L'absence
POV NIKLAUS
Je me réveille en sursaut le front en sueur comme chaque nuit depuis ton départ.
Enroulé nu, dans mon drap qui ne me donne pas la chaleur dont j'aurai besoin, je me lève et décide de parcourir le couloir qui mène à une chambre vide.
Juste pour y sentir des restes de toi, de ton odeur, t'imaginer assis près de ton bureau, à écrire ton journal, à lire ou simplement être là et lever la tête quand tu comprends que je suis en train de t'observer… mais quand j'ouvre la porte, je ne vois que ce lit dénudé de ta présence, ce bureau qui reste vide de ton écriture. La chambre est froide, la femme de ménage n'y a plus rencontré le feu depuis quelques années déjà. Heureusement, je peux encore percevoir des effluves de ton odeur.
Je rentre et referme discrètement la porte derrière moi. Je n'aimerai pas qu'un de nos frères me voir ici. Cette pièce est interdite désormais, comme s'ils avaient réussi, eux, à faire une croix sur toi. Mais moi je ne peux pas, je n'y arrive pas, je sais pourtant que la meilleure solution serait d'accepter et de reprendre le cours de ma vie loin de toi, mais c'est impossible, totalement impossible.
Camille me disait que l'absence ne se comprend que lorsque l'autre n'est plus. Je vois ce qu'elle voulait me dire. Ton absence est insupportable, elle me ronge, me brûle, me tue à petit feu. Même mon loup à l'intérieur pleure de te revoir.
Je me sens aussi seul que cette pièce sans ta présence pour l'égayer.
Je m'assois au pied du lit comme lorsque la nuit je faisais de mauvais cauchemars et que je venais quémander tes bras pour me rassurer. Sauf qu'il n'y a personne, ni ta voix grave et endormie qui me dit de venir te blottir sous tes draps chauds, ni ta main qui caresse mes cheveux, ni ton souffle calme quand tu te rend une fois que tu es assuré que je vais mieux.
Rien de tout cela… tu n'es plus là depuis de longues années. Et je ne suis plus qu'un fantôme errant dans un monde qui n'a pas de sens sans toi.
Il fait encore nuit et je regarde par la fenêtre. Les volets de bois ne sont même pas fermés et j'aperçois la lune qui me nargue et moi dit que c'est bien fait pour moi, que j'ai cherché ce qui m'arrive, que je suis responsable de ton départ et que je n'ai plus que mes larmes et mes remords pour pleurer… je la vois qui me tend un sourire narquois et moqueur… je déteste cette lune qui d'ailleurs a tendance à contrôler mes pulsions, ce loup qui est en moi et que je refuser désormais de faire sortir sans mon frère à mes côtés.
Je ferme les rideaux d'un geste colérique et revient m'assoir sur le lit.
J'ai envie de pleurer et je me surprends à prononcer tout doucement dans un murmure ton prénom, tout en tenant un coin d'une chemise que tu as laisséée poser négligemment sur le lit. Je la prends contre moi, enfouis mon visage dans le tissu doux et laisse mes larmes couler.
Je veux mon frère, j'ai besoin de lui… Je te veux Lijah… pourquoi m'as-tu laissé? tu aurais dû te battre contre moi, m'empêcher de te dire de telles choses qui t'ont fait t'éloigner, qui t'ont fait douter… qui t'ont fait partir…
POV REBECCA
J'ai de nouveau entendu Nik qui erre dans le couloir noir menant à la chambre de notre aîné. S'il pense que je ne l'entends pas toutes les nuits faire ce chemin et ne revenir qu'au petit matin, il s'est rencontré le doigt dans l'œil mais malgré mon envie de moi moquer de lui, je me tais et l 'écoute fermer la porte derrière lui.
Il souffre, je le sais, je le vois chaque jour, chaque mois, chaque année, s'éteindre à petit feu. L'absence d'Elijah lui est insurmontable et pourtant il a tout fait pour que notre aîné parte au loin, sans nous, sans lui surtout.
Je ne trouve pas les mots pour lui dire qu'il reviendra un jour quand lui-même aura décidé de lui demander. Mais cet hybride est têtu et parfois tellement immature dans ses comportements qu'il se refuse à admettre la réalité: il a besoin d'Elijha il a toujours eu besoin de notre frère… bien plus que nous tous.
Finn, lui, n'en a carrément rien à faire et est repartit vivre sa vie de raté auprès de son épouse. Kol continue à écumer les bars et les boites de nuit comme un adolescent en quête de sensations fortes.
Il n'y a en réalité que Niklaus et moi-même qui sommes assez stupides pour rester dans cette immense demeure sombre et triste, vidée de l'esprit bienveillant de notre grand frère. Son sourire me manque, ses mots doux, sa musique quand il se mettait au piano, ses principales forces sur mes épaules quand il me venait câliner gentiment. Elijha a toujours été le grand frère le plus intentionné de ma fratrie et tous ces gestes d'amour qu'il me donnait me manque aussi terriblement.
Mais moi, je sais vivre sans… je sais accepter son départ et ses choix. Et puis je ne suis jamais seule, j'ai Freya, mes amies… je vis une vie merveilleuse à la Nouvelle Orléans et hormis l'absence d'Elijha tout me convient dans cette vie.
Mais Elle n'est que douleur pour Niklaus… .je le sais. J'ai été témoin aussi de tout ce que cela a engendré aussi chez lui et malgré ma patience, j'ai fini moi aussi quelque part par me détourner de lui et ne plus essayer d'entendre sa souffrance enfouie sous toute la méchanceté dont il fait part souvent depuis le départ de son frère adoré.
J'ai cessé d'ailleurs de lui parler, de m'intéresser à son sort car la moindre allusion à ce qu'il pourrait faire pour ramener notre aîné à la maison, est rejeté immédiatement sous couvert de menaces de sa dague et je ne sais quelle perfidie encore qu'il souhaite que nous fassions.
Après tout, qu'il se débrouille avec sa conscience, moi j'ai la mienne même si Elijha me manque terriblement, ses sourires, ses gentillesses, ses attentions. J'ai un peu l'impression de grandir comme une enfant qui aurait perdu sa mère trop tôt.
Heureusement, au milieu de tout ce carnage qui est devenu notre vie, il y a Freya, qui sait souvent trouver les mots et les gestes pour nous aider à vivre sans notre pilier familial.
Je tourne dans mon lit pour la énième fois. Et Bien sûr, comme à son habitude, Marcel est déjà réparti gérer ses affaires et je n'ai plus personne pour moi réchauffer à partie la longue chemise d'ELijha qui me sert de pyjama.
Je fouille discrètement sous mon oreiller et prend ma petite peluche qui me sert de réconfort quand je suis seule dans le noir de cette chambre. Puis je referme les yeux. Malgré tout cela, je n'ai pas de problème pour dormir.
Chacun sa merde… je ne devrai pas dire cela… Elijha serait mécontent de m'entendre jurer mais il n'y a pas là je peux m'en donner à cœur joie.
Je sens alors cette boule qui se forme souvent dans ma gorge me serrer de nouveau. La présence d'Elijha, son fils baiser sur mon front le soir avant que je m'endorme me manque terriblement alors je ne peux m'empêcher de repenser de nouveau à mon blondinet de frère et m'en vouloir de ne pas réussir à trouver des mots pour le réconforter.
Toujours et toujours est bien loin derrière nous…
