Sinead
Elle entendit un cri déchirant dans la nuit. Il était si fort qu'elle eut l'impression que le son la traversait pour venir la poignarder dans le coeur. L'affolement qui la saisit fut tel qu'elle resta tétanisée dans son lit, incapable de bouger ni même de respirer. Soudain, le plancher devant sa chambre grinça et ses doigts furent pris d'un tremblement incontrôlable. Elle tentait de se souvenir de ce que sa mère lui avait dit mais tout ce qui lui venait à l'esprit c'était que la femme qui avait crié, c'était sa maman. Et que maintenant elle ne l'entendait plus. Un sanglot désespéré lui échappa, elle plaqua ses mains sur sa bouche et se recroquevilla en fermant les yeux. Peut-être que si elle priait assez fort, tout disparaîtrait.
Un pied entra dans son champs de vision, et elle réprima un sursaut de peur. Elle était acculée entre le mur derrière elle, le lit au-dessus et l'inconnu qu'elle devinait se tenir au milieu de sa chambre. Elle vit une longue épée de laquelle un liquide épais goûtait lentement. Elle ne voulait pas y penser, mais l'objet était si près d'elle qu'elle pouvait en sentir l'odeur désagréable de rouille.
« Je sais que tu es là gamine, déclara une voix amusée. Ne me fais pas attendre sinon je vais me mettre en colère…»
La menace dans sa voix accentua encore un peu plus sa peur, elle était totalement terrifiée. Elle se sentit suffoquer, incapable de réfléchir correctement. Elle poussa un bref hurlement quand elle sentit une main se refermer sur sa cheville. On la tira brutalement et elle se cogna la tête contre son lit.
« Tellement prévisible, se moqua le brigand qui la dévisageait avec des yeux dont elle ne reconnaissait pas l'éclat. On m'a demandé de te tuer, mais je n'ai pas envie de me presser…»
Il la porta par le pied jusque dans le grand salon de leur maison. Les lampes étaient encore allumées et illuminaient le carnage qui régnait partout. Il y avait du rouge sur les murs, sur les sols…. Et au milieu…
« Maman! Hurla-t-elle. »
Elle se débattit tellement fort qu'elle réussit à se défaire de l'emprise du vaurien, et elle se précipita contre sa mère. Mais celle-ci ne réagit pas à ses appels ni quand elle la bougea doucement. Des larmes coulèrent sur ses joues. Elle se pressa contre la poitrine de sa maman et ferma les yeux.
« Sale petite peste, gronda l'autre. »
Soudain, il y eut un bruit moue mais elle ne sentit pas de douleur.
« Je n'aime pas me salir les mains d'ordinaire, mais il faut parfois savoir revoir ses principes. Allons jeune fille, je vais t'aider. »
Elle leva ses grands yeux émeraudes sur cet étrange homme qu'elle n'avait jamais vu. Pourtant, elle ne ressentit venant de lui qu'une profonde compassion.
? ゚ヘテ? ゚ヘテ
Les paupières de Sinead se soulevèrent paresseusement. La douleur lancinante qu'elle avait ressentie en quittant Westeros avait fini par s'atténuer pour être remplacée par des souvenirs moins agréables. Cela faisait pourtant une éternité qu'elle n'avait pas pensé à sa vie d'avant. Comment tout avait-il pu changer aussi drastiquement en l'espace de quelques minutes ? A l'époque, elle était bien trop jeune pour réaliser tout ce qui se passait autour d'elle, et en grandissant elle s'était découvert une volonté implacable de survivre et de réussir le but qu'elle s'était fixée. Ce n'était pas la vengeance qu'elle recherchait, cela faisait longtemps qu'elle avait passé cette phase, non elle cherchait quelque chose de plus perenne.
Dans tous les cas, Sinead se sentait incroyablement détendue maintenant qu'elle se trouvait à Esos, malgré ses cauchemars d'antan et son mal du pays. Après tout, elle avait déjà vécu ici, précisément dans cette maison de Pentos. La jeune femme était assez étonnée de voir que ses souvenirs étaient précis quant à ce lieu, alors qu'elle n'y avait passé qu'un peu plus de deux années. Le temps que le maître des lieux et son compère décident ce qu'ils allaient faire d'elle. En parlant de celui-ci, Sinead aperçu un homme dont le ventre proéminent semblait vouloir partir sans son propriétaire, elle se leva souplement de son siège.
« Maître Mopatis, fit-elle avec suffisamment de déférence pour être polie.
_ Allons allons, répondit le gros homme débonnaire, il n'y a nul besoin de cela entre nous ma petite Sinead. »
La petite Sinead crissa des dents en s'entendant appeler ainsi, c'était totalement avilissant mais elle se força à sourire tout de même. Elle allait devoir apprendre à ranger son égo dans sa poche et à l'y oublier pendant un bon moment maintenant qu'elle était ici, loin de tous ses amis.
« Alors comment te sens-tu ici? Lui demanda-t-il avec un sourire qui dévoila l'état gâté de ses dents.
_ Bien, avoua Sinead qui ne voyait aucune raison de le cacher. La température a toujours été plus agréable à Esos.
_ J'imagine bien qu'après avoir passé plus de dix ans dans le Nord de Westeros, tout doit paraître plus doux…
_ C'est un fait, assura-t-elle en se demandant quand est-ce qu'il allait se décider à lui avouer ce qu'il avait en tête pour elle.
_ Comment se porte notre nouvel ami?
_ Il fait honneur au vin locale.
_ Ce n'est pas d'un ivrogne que nous avons besoin, fit-il remarquer. Il doit ouvrir les yeux sur la situation du royaume des sept.
_ Je vais voir ce que je peux faire.
_ Ce serait bienvenu. »
Sinead attendit que Illyrios soit parti pour laisser échapper un petit soupire, qu'il était dommage qu'elle ne soit plus une petite fille innocente ! Maintenant qu'elle avait goûté aux intrigues des cours de Westeros, elle avait l'impression que tous ceux qui l'entouraient complotauent constamment et n'étaient jamais vrai. C'était épuisant de toujours devoir réfléchir aux véritables intentions de ses interlocuteurs. Même s'ils poursuivaient tous les trois le même but, Varys, Illyrios et elle, Sinead n'était pas sur qu'ils envisageaient tous les même conséquences à leurs manoeuvres.
La jeune femme déambula paisiblement dans les jardins, les plantes étaient foison, il en grimpait de tous les côtés, embaumant l'air de leur parfum. Négligemment elle s'amusa à nommer mentalement toutes celles qui pouvaient tuer, et celles qui avaient des propriétés plus… intéressantes. Est-ce que Illyrios avait une idée du trésor herboristique qu'il avait? C'était bien possible. Finalement, elle trouva le nouvel invité près d'un muret où poussaient des petits champignons rabougris qu'elle reconnut immédiatement.
« Si c'est une façon de vous donner la mort, je pourrais vous faire des potions plus agréables que de manger ces champignons, déclara Sinead sans laisser paraître le moindre jugement dans sa voix.
_ Je suis soulagé de voir que mon bien-être vous tient tant à coeur, rétorqua Tyrion avec trop de rancoeur pour être uniquement de l'ironie. »
Le nain avait les yeux injectés de sang, signe de son abus régulier de l'alcool depuis qu'ils avaient quitté Westeros. Les nouvelles étaient arrivées après qu'ils aient atteint Esos : Lord Tywin Lannister avait été retrouvé tué dans ses latrines…. Ainsi qu'une prostituée que le dernier né Lannister semblait avoir fréquentée. Il n'avait pas fallu longtemps à Sinead pour additionner les différents évènements à l'humeur et l'état déplorable de leur compagnon de voyage. Celui-ci après avoir été accusé, à tort, de l'assassinat de son neveu, avait dû fuir son pays sans oublier de tuer au passage son père et probablement un femme pour qui il avait une certaine affection. Et, elle était suffisamment maline pour se douter que ce n'était que la surface du probable, naître nain dans les bas fonds d'une ville pouvait être terrible, mais naître nain dans une famille noble, cela devait devenir un enfer constant. Pourtant, quand elle l'avait rencontré à Port-Real, elle avait rapidement été conquise par sa vivacité d'esprit, ses talents d'orateurs, et même son empathie dissimulée sous une bonne couche d'ironie et de sarcasmes. Il avait réussi à faire de son nanisme une force, et elle en était sincèrement admirative. Pourtant, elle ne comptait avoir aucune pitié pour l'ombre qui se tenait devant elle, il était devenu un petit être plein de regrets et de remords qui se cachait derrière des excuses pour justifier son incertitude et sa tristesse insondable. Il avait peut-être perdu foi en tout ce qu'il croyait, mais ce n'était pas une raison pour gâcher ainsi son potentiel. Et même sa vie en générale.
« Je ne me préoccupe pas des personnes qui ont déjà abandonné, répliqua simplement Sinead en croisant les bras d'un air entendu.
_ Je n'ai pas abandonné, démenti Tyrion tandis que sa bouche se tordait involontairement. J'ai seulement pensé que cela pourrait être…. utile.
_ Je ne vois pas qui vous voudriez tuer ici à Esos, fit remarquer Sinead en levant les yeux au ciel. Cessez donc de mentir à tout le monde et à vous-même surtout.
_ Je n'ai pas bu assez de vin pour avoir cette conversation avec vous, tenta de se réfugier son interlocuteur en se renfrognant.
_ C'est peut-être ça votre problème, il y aura bientôt plus de vin que de sang dans votre petit corps.
_ Mais c'est justement le but que je poursuis, ironisa Tyrion, quand j'y serais arrivé, je pourrais peut-être être enfin tranquille.
_ Je serais toujours là, lui rappela Sinead avec un sourire goguenard. »
Tyrion lui lança un regard furieux avec ses yeux vairons, l'un noir et l'autre vert; Sinead était certaine qu'il utilisait cette caractéristique inhabituelle pour mettre mal à l'aise ses interlocuteurs, mais s'il espérait sans servir contre elle, c'était bien mal la connaître.
« Vous ne vous débarrasserez pas de moi comme ça, soupira-t-elle. »
Sinead s'assit dans l'herbes, au milieu d'un bosquet de fleurs multicolores qui sentaient bon le sucre et l'été. L'hiver était une notion inconnue et lointaine ici. Comment pouvait-elle faire ouvrir les yeux à Tyrion sur la chance que représentait pour lui ce nouvel endroit? Et pourquoi avait-elle l'impression de s'investir davantage que nécessaire dans cette mission.
« Venez vous asseoir, déclara-t-elle finalement. »
Le nain la regarda avec un air goguenard, comme s'il était près à se moquer d'elle mais finalement il se laissa tomber comme il pouvait à côté d'elle. Ses jambes trop courtes semblaient lui poser problème mais l'habitude lui faisait passer outre. Sinead prit une fleur aux épaisses pétales oranges en formes de larmes tombante, elle la montra à Tyrion avec un petit sourire.
« Regardez cette fleur, elle semble belle et pure, commença-t-elle avec amusement, mais si vous la faites sécher puis sentir à quelqu'un, il ne tardera pas à avoir des hallucinations des plus inquiétantes.
_ Comment vient qu'une fille de basse extraction comme vous soit aussi savante sur les plantes? S'étonna Tyrion qui semblait se prendre au jeu.
_ Je ne suis peut-être pas une fille de basse extraction, répondit Sinead avec un clin d'oeil. »
Elle vit les yeux de son vis à vis se plisser comme s'il essayait de lire la vérité dans son regard vert. Sinead se contenta de sourire innocemment avant de se pencher vers lui pour ajouter plus bas.
« Il y a encore tellement de choses que vous ignorez ici, souffla-t-elle, des secrets que vous n'auriez jamais imaginés, des rois à faire et défaire plus qu'il n'en faut, et tout au bout… La possibilité d'enfin en avoir un digne de ce nom, entouré correctement…
_ Est-ce vraiment ce dont vous rêvez Sinead? Demanda Tyrion sans la quitter des yeux.
_ Ce que je veux est légèrement différent, avoua-t-elle. Et je m'appelle Sinead Flowers.
_ Flowers? Répéta le nain comme pour enregistrer cette information et pour essayer d'en tirer les conclusions. Qui étaient vos parents ?
_ Je ne pense pas que son nom vous dira quelque chose, mais ma mère s'appelait Naerys Flowers.
_ S'appelait, souligna-t-il.
_ Vous n'êtes pas le seul à avoir perdu vos deux parents. »
Il y eut un long silence, ils continuaient à se regarder comme s'ils essayaient mutuellement de percer leurs secrets. C'était plus un jeu qu'un besoin sérieux. Sinead était finalement heureuse qu'une partie de Westeros soit venue avec elle, ici. Elle se sentait moins seule, et son humeur en était un peu plus légère. Elle espérait seulement pouvoir en faire profiter également Tyrion.
« Si je dois rester ici plus que nécessaire, déclara finalement Tyrion. Il va falloir que nous arrêtions de nous vouvoyer. C'est un exercice aussi pénible qu'inutile entre nous.
_ Je suis d'accord, accepta Sinead en inclinant légèrement la tête.
_ J'espère pouvoir continuer cette intéressante conversation sur les fleurs plus tard, fit-il en se relevant gauchement. Mais je suppose qu'une autre conversation m'attends avec le maître des lieux.
_ On ne peut rien te cacher, assura Sinead en riant légèrement. Je serais là si tu me cherches plus tard. »
La jeune femme regarda le nain s'éloigner d'une démarche clopinante en se sentant assez étonnée de son propre optimisme. Malgré leur entente qui datait depuis presque son arrivée à Port-Real, ils étaient restés très professionnelles et n'avaient jamais vraiment eu l'opportunité d'avoir une conversation à coeur ouvert comme celle qu'ils venaient d'avoir. Et cela avait été agréable. Si elle devait réfléchir à la dernière fois qu'elle avait eu une conversation aussi sincère avec quelqu'un, elle pensait à Leana. Mais quand son amie était encore épargnée par les affres du destin et des hommes cruels qui provoquent la peine et le desespoire autour d'eux. Donc, cela faisait presque deux ans. Elle fit la grimace en réalisant que la nordienne lui manquait terriblement. Surtout que les derniers moments qu'elles avaient passés ensemble avaient été teintés de noir par la mort du Lord Stark, puis par le départ d'Arya. Peut-être qu'un jour, elles se retrouveraient et pourraient à nouveau être amies comme avant, sans devoir se soucier constamment du sort de leur famille respective.
Finalement, ils furent réunis autour d'un repas durant la soirée. Illyrios et Tyrion faisaient la conversation, tandis que Sinead se contentait d'enregistrer les informations tout en profitant de la qualité des plats qui leurs furent présentés. Elle réalisa alors que le nouvel objectif du nain était de prendre la tête de la maison Lannister, droit qui lui avait toujours été refusé par son père à cause de son physique. Il songeait à rejoindre Myrcella à Dorne pour en faire la futur reine des sept couronnes, mais le maître des lieux lui fit réaliser qu'il existait des prétendants avec plus de droits, et surtout de pouvoir. Ils parlèrent alors de Daenerys, de ces dragons et de l'aide que pourrait lui apporter Tyrion avec ses connaissances et son expérience. Ils décidèrent de partir dès le lendemain, pour rejoindre la futur reine à Volantis où elle devait passer pour rejoindre Westeros.
Ne trouvant pas le sommeil, Sinead décida de retourner dans le jardin, les températures étant clémentes à Pentos autant de jour que de nuit. En chemin, elle aperçut Tyrion qui était installé sur la terrasse, une lanterne l'éclairant tandis qu'il lisait un livre. Il y avait quelque chose dans son attitude qui semblait souligner l'habitude de lire aussi tardivement.
« Un long voyage nous attend jusqu'à Volantis, déclara la jeune femme en prenant un siège à côté de lui. Tu devrais te reposer.
_ Il n'y a pas assez d'heures dans une journée pour lire, fit simplement remarquer Tyrion, et pour ce que je peux voir tu es aussi réveillée.
_ Je voulais simplement profiter de ces jardins une dernière fois, avoua Sinead en regardant les fleurs autours d'eux.
_ Es-tu déjà venue ici? La questionna le nain en reposant son livre sur la table qui les séparait.
_ Oui, quand j'étais enfant.
_ N'as-tu pas grandis dans le Nord? Tenta-t-il de se souvenir.
_ Si, fit Sinead en ne pouvant retenir un sourire amusé à le voir essayer de rassembler les informations.
_ Vas-tu nous accompagner retrouver la reine dragon?
_ Je vous accompagnerai, acquiesça Sinead. Cela fait longtemps que j'attends cela. »
Tyrion la regarda longuement, mais il sembla retenir ses questions. Après tout, la route allait être longue jusqu'à Volantis, ils auraient bien le temps de démêler les vérités de ce monde quand ils voyageraient en direction de leur destiné.
? ゚ヘテ? ゚ヘテ
Illyrios voyagea en compagnie de Tyrion dans une litière, tandis que Sinead préférait largement chevaucher à côté des hommes qui les protégeaient sur la route. Se retrouver à nouveau en selle lui procura une certaine satisfaction, elle n'était ni une combattante, ni une cavalière aguerrie, mais elle maîtrisait suffisamment la plupart des arts de la guerre pour pouvoir se débrouiller. Elle avait toujours eu une certaine affinité avec les plantes et les animaux, même si les premières avaient son affection toute particulière. Dans tous les cas, il était plus agréable de se sentir en lien avec sa monture provoquant ainsi des sensations agréables entre l'excitation et le contentement. Elle changeait drastiquement de paysage entre sa petite boutique de Port-Real et maintenant les vastes étendues des cités libres d'Esos. La jeune femme songea encore une fois à Leana. Elle se souvenait de Winterfell, des séances d'équitations que son amie faisait tout pour éviter. Ce souvenir la fit rire doucement, et elle ignora les regards étonnés de ses compagnons de route.
Malheureusement, ils furent arrêtés sur la route par deux cavaliers. Ils se présentèrent à Illyrios qui sembla sincèrement déçu de ce qu'ils avaient à lui annoncer. Ils auraient dû rejoindre une connaissance du magistrat à Ghoyan Drohe mais celle-ci avait décidé de partir plutôt à cause de certaines nouvelles inquiétantes qu'il avait reçues. Ils durent décharger les coffres d'un côté pour les transvaser de l'autre puis ils firent de nouveau route. Sinead n'était pas spécialement déstabilisée par le changement, et même plutôt soulagée d'être enfin débarrassée de la présence d'Illyrios qu'elle peinait de plus en plus à comprendre. Tyrion se fit connaître sous le nom de Hugor Colline, puisque sa tête avait été mise à prix par sa très chère soeur qui siégeait maintenant sur le trône de fer en tant que reine mère.
Ils arrivèrent finalement à destination le lendemain, et y rencontrèrent Griff ainsi que son fils Griff le jeune. Ils avaient tout les deux les cheveux teints en bleu pour faire le deuil de leur compagne et mère. Ils avaient également tout deux les yeux bleus, mais le plus vieux les avaient pâles tandis que ceux du plus jeune étaient foncés tirant sur le violet par certains instants. Griff accueilli froidement Tyrion, malgré la lettre qu'Illyrios avait pris soin d'écrire à son intention. Il fut plus chaleureux avec Sinead. Celle-ci ne l'avait rencontré qu'une fois, très longtemps avant mais elle appréciait son caractère bourru qu'elle avait retrouvé dans le Nord. Ils embarquèrent tous sur une barge du nom de la Farouche Pucelle, à bord de celle-ci ils entreprirent de descendre la rivière qui rejoignait Volantis.
Après une première nuit, Griff interdit la consommation d'alcool de Tyrion, refusant de voyager avec un ivrogne. Sinead ne pouvait qu'être plus d'accord avec lui. Le nain sembla tout de même reprendre un peu plus pied en discutant avec les différentes personnes qui les accompagnaient. Elle se demandait combien de temps il mettrait pour tous les percer à jour. Pendant ce temps, elle en profita pour discuter avec Griff le Jeune.
« Tu es prêt ? Demanda-t-elle un soir alors qu'ils étaient ensemble sur le pont. »
Les cours qu'il devait suivre toute la journée étaient enfin terminés, mais il ne s'en plaignait pas tout en appréciant ce moment de repos. Il était un beau jeune homme, un peu plus jeune qu'elle de quelques années, mais elle n'aurait su dire combien. Il semblait avoir vécu à la dure, mais il conservait encore une certaine naïveté et une innocence qui ne pourraient partir qu'en était réellement confronté au desespoire. Dans tous les cas, elle devait bien s'avouer qu'elle-même n'était pas insensible à ses charmes. Il était certain que dans quelques années il serait d'une beauté saisissante.
« Cela dépend à quoi, répondit-il simplement. Si je suis prêt à rejoindre Dame Daenerys? En un sens oui. Mais quant au reste…
_ Je suis sur que tu lui feras une très bonne impression, assura Sinead en dissimulant ses doutes sur la suite plus concrète des opérations.
_ J'aimerai ne pas avoir à dépendre d'elle. Après tout j'ai plus de droits sur le trône qu'elle n'en a, affirma-t-il sans être spécialement vindicateur.
_ C'est pour renforcer votre pouvoir à tout deux. Imagine si tu pouvais monter à dos de dragons !
_ Ce serait… Majestueux, avoua Griff le jeune avec une étincelle dans les yeux. Mais assez parlé de moi. Te sens-tu prête aussi?
_ Je le suis.
_ Pourtant on dirait que tu es troublée. Comment c'est passé ton temps en Westeros?
_ C'était… Vraiment incroyable, fit Sinead d'une voix emprunte de nostalgie. J'y avais une famille là-bas. Une vraie. »
Elle vit les yeux de Griff le jeune briller différemment, ils avaient tous deux manqués cruellement d'une véritable famille. C'était peut-être cruel de lui raconter ce qu'elle avait connu dans le nord, auprès de la famille Stark, mais surtout de Leana. Pourtant, elle sentait que cela pourrait lui être instructif. Après tout, le but n'était-il pas de le rendre meilleur grâce à une profonde compréhension des autres et de leurs situations respectives?
« J'aimerais que tu me racontes tout ce que tu as vécu, demanda Griff le jeune avec une intonation légèrement autoritaire.
_ Avec joie. »
Ils passèrent plusieurs nuits à discuter ainsi. Sinead se sentait proche de lui, et elle avait le sentiment que c'était réciproque. Pourtant, ils ne s'étaient connus qu'un très court temps et à un très jeune âge. Sauf que leurs situations les rapprochaient naturellement.
Finalement, Tyrion finit par percer à jours leur petite équipée.
« Qui aurait pu croire que Jon Connington serait ici, voyageant avec Aegon Targaryen, l'héritier légitime du trône de fer, c'est une histoire incroyable, fit-il en insistant sur le dernier mot.
_ Pensez ce que vous voulez Sir Lannister, répliqua Jon dont l'amitié pour le nain n'était toujours pas existante.
_ Et toi, reprit Tyrion sans se laisser impressionner en se tournant vers Sinead. Es-tu une targaryenne toi aussi? »
Sinead esquissa un sourire tout en réfléchissant si elle avait envi ou non de lui révéler toute la vérité à son sujet. Alors qu'elle ouvrit finalement la bouche, ils furent soudainement attaqués. Elle se retrouva à lutter pour sa vie contre des hommes de pierres atteints de la léprose. Sinead trouva une lance pour tenter de les repousser sans les toucher tout en essayant de veiller sur Tyrion et Griff le jeune qui se battaient plus loin. Elle les perdit de vu une seule seconde, et quand elle les retrouva ce fut pour voir le nain passer par-dessus bords et tomber dans la Rhoyne.
