Hello !


Sandor


Le limier faisait maintenant partie de la garde royale, cette nomination loin de lui procurer aucune fierté, le rendait plutôt désabusé du comportement de l'ancienne Reine et du nouveau Roi. Ni l'un ni l'autre ne semblait vraiment réaliser ce qu'ils faisaient, Sandor n'était pas un chevalier et n'en serait jamais un, le mettre à un tel rang ne faisait que tourner en ridicule leur piètre démonstration de pouvoir. Pourtant, il n'avait fait aucun commentaire, se contentant de courber l'échine et de remercier son souverain pour sa générosité. Il y avait peu de temps, il aurait été dégoûté de sa propre lâcheté, mais dorénavant sa place lui octroyait également l'influence dont il avait besoin pour arriver à ses fins. Il avait accepté de protéger Sansa Stark à la hauteur de ses moyens, contre le sadisme de son promis Joffrey. Le faisait-il uniquement pour Leana? Il n'en était pas totalement sur. Ses vieux fantômes revenaient le hanter avec de plus en plus de forces, et voir la jeune fille livrée en pâture au nouveau Roi lui rappelait ce qui était arrivé à sa soeur des années auparavant…

Pour l'heure, Sandor se tenait parfaitement immobile. Seul quelqu'un de très observateur aurait pu voir la flamme noir qui brillait dans ses yeux de braises. Il regardait, depuis quelques instants déjà, le nouveau roi s'amuser avec sa promise. Sansa Stark, il lui disait des choses bien déplaisantes pour une dame, et s'amusait à la ridiculiser devant la cour. Mais, il était trop loin pour intervenir, et devait se contenter de ronger son frein avant de pouvoir intercéder en faveur du petit oiseau. Le limer lui avait déjà parlé à plusieurs reprises, elle était tout simplement toujours incapable de le regarder en face. En même temps, les rares fois où il lui avait adressé la parole, il ne s'était pas gêné pour lui dire les quatre vérités sur le monde dans lequel elle vivait les yeux fermés depuis sa naissance. Quand il l'avait vue dans le Nord, avant que le Prince Joffrey ne devienne Roi, il avait voulu la bousculer, mais maintenant qu'il était trop tard pour elle, il cherchait simplement à lui faire réaliser ce qu'elle pouvait faire pour s'épargner de souffrir. Par contre, il ne se serait jamais donné autant de peines s'il n'avait pas été certain que dans cette fragile jeune fille régnait également une certaine force. Elle n'était peut-être pas aussi affirmée et forte que chez Leana, mais elle était indéniablement présente chez Sansa Stark, attendant son heure pour éclore dans cet endroit merdique qui cherchait à l'étouffer.

Soudain, on appela son nom, et il fut temps pour lui d'entrer en lice. Le Roi avait organisé un tournoi pour célébrer son treizième anniversaire dans le cour du Donjon Rouge. Contrairement à la fois précédente, Sandor avait été inscrit d'office par son souverain pour participer et ainsi lui apporter une certaine gloire. Même si Sandor ne désirait pas continuer à brosser l'égo démesuré de son Roi, il souhaitait par contre continuer à assurer sa place auprès de lui, et si par la même occasion il pouvait assouvir son besoin de sang et de violence alors il n'allait pas se faire prier.

Le limier s'avança en direction de son adversaire, rabaissant son heaume sur son visage et affirmant sa prise sur son épée à deux mains. Le tissu que Leana lui avait brodé y était toujours accroché, apportant une certaine fierté à son possesseur. Son adversaire arriva vers lui, son pas était incertain (l'idée d'affronter le garde personnel du Roi ne devait pas l'aider), et sa main tremblait légèrement. Un sourire sadique éclaira les lèvres de Sandor qui décida qu'il ferait un parfait défouloir. Il asséna un coup vertical de son épée, un rire rauque lui échappa en le voyant parer maladroitement. Les bras de son adversaire furent engourdis par la force de son attaque et il n'eut plus qu'à lui asséner un puissant coup de pied pour le faire s'étaler piteusement sur son dos. Il emporta ainsi facilement sa première joute. Ce tournoi n'était qu'une caricature de ce qu'il aurait pu être : la plus part des adversaires intéressants étaient partis faire la guerre aux côtés du grand-père du Roi, Tywin Lannister. Ceux qui restaient n'étaient que des moustiques aux yeux de Sandor Clegane.

Celui-ci retourna à sa place, près du Roi une fois qu'il eut fini ses matchs, il aperçut la jeune Sansa qui faisait bonne figure à ses côtés. Elle tentait de plaire à Jofrey, et sans rien en paraître, Sandor salua mentalement ses tentatives qui certes manquaient de charmes mais avaient le mérite d'être là. Finalement, le tournoi prit un tournant extravagant quand le chevalier Ser Dontos arriva en lice complètement ivre et le visage rougit sous l'effet de l'alcool. Il tituba maladroitement sous les rires de la foule avant de s'écrouler au sol et de déclarer forfait sans plus tenter de se relever. Quelqu'un d'intelligent aurait remarqué que le Roi n'avait pas rit une seule fois, mais cette parodie de chevalier ne semblait pas l'être car il sembla sincèrement étonné quand son souverain ordonna qu'on le noie dans du vin. A cet instant-là, Sansa ne put s'empêcher d'intervenir. Sandor maudit son idiotie et sa naïveté, tout en s'exhortant lui-même à l'indifférence pour ne pas susciter la suspicion de leur maître à tous deux. Finalement, le limier intervient simplement, permettant à la jeune Stark d'éviter de se retrouver entraînée dans la chute de ce ridicule bonhomme.

Alors que Sandor pensait pouvoir enfin mériter une certaine tranquillité après avoir craint un bref instant pour la santé du petit oiseau, la herse du donjon fut levée provoquant l'ire du Roi qui ne l'avait ordonné en aucun cas. A cet instant-là, apparut le nain autrement appelé Tyrion Lannister, l'oncle de Joffrey et frère de la Reine. Celui-ci était accompagné d'une dizaine d'hommes en guenilles et aux mines étranges, des sauvageons en déduisit Sandor. Mais, parmi eux, deux personnes se détachaient nettement : un homme fin et élancé qui conservait un sourire goguenard en promenant son regard autour de lui, et une jeune femme aux cheveux noirs tressés qui semblait indifférente à ce qui l'entourait. Sandor ne parvenait pas à croire ce que voyait ses yeux : c'était la louve. Il n'avait aucun doute là-dessus, même s'il ne l'avait pas vue dans un tel accoutrement depuis fort longtemps. Elle semblait sur le pieds de guerre, toute vêtue de son armure, et convenablement armée, même si elle paraissait étrangement nonchalante malgré la présence du Roi et de Sansa juste à côté.

Joffrey ne semblait absolument pas ravie par la présence de son oncle, et Sandor également surtout qu'il ne comprenait pas comment Leana pouvait être aussi folle pour oser se présenter impunément dans le donjon rouge. Finalement, le Roi fut rapidement indisposé par le nain, et il prit congé de celui-ci, obligeant le limier à le suivre docilement. Il glissa un dernier regard en direction de la louve, mais à aucun moment il ne réussit à croiser son regard gris pour sa plus grande frustration. Tout en suivant son souverain, qui fulminait contre l'insolence de son oncle, Sandor continuait à réfléchir à l'improbabilité de ce qu'il venait de voir. Quand avait-il vu Leana pour la dernière fois? Seulement quelques jours avant, il en était sur. Même si leur rencontre était brève, mais non dénuée d'intensité, il était sûr que si elle avait nourri de tels projets, elle s'en serait ouverte à lui. Alors à quel jeux jouait-elle en osant défier ainsi le Roi et la Reine sous leur propre toit? Il ne désirait pas devoir également se charger de sa protection, elle ne pouvait pas se plier aux stupides règles qui existaient ici, et cela ne ferait que lui compliquer la tâche.

Ignorant comment procéder face à ce développement inattendu, Sandor préféra conserver son indifférence qui jusqu'ici lui avait permise de s'assurer sa place auprès du Roi Joffrey. Il regarda celui-ci se chamailler avec son jeune frère et sa jeune sœur. Comment une telle personne pouvait diriger un royaume ? A croire que tout le monde était devenu fou…

Finalement, quand Sandor fut autorisé à vaquer librement à ses occupations, il décida d'aller rendre visite aux nouveaux venus récemment installés dans les quartiers de la main du Roi. Il ne savait pas exactement ce qu'il espérait y trouver, mais il préférait demander directement à la louve ce qu'elle manigançait. Il préférait pour l'instant se fier en ses mots, plutôt que de remettre en cause ses paroles. Elle l'avait accepté dans sa meute, c'était quelque chose qu'il avait eu du mal à croire et à accepter ( il en douter encore parfois) mais dorénavant elle était l'exception. Elle était la seule en qui il pouvait avoir confiance, en cela il voulait croire.

Sandor arriva donc dans les quartiers de l'ancienne main, il y était allé à une seule occasion quand Leana y vivait encore avec sa famille. Plusieurs gardes y étaient en faction, et le limier eut l'impression que malgré sa langue perfide ce nain semblait bien mieux comprendre ce qu'il se passait que son prédécesseur. Par contre, il n'avait aucune idée d'où se trouvait les appartements de la louve. L'endroit s'étalait sur plusieurs mètres, avec une multitude de chambres et d'appartements successifs. Il ne pouvait se résoudre à demander à un des rustres à la solde du nabot Lannister, mais il ne pouvait pas non plus se réduire à faire du porte à porte. Heureusement pour lui, il n'eut pas à choisir l'une ou l'autre solution, car il perçut soudainement des rires et des discussions animées provenir du côté opposé au sien. Progressivement, il vit apparaître le nain, son mercenaire et la louve. Tout les trois semblaient bavarder gaiement, ignorant toute bienséance en présence de leur seigneurie. Sandor les regarda approcher sans réussir à se résoudre à les apostropher d'une façon ou d'une autre, sa répartie avait été mouchée à l'instant où il avait vu Leana sourire avec légèreté à ses deux comparses. Il se contenta d'avancer comme si cela avait été son but originel, et quand il marcha à leur hauteur, il eut presque l'impression que tous ralentissait, lui inclus. Il ne put s'empêcher une nouvelle fois de regarder dans la direction de la louve, mais le regard gris de celle-ci était fixé sur un point lointain bien derrière lui. Le limier se sentit incroyablement frustré et agacé par son manque de réactions, mais également par son propre manque de courage pour ne pas oser la confronter directement. Il ne voulait pas s'exposer aux railleries du nain, ni à celle de qui que ce soit, c'était à cause d'eux s'il ne pouvait lui adresser la parole. Rageur, il allongea son pas pour les dépasser rapidement et mettre derrière lui ce désagréable développement dans sa relation avec la louve de Winterfell.

Il ne vit donc pas le regard interrogateur du nain qui avait surpris le sien, le seigneur Lannister regarda sa nouvelle garde du corps puis le limier qui s'éloignait. Puis, un sourire amusé et calculateur se dessina sur son visage.

? ゚ミᄊ? ゚ミᄊ

Sandor grimpa sur son poney avec plus ou moins de facilité, il était plutôt fin mais ses gestes manquaient encore d'assurance. Alienor vient à sa hauteur en courant et riant pour venir l'aider à passer ses pieds dans ses étriers.

« Je peux le faire tout seul, fit-il d'une voix plaintive et pas du tout fière et altière comme il l'avait espéré dans sa tête.

_ Je sais je sais, répondit sa soeur d'un air entendu en l'aidant tout de même. Mais j'ai envie de t'aider, si on est frère et soeur c'est pour s'aider !

_ Hm, tu as raison, reconnu Sandor toujours aussi admiratif des capacités de raisonnement de sa soeur. Je t'aiderai aussi.

_ Merci. »

Enfin fin prêt, le petit garçon encouragea sa terrible monture pour qu'elle s'élança en direction du pantin de bois et de pailles qui serait son adversaire pour cette joute épique. Ils n'avaient pas vraiment le droit de jouer ici, mais comme tout les adultes semblaient les avoir oubliés, ils en profitaient pour s'amuser le plus possible. Sandor tenait une lance adaptée à sa taille, et il avait revêtu une armure rembourrée qu'il utilisait pour ses entraînements avec le maître d'armes des Clegane. Pourtant, malgré qu'il ait réussi à placer correctement son coup, il fut poussée par le choc et vida brusquement ses étriers. La rencontre avec le sol fut douloureuse et il sentit tout l'air de ses poumons se vider d'un seul coup.

« Est-ce que ça va Sandor? Demanda Alienor en se penchant au-dessus de lui. »

Ainsi, ses cheveux bruns tombaient sur son front, déménageant son nez mais il la trouvait rigolote dans ce sens avec ses yeux gris et son nez froncé. Il comprenait pourquoi on les prenait souvent pour des jumeaux, ils avaient peu d'écart d'âge et leur physique était très ressemblant. De plus, Sandor était plutôt fier d'être comparé à sa soeur qui était bien plus brave que lui, même s'il espérait bien un jour devenir plus brave qu'elle!

« Je n'ai rien, finit-il pas dire en se relevant tant bien que mal.

_ Bien. Alors c'est à mon tour ! Décréta-t-elle en se tournant vers le poney qui brouttait sur le côté de la piste. »

Sandor acquiesça du chef, il était encore trop jeune pour juger qu'il était déplacé pour une femme de se mêler aux arts de la guerre, et il lui tendit diligemment sa lance. Alienor enfila également l'armure rembourrée de son frère, faire la même taille pouvait se révéler bien pratique, puis elle enfourcha son poney sans aide. Elle se plaça bien droite, concentrée sur son objectif immobile dans le paysage maussade environnant. Soudain, elle fit partir sa monture au galop et brandit vaillamment son arme en poussant un petit cri pour se donner du courage. Sa lance toucha sans qu'elle ne démonte, et elle se tourna triomphalement vers son frère.

« J'ai réussi Sandor ! S'écria-t-elle en se dépêchant de descendre tandis qu'il la rejoignait en courant. J'ai réussi !

_ Bravo ! Il faut que tu m'apprennes à le faire aussi ! Babilla le jeune garçon.

_ Bien sur ! Accepta Alienor avec un sourir qui faisait tout le tour de son visage. »

Sandor allait enchaîner sur un nouvel essaie quand il lui sembla entendre des bruits de pas venant dans leur direction.

« Les femmes ne sont pas censées monter à cheval, ni manier la lance, déclara une voix déjà rauque et inquiétante. »

Les deux jeunes enfants se retournèrent pour tomber nez à nez avec leur frère aîné. Sandor n'était pas encore très doué avec les chiffres mais il savait pertinemment qu'il était plus vieux qu'eux, déjà parce qu'il était bien plus grand en taille mais aussi parce qu'il parlait toujours d'une façon très inquiétante. Il n'était pas souvent là, car il était déjà écuyer d'un très important seigneur. Mais, à chaque fois que Sandor et Alienor se retrouvaient en sa présence, ils sentaient une certaine tension presque palpable et évitaient la confrontation le plus souvent possible. Malheureusement, cette fois-ci, ils étaient seuls et il n'y avait aucun adulte dans les parages pour les aider à traiter avec leur inquiétant grand frère.

« Techniquement parlant, déclara Alienor d'un air altier, c'est un poney et non un cheval. De plus, ce n'est pas une véritable lance donc je n'enfreint aucunes règles. »

Sandor regarda sa soeur avec des yeux ronds comme des soucoupes : elle avait raison ! Mais plus encore, elle osait parler ainsi à Gregor ! Alors que même leur mère faisait tout pour éviter de se confronter à lui d'une façon ou d'une autre. Mais, il était trop jeune pour se rendre compte que le discours de sa soeur n'était pas la solution adéquate pour traiter avec quelqu'un de l'acabit de leur frère aîné. Le regard noir de celui-ci s'assombrit d'une teinte qu'ils ne pouvaient pas encore identifier dans leur esprit d'enfant.

« Si ce n'est pas pour de vrai, déclara-t-il pesamment, alors affronte moi. »

Sandor trembla pour sa soeur. Gregor déjà très grand pour ses dix ans, ne montait déjà plus de poney mais des chevaux, et de pus il était déjà autorisé à utiliser une vraie lance, sa soeur n'avait aucune chance contre lui. Mais, si elle refusait alors elle s'exposait à son courroux pour avoir enfreint une règle.

« Si c'est ce que tu veux, déclara Alienor en redressant le menton. Alors je serais ton adversaire. »

Aucun sourire ne vient éclairer le visage de Gregor, Sandor n'était pas sur qu'il soit tout simplement capable de sourire, mais son regard brilla brièvement. Les deux opposants partirent chacun d'un côté de la piste, Alienor avec son poney et Gregor avec son cheval. Sandor se tordit les mains, incapable de les arrêter mais ressentant au plus profond de lui que c'était une mauvaise idée, et il avait terriblement peur pour sa soeur ! Gregor donna le signal de départ en faisant s'élancer sa monture, et sa soeur suivit le mouvement. Sans surprise, la force brute de l'aîné suffit largement à écraser la technique de la plus jeune, qui tenta tant bien que mal de changer le poids de son corps sur sa selle mais trop tard. Elle utilisa son bouclier pour tenter de dévier le coup mais la lance de bois de Gregor se brisa en mille morceaux et la projeta violemment au sol.

« Alienor ! Hurla Sandor en courant vers elle aussi vite que ses petites jambes lui permettaient. Est-ce que ça va?! »

Il se précipita vers elle, elle l'attendait, assise en tailleur, l'air sereine malgré le sang qui coulait abondamment de son bras droit qu'elle tenait serrait contre son torse. Sandor pâlit en voyant le morceau de bois qui s'était fiché dedans, il était au moins aussi gros que son poing fermé.

« Je vais bien, le rassura-t-elle en réussissant même à afficher un sourire douloureux.

_ Non ! S'écria Sandor. Tu ne vas pas bien ! Tu saignes ! »

Alienor tenta d'apaiser la panique de son petit frère mais celui-ci échauffé par l'inquiétude et la vue du sang de sa propre soeur, ne se connaissait plus aucune limite.

« Tu n'avais pas le droit de lui faire mal ! S'écria-t-il en se tournant vers Gregor. Tu n'es qu'un vilain ! Je le dirais à mère et père ! »

Gregor n'eut rien à répondre, le regard noire qu'il lança à Sandor du haut de son monture suffit à lui donner l'impression de se faire littéralement écraser sous l'absence d'émotions de son frère. Tout l'instinct du petit gaçon lui criait de fuir quelqu'un capable de blesser sa propre soeur et ne rien ressentir ensuite.

« Elle a eu ce qu'elle méritait, déclara-t-il simplement. Maintenant elle connaît sa place. »

Et sur ces paroles aussi froides que l'acier, et aussi dérangeantes que l'acide, Gregor fit tourner sa monture pour regagner le manoir familiale. Sandor se laissa tomber à genoux à côté de sa soeur, des grosses larmes commençant à rouler sur ses joues.

« Je suis désolé, pleurnicha-t-il. C'était mon idée…

_ Ce n'est pas de ta faute, le rassura sa soeur soudainement très pâle. »

A cet instant, leur mère arriva accompagnée de plusieurs serviteurs. Elle cria et tomba à genoux dans la boue en voyant sa fille blessée. Immédiatement, elle fut portée à l'intérieur et un mestre fut dépêché pour l'examiner. Sandor pria fiévreusement les septs dieux pour qu'elle se rétablisse rapidement, mais il adressa aussi une prière particulière au guerrier pour qu'il lui donne la force nécessaire de se dresser contre son frère.

Finalement, sa soeur n'écopa que d'une cicatrice qu'elle exposa fièrement à son petit frère comme sa première blessure de guerre. Celui-ci ne put tout de même s'empêcher de pleurer, car il se sentait affreusement coupable en la voyant. Il aurait dû la protéger et pas inversement, et maintenant à cause de lui sa soeur en garderait la marque toute sa vie. Par contre, il comptait bien s'assurer que cela ne se reproduise jamais.

A partir de cet instant, Sandor cessa de considérer Gregor comme son frère, il était devenu un total étranger qu'il devait affronter pour protéger sa famille.

? ゚ミᄊ? ゚ミᄊ

Sandor se réveilla en se sentait plus lessivé que reposé après cette nuit de sommeil. Il faisait de plus en plus de rêves d'avant, étrangement depuis que Joffrey avait été couronné Roi et qu'il devait assister à son règne violent et sadique. De plus en plus fréquemment, il devait se forcer à reprendre pieds après avoir imaginé une brève seconde Alienor à la place de Myrcella dans la fratrie royale. Mais, il savait que c'était ridicule, même si Joffrey avait plus de pouvoir que Gregor, il n'en restait qu'une pâle copie. La monstruosité de l'homme qui partageait son nom n'avait pas d'égale.

Le limier se leva et s'aspergea d'eau froide à plusieurs reprises en espérant que cela suffirait à lui remettre de l'ordre dans les idées. Au fond, il ne savait pas s'il regrettait ces rêves, ou s'il en était reconnaissant pour pouvoir revoir le visage de sa soeur qu'il avait crut oublié? Il n'était pas un hypocrite, il était différent de ces autres bouffons de la cour, et pourtant… Son propre esprit lui était parfois impénétrable.

Alors qu'il accrochait son nouveau manteau blanc, symbole de son appartenance à la garde royale, il remarqua un papier qui avait été glissé par l'interstice entre la porte et le sol. Intrigué, Sandor le récupéra et le déroula avec méfiance. Il n'en connaissait pas l'écriture, mais il pouvait déchiffrer le mot qui y était inscrit sans problème, puisqu'il avait appris à lire et écrire étant enfant.

« Patience »

Sandor resta figé pendant de longues secondes. Un seul et unique mot? C'était un message putain de sybillin ! Aucune signature, ni signe distinctif ne lui permettait d'en identifier l'expéditeur. Il retourna la feuille à la recherche du quelconque indice et découvrit un gribouilli où se distinguait deux yeux jaunes au milieu d'un pelage sombre. Il était impossible de dire de quel animal il s'agissait avec certitude, mais pour Sandor cela ne pouvait être qu'un seul. Un loup. Ou plus précisément, une louve.

Il réalisa alors qu'elle n'était pas venue au Donjon Rouge par simple bravade, elle savait ce qu'elle faisait et comptait bien entrer dans le jeu elle aussi. Et pour se faire, personne ne devait savoir ce qu'il y avait entre eux, peut importait ce que c'était, mais cela ne signifiait pas pour autant que c'était terminé. Sandor froissa le papier avant de l'exposer à la flamme d'une bougie qui brûlait encore dans sa chambre. Il la regarda brûler, le visage inexpressif.

Il attendrait alors.