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Carte Noire,

un voleur nommé désir

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Source : Gundam Wing AC

Auteure : Yuy

Bêta de lumière : Lysanea

Genre : yaoi, romance, policier et UA.

Disclamer : aucun des personnages ne m'appartient sauf Black Light, Kimo Lost/Maxwell dit « Le Joker », Scarlette, Jenna et John Johnson, Gale et l'Inspecteur Morris, Aideen dite « L'Irlandaise », Masanaga dit « Le Japonais du Sud », Joe Fisher, le Gardien du loft 781, Lionel et Jeff, Akane, Lieutenant Nanako Gotô, Yumi, Capitaine Marc Guérin, Capitaine Alec Bowers, Lieutenant Antoine Faure, Capitaine Blake McGuire, Agent spécial Kale, Jack Glade, Anita Stones, Faye Ship, Ito Li, Barbara Linardt, Stan et Shawn McGuire, Steve Harris, Akito, Towika, Eichi, les frères Studners, Commandant Giuliano Cortesi dit Elmo, Gasper, Rosy, Charles, Luca, Standford, Surk, Shin-ji, Estelle, Docteur Akeno, Antonio, Katrine, Vincent, Fernand Faure, Isabelle De la Forgerolle-Faure, Cure-dent, le Colonel Jackson, Maurice Bailey dit « le géniteur », Daniel Bailey, Freddy, Miss Lili, Phoebe, Jason Stich, Hakim, Stuck, Jackie, Jake MacCain, Sean Davis, Silvio, Rosy MacGarette, l'Agent spécial Tsuki, Vincent, Antonio, Alexandra, Steven, Kylian, Monsieur Fernot, Monsieur Boyer, Maître Joly, Charles Dubois, Hisa, Shunichi Abe, Kei, l'Agent Gere, Fuhito, le Colonel Patchak, l'Agent spécial Anaé Maeda, le Maréchal Forb, l'Agent spécial Yuto, l'Agent spécial Isato Yamori, l'Agent spécial Meï Ming-Yue, Tsuneie, Grand-mère Yoyo, Chiyo, Emon et Yasuo…

Couples : Heero x Duo ; Trowa x Quatre

Note : Alinea63, tu penses bien…

Lime

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À Ly-chan, mon impérissable

et à tous les lecteurs

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Bonne lecture !

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23 – Blue-eyed boy

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Quelques jours plus tard…

En ce début d'après-midi, le ciel est totalement dégagé et le soleil brille en maître. Mais il fait froid. Un froid sec qui ne dissuade en rien Heero et Duo, lesquels ont opté pour une balade dans le parc du Domaine Winner. Une fois n'est pas coutume, les enfants sont devant la télé, absorbés par le nouveau dessin animé à la mode et sous la surveillance du Majordome Gasper et de leurs oncles.

Au bout d'une longue marche silencieuse, Duo s'immobilise en plein milieu d'une allée. À ses côtés, Heero l'imite et continue de l'observer sans mot dire. Le regard levé vers le ciel, Duo semble ailleurs. Son léger froncement de sourcils montre qu'il est profondément préoccupé. Pourtant, tout en lui respire une certaine sérénité ; ce qui termine de conforter Heero dans le choix de ce jour-ci.

C'est le jour J.

Celui qui doit théoriquement boucler la première partie de vie de Duo et de Kimo.

Celui qui promet de tourner définitivement la page.

- Tu espères me voir renoncer ? l'interroge soudain Duo, sans se tourner vers lui.

- J'espère beaucoup de cette confrontation, répond Heero.

Duo quitte alors la contemplation du ciel pour ancrer son regard à celui de son preventer.

- Moi aussi.

- Il y aura huit portes de sécurité indépendantes à passer, avant d'accéder à la zone des visites, le prévient Heero. Et pour chaque sas, une fouille au corps est ordonnée.

- Je sais. Tous les hors-la-loi le savent. Je suis disposé à respecter le protocole de la Prison Preventers de Tanabe, le rassure Duo, une fois encore. D'autant que tu procéderas toi-même à au moins l'une des fouilles, alors, exit le canif en gundanium ! ajoute-t-il d'un air qui se veut léger.

Le communicateur portatif d'Heero émet un son semblable à un chant d'oiseau électronique.

- Kimo et Sun sont arrivés, lui apprend-il, après avoir consulté son appareil militaire.

- C'est l'heure, annonce Duo en s'engageant dans l'allée centrale menant au Manoir.

La mine grave, Heero lui emboite le pas…

- Inquiet ? s'enquiert son natté.

- Oui.

- Je suis prêt, 'ro.

- Solo était déjà « mourant » lorsque tu l'as connu, déclare-t-il. Et il a rendu l'âme le jour de son premier passage à l'acte.

Comme Duo ne trouve rien à répondre, pris entre des émotions contraires, Heero décide d'en remettre une couche.

- Je t'ai organisé une rencontre avec Black Light, Duo. Tu ne reverras jamais Solo. Je me demande même si tu ne l'as jamais connu réellement…

- J'en suis bien conscient. Enfin, je crois l'être, en tous cas.

- Solo…

- Je sais ! l'interrompt-il brusquement. Je sais, chéri, se radoucit-il, ensuite.

Les deux hommes se sont à nouveau arrêtés, se scrutant l'un l'autre. Ils ne sont plus qu'à quelques pas du Manoir, mais Duo refuse de prendre la route menant à Tanabe dans cette atmosphère pesante entre eux deux.

- J'ai besoin que l'homme de ma vie me fasse confiance sur ce point, demande instamment le natté.

- C'est le cas.

- Alors pourquoi tu me stresses ? lui reproche-t-il.

Il s'éloigne de quelques pas, se passant les mains sur le visage et en soupirant. L'instant d'après, Heero vient l'enlacer par derrière et poser son menton sur son épaule.

- Pardonne-moi. Je crois que je n'ai jamais été aussi nerveux.

Duo se laisse aller à cette étreinte chaude et rassérénante.

- J'ai besoin de ta force, 'ro. Aujourd'hui, plus que jamais.

Comme pour réaffirmer sa volonté à toute épreuve et son engagement inconditionnel envers Duo, Heero resserre puissamment son étreinte. Les deux hommes demeurent ainsi, durant de longues minutes méditatives, avant de reprendre leur progression vers le Manoir.

Chemin faisant, ils se tiennent la main, leurs doigts entrelacés, bien décidés à faire front, ensemble…

Arrivé au pied de la grande bâtisse en compagnie d'Heero, Duo parvient à recouvrer un semblant de légèreté dans le souci d'épargner ses proches, au maximum du possible.

- Salut, p'tit frère ! dit-il d'un air qui se veut décontracté.

Kimo pivote au milieu du hall d'entrée, arborant fièrement sa nouvelle coupe de cheveux.

- Duo ! se réjouit-il, tout en venant se jeter dans ses bras.

- Heureusement que vous vous considérez comme des frères, ne peut s'empêcher de souligner Shunichi.

- Jaloux ? s'enquiert Kimo en reprenant sa place auprès de lui.

- Satisfait ? répond-il plutôt.

Kimo lui sourit, manifestement satisfait, oui.

Amusé, Duo sourit, lui aussi.

- Prêt ? lui demande Quatre.

- T'as enfilé ta veste, constate Duo d'un air soupçonneux. Pourquoi t'a mis ta veste ?

- Et bien, je me suis dit que…

- Non, tu ne viens pas ! l'interrompt le natté d'un ton catégorique. T'as assez donné, Quat'. Et ta présence n'est pas du tout nécessaire. Heero, dis-le-lui, réclame-t-il son soutien.

- Hn.

- Je me sens si impuissant, se désole l'empathe.

- Ça n'a pas l'air de frustrer ton homme, le taquine Duo.

Seulement, Quatre n'a pas envie de rire et vient plutôt se serrer contre son ami.

- Reviens-nous vite, Duo et en un seul morceau. Gasper mitonne ses plus grandes réussites dans le seul but de t'impressionner.

Duo se détache de son ami, riant à ce qu'il vient de lui confier.

- Kim', tu peux encore changer d'avis et m'attendre ici, propose-t-il en se tournant vers son frère.

- Non, répond calmement l'intéressé.

- Ça ne te sert à rien de le revoir, essaie-t-il encore.

- Pas si sûr, insiste-t-il, têtu.

Tous devinent qu'il n'a aucune envie de revoir Solo mais qu'il refuse plus encore d'abandonner son frère dans cette épreuve si difficile.

- Toujours là pour l'autre, hein, vieux frère ?

- Toujours là pour l'autre ! confirme Kimo avec une vive émotion.

Fin prêt, autant qu'il puisse l'être en ces circonstances, Duo sort le premier en direction de la voiture d'Heero, suivi de près par son propriétaire, puis de Kimo et Shunichi…

A la Prison Preventers de Tanabe…

Le trajet s'est fait dans un silence religieux où chacun des occupants du véhicule s'est plongé dans ses pensées…

Lorsqu'Heero coupe le moteur, tous attendent patiemment que Duo donne son feu vert. Ce qu'il fait en ouvrant sa portière afin de se présenter devant le portail d'entrée.

- Colonel Yuy de l'Agence d'Osaka, s'annonce Heero à l'interphone. J'ai une visite de prévue avec le détenu 34C.

Des deux preventers extérieurs à la prison, seul Heero arbore l'uniforme. Duo est en habit civil, ne justifiant sa présence que de par sa qualité de témoin dans l'affaire de l'Orphelinat Maxwell et à la fois en tant que parent connu le plus proche de Solo Smith ; à l'instar de Kimo.

- Présentez-vous au hall numéro 2 pour vérification de vos identifiants.

La porte s'ouvre devant eux dans un cliquetis métallique.

- Je me sens bien, déclare soudainement Duo. Je m'apprête à faire quelque chose d'extrêmement déplaisant, mais je me sens bien, répète-t-il.

Nullement gêné par les caméras de surveillance, ni par les agents témoins, Heero vient glisser sa paume sur la joue de son amant, lui provoquant déjà mille frissons, puis l'embrasse avec passion.

- J'ai confiance en toi, lui rappelle son colonel.

- Je ne sais toujours pas quoi lui dire, confie nerveusement Duo. Je veux juste le voir.

- Ne t'impose rien, c'est tout ce que je te demande.

Duo hoche la tête, tout en posant sa main sur celle qu'Heero a gardé sur sa joue.

- Garde un œil sur mon frère, s'il-te-plaît.

- C'est pas la peine, affirme Kimo. Sun est avec moi et je vais bien, moi aussi.

Duo et Heero n'ont pas besoin de se consulter du regard pour savoir que Kimo présume de ses forces. Mais autant ne rien répondre. Contredire Kimo peut se révéler être des plus fatiguant !

Vingt-cinq minutes et huit fouilles au corps plus tard, les quatre hommes doivent encore patienter dans un long couloir vitré du troisième niveau donnant à la fois sur l'une des cours intérieures et sur l'une des salles de visites privatives.

- J'entre en premier et seul, décrète Duo.

- Je viens avec toi, dès maintenant, oppose Kimo.

- Tu le verras à travers la vitre, inutile de subir une entrevue.

- C'est à moi d'en décider ! se fâche-t-il. À… à partir du moment où le Colonel Yuy est d'accord, bien sûr, ajoute-t-il précipitamment en coulant un regard intimidé au preventer.

- Je le suis, confirme Heero.

Ne pouvant lutter à la fois contre Heero et Kimo, Duo soupire et tient la porte.

- Après toi, tête de mule !

- Je veux, oui ! fanfaronne Kimo en lui passant devant.

Comme le leur a expliqué Heero, entre deux sas, la salle qu'il a choisie n'est prévue que pour les détenus jugés les plus dangereux, pour les entrevues les plus sensibles ou qui doivent demeurées secrètes dans le cadre d'une enquête. La pièce de quinze mètres carrés est d'un blanc immaculé ; comme si personne n'avait encore jamais foulé la surface du sol ni touché les murs. Comme si le temps lui-même n'avait aucune prise dans cet endroit. Le mobilier est pauvre mais fonctionnel : une table rectangulaire et deux bancs de même longueur. Semblable aux tables et bancs en bois mis à disposition dans les parcs pour les pique-niques du dimanche… À la différence que le tout, ici, est aseptisé et incommodant ; la table et les bancs sont en acier et solidement fixés au sol par de gros boulons.

Duo et Kimo en sont là de leur analyse silencieuse lorsqu'une sonnette retentie, suivie d'un bruit de porte que l'on ouvre, puis d'un son de chaines métalliques trainées sur le sol au rythme des pas qui l'accompagnent.

Dès lors, les deux frères sentent leurs gorges se serrer, avant même d'apercevoir Solo. Quand il apparaît enfin face à eux, encadré par deux gardes, le temps semble s'écouler au ralenti…

Les traits de Kimo se crispent de douleur au souvenir des maltraitances terribles infligées par Solo durant toutes ces années. Tétanisé, il s'applique à respirer lentement tout en pensant très fort à Shunichi et à la vie heureuse que leur union lui permet déjà de vivre.

Duo, lui, est sous le choc, immobile. Il s'attendait à découvrir un homme dont l'aspect physique serait le miroir de sa toxicité intérieure. Un homme facile à haïr. Un homme que quiconque haïrait au premier coup d'œil. Mais il n'en n'est rien. A l'inverse, Solo lui semble être resté fidèle au jeune homme d'apparence sympathique qu'il paraissait déjà être à l'époque.

Sa masse musculaire a certes doublé et les traits de son visage sont marqués, mais Kimo, de son côté,est à même de constater qu'il a un peu maigri et étrangement vieilli ; incarcération oblige. Tout comme il constate avec une profonde tristesse que Solo revêt sa plus belle apparence pour les beaux yeux de Duo et seulement les siens. D'ordinaire, Solo n'a aucun scrupule a laissé filtrer sa véritable nature, froide et malintentionnée.

- Blue-eyed boy, murmure Solo, l'air émerveillé.

Sa voix et son mouvement d'approche sortent Duo de son immobilité.

- C'est si bon de te revoir enfin, reprend-il, souriant jusqu'aux oreilles.

Il n'a d'yeux que pour Duo et ne prête pas la moindre attention à Kimo qui se tient pourtant à ses côtés. Avide, Solo veut combler l'espace qui les sépare, Duo et lui. Il désire tant le toucher, le serrer dans ses bras, l'embrasser… le posséder. Mais il est brutalement rattrapé par la réalité lorsque les gardes tirent fermement sur ses chaînes de poignets.

- Asseyons-nous, propose Duo avant que l'irritabilité grandissante du prisonnier n'atteigne des sommets.

Au son de sa voix, Solo se calme immédiatement, lui souriant derechef. Les gardes n'ont alors plus aucun mal à fixer les menottes du détenu aux encoches prévues à cet effet sur la surface de la table, tandis que Duo et Kimo prennent place de l'autre côté.

- T'as l'air d'aller ? Solo engage-t-il à nouveau la conversation.

Son ton léger, voire carrément guilleret, ainsi que sa façon de placer son corps dans l'espace, de remuer les épaules pour finir de s'installer confortablement renvoient l'image d'un homme confiant, qui n'a rien à se reprocher et qui prend plaisir à converser avec son vis-à-vis ; comme s'il était dans une soirée mondaine.

Dans un premier temps, Duo demeure muet, continuant de le dévisager comme s'il cherchait un moyen possible de dissocier le monstre de l'homme. Kimo, à côté de lui, devient de plus en plus nerveux. Il n'est pas naturel que son grand frère garde le silence aussi longtemps. Non pas que l'on puisse qualifier Duo de véritable pipelette, mais son langage corporel et sa personnalité chaleureuse donnent l'impression qu'il communique constamment, d'une manière ou d'une autre.

- Tu m'as tellement manqué, toutes ces années, confie Solo avec ce qui ressemble à une émotion véritable. Mon Dieu, c'que t'es beau ! l'admire-t-il. T'es encore plus beau que dans mon souvenir…

Pris dans son élan, il tire sur ses liens pour atteindre les mains de Duo sur la table, mais la courte longueur des chaines l'en empêche.

- Où… où étais-tu passé ? ose-t-il demander, les sourcils froncés par la frustration et l'incompréhension.

- Je m'étais juré de traquer et tuer l'assassin de ma famille, répond le natté. Je n'avais plus aucun autre but dans la vie que celui de venger mes proches.

D'un air à la fois compréhensif et détaché, Solo hoche la tête comme s'il n'était nullement concerné par ces tragiques évènements ; les reléguant à un point de détail dans un passé lointain.

- Tu ignorais que je serai absent, cette nuit-là et pourtant, tu as décidé d'agir. Pourquoi ? veut savoir Duo, de moins en moins calme.

- Il était temps que je te libère de tes chaines, que tu prennes enfin ton envol, répond Solo, sans chercher à se dérober. T'aurais chassé l'assassin de ton orphelinat. T'aurais eu la satisfaction de faire fuir le démon en l'empêchant de tuer ton dernier frère. J'aurais été si fier de toi ! Ensuite, nous aurions pris la route ensemble, unis à jamais.

Pour ne pas perdre son sang-froid, Duo compte jusqu'à dix dans sa tête en se forçant à respirer lentement et calmement. Puis, il reprend son interrogatoire d'une voix la plus plate possible.

- Pourquoi as-tu choisi d'épargner la vie de Kimo ?

- Tu m'l'aurais jamais pardonné, se justifie-t-il. T'avais l'air d'y tenir, alors…, ajoute-t-il, comme s'il parlait d'un animal de compagnie.

- Je tenais tout autant à mes autres frères et à ma sœur, tout comme à David et Sœur Helen ! finit-il par se fâcher, éprouvant de plus en plus de difficulté à réfréner sa colère.

- Ils t'empêchaient de me voir ! se plaint Solo. Tu passais ton temps à t'occuper d'eux. Ils se moquaient de notre lien à tous les deux.

- David voulait t'aider, comme il le faisait pour nous.

- David n'était qu'un emmerdeur ! crache-t-il.

- David voulait te retirer de ta famille d'accueil.

- C'est ce qu'il faisait croire à tout le monde, mais j'ai vu clair dans son jeu. Lui aussi voulait se taper la pute du Père Smith !

- Je t'aurais tué, Sol' ! déclare Duo, le plus sérieusement du monde. Du moins, c'est ce que j'ai cru jusqu'à aujourd'hui.

- C'est parce que tu m'aimes, conclut fièrement Solo. Nous sommes faits l'un pour l'autre. T'auras mis du temps à l'admettre, mais il n'est pas trop tard. Toi et moi, on est pareil.

Un instant, Duo cesse de respirer, les poings et la mâchoire serrés. C'est un mouvement périphérique qui le tire de ses pensées. Timidement, Kimo lui prend la main en signe de soutien et en une demande implicite d'en rester là. On ne peut convaincre un fou qu'il est fou ! Lorsque Duo tourne son visage vers son frère, il voit ses larmes contenues qui perlent au bord de ses longs cils et son air suppliant de quitter cet horrible endroit, d'en finir avec ce face-à-face insoutenable.

- Enlèves tes sales pattes de là et disparais ! vocifère durement Solo à l'encontre de Kimo.

Aussitôt, Kimo retrouve ses vieux réflexes. Projeté dans son ancien monde de soumission, il obéit et se recroqueville sur lui-même, visiblement terrorisé.

- Kimy, l'appelle doucement Duo en lui frottant le dos. Kimy, lèves-toi, l'incite-t-il en le prenant par les épaules.

D'un regard, il commande à Shunichi de venir chercher son compagnon.

- Non ! se défend Kimo, à présent bien à l'abri entre les bras de son boulanger.

- Duo, laisse-le ! ordonne Solo.

Les habitudes ont la vie dure et Kimo réagit encore au prénom de son frère prononcer par Solo… avant de réaliser, peut-être une fois pour toutes, qu'il demeurera toujours transparent, inexistant, aux yeux de celui qu'il a jadis adoré.

- N'y retourne pas, s'il-te-plaît, supplie Kimo, bouleversé. Allez, rentrons !

- Je gère, p'tit frère, le tranquillise le natté. Ne t'inquiète pas pour moi.

Étonnement, Solo patiente comme on endurerait sagement un léger contretemps. Toutefois, lorsque le Colonel Yuy entre à son tour dans la pièce et glisse quelques mots à l'oreille de Duo, Solo se tend et devient suspicieux. Quand Duo répond en se rapprochant plus près encore du visage du preventer, Solo craque.

- Hey ! interpelle-t-il vulgairement Heero. Écartes-toi d'mon mec !

Duo retient son preventer par le bras. Il ignore ce qu'Heero avait l'intention de faire, mais Duo ne souhaite pas qu'il se mêle de leur face-à-face.

- Tout le monde dehors ! tente Duo.

Il sent bien que Kimo n'est pas le seul à vouloir mettre un terme à cette confrontation.

- Je crois que vous avez fait le tour de la question, oppose effectivement Heero.

- Je ne suis là que depuis quelques minutes.

- Il n'y a plus rien à en tirer, Duo.

- De quoi tu t'mêles, fils de pute ! fulmine Solo.

Frustré par ses entraves qui l'empêchent d'atteindre physiquement son idole, il se laisse envahir par la haine profonde qui a terminé de le consumer, il y a fort longtemps.

- Ramenez-le en cellule, intime le Colonelaux deux gardes postés derrière le prisonnier.

- 'ro, j'en n'ai pas terminé avec lui, sollicite Duo.

*'ro ?* s'irrite Solo, in petto.

Duo prononce ce surnom avec tant d'affection que Solo programme immédiatement la mort de ce nouvel obstacle humain se dressant entre eux deux.

- Levez-vous, Monsieur Smith, enjoint l'un des gardes en le libérant de la table. Veuillez nous suivre.

Peu coopératif, Solo commence sérieusement à s'agiter dans l'espoir fou de convaincre Duo de rester auprès de lui.

- Duo ! l'appelle-t-il. Duo, je t'en prie ! Reviens vers moi, reviens vers moi !

C'en ai trop ! Duo cède à sa colère.

- Tu as égorgé ma famille, Sol' ! s'emporte-t-il. Tu les as méthodiquement et froidement rayé de la carte, avant de torturer mon frère durant seize longues années ! Qu'est-ce que tu croyais ? Que j'allais te dire merci ?

- Tout ce que j'ai fait, je l'ai fait pour nous ! Pour que tu me vois ! J'étais transparent à tes yeux, ils t'empêchaient de me voir et ils se moquaient de moi ! se met-il à crier, comme si Duo refusait d'entendre la vérité. Ils me croyaient tous indigne de toi !

Alors que Duo se détourne d'Heero, celui-ci stoppe net son ébauche de progression en l'attirant à lui d'une traction, un bras puissant et possessif passé autour de sa taille. Solo n'a alors plus aucun doute sur la nature de leur relation et explose de rage. Il bouscule l'un de ses gardes qui trébuche et tombe à terre avant de frapper durement l'autre homme qui sent sa mâchoire se briser sous l'impact. Le premier garde se relève rapidement pour se jeter sur lui, mais la folie meurtrière de Solo est telle qu'il parvient à passer sa chaîne autour du cou de son geôlier et se met à l'étrangler. Dans son délire, il pense pouvoir négocier sa fuite et s'apprête à demander à Duo de le suivre dans sa cavale, lorsqu'une « ombre » se plante devant lui.

- Libère cet homme, immédiatement, exige sévèrement le natté.

- Le temps de nous débarrasser de ce type, explique-t-il en désignant du menton Heero, et on part ensemble, toi et moi. Ton frère ne nous sert plus à rien, maintenant qu'on s'est retrouvé, ajoute-t-il au sujet de Kimo.

Seulement, le garde se met à suffoquer et Solo ne donne pas l'impression d'avoir l'intention de lui laisser une chance de survie.

Heero fait alors un pas en avant dans l'idée d'intervenir de manière radicale ; il le sait, Solo ne lâchera pas prise.

- Non, l'arrête Duo. C'est à moi de le faire.

- Duo, laisse faire Heero ! supplie à nouveau Kimo, depuis le fond de la pièce.

- Va-t-en, Kim ! aboie-t-il durement pour l'éloigner.

Il veut lui épargner ce qui ne manquera pas de se produire vu la tournure que prennent les évènements.

- Je reste en soutien, le prévient Heero en bon militaire qu'il est.

Duo ne répond rien, et se rapproche de Solo et de son otage.

- Sol', relâche cet homme, demande-t-il à nouveau.

- Tu viens avec moi ?

- Sol'…

- Ne me mens pas ! l'interrompt-il d'un ton menaçant.

- Non, Sol'. Je ne viens pas avec toi et tu ne vas nulle part.

Un instant, Solo paraît réfléchir comme s'il avait réellement le choix quant à l'issue de cette matinée.

- Tu baises avec lui ? veut-il savoir en désignant à nouveau Heero.

- Peu importe qui partage ma vie…

- Ton lit, le coupe-t-il derechef. À la place qui est la mienne. À la place qui me revient de droit !

- Tout est fini, assure Duo.

Le cerveau tournant à plein régime, Solo garde le silence, son regard rivé à celui du natté. De nouveau, le temps paraît s'être suspendu et les sept personnes présentes dans la pièce restent figées, comme si le moindre mouvement pouvait faire pencher la balance du mauvais côté. À l'image de l'otage, tous suffoquent tant l'air est devenu irrespirable… acide.

Enfin, après un temps de réflexion interminable, Solo semble s'avouer vaincu et décide de relâcher son gardien qui s'en sort in extremis.

Ce qui s'ensuit, en revanche, prend tout le monde de court et s'avère véritablement incontrôlable…

Dans le même temps, Heero s'avance d'un autre pas dans l'intention de prévenir ce qu'il pressent, mais son mouvement n'est pas encore achevé qu'il est déjà trop tard. Afin de se pencher sur le gardien à la respiration chaotique et gisant aux pieds de Solo, Duo commet l'erreur de combler l'espace qui les sépare. Solo comptait là-dessus et saisit l'occasion pour lui passer sa chaîne autour du cou.

- Sol' ! parvient à articuler son nouvel otage.

Avant de ne plus pouvoir parler.

- Si tu ne peux pas être à moi, blue-eyed-boy, tu ne seras à personne, promet gravement Solo, les dents serrées.

Puis il lui lèche la joue sur toute sa longueur, apposant sa propriété exclusive à l'instar du bétail marqué au fer rouge. Sous le choc, Duo réalise après coup la bêtise de son geste. Il est si ahuri qu'il ne pense même pas à se défendre tandis que Solo jette ses dernières forces dans cet acte insensé. Il en est un, cependant, qui ne perd jamais ses moyens et qui compte bien ruiner ses plans.

- Je ne te le dirai qu'une seule fois : lâche-le, ordonne froidement Heero.

Certain que rien ni personne ne peut plus les séparer, Duo et lui, Solo ne s'émeut pas de la mise en garde du preventer et fourre plutôt son nez dans l'épaisse chevelure de Duo, toujours suffoquant. Solo respire ainsi longuement son odeur, comme s'il pouvait s'en repaître indéfiniment, tandis qu'il sent la vie quitter peu à peu son idole.

- Duo vient avec moi, affirme Solo. Duo est à moi !

- Hn, émet mystérieusement Heero.

Un son feutré, court et tranchant à la fois, sonnant le glas de ces noires retrouvailles. Un bref instant d'immobilité trompeuse durant lequel Solo croit savourer sa victoire, tandis qu'Heero se glisse jusqu'à lui avec une vélocité à peine croyable.

- Que… ? commence Solo, sans rien comprendre.

À peine le temps d'un sursaut intérieur, de crisper ses épaules… que Heero lui brise la nuque d'une puissante torsion.

Privé de sa tension nerveuse, le corps de Solo s'écroule lourdement au sol, entrainant Duo dans sa chute. Sans délais, Heero aide son homme à se libérer de la chaîne autour de laquelle Duo serre encore ses mains, puis l'éloigne du corps sans vie du détenu 34C. Désorienté, Duo s'accroche à Heero de toutes ses forces, mais il peine à retrouver une respiration normale et lutte pour produire un son.

- Chuuut ! lui intime Heero, tout en posant un doigt en travers de ses lèvres.

Duo plonge alors son regard dans celui que son compagnon fixe sur lui. Des yeux bleus de Prusse dans lesquels Duo aime tant se réfugier…

- Tu dois garder le silence, jusqu'à ce que ta gorge cesse de te brûler, commande son preventer.

Et il ne retire son doigt autoritaire que lorsque Duo hoche la tête en signe d'approbation.

Les pas précipités des renforts sortent alors Duo de son état hypnotique.

- J'ai dû prendre une décision radicale et j'en assume pleinement la responsabilité, leur explique aussitôt le Colonel Yuy.

- Je suis témoin, s'impose soudainement Kimo, en larmes. Solo était en train de tuer mon frère !

- Le film de la vidéo surveillance viendra confirmer ou infirmer les faits, déclare le directeur de la prison.

Alors que les deux gardes précédemment agressés sont sur le point d'être évacués par le service médical, ceux-ci font signe de vouloir parler à leur directeur. Comme aucun d'eux ne peut plus articuler le moindre mot de manière intelligible, ils ne trouvent pas d'autres alternatives que tendre leurs mains vers le Colonel Yuy. Devinant leurs intentions, Heero y répond favorablement en venant presser l'épaule de l'un d'eux en guise de soutien, leur signifiant tacitement qu'ils n'ont pas failli, que cela aurait pu arriver à n'importe quel agent spécial. Soulagés, les gardiens amochés hochent la tête en signe de profonde gratitude.

- Bien. Vous pouvez disposer, décrète finalement le directeur.

Comme s'il avait les moyens physiques ou le grade suffisant de retenir un agent d'élite contre son gré !

Mais Heero ne joue pas à ce jeu-là et laisse couler. Le personnel de la prison est passé à deux doigts de perdre deux de leurs collègues et un sursaut d'autorité doit certainement leur donner l'impression de reprendre le contrôle de la situation.

- Votre ami a visiblement besoin de soins, s'inquiète le directeur. Nous pouvons le prendre en charge et l'envoyer à Sakai avec mes hommes.

- Non, merci, refuse poliment Heero. Je m'occupe de mon compagnon, éclaircit-il leur situation.

Le directeur n'insiste pas et tous retiennent leur souffle lorsque la civière emmène le corps inerte de feu Solo Smith…

Bientôt, les quatre visiteurs se retrouvent seuls dans la salle aseptisée.

- Duo ? l'appelle timidement Kimo en se détachant légèrement de Shunichi. Duo, réponds-moi.

- Il ne peut pas, l'informe Heero. Son larynx est inflammé.

- C'est grave ? s'enquiert-il en essuyant ses larmes.

Il doit se montrer fort pour son frère.

- Non, le rassure Heero, tout en serrant Duo contre lui.

- Pourquoi t'es pas intervenu avant ? l'interroge Kimo sur un ton de reproche.

- Je connaissais le temps imparti pour Duo et le mien. Il fallait que je sois certain qu'aucune autre solution n'était viable avant d'opter pour la finale.

Tandis que Kimo s'apprête à rebondir, une fois encore, Shunichi a la bonne idée de l'en dissuader en l'attirant vers lui.

- Laissons-les seuls, suggère brillamment le boulanger.

- Mais…

- Umami, s'il-te-plaît.

Kimo cède de mauvaise grâce et le suit. Tout en longeant le couloir vitré, il ne cesse de jeter des coups d'œil en arrière jusqu'à ne plus être en mesure d'apercevoir son frère dans les bras de son amant.

Le Preventer et Agent d'élite Heero Yuy est une légende vivante. Le Colonel Yuy impressionne par son charisme et la liste de ses exploits… Néanmoins, ce palmarès ne lui est d'aucun secours devant la réaction imprévisible de son compagnon face à son rôle dans la mort subite de Solo.

- Je t'ai volé ta vengeance, souligne Heero. Tu m'en veux jusqu'à quel point ? demande-t-il ensuite, tout de go.

Il a beau user de son impassibilité, il ne peut s'empêcher de raffermir son étreinte, apeuré à l'idée qu'elle puisse être la dernière au cas où Duo déciderait de le quitter. Souhaitant le tranquilliser au plus vite, Duo se serre encore plus fort contre lui, à défaut de pouvoir parler.

- Tu me pardonnes et on reste bons amis ou…, commence Heero.

Avant de s'interrompre délibérément, laissant à Duo le choix de la direction à donner. Celui-ci lève alors la tête pour ancrer son regard à celui de son preventer.

- Tu m'as rendu ma vie. Je t'aime, idiot, articule-t-il sans voix, sachant qu'Heero peut lire aisément sur les lèvres.

- Tu veux bien répéter ? le taquine Heero, profondément soulagé.

Duo veut rire, mais grimace aussitôt.

- Allons-nous-en d'ici, décide Heero en l'entraînant avec lui.

Mais Duo le retient, un court instant.

- Sol' a décidé seul de son funeste destin, forme-t-il ses mots du bout des lèvres. Chacun de nous fait ses propres choix avec les cartes qui lui sont données.

- On est d'accord.

- J'ai fait une erreur de débutant, s'accuse-t-il. Ce n'est pas tant lui qui t'a forcé la main, que moi.

- Tais-toi, si c'est pour dire des bêtises, sévit Heero.

Duo n'a plus la force de lutter et préfère passer à un autre sujet.

- Comment cacher ça aux enfants ? s'inquiète-t-il. Je dois sûrement avoir des hématomes.

- Je gère, le rassure Heero.

- Merci.

Heero barre à nouveau ses lèvres d'un doigt contre lequel Duo presse un doux baiser.

- Quittons cet endroit, tu veux bien ? demande tendrement Heero.

Las, Duo pose son front contre son épaule, fin prêt à le suivre ; peu importe où.

En chemin, Heero fait une halte à l'infirmerie afin de procéder lui-même aux premiers soins. Confiant, Duo se hisse sur le lit d'auscultation, observant son homme fouiller méthodiquement les placards, et profite de ce laps de temps pour se nettoyer la joue à l'aide d'une lingette imbibée mise à disposition dans un distributeur mural. Rapidement, Heero trouve ce dont il a besoin : un tube de crème aux actifs puissants que prescrit généralement Sally en pareil cas. En des mouvements circulaires doux et les plus légers possible, il en applique une couche généreuse sur le cou de son amant qui ne manque pas de faire le difficile.

- Même sans voix, tu parviens à me casser les pieds, le taquine affectueusement Heero.

En réaction, Duo croise les bras et détourne le regard.

- Ouvre la bouche, s'il-te-plaît, demande Heero.

- Hein ? V'la qu'il se prend pour un docteur ! lance-t-il, toujours sans faire appel à ses cordes vocales.

- Je le suis, en théorie, lui apprend Heero, languette en bois et lampe torche à la main. Ouvre.

- T'es docteur ? s'étonne silencieusement Duo.

- J'ai un doctorat en médecine, confirme-t-il.

Les yeux écarquillés, Duo ouvre la bouche en grimaçant.

- J'ai mal, se plaint-il, pour la forme. J'ai du mal à déglutir et j'ai comme une boule dans la gorge, c'est chiant !

- Je vois nettement l'inflammation, constate Heero. Il te faut utiliser ta voix le moins possible, respirer de l'air humide et te gargariser avec de l'eau salée.

- Y a pas des pastilles ?

Heero sourit en coin.

- Si tu tiens tant à sucer quelque chose…

- 'ro ! le réprimande-t-il. Aïe !

Le tube en poche, ils sortent tous deux du local en vue de rejoindre Kimo et Shunichi, au dehors…

Un moment plus tard…

Dix minutes suffisent à Heero pour informer les Administrateurs de l'accident survenu dans l'enceinte de la prison. Le directeur confirmant son rapport d'après le visionnage de la vidéo surveillance, les Administrateurs ne cherchent pas à retenir le Colonel Yuy. Tout est dit. Acquitté de cette tâche, Heero est en mesure de retrouver Duo qui l'attend dans le couloir menant à la sortie.

Au pied de l'établissement pénitencier, Duo parvient déjà à prendre une grande goulée d'air, sans trop souffrir au niveau de sa gorge.

- L'action anesthésiante de la crème est rapide, répond Heero face à son grand étonnement. Mais ne force pas. Ce n'est pas parce que tu sens moins la douleur que ta gorge va mieux. Quatre te prêtera un foulard pour dissimuler l'aspect de ta peau.

- Duo ! l'appelle Kimo depuis la voiture.

Malgré l'empressement évident et compréhensible de Kimo à revoir son frère, Heero et Duo marchent d'un pas lent, bras dessus, bras dessous. Et alors que Duo se croit déjà capable de tenir une conversation, Heero l'en dissuade une nouvelle fois.

- C'est encore un peu tôt, chéri.

Duo remue alors les lèvres, mais Kimo et Shunichi sont incapables de déchiffrer ce langage.

- Duo veut savoir comment vous allez, traduit Heero.

- Ouiii, çaaa vaaa ! assure Kimo en articulant exagérément et en levant les pouces pour plus d'emphase.

- Duo est aphone par la force des choses, lui rappelle Heero. Il n'est pas devenu idiot pour autant.

Mécontent du ton mordant de son incorrigible amant envers son frère, Duo lui donne un coup de coude dans les côtes.

- Il… il a souffert ? s'enquiert Kimo, partagé entre le soulagement et l'horreur.

- D'ici quelques heures, Duo pourra chuchoter de nouveau pour notre plus grand plaisir, annonce ironiquement Heero, sans faire état du geste de son natté.

Tandis que Duo lui lance un regard qui promet bien des choses, Kimo, lui, ne semble pas tout à fait dans son assiette.

- Je… je parlais de Solo, précise-t-il d'un air penaud.

- Sa mort a été rapide et sans douleur, lui garantit Heero avec une neutralité déconcertante.

- T'en as fini avec tout ça, dis ? veut savoir Kimo.

Heero lève un sourcil. La question ne s'adresse pas à sa personne, mais à Duo. Or, c'est le colonel que Kimo dévisage intensément.

- Duo n'est pas devenu sourd, lui apprend Heero, sarcastique.

Un autre coup de coude dans les côtes.

- Désolé, s'excuse Kimo.

Sans savoir qu'au fond, il pose la question dont Heero souhaite ardemment entendre la réponse.

Souriant gentiment afin de tranquilliser son frère, Duo hoche simplement la tête.

- Cool, se réjouit sobrement Kimo.

- Sun ? s'enquiert placidement Heero.

- Bizarrement, ça va, oui, assure-t-il en se grattant nerveusement la tête. Je crois que le contrecoup viendra plus tard.

- Il faudra prendre sur vous, devant les enfants, les prévient Heero.

- Aucun problème, certifie Shunichi.

- Il est regrettable que vous ayez dû assister à son exécution. Ce n'était pas dans mes intentions.

- J'm'en doute ! Mais si je vous dis que ça va, c'est que ça va.

- Hn. Si tout ceci fait d'ores et déjà partie de l'histoire ancienne, je vous propose de nous mettre en route.

Alors que Kimo et Sun acquiescent en montant dans la voiture, Heero retient Duo contre lui.

- Si tout ceci fait d'ores et déjà partie de l'histoire ancienne, répète Heero, son regard ancré au sien.

Pour promesse supplémentaire, Duo l'embrasse chastement avant de lui sourire, une main caressant sa joue.

- Gasper s'est donné du mal pour nous régaler et je veux faire honneur à son repas, mime-t-il du bout des lèvres.

- Des ballotines de rougets, minimise Heero. Et je doute que tu aies très faim, mon amour.

- C'est pas faux, mais va pas critiquer Gasper, toi ! Je tente de lui paraître inoffensif.

Face à l'absurdité de son souhait, Heero se met à rire. A rire de bon cœur.

- Gasper t'a déclaré la guerre, chéri.

- Tu es mon drapeau blanc, lui déclare Duo.

Heero lui rend son beau sourire, à la différence que le sien est indéchiffrable. Par moment, Duo croit y déceler quelques secrets dévoilés, mais l'expression de son regard est si profonde et son compagnon si insondable…

Au Manoir Winner…

Foulard en soie turquoise autour du cou, Duo regrette de ne pas pouvoir profiter pleinement des mets délicieux préparés avec… avec un esprit de compétition indubitable ! Bien sûr, Gasper est en mesure de comprendre ce qui empêche Duo d'apprécier sa cuisine, mais l'étincelle guerrière dans ses prunelles incite le natté à goûter consciencieusement chacun de ses plats.

En revanche, il se réjouit que les enfants se satisfassent des explications simples d'Heero sur le pourquoi du comment daddy est aphone. Ça et le fait que Kimo-le-frère-de-Duo et Shunichi offrent une parfaite diversion en la nouveauté qu'ils représentent. Ils sont littéralement bombardés de questions diverses et variées. Tantôt farfelues, tantôt désarmantes…

- Tu penses être prêt pour la kermesse du Lotus Blanc ? s'enquiert Quatre en attendant la farandole de desserts.

Dans un premier temps, Duo le regarde sans comprendre, puis réalise peu à peu l'ampleur du désastre. Il se tape alors le front du plat de sa main, l'air catastrophé.

- J'ai complètement oublié ! parvient-il à chuchoter et contre l'avis de son fiancé.

- Oublié quoi ? veut savoir Kimo.

Il n'a jamais aimé voir son frère dans l'ennui, alors même que Duo tirait toujours son épingle du jeu, seul, et passait le plus clair de son temps à sortir Kimo de l'impasse.

- Duo devait s'occuper de la partie sucrée à l'occasion de la kermesse de l'école des enfants, explique Quatre, le sourire malicieux.

L'empathe a toujours une longueur d'avance !

- C'est pour quand ? s'intéresse Kimo.

- Pour après-demain, se désespère Duo, toujours en chuchotant.

Avant de grimacer sous l'effet de sa gorge irritée.

- J'vois pas où est le problème. A nous deux, on devrait pouvoir s'en sortir.

- Et ton travail ? Tu es un soutien indispensable pour Sun.

- Oui, oh ! Il se débrouillait très bien sans moi, avant. Hein, Sun ? Alors, c'est pas pour deux jours sans moi et sans personne d'autre que notre boulangerie va couler ! insiste-il.

Marquant son territoire, Kimo prévient son boulanger, et sans aucune subtilité, qu'il n'est pas dans son « intérêt » d'embaucher ponctuellement ou de prendre un apprenti ; que ce soit pour palier à ses absences éventuelles - pour raison personnelle, comme ici, ou médicale - ou à un surplus d'activité. Non, il veut Sun pour lui seul. Il n'est pas question de le partager avec qui que ce soit !

- Tu pourrais même t'absenter une semaine entière que ça ne ferait aucune différence, le taquine Shuinichi.

Lequel se réjouit d'observer Kimo agir et s'exprimer avec autant de confiance en eux. De le savoir investit corps et âme dans leur affaire. Qu'il les considère tous deux comme « mariés » dans leur profession.

- Quoi ? s'offusque Kimo, le fusillant du regard.

- C'est trop facile ! se plaint faussement Shunichi.

Et distrayant les convives, par la même occasion.

- Gasper pourrait même donner un coup de main, finit par proposer Kimo. Il est plutôt doué, ce type !

- Bonne idée, approuve Duo. S'il est d'accord, je crois qu'à nous trois, on pourrait faire des miracles.

- À nous quatre, rectifie Shunichi. Je compte bien garder un œil sur mon homme.

À ces mots, Heero se racle la gorge.

- Ça compte pour du beurre, 'ro.

À part Heero et Duo, personne ne comprend la remarque du natté… jusqu'à ce qu'il précise sa pensée d'une voix basse, afin d'épargner au maximum ses cordes vocales.

- Sun est un homme amoureux qui dit des choses trop mignonnes. Toi, t'es flippant. Nuance, Mister control.

- Plaît-il ? s'enquiert Trowa, l'œil brillant.

Quatre et lui ne perdent pas une miette du spectacle inédit que représente le rapport haut en couleurs des frères Maxwell jumelé au croisement de leurs vies de couples.

- Oh, non ! Pas toi ! se plaint Duo.

Quatre se mord la lèvre, les yeux rieurs.

- De quoi tu causes, grand frère ? Kimo prend-il le relais.

- Dès qu'un type prétend avoir un tant soit peu d'emprise sur moi, du genre militaire, ou a simplement des vues sur mon… sur moi, Heero a tendance à déclarer d'un air solennel que je suis son homme, se lamente-t-il en forçant sur sa gorge.

- Bah… c'est le cas, non ? souligne Kimo.

- Là n'est pas la question. C'est la façon dont il le proclame.

- Il le dit comment ?

- Des trucs du genre : « cet homme est à moi », ou, « Duo est mon homme ».

- Bah… c'est le cas, non ?

Bien que discret, Quatre en pleure de rire.

- Quat' ! rouspète Duo.

Avant de grimacer de douleur.

- Arrête de parler, chéri, lui recommande encore Heero.

- Vous allez bientôt vous marier, lui rappelle Kimo. Il serait tant que tu t'habitues à ce que Heero te présente comme étant son homme.

- Écoute ton frère, pour une fois, suggère Heero.

- Fais pas le malin, le menace Duo.

- Perso, reprend Kimo, je n'hésite pas une seconde à dégager les mecs et les meufs qui louchent sur mon mec.

- Je confirme, parvient à placer Shunichi, déjà bien au fait de sa jalousie.

- Ça ne te fait rien, à toi, qu'un type croit qu'il peut se taper le tien et sous ton nez en plus ? poursuit Kimo à l'adresse du natté.

Rien qu'à voir la tête de Duo, son frère sait qu'il vient de faire mouche.

- Que les choses soient claires : Heero est mon homme, déclare-t-il d'une voix encore frêle mais non moins sans appel. Mon homme à moi tout seul !

Ce qui n'est pas pour déplaire au principal intéressé à en croire la lueur intense qui brille dans son regard.

- Mais moi, au moins, je ne le dis pas, termine Duo.

- C'est ça qui te gêne ? demande Kimo, l'air ahuri. Qu'Heero dise tout haut ce que tu penses tout bas ?

Cette fois-ci, Heero se laisse aller au rire, accompagné par ses amis de longue date.

- Kim' ? l'interpelle le natté.

- Ouais, grand frère ?

- La ferme !

Sur ces entrefaites, Daniel, Akane et Towika déboulent dans le Grand salon pour venir sauter sur les genoux de leurs parents.

- Le dessert ! Le dessert ! Le dessert ! chantent-ils en montrant des signes d'impatience.

- Gasper ne va plus tarder, les enfants, assureHeero, tout en serrant tendrement sa fille dans ses bras.

- Tu vas mieux, dad ? s'enquiert Daniel en replaçant correctement le foulard de Duo.

- Oui, mon chaton, chuchote-t-il, souriant.

Il s'attendait au pire, mais à son grand soulagement, ni Daniel, ni Akane ne se sont montrés exagérément inquiets ni trop curieux à l'annonce de sa « laryngite » subite.

- Assieds-toi entre ton père et moi, mon ange, propose Quatre à Towika.

Leur fille s'empresse dès lors de tirer une chaise vacante jusqu'à sa place privilégiée.

De leur côté, Kimo et Shunichi les observent avec un mélange de fascination et de tendresse mêlées.

- Il est vraiment passé à côté de tout ce qu'il y a de bien dans la vie, Kimo déclare-t-il à regret, les yeux dans le vague.

Tous devinent qui incarne le malchanceux. Tous gardent le silence, le souvenir mitigé de Solo Smith en tête.

- Qui donc ? finit par se renseigner Akane, à qui rien n'échappe ou presque.

- Je t'en parlerai plus tard, mon ange, répond Heero.

- Okay, acquiesce-t-elle, assurée que son père tient toujours parole.

Sa voix fluette et la fraicheur de son innocence apportent un vent de légèreté bienvenu, et qui permet aux adultes de couper court aux relents de morosité ambiante. Tous, sauf Duo qui semble s'égarer dans les souvenirs de son lourd passé…

- Duo ! se désole Kimo, tout en se reprochant in petto d'avoir partagé ses pensées. Dis quelque chose, merde ! Ouille ! Mais ça va pas ? rouspète-t-il après Shunichi qui vient de lui donner une claque à l'arrière du crâne.

Ce qui a le mérite de faire sourire Duo. L'expression est teintée de tristesse, mais Kimo lui rappelle qu'il doit vivre le moment présent et cultiver la joie.

- Ce que tu peux être grossier, quand tu t'y mets ! le taquine le natté.

- Tu m'as fait peur, nigaud ! se défend-il.

- Nigaud ? relève Duo, dubitatif.

- J'ai vu ça dans un livre.

- Parce que tu lis, toi, maintenant ?

- Tu préfères peut-être que je te traite de « gros con » ?

Comme par magie, Heero n'a qu'à lui accorder toute son attention pour l'inciter à se rétracter.

- Mais j'le ferai pas ! Jamais d'la vie ! jure Kimo en réclamant le soutien de son homme d'une pression sur sa main.

Lequel rit sous cape de l'effet qu'ont sur son compagnon les Colonels Yuy et Barton.

- 'ro, arrête d'effrayer mon frère, tu veux bien ? demande instamment Duo. Halloween, c'est une fois l'an, pas l'inverse !

Kimo se met à rire, puis cesse immédiatement lorsque Heero pose à nouveau son regard sur lui.

- 'ro ! le dispute Duo.

- Celui qui traite mes parents de « gros con », je lui pète les couilles ! fait savoir Daniel, comme un cheveu sur la soupe.

- Dano…, commence Duo.

- Chuuut ! lui intime Heero.

- Mais…, tente Duo.

- Chut, dad ! se mêle Akane. Tu n'es pas encore en mesure de parler. Papa a dû te le dire, pourtant. À trop forcer, tu ne feras que retarder ta guérison complète.

- Silence, dad ! assène aussitôt Daniel.

- C'est pour ton bien, Oncle Duo, renchérit Towika.

Si Heero exulte, Duo, lui, n'en croit pas ses oreilles !

Une poignée de secondes plus tard, il trouve de quoi s'occuper en se plongeant dans l'analyse de la farandole de desserts que pose Gasper devant chacun des convives…

Plus tard dans la journée,

à l'heure du digestif…

Trowa réapparaît au Salon d'hiver où tous terminent agréablement la soirée devant un bon feu de cheminée crépitant. Tout y est pensé pour que les occupants s'y sentent bien ; la teinte claire des murs, les motifs des tapis en pur laine, la forme arrondie du mobilier, et le velours recouvrant les assises offrent une ambiance conviviale et reposante. Ainsi bercés, les couples ont pris place dans d'énormes fauteuils club conçus pour deux personnes, leur permettant de se lover l'un contre l'autre…

- Nos chatons se sont endormis ? veut savoir Duo.

Taquin, Trowa place un doigt en travers de ses lèvres en un « chut » devenu horripilant pour le natté. Sa réaction ne se fait d'ailleurs pas attendre.

- J'vais t'faire bouffer ta mèche, l'affreux !

Trowa sourit de sa vaine promesse, tout en reprenant sa place aux côtés de Quatre ; lequel se blottit contre lui, un verre de liqueur ambrée à la main.

- Si l'un des chatons devait ne pas dormir, il serait déjà ici à nous ronronner dans les bras, lui rappelle gentiment Quatre.

- C'est vrai, admet Duo.

Lui-même blottit dans les bras chauds et protecteurs de son preventer.

- Pose-là donc ta question, l'invite l'empathe. Elle te brûle les lèvres !

- Ouais, avoue Duo. Combien de temps mon frère va-t-il devoir supporter ses « antivols » ?

- Nous y voilà, remarque Trowa.

Le Colonel chargé de surveiller Kimo Maxwell.

- Ça va, Duo, le tranquillise son frère. Je le vis mieux que ce que je croyais et Sun aussi… Hein, Sun ? veut-il tout de même s'assurer.

Pour toute réponse, Shunichi lui dépose un doux baiser sur la tête et resserre son étreinte autour de sa taille.

- Ça me dérange, moi ! fait savoir le natté, mécontent. Kim a souffert le martyre et c'est lui qui se retrouve parqué ?

- Si ça ne tenait qu'à moi, je lui mettrais une muselière, suggère Trowa. Ce type est pire que toi et je ne croyais pas ça possible.

- J'vais m'le faire ! promet Duo.

- J'm'en fiche, Duo, certifie Kimo. Du moment que je peux être avec Sun, travailler dans notre boulangerie et te voir, ça m'va !

- Tu remarqueras l'ordre de ses priorités, glisse Trowa.

- J'vais…, commence Duo.

Avant d'être délicieusement interrompu par le long baiser de son compagnon…

- Profite plutôt de ta liberté retrouvée, lui conseille-t-il, ensuite.

- Justement, à ce propos… Je compte m'absenter quelques jours. Seul.

- Où ?

- J'ai besoin de retourner en R2.

- Pourquoi faire ?

- Boucler la boucle.

- Précise, demande-t-il, de plus en plus soupçonneux.

- Non. Pas cette fois, mon amour.

- Promets-moi de…

- Non plus, le coupe-t-il en caressant ses lèvres de la pulpe de ses doigts. Sois mignon et ferme les yeux, tu veux ?

- …

- Je prends ça pour un oui.

- Duo…

- Écoute, j'ai eu une dure journée. Tu as été forcé d'abattre Solo par ma faute et nous sommes là à festoyer autour d'un repas entre amis, comme si tout ceci était parfaitement moral !

- Ce repas prévu de longue date avait pour ambition de fêter la fin d'une ère, Duo, souligne Quatre. Pas la mort inattendue, non-souhaitée et regrettable de Solo.

- Je sais, excuse-moi.

- Je ne t'en veux pas. Je m'inquiète.

- Inutile de vous faire du mauvais sang pour moi. Solo a rendu l'âme bien avant que son corps cesse de fonctionner à vide. Ça n'empêche que c'est pas normal tout ça. Tout ce… gâchis !

- Tu es un homme de bien, Duo, déclare Trowa, le plus sérieusement du monde.

- Un homme de cœur, certifie Quatre.

- Un ami et un père aimant, renchérit Heero à son oreille.

- Un frère, dit Kimo avec admiration.

- Mon futur beau-frère ? tente Shunichi, créant involontairement une diversion bienvenue.

Aussitôt, Kimo pivote à demi, le cœur battant à mille à l'heure.

- Oui, je l'veux ! répond-il avec empressement.

Cueilli, Duo en recrache peu élégamment sa gorgée de liqueur dans son verre, faisant rire Quatre aux éclats et grimacer Heero qui s'empare du verre pour le poser à côté du sien sur la table basse.

- C'est trop facile ! se plaint le boulanger. Je peux au moins poser la question ?

- C'est pas la peine et c'est ringard !

A son tour, Trowa se met à rire. Il le reconnaît bien là, le bougre !

- Umami, veux-tu devenir mon époux ? persiste Shunichi.

- Je viens de te le dire.

- Oui ou non ? râle-t-il en lui tenant doucement le menton.

- Oui, répète-t-il, tout sourire.

- Félicitations, messieurs, dit Trowa en levant son verre. Plus qu'une étape…

- Laquelle ? l'interroge Shunichi.

- Votre enfant.

- Ah non ! rejette catégoriquement Kimo. Je veux mon mec pour moi tout seul… pour l'instant, en tout cas, ajoute-t-il face au silence embarrassant qu'a provoqué son refus.

- Vous avez bien le temps d'en discuter, tempère Quatre.

Shunichi a besoin d'être rassuré et tout de suite !

- Vous devez d'abord consolider votre relation, poursuit-il, en fin psychologue. Sans compter que le développement de la boulangerie vous prend toute votre énergie et il en faut pour s'occuper d'un enfant.

- C'est vrai, admet posément l'artisan.

- On… on travaille beaucoup, renchérit Kimo, un brin penaud.

- Et puis, ce n'est pas avec son bracelet et sa puce micronisée qu'il peut prétendre à l'adoption, se mêle le grand frère, ronchon.

- Duo…, le prévient le Colonel Barton.

- En parlant d'union, annonce Quatre. Il en est un qui s'apprête à faire sa demande…

- Qui ? veut savoir Duo.

- Milliardo.

- Nan ! La tête de Blakounet ! s'imagine déjà Duo. Naaan ! réalise-t-il, dans un deuxième temps. BicMan va devenir le beau-frère de Milliardo Peacecraft ? ajoute-t-il, avant de partir dans un fou rire qui finit par le faire grimacer de douleur.

- T'as gagné, déclare Heero sur un ton de réprimande à peine voilé.

- Je peux peut-être remettre un peu de crème, suggère-t-il tout en se débattant avec le nœud du foulard.

- Laisse-moi faire, propose Heero en prenant déjà le relais.

- 'ro ?

- Hn ?

- Ne me dis pas ça en public, veux-tu ?

- Précise.

- Tu m'as murmuré à l'oreille, lui reproche-t-il.

- Et ?

- Regarde un peu les tronches de pervers qui nous encerclent !

- Nous sommes entre amis et entre amis, on se rend de petits services, se défend Trowa.

- C'est-à-dire ? s'enquiert Duo, doutant du sérieux de son ami.

- Nous passons une agréable fin de soirée et ton futur mari nous met gracieusement l'eau à la bouche.

- J'vais m'le faire !

- Change de position, chéri, demande Heero.

- 'ro !

Pendant que tous rient à gorge déployée, Heero demeure imperturbable et continue de s'occuper consciencieusement de son amant en lui passant de la pommade.

- Tiens encore quelques minutes, s'il-te-plaît.

- Tu le fais exprès, là ? l'interroge Duo, pendant que son fiancé lui remet convenablement son foulard.

En guise d'aveu, Heero lui sourit, l'œil brillant de gourmandise, avant de lui suggérer de monter se coucher.

- Parce que tu t'imagines que je vais te suivre, maintenant, alors que tous ici pensent à… à ce que tout le monde pense à ce que je pense qu'il pense ?

- Tu t'imagines bien que personne ici ne croit une seconde que nous faisons abstinence jusqu'au mariage, répond Heero.

- Oh que non ! se mêle Trowa.

- Tu vas perdre bien plus que ta mèche, Moby Dick ! se rebelle vainement Duo.

- Je suis moi-même d'avis que nous remettions nos passionnants échanges à plus tard, décrète Quatre en pressant la main de son taquin de mari.

- Il est temps pour nous de vous quitter, annonce Shunichi en se levant avec son compagnon.

- Minute ! les retient Quatre. Pas question de vous laisser prendre la route à cette heure tardive et dans cet état de fatigue.

Un instant, Shunichi et Kimo clignent des yeux sans comprendre.

- Votre chambre est prête, explique l'empathe.

- Notre chambre ? s'étonnent les deux invités, en chœur.

Tous prennent le pas des maîtres des lieux et empruntent le grand escalier jusqu'au premier étage. Lorsque Kimo et son boulanger découvrent la chambre d'amis, Quatre et Trowa observent leurs réactions…

- Waoh ! ne tarde pas à lâcher Kimo en tournant sur lui-même.

- Ce sera ma première nuit dans un hôtel cinq étoiles, commente Shunichi.

- C'est hallucinant ! On pourrait pas passer notre lune de miel, ici ? demande très sérieusement Kimo.

- Umami

- Attends ! J'peux pas sortir de la région et on n'a pas d'argent, se justifie-t-il.

- Nous serons amenés à nous réunir tous, et souvent, prédit Quatre.

Shunichi acquiesce poliment, mais ni Kimo ni lui ne saisissent la signification réelle des mots et du geste de l'héritier.

- Cette chambre est désormais la vôtre, explique alors Duo.

- Oh ! Et bien… Je ne sais pas quoi dire, bafouille Shunichi. Merci.

- Ce n'est pas la place qui manque, le tranquillise Quatre.

- 'ro et moi avons la nôtre au bout du long couloir, révèle Duo.

- Où ça, exactement ? s'intéresse Kimo.

- On se verra au petit-déjeuner, lui indique Heero, tout de go.

- Okay… Si l'envie me prend de frapper à votre porte pour parler à mon frère… ?

- T'oublies, prévient sérieusement Heero.

- Okay, capitule-t-il d'un air dépité.

- Je n'en pense pas moins, p'tit frère, tient à confirmer Duo, solidaire de son homme. On a des tas de choses à se dire et à faire ensemble, toi et moi, mais je chéris chaque moment passé avec 'ro. J'ai envie et j'ai besoin d'être avec lui.

Kimo hoche la tête, souriant et compréhensif. À ses yeux, chaque instant passé en compagnie de Shunichi est plus précieux que tous les trésors de l'univers et il est heureux que Duo éprouve lui aussi un tel bonheur… même s'il trouve toujours étrange que son frère soit tombé sous le charme d'un preventer ; surtout ce spécimen-ci !

*Ce doit être un sacré bon coup, j'vois que ça !*

- Kim' ? l'appelle Duo, d'un air las.

- Quoi ?

- Tu penses tout haut.

- J'ai rien dit ! se défend-il.

- C'est tout comme, idiot ! T'es pas un livre ouvert, t'es un écran géant.

Rougissant, Kimo ne peut s'empêcher de se tortiller sous l'effet de la gêne.

- Sur cet éclair de lucidité tardif, se moque gentiment Trowa, nous vous souhaitons une bonne nuit à tous.

Désireux de mettre un terme à cette partie-ci de la soirée, il entraine son mari vers leurs quartiers ; aussitôt imités par Heero et Duo.

Enfin seuls, Kimo et Shunichi entreprennent de passer une première nuit mémorable…

En commençant d'abord par l'inauguration de la salle de bain durant de longues et délicieuses minutes…Mais lorsque Shunichi réapparaît dans la chambre, une serviette autour du cou pour seul vêtement, il trouve Kimo profondément endormi dans leur lit. Lui qui a planifié avec moult rebondissements le déroulement de leur nuit blanche affiche déjà un air béat à la fin du premier round.

Un doux sourire flottant sur ses lèvres, Shunichi vient se glisser sous leur drap tout en veillant à ne pas réveiller son compagnon. En le regardant dormir, le boulanger se remémore leur folle journée : Heero bondissant au secours de Duo, tuant Solo Smith de ses propres mains - étant donné qu'aucune arme n'est admise à l'intérieur de la prison - et la découverte de la rudesse du personnage ayant maltraité son bien-aimé des années durant. Sachant cela, ayant vu et entendu Solo agresser Kimo, Shunichi reste émerveillé et honoré d'avoir obtenu si vite la confiance de son amant. À le voir s'abandonner ainsi, que ce soit dans ses bras ou dans son sommeil à ses côtés, Shunichi prend véritablement la mesure de la valeur de ce cadeau et se promet d'en être toujours digne…

Au même moment,

dans la Suite parentale des propriétaires du Manoir…

Quatre entre le premier, suivi de près par Trowa qui referme doucement la porte derrière eux. Pressé de se rafraîchir, Quatre déboutonne sa chemise et quitte ses chaussures simultanément.

- C'était vraiment une bonne soirée, se réjouit-il, tout en s'attaquant déjà à son pantalon. Sans ce fâcheux coup du destin à la prison, cela aurait été parfait.

Trowa partage son avis, mais ne ressent pas le besoin de l'exprimer à voix haute. S'employant lui aussi à se dévêtir, il ne cesse d'observer son mari en quête d'un quelconque début de trouble.

- Notre maison a besoin de vivre des instants comme celui-ci, poursuit Quatre. J'aimerais bien que l'on se retrouve tous, régulièrement. Qu'en penses-tu ?

- C'est toi qui as un agenda de ministre, souligne Trowa. Tout dépend de tes disponibilités, après t'être occupé de notre fille… et de moi, bien entendu.

À ces mots, Quatre lui fait face d'un air joyeux.

- Cela va sans dire, promet-il, les yeux brillants de convoitise.

- Ça a l'air d'aller, constate Trowa avec sérieux.

- Duo est profondément bouleversé, mais Heero est là. Il est complètement présent avec lui et pour lui, alors je ne m'inquiète pas. Quant à Kimo… Et bien… Il ne réalise pas encore pleinement ce que la mort de Solo implique. Lorsque le moment sera venu pour lui d'éprouver totalement ce qu'il s'est passé d'irrévocable aujourd'hui, Sun fera montre d'un soutien indéfectible.

Rassuré de voir son mari si confiant et serein malgré les émotions fortes qu'il n'a pas manqué de ressentir tout au long de la journée, Trowa s'autorise à baisser son niveau de vigilance.

Nu, il finit par rejoindre Quatre dans leur salle de bain. L'héritier termine de régler idéalement la température de l'eau, avant de se positionner sous le jet, les mains sur le mur de mosaïques et la tête levée vers le pommeau de la douche.

- Après t'être occupé de moi, lui rappelle tendrement Trowa, derrière lui.

Le corps de Quatre réagit immédiatement au son de sa voix.

À sa présence.

À son odeur.

À son toucher.

Fermant les yeux, Quatre s'abandonne aux caresses et à la passion torride de son mari. À mesure qu'une de ses mains descend plus bas, toujours plus bas, Quatre monte les siennes jusqu'à la nuque de Trowa autour de laquelle il commence à exercer une douce pression… jusqu'à ce que Trowa ne l'accule un peu plus près du mur scintillant, son souffle marquant sa peau plus sûrement encore que ses baisers brûlants.

Au même moment,

dans la Suite parentale de Duo et Heero…

D'un naturel attentionné, Quatre a respecté les goûts d'Heero en matière de mobilier et de décoration. La suite parentale lui étant initialement réservée reflète donc sa personnalité : d'une simplicité élégante, confortable mais sans chichis. Depuis que Duo fait partie de sa vie, leur chambre secondaire s'est rapidement enrichie de quelques touches de couleurs bienvenues, de petits coussins décoratifs et d'objets usuels spécialement dévolus au natté ou juste pour le plaisir des yeux…

Heero en est là de ses constatations, lorsque Duo sort à son tour de la salle de bain. Le regard dans le vague, il continue de se démêler les cheveux, l'air pensif, ne remarquant pas immédiatement que son fiancé attend son retour auprès de lui.

- Hey, finit par l'appeler Heero, d'une voix douce.

- Mm ? répond distraitement Duo.

D'un simple regard, Heero l'invite à le rejoindre sans délais. Duo ne demande pas mieux, mais un soupçon de réticence semble ternir cet instant. Comme s'il redoutait de s'étendre aux côtés de son amant. Comme s'il redoutait de craquer à son contact…

À présent qu'il se blottit dans les bras de son compagnon – c'est plus fort que lui ! – Duo ne s'explique pas pourquoi Heero met tant de temps à l'inciter à se confier. Le dénatté guette encore un moment, tendu. Toutefois, Heero s'obstine à garder le silence tout en lui caressant le bras de ses doigts chauds, le nez plongé dans le parfum de santal de ses cheveux humides.

- Pourquoi tu dis rien ? s'impatiente Duo, en rouspétant carrément.

- Mon rôle n'est-il pas aussi de respecter ton choix de taire certaines choses de ta vie ? se justifie calmement Heero.

- C'est pas vraiment ce que tu faisais jusqu'à maintenant !

- Tu veux que je te fasse parler ?

- Non.

- Bien.

- Et puis, dis comme ça, ça fait soit preventer, soit pervers. Au final, ça revient au même !

Heero sourit de sa mauvaise foi.

- De toute façon, on s'est déjà tout dit sur le sujet, reprend Duo de son air grincheux.

- C'est aussi mon avis.

- Je suis censé avoir tourné la page.

- Tu l'as tourné, certifie Heero, l'air de rien.

- C'était un beau salaud ! Ce n'est vraiment pas une grande perte pour l'humanité !

- Pas pour l'humanité, non.

- Pour moi non plus !

- Solo était bon à tes yeux, jusqu'à ce que tu apprennes la vérité.

- Mais il ne l'était pas ! s'émeut Duo, tiraillé entre colère et désarroi. C'était un monstre…

- Chéri, écoute-moi…

Pour lui signifier qu'il a bel et bien toute son attention malgré sa mauvaise humeur, Duo vient nicher son visage sous son oreille.

- Quoi ? grogne-t-il tout de même.

- Je te propose d'imaginer, voire même d'organiser physiquement, deux cérémonies. Celle de Sol', le lumineux et celle de Solo Smith, le maléfique.

Un instant, Duo médite sa proposition…

- C'est ridicule ! Maiiis… c'est pas con, finit-il par admettre.

Interpellé, il se redresse en prenant appui sur son avant-bras, son autre main, paume contre le torse musclé de son fiancé.

- Tu crois que ton plan plaira à mon frère ? poursuit-il.

- Tout ce qui te plaît convient à ton frère, résume Heero.

- Je ne veux pas lui imposer cette épreuve, si lui ne la ressent pas comme nécessaire.

- Je pense qu'elle lui sera autant bénéfique qu'à toi.

De plus en plus emballé par l'ingénieuse idée d'Heero, Duo sent les tensions accumulées depuis des semaines, des mois, voire des années, le quitter peu à peu. Il a l'impression étrange qu'on lui aspire son mal-être, qu'on lui vole son pain noir, qu'on lui retire la garde de ses vieux démons. Paradoxalement, cette soudaine et nouvelle perte de repères l'angoisse terriblement. Persuadé d'être l'unique survivant de l'attaque, il a voué sa vie à traquer l'assassin de sa famille dans le seul but de lui ôter la vie. Les vols rocambolesques de Carte Noire - qu'ils aient été commandités par de riches hommes d'affaires ou dans le but de revendre la marchandise au plus offrant sur le marché parallèle - n'ont jamais servi qu'à amasser le plus d'argent possible afin de l'investir dans sa recherche de l'identité de l'assassin. Une fois cette information découverte, une fois cet individu retrouvé et une fois éliminé… Duo doit bien avouer qu'il n'a jamais songé à « l'après ». Se reconstruire ne faisait pas partie du projet.

*Je ne pensais pas survivre à notre confrontation* réalise-t-il pleinement. *Dans le fond, je m'attendais plutôt à ce que mon existence cesse en même temps que la sienne… jusqu'à ce que Dano entre dans ma vie* se remémore-t-il.

Il se sent coupable d'avoir été aussi inconscient et rivé sur sa personne alors que son fils ne dépendait que de lui pour vivre. Évidemment, il a levé le pied sur les missions de Carte Noire, mais il n'a jamais eu l'intention de renoncer à son obsession ; cela, bien qu'il ne pouvait plus se le permettre en tant que daddy. L'intervention à point nommé du Colonel Yuy lui a sans doute permis de ne pas commettre une grosse erreur ; la plus grosse erreur de toute sa vie.

Certes, il juge stupide de ressentir de l'angoisse alors qu'au contraire, son cauchemar a définitivement pris fin avec la mort de Solo. Son deuil peut enfin s'achever. Mais ce n'est pas aussi simple. L'assassin de sa famille est certes mort, mais Duo s'était forgé un programme, une mission d'où l'on ne peut revenir indemne… ne serait-ce même que pour l'avoir planifié et désiré si ardemment des années durant.

Cependant et comme il en prend sûrement l'habitude, la présence d'Heero à ses côtés - tel un rocher inébranlable ou un navire insubmersible - calme sa tempête intérieure et le ramène à bon port. Pareil à un naufragé, Duo s'accroche à lui de toutes ses forces. Inconsciemment, il reproduit cette image émotionnelle en se serrant plus étroitement contre le corps d'Heero, lequel raffermit immédiatement son étreinte, chaude et puissante. Pour sa part, il est parfaitement conscient de tout ce qui se joue autour de lui, en son for intérieur et surtout, dans l'esprit de son dénatté.

- Est-ce que Monsieur-a-peur-du-bonheur a fini de flipper ? s'enquiert justement Heero, taquin à souhait.

Cueilli par cette douce raillerie, Duo se débrouille comme il peut, vu sa position, pour lui donner un léger coup de coude.

- Je t'aime, moi aussi, répond Heero.

Les deux hommes se mettent à rire. À rire jusqu'à ce que les vibrations émises, peau contre peau, réveillent un autre type d'appétit et l'envie impérieuse de se sentir vivant…

Le lendemain,

en fin de matinée…

Le brunch prévu depuis la veille est à la hauteur des ambitions de Gasper, le Majordome compétiteur. Chacun se régale, les enfants y compris ; même s'ils ne restent pas longtemps à table. Les parents s'attendaient à ce que leurs enfants les sollicitent plus ou moins souvent, mais c'est tout l'inverse. Visiblement, leurs bambins s'amusent comme des fous et ne donnent pas l'impression de vouloir y inclure leurs papas poules ; lesquels n'en demeurent pas moins attentifs et démesurément attendris.

Pour ce qui concerne Quatre, il se félicite de ressentir des ondes aussi positives vibrer en sa demeure. Duo et Kimo font doucement mais sûrement peau neuve - le premier réalisant un travail intérieur plus consciemment que le second – tous deux soutenus par leur compagnon respectif. Et Trowa… Trowa n'a d'yeux que pour lui. Pour lui et les cafés en tout genre qu'il lui prépare avec amour. Songeant à l'affection que lui voue son mari, Quatre entrelace ses doigts aux siens, leurs mains jointes reposant sur la table. Naturellement, Trowa reporte toute son attention sur son compagnon et lui sourit. Trowa lui sourit souvent, mais cette fois-ci, Quatre s'en émeut d'une manière particulière.

- Tout va bien, ne t'inquiète pas, tient-il à le rassurer en effaçant discrètement ses larmes.

- Je sais, je le sens au plus profond de moi, assure Trowa, en rapprochant sa chaise de la sienne. Mon firmament, murmure-t-il ensuite, le nez dans ses courts cheveux blonds.

- Tu m'aimes trop pour ton bien, je te l'ai déjà dit, se désole-t-il à moitié et sans pouvoir s'empêcher de respirer longuement son odeur.

- Je t'aime et je ne te le dirai jamais assez.

Plus amoureux que jamais, Quatre caresse tendrement la joue de son mari en suivant la ligne de sa mâchoire. Le temps semble ainsi s'égrainer lentement, comme à chaque fois qu'ils se câlinent…

Le temps - matière insaisissable, invisible et irrésistible - semble pourtant devenir palpable dès l'instant où les deux amants s'explorent l'un l'autre. Comme si le temps avait lui aussi succombé aux charmes de Trowa, il en épouse ses contours, se met à irradier sa chaleur douce et constante, vibre au son de sa voix et voit le monde au travers d'émeraudes les plus pures, les plus fascinantes qu'il n'ait jamais été donné à Quatre de contempler… Pareillement, Trowa jurerait que son amant détient le secret de l'éternité, manipulant à sa guise l'écoulement du sablier du temps…

Déconnectés de la réalité et de tout ce qui n'est pas eux, Quatre et Trowa se voient brutalement éjectés de leur bulle chimérique lorsque que Kimo plonge littéralement au centre de la table dans un bruit assourdissant. Si Trowa demeure parfaitement stoïque, Quatre, en revanche, sursaute violemment. Tirés de leur fabuleuse rêverie, ce qu'ils observent à présent dépasse pourtant l'imagination : les deux frères Maxwell se disputent la dernière boule de figue et pop-corn au chocolat blanc. Munies d'un ruban, Gasper les as confectionnés en hommage à sa mère qui garnissait toujours le sapin de Noël avec des décorations comestibles fait-maison. (A)

- Sun n'y a pas encore goûté, se justifie Kimo.

- Je n'y tiens pas particulièrement, tente Shunichi, grimaçant d'embarras.

- Mes chatons non plus et je veux les refaire, répond Duo, sans faire état de sa remarque.

- Ils ont toute la vie devant eux et t'as qu'à demander la recette à Gasper !

- La tienne va tourner court si tu ne lâches pas cette boule !

Kimo menace alors de la manger, lorsque Gasper apporte de nouvelles munitions de boules de figues et pop-corn au chocolat blanc.

- Vous n'avez pas l'air con, là, tout de suite, se moque ouvertement le boulanger.

Puis il tire doucement son amant par le bas de son tee-shirt, afin qu'il reprenne convenablement sa place sur son siège. Duo en fait autant de son propre chef, non sans s'emparer de quelques douceurs au passage.

- Que ne ferait-on pas pour des boules, laisse entendre Trowa, l'allusion à peine voilée.

- Chéri…, le dispute mollement Quatre, le sourire en coin.

- J'vais m'le faire ! réagit immédiatement Duo.

- Même pas en rêve, intervient Heero.

- Tu peux compter sur moi, Duo ! garantit Kimo, prêt à en découdre.

- Va falloir revoir ton sens de la fraternité, umami, le retient Shunichi. À plus d'un titre, tu ne peux pas te permettre de menacer le Colonel Barton, responsable de… de toi.

Kimo n'a pas l'occasion de commettre un impair de plus que les enfants font irruption.

- Venez goûter ça, mes p'tits chats, les invite fièrement Duo, boules à la main.

- Les pop-figues ? Gasper nous en prépare quelques fois après l'école, lui apprend Daniel, d'un air blasé.

Trowa lâche alors un rire railleur faisant immanquablement grogner le natté.

- Par contre, j'aimerais bien en garder quelques-unes pour mon nouveau copain… Je peux, dad ?

- Bien sûr, mon chaton. Mais tu dois également voir ça avec Gasper.

- C'est fait. Il est okay.

- Ça roule ! Mais revenons-en à ton nouvel ami…

- Il s'appelle Tsuneie et il vient d'arriver dans notre classe, répond Akane, à la place de son frère.

Étant donné que Daniel à la bouche pleine, ayant finalement décidé de croquer dans une des boules.

- Il sourit tout le temps, mais je trouve qu'il a quand même l'air malheureux, poursuit-elle son analyse.

- Tu en connais la raison ? demande son père.

- J'ai réussi à discuter un peu avec lui et il m'a dit qu'il était devenu orphelin, il y a deux mois. Ses parents sont morts dans un accident d'avion et il n'a aucune autre famille en vie pour le garder.

- Où vit-il ?

- Chez Grand-mère Yoyo, à côté de chez nous.

- Pardon ? l'interroge Duo, les yeux écarquillés.

- C'est un programme d'accueil typique de la Région basé sur le bénévolat, lui explique Heero. Des femmes à la retraite offrent un toit à un enfant devenu brutalement orphelin. Plusieurs, dans le cas de frères et sœurs.

- L'Organisation Preventers finance une partie du projet, précise Quatre.

- Une partie, seulement ? s'indigne Duo.

- Ma Compagnie prend le reste en charge, le tranquillise l'empathe.

- Ah… c'est cool.

- Je ne trouve pas qu'il ait l'air triste, moi, objecte Daniel, après avoir englouti la dernière bouchée de sa boule sucrée.

- C'est parce que tu ne fais pas attention à lui, lui reproche sa sœur.

- C'est archi faux ! Je joue tout le temps avec lui.

- Moi, je parle avec lui, fait-elle valoir.

- Vous êtes tous deux d'un grand soutien pour quiconque en éprouve le besoin, arbitre Heero. Chacun à votre manière.

- Tu penses qu'il aura le droit d'aller à la kermesse ? se renseigne Duo.

- Oh oui ! Grand-mère Yoyo est super cool, jure Daniel.

- On pourrait même l'inviter à la maison, si on voulait, suggère Akane. N'est-ce pas Daniel ?

- Oui !

Attendris à souhait, leurs pères échangent un sourire complice.

- À vous de voir, mes petits chats, les encourage Duo.

Leurs enfants sourient alors jusqu'aux oreilles, les yeux pétillants d'excitation.

- Papa, dad, commence la jeune fille, hésitante. Il y a autre chose…

- On t'écoute, ma tourterelle, assure le natté.

- Chiyo, Emon et Yasuo l'ont enfermé dans le placard à balais.

- Quand ? veut savoir Daniel, les sourcils froncés par la contrariété.

- Pendant la récré, le jour où notre professeur a avalé sa gorgée d'eau de travers en cours de mathématiques.

- Tu les as vu faire ? l'interroge Heero.

- Non, mais c'est moi qui lui aiouvert. Je sortais des toilettes et je l'ai entendu pleurer.

- Tu as bien fait de nous en parler, la félicite son daddy.

- Il t'a dit pour quelle raison ils ont agi ainsi ? s'enquiert à nouveau Heero.

- Non, juste que c'était bien « les trois têtes ».

- « Les trois têtes » ? demande Duo.

- C'est ainsi qu'on les surnomme. Ils ne sont pas très gentils.

- J'vais m'occuper d'eux et ils vont voir à qui ils ont affaire ! promet Daniel d'un air féroce.

- Tu ne vas rien faire du tout, l'excité de service, garantit Duo. J'irai moi-même à la rencontre de votre ami et de ses trois agresseurs en couches-culottes.

- Ils seront tous présents lors de la kermesse, leur apprend Akane d'un air ravi.

- Ça tombe bien, nous y serons ! confirme Kimo. Et tu peux compter sur ton daddy pour leur faire mordre la poussière.

- Kimy ! rouspète Duo.

- Bah quoi ? Tu te souviens du sort que tu as réservé à ce minus de sept ans qui m'avait planté une fléchette dans la cuisse ?

- Nous avions environ le même âge et c'était une autre époque.

- On s'en prend pas à ceux que tu considères comme ta famille.

- C'est toujours le cas, mais j'ai appris à modérer mes représailles et il s'agit d'enfants, ici, pas de… de…

- J'espère au moins que tu transmets ton savoir-faire à tes enfants, se renseigne Kimo.

- Comme quoi ? s'enquiert Daniel.

- Le b-a-ba : forcer une serrure, imiter une signature, arnaquer les passants dans la rue… Vous avez pile-poil l'âge pour attendrir les vieilles dames. Duo est drôlement doué pour chiper dans les magasins.

- Kimo ! se fâche franchement Duo.

- Je plaisante ! dit son frère, tout sourire et levant les mains en signe de reddition.

- Recentrons-nous sur ce qui nous intéresse.

- Ça nous intéresse, dad, assure Daniel.

- J'ai dit non.

- Une autre fois, peut-être ?

- Dans une autre vie, chaton.

Son fils a l'air déçu, mais ne peut qu'accepter sa décision… jusqu'au moment où il réalise qui se tient à ses côtés : Kimo, le frère complice de son daddy et à la langue bien pendue.

- Même pas en rêve, Daniel, le prévient Heero, devinant aisément le cheminement de ses pensées.

- C'est pas juste ! se plaint son fils, en croisant les bras.

- Je sais, petit guerrier, compatit son père. Mais c'est ainsi, ajoute-t-il en adressant du regard une mise en garde très claire à l'intention de Kimo.

Aussitôt, le frère Maxwell hoche la tête un peu trop vite, les yeux écarquillés. Plus désireux que jamais de se montrer coopératif et obéissant envers le Colonel Yuy, Kimo n'a pas conscience d'avoir à nouveau relevé les mains en signe de capitulation.

- 'ro ! finit par rouspéter Duo.

- Hn.

- J'vais m'le faire ! promet-il à son sujet.

Et cette fois-ci, Heero ne cherche pas à l'en dissuader…

À l'École élémentaire du Lotus Blanc…

La kermesse bat son plein et chacun, petits et grands, se presse au stand de restauration tenu par Kimo, Shunichi et Duo ; lequel rencontre un énorme succès. Gasper faisait partie du nombre, mais il a dû annuler sa participation au dernier moment pour se charger d'un événement imprévu et d'importance au Manoir. Cela dit, ses préparations culinaires remportent tous les suffrages et le natté ne manquera pas de le lui répéter.

- Dad ! l'appelle son fils, en courant vers lui.

Suivi de près par un autre garçon et Akane.

- Oui, chaton ? se manifeste-t-il au milieu de la foule.

Il s'éloigne de son stand pour aller à la rencontre des enfants, s'autorisant à quitter son poste quelques minutes. Kimo et Shunichi, quant à eux, ne s'effraient pas du nombre de personnes passant commande ; ils en ont l'habitude Au Pays du Soleil levain.

- Je te présente Tsuneie, annonce fièrement Daniel.

- Salut ! Je m'appelle Duo, je suis le daddy d'Akane et de Daniel.

- Bonjour, répond Tsuneie.

Il a l'air impressionné, mais au fond, le papa-à-la-longue-natte le fascine surtout.

- Mes enfants me rapportent que tu es bon élève, reprend Duo.

- Pour les travaux en groupe, oui, rectifie Akane. Lorsqu'il doit travailler seul, c'est plus difficile.

- C'est juste ? demande Duo à Tsuneie.

Le jeune garçon hoche la tête, souriant tristement, il est vrai. Pourtant, tout en lui inspire la joie de vivre.

*La joie profonde, celle qui vient du cœur, est souvent magnifiée par le chagrin…* pense Duo.

- Oui, bah, on va pas en faire une maladie ! proteste Daniel, trouvant sa sœur un brin rabat-joie.

- S'il venait à la maison, après l'école, je pourrais l'aider à faire ses devoirs, propose-t-elle, maline.

- Oui, c'est important les études ! jure soudain Daniel, se félicitant du génie de sa sœur.

Duo se met à rire en décoiffant joliment son fils.

- Notre maison t'est grande ouverte, Tsuneie. À partir du moment où Grand-mère Yoyo est d'accord et sait où tu es, tu peux venir autant de fois et aussi longtemps que tu le souhaites. Je suis bien content de te connaître, tu sais ? Mes poussins s'amusent bien, ici, mais tu es le premier qu'ils me présentent et qu'ils invitent à la maison.

Alors que Duo s'attend à ce que Tsuneie saute sur l'occasion pour demander à venir le soir-même ou reparte tout simplement jouer avec ses amis, voici qu'il se jette soudainement dans ses bras.

- Hey, là ! Mon p'tit bonhomme, le console Duo avec la plus grande douceur.

Pleurant à chaudes larmes, Tsuneie ne dit pas un mot. Bientôt, l'une des professeurs s'approche d'eux, intriguée par ce quise déroule sous ses yeux et logiquement suspicieuse.

- Que se passe-t-il, Monsieur Maxwell ?

- Mes enfants m'ont raconté pour Tsuneie. Je crois qu'il évacue un trop plein d'émotions.

- Pourquoi avec vous ?

- Pourquoi pas ? J'en sais rien, moi ! Vous en avez de bonnes…

- C'est parce que dad est un daddy, révèle très sérieusement Daniel.

- Dad inspire confiance, explique plus objectivement Akane. Il aime profondément les gens et il nous fait toujours passer en premier. Tsuneie sait qu'il peut compter sur lui et sur papa.

Dépassée par tant d'adoration, leur professeure préfère se rassurer quant à la surveillance de tout ceci par le très fiable et honorable Colonel Yuy. Elle finit donc par les laisser seuls à seuls au milieu du brouhaha de la foule.

- Tout va bien ? vient s'enquérir Kimo, un torchon blanc à la main.

- Oui, répond Duo. Tsuneie aurait bien besoin de… Tu es plutôt sucré ou salé ?

- Les deux, répond du bout des lèvres, le jeune garçon.

Intimidé, il se détache du papa-à-la-longue-natte en s'essuyant les yeux.

- Alors, il doit goûter à ma quiche spécial kid, décrète Kimo.

- Ta prétention ne connaît aucune limite, frérot, le taquine Duo. Il va adorer mon « serpent fraise ». (B)

- Il a dit qu'il aimait le salé.

- Et le sucré, sale bête !

Sous l'effet de la surprise, Tsuneie écarquille les yeux. Voir deux adultes se comporter comme des enfants lui est encore inédit ; ses parents étaient toujours si sérieux !

- Ça, c'est mon oncle Kimo, lui indique Daniel, alors que les deux hommes retournent vers leur stand. Dad et lui sont passionnés de cuisine. Tu vas te régaler ! promet-il.

- Et l'autre homme, là-bas, c'est Shunichi. Il est boulanger, dit Akane.

- C'est le compagnon de Kimo. Mais tout le monde l'appelle Sun.

- Ils travaillent ensemble et ils sont très gentils. Et très drôles, aussi, ajoute-t-elle après coup.

- Normalement, Gasper aurait dû venir, mais il n'a pas pu, lui apprend Daniel.

- C'est qui ? interroge Tsuneie, à l'écoute.

- C'est le majordome de nos oncles Quatre et Trowa, les parents de Towika, répond Akane. Kimo est le frère orphelin de dad. Ils ont été séparés longtemps et se sont retrouvés, il y a peu. Quatre et Trowa sont les meilleurs amis de nos parents. Nous allons souvent chez eux, Towika te le dira.

- Ils ont une maison et un parc génial ! précise Daniel.

- Géniaux, rectifie sa sœur.

- Oui, oui… On va bien s'amuser, tu verras, promet-il ensuite à Tsuneie.

- Nous allons aussi chez notre oncle Milliardo. C'est le frère de ma mère. Il vient de rencontrer quelqu'un de très gentil : Shawn, le frère cadet de Blake, l'un des collègues de nos pères.

Tandis que Daniel se dit pressé de lui présenter l'Équipe Yuy de l'Agence Preventers d'Osaka au grand complet, Tsuneie, pour sa part, sent la tête lui tourner. Lui qui vient de perdre pour toute famille, ses parents, se retrouve lié d'amitié avec deux frère et sœur qui lui apportent sur un plateau un nombre impressionnant d'individus considérés comme proches d'eux et faisant partie intégrante de leur quotidien.

- Venez par-là, les enfants ! les appelle Duo en les invitant d'une main levée. J'ai une table pour vous. Venez vous asseoir, mes poussins.

- On arrive, dad ! annonce Akane en agitant la main bien haut au-dessus de sa tête.

- Tu viens ? propose Daniel à Tsuneie.

Après un instant d'hésitation, Tsuneie accepte de les suivre, sans se douter qu'ils ne se quitteront plus. Sans imaginer un seul instant que Duo et Heero se feront un devoir de veiller sur lui, à commencer par faire passer un message aux « trois têtes »…

Trois jours plus tard…

L'instant est triste et solennel.

Il clôture tout un pan de la vie des frères Maxwell et pas le plus agréable, mais Duo se félicite sans honte d'avoir adopté la solution suggérée par Heero concernant les obsèques de Solo.

La première cérémonie est pesante et se résume à la dispersion en haute mer de la moitié des cendres de Solo Smith. Cet individu sombre et chaotique, noyé dans ses ténèbres intérieures…

De retour sur la terre ferme, les frères s'accordent une halte sur le port, leurs regards tournés vers les remous incessants de l'eau, son reflet changeant en fonction de la luminosité du ciel…

- Tu penses pouvoir lui pardonner, un jour ? l'interroge Kimo, les yeux rougis d'avoir tant pleuré, la veille au soir.

- Tu penses me confier, un de ces jours, ce qu'il t'a fait endurer ? s'enquiert plutôt Duo.

- Ça ne changerait rien à l'affaire.

- Je veux connaître toute la vérité, persiste-t-il à se faire du mal.

- Merde, Duo, tu fais chier ! Qu'est-ce que ça peut te faire de savoir comment il m'a… de quelle façon il s'y est pris pour… Tu dois bien en avoir une petite idée, non ? T'as plus dix ans !

Tourmenté, Duo s'assombrit encore davantage.

- Pardon, s'excuse Kimo, à la hâte. C'que j'peux être con, des fois !

- Tu n'as rien à te reprocher, p'tit frère, le tranquillise Duo. Tu as raison, je n'ai plus dix ans.

- Je ne veux pas te mêler à ça. Je veux qu'on démarre une nouvelle vie, toi et moi. Je veux tourner la page. Je ne pourrais jamais oublier, mon esprit gardera la trace de ces horribles souvenirs, mais je peux guérir. J'y crois depuis Sun. Je t'en supplie, grand frère, tourne la page avec moi. S'il-te-plaît…

Pour toute réponse, Duo prend la main de Kimo dans la sienne et la presse fort ; si fort…

À moitié soulagé, Kimo appuie son front contre l'épaule de Duo.

- Solo n'a pas eu de chance, reprend alors Kimo. On n'a pas de chance, quand on n'aime rien ni personne.

Versant ses dernières larmes, Duo finit par prendre Kimo dans ses bras en une longue étreinte fraternelle.

En retrait, Heero et Shunichi attendent patiemment que leurs compagnons respectifs se sentent prêt à assister à la seconde cérémonie.

- Tu crois que ça va aller ? s'inquiète le boulanger.

Heero lui jette un rapide coup d'œil, sans rien répondre.

- Kimo a fini par s'effondrer, poursuit l'artisan. Je me croyais prêt à l'aider, mais je n'ai rien pu faire d'autre que de le consoler.

- C'est tout ce dont il a besoin.

- J'ai pourtant l'impression d'être inefficace.

Cette fois-ci, Heero détache son regard de Duo pour le poser plus longuement sur Shunichi.

- Il y a différentes façonsde toucher le cœur d'une personne.

Acquiesçant, Shunichi se passe une main sur le visage et dans les cheveux en soupirant. Il apprécie la présence particulière du preventer à ses côtés. À la fois rassurante et troublante de puissance. Le boulanger n'oubliera jamais la scène d'exécution à laquelle il a assisté ; celle de feu Solo Smith. Il n'oubliera jamais l'écrasante et effarante capacité guerrière, pour ne pas dire meurtrière, de l'Agent d'élite Yuy.

*Une armée à lui seul…* se dit Shunichi, impressionné malgré lui.

- Prêt ?

Tiré de ses pensées, Shunichi sursaute à la question posée par Kimo, à présent posté devant lui.

- Ça va comme tu veux ? l'interroge-t-il à nouveau.

- Oui, oui.

Sentant son compagnon préoccupé, Kimo lui caresse tendrement la joue.

- On dirait que t'as vu un fantôme.

Shunichi émet alors un rire nerveux.

- Arrête de m'analyser, umami.

- Bah, arrête de faire cette tronche, alors !

- Toujours aussi aimable !

- C'est l'hôpital qui se fout de la charité !

Duo et Heero n'entendent pas la réplique du boulanger, comme les deux hommes s'éloignent d'eux pour rejoindre leur voiture commune.

- C'est parti pour durer, estime sérieusement Heero.

- Quand Kimo commence à se lâcher…, sous-entend Duo.

- Je fais allusion au couple qu'ils forment, Sun et lui.

- Ils se chamaillent et toi, tu en déduis que leur amour est éternel ?

- Si je m'en réfère à notre expérience personnelle, oui.

Cueilli, Duo se mord la lèvre en esquissant un doux sourire. Le premier de la journée.

- Enfin, le jour se lève, commente Heero avec le même sourire, tout en coiffant une mèche de cheveux derrière l'oreille de son fiancé.

Touché, Duo lui dépose un doux baiser sur les lèvres.

- Il est temps, l'encourage Heero en lui offrant son bras.

Mais Duo ne veut pas s'en contenter et se serre plutôt contre lui sans gêner leur marche jusqu'à la voiture…

La seconde cérémonie a pour but de rendre hommage à Sol', leur ami d'enfance, orphelin et victime, lui aussi, de violences intolérables survenues durant l'âge tendre…

Le lieu choisi est enchanteur. Situé à quinze kilomètres au nord d'Osaka, le parc de Minoh offre un espace vert au cœur d'une vallée forestière : la forêt de l'ère Meiji. (C)

Dans un silence religieux, les deux couples s'enfoncent lentement en cette forêt, plongée entre ombre et lumière…

- À toi l'honneur, Kimy, offre Duo.

- Ensemble, réclame Kimo.

Il n'aura suffi que d'un coup de pelle pour dégager un petit trou peu profond. En souvenir de Sol', mais également du Père David, de Sœur Helen et de leurs enfants, les deux frères place le fruit du chêne en son creux, puis recouvre l'ouverture de terre et de cendres mortuaires mêlées.

- Retourne chez nous, Sol', prie Duo. Apaise-toi et retrouve le chemin qui mène au salut.

Remué, Kimo s'accroche au bras de son compagnon.

- Tu veux ajouter quelque chose ? l'interroge Shunichi, d'une voix douce.

Trop ému, Kimo secoue d'abord la tête en signe de dénégation, puis s'éclaircit finalement la voix afin de partager l'un de ses souvenirs.

- Un jour, Solo m'a dit qu'il aimait la nature et qu'il aurait aimé être jardinier.

- Bah, j'crois qu'il s'est planté, pour le coup ! ose lancer Shunichi, sans méchanceté.

Bien que l'émotion soit encore palpable, chacun y va de son petit rire ; un rire mêlé de larmes pour les frères Maxwell.

Les quatre hommes se recueillent encore durant quelques minutes. Puis, d'un commun accord tacite, ils décident enfin de quitter les lieux d'un pas lent, le nez au vent.

Chemin faisant, Heero jette des coups d'œil répétés vers son fiancé. Remarquant son manège, Duo devine que son amant s'interroge sur son état psychique.

- Tu n'as jamais été dupe, le concernant, déclare calmement Duo. Enfin, il serait plus juste de dire que tu n'es dupe de rien, tout court !

- …

- Solo, grand psychopathe, ne se serait jamais ranger du côté de la raison et encore moins celui du cœur. Il n'a jamais rien regretté de ses actes et se complaisait dans l'immoralité. Cette entrevue ne pouvait donc que générer un sentiment de déception, d'impuissance, de frustration… à la limite de l'inutilité. Tu savais que ce tête-à-tête serait vain.

- Mais néanmoins nécessaire, tempère-t-il.

- Ouais… C'est surtout que je n'en démordais pas ! Quoi que tu dises, je voulais le voir, point final.

- Hn.

- Je devais donc traverser cette ultime épreuve de ma vie passée pour parvenir à aller de l'avant, sans plus jamais regarder en arrière.

- Plongé dans un déni profond et ravagé par la colère, Solo s'est condamné lui-même à la solitude et l'isolement le plus profond qui soit, lui rappelle-t-il d'une voix douce cette dure réalité.

Ému pour diverses raisons, mais essentiellement par l'amour et la bienveillance que lui porte son bien-aimé, Duo acquiesce d'un hochement de tête pensif, tout en pressant plus fortement encore la main de son amant.

- Kimy et moi avons tourné la page, ensemble, lui promet-il ensuite. Il ne veut plus souffrir de son passé et moi non plus. Donc…

Cette fois-ci, Heero ne commente pas, se contentant d'être la personne sur laquelle Duo pourra toujours compter.

- En quelque sorte, je repars presque de zéro, reprend Duo. Je suis une nouvelle page blanche, vierge de toute écriture…, se prend-il à rêver.

- Pour la virginité, on repassera, le taquine tendrement Heero, ravi de le voir et le savoir si confiant en leur avenir.

Surpris par sa remarque, Duo se met à rire doucement, le visage levé vers les arbres majestueux.

- D'autant que je me suis empressé d'inscrire ton nom sur chacune des pages de mon carnet flambant neuf, naturellement, finit-il par annoncer.

- Naturellement.

- De fait, mon carnet est déjà plein.

- De fait, confirme une nouvelle fois Heero, résolu à être et demeurer le seul et unique pour son natté.

Plus épris que jamais, Duo répond à son doux sourire.

D'un sourire lumineux et serein…

À suivre…

Note :

(A) : Recette parue dans Zeste, hors-série n°5. Trouvé sur le site l'Express.

(B) : la recette point net.

(C) : kanpai fr

Note de fin : Peut-être ressentez-vous une certaine insatisfaction à l'issu de cette confrontation tant attendue, si nécessaire, ou en tous les cas, inévitable pour Duo. Si c'est le cas, sachez que la chose est souhaitée, comme expliquée et assimilée par Duo en toute fin de chapitre…

Alinea63 : Merci, merci et encore merci ! Pour tout te dire, moi aussi, ça me manque quand Heero et/ou Duo ne sont pas présents. Mais j'aime bien cette parenthèse, Milliardo-Shawn, un peu hors du temps. C'était chouette d'explorer un peu de leur monde pendant mon travail d'écriture. Je suis donc ravie que ça te plaise.

Heero ne pouvait pas revenir simplement en passant le seuil de leur maison, lol ! Je voulais quelque chose comme : « le Retour du héros/Heero ! ». J'suis fan !

Les enfants Yuy sont plus matures que leurs camarades par la force des choses, mais je voulais préserver leur vie d'enfant et leurs rêves, malgré tout.

Effectivement, Kimo n'est pas plus subtil que Blake ! En revanche, Shunichi est doué pour apporter de la légèreté, pour dédramatiser n'importe quelle situation et Kimo a grand besoin de cette magie.

Merci encore pour tes reviews et tes encouragements…

Prenez soin de vous, soyez heureux et…

à la semaine prochaine !

Kisu

Yuy