"- Non je ne suis pas digne de dormir dans une si belle pièce.

- Oh que si tu l'es, corrigea Sarah !

- Tu vas même nous faire le plaisir d'y dormir pendant tout le temps où tu seras au service du roi et de la reine.

- Visiblement je n'ai pas d'autre choix.

- Cette pièce a été aménagée à la demande du prince, expliqua Becky. Il a dit vouloir installer une chambre au plus près des étoiles digne de la plus belle femme du monde quand il l'aura trouvée. Une merveilleuse prison pour garder celle qui recevra son amour.

- Que c'est beau. Ce doit être un passionné des histoires d'amour.

- Tu n'as pas idée, confirma la chatte. "Le fantôme de l'opéra" est celle qui l'a le plus marqué. Depuis le jour où il l'a terminée, il rêve de trouver une beauté à la voix d'or et l'enfermer dans une prison reflétant sa beauté pour lui donner tout l'amour qu'il éprouve pour elle.

- Ton visage est la preuve que tu es cette femme qu'il attendait depuis si longtemps. Quand il te verra, s'il daigne à enfin montrer le bout de son nez cet ange, il tombera immédiatement amoureux de toi. Il te prendra entre ses griffes pour faire de toi sa victime amoureuse. Allez maintenant va te coucher mon enfant. Demain nous te présenterons aux autres serviteurs et tu joueras les apprenties cuisinières avec Louis.

- Bonne nuit mesdames.

- Et si tu nous appelles encore mesdames tu seras punie, gronda la monochrome !

- Petite coquine va !"

Elles laissèrent Stella entrer dans la chambre. La porte se referma derrière elle. La hérissonne regarda sa chambre de tous les coins. Elle pouvait voir le ciel d'un bleu marine parsemée d'étoiles argentées. Elle ouvrit l'armoire, révélant un nombre incalculable de tenues indescriptibles. Elle se décida sur une chemise de nuit blanche à manches rondes. Elle se déshabilla et l'enfila. Sa robe reposa sur la commode après l'avoir pliée soigneusement. Elle se coucha, admirant longtemps les étoiles scintillantes comme des pierres précieuses. Elle sentit la fatigue l'envahir et s'endormit. Si Sarah et Becky auraient veillé à son sommeil, elles auraient répété que cette jeune fille n'était autre qu'une princesse.


Le lendemain matin, la hérissonne fut réveillée par les rayons du soleil venus effleurer son visage. Elle s'étira et regarda autour d'elle. La prochaine chose qu'elle vit, c'est que les murs avaient pris la teinte exacte du ciel. Ces murs doivent être magiques. Ils changent sûrement de couleur en fonction du ciel. Son regard s'arrêta sur un petit plateau posé sur la table de chevet avec un verre de lait et une tartine de beurre et de confiture de fraise. Elle s'assit sur son lit et prit la tartine. Elle mordilla dedans. Le goût était délicieux. Elle but ensuite son verre de lait et le reposa sur le plateau. Elle remit sa tenue d'hier et s'assit face à la coiffeuse. Elle mit de l'ordre dans ses boucles maintenues en arrière par le foulard. Puis elle descendit, le plateau sous le bras et le verre à la main. Arrivée en bas de l'escalier, elle regarda de chaque côté en hésitant. Elle ne sait malheureusement pas où sont les cuisines. Elle fut rassurée en voyant Becky et Sarah venir dans sa direction.

"- Bonjour mon enfant as-tu bien dormi, demanda la chatte ?

- Très bien merci.

- As-tu apprécié ton petit déjeuner ?

- Oui mais justement, je ne veux plus que vous recommenciez ça.

- Pourquoi donc, interrogea la monochrome ?

- Vous n'avez pas le droit de me traiter comme une princesse. Peu importe que ce soit le roi et la reine qui l'ont ordonné, je ne mérite pas tout ça. Pour l'amour du ciel je suis une villageoise, pas une princesse. Je me moque éperdument que ce soit mon visage ou même votre cœur qui vous l'ait dit, je suis une servante désormais et les servantes n'ont pas de serviteurs.

- Brave petit cœur, félicita Sarah. On voit que tes parents t'ont appris à ne jamais te comporter comme une enfant gâtée et que l'orgueil est la chose la plus horrible qui existe au monde.

- Ils doivent être fiers de toi. C'est bien ton courage et ta force intérieure qui t'ont conduit ici. Mais que tu le veuilles ou non, nous continuerons à prendre soin de toi et à te traiter comme une princesse. C'est le bon Dieu qui le veut pour te récompenser de toutes tes qualités.

- Mon dieu vous êtes trop bonnes. Je vous aime comme si vous faisiez parti de ma famille.

- Allez viens, nous allons te présenter ta nouvelle famille."

Elles descendirent dans les caves aménagées d'une grande cuisine où étaient réunis tous les serviteurs. Ils applaudirent cette merveilleuse apparition envoyée sur Mobius par les cieux, ce qui fit sourire la jeune fille. Chacun lui fit un baise-main et lui adressa mille compliments sur sa beauté. Visiblement ils ont dû être au courant de son arrivée.

Après les présentations, chacun regagna ses occupations, laissant Stella avec Louis, le cuisinier. C'était un loup noir et blanc aux yeux bleus. Il s'inclina devant elle en ôtant sa toque.

"- Sois la bienvenue dans mon domaine Stella. C'est vrai ce qu'on m'a dit. Il faut te voir de près pour se rendre compte de ta beauté.

- Vous êtes trop aimable monsieur.

- Ah non ! Appelle-moi Louis et tutoie-moi. Tous les serviteurs s'appellent par leurs prénoms et se tutoient à Equatopia.

- Bien Louis.

- Ah je préfère ça ! Pour commencer, as-tu des connaissances en cuisine ?

- Oh oui, j'aidais souvent ma mère à la cuisine.

- Quel genre de plats avais-tu l'habitude de faire ?

- Un peu de tout, gâteaux, tartes, rôtis, gratins, yaourts, soupes...

- Hé bien ! Avec tant d'expérience, tu es prête à devenir mon apprentie.

- J'espère ne pas te décevoir. Que puis-je faire pour commencer ?

- Ce midi nous avons prévu de servir une soupe aux légumes en entrée, une omelette aux tomates en plat et en dessert ma spécialité, de la mousse au chocolat faite maison. Voudrais-tu commencer par éplucher les légumes qui sont sur la table s'il te plaît ?

- Bien sûr.

- Surtout n'oublie pas de mettre un tablier. Je ne voudrais pas tu salisses une si jolie robe."

Il sortit un tablier blanc d'un placard où était du linge propre et le tendit à Stella. Elle l'enfila et se mit joyeusement à l'ouvrage. Elle s'assit face à la table et prit l'épluche légumes posé à sa droite.

"Quand tu auras fini, tu pourras les rincer et je t'expliquerai la suite."

C'est ce que fit Stella. Après avoir dépouillé les légumes de leurs robes colorées, elle les passa sous l'eau. Ils reposèrent sur une planche posée sur la table.

"Parfait. Maintenant tu vas les couper en rondelles et les verser dans la marmite sur le feu au fur et à mesure."

Stella obéit et composa une jolie palette de couleurs printanières. Au fur et à mesure qu'elle les coupait, elle les versait dans une grande marmite d'eau bouillante. Au dernier passage, Louis y plongea une grande louche et mélangea son contenu.

"- Très bien Stella. On dirait que tu as fait ça toute ta vie. Maintenant je vais t'expliquer comment je passe d'une simple soupe à un met délicieux. Sors-moi les épices dans le placard en haut sur ta droite et le mixeur dans le tiroir juste en-dessous s'il te plaît.

- Bien sûr."

Elle se dirigea vers le placard en question. Elle sortit trois salières et l'instrument. Elle lui apporta et les posa devant lui.

"Merci. Maintenant tu vas me mixer tout ça et ensuite regarder attentivement. Quand tu composes un plat, l'important est toujours de le faire avec le cœur sinon il ne peut pas être réussi. Si ceux qui le goûtent te disent que c'est un délice, ils sentent que tu ne l'as pas simplement fait avec tes mains."

La hérissonne brancha l'appareil qu'elle plongea dans l'eau. Bientôt, les morceaux disparurent.

"Voilà. Maintenant tu vas mettre les épices que je vais te donner. Surtout n'aies pas peur de tout rater. L'important c'est d'essayer. Si tu rates, tu progresseras au fur et à mesure jusqu'à réussir. Ce n'est qu'en progressant qu'on y arrive."

Stella fut un peu plus rassurée. Il a dû voir son visage rouge de honte et de peur. Mais elle se débrouilla comme un chef. A chaque fois qu'il lui indiquait la moindre quantité, elle ajoutait juste ce qu'il fallait. Elle redouta malgré tout le moment où Louis la goûterait pour voir le résultat. Elle le regarda en tremblant sortir la louche de la marmite, souffler dessus et la porter à ses lèvres. Il prit le temps d'en savourer le goût avant de replonger la louche dans le liquide, le sourire aux lèvres.

"- Bravo Stella, je suis fier de toi. Elle est aussi délicieuse que d'habitude. On le sent que tu y as mis ton cœur.

- Je ne pensais pas si bien la réussir.

- Et puisque tu m'as épaté, je vais voir comment tu fais l'omelette aux tomates. Sais-tu comment la faire ?

- Oui j'en ai déjà fait, c'était la préférée de mon père. A chaque fois que ma mère lui en faisait, il disait toujours une phrase qui lui mettait de la joie dans le cœur."

Son sourire s'effaça. Parler de ses parents après le coup de poignard qu'ils ont donné remuait la lame dans la plaie. Elle se mit à l'ouvrage pour détourner son attention. Une fois encore, Louis fut satisfait de la voir si bien travailler. Son sourire de nouveau aux lèvres lui dit qu'elle allait encore lui en mettre plein la bouche. Avec la joie de travailler, la victoire était déjà assurée. Elle ne le déçut pas, le plat était excellent.

"Tu es un vrai petit cordon bleu Stella. Maintenant voyons si tu ferras aussi bien avec une mousse au chocolat maison."

C'est ce que fit la brave hérissonne. Louis n'en revenait pas qu'il avait été battu à plate couture par une hérissonne de 16 ans et débutante dans sa cuisine. Il en était aussi fier que jaloux.

"- Tu as un vrai don de cuisinière en toi mon enfant. J'aurais aimé t'avoir comme fille. Sois certaine que je ferai de toi mon apprentie. Tu pourras même me remplacer si un jour je tombai malade ou que je devrai prendre du repos.

- Tu pourras compter sur moi.

- Que dirais-tu de monter dans la salle à manger et servir le roi, la reine et le prince ?

- Non ce ne serait pas respectueux de ma part de me montrer ainsi.

- Toujours timide. Ne t'inquiète pas, prends tout le temps qu'il te faudra. Je comprends ta frayeur, c'est ton premier jour ici mais tu t'y feras avec le temps. Je vais monter moi-même. En attendant je vais te servir ton repas. J'espère que tu l'apprécieras. Si tu veux, tu peux te servir dans la corbeille à fruits. Tu l'as bien mérité ma chérie."

Il sortit un plat du réfrigérateur, un reste de lasagnes qu'il mit dans une assiette et réchauffa au micro-onde. Une fois réchauffé, il fit asseoir Stella et lui donna son assiette avec des couverts, un verre et une carafe d'eau fraîche.

"- Si jamais tu en voulais encore, n'hésite pas à te servir.

- Merci mais ça ira.

- Bon appétit. Je redescendrai chercher la suite et je te donnerai de quoi t'occuper."