Sandor


Ils voyagèrent pendant plusieurs jours dans un silence pesant. La louveteau refusait de lui adresser la parole, et il pouvait parfois la surprendre entrain de jouer avec sa dague en le regardant. Il détestait les accusations qu'il pouvait lire dans son regard gris, encore plus maintenant qu'elle ressemblait foutrement à sa sœur. Elles portaient toutes les deux une chemise de voyage foncée, renforcée par un juste-haut corps de cuir brun, accompagné d'un pantalon épais du même matériaux. La grande différence physique venait de leur âge et des pupilles jaunes de la louve. Il lui semblait l'avoir déjà vue avec le même regard couleur pierre que la petite Stark, mais cela ne s'était plus reproduit depuis Winterfell. Quand il y songeait, ce séjour dans le Nord lui paraissait appartenir à une autre vie, pourtant maintenant il y retournait accompagné de trois bonnes femmes qui n'avaient rien à voir avec des dames de cour. Même la nouvelle, Tomoe, semblait plus habile à manier sa machette que les mots. Ce qui en faisait un groupe de voyage patibulaire et inquiétant pour les rares paysans qu'ils croisaient.

Mais, Sandor n'était pas aveugle. Il voyait les regards que lui lançaient fréquemment la louve, avant de détourner la tête quand il la prenait sur le fait. La voir ainsi fuir le contact visuel entre eux le rendait dingue, jamais elle n'avait ça avant, et la raison qu'il lui soupçonnait ne faisait qu'attiser sa colère. À cela s'ajouter la frustration grandissante de devoir partager la louve avec les nouveaux membres de leur bande. Il ne pouvait plus profiter de leur intimité, constamment il veillait à respecter une certaine distance avec elle. Il n'imaginait pas la réaction de la petite louve si elle le voyait trop proche avec sa soeur aînée. Seule Tomoe y semblait bien indifférente, il n'était pas difficile d'imaginer qu'il s'agissait d'une jeune des rues de Port-Réal, ce qu'elle avait dû voir durant son enfance dépassait sûrement de loin ce que pouvait concevoir la gamine Stark. En attendant, il rongeait son freins, même s'il s'avait pertinemment qu'à ce train là il finirait par perdre le contrôle de lui avant de s'en rendre compte.

Ils se trouvaient encore loin de Vivesaigues, et ils passaient leur nuit dehors, grignotant les maigres provisions que leurs avaient gracieusement données ce salopard de Dondarrion. L'hiver n'était pas loin, et chaque nuitée se faisait plus fraîche que la précédente, les forçant à s'enfoncer sous leurs maigres capes de fourrures et à se blottir les un contre les autres. Sandor aurait espéré profiter de l'obscurité pour profiter de la présence de la louve contre lui, mais celle-ci se retrouvait invariablement coincée entre Arya et Tomoe, tandis que lui restait stoïquement un peu à l'écart. Une fois il s'était même réveillé en se sentant observé, et il avait vu le regard gris de la gamine entrain de le fixer comme si elle le défiait de tenter quoi que ce soit.

En résumé, si le limier avait su que cette foutue virée avec la louve tournerait comme ça, il serait parti tout seul pour au moins pouvoir profiter de sa foutue tranquillité ! Comme si ce n'était pas suffisant, ce connard de prêtre rouge lui avait piqué son cheval et son or, le laissant sans un sous. Il ne comprenait pas que la louve ait accepté de donner également le sien, comment allaient-ils tenir jusqu'à Vivesaigues avec seulement deux miches de pains pour quatre? Ils avaient déjà mis quatre jours pour faire la moitié du trajet, et la gamine était tellement maigre qu'on aurait pu voir ses côtes si elle ne portait pas du cuir pardessus. S'il s'écoutait, il retournerait voir ses connards, et reprendrait ce qui leur appartenait. Par la force s'il le fallait. Même s'il ne le fallait pas d'ailleurs.

« On est déjà venu ici, déclara Arya en désignant du menton la colline qui leur faisait face. Noblecoeur qu'ils l'appellent.

_ On y sera en sécurité, confirma Tomoe.

_ Pas peur des fantômes? Se moqua Sandor avec un mélange de hargne et d'amusement.

_ Il n'y a qu'une drôle de naine, fit la gamine les lèvres pincées. Je n'ai peur de personne.

_ Tu as tords, rétorqua-t-il.

_ On passera la nuit ici, décréta Leana avant que Arya n'ait le temps de surenchérir. »

La louve passa devant eux, elle avait les yeux fixés vers l'horizon, et elle ne leur accorda pas un seul regard. Sandor grommela, mais en baissant la tête il aperçut l'expression perdue et blessée de la gamine. Le petit loup avait espéré retrouver sa famille, sauf que sa soeur semblait plus ressembler à un esprit qu'à un être humain. Et, même s'il mimait l'indifférence, il n'appréciait pas non plus d'être ignoré de la sorte. Pourtant, il la suivit tout de même jusqu'en haut de la colline, le chemin était escarpé, clairement impraticable avec des montures. Ils évitèrent plusieurs dizaines de souches énormes qui luisaient d'une lueur blanchâtre dans le début d'obscurité, Sandor les identifia comme les restes d'anciens Barrals. De grosses racines dépassaient de la terre, rendant leur progression encore plus laborieuse jusqu'à ce qu'ils atteignent le sommet. De là haut, ils avaient une bonne vision sur ce qui se passait tout aux alentours, au moins pourraient-ils dormir avec un peu plus de sûreté. Toujours dans le silence, chacun s'affairait à ses tâches : Arya rassemblait du bois pour ensuite en allumer un feu, la louve défaisait leurs fourrures et préparait les portions de nourritures tandis que Tomoe s'occupait de nettoyer la blessure de Sandor.

« Est-ce que ça brûle encore ? Demanda-t-elle en retirant les bandages souillés. »

Il se retient de la rabrouer comme il l'avait fait les premiers jours en confondant sa question avec de la sollicitude et de la pitié, quand il s'agissait uniquement d'une observation strictement médicale qui lui permettait de préparer ensuite les onguents nécessaires. Si ce bout de femme n'avait pas était là, il n'avait aucune idée d'à quoi ressemblerait son bras à l'heure qu'il était. Alors que maintenant, la douleur avait quasiment disparu, ainsi que les cloques ne laissant que des marques violettes et rosâtres là où la peau avait complètement fondue.

« Non, répondit-il tout de même plus rudement que nécessaire. Ça me démange.

_ C'est que c'est en bonne voie alors, déclara Tomoe. Peut être dans une semaine la peau aura repoussée. »

Sandor la regarda récupérer un pot dans son sac de cuir, elle en sortit une crème épaisse qu'elle appliqua généreusement sur toute la longueur de la brûlure. C'était toujours désagréable au début, puis il sentait une étrange fraîcheur venir engourdir son membre et lui donner un peu de répit. Tomoe s'appliquait à toujours avoir le nécessaire, et quand elle venait à manquer elle partait à la recherche de plantes diverses avec sa machette en main. Elle était indépendante, et ne semblait pas avoir froid aux yeux, même si elle s'abstenait de regarder trop longtemps son visage. De toute façon, il acceptait sa présence uniquement parce qu'il n'avait pas vraiment le choix, et car elle n'était pas chiante.

Ils se rassemblèrent autour du feu allumé par Arya, puis Leana distribua les derniers morceaux de pains qu'ils avaient conservé. Il leur faudrait essayer de chasser dès le lendemain, sinon ils allaient mourir de faim avant d'arriver à Vivesaigues. Soudain, alors qu'ils mangeaient en silence, la louve se redressa brusquement, et elle tira son épée en direction de l'obscurité.

« Tu n'as pas besoin de ce jouet, déclara une voix chevrotante.

_ Qui êtes-vous? Demanda la louve sans abaisser son arme tandis que Sandor attrapait la sienne.

_ Juste une vieille femme qui aurait bien besoin de réchauffer ses vieux os près de votre feu... »

L'inconnue approcha suffisamment pour qu'ils puissent apercevoir son visage grâce aux flammes, elle avait la peau ridée et de longs cheveux blancs, elle se tenait toute rabougrie sur un bâton noir. Elle ne semblait pas dangereuse mais Sandor n'était pas un bon samaritain, si elle avait froid elle n'avait qu'à s'allumer son propre feu.

« On la connaît, fit Arya avec une expression indécise. Elle n'est pas dangereuse.

_ Elle fais des rêves prophétiques, ajouta Tomoe. La Fraternité l'écoute.

_ On n'est pas aussi cons qu'eux, rétorqua durement Sandor. Les prophéties ce n'est que pour les trouillards et les fous.

_ Et vous n'êtes évidemment ni l'un ni l'autre, rétorqua la vieille sur le même ton.

_ Peu importe, coupa finalement Leana. Nous n'avons pas de nourriture, seulement de l'eau et notre feu. Nous les partagerons volontier avec vous.

_ Merci bien. »

Sandor jeta un regard furieux à la louve mais celle-ci l'esquiva et alla aider l'albinos à s'asseoir tandis qu'elle se plaignait des ses os qui la faisaient apparemment souffrir. Il avait envi de prendre ses affaires, et de quitter l'endroit sur l'heure mais une fois de plus il ne put pas se résoudre à laisser la louve ici. Elle était encore plus pâle qu'au début de leur voyage, et le manque de nourriture n'aidait pas. Il attendrait qu'elle soit parmis les siens, avant de séparer leur route une bonne fois pour toutes. Tu es mon loup, elle lui avait affirmé cela la première nuit qu'ils avaient passé après avoir quitté Port-Réal. Il s'était accroché à cette phrase durant les jours suivant, tentant d'étouffer ses doutes et incertitudes avec. Mais cela était impossible avec autant de distance entre eux.

« Comme l'a si bien dit la jeune cerf, je fais des rêves prophétiques. Les anciens dieux me les envoient, et je veux bien les partager avec vous pour du vin ou une chanson.

_ On a pas de vin, rétorqua Sandor.

_ Et une chanson ? »

Ils se regardèrent tous perplexe.

« C'était le truc de Sansa, se dédouana Arya.

_ Je n'ai jamais appris, expliqua Tomoe.

_ Ne me regardais pas comme ça, fit Leana en voyant tout les regards tournaient vers elle. Je pourrais tuer quelqu'un avec ma voix.

_ Pas de chanson alors, conclu la vieille.

_ Vous pouvez toujours passer la nuit ici, près du feu, lui assura la louve.

_ Merci bien jeune loup. »

La naine albinos pointa sa gueule froissée près des flammes, elle ferma les yeux un instant, laissant les autres dans leurs pensées.

« Je ne peux pas partager ce que me donne les dieux, mais je peux toujours vous offrir ce que je sais, déclara-t-elle finalement. Je pense que certains s'en doutent déjà mais, jeune loup, c'est bien un louveteau qui grandit dans ton ventre. »

Il y eut un silence choqué, tout le monde regardait la vieille en essayant de comprendre ses propos alambiqués, puis quand ils furent décryptés par tous, ce fut vers Leana que tout le monde se tourna. La louve semblait totalement figée, sa poitrine se soulevait rapidement mais elle ne dit rien pour la contredire. Sandor mit plus de temps que tout les autres pour comprendre la portée de ce qu'il venait d'entendre. Quand il le fit, la louve c'était déjà levée et avait quitté le camps pour s'enfoncer dans la nuit.

« Vous avez intérêt à pas vous foutre de notre gueule ! S'emporta-t-il en invectivant la naine.

_ Tu ne peux pas toujours détourner les yeux de la vérité, répliqua-t-elle simplement sans paraître effrayée une seule seconde par sa colère. »

Il jura, puis tourna les talons pour rejoindre la louve. Il se força à avancer sans réfléchir, car s'il prenait le temps de le faire il craignait de ne pas avoir le courage de continuer, et de s'enfuir lâchement. Mais, il ne pouvait pas faire ça, pas à elle, pas maintenant. Il la retrouva un peu plus loin, ils s'étaient suffisamment éloignés du campement pour qu'on ne puisse pas les entendre, et Sandor réalisa alors que c'était la première fois en presque une semaine qu'il se retrouvait seul avec elle. Il en profita pour l'observer discrètement : elle s'était assise sur une des nombreuses souches qui recouvraient la colline, son regard jaune luisait faiblement dans le noir, et elle avait passé ses deux bras autour de son ventre comme pour le protéger d'un danger invisible. Ce dernier détail lui fit l'effet d'un coup dans l'estomac quand il prit conscience de tout ce que cela impliquait. Elle avait un têtard dans le ventre, et selon toute vraisemblance c'était le sien aussi. Comment avait-il fait pour ne même pas songer une seule seconde que cela puisse se produire?

« Je ne savais pas que tu aimais observer les jeunes femmes à leur insue, ironisa Leana d'un ton badin.

_ Seulement toi, rétorqua-t-il en éprouvant un étrange soulagement en échangeant ce genre de propos ironiques avec elle comme ils en avaient eu l'habitude.

_ Les flatteries ne te mèneront nul part, plaisanta-t-elle avant de redevenir sérieuse. Je ne voulais pas t'imposer une telle responsabilité.

_ Tu savais ?

_ Pas exactement, soupira la louve, mais j'ai vu Lady Catelyn porter quatre de mes frères et soeurs. Je commençais à avoir des doutes, elle n'a fait que confirmer ce que je craignais. »

La louve semblait très différente d'ordinaire, elle semblait frêle et hésitante en trônant sur sa souche, comme si elle essayait de porter le poids du monde sur ses épaules. Sandor avait envie de la secouer durement pour qu'elle redevienne comme elle était, mais il n'osait pas s'approcher trop près. Il se rendit compte qu'il était maintenant intimidé par ce corps qu'il avait pourtant serré contre lui pendant plus d'un mois.

« Comment vais-je pouvoir m'occuper d'un enfant ? Déclara soudainement la louve la voix étranglée. Je n'arrive déjà pas à réunir ma propre meute... »

Et, avant qu'il n'ait eut le temps de comprendre ce qu'il se passait, il vit des larmes couler sur les joues de la louve, perlant à la lune. Incapable de la regarder souffrir ainsi, il réduisit la distance qui les séparait en deux enjambées puis la prit brusquement dans ses bras. Visiblement, c'était tout ce qu'elle attendait pour s'effondrer totalement contre lui.

« Je les ai regardés t'humilier, et te blesser, pleura-t-elle contre son cou, je ne mérite pas d'être avec toi, ni d'avoir cet enfant.

_ Ne dis pas de connerie ! Rétorqua durement Sandor en la serrant de toutes ses forces contre lui. Tu mérites tout ! Tu mérites d'être heureuse ! Mais je ne peux pas t'apporter ce bonheur… Je ne suis qu'un putain de chien malheureux et défiguré. Je ne peux pas être heureux. Je n'en ai putain pas le droit. »

Soudain, il sentit une violente douleur sur son front, et il regarda avec étonnement la louve se frotter le sien en faisant la grimace.

« Assez d'autoflagellation, maugréa-t-elle en se massant sa bosse naissante. Tu es mon loup, tu partageras et seras la source de mon bonheur, avec cet enfant à naître. Tu dois être là pour nous deux.

_ Comment peux-tu, hésita Sandor, comment peux-tu toujours me vouloir à tes côtés? Je suis toujours en colère, jaloux et vicieux.

_ Tu es aussi bon, doux et compréhensif, bien plus que tu ne le sais. Mais moi je le vois. Personne n'est parfait, je suis pleine de doutes aussi, je n'arrive pas à garder ma famille près de moi mais je continue toujours d'essayer. J'ai seulement besoin que tu sois avec moi.

_ Je serais avec toi, promit-il en enfouissant sa tête dans ses cheveux noirs. »

La louve passa ses bras autour de son cou et se serra davantage contre lui, elle posa ses lèvres contre sa peau et il sentit un long frisson le parcourir. Ils n'avaient pas été aussi proches depuis ce qui lui semblait une éternité, et le simple fait de la tenir ainsi lui donnait des idées peu convenables. En faite il n'avait aucune foutue idée de ce qui était convenable ou pas de faire avec une femme enceinte. D'ailleurs, elle n'était pas censée avoir un ventre rond pour porter un mioche ? Intrigué, il passa une main sur celui-ci tentant d'y déceler quoi que ce soit.

« Tu ne le sentiras pas bouger, déclara Leana depuis son cou, c'est encore trop tôt. »

Sandor retira vivement sa main comme si cela l'avait brûlé, ce qui eut le don de provoquer le rire de la louve.

« Tu n'es pas censée devenir grosse? Répliqua-t-il en essayant de la faire taire.

_ Bientôt, supposa la louve, je ne suis pas très portée sur ce genre de choses… »

Par contre, elle semblait bien déterminée à obtenir quelque chose d'autre puisqu'elle commença à l'embrasser avidement sur les lèvres réveillant l'excitation de Sandor. Il tenta de la juguler comme il pu, mais la louve semblait prendre un malin plaisir à le taquiner.

« Je suis enceinte, pas mourante, le rassura-t-elle en comprenant enfin d'où venait ses réticences. »

Sandor grogna face à son sourire mutin qui en disait long, et il le fit disparaître en l'embrassant passionnément, goûtant ses lèvres avec un plaisir presque insupportable. Il se rendait compte à quel point il était fou d'avoir songé à partir ne serait-ce qu'un seul instant ! Il se sentait revivre entre ses bras, son odeur lui donnait une nouvelle force, et toucher sa peau nue lui rendait son courage. Il était fait pour n'être qu'avec elle, il voulait la protéger et maintenant il voulait aussi protéger la vie qui grandissait en elle. Empli de cette foi, ils firent l'amour pour la première fois depuis trop longtemps, gouttant les voluptés de leurs corps avec un abandon totale.

Après, Sandor enveloppa la louve dans son manteau de fourrure, la protégeant du froid qui commençait à se faire durement sentir. Elle avait posé sa tête contre son torse, et elle s'était immédiatement endormie comme terrassée par la fatigue. Il était une nouvelle fois subjugué par ce qu'il ressentait en la voyant dormir avec lui, en arborant une telle confiance en lui. C'était quelque chose qu'il n'aurait jamais cru possible un jour dans sa vie, et le bonheur qu'il ressentait était presque trop pour lui. Une nouvelle fois, il fit courir sa main sur le ventre nu de la louve, remarquant enfin une légère courbe qui trahissait la présence d'un second être dans ce corps. Comment était-ce possible? Quelle magie permettait aux femmes de porter un être humain dans le monde? Et par quel sortilège était-il autorisé à être le père de l'un d'eux? Il avait l'impression que l'enfer dans lequel il avait été enfermé depuis qu'il était enfant était enfin entrain de disparaître. Mais le méritait-il seulement? Il n'avait rien fait pour être bon ou chevaleresque. Il n'avait fait que s'enivrer et tuer sous les ordres de personnes aussi viles que son frère.

Il comprit alors que c'était à son tour d'emmener un humain dans ce monde, avec la louve, il devrait l'élever pour en faire autre chose que son frère, en faire un être digne de vivre ici bas. Il ferait tout pour qu'il vive loin de la peur et de l'horreur comme lui, il se rendrait méritant de la confiance de la louve. Mais plus que cela, il voulait sincèrement que Leana soit heureuse, avec lui, et avec leur enfant. Il comprit qu'il l'aimait. Ce qu'il pensait être mort en lui, le réchauffait maintenant avec une force incroyable.

Avant même qu'il ne s'en rende compte, des larmes vinrent mouiller sa barbe et il les essuya avec stupeur. Qu'est-ce qui était entrain de lui arriver?! En même temps, une main douce vient caresser sa joue et il croisa le regard jaune de Leana qui le regardait avec une impression tellement douce que Sandor n'eut pas la force de lutter. Ils restèrent enlacés un long moment.

? ゚ミᄊ? ゚ミᄊ

Sandor et la louve rejoignirent le campement le lendemain matin, alors que le soleil se levait timidement à l'horizon. Il y avait une nouvelle confiance et force entre eux, qui donnaient l'impression de ne pas pouvoir être altérés par quoi que ce soit. Quand ils arrivèrent, la naine était déjà partie, et les deux filles étaient entrain de ranger leurs affaires. Arya lança un regard indéchiffrable dans leur direction tandis que Tomoe entraîna Leana à l'écart pour discuter. Il aurait bien aimé savoir ce dont elles parlaient, mais il n'en ressentait pas non plus un besoin insurmontable. Sauf que la gamine semblait encore plus vouloir l'étriper qu'avant.

« Si tu lui as fais du mal, gronda-t-elle dans sa direction.

_ Tu penses vraiment que ta foutue soeur laisserait quelqu'un la toucher sans son accord? Rétorqua-t-il avec un sourire torve. »

Sa réponse n'eût pas l'air de la rassurer, au contraire, mais elle n'ajouta rien.

« Apparement, la naine a dit que mère et Robb ne sont plus à Vivesaigues, mais en chemin pour les jumeaux, expliqua Arya quand Leana les eut rejoint.

_ Les jumeaux? S'étonna la louve.

_ Une histoire de noces, mais elle n'a pas voulu en dire plus, précisa Tomoe.

_ Où est-ce qu'on va alors? Demanda Sandor.

_ Je ne sais pas, reconnu Leana profondément soucieuse. Lady Catlyne vient de la maison Tully, normalement il devrait nous recevoir.

_ Normalement, souligna le limier renfrogné à l'idée de se coltiner des gens de la haute qui risqueraient des refuser de les recevoir. La gamine ne ressemble pas à un Stark accoutrée comme ça.

_ Je t'emmerde, rétorqua celle-ci mais elle ne fit que confirmer les dire de son détracteur.

_ En tant que pupille de Lord Eddard, j'ai déjà rencontré sa famille, continua Leana, ils devraient me reconnaître en tant que telle.

_ Mais s'ils ne le font pas? Insista Sandor.

_ Effectivement, je n'ai pas le nom Stark, ni même Snow. Rien ne dit qu'ils me feront confiance. On ne peut pas attendre de toute façon, affirma-t-elle. On part donc pour les Jumeaux. On peut toujours s'arrêter à Vivesaigues, on devrait y être en sécurité, et je saurais me montrer convaincante. Arya c'est à toi de voir ce que tu préfères.

_ Non, je veux retrouver Robb et mère, décréta la gamine.

_ Bien. Allons-y alors. »

Il ne leur fallut pas beaucoup de temps pour rassembler leurs maigres affaires, puis ils descendirent la colline en direction du Nord. La distance qui les séparait des Jumeaux était encore plus grande que celle pour se rendre à Vivesaigue, il leur faudrait facilement le double de temps. Heureusement, ils avaient la carte de Sandor pour se repérer, mais cela ne les aiderait pas à aller plus vite. D'ici à ce qu'ils y parviennent, Robb risquait d'avoir bougé à nouveau, seuls les dieux savaient où. C'était comme poursuivre une putain de souris; à l'échelle de tout le foutue territoire de Westeros. Sauf qu'ils n'avaient pas vraiment le choix, l'armée Lannister ravageait la région, et Winterfell avait été pris par les Fer-nés. La seule solution était de rejoindre Robb pour agrandir son armée. Clairement, ils avaient surtout besoin de chevaux, c'était le seul moyen d'espérer ratraper le stupide Roi du Nord. Il s'en ouvrit à la louve, mais celle-ci se contenta de lui dédier un sourire en coin.

Finalement, le soir-même ils arrivèrent dans une minuscule bourgade qui comptait à peine une dizaine de baraques branlantes. L'une d'elle avait l'air plus grande, et semblait la source d'une certaine activité, probablement une auberge en déduisit Sandor. Malheureusement, ils n'avaient rien pour se payer quoi que ce soit, et à moins de trouver de quoi manger dans les bois, ils allaient devoir se coucher le ventre vide. Ce ne serait pas la première fois pour lui, mais il était presque convaincu que ce n'était pas une bonne chose pour une femme enceinte. Mais la louve ne semblait pas particulièrement concernée, au contraire elle semblait même avoir repris des forces et ses yeux jaunes pétillaient avec malice.

« Sans or on nous laissera même pas rentrer, la prévient Sandor tandis qu'elle les guidait à l'intérieur de l'auberge.

_ Qui a dit que nous en avions pas? Répondit-elle avec petit sourire mutin.

_ Je veux de la viande, soupira Arya des étoiles dans les yeux.

_ S'il y en a, on en aura, lui promit Leana. »

Sandor se contenta de grogner face à leur insouciance, et il dévisagea méchamment tout les vauriens qui osèrent poser leurs sales yeux sur leur étrange bande. Ils s'installèrent à une table libre et passèrent commande. Sans étonnement, les réserves étaient au plus bas mais on leur servit de la bière et un lapin rachitique mais qui leur parut être le meilleur repas de leur vie.

« Je n'en crois pas un mot, rétorqua Leana les yeux plissés. On n'a mangé que du pain depuis une semaine et tu veux me faire croire que tu n'as pas faim?

_ J'ai assez mangé, reprit Sandor en feignant l'indifférence.

_ Je pense qu'il essaie de vous faire une faveur, déclara Tomoe l'air de rien.

_ Une faveur? S'étrangla Arya qui avalait sa nourriture comme si on risquait de la lui prendre d'un instant à l'autre.

_ Fermez vos gueules, aboya le limier énervé par leur comportement.

_ Aye aye. »

Sandor se renfrogna dans un mutisme agacé, et vexé d'avoir été refoulé dans ses bons sentiments. Il regarda la louve attraper la patte de lapin dans son assiette, elle en arracha deux beaux morceaux avec les dents sans le quitter du regard. Il se sentit rassuré de la voir prendre en compte sa demande, et il oublia momentanément qu'ils n'avaient pas d'argent pour payer.

« Deux chambres, et vous avez de quoi payer? Demanda la tavernière le regard suspicieux et mauvais.

_ Bien sûr, répondit Leana avec le sourire le plus convaincant que Sandor lui ait jamais vu. Vous avez des chevaux aussi?

_ Deux vieilles bêtes, elles ne vous porteront pas bien loin et vous coûteront bien cher, la prévient-elle.

_ Dites moi votre prix.

_ Trois cents cerfs.

_ Deux cents.

_ Deux cents cinquante.

_ Parfait, accepta Leana sous les yeux ébahis de Arya et Tomoe. »

La jeune femme passa une main dans son juste-au-corp et en ressortit une bourse bien remplie de laquelle elle tira la somme susnommée. La tavernière vérifia les pièces avec un air mauvais, mais son attitude changea totalement quand elle réalisa qu'elle avait des clients riches. Elle leur apporta une meilleure boisson, et des patates avant de leur assurer que leurs chambres étaient prêtes ainsi que les chevaux. Sandor alla vérifier l'état des bêtes avant de se rejoindre une des piaules.

« Ils tiennent plus de l'âne que du cheval, déclara-t-il à l'intention de Leana. Mais ils devraient pouvoir nous faire gagner du temps.

_ Bonne nouvelle, souffla celle-ci. »

Elle s'était assise sur une chaise, près de la fenêtre qui diffusait la lumière diaphane de la lune. Elle n'avait plus de haut, laissant ses seins nues, et elle tenait ses mains en coupe sous son ventre qui dessinait ainsi une belle courbe incurvée. Sandor resta sans mots pendant qu'il la contemplait.

« Sinon tu les sors d'où tes pièces? L'autre Dondarrion ne t'avais pas tout piqué?

_ Il a seulement pris la bourse que j'ai toujours à la ceinture, répondit-elle avec un sourire mutin.

_ Et ce que tu as sortis, ça venait d'où?

_ De mes cachettes… Tu veux les chercher? Lui proposa-t-elle le regard aguicheur. »