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Carte Noire,
un voleur nommé désir
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Source : Gundam Wing AC
Auteure : Yuy
Bêta de lumière : Lysanea
Genre : yaoi, romance, policier et UA.
Disclamer : aucun des personnages ne m'appartient sauf Black Light, Kimo Lost/Maxwell dit « Le Joker », Scarlette, Jenna et John Johnson, Gale et l'Inspecteur Morris, Aideen dite « L'Irlandaise », Masanaga dit « Le Japonais du Sud », Joe Fisher, le Gardien du loft 781, Lionel et Jeff, Akane, Lieutenant Nanako Gotô, Yumi, Capitaine Marc Guérin, Capitaine Alec Bowers, Lieutenant Antoine Faure, Capitaine Blake McGuire, Agent spécial Kale, Jack Glade, Anita Stones, Faye Ship, Ito Li, Barbara Linardt, Stan et Shawn McGuire, Steve Harris, Akito, Towika, Eichi, les frères Studners, Commandant Giuliano Cortesi dit Elmo, Gasper, Rosy, Charles, Luca, Standford, Surk, Shin-ji, Estelle, Docteur Akeno, Antonio, Katrine, Vincent, Fernand Faure, Isabelle De la Forgerolle-Faure, Cure-dent, le Colonel Jackson, Maurice Bailey dit « le géniteur », Daniel Bailey, Freddy, Miss Lili, Phoebe, Jason Stich, Hakim, Stuck, Jackie, Jake MacCain, Sean Davis, Silvio, Rosy MacGarette, l'Agent spécial Tsuki, Vincent, Antonio, Alexandra, Steven, Kylian, Monsieur Fernot, Monsieur Boyer, Maître Joly, Charles Dubois, Hisa, Shunichi Abe, Kei, l'Agent Gere, Fuhito, le Colonel Patchak, l'Agent spécial Anaé Maeda et le Maréchal Forb…
Couples : Heero x Duo ; Trowa x Quatre
Note : Le destin destiné…
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Lime
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À Ly-chan, mon impérissable
et à tous les lecteurs
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Bonne lecture !
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20 – L'union pacifique
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Par une belle nuit étoilée…
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Le siège du Congrès Mondial de l'Union Pacifique est symbolisé par un bâtiment majestueux d'un blanc immaculé, surmonté d'un dôme doré étincelant.
- C'est absolument splendide ! souffle Shawn, impressionné.
Vêtus d'un smoking sur-mesure, Quatre et lui respectent ainsi l'indication « black tie » du carton d'invitation : veste à un ou deux boutons, pas plus, revers satinés, cran aigu, ou col châle, boutons couverts de satin ; chemise blanche à plastron et col cassé ; nœud papillon ; pantalon gansé de satin ; bas en soie et chaussures vernis. (1)
Tout cela n'est pas négociable ; une soirée de Gala impliquant de monter les marches d'un Palais, de danser une valse ou de partager un verre avec une tête couronnée. Seul le gilet, sous la veste, est optionnel. L'ensemble sera, bien évidemment, noir. (A)
C'est donc avec distinction que les deux hommes gravissent les marches du Congrès recouvertes d'un tapis rouge pour l'occasion, le regard levé vers le faîte de l'édifice.
- Relena désirait bâtir un phare d'espoir, afin que tout homme doué de raison et mué d'une volonté sans faille puisse aisément trouver la voie qui mène à la sureté du cœur, lui apprend encore Quatre.
- C'était une grande Dame, admire Shawn, employant l'un des surnoms de Relena. Je regrette tant son absence… sans vouloir t'offenser ! ajoute-t-il précipitamment.
- Penses-tu ! le tranquillise l'empathe. Mon amie me manque, à moi aussi.
Parvenu en haut de l'escalier d'honneur, Shawn s'immobilise devant les portes marquant le premier sas d'entrée.
- Je perçois ta nervosité, confie Quatre, tout en prenant délicatement l'une de ses mains entre les siennes.
- C'est là ma première sortie publique et tu as vu les choses en grand, répond Shawn. Néanmoins, tu dois également percevoir toute la confiance que je place en toi. Je suis certain que tout se passera bien.
- Oui, tout se passera à merveille, confirme Quatre en le libérant.
Rasséréné par l'aura de son ami, Shawn le dévisage un instant, puis lui sourit à nouveau.
- Bonsoir, Messieurs, vient les accueillir l'un des réceptionnistes en charge des invités. Soyez les bienvenus au Huitième Congrès mondial sur l'Union Pacifique.
Relena n'avaitpas terminé d'imposer les nouvelles frontières en AC 199 qu'elle s'employait déjà à créer le Congrès en AC 200. Au moins, la jeune femme et mère battante aura eu la satisfaction de participer aux quatre premières éditions… avant de perdre la vie en AC 204 sous les feux des opposants.
- Voici le programme de la soirée, poursuit le réceptionniste en leur tendant un dépliant chacun.
Shawn et Quatre s'en emparent en remerciant l'homme, puis s'engouffrent dans le luxueux hall de réception. Comme Shawn l'a prédit, il ne tarde pas à devenir le point de mire de la Cour. Dès l'instant où Quatre et lui ont fait leur entrée, tous les regards ont convergé vers eux. Et plus particulièrement vers Shawn.
Toutefois, il ne craint plus d'être assailli, protégé comme il l'est par son nouvel ami et mentor : Quatre.
L'héritier filtre efficacement les personnes susceptibles d'être présentées à son jeune ami. Il prend soin de les choisir en fonction de leurs tempéraments, du ton et du tenant de leurs discours politiques… tout en veillant à ce que Shawn préserve cette faculté admirable à s'adapter. L'exercice est suffisamment éprouvant nerveusement pour que Shawn n'ait pas en plus à éconduire d'éventuels soupirants. Au moyen de sa diplomatie légendaire et de son regard intimidant, Quatre doit encore en dissuader quelques-uns d'encercler Shawn, avant que le message fasse discrètement le tour des convives.
- Je ne suis pas doué pour ces choses-là, s'excuse Shawn. Sans ton appui et ton aptitude extraordinaire à cerner les gens, j'aurais sans doute rebroussé chemin. Alors que, dans cette configuration actuelle, je m'inquiète moins du risque de te mettre dans l'embarras.
- Tout est question de pratique, le rassure Quatre. N'oublie pas que je suis né dans un panier de crabes en or massif.
Apaisé par la présence de l'héritier, Shawn sourit, éblouissant la Cour de sa beauté pure.
- Tu n'es pas comme les autres, Quatre. Tu es si doux, si bienveillant… si…
Il finit par s'interrompre, visiblement interpellé par ce qui s'est probablement découvert à son regard à l'instant même où il parlait.
Intrigué, Quatre doit se retourner afin de voir ce qui retient l'attention de son ami avec tant de force et d'attraction. C'est alors qu'il aperçoit l'héritier Peacecraft prendre congé du Maréchal Forb pour s'avancer vers eux…
Absolument subjugué, Shawn n'est plus capable d'articuler le moindre son, ni de sortir de sa fixité. De son côté, Milliardo pose sur lui un regard ouvertement scrutateur.
Intense.
Se dressant entre les deux hommes, Quatre esquisse un doux sourire.
*Milliardo est un homme d'une grande beauté. Shawn n'est pas le premier à en être fasciné, mais peut-être est-il celui qui fascinera Milliardo en retour ?*
- Quatre, j'espérais bien te compter parmi nous, déclare Milliardo, une fois parvenu à leur hauteur.
- Tu sais bien que je raffole des petits fours, plaisante-t-il en guise de salutations.
Milliardo lui rend son sourire, ravi que l'héritier Winner ait retrouvé son équilibre de vie en la personne de Trowa, mais il a bien du mal à détourner son regard de celui que Shawn pose toujours sur lui. Sans filtre.
Aussi, Quatre ne les fait pas languir davantage.
- Milliardo, laisse-moi te présenter Shawn McGuire. Shawn, j'ai l'honneur de te présenter mon ami l'Ambassadeur de la Paix, Milliardo Peacecraft.
Simultanément, Milliardo lève un sourcil interrogateur pendant que Shawn ouvre grand les yeux sous l'effet de la surprise.
- Vous êtes le frère cadet de l'Agent spécial Blake McGuire ? s'enquiert l'ambassadeur.
Il ne peut qu'être étonné de trouver l'un des hommes séquestrés par le Japonais du Sud, ici, et sans qu'aucune séquelle ne soit visible, ni même perceptible au premier coup d'œil.
*A son maintien, d'aucun dirait qu'il sort d'une grande école et qu'il est issu d'une noble famille* se dit-il, éprouvant une réelle difficulté à associer les deux frères McGuire. *Blake et Shawn n'ont plus rien en commun, désormais* analyse-t-il, tout en espérant qu'ils puissent surmonter cette épreuve et nouer une complicité nouvelle.
- Vous êtes le frère aîné de Dame Relena ? l'interroge Shawn à son tour, plutôt que de répondre.
Sous le regard curieux de Quatre, les deux hommes se mettent à rire ; à rire d'eux-mêmes. En dépit des présentations faites par leur ami, Milliardo et Shawn ont malgré tout demandé confirmation de leur identité.
- Cela n'a jamais été bien flagrant, je vous l'accorde, admet Milliardo.
Entre humilité et flagellation.
- Détrompez-vous ! s'emporte Shawn.
Avec une rare élégance, néanmoins.
- Malgré toute la bonne volonté du monde, le cheminement vers l'intégrité reste difficile. Et quand cela implique de se battre contre la mauvaise foi, alors cela devient laborieux. Pourtant, j'admire votre faculté à rebondir et vos approches pédagogiques sur des sujets épineux comme le sont le commerce équitable et l'éradication de la pauvreté dans le monde. Seulement… beaucoup oublient que la pauvreté ne se résume pas qu'au seul aspect financier. D'après moi, elle se divise en deux états : monétaire et spirituel. Je ne crois pas m'égarer en affirmant que la richesse matérielle découle rarement du mérite.
Positivement stupéfait, Milliardo le considère, sans voix, n'ayant d'yeux que pour ce qui lui semble être une apparition.
- Je constate que l'existence de Milliardo te passionne bien plus que la mienne, le taquine gentiment Quatre.
- A ton exemple, Monsieur l'Ambassadeur ne m'a jamais semblé faire cas de son existence pour servir la noble cause du chacun pour tous, se justifie le jeune McGuire. Je me suis souvent fait la réflexion que votre mission n'était guère facilitée par les leaders du Marché économique mondial. Le profit est une nécessité malheureuse et j'ai souvent l'impression que nous troquons un chaos par un autre.
- A l'heure où la technologie est à son apogée, la moralité peine encore à l'emporter sur la cupidité, approuve Milliardo.
- Il y a si peu à dire et tant à faire…, s'effraie doucement Shawn.
L'ambassadeur est littéralement subjugué par l'aura resplendissante de ce jeune homme.
*Vivre tant de misère et en ressortir sans une once de perversité force l'admiration* pense-t-il. *Treize, voici donc apparaître la preuve de ce que nous savions déjà en notre temps : bien exilé est celui qui ne jure que par le pouvoir…*
- Votre raisonnement est d'une grande finesse. Je ne m'étonne plus de vous savoir sous la protection de Quatre.
- Il accepte de me sacrifier une partie de son emploi du temps. Je n'ignore pas combien votre temps est précieux, à tous les deux.
- Être en votre compagnie est loin d'être un sacrifice, mon cher, lui assure Milliardo. Il serait plus juste d'associer ce délicieux moment à une parenthèse idyllique.
- Vous me flattez.
- Je crois n'avoir jamais rencontré de personne qui soit si sublime et faisant montre d'une humilité sans attente. Je dois vous l'avouer, Monsieur McGuire… je suis enchanté de faire votre connaissance et plus encore charmé par votre douce lucidité. Je réalise, en me tenant à vos côtés, m'être trop accoutumé à la dureté du rapport humain. Les hautes sphères ne sont que la partie reluisante des bas-fonds de la société.
- Il m'est étrange que l'on me traite ainsi. Je ne suis qu'un homme sans importance… Il me semble donc immérité que vous m'accordiez tant d'égard. Vous, plus qu'aucun autre.
- Il me semble à moi que vous mériteriez tous les éloges. Les miens, plus que tous ceux que vous pourriez être amené à recevoir.
Troublé, presque apeuré, Shawn recule d'un pas.
- Pardonnez-moi, s'empresse de le retenir Milliardo. J'ai manqué de tact… Durant un instant, vous m'avez fait oublier la douleur et l'atrocité de vos épreuves récentes.
- Vous n'êtes pas en cause. Simplement, tout me paraît si absurde et si captivant à la fois… Je ne sais plus où poser mon regard et je crains de m'exposer à de trop grandes déceptions.
- L'exaltation a aussi du bon… Shawn. N'ayez pas peur de vos désirs nouveaux.
Shawn se sent rougir, le cœur battant à tout rompre.
- Puis-je espérer faire partie de votre cercle d'amis ? s'enquiert Milliardo.
Sa belle éloquence envolée, Shawn ne sait pas quoi répondre. Il se contente donc de contempler l'un des hommes qui l'avait tant intéressé durant sa captivité et qui se révèle être celui qui fait bondir son cœur dorénavant.
- Oui, articule-t-il finalement. Avec joie, Monsieur l'Ambass…
- Milliardo, l'interrompt-il d'une voix douce.
- C'est si familier, refuse-t-il. Je ne peux pas concevoir de…
- Je vous prie d'accéder à ma requête, lui demande-t-il instamment. Je souhaite véritablement devenir une personne de confiance pour vous.
- Quatre m'ayant déjà formulé ce vœu, je suppose que je peux reproduire cet effort… pour vous, accepte-t-il.
- J'en suis heureux, se réjouit Milliardo.
Les yeux dans les yeux, les deux hommes ne réalisent toujours pas que Quatre les a quitté quelques longues minutes plus tôt…
L'empathe ne les a pas perdus de vue et veille toujours sur Shawn, mais son instinct lui dicte de les laisser en tête-à-tête ; Milliardo faisant office d'écran protecteur autour du jeune homme, aussi sûrement que Quatre !
*Eh bien ! Si je m'attendais à ça…* se dit l'empathe, au loin.
Il n'est pas sans ignorer l'attitude volage de Milliardo. Depuis la mort tragique de Treize avec qui il vivait un amour-amer, Milliardo s'est évertué à éviter toute sorte d'attachement amoureux… jusqu'à ce jour. Quatre ressent nettement le changement s'opérer en son ami. Un changement serein et solide. Par ailleurs, Shawn n'est pas en reste. Bien qu'il soit bouleversé, Quatre comprend qu'il hésite encore à se lancer dans l'aventure de sa nouvelle vie.
- Ma sœur a eu la folie des grandeurs ! déclare Milliardo, d'un ton léger.
Le sourire de Shawn s'étire, les yeux brillant d'allégresse.
- Le Congrèsest très esthétique, poursuit l'ambassadeur, mais la partie que je préfère est les jardins à la française. De nuit, ils révèlent un autre visage…
- Un bas les masques ? se hasarde innocemment Shawn.
Durant un bref instant, Milliardo se remémore la colère de Zechs Merquise…
- La nature ne souffre d'aucun compromis et n'obéit qu'à elle-même, fort heureusement.
- Il me tarde de découvrir ses merveilles… à travers vous, ose-t-il révéler à haute voix.
- J'espérai que vous diriez cela, avoue Milliardo. Puis-je ? demande-t-il ensuite, l'invitant à s'avancer d'un geste galant.
- Bien volontiers.
Les deux hommes se dirigent donc d'un pas lent vers la grande terrasse en pierre, depuis laquelle ils s'engagent dans l'une des allées menant aux bosquets à thèmes.
Considérant son rôle de mentor avec le plus grand sérieux, Quatre les observe s'éloigner. Il n'envisage pas de les suivre, cependant. Se fiant à son empathie, l'héritier s'applique plutôt à participer aux débats qui animent la Cour…
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Au bout de deux longues heures, Quatre décide enfin de partir à leur recherche… parvenant à emporter avec lui trois coupes de champagne. Et c'est toujours sans aucune inquiétude qu'il finit par les trouver tous deux, tranquillement assis sur le banc des paons géants, constitués de mousses et de fleurs piquées.
- Pardonne-moi, Quatre, s'excuse Shawn, tout en venant le délester de deux coupes.
Pour tendre l'une d'elle à Milliardo, ensuite.
- Je n'ai pas vu le temps passer, ajoute Shawn.
- Moi, si ! répond Quatre, faisant doucement rire Milliardo.
Shawn comprend que son mentor insinue s'être un peu ennuyé à devoir parlementer à l'excès, afin d'obtenir parfois moins que le minimum requis.
- Bien que je ne regrette absolument pas de m'être exclusivement consacré à mon nouvel ami, je ne peux m'empêcher de me sentir coupable de t'avoir abandonné.
- Ne dis pas de bêtises, le réprimande gentiment Quatre.
Secrètement ravi de la prise de position douce, mais ferme, du jeune McGuire.
- Raconte-moi plutôt ce que tu retires de ta première expérience en zone courtoise ? poursuit l'empathe, un brin ironique.
A cette expression dédiée tout comme l'est devenu le terme « Cour », Milliardo esquisse un doux sourire moqueur, quand Shawn médite sérieusement la question.
- Eh bien… A dire vrai… je n'ai rien vu du Congrès, avoue-t-il, les joues empourprées par l'émotion. Milliardo et moi avons bavardé et de fil en aiguille, il m'a aimablement proposé de me servir de deuxième guide. Tu sais combien j'apprécie ta compagnie, mais tu ne peux pas te soustraire à tes obligations indéfiniment et pour mon seul profit.
- Si tu te sens à ton aise en société et que tu trouves des amis auprès de qui évoluer sans crainte, alors mon objectif est atteint, le tranquillise l'empathe. J'espère tout de même que tu n'hésiterais pas à me consulter, si tu devais douter.
- Tu fais d'ores et déjà parti de mon cercle d'intimes, Quatre. Tu es si charitable… Je ne sais comment te remercier…
- Je ressens que cette nouveauté exquise te donne le vertige, mais n'oublie pas de parler régulièrement à ton frère. Il aura besoin de ton aide pour supporter ton prochain départ.
- Mon départ ? s'étonne Shawn.
- Milliardo ne t'a-t-il pas déjà suggéré de travailler à ses côtés ? répond Quatre, l'œil brillant d'intelligence.
- Oui… en effet, confirme Shawn, pris de court. Milliardo est tout à fait disposé à m'intégrer dans son équipe.
Soudainement inquiet, Quatre consulte Milliardo du regard : les membres de son escouade ont beau œuvrer à ce que son mandat se déroule sans anicroches, ils n'en restent pas moins avides de pouvoir et de notoriété, jouant des coudes dans le seul but de se faire valoir. Shawn ne saurait endurer un tel rapport de force et à ce niveau-ci de perversité.
- Si Shawn accepte mon offre, il serait dès lors mon conseiller particulier et m'accompagnerait lors de mes déplacements professionnels, le rassure subtilement l'ambassadeur.
- Oh, mais j'y consens ! rebondit Shawn, de peur de manquer cette opportunité rêvée. Vous êtes bien aimable de m'engager sans qu'aucune preuve de mes compétences hypothétiques ne vous soit apportée.
- Vous êtes plus qualifié que la plupart des prétendants au titre, certifie Milliardo. Plus que je ne l'ai jamais été.
- Oui, Milliardo est d'une amabilité légendaire, confirme Quatre entre taquinerie et mise en garde.
- Shawn n'ignore plus ma fuite en avant, révèle Milliardo.
- Je veux m'assurer que tu sais vraiment ce que tu fais, Shawn, insiste l'héritier. Tu sors à peine de l'hôpital et tu dois entreprendre un long travail de reconstruction.
- Je veux être auprès de Monsieur l'Ambassadeur, confirme le jeune homme.
Mais face au regard inquisiteur de Quatre, Shawn se sent obligé de se mettre à nu ; quelque chose lui dit que l'héritier fait et fera toujours preuve d'une vigilance redoutable.
- Je souhaite me rapprocher de Milliardo, avoue-t-il alors, sans détours.
Là encore, Quatre échange ce même regard intraitable avec l'ambassadeur. Une intransigeance qui promet des représailles mémorables si Milliardo devait mal se conduire envers Shawn.
En conséquence et afin d'écarter tout doute, Milliardo accepte de délivrer le fond de sa pensée.
- Shawn ne désire rien de plus que de vivre honorablement et je fais ici, devant toi, le serment de m'atteler à la double tâche de l'y aider, tout en ne ménageant pas mes efforts pour me hisser à sa hauteur.
Pour tout accord et après un silence, Quatre lève sa coupe de champagne.
Satisfait.
- A quoi trinquons-nous ? s'enquiert Shawn, désireux de clore cette discussion un brin embarrassante.
- A l'union pacifique ! propose Quatre, d'un air entendu.
Cette fois-ci, Milliardo ne rit pas, mais l'éclat nouveau dans son regard bleu acier suffit à confirmer ses nobles intentions…
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En fin de soirée…
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Peu avant de quitter le Congrès, Quatre parvient à convaincre Shawn de se détacher de l'Ambassadeur de la Paix, ne serait-ce que du regard…
- Tu demeures inquiet, devine le jeune homme.
- Tu ne m'ôteras pas l'idée que tu vas un peu vite en besogne, confirme effectivement l'empathe.
Tout en discutant, les deux hommes finissent par s'installer sur la grande terrasse en pierre désertée par les convives, lesquels lui préfèrent la chaleur des salons.
- Ressens-tu une quelconque mesquinerie de la part de Milliardo ? l'interroge Shawn, d'un air peiné.
- Non, répond Quatre d'une voix douce. Je puis t'assurer de son sérieux, seulement, Blake risque de paniquer.
- Je vis dans le nouvel appartement de Nanako et de mon frère depuis dix petits jours et j'ai déjà l'impression de m'imposer.
Quatre fronce soudain les sourcils, sentant ce point-ci plus alarmant qu'il n'y paraît.
- Qu'est-ce que tu ne me dis pas ?
Avant de lui répondre, Shawn se frotte les bras, comme s'il avait froid.
- Blake s'est toujours préoccupé de mon sort. Il a toujours mis sa vie entre parenthèses pour moi. Je ne le supporte plus ! lâche-t-il avec une profonde émotion. Quatre, je veux lui montrer, lui prouver que je suis autonome… Je veux qu'il se sente le droit de se faire du bien. Nanako ne mérite pas de passer en second plan.
Ému, Quatre vient lui presser la main.
- Je comprends et c'est tout à ton honneur. Mais tu ne dois pas te précipiter tête baissée dans une relation, même prometteuse, sous prétexte que tu veuilles libérer Blake de la charge que tu crois être.
- Les apparences sont contre moi, admet Shawn. Toutefois, je puis te jurer mon désir véritable à vivre aux côtés de Milliardo.
Quatre soupire discrètement.
- Je vois que ta décision est prise et je la respecte. Cependant, il y a bien des choses à son sujet que tu ignores…
- Je crois deviner quelle autre inquiétude te taraude.
Quatre l'écoute, captivé par l'aptitude de Shawn à s'intégrer dans la société et à percevoir son prochain.
- Je n'imaginais plus possible de tomber amoureux et encore moins si vite après ces pénibles évènements. Pourtant, c'est arrivé. Et je n'ai pas peur… ou si peu. J'aime converser avec l'ambassadeur. J'aime le regard qu'il pose sur moi, à la fois respectueux et sans pudeur… Il me semble que le feu et la glace se livrent une lutte sans fin en son for intérieur, ajoute-t-il d'un air songeur. Néanmoins, je ne suis plus le garçon naïf et crédule que mon frère devait protéger. Le cœur de Milliardo est déjà pris par un autre et je l'accepte.
Quatre est stupéfait ! Masanaga s'est évertué à plonger Shawn dans l'obscurité du monde et pourtant, le jeune McGuire fait montre d'une grande sagacité…
*Il est tout ce dont Milliardo a besoin, en tant qu'ambassadeur et pareillement en tant qu'homme…* se dit l'empathe.
- Je souhaite seulement nous offrir, à tous les deux, de bons moments d'amitié amoureuse, poursuit Shawn. Ni plus, ni moins.
- Je me dois d'intervenir, s'empresse de l'interrompre l'héritier. Ton analyse ne saurait être plus juste, mais tu te méprends sur la relation chaotique qu'ont entretenu Milliardo et Treize Kushrenada.
Shawn ouvre de grands yeux.
- Son Excellence ?
- Oui, confirme Quatre. Dans l'hypothèse où son Excellence serait toujours en vie, Milliardo et lui en seraient toujours au même point mort.
- Je ne comprends pas…
- Ce serait comme de commander à deux étalons sauvages de céder du terrain à l'autre sans qu'aucun d'eux n'y consente jamais.
- C'est une impasse.
- Milliardo en est pleinement conscient et la tristesse que tu perçois n'est pas uniquement due à la perte de son meilleur ennemi, mais également à celle de sa sœur chérie. Il est le dernier des Peacecraft.
Pensif, Shawn prend le temps de la réflexion, le regard dans le vague…
- Je réalise que je ne sais finalement rien de lui.
- Tu as su voir l'essentiel, le rassure l'empathe.
- J'aime à le penser… Quatre, je veux encore te remercier de ton soutien inestimable…
- Shawn, le coupe-t-il doucement. Je le fais avec un immense plaisir, crois-moi.
Touché, le jeune homme lui rend son sourire.
- Il reste une facette… notable dont tu dois être mis au courant avant de persévérer dans la voie que tu t'es choisie.
- Laquelle est-ce ? s'intéresse Shawn.
- As-tu déjà entendu quelque chose concernant le Colonel Zechs Merquise ?
- Seulement qu'il œuvrait en étroite collaboration avec son Excellence et qu'il a brutalement disparu au moment de sa mort tragique.
- Tu sembles être bien informé. Ton érudition et ta culture générale ne font aucun doute. Pourtant, tu as eu l'air véritablement cueilli par l'apparition physique de l'Ambassadeur Peacecraft, alors que tu m'as immédiatement remis, lors de notre première rencontre à l'hôpital, expose-t-il.
- Masanaga s'était auto-proclamé mon dieu unique, le renseigne-t-il. Il filtrait lui-même mes lectures et découpait les photos, afin de me contraindre à l'idolâtrer, lui, et pas un autre. Fantasmer ne m'était pas permis si Masanaga n'en était pas l'objet. Par chance, il a oublié d'ôter la première de couverture d'un magazine financier. Tu es sans doute la seule personne d'influence à laquelle j'ai pu associer une image.
- Ton courage nous éblouit tous, déclare Quatre. Il n'est pas étonnant que l'ambassadeur soit sous ton charme.
Shawn lui sourit, ses yeux brillant désormais d'une joie paisible.
- Milliardo doit se sentir si seul, par moment… J'ai tant souffert d'être séparé de mon frère et plus encore, à la simple idée que je lui infligeais ma disparition.
- C'est pour cette raison que tu dois méditer la manière dont tu vas amener ta nouvelle résolution. Le pire est derrière ton frère et toi, ta vie n'est plus en danger, mais vous venez à peine de vous retrouver et il n'est pas prêt à te laisser partir si tôt.
- Loin de moi l'envie de lui faire du mal.
- Blake est bien entouré, le tranquillise-t-il.
- Ma décision de voler de mes propres ailes est d'autant plus grave qu'elle atteindra mon frère en plein cœur. Alors, si tu juges nécessaire de me dévoiler certains aspects de la personnalité de Milliardo, je suis preneur. Je n'ai pas le droit à l'erreur et je… je me demande qui se cache derrière ce masque, ajoute-t-il d'un air songeur.
Un instant, Quatre le considère de son regard turquoise…
- Nous serons mieux chez moi, tranche-t-il en se levant. C'est une longue histoire, annonce-t-il.
- Nous ne prévenons pas l'Ambassadeur de notre départ ?s'enquiert-il, peu enclin à s'éloigner de Milliardo.
Quatre esquisse un sourire en coin, l'air taquin.
- Milliardo doit se concentrer. Les rencontres qu'il peut faire ici sont d'une importance capitale, insiste-t-il encore.
Assoiffé de mieux connaître celui qu'il désigne comme l'élu de son cœur, Shawn emboite le pas de son mentor sans rien saisir du sous-entendu, brûlant déjà d'impatience quant à la simple idée de revoir son ambassadeur…
•
Quelques jours plus tard…
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Le week-end promet d'être ensoleillé.
Le Manoir Winner est une demeure splendide, indubitablement. Conçu de façon à laisser entrer un maximum de lumière naturelle, le Manoir semble pourtant mué d'une volonté propre à ne vouloir resplendir que lorsque ses occupants s'y trouvent réunis et heureux.
Encore aujourd'hui, Quatre se remémore la pénombre omniprésente dans ses murs, durant l'insoutenable période d'absence de Trowa…
*Et ce froid, ce froid glacial qui étreignait mon cœur et mon âme…* se dit-il, frissonnant toujours d'effroi en y repensant.
- … avoir un empêchement de dernière minute, est en train de dire Shawn.
Tiré de ses terribles souvenirs, Quatre parvient à tranquilliser son hôte ; une fois de plus.
- Milliardo peut se targuer d'être ponctuel et rien ne saurait le détourner de son chemin.
Il commence à bien connaitre Shawn et sa façon qu'il a de tirer sur sa veste impeccablement repassée lui indique sans l'ombre d'un doute les états de nervosité et d'impatience dans lesquels il se trouve.
- J'ai peur que son intérêt pour moi se soit éventé, se livre le jeune McGuire. J'admets faire figure de nouveauté pour les nantis, mais à long terme…
Il s'interrompt délibérément, laissant planer son pessimisme dans le silence qui suit sa déclaration.
- Je crois plutôt que c'est à l'Ambassadeur d'appréhender votre deuxième rencontre.
- Pourquoi cela ?
- Implicitement, il m'a confié la tâche de te dépeindre son portrait complet. Il doit être inquiet et craindre ton jugement, à présent.
- J'imagine que plus d'un prendrait la poudre d'escampette !
Pensif, Quatre continue de l'observer.
- Je me demande si ta certitude positive à son égard vient seulement du fait de ton attirance sans équivoque, ou bien de cette part de naïveté extraordinaire qui t'habite encore.
- Tu ne le sais donc pas ? le taquine-t-il, échangeant un doux sourire avec l'empathe.
- Je sais que tu ne fais pas cas de ton existence, allant jusqu'à te mettre en danger pour peu que tu estimes juste la cause que tu crois servir.
Shawn ouvre la bouche pour contester, mais il s'interrompt pour plonger dans une longue réflexion intérieure…
Le regard perdu sur la nature verdoyante du parc immense, Shawn voit sa contemplation méditative rompue par la sonnerie élégante du Manoir.
- Pas bougez ! prévient Quatre, amusé de voir Shawn si impatient.
Le jeune homme – qui s'est levé à la vitesse de la lumière - se rassoit… pour se relever ensuite dès que Quatre quitte la pièce…
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Le maître des lieux rejoint l'ambassadeur, sans précipitation. L'immense entrée dans laquelle ils se tiennent est magnifiquement fleurie et embaume merveilleusement. C'est un fait : ce Manoir n'est jamais aussi vivant que lorsque Quatre et Trowa y sont unis.
- Bonjour, Milliardo. Il était temps que tu arrives !
- Bonjour, Quatre, répond-il après avoir donné son pardessus à Gasper, le majordome.
L'accueil chaleureux de son ami ne le rassure qu'à moitié. Shawn ne l'accompagne pas et il se pourrait que cela soit le signe avant-coureur d'un refus à le revoir, net et catégorique.
Percevant sa fébrilité, pourtant parfaitement dissimulée derrière son masque d'impassibilité, Quatre décide de le tranquilliser sans plus attendre.
- Il t'attend dans le Salon d'été. Il t'attend depuis longtemps…
Secrètement apaisé et transporté de joie, Milliardo s'incline brièvement, avant d'aller retrouver le jeune McGuire…
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Dans le Salon d'été, Shawn sent son cœur cogner durement contre son torse. Il bat si fort et si vite qu'il en vient à se tenir le ventre sous la gêne que cela lui provoque… lorsqu'enfin, il entend la poignée s'abaisser et la porte s'ouvrir lentement, afin de laisser apparaître Milliardo.
- Tu es venu, l'accueille aussitôt Shawn.
- Tu es resté.
Bienheureux, le jeune McGuire lui adresse un signe de tête, le regard pétillant rivé à celui de l'aristocrate.
- Comment te sens-tu ? s'enquiert ce dernier, tout en refermant la porte derrière lui.
- Bien mieux, merci, depuis que Quatre m'a rassuré à ton propos.
Milliardo lève un sourcil, dubitatif.
- Je doute que son discours ait pu avoir cet impact.
- Il est aisé de projeter sur l'autre ce que la plupart d'entre nous portent au fond d'eux-mêmes.
Comme l'ambassadeur ne commente pas et laisse visiblement le choix à Shawn concernant la suite de leur histoire, ce dernier entreprend de combler l'espace qui les sépare. D'un mouvement lent et assuré, le jeune McGuire vient délicatement poser son front sur l'épaule de Milliardo, lequel se permet enfin de l'étreindre avec tendresse.
- Tu es sûr de toi ? l'interroge-t-il, le nez dans ses courtes mèches de cheveux.
Pour toute réponse, Shawn tourne son visage de façon à déposer un doux baiser sur son cou.
- Les gens ne manqueront pas de jaser, fait remarquer l'ambassadeur.
Frissonnant à souhait.
- Aucune de leurs paroles, vaines ou constructives, ne m'ont aidé à survivre durant ma captivité, se positionne-t-il fermement, tout en ancrant son regard déterminé au sien.
Longuement, Milliardo garde le silence tout en glissant ses doigts dans la chevelure douce et soyeuse de son ami.
- Je m'attendais plutôt à ce que tu rompes tout contact, avoue-t-il. Il serait logique et compréhensible que tu fasses le rapprochement entre Masanaga et moi. Nous sommes tous deux des hommes de pouvoir et n'avons pas la conscience tranquille.
- Chacun dans votre domaine, vous avez goûté à l'extrémisme, admet Shawn. Mais il n'a rien de comparable. Le parallélisme entre vous est proprement injustifié et des plus grossiers !
Milliardo esquisse un doux sourire, empreint d'une douce taquinerie.
- Serait-ce notre première dispute ?
Shawn répond à son sourire, mais reste déterminé à clarifier la situation, une fois pour toutes.
- Masanaga s'est laissé ronger par la haine, refusant toute idée de résignation, tandis que toi, tu as su mener le combat le plus ardu et le plus long qui soit : la lutte entre soi et Soi.
Milliardo est soufflé par l'étendue de son analyse, par sa capacité à trancher et à apprécier ce qui lui reste à vivre.
*Cet homme est un puits de sagesse…* se fait-il à nouveau la réflexion, in petto.
- Je sais aussi, reprend Shawn, la place inestimable que prend Treize dans ton cœur. Je ne prétends pas le remplacer, ni même bénéficier de la même bienveillance. Tu fais déjà preuve de beaucoup de courtoisie à mon égard. Je dois probablement t'apparaître terriblement naïf et je te suis…
- Tu es la chance de ma vie, finit par l'interrompre Milliardo. Je réalise, après coup, m'être interdit de rêver depuis bien longtemps… Peut-être même depuis toujours.
- Tu me flattes, mais…
- Nulle flatterie dans mes paroles, le coupe-t-il à nouveau. Je patienterais ma vie entière, s'il le faut, mais je suis bien décidé à t'offrir tout ce que ton cœur désire…
- Milliardo, souffle Shawn.
Avec sa délicatesse naturelle, il tend une main vers son visage sculptural, plongeant plus sûrement encore son regard dans le sien.
- En un éclair, tu es devenu tout ce que mon cœur désire, termine-t-il.
- Si vite, si tôt ? doute l'aristocrate, soucieux de ne pas brusquer les choses.
- Si tard, le contre Shawn.
Il ne peut se résoudre à l'embrasser le premier. Même s'il meurt d'envie de devenir son amant, il n'est pas dans sa nature de s'imposer. De dominer.
D'expérience, Milliardo sait reconnaitre une attente amoureuse. Alors, avec la plus grande douceur, celui-ci commence par resserrer son étreinte… avant d'offrir son premier baiser d'amour à son ami, son confident… son désormais compagnon.
Submergé par un flot de sensations plus enchanteresses les unes que les autres, Shawn hésite à rouvrir les yeux, de peur de perdre le fil de ses nouveaux délices…
Pourtant, il finit par ancrer son regard dans celui de Milliardo, lequel lui caresse tendrement la joue.
- Mon chéri…, commence l'aristocrate, d'un ton prudent.
- Ne me dis pas non, implore le jeune homme, désireux d'aller plus me dis pas que l'issue de notre relation est incertaine et que nous devons prendre notre temps. Je n'ai pas peur, Milliardo. Avec toi, je n'ai plus peur.
Séduit comme jamais il ne l'a été auparavant, Milliardo l'embrasse à nouveau, plus longuement, laissant enfin libre court à ses propres désirs… avant de verbaliser sa réponse à un souffle des lèvres offertes et rougies de Shawn.
- Je ne dis pas non.
Les jambes en coton, le cœur battant à tout rompre, Shawn sourit d'un air extatique, éblouissant encore un peu plus son ambassadeur…
Sans plus tarder, les deux hommes prennent congés de l'héritier, main dans la main. À la fois sereins et impatiens, Shawn et Milliardo regagnent la Demeure Peacecraft, afin d'unir leur volonté commune à ne faire qu'un…
•
Le lendemain après-midi…
•
Shawn est nerveux. Depuis une poignée de minutes, il se tient devant une porte, seule et immobile, s'attirant les regards curieux de quelques passants…
Puis, son besoin prenant le pas sur son angoisse, le cadet des McGuire finit par toquer à la porte de l'Agence d'Osaka, avant de réaliser qu'une sonnette est à la disposition des civils.
- Hey ! vient rapidement l'accueillir Duo. Salut, toi ! Entre…
- Bonjour, Duo.
- Quat' n'est pas avec toi ? T'es tout seul ?
- Oui, répond-il, tout en suivant Duo jusqu'en haut de l'escalier.
- Regardez qui va là ! annonce le natté à la ronde.
Immédiatement, Blake se lève pour aller étreindre son frère.
- Je ne t'ai pas beaucoup vu, cette semaine, se plaint-il. Quatre te garde auprès de lui trop longtemps.
- Je viens justement t'en parler. Je veux aussi saluer tes collègues, bien tardivement, je l'avoue et les remercier d'avoir permis ma libération.
- Viens, je vais te présenter tout le monde…
Shawn est très heureux de pouvoir discuter avec les personnes qui font partie intégrante de la vie de son frère. Il est rassuré de constater à quel point l'équipe est chaleureuse. Ils rient ensemble en partageant des anecdotes, souvent au détriment de Blake… lorsque Shawn blêmit, le regard rivé sur le bureau de son frère.
- Ça ne va pas ? s'inquiète Nanako.
- Tu… tu as gardé ce stylo Bic ? demande Shawn à son aîné.
- C'est tout ce qui me restait de toi, lui apprend-il.
Que Blake se justifie passe encore, mais qu'il est l'air penaud et Shawn, en colère, interpelle les preventers.
- Euh…, se manifeste Duo en faisant aller son regard de l'un à l'autre des McGuire. Y a un problème, BicMan ? interroge-t-il Blake.
- BicMan, répète Shawn. Je vois maintenant d'où vient ce surnom…
- C'est tout ce qui me restait de toi, insiste Blake, l'air grave.
Sans un mot, Shawn se rapproche du bureau pour se saisir du vieux stylo Bic … et le brise en deux morceaux avant de le jeter à terre.
- O-kay, articule Duo. Je crois qu'on a un problème…
Le silence qui suit ses paroles est chargé de stupéfaction. Ce Bic représente tant pour leur collègue ; à la limite d'un objet de vénération.
- Notre mère te l'a jeté à la figure en te disant d'aller au diable ! s'insurge Shawn.
- Tu l'as touché en dernier, tente encore Blake.
- Elle nous a mis dehors en nous jetant au visage tout ce qui lui tombait sous la main !
- C'est le dernier objet que tu as touché avant de partir…
- Ce stylo n'est pas à moi !
- C'est pourtant tout ce qui me restait de toi ! s'écrie Blake, les yeux baignés de larmes contenues.
Cette fois-ci, Shawn ne dit mot.
- J'avais bien ton sweet-shirt et tes tennis pourries, mais tout me ramenait à notre vieux Bic . Cette chose, insignifiante pour le reste du monde, nous reliait tous les deux. Tu rallongeais notre liste de courses avec ce stylo, tu m'écrivais des mots sur des post-it pour me prévenir de ton retard et me dire de ne pas m'inquiéter. Tu… nous nous en servions constamment, tous les deux. Nous n'avions pas le téléphone, rappelle-toi. Nous nous écrivions des mots, tous les jours et avec ce vieux Bic .
- Tu n'as pas pu te raccrocher à cet objet… Il ne me ramène qu'à de mauvais souvenirs avec nos parents.
- Il me rappelle la formation ronde de tes lettres et ton phrasé… d'avant et ta signature.
Bouleversé de voir cette tristesse infinie dans les yeux et sur le visage de son frère, bouleversé par ces souvenirs communs, Shawn vient le serrer très fort contre lui.
- TPF, souffle-t-il à son oreille.
- TGF, l'imite Blake en l'étreignant avec force.
- Ça veut dire quoi ? ose demander Alec.
- Ton Petit Frère, Ton Grand Frère, traduit Duo. Faut suivre, les gars !
Dès lors, chacun retrouve le sourire.
- Pardonne-moi, grand-frère, s'excuse Shawn en se détachant de Blake.
- Bah ! lâche Duo. T'inquiète, on va tous se cotiser pour lui acheter un autre stylo vieux et tout mâchouillé.
- Si cela ne vous dérange pas, j'aimerais le lui choisir moi-même.
Tout content, Blake dépose un doux baiser, presque paternel, sur la tempe de son petit-frère.
- Le Colonel Yuy n'est pas là ? demande Shawn en jetant un regard circulaire.
Comme si Heero pouvait apparaître par magie !
Dans un premier temps, cette question impose un nouveau silence tendu…
- Faut croire qu'il n'a pas envie d'nous voir ! répond Duo, amer.
… et dans un second temps, sa réponse fait grimacer les agents.
Élégant, Shawn comprend que ce sujet est sensible. Se sentant en partie responsable du froid qui vient d'être jeté, il se fait un devoir d'y couper court.
- Puis-je vous enlever mon frère, un instant ? Je dois m'entretenir avec lui d'un point essentiel à mes yeux.
- Pas un mot, toi ! Blake devance-t-il Duo, en pointant vers lui un doigt accusateur.
Lequel s'apprêtait effectivement à sortir une boutade, du style : « Pas sûr que Blake comprenne grand-chose ! ».
- Suis-moi, invite-t-il Shawn sur la terrasse. Alors, c'est à quel propos, p'tit frère ?
Shawn sent à nouveau son cœur s'emballer d'appréhension.
- J'ai eu beau en discuter avec Quatre et lui soutenir que cette réunion en tête-à-tête ne serait qu'une douce formalité… maintenant que je me tiens devant toi, je réalise que cet exercice m'est infiniment plus difficile que ce que j'avais prévu.
- Je vois mal ce que tu pourrais bien dire à Quatre que tu ne pourrais pas me dire à moi.
- Tu es contrarié que je me confie à d'autres, constate Shawn.
Blake pousse un long soupir.
- Bah, un peu, quand même ! Quatre est un type bien, mais je suis ton frère.
- Indubitablement, oui.
- Parle-moi, Shawn… Je peux tout entendre.
Son frère lui sourit. Un sourire tendre, triste et serein à la fois. Un sourire entre joie et chagrin. Un sourire indéfinissable… sans contour.
Non, Blake ne peut pas tout entendre. Shawn le sait, tout comme il pressent la réaction de son grand frère.
- Je…, commence-t-il avec un reste d'hésitation. J'ai rencontré quelqu'un, lâche-t-il enfin.
Cependant, il n'en demeure pas moins tiraillé entre soulagement et anxiété.
- Déjà ? s'écrie Blake, grimaçant.
- C'est un homme d'importance sur la scène politique. Nous nous sommes tout de suite entendus et il me propose de devenir son conseiller personnel.
Devant la fixité de Blake, Shawn choisit de marquer une courte pause. De son côté, l'aîné des McGuire ne sait pas quoi dire et hausse les épaules en signe d'impuissance.
- J'ai décidé… nous… nous avons pris la décision… d'emménager ensemble, reprend timidement Shawn. Je… j'envisage de quitter votre appartement. Bientôt.
Cette fois-ci, Blake se passe les mains sur le visage comme s'il voulait se réveiller et sortir d'un mauvais rêve.
- Hors de question !
Shawn fronce les sourcils.
- Je ne suis pas certain de comprendre…
- Tu ne vas pas emménager avec le premier inconnu au grand cœur qui passe ! Et tu ne vis pas chez Nanako et moi, mais chez nous. Et chez lui, ce n'est pas chez toi !
- Nos sentiments sont profonds et sincères, tente encore Shawn.
- Mon cul, ouais ! Non, mais tu t'es vu ? T'es beau comme un dieu, Shawn. Évidemment que l'autre type te veut dans son… dans sa vie, rectifie-t-il de justesse.
- Je suis bien conscient de plaire à la gente masculine, mais Milliardo n'est pas de ceux qui…
- Milliardo ? le coupe vivement Blake. Non, mais dîtes-moi que je rêve ?Tu sais rien sur ce type ! Et… et vous avez dix ans d'écart !
Blessé, Shawn se rembrunit.
- J'en sais suffisamment pour lui faire confiance et je doute que dix ans de différence d'âge suffisent à nous séparer.
- Ce type est un fêlé et un coureur de caleçons ! explose Blake. Ça t'a pas suffit de…
Maladroit, Blake doit à nouveau s'interrompre. Mais le sous-entendu sur Masanaga est lâché, percutant Shawn tel une dague plantée en plein cœur.
Le souffle court, ce dernier se met à reculer, pas après pas, le regard embué de chagrin rivé à celui de son grand frère.
- Je te demande de quitter Milliardo, assène Blake. Crois-moi, ça vaut mieux pour tout le monde.
De peur de hurler de désespoir, Shawn serre les poings, les larmes roulant à présent sur ses joues.
- Je ne t'obéirai pas, parvient-il à articuler d'une voix, certes tremblotante, mais néanmoins déterminée. Je t'aime, mais j'aime aussi Milliardo et je n'ai pas l'intention de me passer de l'un ou de l'autre.
- Shawn…
- Tu viens de t'exclure d'une partie de ma vie, le coupe-t-il avec courage. Seulement d'une partie et je…, bafouille-t-il.
Avant de prendre la fuite, abandonnant Blake sur la terrasse.
Seulement, si l'agent spécial pensait pouvoir prendre le temps de méditer sur ce qui vient de se produire… c'est mal connaître Duo.
- T'es con à temps partiel ou à temps complet ? l'attaque-t-il, tout de go.
Après le départ de Shawn, Duo s'est aussitôt précipité sur l'espace extérieur.
- Je ne sais pas comment on en est arrivé là, dit Blake, perdu.
- Moi, je sais. Tu veux garder ton frère pour toi tout seul… ça ne te rappelle rien ?
- Ne me compare pas à ça ! s'emporte-t-il, les mâchoires serrées.
- Masanaga aussi voulait Shawn pour lui seul. Masanaga aussi voulait l'empêcher de vivre sa vie.
- Tu ne sais pas, tu ne sais rien des intentions de mon frère !
- Il a rencontré quelqu'un et il veut déménager.
- Il te l'a dit ? s'étonne-t-il. Oh ! Quatre, croit-il comprendre, amer.
- Détrompe-toi. C'est pas bien compliqué à deviner. On a tous deviné.
- …
- Dire que je t'ai cru… Dire que je t'ai cru lorsque tu m'as dit vouloir le bonheur de ton frère.
- C'est vrai.
- C'est faux et archi faux !
- C'est Milliardo ! Il veut vivre avec Milliardo. Emménager chez Milliardo. Travailler pour Milliardo.
- Parce que tu crois que nous vallons mieux que lui ?
Cette question a le mérite d'être posée et de faire réfléchir…
- Quel homme n'a pas déraillé, au moins une fois dans sa vie ? reprend-il. Quel homme n'a jamais perdu pied ? Blake… On ne juge pas quelqu'un sur ses erreurs, mais sur sa détermination à les réparer. Je croyais sincèrement que tu l'avais compris… N'ai-je pas commis des fautes ? Des fautes graves ? Ne m'as-tu pas pardonné mon égarement ? Milliardo a perdu un à un tous les êtres qui lui sont chers et jusqu'à sa sœur.
Saisi par l'émotion, Blake se retrouve désormais incapable de prononcer le moindre son…
Le laissant seul face à lui-même, Duo se retire dans la salle d'investigations.
- Alors ? veut savoir Nanako, au nom de tous.
Elle est particulièrement inquiète pour son compagnon et ne peut s'empêcher de s'en vouloir de n'avoir pas su préparer l'homme qu'elle aime à cette fatalité.
- Il est secoué. Je serai d'avis de reprendre le travail… Toi aussi, Nana.
Une poignée de minutes plus tard, c'est le deuxième frère McGuire qui quitte précipitamment l'Agence d'Osaka.
- Duo, t'es un frère ! Un vrai ! a-t-il pris le temps de déclarer.
Avant de dévaler les escaliers menant au garage…
•
A la Demeure Peacecraft…
•
Blake n'est pas nerveux, mais terriblement impatient qu'on veuille bien lui ouvrir la porte.
Lorsqu'on l'invite enfin à entrer, Blake ne peut s'empêcher d'être impressionné par le choix luxueux des matériaux dont est fait la bâtisse. Les tapis, les meubles en bois vernis et dorés à l'or fin datant d'une autre époque, les colonnes, l'éclat du marbre poli, les fenêtres immenses et le silence… le silence drape les lieux d'un manteau de quiétude et de chagrin mêlés.
*Tout ici respire la richesse… et la misère de l'absence dû aux deuils* réalise Blake, in petto.
- Si vous voulez bien me suivre, Monsieur l'Ambassadeur va vous recevoir au Petit salon.
McGuire suit docilement le majordome, se demandant à quoi peut bien ressembler un « petit » salon pour des gens habitués à vivre dans des espaces hors normes.
Blake apprécie de se retrouver seul, un moment et d'avoir l'opportunité de détailler la pièce. Elle ne contient rien de moins que le strict minimum requis pour un lieu tel que celui-ci et en lien avec le rang princier qu'est celui du dernier des Peacecraft.
- Monsieur McGuire, le salue Milliardo, derrière lui.
Blake manque de sursauter et pivote sur lui-même.
- Je pense être en mesure de deviner ce que me vaut cette visite impromptue, poursuit l'aristocrate.
- J'en doute.
- Détrompez-moi…
Blake prend le temps de rassembler ses pensées. Il éprouve quelques difficultés à le faire, tant la présence et le regard perçant de l'ambassadeur sont écrasants. Intimidants. Et forcent le respect.
- Shawn m'a tout dit de vos plans.
- Les miens seuls ou… les nôtres, à votre frère et moi-même ?
- Les vôtres. A tous les deux, reconnait Blake.
Impassible, Milliardo va se servir un fond de liqueur.
*L'équivalent d'un loyer, sans doute* se dit Blake, sans jalousie ni méchanceté.
- Vous vous attendiez à ma visite, comprend-il, tout en refusant d'un geste de la main l'invitation de l'ambassadeur à l'accompagner dans sa dégustation.
- Je m'attends à ce que vous vous opposiez à notre union, reformule-t-il en reposant la bouteille sur son plateau d'argent.
- C'est ce que pense Shawn, à l'heure qu'il est. Et croyez bien que je le regrette, à présent.
- Vous ne le regretteriez que si votre frère vous a tenu tête.
- C'est le cas, avoue-t-il. Et j'en suis fier ! Cela prouve…
- … sa force de caractère ? propose Milliardo, face à son hésitation.
- Je… je l'ai traité comme un gamin, se reproche-t-il.
- Comme le font les aînés envers leurs cadets.
Durant un instant, Blake dévisage le désormais compagnon de son frère.
- Vous pourriez… lui demander de nous rejoindre ? Je souhaite sincèrement m'excuser et partir sur de nouvelles bases.
Milliardo fronce les sourcils.
- Shawn n'est pas ici.
Blake blêmit.
- Quatre ! dit-il. Il doit l'avoir retrouvé au Manoir ou à la Tour Winner.
Un coup de fil de Milliardo à l'héritier leur apprend que Shawn est introuvable.
Dès lors, les deux hommes se séparent afin de mener leurs recherches, chacun de leur côté.
Chacun dans le monde qui leur est propre et dont le point de rencontre s'incarne en la personne de Shawn McGuire…
•
Fort heureusement, Blake a l'intuition de rentrer chez lui.
Comme il l'espérait, il y trouve enfin son frère, sain et sauf, mais toutefois recroquevillé sur le canapé du salon, l'air souffrant.
- Shawn, murmure Blake, à la fois soulagé et penaud. Shawn, pardonne-moi. Si tu savais comme je m'en veux !
Libéré d'un poids écrasant et pas rancunier pour un sou, Shawn se jette dans les bras grands ouverts de son grand frère.
- Plus jamais ça ! tente d'articuler Shawn, en larmes. Plus jamais…
- Promis, p'tit frère. Promis, promis, répète Blake, le nez dans ses cheveux. Je te le jure…
Épuisé d'avoir pleuré tout son saoul, Shawn finit par s'endormir sur le divan. Après l'avoir recouvert d'un plaid, Blake s'empresse alors de prévenir Milliardo…
Enfin, Quatre. N'ayant pas la ligne privée de l'Ambassadeur de la Paix dans ses contacts !
- Blake ? répond rapidement l'empathe.
- Shawn est avec moi, chez moi… Tu peux joindre Milliardo et lui demander de venir à l'appartement ?
- Naturellement.
- Merci.
- C'est bien, Blake, le félicite-t-il. C'est bien…
Blake hoche la tête, puis, s'apercevant que Quatre ne peut pas le voir, répond par la positive, avant de raccrocher.
•
Rassuré, Milliardo arrive rapidement. Blake est toujours en train de caresser les cheveux de son frère, lorsque l'ambassadeur vient toquer doucement à la porte…
- Il se repose, lui apprend immédiatement McGuire.
Il s'efface volontiers pour laisser entrer son invité d'honneur et met tout en œuvre pour que Milliardo puisse s'installer confortablement auprès de Shawn.
Durant de longues minutes, les deux hommes le regardent dormir, son visage encore marqué par les larmes versées.
Lorsque le jeune homme commence à s'agiter, comme s'il fuyait un danger, Milliardo tend sa main afin de lui caresser la joue d'un geste aérien. Aussitôt, Shawn s'immobilise, puis s'apaise… sous les yeux émerveillés de son grand frère ; témoin de cette fameuse alchimie qui unit deux hommes s'aimant véritablement l'un l'autre, que lui a relaté Duo.
Avec la même douceur, Milliardo glisse sa main dans celle de Shawn, prêt à patienter le temps qu'il faudra, dans une position peu naturelle, jusqu'à ce que son amant en décide autrement.
- J'ai vraiment merdé ! lâche Blake à voix basse.
- Nous avons un objectif commun : prendre soin de Shawn.
D'un regard, les deux hommes s'accordent sur ce point.
- Je vous ai mal jugé, confie Blake.
- C'est inévitable, dès lors que nous nous permettons de statuer sur le sort de son prochain.
- Vous avez toujours réponse à tout, vous ! Vous êtes comme la clique des super-héros.
- Je crois que Shawn a eu le dernier mot, rectifie Milliardo, souriant.
Un sourire que Blake lui rend volontiers.
- La clique des super-héros ? se renseigne l'ambassadeur.
- Quatre, Trowa, Sensei… Vous voyez l'genre !
- J'en ai une petite idée.
Au bout d'un moment, Blake brise à nouveau le silence en se raclant la gorge afin de s'éclaircir la voix.
- Alors comme ça… Shawn va devenir votre Conseiller personnel ?
- J'ai besoin de son regard sur le monde.
- Okay… Vous voyagez beaucoup, non ?
- Shawn n'est pas tenu de m'accompagner à chacun de mes déplacements.
- Oh ! Il vous suivra. Jusqu'au bout du monde…
Les deux hommes s'entre-regardent, la mine grave, avant de reporter leur attention sur Shawn.
- Une raison supplémentaire, s'il en fallait une, de laisser à Shawn la barre et le gouvernail, murmure Milliardo, pensif.
Le noble compagnon de son frère a l'air si affecté que Blake n'a plus le cœur à l'interroger, ni même à douter de son engagement.
- Ramenez-le chez vous, déclare soudainement Blake.
- Je vous demande pardon ? s'étonne l'aristocrate.
- Shawn et vous… rentrez chez vous, confirme-t-il avec courage, le cœur battant.
Shawn a beau prendre son envol dans les meilleures conditions et en partant vivre à deux pas de chez lui, Blake a tout de même la sensation de le perdre une seconde fois…
- J'pourrais toujours vous rendre visite à l'improviste ! insiste-t-il face au silence prudent de Milliardo.
Ne doutant désormais plus de sa parole, celui-ci sourit en coin.
- Vous pourriez éventuellement passer sur un coup de tête, demain, aux alentours de dix neuf heures ?
- Rien ne vaut l'effet de surprise ! accepte Blake, très heureux.
- Vous et les vôtres serez toujours les bienvenus, assure Milliardo.
Alors que Blake hoche la tête un peu trop longtemps, Shawn ouvre lentement les yeux, comme s'il répondait à un signal. D'abord, son regard se pose sur Milliardo qui se tient devant lui. Puis, sur son frère, à ses côtés…
Pris d'un sursaut intérieur, Shawn se redresse vivement, le cœur serré par la panique.
- Tout doux, p'tit frère ! lance Blake de son air le plus léger qui soit. C'est moi qui ai appelé et invité ton compagnon à venir te chercher. On a discuté.
Ce qui n'a pourtant pas l'air de rassurer Shawn.
- Nous sommes sur la même longueur d'ondes, précise alors Milliardo.
Cette fois-ci, le jeune homme grimace joliment d'un air incrédule.
- Hey ! s'offusque faussement Blake. J'suis pas si bête, tu sais. J'me suis vachement amélioré, ces dernières années.
Shawn sourit enfin et se rassoit correctement face aux deux hommes de sa vie.
- C'est cool ! se réjouit-il avec sobriété.
- Ah ! le félicite Blake. Je savais bien que t'avais pas tout perdu de notre dialecte.
Cueilli, son petit frère se met à rire.
- Il se fait tard, il est temps de rentrer chez vous, annonce courageusement l'aîné des McGuire.
- Mais…, commence à protester Shawn.
- Tu veux pas vivre avec Milliardo ?
- Non, si, je le veux, mais…
- Y a pas de mais, Shawn. Tu rentres chez vous et on se voit très vite… Si tu veux bien d'un éléphant dans votre château de porcelaine.
Ému, Shawn sourit jusqu'aux oreilles.
- On rangera tous les bibelots, garantit-il, faisant sourire son grand frère.
Témoin de leur relation privilégiée, Milliardo se remémore le peu de temps passé auprès de sa sœur. Chagriné par sa perte et meurtri par le regret, l'aristocrate n'a pas conscience d'être dévisagé et surtout, deviné par son nouveau compagnon…
Finalement, Milliardo est tiré de ses pensées par le contact doux et chaud des doigts de Shawn sur sa joue. Aussitôt, leurs regards s'accrochent, plus parlant que mille mots…
- Rentrons, propose Shawn.
- Rentrons, confirme Milliardo, ébloui par tant de lumière.
- Ouais, bah, c'est bien c'que j'dis depuis trois plombes ! intervient Blake, davantage pour se donner du courage. Faut rentrer, là ! Nana va rentrer, elle aussi et je voudrais lui préparer un truc à manger…
Shawn et Milliardo se lèvent, le sourire aux lèvres.
- TPF, déclare Shawn à son frère.
- TGF, répond Blake, la gorge serrée. On s'voit vite, allez !
Cette fois-ci, les deux amants s'éclipsent, laissant à Blake le temps de se remettre de ses émotions avant de devoir tout raconter à Nanako. Toute l'histoire, dans les moindres détails…
•
Au beau milieu de la nuit…
•
Le silence malheureux qui règne habituellement à la Demeure des Peacecraft n'est plus. L'oubli, le manque et la souffrance n'imprègnent déjà plus les lieux ; ou si peu. Seulement troublés par les sons de la vie nocturne de la faune, les jardins et la Demeure semblent resplendirent sous la lumière lunaire. Comme plongés au cœur de cet écrin, les deux hommes se lovent l'un contre l'autre, l'un en l'autre… inlassablement.
Une main reposant nonchalamment sur le torse nu et incroyablement musclé de son homme, Shawn lui sourit de cet air si pur, si innocent qui le caractérise.
- Je crois bien que Son Altesse Royale s'est amourachée de moi, susurre-t-il tout en se remémorant sa folle journée.
Caressant le dos de son compagnon, tout en perdant ses doigts dans sa courte chevelure… Milliardo le dévisage avec sérieux.
- Je t'aime, Shawn.
Amoureux fou, le jeune homme se penche à nouveau vers Milliardo, glissant sensuellement son corps sur le sien. Puis, le cœur battant à tout rompre, Shawn effleure lentement les traits de son visage… terminant par sa bouche aux lèvres si tentatrices.
Milliardo le laisse faire, fasciné par la façon unique qu'à Shawn de le toucher, de partir à l'exploration de son corps et de son être…
Et alors qu'il s'attend à ce que Shawn lui déclare sa flamme en retour, ce dernier se contente de le contempler.
Longuement et sans mot dire…
Avant de l'embrasser chastement d'une douce pression de ses lèvres sur les siennes.
- Je t'ai rêvé toute ma vie, souffle-t-il, ensuite, tout en entrelaçant leurs doigts.
Une invitation à se fondre en lui.
Encore et encore.
Une attente brûlante de désir à laquelle Milliardo répond avec plaisir en inversant lentement leur position.
En se lovant au creux de son corps…
Langoureux, attentionné et enfiévré…
À suivre…
Note :
(1) : black tie : cravate noire
•
(A) : extrait du site De Fursac point fr
•
Note de fin : J'avais envie d'une sorte de pause dans le temps, d'une bulle de douceur et d'élégance raffinée… Je voulais explorer, même superficiellement, le monde de Milliardo, de Quatre et offrir à Shawn son carton d'invitation pour sa nouvelle vie ; ainsi qu'à Milliardo, par la même occasion. J'espère que vous avez apprécié ce moment, tout comme j'espère que vous avez passé de bonnes fêtes… En tous les cas, vos reviews sont pour moi toujours un cadeau. MERCI du fond du cœur ! Alinea63, cette fois-ci, Duo fait une apparition dans ce chapitre dédié à un autre couple… En tous les cas, ce que tu me confies sur ton analyse des chapitres 18 et 19 est tout à fait juste ; ce qui, donc, me rassure énormément. Misaki, merci pour ta présence et tes encouragements. Merci aussi pour votre compréhension à toutes et tous, concernant mes « retards » de posts involontaires et qui me frustrent la première…
Vive vous !
à la semaine prochaine… dans la mesure du possible !
Kisu
Yuy ღ
