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Carte Noire,
un voleur nommé désir
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Source : Gundam Wing AC
Auteure : Yuy
Bêta de lumière : Lysanea
Genre : yaoi, romance, policier et UA.
Disclamer : aucun des personnages ne m'appartient sauf Black Light, Kimo Lost/Maxwell dit « Le Joker », Scarlette, Jenna et John Johnson, Gale et l'Inspecteur Morris, Aideen dite « L'Irlandaise », Masanaga dit « Le Japonais du Sud », Joe Fisher, le Gardien du loft 781, Lionel et Jeff, Akane, Lieutenant Nanako Gotô, Yumi, Capitaine Marc Guérin, Capitaine Alec Bowers, Lieutenant Antoine Faure, Capitaine Blake McGuire, Agent spécial Kale, Jack Glade, Anita Stones, Faye Ship, Ito Li, Barbara Linardt, Stan et Shawn McGuire, Steve Harris, Akito, Towika, Eichi, les frères Studners, Commandant Giuliano Cortesi dit Elmo, Gasper, Rosy, Charles, Luca, Standford, Surk, Shin-ji, Estelle, Docteur Akeno, Antonio, Katrine, Vincent, Fernand Faure, Isabelle De la Forgerolle-Faure, Cure-dent, le Colonel Jackson, Maurice Bailey dit « le géniteur », Daniel Bailey, Freddy, Miss Lili, Phoebe, Jason Stich, Hakim, Stuck, Jackie, Jake MacCain, Sean Davis, Silvio, Rosy MacGarette, l'Agent spécial Tsuki, Vincent, Antonio, Alexandra, Steven, Kylian, Monsieur Fernot, Monsieur Boyer, Maître Joly, Charles Dubois, Hisa, Shunichi Abe, Kei, l'Agent Gere, Fuhito, le Colonel Patchak, l'Agent spécial Anaé Maeda, le Maréchal Forb, l'Agent spécial Yuto, l'Agent spécial Isato Yamori, l'Agent spécial Meï Ming-Yue, Tsuneie, Grand-mère Yoyo, Chiyo, Emon, Yasuo, Freddy et le Colonel Clark…
Couples : Heero x Duo ; Trowa x Quatre
Note : De nouveaux rebondissements ? Il n'y qu'à demander !
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Lemon
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À Ly-chan, mon impérissable
et à tous les lecteurs
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Bonne lecture !
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24 – Carte d'Or
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Une dizaine de jours plus tard,
Dans la Deuxième Région…
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Fraîchement débarqué à l'Aéroport international de Sacramento, Duo s'en va d'un pas léger récupérer son seul et unique bagage. Ses cinq kilos d'effets personnels sous le bras, il se dirige ensuite vers les interminables baies vitrées afin de sortir héler un taxi.
Une fois au-dehors, il avise un bout de trottoir baigné de soleil et s'étonne que personne ne s'y soit placé. À présent nimbé de cette lumière dorée, Duo prend quelques minutes pour s'étirer de tout son long et profiter de cette chaleur réconfortante. Ce qui l'amène inévitablement à songer au soleil de sa vie…
*Mon Heero, mon Daniel, ma petite Akane et notre chère Kat'anna…* pense-t-il avec tendresse.
Avant de se mordre la lèvre d'un air mutin.
*Mon Dieu, 'ro ne va pas être content !*
Et il ne croit pas si bien dire !
Malgré l'ultime délit qu'il s'apprête à commettre – au risque sérieux de s'attirer les foudres des Administrateurs - il se sent plein d'entrain et en parfait accord avec lui-même. Certes, la page est belle et bien tournée. Le meurtrier de sa famille – Solo Smith - a été découvert, arrêté, puis éliminé. Kimo, son frère survivant, est désormais sain et sauf, à l'abri du besoin et leurs rapports n'ont jamais été aussi bons. L'un comme l'autre ont trouvé la paix intérieure – l'âme-sœur - et ont démarré une nouvelle vie, mais… il manque quelque chose. Ou plutôt, quelque chose fait tâche dans ce tableau idyllique, venant ternir quelque peu son éclat et c'est ce que Duo est venu rétablir.
Seulement, au regard des épreuves rudes qu'il a dû traverser, son insouciance rescapée - et en cela surprenante - ne manquera pas de lui jouer un tour… des plus marquants.
Loin d'en soupçonner l'ampleur, Duo est davantage préoccupé par la commande de son taxi. Il n'a pas le temps de porter deux doigts à ses lèvres pour faire sa réservation d'un sifflement que son communicateur se met à sonner. Sachant pertinemment qui l'appelle à la minute où il est en mesure de répondre à la descente de l'avion, Duo décroche aussitôt.
- Oui, mon amour, je suis bien arrivé et je vais bien, tranquillise-t-il immédiatement son preventer.
- Je ne suis pas inquiet à ce point, se renfrogne Heero, à l'autre bout du fil.
- Je t'ai interdit de m'accompagner, chéri. Je te l'ai fait promettre. Tu boues de frustration.
- Sois prudent, lui conseille-t-il encore, contrarié.
- Mais oui, rassure-toi… Tu comptes pas surveiller mes déplacements, dis ? se soucie-t-il, un peu tard.
- Pourquoi, je devrais ? l'interroge Heero, soudain suspicieux.
- T'as confiance en moi ?
- Duo…
- Moins t'en sais, mieux c'est pour toi.
- Tu m'as juré que tu ne ferais rien de répréhensible. Que tu souhaitais effectuer un pèlerinage.
- C'est tout bon !
- Duo !
- Désolé, amour de ma vie, je dois raccrocher et déconnecter mon communicateur jusqu'à mon retour au bercail.
- DUO ! se fâche sérieusement son colonel.
- Je t'aime, je t'aime, je t'aime ! chante-t-il d'une voix légère.
Et sans laisser à Heero l'opportunité de le retenir davantage, Duo met ses menaces à exécution en coupant son téléphone.
*Je n'ai pas de temps à perdre si je veux être dans les délais* s'encourage-t-il, in petto.
- Taxi ! hèle-t-il, après avoir émis un long sifflement sonore.
Une voiture s'arrête rapidement devant lui. Duo s'y engouffre alors avec son bagage et indique la destination de l'ancien Orphelinat Maxwell.
- La bâtisse a été démolie, Monsieur, lui apprend l'aimable chauffeur.
Plutôt bien bâti, davantage de muscles que de graisse, l'homme a un physique imposant mais reste agréable à regarder. Loin d'être bourru et blasé par son travail, il donne plutôt l'impression d'être soigné, à l'image de son taxi impeccable, et soucieux du confort de ses clients.
- Elle était déjà vétuste du temps de David, poursuit-il. Lorsqu'il a disparu avec les enfants… Tout s'est éteint avec lui.
Duo est déçu, forcément. Il a été si obnubilé, obsédé par sa quête vengeresse qu'il n'a jamais voulu prendre le risque de revenir sur les lieux de son enfance ; au risque que le chagrin ne le submerge et le fasse flancher, ou à l'inverse, ne le rende fou de douleur et l'empêche de tenir sa promesse.
- Je vois… Vous donnez l'impression de l'avoir connu personnellement, mais vous l'appelez par son prénom alors qu'il était prêtre.
- Je suis athée, mais j'adorais David. David était aimé de tous, ici. Personne n'a compris qui a bien pu ne serait-ce que souhaiter sa mort. Vous êtes au courant de…
- Oui. Oui, je connais toute l'histoire.
Le chauffeur hoche la tête d'un air compatissant, tout en observant son client dans le rétroviseur.
- C'est moche. Et dire qu'on a jamais retrouvé le responsable de ce massacre…
- Vous serez satisfait d'apprendre que les preventers ont enfin mis la main dessus.
- Vrai ?
- Vrai.
- C'était qui ?
- Un monstre.
Le chauffeur ne répond rien, seulement, Duo voit bien à son air sceptique que sa réponse est loin d'être crédible ; même si elle se tient.
- Il s'appelait Solo Smith, révèle-t-il concrètement.
Sans tomber dans le piège de l'indifférence, il se sent désormais partagé entre les émotions que suscite le souvenir de ces évènements tragiques et le détachement dû au soulagement des souffrances, au temps qui passe. Il se tiendra toujours à mi-chemin de ces deux rives, mais plus jamais tiraillé, submergé. Désormais, Duo a trouvé son équilibre. Son Heero.
- Un gamin du quartier, poursuit-il d'une voix égale. Il a d'abord été abusé par son tuteur, puis il s'est mis à agresser de jeunes garçons avant d'en venir au meurtre.
Un lourd silence empli alors l'habitacle. Aucun d'eux n'en suffoque, mais aucun d'eux ne se sent totalement à son aise non plus. Comme Duo n'a rien d'autre à dire, c'est le chauffeur qui finit par reprendre le fil de leur conversation.
- On a beau critiquer ou douter de l'utilité des preventers, c'est souvent qu'ils nous prouvent leur efficacité, commente-t-il.
- C'est pas faux, ronchonne Duo, pour la forme.
Avant d'esquisser un léger sourire en coin en songeant à son héros. Son Heero.
- Alors… vous voulez aller où, du coup ? s'enquiert le chauffeur.
- Là où se dressait l'orphelinat de fortune, s'il-vous-plaît.
- Vous risquez d'être déçu, le prévient-il respectueusement, tout en déboitant pour rejoindre l'une des bretelles de l'autoroute.
- C'est peut-être mieux comme ça.
- Vous connaissiez bien David ?
- Oui. Enfin, je crois, dit-il en portant la main sur sa croix.
- Vous êtes jeune… Vous deviez n'être qu'un môme, à l'époque.
- J'étais l'un d'eux, révèle Duo.
Pourtant sous le choc, le chauffeur se maitrise suffisamment pour rester vigilant à la conduite de son taxi.
- Vous… vous êtes un Maxwell ? Je les croyais tous morts !
- Sauf l'un de mes frères, moi et… l'assassin.
- Ça alors ! C'est pas croyable !
- Ce qui est dingue, c'est que je tombe sur le chauffeur qui a connu mon père.
- Il a aidé beaucoup de monde. Je connais des tas de gens, ici, qui pourraient vous parler de lui. Qui sont devenus quelqu'un grâce à lui.
- Ça ne m'étonne pas. Il a fait quoi, pour vous ? veut savoir Duo. Sans vouloir être indiscret…
Le chauffeur hausse les épaules, l'air d'avoir fait la paix avec son passé depuis belle lurette.
- J'me droguais, dévoile-t-il sans plus de honte. De la drogue dure, comme on dit aujourd'hui. J'ai eu une blessure grave au genou qui a stoppé net ma carrière de footballeur professionnel et je suis devenu accro aux antidouleurs, puis à la cocaïne. Je devais avoir une quinzaine d'années, j'avais quitté mon domicile… Vous voyez le topo ?
- Malheureusement.
- J'ai échappé de justesse à la prostitution pour me payer mes doses. David m'a aidé à sortir de la rue en me trouvant un foyer et un travail. Il m'a acheté des vêtements, m'a emmené chez le coiffeur… Il a tout fait pour moi. Moi qui pensais ne plus rien valoir !
- C'est tout lui, se souvient-il avec tendresse.
- La dernière fois que je l'ai vu, trois semaines avant la tragédie, il avait l'air préoccupé et j'ai rien fait pour l'aider.
- Vous vous sentez coupable ?
- Oui, un peu, confie-t-il avec une pointe de remords dans la voix.
- David n'aimerait pas ça. Il n'en voulait jamais à personne. Sa plus grande joie était de voir les autres s'en sortir et voler de leurs propres ailes.
- Vous avez raison, mais c'est plus fort que moi.
- C'est parce qu'il vous manque, alors vous vous imaginez que vous auriez pu éviter ça, mais je peux vous assurer du contraire. Rien n'aurait pu empêcher ça, ajoute-t-il avec une amère conviction.
À ces mots et à la façon dont son client s'exprime, le chauffeur réalise qu'il n'est pas le seul à s'être reproché de n'avoir rien pu faire…
- Nous y sommes, annonce-t-il en ralentissant son véhicule jusqu'à l'immobiliser complètement.
Aussitôt, Duo sort de ses pensées et regarde par la fenêtre.
- Un centre commercial, constate-t-il en baissant la vitre.
- Depuis toutes ces années, vous n'êtes jamais revenu ? Pas une fois, même en vous tenant de loin ?
- Non. C'était au-dessus de mes forces.
Le chauffeur acquiesce d'un air compréhensif.
- Pas de plaque commémorative, rien qui rappelle tout le bien prodigué par David. J'vous avais dit que vous seriez déçu.
- Je le suis. Mais ce qui compte, c'est que chacun de nous perpétue son œuvre. C'est cela qu'il souhaitait. Que le Bien triomphe du Mal.
- Bah, c'est pas gagné !
Duo ne relève pas son commentaire, saisi par l'émotion de se retrouver en ce lieu autrefois chéri, puis maudit. Il ressent en son for intérieur qu'il n'y reviendra plus jamais. Alors, il sort du véhicule pour scruter les environs, mais il ne saurait plus dire où se tenait la maison, le portail en bois délabré, le chemin de terre qui menait à la pharmacie et au marchand de légumes tant pillés par ses soins… Les arbres auraient pu lui servir de repère, mais tout a été soigneusement arraché, effacé.
Remplacé par un entrepôt commercial immense, un parking à sa mesure et des abris à caddies.
Ce qui ne l'empêche pas de faire une longue prière intérieure…
Sourd à l'environnement moderne qui l'entoure, Duo se remémore la vérité enfouie de ce lieu. Les images, les odeurs, le souvenir tenace des sourires de ses frères et sœur, de David et Sœur Helen, le son chaleureux de leurs voix et les bruits typiques de l'ancien village ressuscitent dans son esprit. Comme sorties d'outre-tombe, ces sensations sont plus vives que jamais ; tantôt joyeuses, tantôt tristes… l'anéantissement finit toujours par leur succéder. Une mise en scène macabre qu'il ne pourra jamais oublier, mais qu'il est enfin en mesure d'apaiser.
- Allons-nous-en, finit-il par demander avec calme, tout en reprenant sa place dans l'habitacle.
Le chauffeur, resté silencieux, respectueux de cet instant de recueillement, remet le contact avec douceur.
- Une idée de l'endroit où vous souhaitez vous rendre ?
- J'ai un plan précis en tête. Vous accepteriez d'être mon chauffeur pour la journée ?
- Aucun problème, assure-t-il en éteignant son compteur.
- Je vous paierai.
- Donnez-moi ce que vous voulez. Je veux venir en aide à l'un des protégés de David. Pour lui, pour ses enfants et pour moi.
- Merci pour eux.
- Alors, où va-t-on ?
- San Francisco.
Surpris, le chauffeur se retourne carrément vers lui en pivotant sur son siège, ne pouvant plus se contenter de leurs échanges de regards via le rétroviseur.
- J'assure tous les frais, garantit le natté. Ça vous pose un problème, familial, peut-être ?
- Non…
- Je sens pourtant qu'un truc vous chiffonne.
- Y a quoi à San Francisco, pour vous ?
Il veut bien faire une bonne action et se montrer solidaire, mais il n'a pas envie pour autant de s'attirer des ennuis en suivant aveuglément un parfait inconnu. Ils ont certes l'honorable Père David en commun, mais également un parcours plus ou moins chaotique. Tout le monde ne décroche pas aussi bien que lui de ses mauvaises habitudes et les orphelins Maxwell étaient réputés comme étant des enfants à problèmes…
- Je dois rendre visite à une vieille connaissance, le renseigne Duo. Y a pas de danger, croyez-moi !
Avant de lui répondre, le chauffeur ouvre sa boite à gants pour y pêcher sa paire de lunettes de soleil.
- Je vous crois… Et une fois qu'on y sera, on fera quoi ?
- Vous me déposerez au Kezar Stadium du Golden Gate Park.
Pas mécontent de bousculer son quotidien pour partir à l'aventure et d'avoir eu le fin mot concernant la tragédie des Maxwell, le chauffeur sort du parking du centre commercial pour s'engager sur la route 80 ; la voie directe et continue menant à « The City by the Bay »…
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Quelques 140 kilomètres plus tard...
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Duo a mis à profit cette heure et demie de trajet pour peaufiner son plan, faire de son mieux pour éviter de trop penser à Heero et sélectionner les plats qu'il confectionnera pour les fêtes de fin d'année. Les minutes supplémentaires qui le séparent du point de chute lui donnent également l'occasion de revoir la ville qu'ils ont habité, son fils et lui, durant ces cinq dernières années…
*C'est marrant, Dano et moi ne parlons quasiment plus de notre ancienne vie, ici…* songe-t-il.
- Nous y sommes ! annonce gaiement le chauffeur, tout en avisant une place libre réservée aux taxis.
Ce faisant, le chauffeur coupe à la fois le fil des pensées de Duo, mais rompt également le silence qui s'est instauré naturellement depuis leur départ du centre commercial.
- Pile à l'heure ! se réjouit Duo en jetant un coup d'œil à sa montre.
Le moteur à l'arrêt, le chauffeur pivote sur son siège pour tendre à son client une carte professionnelle noire et jaune. Duo s'en saisit en fronçant les sourcils.
- Freddy, lit-il sur ladite carte. Je ne crois pas revenir ici, à l'avenir. Ou alors, pour des raisons professionnelles. Ou alors, si mon fils veut revenir ici et tient à ce que je l'accompagne…
- Si vous avez un souci, maintenant, appelez-moi et je vous rejoins aussitôt.
Duo sourit, agréablement surpris par sa proposition.
- Maxwell. Duo Maxwell, décide-t-il finalement de se présenter.
Ce qui lui vaut un sourire ravi de la part de Freddy.
- Je vous ai demandé de me conduire au Kezar Stadium et nous y voilà, reprend le natté. Votre course est terminée.
- Vous ne donnez pas l'impression d'être d'humeur à vous rendre au stade, je me trompe ? l'interroge-t-il, perspicace.
- Je ne vous ai jamais dit que j'allais au stade, simplement que vous deviez m'y déposer.
- C'est vrai, mais j'ai l'intuition que vous ne souhaitez pas vous éterniser, ici non plus.
- En effet, admet Duo tout en le dévisageant.
- Vous avez loué mes services pour la journée, lui rappelle-t-il. Pas seulement pour une seule course.
Duo se met à rire, séduit par l'enthousiasme du chauffeur.
- C'est pas faux, mais je devais vous donner l'opportunité de vous libérer plus tôt de notre accord.
- C'est gentil à vous, mais vous m'avez donné votre parole que vous ne me ferez courir aucun danger. Et vous m'avez l'air d'accorder de l'importance à la parole donnée.
- C'est le cas.
- Alors, je reste votre chauffeur pour la journée.
Les deux hommes échangent un long regard et un sourire en coin. S'il y a une chose qu'ils ont vite compris, c'est qu'ils sont aussi tenaces, l'un que l'autre !
- J'en ai pour une heure, tout au plus, lui indique Duo. Peut-être même moins, connaissant le bougre ! Attendez-moi, ici.
- C'est vous l'patron !
- Que ça ne vous empêche pas de manger un morceau, seulement, j'ai besoin que vous soyez prêt à partir dès mon retour.
- Je ne quitte jamais mon taxi du regard, pendant mon service. Même si vous ne m'apercevez pas à côté de ma voiture, moi, je vous verrais approcher et je vous rejoindrai aussitôt.
- Ça me va.
Alors qu'il s'apprête à descendre de voiture, la main sur la poignée, le chauffeur le retient.
- Soyez prudent, lui recommande-t-il, l'air grave. Vous m'avez assuré que ma vie ne serait pas en danger en vous conduisant jusqu'ici. Cependant, ça ne signifie pas que la vôtre ne l'est pas.
Duo esquisse un doux sourire, très amusé par la situation… contrairement à Freddy qui semble sincèrement se soucier du natté.
- Une vieille connaissance, hein ? s'enquiert le chauffeur d'un ton insinuant que cette visite implique davantage que de simples retrouvailles.
- Waoh ! Heureusement que vous n'êtes pas flic ! Vous n'êtes pas un flic infiltré, dites-moi ? Ou pire, un preventer ?
Surpris, Freddy explose de rire.
- Bon Dieu ! Non, je jure que non, parvient-il à répondre en essuyant ses yeux mouillés de larmes. Pourquoi, ça vous poserait un problème ?
- Vous lâchez jamais le morceau, vous ! Dommage, je vous aimais bien, le taquine Duo en faisant mine de revenir sur leur accord.
- Je plaisante, je plaisante ! le retient encore Freddy, en riant toujours.
Souriant et détendu, Duo sort en premier du taxi. Il connaît bien les gens comme Freddy : intelligents, un peu par nature et beaucoup par la force des choses…
Du coin de l'œil, Duo le voit traverser la rue pour se diriger vers les restaurants. Il sait qu'il peut compter sur lui. Et même si Freddy se doute que quelque chose de plus ou moins louche se trame, il a décidé de lui faire confiance, lui aussi.
Satisfait que son plan se déroule à la perfection, le natté respire à plein poumons l'air de la ville, bien décidé à aller jusqu'au bout de son ultime mission Carte Noire… grimé pour l'occasion en Carte d'Or. Ne laissant rien au hasard, il avise à nouveau l'heure à sa montre, puis emprunte la Frederick street en direction du Buena Vista Park…
Une fois sur place, il remarque qu'il n'y pas grand monde à cette heure-ci. Principalement des joggers. Puis il repère rapidement sa cible : un homme élégamment habillé lisant son journal sur l'un des bancs.
Sur ce banc.
- Les habitudes ont la vie dure, constate-t-il en accostant l'homme.
Au jugé, celui-ci a une cinquantaine d'années et son expression dit tout de sa stupeur à revoir Duo. Malgré les années, il n'a aucun mal à reconnaître le natté.
- Non ! refuse l'homme, tout de go et en refermant son journal d'un geste sec.
- Standford…
- Non, non et non ! répète-t-il en agitant son journal roulé sous le nez du natté. Tu m'as payé avec… ça, en échange de la création parfaite de ta nouvelle identité. Nous avions convenu de ne plus jamais nous revoir et puis… Comment m'as-tu trouvé ? Putain, la vie est injuste ! T'as toujours ce sourire horripilant et tu fais si jeune…
- J'ai vingt-huit ans, Standford, lui rappelle Duo.
- Dégage !
- Pas sans mon Deathscythe.
- Ton Deathscythe ? Ton Deathscythe ? Tu l'as volé, il me semble ?
- J'avais quinze ans et comme il est impossible de le vendre, pas même sur le marché noir, sans risquer de se faire pincer, je n'avais d'autre choix que te le confier en guise de garantie.
- De me le confier ? Il est à moi !
- Ce Gundam doit retrouver sa place légitime, au musée.
- Jamais !
- Stan, ne m'oblige pas à…
- Tu oserais me voler, moi qui t'ai tendu la main ? l'interrompt-il d'un air outré.
Duo essaie de ne pas rire. Il n'a jamais pu prendre Standford au sérieux lorsque celui-ci se fâche ou tente de se mettre en colère. L'homme ne parvient jamais à se défaire totalement de son air boudeur, ce qui gâche tous ses efforts pour paraître intimidant.
- Non. Quoique, ce serait la manière douce.
- Tu ne serais pas devenu ce que tu es sans moi. Sans moi, Carte Noire n'aurait jamais pu voir le jour, clame-t-il en étranglant son journal à deux mains.
- N'exagère pas, Stan, sévit tout de même Duo. Tu m'as juste fourni des papiers et un passé solide comme du béton. Chose que j'ai su faire, seul, plus tard. Pour le reste, je ne le dois qu'à moi-même.
Si Standford est bel et bien un faussaire de référence et un recéleur de confiance dans le milieu du crime - le chouchou des voleurs et trafiquants d'art - Duo, lui, est devenu un faussaire de génie ; Carte Noire, une légende.
Piqué au vif, Standford se lève d'un bond, raide comme un piquet, dans l'idée de couper court à leur discussion… lorsque Duo prononce ces deux mots dans son dos :
- Heero Yuy.
Standford s'immobilise, plus crispé et vulnérable qu'une chips.
- Soit tu me rends le Mobile Suits Gundam, reprend Duo, soit…
- Tu connais ce type ? demande-t-il d'une voix prudente, en pivotant à demi vers lui.
- On peut dire, oui. Il m'a arrêté. Carte Noire n'est plus.
- QUOI ? panique-t-il en jetant des regards affolés autour de lui.
Comme si Heero Yuy pouvait sortir de derrière un arbre ou surfer sur le vent, invisible aux yeux des innocents.
- Il ignore que je suis ici, avec toi, le rassure Duo, parfaitement détendu. Donne-moi ce que je veux et tu pourras continuer à lire ton journal sur ce même banc, dans ce même parc, à cette même heure, jusqu'à la fin de tes jours.
Standford se met à faire les cent pas devant son banc fétiche, soupirant bruyamment et marmonnant dans sa barbe inexistante.
- Maudit sois-tu !
- Tu as pu profiter seul du Deathscythe durant treize longues années, il est temps de le rendre au monde.
- Je te hais !
Duo sourit.
- Heero Yuy, répète-t-il, se délectant de l'effet que ce nom produit sur Standford.
- Attends-moi, ici, ronchonne-t-il. Je te l'apporte ! aboie-t-il ensuite.
- Je te suis, commande plutôt Duo, à qui on ne la fait plus depuis belle lurette. T'habites toujours sur Baker street ?
Standford grogne, plus qu'il ne répond par la positive. Chemin faisant, le faussaire laisse enfin libre court à sa curiosité.
- Les preventers ne s'intéressent pas aux gens comme nous et mon travail est d'une qualité irréprochable, se défend-il.
- Pour sûr, confirme calmement Duo.
- Alors… comment t'a-t-il débusqué ?
- Il a découvert l'identité de l'assassin de ma famille… et moi avec.
Il omet volontairement de révéler la survie de Kimo Maxwell. Il ne veut pas risquer la réinsertion de son frère, ni donner à Standford l'idée de passer par Kimo pour l'atteindre, lui.
*On n'est jamais trop prudent !* pense Duo.
Standford, qui pioche ses clefs dans la poche intérieure de sa veste, s'immobilise à deux pas de son logis.
- Tu le cherchais sans relâche, se souvient-il. C'était… ton obsession, ta raison d'être Carte Noire.
- Oui.
- Tu voulais te venger.
- Solo Smith est bien mort, annonce-t-il de but en blanc. Mais j'avais renoncé à le tuer, à ce moment-là.
- Attends une minute… Tu parles bien du Solo Smith de ton enfance ?
- Oui.
- D'après tes dires, il était censé être mort à l'orphelinat, avec tous les autres.
- Bah non.
- C'est vraiment lui qui a assassiné tout le monde ?
- Malheureusement, oui.
- Solo Smith ? Ton ami Sol' ? T'en es sûr ?
- Il n'y a aucun doute possible, Stan.
- Merde ! Mais… pour quelle raison ?
- Pour moi. Juste pour m'avoir moi.
Abasourdi, Standford continue de dévisager Duo durant quelques secondes, en silence, avant de reprendre sa marche vers son appartement, talonné de près par le natté.
- Il est mort quand, du coup et de quoi ? s'enquiert le recéleur.
- La vraie question est par qui ?
Standford est tout ouïe.
- Yuy, lui apprend Duo. Je rendais visite à Sol' en prison, il y a peu, pour essayer de comprendre l'impensable quand il a tenté de me tuer. Yuy n'a pas eu d'autre choix.
Standford ne l'avouera sans doute jamais à voix haute, mais il aime beaucoup Duo ; une personne attachante, bienveillante et réglo en affaires… Dans le fond, Standford a toujours trouvé que Duo dénotait dans le milieu.
*Un diamant brut dans la boue !* songe-t-il.
Toutefois, une partie de lui ne peut s'empêcher d'admirer Carte Noire et de souhaiter qu'il sévisse aussi longtemps qu'il le pourra.
- Je suis désolé pour toi, compatit-il. Sincèrement.
Duo hausse les épaules.
- J'ai changé de vie, je suis passé à autre chose.
- Tu seras toujours Carte Noire, dément-il.
- Je suis un daddy et fidèle en amour.
- Et alors ? Ce n'est pas incompatible, assure-t-il en rentrant chez lui.
Un triplex étroit tout en hauteur au charme atypique.
- Heero Yuy, dément Duo, à son tour.
- Quoi, Heero Yuy ? bougonne-t-il de l'entendre prononcer ce nom toutes les cinq minutes.
- C'est lui, mon mec, lui apprend-il, en claquant la porte derrière eux.
Aussitôt, Standford blêmit, la bouche grande ouverte et les yeux ronds comme des billes.
- Ce rustre ? T'es un grand malade !
- Mon Gundam, réclame Duo, imperturbable.
- Il arrive ! aboie-t-il en relevant un lourd tapis en laine pour soulever une trappe percée dans le vieux parquet d'origine.
- Dans quelles circonstances as-tu rencontré le Colonel Yuy ? s'enquiert Duo, curieux.
- Je préférerais que ça ne s'ébruite pas, le prévient-il. Ma carrière serait foutue et j'aime ma vie, ici, telle qu'elle est.
- Je lui ai caché notre entrevue, lui rappelle Duo.
- Minute… Comment sais-tu que nous nous sommes connus, lui et moi ? Tu lui as parlé de moi ?
- Du tout. Je vais brosser ton égo, mais tant pis ! Il n'y a que très peu d'individus dans le monde capable d'offrir une nouvelle vie en fournissant des papiers aussi parfaits. J'en fais partie, aujourd'hui, mais à l'époque, je ne pouvais pas encore produire un aussi bon travail. Heero a dû en venir à la même conclusion.
- Ça change quoi pour moi ?
- Bah, rien. Je te l'ai dit, Heero m'a retrouvé autrement que par ton biais, mais il n'a pas pu manquer la qualité de ma fausse identité, c'est tout. Sachant qu'il n'y a pas d'aussi bons faussaires à chaque coin de rue et notre proximité géographique de l'époque, Heero en a forcément déduit que ça ne pouvait être que toi. C'est comme ça que je sais qu'il est au courant pour toi et moi. Pour le reste, je suis certain qu'il connaît et surveille un bon nombre d'entre nous. J'étais donc sûr de faire mouche en utilisant son nom contre toi. Et ta réaction n'a fait que confirmer mon intuition.
- Ouais, lâche-t-il d'un air soupçonneux. Ce que je vois, moi, c'est que ça te donne un moyen de pression contre moi.
- Bon, tu m'racontes ? s'impatiente Duo.
- C'était y a un moment et il était drôlement doué pour un gamin, l'ostrogoth !
Duo soupire de lassitude.
- On est jeune, Stan.
- Il me faisait dangereusement concurrence dans le milieu et…, commence-t-il, sans faire état de sa remarque.
Avant d'être interrompu par l'éclat de rire ouvertement railleur du natté.
- Tu veux vraiment savoir ? menace Standford.
- Oui, pardon, vas-y !
- Quand je suis venu m'expliquer avec lui, il m'a révélé qu'il était preventer et que son infiltration touchait à sa fin, mais que son travail ne devait pas être réduit à néant par ma faute. J'ai dû lui promettre de tenir ma langue.
Duo se mord la lèvre, les yeux rieurs. La couverture d'Heero n'a pas été mise à mal par Standford, ni par qui que ce soit d'autre lors de cette fameuse mission. S'il a pris la décision de se dévoiler à Standford, c'est que cela faisait partie d'un plan à long terme…
*Pauvre Stan, 'ro n'en pas fini avec toi…* devine Duo, in petto.
- Te moque pas ! lui reproche Standford de prendre ça à la légère. Si t'avais vu son regard…
Encore aujourd'hui, il s'en souvient d'un air hanté, tout en frissonnant d'effroi.
- J'en sais quelque chose, soutient Duo d'un air amoureux.
À regret, Standford caresse le Gundam avant de le rendre au natté.
- Il est au courant de ce que tu comptes en faire ? s'enquiert le recéleur.
- Sérieux, t'arrives même pas à prononcer son nom ?
- Dégage de chez moi !
Duo se remet à rire. Vexé, Standford lui lance un sac de sport noir à la figure.
- Cool ! se réjouit Duo en reconnaissant le sac. J'ignorais si tu l'avais gardé ou non.
- Je n'ai pas trouvé mieux, au cas où j'aurais dû bouger mon Gundam.
Duo ne relève pas l'utilisation de l'adjectif possessif. C'est déjà assez difficile de se séparer d'un Gundam, il en sait quelque chose ! Le laisser à Standford, à l'époque, a été un véritable crève-cœur.
Sans perdre de temps, Duo se réapproprie le sac amélioré par ses soins à l'occasion du vol et de la livraison de l'objet d'art inestimable, treize ans auparavant. Resté en excellent état, le sac d'apparence ordinaire est pourvu d'un double fond rigide dissimulant au scanner son contenu réel, en proposant à l'écran divers objets communs et inoffensifs. Le tout, ensuite, est de créer une diversion suffisamment efficace pour dissuader les agents de fouiller avec minutie.
C'est là tout le talent du voleur. Tout ne repose pas sur les gadgets. Pour arriver à ses fins, le voleur doit avant tout s'appuyer sur sa dextérité, déployer des trésors d'imagination et user de subterfuges ingénieux pour se sortir de situations délicates. En cela, Carte Noire a toujours été un virtuose.
Il y a treize ans, les contrôles étaient moins rigoureux qu'aujourd'hui. Toutefois, cela ne décourage pas Duo qui sait déjà comment il compte s'y prendre pour détourner l'attention des services de sécurité des aéroports internationaux de San Francisco et celui de… Dubaï, en R4.
- Tu peux dormir sur tes deux oreilles, promet le natté, après avoir bien callé le Mobile Suits dans le double fond du sac. Enfin, sauf si Heero en décide autrement, le taquine-t-il avec un plaisir évident. Tu pourras compter sur moi pour te rendre visite en prison.
Grognon, Standford va ouvrir sa porte d'entrée, l'invitant d'un geste à sortir sans délais ; il déteste les adieux et il lui semble bien que cela en est un. Sur le seuil, Duo adresse ses dernières recommandations au recéleur.
- Portes-toi bien, Stan. Je n'oublie pas ce que tu as fait pour moi, mais j'ose te demander de prévenir les preventers lorsqu'un « Criminel de sang » fait appel à tes services.
Si depuis son enrôlement au sein de l'Organisation Preventers, Duo a adopté les termes dédiés aux différentes catégories de criminels, il n'en pas pour autant oublié ceux utilisés par le milieu du crime organisé. Aussi, les « Criminels de sang » ou bien encore les « Démons » correspondent en tous points aux « Artistes rouges » et aux « Maudits ».
- Moi, devenir un indic' ? Non mais tu plaisantes, j'espère ? J'ai une réputation à… Attends un peu, l'artiste… Comment se fait-il que tu sois dehors, libre comme l'air, alors qu'il t'a découvert ? s'inquiète-t-il enfin.
Quoiqu'un peu tard !
De manière ridicule, il jette des coups d'œil nerveux un peu partout : dehors, sur son trottoir et la rue d'en face, puis chez lui. Comme si le Colonel Yuy allait surgir de derrière son canapé ou qu'il s'était déguisé en petite fille et avait planqué devant son appartement.
- Tu peux préciser, « il » ? le titille Duo, très amusé par son manège.
Il se mord la lèvre, résistant à l'envie d'aller encore plus loin dans sa plaisanterie, mais ses yeux pétillants de malice ne font qu'accentuer l'embarras du faussaire,qui croise les bras sur son torse en boudant ostensiblement.
- Okay, okay, j'arrête, promet Duo.
Néanmoins, il doit se racler la gorge afin de s'éclaircir la voix et recouvrer tout son sérieux.
- J'ai d'abord eu des « antivols », lui apprend-il, dans un premier temps.
Standford grimace de douleur, comme si on lui retirait la garde du Gundam une seconde fois.
- Puis, j'ai fini par collaborer avec eux, confesse-t-il, dans un second temps.
- Malédiction ! Tu vas tous nous balancer !
- Nous nous occupons des criminels, Stan. Tu sais combien ça me révolte. Combien les « Maudits » et les « Artistes rouges » me révulsent… Et au final, je suis content de participer à leurs arrestations.
- Toi, tu es content d'être passé à l'ennemi ? l'interroge-t-il, d'un air sceptique.
Il n'a pas besoin de demander la signification de la nouvelle classification des « nuisibles » employée par Duo ; il lui est facile de la comprendre en la rapprochant de la sienne.
- Pas au début, crois-moi !
Standford l'observe encore un moment…
- C'est surtout lui que tu suis, devine-t-il. Il serait pilote de ligne que tu serais devenu stewart ! ajoute-t-il à moitié sur le ton d'un reproche.
- Je l'avoue, admet Duo, un demi-sourire aux lèvres. Dénonce les « Démons », Stan, poursuit-il ensuite, d'un air plus grave. Si tu ne le fais pas pour les victimes, fais-le pour ta conscience.
Standford pousse un long soupir, puis hoche légèrement la tête en l'invitant derechef à sortir de son antre.
- Bye ! le salue sobrement Duo, avant de s'en aller d'un pas léger.
Si le faussaire maugrée encore en fermant sa porte à double tours, convaincu d'en avoir terminé avec Duo, ce dernier sait qu'il n'en est rien ; Heero se rappellera au bon souvenir de Standford, en temps voulu…
De retour au Kezar stadium, Duo aperçoit d'abord une silhouette installée au volant du taxi de Freddy. Puis, en s'approchant suffisamment, Duo est en mesure de confirmer qu'il s'agit bien de son chauffeur. Son précieux chargement sous le bras, Duo vient toquer à la vitre, côté conducteur. Bien que plongé dans l'écoute d'un morceau de jazz, Freddy ne sursaute pas, mais pivote plutôt pour offrir un large sourire à son client.
- Ensuite, il se passe quoi ? s'enquiert-il plein d'espoir, en baissant sa vitre.
Duo rit sous cape, se disant que Freddy a pris goût à l'aventure…
*Je vais peut-être garder sa carte, après tout. On ne sait jamais !* se dit-il.
- L'Aéroport de San Francisco marquera la fin de notre voyage.
- Oh, dommage…
Duo s'installe à nouveau sur la banquette arrière du taxi, puis tend dix billets de cent dollars par-dessus l'épaule du chauffeur.
- C'est beaucoup trop ! refuse Freddy en agitant les mains.
Comme si autant d'argent gagné en compagnie du même client pouvait les lui brûler.
- Quelque chose me dit que vous saurez en faire bon usage.
- C'est… c'est génial ! commence-t-il par se réjouir, avant de se raviser.
Il n'a pas le temps de formuler ses doutes à voix haute que Duo le prend de vitesse.
- C'est de l'argent propre, si je puis dire. Tout ce qu'il y a de plus honnête, croyez-moi.
L'air pensif, Freddy fait aller son regard des billets à Duo… en passant par le nouveau sac noir.
- Je vous crois, finit-il par trancher en acceptant l'argent. J'suis vraiment content, merci !
- En route, l'ami ! le presse gentiment Duo.
Et Freddy le conduit rapidement au lieu dit. Non pas qu'il ait hâte de se défaire de son client – bien au contraire ! - mais parce que Duo doit arriver à l'heure pour son prochain vol.
Au moment des adieux, sur l'une des places de parking réservées au taxi, Freddy reste adossé à sa voiture pour suivre du regard le départ de Duo. Non pas qu'il le sente particulièrement peser sur lui – il n'y a bien que Heero qui parvienne à le toucher d'un simple regard – mais Duo sait que Freddy voudra graver cette journée dans sa mémoire ; comme pour s'assurer qu'il n'a pas rêvé tout debout, si les mille dollars ne parviennent pas à l'en convaincre.
Juste avant de passer les portes vitrées automatisées et de se soustraire à la vue de Freddy, Duo se retourne afin de saluer une nouvelle fois son complice d'un jour. Un dernier signe de la main auquel le chauffeur de taxi répond, le sourire aux lèvres et le cœur allégé de connaître enfin la vérité sur le destin tragique des Maxwell…
•
Quelques jours plus tard,
à l'Aéroport international d'Osaka…
•
Duo ne se souvient pas d'avoir été aussi positivement impatient…
Son excitation est à son comble.
Après plus d'une semaine passée loin des siens, il est enfin de retour chez lui.
Lui qui pensait savourer à nouveau sa liberté de mouvement a vite réalisé qu'il se sentait à l'étroit dans ce vaste monde, dès lors où Heero ne l'accompagne pas. Loin de sa famille, il se tient à l'écart de tout ce qui fait tourner son univers, expulsé de sa magie…
Ruminant cette sensation plus que détestable, il se dépêche de récupérer son bagage – celui-là même qu'il embarquait au début du séjour - puis de sortir de l'aéroport, comme si le bâtiment menaçait de s'écrouler d'un instant à l'autre.
Toutefois, et bien qu'il meurt d'envie de serrer Heero dans ses bras, Duo fait une halte sur le trottoir. Afin de calmer son rythme cardiaque, il offre son visage au ciel et s'oblige à prendre une profonde inspiration, une deuxième, une troisième…
*Ça marche pas ! C'est nul de respirer, j'veux voir mon Heero !* pense-t-il, en se hissant sur la pointe des pieds pour mieux balayer d'un regard circulaire la place immense où circulent personnes et véhicules dans un brouhaha assourdissant.
Pourtant, il ne tarde pas à repérer son compagnon. Sa voiture est stationnée un peu plus loin sur sa gauche, sur les emplacements minutes situés de l'autre côté de la route. Mais aussi éloignés qu'ils puissent être l'un de l'autre, les deux hommes parviennent à accrocher leurs regards ; comme si la distance ne pouvait constituer aucun obstacle au lien spirituel qui les unit.
À mesure que Duo se rapproche de lui, le cœur en fête, il distingue mieux ce que Heero tient dans sa main droite : un mug en carton renforcé. Heero en sirote tranquillement le contenu tout en suivant la trajectoire de son amant. Un amant souriant d'une oreille à l'autre, qui, une fois parvenu à sa hauteur, lâche son sac pour venir se lover dans ses bras.
- Mhmmm… Tu sens tellement bon ! se délecte le natté, tout en lui caressant la nuque.
Heero l'étreint en retour, plongeant son nez dans ses longs cheveux parfumés au Bois de Santal.
- Je t'ai manqué ? s'enquiert Duo en se détachant suffisamment de lui pour pouvoir ancrer son regard au sien.
- Tu sais bien que oui, répond Heero, faisant frissonner son amant rien qu'avec le son de sa voix.
- Tellement que tu as revêtu ton costume d'apparat pour venir me chercher, fait-il remarquer en glissant un regard appuyé sur sa tenue.
Duo semble moins penaud que satisfait. Aussi, lorsqu'il quémande un baiser, il s'étonne de voir Heero détourner la tête, préférant manifestement boire une longue gorgée de sa boisson, plutôt que d'embrasser son fiancé. Très surpris par son attitude, Duo lève les sourcils d'un air interrogateur… avant que ses capteurs sensoriels ne détectent enfin l'odeur de l'infâme breuvage.
- Du café ? se fâche-t-il d'un air incrédule. Ça fait des jours qu'on ne s'est pas vu et toi, tu m'accueilles en buvant du café ?
Sans une once de culpabilité, Heero continue de le fixer, son expression se durcissant nettement.
- Monte, lui intime-t-il, peu amène.
Perplexe, Duo ouvre la bouche pour protester, mais Heero se retourne déjà pour reprendre sa place, derrière le volant. Duo contourne donc le véhicule pour charger son bagage dans le coffre, avant de grimper sur le siège passager. Ceci fait, il ouvre à nouveau la bouche pour entamer la discussion, lorsque Heero lui lâche un tas de journaux mondiaux sur ses genoux.
« Le Deathscythe sort de l'ombre ! »
« Quatre Gundam peuvent-ils en cacher un autre ? »
« Le Musée Winner achève sa collection »
« Si les Gundams pouvaient parler… »
« Carte d'Or : apprenti ou repenti de Carte Noire ? »
« Merci qui ? Carte Noire ! »
Les gros titres font baisser les épaules du natté, qui comprend instantanément que son preventer ne laissera pas passer « ça » aussi facilement qu'il l'espérait. Sans compter les stations de radio, les flash infos et les émissions dédiées qui doivent inonder les ondes et les écrans du monde entier…
Il n'a rien lu, écouté ni regardé dans l'avion. Il a préféré se reposer afin d'être frais et dispo pour son retour à la maison.
Cela dit, il va devoir se montrer particulièrement endurant, aujourd'hui. Ce qui l'attend risque d'être bien plus éprouvant nerveusement que de s'amuser à déjouer les services de sécurité se dressant sur sa route, ainsi que de danser avec les rayons laser autonomes d'un des plus grands musées au monde : le Musée Winner.
Cette fois-ci, Duo est pleinement embarrassé : si sa mission « restitution du Deathscythe » est une franche réussite, celle de se faire passer pour Carte d'Or est un échec cuisant. À en croire les médias, personne ne semble avoir mordu à l'hameçon au sujet de la tentative de duperie de Carte Noire voulant se faire passer pour Carte d'Or…
- Chéri…
Duo s'interrompt, observant, impuissant, son compagnon boire une autre gorgée de cette boisson infecte à son goût.
- Je pensais que les experts du Musée mettraient plus de temps avant de l'authentifier et donc, avoir le temps de t'en parler avant que les journalistes s'emparent du sujet, reprend-il sur un ton d'excuse.
- Quoi que tu aies à me dire, garde-le pour tout à l'heure. Je ne suis pas le seul à vouloir t'auditionner.
- M'auditionner ? se scandalise le natté.
Comme pour lui faire passer l'envie de s'indigner, Heero profite d'être à l'arrêt à un feu rouge pour lui couler un long regard des plus éloquents. Aussitôt, Duo ravale son sentiment d'injustice, tuant sa rébellion dans l'œuf.
- C'est pas une raison pour consommer cette horreur ! grommelle-t-il du bout des lèvres.
Sourd à ses protestations, Heero bifurque, semblant changer de direction.
- Où va-t-on ? s'enquiert le natté. Je pensais qu'on ferait une halte à la maison avant d'aller à l'Agence.
- Vraiment ? l'interroge Heero sur un ton étrange que Duo a bien du mal à définir.
- Euh… oui.
- Quatre demande à te voir, le renseigne-t-il, après un silence inconfortable. Sans délais.
- Ah.
- Hn.
Finalement, Duo a le bon goût de paraître penaud. Enfonçant ses mains dans les poches avant de sa veste, il n'émet plus le moindre son jusqu'à destination. Il ne regrette pas son acte - le qualifiant de bénéfique - seulement que ses proches s'impliquent autant émotionnellement…
•
Une poignée de minutes plus tard,
au sommet de la Tour QRW d'Osaka…
•
Duo préserve admirablement sa bonne humeur et son air jovial, tandis qu'il est littéralement pris en sandwich entre les remontrances incessantes de Quatre et l'approbation passive d'Heero…
- Ensuite ? veut savoir ce dernier, après que Duo ait donné une version plus ou moins détaillée de son périple.
- Bah… la vue sur le Golfe Persique est splendide ! Non, y a pas à dire, ton musée est très bien situé, Quat'.
Incrédule, Quatre ne peut que dévisager son ami, encore et encore, comme s'il avait loupé une facette d'importance…
- Tu aurais dû venir m'en parler, lui reproche-t-il à nouveau.
- Et ça aurait changé quoi ? demande sincèrement Duo.
- Je t'aurais aidé. Au lieu de ça, tu as risqué inutilement ta vie !
- Je n'ai pas risqué ma vie, non.
- Tu trouves ? se fâche l'empathe.
- Pas question que je t'implique dans quoi que ce soit de répréhensible. Ni toi, ni personne d'autre, d'ailleurs.
- Ce musée m'appartient !
- Très belle bâtisse. L'ancien, y a pas à dire, c'est la classe !
- Duo !
- Quat'…
- Je contrôle mon empire.
- Oui… mais non, le détrompe-t-il avec une légèreté incongrue.
L'empathe lui jette un énième regard noir.
- Quat', je rentre où je veux, quand je veux. Je suis… j'étais Carte Noire et j'aurai toujours carte blanche. Sans mauvais jeu de mots.
- J'aurais pu te faciliter la tâche, au moins, se désole-t-il, à présent. Demander un exercice d'évacuation ou couper l'alimentation momentanément, prétextant… n'importe quoi !
- Impossible, Quat'. Ça t'aurait rendu suspect aux yeux des autorités. Et puis, ça ne m'aurait pas aidé, de toutes façons.
- Et pourquoi ça ?
De son pouce levé, Duo désigne Heero, sans plus oser le regarder.
- Ton musée était déjà équipé du must en matière de système de sécurité, mais tu as eu l'idée lumineuse de faire appel à l'expertise de mon futur ex-mari. On ne peut pas bidouiller le « circuit fantôme » crée par ses bons soins. On ne peut pas, répète-t-il.
- Comment as-tu fait, dans ce cas ? Tu as réussi ton coup, malgré ce circuit fantôme, les combinaisons de RLA et autres joyeusetés.
- J'ai porté un collier ras-du-cou incrusté d'ampoules LED infrarouges, ce qui m'a évité de toucher aux circuits de vidéosurveillance. En lieu et place d'exposer mon visage, tes agents ne peuvent distinguer qu'une tâche de lumière sur les enregistrements.
- Je les ai déjà visionnés, lui apprend-il, mécontent. Les agents de sécurité se sont précipités pour t'intercepter dès qu'ils ont vu ta silhouette sans tête à l'image, mais tu n'étais déjà plus sur les lieux.
- Je ne suis pas fou ! J'ai tout de même modifié le mode de diffusion. Du direct, je l'ai fait basculer en différé d'une demi-heure. C'est possible seulement durant la nuit, dans des lieux comme celui-ci. La journée, ça se voit immédiatement que la vidéo ne colle pas avec la réalité, ajoute-t-il comme s'il transmettait une astuce qui pouvait réellement servir à l'héritier.
- À part ça, tu n'as pas touché aux circuits de vidéosurveillance ?
- Pas aux circuits, non, confirme-t-il, jouant sur les mots.
Pour tout éclaircissement, il se contente de sourire d'un air mystérieux.
- T'es fier de toi ? lance Quatre en désespoir de cause.
- J'ai rendu une pièce inestimable au monde, répond Duo.
- Baka, lâche durement Heero.
Davantage pour lui-même que pour son amant ; ce que ce dernier ignore.
- C'est sans conséquence, 'ro, tente-t-il de le rassurer. Les Administrateurs ne vont pas se pencher sur ce cas isolé…
- Ce qui survient à Dubaï n'a jamais été et ne sera jamais considéré comme un cas isolé, souligne sèchement Quatre.
- Chauvin ? ose Duo, histoire de détendre l'atmosphère.
- Je vais te faire passer l'envie de distribuer tes cartes flambantes neuves, Duo, s'assombrit-il soudainement.
*Waoh !* songe Duo avec un recul intérieur.
Il doit cligner des yeux, plusieurs fois, pour s'assurer qu'il ne rêve ou n'imagine pas l'hostilité froide de son ami… quand Heero appelle l'héritier à la retenue.
- Si l'on perd la maîtrise de soi, cela signifie que l'on perd l'essentiel de ce qui fait de nous un être humain, Heero use-t-il sobrement des propres mots de son ami.
- Jamais plus je n'accepterai de perdre mon intégrité psychologique, Quatre se remémore-t-il, lui aussi, cette promesse d'antan. (A)
Impressionné par la tournure que prennent les évènements, Duo peut voir l'effort que fournit l'héritier pour garder ses bras plaqués le long du corps, les poings si serrés qu'ils en tremblent.
- Quatre, il y a des personnes qui t'aiment et qui t'attendent, rappelle encore Heero.
- Comme il y en a certaines qui se contrefichent des dommages qu'elles peuvent causer ! réplique-t-il.
Contrairement au natté, Heero est pleinement conscient que Quatre n'exprime pas seulement sa douleur, sa colère, mais également les siennes. Heero sait donc qu'il doit apaiser l'empathe au plus vite ; le ramener à la raison, à défaut de pouvoir museler complètement ses propres émotions comme il parvient pourtant à le faire, d'ordinaire.
Toutefois, Duo est l'un des rares, voire le seul, à être capable d'ébranler son sang-froid légendaire…
- Duo n'est pas notre ennemi, Quatre. Il n'a jamais souhaité nous nuire.
- Je sais, siffle-t-il, la mâchoire serrée, elle aussi.
- Vous causer du chagrin est la dernière chose que je veux, garantit Duo, plus confus que jamais.
D'un mouvement raide, Quatre se passe et se repasse les mains dans ses cheveux, puis sur son visage, comme pour tenter de mettre de l'ordre dans ses pensées ; de faire le tri entre son ressenti propre et celui des personnes présentes dans son bureau. Peu à peu, il semble sortir de son accès de colère noire…
Mais alors qu'il se met à faire les cent pas, Heero le suit d'un regard attentif, à l'affût du moindre signe annonçant le déferlement d'une tempête, ou bien son exact opposé.
Duo, quant à lui, continue de dévisager son ami d'un air perplexe ; voire halluciné.
*Quat' ne peut pas souffrir autant de ma situation…* réfléchit-il, à toute vitesse. *C'est totalement disproportionné ! À moins que…*finit-il par comprendre.
Absorbé dans ses pensées, il jette un rapide coup d'œil à son amant, lequel demeure parfaitement stoïque.
*À moins qu'il ne capte d'autres sentiments que les siens propres…* continue-t-il à creuser cette piste.
Elle a l'air prometteuse, mais son début d'enquête est interrompu lorsque Quatre revient se planter devant eux en soupirant fortement.
- Je le sais bien, déclare-t-il d'un air enfin raisonnable.
Si Quatre n'a visiblement pas perdu le fil de leur conversation – un exploit, au regard de la formidable lutte émotionnelle qui se joue en lui-même - il en est tout autre pour Duo, lequel doit fournir un effort de concentration pour rapprocher la réponse tardive de son ami à la dernière réflexion émise.
- Quatre…,commence Duo avec le plus grand sérieux. Je devais rendre au Gundam sa véritable place. Les réunir, tous ensemble. Tu comprends ?
- Oui. Mais ce que je n'approuve pas, c'est la manière dont tu t'y es pris.
Sa voix est encore un peu trop basse et tendue, mais si Heero et Duo se fient à leurs impressions, leur ami semble à nouveau maître de lui.
- Tu as dû avoir drôlement peur pour moi pour m'en vouloir à ce point, réalise pleinement Duo. Ce qui signifie que je tiens une place particulière dans ton cœur. J'en suis à la fois enchanté et désolé, mais… Réfléchis une seconde, Quat'… Comment qui que ce soit aurait pu rendre le Deathscythe sans justifier les circonstances et l'origine de sa réapparition ?Tu n'aurais pas pu rentrer au Musée, le Gundam sous le bras. Tes détracteurs en auraient profité pour t'accuser de l'avoir acheté au marché noir et gardé pour ton seul plaisir durant des années. J'étais le seul à pouvoir rendre son foyer au Mobile Suit, tout en préservant ta réputation et tu le sais. Vous le savez tous.
- Il n'empêche que j'ai quand même eu envie de… de… ! se défoule gentiment Quatre, à présent.
Inconsciemment, il se met à ouvrir et fermer doucement ses poings, étirant ses doigts pour se détendre complètement. L'un des signaux qu'Heero a guetté et qui lui donne l'assurance que Quatre a recouvré tout son calme.
- Je fais cet effet à presque tout le monde, précise Duo, le sourire retrouvé.
Résigné, Quatre pousse un long soupir…
- Je me sens tout aussi impuissant et frustré qu'avant tes explications douteuses. Mais j'imagine que je vais devoir faire avec ?
- T'as tout bon !
- Ton insolence va te coûter cher, mon ami, prédit-il sans mal.
Non sans une pointe de satisfaction, toutefois dénuée de méchanceté.
- Je suis déjà au parfum, figures-toi ! 'ro sirote du…
- … Carte noire©, complète Quatre en l'interrompant. Tu lui en as servi toi-même une cafetière pleine.
Têtu, Duo bougonne quelques paroles inintelligibles, en croisant les bras.
- Nous devons y aller, prévient Heero.
Duo reporte alors son attention sur lui et le spectacle qu'il offre est saisissant. Le bureau de l'héritier, orienté plein sud et situé au sommet de la tour, est baigné de soleil. Ses rayons doux et puissants viennent ainsi caresser la chevelure sombre de son compagnon, révélant les reflets dorés hérités de son père. Mais c'est surtout le chatoiement de ses yeux bleus de Prusse sous l'effet de l'astre qui fascine le plus le natté…
- Tu crois vraiment que tu pourras tenir ta décision ? Quatre interroge-t-il Heero au sujet de la punition qu'il veut infliger à son agent très spécial.
Pour toute réponse, le colonel pose son regard sur l'empathe. Un regard éloquent empli d'une détermination farouche.
- Quelle décision ? s'enquiert nerveusement Duo. J'imagine que ça me concerne, vu vos tronches !
- Dix jours, le renseigne à moitié Heero.
- Dix jours de… ?
- De café noir, sans sucre.
Duo ne sait pas s'il doit rire ou pleurer.
- C'est une blague ?
- J'ai l'air de plaisanter ? l'interrogesévèrement Heero.
- Non, admet prudemment Duo avant de déglutir.
Soudain, Heero sort de son immobilité et comble l'espace qui les sépare pour glisser ses mains autour de sa taille. Puis il s'arrête à un souffle de ses lèvres, afin de lui confier ce qu'il a probablement ruminé pendant des heures après l'annonce tonitruante de son méfait… bienfait.
- Chaque fois que tu voudras m'enlacer, tu goûteras l'amertume de Carte noire©, promet-il.
Avant de l'embrasser lentement, son regard ancré au sien…
•
En chemin…
•
À bord du Range Rover© noir d'Heero, l'ambiance entre Duo et lui n'est pas aux réjouissances. Le silence entre les deux hommes – d'ordinaire confortable, lorsqu'il s'installe - est devenu oppressant, tendu à l'extrême.
Distant et pensif, Heero n'indique pas leur prochaine destination et Duo ne demande pas à la connaître. Lui qui était si sûr de son coup, le voilà à présent tiraillé entre des émotions contraires…
*Mais enfin, c'est quoi son problème ? J'ai rendu un objet, j'ai rien volé !* se dit-il, in petto, tout en sentant la peur l'envahir, petit à petit.
Enfoncé dans son siège passager, passablement paumé, il sursaute lorsque son communicateur se met à sonner.
- C'est Kimo, apprend-il à Heero.
À la fois par respect pour son compagnon, mais aussi et surtout, par automatisme.
- Salut, Kim, dit-il d'une voix neutre, après avoir décroché.
- Ça te va bien de me faire la morale ! lui reproche affectueusement son frère, tout de go.
- Hein ?
- Oh, ça va ! Fais pas l'innocent ! Le Deathscythe, c'est l'œuvre de qui, à ton avis ?
- Carte d'Or ? suggère-t-il en vain, tout en coulant un regard en coin timide à Heero.
Celui-ci ne quitte pas la route des yeux, impassible, tandis que le rire moqueur de Kimo stoppe net la tentative du natté de paraître blanc comme neige.
- Ton mec est au courant ? s'inquiète soudain Kimo.
- Euh… oui.
- Et… ça va ? Il le prend bien ? J'suis fier de toi, tu sais ? ajoute-t-il sans laisser à Duo le temps de répondre. Je t'admire, je t'ai toujours admiré.
- Kimy… Je ne me remets pas en selle, c'était juste…
- Je sais, t'inquiète, le coupe-t-il. J'ai parfaitement compris tes motivations, dès que j'ai appris la nouvelle. Par contre…
- Quoi ?
- Sun aussi a deviné et il a peur que je replonge. Du coup, il t'en veut un peu.
- Je lui parlerai, promet-il.
- Merci. Des fois, il me croit pas quand je lui dis que faire des quiches jusqu'à la fin de mes jours me rend heureux, du moment que je suis avec lui, se plaint-il.
Duo sourit de bon cœur. Il est si heureux que son frère ait droit à une nouvelle vie !
- Je dois y aller, Sun m'appelle. Bye, grand-frère !
- À plus, p'tit frère.
Duo raccroche, un léger sourire flottant encore sur ses lèvres.
- Y a un problème avec Kimo ? s'enquiert Heero, tout en s'engageant dans une allée.
- Non, non, du tout. Il m'appelait juste pour me…
- … féliciter, j'imagine, termine-t-il à sa place, une pointe d'amertume dans la voix.
- Kim a toujours apprécié mes talents, mais il craint surtout que tu me prennes mal… Que tu le prennes mal, je veux dire ! rectifie-t-il, très vite.
En temps normal, il se serait mordu la lèvre de façon à réprimer un fou rire et Heero – à qui le jeu de mots n'aurait pas échappé – aurait souri en coin d'un air heureux.
Mais pas aujourd'hui. Pas maintenant.
Commençant sérieusement à s'inquiéter pour l'avenir de leur couple, Duo sent son cœur et sa gorge se serrer. Voyant Heero défaire sa ceinture de sécurité, le natté réalise qu'ils sont stationnés sur une place de parking, lequel est joliment agrémenté d'arbres et de fleurs savamment disposés.
- Où sommes-nous ? s'intéresse enfin Duo, en regardant autour de lui.
- Au siège du Conseil Preventers, le renseigne-t-il, avant de sortir du véhicule.
Duo blêmit, la bouche sèche, puis descend à son tour.
- Je serai avec toi, l'informe Heero.
Duo ignore si Heero veut le tranquilliser, mais son attitude, froide, ne le rassure pas le moins du monde…
- Plus on est de fous, plus on rit ! lance Duo dans une tentative ratée de prendre son audition à la légère.
- J'ai réussi à t'éviter ça, la première fois. Mais visiblement, tu tiens vraiment à visiter les lieux et à rencontrer personnellement chacun des Administrateurs. À la bonne heure ! Il leur restait une place pour toi dans leurs agendas.
Duo reçoit cette pique au même endroit où se sont plantées les précédentes : en plein cœur.
- J'aurais dû me douter qu'en portant ton costume de perroquet, tu allais m'escorter à l'échafaud.
- Enfin nerveux ? s'enquiert Heero, toujours aussi sévère.
- J'appréhende la sanction des Administrateurs, parce que je ne m'y attendais pas. Tout comme la tienne, d'ailleurs.
- Vraiment ?
- Oui, vraiment ! s'emporte Duo avec une pointe de tristesse dans la voix. J'ai rien volé !
- Ne me mens pas ! rétorque Heero, crevant le silence du parking.
Sous le choc, Duo se fige, les yeux écarquillés fixés sur Heero… avant de se mettre à bafouiller.
- Avant ton départ, le coupe Heero, tu as su saisir l'occasion de me voler les codes du « circuit fantôme » du Musée Winner. Tu l'as dit toi-même : on ne peut pas bidouiller ce circuit. Le code est indispensable pour le neutraliser sans déclencher l'alarme.
Duo s'est tellement concentré sur le Gundam qu'il a occulté ce « point de détail ».
- Oui, avoue-t-il, honteux.
- Tu as réellement cru que signer ton passage d'une Carte d'Or allait faire diversion ? Ou tu l'as fait pour ne pas trahir ta promesse de ne plus jamais incarner Carte Noire ?
- Les… les deux. Surtout pour la seconde raison, en fait.
- Baka ! assène-t-il encore d'une voix dure.
Avant de s'en retourner vers l'imposant bâtiment, sa casquette de colonel sous le bras.
- Je devais le faire ! s'écrie Duo dans son dos. Je devais rendre le Deathscythe que j'avais volé ! répète-t-il en boucle.
Peut-être jusqu'à pouvoir obtenir l'approbation de son homme…
Heero s'arrête. Cependant, il répond à Duo sans se retourner.
- Tu as restitué une œuvre d'art inestimable et qui suscite particulièrement la fascination de tous. Chang prendra en compte tes arguments. Et s'il ne goûte guère, lui non plus, à la façon dont tu t'y es pris, il acceptera sans doute d'intercéder en ta faveur auprès de ses confrères. Maintenant, suis-moi, ordonne-t-il, tout en enfilant sa casquette de militaire. Je te conseille d'être ponctuel, si tu veux faire bonne impression. Tu as travaillé dur pour en arriver là, ce serait dommage de manquer ton entrée, raille-t-il.
Perdu, piégé et en colère envers lui-même, Duo serre les poings. Il n'en veut pas à Heero. Le natté le connaît suffisamment bien pour savoir que son comportement résulte d'une grande souffrance intérieure et qu'il est le seul responsable. Cela dit, il se sait également incapable d'endurer ce traitement plus longtemps. Si Heero persiste à lui en vouloir, Duo finira par craquer.
Par se briser.
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Au siège du Conseil Preventers…
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La Grande Salle d'audition est intimidante – tant par ses volumes que par la couleur rouge sombre dominante au mur - et c'est le but recherché. Ses dimensions sont démesurées, faites pour impressionner les visiteurs… et les contrevenants. La hauteur sous-plafond est exubérante, comme si des géants se réunissaient ici. En d'autres circonstances, Duo se serait demandé à combien s'élève la note de chauffage. La température est très agréable, enveloppante, et pourtant, la chaleur monte…
Heero et lui n'ont pas eu à patienter et se sont fait introduire en même temps. À présent, ils se tiennent debout, devant une immense table ovale en bois sombre autour de laquelle siègent les Administrateurs au grand complet ; Wufeï au centre.
Les Administrateurs n'ont que de rares contacts directs avec les agents spéciaux et privilégient plutôt leurs échanges soutenus avec les colonels ; excepté l'Administrateur Chang qui n'hésite pas à visiter les agences, s'il l'estime nécessaire. Wufeï est un homme intuitif et réfléchi. Il est sans nul doute l'un des Administrateurs les plus influents et sages. Sa philosophie de vie altruiste l'honore plus encore que sa rigueur naturelle.
S'il n'a rien fait pour dissuader ses confrères de convoquer l'Agent Maxwell, c'est que l'Administrateur Chang juge indispensable de mettre cartes sur table ; tant pour donner une chance à l'Agent Maxwell de convaincre les Administrateurs de sa bonne foi, que pour lui donner une leçon mémorable et lui faire passer l'envie d'être à nouveau convoqué en ce lieu.
Aussi, leur sentence, quelle qu'elle soit, sera acceptéepar la communauté preventers, évitant ainsi d'éventuelles susceptibilités de quelques agents mécontents de voir Duo passer à nouveau entre les mailles du filet. Une chose que Duo ignore. Il ignore qu'il n'est pas question de le mettre aux arrêts.
Préoccupé, ce dernier essuie ses mains moites sur son pantalon le plus discrètement possible, lorsqu'un homme finit par se manifester. Aussitôt celui-ci prend-il la parole que le natté l'identifie sans le moindre doute possible…
- Je suis l'Administrateur Wufeï Chang, Agent d'élite et Colonel instructeur. J'ai été désigné aujourd'hui pour m'exprimer au nom de l'Organisation. Aussi, je mènerai seul cette audition, mes confrères ici présents n'ayant pas formulé le souhait de prendre la parole. Cependant, nous statuerons tous sur votre sort.
Duo s'emploie à respirer profondément, calmement, mais les battements de son cœur résonnent furieusement à ses oreilles.
- Nous nous sommes déjà rencontrés, poursuit Wufeï. Mais comme l'exige la procédure, veuillez confirmer votre identité : êtes-vous bien l'Agent spécial Duo Maxwell ?
- Oui, Administrateur, répond poliment Duo.
- Vous n'êtes pas sans ignorer la raison de cette audition, n'est-ce pas ?
- Non, Administrateur.
- Vraiment ?
Intérieurement, Duo bout d'entendre à nouveau cette question horripilante, mais il n'en laisse rien paraître et se garde bien de faire le moindre commentaire.
- Oui, répond-il simplement.
- Et si vous éclairiez notre lanterne, Agent Maxwell, reprend Wufeï. Nous sommes curieux d'entendre votre version des faits. De savoir de quelle façon vous dépeignez ce qu'il s'est produit, ajoute-t-il comme si les Administrateurs doutaient de la pleine lucidité de Duo.
- Eh bien… j'imagine que vous êtes partagés entre l'irritabilité que mon ultime insubordination doit vous inspirer et la satisfaction de me voir réparer une injustice commise dans ma jeunesse.
- Ultime ? relève Wufeï.
- Je n'avais pas d'autre choix que de rendre le Gundam, mais je n'ai jamais eu l'intention de trahir mon serment d'allégeance, se défend-il courageusement. Je suis preventer, désormais et il m'était impensable d'honorer ma fonction tout en sachant que le Deathscythe ne serait jamais restitué, si je restais passif. Moi seul pouvait le récupérer et le rendre.
- Tenteriez-vous de nous convaincre que Carte Noire appartient réellement à votre passé ?
- C'est le cas, Administrateur.
- Pourtant, si vos exploits passionnent un certain nombre d'individus à travers le monde, ce doit être grisant pour vous qui êtes au cœur de l'action.
- Avec tout mon respect, savoir mon fils paniqué à l'idée que je puisse ne jamais revenir d'une mission criminelle n'a rien de grisant, Administrateur.
Wufeï acquiesce sans cesser de l'observer. Il s'apprête à poursuivre, lorsqu'il est interrompu par son voisin de table, lequel lui tend un message écrit qu'un de leurs confrères lui a transmis. Après lecture de ce mot, Wufeï se lève de son siège en bois sculpté et velours rouge. Les mains jointes derrière le dos, il se rapproche lentement du natté…
- Saviez-vous à quoi vous vous exposiez en agissant ainsi ?
- Pas tout à fait, non, concède-t-il son insouciance du moment.
- Vous attendez-vous à bénéficier de notre clémence pour chacun de vos dérapages ?
- Il n'y aura pas d'autre dérapage, Administrateur.
- Vous venez pourtant de vous créer une nouvelle identité : Carte d'Or.
- Non, je… je…
- Vous le niez ?
- J'ai donné ma parole à Heero… au Colonel Yuy, se reprend-il rapidement, que jamais plus Carte Noire ne sévirait.
- Mais vous n'aviez rien promis au sujet de Carte d'Or.
- Carte d'Or est une identité éphémère, objecte-t-il.
- Nous devons vous croire sur parole, sans doute ?
Il n'échappe pas à Duo le nouveau ton sarcastique de l'Administrateur Chang. Pourtant, celui-ci a d'abord débuté l'audition en s'adressant à lui avec une certaine neutralité. Or, depuis qu'il a reçu ce mot, son ton a changé pour se faire plus mordant. Duo comprend alors qu'au moins l'un d'eux ne croit pas en sa bonne volonté.
- Je suis un homme d'honneur, jure Duo.
- Admettons.
Duo s'apprête à rétorquer, lorsque Heero l'en dissuade d'une pression de la main sur son bras. D'une discrétion absolue, son compagnon patiente à sa droite, un pas derrière lui. Et alors que la situation semble tourner en la défaveur de Duo, Heero reste confiant quant à l'issue de l'audition.
- Votre réputation vous précède, Agent Maxwell, reprend Wufeï. Il est maintenant de notoriété publique que vous jouez sur les mots, surfez sur la vérité entre omission et dissimulation. Rien ne nous donne l'assurance que vous saurez vous tenir tranquille, à l'avenir. Certes, vous êtes sous la surveillance du Colonel Yuy, mais cela ne vous a pas empêché de sévir à nouveau. Que vous formiez un couple n'est un secret pour personne. En cela, il n'est peut-être plus judicieux de lui laisser la pleine autorité vous concernant. Qu'en pensez-vous ?
Duo se sent de plus en plus mal à mesure qu'il devine les mesures drastiques que les Administrateurs sont prêts à prendre par sa faute.
- Heero ne me connaît que trop bien, affirme-t-il avec conviction. Je pense qu'il se doutait de mon plan, mais qu'il ne s'attendait pas à ce que je le mette si tôt à exécution. Je l'ai pris de court. C'était ma seule chance de pouvoir agir, sinon…
- Sinon, vous auriez été contraint de respecter son code de conduite, complète Wufeï.
- Il était de mon devoir de réparer cette injustice, s'obstine Duo.
- Au prix de votre liberté ? le menace-t-il sans détour.
Duo ne répond rien, cette fois-ci, le cœur battant à mille à l'heure.
Après un court silence, l'Administrateur Chang s'adresse à Heero.
- Colonel Yuy, soutenez-vous votre agent, ici présent ?
- Je plaide le « délit de repenti », Administrateurs, confirme effectivement Heero à l'assemblée toute entière.
- Sans surprise, commente Wufeï d'une voix égale.
- Contrairement aux apparences, Duo n'a pas replongé. C'est tout l'inverse. Son seul tort est d'avoir agi selon le code de conduite de Carte Noire et pas selon celui d'un preventer. Néanmoins, il a rempli un devoir, une mission d'importance qui ne pouvait être menée autrement et qui, dans le fond, nous soulage tous. Aussi, vivre auprès de nos enfants est une source de joie inaltérable pour lui. Son seul but est de les protéger et d'assurer leur bonheur.
Duo est bouleversé par le discours tenu par son compagnon, mais il n'ose pas pivoter pour pouvoir échanger un regard avec lui, de peur que ce geste décrédibilise le soutien d'un colonel envers son agent.
- Certes, admet Wufeï et à travers lui, l'ensemble des administrateurs. Toutefois, si l'Agent Maxwell tente à nouveau de discréditer l'Organisation, nous opterons pour la dissolution de votre équipe.
- Non ! s'exclame Duo avec un air catastrophé. Heero et les membres de son équipe ne doivent pas pâtir de mes erreurs. Je vous en prie… je suis le seul responsable.
Wufeï se rapproche de lui, afin d'ancrer plus sûrement encore son regard au sien.
- La moindre incartade et nous éclatons la cellule d'Osaka. Me suis-je bien fait comprendre, Agent spécial Maxwell ?
Défait, Duo hoche d'abord la tête avant de répondre par la positive.
- Bien. Nous vous plaçons sous surveillance pour une durée indéterminée, Wufeï annonce-t-il leur décision.
Duo acquiesce, sonné. Ce n'est pas tant la sentence – somme toute ridiculement légère – qui le perturbe, mais tout le reste. Il comprend à présent qu'il n'a jamais été question de le jeter en prison, mais de trouver la « carte maîtresse » qui allait leur permettre de museler définitivement Carte Noire. Ceci, tout en continuant de profiter de ses talents en tant qu'agent preventer et sans avoir à affronter l'Agent d'élite Yuy.
Un coup de maître !
- Vous pouvez disposer, Agent Maxwell, l'autorise Wufeï, tandis que les Administrateurs prennent eux aussi congés. L'audition est terminée, vous êtes libre de vous en aller.
Les sentiments de Duo sont mitigés. Il est à la fois soulagé du verdict des Administrateurs le concernant, angoissé à l'idée que le sort de l'équipe Yuy dépende de lui – non pas qu'il ait l'intention de commettre d'autres délits, mais cette épée de Damoclès l'oppresse – et inquiet de savoir Heero fâché contre lui.
Au moment de sortir, Duo cherche à accrocher le regard de son compagnon ; ce que ce dernier lui refuse toujours.
- Yuy, l'appelle Wufeï. Un mot en privé, s'il-te-plaît.
Désormais détaché de ses confrères, Wufeï se comporte de manière moins protocolaire ; selon ses propres critères.
- Je t'attends à la voiture, Duo informe-t-il Heero. J'ai… j'ai besoin de prendre l'air.
- Hn.
Désireux de quitter les lieux au plus vite, Duo salue respectueusement mais brièvement l'Administrateur Chang, avant de s'en aller.
Depuis le seuil de la Grande Salle, seul Wufeï suit du regard son départ, tandis qu'Heero semble toujours en proie à une lutte intérieure, la mâchoire serrée.
Duo, lui, ne s'attendait pas à subir des répercutions aussi pénibles. Les jambes en coton, pris de légers vertiges et sentant poindre une nausée, il se sent particulièrement abattu.
Abattu et terriblement esseulé.
- Ne le brise pas, Yuy, recommande Wufeï, une fois assuré qu'ils sont seuls, tous les deux. Maxwell n'est libre qu'à travers toi. Si tu continues à t'en vouloir à ce point, ton homme périra.
Ébranlé comme cela lui arrive rarement, Heero échange un long regard avec son ami…
- Maxwell est sacrément futé, reconnaît Wufeï avec une pointe d'amusement dans la voix. Trop peut-être, pour son bien, mais c'est un homme de parole.
- Tu as su l'écouter et entrevoir sa vision des choses. Merci.
- Il a su s'expliquer et justifier sa position sans faiblir. Il a moins peur de nous que de tes reproches, Yuy.
- Je le sais.
- Nous avons pleinement confiance en ton jugement, mais nous devions actionner ce levier pour marteler notre avertissement dans son esprit.
- Tu es un homme juste, Chang. Duo demeurait encore trop imprudent sur ce sujet. Finalement, cette audition s'est avérée nécessaire, admet Heero.
Plongé dans sa réflexion, il semble enfin se détendre, peu à peu. Rien d'explicite ne l'exprime ou ne le laisse penser. Comme d'habitude, Heero se tient toujours très droit d'un air impassible. Il émane toujours de sa personne le même charisme, la même puissance. Seulement, Wufeï est l'un des rares à pouvoir déceler quelques subtilités du langage corporel d'Heero Yuy.
- Sally souhaite vous inviter prochainement à la maison, lui annonce Wufeï, au bout d'un moment. Mais je doute que Maxwell veuille me revoir de sitôt !
Heero esquisse un sourire amusé en songeant à la tête que ferait son amant s'il lui proposait d'aller dîner, maintenant, chez la famille Chang.
- Laissez-lui un mois, indique-t-il. Duo sait faire la différence entre l'homme et l'administrateur, mais ce qu'il vient d'endurer est sûrement douloureux pour lui.
- Raison de plus pour nous promettre de nous voir plus tard que tôt.
- Hn.
- Au revoir, Yuy.
- Chang, le salue-t-il en retour.
Les deux hommes se quittent ainsi qu'ils se sont retrouvés au début de l'audition : en d'excellents termes. Empruntant le même corridor, mais dans des sens opposés – l'Administrateur se rendant à son bureau et le Colonel au-dehors – Wufeï se souvient d'un élément important et risquant d'influencer, voire même de bouleverser le quotidien de la famille Yuy.
- Yuy ! le retient-il d'une voix retentissante.
Heero se retourne calmement, casquette de militaire sur la tête.
- Ne soyez pas surpris si votre fille vous réclame des cours de flûte traversière et Daniel, de batterie, lui apprend Wufeï d'un ton volontairement mystérieux.
Puis il tourne les talons, avant de disparaître au détour du couloir.
Heero sourit en coin. Il se doute que les enfants Chang, que côtoient Daniel et Akane à l'occasion, ont fait la démonstration de leurs talents musicaux. Aussi, il est heureux de constater que Wufeï inclut Duo dans la filiation de leurs enfants, avec un naturel évident.
Sur ce, Heero se hâte de rejoindre Duo à leur voiture…
La sentence enfin rendue, Heero et Duo peuvent enfin souffler et savourer leurs retrouvailles, sans plus rien avoir à craindre. Heero parvient encore à museler son impatience grandissante à posséder son amant, mais il veut le serrer dans ses bras, respirer son odeur et l'embrasser. Il rêve de l'embrasser longuement, langoureusement, de passer ses mains sous son tee-shirt pour caresser le creux de ses reins… seulement… il a beau scruter l'horizon du parking, il ne voit Duo nulle part.
Son compagnon n'a pas les clefs de la voiture, étant donné que c'est Heero qui les sort de sa poche, à présent. Et Duo n'a pas les doubles sur lui, puisqu'il vient tout droit de l'aéroport et que les emporter dans sa valise n'aurait été d'aucune utilité.
Toutefois, cela n'empêche pas Heero de vérifier si Duo est à l'intérieur du véhicule, étant donné qu'aucune serrure ne résiste à son natté.
Cependant, Duo ne s'y trouve pas non plus.
Les sens en alerte, Heero tend l'oreille pour déterminer d'où proviennent les sons qui lui parviennent et les identifier… lorsqu'il détecte un mouvement dans sa vision périphérique. C'est ensuite, seulement, que les craquements des feuilles mortes sous les pieds de Duo lui indiquent d'où il vient.
Heero le fixe alors du regard, sans aller à sa rencontre, attendant plutôt que Duo vienne le rejoindre devant leur voiture. Ce qu'il fait d'un pas à la fois empressé et hésitant, comme s'il marchait sur des œufs tout en étant chronométré. Pourtant, il se meut tout à fait normalement. Cela tient davantage à une impression qu'à une démarche étrange, à proprement parler…
Cette partie-ci du parking donne sur une parcelle du Parc qui entoure le Siège du Conseil Preventers. Heero en déduit donc aisément que son amant a dû s'y promener, histoire de décompresser et de méditer.
D'ordinaire, après une épreuve aussi difficile, Duo se serait jeté dans ses bras ; comme il n'a pas manqué de le faire à l'aéroport, un peu plus tôt dans la matinée. Mais à présent, le natté s'autocensure, ne sachant plus vraiment quelle attitude adoptée face à son compagnon et envers lui.
Identifiant sans mal son embarras, Heero comble le faible espace qui les sépare, puis, d'un doigt autoritaire sous son menton, il relève le visage de son bien-aimé afin de plonger son regard dans le sien.
- Je t'aime, déclare solennellement Heero. Je t'aime comme un fou, bon Dieu !
Ému, les yeux brillantde larmes contenus, Duo le dévisage avec sérieux.
- Je devais rendre le Gundam, 'ro. Je devais le faire ! clame-t-il, des trémolos dans la voix.
- Je le sais, acquiesce-t-il enfin.
Comme s'il avait appuyé sur un interrupteur, Duo s'autorise à lâcher prise. Dans un sursaut, il éclate en sanglots, se blottissant dans ses bras.
- Chéri, murmure tendrement Heero.
Contrastant avec la force de son étreinte dans laquelle Duo se régénère enfin.
Heero le console ainsi durant de longues minutes, jusqu'à ce que les pleurs de son compagnon perdent en intensité, ne restant bientôt plus que des soupirs tremblants.
- J'ai pris ça à la légère, finit par chuchoter Duo en s'accrochant au cou d'Heero.
Pour toute confirmation, Heero lâche un soupir.
- Je te demande pardon, reprend le natté. Je… je regrette d'avoir dû te causer du souci.
Avant de lui répondre, Heero se détache de lui de manière à pouvoir contempler son visage.
- Je m'en veux terriblement d'avoir été si négligent sur ce point, se livre-t-il en caressant sa joue. J'aurais dû me douter que tu voudrais t'occuper du Gundam dans les plus brefs délais. J'aurais dû prendre les devants et m'en charger moi-même.
- Non, 'ro, réfute-t-il, secrètement soulagé d'entendre l'aveu de son compagnon. Ce n'est pas à toi de racheter mes fautes. Et tu n'as pas à t'en vouloir.
- Je t'ai blessé, le détrompe-t-il. Toi, l'homme que j'aime le plus au monde.
Bien qu'Heero lui confie un autre de ses regrets, Duo ne peut s'empêcher d'éprouver une joie immense, ne s'attachant qu'à la déclaration d'amour de son amant.
- Je guéris quasi instantanément dans tes bras, assure-t-il. Si tu étais une grenouille, ce serait sûrement dû à ton mucus…
- Voilà une comparaison vivifiante dont tu as le secret, commente Heero avec ironie. C'est charmant !
Duo lui sourit timidement, l'air d'aller mieux, mais Heero le tient toujours contre lui et il le sent encore nerveux ; voire inquiet.
- Les Administrateurs vont te faire suivre H24 pour une durée indéterminée, lui rappelle Heero.
Aussitôt, le maigre sourire de Duo s'évanouit.
- Cette sentence ne te révolte pas ? s'enquiert Heero d'une voix douce.
- Non. Je peux rester avec toi et les enfants, et je n'ai pas à porter d'antivols… Je m'en sors plutôt bien. Et puis, les mecs qui vont devoir s'y coller vont se faire chier, grave ! « Duo, en course. Duo qui accompagne ses enfants à l'école. Duo qui va chercher ses enfants à l'école. Duo qui part au travail. Duo qui rentre du travail ». J'ai une vie bien rangée, maintenant… Circulez, y a plus rien à voir !
Face à la fébrilité de son discours, Heero devine sans mal le poids et l'impact de l'ultimatum lancé par Wufeï.
- Les Administrateurs ont pris bonne note de ta promesse, avec en ligne de mire, mon équipe et moi-même.
À ces mots, Duo se met à frissonner d'angoisse, baissant le regard.
- Hey, l'appelle Heero en lui relevant le menton derechef.
- Ils menacent ma famille, 'ro ! se rebelle-t-il, enfin.
Heero lui sourit d'un air sagace.
- S'ils détiennent bel et bien l'arme, la balle est dans ton camp, chéri.
- Ils n'obtiendront jamais le moindre prétexte pour vous exécuter.
- Nous ne sommes pas une mafia, tempère Heero.
- Je vais être un agent spécial modèle ! se prend-il à rêver et sans faire état de la remarque de son fiancé.
- C'est une idée.
- L'employé du mois, tous les mois !
- Hn.
- Je vais être irréprochable ! s'enflamme Duo.
- Ne vise pas trop haut, chéri, lui conseille Heero, amusé et rassuré de le voir ainsi.
Cependant, l'enthousiasme de son compagnon retombe comme un soufflet.
- Que va-t-on dire aux enfants ? s'alarme-t-il, sans transition. Je ne crois pas avoir le courage de leur parler dès ce soir…
- Je pressentais dans quel état tu serais à la fin de cette journée, j'ai donc demandé à Milliaro de prendre les enfants chez Shawn et lui.
- Merci, mais… ce n'est que reculer pour mieux sauter. Je ne sais absolument pas comment aborder le sujet avec eux.
- Nous en avons déjà discuté, tranquillise-toi.
- Ah bon ? s'étonne Duo.
- Hn.
- Quand ? Je veux dire, vous avez discuté du… du Deathscythe ou de Carte Noire en général ?
Heero esquisse un demi-sourire.
- Les deux.
- Ah… Et… ils m'en veulent jusqu'à quel point ?
Étonné, Heero lève un sourcil.
- Tu penses réellement que nos enfants t'en tiennent rigueur ?
- Jusqu'à quel point, 'ro ? Dis-le-moi tout de suite, sans prendre de gants, j'suis prêt, garantit-il.
- Très bien, comme tu voudras.
Sous l'effet de l'appréhension, Duo ferme les yeux très fort…
- Daniel et Akane sont unanimes, poursuit Heero. « Dad a grave assuré ! On est trop fier de lui ! », pour les citer. Ils te sauteront certainement dessus lorsque nous irons les chercher chez leur oncle, mais ces deux phrases résument assez bien leur avis sur la question.
Duo rouvre les yeux, fixant Heero quelques secondes avant de lui sourire d'une oreille à l'autre.
- Je suis tellement soulagé ! Merci de leur avoir parlé avant mon retour.
Mais la joie se teinte bientôt d'une nouvelle vague de tristesse…
- Chéri ? l'appelle Heero en tenant son visage en coupe entre ses mains.
- J'ai eu si peur que tu me tournes le dos, confie-t-il.
- Jamais, certifie-t-il avec fermeté. Jamais je ne t'abandonnerai, Duo.
Impressionné par sa force de caractère et rassuré par ses mots, Duo hoche la tête comme il peut, tandis que son homme vient lui déposer un doux et long baiser sur ses lèvres. Le contact est si doux, si précieux, si ténu, que Duo ferme les yeux pour ne se concentrer que sur la magie de l'instant…
- Il est bientôt midi, l'informe Heero à un souffle de ses lèvres offertes.
C'est si incongru que Duo cligne des yeux à plusieurs reprises pour s'assurer qu'il n'a pas rêvé, soit, le chaste baiser, soit, ce que son fiancé vient de lui susurrer.
- Et… et alors ? demande Duo, quelque part entre le flottement merveilleux dû au baiser fugace et la dureté du sol sur lequel Heero vient de les ramener.
De son pouce, celui-ci caresse les lèvres de son amant tout en ancrant son regard au sien.
- Il est temps de nous rendre à l'Agence.
- Tout de suite ? demande-t-il, d'un air ahuri.
Heero éclate de rire, soulevant son compagnon dans ses bras. Heureux, Duo niche son visage dans son cou, se laissant imprégner par ce son unique.
- Mmmh… Je t'aime, 'ro.
Le serrant toujours contre lui, Heero dépose un baiser dans les cheveux soyeux de son amant… avant qu'ils ne se séparent, à regret, afin de monter à bord du Range Rover.
- 'ro ? l'interpelle Duo, tout en imitant Heero en bouclant sa ceinture de sécurité.
- Hn ?
- Tu penses pouvoir me pardonner, un jour ? Un jour prochain, je veux dire…
Alors que Heero manœuvrait une marche arrière pour sortir de sa place de parking, il freine soudain afin de reporter toute son intention sur son fiancé. Étant donné que l'endroit est désert, Heero est assuré de ne pas gêner la circulation ; même en stationnant en plein milieu d'une des allées.
- Je n'ai rien à te pardonner. Je te connais par cœur. J'aurais dû savoir quelle carte tu allais jouer…
- …
- Duo, dis-moi ce qui te rend malheureux, demande Heero d'une voix douce et en caressant sa joue.
- Tu… tu m'as durement traité de « baka » aujourd'hui, ce que je peux comprendre, mais ça montre que tu m'en veux.
- C'est à moi que j'en veux. Pas à toi. Et ça a rejailli sur toi, ce dont je m'excuse sincèrement.
- Oui, mais… j'ai quand même besoin que tu me pardonnes, Heero, insiste-t-il.
- Alors soit, cède-t-il. Je te pardonne, Duo.
- Merci, dit-il avec un faible sourire.
Heero se penche en ajustant sa ceinture de sécurité, afin de pouvoir embrasser son fiancé. Un autre baiser magique, mais hélas tout aussi chaste que le précédent.
- Nous devons vraiment aller à l'Agence, maintenant, se justifie Heero sur un ton d'excuse.
- Blake, devine Duo.
Heero soupire.
- Blake, confirme-t-il ensuite, tout en reprenant ses manœuvres pour rejoindre la route principale.
- Il t'a cassé les pieds suite à ma mission Carte d'Or, hein ?
- Tu n'as pas idée, se plaint Heero en se faufilant entre les voitures.
Duo émet un rire, si doux, si mélodieux, qu'Heero en frissonne de la tête aux pieds. Cela lui est de plus en plus difficile de se montrer patient. Il n'a qu'une envie, faire l'amour à son compagnon… mais il parvient encore à museler suffisamment son désir - chose inouïe ! - pour tenir sa décision d'aller travailler.
Duo ignore tout du niveau de contrôle engagé par son amant. Le natté se languit également de son fiancé, mais ses émotions ont été si malmenées ces dernières heures, que le contrecoup le laisse un brin lessivé.
- J'aime pas quand on s'affronte, tu sais ? fait-il remarquer d'un air absorbé, tout en regardant le paysage défiler.
Comme pour promettre qu'il ne faillira plus jamais, Heero vient entrelacer sa main à celle de Duo sur sa cuisse - paume contre dos - avant de les joindre sur le pommeau du boitier de vitesse pour signifier qu'ils sont deux à conduire leur vie commune ; deux à décider du tempo à imprimer à leur union…
- Je tiens tout de même à te rappeler que j'ai une pleine et entière confiance en toi, souligne Heero. Si je me suis laissé envahir par la peur, ce n'était pas lié à ta mission Carte d'Or, mais a ton inévitable audition.
- Manquerait plus qu'ils soient en toges ! Duo se moque-t-il gentiment des Administrateurs, histoire de dédramatiser.
- Chang est la clef de voûte du Conseil, lui indique Heero avec sérieux. Sans ça, l'issue aurait pu être bien différente.
- Nous aurions été séparés, pense-t-il.
- Non.
La réponse, ferme et catégorique, d'Heero interpelle Duo qui fronce les sourcils d'incompréhension.
- Qu'entends-tu par une « issue bien différente », si ce n'est pas par notre séparation ?
- Je ne permettrai pas, jamais, que quiconque nuise à mon homme. À ma famille.
- Oui… je le sais bien, mais…
- Nous pourrions facilement vivre en cavale, tous les deux, poursuit Heero sans faire état de sa remarque. Nous avons de la ressource et des connections. Seulement, nos enfants ne supporteraient pas une vie de fugitif. Nous serions rassurés de les savoir entre de bonnes mains chez leurs oncles, mais nous ne pourrions plus nous voir que deux ou trois fois par an. Nous serions traqués par les meilleurs agents preventers à travers le monde, sans répit. Dans ces conditions, rejoindre nos enfants au Manoir ou au Château de Milliardo serait une mission périlleuse, puisqu'en tant que colonel, c'est précisément les deux endroits que je placerai sous surveillance permanente.
Duo n'en croit pas ses oreilles. Les yeux écarquillés, il réalise brutalement qu'Heero a réellement songé à renoncer à son statut de preventer respectable, à ses privilèges… à leurs enfants… pour rester avec lui.
*Il a… il a tout prévu au cas où le pire se serait produit…* songe-t-il en réussissant à bafouiller en lui-même. *Il n'a jamais envisagé, ne serait-ce qu'un instant, à laisser les Administrateurs m'enfermer…*
- Heero, je… je ne sais pas quoi dire, s'émeut-il. Tu… tu t'es tenu prêt à tout quitter… pour moi ?
- Tu m'as cru indifférent, fâché, alors qu'en vérité, j'étais simplement sur le qui-vive, explique-t-il en prenant un tournant sur sa gauche.
Bouleversé, Duo sent les larmes monter.
- J'ai fini par comprendre que tu te jugeais en partie responsable de ce qu'il m'a été possible de faire, mais je n'ai pas soupçonné, pas une seconde, l'ampleur que cela a pris dans ton esprit.
- Je te l'ai dit : je ne laisserai personne s'immiscer entre nous.
À présent, des larmes coulent sur les joues du natté. Il lui est difficile de mettre des mots sur ce qu'il ressent, tant ses sentiments sont forts ; une joie immense, un bonheur indescriptible… mêlés à la crainte de tout briser par un acte, un seul acte, irréfléchi.
Si les Administrateurs menacent clairement de démanteler la cellule d'Osaka en cas de nouveau délit, Duo prend conscience que cela n'est que la partie visible de l'iceberg. Heero, lui, a connaissance de la partie immergée et des mesures qu'ils devront être prêts à prendre au cas où le colosse de glace se soulèverait contre eux.
- Je ne me suis pas senti désaimé, 'ro, assure-t-il en séchant ses larmes. Plutôt… plutôt coupable d'avoir dû en passer par Carte d'Or, sous ton nez et à ta barbe.
Heero profite d'être arrêté à un feu rouge pour lui couler un long regard. Il n'est pas sans savoir la peine de son homme suite à sa détermination à le « punir » avec sa consommation de Carte noire©. Toutefois, Duo doit comprendre à quel point ses décisions peuvent impacter en bien ou en mal l'avenir de leur vie à tous.
- Je veux seulement être ton mari et un bon daddy pour nos enfants, promet Duo, profondément remué par ces révélations.
- Et le meilleur agent spécial du mois, tous les mois, lui rappelle Heero.
Duo se met à sourire, ne remarquant pas la nouvelle direction prise par son amant, tant son esprit est centré sur l'avenir et le bien-être de leur famille…
Quant à Heero, il pensait être en mesure de respecter son programme jusqu'au bout, lequel consistait à le conduire devant Quatre, avant de le présenter au Conseil des Administrateurs, puis de se rendre avec lui à l'Agence sans tarder… Mais c'est sans compter sur le besoin vital qu'ils ont de se retrouver, seuls, tous les deux.
De céder à leurs pulsions, d'abord, puis de prendre le temps de savourer leurs retrouvailles, ensuite…
Par conséquent, Heero les conduit finalement chez eux, puis stationne son véhicule devant leur maison, étant donné que la voiture électrique de Duo prend désormais la place dans le garage. D'une tranquillité feinte, les deux hommes descendent du véhicule pour se rejoindre sur le sentier qui mène à leur porte d'entrée. En réalité, leur désir est tel qu'ils n'osent pas se risquer à se prendre la main, avant de pénétrer dans leur foyer. Néanmoins, ils sont si impatients de rentrer chez eux, dans leur intimité, qu'ils tendent tous deux la main en un geste vif pour actionner la poignée. Sans surprise, le frôlement de leurs peaux et l'échange de chaleur libèrent leur ardeur ; une passion telle, qu'ils n'ont le temps que de refermer la porte derrière eux.
Sitôt après, Heero y plaque son amant en l'embrassant profondément avec ce sentiment d'urgence qui ne l'a pas lâché de toute la matinée…
Et Duo se fiche de manquer d'air. Il en redemande, encourage Heero à l'explorer tout entier, sans restriction ni contrainte. Pendant ce temps, ses mains tâtonnent vers le bas-ventre de son homme, mais les baisers autoritaires, exigeants d'Heero le déconnectent de la réalité. Si bien que Duo a du mal à défaire méthodiquement le pantalon d'uniforme de son colonel.
- Je t'aime, susurre Heero.
Sentant les mains de son fiancé farfouiller entre eux, il se saisit de ses poignets pour les lui lever au niveau de leurs visages. Duo s'apprête à râler, lorsqu'Heero emprisonne ses poignets d'une seule main, l'autre venant désormais se presser contre l'entrejambe de son natté. Sensible, celui-ci gémit dans sa bouche, alors qu'Heero continue de l'embrasser, tout en commençant à le caresser à travers le tissu épais de son jean.
- J'en… j'en veux plus… Heero !
Heero obtempère, irradiant de ce même désir. Il commence par déboutonner le jean de Duo, d'une seule main experte, tout en ravageant de baisers la bouche sensuelle et tentatrice de son fiancé. Puis il libère ses poignets pour baisser à deux mains le boxer du natté, tout en s'agenouillant devant lui ; tel un preux chevalier.
Affamé, il l'engloutit tout entier, faisant crier Duo d'extase et de surprise mêlées… avant de le faire venir délicieusement, immobilisant son bassin contre la porte, et rendant son amant fou de plaisir sous ses attentions ; son application à le contenter, entre tourment et félicité. Bientôt, la jouissance de Duo lui éclate en bouche et vient secouer le corps du natté de spasmes voluptueux.
Les jambes en coton, Duo s'avachirait à même le sol, si Heero ne le retenait pas dans ses bras. Le regard flou, Duo suit son homme qui l'entraîne jusqu'à la grande table en bois massif du salon et contre laquelle il l'accule, à présent. Duo comprend immédiatement les intentions de son amant et s'y allonge de lui-même, son visage contre la fraicheur bienvenue du plateau.
Aussitôt, il sent le membre d'Heero se presser impatiemment contre son intimité… tandis que les mains de son compagnon se crispent sur ses hanches.
Brûlant de le recevoir en lui, Duo s'attend à être pénétré sans précaution préalable, mais son homme le détrompe en s'appliquant à le préparer. Rapidement, somme toute, puisqu'Heero s'introduit déjà en lui, d'une seule poussée jusqu'à la garde. Excité, Duo crie de plaisir et de douleur mêlés, tout en cherchant à se raccrocher à quelque chose de solide. Mais la table est désespérément lisse et n'offre aucun objet à saisir.
Parcouru de frissons, Duo halète bruyamment et pousse des petits gémissements incohérents comme Heero s'obstine à aller et venir doucement, lentement… le plus loin possible.
- Heerooo ! C'est… c'est si profond !
Heero accélère ses mouvements, prend son amant de plus en vite, de plus en plus fort… jusqu'à ce que Duo hurle et se torde de plaisir sous lui. Heero n'est pas en reste et finit par se libérer puissamment en un râle de pur contentement.
Frémissant, il s'affaisse sur Duo, leur laissant à tous deux le temps de reprendre leur souffle, tout en parvenant à assurer leur stabilité.
Cependant, Heero ne considère ce délicieux moment que comme une mise en bouche…
L'endurance et la maîtrise phénoménales d'Heero ne sont plus un secret pour le natté. Pour autant, il n'en demeure pas moins fasciné et heureux.
Ayant acquis une parfaite connaissance de son corps, Heero est en mesure de retarder considérablement sa libération tout en profitant de multiples orgasmes durant la même étreinte ; et par la même, procurer de multiples orgasmes prostatiques à son amant.
Ébloui par les capacités sexuelles hors du commun de son preventer, Duo a mené des recherches et a fini par tomber sur un article sérieux. Une lecture instructive et qui n'a fait que renforcer son admiration pour son homme. Ainsi, l'auteur dudit article explique que l'orgasme masculin ne correspond pas uniquement à l'éjaculation. En effet, Heero sait contracter ses muscles du périnée, de manière forte et répétée, provoquant alors les mêmes sensations d'orgasme mais sans éjaculation ; orgasmes multiples qu'Heero est en mesure de reproduire, encore et encore, avant l'orgasme final accompagné de sa libération.
Une libération qui, tout comme pour Duo, se révèle alors d'autant plus intense…
- C'est si bon avec toi, murmure le natté.
Sans mot dire, Heero se redresse puis l'attire à lui d'une douce traction, avant de les délester de la totalité de leurs vêtements.
Un temps appréciable qui permet à Duo de recouvrer un semblant de lucidité… ou pas.
Debout, nus et magnifiques, étroitement enlacés en plein milieu du salon, les deux hommes s'embrassent avec langueur et passion… se délectant de leurs retrouvailles.
Mais déjà, la vigueur d'Heero se dresse fièrement entre eux, faisant grimper la propre excitation de Duo.
- Je t'appartiens, corps et âme, susurre-t-il, tout contre ses lèvres, sa main caressant nonchalamment les courts cheveux bruns d'Heero sur sa nuque.
Il n'en faut pas plus à Heero pour les mener jusqu'à leur lit conjugal. Cependant, il n'y allonge pas Duo immédiatement. Cette fois-ci, Heero veut prendre son temps, dont celui de lui défaire sa longue tresse, son regard assombri par un désir insondable plongé dans le sien…
Si la soif inextinguible de l'autre a d'abord échappé à leur contrôle et ce, malgré le goût encore prononcée de Carte noire© sur les lèvres d'Heero durant leurs premiers échanges de baisers, les deux amants ont plaisamment partagé un double expresso des plus intenses. Une dégustation serrée répondant à une envie pressante, sans comparaison avec ce qu'Heero prévoit de faire savourer à son dénatté… à partir de maintenant.
- Je vis en toi, souffle-t-il, avant de faire mine de l'embrasser.
Mais il se recule juste avant de le toucher, faisant d'abord rire son dénatté. Puis, Heero frôle sa bouche pulpeuse du bout des lèvres, la picorant, la mordillant… sans jamais approfondir leurs baisers. Tout à la fois agacé, stimulé et frustré, Duo se met à grogner sa désapprobation et son excitation grandissante. Sourd à ses protestations, Heero glisse sa joue sur la sienne, tout en se saisissant de ses cheveux à la base de sa nuque. Le geste est doux, mais ferme et fait soupirer Duo d'aise, tandis qu'Heero vient titiller la peau fine sous son oreille, avant de suivre la ligne pure de sa mâchoire pour capturer à nouveau ses lèvres entrouvertes, en un échange long et langoureux…
Déjà, Duo a le regard flou.
Pourtant, Heero ne fait que commencer…
Possessif, puissant et passionné par son seul dénatté, Heero s'emploie à le caresser avec exigence, sans qu'aucune partie de son corps ne lui soit tabou.
Frissonnant de plaisir, Duo ne parvient plus à se retenir et des petits gémissements s'échappent de sa gorge, indiquant à Heero – s'il est nécessaire - ses zones les plus érogènes…
Mais bientôt, les effleurements de mains et de lèvres ne suffisent plus ni à l'un, ni à l'autre, et Heero bascule doucement son amant sur leur lit. Allongé sur le dos, Duo sent immédiatement son homme venir le surplomber, puis ses courts cheveux bruns chatouiller sa peau comme il s'acharne à lécher et mordiller ses tétons durcis par le désir. Ce même désir stimulant également son intimité érigée et contre laquelle Heero se frotte avec application durant un moment. Duo s'agrippe alors à Heero, soupirant rien que sous l'effet de sentir sous ses doigts les muscles rouler sous la peau de son homme pendant l'effort…
Lorsqu'Heero prend à nouveau soin de son érection – asticotant plaisamment son extrémité, tandis que ses mains vont et viennent le long de sa hampe - Duo se cabre, sa bouche s'ouvrant sur un cri muet. Satisfait, Heero enrichit son traitement, jouant avec la sensibilité exacerbée des « bonbons » de son homme qu'il déguste comme tel ; faisant haleter bruyamment son fiancé plus que de raison, lui arrachant des cris inarticulés… jusqu'à éclosion.
Malgré son état cotonneux, la simple sensation du sexe d'Heero se pressant à l'entrée de son intimité lui arrache un gémissement. L'instant d'après, Heero se glisse en lui et se meut presque aussitôt. Renversant la tête en arrière, Duo arque à nouveau le dos, tandis qu'Heero recommence à se retirer, puis à s'enfoncer profondément en lui en des mouvements lents et sensuels…
Tâtonnant en quête de quelque chose d'autre que les draps à agripper, Duo se met à hurler de plaisir, totalement soumis aux assauts divins de son homme. Lequel bouge en lui avec une double cadence devenue infernale – tantôt frénétique, tantôt lascive - sans jamais donner l'impression de faiblir. Aussi, Heero le fait jouir, encore et encore ; stimulant sans relâche à la fois son point P et son membre dressé, sensible…
Inlassablement, et ce, bien que son amant soit au paroxysme de l'ivresse voluptueuse, Heero continue de lui faire l'amour, provoquant et prolongeant ainsi leurs orgasmes successifs…
Hurlant à gorge déployée, Duo implore confusément son homme de venir et de tenir… jusqu'à ce qu'enfin, Heero consente à donner une dernière et longue poussée, s'enfonçant puissamment en son amant, aussi loin que possible.
Partageant le même râle d'assouvissement ultime, les deux hommes se libèrent à l'unisson. Heero plus longuement que Duo, lequel est déjà venu plusieurs fois et savoure plutôt la chaleur intense qui se répand derechef en lui et dont il ne cessera jamais de s'émerveiller…
Tremblant de tout son corps, le dénatté n'est plus capable de bouger. À demi écroulé sur lui, Heero parvient à rouler sur le côté pour s'étendre auprès de son amant. Quand soudain, Duo se tord à nouveau en poussant des petits gémissements impuissants, sous l'effet résiduel de ses multiple-orgasmes le balayant en des vagues successives… sous le regard hautement satisfait de son homme.
- Je… je suis pas… to… totalement à toi… hein ? Duo arrive-t-il à articuler d'une voix rendu rauque d'avoir tant crié.
Le souffle erratique, il tente de faire l'effort de focaliser son regard sur son fiancé, mais n'y parvenant pas, abandonne.
Extatique, Heero éclate de rire, rayonnant de bonheur.
Lorsqu'il tourne de nouveau la tête vers son fiancé, il constate que Duo s'est endormi ; ou évanoui. À l'expression de son visage, béate, Heero peut y lire ce même sentiment de plénitude puissant et diffus qu'il ressent en lui.
Puis, s'arrachant à la contemplation de son compagnon, il avise l'heure à sa table de chevet. Tout en réorganisant mentalement le programme de leur après-midi, il récupère le drap froissé et tassé au pied du lit afin de les en recouvrir.
Une fois assuré que Duo ne prendra pas froid, Heero s'accorde lui aussi une sieste bien méritée…
•
À la Résidence Yuy,
une heure plus tard…
•
Comme à l'accoutumé, Heero est debout avant Duo. Quelles que soient les circonstances, Heero est toujours le premier à se réveiller. Le premier à tourner la tête sur son oreiller pour observer son fiancé dormir. Et selon leurs obligations du jour, Heero se rapproche afin de le prendre dans ses bras ou se lève sans faire de bruit, comme à cet instant.
Avec toute la discrétion dont il est capable, il prend d'abord une douche vivifiante, avant d'enfiler son bas de costume de preventer habituel ; se contentant pour l'instant d'un tee-shirt au lieu de la chemise réglementaire. Puis il va repêcher, dans le salon, leurs vêtements qu'il place directement dans la panière à linge.
Enfin, il se rend à la cuisine afin de leur confectionner un déjeuner à la fois digeste et nourrissant. Généralement, Duo meurt de faim après pareilles étreintes…
Au même moment, dans leur chambre, Duo émerge de son profond sommeil, soupirant de bonheur et se frottant les yeux. Il ne s'étonne pas de ne pas trouver son merveilleux amant à ses côtés. Visiblement, Heero tient coûte que coûte à les trainer à l'Agence, aujourd'hui-même ! Soit. Il en déduit donc que son homme leur prépare à manger…
Pressé de le retrouver lui, plus que de se restaurer, Duo saute du lit pour passer rapidement sous la douche.
Peu après, le voilà qui traverse le salon en étirant les bras vers le ciel, se dirigeant tout droit vers son compagnon contre lequel il se pelotonne.
En retour, Heero l'étreint avec force, comme s'il craignait qu'il ne s'écarte ; ce qui, soit dit en passant, n'est pas du tout dans les intentions du dénatté.
- Bientôt quatorze heures, chéri, l'informe Heero, le nez dans l'odeur de santal des cheveux humides de Duo.
- T'es-tu mis en tête de devenir mon horloge parlante personnelle ? lance-t-il d'une voix paresseuse sous son oreille.
Heero rit, ne pouvant s'empêcher de l'embrasser dans le cou, ni de lui mordiller l'oreille.
Pourtant, il est bientôt quatorze heure…
- Mhmmm… je t'aime, gémit doucement Duo. Je vis un rêve éveillé. Mes sens sont saturés de toi.
- Une nouvelle pause de dix jours, peut-être ? propose Heero, connaissant déjà sa réponse.
- J'ai dit que je vivais un rêve éveillé, pas un cauchemar ! objecte-t-il sans surprise. Ce n'est pas humain d'être séparé de toi. Ça devrait être interdit par la loi sous peine de lourde sanction ! ajoute-t-il.
Avant de réaliser, grimaçant, qu'il en subit effectivement une…
Souriant, Heero se détache suffisamment de lui afin de pouvoir l'embrasser. Un baiser langoureux qui comble le dénatté. Pourtant, il suffit à Heero de se retourner quelques secondes afin de lui servir son assiette de légumes poilés, puis de la lui présenter sur le bar, pour observer un changement notable chez son amant. Le regard dans le vague, Duo semble plongé dans un autre monde…
- Tu aurais envie d'autre chose ? l'interroge Heero en le dévisageant.
- Hein ? sursaute presque Duo. Oh, non… J'ai super faim, forcément, mais je sens que la nourriture aura du mal à passer.
- Quel est donc cet arrière-goût ? veut savoir Heero.
- Non, non, tu n'as plus du tout le goût de café. Carte noire© n'est plus ! déclare-t-il avec sa bonne humeur naturelle.
- Ravi d'avoir ce moyen de pression contre toi, mon amour, mais je faisais allusion à l'instant où tu m'as semblé ailleurs…
- Quand ça ?
- Parce que j'ai l'embarras du choix ? s'enquiert-il d'un air soucieux.
- Ce n'est rien qu'un résidu d'angoisse lié aux derniers évènements qui, je te le rappelle, ne datent que de quelques heures. Ceci dit, ils appartiennent déjà au passé. Tu trouverais ça lourd. Je trouve ça lourd !
- Dis-moi, le prie-t-il pourtant de se confier.
Il le fait d'un regard si aimant, si tendre, si déterminé à prendre soin de lui…
- Argh ! C'est pas du jeu, 'ro ! râle Duo. Je ne peux pas te dire non quand tu fais ça ! Je fonds comme neige au soleil ! Comme une noisette de beurre dans une poêle chaude !
- Je sais, confirme-t-il sans la moindre gêne.
- Notre couple est en total déséquilibre, revendique Duo. Tu as Carte noire© contre moi.
- Dans les deux sens du terme.
- Vaudrait mieux que tu n'apportes pas de précisions, chéri, le prévient-il.
Heero sourit à demi, patient.
- Tu as ton fameux « dis-moi », contre moi, reprend Duo.
- Hn.
- Chut !
- …
- Tu as… tu as…, cherche-t-il à nommer ces moments fabuleux passés entre les bras de son homme.
- Moi tout entier, peut-être ? suggère Heero.
- Tu me rends dingue ! se plaint Duo.
- Le temps de grignoter quelque chose et on décolle, annonce-t-il, à présent tranquillisé sur l'état émotionnel de son fiancé.
Pendant qu'il s'affaire dans un coin de la cuisine, Duo picore deux trois morceaux d'un air rêveur, mais ne parvient pas à en ingurgiter davantage.
- Tu dois manger, Duo, s'obstine Heero, le remarquant du coin de l'œil. Tu as besoin de manger.
- Je saiiiiiiis ! ronchonne-t-il, très en forme.
Puis il s'immobilise soudain à la vue de ce que tient Heero dans sa main, l'expression de son visage passant de l'espièglerie au désenchantement.
- C'est… c'est un mug que tu tiens, là ? veut-il s'assurer, comme si Heero tenait une bombonne de nitroglycérine ou une fiole de poison fulgurant.
- Hn.
- Un mug… de café ? grimace-t-il.
Pour le confirmer, Heero en boit plusieurs petites gorgées, son regard farouchement déterminé rivé à celui, catastrophé, de son amant.
- Mais… si l'on considère tout ce que tu m'as dit… Je me disais… que peut-être… tu pourrais alléger ma punition ? Voire… voire l'écourter, non ?
- Dix jours de Carte noire©, Duo. Pas un de moins, promet-il sans céder un pouce de terrain.
Résigné et boudeur, Duo pousse un long soupir en croisant les bras.
- Mange, lui ordonne gentiment Heero.
- J'ai plus faim ! bougonne-t-il.
Désireux de lui rouvrir l'appétit, Heero vient lui donner un long baiser.
- Et maintenant ? s'enquiert-il, oubliant un léger détail… ou pas.
- T'es sérieux, là ? « Mon Heero » a le goût de Carte noire© ! Tu réalises, ou bien ?
- Tu l'as bien cherché.
- C'est pas une raison ! se rebiffe-t-il, avec toute la mauvaise foi dont il est capable.
- T'es sérieux, là ? l'interpelle-t-il avec un calme olympien.
- Pff ! lâche-t-il en s'attachant à frotter une tâche imaginaire sur le bar. C'est pas juste ! ronchonne-t-il. J'ai rendu le Gundam que tout le monde aime. Le plus beau de tous ! J'ai fait une bonne action et c'est comme ça que tu me remercies ? Franchement, c'est nul !
Attendri, Heero comprend la pensée de son dénatté, son mode de fonctionnement… son honnêteté toute personnelle. Voyant l'embarras de son amant reprendre de l'ampleur, Heero comble derechef l'espace qui les sépare et vient l'embrasser. Un baiser langoureux serti dans une puissante étreinte. Et Duo se réjouit que l'amertume du café ne se soit pas une nouvelle fois approprié la douceur de ses lèvres. Que son homme soit si désireux de le consoler, de se presser contre lui, de le savourer tout entier…
Alors que Duo glisse ses mains sous le tee-shirt d'Heero, celui-ci lui sourit en caressant son beau visage à l'expression redevenue malicieuse.
- Chéri, tente-t-il de le raisonner, frissonnant pourtant d'excitation. C'est trop tôt…
- L'heure est devenue une obsession, ma parole !
- Duo…
Bien décidé à rempiler dès maintenant, son fiancé l'interrompt d'un baiser, tout en faisant glisser la fermeture éclair du pantalon d'Heero.
Vaincu, son homme l'entraîne jusqu'au canapé, l'y poussant gentiment avant de se positionner au-dessus de lui. Gourmand et gourmet, Duo se redresse jusqu'à être en mesure de flatter l'érection de son homme. Entre ses lèvres, il le sent s'épanouir complètement, puis vibrer tant son désir est intense…
Donnant un dernier coup de langue rapide, Duo lève les yeux vers le regard assombri que fixe Heero sur lui. Satisfait, Duo ôte son jean, se retrouvant ainsi en tee-shirt, tandis qu'Heero demeure habillé, son propre pantalon simplement baissé sur ses hanches.
Leur étreinte sera sûrementmoins longue que la précédente, mais Heero prend tout de même le temps de caresser le membre érigé de son homme, appréciant sa peau si fine et si douce…
Et la respiration de Duo s'accélère encore, tandis qu'Heero descend le long de son corps tout en marquant sa peau. Mais il ne s'attarde pas plus sur la douceur exquise de son ventre, et s'emploie plutôt à le préparer avec une attention particulière.
- Heero… Heero ! finit par le supplier Duo, le regard flou.
Il est toujours aussi étroit, néanmoins, Heero le sent prêt et surtout, impatient de le recevoir. Nichant son visage dans le cou de son amant, Heero le pénètre avec la plus grande précaution.
- Mhmmm ! gémit Duo en s'agrippant au tee-shirt d'Heero.
Entre douleur et plaisir, il projette son bassin vers le sien, ne tenant pas compte de son intimité sensibilisée par leurs précédents ébats amoureux…
- Laisse-moi faire, demande Heero d'une voix étranglée par l'effort.
Ne lui laissant pas d'autre choix que la passivité la plus totale, Heero ne fait que renforcer l'excitation et le plaisir de son amant. Épousant parfaitement le corps de Duo, Heero remonte plus haut l'une de ses jambes avant de s'enfoncer profondément en lui, d'une seule poussée.
Immédiatement, son homme se cabre sous l'exquise sensation. Toutefois, Heero lui laisse peu de place pour remuer et tout en demeurant étroitement serré contre lui, il se meut avec cette puissance mêlée de douceur qui le caractérise.
Le corps parcouru de spasmes et de frissons, maintenu cloué contre le canapé par la pression qu'exerce savamment Heero sur lui, ainsi que par ses va-et-vient profonds et vigoureux, Duo n'est plus que gémissements impuissants dont se délecte Heero. Aussi, comme pour parachever son œuvre, sa respiration, forte et chaude, dans son cou ne fait qu'amplifier l'extase de son dénatté…
Inévitablement, leur étreinte passionnelle mène les deux amants à une libération enivrante, haletante… et longue.
Un moment délicieux dont ils se repaissent encore en reprenant leur souffle…
- Tu me rends fou, Heero lui glisse-t-il dans le creux de l'oreille.
Dans le même état de béatitude, Duo se met à rire, propageant et transmettant des vibrations leur provoquant à tous deux d'autres frissons et incitant Heero à se retirer.
- Non, reste, quémande Duo, alors que son homme se redresse à moitié.
Le surplombant toujours, Heero esquisse un sourire taquin.
- Tu tiens vraiment à ce que Blake te réclame la raison d'un tel retard ?
- Euh… non.
- Alors, lève-toi et marche ! commande Heero, en montrant l'exemple.
- C'est nul ! tente de râler Duo, en suivant d'un regard éperdument amoureux le départ de son fabuleux amant.
- Duo ! le prévient-t-il avec amour, depuis le couloir menant à leur chambre.
- J'arrive, j'arriiive ! obtempère-t-il à la hâte. Travailler dès le premier jour de mon retour, c'est abusé, marmonne-t-il en pressant le pas, avant d'analyser la situation, chemin faisant. De toute façon, 'ro ne boira pas de café, le soir et il faudra bien qu'il se brosse les dents. Et à ce que j'en sais, il n'existe pas de dentifrice goût « café »…
- Tu disais ? se renseigne soudain Heero, réapparaissant sur le seuil de leur chambre.
- Non, rien ! sursaute Duo, avant d'émettre un rire nerveux.
- Hn.
Après leur second passage éclair sous la douche, Heero revient le premier au salon, fin prêt à se rendre à son agence. Duo le rejoint une poignée de minutes plus tard, ayant dû prendre ce temps supplémentaire pour s'occuper de sa longue chevelure. Lorsqu'il retrouve Heero à la cuisine, il est encore en train de se débattre avec son nœud de cravate.
- Laisse-moi faire, lui propose Heero, en prenant aussitôt la relève.
- …
- Tu rougis, remarque Heero, pas peu fier de lui.
- N'importe quoi ! réplique le natté, les joues empourprées.
- Tu rougis, persiste-t-il, son sourire s'élargissant.
Pendant qu'il termine de lui faire son nœud de cravate, Duo pioche quelques morceaux de légumes réchauffés à son attention, tout en parvenant à grommeler gentiment.
- T'aurais pas envie de m'indiquer l'heure qu'il est, plutôt ? finit-il par contre-attaquer.
Cueilli, Heero éclate de rire, terminant d'envelopper son fiancé d'une douce félicité…
•
À l'Agence Preventers d'Osaka…
•
Un brin encore éprouvé par ses dernières épreuves, Duo admet que son compagnon a su neutraliser en majeur partie les dégâts émotionnels qu'elles ont immanquablement causé. Fort de ce constat heureux, le natté met à profit le court trajet les menant à Tempozan pour faire une micro-sieste. Lorsqu'il rouvre les yeux, vingt minutes plus tard, Heero arrive seulement à l'entrée du garage sous-terrain de l'agence. Alors que son colonel active d'un code l'ouverture automatique du portail, Duo réalise qu'il a certainement pris plus d'un détour afin de lui laisser une chance de récupérer un peu…
Tandis que Heero se gare avec aisance, Duo s'étire confortablement à l'intérieur de l'habitacle spacieux. Au moment où il décroche sa ceinture de sécurité, tout en songeant au moyen le plus efficace de stopper rapidement le fanatisme hystérique de Blake, son coude gauche heurte un objet manifestement coincé dans le vide poche, situé entre les deux sièges avant. Par réflexe, plus que par curiosité, il jette d'abord un coup d'œil distrait… puis reporte toute son attention sur ledit objet, oubliant Blake et son obsession pour sa carrière de voleur émérite. L'instant d'après, Heero s'empare du « thermos » de café qu'il s'est probablement préparé lorsque Duo terminait de se vêtir. Le souvenir enivrant de leurs dernières étreintes venant se substituer à la réalité immédiate, Duo n'a pas remarqué le thermos embarqué par son fiancé… jusqu'à cet instant.
- Duo ? l'appelle Heero, alors qu'il s'éloigne du véhicule.
Le natté sort alors de ses pensées et le rejoint, sans plus tarder.
Sensible à la simple opinion d'Heero, Duo l'observe consommer son café, gorgée après gorgée, et ne peut s'empêcher de suivre le thermos des yeux d'un air épouvanté, comme si celui-ci lévitait sans l'aide de personne…
Ce satané thermos ; objet de la tentation hanté par un fluide démoniaque possédant quiconque y trempe ses lèvres innocentes et allant même jusqu'à imbiber les biscuits cuillères !
- Chéri ? l'appelle derechef son compagnon, un sourcil levé.
- Hein ? sursaute Duo.
La main sur la poignée de la porte menant à leurs bureaux, Heero ne semble pas vouloir l'actionner avant que Duo ne lui ait donné l'assurance que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.
- Ça va, ça va, le tranquillise-t-il donc, en hochant la tête.
Heero sent, il sait que son compagnon est effectivement au mieux de sa forme et que son moral est bon, mais il choisit tout de même de s'adonner un petit test afin de valider sa théorie. D'un geste latéral lent, il déplace son thermos et voit Duo le suivre d'un regard hypnotisé. Comme Heero s'y attendait. Rien de bien méchant, en somme. Ce qui convainc Heero d'ignorer une fois de plus l'air dépité de son natté et de passer à la suite de leur programme en entrant dans les bureaux…
En retrait derrière son compagnon, Duo échange des saluts chaleureux avec ses collègues, visiblement heureux et soulagés de son retour dans l'équipe. Néanmoins, il en est un qui semble au comble du ravissement ; plus qu'il ne devrait le montrer. Duo n'a pas encore atteint son propre poste que Blake lui saute dessus.
- Waoh ! s'extasie-t-il, des étoiles plein les yeux.
- Argh ! BicMan, ne t'avises surtout pas de dégouliner d'admiration, le prévient Duo.
En vain.
- C'est l'une des missions les plus ahurissantes que tu n'aies jamais accompli ! Félicita…, commence-t-il.
Avant d'être interrompu – ou plus justement, ratatiné - par le regard sévère du colonel.
- Mais c'est pas bien, Blake tente-t-il de gronder son idole, sans parvenir à se rendre crédible. Pas bien du tout !
- Blake, tu m'aides pas, là, souligne Duo d'un air blasé, en posant sa veste sur sa chaise de bureau.
- Tu devais bien savoir à quoi t'attendre, étant donné le délit majeur que tu t'apprêtais à commettre, non ? l'interroge calmement Alec, une liasse de papiers à la main.
- Voui, plus ou moins, concède le natté, la moue boudeuse. Plutôt moins que plus, à vrai dire…
Marc profite qu'Heero se soit isolé dans la cuisine – certainement pour recharger ses munitions – pour interpeller Duo.
- Tu fais une de ces têtes, constate-t-il.
- Y a de quoi.
- Pourquoi ? Heero a prévu quoi pour toi ? s'enquiert-il, probablement au nom de tous.
Sans même s'inquiéter en premier lieu de la décision des Administrateurs, comme si la sentence de leur colonel prévalait.
- Je suis condamné à dix jours de sexe au café, déclare-t-il sans gêne.
Un ange passe…
… avant que tous – à l'exception d'Antoine, momentanément occupé dans une autre salle - ne se mordent la lèvre, les yeux rieurs.
- Et tu trouves que ça ressemble à une punition, sérieux ?
- Du café, Marc ! insiste Duo d'un air outré. Je ne sais pas si tu réalises.
- Pas vraiment, non.
- Quelle est la saveur que tu détestes le plus ?
- Le céleri rave, trouve-t-il sans effort.
- Imagines que ton mec se parfume au céleri, mange céleri, respire céleri…
Ce coup-ci, Marc lui concède une grimace de dégoût.
- Merci ! triomphe Duo.
- J'ai manqué quelque chose ? demande Antoine en les rejoignant, tout sourire.
- J'me tape l'équivalent d'un céleri rave ! se lamente Duo.
- Plaît-il ? interroge Antoine, les yeux ronds comme des billes.
- Je t'expliquerai, lui promet Marc d'un air réjoui.
- Okay, acquiesce-t-il, tout en se demandant par-devers lui ce qui peut bien mettre son amant dans cet état.
Non pas que Marc ne soit pas d'un naturel gai, mais Antoine voit bien que son compagnon est particulièrement impatient de lui rapporter les premières confidences certainement croustillantes de Duo.
- Tu nous racontes ? réclame Nanako à Duo, sur le ton du secret. À moins que Sensei ne s'y oppose…
- C'est-à-dire que…
- S'il-te-plaîiit ? insiste Blake, suppliant.
- Pas sûr que tu le mérites, BicMan, le taquine Duo.
- Au lieu de jouer avec mes nerfs, dis-moi plutôt comment tu choisis tes noms de scène. En faisant tes courses, au rayon biscuits ? Carte Noire, Carte d'Or… C'est quoi le prochain : Marché U, Super U ?
- Pitié, vous deux ! les interrompt Nanako, tandis qu'Alec et Antoine explosent littéralement de rire.
- J'me tape le pire des fans ! se défend Duo en désignant McGuire d'un doigt accusateur.
- Blake ! le menace sa compagne.
- Carte d'Or, Nana ! plaide-t-il sa cause. Le mec, il aurait pu signer son acte d'une boule de glace !
- Tu veux vraiment qu'on parle de boules à moitié congelées ? s'enquiert Duo, nourrissant ainsi le fou rire d'Antoine et Alec.
Non loin d'eux, le Colonel Yuy n'écoute que d'une oreille la réponse inspirée de Blake. Depuis son bureau, derrière lequel Heero se tient à nouveau, celui-ci observe la scène avec indulgence. Chacun des membres de son équipe est comme à son habitude : à son aise, sérieux, discipliné et… très heureux de décompresser en s'octroyant des pauses détentes ; surtout en compagnie de Duo.
Encouragé par ses collègues et par des excuses formulées du bout des lèvres de la part de Blake, Duo accepte de raconter l'aventure ultime de Carte Noire, sans plus faire le difficile.
- 'ro ? demande-t-il tout de même la permission, par acquis de conscience.
- Hn, accepte son colonel.
Malgré le climat bon enfant qui règne, Duo reste préoccupé par le déroulement et l'ambiance de ces dix prochains jours qui s'annoncent aussi amers que le café d'Heero. Certes, ils s'aiment passionnément, mais que Heero maintienne cette décision-ci le perturbe…
Reléguant cette contrariété au second plan, Duo s'emploie à raconter ses derniers exploits avec moult détails, afin que Blake n'ait pas l'envie ni l'excuse de revenir sur ce sujet par la suite.
- Pourquoi n'as-tu pas laissé faire Sensei ? l'interroge Alec, une fois le récit de Duo terminé.
Son attitude pondérée tranchant radicalement avec celle de Blake, surexcité et des plus critiques.
- Parce que ! bougonne à moitié Duo. Je… j'avais peur que Standford ne s'enfuit avec le Gundam. Ce mec, on le surnomme aussi « Le Truffier ». Pas parce qu'il cueille des champignons, mais parce qu'il repère tout de suite quand quelque chose se trame autour de lui.
- Pourquoi n'as-tu pas laissé faire Sensei ? répète Alec avec une douce obstination.
- Mais je…
- Sensei, Duo. Sensei, insiste-t-il patiemment.
À voir l'expression unanime de ses collègues, Duo comprend qu'Alec parle au nom de tous pour lui signifier qu'il aurait dû s'en remettre à l'Agent d'élite Yuy et qu'il doit dorénavant quitter ses vieilles habitudes de loup solitaire.
- Tu es notre ami, Duo, intervient Antoine, d'une voix douce. Nous avons eu peur que les Administrateurs t'enferment, que Sensei ne puisse rien pour toi, cette fois-ci.
- Blake était terrifié à l'idée de ne plus te revoir, confie Nanako, sans laisser à Duo l'opportunité d'émettre le moindre commentaire.
- Hey ! réagit l'intéressé.
- Tout le monde le sait, Blake, le raisonne-t-elle.
- Même, j'ai ma fierté ! se défend-il faussement, sa voix trahissant tout l'amour qu'il lui voue.
- Tu la ranges où ? veut savoir Marc, taquin.
- Ah, ah, ah ! J'suis mort de rire !
- Tu nous as fait suer, Blake, l'accuse Alec. N'est-ce pas, Sensei ? s'enquiert-il ensuite auprès de leur colonel.
- Hn, confirme Heero, tout en pianotant sur son clavier tactile intégré à sa table de travail.
- C'est un euphémisme ! renchérit Marc en soupirant de lassitude. Pitié, Duo. Si tu tiens un tant soit peu à nous, mets Carte Noire définitivement à la retraite.
- Il est grognon depuis que Carte Noire a refait les gros titres internationaux sous le pseudo de Carte d'Or, enchaîne Nanako.
- Personne n'est dupe, tu sais ? fait remarquer Antoine.
- Oui, c'est ce que je constate depuis mon retour, acquiesce Duo.
- C'est ça, moquez-vous, bande d'ingrats ! se rebiffe Blake. N'empêche que ça aurait pu prendre une tout autre tournure. J'en ai fait des cauchemars !
- Oh, Blakounet…, se moque le natté.
- Pour la peine, je vais vous raconter…
- Non, pas ça ! l'interrompt Alec.
- … mon rêve, achève-t-il, revanchard.
•
Début du rêve de Blake…
•
La journée fut calme, pour ne pas dire morne du point de vue du natté. Heero n'a pas levé le nez de ses dossiers et le tapotement de ses doigts sur son clavier a mis les nerfs de Duo à rude épreuve. Non pas qu'il en soit gêné le reste du temps, mais le contexte actuel entre eux deux a tendance à exacerber ses sens.
Il est bientôt dix-huit heures. Généralement, l'heure à laquelle Heero rappelle à son équipe de plier bagage lorsqu'il s'aperçoit que tous restent absorbés par leur travail ; d'autant que les décalages horaires n'aident pas lorsqu'ils doivent s'entretenir avec des agents de par le monde.
Alors que chacun commence d'abord par s'étirer pour ranger sonbureau ensuite, Nanako informe Heero que l'Administrateur Chang est en ligne. Duo grimace, pendant que son compagnon va s'enfermer dans son bureau « officiel », loin de ses oreilles…
- Tu crois que c'est pour toi ? le questionne Alec, tout en enfilant sa veste.
- Je ne sais pas, mais je m'inquiète un peu, avoue Duo.
- Il t'a pas décroché un mot de toute la journée, souligne Blake.
- J'avais remarqué, merci !
- Pas même durant le repas, renchérit-il, plus lourd que le plomb.
- T'as pas un truc à faire, là ? le presse-t-il à partir.
Blake n'a pas le temps de répondre à une question qui n'attend pas de réponse particulière, que la porte du fond s'ouvre à la volée ; celle donnant accès au garage et permettant aux preventers de circuler librement, pourvu qu'ils soient munis d'un badge et d'une autorisation.
Un groupe de six agents spéciaux, justement, se déverse dans l'immense pièce. Comme un seul homme, leurs regards scrutent d'abord l'équipe du Colonel Yuy avant de repérer leur cible.
- Duo Maxwell, vous êtes en état d'arrestation, annonce l'un d'eux d'un air victorieux.
Sans crier gare, un autre le plaque violemment sur la table connectée. Sous le choc, Duo ne dit rien et n'oppose aucune résistance.
- Tout doux, les gars, s'interpose immédiatement Marc.
Il semble autant s'adresser à l'équipe preventers « adverse » qu'à ses coéquipiers.
- Ne vous mêlez pas de ça ! prévient un agent.
- Le Colonel Yuy s'en chargera, garantit Blake.
- On peut savoir ce que vous lui reprochez exactement ? s'enquiert calmement Alec.
Ni lui, ni aucun autre de ses collègues n'a l'intention de les laisser embarquer Duo.
- Carte Noire a récidivé et il a le culot de nous narguer, explique l'agent, tout en serrant fortement les menottes autour des poignets de Duo.
- Cette fois-ci, même le Colonel Yuy ne peut rien pour toi, certifie un autre. Ton compte est bon !
- De quoi l'accuse-t-on, au juste ? demande encore Alec.
- Ne me prenez pas pour un imbécile. Vous savez bien qu'il a pénétré illégalement au Musée de Dubaï. Ses récents déplacements prouvent qu'il se trouvait en R4, la nuit des faits.
- Il nous est interdit de nous espionner, les uns les autres, leur rappelle Nanako. C'est une question d'éthique.
- Excepté si les soupçons qui pèsent sur un agent spécial sont sérieux.
- Et qu'a-t-on dérobé dans ce « fabuleux » musée ? veut savoir Blake, à la fois sérieux et railleur.
- Rien.
- Ah, se moque-t-il carrément.
- Rien n'a disparu, mais il paraît évident que Duo Maxwell y est entré ! se vexe l'agent.
- Blake, tu vas nous l'énerver, dit Alec, complice.
- Vous n'en auriez pas la certitude, s'il n'avait pas signé son acte ? reprend Marc, splendide de maturité.
- Il a bel et bien laissé une carte, comme à son habitude.
- Une carte de couleur… ?
- Peu importe la couleur de cette foutue carte, Carte Noire est coupable !
- Il n'y a que lui qui soit capable d'un tel tour de force, confirme un autre. Ce musée est réputé imprenable.
- Le plus simple est encore de l'interroger, propose l'un d'eux. Carte Noire, as-tu, oui ou non, quelque chose à voir avec ce qu'il s'est produit au Musée de Quatre Raberba Winner ?
Duo ouvre la bouche pour répondre d'une manière des plus évasives, lorsque l'Agent McGuire lui aboie littéralement dessus.
- Oh ! Boucle-la, Duo !
- J'ai encore rien dit ! se défend-il.
- Résumons, commence Marc. L'individu mystère a pénétré, sans effraction, l'un des musées les mieux gardés au monde…
- … pour, au final, ne rien voler, mais plutôt rendre une œuvre d'une valeur inestimable, complète Alec.
- Alors que feu Carte Noire signe immanquablement ses exploits d'une carte… euh… noire, l'individu que vous semblez chercher a laissé une carte… or, termine Blake, tournant en ridicule les agents preventers venus arrêter Duo.
- Parlons peu, parlons bien, Messieurs, enchaîne Nanako. Quelles sont les preuves dont vous disposez ?
- Vous avez relevé des empreintes, même partielles ? veut savoir Antoine. Une mèche de cheveux, peut-être ?
- Ou une photo dédicacée ? les taquine Blake.
- Ou bien un enregistrement où l'on voit clairement son visage ? suggère encore Nanako, sans faire état de sa remarque.
- Nous nous basons sur nos convictions. Carte Noire est coupable, nous en sommes certains.
- Messieurs, les saluent soudainement Heero, derrière eux.
Avant de fendre aisément la petite foule qui s'écarte sur son passage pour venir libérer Duo de ses menottes. L'agent qui le maintenait sans douceur contre la table s'éloigne sans chercher à discuter et lui tend la clef sans même que l'Agent d'élite ait à la lui réclamer.
- Ça devient lassant, s'agace gentiment mais sûrement le Colonel Yuy.
Le silence perdure, jusqu'à ce que Heero reprenne la parole. Pendant ce temps, Duo se frotte les poignets, rassuré de sentir la présence protectrice de son preventer.
- Je viens d'avoir une longue discussion avec votre Colonel, leur apprend Heero.
L'une des raisons pour laquelle il n'est pas intervenu dès qu'il a vu la scène se dérouler sur ses écrans de surveillance.
- Vous agissez sans son aval, poursuit-il calmement.
- Nous avons de forts soupçons, concernant l'Agent Maxwell.
- Des preuves irréfutables, accablantes peut-être ?
- …
- Sensei t'a posé une question, l'affreux ! s'emporte Blake.
Heero n'a qu'à lever la main dans sa direction pour le faire taire, ce qui lui permet de ne pas lâcher l'agent rebelle du regard.
- Non, finit par admettre ce dernier.
Heero lui adresse un regard appuyé et peu amène.
- Non, Colonel Yuy, rectifie l'agent, de moins en moins à son aise.
- Quatre Raberba Winner a-t-il déposé plainte ?
- Non, Colonel.
- Y a-t-il eu des violences, la vie des agents de sécurité a-t-elle été menacée, d'une manière ou d'une autre ?
- Il semblerait que non, Colonel.
- Une enquête a-t-elle été ouverte ?
- Non, Colonel.
- Vous rappelez-vous le sens de notre mission ? Quelles valeurs nous portons ? De quels types de criminels nous nous occupons ?
- Protéger les populations, ne jamais condamner un homme se consacrant au bien et lutter contre le mal absolu, récite-t-il d'un air embarrassé.
- Hn. Vous recevrez prochainement une citation à comparaître devant le Conseil des Administrateurs, assène Heero.
- Putain ! J'te l'avais bien dit que c'était une mauvaise idée, éclate l'un des agents contre celui qui semble être une sorte de leader dans son groupe.
- Si vous osez attaquer l'un d'entre nous, on vous démonte ! promet McGuire.
- L'Agent spécial McGuire est contrarié que son collègue soit inquiété, alors qu'il consacre désormais sa vie à la noble cause qui est celle de tous les preventers. Ses mots dépassent sa pensée, se doit de déclarer Heero.
Non sans lancer un long regard à son agent impétueux.
- Vous avez abusé de votre autorisation à entrer dans les différentes agences du pays pour débarquer ici, en ennemi, afin de malmener l'un des vôtres sans qu'aucune preuve matérielle ne puisse venir appuyer votre accusation, qui n'est rien de moins qu'une théorie.
Les agents baissent la tête, penauds, pour la relever subitement, les yeux écarquillés, lorsque le Colonel Yuy leur réclame leurs armes et insignes.
- Vous êtes levés de vos fonctions jusqu'à ce que le Conseil statue sur votre sort.
Tous s'exécutent, la mort dans l'âme, plusieurs se frottant le visage comme s'ils espéraient sortir d'un mauvais rêve.
- Carte Noire est un « poids plume », les gars, souligne doucement Marc, compatissant malgré tout. Nous traquons des individus profondément malfaisants, je ne comprends pas que vous ayez développé une telle obsession pour un voleur n'ayant jamais attenté à la vie de qui que ce soit.
- On regrette, déclare précipitamment l'un d'eux, désireux de sauver sa tête.
Bientôt suivi par l'ensemble du groupe, isolant du même coup leur leader.
- Nous sommes sincèrement désolés, Agent Maxwell, poursuit-il en le fixant droit dans les yeux. Après ce que Yutô vous a fait subir…
Duo hoche la tête, ne sachant pas quoi répondre. Même le leader finit par présenter ses plus plates excuses, admettant qu'il a perdu les pédales lorsque sa mère s'est faite cambriolée et violentée…
- Vous êtes libres de partir, les informe Heero. Votre Colonel prend le relais.
Une occasion que les agents d'une des cellules voisines saisissent sans demander leur reste.
Dans le silence qui suit, Duo remercie ses collègues.
- Je ne sais pas quoi vous dire d'autre, si ce n'est que je regrette de vous avoir entraîné dans mes problèmes, bien malgré moi.
- Tu as fait une bonne action, Duo, assure Nanako. Tu as rendu le Deathscythe… Pas dans les règles de l'art, mais tu l'as rendu quand même.
- C'était ma dernière sortie, promet-il avec force.
D'ordinaire, Duo aurait probablement fanfaronné et étonnéses coéquipiers par son apparente insouciance. Mais pas cette fois-ci. Le ton de sa voix, sa posture et l'expression de son visage prouvent à quel point il ancre en lui-même ce qu'il vient de proclamer.
•
Fin du rêve de Blake…
•
À la fin de son récit, les agents spéciaux dévisagent leur collègue d'un air incrédule…
- Tu t'es mis dans la peau de Duo… C'est bizarre ! fait remarquer Alec.
- Fais-nous plaisir, Blake. Arrête de rêver ! lui lance Marc.
- Vous m'enviez mon extrême lucidité ! se défend Blake, en croisant les bras.
- Une chose est sûre, tu t'es donné le beau rôle, se moque tendrement Antoine.
- Vous êtes jaloux ! boude-t-il ostensiblement.
- J'me tape le pire des fans ! se plaint à nouveau Duo.
- Je vous ai épargné la version où…
- Vous vous mettez au travail, le coupe Heero en saisissant l'occasion de compléter tout autrement la phrase de Blake.
Aussitôt, chacun retourne à son poste, heureux, si heureux de savoir Duo de retour auprès d'eux…
- Sensei ? l'interpelle l'Agent McGuire, en recouvrant son sérieux.
- Blake, répond patiemment Heero, sans lever le nez du dossier dont il est en train de prendre connaissance.
- Ça aurait pu mal finir, hein ?
Sa question instaure un nouveau silence. Ils ont tous plus ou moins évité d'aborder le sujet de la convocation de Duo au Conseil des Administrateurs, mais, dans le fond, ils sont tous désireux d'en connaître le déroulement et surtout, la sentence.
Avant d'en informer son équipe, Heero échange un long regard avec son fiancé…
- Le Conseil a décidé de faire surveiller Duo H24 pour une durée indéterminée.
- C'est tout ? s'étonne Blake, tout en étant soulagé de l'apprendre.
- Hn.
- C'est cool ! Hein, Duo ?
- Je suis le plus heureux des hommes ! commente-t-il, ironique et mordant.
- Autre chose ? s'enquiert Heero.
- Oui, confirme-t-il avant de se racler la gorge. Comment dire…
- Mon Dieu ! s'exclame Marc.
- Si Blake hésite à faire une demande, c'est qu'elle doit être costaud ou franchement déplacée, Alec traduit-t-il la pensée de Marc.
- Je ne sais pas ce qui me retient de…, commence Blake en s'interrompant volontairement.
- Sensei, peut-être ? le taquine Antoine.
Tous se mettent à rire tout bas, tandis que Blake renonce momentanément à les enquiquiner et rassemble son courage pour formuler sa requête.
- Serait-il possible de visionner la vidéo surveillance du Musée où l'on voit Duo s'y introduire, ou, si ce n'est pas possible en entier, la partie où il danse avec les RLA ? demande-t-il, plein d'espoir, alors que Duo pousse un long soupir résigné.
- Non, refuse Heero d'un ton catégorique. Autre chose ?
- Euh… non.
- Dans ce cas, remets-toi au travail, commande-t-il.
S'il juge la pause et les révélations suffisantes, Blake, lui, ne semble pas tout à fait rassasié…
- Sensei ? l'interpelle à nouveau le frère aîné McGuire.
- Hn ? répond Heero avec une infinie patience.
Quand le reste de son équipe voue en secret un véritable culte à son endurance et son calme olympien.
- Sauf crise majeure et monopolisant les meilleurs d'entre nous, les Administrateurs ne convoquent jamais au moment des repas et vont même jusqu'à interrompre une audience si elle vient à déborder sur l'heure du déjeuner…
- Viens-en au fait, Blake, réclame Heero en braquant son regard sur lui.
Blake déglutit, commençant seulement à sentir qu'il atteint dangereusement les limites de ce que son colonel veut bien tolérer de la part de ses agents…
- Bah… Duo a été convoqué en matinée, souligne-t-il courageusement.
- Et ? l'interroge-t-il tout en échangeant un coup d'œil rapide avec son amant, lequel retient sa respiration, le rouge aux joues.
- Et je me disais que peut-être Duo avait décompressé en cuisinant un truc sympa et en grande quantité, vu l'heure à laquelle vous êtes arrivés à l'Agence ?
Alors que Duo sent un soulagement immense l'envahir, Blake, lui, se reçoit une pluie de projectiles de la part de ses collègues ; des boules de papiers, des morceaux de gommes… tout ce qui peut voler et atteindre gentiment McGuire.
- T'en rates pas une ! lance Marc.
- Tu ne penses qu'à manger, c'est pas possible ! s'exclame Alec.
- Dis tout de suite que je cuisine mal ? se vexe Nanako.
- Tes mets sont délicieux, Nana, garantit Antoine, volant au secours de son collègue. Blake est un ventre sur pattes, tu le sais bien…
- Je vous rapporterai une part, promet Duo, avant que Blake ne renchérisse avec une réflexion malheureuse.
Non, il n'a pas cuisiné avant de les rejoindre à l'Agence, mais cela ne l'empêchera pas de mitonner un bon plat, tantôt et de leur en faire profiter. Cependant, et Duo est passé maître dans ce domaine, sa promesse laisse entendre qu'il a bel et bien cuisinéavant de revenir parmi eux… sans qu'il n'ait à mentir.
Heero reste impassible, mais il sourit en son for intérieur…
… avant de refermer cette parenthèse, somme toute enchantée, comparé à ce qui va suivre.
- Nous devons convoquer la mère de Peter Manuel, l'individu responsable de la mort de neuf jeunes femmes, après les avoir traqué et violé, indique-t-il, ramenant son équipe à la dure réalité. Quatre a été consulté sur ce cas et a confirmé la clairvoyance d'Antoine qui suggère de confronter la mère et le fils afin d'obtenir des aveux complets… À moins que tu n'aies d'autres questions d'ordre privé à me poser, Blake ?
L'Agent McGuire secoue la tête, éprouvant à présent la pleine autorité de son Colonel.
- Bien, se satisfait Heero.
Blake calmé, ses hommes reprennent le cours de leurs activités…
- Heero, le Colonel Clark vient de m'envoyer un nouveau message, l'informe Marc d'un air grave. Il se pourrait que nous devions faire le déplacement jusqu'en R2, Amérique du Sud.
- « Le Monstre des Andes » ? Duo demande-t-il confirmation.
- Oui. Trois équipes preventers sont déjà sur cette affaire, mais les victimes s'accumulent et ils ne parviennent pas à mettre la main sur ce Pedro Lopez.
- Ils ont beau connaitre son identité, ce type leur file entre les doigts, complète Alec. J'ai un contact, là-bas, qui pourrait nous aider…
- Antoine, fais-nous un résumé, commande Heero, pendant que tous se rapprochent de la table connectée.
Tout en s'appliquant à sortir sur écran les documents et photos correspondant à ce dossier, Antoine s'exécute.
- Pedro Lopez, surnommé « le Monstre des Andes », est un fils de prostituée. Expulsé du domicile familial à l'âge de huit ans, il tombe dans les griffes d'un homme qui le viole à plusieurs reprises. Sévices durant lesquels Pedro Lopez se jure de faire de même à autant de petites filles que possible. La police locale a d'abord dénombré cent quatre-vingt-trois victimes. Mais du fait de tensions politiques entre les deux pays limitrophes, ils sont longtemps restés dans l'ignorance des autres crimes de Pedro commis en dehors de son pays natal. À ce jour, les preventers décomptent trois cent victimes au total dans trois pays différents.
- Je suis au fait des endroits où les gamins des rues se cachent et qui demeurent invisibles aux regards des adultes, rappelle Duo. Pedro Lopez n'a rien oublié de ces labyrinthes et les recoins des villes, ça me connaît… Donnez-moi une carte où figurent toutes les ruelles, les bâtiments abandonnés et ceux en construction. Ainsi qu'une liste des plaintes pour vols à l'étalage…
- Sensei ? Alec se propose-t-il d'aider Duo dans sa tâche.
- Hn, approuve Heero. Travaille de concert avec Duo et ton contact afin d'obtenir la carte la plus précise possible. Notre connaissance du terrain est notre seule chance d'appréhender ce criminel.
- Entendu.
- Nanako, une fois les résultats obtenus par Alec et les sites retenus par Duo, tu identifieras les lieux de tirs possibles jusqu'à six cent mètres en fonction des vents. Nous devons l'arrêter, mort ou vif. En attendant, voit avec Antoine les résultats de recherches par drones effectuées par les autres équipes.
- Oui, Sensei.
- Antoine, je vois que tu as déjà commencé à établir ton propre profil, le félicite-t-il.
- Je n'ai pas voulu lire le rapport de mon confrère pour garder un regard neuf sur ce dossier, confirme-t-il. Pour autant, je ne voudrais pas lui manquer de respect ou marcher sur ses plates-bandes…
- Notre mission à tous est de neutraliser les « artistes rouges » et les « maudits ». Tu agis sous mes ordres et si qui que ce soit trouve à redire, envoie-le moi. En attendant, complète et approfondis ton profil. Cela permettra à Duo d'éliminer certaines hypothèses.
- Oui, Sensei, garantit Antoine, renforcé par l'aplomb d'Heero.
- Marc, appelle le Colonel Clark et voit s'il est disponible, puis bascule-le sur ma ligne. Nous verrons ensuite comment nous répartir sur les trois territoires…
- Okay, obtempère-t-il en décrochant déjà son téléphone. L'une des premières équipes à pied d'œuvre depuis des semaines m'a assuré se tenir prête à se placer sous ton commandement.
- Hn.
- Les équipes preventers à travers le monde sont réputées pour coopérer sans faire de difficultés entre elles, mais là, c'est différent, fait remarquer Blake. Ça s'apparente plus à un appel à l'aide…
- Ils ont l'air dépassé, renchérit Alec.
- Il ne s'agit pas de nous rendre sur place pour patauger à notre tour, nous le ferions très bien d'ici, souligne Heero. Si nous y allons, c'est pour arrêter cet homme dans les plus brefs délais. Il se sait traqué, mais nous n'étions pas encore sur son dos, motive-t-il sa troupe. Le point dans une heure, intime-t-il.
- Oui, Sensei ! acquiescent-ils tous d'une même voix.
- Le Colonel Clark sur la deux, le prévient Marc.
- Je prends, réceptionne Heero.
Remontés à bloc, les membres de son équipe s'affairent avec une efficacité redoutable, comme pour chacun des dossiers dont ils ont la charge…
•
Le soir venu,
à la Résidence Yuy…
•
L'équipe du Colonel Yuy fait partie de celles dont les membres préservent le mieux leur équilibre de vie. Avant d'entamer la moindre formation, avant de les faire entrer dans le vif du sujet, Heero met un point d'honneur à transmettre la faculté de dissocier sa vie privée de ses missions professionnelles. Les agents doivent pouvoir éprouver de la joie ou de la tristesse sans culpabiliser, afin de rester sain d'esprit et opérationnels pendant les enquêtes. Et à l'inverse, ne pas se laisser envahir par les rapports détaillés et crus, les photos de scènes de crimes et les témoignages ; tant ceux des victimes rescapées, des proches impactés que ceux des criminels eux-mêmes. En cela, Heero demeure intransigeant et veille au grain…
En cela, il participe plaisamment à l'élaboration de leur dîner avec son fiancé, un léger sourire flottant sur ses lèvres… à mille lieux du monde inhumain des « artistes rouges » et des « maudits » ; tout en ne cessant jamais d'être vigilant.
Un numéro d'équilibriste parfaitement maîtrisé.
- Je dois absolument concocter un truc sympa pour demain midi, rappelle Duo. Sinon…
- Ils risqueraient de se douter qu'on couche ensemble, l'interrompt Heero, taquin et faisant rire son compagnon.
Peu avant minuit, adossé contre son oreiller blanc, un bras derrière la tête, Heero se remémore ces derniers mois, les changements majeurs survenus dans leurs vies et auxquels personne ne s'attendait.
Un vaste bilan aux ramifications multiples se terminant par cette folle journée…
- Kat'anna dort dans l'armoire d'Akane, l'informe Duo en entrant dans leur chambre. Faudra que je pense à laver ses paniers, note-t-il pour lui-même, tout en venant se glisser sous les draps. Elle n'a pas l'air de m'en vouloir de m'être absenté durant dix jours…
Heero s'allonge convenablement, afin que son amant puisse trouver la meilleure position possible dans ses bras. Une fois lové comme il lui sied, Duo pousse un long soupir de pur contentement.
- T'es vachement impressionnant comme type, tu sais ? souligne-t-il, avant de lui déposer un doux baiser sur le torse.
Heero se fend d'un large sourire.
- Je sais.
- Tu peux pas savoir à quel point je suis heureux de vivre avec toi, assure-t-il, avant de bailler.
Touché, Heero resserre son étreinte autour de Duo et lui dépose, à son tour, un doux baiser dans les cheveux.
- Standford, relève inopinément Heero, au bout d'un moment.
Pourtant assoupi, il reste suffisamment de vivacité au natté pour qu'il se morde la lèvre d'un air coupable et mutin à la fois.
- Standford, confirme-t-il sa confession du jour.
Pensif, Heero sourit en coin en se remémorant quelques vieux souvenirs…
- Laisse-le tranquille et fais dodo, tente Duo d'une voix pleine de sommeil.
- Hn.
- 'rooo…
- Hn.
N'ayant que peu d'emprise sur la détermination de son homme, Duo abandonne et niche plutôt son nez dans son cou.
- J'aurais fait tout ce que je peux, vieux truffier ! marmonne-t-il, comme si Standford pouvait l'entendre dans une autre dimension.
Puis il se serre plus étroitement encore contre Heero, toujours avec cette envie constante d'être au plus près de lui, de sa chaleur…
Tout en le câlinant sagement, Heero attend de le sentir peser plus lourdement sur son corps, d'entendre sa respiration devenir plus lente et plus profonde… signes que Duo se sera endormi.
Paisible, Heero se laisse bercer par la présence réconfortante de son bien-aimé et se glisse à son tour dans un sommeil réparateur…
À suivre…
Note :
(A) : dialogues extraits de l'anime
•
Note de fin :
Un nouveau grand merci à toi, Alinea63. Je suis ravie d'être rejointe dans le déroulement des évènements et dans les « choix » de chacun des personnages. Ça fait grave plaisir ! Là encore, tu vois juste et je ne pense pas me tromper en disant que la plupart d'entre vous le ressentent également : nous nous rapprochons malheureusement de la fin. C'est difficile de les quitter !
Ouf ! Merci Misaki. C'est très, très rassurant pour moi. C'est une scène importante et je l'ai toujours perçu ou ressenti comme étant la contemplation d'un paysage désolé… aride… stérile. Comme c'est assez déprimant, je suis heureuse de n'avoir pas choisi le chapitre précédent comme étant le clap de fin. Au contraire, je veux finir sur une note joyeuse. Et quoi de mieux que d'observer la façon dont Duo utilise sa liberté de circulation retrouvée ? J'étais curieuse de savoir ce qu'il ferait en premier lieu et quelles en seraient les conséquences. J'en ai donc profité pour effleurer l'univers – ou plutôt, les coulisses - de Carte Noire en partant à la rencontre de Standford. Une façon, aussi, de clore le dossier « Administrateurs Preventers face à feu Carte Noire ». J'estimais qu'il manquait un élément, qu'un évènement important ne s'était pas encore produit… C'est chose faite !
Prenez soin de vous, désolée pour l'attente prolongée, et…
… à la semaine prochaine !
Kisu
Yuy ღ
