Sources : RDV sur Wattpad au chapitre source de l'histoire
Je gardai ces mots imprimés dans ma tête et m'avançai dans l'allée au milieu des nombreux invités. Je cherchai déjà une rose blanche du regard. Rien pour l'instant. Les portes du palais s'ouvrirent. Deux gardes se postèrent de chaque côté et firent entrer les invités en prenant leur invitation. Je donnai la mienne et m'avançai vers la salle de bal. Sur mon passage, tous les regards se tournaient vers moi. Des chuchotements parvinrent à mes oreilles. Tous les jeunes hommes m'adressèrent des sourires et des regards remplis de désir. Le rouge me monta aux joues et je pressai le pas. C'est bien la première fois de ma vie que j'étais aussi mal à l'aise. Je n'aime pas d'habitude être le centre de l'attention. La salle arriva en vue, des couples dansaient déjà. Si tout cela n'est qu'un rêve, je n'ai absolument pas envie de me réveiller. De nombreuses personnes me firent mille compliments sur ma beauté. J'appris également de leur part que ce bal avait été organisé par le prince pour choisir sa future reine. Les monarques avaient approuvé son projet. Il faut dire qu'ils se montrent très tolérants avec leur fils. A minuit, quand les masques tomberont, il annoncera le nom de celle-ci à la salle entière. Ils me souhaitèrent bonne chance, pensant que ma beauté le fera tomber à genoux. Je fus tenté plus d'une fois de leur répondre que je ne pouvais trahir Louis. Je refoulai cette idée au fond de mon esprit. J'ai 16 ans, ce n'est pas le moment de me comporter comme une enfant. Je m'éloignai d'eux et scruta la salle du regard, toujours pas de rose blanche en vue. Soudain une main se saisit de la mienne, me faisant sursauter. Un jeune homme fort charmant aux cheveux de corbeau et aux yeux émeraudes derrière un masque rouge me fit un baise-main. Son regard m'indiquait clairement qu'il ne contait pas repartir seul, et encore moins obtenir de moi qu'une simple danse.
"- Bien le bonsoir gente dame. M'accorderez-vous cette danse ?
- Merci monsieur mais je ne puis accepter. J'attends quelqu'un d'autre. Veuillez m'excuser."
Alors que ma main glissa hors de la sienne et que je m'éloignai de lui, la sienne se referma violemment sur mon poignet. La douleur me traversa le bras.
"- Pas si vite petite bourgeoise. Ce n'est pas parce que tout le monde fond sur ton beau visage que tu crois pouvoir tout te permettre. Que tu le veuilles ou non tu vas danser avec moi.
- Si vous vous êtes senti insulté par mon refus m'en voyez-vous désolée. Si vous prenez la mouche alors que je décline votre invitation sans la moindre impolitesse ce n'est pas mon affaire. Veuillez lâcher mon poignet je vous pris.
- Ne crois pas que je vais laisser passer cet affront.
- Et vous ne croyez pas obtenir une danse de cette jeune femme avec un tel manque de respect, lança une voix forte derrière lui !"
En levant les yeux vers mon sauveur, je retins un cri de joie. Une rose blanche accrochée à la veste de son costume bleu marine en velours couvert de broderie dorée, c'est bien mon ange-gardien. Cela ne fut pas au goût de mon bourreau qui s'approcha, menaçant le jeune homme aux cheveux châtains et aux yeux noisettes cachant son visage derrière un masque noir qui ne broncha pas d'un pouce. Attendez des cheveux châtains et des yeux noisettes ? Non cela ne peut être qu'une coïncidence, enfin je crois.
"- De quoi je me mêle monsieur je m'incruste ? J'étais là avant pour cette dame alors va-t-en trouver une autre.
- Et vous monsieur je ne comprends pas le non, je vous conseille de respecter le choix de cette jeune femme. Sachez qu'en tant qu'ami proche de sa majesté le prince Henri, il me suffit d'alerter le garde qui se trouve à moins de dix mètres de nous pour lui demander de chasser un malotru en train d'agresser une invitée et de prendre un ami du prince de haut, en l'occurrence vous. Alors relâchez-là immédiatement, ma patience a des limites monsieur."
L'homme blêmit et passa son chemin en me fusillant du regard. Espérons qu'il me laissera en paix le reste de la soirée, je ne suis pas venue pour me frotter à ce genre de personnes. Mon ange-gardien m'adressa un sourire pour me rassurer. Il s'inclina et me prit la main pour la baiser. Son regard de feu croisa le mien et une curieuse impression m'envahit, comme si j'avais déjà vécu ce sentiment. Je restai bouche bée face à sa beauté, je n'avais jamais vu un si bel homme. Il se redressa sans lâcher ma main.
"- M'accorderez-vous cette danse ? Sauf si l'envie ne vous prend plus, ce que je comprendrai après ce qui vient de se passer.
- Volontiers."
Il me gratifia d'un charmant sourire et me mena au milieu des autres couples. Sa main libre se posa sur ma taille et la mienne sur son épaule. Notre danse commença. Je pouvais sentir ma robe prendre vie au fil de mes mouvements. Nous dansons dans un tourbillon de voiles et de paillettes. Au lieu d'être embarrassée comme je l'avais imaginé, j'étais étrangement à l'aise auprès de ce jeune homme. Qui es-tu mon ange-gardien ? Où ai-je déjà vu ce regard lisant à travers mon âme comme on lit un livre ?
"- Je suis heureux que vous portez cette robe Rebecca. Je savais qu'elle vous irait comme un gant. Vous voir aussi magnifique me comble de bonheur.
- Je n'ai pas de mots pour décrire ma gratitude monsieur. Depuis un an c'est vous qui me comblez de bonheur. Mais je ne sais pas si je pourrais attendre minuit avant de voir enfin votre visage qui reste un mystère à mes yeux.
- Je ne crois pas que vous aurez besoin d'attendre."
Alors que je me demandais ce qu'il entendait par là, son visage afficha un sourire que je connaissais très bien. Exactement le même que ce jour il y a six ans. Comment peut-il connaître ce sourire ? A moins que ce soit lui.
"- Louis ?
- Je savais que tu n'avais pas besoin de voir mon visage pour me reconnaître Rebecca.
- Mais comment ?
- Il y a un an mes études ce sont terminées par ma rigueur de travail. J'avais tenu ma promesse faîte à mes parents, il ne me restait plus que la tienne. Mais je ne suis plus le garçon simple que tu as connu. Je ne voulais pas me présenter à ta porte comme un idiot.
- Tu n'es pas un idiot enfin ! Je t'aurais accueilli à bras ouverts.
- En revanche tu es toujours aussi simpliste. Je savais que tu l'aurais fait mais c'est plus fort que moi. J'ai décidé de me racheter de ces six ans passés l'un sans l'autre. Je me suis mis à t'envoyer tout ce que tu adorais et ce qui t'irait comme un gant à mes yeux. Je t'ai toujours vu comme une reine tu sais, couverte de bijoux et de superbes robes.
- J'ai toujours pensé à toi tu sais. J'ai toujours ton alliance dans ma chambre.
- Moi aussi, mon épouse spirituelle."
Toute la soirée se passa ainsi, les yeux dans les yeux, l'un contre l'autre. Je n'en revenais pas que mon "époux spirituel" avait autant embelli. Je ne pouvais rêver plus beau cadeau pour mes 16 ans. Il sera parfait quand il ôtera son masque et me montrera à nouveau son visage après si longtemps.
Les heures s'écoulèrent, je ne vis pas le temps passer tant j'étais au sommet de la joie. Puis minuit sonna, notre danse cessa. Alors que je levais mes mains pour enlever mon masque, Louis les arrêta. Je souris en comprenant qu'il voulait que nous le fassions à l'autre comme quand nous avions échangé nos alliances. Chacun prit le ruban du masque opposé, tira dessus et prit le masque. Là son cadeau d'anniversaire était parfait. Il me prit alors la taille et m'entraîna vers la porte de la salle. Tous les regards se tournaient vers nous, faisant disparaître mon sourire. Un autre sentiment m'envahit pour la première fois, celui de la trahison. Qu'est-ce qui se passe ici ? Je ne vais pas tarder à le découvrir. Il m'arrêta et se tourna vers l'assemblée. J'espère que ce n'est pas ce à quoi je m'attends.
"Mesdames et messieurs. Il est minuit et les masques sont tombés. Enfin le moment venu de me présenter. Je suis le prince Henri, et je vous ai convié ici ce soir pour vous présenter ma fiancée, Rebecca Hawkins."
Alors que les applaudissements envahirent la salle, tout mon monde s'écroula autour de moi. Toute ma relation avec Louis, ou devrais-je dire avec le prince Henri, reposait sur un mensonge. J'avais fréquenté le prince, que va-t-il m'arriver maintenant ? Pendant quatre années il m'a menti encore et encore. Que cherchait-il en me trahissant dès le début de la pire des façons ? S'amuser avec un nouveau jouet jusqu'à ce qu'il se casse ? C'est ce qu'il comptait faire d'ailleurs, me rejeter devant tout son peuple pour bien m'humilier ensuite ?
"Rebecca tout va bien ? Tu es pâle tu te sens bien ?"
Non je me sens pas bien du tout espèce de traître. Cette voix pleine de bienveillance et de compassion me torture, je ne veux plus l'entendre. Mon cœur s'emballe, les larmes commencent à couler de mes yeux. Je ne peux plus rester une minute de plus dans un palais où je n'ai absolument rien à faire. C'est fini, tu as gagné ton jeu pervers, je ne veux plus jamais te revoir et tu ne me reverras plus jamais de toute ta misérable vie. Brûlez donc en Enfer votre Altesse. Je me détache de lui et me rue sur les portes qui me libèrent. Je m'élance dans les couloirs en pleurant et en soulevant ma robe. Même si je n'allais pas tarder à me casser la figure en courant avec des escarpins, je continuai à vive allure. J'entends le prince qui visiblement est blessé dans son orgueil. Tu avais raison Maria, c'est la pire chose qui existe en ce monde, et je te garantie que je ne plongerai jamais dans ses tréfonds.
"Gardes arrêtez-là ! Elle ne doit pas sortir d'ici ! Amenez-là dans mes appartements !"
Je les entends sur mes talons et j'accélère le pas. Oh non tu ne m'auras pas sale traître ! Sois maudit Louis ! Enfin j'aperçois l'entrée en vue. Peu importe si Oscar refusera catégoriquement de me laisser partir, je m'enfuirai s'il le faut. Une main puissante me saisit le poignet. Je manquai de trébucher avec mes espoirs quand deux bras stoppèrent ma chute.
"- Lâchez-moi ! Je vous ordonne de me laisser partir ! Je ne resterai pas une minute de plus ici ! J'ai été assez ridiculisée par ce traître !
- Tenez-vous tranquille, m'ordonna le garde ! Je vous rappelle que vous parlez du prince ! Vous pourriez être décapitée pour votre manque de respect si cela l'enchante !
- Et bien qu'il ne se gêne pas ! Je préfère encore mourir que d'être sa femme ! Pas après ce qu'il a osé me faire devant tous ces gens !"
Je tentai encore mais rien à faire, il me traîna dans les escaliers comme on traîne un assassin à la guillotine. Il me jeta dans ce que je suppose être les appartements du prince. Un lit royal, plusieurs armoires, commodes et bibliothèques, un bureau, on pourrait y loger une modeste famille avec de nombreux enfants. Une porte s'ouvrant derrière moi me fit sursauter, le prince m'a rejoint. Il devrait être heureux, après tout il peut maintenant me faire ce que bon lui semble. Bizarrement, son regard est rempli de tristesse et de déception. Il s'approcha de moi et me prit dans ses bras avec une tendresse qui me surprit. Des larmes coulèrent sur mon épaule.
"- Comment peux-tu me faire ça Rebecca, me demanda-t-il de sa voix brisée ? Me fuir alors que je peux enfin t'épouser pour de vrai. Je croyais que tu voulais de moi.
- Quel culot, rétorquai-je en le repoussant ! C'est moi que tu oses accuser après ce que tu viens de faire ! M'humilier devant tout le monde en me révélant que j'ai en faite passé mon enfance avec le prince d'Angleterre ! Si tu me connais aussi bien que moi-même, tu aurais dû savoir que tout cela me ferait mal ! Il n'y avait rien de pire qu'un tel mensonge pour perdre ma confiance ! Je refuse de t'épouser Louis, ou plutôt Henri !
- Rebecca s'il te plaît si tu pouvais me laisser t'expliquer, me supplia-t-il !
- Non il n'y a rien à expliquer ! Tu voulais un nouveau jouet alors tu m'as choisie mais je suis trop vieille maintenant alors tu cherches à me briser pour t'en chercher un autre ! Maintenant je t'ordonne de me laisser partir mais si tu es blessé dans ton orgueil je t'en pris envoie-moi à l'échafaud au-moins je n'aurai pas à vivre avec un menteur et un traître !"
C'est bon cette fois c'est moi qui ai gagné. Il va s'énerver et me renvoyer ou mieux m'exécuter, je serai sûre de ne plus jamais le revoir. Mais il s'obstine encore ma parole. Les personnes royales sont toutes pareilles, parce qu'elles ont le pouvoir elles se croient tout permis. Il ose encore me regarder dans les yeux après ça. Pourtant en y regardant bien, je peux voir de l'incompréhension et encore de la tristesse mais aucune trace de colère.
"Je suis désolé que tu aies imaginé tout ça Rebecca. Mais crois-moi tu n'as jamais été un jouet pour moi. Quand je t'ai rencontrée, mon précepteur me courait après pour me ramener à une leçon de laquelle je me suis enfui pour la énième fois. Je n'en pouvais plus d'être un prince, je voulais être vu comme quelqu'un de normal. C'est pour ça que dès mon plus jeune âge, je ne voulais que personne ne connaisse mon visage, ce que mes parents ont miraculeusement accepté. Mais toi, dès notre rencontre, tu me voyais comme un enfant comme toi. Alors il m'est venu l'idée d'inventer la vie que j'aurai voulu mener. J'ai utilisé un autre nom pour être sûr que tu ne te comportes pas comme ces personnes qui me connaissaient pour avoir l'impression au moins une fois dans ma vie de ne pas être prince. S'il y a bien une chose sur laquelle je ne t'ai pas menti, c'est mon amour de la liberté. Puis tes paroles m'ont aidée à devenir un meilleur fils. Ils m'ont donc récompensé en me laissant passer du temps avec toi, je le méritais bien. Puis quand j'ai eu 10 ans je devais commencer à devenir un vrai prince et me concentrer pleinement sur mon rôle. C'est alors que m'ait venue l'idée de nous marier avec ce que nous avions. J'ai toujours ton alliance ici, tu peux vérifier. Juste sur mon bureau pour m'aider dans mon devoir. Mais avant de ne plus te revoir jusqu'à ce soir, j'avais demandé à ta sœur de m'envoyer chaque année tout ce que je devais savoir sur toi. Elle s'y est pliée et quand j'avais à nouveau du temps pour moi, je me suis mis à t'envoyer des cadeaux. A chaque fois le succès, j'étais heureux. Puis l'année où je choisirai ma femme, j'ai tout raconté à mes parents. A ma grande surprise, ils se sont montrés tolérants. Je leur ai donc exposé mon idée de bal et tout le reste. Ils étaient prêts à t'accepter comme belle-fille. Mais puisque tu ne veux pas de moi, je ne te retiens pas. Tu peux t'en aller si c'est ce que tu désires."
En me plongeant à nouveau dans son regard, je ne vis rien que la sincérité la plus pure du monde. Le seul traître ici c'était moi. Il s'est donné tant de mal pour tisser entre nous un amour qui était impossible au premier abord et je venais de tout gâcher. Cette fois le chagrin et le désespoir finirent par m'envahir. Alors que je ne pouvais plus contenir mes larmes, je serrai la jupe de ma robe dans mes mains. Je me précipitai vers lui et lui sautai au cou en sanglotant.
"- Pardon Henri ! Je te demande pardon ! Moi qui ne voulais pas te faire souffrir à cause de mon égoïsme on peut dire que j'ai tout gâché ! Je m'en veux d'avoir aussi mal interprété ton amour pour moi.
- Calme-toi ma douce, les larmes ne vont pas à ton beau visage."
Je le regardai à nouveau dans les yeux. Cette fois c'est l'amour et le désir que je lus dans ses yeux. Son visage se rapprocha du mien et il m'embrassa. Cette soirée que j'avais imaginé est infidèle à mes rêves, elle est mille fois plus belle que ce à quoi je m'attendais.
"- Mais nous n'avons pas pu rester comme ça plus d'une minute. J'avais provoqué un sacré chaos ce soir-là. Nous sommes donc redescendus arranger les choses. Il m'a refait sa demande en mariage avec cette bague, expliquai-je à ma fille en lui montrant le saphir entouré de petits diamants monté sur un épais cercle d'or blanc. Puis nous nous sommes mariés un mois plus tard. Tes grands-parents ont fini par être rappelés au ciel, leurs vies étaient terminées. Puis tu es venue au monde Victoria.
- C'était une très belle histoire maman. J'aimerai bien vivre quelque chose d'aussi romantique.
- Je te le souhaite mon trésor."
Je levai à nouveau les yeux sur le portrait au-dessus de nous. Celui de cette nuit où j'ai rencontré mon mystérieux ange-gardien. Ce n'est pas pour me vanter mais j'étais vraiment sublime ce soir-là dans ma robe avec mes bijoux et ma coiffure. C'était la deuxième plus belle soirée de ma vie. La première place fut prise quand j'ai moi aussi donné la vie à ma propre œuvre d'art, un vrai sosie de ma mère. Rouquine, les yeux bleus, pimpante et joyeuse, c'est bien la petite fille de sa grand-mère. Pour son cinquième anniversaire, j'avais tenu à lui raconter comment j'ai retrouvé mon Henri, mon amour d'enfance. Je lui ai même montré tout ce que je portais ce soir là en lui promettant qu'elle portera cette tenue pour ses 16 ans.
"- Allez ma chérie, va voir ta tante. Elle sera contente de te voir.
- Oui maman."
Mon regard la suivit, rejoindre Mathilda dans ses appartements jusqu'à ce qu'elle disparaisse dans le couloir.
