, insiste-t-il pourtant, est le nom d'un lieu habité en Orenburgskaya Oblast, en Russie, parvient-il à terminer.

Furibond, Duo fait volte-face, armé d'une spatule en silicone orange vif.

- Tu pouvais pas l'dire dès le début ?

- Excuse-moi, je n'ai pas fait le rapprochement.

- Ah ouais ? Et tu la fais comment, toi, la distinction phonétique entre Baka et baka ? D'autant que ça ne te dérange pas des masses de me traiter d'idiot, de temps à autres !

- Jamais sans raison, se justifie maladroitement le preventer.

C'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase !

- Reprends tes vielles habitudes d'antan et fais comme si j'étais pas là !

- Duo…

Heero n'a pas le temps de se rattraper que son communicateur se met à biper. Pressé par cette urgence, le colonel doit se résoudre à quitter son compagnon sans avoir l'opportunité de se faire pardonner au préalable.

- Je dois y aller, le prévient-il à regret.

- Claque la porte en sortant ! s'emporte le natté, sous l'effet de la douleur qui lui tord l'estomac.

Bravant la colère brûlante de Duo, Heero se rapproche à nouveau de lui et se voit dans l'obligation de lui bloquer les poignets afin de pouvoir déposer un doux baiser à la commissure de ses lèvres.

- C'est un malentendu, mon amour, souligne-t-il avec une indulgence horripilante.

- Tu as tout fait pour qu'il s'installe ! l'accuse-t-il. A croire que tu avais préparé ton coup !

Le sourire qu'Heero lui adresse signifie clairement qu'il n'est pas dupe de sa mauvaise humeur et qu'ils finiront bien par s'entendre.

- Je t'aime.

Ces trois mots sont les dernières paroles d'Heero, avant son départ de la maison.

Rendu au silence du lieu, Duo se met à pleurer… les poings serrés.

- Baka ! ne peut-il s'empêcher de crier.

Il n'est pas sans connaître l'importance considérable qu'a Heero au sein de l'Organisation. Il sait par expérience que son preventer n'hésite pas à parcourir la planète afin d'effectuer les missions qu'il juge sensibles ; trop, pour être traitées à la légère. Pourtant, Duo subit une pression sans précédent.

Une pression nouvelle qui semble le bouleverser plus qu'elle ne le devrait…

Fin du flash-back

Trowa conçoit que cette configuration mine son ami, mais le niveau de contrariété du natté semble ne pas coller avec ce qu'il vient de lui rapporter.

- Ça m'a tout l'air d'un prétexte, analyse-t-il avec perspicacité.

Partagé entre l'agacement d'être manifestement aussi transparent aux yeux de certains et le soulagement d'être compris avec une telle clairvoyance, Duo verse le café brûlant dans une tasse en verre à double paroi.

- C'est quoi, le fond du problème ? l'interroge Trowa, tenace.

- Il m'a demandé en mariage, avoue-t-il.

Se faisant, il pose le breuvage devant Trowa, lequel l'en remercie d'un signe de tête.

- Pourquoi ça coince ? Je vous croyais raide dingue amoureux.

- Heero est l'homme de ma vie, confirme effectivement Duo, sans relever la petite taquinerie que son ami semble incapable de contrôler en sa présence.

*J'en fais autant avec lui et les autres, c'est de bonne guerre !* se dit-il.

- Mais ?

- Il n'a pas l'air de vouloir comprendre. Lui, qui passe pour le plus lucide d'entre nous tous.

- J'éprouve moi-même quelques difficultés à suivre ton raisonnement.

Duo pousse alors un long soupir, venant s'asseoir face à Trowa.

- Normal, vous êtes clean.

- Ça se discute, relativise le preventer d'élite.

- Te connaissant, tu vas te ranger à son côté.

- Dis toujours…

Comme pour se donner du courage, ou pour essayer d'y voir plus clair, Duo entreprend de se masser le visage avant de rabattre sa mèche de cheveux sur le dessus de sa tête. Disciplinés, ses cheveux reprennent leur position initiale, comme si rien ne pouvait contrarier leur bon vouloir…

Début du flash-back

Deux semaines auparavant…

La nuit est certes fraîche, mais trop belle pour ne pas en profiter. Loin des lumières artificielles du centre-ville, le ciel sans nuages offre alors une vue magnifique sur les constellations…

Lovés l'un contre l'autre sur l'un des transats du jardin, Heero et Duo persistent à ignorer l'air froid caressant leurs visages et décident d'un commun accord tacite à demeurer sous la coupe de l'éternel éclatant…

Au bout d'un moment, Duo pousse un nouveau soupir de bonheur. Un sentiment si pur, si fort qu'il se met à en frissonner. Dans son dos, le preventer resserre son étreinte, comme un mouvement instinctif de protection, de réconfort. Le nez enfoui dans les cheveux laissés libres du dénatté, Heero en respire le parfum de santal qui lui est à présent si coutumier ; si nécessaire à sa vie.

- Duo, murmure-t-il sous son oreille.

- Heero, répond-il, joueur.

- Veux-tu m'épouser ?

Un instant, Duo se tend, le souffle coupé et les yeux écarquillés. Puis, il retrouve l'usage de la parole et se retourne dans les bras de son homme.

- Non, refuse-t-il.

Contre toute logique.

Heero n'est pourtant pas désarçonné, loin de là. A son expression, l'on peut deviner qu'il s'attendait à devoir livrer bataille. Qu'il s'attendait à cette réaction de la part de son bien-aimé, connaissant les raisons probables d'un rejet si catégorique.

- Je sais que tu ne mens pas en m'affirmant ne pas vouloir te marier avec moi, déclare-t-il, le plus tranquillement du monde. Tu crois prendre la meilleure décision, non pas pour toi, mais pour moi, pour notre famille.

- Tu es le mieux placé pour savoir que malgré notre vie idyllique à tous les quatre, il y a comme une couille dans le potage.

- Duo…

- Je suis en taule, 'ro ! l'interrompt-il. J'en ai pour vingt ans de bons et loyaux services envers l'Organisation. Je ne peux pas me marier avec toi.

- Bien sûr que si, tu le peux, le contredit-il avec douceur.

- Certes, je suis à moitié-libre de mes mouvements et je pourrais signer ce contrat, mais je n'en reste pas moins un prisonnier, se braque-t-il en se fermant à double tours.

Alors qu'Heero se redresse afin de combler le faible espace qui les sépare, Duo esquive sa tentative de rapprochement et se lève.

- Je dois surveiller où en est ma préparation, se justifie-t-il.

Fuir Heero, ou toute discussion dérangeante l'incluant, est vain et inutile. Seulement, c'est plus fort que lui. Il s'en retourne donc en cuisine, ravi d'en avoir un prétexte légitime : un saumon confit à l'huile d'olive et aux herbes.

- Viens donc goûter mon poisson et me dire si c'est bon, plutôt que de me compliquer la vie, l'invite-t-il, tout en sortant le plat du four.

Vouloir Heero à ses côtés, à chaque instant : ça aussi, c'est plus fort que lui.

Duo s'empresse de poser le plat brûlant sur le dessous de plats en inox intégré au plan de travail, avant de sortir un paquet de farine.

Entre temps, Heero l'a rejoint. Prenant appui contre l'ilot central, il observe son compagnon en train de s'atteler à une autre tâche culinaire. Et à en juger par les vingt grammes de farine qu'il vient de peser, les cent grammes d'eau qu'il s'apprête à faire chauffer jusqu'à soixante-cinq degrés, Heero en déduit que son amant prévoit de confectionner un « tangzhong »…

Sous le regard scrutateur d'Heero, Duo doit d'autant plus chercher à s'occuper pour tenter de paraître détacher ou tout du moins, de tenir sa position.

De son côté, Heero est content que Duo ne mette pas davantage de distance entre eux.

- Rien qu'à voir, ça donne déjà très envie, déclare Heero.

Duo est si concentré sur leur désaccord qu'il n'entend pas le double sens des paroles de son preventer et croit dur comme fer qu'il parle de son poisson… et non de lui.

- Je ne suis pas mécontent d'avoir réussi le visuel, mais je veux l'emporter sur le goût, explique Duo.

Le sourire aux lèvres et les yeux pétillants de malice, Heero se rapproche tout à fait de son cuisinier. Mais au lieu de goûter le plat que Duo a mitonné avec amour, Heero enlace étroitement son compagnon afin de le goûter, lui, en un baiser langoureux…

- Délicieux, commente Heero dans un murmure.

Le souffle court, Duo plonge son regard dans le sien.

- Tu ne comprends pas…, commence-t-il, d'un ton plaintif.

Avant de se perdre dans les yeux bleus de Prusse de son homme.

- Je ne demande pourtant que ça. Quel est le vrai problème ? s'enquiert-il en caressant sa longue chevelure.

Duo frissonne, mais ne dit mot.

- Parle-moi…, insiste Heero.

D'une voix si chaude, si douce…

- Je ne veux pas nuire à ta réputation, finit par avouer Duo. Pas plus que je ne le fais déjà.

- Ridicule.

- Que vont-ils tous dire, derrière ton dos ? Tu pourrais perdre en crédibilité. Il n'est pas question que tu pâtisses de mes erreurs.

- Je ne t'ai pas attendu pour mettre en péril ma carrière ou égratigner ma réputation, le défend-il en faisant allusion à son passé de tueur à gages. Et de toute façon, je ne considère pas mon lien privilégié avec toi comme une menace.

A bout de nerfs, Duo s'impatiente.

- Personne d'autre ne doit savoir que nous nous aimons ! lâche-t-il enfin.

Cette fois-ci, Heero fronce les sourcils.

La gravité dont fait preuve son compagnon lui semble disproportionnée et donne l'impression qu'ils ne parlent pas de la même chose. Heero s'apprête à lui certifier que son équipe fera toujours preuve de discrétion et qu'aucun d'eux n'est porté sur les commérages… lorsque le jour se fait dans son esprit.

- Tu crains pour la vie de nos enfants et la mienne, simplement parce que nous sommes ce qui compte le plus pour toi, dévoile-t-il en glissant lentement ses doigts le long de la mâchoire crispée de son compagnon. Tu redoutes que se répète le sort funeste réservé à ta famille d'adoption.

- Mon histoire me donne raison, confirme-t-il, frissonnant encore sous la caresse.

Il est soulagé qu'Heero veuille enfin comprendre de quoi il retourne et se rendre à l'évidence.

- Duo, la configuration semble identique, mais elle est loin de l'être.

Non. Heero ne veut visiblement ni comprendre la situation, ni se rendre à l'évidence !

- Solo est hors d'état de nuire, poursuit-il. Nous sommes en mesure de défendre nos vies et de déceler le moindre élément suspect autour de nous.

- Peu importe, s'obstine le dénatté. Je porte la poisse !

- Pure sottise, lâche doucement Heero, conservant admirablement son calme olympien.

- Et si la malédiction devait s'acharner sur moi et donc s'abattre sur vous ?

- Notre prospérité ne doit pas t'angoisser.

- Je t'aime, 'ro. Tu peux pas te contenter… de ça ? bafouille-t-il en agitant les mains.

Comme pour désigner leur idylle à travers les meubles de la cuisine et plus largement, la maison tout entière.

- Tu es à court d'arguments, mon amour, le taquine Heero, le sourire en coin.

Duo pousse alors un long soupir d'exaspération.

- Promets-moi au moins de réfléchir à ma proposition, lui soumet Heero.

- C'est tout réfléchi, 'ro. Je t'aime, donc ma réponse est : non.

- Chéri…

- La discussion est close, chéri, assène encore Duo.

Pour plus d'emphase, il s'écarte à regret de son amant afin de reprendre le cours de son activité culinaire…

Cette fois-ci, c'est au tour d'Heero de laisser échapper un bref soupir.

- Ce n'est que partie remise, certifie-t-il, avant de déposer un doux et long baiser sur la tête de son dénatté. Ce qui ne nous dispense pas de répéter notre prochaine nuit de noces…, souffle-t-il ensuite, le nez dans ses cheveux.

- Éventuelle… notre éventuelle nuit de noces, rectifie Duo.

Dans son dos, Heero esquisse un doux sourire, mi-amusé, mi-indulgent.

- Tes mots me laissent entrevoir une ouverture

- Dégage !

- Je t'attends, l'invite-t-il à le rejoindre rapidement.

Frissonnant d'excitation, le cœur palpitant, Duo suit du regard le départ d'Heero en direction de leur chambre…

Fin du flash-back

Tout en écoutant attentivement son ami, Trowa a eu le temps de terminer la dégustation de son café qu'il juge excellent. Son mari est passé maître dans l'art de lui préparer des cafés incroyables, explorant des recettes exotiques et originales, mais Duo ne démérite pas.

*Pour quelqu'un qui déteste le café, il s'en sort haut la main* observe fièrement Trowa, in petto.

- Je ne vois vraiment pas ce qui te retient.

- Ce que je ne vois pas, moi, c'est pourquoi je te parle. Je ferai mieux d'appeler Quat'.

- Il m'a déjà confié ce qu'il pense de votre relation.

- J'm'en doute, mais la question est : ai-je vraiment envie de connaître son avis, au fond ? Oh ! Pardon… le vôtre. J'imagine que quand on est marié, on a un cerveau pour deux !

Trowa ne prend pas cette pique pour lui. Il a rapidement fini par comprendre le fonctionnement du natté.

*S'il veut vraiment faire du mal à quelqu'un, cette personne ne verrait rien venir* se dit-il.

- Se marier bouleverse le quotidien. On passe du « je » au « nous ». Ce qui est d'autant plus vrai lorsque l'on a des enfants.

- C'est déjà le cas, entre 'ro et moi, fait remarquer Duo.

- Quoi donc ?

- Eh ben ! Tout ça, là ! Cette cohabitation improbable entre tous ces sentiments contradictoires. Ceux de l'appartenance et de la liberté, de la peur et de la confiance… Je l'empêche de boire du café et il me dissuade de renouer avec Carte Noire.

Du coin de l'œil, Duo voit celui de Trowa briller d'une manière suspecte ; comme lorsqu'il décèle quelque chose que son vis-à-vis s'efforce pourtant de dissimuler.

- Je ne crois pas que le mariage te pose un réel problème, soutient le Colonel Barton.

- Ah, non ?

- Ni même ta peur légitime qu'un malheur vienne tout gâcher. Navré d'écorcher ta perception de toi-même et de votre ménage à Heero et toi, mais… les papas poules d'Akane et de Daniel sont tout de même le Perfect Soldier et Black Shadow, lui rappelle-t-il.

- A t'entendre, je n'ai plus qu'à dire : oui !

Duo tente une nouvelle fois d'éluder le sujet, d'amener Trowa sur la rive opposée de son monde de déduction imparable, mais le preventer ne se laisse pas distraire et se fait un devoir d'aller jusqu'au bout.

- Telle qu'elle se présente, votre configuration actuelle ne te permet pas d'obtenir que ton frère soit ton témoin, ou fasse même partie des réjouissances.

A ces mots, Duo se lève d'un bond, comme si une aiguille l'avait piqué au séant. Il se masse ensuite la gorge, comme s'il éprouvait des difficultés à respirer normalement.

- Peut-être, concède-t-il en allant piocher les couverts propres et secs dans le lave-vaisselle.

Décidé, Trowa pèse rapidement le pour et le contre, une dernière fois…

- Quatre et moi avons reçu Kimo et son compagnon à diner, l'autre soir, déclare-t-il, tout de go.

D'abord, Duo s'immobilise, pétrifié par cette nouvelle. L'air ne pourrait pas être aussi épais qu'à cet instant !

Puis, lentement, il pivote vers son ami, une assiette à la main dont il ne sait plus quoi en faire. Il ne saurait dire s'il se sent bien ou mal. Ni s'il est choqué, blessé d'avoir été mis à l'écart. Ou alors, heureux que son frère entretienne une relation amicale avec ses mêmes amis.

Duo se sent perdu.

De son côté, Trowa a tout le loisir d'observer un certain nombre de sentiments passer sur le visage de Duo, et parmi lesquels : la colère, la tristesse et le soulagement. Le colonel lui laisse alors le temps nécessaire pour assimiler cette information et faire son choix quant à la façon dont il va la traiter ensuite.

Au bout d'un moment, Duo pose délicatement son assiette sur l'îlot central ; avec tant de précautions qu'il semble qu'elle pourrait se briser en mille éclats au moindre choc. Craignant de dire une bêtise qui pourrait faire pencher la balance en sa défaveur, il s'emploie à parler d'une voix posée, en totale contradiction avec son cœur battant à tout rompre.

- Son… son compagnon ? articule-t-il prudemment en se hissant sur le haut tabouret.

- Un homme charmant et digne de confiance, et accessoirement son patron, lui assure et le rassure Trowa.

Duo hoche la tête, hésitant à interroger Trowa sur ce sujet.

- Kimo va beaucoup mieux, reprend le Colonel, perspicace. Il a trouvé un emploi qui le satisfait et où il peut s'épanouir pleinement, sans jamais craindre d'être malmené. Bientôt, vous serez prêts à vous revoir. Bientôt, tu pourras envisager de te marier.

- Heero ne voudra pas. Il voit Kimo comme étant une sorte de démon aux crocs acérés prêt à me dévorer !

Que Duo ait nommé son compagnon par son prénom et non par son surnom prouve à quel point il souffre de la décision radicale de son colonel. Une décision qu'il comprend et qu'il accepte, mais qui ne l'empêche pas d'être torturé de l'intérieur…

- Quatre et moi, on s'occupe de lui, certifie-t-il au sujet d'Heero.

Duo laisse alors échapper un rire amer.

- Si vous la lui faite à l'envers…, commence-t-il.

- … on la lui fera à l'endroit, l'interrompt Trowa.

- Ouais… Bonne chance !

Un brin sceptique, le natté se relève lourdement afin de reprendre son activité culinaire ; le seul moyen efficace qu'il ait trouvé pour supporter l'insupportable.

- L'important, c'est que Kimy soit heureux, déclare-t-il en choisissant une banane. Et à te croire, il l'est.

- L'important, c'est que vous le soyez tous les deux, non ?

- Je suis déjà heureux, Tro', souligne-t-il en sortant deux assiettes creuses et une fourchette.

- Kimo est d'un autre avis sur ce qui constitue son bonheur idéal.

- C'est-à-dire ?

- Il projetait de violer l'interdiction de t'approcher et d'entrer en contact avec toi.

- Empêche-le de faire ça ! le presse-t-il sur un ton d'urgence. 'ro n'apprécierait pas, vraiment pas !

- Quatre et moi avons réussi à lui faire entendre raison, mais il s'en veut de t'avoir dit ces choses à l'hôpital. Il veut réparer le mal qu'il t'a fait et convaincre Heero de sa bonne foi.

Dans un premier temps, Duo se contente de soutenir le regard de Trowa, avant de se mettre à écraser la banane jusqu'à ce qu'elle devienne liquide.

- Il n'a rien fait de mal, défend-il son frère.

- Bien sûr que si, le contredit Trowa.

- Il a dû avoir si peur ! l'excuse-t-il. Il a dû se sentir si seul et si triste…

- Change de disque ! Kimo est un gamin impulsif exaspérant et qui peut faire preuved'une grande crétinerie, quand il s'y met.

D'abord éberlué que Trowa s'autorise une telle liberté de ton sur un point aussi sensible, Duo finit par se détendre ; assuré de la bienveillance de son ami, d'une part, puis se remémorant le caractère de son petit frère, de l'autre.

- Oui… Oui, c'est vrai, admet Duo, un léger sourire aux lèvres. Il se prenait souvent le chou avec nos frères et notre sœurme forçant à intervenir en sa faveur.

- Vous ne pourrez vous revoir que lorsque tu cesseras de te culpabiliser à son sujet et de le considérer uniquement que comme une victime, achève Trowa. Kimo a plus de force que tu ne le crois et le surprotéger n'amènera rien de bon. Ni pour lui, ni pour toi.

- On croirait entendre Père David, révèle Duo avec un air nostalgique. Il me reprochait doucement de vouloir surprotéger mes frères et notre sœur, à mes dépens. Je lui répondais que lorsqu'on n'a pas de parents, on a le droit de prendre une double ration de tout le reste.

- J'ai une image assez nette de ce que tu entendais par là, mais David souhaitait sans doute que tu voles de tes propres ailes… pas que tu voles les commerçants du coin.

Pour toute réponse, Duo lui jette un coup d'œil éloquent. En retour, Trowa lui rend son petit sourire, ravi que Duo se ressaisisse si vite.

*C'est à cette seule condition qu'Heero autorisera ces retrouvailles* pense le Colonel Barton.

- Qu'est-ce que c'est que cette bouillie infâme ? s'enquiert-il ensuite, désignant du menton le contenu peu ragoutant des deux assiettes creuses.

- Je prépare notre nouveau petit déjeuner, annonce fièrement Duo. Quand 'ro rentrera, il y aura droit, lui aussi. Et c'est très bon, pour ta gouverne !

- Ça ne me dit pas ce que c'est, insiste-t-il tout en se réjouissant in petto de l'entendre tenir des propos aussi positifs.

- C'est du Miam-Ô-Fruit. Une recette de la navigatrice France Guillain. J'ai prévu d'en parler à Quat', le menace-t-il, ensuite. (A)

- Tu t'imagines sans doute que j'avale aveuglément tout ce que mon mari me présente ?

- Je vais faire comme si je n'avais rien entendu.

Trowa se met à rire. Discrètement, pour ne pas précipiter le réveil des enfants, mais se laissant tout de même aller à son hilarité.

- Avant toute chose, on a besoin d'une banane de taille moyenne à grosse…, commence innocemment Duo.

Le nouveau sourire de Trowa lui monte jusqu'aux yeux : deux émeraudes où brille une lueur lubrique.

- C'est une taille respectable, approuve-t-il.

- C'est excellent pour la santé, persiste vaillamment Duo.

- C'est un bon outil qui a déjà fait ses preuves.

Cette fois-ci, le natté lui adresse un sourire en coin, presque féroce.

- Il faut se munir d'un broyeur à graines, semble-t-il le menacer.

Trowa et lui s'entre-regardent quelques secondes, le temps d'un échange complice… lorsque le Colonel Barton finit par lever les mains en signe de reddition.

- C'est tout un protocole à respecter, reprend donc Duo. Mais c'est très simple, finalement. A la portée de tous. Et au risque de me répéter : c'est très bon. Les enfants en raffolent, c'est pour te dire !

- Il faut donc une banane…

- De l'huile de colza bio, des graines de lin et de sésame broyées, du citron et des fruits frais, d'autres graines broyées, comme des noix de cajou, des graines de tournesol, des noisettes… Le mieux est de lire le Guide du Miammeur. Il est parfait pour comprendre de quoi il retourne et les illustrations permettent d'appréhender sereinement l'apprentissage de ce nouveau mode d'alimentation.

- Rien ne vaut les images, admet Trowa avec un air coquin.

- Je vais donc en parler à Quat' et au reste de l'équipe. Ma famille va être au top de sa forme !

*Sa famille…* relève Trowa, in petto.

- En parlant d'être au top…, commence-t-il, tout en poussant une enveloppe déchiquetée du bout des doigts.

Trainant sur l'ilot central, délaissée, la lettre qu'elle contient dépasse suffisamment pour en dévoiler l'en-tête, lequel arbore le sigle de l'Organisation Preventers.

Indifférent, Duo y lance tout de même un rapide coup d'œil, avant de reporter son attention sur la découpe de ses trois sortes de fruits frais.

- Ceci est ta convocation à la Cérémonie annuelle des nouvelles recrues. Tu fais désormais partie de ce petit nombre de candidats admis dans nos rangs. Cache ta joie, ajoute placidement Trowa.

- J'suis censé réagir comment ? Youpi ! Je suis promu au rang d'agent spécial ?

L'air soucieux, Duo cesse son activité et s'essuie les mains sur un torchon avant de jeter celui-ci par-dessus son épaule.

- Il me semble que c'est le moment idéal pour fêter ta liberté retrouvée, suggère Trowa. Dieu sait que tu nous as bassiné les oreilles avec ça !

- Je suis fait prisonnier par l'absence de mon compagnon et par les risques inconsidérés qu'il continue de prendre. A choisir, je préfère être sous sa tutelle jusqu'à la fin de mes jours et avoir la garantie qu'il sera à mes côtés.

- Tu es injuste envers lui. Toi-même, tu ne t'es pas contenté de réussir chacune des épreuves des différents parcours-test, tu détiens les nouveaux records de temps et de capacité.

- 'ro détient tous les records. Je suis loin derrière !

- Heero est hors compétition.

- Tout comme les autres agents d'élite dont Quat' et toi faites partie.

- Tu pourras bientôt rejoindre notre cercle, à la condition d'accepter ce type de mission et nous savons tous que tu en meurs d'envie.

- Je suis partant pour seconder mon Colonel et travailler avec son équipe. Point barre !

- Tu seras amené à collaborer avec d'autres agences, prévient Trowa. Les Administrateurs ne mettront pas longtemps à te confier des dossiers plus importants.

- Je sais.

- Tu comptes leur refuser ton concours ?

- Je ne sais pas.

- Écoute… Nous aimons nos enfants, nous aimons notre moitié, mais nous ne sommes pas faits pour supporter l'inaction bien longtemps. Au-delà d'un mode de vie ou d'un travail, c'est de vocation dont il s'agit. Je ne te donne pas six mois avant que tu ne réclames de t'investir davantage.

Vaincu, Duo lâche un soupir en se rasseyant lourdement à côté de Trowa.

- J'essaye encore de me persuader que je peux mener une vie ordinaire, avoue-t-il. Elle serait pleine de joie, mais…

- … mais tu bouillonnerais de l'intérieur, termine Trowa pour lui.

Honnête, Duo acquiesce d'un hochement de tête.

- Je me suis senti si frustré lorsque 'ro est parti sans moi ! J'ai eu l'impression d'être devenu inutile. De faire honte au Père David. D'être devenu avare de mon existence.

- Tu sais bien que c'est faux.

- Seulement parce que je n'ai pas eu le temps de m'encroûter, mais à ce rythme, ce n'est plus qu'une question de semaines avant que cette inertie l'emporte. J'adore nos enfants et je m'amuse comme un fou avec eux, mais 'ro me manque et je rêve d'aller sur le terrain avec lui.

- Ce qu'Alec m'a rapporté de ta semaine passée sans votre Colonel confirme mes soupçons.

- J'aime travailler avec eux, à l'Agence, et je suis satisfait de faire partie de cette Organisation.

- Tu nous le prouves, chaque jour.

L'air pensif, Duo garde le silence durant un moment.

- Ils me font me sentir chez moi, finit-il par déclarer.

- Mais… ? devine Trowa.

- J'ai parfois l'impression d'être trop privilégié. 'ro m'aime et me protège envers et contre tout. Quat' et toi vous portez garant de ma bonne conduite. L'Administrateur Chang valide mon intégration moins d'un an après mon arrestation. Et chacun des membres de l'équipe me fait confiance et me traite comme si j'étais l'un des leurs.

- Tu es l'un des nôtres, garantit Trowa.

- Depuis peu.

- Depuis le départ.

Face à cette confiance inébranlable que Trowa place en lui, Duo plonge un instant son regard plein de gratitude dans le sien.

- Que pense Daniel de ton nouveau travail ? s'enquiert Trowa, pressentant un obstacle de taille.

- Dano m'a toujours pris pour surhomme ! élude-t-il.

- Il a toujours eu peur qu'il t'arrive quelque chose de grave, souligne le Colonel Barton, imperturbable. Akane est déjà au fait du métier de son père et s'accommode de ses absences du mieux qu'elle le peut. Qu'en est-il pour Daniel ?

- Il est fier de ce que nous sommes, 'ro et moi. En tant que père et en tant que preventer.

- Il paraissait s'inquiéter lorsque Carte Noire partait en mission… A quoi s'attend-il, maintenant que les cartes ont été redistribuées ?

- Il me pose des questions et me rapporte des discussions qu'il a avec sa sœur… Ma petite fleur des îles est en train de le préparer à mes futures absences, en quelque sorte. Mais pour le moment, il n'apprécie pas trop que 'ro soit parti et il me dit se réjouir que je ne sois qu'un simple agent.

- Aïe.

- Mm… D'un autre côté, il me confie sa fierté que ses pères viennent au secours des populations. Qu'il préfèrerait nous avoir pour lui seul, mais que ça ne serait pas gentil pour les autres.

- Il est partagé.

- Je ne sais pas quoi faire.

- Tu attends son feu vert ?

Après un court instant de réflexion, Duo répond par la positive.

- Le bonheur de ma famille passe avant le mien. Et c'est justement ça qui constitue mon épanouissement personnel.

- Je ne peux qu'approuver, mais tu as aussi besoin de t'épanouir professionnellement.

- Tout comme j'ai subitement besoin que tu me lâches la grappe, Tro' ! prévient Duo.

Avec le plus grand sérieux.

Trowa esquisse alors un doux sourire. Un étirement de lèvres mystérieux que le natté a bien du mal à interpréter, encore aujourd'hui…

- Tu sais que Quatre s'occupe de l'intégration de Shawn au sein de la Haute société, Trowa change-t-il donc de sujet.

Il cuisine pour ainsi dire Duo depuis de longues minutes. Et si leur discussion amicale prend des airs d'interrogatoire, ce n'est pas uniquement dans la volonté de soutenir Duo en l'absence d'Heero. Trowa et Quatre souhaitent sincèrement l'aider à faire les bons choix ; ceux qui le satisferont et qui, par voie de conséquence, rendront heureux sa famille…

Seulement, Trowa ressent qu'il a atteint les limites de ce que le natté peut supporter en ces circonstances et que ce dernier a désormais besoin d'échanger sur des sujets, si ce n'est plus légers, qui ne le concernent pas directement.

- Une chance pour le cadet McGuire. Il n'y a pas meilleur guide que Quat' !

- Quatre me tient le même discours, te concernant.

- Faut pas exagérer ! Je n'ai discuté avec Shawn que quelques fois à l'hôpital. Rien qui puisse véritablement l'aider comme le fait Quat'.

- C'est l'aîné des McGuire que tu soutiens.

- Ouais… On peut voir ça comme ça. Blake est venu me voir, l'autre jour. Au sujet de son p'tit frère, justement.

- Comment envisage-t-il la suite ?

- Comment ? Alec ne t'en a rien dit ? le taquine le natté.

Pour toute réponse,Trowa lui offre un grand sourire.

- C'est ton apprenti-espion, ou quoi ? veut savoir Duo.

- Alec ferait un excellent fantôme.

- Il n'en parle jamais.

- Il n'en discute qu'avec son Colonel et moi-même. Alec doit faire un choix difficile.

- Il quitterait notre équipe ?

- Pas seulement. Il mènerait à bien des missions périlleuses, devrait mentir à ses proches, supporter seul l'exil et l'isolement inhérents à la plupart de nos infiltrations.

- Sur papier, ça donne vachement envie ! raille le natté. Pas étonnant qu'il hésite !

- La carrière de fantôme est de courte durée. Ils sont nos informateurs, nos reporters de l'ombre tout terrain en quelque sorte. Ils ne doivent en aucun cas passer à l'action. Ceci est du ressort du ou des colonels concernés par l'affaire. Ensuite, soit l'agent réintègre une équipe lambda, soit il devient instructeur.

- 'ro pourrait lui garder sa place ?

- Mm.

- Qu'est-ce qui retient Alec, à ton avis ? Je veux dire, à part l'exil et l'isolement, ironise-t-il encore.

Cette fois-ci, Trowa ne dit pas un mot et ne laisse rien transparaitre.

- Argh ! râle le natté. J'arrive pas à lire en toi, dans ces moments-là !

Satisfait, le Colonel Barton sourit en coin.

- Blake, lui rappelle-t-il ensuite, laconique.

Duo prend alors le temps de rassembler ses souvenirs, puis rapporte le plus fidèlement possible son échange amical avec l'Agent spécial McGuire…

Début du flash-back

A l'Agence d'Osaka…

Entre le dossier fraîchement résolu d'une série d'empoisonnements à la nicotine liquide fortement concentrée et celui du démantèlement d'un trafic d'être humain à l'aide d'un club de façade pour une société d'escorte girl secrète, Duo s'octroie une petite pause…

Depuis maintenant plusieurs semaines, il aide l'équipe à résoudre affaire sur affaire, mais il a toujours cette sensation désagréable de ne pas en faire assez. De ne pas exploiter tout son potentiel, de ne pas avoir la possibilité de donner plus. Tellement plus.

S'ajoute à cela, la mission en solo du Colonel Yuy qui le maintient éloigné d'eux et l'oblige manifestement à rompre le contact radio.

Toutefois, Duo ne veut pas céder à la panique, ni laisser l'inquiétude l'emporter sur la confiance absolue qu'il place en son compagnon.

Étirant les bras vers le ciel, le natté s'avance sur la terrasse en bois dans la ferme intention de s'allonger sur l'un des transats. Depuis le départ d'Heero, Duo ressent le besoin de s'octroyer du temps pour lui seul, sans que cela fasse défaut à ses enfants, ni ne nuise à son travail qu'il prend désormais très à cœur. Par chance, l'Agence d'Osaka offre non seulement une terrasse confortable, mais également une salle d'entraiment suréquipée lui permettant de jouir d'un isolement salutaire, doublé de la reprise d'une activité sportive nécessaires à son équilibre psychique.

Alors qu'il s'installe en vue de faire une micro-sieste, un bruit de pas retient son attention…

- Toujours fidèle au poste ! remarque Blake, derrière lui.

Il s'efforce de paraitre guilleret, mais quelque chose dans sa voix sonne faux.

- Eh, ouais ! confirme Duo, les mains croisées derrière la tête et ses lunettes de soleil sur le nez.

- Il fait très beau, mais on peut pas dire qu'il fasse chaud.

Planté devant Duo, Blake se frotte les bras.

- P'tite nature ! lance le natté.

Comme Blake ne rétorque rien – chose étrange – Duo finit par poser son regard sur son collègue.

- Bah, qu'est-ce t'as ?

- J'aurais besoin de te parler. Je ne me sens pas de demander ça à qui que ce soit d'autre.

- Vas-y, accouche…

- Shawn…, commence-t-il avec hésitation.

- Bah, qu'est-ce qu'il a ? l'interroge Duo.

- Nous avons discuté et il a fini par m'avouer préférer les hommes aux femmes, lâche-t-il.

- Et alors ? Ça te pose un problème ?

- Je ne sais pas trop. Il s'est fait abuser sexuellement par un sociopathe quatre ans durant et pourtant, il veut revivre avec…

- Je t'arrête tout de suite, l'hétéro-primitif ! le coupe sévèrement Duo.

Peu amène, il se redresse en position assise et ôte ses lunettes afin de planter son regard intransigeant dans celui de Blake, visiblement perdu et penaud.

- Assied-toi ! aboie Duo. Tu pèses dix tonnes !

Blake s'exécute, pas fier de lui.

- Shawn ne projette pas de revivre ça, comme tu dis. Cela impliquerait qu'il veuille se faire violer à nouveau. Non, mais tu t'écoutes quand tu parles ?

- Ce n'est pas ce que je voulais dire, s'excuse Blake.

- Je sais, dit Duo d'une voix radoucie. Shawn souhaite simplement vivre l'amour, Blake. Les mauvais traitements constants de Masanaga n'ont pas réussi à le dégoûter du rapport charnel entre deux personnes consentantes, ni à le transformer en prédateur sexuel. Tu te rends compte de ce que cela représente ? Ton frère rêve du grand amour, espèce de balourd ! Ton frère rêve encore… envers et contre tout.

Ému, Blake se passe une main sur la nuque.

- Il m'a dit qu'il était amoureux d'un garçon avant d'être enlevé et qu'il réfléchissait à la façon dont il allait me l'annoncer. Je lui ai demandé ce qui lui faisait peur, à l'époque, et il m'a répondu qu'il craignait ma réaction.

La gorge serrée par un afflux d'émotion, il doit s'interrompre un instant afin de reprendre contenance.

- Si tu savais comme je m'en veux ! confie-t-il en serrant les poings. Il a besoin de moi et je me retrouve incapable de le comprendre.

- Tu veux comprendre quoi, au juste ?

- Pourquoi.

- Pourquoi quoi ?

- Pourquoi des hommes aiment d'autres hommes ?

- Sur le plan physique, tu veux dire ?

- Oui.

- Ah… Tu veux un cours du genre philosophique, ou technique ?

- Du concret, si possible. Pour le reste, c'est une affaire de cœur et je serais heureux que mon frère le soit.

- Ça, c'est bien parlé ! le félicite Duo. Mmm…, réfléchit-il, ensuite. Pour faire court : un orgasme masculin n'est pas forcément accompagné d'une éjaculation lorsque celui-ci est prostatique. Relevant d'un ressenti intérieur, il est même meilleur. Bien plus puissant, subtil et intense…

Duo marque une pause, le temps que son vis-à-vis assimile cette première vague d'informations.

- Nombre d'hommes hétérosexuels qui découvre ce plaisir tabou réalise que cela ne signifie pas qu'ils soient homosexuels, reprend-il. Simplement que l'homme peut vivre d'autres sensations agréables et particulières… à pratiquer seul ou avec sa partenaire.

Imaginer que cette pratique soit envisageable, seul ou avec une femme, déstabilise Blake au point qu'il en oublie de respirer ; ce qui amuse beaucoup Duo.

- Associée à la masturbation, la stimulation de la prostate provoque un décuplement du plaisir sexuel. L'orgasme est plus intense, plus profond, plus long… Il se manifeste dans tout le corps. Autrement dit : ton frère va prendre un pied d'enfer !

- …

- …

- …

- Blake ? finit par l'appeler Duo.

- Hein ?

- J'ai fini.

Blake hoche la tête.

- Okay… Merci de m'avoir renseigné.

- Tu veux peut-être que je te relate les préliminaires en détails, lui propose Duo, taquin. Ils sont tout aussi satisfaisant.

- Non, non ! refuse Blake en passant un doigt derrière le col de sa chemise. Ça ira, merci.

Duo se met à rire et se lève, invitant son collègue à en faire autant.

- Lorsque deux hommes sont amoureux et sains d'esprit, ils prennent soin l'un de l'autre, le tranquillise-t-il, toutefois. Ils sont doux, très doux…

Comme hypnotisé par sa voix et son propos, Blake hoche à nouveau la tête.

- Bien plus que tu ne le seras jamais, hétéro-primitif ! Duo poursuit-il en lui emboitant le pas vers la salle principale.

- Figure-toi que Nana ne partage pas ton avis, sale voleur ! se défend Blake, à sa suite.

- Oh ! Voyez-vous ça, commente Duo, tout sourire. Je suis ravi d'apprendre que vous vous soyez enfin jetés à l'eau.

- Tout va très vite, ces derniers temps, se confie McGuire. Mais ça ne m'effraie plus. On a décidé d'emménager ensemble dans un nouvel appartement. D'autant que nous allons accueillir mon frère pour une durée indéterminée.

- Shawn t'aime profondément, Blake, mais il donne plutôt l'impression d'être sur la ligne de départ, prêt à prendre son envol, tente-t-il de le préparer psychologiquement.

- Y a pas le feu ! On vient à peine de se retrouver.

Duo maintient son air jovial et n'insiste pas.

*Un seul changement à la fois* se dit-il. *Faudrait pas traumatiser un hétéro-primitif avant l'heure !* se moque-t-il gentiment, in petto.

- Y a de la ratatouille, ce midi ! annonce-t-il avec légèreté.

Et tandis qu'ils passent le seuil de la terrasse, chacun d'eux poussant un battant de verre à l'épreuve des balles.

- Cool ! se réjouit Blake.

- Il suffit que je m'adresse à ton estomac pour que tout le reste passe au deuxième plan, fait remarquer Duo.

Loin de s'en vexer, l'aîné des McGuire semble, au contraire, en tirer une certaine fierté.

- Tu serais bien mon type de cuisinier, a-t-il encore le temps de le taquiner.

Avant d'être interrompu.

- Monsieur Duo Maxwell, détenu placé sous le contrôle judiciaire du Colonel Yuy, je présume ? l'interpelle une jeune femme.

Vêtue d'un costume preventer dépourvu de galon ou d'autres signes distinctifs, rien ne permet d'indiquer au natté sa position hiérarchique au sein de l'Organisation.

Sans se départir de son sourire, Duo salue du chef la nouvelle venue.

- Ça dépend, répond-il. Qui le demande ?

- Je suis l'Agent spécial Anaé Maeda, se présente-t-elle d'une voix douce. Enchantée.

- Salut, dit simplement Duo, méfiant. En quoi le… détenu-placé-sous-le-contrôle-judiciaire-du-Colonel-Yuy… peut vous être utile ?

- Je suis missionnée de vous transmettre un courrier officiel, émanant de l'Administrateur Chang en personne, le renseigne-t-elle avec son amabilité naturelle.

- Ouais… Vous êtes facteur, quoi ! simplifie Duo. Quand je vous dis que les preventers sont timbrés !

A ces mots, Blake et Antoine explosent littéralement de rire. Se tenant le ventre, ils créent un contraste saisissant – et bruyant – comparés à Alec, Nanako et Marc, lesquels se maitrisent suffisamment pour parvenir à n'esquisser qu'un doux sourire en coin.

- Te voilà officiellement baptisée, Anaé ! déclare Marc.

- Je croyais savoir à quoi ou à qui m'attendre, mais je constate que j'étais loin du compte, confie-t-elle tout en dévisageant le natté. Carte Noire est pire encore ! ajoute-t-elle.

La jeune femme dit cela sans méchanceté, mais sa décontraction à critiquer son parcours de vie et son ignorance sur l'origine de la création de Carte Noire blessent Duo.

- Carte Noire est resté en R2, déclare-t-il avec sévérité. Et j'aimerai autant qu'on cesse de m'associer à cette entité, termine-t-il.

Prenant tout le monde de court.

Durant une poignée de secondes, Anaé et Duo se jaugent dans un silence tendu, mais pas hostile. Considérant probablement que l'affaire est entendue, Anaé tend l'enveloppe cachetée au natté, comme si de rien n'était.

- Cette lettre émane de l'Administrateur Wufeï Chang, en personne, précise-t-elle sur le ton du secret.

- Tu l'as déjà dit, lui rappelle le natté. Et donc, je suis censé me prosterner ?

- Duo…, le dispute gentiment Nanako.

- C'est tout de même assez rare pour être souligné, répond Anaé, les yeux ronds comme des billes.

A en juger par son attitude, Duo en déduit que cet honneur n'est réservé qu'à un très petit nombre ; ce qui n'est pas pour le rassurer. Un brin anxieux, il se saisit du courrier avec prudence, comme s'il risquait de se brûler les doigts. Pourtant, c'est sans hésitation qu'il se décide à l'ouvrir.

Ou plutôt, à déchirer sauvagement l'enveloppe.

- Alors, alors ? s'impatiente déjà McGuire.

- Il s'agit de ma convocation à la prochaine Cérémonie annuelle des nouvelles recrues, annonce platement le futur Agent Spécial Duo Maxwell.

- C'est une bonne nouvelle, non ? l'interroge Alec, surpris par la façon dont le natté reçoit cette offre de liberté et de reconnaissance. Plus de bracelet numérique, plus d'agent de liberté conditionnel…

- C'est trop tôt, juge Duo. Je n'ai pas eu le temps de faire mes preuves.

- On peut te dresser une liste assez précise de l'aide précieuse et décisive qu'a été la tienne jusqu'à maintenant et ce, depuis le début, argue Marc.

Touché, Duo échange un long regard avec l'homme de confiance d'Heero, puis hoche la tête en signe de gratitude.

Et alors que la douce et pétillante Anaé discute joyeusement avec Alec et Antoine, Duo, lui, a l'impression de flotter en apesanteur tout en pesant pourtant le poids d'une enclume. Une sensation étrange d'oppression intérieure mêlée à l'impossibilité de s'ancrer totalement dans l'instant présent…

Déconnecté de son environnement, Duo a la sensation de survoler un territoire inconnu, de nuit, sans rien voir de son relief ni de ses couleurs, guettant anxieusement un signe de sa part…

*Rien qu'un signe…* prie-t-il Heero, in petto.

Un peu plus tard, dans la journée, Nanako vient poser un mug de chocolat chaud sur le bureau de Duo, invitant son ami et collègue à lever le nez de ses dossiers.

- Tu te retrouves à gérer tout un tas de choses, dit-elle. Des choses éprouvantes. Tu tiens le coup ?

- C'est gentil de t'inquiéter pour moi, Nana, mais j'suis pas à plaindre.

- Et votre fils… la fin est proche pour Maurice.

- Bof ! répond Duo en haussant les épaules. Dano m'assure qu'il s'y est préparé et qu'ils en parlent souvent, sa sœur et lui… Que 'ro et moi ne devons pas être tristes.

- Il cherche à te protéger, devine-t-elle.

- C'est justement ça qui m'embête.

- Tu nous l'as amené à l'Agence, l'autre jour et il ne donne pas l'impression de simuler un comportement censé rassurer ses proches. Je crois au contraire que Daniel a une force de caractère qu'il tient de son daddy.

- Là, c'est toi qui cherches à me protéger.

Nanako n'a pas le temps de le détromper que Marc coupe court aux discussions en raccrochant son téléphone. A en croire son expression, l'affaire qui va suivre s'annonce pénible.

- J'ai reçu le compte-rendu de la morpho-analyse de la cave du jeune étudiant, leur apprend-il.

- Ça confirme notre théorie ? veut savoir Nanako.

Marc hoche la tête, avant de décrocher à nouveau son téléphone. De mémoire, il compose rapidement un numéro, puis, attendant que son interlocuteur prenne la communication, Marc plaque le combiné sur son épaule, afin de s'adresser à l'un de ses collègues.

- J'ai besoin que tu restes ici avec Duo durant notre déplacement à Blake et moi, dit-il à Alec. Nous devons nous rendre sur la scène de crime. Dans le même temps, Antoine et Nanako doivent s'absenter, demain toute la journée, pour suivre une formation sur les drones nouvelle génération.

- Aucun problème.

- Tu ne devais pas t'inscrire à une session fantôme ? demande-t-il tout en positionnant son combiné à hauteur d'oreille. Trowa t'en a sûrement parlé, non ?

- J'ai rempli le formulaire, mais ne suis pas décidé à l'envoyer.

La voix masculine qui résonne à l'autre bout du fil empêche Marc de discuter plus avant de ce qu'il juge important concernant son ami.

Peu après, Marc mobilise l'équipe sur l'affaire des « Caves rouges »…

Fin du flash-back

Trowa s'apprête à rebondir sur le récit de Duo, lorsque le pas de course des enfants résonne bruyamment dans l'escalier.

- Dad ? appellent à l'unisson, Akane et Daniel.

- Dans la cuisine, mes chatons ! répond Duo. Oncle Tro' est avec nous.

- Ils dorment en haut, maintenant ? s'étonne Trowa, un sourcil levé.

- Ouep ! se félicite le natté. J'ai rafraichi la chambre d'origine d'Akane et aménagé la pièce jouxtant la sienne en chambre pour Dano.

- Elle y dort toute la nuit et sans faire de cauchemar ? a-t-il encore le temps de demander.

- Après un gros câlin, sans problème, lui garantit Duo, souriant.

Un sourire que Trowa lui renvoie avec cette même chaleur dans le regard.

- Bonjour, Oncle Trowa ! dit Daniel en venant se serrer contre lui.

- Salut, p'tit prince.

Dans le même temps, Akane s'est empressée d'aller étreindre son daddy.

- Tu es la plus belle petite fille du monde ! déclare Duo, gâteux.

Alors que les enfants échangent leur place, Akane fait part de ce qu'elle pense de sa remarque.

- La beauté est suggestive, dad. Elle dépend essentiellement de la perception d'autrui, elle-même influencée par une époque et relative à la culture d'un pays, récite-t-elle.

Devant l'expression d'hébétude qu'arbore Duo, Trowa se met à rire de bon cœur.

Une fois les enfants sagement installés devant leur Miam-Ô-Fruit, Trowa reprend son enquête.

- Quand as-tu trouvé le temps de faire des travaux de réfection ? Tu passes tes journées à l'Agence.

- J'ai pas sommeil, le renseigne Duo, tout en reprenant la découpe de ses fruits frais.

- Je peux avoir deux pêches plates, s'il-te-plaît, dad ? quémande Akane d'un air gourmand.

- Bien sûr.

- Même en plus du reste ?

- Tu manges autant que tu veux, ma petite fleur des îles.

- Moi, je préfère manger un peu de chaque, tient à préciser Daniel.

- Comme d'habitude, mon poussin.

Après avoir soigneusement coupé le reste des fruits en dés, Duo les dispose dans leurs assiettes creuses respectives.

- Akane a longuement hésité, mais son choix s'est finalement porté sur un ensemble de lit à baldaquin blanc et lin avec sa table de nuit, sa commode, sa coiffeuse et son fauteuil de conteur assortis. Comme elle avait envie d'une touche de rose, j'ai repeint les murs dans des tons pastel. Nous avons ensuite sélectionné deux-trois tableaux, quelques babioles, un bureau avec des tiroirs secrets, un grand tapis, des pyjamas en coton et des nouveaux chaussons. Je cherche à lui confectionner une petite bibliothèque…

- Un fauteuil de conteur ? parvient à relever Trowa dans cette avalanche de détails.

- Les enfants veulent que 'ro ou moi soyons confortablement installés quand vient l'heure de leur raconter une histoire.

- C'est ça que tu appelles rafraichir une pièce ? Il se passe quoi quand t'en refais une ?

Duo n'a pas le temps de formuler sa réponse que Daniel s'empresse de dévoiler la décoration de sa nouvelle chambre.

- Mon lit descend du plafond, révèle-t-il, les yeux pétillants d'excitation.

- Finie la main de Gundam géante ? s'enquiert Trowa.

- Oui. Je veux tourner la page et ne plus ressasser le passé, déclare-t-il avec le plus grand sérieux.

A ces mots d'adultes, les deux hommes échangent un bref coup d'œil éloquent : Daniel est un petit garçon d'une grande profondeur et plus mature qu'il n'y parait. D'autre part, depuis qu'il vit sous le même toit qu'Akane, son vocabulaire tend à s'enrichir de jour en jour, et ses phrases à prendre une forme plus élégante sans pour autant rogner sa liberté d'expression que chacun lui connaît.

- Aller de l'avant, y a que ça de vrai, confirme Trowa.

- Hn, répond l'enfant.

Un instant, Trowa et Duo s'immobilisent… avant que ce dernier n'esquisse un tendre sourire. Ne s'apercevant pas du trouble qu'il vient de provoquer en émettant le son si caractéristique d'Heero, Daniel poursuit son récit.

- Et puis, quand je lui ai montré une photo, Akane m'a dit qu'elle en avait un peu peur.

- De quoi donc, mon chaton ? demande distraitement Duo.

Encore tout retourné du mimétisme de Daniel.

- De la main.

- De la main ?

- De mon ancien lit, dad.

- Ah, oui ! Attendez une minute… Ce qu'il dit est vrai, ma tourterelle ?

- Mon frère ne me ment jamais, confirme-t-elle avec fierté.

- Dany boy… C'est pour ça que tu n'as pas voulu que je rapatrie ton lit ?

- Pas seulement, mais ma sœur passe en priorité.

Saisi par une vive émotion, Duo se mord la lèvre.

- Et ton fauteuil de conteur ? veut savoir Trowa.

- Un cockpit de Gundam, répond le natté à la place de son fils.

Alors que Trowa pousse un sifflement admirateur, Daniel apporte une précision qui lui semble d'importance.

- Non, dad. Ce n'est pas un cockpit de Gundam, mais le cockpit du Gundam Deathscythe. C'est toi-même qui m'as appris qu'ils n'ont pas les mêmes spécificités.

- Au temps pour moi, chaton.

- J'oubliai que ton daddy est un fin connaisseur dans ce domaine, insinue Trowa.

Une façon de rappeler au bon souvenir du natté que Carte Noire est fortement soupçonné d'avoir dérobé le Gundam Deathscythe ; le seul des cinq robots mobiles d'exception à demeurer introuvable… et absent de la collection Winner rassemblée et présentée dans son musée situé en R4.

- J'ai repeint le plafond en bleu marine et l'ai truffé de petites LED blanches, apprend Duo à Trowa.

L'air de dire « tu peux toujours courir pour que je crache le morceau ! »

- Et son bureau est une réplique aménagée d'une tour de contrôle avec un grand écran basse consommation… que ses parents peuvent contrôler à distance, précise-t-il tout spécialement pour son fils.

- J'ai promis de faire mes devoirs avec ma sœur, le rassure-t-il en piquant un autre morceau de fruit.

- Daniel progresse vite, assure Akane.

L'amour fraternel qui unit les deux enfants fait sourire les deux hommes.

- J'ai quand même contacté un peintre taggeur afin qu'il m'habille un pan du mur que je trouve trop nu, annonce Duo. Je pensais lui commander l'évolution du Deathscythe en Deathscythe Hell Custom, ou alors une illustration de chacun des Gundam.

- Je préfère avoir tous les Gundam, dad, se manifeste Daniel. Je les aime tous !

- Okay. On fait comme ça, chaton.

- Oncle Trowa ? l'appelle Akane.

- Mm ? répond celui-ci.

- Dad nous emmène au parc, après l'école. Towika peut venir avec nous ?

- Comme ils finissent les cours à midi et qu'un long week-end de trois jours s'ensuit, nous allons en profiter pour nous balader à deux pas d'ici, dans les Jardins d'Iris Shirokita, précise Duo.

- Towika pourrait dormir à la maison, tente d'obtenir Daniel, tout en jouant avec sa mini-fourchette.

- Et découvrir vos chambres, devine Trowa.

Démasqués, les deux enfants se mordent la lèvre.

- Figurez-vous que ma petite étoile vous a devancé et me l'a déjà demandé, leur apprend le preventer.

Akane et Daniel continuent de le fixer, l'air de dire « et du coup, t'as dit oui ? »

- J'ai apporté sa valise, confirme Trowa.

Fous de joie, les enfants descendent de leurs tabourets pour sautiller d'excitation.

Duo est heureux de les voir ainsi et d'être en mesure de s'occuper pleinement d'eux. L'absence d'Heero semble moins pénible qu'il le présageait pour Akane. Les parents de Towika sont de nouveaux réunis et la relation qu'entretiennent Maurice et Daniel est positivement surprenante…

En somme, tout paraît s'emboiter à la perfection.

- Hep ! On finit son Miam-Ô-Fruits, demande le natté.

Plein d'entrain, les enfants viennent à bout de leur petit-déjeuner en quelques minutes. Loin de s'ennuyer de la compagnie douce et chaleureuse des deux pères, Akane et Daniel restent assis à les écouter parler de tout et de rien… lorsque le téléphone se met à sonner.

Souriant et disponible, malgré sa préoccupation quant à savoir Heero loin d'eux, Duo va décrocher.

- Résidence Yuy, j'écoute…

Presque aussitôt, son sourire se flétrit aux entournures, avant de fondre comme neige au soleil. Un phénomène que Trowa remarque du coin de l'œil et qui ne présage rien de bon. Afin de ne pas inquiéter les enfants, Duo n'articule rien qui puisse les alerter.

- Entendu… Je passerai dès que possible… Merci d'avoir appelé.

Duo clôture la conversation la mine grave, mais il se compose rapidement une expression douce et paternelle.

- Mes chatons, reprend-il.

Il arbore de nouveau un beau sourire, mais qui ne monte pas jusqu'à ses yeux.

- … vous pourriez monter vous préparer, s'il-vous-plaît. L'heure tourne.

Obéissants, ses enfants sautent de leurs tabourets.

Suivant du regard leur départ vers leur chambre respective, Duo attend d'être à nouveau seul à seul avec Trowa.

- Maurice est décédé, cette nuit, déclare-t-il.

- Il est parti en paix, le tranquillise Trowa.

- J'aurai préféré que 'ro soit à mes côtés pour l'annoncer aux enfants.

- Il saura prendre le relais, dès son retour, garantit-il. Mais d'ici là, souviens-toi que tu es devenu le tuteur légal de Daniel. Votre fils craindra sans doute que l'on vous sépare. Cela fait trop peu de temps que votre relation père-fils est officialisée et reconnue par l'administration. Il aura besoin que tu le rassures à ce sujet. Pour ce qui concerne la disparition de Maurice, Daniel s'y est bien plus préparé que tu ne le penses.

La gorge serrée par un afflux d'émotion, Duo hoche doucement la tête.

- Maurice n'avait plus que vous, reprend Trowa. C'est donc à toi que revient d'effectuer toutes les démarches. Je peux t'aider, si tu veux.

- En fait, tout est déjà prêt pour ses funérailles. 'ro y a veillé personnellement. Mais je ne suis pas contre un peu plus de votre soutien.

- Vous pourriez venir quelques jours au Manoir, histoire de réunir les enfants.

- Cela m'a traversé l'esprit, mais… je voudrais que l'on surmonte cette épreuve, ici, dans notre maison.

- Le Manoir est aussi votre maison. Vous y avez vos quartiers et vous pouvez en disposer comme bon vous semble.

- Je vous ai demandé de me soutenir, pas de me faire pleurer ! tente-t-il de plaisanter.

Quatre et Trowa sont pleinement conscients du réconfort qu'ils sont en mesure d'apporter à leur ami. Ainsi, tous deux respectent le souhait de Duo en se contentant simplement d'être présent…

- Daaad ! l'appelle Daniel depuis le haut des escaliers. Je ne trouve pas mon tee-shirt rouge…

- Troisième tiroir au fond à gauche, lui indique Duo.

Dans le même temps, Trowa consulte sa montre.

- Je dois y aller… à moins que je ne sois plus utile, ici.

- Comment ? Le Colonel Barton, dont la présence est certainement requise auprès des Hautes instances, a besoin de mon feu vert pour aller vaquer à ses occupations ? le taquine-t-il, touché par tant de sollicitude.

- Tu préfères que je reste ? le menace-t-il par jeu, le sourire en coin.

- Certainement pas ! Oust ! Dehors !

- Je reste joignable à tout moment, lui assure-t-il tout en se dirigeant vers la porte.

- Merci.

S'activant de plus belle après le départ de Trowa, Duo termine de ranger la cuisine avant de rejoindre ses enfants ; le premier étage leur étant désormais dévolu.

- On part dans quinze minutes, mes lapins !

Se dépêchant, courant en tous sens, Daniel et Akane se croisent et se recroisent dans le couloir desservant leur chambre respective et leur salle de bain commune.

Devant ce tableau, Duo sourit.

Heureux, malgré tout.

Quelques jours plus tard…

A mesure que le temps s'allonge, l'absence d'Heero pèse de plus en plus lourd sur les épaules et le moral de Duo. Chaque jour est une épreuve d'un nouveau genre et chacune des nuits passées sans son preventer est froide et mortellement silencieuse.

Bien plus qu'elles ne l'ont jamais été.

D'autant qu'à présent, le natté n'a plus aucun travail de réfection à réaliser pour s'occuper les mains et accaparer son esprit.

Ce soir n'est pas différent des autres, à la seule différence que Duo a dû rester à l'Agence plus longuement qu'à son habitude ; à l'instar de l'équipe au grand complet.

Prévoyant son impondérable dès l'heure du goûter, il a entrepris de contacter les membres de son entourage afin d'assurer une bonne fin de journée à ses enfants. Se faisant, il ne s'attendait pas à être devancé par Quatre, lequel prévoyait justement de lui confier Towika jusqu'au lendemain matin. Ni Trowa, ni lui n'ont pu se défaire de leurs obligations professionnelles et seront retenus par leur travail respectif jusque tard dans la nuit.

N'est plus resté à Duo qu'à appeler l'Oncle Milliardo, qui, malgré son emploi du temps de ministre, n'a pas hésité une seconde à reporter ses rendez-vous et à annuler ses éventuels déplacements.

Se hâtant de rentrer chez lui, Duo songe à nouveau combien il est confortable de pouvoir compter sur sa famille.

Qu'elle soit de naissance ou de cœur…

Lorsqu'il pousse la porte d'entrée, il est surpris d'être accueilli par une ambiance des plus agréables : les lumières tamisées, la sensation d'une douce chaleur et… un homme à la beauté renversante qui ancre son regard au sien. Un regard d'un bleu glacial et si scrutateur que Duo se fige, sa veste à hauteur des coudes.

Le moment de gêne ne se dissipant pas, le natté se racle la gorge, afin de s'éclaircir la voix.

- Ça a été ? s'enquiert-il en délaissant sa veste sur une des chaises du salon.

- Parfaitement, assure Milliardo.

Désirant manifestement discuter un moment avant de rejoindre son logis, l'aristocrate propose au natté de partager un verre en lui désignant l'une des bouteilles issues de sa cave personnelle, apportée pour l'occasion.

- Sans façon, merci, refuse poliment Duo.

- Tu ne sais pas ce que tu rates.

- C'est l'un des alcools les plus chers au monde : un Cognac Croizet de 1858. Il doit valoir dans les cent cinquante sept mille dollars.

Devant l'étalage des connaissances de Carte Noire, Milliardo esquisse un doux sourire derrière son verre.

De son côté, Duo profite de ce moment pour se mettre à l'aise.

- La Cérémonie a lieu dans quelques jours maintenant et je me demandais si tu pouvais obtenir que les enfants soient présents. Après tout, c'est pas tous les jours qu'on peut m'épingler ! ajoute-t-il en faisant allusion à la broche d'agent spécial preventer.

Non sans retenu, Milliardo s'amuse beaucoup de son jeu de mots…

- Tu donnerais ta vie pour eux, déclare-t-il plutôt, le regard toujours rivé sur le natté.

- Euh… eux ?

- Akane m'a montré sa nouvelle chambre et son nouveau pendentif.

- Oh ! comprend Duo.

- Ledit bijou qui permet d'ouvrir sa nouvelle boîte à musique. Objet luxueux en bois verni, fabriqué à la main par un artisan de grand talent et qui joue la mélodie préférée de ma sœur.

Duo hoche la tête, attendant la suite.

Comme elle ne vient pas et que Milliardo continue de le considérer avec une application intimidante, Duo se permet de l'interroger.

- Je ne vois pas trop où tu veux en venir, Mill'. Tu veux me dire « merci », me demander « pourquoi » ? J'vois pas. Du coup, je vais te répondre « y a pas de quoi ! » et te donner une explication.

Satisfait, Milliardo déguste une autre gorgée de son breuvage hors de prix.

- Maurice ne possédait que quelques photos de sa femme. Dano n'aura jamais rien d'autre d'elle et comme je n'ai retrouvé personne qui aurait pu m'en apprendre davantage sur son compte, je n'ai rien de plus à offrir à mon fils que le visage radieux de sa mère sur papier glacé… Par contre, il reste à Akane des souvenirs vivaces de Relena. Ils sont peu nombreux et les plus importants tendent à s'effacer, mais tant que nous continuons à honorer sa mémoire, Relena demeurera présente dans la vie et dans le cœur de sa fille. Seulement, elle ne peut plus être là pour la border le soir, la coiffer ou l'aider à choisir la couleur de ses vêtements. Akane est une petite fille courageuse. Oui, vu de l'extérieur, elle a tout pour elle. Oui, elle est privilégiée. Oui, elle en a de la chance comparée à d'autres. Ça n'empêche que sa mère est morte, ça n'empêche que son père fait un métier dangereux et ça n'empêche qu'elle doit se sentir seule, par moment.

Bouleversé par ses mots et sa dévotion à l'égard de sa nièce et chose incroyable, de sa défunte sœur, Milliardo boit littéralement ses paroles. Des paroles bienfaisantes ayant bien plus de valeur que son cognac.

- Je n'ai pas osé te demander quelle était la musique préférée de ta sœur, poursuit Duo. J'avais peur de raviver ton chagrin. Alors, j'ai demandé à Quatre qui la connaissait bien. J'ai eu cette idée, quelques jours après le départ d'Heero, ajoute-t-il d'un air rêveur.

Après un long silence, Milliardo se lève, sortant Duo de ses pensées.

- Les enfants pourront assister à l'évènement, assure l'Ambassadeur. Ils prendront place dans la tribune d'honneur en compagnie des Administrateurs et des Agents d'élite.

- Cool ! Y aura sûrement Quat' et Tro', se réjouit le natté, tout en accompagnant l'aristocrate jusqu'à la porte.

Son manteau sur le bras, Milliardo marque une pause avant de se tourner une nouvelle fois vers Duo.

- Merci, dit-il sobrement. Akane est tout ce qui me reste de bon.

- Akane n'est pas tout ce qui te reste de bon, Mill'. Tu comptes pas pour du beurre !

Cueilli par ses propos à son encontre, Milliardo prend une nouvelle fois le temps de dévisager le natté.

- Merci, répète-t-il avec force.

- Bah… y a pas de quoi ! répond Duo, souriant.

Sur un dernier regard, Milliardo quitte la Résidence Yuy, troublé.

Étirant les bras vers le ciel, Duo s'en va gravir les marches de l'escalier d'un pas feutré dans l'intention de passer une tête dans la chambre des enfants. À présent certains qu'ils dorment paisiblement, il passe dans la cuisine afin de réchauffer un reste de soupe maison…

- Miaou !

*Hein ?* se dit Duo.

- MiAAAou !

Promptement, le natté pivote pour se retrouver nez-à-truffe avec un chat. Un chat au pelage blanc et marron tigré.

- Tu sors d'où, toi ?

Aussitôt interrogé, le chat vient se frotter contre ses jambes.

- Milliardo a dû ouvrir les portes vitrées pour aérer et tu t'es glissé chez nous sans qu'il te voit… ça doit être ça.

Le chat ronronne de plus belle sous les caresses de Duo.

- Dis-donc, t'es pas bien gros toi, constate-t-il, grimaçant. Pas de tatouages, peut-il observer. Je ne sens pas de puce non plus… Aïe ! s'écrie-t-il soudain. Pu…, s'interrompt-il. La vache !

Touchant malencontreusement une petite blessure sous les poils du chat, Duo s'est fait griffer par l'animal. Inquiet, le félin semble partagé entre son instinct sauvage lui commandant de déguerpir et celui, de survie, lui indiquant de rester au chaud, sous la protection d'un humain disposé à lui offrir le gîte et le couvert.

- C'est pas des griffes que t'as, c'est des couteaux de cuisine ! constate Duo. C'est pas grave, le rassure-t-il d'une voix douce. Je vais te faire une petite gamelle de poulet, te donner de l'eau et t'auras qu'à choisir l'endroit qui te convient pour dormir. On fait comme ça ?

- Ma-ou !

- Si tu veux rester… Si tu te sens bien, ici… Sache que tu es le bienvenu.

Comme s'il comprenait les intentions louables du natté, le chat le regarde fixement de ses yeux bleus, ronronnant et miaulant à chacune des questions de son nouvel humain de compagnie.

- On voit clairement que t'es dehors depuis trop longtemps, poursuit Duo, tout en s'affairant à préparer sa gamelle. Je sais reconnaître un chat errant quand j'en vois un. Les enfants vont être si contents ! J'suis sûr que 'ro va t'adorer…

Songeur, Duo s'assoit sur le sol carrelé de la cuisine, à côté du chat, pendant que celui-ci dévore son festin. Ressentant la brûlure de sa griffure, le natté cherche un nom pour cet adorable matou.

*Pirate ! Non… il griffe dur, ce terrible ! Dague… Canif…*

Le félin interrompt le fil de ses pensées en se léchant les babines, satisfait d'avoir le ventre à moitié plein. A moitié seulement ; Duo sait qu'il n'est pas bon de lui donner trop de nourriture en une seule fois. Sous le charme, il le prend doucement dans ses bras, laissant au chat le choix de le lui refuser. Acceptant volontiers son nouveau compagnon à deux pattes, le chat se remet à ronronner, confiant.

- Ah, mais… ? T'es pas un chat, toi ! T'es une minette.

Comme si elle voulait lui confirmer l'évidence, la chatte papillonne doucement des paupières.

- J'ai trouvé ! se félicite-t-il à haute voix, tout en gagnant sa chambre à coucher.

Et oubliant sa soupe.

- Katana ! Je vais demander aux enfants s'ils sont d'accord pour que l'on t'appelle : Katana. Tu serais d'accord, ma belle ?

Un faible miaulement approbateur lui répond.

Ravi, Duo pose délicatement la chatte sur le lit.

- Quand 'ro rentrera, tu décamperas de toi-même vers un lieu plus calme. Beaucoup moins agité ! ajoute-t-il en souriant.

La chatte ayant déjà trouvé l'endroit idéal, à la place d'Heero, Duo s'en va dans la salle de douche.

*Quand 'ro rentrera…* se répète-t-il, les yeux dans le vague. *Quand… ?*

Tout à son angoisse, Duo est loin d'imaginer les prochaines discussions passionnées qui ne manqueront pas d'avoir lieu autour du prénom de la minette…

Si le natté a déjà son idée : Katana, les enfants auront tôt fait de couper la « chose » en deux.

Ainsi, Daniel souhaitera l'appeler simplement : Cat. Tandis qu'Akane optera pour un nom féminin issu d'un de ses contes préférés : Anna.

Dans l'impasse - chacun d'eux appelant l'heureuse minette par sonpropre prénom - Duo ignore encore qu'Heero saura trancher sur la question du félin. Choisir le prénom qui mettra tout le monde d'accord : Kat'anna !

À suivre…

Note :

(A) : « Le Miam-Ô-Fruit – Le Guide du Miammeur » de France Guillain

Note de fin : Vous l'aurez compris, ce nouveau chat-personnage est une spéciale dédicace à Kat'anna… Merci à toi pour ton soutien durant mes années d'écriture sur ce dossier.

Alinea63, merci beaucoup pour ton message. Cela m'a fait chaud au cœur ! Le temps s'accélère toujours en fin d'année… Je vais faire mon possible pour poster à temps, entre ce mois-ci et le mois de janvier, mais ne m'en voulez pas si je saute une semaine.

Bon week-end à vous et je l'espère de tout cœur…

à la semaine prochaine !

Kisu

Yuy