Sinead

Il régnait une profonde effervescence dans la capitale de Westeros, dans chaque ruelles les citadins s'activaient qui pour vendre qui pour acheter, tous dirigés dans l'intention de profiter au maximum de l'incroyable événement qui allait prendre lieu à côté de chez eux. Sinead n'échappait pas à l'agitation générale, sa boutique ordinairement peu visitée profitait d'un soudain regain de popularité au point où elle songea à la fermer pour pouvoir respirer ne serait-ce qu'une petite heure. Une foule de petits gens venaient acheter des fleurs, des parfums ou des potions aux vertues plus douteuseuses que ce soit pour paraître plus jolie, plus jeune, plus désirée… Les grands gens étaient aussi de la partie, même s'ils avaient des demandes plus spécifiques et onéreuses. Au moins, la jeune femme rousse ne pouvait pas se plaindre de l'état de sa caisse, celle-ci était remplie de pièces dorées.

Évidemment, elle n'en avait pas une réelle nécessité donc elle en reversait une bonne partie à son commis Gavroche qui avec le regain d'activité se retrouvait à courir dans toutes la ville pour récupérer ou livrer les diverses commandes. Ensuite, elle se gardait de quoi vivre sans soucis, et ce qui restait elle le versait à plusieurs familles dans le besoin du quartier de Culpucier. C'était égale à jeter une goutte d'eau dans la mer, mais cela lui permettait de garder bonne conscience. Elle ne courait pas après le luxe, et n'appréciait pas l'opulence, tout ce qu'elle voulait c'était accomplir son but. Et, l'évènement qui arrivait était synonyme d'une grande avancée dans cette direction. Le second avantage, qu'elle n'avouerait jamais devant des oreilles indiscrètes était que la deuxième inquiétude de Varys était passée au second plan. Sinead avait rangé ses vieux livres poussiéreux, oubliant avec un certain soulagement les recherches qu'il lui avait demandé de mener au sujet de son amie du Nord : Leana Snow. Elle n'avait aucune idée d'où elle se trouvait actuellement, ni même de si elle était en vie… Non, elle avait la conviction qu'elle vivait toujours. Simplement, elle regrettait parfois que leurs chemins respectifs ne se soient pas entremêlés plus longtemps.

« Allons bon que ce passe-t-il, s'agaca un client aux poches bien remplies, est-ce que vous m'entendez? C'est un scandale d'être traité ainsi !

_ Voici votre commande, réagit finalement Sinead en reprenant contact avec la réalité. »

Elle lui fourra sa besace dans les mains avec le moins de bonne volonté possible, et ignora les quelques piécettes qu'il laissa tomber de mauvaise grâce sur le comptoire entre eux. En le regardant partir, elle aperçut un nouveau client au visage encapuchonné mais dont elle reconnaissait la silhouette.

« Gavroche, appela Sinead, prends cet argent, va me récupérer la commande au port et prends toi quelque chose à manger sur le retour.

_ Bien m'dame ! »

Le jeune garçon avait repris du poil de la bête depuis qu'elle le connaissait, était-ce le fait d'avoir accès à de la nourriture ? En tout cas, il avait prit plusieurs centimètre depuis le début de leur collaboration, et son profil n'était plus mince et inquiétant mais plutôt élancé et énergétique. Sinead le regarda partir avec une certaine affection dans le regard, même si elle savait que ce n'était pas bon d'ainsi former des liens avec des personnes dans son cas, elle ne pouvait plus se passer de Gavroche. Il était comme un petit frère pour elle.

« Que puis-je pour vous? Demanda finalement Sinead en s'intéressant au nouveau ou plutôt à la nouvelle venue dans sa boutique.

_ J'aimerais vous reprendre de ce fameux parfum, souffla une voix douce et chaude. »

Sinead inclina la tête, elle dépassa la cliente pour venir fermer la porte d'entrée puis elle vérifia les fenêtres avant de tirer les rideaux.

« Alors quelles nouvelles m'apportez vous? Demanda la rousse en dardant son regard émeraude sur le visage d'une beauté fine de son interlocutrice.

_ Ma grand-mère a fini ses préparatifs, avoua Margaery avec un petit sourire carnassier qui lui donnait une allure plus dangereuse.

_ C'est une bonne chose, affirma la plus âgée. Est-elle sur que cela va fonctionner?

_ Ma grand-mère ne se trompe jamais, affirma la Tyrell.

_ Et qui portera le chapeau ? S'enquit Sinead.

_ Est-ce vraiment important de le savoir?

_ Non, reconnu la rousse de mauvaise grâce. Mais nous devons nous assurer que la jeune Stark ne quitte pas Port-Real.

_ Je vous ai dit tout ce que je sais, c'est à vous de remplir votre part du marché. »

Margaery avait beau sembler incisive, pourtant elle était entièrement dans le vrai. Depuis que le mariage de Lady Tyrell et le Roi des sept couronnes avait été annoncé, plusieurs manigances avaient été lancées. Et Sinead se retrouvait au coeur de celles-ci, heureusement mise au courant grâce aux petits oiseaux de Varys. Ils avaient leur propre intérêt en jeu, mais l'intervention de Margaery leur donnait une nouvelle carte à abattre. Et, depuis le temps, elle avait appris à la connaître, jusqu'à pouvoir avoir au moins confiance en l'amitié sincère qu'elle portait à Sansa. Alors qu'elle même était forcée à passer outre les liens qui l'unissaient à la jeune Stark.

« Des dispositions ont été prises de mon côté, exposa Sinead. Sansa Stark ne quittera pas Port Real. Mais vous devez tenir vos engagements.

_ N'ayez crainte, je veillerai personnellement sur elle.

_ Bien. Prenons garde à ne pas nous revoir à partir de maintenant.

_ Ce serait effectivement plus sage, acquiesça Margaery. »

La plus jeune esquissa un léger sourire et tendit un flacon vide à la vendeuse qui s'empressa d'aller le remplir avec ce qu'il fallait. Une fois l'objet rendu, les deux jeunes femmes se quittèrent. Sinead laissa la boutique fermée le temps de regarder ce qu'elle venait d'obtenir : dans sa main se trouvait un petit bout de papier qui avait été minutieusement plié pour être passé discrètement. Elle le déroula, elle fit claquer sa langue avec satisfaction à la fin de sa lecture : enfin l'information qu'il lui fallait !

? ゚ヘタ? ゚ヘツ

La première partie du mariage eut lieu dans le Grand Septuaire de Baelor, seuls les deux familles concernées et des personnes choisies à la taille de leur bourse et de leur influence. Evidemment, le peuple n'était pas convié non plus au banquet qui fut donné en suivant, même si un plus grands nombres d'invités y était présent. Tout de même, toute la ville était en fête, et chacun put profiter des retombées d'une telle abondance de richesse. Les Tyrell firent distribuer de la nourriture dans les différents quartiers en demandant uniquement aux gens lever leurs verres pour les nouveaux mariés.

Sinead observait tout cela de l'intérieur. Enfin, aujourd'hui elle allait par le nom de Sophia, servant le vin aux invités du banquet comme la serveuse qu'elle était. Elle s'était teint les cheveux avec un mélange d'herbes pour assombrir ses mèches, et elle les portait en tresses hautes. Peu de personnes la connaissaient, et si certains se souvenaient de la Sinead venue avec les Stark, ils ne risquaient pas de la reconnaître ainsi. Elle versait le liquide pourpre dans les coupelles vides, esquivant l'attention générale et essayant de garder un oeil sur les évènements qui se déroulaient dans l'ombre.

Les mariés et leur famille occupaient la place d'honneur, sur une estrade, à l'abri sous une tonnelle. Margaery était rayonnante dans sa robe qui devait facilement valoir le prix de plusieurs années de nourriture tandis que Joffrey était toujours aussi plein de suffisance. Sinead était plutôt impressionnée que son règne ait duré aussi longtemps, mais c'était sûrement l'oeuvre de sa mère, la reine régente. Celle-ci veillait farouchement sur son fils, avec autant de méfiance et de férocité qu'une lionne. Plus loin se trouvait un second couple : Tyrion Lannister et Sansa Stark, même si maintenant elle devait plutôt se faire appeler Sansa Lannister. Pourtant des rumeurs affirmaient que le mariage n'avait pas été consommé, ainsi la jeune nordienne pouvait encore conserver son nom de jeune fille. Elle semblait fatiguée de ce que pouvait en voir Sinead, mais son nouveau mari semblait sincèrement se soucier de son bien être. Sinead éprouvait une certaine sympathie pour le nain, mais elle ne pouvait malheureusement pas se laisser aller à cause de ses sentiments amicaux.

Plusieurs festivités furent données, le plus souvent absurdes et humiliantes pour ceux que Joffrey choisissait de rabaisser. Sophia se contentait de remplir son rôle, son regard attentif courait principalement sur les membres de la famille Tyrell. Elle vit Olenna s'entretenir avec Sansa, touchant nonchalamment le collier de celle-ci. C'était donc ça, songea Sinead. Les deux parentes se croisèrent ensuite, puis tout arriva sans que personne n'y prête réellement attention. Entre la comédie du Roi, l'aveuglement de Tyrion qui refusait de se laisser humilier, tout se déroula exactement comme c'était prévu.

L'étonnement fut générale quand le Roi Joffrey s'affaissa brusquement, sa mère et sa nouvelle femme se jetant à ses côtés. Tous étaient paralysés, sauf ceux qui savaient ce qui se passait réellement et dont faisait partie Sinead. La jeune femme s'élança rapidement en direction de Sansa qu'elle voyait quitter les lieux. Heureusement, elle la rattrapa avant qu'elle ne parte.

« Reste ici, ordonna-t-elle rapidement.

_ Qui êtes v…., la question mourut dans la bouche de la rousse. Mais je….

_ Faites moi confiance. »

Au même instant, Margaery qui avait été repoussée par la Reine Régente vient s'effondrer dans les bras de Sansa sanglotant dramatiquement en s'agrippant désespérément à la robe de la Stark. Ce qu'elle ne remarqua pas ce fut le geste rapide de la Tyrell qui lui retira son collier et le fit rapidement passer à Sinead. Satisfaite, cette dernière le dissimula dans sa tunique avant de quitter précipitamment les lieux sans répondre aux questions pressantes de Sansa.

Sinead n'avait aucune chance de savoir ce qui allait exactement se produire après cela, mais elle devait placer sa confiance dans les mains de Margaery. Maintenant, elle devait accomplir sa propre mission. Elle se rendit aux bois sacrés tandis que les cloches sonnaient pour annoncer la mort du Roi des Sept Couronnes. Elle trouva là-bas une tenue discrète et rabattit le capuchon sur sa tête.

« Vous n'êtes pas elle, s'exclama une voix aiguë derrière elle. Qui êtes-vous?!

_ Reste tranquille, ordonna Sinead d'un ton glacial en sortant une dague de sous sa cape. Emmène-moi où tu devais l'emmener ou sinon tu tâteras de ma lame empoisonnée.

_ Vous êtes folle ! S'indigna le bouffon qu'elle avait aperçut durant le banquet.»

Comment était-il venu à fréquenter Sansa, était une question dont Sinead ignorait la réponse. Surtout, il était hors de question qu'elle se laisse intimider par un petit homme rond aux joues rougies par l'excès d'alcool.

« Justement, vous devriez me craindre encore davantage, susurra Sinead en appuyant la pointe de son épée à travers le pourpoint multicolors de son interlocuteur. »

Celui-ci poussa un glapissement terrifié en sursautant.

« Je vais vous emmener ! Mais gardez cette arme loin de moi ! »

Sinead laissa échapper un reniflement dédaigneux et elle laissa un léger espace entre le bouffon et son arme, de quoi lui donner suffisamment de liberté de mouvement sans lui donner le loisir de s'échapper. Sans grand étonnement, il la conduisit jusqu'à une baie de la Néra où semblait attendre une barque. La journée avait déjà commencé à décliner, et dans l'obscurité grandissante Sinead aperçut un plus grand navire au loin. Dès qu'elle vit une silhouette devant eux, elle poussa le bouffon sans ménagement aux pieds de l'inconnu, le laissant s'y affaler brusquement.

« Vous n'êtes pas celle que j'attendais, affirma une voix qui lui sembla reconnaître de part son intonation volontairement détâchée et mielleuse.

_ Je ne le suis pas effectivement, reconnu Sinead sans toutefois retirer sa capuche. Elle ne viendra pas. Faites vous une raison et partez d'ici tant que vous le pouvez.

_ Qui es-tu pour penser pouvoir me menacer moi? »

Le ton s'était fait plus dur et inquiétant tandis que la silhouette s'approchait suffisament pour que Sinead reconnaisse le Lord Baelish. Un frisson désagréable la parcourut à la vision de ce visage placide et indolent qui cachait un de leur plus grand ennemi à la cour. Pourtant, elle prit sur elle de ne pas se laisser impressionner, leur mission devait être menée à bien à tout prix.

« Je ne suis personne, répondit-elle avec effronterie. Contrairement à vous. La ville fourmille déjà de soldats à la recherche de quelqu'un à accuser pour la mort du Roi. Que penseront-ils s'ils vous voient prêt à partir si vite?

_ Tu joues un jeu dangereux jeune fille, dont tu ne comprends pas les règles, la menaça durement Baelish qui ne semblait pas apprécier le revirement de situation.

_ Je n'ai pas besoin de les connaître, rétorqua Sinead en faisant briller son épée. Je suis armée, et vous êtes pressé.

_ Nous nous rencontrerons à nouveau, promit avec un sourire plein de promesses inquiétantes.

_ Je n'en doute pas. »

Sinead resta plantée, son arme à la main jusqu'à ce que la barque ait rejoint le bâteau principale avec les deux hommes à son bord. Alors qu'elle se résignait à faire demi-tour, il lui sembla entendre le bruit de quelque chose tombant à l'eau mais elle était trop loin pour s'assurer qu'elle n'ait pas rêvé.

Ce soir-là, quand Sinead regagna son lit, elle réalisa que son temps à Port-Real touchait à sa fin. Elle voyait encore le visage dérangeant de Baelish en s'endormant. Cet homme est une menace, songea-t-elle en sombrant dans le sommeil, il faudra que je le tue.

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Quelques jours plus tard, Sinead partageait une tasse de thé fumant avec un homme à l'allure pouilleuse et aux vêtements douteux.

«Alors quelle est la situation au palais? Demanda la botaniste en grignotant un biscuit à l'amande.

_ La reine est persuadée de la culpabilité du Lord Tyrion Lannister et de la Lady Sansa Stark, expliqua le pouilleux. Mais la seconde est cloîtrée dans les appartements de Margaery Tyrell la seule solution pour l'en sortir serait d'y envoyer la garde dorée mais cela reviendrait à déclarer la guerre à Hautjardin.

_ Ce que personne ne veut évidemment, calcula Sinead.

_ Évidemment, reprit son interlocuteur. La haine que vous la Reine Cersei à son jeune nain de frère n'est pas nouvelle. La mort de son fils est tout ce qu'il lui fallait pour s'en débarrasser définitivement.

_ Peut-il s'en sortir?

_ Personne ne prendrait le risque de se mettre la Reine à dos. Le duel juridique a eu lieu dans la matinée, et Lord Martell a été tué par Ser Clegane. Maintenant, plus rien ne se tient entre le lutin et sa fin certaine.

_ C'est regrettable, soupira Sinead. »

Elle vit le regard réprobateur de son interlocuteur, et elle en ressentit un profondément agacement. C'était facile pour lui de se comporter comme s'il était un être au-dessus des bassesses humaines. Sauf que elle ne parvenait pas à s'en détacher encore complètement. Elle ressentait des émotions, des sentiments à différents degrés pour différentes personnes, et elle pouvait aussi sentir des regrets dans sa poitrine. Ce qui ne serait sûrement jamais le cas de Lord Varys, l'araignée. Ils s'étaient servis de Tyrion pour le désigner responsable d'un crime qu'ils avaient ourdi sans l'en avertir, et maintenant il allait certainement être tué.

« Tu dois choisir pour qui ta loyauté va, rappela-t-il durement.

_ Je sais très bien où elle va, assura Sinead en touchant ses cheveux avec certitude. Je n'aime seulement pas nos méthodes pour y parvenir.

_ Si nous ne le faisons pas, personne ne le fera. Des sacrifices sont nécessaires.

_ Mais les choix restent les nôtres. J'ai seulement besoin de me faire à l'idée de vivre avec le reste de ma vie.

_ Réfléchis-y vite, car maintenant il est trop tard pour reculer. Notre seule chance est de continuer à avancer sans regarder en arrière.

_ J'en ai bien conscience, affirma Sinead avec un regard amère. »

Le reste de la conversation s'éternisa sur des sujets moins tendus comme le vin des cités libres, et du prix de celui-ci. Varys semblait très intéressé à l'idée d'en acquérir un tonnelet, et Sinead se fit un plaisir de s'étendre sur les solutions qu'elle pouvait lui proposer.

Quand ils se quittèrent ce soir-là, la jeune femme se doutait fermement que ses derniers jours à Port-Real étaient bels et bien comptés. Seulement elle qui était toujours allée de l'avant sans regarder en arrière justement, se demandait maintenant les conséquences que cela aurait. En quittant le Nord, la famille Stark avait connu une chute prodigieuse et ses membres étaient encore en danger. Si elle quittait le Sud que se passerait-il? Qui allait protéger Sansa? Et si Leana essayait de la rejoindre mais qu'elle n'était plus là? Tant de questions auxquelles aucune réponse parfaite n'existait.

Finalement, Sinead se glissa au lit avec comme livre de chevet le volume que lui avait confié Lord Varys quelques temps avant. Elle ne l'avait volontairement pas fini, retardant les révélations qu'il pourrait bien lui faire, et qu'elle n'était pas sûr de vouloir. Seulement, maintenant elle n'avait plus d'autres choix, alors autant faire les siens en connaissances de causes. Cette nuit-là elle ne ferma pas l'oeil avant que les rayons du soleil ne viennent éclairer sa chambre.

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Port-Real ne semblait pas se remettre de l'effervescence qui avait suivit la mort du Roi et de l'arrestation de son supposé meurtrier. Même les petits gens allaient de leur supposition et de leurs petits mots pour qualifier ce qui arrivait. Alors que tous étaient bien soulagés de ne plus avoir ce souverain terrifiant au-dessus d'eux, sauf que la Reine régente était encore moins aimable. Finalement, ceux qui payent toujours le prix des erreurs des riches, ceux sont les pauvres gens. Enfin, c'était ce que pensait Sinead en regardant les pauvres passer devant elle dans la rue de Culpucier où se trouvait sa boutique. Le manque de nourriture avait légèrement diminué avec l'arrivée des Tyrells, mais l'animosité qui existait entre eux et la Reine Cersei rendait chaque jour plus incertain que le précédent.

Alors qu'elle allait se résoudre à rentrer dans sa boutique, un mendiant s'approcha suprepticement d'elle, posant sa grosse patte sur son bras pour la retenir inextremis. Sinead retient un brusque mouvement pour se dégager, et des paroles enflammées car il parla avant elle :

« C'est le moment. »

Le sang dans les veines de Sinead se figea comme s'il s'était changé en glace, heureusement le mendiant ne semblait pas attendre de réponse et il s'éloigna rapidement. Il fallut de longues secondes à la jeune femme pour revenir de sa tétanie. Tout ce qu'elle avait fait jusque là n'avait pas réussi à la déstabiliser, mais maintenant elle allait se retrouver sur le devant de la scène. Ce qui l'emplissait d'émotions très contradictoires : à la fois de l'inquiétude, de l'appréhension mais aussi de l'excitation et du soulagement.

Mais, avant de pouvoir avancer dans le plan, elle voulait d'abords conclure tout ce qu'elle avait commencé ici. Terminer une page, avant d'en commencer une nouvelle en somme. Sinead était donc entrain de ranger sa boutique, triant ce qui pourrait être vendu et ce qui pourrait continuer à pousser sans son aide; quand Gavroche fit son entrée.

« Bonjour m'dame. Tu voulais m'voir? Demanda-t-il en fixant ses yeux marrons sur elle.

_ Oui Gavroche, acquiesça Sinead. Comment vas ta famille? »

En plus de sa mère, elle savait que le gamin avait également deux plus jeunes soeurs qui étaient nées en même temps : des jumelles. Ce genre de naissance était difficile, mais leur génitrice avait miraculeusement survécue, pour se retrouver confrontée à devoir nourrir deux bouches de plus au lieu d'une. Heureusement pour eux, Sinead avait augmenté la paye qu'elle donnait à Gavroche pour s'assurer que sa famille puisse vivre dignement, mais en prenant soin qu'ils ne puissent pas non plus attirer la convoitise des autres habitants du quartier. Elle avait déjà vu ce que cela pouvait donner une fois, maintenant elle était plus précautionneuse.

« Les morveuses sont en formes, avoua Gavroche visiblement pas très satisfait de cette situation, et maman est moins fatiguée.

_ C'est bien, assura Sinead rassurée par ce qu'elle entendait. »

Soudain, elle se mit à hésiter. Elle avait prévu de révéler son départ à son jeune commis, sauf qu'elle venait de se demander si cela ne serait pas plus simple de disparaître sans un mot. Au moins ses ennemis auraient plus de mal à la retrouver, et ils ne pourraient rien tirer de Gavroche même s'ils essayaient. Sinead secoua sa tête pour remettre de l'ordre dans ses idées : elle n'était pas comme ça. Même si elle poursuivait le même but que Varys, elle faisait les choses à sa manière, un point c'est tout.

« Gavroche, je vais bientôt partir. Demain soir au plus tard, précisa-t-elle en dardant un regard mortellement sérieux sur le gamin. »

Celui-ci sembla un instant plutôt perdu et déstabilisé, mais il prit sur lui pour essayer de dissimuler son désaroie. Ce qui fit penser à Sinead que ce garçon pourrait aller loin en grandissant : il était débrouillard, vif et il savait s'adapter rapidement aux situations qu'on lui présentait.

« Tu ne me diras pas où tu vas, grommela-t-il avec une lucidité toute à son honneur. J'peux savoir pourquoi n'empêche?

_ J'ai quelque chose à accomplir, avoua Sinead en plissant les yeux. »

Il était peu probable que Gavroche comprenne ses réelles motivations malgré sa vivacité d'esprit, sa condition de naissance ne lui permettait pas de ne serait-ce qu'imaginer ce qui se tramait dans les ombres du jeu des trônes. Sinead soupira face à l'expression renfrognée du gamin qui semblait avoir sentit son manque de confiance en lui. Il était encore jeune, et dépendant de ce que les autres lui donnaient. Il était peut-être temps qu'elle le libère de ses chaînes pour qu'il apprenne à voler de ses propres ailes.

« Je ne reviendrai pas Gavroche. Ou en tout cas je ne serais plus la Sinead qui tient une boutique de fleurs et de potions, expliqua-t-elle sans émotions. Tu ne pourras plus compter sur moi pour gagner ton pain ni pour prendre soin de ta famille.

_ J'le faisais d'jà avant qu't'arrives, se braqua-t-il complètement.

_ Effectivement. Mais les temps ne vont que se durcir. L'hiver arrive, bientôt la neige recouvrira aussi Port-Real et personne ne se préoccupera de savoir si les habitants sont en sécurité. Tu devras prendre soin de ta famille malgré tout. Si tu ne sais pas où aller…, Sinead sortit une petite clef de sa tunique et la tendit à Gavroche, je te la donne, tu trouveras de quoi t'aider ici. »

Le gamin prit la clef entre ses doigts agiles et la regarda un instant avec un air pensif.

« Je vais garder ça, affirma-t-il finalement, mais t'viendras la chercher, j'attendrais ! »

Sinead commença à ouvrir la bouche pour s'exclamer mais Gavroche avait déjà filé par la porte d'entrée. La jeune femme secoua la tête, consternée par ces adieux tout à fait inattendus. Tout en reprenant son rangement, elle songea à la dernière personne à qui elle souhaitait dire au revoir ici : Sansa. Et elle connaissait justement quelqu'un qui pourrait lui permettre de la rencontrer une dernière fois.

Évidemment, tout plan mûrement réfléchis se passait la nuit. Sinead avait quitté sa boutique sans un regard en arrière : elle avait aimé jouer à la botaniste, mais maintenant un plus grand rôle l'attendait. Elle se faufila dans le château avec l'aide de Varys dont les connaissances étaient de plus en plus inquiétantes à mesure qu'elle s'en rendait compte. L'eunuque lui indiqua un chemin à suivre pour se rendre dans les appartements de la benjamine Tyrell, où se trouvait normalement l'héritière Stark. Sinead évolua dans les raccourcis ténébreux et poussiéreux en tenant sa lampe vaille que vaille devant elle, la moindre erreur sur son itinéraire et elle était sur de passer le restant de ses jours ici. Car elle était certaine que Varys ne l'attendrait pas. Elle n'était qu'un pion sur l'échiquier, par la pièce maîtresse, mais c'était la réalité pour tous, même pour lui.

La jeune femme arriva finalement contre un mur d'où filtrait des bruits et des paroles, il lui suffisait également de coller son visage contre la pierre froide pour pouvoir apercevoir ce qui se passait de l'autre côté de la paroie. Sinead s'y appliqua pendant une brève seconde avant de brusquement reculer, les joues rougissantes. Elle n'a pas besoin de moi finalement, songea-t-elle avec un certain soulagement. Et, Sinead s'en fut alors sans demander son reste.

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« Vos adieux ont été plus courts que les nôtres, fit remarquer Varys en apercevant Sinead déjà sur le bâteau.

_ Ma présence n'était finalement pas requise, répondit-t-elle évasivement. Comment vous sentez-vous maintenant que vous êtes libre maître nain?

_ J'ai besoin d'un verre, répliqua celui-ci visiblement de méchante humeur. De plusieurs même ! »

Il s'éloigna en clopinant rapidement sur ses jambes torses tandis que Varys lui lançait un regard équivoque : visiblement le départ du Donjon Rouge ne s'était pas déroulé aussi paisiblement que prévu. Les deux complices se placèrent face à Port-Real tandis que leur bateau s'éloignait, chacun songeant à leurs propres secrètes pensées sans les partager.

Au revoir Port-Real, fit mentalement Sinead, bonjour les cités libres !