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Carte Noire,
un voleur nommé désir
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Source : Gundam Wing AC
Auteure : Yuy
Bêta de lumière : Lysanea
Genre : yaoi, romance, policier et UA.
Disclamer : aucun des personnages ne m'appartient sauf Black Light, Kimo Lost/Maxwell dit « Le Joker », Scarlette, Jenna et John Johnson, Gale et l'Inspecteur Morris, Aideen dite « L'Irlandaise », Masanaga dit « Le Japonais du Sud », Joe Fisher, le Gardien du loft 781, Lionel et Jeff, Akane, Lieutenant Nanako Gotô, Yumi, Capitaine Marc Guérin, Capitaine Alec Bowers, Lieutenant Antoine Faure, Capitaine Blake McGuire, Agent spécial Kale, Jack Glade, Anita Stones, Faye Ship, Ito Li, Barbara Linardt, Stan et Shawn McGuire, Steve Harris, Akito, Towika, Eichi, les frères Studners, Commandant Giuliano Cortesi dit Elmo, Gasper, Rosy, Charles, Luca, Standford, Surk, Shin-ji, Estelle, Docteur Akeno, Antonio, Katrine, Vincent, Fernand Faure, Isabelle De la Forgerolle-Faure, Cure-dent, le Colonel Jackson, Maurice Bailey dit « le géniteur », Daniel Bailey, Freddy (l'un des copains de Daniel), Miss Lili, Phoebe, Jason Stich, Hakim, Stuck, Jackie, Jake MacCain, Sean Davis, Silvio, Rosy MacGarette, l'Agent spécial Tsuki, Vincent, Antonio, Alexandra, Steven, Kylian, Monsieur Fernot, Monsieur Boyer, Maître Joly, Charles Dubois, Hisa, Shunichi Abe, Kei, l'Agent Gere, Fuhito, le Colonel Patchak, l'Agent spécial Anaé Maeda, le Maréchal Forb, l'Agent spécial Yuto, l'Agent spécial Isato Yamori, l'Agent spécial Meï Ming-Yue, Tsuneie, Grand-mère Yoyo, Chiyo, Emon, Yasuo, Freddy (le chauffeur de taxi), le Colonel Clark, l'Agent spécial Freddy Stich, Kiki-fait-tout et Greg.
Couples : Heero x Duo ; Trowa x Quatre
Note : Veuillez m'excuser pour mon retard de post prolongé… Je crois, qu'au fond, il m'est difficile de me dire que nous sommes arrivés au bout de ce dossier. Carte Noire tient une place particulière pour moi. Il m'a demandé beaucoup de travail, bien plus que ce à quoi je m'attendais et en a donné une à deux tonnes supplémentaires à ma bêta de lumière, sans qui mon dossier n'aurait pas été aussi fluide. Lysanea, merci infiniment pour tes précieux conseils, ton travail d'orfèvre… et pour tout le « reste ».
Bon, assez papoté ! Place à votre lecture…
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Lime
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À Ly-chan, mon impérissable
et à tous les lecteurs
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Bonne lecture !
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25 – Carte Noire
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Quelques mois plus tard…
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Finalement, les pires craintes de Duo se sont avérées inutiles.
Heero s'est « simplement » contenté de consommer du café, sans que cela n'affecte profondément leur vie de couple. Tout au plus une série de petites piques, ici et là, histoire que Duo se souvienne qu'Heero aussi peut explorer toutes les nuances de Carte noire© en se montrant corsé… et doux à la fois.
La mise sous surveillance ordonnée par Wufeï et ses confrères Administrateurs a officiellement cessé au bout de trois mois. Initialement, elle devait durer plus longtemps, mais cette mesure – à la fois préventive et punitive, et qui se veut indétectable pour le commun des mortels – a quelque peu fait chou blanc. Compatissant et taquin, Duo n'a pas résisté à offrir boissons et collations aux agents spéciaux poirotant et se relayant non loin de la Résidence Yuy et suivant le natté comme son ombre. Dès lors, il est vite apparu vain de poursuivre cette mission, étant donné la capacité naturelle de Duo a détecter leur présence, pourtant discrète. Heero partage évidemment cette même faculté, mais contrairement à son fiancé, il a eu le tact de ne pas se manifester auprès des agents. Seulement, Duo passant le plus clair de son temps en compagnie de son colonel, les agents spéciaux se sont donc retrouvés contraints et forcés d'observer, avec un malaise grandissant, le Preventer d'élite Yuy dans sa vie privée…
Dans la circonstance, cette filature à la limite du ridicule et de l'absurde n'a pas perturbé le quotidien des deux hommes. D'autant plus que l'enquête menée en R4 n'a rien donné. Quatre Raberba Winner - en son nom propre et en celui de son musée - n'a pas porté plainte, arguant qu'on lui a apporté le Deathscythe sur un plateau.
L'équipe technique chargée de collecter les preuves, quant à elle, s'est vite retrouvée le bec dans l'eau. Elle n'a pas constaté d'effraction, ni relevé d'empreintes digitales, ni aucune trace ADN et l'étude des bandes des vidéos de sécurité ne lui a pas permis non plus d'esquisser la moindre piste sérieuse ; tout au plus, une silhouette noire rehaussée d'une boule de lumière en guise de tête.
Cependant, et bien que cela n'apporte rien de probant à leur enquête, aucun des membres de l'équipe technique n'a pu résister à visionner l'entièreté de l'enregistrement. Il faut dire que le spectacle qu'offre Carte Noire est saisissant. À noter également qu'il s'agit de la seule et unique prise de vue du célèbre voleur et qui plus est, en pleine action…
Alors, les yeux grands ouverts et dans un profond silence, ils ont observé d'un regard fasciné ce corps svelte danser avec les rayons laser autonomes, tout en souplesse et en grâce, faisant preuve d'une virtuosité à peine croyable… jusqu'à la vitrine des Gundams. Lorsque Carte Noire a commis le délit le plus généreux de sa carrière en plaçant le Deathscythe aux côtés des autres Mobils suit, les spectateurs de l'équipe technique ont presque regretté qu'il n'y ait pas eu plus de couloirs, de salles et même de niveaux entre l'entrée du Musée et cette vitrine…
Et si Duo Maxwell a bel et bien débarqué en R4 durant cette période – comme des milliers d'autres passagers – cela ne peut constituer une preuve irréfutable qu'il est l'auteur des faits ; ni même qu'il ait mis les pieds au Musée, étant donné qu'il ne l'a pas visité lors de son court séjour.
En définitif, seuls les Administrateurs et une poignée de chanceux connaissent toute la vérité sur la brève existence de Carte d'Or.
Le dernier coup d'éclat de Carte Noire…
La plupart des preventers à travers le monde s'en contrefiche complètement, ou s'en amuse. Au-delà, l'acte inouï du légendaire « poids plume » leur apparaît plutôt comme un engagement à racheter ses fautes ; ce qui leur convient parfaitement.
Toutefois, Duo n'en a eu le cœur net que lorsqu'Heero l'a une nouvelle fois trainé de force à l'Endless Waltz. Ainsi, le natté a pu s'assurer de l'accueil chaleureux des agents spéciaux ; celui-là même lui étant réservé depuis sa première apparition au karaoké. Devant les mines réjouies et gentiment réprobatrices de ses confrères, Duo s'est rapidement détendu… non sans avoir été dans l'obligation d'effectuer quelques passages au micro.
- « Mon gamin est comme un dingue, depuis que tu as rendu le Deathscythe ! »
- « C'est mignon tout plein d'avoir restitué le Gundam, mais à l'avenir, tu ferais mieux de te tenir tranquille, l'ami ! »
- « Nous refais pas un coup pareil, hein ? » lui a fait promettre Isato Yamori. « T'es pas bien avec nous ? »
Le regard dans le vague, bercé par le doux brouhaha qui règne actuellement à l'Agence d'Osaka, Duo se remémore les paroles et conseils des preventers à son égard, encore étonné de leur solidarité envers lui…
*C'est à la fois touchant et complètement fou !* pense-t-il, tout en mordillant son stylo.
Même Shawn – un être pourtant raffiné, à l'opposé de son bourru de frère – le porte en haute estime et le considère comme un être d'exception…
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Début du Flash back,
trois mois plus tôt…
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Malgré la mise sous surveillance complète dont Duo fait désormais l'objet pour une durée indéterminée, il est néanmoins rassuré sur son sort et sur celui de l'équipe Yuy. C'est donc à nouveau plein d'entrain, le surlendemain de son audition, qu'il prend la route avec Heero en direction du Château des Peacecraft, tous deux impatients de récupérer leurs enfants…
Sur place, ils ne font pas deux pas dans l'entrée que Daniel et Akane accourent déjà vers eux, manifestement aussi impatiens qu'eux de les retrouver.
- Daddy ! Papa ! s'écrient-ils gaiment.
Tandis qu'ils se faufilent entre les jambes du majordome quinquagénaire - lequel s'est rapidement découvert des talents d'équilibriste à leur contact - Duo s'agenouille afin de les recevoir dans ses bras. Heero, derrière eux, referme la porte que le majordome ne peut plus atteindre, tout en les couvant d'un regard aimant et protecteur. Bras dessus, bras dessous, Milliardo et Shawn s'avancent vers eux, saluant leurs hôtes d'un élégant signe de tête.
- Mes chatons, murmure Duo en étreignant ses enfants. Mes petits chats d'amour, vous m'avez tant manqué…
- Tu nous as manqué aussi, dad, lui fait savoir Akane de sa voix cristalline. Pas seulement à mon frère et à moi. À papa et à Kat'anna, également.
- C'est nul, quand t'es pas avec nous ! se plaint franchement Daniel sans chercher à amoindrir ses reproches. J'aime pas quand tu laisses papa tout seul… C'est pas gentil !
- Daniel, le prévient doucement Heero.
Duo s'écarte de leurs enfants afin de pouvoir ancrer son regard à celui de leur fils ; assurément le plus fâché des deux.
- Tu as raison, Dany boy. Ma place est à vos côtés.
Un sentiment de culpabilité continue de poindre en lui. Cependant, Heero a su le revitaliser de l'intérieur, restaurer sa force d'esprit et ses certitudes. À présent, c'est au tour de Duo d'effacer les doutes et les craintes tapis dans le cœur de leurs enfants.
- Vous m'en voulez, tous les deux, d'avoir laissé votre père tout seul, poursuit-il.
- Oui, exprime clairement leur fille.
- Je vous demande pardon. Vous savez, je ne l'ai pas fait de gaité de cœur. J'ai souffert, moi aussi, d'être loin de vous.
Après un moment de réflexion où Daniel et Akane se consultent du regard, ils finissent par se jeter dans les bras du natté.
- Je t'aime, daddy, déclare Akane en s'accrochant à sa longue natte.
- Moi aussi, je t'aime, dad, déclare Daniel.
- Je vous aime, mes trésors, réaffirme Duo en les berçant doucement. Je vous aime plus que tout au monde, votre père et vous. Mais… même si c'est encore difficile à comprendre et à accepter, je devais impérativement effectuer ce dernier voyage seul.
- Le dernier, hein, dad ? relève Daniel.
- Le dernier voyage de Carte Noire, oui, promet Duo en lui frottant le dos.
Daniel se détache alors de lui, tout sourire.
- T'as assuré, dad ! le félicite-t-il enfin.
Duo lui rend son sourire, mais il ne se sent pas à son aise. Être encensé d'avoir eu un parcours illicite remarquable ne fait pas tout à fait sa fierté et le malaise s'accentue nettement lorsque leurs enfants débordent d'admiration pour les exploits de Carte Noire.
*Plus tard, ils réaliseront ce que tout cela signifie vraiment…* se dit-il en décoiffant gentiment son fils, tout en veillant à contrarier son épi.
- Ne t'inquiète pas, dad, le tranquillise Akane en se détachant de lui, elle aussi. Nous avons bien compris que nous ne devons pas suivre les traces de Carte Noire.
Durant un bref instant, Duo se remémore la raison pour laquelle il est devenu cette entité criminelle.
*Au bout du compte, au lieu de parvenir à venger ma famille d'adoption, mes compagnons orphelins, j'ai bien failli manquer à mes devoirs envers Kimo, Dano et envers moi-même…* songe-t-il, un pincement au cœur.
- C'est à titre exceptionnel que tu as dû de nouveau prendre tous les risques pour réparer une injustice perpétrée dans ta jeunesse, poursuit-elle avec élégance, tout en ancrant son regard franc au sien. Une erreur commise à seule fin de survivre et non pour nuire, veut-elle l'en convaincre en usant brillamment des mots de son père et de ses oncles. N'est-ce pas, oncle Mill' ? demande-t-elle son soutien, en pivotant à demi vers lui.
Une question loin d'être anodine et révélant qu'ils en ont longuement discuté, tous ensemble ; peut-être même Shawn s'est-il joint à leurs échanges. Surpris et touché, Duo se met à dévisager Milliardo et réalise qu'il n'a jeté qu'un bref coup d'œil aux maîtres des lieux, lors de son arrivée au Château.
Digne, l'Ambassadeur est debout face à lui, tenant Shawn par la taille en un geste faussement nonchalant.
- La bienveillance de votre daddy ne fait aucun doute, réaffirme-t-il, en rendant la pareille au natté.
Un court silence suit ses paroles, durant lequel Duo adresse des remerciements muets à Milliardo, avant que le daddy ne se reprenne et retrouve son sourire plein de gaieté.
- Eh bien ! Avec tout ça, j'en ai oublié les bonnes manières, remarque-t-il, en se redressant.
- Pour les avoir oubliés, encore faudrait-il déjà les avoir assimilées, le taquine Milliardo, faisant mouche.
Shawn se met à rire. Un rire chaleureux, chantant et dénué de toute moquerie, tandis que le natté bougonne à souhait en croisant les bras sur son torse.
- Argh ! Commences pas, toi ! interpelle-t-il Milliardo avec une décontraction désarmante, charmante. J'ai assez à faire avec Blake ! Sans vouloir t'offenser, Shawn, mais… tu connais ton frère…
- Oui, confirme effectivement le cadet des McGuire, tout sourire.
De leurs côtés, les enfants se font une joie d'aller faire un énorme câlin à leur père. Mais très vite, Daniel se détache, semblant penaud de son léger dérapage, et tient visiblement à en discuter le plus tôt possible avec Heero.
- Pardon, papa. Je ne voulais pas être méchant avec dad,tout à l'heure…
- Je le sais, petit guerrier, le tranquillise Heero, d'une voix douce. Et votre daddy le sait aussi. Tu as eu raison d'exprimer tes sentiments et ta sœur comme toi aurez toujours raison de le faire.
Soulagé, Daniel se serre à nouveau contre son père, lequel déchiffre sans mal le regard complice que lui lance sa fille…
- Duo et moi avons mis les choses à plat, garantit-il en lui caressant la joue.
Satisfaite, Akane lui offre un grand sourire.
L'instant d'après, tout ce beau monde s'installe au Grand salon donnant accès à la terrasse principale et conduisant à l'un des jardins paysagés. Alors que Shawn et Duo continuent de discuter gaiement, les enfants jouant autour d'eux, Milliardo et Heero s'isolent en s'éloignant seulement de quelques pas…
- C'était joué d'avance, souligne Milliardo, pas dupe des machinations politico-preventers autour de Carte Noire.
- Hn.
- Il ne se rend compte de rien. Ce n'est peut-être pas plus mal ainsi et, de toute façon, cela ne changerait rien à l'affaire.
- Duo a bien saisi les enjeux, le détrompe-t-il.
- Ton fiancé s'est emmêlé les pinceaux en voulant superposer deux cartes aux tracés totalement différents et menant chacune à des rives opposées.
Heero ne peut qu'acquiescer.
- Duo donne-t-il le change, ou se porte-t-il réellement bien ? veut savoir Milliardo.
- Duo va bien, sinon, nous vous aurions laissé les enfants plus longtemps.
C'est au tour de Milliardo d'acquiescer.
- Shawn est particulièrement resplendissant, remarque alors Heero.
- À présent assuré que Blake bénit notre union et sera présent à la cérémonie, Shawn n'a de cesse d'en revoir les détails. Akane et lui sont surexcités par notre prochain mariage… mais également par le vôtre, le prévient-il.
Heero esquisse un doux sourire. Il est déjà bien au fait de la nouvelle obsession de la jeune fille. Si elle ne lui impose plus de porter des tee-shirts à l'effigie de main coon et autres chats depuis que Duo, Daniel et Kat'anna sont entrés dans leur vie, elle ne manque pas d'aborder le sujet du mariage de ses papas… quasi quotidiennement.
- Vous souhaitez toujours vous marier en secret, avant que la nouvelle ne devienne officielle ?
- Plus que jamais. Nous avons déjà trouvé un accord avec le maire afin que puissions signer notre contrat à l'abri des regards et sans que les bans ne soient publiés. Mais nous ne pouvons pas organiser notre cérémonie au Château, ni même au Manoir, sans attirer l'attention des médias. Je crains même qu'aucun endroit dans cette Région ne puisse convenir à notre envie de discrétion.
- Hn. Il me vient une idée, mais je dois d'abord contacter les propriétaires du Domaine avant de vous en dire plus. Inutile de vous donner de faux espoirs.
- Notre cérémonie n'aura pas lieu avant au moins un an et demi, voire deux ans. Mes missions diplomatiques vont nous accaparer sans relâche durant cette période. Il m'est déjà difficile d'offrir des jours de repos consécutifs à mon fiancé…
- Oublie ça, lui conseille-t-il. Dorénavant, Duo refuse de prendre des vacances sans moi. À la rigueur, je parviens à lui vendre le concept à la condition qu'il profite aux enfants. Mais d'après mon expérience et de ce qui ressort de votre relation à Shawn et toi, n'escompte pas convaincre ton cher et tendre de se tenir loin de toi pour savourer des jours de farniente… « Une idée primitive, totalement périmée ! », pour citer Duo.
Heero ne juge pas nécessaire de rapporter toutes les paroles de son natté, à ce sujet : « Tu veux gâcher ma vie ? Non mais dis-le si je te gêne ! » « Un jour sans toi, c'est un jour de perdu ! » « Ai-je l'air d'avoir envie de m'ennuyer ? »
Heero doit bien admettre que Duo a l'art et la manière de présenter les choses et de retourner une situation en sa faveur…
- Nos fiancés sont pourtant loin d'être délaissés, souligne Milliardo. Nous vivons et travaillons avec eux. Il serait naturel qu'ils veuillent retrouver un semblant de solitude, de temps à autres.
- T'attendrais-tu à ce que Shawn prenne ses distances, un jour prochain ? décèle Heero.
- Rien de drastique ni de dramatique. Néanmoins, Duo n'a jamais caché vouloir retrouver sa liberté de mouvement et il a sauté dans le premier avion dès qu'il en a eu l'occasion.
- Nos compagnons n'ont rien de comparable, Milliardo.
- J'en conviens. Cependant, il n'est pas exclu que Shawn ne veuille pas, lui aussi, retourner sur les lieux de son passé.
- Si Shawn veut retourner en R2, ce dont Quatre doute, il voudra que tu l'accompagnes.
- Il y a peu, il a sérieusement envisagé d'accepter une mission de conciliation, révèle-t-il. Mission consistant à partir seul, à l'autre bout de la planète. Je lui ai assuré qu'il aurait eu mon soutien, quelle qu'aurait été sa décision. Je n'ai rien laissé paraître, mais j'ai cru devenir fou rien qu'à l'idée qu'il puisse l'accepter.
Heero le dévisage un court instant, l'air pensif.
*Il ne faudrait pas que Shawn disparaisse, de quelque manière que ce soit…* se dit-il, in petto.
- J'ai détesté être séparé de Duo dix jours durant, finit-t-il par déclarer. Et fort heureusement pour moi, ce sentiment est réciproque et il n'a pas l'intention de reconduire l'expérience.
Milliardo esquisse un doux sourire, faisant écho à l'air complice de son beau-frère.
- Peut-être ont-ils éprouvé tous deux le besoin de se rassurer, suggère Milliardo. De redessiner les frontières de leur nouvel espace de vie à nos côtés. Si Duo a osé s'envoler loin de toi pour remplir sa mission, il aura suffi à Shawn de simplement l'imaginer…
- Plains-toi ! soupire Heero en faisant allusion aux péripéties que lui fait vivre son amant.
Milliardo éclate de rire, attirant comme à chaque fois l'attention de son fiancé…
Radieux, Shawn reporte ensuite son attention sur Duo avec lequel il aborde tout un tas de sujets divers et variés, dont celui, inévitable, de leurs mariages prochains.
- Milliardo et moi devons patienter encore de longs mois, alors, si Heero et toi avez besoin d'aide pour organiser votre mariage, sachez que je me tiens à votre entière disposition, propose encore Shawn d'un air enjoué.
- Tout doux, l'agneau en porcelaine ! Ma petite libellule se charge déjà de nous presser le citron.
- Votre fille a un goût certain pour les belles choses, lui rapporte-t-il. Elle m'est d'une aide précieuse concernant notre mariage.
- Mouais, grimace Duo, se disant qu'il ne peut pas compter sur Shawn pour faire diversion. T'es pas censé être hyper occupé, niveau boulot ?
- Je peux aisément me libérer, garantit Shawn, le regard pétillant.
- Bah, c'est vrai qu'un coup de main ne serait pas de refus, admet-il. Mais nous n'avons pas encore arrêté de date et puis, on veut quelque chose de simple…
- Bien entendu.
- Je doute que nous ayons la même définition d'une cérémonie à la bonne franquette, Shawny.
- Des invités triés sur le volet, des costumes sur-mesure, un lieu enchanteur, une décoration raffinée, un quatuor à cordes et un menu léger, énumère-t-il fluidement.
- Moui… et sinon, en version « chic et sobre », ça donne quoi ?
Shawn se met à rire avec douceur.
- Il serait peut-être judicieux de commencer par t'exposer en détails notre propre cérémonie à Milliardo et moi. Rien d'exubérant, mais rien de dépouillé non plus.
- Ah.
- Mon cher Duo, il est absolument inenvisageable que votre mariage évoque une… kermesse. Même s'il y aura une aire de jeu sécurisée pour les enfants, naturellement.
- S'il-te-plaît, dis « oui », dad ! le prie Akane, laquelle n'a rien manqué de leur conversation.
Bien décidés à convaincre Duo, Shawn et elle offrent au natté leurs plus beaux sourires, tandis que Daniel soupire d'un air blasé.
- Dis-leur « oui », dad, lui conseille-t-il également. Comme ça, nous aurons plus de temps pour nous. Ça fait longtemps qu'on ne s'est pas entrainé, toi et moi. Papa aussi nous donne des cours de MMA, mais tu ne le fais plus depuis un moment.
Le « Mixed Martial Art » est un mélange de pugilat et de lutte au corps. Cela va sans dire, Heero et Duo adaptent leurs cours en fonction du jeune âge et du niveau de leurs enfants…
- Le temps file vite, on dirait, réalise Duo d'un air songeur, tout en caressant la tête de son fils. Je dois d'abord en discuter avec 'ro avant de vous donner notre réponse, leur signifie-t-il ensuite, revenant à ce qui préoccupe sa fille et Shawn.
- Papa est déjà d'accord, lui apprend Akane. Il nous a dit que la décision finale te revenait.
- Alors, c'est d'accord. Je vous donne carte blanche !
- Oui ! triomphe la jeune fille en claquant sa main dans celle que lui tend Shawn.
- Vous n'aurez pas à le regretter, promet ce dernier.
- J'ai confiance, va, t'inquiète ! le tranquillise le natté.
- Merci.
- C'est plutôt à nous de te remercier. 'ro et moi avons très envie de nous marier, mais j'avoue que l'organisation de la réception… tout ça… ça nous submerge un peu.
- Je peux le comprendre.
- Enfin, ça me submerge, moi, rectifie-t-il, après coup. 'ro ne se laisserait pas déborder. Il ferait simple. Très simple ! Et cela ne m'aurait pas dérangé, à vrai dire…
- Fort heureusement, Akane et moi nous occupons de tout, se hâte-t-il à rappeler, les mots du natté sonnant comme une menace.
- C'est cool ! se réjouit Duo. Tu peux recouvrer ton état normal, du coup.
- Comment cela ? demande Shawn en clignant des yeux d'un air innocent.
- T'es tout bizarre, depuis tout à l'heure, lui signale-t-il en le dévisageant. T'as les yeux qui brillent plus que d'habitude. T'es… t'es tout frétillant et tu me regardes comme si j'étais une tartelette au citron meringuée. C'est flippant, j'te jure !
Cueilli, Shawn se met à rire aux éclats, pendant que Daniel et Akane, imperturbables, continuent de chuchoter entre eux d'un air comploteur.
- Eh bien…, commence Shawn, avant de se mordre la lèvre.
- Ouais ? l'encourage Duo, le sentant hésiter.
- On dit « oui », dad ! le reprend machinalement Daniel.
- Oui, oui…, marmonne Duo, blasé. Alors ?
- J'adorerais t'entendre relater ta dernière aventure, se lance Shawn, plein d'espoir.
- Oh, oui ! Oh, oui ! les enfants appuient-ils sa requête.
- Ça m'aurait étonné, tiens ! commente Duo. Les frères McGuire, tous les mêmes !
- Daddy, s'il-te-plaît ? insiste Daniel.
- Je suis désolé de vous décevoir tous, mais ma réponse est un « non » ferme et définitif. Inutile de vous entêter ou de me soudoyer avec du Gran Blanco, glisse-t-il, l'air de rien.
Une denrée précieuse, un cacao unique au monde cultivé dans le nord du Pérou que Duo aimerait bien goûter et cuisiner, afin d'en faire profiter ses proches. Néanmoins, face aux mines défaites de ses enfants chéris, Duo se ravise quelque peu.
- Vous n'avez qu'à vous adresser à BicMan. J'imagine qu'il a soigneusement consigné tout ce que j'ai bien pu lui raconter…
Les enfants sautillent de joie à la perspective de s'amuser - de discuter - avec Blake, tandis que Shawn se contente de sourire. Il est un brin déçu que Duo refuse de se confier sur ce sujet, mais se réjouit d'avance à l'idée de passer un agréable moment en compagnie de son frère à reparler des exploits de Carte Noire…
- Qu'avons-nous manqué ? s'enquiert Milliardo en venant prendre son fiancé dans ses bras, par derrière.
Shawn se love aussitôt dans sa chaleur, glissant ses mains sur les avant-bras de son homme.
- Vous me devez du Gran Blanco, déclare carrément Duo.
- En quel honneur ?
- En l'honneur de moi ! le renseigne-t-il, faisant doucement rire l'Ambassadeur.
- Dois-je te rappeler, cher ami, que tu viens à nouveau d'accomplir une véritable prouesse et que tu refuses cruellement de me la narrer en personne ? souligne Shawn, de son air angélique.
Son admiration pour Carte Noire est si pure, si naïve que Duo cligne des yeux, ébloui par la candeur du cadet McGuire…
- J'ai été contraint de tout dire à ton frère, c'est tout comme ! finit-il par décréter.
- Suis-je donc débiteur solidaire de mon frère ?
- Parfaitement, certifie encore le natté. BicMan est un « hétéro primitif ». Tu vas prendre cher, Shawny !
Ledit Shawny se mord la lèvre, les yeux rieurs…
- 'ro ? l'appelle soudainement Duo.
- Hn ?
- Il est bientôt midi ! se venge-t-il gentiment.
Heero émet alors un discret soupir, avant de l'attirer à lui d'une traction pour le gratifier d'un doux baiser.
- Tu pourrais mettre un sucre ou deux dans ton café, grommelle pourtant Duo.
- J'ai déjà consenti à passer du serré à l'allongé, lui rappelle-t-il sa clémence.
- Ta petite allusion ne prend pas avec moi, détourne-t-il la conversation, fautif. Tu ne m'entraineras pas sur ce terrain-là, P-man !
L'incarnation même du raffinement des manières, Milliardo et Shawn lèvent tous deux un sourcil interrogateur.
- Si je puis me permettre, intervient Shawn avec une pointe d'hésitation. L'expression consacrée est : « mettre de l'eau dans son vin ».
- Et alors ? bougonne encore Duo, au moment où son amant lui dépose un autre baiser réconfortant sur sa tempe.
- Heero ne me semble pas en colère…
- Eh bien, figures-toi que 'ro n'est pas content, pas content du tout ! le détrompe-t-il, à la fois penaud et boudeur.
Tandis que Shawn cligne des paupières d'un air perplexe – Carte Noire est merveilleux ! Carte Noire est irréprochable ! - Milliardo, lui, échange un regard complice avec Heero.
- Je vous expliquerai, promet brièvement ce dernier, après avoir envoyé un clin d'œil rassurant aux enfants. Pour l'heure, il est temps pour nous de rentrer à la maison.
- Mill', faudra qu'on voit ensemble si on peut pas lui offrir Big Ben pour son anniv'.
Le commentaire du natté – et le natté lui-même - n'attendant pas particulièrement de réponse, Milliardo consulte directement Heero, pendant que Duo s'en retourne vers les enfants…
- Cela aussi, tu nous l'expliqueras ? suppose Milliardo.
- Hn, confirme effectivement Heero, un léger sourire en coin.
- Allez, mes chatons ! les presse doucement Duo. En route… Kat'anna attend notre retour. Elle a tout un tas d'ordres à nous donner, ajoute-t-il, faisant rire ses enfants.
- Point de sujets, point de royaume ! déclame Akane sur un ton théâtral.
- Dad ? l'appelle Daniel, souhaitant revenir à un sujet plus concret.
- Oui, Dano ?
- J'ai un p'tit creux…
- Je m'en doutais. Ça vous dit des pancakes soufflés ?
- Oui ! s'enthousiasment-ils en chœur.
- Alors, on dit « merci » qui ?
- Merci, daddy ! répondent-ils d'une même voix.
- Non… Enfin oui, mais non, pas moi ! les éclaire-t-il en riant. Vous pourrez le faire à la maison, mais là, tout de suite, il s'agit de remercier vos oncles, mes chatons.
Le cœur en fête, les enfants viennent étreindre Shawn et Milliardo, leur promettant de revenir bientôt. Sous le charme, les maîtres des lieux sourient d'une oreille à l'autre, absolument enchantés de les voir si épanouis.
- Merci à vous deux, Duo adresse-t-il aux oncles, à son tour.
- C'est toujours un plaisir, garantit Shawn, tout en broyant la main de son fiancé.
*Vos oncles* se répète-t-il, in petto. *Je suis considéré comme leur oncle à part entière…*
- Ils adorent votre compagnie et séjourner au Château, reprend Duo, ignorant l'impact qu'il vient de produire, contrairement à Heero et Milliardo.
Toujours sous le coup de l'émotion, Shawn hoche la tête en se mordant la lèvre.
- Vous serait-il possible de recevoir leur meilleur ami Tsuneïe ? poursuit le natté. Tous les trois, j'entends… Ou tous les quatre, lorsque Towika se joint à eux. Vous le côtoyez déjà lorsque vous venez à la maison, mais le petit chat est seul, le reste du temps…
D'une voix unanime, les châtelains accèdent à sa requête.
- Naturellement.
- Cool ! se réjouit-il, tandis qu'Akane et Daniel se serrent contre lui, reconnaissants. Bon, bah… à plus !
- À plus ! lance Shawn, fou de joie.
Le sourire aux lèvres, Milliardo aime observer son compagnon : ses réactions, sa façon de s'adapter en fonction de la situation et des personnes ; tout en subtilité, en nuance et toujours avec le plus grand respect.
- On fait la course jusqu'à la voiture ? propose Duo à ses enfants.
Lesquels acceptent aussitôt, ravis de pouvoir jouer à nouveau avec leur daddy.
- Papa, tu fais la course avec nous ? lui propose Daniel.
- Pas cette fois-ci, décline Heero, en lui caressant la joue. Tu veux bien battre votre daddy, pour moi ?
- Hey ! s'offusque faussement le natté.
- Compte sur moi, papa ! promet son fils.
- Il remportera peut-être la course contre daddy, mais pas contre moi, annonce Akane, le plus tranquillement du monde.
À l'unisson, les adultes se mettent à rire. Un rire doux et joyeux, auquel la jeune fille répond tout de même en leur lançant un regard de défi.
- Mon Dieu, tu ressembles tant à ta mère…, laisse échapper Milliardo, soudain nostalgique.
Shawn dépose alors un tendre baiser sur le dos de sa main, sortant son amant de ses souvenirs d'antan.
- À vrai dire, Akane ressemble autant à sa mère qu'à toi, Heero, se reprend Milliardo. Relena et toi partagiez la même détermination farouche, la même force de caractère.
- À qui la faute ? l'interpelle Heero.
Sa voix, tout comme son expression, est douce, mais Milliardo demeure perplexe.
- Au départ, Relena a déployé tous ses efforts dans le seul but de t'impressionner, reprend Heero.
- C'est absurde ! rejette l'Ambassadeur, partagé entre gêne et fierté.
- C'est pourtant la vérité. Ta sœur t'a toujours admiré, Milliardo et ce n'est pas sans raison. Il est grand temps d'être enfin totalement en paix avec toi-même.
Cette fois-ci, Milliardo ne répond rien, plus bouleversé qu'il ne le laisse paraître. Profitant de ce moment de silence, Akane vient se planter devant son oncle, terminant de l'achever.
- C'est à ton tour d'impressionner maman, tu ne crois pas ?
Milliardo sourit en coin, reconnaissant là aussi la pertinence héritée de sa sœur.
- C'est juste.
- Moi, je suis déjà très impressionné, commente Daniel à mi-voix.
Il n'imagine pas comment Milliardo ni même l'ensemble des adultes qui gravitent autour de lui et qui constituent sa famille pourraient être plus charismatiques encore…
- La seule façon de vivre avec noblesse est d'accomplir notre mission, d'aller au bout de notre destinée, lui apprend-elle avec fraternité.
Daniel hoche d'abord la tête, les yeux ronds comme des billes, avant de s'enquérir d'un détail ou deux…
- Et… c'est quoi ma mission ? murmure-t-il. Tu le connais, toi, le bout de notre destinée ?
- Je t'expliquerai, promet-elle sur le même ton, avant de reporter toute son attention sur Milliardo. Papa m'a tout dit : Maman a rejoint les étoiles trop tôt, mais elle resplendit de bonheur depuis que daddy et mon frère sont entrés à la maison. Et je suis certaine qu'elle éprouve le même soulagement depuis qu'Oncle Shawn se tient à tes côtés. Mais si papa ou daddy sent que tu n'es pas complètement heureux parce que ta sœur te manque, alors je le crois et je ferais tout pour t'aider. Maman n'aimerait pas que nous soyons malheureux, insiste-t-elle, manifestement soucieuse du bien-être de son oncle.
- Loin de moi l'intention de mettre votre parole en doute, la tranquillise Milliardo, secrètement remué. Sois rassurée, mon ange.
- Hn, acquiesce-t-elle, souriante.
- Ouais, alors, à la base, on devait « simplement » faire la course jusqu'à la voiture, intervient Duo, allégeant immédiatement l'atmosphère. Je tiens à le rappeler au cas où il vous viendrait l'idée de m'associer à votre petite séance de psychothérapie de groupe… Je vous signale, au passage, que j'ai dû porter un bracelet numérique et un émetteur micronisé sous-cutanée, je suis fiancé à une horloge parlante multifonctions, je me tape l'équivalent d'un café glacé et des gars en toges me font suivre par des « limaces léthargiques ». J'ai donné, merci !
- Oui, approuve Shawn d'un air soucieux. Tu as besoin de repos…
Milliardo et Heero s'immobilisent, n'osant émettre le moindre commentaire pouvant causer une trop grande désillusion au jeune homme.
- Pas qu'un peu ! ose Duo, en prenant soin de ne pas croiser les regards éloquents d'Heero et Milliardo. Je suis parfois forcé de ralentir, en voiture, pour être certain que mes « gastéropodes » attitrés ne perdent pas ma trace. Si c'est pour qu'ils m'accusent ensuite de vouloir les semer…
- Cette situation n'est pas évidente pour toi, acquiesce Shawn avec sérieux.
- Par chance, notre ami a su développer une grande capacité d'adaptation, souligne Milliardo avec finesse.
- Duo est particulièrement endurant, confirme Heero. Un sprint en famille ne devrait donc pas t'effrayer ?
Comme les deux hommes fixent le natté avec insistance, Duo finit par déglutir, s'abstenant d'encourager Shawn à compatir davantage.
- Bien sûr que non, tu penses ! répond le natté en effectuant quelques mouvements d'échauffement.
- Pour ma part, je n'ai pas oublié que mon frère et toi teniez tant à faire de la figuration, déclare Akane.
Si Heero et Milliardo parviennent à rire discrètement – inutile de la motiver davantage ! – Shawn, lui, est encore cueilli par la jeune fille et éclate de rire.
À l'instant où les trois sprinteurs se positionnent sur une ligne de départ imaginaire – le seuil de la porte d'entrée à présent grande ouverte - Heero prend encore le temps de remercier Shawn pour son aide précieuse concernant l'organisation de leur mariage.
- Tout le plaisir est pour moi, vraiment, assure Shawn. Du reste, Duo et toi êtes bien trop accaparés par vos vies professionnelles et familiales. Vous ne sauriez sacrifier le temps consacré aux enfants.
- Tu œuvres auprès de l'Ambassadeur de la Paix, Heero lui rappelle-t-il son propre agenda.
- Certes, mais nous n'avons pas d'enfants.
Shawn semble déclarer cela avec légèreté, voire avec détachement. Néanmoins, Heero suspecte le jeune homme d'être au contraire touché par cet état de fait – peut-être même en souffre-t-il - et un rapide échange de regards avec son beau-frère vient confirmer son intuition.
En son for intérieur, Shawn est tiraillé entre le regret de n'avoir pas pu retenir ces mots devant Milliardo et le soulagement de les avoir enfin libéré… en sa présence. Inquiet, malgré tout, de la réaction de celui-ci, Shawn n'ose plus ajouter quoique ce soit, instaurant un silence soudain et incommodant…
Salutairement, les doutes et les peurs qui assaillent le cœur et l'esprit de Shawn sont bientôt anéantis par la déclaration de son bien-aimé qui suit le baiser qu'il dépose au coin de ses lèvres.
- Il ne faut jurer de rien, lui murmure-t-il à l'oreille, tout en resserrant son étreinte.
Le rouge aux joues, Shawn semble renaître de ses cendres.
- Jamais, susurre-t-il en retour, bienheureux.
Après quoi, Milliardo profite que son beau-frère prenne congé d'eux à son tour pour justifier de se retrouver à nouveau seul avec lui sans éveiller les soupçons. Il le raccompagne donc jusqu'à la porte pour aborder un sujet dont ni Shawn, ni Duo n'ont et n'auront sans doute jamais connaissance…
Ignorant tout de ces zones d'ombres, Shawn n'a pas même fait mine de vouloir escorter les deux hommes. Fou de joie à l'idée que Milliardo envisage sérieusement d'accueillir un enfant – leur enfant - Shawn tente de recouvrer tout son calme, mais ne parvient finalement qu'à troquer cette excitation-ci par une autre ; certes, de moindre importance en comparaison.
Depuis des jours, une autre obsession tourne en boucle dans sa tête et à présent qu'il sait où et comment l'assouvir, sa patience ne tient plus. Souhaitant s'enfermer dans son cocon et parce que la pièce en question est l'une de ses préférées, Shawn se retire dans le bureau de Milliardo, afin de passer un appel important.
- Salut, p'tit frère ! répond Blake, au bout de deux courtes tonalités.
Comme chaque fois que Shawn l'appelle, Blake est au comble du ravissement.
- Grand frère, le salue-t-il en souriant avec tendresse.
Il l'imagine sans mal avoir sauté sur son combiné, Blake ayant personnalisé les sonneries de ses téléphones afin d'identifier son signalement sonore.
- Que me vaut ton deuxième appel de la journée ? s'enquiert Blake.
- Qui est-ce ? veut savoir Nanako, derrière lui.
Shawn en déduit donc qu'elle n'était pas en mesure d'entendre son compagnon, lorsque celui-ci a décroché.
- Shawn, chérie, la renseigne-t-il.
- Comment ça, « Shawn-chéri » ? relève-t-elle.
- Non, non ! se défend Blake, riant nerveusement. Ma chérie, c'est toi et Shawn… c'est Shawn.
Le fameux Shawn se mord la lèvre, très amusé par le quiproquo que Nanako a pris plaisir à instaurer ; tel un cadeau pour le divertir… et aussi pour punir Blake d'avoir osé lui demander de repasser ses chemises.
- Vas-y, p'tit frère, je t'écoute…
- Milliardo et moi avons reçu la visite du Colonel et de…
- Ah ! l'interrompt-il. Sensei et… Carte Noire.
- Oui, confirme-t-il.
- Et ?
- Et Duo ne souhaite plus s'exprimer sur ce sujet.
- Mince, je serais dégu' à ta place ! le taquine encore son grand frère.
- Blake, voyons ! râle joliment Shawn.
- Quoi ? fait-il l'innocent. Tu veux que j'te raconte ?
- Ce que je désire en premier lieu, c'est de te voir te comporter en gentleman et t'exprimer avec élégance, grand frère. Pense un peu à Nanako !
- Pitié, Milliardo ! Sors de ce corps !
- …
- Euh… ce n'est pas dans ce sens-là que je disais ça, bredouille Blake. Il… il est très bien là où tu veux qu'il soit…
Finalement, Shawn met fin à ses souffrances en éclatant de rire, ce qui permet à Blake de souffler et de retrouver des couleurs.
- Dis-moi plutôt quand est-ce que tu viens à la maison pour me relater l'ultime aventure de Carte Noire grimé en Carte d'Or ?
- Beiiiin… demain, après le boulot, c'est bon ?
- Chéri ? l'appelle Milliardo.
Shawn pivote immédiatement sur lui-même. Son homme à la beauté renversante se tient sur le seuil, une main posée sur la poignée dorée. Captivé par son regard, comme au premier jour, Shawn en oublie momentanément son frère à l'autre bout de la ligne.
- Shawn ? T'es toujours là ?
- Oui, oui ! Je te prie de m'excuser…
- Milliardo est entré dans ton champ de vision, devine-t-il, blasé, mais tellement heureux.
- Oui, avoue-t-il en souriant.
- C'est bon pour demain ?
- C'est bon pour demain, accepte Shawn.
- C'est cool. À demain, p'tit frère !
- À demain, grand frère, confirme-t-il d'une voix tendre, avant de raccrocher.
- Je suis revenu juste à temps pour entendre ton rire mélodieux, se félicite Milliardo.
Plus qu'un simple commentaire, il souhaite implicitement en connaître la raison ; partager les joies et les peines de son compagnon.
- Penses-tu être capable de me soutirer des aveux à cette distance ? le met-il au défi d'un air guilleret, les yeux pétillants de malice.
Plein d'assurance, Milliardo sonde son regard, semblant le pénétrer, l'explorer de fond en comble par la seule force de sa volonté. Un instant singulier, bleu acier, profondément déstabilisant pour la plupart mais néanmoins délicieux au palais de Shawn et durant lequel il frisonne de plaisir, de désir, son cœur battant à tout rompre.
- Je peux toujours essayer, avec ta permission, finit par suggérer Milliardo, conquérant.
- Idiot ! lâche-t-il dans un rire joyeux et léger. Tu n'es pas sans ignorer mon incapacité à te résister, mon cher.
- Devrais-je en être désolé ? s'enquiert-il, toujours depuis le seuil, élégamment adossé contre le chambranle de la porte.
Son air hautement satisfait - et qui plait à Shawn tout autant que le reste de sa personne - trahi sa délectation à produire pareils effets chez son fiancé.
- Tu aurais pu l'être si mon esprit avait été impénétrable aux douceurs de l'amour… à toi.
Heureux, Milliardo ne les fait plus languir davantage en comblant enfin l'espace qui les sépare.
- Je t'aime tant, mon adoré, murmure Shawn en se blottissant contre lui.
La puissante étreinte de Milliardo lui donne l'assurance de la souveraineté de ses sentiments inaltérables envers lui. L'héritier Peacecraft n'éprouve aucune difficulté ni résistance à lui déclarer sa flamme par le verbe ; bien au contraire. Mais Milliardo aime aussi lui témoigner son adoration infinie au moyen d'attentions, tantôt chastes, tantôt charnelles…
•
Fin du Flash back…
•
*Les préparatifs pour notre mariage avancent bon train* se dit Duo en tapotant distraitement son crayon sur son bureau, les yeux dans le vague.
- Duo ?
*Shawny est formidable ! Grâce à son aide, 'ro et moi seront mariés d'ici quelques semaines…* procède-t-il au décompte, entre joie et impatience.
La voix d'Antoine, d'abord lointaine, se fait plus insistante et finit par l'extirper de ses pensées.
- Duo ? Duo, t'es avec nous ?
- Hein ? sursaute-t-il. Désolé, Antoine, j'étais ailleurs…
- Je crois qu'on aimerait tous être ailleurs après une série d'enquêtes pareilles, l'excuse-t-il en faisant référence aux affaires particulièrement sordides qu'ils ont dû traiter à la chaîne, ces derniers mois. Tu m'accompagnes ? l'invite-t-il pour la forme, tenant fermement deux tasses fumantes par leurs anses.
De mémoire, Duo n'a jamais refusé un chocolat chaud…
Balayant du regard le reste de l'équipe, le natté s'aperçoit qu'exceptés Marc et Heero, tous profitent également d'une pause bien méritée.
- Merci, oui, accepte-t-il en s'emparant de son mug avec précaution.
Inconsciemment ou non, Antoine semble utiliser le service à thé comme un baromètre : plus l'affaire en cours est pénible, plus il remplit leurs tasses à ras-bord. Si bien qu'aujourd'hui, Duo prend soin de l'approcher de ses lèvres lentement, afin d'aspirer un minimum de liquide sous peine d'en renverser sur son uniforme ou pire, sur ses dossiers.
Tout en continuant de souffler sur son breuvage et d'observer les vaguelettes se former à la surface, Duo fait mentalement la liste des affaires traitées par leur équipe et plus largement, par l'Organisation Preventers à travers le monde…
Celle de Ed Gein, « le Boucher de Plainfield ». Schizophrène et persuadé que les femmes sont toutes des réceptacles du péché et immorales, Ed a appris à réprimer tout désir sexuel et a voué un véritable culte à sa mère. N'acceptant pas la mort de celle-ci, Ed a confectionné des rideaux, des gants, des draps, des abat-jours ou encore un mannequin avec qui converser… tout cela en peau humaine.
Celle de Luis Garavito, surnommé « la Bête ». Il a fini par avouer les viols et les meurtres de cent quarante-sept jeunes garçons, mais à en juger par les restes des squelettes retrouvés sur ses indications, les preventers estiment leur nombre à plus de trois cent. Ciblant les enfants pauvres ou sans logis, Luis les approchait, déguisé en moine, en leur offrant un peu d'argent…
Une fois incarcéré, Luis Garavito a tenté de minimiser ses crimes, envisageant même de se lancer dans la politique pour aider les enfants victimes de mauvais traitements, affirmant qu'il pouvait être relâché pour bon comportement. Fort heureusement, les lois preventers rendent impossible sa libération pour quelque motif que ce soit.
Celles dont les meurtriers mutilent leurs victimes, prétendant agir sous l'Ordre de Satan dont ils entendraient la voix : tel qu'Albert Fish, « l'Ogre de Wysteria », masochiste, castrant et tuant des enfants avant de détailler dans ses lettres adressées aux parents comment il a exécuté puis mangé leurs enfants.
D'autres affaires où les criminels ont eux-mêmes subi violences et humiliations durant leur enfance. Le genre de traumatisme qui a notamment donné naissance à John Wayne Gacy, « le Clown tueur ». Distrayant les enfants malades à l'hôpital, le jour et piégeant par ailleurs trente-trois adolescents par des tours de magie, avant de les emmener chez lui pour les étouffer ensuite, se débarrassant de leurs cadavres dans la fosse septique vide de sa maison.
Un cas particulier dont Heero et Trowa se sont personnellement occupés, avant que Duo n'intègre l'Organisation : Serhiy Tkach, « le Fou de Pologovsky » en Ukraine. Un ancien policier utilisant ses compétences pour brouiller les pistes et semer la confusion auprès des enquêteurs. Neuf hommes ont été condamnés à de la prison pour des crimes commis par Serhiy, avant que l'affaire ne soit confiée aux preventers. Lors de son arrestation par Heero et Trowa, Serhiy a avoué les meurtres de filles âgées de huit à dix-huit ans et s'être excité sur leurs cadavres. En tout, le nombre de ses victimes s'élève à cent personnes sans qu'aucun mobile sérieux n'ait pu être retenu.
Des cas psychiatriques graves, tels que celui de Richard Trenton Chase, « le Vampire de Sacramento », cannibale et buvant du sang d'animaux.
Une affaire particulièrement insoutenable dont se sont chargés Heero et Wufeï : Andrei Chikatilo, « le Boucher de Rostov ». Impuissant, Andrei a vainement tenté de violer une petite fille de neuf ans. De rage, il l'a poignardé à plusieurs reprises à l'abdomen avant de jeter son corps dans une rivière. La série de meurtres s'ensuivant a été de plus en plus violente : les corps mutilés, souvent avec les dents et les yeux arrachés. Andrei goûtait le sang de ses victimes, déchirait leurs lèvres et leurs parties génitales, mâchant l'utérus ou le pénis de certaines de ses victimes…
Avant de quitter la Région, les Agents d'élite ont pu arrêter la voisine d'Andrei : Tamara Samsonova, « Mamie l'éventreuse », qui découpait et mangeait ses victimes.
D'autres destins, terribles, sordides, tel que celui de Ted Bundy, « le Tueur de femmes », auteur d'une centaine de meurtres. Beau, intelligent, instruit et évoluant dans la haute société, il fut traqué puis démasqué par Quatre en personne. Alors confronté à l'amnésie nominative de son mari, l'empathe s'est longtemps reproché d'avoir tardé à le débusquer…
Réprimant un énième haut-le-cœur, Duo en est à se remémorer le cas de Jeffrey Dahmer, « le Cannibale de Milwaukee », coupable de nécrophilie, cannibalisme, etc, lorsqu'Antoine l'extirpe à nouveau de ses pensées.
- T'es tout vert, remarque-t-il d'un air inquiet.
*etc, etc, etc…* Duo se répète-t-il en boucle, les yeux écarquillés, le regard dans le vague.
- Tu as besoin de prendre des vacances, ressent nettement Antoine, grimaçant. Ou tout du moins, du recul.
- Pas plus que vous, refuse le natté, solidaire.
Néanmoins, il ne peut s'empêcher de secouer la tête comme pour en chasser toutes ses affreuses images. Par chance, il peut respirer l'odeur délicieuse de son chocolat sucré.
- Sensei…
- Dis-rien, s'il-te-plaît ! le coupe discrètement Duo. Ce n'est pas parce que les actes immondes de certains me révulsent que cela signifie que je ne tiens pas le coup. T'es toujours là, il me semble. Dans le sens… pour un empathe tel que toi, tu vois ?
Antoine lui sourit.
- Sensei n'a besoin de personne pour évaluer ton niveau de dissociation et encore moins, pour déterminer à quel moment il t'est nécessaire de te changer radicalement les idées.
- Il a vu ma tronche pendant que je faisais intérieurement le point sur les meurtriers les plus prolifiques et les plus dangereux de notre histoire, c'est ça ?
- Je le crains, oui.
Duo pousse un long soupir, tout en risquant un regard en coin vers son preventer. Au même titre que la magie, Heero y répond aussitôt comme si une partie de lui était dédiée à capter les émotions de son fiancé.
- J'suis bon pour un resto' ! en déduit Duo.
- Marc m'y emmène régulièrement. Ça fait du bien de se mêler aux personnes qui ignorent tout de notre travail, qui ne donnent pas la chasse aux « Maudits » et aux « Artistes rouges ».
- Tu en aurais quelques-unes à me conseiller ?
- Des personnes ordinaires, comme Marc et moi, ou de bonnes adresses ? le taquine Antoine, faisant sourire son ami.
- Vous n'êtes pas ordinaires, Marc et toi, affirme sérieusement Duo.
- Si, nous le sommes et cela n'a rien de péjoratif. Ce que nous considérons comme ordinaire n'est ni plus ni moins que la bienveillance, la loyauté, l'équité…
Un rien amer, Duo lâche un rire bref et désabusé.
- C'est loin de l'ordinaire que j'ai pu connaître !
- Il a bien fallu que tu composes avec ton environnement et définisses toi-même le niveau de « normalité » du comportement humain.
Toute sa douceur retrouvée, Duo esquisse un sourire teinté de tristesse.
- David m'est toujours apparu comme exceptionnel parce que bon et généreux.
- Il est malheureux de constater que la bonté passe pour une qualité rare et ne constitue pas la norme sociale.
- Ouais, c'est moche !
- « On dit « oui », dad ! », le reprend-il en usant des mots de Daniel.
Instantanément, comme si Antoine avait actionné un interrupteur, Duo retrouve son sourire lumineux.
- À propos du fameux « oui », le jour J approche, lui rappelle Antoine. Nerveux ?
- Un peu, forcément, répond Duo, donnant pourtant l'impression d'être parfaitement serein sur ce sujet-là. 'ro et moi sommes très heureux de célébrer officiellement notre union, mais je crois que notre fille l'est plus encore. Elle est comme une folle ! Dano est très content, lui aussi, mais la seule chose qui revêt de l'importance à ses yeux est que nous restions tous ensemble.
- En parlant d'eux, ils sont partis comme prévu, ce matin ?
- Oui, ils vont séjourner dans des fustes : des cabanes énormes sans clou ni vis en rondins de bois avec terrasse sur pilotis, toutes situées au bord d'un lac en pleine forêt, débite-t-il d'un air chagrin, avant de se reprendre. Une forêt magnifique, magique en cette saison. Ils vont en prendre plein les yeux !
- Rien qu'une semaine, Duo, tente-t-il de le réconforter. Une toute petite semaine…
- Je suis ravi qu'ils puissent vivre cette expérience. Je suis certain qu'ils vont bien s'amuser. Et puis 'ro a supervisé l'organisation du séjour, il a validé les emplacements et le connaissant, je suis certain qu'il veille sur eux tous, d'une manière ou d'une autre. Je suis tranquille de ce côté, seulement… j'aurais préféré que nous vivions ça en famille. J'aurais voulu voir l'émerveillement dans leurs regards, entendre 'ro leur enseigner l'art de vivre en harmonie avec la nature…
- Connaissant vos enfants, je suis sûr et certain qu'ils vous demanderont d'y retourner avec vous. Vous aurez tout le loisir de partager ces moments précieux, tous ensemble. Ils seront fiers, même, de pouvoir vous montrer ce qu'ils auront appris.
- Oui, mais j'aurais manqué leur première fois ! s'entête-t-il, un brin capricieux.
- Tu comptes assister à toutes leurs premières fois ? s'enquiert Antoine, malin.
Duo s'apprête à répondre par la positive, lorsqu'il réalise pleinement ce que sous-entend la remarque de son ami.
- J'abuse, admet-il.
- Un tantinet, oui, confirme Antoine en lui donnant un léger coup d'épaule, tout en veillant à ne pas renverser leurs boissons. Dis-toi qu'ils sont chez leurs oncles, comme souvent.
- S'ils étaient réellement chez leurs oncles, je pourrais au moins passer leur un faire un petit coucou dès que l'envie m'en prend !
- …
- J'abuse encore, hein ?
- Oui, répond Antoine en riant discrètement. Si tu devais terminer d'organiser votre mariage, tu aurais l'esprit occupé par cet événement heureux, mais comme Shawn s'occupe de tout, tu te retrouves à ruminer…
- Tu as raison. Shawny gère notre beau projet d'une main de maître. Je crois aussi qu'il s'entraîne pour son propre mariage avec son prince, précise-t-il d'un air amusé. 'ro et moi n'aurions pas pu en faire autant, mais je trouve tout de même le temps de voir Shawn, régulièrement, afin de faire le point sur les détails. Avant-hier, nous sommes allés goûter des plats chez trois traiteurs différents. J'en pouvais plus ! Nous avons fini par tomber d'accord sur l'un d'eux, mais à chaque bouchée, je me demandais ce qui plairait le plus aux enfants… Ils n'ont pas pu nous accompagner, 'ro non plus d'ailleurs, mais je pense avoir su sélectionner ce qui convient le mieux.
- Et nos papilles, alors ? plaisante Antoine.
- J'abuse, hein ?
Les deux hommes rient de bon cœur, leurs soubresauts faisant clapoter le liquide désormais tiède dans leurs tasses. Au loin, Heero et Marc leur jettent un coup d'œil, bienheureux de voir leur compagnon respectif si détendu…
- Jusqu'à ce que nous passions commande auprès de nos fournisseurs, reprend Duo, Shawn a réellement craint que 'ro et moi décidions de tout stopper pour nous marier en tailleur bon marché et festoyer au karaoké. Si t'avais vu sa tête !
- J'imagine, mais il devrait savoir que vous ne joueriez jamais ce tour à Akane.
- Non, en effet. Ma petite fleur des îles aura le mariage de ses pères de ses rêves, promet-il.
Antoine sourit, les yeux pétillant de joie.
- Marc et moi ne nous attendions pas à être aussi comblés d'être mariés, confie-t-il en faisant tourner son alliance autour de son annulaire.
- Ce n'est qu'un morceau de papier, au final, minimise-t-il.
- C'est ce qu'on se disait, nous aussi. Puis nous avons signé ce fameux morceau de papier et ça a tout changé.
- Bah ! Si nous n'y accordions pas au moins un peu d'importance, 'ro et moi ne prendrions pas cette peine.
- Vous devez absolument sauter le pas, ne serait-ce que pour découvrir le cadeau choisi personnellement par Blake. J'ai fait promettre à Nana de le laisser se débrouiller tout seul.
Duo et Antoine rient sous cape, spéculant sur l'objet probablement privilégié par leur ami et collègue… lorsqu'une sonnerie de téléphone les interrompt.
Avisant son poste clignoter, le natté se hâte de décrocher.
- Maxwell, répond-il, souriant. Salut, Fred ! Alors, t'as mes infos sur le « Brasier du dragon » ?
À mesure que l'Agent Freddy Stich lui déballe ses renseignements, Duo griffonne à toute vitesse sur son bloc note…
- Alec ? l'interpelle-t-il, tout en gardant Freddy en ligne.
- Oui ?
- Le « Coursier des étangs », ça te parle ? s'enquiert-il, intuitif.
- Carrément, assure-t-il effectivement, tout en se rapprochant du natté.
- C'est bon, Fred, l'informe Duo. Bowers et moi, on prend la suite. Merci pour ton aide.
- À force de discuter, notre boisson a refroidi et je pressens que nous allons avoir besoin de notre dose de chocolat, prédit Antoine. Donne-moi ta tasse, je vais nous les réchauffer…
- Je veux bien, merci, accepte à nouveau Duo.
- J'en ai pour deux minutes, garantit-il en s'éloignant.
- Le temps qu'il me faut pour tout mettre en place, l'informe-t-il en s'affairant déjà sur la table connectée.
Avec l'aisance de l'habitude, il jette une clef USB sur la surface en verre d'un geste désinvolte, afin que son contenu soit automatiquement téléchargé. Une poignée de secondes plus tard, il s'applique méthodiquement à ouvrir les photos, vidéos et autres documents qu'il a rassemblé sur plusieurs semaines, tandis que le reste de l'équipe Yuy se réunit autour de la table. Silencieux et attentif, chacun des agents spéciaux attend patiemment l'exposé détaillé de leur collègue : l'Agent spécial Duo Maxwell.
- C'est bon, je peux commencer ? veut s'assurer Duo en repérant Antoine près de Marc et avisant son chocolat chaud sur son bureau. Vous avez tous fait pipi, vous avez bu votre dernier verre d'eau ? les taquine-t-il.
- Il est urgent que vos enfants rentrent au bercail, se moque gentiment Blake.
- Ils sont absents pour une semaine, lui rappelle Antoine.
- Depuis quand ?
- Ce matin, le renseigne Alec.
- Ah, les mômes ! lâche Blake, avant de se prendre un coup de dossier cartonné sur la tête de la part de Nanako. Mais non, j'dis pas ! se défend-il piteusement. C'est mignon, les mioches.
- Mon Dieu ! prie Marc en secouant la tête.
- T'as l'intention de te reproduire ? Duo interroge-t-il Blake, faisant doucement glousser l'équipe et sourire Heero.
- Bon, t'accouches ? bougonne Blake.
Il souhaite ardemment revenir au sujet de leur affaire, au risque de réellement déplaire à Nanako de manière bien involontaire, par le biais d'une réflexion maladroite, voire malvenue, dont il a le secret.
Compréhensif, Duo ne le tente pas plus et leur fait enfin un topo de la situation. La récréation terminée, tous font alors montre d'un grand professionnalisme ; comme à l'accoutumée.
À l'autre bout de la table, Heero se remémore le long chemin parcouru par son amant depuis son enfance difficile, depuis leur rencontre à tous les deux… À présent que son fiancé embrasse la vocation d'agent spécial preventer, Heero l'observe avec fierté et admiration, plus amoureux que jamais…
•
Deux jours plus tard,
au restaurant « Shiki : les 4 saisons »…
•
Le cadre est idyllique. L'atmosphère feutrée et chic du restaurant tient pour partie au comportement exemplaire du personnel, qui, de par sa discrétion vient soutenir la conception de l'établissement. Ensuite, bien sûr, le choix luxueux et naturel des matériaux, les finitions impeccables, l'emplacement des ouvertures, les fontaines et végétaux d'intérieurs, la disposition des tables et le sens de circulation des serveurs… tout ceci instaure un équilibre parfait et termine de donner vie à cet écrin de sérénité.
Le moindre détail a été pensé pour garantir aux clients un espace de pure quiétude, une occasion de retrouver un semblant de paix intérieure, de renouer avec les sentiments de confiance et de félicité. Précisément ce dont a besoin Duo, en ce moment : rompre avec son quotidien professionnel particulièrement pesant, voire horrifique, ces dernières semaines.
Au moins, l'équipe du Colonel Yuy connaît le soulagement et la satisfaction de mener à bien ses enquêtes. D'arrêter les pires criminels. De rétablir un semblant de justice, voire d'équilibre, dans un monde en proie à des individus effroyables ; sans âme.
À mille lieux de tout cela, confortablement installés à l'abri des regards, Duo et Heero passent une excellente soirée. Les enfants poursuivent leur séjour en forêt, Kat'anna a de l'eau fraîche, des croquettes sans céréales, des coussins douillets, des humains de compagnie serviables et un nouveau domaine sur lequel régner en totale dictature. Bref, tout est en règle.
Pour l'heure, Heero couve son fiancé d'un regard à la fois tendre et amusé. Alors que Duo négocie le projet familial d'un séjour en fuste – effort inutile étant donné qu'Heero est déjà partant – il s'interrompt soudainement, tout entier absorbé par la découverte du plat mystérieux que son compagnon a choisi pour eux et que le serveur vient de leur présenter.
Un kaiseki.
L'un des plats les plus raffinés au monde, composé de plusieurs petits plats et servis, ici, avec une rare élégance.
Au bout d'une longue minute, peut-être deux, passée à étudier chaque infime détail de ce qui semble être une œuvre artistique de la haute gastronomie japonaise, Duo goûte minutieusement chacune des préparations. Plongé dans son analyse, il n'en est extirpé que par la voix chaude et basse de son amant.
- Alors ? finit par s'enquérir Heero, lui-même séduit par son kaiseki.
- C'est un pur délice, 'ro ! s'émerveille Duo. Tu n'aurais pas pu mieux choisir, et, le restaurant, et, le menu. C'est… parfait.
- J'en suis heureux.
- Ches moments avec 'oi shont shi agréab'es, articule-t-il, la bouche pleine.
Un demi-sourire amusé joue sur les lèvres d'Heero. Duo est si excité par ces nouvelles découvertes culinaires et gustatives qu'il en oublie momentanément ses bonnes manières.
- Il y en aura beaucoup d'autres, promet-il.
- Je n'en doute pas… T'as choisi quoi pour le dessert ? s'intéresse déjà Duo, une lueur gourmande dans le regard.
Avec la discrétion qui sied à ce lieu, Heero rit avant de secouer la tête doucement en soupirant d'aise.
- Cela fait bientôt un an que vous êtes arrivés au pays leader de la R1, commence-t-il en plongeant son regard dans celui de son amant. Seulement quelques mois, et pourtant, j'ai l'impression que nous vivons ensemble depuis bien des années…
- Nous ressentons la même chose, Dano et moi, certifie Duo d'une voix plus basse que la sienne.
Un murmure pour ne pas risquer de l'interrompre.
Heero se livre à lui de bien des manières, mais lorsqu'il choisit de verbaliser ce qu'il ressent en son for intérieur, Duo se fait un devoir d'écouter et de recueillir chacun des mots de son bien-aimé ; comme s'il tendait ses mains en coupe sous une source d'eau pure et fraîche. Un site demeurant vierge, inaccessible… excepté pour lui.
- Shawn m'a confirmé que tout serait prêt pour le printemps prochain.
Comblé de joie, Duo hoche la tête en se mordant la lèvre.
- J'ai hâte, déclare sobrement Heero.
Ému, Duo glisse sa main dans celle de son compagnon. Une étreinte discrète et réciproque. La promesse d'une nuit blanche à venir…
- Tu maîtrises l'art culinaire de la deuxième Région, reprend Heero, semblant opérer un virage à cent quatre-vingt degrés.
Duo ne voit absolument pas où Heero veut en venir, mais le natté reste attentif ; Heero ne prend jamais la parole vainement.
- Tu pâtisses davantage à l'international, poursuit-il. Cependant, je suis certain que tu n'as pas eu l'opportunité de te pencher plus avant sur la pâtisserie traditionnelle japonaise. J'en ai la certitude parce que nous aurions déjà eu le plaisir de déguster ces réalisations typiques, sans fioriture, en lien étroit avec la nature.
Une fois encore, Duo hoche la tête, irrémédiablement fasciné par son fiancé : sa voix chaude et douce, son regard intense, intimidant et son aura, puissante et protectrice…
- Il y a une raison à cela, lui apprend-il dans un murmure. Ici, la pâtisserie est un concept très différent de tout ce qui se fait ailleurs dans le monde. Elle est poétique, très raffinée, son design épuré. Je n'ai pas encore pu trouver le temps de me former à cet art. J'y songe, bien sûr, mais je veux faire les choses correctement. Avec respect.
Profondément épris l'un de l'autre, les deux hommes se dévisagent longuement dans un silence doux et enveloppant. Leurs mains toujours entrelacées au centre de la table, ils se taquinent en des gestes cajoleurs, leur paume effleurant savamment, sciemment celle de l'autre…
- Exceptionnellement, le Chef a accepté d'accéder à ma requête, finit par révéler Heero, décidément bien mystérieux. Les wagashi que je nous ai commandé sont des gâteaux artistiques de petites tailles qui s'inspirent des saisons et en suivent le rythme. L'hivers arrive à son terme, mais notre mariage ayant lieu au printemps, j'ai souhaité te faire la surprise d'une « goutte d'eau » rosée, version printanière. Habituellement, une fleur de cerisier est à l'intérieur. Tu comprendras qu'il n'y en aura pas, cette fois-ci. Je promets de me rattraper dès la floraison venue.
Le cœur palpitant, Duo se met à presser sa main avec force, sans plus de fantaisie.
- T'es un amour. Merci. Merci infiniment…
Heureux d'avoir su cueillir son amant, Heero sent une nouvelle vague de chaleur se diffuser en lui et ravir ses sens.
- L'intitulé annonce un dessert léger, ça tombe bien ! se félicite Duo.
À regret – et parce que leur contact, bien que ténu, leur donne de plus en plus de frissons - il retire sa main dans une ultime caresse, sentant les doigts d'Heero se serrer autour des siens afin de profiter jusqu'au bout de leur toucher…
- Pourquoi cela ? s'enquiert Heero, tout en terminant son plat.
- Je te réserve aussi une surprise, de mon côté. Enfin, j'espère que tu ne m'as pas grillé ! ajoute-t-il en riant doucement. J'ai dû commander quelques articles sur internet, me faire livrer en journée pendant ton absence et t'interdire l'accès à une pièce de la maison.
Le petit sourire d'Heero s'élargit, les yeux pétillants de joie.
- Je m'en voudrais de gâcher tes efforts.
- C'est sympa d'avoir bien voulu détourner le regard.
- De toi, jamais, prévient Heero.
Duo sourit jusqu'aux oreilles.
- Je sais ! chantonne-t-il, resplendissant de bonheur. En parlant de filature…
- Je ne te file pas, objecte Heero.
- De sécurisation excessive ? suggère Duo, un brin taquin.
- Non plus.
- De protection renforcée, alors ?
- Hn, valide-t-il de cet air renfrogné qui fait fondre le cœur du natté.
- Je trouve que nos enfants progressent vite, trop vite en MMA et ils me réclament de passer à un niveau encore supérieur ; surtout Dano. Nous leur avons enseigné les bases afin qu'ils puissent se défendre et prendre confiance en eux, mais ça commence à devenir trop violent pour leur âge. Va vite falloir trouver une parade, chéri. Nous ne pourrons pas adapter nos cours indéfiniment.
- J'ai déjà ma petite idée, sois tranquille.
- J'ai confiance en eux, mais je ne veux pas…
Il s'interrompt, ne sachant pas comment dérouler la suite de sa pensée.
- Tu crains qu'ils ne prennent le même chemin des ombres, comme nous au même âge ? décèle Heero.
- Je sais, c'est ridicule ! avoue Duo.
- Non, ça ne l'est pas, le détrompe Heero en se penchant légèrement vers lui. Revenir sur le lieu où se dressait l'ancien Orphelinat Maxwell a surement réveillé cette peur.
- Tu crois ? l'interroge-t-il, le cœur serré.
- Hn.
Pensif, Duo triture nerveusement sa serviette de table. Un nouveau silence s'instaure alors, qu'Heero observe respectueusement, sans jamais relâcher sa vigilance…
Naturellement, Duo et lui ont déjà longuement discuté du séjour du natté en R2 : sa rencontre avec le chauffeur de taxi, Standford, le Musée et… le centre commercial en lieu et place de l'Orphelinat. Duo lui a fait part de l'étrange sensation de se tenir sur le site de son enfance, sans David, sans plus rien de tangible autour de lui qui enracinerait son passé…
Il lui a fait part de sa décision de ne plus jamais y retourner.
Au moment où le natté souhaite reprendre la parole, leur serveur vient s'enquérir d'eux et débarrasser leurs assiettes. Discret et rapide, ce dernier ne tarde pas à les laisser en tête-à-tête.
- C'est David qui m'a inscrit aux cours de MMA, se souvient Duo. La salle du club aussi a été rasée.
- Célébrer notre union sans eux te rend triste.
- Oui et non. David, Sœur Helen, mes frères et ma sœur seront toujours dans mon cœur. Bien sûr, j'aurais adoré qu'ils soient tous présents. Vivants. D'un autre côté, Sœur Helen détestait que nous nous lamentions sur notre sort. Il nous fallait regarder droit devant, garder espoir et apprécier ce que la vie avait à nous offrir. Ce à quoi je répondais, juste pour l'embêter : « la misère, l'abandon, l'injustice ? », énumère-t-il d'un air qui se veut détaché.
Sachant son bien-aimé en paix avec lui-même, Heero se permet d'esquisser un doux sourire, en réponse à celui de son homme.
- Nos chatons sont en sécurité avec nous, poursuit le natté. Tu m'en donnes l'assurance et j'en ai acquis moi-même la certitude.
- Ils mènent une existence normale, confirme Heero.
- Enfin, façon de parler ! corrige-t-il en riant. Leur père est une légende vivante…
- Leur daddy également, précise Heero.
Duo sourit, avant de reprendre.
- Ils passent leur temps entre leur maison, le Manoir des Winner et le Château des Peacecraft, termine-t-il.
- Alors disons qu'ils ont une existence privilégiée, mais qui n'a rien à voir avec celle que nous avons menée.
- On part sur ça ! valide-t-il, toute sa joie retrouvée.
Seulement, sa façon de passer son index sur le rebord de son verre à pied – produisant un son certes agréable – montre que quelque chose tourne en boucle dans sa tête et qu'il hésite à lui en parler.
- Dis-moi, l'encourage donc Heero.
- Grrr ! râle d'abord Duo, avant de se racler la gorge. Et toi ? Ça… ça ne te fait rien que ton père ne puisse pas être présent à notre mariage ? Et plus largement, à tous les temps forts de ta vie ?
D'un naturel posé, Heero répond par la négative ; sans amertume, ni souffrance.
- Tu penses qu'Odin aurait béni notre union ? demande encore Duo, le regard rivé sur la table.
*Voici donc ce qui le turlupine…* découvre Heero, in petto.
- Rien ni personne ne saurait nous empêcher de nous aimer, Duo.
- Je sais, mais…
- Pas même nos enfants, le coupe Heero en venant relever son visage d'un doigt sous son menton.
Duo hoche doucement la tête, souriant à demi.
- Bien que son avis n'aurait été que consultatif, je pense qu'Odin vous aurait adoré, les enfants et toi, finit-il par lui assurer, en lui caressant la joue.
Frémissant sous ses doigts chauds, Duo semble visiblement soulagé.
- C'est cool ! se réjouit-il, faisant sourire Heero.
- Hn.
Enfin, le dessert leur est apporté, amorçant-là la seconde phase d'émerveillements visuels et gustatifs de Duo…
Alors que tout se déroule sans anicroche, celui-ci s'inquiète soudain d'un détail en fin de repas.
- Tu vas pas prendre un café. Si ? s'enquiert-il d'un air catastrophé.
Pour la énième fois de la soirée, Heero émet un rire doux et mélodieux ; un son suave et terriblement électrisant qui semble lécher la peau frissonnante du natté.
- L'addition, s'il-vous-plaît, réclame plutôt Heero au serveur qui passe à proximité.
Une fois au-dehors, Duo fait une halte sur le parking du « Shiki » pour prendre une profonde respiration, le regard levé vers le ciel étoilé en une prière de gratitude. L'instant d'après, Heero glisse une main dans le creux de ses reins, l'autre venant caresser son beau visage. Duo sort alors de sa contemplation des étoiles pour entrer dans celle de son compagnon… Un univers à part entière !
- La nuit est fraîche, murmure Heero à un souffle de ses lèvres. Mais elle ne saurait modérer mon désir.
À ces mots – aux sensations et aux images charnelles auxquels ils renvoient - le cœur de Duo rate un battement avant de repartir en trombe, le feu aux joues et le souffle coupé. Satisfait de l'effet qu'il continue de produire sur son amant, Heero exerce une douce pression dans son dos, afin de l'inviter à reprendre leur route vers leur place de parking…
- Hey ! les interpelle soudain une voix, derrière eux.
Une voix claire et chantante mais qui ne trompe pas quant au genre masculin du porteur et qui donne à penser que l'homme revêt une apparence mince et élancée, aux traits délicats.
- Max ! Max, c'est bien toi ? poursuit-il.
Dans un premier temps, Duo se fige, la main sur la poignée de la portière, côté passager. Puis il échange un regard complice avec Heero, par-dessus le capot de la voiture, avant de se porter à la rencontre de l'individu.
- Salut, Kiki, dit-il posément, les mains dans les poches en une attitude qui se veut décontractée.
En réalité, il est aux aguets, tous ses sens en alertes.
Un rapide et discret balayage circulaire lui indique que l'individu est seul et qu'aucun détail ne semble clocher ; il y a bien quelques clients sortants eux aussi du restaurant, mais personne n'accompagne ledit Kiki. Dans le même temps, un coup d'œil expert lui apprend qu'il n'est pas armé, comme à son habitude. Dans sa vision périphérique, il détecte son compagnon contourner lentement leur véhicule, afin de les rejoindre. S'il ne peut le constater de ses propres yeux – toute son attention étant braqué sur Kiki - Duo imagine sans mal la façon dont Heero analyse son ancien collaborateur par intérim.
- Ça alors, j'y crois pas ! s'étonne Kiki, tout sourire.
Il jette bien quelques coups d'œil curieux à Heero, mais n'y prête pas autant d'attention qu'il le devrait, trop subjugué par Carte Noire et ne pouvant concevoir que « Le Maître » irait s'acoquiner avec l'ennemi – la flicaille – et encore moins avec l'ennemi suprême : les preventers.
- Toujours la même trombine d'innocent, hein, vieille crapule ? constate Duo en lui rendant la pareille.
Fier de lui, Kiki bouge ses épaules, plus qu'il ne les hausse simplement. Une sorte de tic qui donne l'impression qu'il réajuste un blouson peu coopératif ; qu'il le porte ou non, par ailleurs.
- Qu'est-ce que tu fiches ici ? veut-il savoir. Le diamant rose, peut-être ? suggère-t-il sans hésiter, au sujet de la prochaine exposition de joaillerie de Tokyo.
Au comble du ravissement et de l'excitation, il se frotte les mains d'un geste jovial, convaincu que Carte Noire voudra de lui sur ce coup.
- Du tout, le détrompe Duo, lui aussi convaincu d'être convaincant. C'est fini, tout ça. J'ai raccroché, assure-t-il.
En vain, à en juger par l'emballement de Kiki.
- C'est quoi, sa partie ? s'enquiert-il plutôt en désignant du menton Heero.
- Stop ! Duo met-il un terme à son enthousiasme, une main levée entre eux. Laisse-moi faire les présentations, tu veux ? Tu vas vite comprendre.
Derechef, Kiki a ce fameux mouvement d'épaules, détaillant enfin Heero comme il se doit.
- Heero… Kiki-fait-tout, si tu vois ce que je veux dire…
- Hn.
- Kiki… Heero, mon compagnon et…
- Ouvreur de coffre, le coupe Kiki, pensant être en mesure de cerner Heero.
- Colonel Preventer, le détrompe à nouveau Duo, son annonce faisant l'effet d'une bombe.
Comme il s'y attendait, Kiki blêmit d'un seul coup, à présent plus pâle que la mort.
- Respire, respire, lui conseille Duo en venant lui tapoter le dos, se mordant la lèvre pour ne pas rire. Il ne va rien t'arriver. Enfin, se ravise-t-il, soucieux de ne pas lui mentir par omission. Sauf si tu commets un meurtre ou si tu t'associes à un meurtrier.
Il a beau tenter de le remettre en confiance, Kiki demeure tétanisé, dévisageant tour à tour « Max » et Heero d'un air affolé.
- Sérieux, tu vis en autarcie ou quoi ? s'enquiert le natté, faisant son possible pour le détendre. Standford est au courant depuis des semaines !
*Quoique, Stan' craint Heero plus que n'importe qui. Il n'a sans doute rien dit à personne, nous concernant…* pense Duo, après coup.
Peu à peu, Kiki se ressaisit, troquant sa peur panique contre un mélange explosif de colère et de consternation.
- Bah faut croire que ça n'a pas encore eu le temps de faire le tour de la planète ! lui reproche-t-il carrément.
- Les preventers ne s'occupent pas des gens comme toi, le tranquillise-t-il.
- Faut croire que si, apparemment, conteste-t-il avec amertume, tout en lançant un regard noir au Colonel.
Loin de s'en émouvoir, Heero préserve son impassibilité légendaire, peu soucieux de ce qui plait ou non à « Kiki-fait-tout ».
Cela ne s'est pas souvent produit, mais Kiki a adoré travailler pour Carte Noire. Cette ligne sur son « C.V. » lui a ouvert les portes des coups les plus prestigieux.
- C'est différent dans mon cas, lui apprend Duo d'un air grave. Il s'occupait d'une sale affaire et j'ai été pris dans leurs filets.
- Une sale affaire ? s'enquiert Kiki, calmé par le sérieux de Carte Noire.
- Sol' a tué toute ma famille, révèle-t-il avec un détachement salutaire.
Abasourdi par la nouvelle, Kiki garde d'abord le silence ; un silence que ni Duo ni Heero ne cherchent à écourter.
- Merde, finit par lâcher Kiki. Alors… Solo n'était pas mort, finalement ?
- Non.
- J'suis désolé, Max, compatit-il sincèrement. Je sais que tu le considérais comme ton frère, lui aussi.
Duo hausse les épaules.
- Heero a découvert la vérité, alors qu'il enquêtait sur un individu pire encore, lui raconte-t-il. Il a fini par traquer Solo, l'a arrêté et moi avec.
- C'est con, déplore-t-il l'arrestation de Carte Noire, tout en lançant un énième coup d'œil nerveux au mutique Colonel.
- Ça me va, certifie Duo, détendu. Ce nouveau départ est une chance que j'ai su saisir.
Kiki grimace, l'air de ne pas y croire.
- Tu es le meilleur, Max. Le Maître. Le coup du Deathscythe signé Carte d'Or ne trompe personne.
- J'ai bien failli en faire les frais ! Maintenant, file d'ici, Kiki, lui recommande-t-il gentiment, souriant avec indulgence. C'est mieux pour toi.
Loin de décamper sagement, Kiki remue des épaules, bien décidé à s'obstiner.
- Il est muet, ton gars ? critique-t-il.
Malgré l'énergie comminatoire que dégage constamment Heero, Kiki est si contrarié de la capture de Carte Noire qu'il en outrepasse son instinct de survie.
*Ça me rappelle Kimo !* note Duo avec amusement, in petto.
- Tu ne veux pas qu'il t'adresse la parole, crois-moi.
- Comment peux-tu te maquer avec un preventer ? s'exaspère-t-il, ouvertement désapprobateur. Il te retient de force ? Un signe de ta part et on s'occupe de tout.
C'est au tour de Duo de grimacer. L'insinuation de porter atteinte à la vie du Preventer d'élite est trop évidente.
- T'es sous morphine, ou bien ? l'interroge le natté, un brin agacé.
- Hein ?
- C'est pas faute de t'avoir donné l'occasion de filer, mais je ne peux plus faire écran si tu persiste à ne pas vouloir comprendre ! se fâche-t-il.
- L'heure de la retraite n'a pas encore sonné pour Carte Noire ! riposte-t-il. Tu n'es qu'au début de ta gloire, d'autres coups prodigieux requièrent ton savoir-faire.
À bout de patience, Duo secoue la tête en soupirant. Il sait, il sent qu'Heero a décidé de prendre le relais.
- Ce n'est pas faux, intervient effectivement Heero. Ce serait intéressant d'ouvrir un département « Poids plume » et de le placer sous le commandement de Carte Noire.
Ce coup-ci, Kiki mesure enfin la gravité de la situation. Terrorisé, il imagine sans peine son monde s'écrouler. Ses rêves douteux être anéantis en un claquement de doigts.
Et quels doigts !
Carte Noire sait tout sur tout. Les noms de ses confrères, leurs stratégies, les recéleurs, les faussaires, les lieux d'échanges, les codes et moyens de communication, ainsi que les mots de passe donnant accès aux différents marchés parallèles à travers le monde… Chacun d'eux tomberait alors les uns après les autres ; les uns contre les autres, comme des dominos. Bien sûr, s'il coupe une tête, deux autres en repoussent, mais Carte Noire pourrait causer des dommages épouvantables. Cela laisserait des traces profondes, indélébiles et sinon en prison, cela en mettrait plus d'un au chômage, grillés et exclus à vie de la « communauté ».
Kiki est au bord de la nausée !
- Sérieux, ferme-la, Kiki ! lui intime Duo, d'une voix dure. À l'heure actuelle, ce département n'existe pas, mais faudrait pas que toi ni quiconque en vienne à menacer ma famille, l'avertit-il d'un air féroce. Auquel cas, c'est de moi dont il faudra se méfier.
Désarçonné, Kiki échange un long regard avec « Max », comprenant enfin que cette nouvelle existence est belle et bien son choix. Sa volonté. Et que cette vie surpasse de loin celle de Carte Noire…
- Okay, conclut-il, douché. Pas de problème. J'ai percuté !
Souhaitant enfin mettre le plus de distance possible entre eux et lui, Kiki recule, lentement, les mains levées devant lui comme s'il voulait dissuader deux tigres de passer à l'attaque.
- Tu peux nous tourner le dos, garantit Duo. Heero et moi, on attaque de face, lui fait-il savoir.
Kiki déglutit, continuant de rebrousser chemin à reculons.
- Adieu, Kiki, lance Duo, comme une sentence. Fais gaffe à toi !
Kiki marque un temps d'arrêt, rassuré d'entendre à nouveau de la tendresse fraternelle dans sa voix. Kiki a été long à la détente, mais il sait en son for intérieur que « Max » n'a aucune envie de les dénoncer. Il ne tient donc qu'à eux de ne pas s'attirer les foudres des preventers… et encore moins celles de Carte Noire.
- Adieu, Max, dit-il à regret. Sauf si…, insinue-t-il pour plaisanter.
- Dégage ! ordonne gentiment mais sûrement le natté.
N'ayant pourtant plus à craindre d'être inquiété par le couple, Kiki attend tout de même d'échapper à la zone éclairée par les lampadaires pour déguerpir et disparaître dans la nuit…
- C'était Kiki-fait-tout ! déclare tranquillement Duo, en étirant les bras vers le ciel. Avant toi, les desperado dans son genre constituaient mon seul repère. J'avais oublié à quel point il pouvait être lourd, celui-là !
Attentif, Heero sonde l'obscurité durant quelques secondes supplémentaires…
- Ça m'a fait bizarre qu'on m'appelle à nouveau Max, poursuit Duo d'un air pensif.
- On attaque de face, relève-t-il son propos, tout en regagnant leur voiture.
- Il m'aurait contacté pour des coups, si je n'avais pas fait preuve de la plus grande fermeté, explique Duo, marchant à ses côtés. Kiki est un non-violent, je savais donc que cet argument ferait mouche.
- Hn.
- Dis, tu n'envisages pas sérieusement la création du Département « Poids plume », n'est-ce pas ? s'inquiète soudain le natté.
Heero sourit à demi devant son air catastrophé.
- Les personnes en activité comme Standford nous sont bien utiles pour appréhender de plus gros poissons.
- Les personnes comme Stan' deviennent tes indic' contre leur gré, 'ro, souligne Duo.
- Hn, admet-il sans honte. Soulagé ? s'enquiert-il ensuite, tout en échangeant un nouveau regard complice par-dessus le capot de leur voiture.
- Du chantage que tu opères sur mes anciens collaborateurs ou de ton bluff sur la prétendue création du prétendu Département ? le taquine-t-il.
Heero se fatigue rarement à rebondir sur les allusions ou francs commentaires sarcastiques de son compagnon et ne prend donc pas la peine de préciser qu'il s'agit ici de la création du Département ; étant donné que son natté le sait parfaitement.
- Bah oui, tu penses ! finit d'ailleurs par répondre Duo, tout en ouvrant sa portière. Je préfère mon statut de légende à celui de fléau, tu t'en doutes.
- Hn, acquiesce-t-il, tout en prenant place derrière le volant.
- Notre agréable soirée est loin d'être terminée, lui rappelle Duo, tout en bouclant sa ceinture de sécurité. J'ai prévu quelque chose pour toi…
- Moi aussi, sous-entend Heero.
- Moi d'abord !
- Toi d'abord, accepte volontiers Heero, tout en manœuvrant fluidement pour sortir de sa place de parking.
En route pour leur nid douillet, Duo et Heero restent fidèles à leur délicieuse et réconfortante habitude qu'est celle d'unir leurs mains sur le pommeau de vitesses.
Leurs doigts chauds ainsi entrelacés, les deux hommes suivent la même allure, prennent la même direction…
•
À la Résidence Yuy…
•
Duo n'est pas peu fier de son effet de surprise : l'ancienne chambre commune des enfants, située au rez-de-chaussée, fait à présent office de salle de massage. En plus des bougies, du parfum et de la musique d'ambiance, ainsi que de la lumière tamisée, une table de massage en bois massif et cuir bleu nuit trône au centre, flanquée d'un meuble sur roulettes proposant diverses bouteilles d'huiles et autres accessoires dédiés aux soins du corps.
Resté sur le seuil pendant que son natté tournoie au centre de la pièce, Heero sourit jusqu'aux yeux.
- Alors, alors ? Ça te fait envie ? veut savoir Duo, impatient de connaître ses impressions.
Et Heero les lui donne sans tarder en venant le gratifier d'un baiser langoureux…
Déjà, les genoux de Duo menacent de se dérober sous lui, sans parler de la bouffée de chaleur qu'il sent l'envahir tout entier.
- Je… je parlais de la perspective de te faire masser par moi, objecte-t-il mollement.
- Tu me masses aussi pendant l'amour, souligne Heero, caressant consciencieusement sa nuque d'une main chaude et déboutonnant habilement sa chemise, de l'autre.
Un long frisson parcourt le corps du natté, tandis que lui-même glisse ses doigts sous le col de chemise à moitié ouverte de son homme.
- 'ro… on a dit « moi d'abord », résiste-t-il faiblement.
Néanmoins, il ne peut s'empêcher d'écarter complètement les pans du vêtement d'Heero afin d'embrasser l'une de ses clavicules, puis ses pectoraux à présent découverts…
- Toi d'abord, confirme bel et bien Heero.
Frémissant…
Impatient…
Gorgé de désir, il l'entraîne sans plus attendre vers leur chambre, le dévêtant promptement tout en l'embrassant avec fougue. Fiévreux, haletant, Duo est délicieusement submergé par l'ardeur de son amant. Désormais déconnecté de la réalité, le natté ne se fie plus qu'à l'odeur, à la chaleur et au toucher sensuel de son compagnon…
•
À une heure avancée de cette douce soirée, les deux hommes reposent sagement dans leur lit, le drap tassé à leurs pieds et les petits coussins décoratifs éparpillés sur le sol.
- « Moi d'abord », hein ? finit par relever le dénatté, confortablement lové dans les bras d'Heero. C'était ton plan depuis le départ, j'imagine… J'aurais dû m'en douter, tu as cédé beaucoup trop vite, réalise-t-il avec un petit rire amusé.
Rempli d'aise, Heero acquiesce en silence.
- Quand je pense que de nous deux, je suis le seul qu'on accuse de jouer sur les mots, indique Duo, se plaignant à moitié.
Heero se met à rire - un son à la fois mélodieux et terriblement viril - invitant immanquablement Duo à se hisser sur son coude, prenant appui d'une main sur le torse musclé de son homme. Aussitôt, leurs regards s'accrochent ; soudés, fascinés. Lentement, le dénatté se penche vers Heero, ne rompant leur lien visuel que lorsqu'ils ferment les yeux de plaisir sous la douceur exquise de leurs baisers…
- Je t'aime tant, susurre Duo tout en caressant les lèvres tentatrices d'Heero.
Pour toute réponse, celui-ci s'empare délicatement du bras de son dénatté, afin d'embrasser l'intérieur de son poignet ; une zone si sensible chez son amant…
Frémissant, Duo se presse contre lui de manière inconsciente… avant de trouver la force de se soustraire à ses baisers.
- Nous ne sommes pas encore demain, fait-il remarquer, soulagé qu'Heero accepte de le libérer.
Pour l'instant…
Cependant, Duo ne souhaite pas rompre leur étreinte et se met à tracer des arabesques sur sa peau, du bout de ses doigts.
- Et ? Heero demande-t-il de plus amples explications, frissonnant à son tour sous les formes arrondies que Duo dessine sur lui.
- Et je me suis promis d'inaugurer notre salle de massage, ce soir. Je rêve de glisser mes mains chaudes et huilées sur ton corps offert. Savoir te dénouer, te sentir te décontracter totalement sous mes mains expertes.
- Ça va, les chevilles ? le taquine Heero, ému de recevoir tant d'affection et d'attention de sa part.
- J'ai remarqué que tu as des contractions récurrentes au niveau du trapèze droit, depuis notre intervention dans le Cartel des Quartiers sud, déclare-t-il avec sérieux.
Heero soupire calmement. Il ne voulait pas que Duo s'en aperçoive.
- Je sais que je me débrouille bien pour un massage ordinaire, poursuit-il.
- Ordinaire ? Heero l'interrompt-il d'une voix douce, un sourcil levé.
- Tu vois ce que je veux dire.
- Ton toucher ne peut pas être qualifié « d'ordinaire », chéri.
- T'es un amour, 'ro, mais tu as besoin de plus, désormais et mes gestes étaient imprécis. Je ne pouvais plus te soulager vraiment. J'ai donc potassé quelques livres sur le sujet et je pense être au point.
- Ne manque plus que moi pour te servir de cobaye, conclut-il.
- Voilà ! confirme Duo d'un air triomphant.
En se redressant en position assise pour s'étirer, ses longs cheveux balayent la chute de ses reins, subjuguant son homme comme au premier jour. À sa suite, Heero se hisse sur ses coudes, se retenant à grande peine de plonger à nouveau ses doigts dans l'extraordinaire chevelure de son fiancé.
D'en éprouver à nouveau la douceur soyeuse, si proche de celle de sa peau…
- Le temps d'une douche rapide et nous serons toujours aujourd'hui, indique-t-il avec un flegme héroïque.
- Minute ! le retient Duo, alors qu'Heero opère un mouvement pour se lever. Je préfère passer sous la douche en premier, seul, pour t'attendre ensuite dans notre nouvelle pièce détente, pendant que toi, tu prendras ta douche, seul. Après moi. Rien ne me dit que ton « plan » est tout à fait achevé. Je connais ton « appétit », précise-t-il en fin connaisseur.
Le sourire en coin, Heero ne dément pas.
- Tes désirs sont des ordres, promet-il.
- Tu te trompes, chéri, le contredit Duo en quittant leur lit. Ce n'est pas à Kat' que tu t'adresses, seulement à ton humble compagnon.
Le rire discret, mais non moins joyeux d'Heero, accompagne plaisamment Duo jusque dans la salle de bain de leur suite parentale. À la hâte, ce dernier passe sous l'eau en évitant dans la mesure du possible de trop mouiller ses cheveux, avant de les coiffer en une natte souple. Une fois séché, il enfile son kimono en soie noire, puis traverse leur chambre à toute allure pour sortir en trombe, la ceinture à peine nouée.
- C'est liiibre ! annonce-t-il d'une voix chantante, en passant.
Alors qu'Heero termine de changer leurs draps, il s'interrompt un court instant et secoue la tête d'un air attendri, avant d'aller se rafraîchir à son tour…
Pendant ce temps, Duo ouvre ses cinq bouteilles d'huiles parfumées, qu'il hume posément, l'une après l'autre. Malgré le fait qu'il ait déjà tout vu, revu et validé avant le grand dévoilement, il veut sélectionner la senteur qui l'inspire le plus pour cette soirée d'inauguration.
Les huiles de massage ne sont pas le seul élément auquel Duo a prêté attention. Bien que la qualité des huiles végétales et essentielles soit primordiale, Duo a également pris soin de choisir ses accessoires : leurs matières, leurs textures, leurs couleurs naturelles, le plaisir, voire même l'apaisement, que l'on peut ressentir rien qu'en les regardant…
À présent que Duo chauffe l'huile qui convient en se frottant les mains, Heero arrive à point nommé, une serviette blanche nouée autour des hanches.
- Installe-toi, mon amour, l'invite Duo.
La pièce - ni trop grande, ni trop petite - est comme teintée d'ambre par les lumières tamisées et celles diffusées par les bougies. Jumelées aux odeurs subtiles et à la douce chaleur régnante, l'ambiance est pour ainsi dire… parfaite.
- Avec ou sans la serviette ? l'interroge Heero, un brin coquin.
Duo se met à rire ; doucement, en basculant la tête en arrière.
- Idiot ! Garde-la, s'il-te-plaît. Je voudrais avoir le temps de te masser consciencieusement, avant de succomber.
- À nouveau, précise-t-il, fier de lui.
- Fais pas ton malin, perfect man et allonge-toi plutôt sur le ventre ! ordonne le natté, tout en tapotant sur la table de massage.
Sans se départir de son sourire en coin, Heero obéit sagement et monte sur la table.
Enfin, Duo peut concrétiser ce dont il rêve depuis des semaines : sentir son homme lâcher totalement prise et se laisser porter ; par lui et lui seul, cela va sans dire. D'ailleurs, Heero est si réceptif qu'il finit par s'assoupir avant que son natté n'ait pu poursuivre son divin traitement sur le devant de son corps.
Le découvrant ainsi, dans un demi-sommeil béat, Duo se tourne vers la commode basse en bois clair afin d'en sortir une couverture, douce et légère. Toujours en silence, il prend ensuite le soin d'en recouvrir Heero, délicatement.
N'ayant pas la place de s'étendre auprès de son fiancé sans risquer de le réveiller, Duo s'en va donc d'un pas feutré, se résignant à aller se coucher. Cependant, Duo est trop excité pour trouver le sommeil. Absolument ravi d'être en mesure de soulager Heero de toutes ses tensions, Duo garde les yeux grands ouverts sur la pénombre de la chambre, se demandant s'il va parvenir à s'endormir sans Heero à ses côtés. À cette pensée, il ne peut s'empêcher de se trouver ridicule : Heero est dans l'autre pièce, en face de leur chambre. Il n'est pas en mission solo, on ne sait où, à faire on ne sait quoi avec on ne sait qui, et à prendre on ne sait quel risque ! Pourtant, Duo a ce besoin viscéral de sentir son odeur, sa chaleur, l'étreinte rassénérante de ses bras et son corps puissant se presser vigoureusement contre le sien…
Durant un long moment, le natté demeure ainsi – frissonnant, frustré et heureux - lorsqu'il sent un léger affaissement au niveau du matelas et un souffle chaud chatouiller sa nuque.
- 'ro ! sursaute Duo, tout en pivotant. Mais… t'es arrivé comment ? En volant ? J'ai rien entenMhm !
Considérant le vœu de frugalité charnelle du natté exaucé, Heero le fait taire d'un long baiser escamoteur d'idées saugrenues…
- Notre délicieuse soirée est loin d'être terminée, souligne-t-il contre ses lèvres entrouvertes, l'une de ses mains se faufilant sous la soie noire.
Le souffle court ravi par son fiancé, Duo se cambre lentement sous les caresses d'Heero…
Et alors que Duo envisage de terminer leur « délicieuse soirée » ici même, dans leur chambre, Heero l'entraîne plutôt vers leur nouveau cocon dédié aux soins du corps et de l'esprit.
- Tu peux ôter ton kimono, lui indique Heero, en se huilant les mains. Je n'ai pas l'intention de ne pas succomber, ajoute-t-il, dévisageant son amant avec concupiscence.
Une bouffée de chaleur monumentale vient alors cueillir le natté, tandis qu'il dénoue la ceinture de son kimono. Le peignoir totalisant son seul et unique vêtement, le natté n'a plus qu'à le faire glisser sur ses épaules pour le laisser tomber avec légèreté sur le parquet.
Ainsi découvert, son corps glabre aux muscles fins léché par les reflets chauds et vacillants des flammes, Duo s'offre au regard et au désir brûlant de son fiancé…
•
Le lendemain midi…
•
Comme à son habitude, Heero se lève tôt et toujours avant Duo. Celui-ci émerge tard de leur petite nuit et a l'agréable surprise de sentir de bonnes odeurs de cuisine lui parvenir dès qu'il pénètre dans le salon. Il n'y reste cependant que le temps d'une tendre étreinte avec Heero, avant d'aller se préparer…
Initialement, Heero désirait l'attendre afin qu'ils prennent ensemble leur petit déjeuner. Seulement, au vu de l'heure avancée de la matinée, Heero a préféré opter pour un brunch. Quelques minutes plus tard, alors qu'il s'apprête à apporter la touche finale à leur menu, Duo déboule dans la cuisine, l'air effaré.
- 'ro !
- Hn ?
Heero est loin de s'inquiéter. Stoïque, il sait qu'aucun événement fâcheux n'est survenu. Aussi prend-il donc le temps de goûter l'un de ses plats, avant de pivoter vers son amant, décidemment haut en couleurs.
- Kat'anna… elle… elle…
- Kat'anna, l'encourage-t-il à poursuivre.
- Kat' me parle, 'ro ! Elle répond à mes questions, elle commente tout c'que je dis !
Cette fois-ci, Heero s'immobilise, le pot de cacao en poudre dans les mains. Puis, comme pour illustrer les propos du natté, leur chatte grimpe souplement sur l'îlot central, loin de la chaleur des plaques à induction, pour miauler joliment…
… tout en fixant Heero.
- Là ! Tu vois cette intelligence briller dans son regard ? l'interpelle à nouveau Duo, tout en pointant la douce Kat'anna du doigt.
- Les mammifères carnivores que sont les chats ont beau être domestiqués, ils n'en demeurent pas moins des prédateurs, stipule Heero.
- Argh ! T'as avalé un dico, ou bien ? Je ne te parle pas de science naturelle mais d'instinct.
- D'instinct ? relève-t-il, tout en jetant un léger coup d'œil à la chatte.
Néanmoins, il reporte bien vite toute son attention sur son compagnon à deux pattes, assurément l'individu le plus préoccupant dans cette pièce.
- De feeling, 'ro !
- Hn.
Bien décidé à convaincre Heero de sa découverte, Duo s'apprête à lui narrer par le menu comment tout a commencé et pourquoi ils sont passés à côté de cette révélation incroyable si longtemps… lorsque le téléphone sonne, sauvant Heero de justesse.
*Ou ne faisant que repousser l'inévitable, je le crains…* prédit Heero, in petto.
- C'est sûrement les enfants ! Duo s'écrit-il de joie en allant se jeter sur le combiné du salon. Il est prévu qu'ils appellent aujourd'hui…
Et tandis qu'il discute effectivement avec leurs deux chatons…
- Y a des téléphones dans la jungle ? s'enquiert le natté.
… Heero croise à nouveau le regard si expressif de Kat'anna.
- Tu n'as pas pu t'empêcher de vendre la mèche, constate-t-il d'une voix tendre, en la caressant entre les deux oreilles.
- Maou, miaule-t-elle de son air distingué.
- Crevette ? lui propose Heero.
Se faisant, il ouvre l'un des deux tiroirs du congélateur, afin d'en prélever une crevette rose – à l'origine crue et sans sel - cuite par les bons soins du natté avant d'être conservée au frais.
Un geste, une situation, que la chatte reconnaît à coup sûr et qui lui fait perdre instantanément tout son flegme.
- MAAAou ! MAAAou ‼ MAAAAAAou !
- Hn, admet Heero avec un sourire en coin. Bonne réponse, ma chère…
Sous la surveillance de Kat'anna, Heero plonge la crevette gelée dans une tasse d'eau chaude. Une minute suffit à ce que la crevette se tiédisse suffisamment pour être à nouveau savoureuse. Kat'anna finit toujours par patienter sagement, confiante quant à l'issue de ce ballet devenu quotidien : chasser la crevette dans la grande boîte en métal résistante aux griffes et perpétuellement coincée dans la saison froide de l'hiver, immerger la proie dans une eau bouillonnante dont il est impossible de s'approcher au risque de se brûler la truffe, puis pêcher la friandise au parfum exquis à l'aide d'un mini trident avant de la couper soigneusement en petits morceaux.
Ensuite, Kat'anna doit encore puiser dans ses réserves d'endurance et attendre que l'un de ses deux serviteurs vérifie que la chair n'est pas trop chaude, étant donné que la chatte se jette immédiatement sur le moule à tartelettes en porcelaine qui lui fait office de gamelle pour cet extra.
- Régale-toi, ma douce…
Adoubé par Kat'anna, Heero capte à nouveau quelques bribes de la conversation de son compagnon, devinant aisément les commentaires de leurs enfants et pouvant ainsi reconstituer sans difficulté leurs échanges à tous les trois.
- Vous le saviez ? Duo s'étonne-t-il. Depuis quand Kat' vous parle, à vous ?
Rayonnant de bonheur, Heero s'en retourne à ses fourneaux, fin prêt à garnir leurs assiettes…
•
Cinq semaines plus tard…
•
La saison dite du « renouveau » est propice à l'organisation d'évènements au moins en partie prévus en pleine air.
L'été, les températures élevées peuvent s'avérer pénible à supporter, ou bien virer à l'incident climatique en cas de pluies diluviennes ou d'orages liés aux fortes chaleurs.
L'automne offre bien une palette de couleurs flamboyantes, mais ne garantit pas des conditions atmosphériques stables et l'hiver – bien que son manteau de neige soit féerique - oblige à rester à l'intérieur.
D'évidence, l'atmosphère du printemps – une sphère douillette, fleurie et chantante - offre un environnement idéalement optimiste pour les festivités…
À l'unanimité, la douceur extraordinaire de cette journée printanière est interprétée comme un signe.
Un présage de félicité pour les jeunes mariés : Heero et Duo.
Chaleureusement complimentés par leurs convives, les époux veillent à ce que chacun d'eux soit bien installé et passe un bon moment. Selon le souhait commun des conjoints, le mariage se déroule en petit comité. Ainsi, familles et amis, tous ont répondu présents :
Trowa, le complice de toujours et témoin d'Heero, accompagné de son mari Quatre et de leur pétillante Towika, très fière dans sa robe lilas à volants ;
Kimo, le frère et témoin de Duo, entouré de son fiancé Shunichi, jamais très loin ;
Shawn, le wedding planner talentueux, choyé par son fiancé Milliardo Peacecraft ;
L'Administrateur Wufeï Chang, sa femme Sally et leurs charmants enfants ;
Marc et son mari Antoine, mais aussi Alec – toujours célibataire - Blake et sa ravissante compagne Nanako, bien entendu ;
Également, l'Agent spécial Isato Yamori avec qui Duo et Heero - ainsi que le reste de l'équipe - partagent des moments conviviaux à l'Endless Waltz et avec lequel des liens amicaux et de confiance se sont tissés…
Naturellement, les enfants du couple vedette ont un rôle prépondérant : Daniel, en costume preventer sur-mesure – de quoi faire grimacer son daddy qui l'imagine loin, très loin de l'Organisation – et la fabuleuse Akane, tourbillonnant sur elle-même dans sa robe bleu nuit aux étoiles argentées, dont une, brodée de fil doré au niveau du cœur, représentant sa défunte mère, Relena Peacecraft.
Les deux enfants, chargés d'apporter les alliances sur un coussin en soie blanche, accomplissent leur mission à la perfection.
Enfin, parce qu'il est hors de question de le laisser pour compte et parce qu'Heero et Duo se sont eux aussi attachés à cet orphelin, Tsuneïe les accompagne désormais dans leurs sorties en famille, chaque fois que le cœur lui en dit…
Avec le recul, le natté doit bien admettre que Shawn a raison depuis le départ. Pas moins de trois illustres familles assistent à leur mariage : les Chang, Peacecraft et Raberba Winner ; tous descendants de lignées plusieurs fois centenaires, voire millénaires. Il n'aurait pas été convenable de les tasser sur les banquettes en simili cuir usées du karaoké, sans parler du risque majeur lié à la sécurité des héritiers ; quoiqu'avec autant d'agents d'élite au mètre carré, il aurait été suicidaire de menacer qui que ce soit !
De l'avis de tous, la cérémonie fut magnifique ; à la fois fraîche, solaire et solennelle. De même, la réception qui doit se dérouler jusque tard dans la nuit est parfaite. Cette journée, lumineuse et aérienne, restera dans les mémoires, tant par sa simplicité authentique mêlée d'un raffinement subtilement dosé, par la beauté du site – un parc loué pour l'occasion – que par les échanges bien sentis du trio infernal que forment Duo, Blake et Kimo… provoquant les fous rires communicatifs d'Antoine, Shawn, Shunichi et Quatre.
Les enfants en garderont également un souvenir éclatant. Pour Daniel et Akane, cela n'est pas seulement dû au fait que leurs parents ont veillé à ce qu'une aire de jeux leur soit spécialement installée - et située de façon à pouvoir garder constamment un œil sur eux - mais surtout parce que leurs pères portent enfin une alliance.
Ce ruban en or blanc aux courbes douces et aux angles arrondis. Synonyme de sobriété, la Simple Groom de chez Gyo dissimule pourtant un diamant à l'intérieur de l'anneau. Sur sa face interne, Duo et Heero y ont fait graver leurs prénoms. À l'image de leur alliance, ce choix semble simple, mais il revêt une finition particulière, qui, à l'instar de l'anneau, constitue un trésor caché à la vue de tous et donne toute sa préciosité au bijou.
Inspiré, Heero a suggéré de remplacer la dernière lettre du prénom du conjoint – en l'occurrence, la lettre « o » - par le diamant. Au travers de cette pierre précieuse, Heero souhaite ainsi représenter son époux par une impérissable.
Son étoile éternelle…
Bouleversé, Duo n'a de cesse de repenser à cette symbolique. Chaque fois qu'il touche et fait tourner son alliance autour de son annulaire, il visualise le corps céleste de son mari, brillant plus intensément que n'importe quel autre astre dans le ciel…
Rêvassant, le natté se voit tirer de ses pensées par sa manche. Ou plutôt, par Tsuneïe qui tire sur celle-ci depuis un moment.
- Oui, mon lapin ? s'enquiert Duo, en s'accroupissant devant l'enfant.
Tsuneïe – adorable dans son costume beige et blanc - semble inquiet, alors qu'il jouait gaiement avec les autres, il y a encore quelques minutes.
- Tu n'as pas l'air dans ton assiette, remarque le natté. Que se passe-t-il, trésor ?
À proximité, Heero veille sur eux du coin de l'œil, tout à la fois attentif à leur échange qu'au tour de magie que les enfants tentent de lui reproduire…
- Vous allez déménager ? demande enfin Tsuneïe.
- Ce n'est pas dans nos projets, non.
- …
- Tsun'… Qu'est-ce qui te tracasse ?
- Maintenant que vous êtes mariés, les choses vont sans doute changer.
- Euh… oui et non, en fait. Je ne comprends pas, chaton. Que crains-tu, exactement ?
- De ne plus vous voir. Vous êtes mariés, maintenant et moi, je ne suis pas votre enfant.
- Voui, acquiesce-t-il avec douceur. Mais je ne vois toujours pas où est le problème. Tu es le meilleur ami de nos enfants et tu es le bienvenu à la maison, tu le sais ?
- Oui…
- Mais ?
- S'il arrive quelque chose à Grand-mère Yoyo, je ne pourrais plus vous voir. Je ne suis… je ne suis plus l'enfant de personne, conclut-il tristement, en fixant ses pieds.
Tandis que les larmes lui montent aux yeux, Tsuneïe sent Duo le prendre dans ses bras. L'enfant s'y réfugie alors, comme à chaque fois.
- 'ro et moi savons que tu aimes vivre avec Grand-mère Yoyo, pas vrai ?
- Oui…
- Tout comme tu adores venir à la maison ?
- Oui…
- Grand-mère pète la forme, c'est indéniable !
Cette fois-ci, Tsuneïe sourit dans le cou du natté.
- Grand-mère t'adore, reprend Duo avec une autorité bienveillante, paternelle. Mais si par malheur, il devait lui arriver quelque chose, ou si elle n'était plus en mesure de te garder auprès d'elle, sache que 'ro et moi avons déjà pris nos dispositions pour que tu viennes vivre chez nous.
À ces mots, Tsuneïe s'écarte de Duo, l'air abasourdi.
- Dan dit que… si vous ne signez pas des papiers, ça vaut rien.
Duo lâche un rire joyeux.
- 'ro et moi avons signé les « papiers », il y a un moment, Tsun', lui assure-t-il. Quoi qu'il arrive, nous serons toujours là pour toi.
À présent, l'enfant sourit jusqu'aux oreilles, ruisselant de bonheur.
- Alors ? vient s'enquérir Daniel, à qui la conversation n'a pas échappé.
- Pour moi aussi, ils ont signé des papiers ! annonce Tsuneïe, provoquant des cris de joie de la part de ses amis réunis autour de lui.
Avant qu'ils ne repartent jouer, Heero s'accroupit à son tour afin d'adresser quelques mots à l'orphelin.
- Nous t'aimons infiniment, Tsuneïe…
Touché au plus profond de son être, l'enfant se jette dans ses bras, coupant Heero dans son élan. Alors, avec toute la tendresse du monde, Heero lui caresse le dos jusqu'à ce que l'émotion forte du jeune garçon s'adoucisse.
- Moi aussi, je vous aime, finit par déclarer Tsuneïe.
- Aies confiance en nous. Duo et moi veillons sur nos protégés et je te garantis que personne n'a le droit de nous séparer.
Réconforté, Tsuneïe se serre plus fortement encore contre son désormais tuteur.
- Notre maison est ta maison, termine le tranquilliser Heero.
- Nous en avons longuement discuté avec Grand-mère, lui apprend Duo. Elle aussi, se faisait du souci pour toi et elle se réjouit de savoir que ton avenir est assuré.
- Vous aviez besoin d'être apaisés, tous les deux, souligne Heero. L'es-tu, toi aussi ?
- Oui, garantit Tsuneïe, tout en s'écartant d'Heero, le cœur en fête.
- Pour de vrai ? veut savoir Duo.
- Oui, pour de vrai, confirme l'enfant d'un air ravi.
- Merveilleux ! se réjouit le natté.
Et tandis qu'il se redresse en même temps que son mari, Duo observe ses convives, au loin, n'écoutant que d'une oreille distraite les commentaires des enfants sur le « miel » produit par la « lune »…
- C'est l'heure, Oncle Duo ! annonce soudainement Towika, comme un cheveu sur la soupe.
- Hein ?
- Il est bientôt minuit, lui indique Akane.
À sa mine enchantée, ses parents devinent aisément le film féerique qui se joue dans l'esprit de leur fille, pourtant si réaliste.
- Misère ! Votre père vous a contaminé avec son obsession pour Big Ben, déplore Duo, dessinant un doux sourire sur les lèvres de son amant.
Sur le départ, les jeunes mariés font une dernière fois le tour des invités afin de les remercier et de les encourager à profiter de la fête le plus longtemps possible.
Bien qu'un voyage de noce soit effectivement prévu, Heero et Duo envisagent sereinement l'éventualité de l'annuler, ou de le reporter au cas où leurs enfants se sentiraient tristes ou angoissés de les voir partir le soir-même. À l'inverse, Akane, Daniel, Tsuneïe et tous les autres les escortent joyeusement jusqu'à leur voiture avec chauffeur et décorée par leurs soins. Loin d'être anxieux, ils vont même jusqu'à les tirer par la main afin qu'ils pressent le pas, de peur qu'ils ne manquent leur avion.
Rassurés, Heero et Duo partagent de longues étreintes avec chacun des enfants, promettant de revenir vite… mais de « prendre leur temps quand même », pour citer Daniel.
- C'est quoi, l'embrouille ? l'interroge Duo, pas dupe, en s'installant sur la banquette arrière, auprès d'Heero.
- Shawn nous a réservé un long séjour au Parc des merveilles, confie Akane sur le ton du secret.
Alors même que ses parents – protecteurs patentés - sont parfaitement au courant !
- Oncle Mill' ne peut pas venir, mais Oncle Shawn et Oncle Quat' seront avec nous, poursuit-elle.
- C'est cool ! s'enthousiasme Duo. Mais… pourquoi parles-tu tout bas ? ajoute-t-il en chuchotant par mimétisme.
- Ils pensent nous faire une surprise, mais on est au courant depuis plusieurs jours, confie alors Daniel, fier de ses qualités d'espion.
Duo explose de rire, pressant avec force la main de son mari.
- Amusez-vous bien, leur souhaite Heero, avant de leur commander d'être prudents.
Aussitôt, les enfants promettent de suivre leurs consignes et ceux de leurs oncles en hochant vivement la tête et en souriant de toutes leurs dents.
Au comble du bonheur, les jeunes mariés s'en vont le cœur léger, sachant leurs enfants sous la surveillance renforcée de leurs anges gardiens… lesquels se tiennent déjà auprès d'eux.
•
Sous une lune… de miel…
•
De bon matin, Heero a la surprise - plutôt désagréable, d'ailleurs - de se réveiller seul, sans Duo somnolant confortablement à ses côtés, et ce, conformément à leur habitude.
Un poil contrarié et un brin curieux, son niveau de vigilance déjà plus accru que la moyenne passe à un degré plus élevé encore que d'ordinaire. Aux aguets, le Colonel jette un rapide coup d'œil au réveil, afin d'évaluer le niveau d'activité régnant dans l'hôtel. Tout en balayant du regard la suite nuptiale à la recherche d'éventuels indices – visuels, olfactifs et sonores - permettant ou non de valider certaines de ses hypothèses, Heero glisse sa main sur la place qu'occupe son mari, afin d'en prendre la température. Désormais, il est à même de se faire une idée approximative du temps écoulé depuis son départ du lit.
Sans bruit, Heero se lève pour enfiler le tee-shirt en coton et le pantalon en toile qui se trouvent à sa portée et adaptés au climat tropical de leur escapade paradisiaque. Se faisant, il ne se demande pas bêtement où se trouve son mari, comme le ferait sans doute la plupart des gens. Il ne se contente pas de s'inquiéter vaguement en attendant passivement le retour de son conjoint.
Non.
Fidèle à lui-même, Heero évalue la situation en l'espace d'une minute, se remémore la veille au soir de leur arrivée en ce lieu et répertorie mentalement toutes les personnes qu'ils ont rencontrés ou même seulement croisés, Duo et lui. Dans son palais mental, il jauge pour chacun leur degré de dangerosité, ou tout du moins d'intelligence en se référant à leur comportement, leur gestuelle, leurs regards… Il sait déjà où se situent les issues de secours, les points d'entrées et de sorties, les possibilités de repli possible en cas de nécessité de fuite, ainsi que l'héliport sur le toit de l'immeuble. Ajouté à cela, le facteur temps. Heero connaît le chronomètre pour atteindre chacune de ses options…
L'hôtel est immense, le nombre de pièces donne le tournis, mais il n'y a pas tant d'endroits stratégiques pour retenir une personne prisonnière, à l'abri des regards et de témoins potentiels suffisamment courageux pour donner l'alerte ; l'arrière cuisine serait une option logique, mais seulement pour une durée limitée.
*L'arrière cuisine…* se répète Heero, se préparant à l'éventualité de devoir retourner tout l'hôtel afin de retrouver son mari.
Loin de s'en effrayer, rien ne saurait le décourager ni le détourner de sa quête ultime, son Graal à lui et à lui seul : Duo.
*L'arrière cuisine…* pense-t-il, tout en visualisant mentalement le trajet qu'il empruntera pour y accéder à pas de loup.
Il en est à songer aux armes et munitions qu'il a dissimulé un peu partout dans leur suite. Cela, à l'insu de son compagnon ; exception faite pour leur Browning Hi-Power respectif. Rien ne doit venir gâcher leur lune de miel et ce type de précautions excessives pourraient bien contrarier son mari…
Pour l'heure, Heero préfère encore un natté grincheux que plus de natté du tout !
Décidé à passer à l'action sans plus attendre – les deux minutes d'analyses lui ont déjà fait perdre assez de temps – Heero vient s'accroupir devant l'une des commodes dans l'intention d'en décrocher son Browning Hi-Power, scotché sous ledit meuble… lorsque la porte de leur chambre s'ouvre en grand.
Presque aussitôt, Heero entend la voix calme et posée de son mari lui parvenir depuis le seuil.
- Encore merci pour votre aide, Greg !
- Je ferme la porte derrière vous, Monsieur.
- Ça m'arrange. Belle journée !
- Belle journée à vous, Monsieur.
Tranquillisé, Heero se redresse, laissant son arme dans sa cachette ; son niveau d'alerte revu à la baisse.
L'instant d'après, son natté apparaît dans le salon, souriant d'une oreille à l'autre.
- Bonjour, chéri ! lance joyeusement Duo, tout en poussant le chariot de service en inox de l'hôtel jusqu'à la table.
- L'arrière cuisine, murmure Heero pour lui-même, en souriant.
À présent que l'hypothèse plus que probable que Duo soit tout simplement allé en cuisine pour leur mitonner de bons petits plats est avérée, Heero peut – comme la plupart des gens - se demander comment Duo a bien pu traverser tout l'hôtel sans rien renverser, tant le plateau du chariot est chargé de vaisselle.
- Bonjour, chéri, finit-il par répondre en se portant à sa rencontre.
- Je me suis levé avant toi, souligne-t-il l'évidence d'un air triomphal. Moi !
- J'ai vu ça, répond Heero, en le couvant d'un œil amusé.
Après quoi, il prend le temps de lui replacer une mèche de cheveux derrière son oreille, avant de l'embrasser langoureusement…
- Je t'ai préparé tout ce que tu aimes, annonce Duo, tout en caressant tendrement les cheveux en bataille de son mari.
- Nous aurions pu simplement commander.
- C'est ce que j'ai tenté de faire, hier soir pour ce matin, mais ils n'avaient pas l'air de comprendre ce que je désirais.
- Étrange, pour un Cinq étoiles, commente Heero, taquin.
Comme à l'accoutumé, le colonel voit clair dans son jeu. En réalité, Duo apprécie moyennement l'idée de laisser à d'autres – même à de grands professionnels de la gastronomie – le soin de nourrir sa famille. Dans ce domaine, s'il accorde sa confiance à une poignée d'individus – des proches, pour la plupart – seul Heero peut cuisiner librement sans que le Chef Daddy ne vienne superviser son travail ou valider ses plats. Et bien que le ton d'Heero exprime clairement que les cuisiniers d'un hôtel de luxe ont toutes les compétences requises pour confectionner les mets sélectionnés par le natté, Duo choisit toutefois de faire la sourde oreille et s'en retourne plutôt vers son chariot bien garni.
- Installe-toi, mon amour, commande-t-il. Tu vas te régaler ! promet-il, ensuite.
- Je n'en doute pas un instant, mais ce n'est pas ce que je prends habituellement au « petit-déjeuner », mentionne-t-il sans détour.
- 'ro… tu ne peux pas prendre de « petit-déjeuner » à tous les repas ! le sermonne-t-il en pivotant sur lui-même, une assiette à dessert dans chaque main. Bah, qu'est-ce tu fais ? l'interpelle-t-il.
- Tu m'as demandé de m'attabler, lui rappelle Heero, depuis la zone dédiée à la prise des repas.
- Oui, mais pas à table ! Comment veux-tu que je m'installe sur toi, si tu petit-déjeunes comme un être civilisé ? ajoute-t-il, faisant sourire Heero.
- Le canapé ? suggère-t-il, en se levant déjà pour s'y rendre.
- Bien sûr que oui, quelle question !
Heero s'y installe donc et observe plaisamment Duo s'agiter autour de lui, disposant ses préparations culinaires - pour la plupart miniatures - sur la table basse et de façon à ce qu'Heero puisse se servir sans trop devoir se pencher. Les bras plats du canapé, quant à eux, sont suffisamment larges et stables pour accueillir un petit plateau proposant deux tasses et deux thermos.
- Tu t'es réveillé avant que je ne revienne, reprend Duo. Tu ne t'es pas trop inquiété, j'espère ? se soucie-t-il, un peu tard. J'aurais peut-être dû te laisser un mot…
- Ça n'aurait rien changé, élude plus ou moins Heero.
Un mot ne prouve rien et peut être rédigé sous la menace d'une arme ou de représailles sur les membres de leur famille.
- Ce n'est pas tous les jours que je me lève avant toi, insiste-t-il encore, ignorant tout de ce qui s'est tramé dans l'esprit de son mari, en l'espace de quelques minutes.
Duo s'apprête à grimper sur les genoux de son compagnon, lorsqu'il se ravise et décide de rapprocher l'une des assiettes à dessert contenant tout un assortiment de ses différentes préparations.
Après l'avoir placé à côté des tasses et thermos, Duo vient enfin se blottir contre Heero, lequel savoure avec délice le retour de son bien-aimé à la place qui est sienne : dans ses bras.
- Un exploit au regard de la nuit que nous avons passé ensemble, admet Heero en l'étreignant. Néanmoins, j'aimerai autant que cela ne devienne pas une habitude.
- Sois tranquille ! assure-t-il en se pelotonnant plus confortablement contre lui, les yeux clos et la tête reposant sur son épaule. Ch'est trop fachiguant de te shurprendre, ajoute-t-il tout en baillant, ce qui a pour effet de déformer le son des syllabes.
- Tu m'en vois ravi, se réjouit sobrement Heero.
Attentionné, il ne touche pas immédiatement à sa nourriture bénie, préférant contempler son mari encore quelques instants…
Le serrer plus fort contre lui…
Glisser ses doigts dans ses cheveux soyeux, après une caresse légère sur sa joue…
Soupirant d'aise, Duo s'élève un peu plus encore dans leur monde de béatitude…
Tout compte fait, il trouve sa première idée parfaitement stupide et se demande même comment il a pu croire, ne serait-ce qu'une demi seconde, qu'elle était réalisable.
De prime abord, son plan initial consistait à ne pas fermer l'œil du reste de leur première nuit de noces.
*Mort de rire !* pense Duo, se moquant gentiment de lui-même.
Certain que, s'il s'endormait, il ne parviendrait jamais à se réveiller avant Heero.
*C'est pas faux !*
Mais il a présumé de ses forces…
*Sans blague ?* se raille-t-il, à nouveau.
… et a dû saisir l'occasion de programmer le réveil de son communicateur portatif sur vibreur, en espérant que son amant assoiffé de volupté serait suffisamment rassasié pour daigner dormir jusqu'au matin et ne pas sentir les vibrations émises par l'alarme.
*J'ai au moins pu réussir ça !* reconnaît-t-il, satisfait.
Au bout d'un moment, il sent Heero durcir soudainement sous l'une de ses mains. Une sensation électrisante qui extirpe efficacement Duo de ses pensées et de sa somnolence… avant de prendre conscience qu'il a passé sa main sous le tee-shirt d'Heero, afin de toucher son corps nu et sentir la douceur de sa peau.
Souhaitant sustenter une autre faim, Heero se saisit de l'assiette à dessert sur le côté du canapé, contractant naturellement ses abdominaux.
Duo se mord la lèvre, riant doucement de lui-même contre l'un des pectoraux de son homme.
- Tout va bien ? s'enquiert Heero, entre deux savoureuses bouchées sucrées.
- Je suis dans tes bras, non ?
Heero sourit jusqu'aux oreilles ; heureux, tellement heureux !
Resplendissant de bonheur, il s'affaire à nouveau du côté du bras du canapé. Alors qu'il dévisse l'un des thermos, Heero sent Duo lui caresser sagement le ventre. Frémissant à l'endroit de ses effleurements, Heero parvient tout de même à se concentrer afin d'humer le parfum de la première boisson : du chocolat chaud. Pour Duo, de toute évidence.
Heero referme donc soigneusement le bouchon, avant d'ouvrir le second…
Abasourdi, il lui faut quelques secondes pour être certain que ses sens ne le trompent pas. Puis, n'ayant plus aucun doute sur la nature de ce breuvage, il pose le thermos sur le plateau afin de pouvoir passer ses doigts sous le menton de son amant.
- Mm ? veut savoir Duo, tout sourire.
- Du café ? l'interroge Heero, en le dévisageant.
- L'odeur ne me gêne pas, lui rappelle tranquillement Duo.
- C'est quoi l'idée ? Tu m'as préparé cette boisson interdite simplement pour en diffuser son arôme ?
Duo grogne sa réponse. Cependant, elle reste incompréhensible, même pour l'ouïe fine d'Heero et son aptitude remarquable à traduire, voire, à deviner les paroles et pensées de son mari.
- Chéri ? l'encourage donc Heero à clarifier sa position.
Il en va tout de même de leurs libidos !
- Tu peux siroter cette chose infecte pendant que je me repose, à condition que tu te brosses les dents après et que tu fasses un bain de bouche, le prévient-il ensuite.
- Des graines fraichement moulues, identifie Heero. Si ça, ce n'est pas une preuve d'amour, le taquine-t-il tendrement.
Immanquablement, son natté bougonne sous son oreille, son visage radieux à nouveau niché dans son cou.
- Tu ne m'accompagnes pas, remarque Heero, en se servant une pleine tasse de café.
Un café profondément noir, dense et puissant, riche en arabica et aux notes délicieusement épicées et poivrées…
- T'as cru que j'avais cuisiné toutes ses bonnes choses le ventre vide ? Oh, 'ro ! ajoute-t-il en caressant son torse musclé d'un air songeur. Ce séjour te fait le plus grand bien, mon amour. D'ordinaire, tu es constamment sur le mode « preventer »… Toujours sur le qui-vive ! lui reproche-t-il à moitié. Comme quoi, tu peux faire un effort et manquer un truc ou deux…
Duo ne s'interrompt enfin que pour bailler longuement, avant de se laisser aller à une somnolence merveilleuse.
Le sourire en coin, Heero resserre son étreinte autour de son doux rêveur, tout en portant le breuvage banni à ses lèvres.
Ainsi, ses sens en éveil, il peut tout à la fois faire ses délices de l'odeur, du goût et de la chaleur de Carte Noire…
FIN
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Note de fin : C'est difficile de clore ce dossier. À l'heure où je rédige ces quelques lignes, je ne sais toujours pas comment tourner mes remerciements…
Je crois que le point de départ idéal est celui-ci : une liste de noms.
Lysanea, Kat'anna, Misaki, Alinea63, Tit0u86…
Merci d'avoir été là tout au long de ce dossier. Votre présence a été pour moi un véritable soutien. J'ai tendance à ne pas sous-estimer l'impact des mots. Véritable pouvoir entre nos lèvres et dans nos esprits, les mots détruisent ou construisent notre société. Ils nous permettent d'être au meilleur de nous-même, de notre sincérité… Ils nous donnent les moyens d'apporter courage et douceur à notre entourage ; qu'il soit proche ou virtuel. En cela, vos reviews et mails m'ont apporté de la positivité, de la chaleur et de la joie. Merci. Merci du fond du cœur… et plus encore !
Bien entendu, je remercie chaleureusement toutes les personnes qui m'ont lu jusqu'au bout.
Je ne vous cache pas que l'idée d'un gros épilogue me titille fortement. Je préfère ne rien promettre, mais je ne ferme pas mon dossier tant que je ne suis pas certaine d'un éventuel post supplémentaire… ou non.
Je vous souhaite le meilleur et beaucoup de bonheur…
Soyez heureux
Kisu
Yuy ღ
