Sandor


Sandor s'était dissimulé dans les ombres, attendant patiemment son heure. Pour la première fois depuis très longtemps, il était totalement sobre. Son esprit était froid et calculateur, ce n'était pas une sensation qu'il appréciait, alors il espérait pouvoir en finir rapidement avec son objectif. La nuit était tombée depuis plusieurs heures, et la lune n'était pas pleine, laissant la visibilité très faible malgré les flambeaux qui tentaient d'éclairer les couloirs extérieurs du château. Alors que le froid commençait à s'immiscer dans les interstices de son armure, il entendit des bruits de pas venant de l'intérieur. Sandor resta immobile, attendant de la voir apparaître.

Ce fut comme s'il apercevait une vision irréelle : elle était là, marchant sans hésiter, sans prendre soin de rester cachée. La louve avançait vers son objectif sous la forme d'un chevalier en armure et cape blanche. Sandor ne fut même pas surpris, il ne fallait pas être idiot pour comprendre qui s'en prenait aux hommes du Roi. Ou alors, il en savait suffisamment plus sur la louve pour se douter de ses capacités. Mais, ce soir il ne comptait pas la laisser continuer sur cette lignée. Alors qu'elle passait à côté de lui, l'ignorant complètement tellement elle semblait obnubilée par sa proie, il attrapa son bras et la força à s'arrêter.

« Tu viens avec moi, ordonna-t-il d'une voix rauque et râpeuse. »

La louve se braqua instantanément, refusant de se plier à sa volonté, elle lorgna ses yeux jaunes sur lui et commença à gronder comme un animal sauvage. Sandor réagit rapidement, s'ils étaient surpris maintenant leurs efforts seraient réduits à néant. Il la poussa brusquement dans le couloir d'où elle venait, et où il savait qu'il n'y aurait aucun garde. Il dû lutter quelques secondes contre la force brute de la louve, mais elle ne semblait pas être elle-même : ses lèvres étaient retroussées sur ses dents qui ressemblaient plus à des canines.

« Es-tu complètement conne? S'emporta-t-il. Je ne vais pas te laisser tout foutre en l'air ! »

Mais, elle semblait incapable de parler, se contenta de grogner et de se débattre sans le reconnaître. La situation rendit Sandor tellement énervé qu'il ne se rendit même pas compte avec quelle force il serrait ses poignets pour l'empêcher de lui échapper. Il en avait assez de jouer à ce petit jeu, de devoir ignorer ses envies, de regarder la louve fricoter avec cet abruti de mercenaire, et de continuer à pourrir ici tandis que son frère continuait de vivre. Il atteignait ses limites, et il en avait terriblement conscience mais il était hors de question qu'il continue à prétendre ce qu'il n'était pas. Ce qu'il voulait maintenant, c'était récupérer sa louve et non pas cette étrange créature qui vivait en elle !

Sandor la repoussa sans ménagement contre le mur avant de prendre agressivement possession de ses lèvres. La louve tenta de se soustraire mais il maintient de force, progressivement, elle se calma et il sentit sa respiration se faire plus calme contre son visage. Au même moment, il la frappa sèchement dans le ventre pour lui faire perdre conscience.

« Sandor…., souffla-t-elle avant de s'écrouler dans ses bras. »

Il ne ressentait aucune satisfaction, seulement une grande frustration et une rage à nouveau incontrôlable qui brûlait complètement en lui. Sandor porta Leana inconsciente jusqu'à être près de la chambre qu'elle occupait. Il la déposa suffisamment près pour attirer l'attention du mercenaire qui en gardait l'entrée. Le limier s'éclipsa rapidement, refusant de voir cet souillure d'homme toucher la louve. S'il ne se contrôlait pas, il ferait demi-tour pour lui planter son épée dans le ventre.

Rester sobre avait finalement été la pire idée qu'il ait eu ce soir-là. Il partit directement dans sa propre chambre où il savait qu'il trouverait de quoi se saouler suffisamment pour oublier cette foutue soirée. Il s'endormit sans s'en rendre compte, enivré de vin et de rage.

? ゚ミᄊ? ゚ミᄊ

Le bateau s'éloignait au loin. Le petit prince pleurait, comme une vrai princesse. Sandor songea que si jamais il devenait un jour le Roi, alors le royaume risquerait d'être dans la merde. Il était bien trop faible. A côté de Sandor, Joeffrey ne pipait mot, ou alors il se moquait de son frère, méchanceté gratuite, pas beaucoup mieux finalement. Car c'était quand même sa sœur qui s'éloignait dans le bateau, mais il ne semblait pas s'en soucier plus qu'autre chose. Le limier regardait le navire s'éloigner, la princesse Myrcella était encore visible, pleurant toutes les larmes de son corps. Alienor… Non, il ne pouvait pas salir sa mémoire en l'associant à la fille qu'il voyait s'éloigner. Jamais sa soeur n'aurait pleurer face à l'adversité, elle avait été plus forte que qui que ce soit.

Sandor détourna finalement le regard. Il aperçut le nain qui se tenait à côté de la Reine, sa sœur aussi, ils étaient tous là, manquait plus que le frère pour compléter le tableau des lannisters. Il savait qu'elle était là, elle aussi, il la sentait comme si elle s'était collée contre lui, alors que pourtant elle se tenait à quelques pas. Mais tous ses sens étaient en alerte et ses muscles étaient tendus. Il s'efforça de se calmer mais tout ce qu'il souhaitait c'était de la prendre dans l'instant. Tout ce qu'il c'était passé il s'en foutait ! Et les gens pouvaient bien les voir il s'en fichait encore plus !
Mais, il ne fit rien. Encore une fois.

Une fois que le bateau eut disparut à l'horizon, tout le monde quitta le quai. Sandor monta sur son cheval et suivit celui de Joffrey en bon petit chien qu'il était. Il essayait de contenir ses pulsions mais il n'y arrivait pas vraiment. Une petite baston ne le dérangerait... Peut-être que le peuple allait se révolter avec un peu de chance, vu comment leur Roi les traitait… Sandor se mit à espérer pour une bonne petite révolte, qu'il puisse planter son épée dans le corps de quelqu'un. Rien que d'y songer il sentit la tension diminuer légèrement. Sauf que son vœux s'exauça.

Il y eut un cri, une insulte, puis le chaos total : le Roi hurlait qu'on tue les manants, les chevaux se mirent à se cabrer, les paysans s'attaquaient aux chevaliers qui se retrouvaient alors à terre et se faisait ensuite massacrer à coups de pavés. Sandor sourit : il sauta souplement à terre, évita le coup maladroit qui lui était destiné et dégaina dans le même mouvement. Le paysan qui avait crut pouvoir se faire le limier déchanta très vite, en un seul coup il était mort. Le sang jaillit comme une fontaine de la blessure et aspergea Sandor qui sentit les battements de son cœur s'accélérer et s'intensifier, sonnant comme un tambour dans son corps. Il se sentait revivre ! Ses lèvres se retroussèrent d'elle-même, et il se mit à trancher, déchiqueter tout ce qui bougeait avec une rage et une hargne terrifiante.
Soudain, il entendit un cri de fillette.

Sandor réagit instinctivement : il trancha le bras de celui qui avait voulu l'attaquer par derrière, puis il se fraya un chemin à travers la foule, ne laissant que des cadavres mutilés derrière lui. Il vit alors Sansa, elle était tombée de son cheval, elle hurlait de toute la force de son petit corps tandis qu'un homme tentait de l'entraîner plus loin avec un air lubrique. Sandor tenta de l'atteindre mais un homme se dressa sur son chemin, il l'empala sans plus de cérémonie mais son épée resta coincée dans le corps du gros balourd. Le limier l'y laissa et continua son chemin à coup de poings dévastateurs. Une fois arrivée jusqu'à celui qui s'en prenait à la jeune Stark, il le roua de coups suffisamment pour qu'il soit méconnaissable. Chaque fois que son poing atteignait l'autre homme, il sentait un frisson de plaisir le parcourir. Le sang giclait, éclaboussant la robe de la jeune femme qui cria à nouveau. Sandor crut qu'elle allait tomber dans les pommes, mais elle n'en fit rien, à son plus grand étonnamment.

Voyant que les choses commençaient à dégénérer autour de lui, et que la populace commençait à devenir trop incontrôlable et surtout trop nombreuse, Sandor attrapa la jeune Stark et la balança sur son épaule avant de se trancher un chemin jusqu'au château grâce à une épée qu'il avait récupérée sur le sol. Les fous qui osaient se dresser sur son chemin furent tués sans pitié. Il tenait fermement le petit oiseau, il pouvait l'entendre pleurer et gémir. Ce qui était compréhensible : elle venait de voir tout un tas de gens se faire tuer sous ses yeux tandis que d'autres avaient essayés de la violer. Il y avait sûrement de quoi terroriser une jeune fille comme elle. Même s'il était sûr qu'à sa place, la louve aurait tué l'homme qui tentait de s'approcher d'elle. Mais elles n'étaient pas la même personne.

Finalement ils débouchèrent dans le château, et quelqu'un referma les portes juste derrière eux. Le nain se dressa devant eux et eu l'air soulagé qu'il ait ramené le petit oiseau. Celle-ci tremblait encore et semblait au bords de l'évanouissement. Quelqu'un arriva alors et la prit de ses bras pour s'occuper d'elle.

« Chien ! Retournes-y ! Ordonna Tyrion. »

Sandor le regarda de haut, de toute sa stature. Jamais il n'obéirais à putain de gnome ! Il allait s'éloigner quand il remarqua quelque chose, ou plutôt l'absence de quelqu'un.

« Leana...»

Le prénom lui avait échappé sans qu'il en s'en rendre compte, et le nain était encore assez près pour l'avoir entendu. Sandor le regarda l'air menaçant, et pendant quelques instants ils se jugèrent du regard. Puis Tyrion lâcha :

« Elle n'est toujours pas revenue. »

Sandor ne chercha pas à comprendre, il fit demi-tour sur le champs. Juste avant de partir, il lança au nain :

« Ne croyez pas que je fais ça parce que vous me l'avez ordonné ! Je vais chercher mon cheval ! »

Sandor n'avait pas besoin de se retourner pour voir l'expression que devait sûrement afficher le nain à ce moment là, mais il s'en foutait. Et se fut quasiment en courant qu'il franchit à nouveau l'enceinte du château. Il fauchât une épée sur un des cadavres de gardes et partit à la recherche de la louve. Il savait qu'elle était capable de se défendre toute seule. Mais le fait qu'elle ne soit toujours pas revenue au château l'intriguait... Ou l'inquiétait… Elle n'était pas censée être aussi importante, mais il ne pouvait pas non plus se résoudre à l'abandonner.

La foule s'était un peu dispersée maintenant que le guet s'en était mêlé, mais il restait encore des paysans avec un air belliqueux, pourtant quand ils le virent approcher, l'épée à la main, ils préférèrent s'éloigner. Sandor ne perdit pas de temps à les tuer, il le ferait une autre fois. Tout d'abords il devait retrouver la louve. Si elle mourrait maintenant, tout ce qui s'était passé depuis Winterfell n'aurait alors plus aucun sens.

Après avoir fait tout le tour de la ville, il finit par la trouver. Enfin par la trouver derrière un homme qui la plaquait durement contre un mur, il se précipita sur lui, près à le décapiter sur l'instant pour avoir oser poser ses mains sur elle !

« Non ! » L'ordre avait claqué, sans appel.

Soudain, il vit la louve planter ses dents dans la gorge de son opposant avant d'arracher une bonne partie de celle-ci éclaboussant abondamment de sang. L'agresseur tomba au sol, son corps encore seulement agité de quelques soubresauts avant de s'immobiliser pour toujours. Sandor la regarda se redresser, insensible à ce qu'elle venait de faire, il sentit un étrange frisson le parcourir quand elle se tourna vers lui. Elle planta ses pupilles jaunes dans les siennes noirs sans rien dire, mais en s'avançant lentement vers lui. Sa démarche avait quelque chose de menaçant et d'hypnotisant, à tel point qu'il resta immobile jusqu'à ce qu'elle soit suffisamment proche de lui pour qu'il puisse voir tous les détails de son visage. Sa peau ordinairement laiteuse était maintenant teintée de sang, mais loin de l'enlaidir il la trouvait encore plus désirable ainsi. Sans prévenir, la louve prit possession brusquement de ses lèvres, arrachant un baiser possessif au limier. Celui-ci sentit son désir se décupler, il tenta de l'attraper pour la serrer contre lui mais elle échappa à son étreinte avec un sourire amusé.

« Je récupère seulement ce que tu m'avais dérobé, déclara-t-elle. Il va falloir être patient pour avoir plus… »

Sandor grogna près à s'énerver mais avant qu'il n'ait eu le temps de dire quoi que ce soit, elle s'était enfuie dans les rues de la ville. Il songea un instant à la poursuivre, sauf qu'il avait une réputation à tenir et il le savait. Maintenant, il devait retourner auprès de son maître, comme le bon chien qu'il était. Pourtant, il ne pouvait empêcher un sourire effrayant d'être sur ses lèvres : il savait que la louve ne l'avait pas oublié.

? ゚ミᄊ? ゚ミᄊ

La nuit était tombée sur la ville, les étoiles brillaient faiblement dans le ciel et l'air était frais. Pourtant Sandor ne s'attarda ni sur la beauté de la nuit ni sur les reflets de l'eau de la Néra en contrebas. Il se contenta de marcher rapidement sur le chemin de rondes et rejoignit l'intérieur du château, il était à nouveau ivre mais il avait l'habitude. Malgré la quantité d'alcool dans ses veines, il chancelait à peine.

Plutôt que de rejoindre sa chambre il préféra continuer sa visite nocturne du Donjon Rouge. Il aimait s'y promener la nuit, par vraiment pour le calme ou autre chose, c'était juste bien. Personne pour le dévisager de travers, pas de pet-sec ou de chevaliers ignares et autres beau-mondes qu'il ne pouvait pas supporter. Son épée battait sa cuisse à un rythme régulier, la savoir à son côté lui donnait un grand sentiment de puissance. Elle était la vérité, et elle faisait le pouvoir. Ce n'était pas l'or ou la puissance mais bien l'épée qui donnait droit de vie ou de mort.

Alors que les couloirs étaient d'un silence presque assourdissant, Sandor entendit un petit bruit. A peine audible, juste comme un bruit de... Pleurs... Il n'avait pas besoin de réfléchir, il savait qui c'était. Il se rendit dans la direction indiquée. Et elle était là : elle avait passé ses pieds à travers les barreaux d'une balustrade en pierres qui donnait sur, plusieurs mètres en-dessous, une des grandes salles du châteaux. Le reste de son corps était adossé à la pierre comme sans vie, ses longs cheveux roux tombaient dans son dos et le regard de Sandor était irrésistiblement accroché à ces mèches flamboyantes. C'était ridicule mais ses cheveux lui rappelait le feu, chaque mèches semblaient à une flamme dans un brasier, il n'en était pas effrayé, au contraire, il avait développé un intérêt étrange pour cette jeune fille. Malgré son statut de captive, malgré la calvaire que lui faisait subir le roi, malgré ce que vivait sa famille et la perte de son père, elle continuait de garder la tête haute. Elle était fragile, pleurnicharde et pas courageuse pour un sous mais au fond de ses yeux brillaient une lueur de détermination qui ressemblait à celle d'un loup. Mais après tout, cela n'avait rien d'étonnant, c'était une Stark. Même s'il la protégeait au nom de Leana, parfois il songeait que c'était seulement une excuse pour se donner bonne conscience.

De plus, il ne pouvait s'empêcher de la protéger, le monde dans lequel ils vivaient détruisaient tout ce qui était beau et innocent, et il l'avait vécu lui même alors il espérait pouvoir limiter au moins un peu les dégâts pour Sansa. Un petit oiseau en cage qui pourrait bien finir par devenir une vraie louve. Tout sauf répéter les événements dont il avait été témoin quand il enfant, tout sauf se sentir à nouveau impuissant face à un monstre.

Soudain, Sansa se releva, mais au lieu de s'éloigner elle escalada la balustrade. Sandor réagit au quart de tour et l'attrapa par la bras, la faisant ainsi basculer en arrière, directement sur lui. Le petit oiseau poussa un cri et se débattit dans ses bras.

« Lâchez-moi ! Malotru ! »

Sandor ne put s'empêcher de sourire devant son comportement quelques peu inutile, et sans espoirs face à quelqu'un comme lui. Et puis, elle n'avait vraiment pas d'imagination pour les insultes !

« Le petit oiseau essaie de mourir ? Fit Sandor avec un sourire torve. »

Sansa le regarda puis détourna le regard.

« Ne m'appelez pas comme ça ! Protesta t-elle. Et cela ne vous regardes en rien !

_ Je ne suis pas si sûr, je connais quelqu'un qui serait très chagrinée si elle l'apprenait, rétorqua-t-il durement. Mais si c'est ce que tu veux je peux t'aider… »

Pour lui prouver ses dires, il commença à sortit son épée de son fourreau et Sansa devient toute rouge, puis toute blanche, et à nouveau rouge.

« Je vous déteste ! »

Réaction purement infantile, et encore plus gâchée par le fait qu'elle n'arrivait pas à le regarder droit dans les yeux. Plutôt que de continuer un affrontement qu'elle savait perdue d'avance, Sansa préféra partir. Sandor ne la suivit pas, il l'avait déjà assez traumatisée comme ça. Pour ce soir. Au moins, il était sûr qu'elle ne tenterait rien d'autre cette nuit-là.

Malheureusement, le lendemain matin Sandor était chargé de surveiller la chambre du petit oiseau. Et, alors qu'il s'y rendait, il aperçut une servante s'en échapper en courant rapidement suivit par une deuxième visiblement bien terminée à ratraper la première. Étonné par leur comportement, Sandor ne chercha pas à comprendre et il entra directement dans la chambre de la jeune Stark. Il la trouva entrain de pleurer, assise sur le coffre au pied de son lit. Elle ne sembla même pas se rendre compte de sa présence, ce qui le laissa encore plus perplexe. Il remarqua alors l'état de sa literie avec le matelas à moitié sortir et les draps par-terre. Sandor s'approcha suffisamment pour comprendre ce qu'il se passait : les tissus étaient tâchés de rouge sang. La jeune louve n'était plus une enfant dorénavant.

? ゚ミᄊ? ゚ミᄊ

La scène était empreinte de calme et de sérénité. Les deux enfants jouaient paisiblement avec leurs jouets de bois. Ils étaient installés sur d'immenses tapis de riches fourrures et de broderies argentées. L'hiver était fini depuis quelques années mais la chaleur peinait à se réinstaller parmis eux. La cheminée était donc allumée diffusant une douce chaleur et des jeux de lumières sur le mur. Les servants avaient également installés un brasero près des deux jeunes pour s'assurer qu'ils ne prennent pas froid. Mais, tous deux étaient bien loin de ces préoccupations.

« Regarde, fit Sandor en montrant un des jouets à sa soeur.

_ Ce n'est pas celui de Gregor? S'étonna celle-ci.

_ Si, pouffa le garçon. Il ne l'utilisait jamais de toute façon ! »

Alienor fit la moue, mais elle devait bien avouer qu'elle trouvait la figure de bois très réaliste avec la peinture dessus on aurait presque dit un vrai chevalier.

« Puis il a été méchant avec toi, donc bien fait pour lui, termina Sandor.

_ On le rangera quand on aura fini, décréta Alienor pour se donner bonne conscience.

_ D'accord… »

Au moins, sa soeur n'avait pas dit de le rendre tout de suite, se consola le petit garçon. En réalité, il savait que Alienor lorgnait sur ce jouet depuis que leur frère l'avait eu, et il avait espérait lui faire plaisir en le prenant. Après tout, il se sentait toujours coupable pour la blessure qu'elle avait reçu au bras par sa faute quelques temps avant. Même si maintenant elle avait bien cicatrisé, il en tenait une rancune tenace contre son frère, qui dépassait largement les disputes d'enfants. Au moins, il avait décidé de faire cela un jour où Gregore n'était pas là, puisqu'il se trouvait au côté du chevalier dont il était l'écuyer.

« On fait un tournoi, décréta Alienor en plaçant ses propres jouets d'un côté de la lice fictive.

_ D'accord, mais faut une récompense alors.

_ Hm… Celui qui gagne aura le droit de manger le dernier morceau de gâteau au miel? »

Il n'en fallait pas plus pour motiver Sandor qui accepta instantanément la proposition de sa soeur. Ils jouaient avec beaucoup de concentration quand ils entendirent des bruits à l'extérieur de la salle. Ils ne s'en rendirent pas compte immédiatement, puis la porte s'ouvrit brusquement. Les deux enfants sursautèrent et regardèrent avec surprise Gregore qui se tenait dans l'embrasure. Le regard noir de celui-ci se posa sur eux, et plus particulièrement sur Sandor qui avait dans sa main son jouet. Le plus jeune eut l'impression de voir une flamme étrange s'allumer dans les yeux de son aîné.

« Je te le rends, fit Sandor piteusement. »

Il tendit le jouet dans la direction de Gregore, celui-ci s'approcha mais se contenta de frapper dans la main de son frère pour faire tomber le chevalier, puis il agrippa Sandor par les cheveux et le tira à sa hauteur. Comme il était beaucoup plus grand, le petit garçon se mit rapidement à crier tout en tentant de toucher le sol de ses petits pieds.

« Repose le ! Hurla sa soeur. »

Mais, Gregor la repoussa sans ménagement, bien plus fort que ses deux frangins réunit. Il tira Sandor jusqu'au brasero, et toujours sans un mot il appliqua son visage dessus. La douleur fut immédiate, c'était tellement irréelle et horrible que Sandor se mit à hurler et pleurer en même temps incapable de supporter cette souffrance, mais même ses larmes s'évaporaient. Il sentait sa propre peau fondre et tomber sous ses yeux tandis que son frère continuait imperturbablement de le maintenir sur l'engin de torture. Sandor se mit à supplier, il sentait l'odeur de sa chair qui brûlait, et ses cheveux, puis sa bouche se mit à fondre et il fut incapable de continuer à hurler. Il souffrait tellement qu'il ne pouvait plus penser à autre chose qu'à hurler.

Soudain, il se sentit tirer en arrière et il s'écroula sur le dos. La douleur était telle qu'il voyait trouble, tout son visage était en littéralement en feu et il voyait des flammes tout autour de lui qui venaient le hanter et le harceler inlassablement. Il voulait supplier mais il n'avait plus aucune force en lui, seule la terrible souffrance était là. Alors, il accueillit les ténèbres avec un immense soulagement.

? ゚ミᄊ? ゚ミᄊ

Sandor avait rêvé du pire jour de sa vie, ou était-ce seulement le deuxième ? C'était difficile à dire avec une enfance aussi merdique que la sienne. En tout cas, il pouvait encore sentir l'odeur de brûlé comme si sa joue était encore attaquée par les flammes. Il se leva pour s'asperger le visage d'eau froide et renflouer ses souvenirs là où ils auraient dû rester : enfermer loin dans sa mémoire. Mais, le mal était fait. L'armée de Stannis serait bientôt sous leur porte, peut-être même aujourd'hui, et Sandor avait un très mauvais pressentiment.