Leana
Elle était heureuse, ou en tout cas elle aurait dû l'être. Elle avait quitté Port-Réal pour tenter de retrouver sa famille dispersée dans tout le royaume, tout en abandonnant une de ses sœurs derrière -cette ironie lui restait encore en travers de la gorge-, et après seulement quelques semaines de voyage, elle retrouvait déjà Arya. Elle aurait dû être soulagée, mais elle ne l'était en rien. Leurs nouveaux compagnons de voyage ne leur avait pas vraiment laissé le choix : une fois qu'ils avaient reconnu Sandor, ils avaient décidé de le juger. Leana avait dû ronger son frein en réalisant qu'ils étaient désavantagés. La troupe des sans bannières comptaient au moins une quinzaine voir vingtaine de bandits en tout genre. De plus, elle n'était pas prête à risquer la sécurité de Arya qui se trouvait avec eux. Pourtant, il y avait bien un ancien homme du Nord parmis eux : Harwin. Elle était légèrement plus âgée que lui, mais elle l'avait souvent fréquenté lorsqu'elle avait dû apprendre à monter à cheval -malgré ses réticences-. Malheureusement, même s'il l'avait reconnue, il avait refusé de les laisser repartir, affirmant qu'ils devaient rester avec eux jusqu'à rejoindre Robb. Ce qui correspondait à son plan d'origine, à l'exception qu'elle n'avait pas prévu de voir Sandor enchaîné et traîné à leur suite comme un prisonnier. Ils lui avaient retiré son armure, lié les mains avec le cou pour le décourager de s'enfuir. Leana lançait des regards noirs en direction de celui qui s'appelait Dondarrion.
Elle avançait également à pieds, refusant de monter son cheval si Sandor n'y était pas également autorisé. Elle voyait bien le regard torturé de Arya qui l'observait depuis sa monture non loin d'eux. Elle devait sûrement se demander ce qui se tramait entre elle et le limier, mais Leana n'avait pour l'instant pas l'esprit à ça. Elle essayait surtout de réfléchir à une solution pour fausser compagnie à leurs ravisseurs, tout en embarquant sa soeur au passage. Le plus ridicule était que leur meneur était un ancien chevalier qui se prétendait servir encore le feu Roi Robert, mais il refusait de la laisser partir avec Arya, malgré qu'elles soient toutes deux de la maisonnée Stark. Leurs motivations et leurs agissements n'étaient pas très clairs, leur imprévisibilité inquiétait durement Leana. Elle remarqua finalement la présence de deux autres personnes qu'elle connaissait.
« Gendry et Tomoe, fit-elle tout de même rassurée de voir que eux aussi étaient toujours en vie. Sinead serait soulagée d'avoir de vos nouvelles.
_ Comment va-t-elle? S'enquit le garçon.
_ Si quelqu'un peut survivre à Port-Réal, c'est bien elle, déclara Leana avec un léger sourire en songeant à son amie qui était restée là-bas.
_ Comment va ma mère? Demanda Tomoe.
_ Je ne sais pas, reconnu la pupille Stark. Après votre départ, les manteaux d'or ont tués beaucoup de prostituées et de gamins des rues… »
Tomoe serra les dents et les poings, elle semblait en proie à une grande peine et colère, mais elle ne fit pas de commentaire.
« Qu'est-ce que vous comptez faire avec eux? Demanda la louve en désignant du menton la bande qui les entourait.
_ Pour l'instant on a pas vraiment le choix, rechigna Gendry défaitiste.
_ Pour l'instant, répéta Leana. »
Il y avait un des hommes qui chantait comme s'ils étaient en terrain conquis. Leana découvrait désagréablement qu'elle ne connaissait pas grand chose une fois sortie de Winterfell ou même de Port Réal. Elle avait toujours pensé être capable de se débrouiller seule en pleine nature, mais elle oubliait toujours les autres personnes qui s'y trouvaient. Que ce soit des bandits, des soldats ou des pseudos bons samaritains aux motivations douteuses. Toujours les hommes, réalisa-t-elle. Ils se font la guerre entre eux, se cherchent des raisons de s'entretuer et de se déchirer indéfiniment. Leana était fatiguée, et blasée de leurs comportements ; elle voulait seulement retrouver sa famille et rentrer chez elle. Sauf qu'à chaque fois qu'elle semblait s'approcher de son but, celui-ci s'éloignait davantage. Un pas en avant, deux pas en arrière.
Au bout d'un moment, on leur banda les yeux sous prétexte qu'ils ne voulaient pas qu'ils voient le chemin pour leur quartier générale. Tout ce que Leana savait c'était qu'ils avançaient en direction de Noblecoeur, mais où exactement elle aurait été incapable de le dire. Pourtant, ils étaient censés les conduire vers Vivesaigues, sauf qu'ils semblaient avoir d'autre projet dans l'immédiat. La jeune femme se laissa faire de mauvaise grâce, tout en restant près de Sandor et Arya de peur qu'ils les séparent en profitant de leur soudaine cécité. Heureusement pour elle, Leana pouvait tout aussi bien compter sur son ouïe et son odorat pour savoir ce qui se passait autour d'eux. Elle sentait la présence de Sandor à gauche, les bruits de ses pas frottant la terre; et la respiration courte d'Arya du haut de sa monture. Tant qu'ils étaient là, elle acceptait de se laisser mener, jusqu'à ce qu'elle voit ce qu'ils appelaient leur justice.
Quand ils s'arrêtèrent enfin, on lui retira son bandeau, et Leana plissa des yeux le temps d'apprécier le changement de luminosité. Ils se trouvaient dans une grande caverne souterraine illuminée uniquement grâce à un gigantesque feu qui éclairaient une foule de personnes pressée dans les moindres recoins. Il y avait un mélange de gens en armes, de femmes aux visages fermés et des enfants sales qui les regardaient tous avec un mélange d'animosité et de curiosité. Leana ne se sentait pas particulièrement rassurée, ils étaient au moins une cinquantaine, et au vue des galeries qu'elle apercevait dans l'ombre, ils étaient même peut-être d'avantage. S'ils devaient partir d'ici, ils devraient obtenir l'autorisation de Dondarrion. La jeune femme lança un regard en coin à Sandor, mais celui-ci avait l'air aussi morne et renfrogné qu'elle n'osa pas faire de commentaires. Elle sentait une certaine tension et appréhension la saisir, à tel point que qu'elle dût serrer les dents pour ne pas aggriper le premier bonhomme pour passer ses nerfs dessus.
« Sandor Clegane, tu vas connaître la justice du Roi, commença Béric Dondarrion d'une voix solennelle.
_ Votre foutue roi il est clamsé, rétorqua Sandor avec dédain. »
S'en suivit un échange animé entre les deux hommes l'un qui accusait l'autre, Sandor se défendait des accusations qui n'étaient que en généralités des meurtres des hommes Lannisters ou de l'aîné Clegane. Leana avait l'impression d'assister à une parodie de justice qui n'avait rien à envier aux exactions du Roi Joffrey. La jeune femme voulait intervenir, mais alors qu'elle faisait un pas en avant, elle vit soudainement le regard de Sandor sur elle. Il y avait une telle intensité dans celui-ci qu'elle ne pu pas bouger davantage. Leana rongea son frein avec frustration, mais le pire restait à venir.
Alors que Béric Dondarrion et Thoros de Myr commençaient à réaliser la comédie qu'ils étaient entrain de jouer, Arya intervient en défaveur de Sandor l'accusant du meurtre de Mycah, le jeune garçon qu'il avait tué sur leur route en direction de Port-Réal.
« Arya, tenta d'intervenir Leana choquée que sa petite soeur essaie d'empirer la situation elle avait clairement sous-estimé la rancoeur qu'elle portait à Sandor.
_ C'est un meurtrier ! S'époumona la jeune Stark.
_ Je n'ai fait qu'exécuter les ordres du prince, rétorqua le limier en haussant les épaules avec désinvolture.
_ Mais il était innocent, insista Arya. »
Finalement, personne ne pouvait trancher si Sandor était réellement condamnable pour ce meurtre, et Béric décréta que justice serait rendue au travers d'un duel judiciaire. Le sang de Leana se figea dans ses veines tandis qu'elle réalisait lentement ce que cela signifiait : un combat à mort, seul le survivant serait autorisé à sortir de cette stupide caverne.
« Je ne vais pas vous laisser faire ça ! S'emporta Leana folle de rage en posant une maine sur la garde de son épée.
_ Tu n'as pas confiance en moi? Rétorqua Sandor d'une voix râpeuse et agressive. »
La jeune femme lâcha son arme à contre coeur, en réalisant ce qu'induisait son comportement pour Sandor. Elle devait montrer qu'elle croyait en lui, mais la simple idée de rester immobile pendant qu'il se battait lui était tout simplement intolérable. Pour l'instant, elle attendrait, mais si jamais le combat devait tourner en défaveur de son loup, elle n'hésiterait pas à intervenir et à trancher la gorge de quiconque s'en prendrait à lui.
Béric retira également son armure, se retrouvant dans la même situation que son adversaire; au moins il semblait être un combattant pourvu d'honneur remarqua Leana.
« Prions, fit Thoros de Myr. »
Toutes les personnes présentent à l'exception des deux Stark, de Sandor, Gendyr et Tomoe, se mirent à réciter une prière qui n'étaient ni des anciens ni des nouveaux dieux. Une fois terminée, Dondarrion s'infligea une estafilade sur sa main à l'aide de son épée, et alors que le sang y dégoulinait la lame s'enflamma soudainement. Sandor incendia d'insultes son adversaire, rendu fou de rage par ce qui semblait être de la magie. Même Leana n'avait jamais vu quelque chose d'aussi incroyable et un frisson froid et désagréable la traversa. Puis, le combat commença, Sandor utilisait son épée avec une force qui n'avait rien à envier à aucun homme, mais son adversaire répliquait avec un calme et une précision qu'il ne possédait pas. Pendant un long moment, aucun des deux ne sembla prendre l'avantage, même si Sandor semblait réagir avec plus de peur que de réflexe à chaque fois que les flammes de Dondarrion ou du foyer s'approchaient trop près de lui. Soudainement, le genoux du Limier le trahit et celui-ci tomba au sol parant l'attaque suivante uniquement avec son bouclier sauf que le bois se fissura dans un craque effrayant. Non ! Se figea Leana. Non ! Mais Sandor se releva une nouvelle fois, près à continuer à vendre chèrement sa peau, jusqu'à ce qu'il se rende compte que son bouclier était en feu. Il se mit alors à tenter de l'arracher avec son épée avec des gestes totalement paniqués et qui ne faisaient qu'empirer la situation. Bientôt le feu pris à sa manche et à son bras gauche.
« Coupable ! Saccadait l'assistance ainsi que Arya. »
Leana les regarda avec horreur se gausser et se ravir de la souffrance de Sandor, elle les trouva monstrueux : ils n'avaient rien à envier à leur oppresseurs ! Elle ne pouvait plus rester insensible alors que son loup se battait devant elle, Leana dégaina son épée au moment où Béric s'approchait pour tenter de clôturer le combat. Mais contre toute attente, Sandor puisa dans ses dernières forces pour relever son arme à deux mains, et l'abattit violemment brisant celle de son adversaire qui se cassa en deux morceaux. Dondarrion se fit alors trancher par l'épée du Limier, faisant jaillir des flots de sang.
« Non ! Hurla Arya désespérée. »
Leana l'ignora, comme elle ignora l'homme qui mourrait, elle se jeta aux côtés de Sandor qui s'était roulé au sol pour tenter d'étouffer les flammes qui ravageaient son bras. Un des bandits tenta de la tenir à distance mais elle le repoussa brusquement pour se précipiter à côté de son loup. Elle tira sa gourde d'eau et en déversa précipitamment le contenu sur le feu tandis que Sandor gémissaient et pleuraient sous le coup de la douleur. Leana n'entendait plus rien que cela, et cela la rendait malade. Elle voulait le soigner, mais elle ne pouvait pas. Elle éteignit les flammes, mais elle ne savait pas quoi faire ensuite.
« Vous avez tué Mycah ! S'acharna Arya en se dressant devant eux armée d'un poignard. Vous l'avez fait ! Dites-le !
_ Je l'ai fais, se tordit Sandor, et j'ai ri ! Tout comme quand ta soeur se faisait battre au sang et quand ton père a été décapité ! Si tu veux me tuer vas-y ! Le fer est une mort plus propre que le feu ! »
Le coup partit tout seul, Sandor regarda Leana avec un air choqué tout comme Arya qui n'osait plus rien dire. Gendry en profita pour désarmer le plus jeune.
« Assez ! Intima Leana. Plus un mot ! »
Elle tremblait violemment sous l'effet de la colère et de la peur, et elle sursauta brusquement quand on lui toucha l'épaule.
« Nous allons vous aider. »
Leana regarda le bout de femme qui s'adressait à elle, elle n'avait rien de particulier à part la bonté dont elle faisait preuve. A elles deux, elles aidèrent Sandor à se relever et le portèrent à moitié jusqu'à une partie plus reculée de la caverne, loin du feu et de ses ravages. On les hua sur leur chemin, les insultes fusaient en direction du blessé mais il était à moitié inconscient, sa tête dodelinait et il gémissait doucement. Leana se mit à grogner, elle montra les dents face à ceux qui s'approchaient trop près, son épée dans sa main libre les dissuadant de les attaquer.
« Ici, l'enjoignit la femme. »
Elles l'allongèrent à l'écart, dans l'embouchure d'une galerie, à l'écart des autres personnes. Leana planta son épée derrière elles pour former une frontière, et aider plus facilement à allonger Sandor. Celui-ci se laissait faire comme un enfant, incapable de rester debout ou de former des paroles compréhensibles. La femme farfouilla dans le noir, et revient avec plusieurs pots dont elle versa le contenue dans un bol. Leana la regarda faire, elle avait installé la tête de Sandor sur ses genoux, son dos ostensiblement tourné vers la salle. Plus personne ne vient les déranger, à part Tomoe qui se joignit à elles pour les aider. Elle semblait connaître quelques plantes, et elles firent un cataplasme qu'elles appliquèrent abondamment sur la brûlure. Sandor se mit alors à réagir violemment, se débattant et jurant mais Leana le maintient fermement en place jusqu'à ce qu'elles aient fini.
« Ça ne sera pas beau, déclara la femme, mais il vivra.
_ Quel est votre nom? Demanda Leana.
_ Ana, répondit-elle simplement.
_ Merci Ana, souffla la jeune femme. »
Leana se sentait vidée, comme si on avait retiré tout ce qu'il y avait dans son corps. Elle regardait Sandor s'agiter dans son sommeil, Tomoe lui avait donné du lait de pavot mais cela ne semblait que peu efficace. Leana serra les poings et refoula les larmes qui lui brûlaient les yeux. Elle n'aurait jamais dû accepter de le laisser se battre, elle n'aurait jamais dû accepter de les laisser les emmener jusqu'ici. Elle avait été trop bonne car elle avait cru retrouver des personnes de son passé, mais même Arya n'avait fait qu'empirer les choses. Elle avait l'impression de ne plus pouvoir avoir confiance en qui que ce soit, pas même en elle-même.
« Quand il se réveillera, vous pourrez partir, déclara Beric Dondarrion. »
Leana le regarda sans surprise, elle était insensible à tout ce qui se passait autour d'elle, au mieux elle ressentait seulement une profonde ironie.
« Tellement de noblesse de combattre un homme à mort quand on sait que soit même on ne peut pas mourir, railla-t-elle avec un mépris palpable.
_ Ne va pas croire que ton homme est innocent, répliqua Thoros hérissé par ses mots.
_ Il est toujours meilleur que vous tous réunis, rétorqua Leana.
_ Assez, les coupa Béric avant qu'ils ne continuent. Justice a été rendue, le dieu de la lumière l'a jugé innocent. Vous êtes libres.
_ Et Arya? Demanda Leana.
_ Nous l'emmènerons à Vivesaigue, déclara le chef de la fraternité.
_ Non, imposa-t-elle. Elle est ma soeur, vous ne pouvez pas me la ravir. Si c'est de l'or que vous voulez, vous pouvez prendre le mien. »
Beric lança un regard à Thoros qui se renfrogna encore davantage, visiblement ils avaient prévu de se faire beaucoup d'argent grâce à Arya. Ce qui ne fit que les rendre encore plus misérables à ses yeux, sans nul doute qu'ils comptaient leur prendre leurs chevaux, en plus de l'or de Sandor qu'ils avaient déjà récupéré avant. Elle ne leur laisserait pas sa soeur.
« Vous avez déjà retenue ma soeur contre son grès, menaça Leana en prenant son épée, si vous continuez ainsi ce n'est pas de l'or que vous trouverez à Vivesaigue mais votre mort. Et cette fois je veillerais personnellement à ce que vous le restiez.
_ On prendra votre or, déclara finalement Béric, et vous devez promettre de nous en faire parvenir d'autre dès que vous aurez rejoint Rob. Le peuple a besoin de nourriture, si nous ne nous en occupons pas, qui le fera?
_ Comme vous voulez, accepta-t-elle en se désintéressant immédiatement d'eux. »
Leana passa un linge mouillé sur le front de Sandor, tentant d'apaiser ses souffrances comme elle le pouvait, frustrée et amère de ne pas pouvoir faire davantage. Elle entendit les deux hommes partir, Tomoe et Ana étaient également retournées avec les autres. La jeune femme ferma un instant les yeux, incapable de regarder son loup souffrir un instant de plus. Pourquoi avait-elle l'impression de lutter constamment à contre courant? Elle aperçut une longue racine blanche qui s'entortillait à côté d'elle dans la terre. Sans savoir d'où lui venait une telle certitude, elle fut certaine qu'elle appartenait à un baral. Leana laissa alors sa tête reposer contre celle-ci.
Elle se trouvait dans la neige. Ce n'était pas chez elle, mais le froid saisissant lui donna l'impression d'y être tout de même. Elle marchait dans la poudre blanche en prenant garde à ne pas se faire remarquer. Elle avait du sang chaud dans la bouche, elle tenait un lapin mort entre ses crocs. Elle était fière, et elle le ramena devant son frère. Il était plus foncé qu'elle, mais elle le reconnaissait. Soudain, on l'appela. Elle tourna sa tête et vit un petit homme ramper dans sa direction en appelant son nom.
« Leana. »
La voix d'Arya la tira de l'étrange léthargie dans laquelle elle s'était plongée sans s'en rendre compte. Elle mit plusieurs secondes à reprendre contacte avec la réalité, la première chose qu'elle fit fut de vérifier que Sandor était toujours vivant. Il respirait plus calmement, et elle en tira un certain réconfort. Ensuite, elle se tourna vers sa petite soeur. Celle-ci se tenait entre la caverne et eux, le visage tordu et le regard brûlant. Elle semblait faire un effort considérable pour se tenir là, comme le montraient ses petits poings serrés dans une attitude de défis. Leana ressenti une espèce de fierté à la voir ainsi se battre pour ce qu'elle pensait juste.
« Pourquoi le protèges-tu? Demanda Arya d'un ton plein de reproches.
_ Parce qu'il fait partie de ma meute maintenant, répondit simplement Leana. Comme toi.
_ Mais il n'est pas de notre sang, et c'est un meurtrier !
_ Je ne partage pas non plus ton sang, tout comme Jon, lui rappela-t-elle doucement. Et je suis autant une meurtrière que lui.
_ Non, c'est différent. Tu n'as fait que nous protéger, insista Arya.
_ Mais peut-être que quelque part un garçon ou une fille pleure un ami, un frère, un amant que j'ai tué, expliqua Leana d'un air las. Maintenant Sandor n'obéis plus à personne, et il ne tuera pas comme son frère.
_ Je l'ai vu faire, avoua la jeune fille d'une voix tremblante. La montagne, chaque jour c'était une personne différente... »
Leana réalisa difficilement ce qu'avait dû traverser sa petite soeur, et elle devinait qu'à moitié ce qu'elle gardait pour elle. La jeune femme avait pensé éloigner Arya du danger en la faisant quitter la ville, mais cela n'avait fait que la précipiter dans d'affreux tourments. Heureusement, elle avait survécu jusque là, mais à quel prix ? Leana désirait toujours la protéger, sauf qu'elle avait l'impression de ne plus mériter ce droit. Elle avait été incapable d'être là quand elle avait besoin d'elle, alors comment pouvait-elle lui imposer de la suivre ? C'était une dure réalité qui lui brisa un peu plus le cœur. Surtout que Arya semblait être devenue encore plus taciturne, dur et inflexible que avant. Quand d'autres voyaient en elle seulement une gamine de la noblesse qui pouvait donner de l'or, Leana voyait une jeune femme indépendante et courageuse, capable de prendre ses propres décisions.
« J'aurais dû être là, reconnu Leana avec culpabilité, j'aurais dû te protéger et non pas t'envoyer au loin. Je comprendrais que tu ne veuilles plus de moi… Quand Sandor se réveillera, nous irons rejoindre Rob, et de là j'irais reprendre Winterfell et retrouver Bran et Rickon. Même si tu m'en veux… Tu seras toujours ma petite sœur.
_ Qu'est-ce que tu racontes, la rembroua durement Arya. Tu es ma soeur ! Et mon bouclier lige ! Tu ne peux pas te débiner comme ça. Je ne comprends pas pourquoi tu restes avec ce monstre ! Je ne veux rien avoir à faire avec lui.
_ Je ne peux pas te faire l'apprécier, supposa Leana. Mais je ne peux pas non plus choisir entre les membres de ma meute. Vous faites tout les deux parties de ma famille, au même titre. Je donnerai ma vie pour vous. »
La flamme de colère dans les yeux d'Arya sembla vaciller un instant, remplacée par du doute et un besoin flagrant de soutien, elle détourna le regard pour répondre :
« Je veux rester avec toi, mais je ne te promets pas de pas lui coller une dague entre les côtes s'il m'en prend l'envie, grommela-t-elle.
_ Je me contenterais de ça, accepta Leana en réprimant un sourire amusé. »
Elles restèrent silencieuse un moment, aucune ne sachant vraiment quoi dire après avoir été séparées durant plusieurs semaines pour finalement se retrouver dans un moment des plus inopportuns. Finalement, Leana lança un regard brillant à Arya :
« Viens dans mes bras jeune maîtresse, l'encouragea-t-elle, j'ai besoin de te serrer contre moi.
_ Je ne suis plus une petite fille, renifla Arya en approchant tout de même. »
La jeune fille s'agenouilla près de Leana, le plus loin possible du corps endormi du limier, avant de se réfugier dans les bras de sa soeur adoptive. La plus jeune enfouie sa tête dans son cou et s'accrocha à sa nuque avec ses mains en la serrant de toutes ses forces. Leana poussa un soupire de soulagement, ravie de voir que Arya soit encore capable de s'abandonner ainsi avec elle. Ce n'était pas négligeable d'une fille aussi téméraire et déterminée que sa soeur. Cela eut le don de rassurer pleinement la plus âgée. Elle reposa sa tête sur les cheveux ébouriffées de sa famille; une main dans le dos de Arya, et l'autre sur le front de Sandor qui était toujours inconscient. Sentir la chaleur de ces deux êtres lui donna l'impression de se remplir de courage et de motivation. C'était un sentiment doux et agréable qu'elle savoura pleinement durant l'instant de paix qui leur fut offert.
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On leur avait à nouveau bandé les yeux, jusqu'à un lieu éloigné de la grotte. Une fois la vue retrouvée, Sandor s'était éloigné pour se tenir un peu plus loin dans le bois, presque dissimulé par les arbres. Leana comprenait qu'il ne souhaite pas rester davantage avec eux, et elle détourna le regard pour se concentrer sur le groupe qui les avaient raccompagnés :
« Alors vous préférez rester avec eux ? Demanda Leana.
_ Je veux juste forger, autant le faire pour des personnes qui le méritent, déclara Gendry. »
Un bruit méprisant du côté de Arya fit froncer les sourcils à celui-ci, et Leana se demanda distraitement ce qu'il y avait entre eux deux. Sa sœur ne semblait pas du tout ravie que Gendry ne reste pas avec eux.
« Et toi Tomoe ?
_ Je viens avec vous, déclara la jeune fille d'un air sérieux. Je n'aime pas spécialement les gens par ici. Et je ne suis pas du genre bon samaritain.
_ J'en suis ravie, fit Leana.
_ C'est un adieu alors, fit Gendry imperturbable avec son mufle renfrogné.
_ On se reverra, déclara Arya, et je te botterai les fesses.
_ Rêve toujours, rétorqua son compagnon.
_ Pauvre garçon, plaisanta Leana en les voyant se chamailler. Si jamais tu changes d'avis, tu sais où nous allons.
_ Je m'en souviendrai, promis Gendry. »
Ensuite, Dondarrion et Thoros s'approchèrent pour lui rappeler sa promesse de leur fournir de l'argent pour soutenir leur cause. Pendant ce temps, les trois plus jeunes se faisaient leurs adieux. Leana se débarrassa finalement de leurs ravisseurs, sans réussir à dissimuler le mépris qu'elle avait pour eux. La jeune femme lança un dernier regard à cet étrange groupe qu'était la Fraternité sans Bannières, parmis eux se trouvaient d'anciens hommes du Nord qui avaient servis son père adoptif comme Harwin. Elle ne comprenait pas comment il pouvait trahir son ancien Lord au point d'en arriver à demander une rançon pour la fille de celui-ci. Était-ce la guerre qui avait pu le changer autant? Ou était-ce seulement propre aux hommes ? Elle avait grandit dans un château, pourtant il lui arrivait encore de ressentir une profonde incompréhension pour ses pairs. Malheureusement, elle avait déjà bien assez à faire avec sa meute, les problèmes des autres ne la préocuppaient pas, son regard se portait maintenant vers Vivesaigues.
Une fois les derniers détails réglés, leur petit groupe fut enfin autorisé à partir. À pieds évidemment, les montures avaient été réquisitionnées pour soutenir les efforts de la Fraternité. Leana se sépara de Guerrier avec un petit pincement au coeur, c'était la première monture à laquelle elle s'était attachée, mais elle était presque soulagée de pouvoir à nouveau rester les deux pieds par terre. Tout de même, le chemin allait être long jusqu'à Vivesaigues.
