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Carte Noire,

un voleur nommé désir

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Source : Gundam Wing AC

Auteure : Yuy

Bêta de lumière : Lysanea

Genre : yaoi, romance, policier et UA.

Disclamer : aucun des personnages ne m'appartient sauf Black Light, Kimo Lost/Maxwell dit « Le Joker », Scarlette, Jenna et John Johnson, Gale et l'Inspecteur Morris, Aideen dite « L'Irlandaise », Masanaga dit « Le Japonais du Sud », Joe Fisher, le Gardien du loft 781, Lionel et Jeff, Akane, Lieutenant Nanako Gotô, Yumi, Capitaine Marc Guérin, Capitaine Alec Bowers, Lieutenant Antoine Faure, Capitaine Blake McGuire, Agent spécial Kale, Jack Glade, Anita Stones, Faye Ship, Ito Li, Barbara Linardt, Stan et Shawn McGuire, Steve Harris, Akito, Towika, Eichi, les frères Studners, Commandant Giuliano Cortesi dit Elmo, Gasper, Rosy, Charles, Luca, Standford, Surk, Shin-ji, Estelle, Docteur Akeno, Antonio, Katrine, Vincent, Fernand Faure, Isabelle De la Forgerolle-Faure, Cure-dent, le Colonel Jackson, Maurice Bailey dit « le géniteur », Daniel Bailey, Freddy, Miss Lili, Phoebe, Jason Stich, Hakim, Stuck, Jackie, Jake MacCain, Sean Davis, Silvio, Rosy MacGarette, l'Agent spécial Tsuki, Vincent, Antonio, Alexandra, Steven, Kylian, Monsieur Fernot, Monsieur Boyer, Maître Joly, Charles Dubois, Hisa, Shunichi Abe, Kei, l'Agent Gere, Fuhito, le Colonel Patchak, l'Agent spécial Anaé Maeda, le Maréchal Forb et l'Agent spécial Yuto…

Couples : Heero x Duo ; Trowa x Quatre

Note : Après le chapitre précédent que l'on peut qualifier de léger - dans le bon sens du terme - nous voici de nouveau dans le vif du sujet, prêts à replonger dans la vie trépidante du natté…

Lime

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À Ly-chan, mon impérissable

et à tous les lecteurs

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Bonne lecture !

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21 – Simple Groom

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Quelques jours plus tard,

au matin de la Cérémonie annuelle des nouvelles recrues preventers…

Assis sur le rebord de son lit, Duo fait grise mine. Vêtu de son pantalon d'uniforme, le dénatté a le regard fixé sur le reste de son nouveau costume d'agent spécial, fraîchement brodé à son nom et à son matricule. Dans un silence oppressant, qui ne doit rien à l'environnement calme et verdoyant du quartier, mais tout à l'humeur mollassonne de Duo, ce dernier n'a plus qu'une heure pour se préparer…

Pourtant, aujourd'hui est une date mémorable pour le voleur repenti. Contre toute attente, il va devenir un membre reconnu par tous et à part entière de l'Organisation Preventers. Surtout, il s'apprête à retrouver sa liberté de mouvement totale, dès lors qu'on lui ôtera son bracelet numérique, retirera sa puce micronisée sous-cutanée et rendra ses papiers d'identité.

Tout. Tout semble réuni pour que ce jour soit son jour.

Seulement… Heero n'est toujours pas rentré et rien ne permet de pronostiquer l'issue, favorable ou non, de sa mission « Baka ». Duo est le plus inquiet d'entre tous, mais Trowa et son mari ont tout de même jugé bon d'étudier les évènements politiques de la région concernée et ses alentours. Sans résultat.

Duo n'a jamais été partisan du « pas de nouvelle, bonne nouvelle », mais il ne sombre pas non plus dans le désespoir. Il s'impatiente, plutôt ; chaque jour un peu plus. Il est convaincu qu'il serait plus utile à ses côtés. Être loin de lui, avoir été tenu à l'écart de la vie militaire de son compagnon le ronge intérieurement. Devoir assister à une cérémonie, même si celle-ci se révèle d'importance le concernant, pendant qu'Heero risque probablement sa vie, lui procure une sensation de profond déplaisir.

Toc-toc-toc… toc !

- Entre, Tro', l'invite-t-il, d'une voix morne.

Il reconnait son code : trois coups rapides suivis d'un quatrième. Isolé. Un dernier « toc » qui le fait toujours frissonner d'appréhension bien qu'il n'ait rien à craindre de Trowa et qui ne manque jamais de faire frémir les autres… tant ce quatrième coup semble fatal. Toquer à la porte est censé annoncer ou prévenir son entrée imminente, mais l'effet ressenti par tous est tout autre. Ce quatrième son, en particulier, donne l'impression de rendre un jugement, de ne plus laisser d'autre choix que d'accueillir ou de subir la sentence du Colonel Barton.

- Prêt ? l'interroge celui-ci dans ses beaux habits d'apparat. Pas prêt, ajoute-t-il, lorsqu'il voit Duo.

Lâchant un long soupir de lassitude, Duo se lève dans l'intention de s'activer.

- Mon chaton et ma tourterelle sont prêts, eux ? s'enquiert-il.

Trowa l'observe séparer ses cheveux en trois parties égales, afin de commencer à faire sa longue natte.

- Ils sont surexcités.

- Oui, mais sont-ils prêts ? répète-t-ilavec impatience.

- Quatre s'occupe d'eux, répond Trowa, d'une voix apaisante.

- Désolé, s'excuse Duo.

- Nerveux ?

- Non.

- Déçu, morose, tendu, peut-être ? Ça fait un bail, maintenant, insinue-t-il.

Pour toute réponse, Duo lui lance un regard peu amène.

- Aïe, articule Trowa.

- T'es infernal, Tro' ! se plaint le désormais natté en boutonnant la chemise qu'il vient d'enfiler. Ou alors tu me casses les noix parce que tu sais quelque chose, soupçonne-t-il soudain avec espoir.

Face à son regard scrutateur, Trowa demeure impassible.

- T'es insupportable ! conclut donc le natté.

L'instant d'après, d'autres pas résonnent dans le couloir.

- Alors ? veut savoir Quatre, talonné de près par les enfants.

- J'arriiive ! grogne Duo.

Il a bien envie de persévérer dans sa mauvaise humeur, mais les regards admiratifs et plein de joie de Daniel et d'Akane le font finalement sourire et illuminent son visage.

- Voyez-vous ça ! leur lance-t-il en admirant leurs tenues de gala. Quelle élégance !

A ces mots, comme s'ils constituaient un top départ tacite, les enfants improvisent un petit défilé suivit d'une description détaillée de chacun de leurs vêtements et accessoires. Un temps que Duo met à profit pour terminer de se vêtir.

- Après la Cérémonie, nous avons prévu de fêter ta promotion au Manoir, lui fait savoir Quatre, tout en se lovant dans les bras de son mari.

- Towika vous en veut encore de ne pas l'avoir amené avec vous ?

- Moins, depuis que nous lui avons promis de rentrer tôt et en compagnie d'Akane et de Daniel.

- Je lui raconterai tout dans les moindres détails, assure Akane. J'ai une bonne mémoire et Towika a le droit de savoir.

- Savoir quoi ? s'enquiert Daniel, comme s'il venait juste d'être mis dans la confidence.

- Ce qui se trame dans la vie de nos parents.

Un instant, Daniel cligne des paupières, ne sachant que penser des propos énigmatiques d'Akane. Puis il lui demande, ravi d'avoir un agent infiltré pour sœur :

- Tu m'expliqueras les choses, à moi aussi ?

- Bien sûr. Tu peux compter sur moi.

Daniel sourit, dorénavant certain que son daddy ne pourra plus jamais rien lui dissimuler.

- Akane, mon ange, commence Quatre. Qu'entends-tu par « ce qui se trame dans la vie de vos parents » ?

- Eh bien… J'ai vite compris que vous n'étiez pas seulement nos papas, rend-elle les conclusions de son analyse. Vous vous occupez de beaucoup de choses à l'extérieur et il est très important pour Towika, Daniel et moi que nous puissions comprendre votre vie en dehors de la nôtre.

- Tu te fais du souci ? veut savoir Duo, tout en s'agenouillant à sa hauteur.

Avant de répondre, Akane échange un regard franc avec son daddy.

*Quand elle lance ce genre de regard, c'est fou ce qu'elle ressemble à son père !* pense Duo.

- Je ne veux pas qu'on me cache les choses importantes, prévient-elle. Je ne suis pas bête, je vois bien que vous voulez nous mettre à l'écart, parfois.

A ces mots, Daniel hoche la tête en signe d'approbation à l'égard de sa sœur et de désapprobation envers les trois adultes.

- Tu as raison, les conforte Duo, fin pédagogue. Votre père reste loin de nous par devoir et je n'aime pas ça. Maurice nous a quitté et j'ai peur que cela vous chagrine plus que vous ne voulez bien le montrer. J'ai peur que vous me cachiez des choses importantes, vous aussi. Pour nous protéger. Pour nous convaincre que vous êtes forts et que nous ne devons pas nous inquiéter pour vous.

C'est au tour des enfants d'être cueillis !

- On te cache presque rien, dad ! s'empresse de le rassurer Daniel.

- Presque, relève Duo, grimaçant.

- Papa va revenir, affirme Akane. Il revient toujours.

- J'en suis sûr, moi aussi, confie Duo. Mais…

- Tu préfèrerais partir en mission avec lui, hein ? lâche Daniel.

- Oui, avoue leur daddy. Mais seulement si vous êtes d'accord.

- On l'est, assure Akane.

- J'ai encore un peu peur, mais si Akane peut le supporter, alors moi aussi, promet courageusement Daniel.

- Et on n'est plus triste pour Maurice. Dis-le-lui, Daniel, le presse sa sœur.

- Ouais, il est parti en paix, confirme-t-il avec une sérénité non feinte. C'est Heero et toi, mes papas. Maurice est avec ma mère, maintenant et je pense que c'est mieux pour elle. Et pour Maurice, aussi.

- On est fier de toi, dad, déclare solennellement Akane.

- Euh… c'est-à-dire ? demande Duo.

- On s'en fiche que tu aies dû voler pour vivre, le renseigne Daniel. Tout ce qui compte, c'est que t'es gentil et que tu restes avec nous.

- Et puis, Carte Noire n'était pas n'importe quel voleur, fanfaronne Akane. Tu es une légende !

- Un super-héros de l'ombre ! renchérit Daniel. C'est avec cet argent que tu nous habillais, mes copains et moi, fait-il le rapprochement.

Duo sourit, mais il ne se sent pas très à l'aise. Son passé est bien plus trouble qu'ils ne pourront jamais se l'imaginer.

- Dany boy…, commence-t-il, ne sachant pas trop quoi répondre à tout ça.

- J'suis sûr que t'as volé des trucs trop cool comme des crânes de dinosaures ou des gants de baseball dédicacés, l'interrompt Daniel, des étoiles plein les yeux.

- Je pencherai plutôt pour des toiles de maîtres ou des bijoux, suggère Akane, lucide.

- Euh…, bafouille Duo.

- Vous êtes mignons tout plein, tous les deux, à jouer les détectives en herbe, annonce Trowa. Mais il nous faut remettre à plus tard votre petite séance de déductions, si on veut avoir une chance d'arriver à l'heure.

- Trowa a raison, approuve Quatre en soutien. Il est temps d'y aller.

Pas mécontent d'avoir l'occasion de couper court à cette mise au point improbable, Duo se redresse pour terminer de se préparer, pendant que les enfants repartent à supposer le déroulement de la Cérémonie…

- Akane, ma douce, l'appelle Duo, alors que tous traversent à présent le salon pour gagner le garage.

- Oui ? répond-elle en se retournant vers lui.

- Tu sais où dort Katana ? Je ne la trouve pas, depuis ce matin.

- Anna est dans l'armoire de ma chambre. Je lui laisse la porte entrouverte.

- Ah… Si elle aime tant y faire des siestes, je lui ferais une jolie chatière et des trous pour l'air.

- On pourrait peindre un pont-levis en trompe l'œil, suggère-t-elle.

- Bonne idée ! valide Duo.

- Cat aime bien mon armoire, à moi aussi, se manifeste Daniel.

- Alors, ça me fera deux jolies chatières à mettre en place, s'adapte Duo.

- Je veux pas qu'elle soit jolie, dit Daniel. Je veux qu'elle déchire !

Duo se met à rire, tandis qu'il s'apprête à monter dans sa voiture et non dans celle de Trowa et Quatre, comme convenu.

- Tu viens pas avec nous ? s'étonne le petit garçon.

- Vous passez la nuit chez votre cousine, n'oubliez pas. Faut bien que je puisse rentrer de mon côté.

- Tu restes pas avec nous ?

- Je ne sais pas encore, mon chaton. Je préfère avoir le choix… Tu m'en veux pas ?

- Non, non, assure-t-il en haussant les épaules.

- Vous pouvez choisir de monter dans la voiture de vos oncles, ou de faire le trajet avec moi. A vous de voir.

- Oncle Quatre…, commence Daniel, d'un air penaud.

- A ta place, je n'hésiterais pas une seconde et j'irais avec ton daddy, glisse subtilement l'empathe.

Alors, l'enfant lui sourit, reconnaissant, puis sautille jusqu'à Duo ; lesquels sont rejoint par Akane.

- Je vous suis, adresse Duo à ses amis.

- Après toi, refuse Trowa, taquin.

- Je n'en ferai rien.

- J'insiste.

- Y a des claques qui se perdent ! les prévient gentiment Quatre.

Souriants, Trowa et Duo renoncent à poursuivre leur échange et s'engouffrent enfin dans leurs voitures respectives…

A l'Auditorium central d'Osaka,

au cœur du parc Nakanoshima…

Chemin faisant vers l'édifice loué pour l'occasion, Duo songe que la rivière Tosabori - qui borde également le Grand Hôtel, trois musées, la Banque du Japon, l'Hôtel de Ville d'Osaka, la Bibliothèque Préfectorale et le Jardin de roses - lui rappelle le scintillement du Wando : les bassins d'eau de la rivière Yodogawa bordant la « Résidence Yuy »…

- … ce n'est qu'un mauvais moment à passer, est en train de lui promettre Quatre.

Sa voix rassurante et le flot continu de ses paroles ont fini par tirer Duo de ses pensées.

- J'aurais préféré qu'il n'y ait pas de cérémonie pompeuse et qu'on me donne simplement mon insigne, sans fioriture, râle de nouveau le natté.

- Tu n'es pas le seul à le penser, mais tu comprendras qu'il est important de marquer le coup, tente de le convaincre l'empathe.

Duo n'a pas le temps de lui prouver le contraire que Blake les rejoint en de grandes enjambées.

- Alors ? Tu te sens comment ? s'enquiert-il, avant de taper dans les mains tendues des enfants.

- Ton air de débile m'indique que tu t'en fiches royalement ! devine Duo.

- Je vais prendre des tas de photos ! le menace-t-il.

- Misère. Manquait plus que ça !

- On sera tous au premier rang, lui apprend Marc en arrivant jusqu'à eux. Les Agents d'élite Barton et Winner seront dans la tribune d'honneur avec les enfants.

- Trop classe ! se réjouit Daniel.

Sages comme des images, les enfants suivent calmement les adultes dans le hall gigantesque déjà occupé par plusieurs centaines d'agents preventers, tous grades confondus.

- J'suis sûr qu'un T-rex pourrait tenir à l'intérieur, chuchote Daniel à l'oreille de sa sœur.

- Hn., approuve-t-elle avec sérieux.

- Si seulement dad avait pu garder le crâne, on aurait pu faire un essai en le suspendant au plafond, dit-il à regret.

Akane, alors occupée à observer les agents qui se dressent sur leur chemin et surtout, la façon qu'ils ont à détailler son daddy, reporte son attention sur son frère, songeant qu'elle doit le protéger, lui aussi. Daniel lui semble si fantasque, par moment ! Avançant théorie sur théorie sans jamais y apporter la moindre preuve scientifique.

A leurs côtés, Duo est tout autant accaparé par son environnement. D'un regard circulaire, il repère le premier rang central, face au pupitre de la scène, les entrées et portes de sortie latérales, puis la tribune d'honneur où sont en train de s'installer une poignée d'élus, ainsi que les Administrateurs réunis au grand complet pour l'occasion. Pour le reste, Duo ne prête pas attention aux chuchotements plus ou moins discrets sur son passage, ni aux centaines de regard curieux, désapprobateurs ou prudents braqués sur sa personne. Heero n'est pas présent, c'est là tout ce qu'i savoir. C'est là, la seule chose qui le touche et l'atteint vraiment.

- Papa te manque, à toi aussi, l'interpelle soudain sa fille.

Duo fait une halte pour s'agenouiller face à elle et afin que personne d'autre que ses enfants ne puisse l'entendre.

- Oui, ma tourterelle, confie-t-il en vérifiant la coiffure d'Akane. Assister à cette cérémonie sans votre père à mes côtés me rend un peu triste.

- Faut pas t'en faire, dad, lance Daniel. Blake va prendre des photos.

Duo grimace un sourire.

- Ils ne te connaissent pas comme nous on te connaît, reprend Akane, sans faire état de la remarque de son frère.

- De toute façon, si y en a qui t'embête, on leur pète les couilles ! assure Daniel.

- Dany…, rouspète doucement Duo.

- Les enfants ! les appelle Quatre. Vous vous verrez tout à l'heure… Courage, ajoute-t-il à l'adresse de Duo.

- T'es le meilleur, dad ! clame Daniel, tout en s'éloignant.

Bientôt, les discours officiels de la Cérémonie débutent.

Interminables.

Et dont Duo se désintéresse suprêmement.

Il n'est pris d'un sursaut intérieur que lorsque le maître de cérémonie commence à appeler un à un les nouvelles recrues, alignées en rang d'oignon derrière le pupitre, afin que le Colonel en charge de l'accueillir au sein de son équipe vienne lui remettre son insigne, son arme de fonction et lui faire prêter serment de loyauté.

Là encore, Duo trouve le temps long et les solennités officielles d'un ennui profond. C'est donc sans aucun scrupule qu'il laisse ses pensées vagabonder, le regard dans le vague, lorsque son nom retentit enfindans le vaste hall.

- Agent spécial Duo Maxwell. Vous êtes officiellement admis au sein de l'Organisation Preventers et êtes désormais sous les ordres du Colonel Heero Yuy.

A chaque agent spécial fraîchement nommé, des applaudissements chaleureux retentissent. Mais cette fois-ci, pour ce qui le concerne, seuls ceux de son équipe résonnent bruyamment à ses oreilles. Pire ! Blake se met à le siffler…

- Fais « cheeeeese » ! commande-t-il, l'appareil photo au niveau du visage et avant de se prendre une pluie de claques sur la tête.

Ne pouvant s'empêcher de sourire, Duo leur est reconnaissant d'être là. D'être ce qu'ils sont au quotidien, tout simplement.

Indifférent à ce qu'il perçoit comme étant de la froideur de la part des autres, le natté s'avance et attend patiemment qu'on lui remette ses affaires… qui ne viennent toujours pas.

- Le Colonel Yuy est en mission, se sent-il obligé de rappeler, non sans lassitude.

Mais c'est à peine si son intervention retient l'attention qu'un mouvement parcourt soudainement l'assistance. Intrigué, Duo interroge du regard les membres de son équipe. Souriants jusqu'aux oreilles, ceux-ci l'invitent d'un geste à jeter un coup d'œil derrière lui.

L'air dubitatif, le natté s'exécute…

… puis découvre Heero, en habit d'apparat et montant les quelques marches menant à l'estrade.

Aussitôt, le cœur de Duo rate un battement, voire deux, avant de repartir en trombe. Balloté entre une joie infinie et un énervement profond, Duo serre les poings, le souffle court. Il est si heureux de le revoir, manifestement sain et sauf et si contrarié qu'il l'ait laissé en arrière !

De son côté, Heero occulte aisément les spectateurs et braque sur son homme toute la force de son regard bleu de Prusse. Il est bien conscient des contradictions émotionnelles qui tiraillent à l'excès son compagnon. Il les voit nourrir le feu de son regard et la tension torride qui ne manque jamais de s'établir entre eux.

Dans le même temps, le silence de la salle immense retombe comme une chape de plomb. Bien entendu, les enfants sont surexcités de revoir leur père. Ils ne perçoivent rien de l'atmosphère étrange qui plane autour d'eux. Néanmoins, ni Akane ni Daniel ne fait de grands signes en direction de leurs parents. L'instant est si solennel… Ils sont si fiers de leurs deux papas qu'ils ne veulent rien manquer de l'événement ni faire quoi que ce soit qui serait susceptible de le perturber. Même Blake en oublie de les mitrailler !

En quelques enjambées, le Colonel Yuy vient se planter devant son nouvel agent spécial.

Heero a beau afficher une assurance d'un genre qui se veut décontracté, il ne peut dissimuler le charisme écrasant qui émane de sa personne ; cela, quoi qu'il fasse et quelle que soit la situation dans laquelle il se trouve. Duo y est très sensible et d'une manière qui diffère de la plupart des personnes. A la vue de son amant, ses pupilles se dilatent et des spasmes de désir contractent son bas-ventre pour remonter jusqu'à son estomac. Durant un instant, il le maudit d'être réapparu ici et maintenant - et non pas dans l'intimité de leur foyer - l'empêchant ainsi efficacement de lui sauter dessus.

- Bonjour, Duo, dit Heero.

D'une voix grave. Trop grave…

Dès lors, un frisson, long et intense, parcourt le corps du natté. Conséquemment, il doit s'appliquer à respirer profondément, afin d'apaiser son rythme cardiaque. A présent qu'il reprend peu à peu pleinement possession de ses moyens, il a le plaisir de lui murmurer de sa voix la plus mélodieuse :

- Salaud.

Heero lui sourit en coin, radieux.

- J'ai atterriil y a moins d'une heure, explique-t-il en guise d'excuses. Je ne pouvais pas prendre le risque d'établir une connexion, avant d'arriver sur le tarmac d'Osaka.

- T'emmène souvent ton costume de perroquet, en mission ? lâche Duo, les dents serrées.

- Chang me l'a apporté à l'aéroport, le renseigne-t-il discrètement en lui tendant ses papiers.

A savoir ses carte d'identité et passeport flambant neufs, ainsi que sa plaque rutilante d'Agent spécial preventer.

Duo s'en saisit sans plus de cérémonie, y jette un rapide coup d'œil expert, puis les glisse dans la poche intérieure de sa veste. Ceci, tout en fouillant du regard la tribune d'honneur, en quête de l'Administrateur Chang ; lequel lui rend son regard scrutateur.

- Il veille drôlement sur nous, remarque Duo, d'un air pensif. C'est quoi la prochaine étape ? Il compte enfiler le costume d'officier de l'état civil chargé de recevoir le consentement libre et éclairé des futurs époux ?

- Tout comme nous, Wufeï lit sur les lèvres, prévient Heero.

Du coin de l'œil, Duo devine une forme sombre et lourde l'amenant à comprendre que son Colonel est sur le point de lui remettre son arme de service. L'Agent spécial Maxwell se l'approprie dès lors avec naturel, vérifiant ses munitions et le cran de sécurité, avant de chambrer une balle puis de le loger dans son holster d'épaule. Des gestes sûrs et une aisance nés de l'habitude ; comme s'il avait toujours dû manipuler des armes à feu, alors qu'il est de notoriété publique que Carte Noire est un voleur pacifique. Ce qui n'échappe pas aux agents spéciaux, spectateurs et témoins de cette apparente faculté qui ne peut s'acquérir en l'espace de quelques semaines…

Se faisant – et ignorant les scrutations de ses désormais « confrères » - le natté détaille les nombreuses décorations présentes sur la veste d'uniforme de son Agent d'élite.

- Je trouve ça un peu surfait, finit-il par lâcher.

Sans se départir de son petit sourire en coin, Heero se saisit d'un badge pour l'épingler sur le revers de la veste d'uniforme de Duo.

- Tu vas bien ? s'enquiert enfin ce dernier, toujours à voix basse.

- Maintenant, oui… Prêt ?

*Hein ?* pense d'abord le natté.

- Ah ! se souvient-il ensuite. Oui, vas-y, qu'on en finisse !

Heero lui tend alors sa main droite en une invitation à la lui serrer. Une offre à laquelle Duo répond sans hésitation - non sans frémir de plaisir sous le contact merveilleux de sa paume chaude se pressant contre la sienne - puis, comme on le lui a appris lors des répétitions à l'Agence d'Osaka, il proclame d'une voix forte et claire sa loyauté envers l'Organisation :

- Je fais serment d'allégeance à la Constitution et jure d'œuvrer en faveur de la protection de la dignité humaine.

- Sois le bienvenu dans mon équipe, répond solennellement Heero.

D'une voix forte, ferme… trop, pour ne pas être explicitement comminatoire. Heero profite de cette occasion rêvée pour faire passer un message au plus grand nombre. Un message préventif à quiconque voudrait s'attaquer aux membres de son équipe. Aux êtres qui lui sont chers. A sa famille.

*Tout ça pour ça !* se dit Duo, songeant au déroulement de la Cérémonie.

Mais alors qu'il se croit libre de quitter l'estrade pour rejoindre le reste de l'équipe installée sur les fauteuils du premier rang… voilà que son preventer s'agenouille à ses pieds.

- 'ro ! tente-t-il de crier dans un murmure embarrassé. Qu'est-ce que tu fiches, bon sang ? Tout le monde nous regarde !

- Sois coopératif et soulève ton pantalon, veux-tu ?

Perdu, Duo soutient son regard sans ciller et sans rien comprendre.

Puis il réalise enfin ce que cela signifie pour Heero.

Ce que cela signifie pour lui.

Il s'exécute donc, euphorique, et observe avec une intense satisfaction son agent de liberté conditionnelle lui ôter son bracelet numérique à sa cheville. Un évènement en soi dans la vie du natté qui ne manque pas de lui rappeler le moment où son agent de probation lui a enfilé ce traceur, à l'hôpital.

Une fois cet acte majeur accompli, Heero se redresse et lui demande d'ôter sa veste, afin de pouvoirpresser un petit appareil noir contre son bras, à travers sa manche de chemise.

- Je pensais que tu aurais besoin d'une seringue ou de me faire une incision, confie Duo, tout en fixant son bras.

- La puce micronisée sous-cutanée est si petite qu'il suffit d'interrompre le courant électrique qui maintient son intégrité pour que les parties qui la composent se désolidarisent. Ensuite, ton organisme les considérera comme étant nuisible et s'appliquera à les détruire. D'ici quelques jours, il n'en restera plus rien.

Duo hoche d'abord la tête, ravi d'être enfin débarrassé de ce qu'il a fini par nommer ces « anti-vol ».

- Si tu l'dis !

Levant les yeux vers Heero, Duo réalise un peu tard que leurs enfants les observent et que son compagnon doit avoir connaissance d'une nouvelle capitale.

- Heero…, commence-t-il, d'un air grave. Maurice est mort. Les enfants m'affirment qu'ils vont bien, ce que confirme Quatre, mais j'avais si hâte que tu rentres…

- T'es l'meilleur, dad ! s'écrie soudain Daniel, en fidèle supporter. Salut, 'pa ! ajoute-t-il fièrement, à l'adresse d'Heero.

Les deux pères… mais également l'assistance tout entière, tournent la tête en direction de la tribune d'honneur. Daniel s'y trouve, sans surprise, assis aux côtés de sa sœur.

D'un même mouvement, comme un seul homme, Heero et Duo leur demande de garder le silence d'un doigt posé en travers de leurs lèvres souriantes.

- Je te l'avais bien dit ! fanfaronne Akane auprès de son frère.

Peu après, Duo étant dans les derniers à passer, la Cérémonie prend fin et sonne l'heure du buffet à volonté…

Malgré la présence des quelques Administrateurs désireux de rester, l'ambiance change du tout au tout. Bientôt, le hall s'emplit des voix et des rires des agents heureux de retrouver certaines connaissances qu'ils n'ont pas l'occasion de voir souvent. La solennité de l'événement annuel laisse place à la décontraction mesurée de ces hommes et femmes risquant leurs vies pour le bien commun.

Une fois n'est pas coutume, deux enfants slaloment entre eux pour se précipiter dans les bras de leur père. Heero s'agenouille, afin de les recevoir tous deux et les serrer fort contre lui.

- C'était long ! se plaint Daniel, en se détachant de son père.

- Je sais, mon fils.

- Tu vas pas repartir tout de suite ?

- A priori, non. Mais je suis un Agent d'élite, petit guerrier. Je me dois de répondre favorablement à toutes demandes que je juge digne d'intérêt, sachant ma famille malheureuse de me savoir loin d'elle.

- Tu choisis tes missions ? s'étonne Daniel.

- Avec soin, confirme Heero.

Ce qui a le mérite de rassurer le petit garçon. Au moins, personne ne donne d'ordre à son père.

- Dad a plus souffert que nous, le renseigne Akane.

- Il veut venir avec toi, ajoute Daniel.

- On est prêt, assure Akane. N'est-ce pas, Daniel ?

- Oui…

- Nous en discuterons, ensemble, leur promet Heero.

Akane profite que son père soit disponible pour lui relater leur vie à tous les trois pendant son absence ; un récit certes condensé – comme le lui a enseigné son père – mais résumant l'essentiel de ce qu'i savoir.

- Où est dad ? demande Daniel, à la ronde.

Il reconnaît les agents de l'équipe d'Osaka derrière Heero et observe Blake remplir son assiette jusqu'à atteindre le seuil critique de ce qu'elle peut contenir.

- Je l'ai vu se diriger vers les toilettes, le renseigne Nanako.

- Merci, Nana. Papa, je peux y aller ?

- Hn., l'autorise Heero. Akane, tu l'accompagnes. Quoi qu'il arrive, vous restez l'un avec l'autre.

Sur cette promesse, les deux enfants se mettent alors à courir, se faufilant aisément entre les convives.

Le Colonel Yuy profite alors de ce temps pour faire le point avec le reste de son équipe, laquelle lui fait un topo clair et concis.

De leurs côtés, Quatre semble en grande discussion avec l'Administrateur Chang et Trowa finit par solliciter une entrevue en tête-à-tête avec Alec.

L'ambiance générale semble des plus chaleureuses et Heero constate que plus aucun regard à la dérobée ne vient contredire cette impression. Il en est à se féliciter de l'incorporation sans heurt, ni tollé, de Duo au sein de l'Organisation, lorsque Daniel court vers lui, une expression de peur sur le visage, suivit de près par Akane. Le calme de sa fille, signifiant qu'aucun problème grave n'est survenu, suffit à faire redescendre la pression.

- Où est Duo ? demande Heero, perspicace.

- Un agent l'a insulté dans les toilettes, l'informe posément Akane.

- Et dad s'est laissé faire ! s'indigne Daniel, submergé par l'émotion.

A son éclat de voix coléreuse, un grand silence se saisit à nouveau du lieu. Face à l'agitation qui suit l'intervention du petit garçon, l'Administrateur Chang en personne s'approche d'eux.

- Mon frère et moi avons toqué à la porte des toilettes pour homme, rapporte fidèlement Akane. Comme personne ne nous a répondu, on a ouvert, juste un peu, pour voir si dad s'y trouvait toujours et c'est là que nous avons entendu cet agent parler méchamment à dad.

- Espèce de…, commence Daniel.

Avant d'être interrompu par le regard dissuasif d'Heero.

- Où est Duo ? insiste-t-il, ensuite.

- Il est parti, répond Daniel. Il ne sait pas ce qu'il s'est passé.

- Précisez.

- L'homme est sorti en premier, le renseigne Akane. Il m'a bousculé sans faire exprès, je crois. Mais mon frère a cru qu'il voulait me faire du mal, à moi aussi, alors il a essayé de le repousser. Pour me protéger.

- Et ? demande Heero, à qui cette histoire plait de moins en moins.

Akane et Daniel échangent un énième regard, ne sachant plus trop s'ils doivent tout dire, au risque que leur père se mette vraiment très en colère. Ils en veulent à l'homme qui a agressé leur daddy, mais ce qu'ils lisent sur le visage de leur père les impressionne suffisamment pour les faire douter de ce qu'ils souhaitent réellement obtenir contre l'agent en faute.

Soudain intimidé, Daniel regarde le bout de ses chaussures, laissant à sa sœur le soin de terminer leur rapport.

- L'homme l'a attrapé par sa chemise et l'a poussé vers moi.

- Fortement ?

- Oui, un peu, tente-t-elle de minimiser. On a eu peur, mais pas trop. Dad n'a rien vu et on lui a rien dit lorsqu'il est sorti. Il avait l'air triste, tout d'un coup. Je sais qu'il n'aime pas les cérémonies. Il nous a demandé s'il pouvait partir maintenant, ou si nous tenions à ce qu'il reste.

- Je crois comprendre que vous lui avez assuré qu'il pouvait partir, conclut Heero. Vous avez dû être très convaincants pour qu'il ne décèle rien de votre mésaventure.

Akane hausse les épaules.

- Avez-vous été témoins de la scène se déroulant entre Duo et cet agent ?

- Quand on a entrouvert la porte, oui. Il n'y avait personne d'autre dans les toilettes. Je le sais parce que toutes les portes intérieures étaient ouvertes et que seul daddy et cet homme se trouvaient devant les lavabos.

- Hn.

Si Heero trouve normal que sa fille de huit ans puisse être un jeune témoin aussi fiable, c'est loin d'être le cas des preventers présents. Impressionnés par le comportement de la jeune fille et par sa capacité mémorielle, ils l'écoutent tous religieusement.

- L'homme était très énervé et je n'ai pas compris tout ce qu'il disait. Je ne sais pas pourquoi, il lui a craché dessus. Mais dad a refusé de faire usage de la violence, comme il nous l'a enseigné. N'est-ce pas Daniel ? le taquine-t-elle.

Pour tout commentaire, son frère grommelle quelques mots inarticulés d'un air rebelle.

- Dad a dit quelque chose de très beau, je trouve, se rappelle nettement la jeune fille. Il a dit : c'est le devoir de chaque homme de rendre au monde au moins autant qu'il en a reçu, récite-t-elle, sans savoir qu'elle répète les paroles d'Albert Einstein. Que, tant que l'Organisation le lui permettra, il fera en sorte de donner le meilleur de lui-même. Ensuite, il a ouvert le robinet pour se rincer le visage… On ne s'est pas reculé assez vite pour éviter que l'homme nous bouscule.

- Je voulais tout dire à dad, dévoile Daniel. Mais Akane m'a conseillé de t'en parler en premier. Que tu savais gérer les situations de crises… et daddy.

- Vous avez bien fait, les félicite Heero.

- Tu m'as dit que dad et toi combattiez les méchants, dit Daniel. C'est un méchant, lui et on le laisse être un preventer !

- Je t'ai aussi expliqué que l'on ne peut condamner une organisation sur les agissements d'un seul de ses membres, lui rappelle Heero.

- Daniel voulait lui péter les couilles, mais j'ai réussi à l'en dissuader, précise-t-elle fièrement.

Faisant doucement rire l'assemblée.

Heero prend le temps de les étreindre un instant, avant de poser l'ultime question.

- Vous souvenez-vous de cet agent ?

- Oui, assure Akane.

- Sauriez-vous le reconnaître ? Nous nous ressemblons tous, ici. Le port du costume y est pour beaucoup.

- Il a une cicatrice au coin de sa lèvre supérieure, rapporte-elle en indiquant l'emplacement de la marque à l'aide de son doigt sur sa propre bouche.

- En forme de croix, comme les pirates, précise Daniel.

- Oui, mais il a les cheveux très courts, noirs, avec une longue et fine mèche tressée sur le côté…

- C'est lui ! s'écrie Daniel en pointant du doigt un agent spécial au milieu de la foule.

Arrogant fini, cet agent n'a pas su résister à sa curiosité. Désireux d'assister aux conséquences de son acte, il s'est approché jusqu'à être aux premières loges.

- En es-tu certain ? veut s'assurer Heero.

- Je l'ai bien vu dans les toilettes.

- Ce n'est qu'un enfant ! se défend alors l'individu mis en cause.

La configuration du lieu et le nombre important de preventers autour de lui, lui donne soudain l'impression d'être encerclé.

- Êtes-vous bien certain d'avoir reconnu cet homme ? demande posément Wufeï.

- Oui, Monsieur, répond Daniel en venant s'accrocher à la manche de son père.

- Carte Noire n'a rien à faire ici ! éclate déjà l'agent trouble-fête. Son intégration jette le discrédit sur les véritables agents que nous sommes !

- Toute aide est la bienvenue, déclare une voix de femme.

- Ce type est un usurpateur ! clame encore l'agent revanchard.

- Nous avons l'assurance qu'il remplit correctement son contrat, le contredit un autre. C'est suffisant pour moi.

Bientôt suivit d'autres affirmations du même type.

- On fait tous des erreurs…

- Nous avons tous reçu l'autorisation de parcourir son dossier, ou, du moins, ce que le Colonel Yuy a bien voulu nous laisser entrevoir, sous-entend un colonel. Et il apparait clairement qu'il n'y a rien de maléfique en l'Agent Maxwell. Simplement que Carte Noire a été la suite logique de son début de parcours difficile et qu'il souhaite désormais mener une vie rangée et se mettre au service du citoyen.

Heero est déçu que Duo ne puisse pas assister à ce qui se déroule présentement : un nombre important de preventers affiche publiquement leur soutien à son égard et vont jusqu'à défendre son honneur ainsi que sa position nouvelle au sein de l'Organisation.

Cependant, c'est sans compter sur l'animosité qui anime profondément l'Agent Yuto, l'homme qui ne supporte visiblement pas cet état de fait.

- Il ne sera jamais l'un des nôtres ! clame-t-il avec un air de dégoût. Il ne sera jamais notre frère d'arme ! Peu importe qu'il couche avec une légende preventers, il n'en reste pas moins qu'il salit la profession…

- Tu vas trop loin, Yuto ! l'interrompt sévèrement son colonel.

En fin de carrière et en décalage avec son temps, il n'a pas su dompter son agent, lequel a fini par prendre l'ascendant sur son colonel en chef.

- Son admission au sein de l'Organisation est un affront à tous ceux qui croient en la Justice ! persiste-t-il, incapable de contrôler son indignation.

- La Justice, relève Wufeï, peu amène.

Son regard, d'un noir intense et brillant, fait déglutir l'Agent spécial Yuto… avant de s'ancrer à celui d'Heero, devenu glacial.

Un échange tacite et d'une complicité évidente qui instaure un climat de tension extrême.

- Rejoignez Quatre, commande calmement Heero à ses enfants.

Sans chercher à négocier, Akane et Daniel s'en retournent vers leur oncle.

Sans temps mort, Heero fend la foule pour venir se poster devant l'Agent Yuto. Dos au mur, ce dernier ne peut plus esquisser le moindre mouvement de fuite ou d'évitement. L'assemblée, quant à elle, retient son souffle, partagée entre la crainte d'un éclat de violence traumatisant pour les enfants et la confiance qu'elle place en la moralité et le sang-froid légendaires de l'Agent d'élite Yuy.

Pourtant bien bavard depuis le début de l'esclandre, l'Agent Yuto se retrouve soudainement à court de mots, d'assurance, à présent que le Colonel Yuy se tient si près de lui, de son visage, son regard si dur planté dans le sien.

Tous, ici, restent impressionnés de l'énergie comminatoire qui se dégage d'Heero Yuy. Une énergie dense, puissante, presque tangible. Cette façon qu'il a de moduler son aura en fonction de ce qu'il accepte de dévoiler ou de retenir. Tantôt, un père aimant, éducateur. Tantôt, un compagnon bien décidé à protéger son amant contre le reste du monde. Tantôt, un preventer d'une intégrité exemplaire et redoutable.

« Un vrai couteau suisse ! », aime plaisanter Duo à son sujet.

A ce souvenir heureux, imprégné de la joie de vivre de son natté, la détermination d'Heero redouble d'intensité ; si cela est encore possible !

Après un bref échange de regards désagréable et insoutenable pour l'accusé, Heero lève une main, paume vers le haut, réclamant quelque chose que tout le monde peut aisément deviner. Quelque chose de précieux, de hautement symbolique et qui ne manquera pas d'entacher la carrière - la vie - de l'Agent Yuto.

Intolérant, mais pas stupide, celui-ci comprend que le Colonel Yuy vient lui confisquer son arme de service, sa plaque de preventer et son épingle dorée. Tout ce qui fait sa fierté, en somme.

Au comble de son irritation et de la honte engendrée par la tournure prise par les évènements, l'agent spécial se tend de tous ses membres ; non sans obéir à cet ordre muet émanant à la fois des Agents d'élite Yuy et Chang.

- C'est une mise à pied… Colonel Yuy ? demande-t-il les dents serrés et sans qu'aucun doute ne soit permis quant à son mépris pour la relation qu'entretiennent Heero et Duo.

- Non, répond Heero. C'est un renvoi pur et simple, sans possibilité d'appel et une arrestation pour violence aggravée envers agent.

- Parce que vous croyez peut-être que c'est à vous seul de prendre cette décision ?

- C'est aussi la mienne, intervient l'Administrateur Chang. Ce n'est pas la première fois que vous vous montrez désagréable envers un individu dont vous jugez arbitrairementl'affectation imméritée. Nous vous avions à l'œil, Yuto.

D'un signe de tête, sa formation de guerriers vient encercler le désormais prévenu, prête à le mettre aux arrêts.

Vaincu, Yuto se met à ricaner d'un air mauvais.

- Je n'aurais jamais dû lui cracher au visage, semble-t-il regretter. Non, j'aurais dû le démolir, à petit feu, précise-t-il d'un air machiavélique.

Des mots durs et cruels qui ne manquent pas de choquer l'assistance mais qui n'entament en rien l'impassibilité naturelle d'Heero. Bien que tout, en lui, lui dicte d'écrabouiller cet imbécile, il ne rentre pas dans son jeu en cédant à ses provocations puériles.

Un détail d'importance qui termine de conforter définitivement les Administrateurs dans leur choix de laisser au Colonel Yuy le soin de « gérer » Carte Noire… sans que cela ne vienne perturber sa position primordiale au sein de l'Organisation.

Imperméable aux piques de l'ex-agent Yuto, Heero se détourne de lui afin de remettre ses affaires fraichement confisquées à qui de droit. Néanmoins, dans son dos, Yuto n'entend pas le laisser partir aussi facilement. Quitte à être renvoyé, il tient à faire un maximum de dégâts. Tout en narguant les enfants, Yuto franchit alors la ligne rouge…

- Avec un peu de chance, daddy se fera tuer en mission !

Cette fois-ci, Heero s'immobilise, provoquant une crispation générale.

Il n'est qu'à deux pas de Yuto, mais il peut voir Daniel et Akane se donner la main et combattre cette idée horrible de tout leur être. L'instant d'après, le poing du Colonel Yuy vient percuter Yuto en plein dans la mâchoire. Un coup donné avec une maîtrise parfaite, tant la force et la précision d'Heero sont mortelles.

Malgré sa musculature, Yuto s'écroule, sonné, mais toujours conscient de ce qui l'entoure.

- Tu t'en prends à des enfants ! T'es sérieux, Yuto ? l'interroge l'un de ses ex-collègues d'un air dégouté.

- Traître, tu ne fais plus partie des nôtres ! martèlent certains, indignés.

- Tu sembles avoir oublié un principe essentiel, ajoute un autre. A faire le mal, il n'y a point d'honneur.

Toisé, désavoué, Yuto ne décolère pas de son éviction et ne donne pas l'impression de vouloir se remettre en question.

- Combattre un ennemi inférieur me laisse toujours un sentiment de frustration, assène sèchement Wufeï. (A)

Son intervention impose un nouveau silence, grave et impérieux.

D'un geste, il ordonne à son équipe d'emmener Yuto hors de l'Auditorium pour le conduire en cellule.

Beaucoup suive du regard leur départ, Heero et son équipe faisant partie du nombre…

- Sensei se garde toujours le meilleur pour lui ! se plaint Blake.

Indiquant clairement qu'il aurait apprécié infliger cette raclée lui-même, voire bien davantage. Et pour une fois, personne ne lui demande de se taire.

L'incident clos, Heero se retourne afin de réconforter ses enfants qui trottent déjà vers lui.

- Trop bien, 'pa ! se réjouit Daniel. Tu lui as mis la pâtée !

Heero s'autorise un petit sourire, se disant par-devers lui qu'il va devoir surveiller la tendance qu'à son fils de vouloir « péter les couilles » de tous ceux qui lui posent le moindre problème. Daniel n'est pas un enfant violent, mais il a grandi entouré d'adolescents et de jeunes adultes en difficultés. Il a dû apprendre à se défendre, à développer un caractère rebelle… voire revanchard. Là où il a toujours vécu, la loi du plus fort avait toute sa place.

- Dad…, reprend Daniel, d'un air soucieux.

- … va très bien, l'interrompt doucement son père en s'agenouillant devant lui. Votre daddy est fort, Daniel. Je veux que vous ayez confiance en nous. Je veux que vous cessiez de vous inquiéter. Akane ?

- Entendu, papa ! promet-elle.

- Daniel, tu crois que tu pourras y arriver ?

- Oui ! assure-t-il, confiant lui aussi.

- Je suis fier de vous.

- Et de dad, aussi ? veut-il savoir.

Encore.

- La question ne se pose pas, petit guerrier, répond patiemment Heero. J'aime votre daddy de toutes mes forces.

- Bah, dis-donc ! Tu l'aimes vraiment beaucoup ! remarque-t-il, les yeux écarquillés.

Heero ne peut s'empêcher de rire, tout en décoiffant affectueusement son fils.

- Maurice est mort, tu sais ? l'informe Akane.

- Duo me l'a appris, tout à l'heure, leur confie-t-il, tout en caressant tendrement la joue de sa fille. Maurice était très malade, nous nous y attendions tous.

Les enfants hochent la tête de concert, sans rien dire.

- Si vous ressentez le besoin de nous parler de cette épreuve-ci, ou de quoi que ce soit d'autre, sachez que nous serons toujours présents et disponibles pour vous. Ne craignez jamais d'apparaître ridicule à nos yeux. Jamais, insiste-t-il.

Derechef, les enfants hochent la tête en signe d'accord. Puis, ressentant un besoin irrépressible de se serrer contre son père, Daniel vient cacher son nez dans le cou d'Heero.

- Je t'aime, papa, murmure-t-il. Ça m'a fait de la peine pour Maurice, mais moins que si c'était dad ou toi.

- Et tu n'as pas à t'en sentir coupable, mon fils, le réconforte-t-il. Tu es un brave garçon.

Soulagé de ne pas être jugé méchant, Daniel hoche sa tête contre celle d'Heero.

- Il est parti rejoindre ma mère. Il sera bien plus heureux là-bas.

- Sans doute, même si être séparé physiquement de toi doit leur coûter à tous les deux.

L'enfant se détache de son père, le sourire retrouvé.

- Oh ! On s'reverra ! lance-t-il, avec une légèreté incongrue.

Heero lui sourit tendrement, tranquillisé à son sujet.

- Que va-t-il arriver à l'Agent Yuto ?l'interroge sa fille.

- Il fera l'objet d'une surveillance permanente. Il ne pourra plus nous atteindre, garantit-il.

Confiants, les enfants ne répondent rien. En son for intérieur, Heero sent que cet événement fâcheux n'aura pas l'impact désastreux auquel quiconque pourrait s'attendre.

- Pas un mot de tout ceci à Towika, demande-t-il, ensuite. Votre récit l'inquiéterait inutilement. Elle n'est pas en âge de comprendre ni de se raisonner.

Ses enfants acquiescent, secrètement heureux d'être dans la confidence par la force des choses.

- Tu lui as beaucoup manqué à daddy, lui apprend encore Akane.

Daniel renchérit en hochant vivement la tête.

- Et à nous aussi, avoue-t-elle.

- Je pense à vous, sans cesse, tient-il à les rassurer. Vous êtes toute ma vie et je suis désolé de devoir vous délaisser au profit d'autres personnes.

- Ma sœur et moi, on est fier de toi, déclare Daniel.

- Je n'ai pas le droit à autant de marques d'affection, se plaint gentiment Trowa, qui survient dans l'intervalle.

- Towika ne veut pas, dévoile Akane.

Trowa lève un sourcil interrogateur.

- Elle te veut pour elle toute seule, poursuit-elle.

Sans avoir aucunement l'intention de débattre plus avant sur ce sujet-ci, son frère et elle se détournent tranquillement d'eux.

- A chacun ses problèmes ! dit Heero, le sourire en coin.

Les deux hommes regardent les enfants sautiller jusqu'à l'Administrateur Wufeï Chang, lequel se met rapidement à leur hauteur afin d'écouter avec attention tout ce qu'ils ont à lui raconter…

- J'ai pu discuter avec ton nouvel agent pendant ton absence, l'informe Trowa. Duo ne supportera plus très longtemps d'être mis à l'écart de tes missions.

- Est-il seulement prêt à quitter nos enfants ?

- Aussi étrange que cela puisse paraître : oui. Il est tiraillé, mais ce qu'il est profondément… un homme d'action… le pousse à désirer quitter sa zone de confort.

- Hn.

- Alors, ce serait pour quand la cérémonie ?

Heero fronce les sourcils.

- Votre mariage, précise alors Trowa.

- Duo craint trop d'exposer notre famille à d'éventuels dangers du type représailles, rapporte-t-il, d'un air las.

Trowa esquisse un doux sourire, certain que l'argument de Duo – si grave et sérieux soit-il – ne tiendra pas longtemps face à la confiance qu'il place en leur couple.

- Je crois que… Kimo… ferait un bon témoin, choisit-il d'aborder. Qu'en dis-tu ?

Le regard de Heero lui donne à penser que cette partie-ci est loin d'être gagnée !

- C'est son frère, vieux. Il fait de gros efforts pour redorer son blason et il se soucie réellement de te plaire.

- …

- Duo ne fera peut-être jamais le premier pas pour revoir Kimo, par crainte d'instaurer un malaise entre vous, mais je suis certain qu'il le fera pour se confronter à Solo.

- Je m'y attends. Maintenant qu'il n'est plus sous contrôle judiciaire, ce n'est qu'une question de jours avant qu'il ne m'en parle à nouveau.

- Et alors ?

- Il est temps d'en finir avec son passé, décrète-t-il.

- Les lames en alliage de Gundanium sont indétectables aux portiques de sécurité, le prévient Trowa, à brûle pourpoint.

- Il est quasiment impossible de se procurer ce métal.

- Quatre nous a offert un sabre chacun, en plus des doubles lames courbées qu'il possède. Duo pourrait aisément nous en emprunter, voire même en dénicher un au marché noir.

- Je procéderai moi-même à la fouille au corps.

La perche est trop bonne ! Trowa s'apprête à lui lancer une boutade, lorsqu'un colonel visiblement soucieux vient à leur rencontre. Rapidement, Heero et l'homme d'âge mûr en viennent à discuter d'une affaire en particulier.

- Le légiste nous apprend que les armes blanches utilisées sont des couteaux de glace. Une fois plantés dans le corps des victimes, ils fondent pour ne laisser aucune autre trace que la blessure mortelle portée en plein cœur. J'ai mis mes meilleurs éléments sur cette affaire et nous ne parvenons pas à retrouver la piste du tueur à gages. Nous savons qu'il reçoit ses contrats par informatique et connaissant votre génie dans ce domaine, je viens solliciter votre aide.

- Je ne doute pas des capacités de vos agents. Je pense que cet individu possède un site sur le web profond : le dark net. Il faut une adresse IP pour y accéder.

- Je vois…

- Envoyez-moi vos données que je puisse dénicher son repère virtuel.

- Demain matin, sans faute. Merci, Colonel Yuy.

Les trois hommes se saluent, quand le preventer ajoute une dernière parole avant de s'éloigner :

- Veuillez transmettre mes félicitations à l'Agent spécial Maxwell. J'espère que cet incident ne ternira pas l'image qu'il se fait de notre grande famille.

- Soyez sans crainte, le rassure Heero.

Alors que le vieux et noble colonel rejoint ses jeunes agents pour leur apprendre la bonne nouvelle, Quatre vient se poster auprès de son mari. Trowa et Quatre sont d'une nature discrète, mais l'empathe ne peut s'empêcher de frôler l'épaule de son compagnon. En réponse, Trowa le couve d'un regard aimant où la fierté d'être à ses côtés le fait briller intensément.

- Un bon nombre de personnes désire s'entretenir avec toi, Heero, le renseigne Quatre. Les Administrateurs, également. Je ne sais pas si Duo a eu le temps de t'en informer, mais nous avons convenu que les enfants passeraient le week-end chez nous.

- Bonne idée, approuve Heero.

- Je serai d'avis de rentrer au Manoir, dès à présent. Ils sont surexcités par la réception et je perçois les premiers signes de fatigue.

- Heero comme moi allons probablement rentrer tard, lui apprend Trowa. Pars devant, je vous rejoins.

- Un problème ? s'enquiert Quatre.

- Rien qu'une mise au point avec Wufeï, sans incident notable sur notre vie, le rassérène Trowa. Va, chéri. Je fais au plus vite.

- Très bien, cède-t-il, pas très heureux d'être séparé de son mari.

Même pour quelques heures.

- Bonsoir, Heero et grondeDuo pour moi, tu veux bien ? S'il n'avait pas fui les lieux, convaincu que tous, ici, pensent comme Yuto…

Il s'interrompt délibérément, afin de laisser planer son sentiment de frustration quant au choix du natté.

- Je n'y manquerai pas, promet Heero.

Avec douceur, néanmoins…

A la Résidence Yuy,

au bord du Wando…

Duo rentre chez lui en homme libre.

En homme libre et respectable.

Il n'a jamais perdu sa dignité aux yeux de ses proches, mais il a le fort sentiment de l'avoir récupéré face au reste de la société.

Tout en se laissant tomber lourdement sur la banquette du salon, Duo songe qu'il ne sait plus vraiment à quoi s'attendre lorsque Heero rentrera. Sera-t-il fâché contre lui ? Aura-t-il seulement eu vent de ce qu'il s'est produit entre l'Agent Yuto et lui ? Auquel cas, comment et quand aborderait-il le sujet ? Duo ne regrette pas d'avoir fui la réception : moins il côtoie les forces de l'ordre, mieux il se porte ! Heero et sa troupe demeurent et demeureront toujours une exception. Toutefois, il regrette d'avoir dû quitter précipitamment les lieux en la présence de leurs enfants. Il regrette de n'avoir pas su faire autrement. Néanmoins, sa confiance en Heero est telle qu'il s'est permis de quitter prématurément la Cérémonie en lui laissant la garde de Daniel et Akane.

*'ro est le meilleur père qu'un enfant puisse avoir…* se dit-il, assuré de les savoir en sécurité. *Sans compter les présences de Quat' et Tro'* termine-t-il de se rassurer.

Au fil des heures, la nuit devient plus sombre et semble avaler le séjour tout entier. C'est à ce voile de lumière lunaire que Duo réalise qu'il est installé sur le canapé depuis un long moment et qu'il a oublié d'allumer les lumières. Cette ombre autour de lui ne le dérange pas. Au contraire, elle lui donne la sensation d'être protégé, caché du reste du monde. Mais pas seulement. La nuit a toujours revêtu deux facettes pour lui : celle, angoissante, qui le maintenait jadis éveillé et l'autre, apaisante, qui lui donne encore aujourd'huil'impression d'être libre ; de contrôler son environnement, sa vie.

Duo finit par pousser un long soupir. Il peut bien se réfugier dans l'obscurité naturelle de la nuit, les doutes qui l'assaillent ne le quittent pas pour autant : Heero est-il tenu de rester à la réception aussi tard, ou choisit-il de lui faire payer son attitude en le faisant cruellement languir de son retour ? Ils se sont promis de tout se dire, mais peut-il taire le fâcheux incident avec l'Agent Yuto sans risquer de manquer à sa parole ? Heero se fermera-t-il comme une huître, chaque fois qu'il abordera le sujet de Kimo ? De Kimo ou de Solo ?

Autant de questions sans réponses qui commencent à rendre le natté nerveux et impatient. Guettant le retour de son compagnon, Duo jette régulièrement des coups d'œil à l'horloge numérique et rétroéclairée de la cuisine…

Il peut néanmoins compter sur le soutien de leur chatte « Katana – Cat – Anna », laquelle se frotte contre ses jambes en ronronnant. Elle ne tolère que quelques caresses de temps à autre, préférant observer son petit monde de loin ; depuis le palier de l'escalier ouvert dominant la grande pièce à vivre, par exemple. Notant que la minette aime particulièrement cet emplacement, Duo y a posé un coussin moelleux sur lequel « Katana – Cat – Anna » se prélasse avec un plaisir évident.

- Ma toute belle, la flatte le natté.

D'humeur conciliante, elle l'autorise à toucher son beau pelage jusqu'au bout de sa splendide queue, jusqu'à ce qu'un bruit suspect la décide à rejoindre son lieu sûr. A la série de cliquetis familiers des serrures que l'on ouvre, Duo devine que son amant est sur le point d'entrer. Il n'en a pas la certitude rationnelle, mais il sent en son for intérieur que la personne se trouvant derrière la porte n'est autre que son compagnon.

Le cœur battant, Duo saute sur ses jambes avant de vérifier sa tenue en replaçant correctement son col de chemise et en époussetant son pantalon… mais ne songe toujours pas à allumer les lumières.

L'instant d'après, Heero passe le seuil de leur maison. Il sent immédiatement la présence de son homme dans le séjour, sans avoir à le fouiller du regard. Sachant Duo tout aussi impatient que lui de consommer leurs retrouvailles, il choisit pourtant de prendre son temps. Il pose ses clefs dans le vide poche en bois, d'abord, puis ôte son pardessus avant de ranger son arme de service dans le coffre-fort dissimulé derrière l'un des trois tableaux de l'entrée.

Duo, quant à lui, a mille et une choses à dire, sur tout un tas de sujets divers et variés, mais à présent que son compagnon se tient devant lui, rien ne sort.

Lorsque Heero s'avance enfin dans la grande salle toujours plongée dans le noir, Duo oublie tout. Tout, sauf une chose…

Celle d'embrasser Heero.

Alors qu'il s'apprête à combler l'espace qui les sépare encore, Heero l'en dissuade d'une main levée. Duo n'a pas le temps d'engager la conversation, histoire de prendre la température, que son compagnon l'en soulage.

- On va la faire courte, commande le colonel, tout en se dirigeant vers lui d'un pas sûr.

Chemin faisant, il ôte ses veste et cravate qu'il pose sur l'une des chaises se trouvant sur sa route, puis déboutonne sa chemise avant de la sortir de sous son pantalon d'uniforme.

Captivé et enivré par son amant et par le spectacle qu'il lui offre déjà, Duo se force à rester immobile, ne sachant plus sur quel pied danser ; ce qui ne l'empêche pas de frissonner d'excitation à la vue de son homme se dévêtant partiellement et se passant la main dans ses courts cheveux bruns.

- Euh… okay.

*J'ai dû faire une bêtise… autre que celle que je crois avoir déjà faite !* se dit-il, un brin anxieux.

- Tu fais toujours une bêtise, confirme Heero, comme s'il pouvait deviner ses pensées.

Son sourire en coin, taquin, rassure tout de même le natté qui se détend et lui sourit en retour.

- J'ai terriblement envie de toi, ajoute Heero en venant l'étreindre avec force.

Les deux hommes s'enlacent ainsi, longuement, comme si ces instants étaient toute leur vie.

- Bon Dieu, que c'est bon ! gémit Duo en se lovant contre lui. Tu sens tellement bon…

Si Heero s'autorise à nicher son visage dans son cou afin d'y respirer longuement son odeur, il s'interdit de l'embrasser. Pas encore. S'il vient goûter ses lèvres, c'en est fini de sa résolution.

- Quand tu dis qu'on va la faire courte…, veut savoir Duo d'un air faussement inquiet.

- Baka. Je parle de la conversation que nous devons avoir, tous les deux. Maintenant.

Duo acquiesce d'un simple hochement de tête, tout en caressant du bout des doigts la peau découverte de son amant.

- L'Agent Yuto a été démis de ses fonctions, annonce enfin Heero, tout de go.

Sachant l'effet que cette nouvelle ne manque effectivement pas de produire, Heero laisse Duo se soustraire à son étreinte ; non sans en être profondément frustré.

- Je te demande pardon ? Non, mais dites-moi que je rêve ! Y a des micros dans les toilettes ? tente-t-il de plaisanter, en vain.

- Deux, à vrai dire, sous-entend Heero.

Son attitude ne laisse aucune place au doute et Duo comprend sans difficulté qu'Heero fait allusion à leurs enfants.

- Qu'ont-ils vu et entendu, exactement ? se renseigne-t-il, les yeux assombris en écho de la colère sourde qu'il sent monter en lui.

- Suffisamment pour que Wufeï le mette aux arrêts.

- Tu ne réponds pas à ma question.

- Les enfants vont bien, c'est le principal.

- Je n'en saurais pas plus, si je comprends bien ?

- Sauf si les enfants acceptent de t'en parler.

- Ils refuseront pour ne pas me faire de la peine. Mais Blake me dira tout, lui.

- Blake, ni aucun membre de mon équipe ne pourra t'en toucher mot, le prévient-il.

- Tu as peur de quoi, 'ro ?

- Yuto a gagné un pass pour une surveillance à vie. Inutile de s'appesantir sur son sort. Il n'en vaut pas la peine.

- On est bien d'accord, mais…

- On est bien d'accord, répète Heero avec son autorité naturelle.

Se passant les mains sur son visage, comme pour y voir plus clair, Duo pousse un long soupir à mi-chemin entre lassitude et soulagement.

Considérant l'incident clos, Heero comble à nouveau l'espace insoutenable qui les sépare, pour attirer Duo contre lui. Sage, ce dernier capitule et se laisse aller entre les bras puissants de son amant. Impatient, Heero le dévêt sans plus tarder, le couvrant de baisers et de douces morsures…

Complètement déconnecté de la réalité, Duo parvient tout de même à recouvrer suffisamment de lucidité pour lui avouer quelque chose qui lui tient particulièrement à cœur.

- 'ro, je… Ah ! A… attends… juste une seconde…

Accédant à sa requête, Heero cesse un court instant de titiller son téton durci par le désir, mais ne peut empêcher ses mains de se balader sur son corps désormais totalement dénudé et offert, comme mues par une volonté propre.

- Je…, tente d'articuler Duo. Je regrette de t'avoir crié dessus avant ton départ, parvient-il à dire.

- Avant mon départ, relève Heero.

Dans d'autres circonstances, Duo se serait mis à rire, plus léger que l'air. Mais présentement, Heero se déleste du dernier morceau de tissu recouvrant son corps d'athlète… son regard, assombri par l'ardeur amoureuse qui l'anime, ancré au sien.

Triomphant, Heero s'amuse à lire cette expression gourmande sur le si beau visage de son amant et savoure sa chance absolue de vivre la réciprocité de ses sentiments pour le natté.

- Agent spécial Maxwell, prononce-t-il en prenant soin de détacher chacun de ses mots.

Comme s'il avait enfin atteint un objectif d'importance.

Duo lui sourit, les yeux pétillants de malice et de fierté mêlées.

- C'est officiel, je suis ton homme !

Heero lui sourit en retour, mais d'un air étrangement déterminé.

Comme s'il n'avait toujours pas atteint un autre objectif d'importance…

- Ce n'est pas assez officiel, à mon goût, lui fait-il savoir.

Duo aurait bien aimé répondre, mais les baisers fiévreux qu'ils échangent lui font perdre toute notion de temps et d'espace…

Au bout d'un long moment, Duo finit par se retrouver assis sur la longue table en bois massif du salon, le souffle court et n'ayant plus d'yeux que pour son preventer.

- Je t'aime, murmure-t-il.

Instinctivement, il ouvre la voie à son amant qui se glisse impatiemment en lui. Brûlants de désir, les deux hommes se fondent l'un en l'autre. Autant de va-et-vient qui provoquent un plaisir intense et une détermination tenace de le renouveler.

Encore et toujours…

Au petit matin…

Plus heureux que l'idée même du bonheur le plus extatique, Duo se réveille doucement en s'étirant de tout son long. Mais lorsqu'il tourne son visage vers la place qu'occupe Heero à ses côtés, il comprend que son homme s'est déjà levé et prépare sans doute leur petit-déjeuner…

*Après tout, il n'est que sept heures du matin. C'est pas comme si nous avions fait l'amour toute la nuit !* se dit-il avec une tendre ironie.

Passant rapidement sous la douche, le dénatté s'empresse de rejoindre son compagnon qu'il pense être dans la cuisine.

- Bingo ! lance-t-il en trouvant Heero devant l'îlot central.

Fidèle à certaines de ses habitudes, Heero ne manque pas d'étreindre Duo avec une force et une douceur mêlées qui bouleversent chaque fois le dénatté.

- Tu prépares le Miam-ô-fruits, remarque Duo du coin de l'œil.

- Je suis tombé sur le livre avec ton mot expliquant : « même pas en rêve, tu zappes notre nouveau p'tit déj' ! », confirme-t-il, le nez dans ses cheveux lâchés et parfumés par son shampoing au Bois de santal.

Des plus épanouis, Duo se mord la lèvre d'un air espiègle.

- Tu verras, c'est super bon ! assure-t-il.

- Ça m'en a tout l'air.

Les deux amants se détachent l'un de l'autre, rendant Heero à son occupation première.

- T'es debout depuis quand ? se renseigne Duo.

- Je ne t'ai devancé que d'une demi-heure.

- Dis-donc… Sacrée grasse mat' ! se moque gentiment Duo, tout en baillant.

- Je ne pensais pas te voir debout si tôt. Tu devrais retourner te coucher.

- Je suis sous la protection de mon P-man. Il ne m'en faut pas plus pour me laisser aller au sommeil, mais j'ai trop de choses à te dire.

Sans cesser de s'affairer en cuisine, Heero ancre un instant son regard confiant dans celui de son compagnon, lequel a pris place à sa gauche.

- Je dois te parler de quelque chose d'important, reprend Duo avec sérieux.

- Si tu veux revenir sur la soirée d'hier concernant Yuto, c'est inutile. Y a rien de plus à en dire. Bien au contraire, je n'ai eu que des éloges à ton égard. Les chefs des trois équipes que tu as aidées dans leurs missions sont impressionnés et soulagés par ton comportement exemplaire et tes capacités innées d'enquêteur.

- Tant mieux, tant mieux, minimise Duo en balayant ce « point de détail » d'un revers de main. Mais ce n'est pas de ça dont il s'agit.

- Le chat ? suggère encore Heero.

Au comble du bonheur de voir ce vœu-ci s'exaucer enfin, Akane a tôt fait de tout lui raconter pendant la Cérémonie…

- Oh ! Katana. Non. Enfin, oui… c'est important puisque nous accueillons un nouveau membre à part entière dans notre famille, mais… ça te convient, à toi aussi ?

Pour toute réponse, Heero lui sourit, simplement.

- Nous l'adorons tous, mais nous ne parvenons pas à nous mettre d'accord sur son prénom.

- Kat'anna, propose alors Heero.

- Oui, Katana. Seulement, Dany l'appelle « Cat » et Akane, « Anna »…

- Kat'anna, répète Heero.

Avant d'épeler le nom de la minette.

- Cool ! s'émerveille Duo de cette trouvaille. C'est parfait ! Je vais pouvoir faire graver ses bols d'eau et de croquettes, et broder son coussin, prévoit-il.

- Hn, approuve Heero, avant de l'encourager à aborder le sujet qui fâche. Je t'écoute…

A en croire les précautions que prend son compagnon - tout en ayant déjà décidé qu'il pouvait lui en toucher deux mots - ça ne peut être qu'au sujet de…

- Solo, articule effectivement Duo. Je veux voir Solo. J'exige de le voir dans les plus brefs délais.

Heero laisse échapper un soupir et reporte son attention sur l'ananas qu'il est en train de tailler en pièces.

- Je ne suis pas totalement contre, déclare-t-il.

- Peu importe ce que peuvent dire les gens ou les preventers sur nous… sur moi.

Intrigué par ce sous-entendu, Heero considère attentivement son compagnon, lequel accepte de donner quelques explications…

- Ils pensent tous que je t'obéis au doigt et à l'œil et vu de l'extérieur, c'est l'impression que je donne certainement.

Heero s'apprête à l'interrompre pour le contredire, lorsque Duo l'en empêche d'un geste de la main.

- Je t'écoute, reprend-il. Je t'écoute parce que tu es sage et de bons conseils pour moi. Je me range souvent à ton avis parce que tu as souvent raison. Souvent, pas tout le temps, Monsieur !

Attendri, Heero esquisse un doux sourire…

- Tu me cernes, comme personne, poursuit Duo. Tu me devines avec une facilité désarmante et je sais que tu sais que je ne suis pas certain moi-même de garder mon sang-froid face à l'assassin de ma famille. Mais ! Tu m'as donné ta parole que j'aurais droit à une entrevue avec lui et je la veux maintenant.

Là encore, Heero prend le temps de la réflexion. Longuement, si longtemps que Duo croit que Heero en a oublié de lui répondre.

- D'accord, finit par promettre le colonel.

- D'accord ? s'étonne Duo.

- Hn.

- C'est tout ? Tu ne m'ensevelispas sous dix tonnes de conditions et d'avertissements ?

- Je veillerai simplement à ce qu'il ne t'arrive rien de fâcheux.

- Avec toi, rien n'est jamais vraiment « simple » et puis, j'vois pas ce qui pourrait bien m'arriver…, commence-t-il.

Avant de s'interrompre en comprenant soudainement le sens profond des paroles d'Heero. Aux yeux de son preventer, Duo ne doit rien faire qui pourrait nuire à sa personne ; comme attenter aux jours de Solo, pour en subir ensuite les conséquences judiciaires et morales. Par exemple.

Duo grimace un instant, tout en observant Heero d'un air à la fois éperdument amoureux et un brin désabusé. D'un mouvement fluide, il saute du haut de sa chaise de bar pour venir se blottir tout contre Heero, lequel le couve d'un regard de propriétaire en le serrant dans ses bras.

- Je dois le faire, 'ro. Tu me comprends, n'est-ce pas ?

- Je te cerne, comme personne. Ce sont tes mots.

- Mm, marmonne-t-il, avant de changer de sujet. Tro' m'a dit que Quat' et lui ont reçu mon frère et son compagnon à dîner, révèle prudemment Duo. Apparemment, Kimo a l'air heureux…

Comme Heero n'apporte pas d'eau à son moulin, la nervosité de Duo s'accroit. Conséquemment, il se met à tracer du bout des doigts des formes arrondies et entremêlées sur son torse partiellement dénudé par son marcel noir.

- Apparemment, c'est son patron, à lui aussi, reprend-il d'un air qui se veut léger. C'est marrant, non ? T'es mon patron, son gars est son patron…

Ne parvenant pas à amadouer son compagnon – manifestement toujours contre l'idée d'un possible rapprochement entre les deux frères – Duo se détache de lui et juge préférable de passer à un nouvel autre sujet.

- Tu d'v'niras jamais avec qui s'est casé l'oncle Mill' ! Un truc de fou !

Cette fois-ci, Heero ne l'écoute plus que d'une oreille. Le dossier « Kimo » le turlupine…

- … Akane dort dans sa chambre, depuis que je l'ai repensé et rafraichi, est en train de raconter Duo, à présent. Notre fils à la sienne, juste à côté… Ils sont ravis d'avoir l'étage rien que pour eux.

- J'ai visité leurs nouvelles chambres, ce matin, guidé par Kat'anna. Elles sont magnifiques, comme tout ce que tu entreprends dans la maison.

Duo sourit jusqu'aux oreilles, heureux que ses initiatives plaisent à son homme. Cette pensée l'amenant à d'autres, plus coquines, Duo se racle la gorge afin de recouvrer tout son sérieux.

- Comme prévu… Maurice est enterré au « Cimetièredes envolés », dit-il avec une émotion encore vibrante dans la voix. Nous pourrions lui rendre visite avec les enfants… Akane veut venir avec nous. Elle y tient vraiment beaucoup.

- Hn.

- Sinon, Quat' et moi, on aimerait bien organiser une visite à l'Aquarium. Tu sais, celui à deux pas de l'Agence ?

Duo a beau être passé à un autre sujet, qui plus est festif, Heero remarque du coin de l'œil sa tristesse résiduelle. Duo a de multiples raisons d'être miné et d'autres d'être le plus heureux des hommes. Pour l'heure, Heero connaît son pouvoir de réconfort sur son amant et l'exerce avec sagesse. S'emparant d'un morceau d'ananas fraîchement coupé, il vient glisser le fruit juteux et sucré entre les lèvres souriantes et coopératives de son dénatté…

… avant d'y goûter lui-même en un long et délicieux baiser.

- Mhmmm… c'est drôlement bon… les fruits, le taquine Duo.

Heero lui adresse alors un sourire plein de promesses…

- Akane voudrait une robe qui ressemble au « manteau de l'univers », lance soudain Duo. Je cite !

- Précise.

- J'pensais à une robe bleu nuit avec des étoiles brodées, répond-il d'un air absorbé. Je ne sais pas encore si elles seront toutes de couleur argent ou doré, ou bien un mélange des deux. De toute façon, soit je la trouve toute faite, soit je la fais faire.

- C'est trop, s'oppose doucement Heero.

- Notre fils, lui, il veut un costume de preventer, c'te blague ! poursuit Duo, sans faire état de sa remarque.

- Duo…

- Mm ?

- Je peux savoir de quoi nous parlons, exactement ?

- Bah… de notre mariage !

Radieux, le visage d'Heero se fend dès lors d'un large sourire.

- Alors comme ça, Monsieur accepte de m'épouser ?

- C'est devenu à moitié possible, oui, confirme Duo.

- A moitié…

- Faudra qu'on soit hyper vigilant, 'ro ! Okay ?

- Hn.

Fort de cette promesse, Duo se presse derechef contre son homme.

- Tu m'as tant manqué, se plaint-il, le nez sous son oreille. J'ai tant espéré un signe de ta part…

Pour se faire pardonner, Heero lui donne un doux baiser dans le cou, glissant ses mains caressantes sous ses vêtements…

- Et notre Miam-ô-fruits ? tente faiblement Duo, frémissant.

- Le « miam » d'abord, les « fruits » ensuite, explique savamment Heero.

En moins de temps qu'il ne faut pour le dire, les deux hommes se retrouvent étroitement enlacés sur le canapé…

Le week-end suivant,

au village portuaire de Tempozan…

Heero est un homme de parole. S'il a promis d'organiser une entrevue sécurisée entre Solo et Duo à la Prison Preventers de Tanabe, il le fera. Dès lors, Duo ne revient pas sur ce sujet et patiente simplement que son colonel l'informe de la date prévue pour cette confrontation ultime.

Dans l'attente de cet événement majeur, Duo s'emploie à vivre pleinement le moment présent et celui qu'il vit actuellement le ravit au plus haut point.

- Bienvenue à l'Aquarium d'Osaka Kaiyukan ! annonce gaiment le natté. L'un des plus gros aquariums urbains couverts du monde.

- Il abrite un réservoir de cinq mille quatre cent mètres cube d'eau et une collection d'environ cinq cent quatre-vingt espèces aquatiques, explique Akane.

- Comme quoi ? veut savoir Towika.

- Un requin baleine, un énorme poisson-lune, des loutres de mer, des manchots royaux ainsi que des crabes-araignées géants, répond Duo.

Tandis que Heero, Trowa et Quatre sourient – notamment en lien avec l'attitude de Duo - les enfants, eux, sautillent autour de leurs pères sous l'effet de la surexcitation, en partie transmise par Duo. En jean, tee-shirt et casquette, celui-ci glisse ses lunettes de soleil jusqu'au bout de son nez, tout en se penchant vers les enfants.

- Qui c'est qui va faire un tour dans la Grande roue, après notre visite ?

- MOI ! MOI ! MOI ! s'écrient Towika, Akane et Daniel d'une même voix.

Satisfait, Duo se frotte les mains.

- Bien ! Je crois que vous êtes à point.

- Duo ? l'appelle Heero, d'une voix douce.

- Nous irons déjeuner dans le parc qui se trouve juste à côté de la Grande roue, poursuit Duo. Je nous ai préparé de savoureux bentos.

- Miam ! se régale d'avance Akane.

- Chéri ? réitère patiemment Heero.

- Ouais ?

- C'est quand tu veux.

- Bah, c'est maintenant !

- On dit « oui », dad, murmure Daniel en donnant un coup de coude qui se veut discret à son daddy.

- Oui, mon chaton.

Sans se départir de son sourire charmeur, Duo pivote sur lui-même et ouvre la marche jusqu'au bâtiment, les enfants sur ses talons…

En fin de visite…

Les quatre adultes et leurs enfants en ont pris plein les yeux.

Des souvenirs plein la tête, Akane, Towika, Daniel et leurs parents terminent leur parcours dans la boutique du Musée Kaiyukan. Ils y trouvent ce que la plupart des musées propose. A savoir, des articles de papeterie, peluches et autres objets sur le thème du musée ; ici, celui de la nature et de la mer.

- Les enfants ! les appelle Quatre, d'une voix ferme et aimante à la fois.

Les trois petites têtes rappliquent aussitôt.

- Vous devez rester ensemble et ne jamais vous soustraire à notre surveillance. Je dois être en mesure de vous voir à chaque instant, demande-t-il.

- Oui, baba, promet Towika au nom de tous, plus épanouie que jamais.

- On est juste là, indique Daniel en pointant l'endroit du doigt. Devant la pyramide des peluches.

- Et si jamais on nous embête, ajoute Akane. On procèdera exactement comme daddy nous l'apprend.

- On leur pète les couilles ! précise Daniel.

- Hn, acquiesce sa sœur.

Non loin de Quatre, Trowa et Heero sourient jusqu'aux oreilles, tandis que Duo se mord la lèvre d'un air coupable.

- Mon chaton… te sens pas obligé de reprendre mes expressions, tente-t-il, en se reprochant intérieurement de les avoir utilisés à voix haute et devant eux. Prends exemple sur ta sœur, tiens !

- Lorsque tu me donnes un cours d'auto-défense, tu me dis clairement que le meilleur moyen de gagner du temps sur un agresseur masculin est de lui briser les noix et de lui péter la tronche, rapporte-t-elle fidèlement.

Incrédule, Duo est le seul à ne pas exploser de rire.

- Allez donc voir les p'luches ! leur commande-t-il, à moitié embarrassé.

Alors que les enfants se précipitent sur les peluches les plus grosses, Heero se rapproche un peu plus de son fiancé.

- Tu fais un éducateur hors pair, souligne-t-il, un brin moqueur.

Bafouillant quelques paroles inintelligibles tout en promenant son regard sur les présentoirs, Duo finit par tomber sur un crayon à papier à la pointe finement taillée. Il s'en saisit alors pour en tester le piquant et le toucher agréable du corps en bois.

- C'est super pointu, remarque-t-il d'un air absorbé. Les crayons à papier bien taillés m'ont toujours donné envie d'écrire des romans d'aventures… Ça t'excite pas, toi ? ajoute-t-il à l'attention de Heero.

Le sourire en coin de son preventer lui répond.

- 'ro ! se plaint Duo. Tu peux pas être sérieux deux minutes ?

- Attends un peu qu'on se retrouve seuls, toi et moi, et je te prendrai très, très au sérieux. Toi et… ta pointe.

Écarlate, Duo réalise, un peu tard, la longueur de la perche qu'il vient de lui tendre…

- Si t'allais voir les enfants, histoire de voir… ce qu'ils veulent…

- …voir ? propose Heero, taquin.

- File !

Toutefois, Heero n'a pas le temps d'exaucer le vœu de son compagnon, que les enfants reviennent déjà vers eux, chacun portant une énorme peluche dans les bras. Comme Quatre et Trowa se rapprochent, d'autres articles en mains, les enfants n'ont plus qu'à leur faire les yeux doux d'un air suppliant.

- Allez, hop ! Dans le panier, mes poussins, cède quasi immédiatement Duo.

Ravis, les enfants se dandinent de bonheur.

- Euh…, se ravise le natté, grimaçant. T'es bien certaine qu'il manque un crabe-araignée géant à ta chambre, ma tourterelle ? interroge-t-il Akane.

- Non, mais c'est la peluche que je préfère.

- Bon, bah… Tout le monde en caisse !

Duo profite que les enfants s'éloignent à nouveau d'eux pour glisser quelques mots à Heero.

- Non, mais qu'est-ce que tu lui as fait avant que je ne débarque dans vos vies ? Akane repart avec un crabe, 'ro ! Pauvre petite libellule, se désole-t-il exagérément en observant la petite fille serrer sa peluche géante contre elle.

Le cœur en joie, Heero dépose un doux baiser sur sa tempe, puis presse le pas pour aller payer leur note. Une fois fait, Duo mène sa joyeuse troupe jusqu'à la Grande roue, avant qu'ils n'aillent s'installer au parc pour déjeuner à même une couverture…

Idéalement installés sous de grands arbres centenaires, leur place offre une vue imprenable sur le port…

Ils n'ont pas encore touché au dessert – la partie préférée du natté – que Quatre propose déjà aux enfants de retourner faire un tour de Grande roue en compagnie de leur pères, Heero et Trowa. Ces derniers ne savent pas vraiment quel sujet Quatre veut aborder en particulier avec Duo, mais ils comprennent l'importance de les laisser seul à seul…

- J'suis toute ouïe, garantit Duo. De quoi, ou plutôt, de qui veux-tu qu'on parle ? devine-t-il, lui aussi.

- Tu vas le voir bientôt, prédit Quatre, avant de croquer une autre tomate cerise.

- Oh ! je sais, assure Duo. 'ro m'a promis de m'emmener en prison.

- Voici une étrange façon de le dire.

Les deux hommes partagent un doux sourire et un regard complice, mais Quatre n'est pas dupe de sa jovialité apparente.

- J'ai envie de l'étriper, avoue effectivement Duo. Sol' a violé et tué des enfants, il a massacré ma famille et il a brisé mon frère. 'ro a bien raison de prendre toutes ses précautions avec moi.

- Tu as encore de l'affection pour lui, sinon, tu ne l'appellerais pas par ce surnom.

Duo hausse les épaules.

- Je n'arrive pas à associer complètement le « Solo, meurtrier », au « Sol', mon ami d'enfance ».

- C'est compréhensible.

Après un instant de réflexion où Quatre se permet de l'étudier ouvertement, Duo quitte sa contemplation méditative du port pour reporter son attention sur l'empathe.

- Comment vont Mill' et Shawny ? s'enquiert le natté.

- Une renaissance ! Pour l'un comme pour l'autre.

- Bien… Et… et Kimo ?

- Tout va bien pour Sun et lui, le tranquillise Quatre.

- Cool !

- Tu ne…

-Non, le coupe le natté. J'veux pas en parler.

- Et je respecterai ta volonté.

- Depuis quand ?

Le regard brillant d'intelligence, Quatre lui adresse un sourire angélique.

- C'est parce que tu as troqué avec brio ton statut de prisonnier sous liberté conditionnelle pour celui d'agent spécial preventer que tu acceptes d'épouser Heero, avance-t-il, plutôt que de répondre à sa question taquine.

- Pour celui d'homme libre, oui, confirme Duo avec une légère nuance. Il n'a jamais été question qu'Heero épouse un… un détenu. A ce propos…, ajoute-t-il d'une voix hésitante.

- Oui ?

- Je trouve vos alliances magnifiques à Tro' et toi.

Quatre sourit tout en fixant son annulaire.

- Merci, je trouve aussi. Vous devriez jeter un coup d'œil aux modèles que propose cette joaillerie, lui conseille-t-il.

- Je suis allé sur leur site et je pense avoir trouvé nos alliances à 'ro et moi.

- Tu penses ?

- Je suis certainde mon choix, mais nous n'en n'avons pas encore discuté et imagine qu'il ait déjà choisi un modèle. Ça se trouve, il ne veut même pas en porter !

- J'en doute fortement, le rassure son ami.

- En tout cas, moi j'en veux une.

- Je suis curieux de voir ce que tu as sélectionné.

Tant et si bien, qu'il sort son téléphone afin de se rendre sur le site internet du joaillier.

- J'ai d'abord hésité avec la Thésée en or noir et diamants, mais dès que j'ai vu le modèle Simple Groom, j'ai su que si je devais porter une alliance, ce serait celle-ci et pas une autre.

Dès lors que Quatre a atteint la page de la bague Simple Groom, il se met à sourire.

- Ça correspond exactement à ton profil. Et à celui de Heero, également. Mais dans une autre mesure.

- Comment ça ?

- « Vivons heureux, vivons cachés »… C'est là le reflet de ta plus grande angoisse et aussi, un trait de caractère commun avec ton futur mari. A l'image de la sobriété absolue de ce ruban en or blanc et de ce diamant que tu dissimules à la vue de tous, en choisissant le seul modèle qui offre de le placer à l'intérieur de l'anneau. Elle paraît simple et demeure pourtant très précieuse… tout comme votre relation à Heero et toi. De même, vous possédez chacun une personnalité très affirmée, mais les courbes douces et les angles arrondis du bijou révèlent un désir profond de confort et d'harmonie.

- Perso, j'ai juste eu un coup de cœur, simplifie Duo. Dis-donc, ça ne doit pas être drôle tous les jours d'être profileur !

Cueilli, Quatre explose de rire.

- Et si tu me parlais un peu de ce symbole…

- Bah… j'crois que t'as tout dit !

Quatre se mord la lèvre.

- Excuse-moi, je me suis laissé emporter.

Duo lui sourit, une expression douce, si douce sur son visage…

- Tu devrais travailler pour cette firme !

Quatre se remet à rire,le visage empreint de sérénité offert au ciel.

- Trowa et moi avons étudié plusieurs modèles chez eux. J'aime beaucoup leur travail et leur vision novatrice de la joaillerie.

- Moi aussi. J'espère juste qu'Heero n'a pas déjà pris ses dispositions.

- Je doute sérieusement qu'il achèterait ce symbole sans toi. Je pense même qu'il attend que tu fasses le premier pas.

- Par crainte que je ne change d'avis ? s'inquiète soudain Duo.

- Il y a un peu de ça, confirme Quatre.

- Je lui en parlerai, dès ce soir. D'autant que je veux ajouter une gravure sur nos deux alliances.

- Sur la face interne de l'anneau ? le taquine Quatre.

Duo n'a pas le temps de lui répondre que leurs enfants et compagnons reviennent vers eux.

- On a encore de la place pour le dessert ! garantit Daniel en venant s'asseoir près de son daddy.

- Tout le monde en veut ? s'assure Duo, tout en distribuant les petites assiettes en fonction des réponses données.

De son côté, Quatre s'applique à couper des parts égales de la tarte aux fraises et du marbré réalisés par le Chef Daddy. Une fois tout le monde servi équitablement - c'est à dire en fonction de son appétit - Heero sort un sachet de sa poche intérieure pour l'offrir à son fiancé.

- Qu'est-ce que c'est ? demande Duo, sans oser toucher à l'emballage.

Il n'aime pas ouvrir les paquets immédiatement après les avoir reçus. Le paquet soigneusement emballé faisant partie intégrante du cadeau à ses yeux, il veut se souvenir de la texture, des motifs et des couleurs du papier cadeau.

- Tu avais l'air d'y tenir, alors je suis allé te le chercher, explique-t-il de son air impassible.

Duo tente de deviner ce à quoi fait allusion son amant, mais n'y parvenant pas, il ouvre finalement le petit paquet…

… et devient rouge écarlate à la vue de l'objet.

- C'est quoi, dad ? s'intéresse Daniel, tout en s'obstinant à vouloir couper ses demi-fraises avec sa cuillère.

Duo doit se racler la gorge, avant de répondre sous le sourire taquin de son fiancé.

- Un… un crayon à papier.

Un crayon à papier finement taillé.

- Pour quoi faire ? le questionne encore Daniel.

Lequel s'est finalement décidé à manger ses demi-fraises en un seul morceau.

- Pour écrire de belles histoires, répond brillamment Duo.

- J'ai passé l'âge qu'on me raconte des histoires, dad. Pour Towika, oui, mais moi, j'suis grand, maintenant.

Attendris, ses pères échangent un regard tendrement amusé.

- Je peux ravoir une part ? réclame leur fils.

- S'il-te-plaît, lui rappelle Heero, tout en douceur.

- S'il-te-plaît, dad, complète sereinement Daniel.

- Faut bien ça pour être un grand petit chat, dit Duo en le servant généreusement.

- Merci, dad !

A ses côtés, Heero le décoiffe avec une tendresse toute paternelle…

- Veux-tu bien cesser d'anéantir tous mes efforts, s'il-te-plaît, chéri ? l'interpelle soudainement Duo.

- Précise.

- Que tu te lèves et te couches avec un feu d'artifice capillaire en guise de crinière ne me dérange pas le moins du monde. Mais alors que je lutte avec l'épi de notre fils, voilà que tu profites de la moindre occasion pour lui entortiller les cheveux. Tout le monde ne peut pas assumer aussi bien que toi l'absence totale de soins capillaires !

- Tu veux dire que décoiffé, je ressemble à papa ? demande Daniel, plein d'espoir.

- Non, chaton. Lorsque nous autres, pauvres mortels, sommes décoiffés, nous ne ressemblons à rien, lui enseigne Duo.

Loin de s'en vexer, Daniel et ses acolytes se mettent plutôt à rire, toujours très amusés par les répliques savoureuses et chaleureuses du natté.

- Il n'y a que votre père pour être beau sans fournir aucun effort, poursuit le natté. Il n'utilise même pas d'après-shampoing ! marmonne-t-il ensuite.

- C'est étrange, souligne Trowa, tandis que Quatre se mord la lèvre, les yeux rieurs. Par moment, on ne sait plus si l'on doit rire ou pleurer…

- Bah, quand je t'aurais écrasé le pied, tu sauras ! le menace-t-il en agitant sa petite cuillère recouverte de crème chantilly fait-maison.

Là encore, les enfants éclatent de rire…

- Mon pauvre vieux, adresse Trowa à son ami de longue date, Heero. Si tu avais su qu'être si parfait te vaudrait autant de désagréments… Ce n'est pourtant pas faute de le décoiffer quotidiennement, ajoute-t-il ensuite, sachant pertinemment que les enfants ne peuvent pas en saisir la signification grivoise.

Duo n'a pas le temps de rétorquer qu'Heero le prend de court, le sourire aux lèvres.

- J'aurais signé plus tôt, tu penses bien, certifie-t-il avec le plus grand sérieux.

Touché, Duo fond littéralement… décoiffant distraitement son fils, dont l'épi ne se fait pas prier pour reprendre sa place initiale.

Plus tard,

dans l'après-midi…

Les enfants continuent de jouer en compagnie de Quatre, non loin des parents restés sur le lieu du pique-nique…

- Quat' s'amuse comme un fou ! se moque gentiment Duo auprès de Trowa.

Enfin, sous Trowa.

- Sérieux, tu peux pas faire comme tout le monde et poser tes fesses sur la couverture ! râle Duo, la tête levée vers la branche solide sur laquelle Trowa s'est perché depuis le départ de son mari.

D'ici, il a une vue imprenable sur tout ce qui les entoure…

A même le sol, Duo est adossé contre un large tronc, la tête d'Heero reposant sur ses cuisses.

- Tu vas finir par réveiller ton cher et tendre, le prévient Trowa d'un air taquin. Avec tout ce qu'il te donne, il a bien besoin de se reposer, ajoute-t-il, allusif à souhait.

- J'vais m'le faire ! le menace Duo.

Il prend tout de même le temps de s'assurer de la qualité du sommeil de son amant en plongeant tendrement ses doigts dans la chevelure épaisse et soyeuse d'Heero. A le voir ainsi, dans une quiétude extraordinaire née de la confiance absolue qu'il place en son homme, Duo sent monter en lui une bouffée de bonheur.

Il ignore combien de temps il a passé à contempler son compagnon, mais l'atterrissage maîtrisé au son feutré de Trowa à leurs côtés suffit à le tirer doucement de ses rêveries. Duo ne s'interroge pas longtemps sur la raison pour laquelle son ami a quitté son arbre : Quatre et les enfants reviennent vers eux au petit trot.

- J'ai super soif ! dit Daniel, talonné de près par sa sœur et sa cousine de cœur.

- Chut ! intervient la petite Towika. Oncle Heero dort, murmure-t-elle, sous les regards attendris de ses parents.

- Papa ne dort que d'une oreille, lui apprend Daniel en passant la bouteille d'eau à sa sœur.

Sachant cela, il parle tout de même à voix basse afin de respecter son repos.

- Nos oncles et dad veillent sur nous et il a toute confiance en eux, explique Akane. Je pense qu'il s'autorise à dormir.

- Non, insiste Daniel. Papa ne baisse jamais la garde.

Assis face à eux, Duo croit halluciner.

- Papa a besoin de dormir, comme tout le monde, insiste également Akane.

- Oui… mais non, s'entête-t-il.

- Depuis que dad est là, papa est beaucoup plus tranquille.

- Il est tranquille tout en veillant sur nous, tout le temps.

- Dano, mon chaton, s'interpose doucement Duo.

Heero est tout à fait réveillé, mais décide de feindre l'inverse pour laisser à son compagnon l'opportunité de faire une légère mise au point avec leurs enfants.

- Votre père veille sur nous, confirme le natté. Mais ta sœur a raison. Lorsqu'il se sent en confiance avec vos oncles ou moi, il s'autorise à déléguer une partie de son devoir, le temps de faire une pause bien méritée. Tu comprends ?

- Oui…

- Tu n'as pas l'air convaincu, chaton.

- Papa m'a promis de toujours veiller sur nous et sur toi aussi. Et je sais qu'il le fait.

- Et il n'a pas menti, le rassure Duo.

Un peu désemparé face à la foi inébranlable de leur fils en les capacités surhumaines d'Heero, Duo exerce discrètement une pression sur le corps de celui-ci en une demande de soutien… et de diversion. Daniel a bien le temps d'équilibrer son jugement et semble avoir besoin de s'accrocher à cette idée de « super papa ». L'instant d'après, Heero sort de son immobilité parfaitement feinte pour surprendre les enfants qui se mettent à crier en s'éparpillant gaiement dans le parc, poursuivis par Heero…

- Inutile de vous inquiéter, le tranquillise aussitôt Quatre. Daniel a traversé des épreuves difficiles. Il a vu son daddy en mauvaise posture et Heero l'en sortir. C'est bien normal qu'il le place sur un piédestal, disons, plus haut que le tien.

- D'autant que Maurice est mort, souligne Trowa. Il s'accroche à vous comme un koala à sa branche.

- Je sais, dit Duo.

Debout aux côtés des agents d'élites, le natté observe de loin son fiancé et les enfants ; notamment, Daniel riant à gorge déployée…

- Devine un peu sur quelle alliance Duo a jeté son dévolu, Quatre entraine-t-il son mari au jeu des déductions.

- Je donne ma langue au…, commence Trowa.

Avant de s'interrompre pour embrasser Quatre.

- Pitié ! se plaint Duo. Ne faites pas ça en parlant de moi.

- Un indice, dit Quatre, sans faire état de sa remarque. C'est un trésor caché…

- Argh ! Quaaat' ! Tro', arrête de me regarder comme ça !

Le sourire de Trowa s'élargit, tandis qu'il raffermit son étreinte autour de son mari.

- La Simple Groom, répond-il.

- Tu connais ? s'étonne Quatre.

- Mm. Heero m'en a parlé. Il se demande si Duo accepterait de se contenter d'une alliance d'apparence aussi simple.

- Mais je l'adore ! s'écrie Duo, n'en croyant pas ses oreilles.

- Je peux savoir de quoi, ou pire, de qui tu parles ? l'interroge Heero, derrière lui.

Au son de sa voix, Duo se retourne, puis s'agenouille pour recevoir leurs enfants dans les bras.

- Papa nous a dit qu'il comptait sur notre comportement pour remplir sa mission, lui rapporte Daniel. Alors, Akane et moi avons promis de lui apporter notre aide.

Duo lui sourit, secrètement ravi que Heero ait mis son grain de sel dans cette conversation-ci. Ce n'est pas la première fois qu'il faut rassurer le jeune garçonsur ce sujet et peut-être pas la dernière, mais les clins d'œil complices que Duo échange avec Akane lui donne à penser que sa fille s'est donnée pour mission de s'occuper du cas de son frère de cœur.

- Allez, on remballe ! décrète Duo en se redressant. Vous commencez à ranger, les poussins ?

- Oui ! acceptent-ils de bon cœur.

- Merci, dit-il.

Avant de sentir les bras d'Heero l'entouré par derrière.

- T'arrives toujours à trouverles mots justes avec les enfants, le félicite Duo.

- Je t'aime, déclare Heero, sous son oreille.

Quittant les enfants et leurs oncles des yeux, Duo se retourne entre les bras de son fiancé.

- Simple Groom ? demande-t-il son assentiment, tout en caressant sa nuque du bout des doigts.

Heero lui sourit.

- Simple Groom, confirme-t-il en le serrant chaudement contre lui.

- Dad ? l'appelle Akane en revenant vers lui.

Duo s'écarte légèrement de son homme.

- Oui, ma tourterelle ?

- Ton crayon à papier, dit-elle en lui tendant ledit objet. Tu as l'air d'y tenir, sinon papa ne te l'aurait pas offert.

Aussitôt, Duo pique un fard, faisant doucement rire Heero…

- 'ro ! rouspète le natté.

- Hn ?

- Va falloir édicter quelques règles entre nous !

- Hn, acquiesce-t-il, sans se départir de son air heureux.

- Lesquels ? s'enquiert Trowa, l'un des paniers repas en main.

- On peut savoir pourquoi ça t'intéresse ? l'interroge plutôt Duo d'un air suspicieux, tout en pliant la couverture.

- Toute règle a son exception, le renseigne-t-il, un petit sourire en coin.

Duo pousse alors un long soupir d'exaspération, tandis qu'Heero termine de ramasser les derniers éléments de leur installation.

- Quat', finalement, je me dis que j'ai reçu en cadeau le moins pire des deux !

Quatre sourit d'une oreille à l'autre, sa fille Towika se serrant contre lui.

- Heero ne manque pourtant pas de piquant, commente l'empathe en faisant référence à la mine finement taillée du crayon à papier offert par Heero.

- Non, mais qu'est-ce que c'est que ce pique-nique ? se plaint encore Duo.

- Nous pouvons y aller, annonce Heero, avant que Trowa et Quatre ne taquinent davantage son natté.

Sautillants de joie, les enfants ouvrent la marche avec leur peluche géante sous le bras, suivis de près par leurs parents, à la fois papas-poules, éducateurs et Preventers d'élite…

À suivre…

Note :

(A) : issu de l'anime GW

Concernant les alliances, je me suis inspirée du Joailler Gemmyo.

Note de fin : Mille excuses pour mon retard de poste…

C'est à la fois lié à mon rythme fluctuant de travail, à d'autres engagements hebdomadaires et à mes relectures de chapitres dans lesquelles je m'implique tant que je rajoute encore des passages et/ou rallonge des scènes avant de poster…

Je vous remercie donc d'être présent au rendez-vous de ce début d'année et vous souhaite une Excellente Nouvelle Année 2020, une bonne santé, ainsi que le meilleur pour vous-même et vos proches…

Kat'anna : c'est un truc de dingue ! Merci pour tes commentaires XXL tous pleins d'amour et l'intérêt que tu portes à Carte Noire. Chat me fait chaud au cœur… Comme je poste en retard, je répondrai à tes questions par mail ou au prochain chapitre.

Prenez soin de vous et…

à la semaine prochaine !

Kisu

Yuy