"Levi, voici Armin."
Le blond en question leva la main en salutation en faisant pivoter sa chaise de bureau.
Levi fut interloqué devant la scène. Quand Erwin avait dit avoir un sacré bon type aux renseignements, un gamin maigrichon n'était pas exactement ce à quoi il s'attendait. Ses cheveux arrivaient presque à ses épaules, souples et soyeux, et Levi se demandait comment il avait eu l'autorisation de les garder si longs et où il pouvait bien trouver du shampoing si efficace. Armin leva le regard, faisant se croiser bleu pâle et argenté.
La main qu'il avait levée retomba sur ces mèches lisses, en enroulant une autour de son doigt dans une démonstration évidente d'appréhension et brisant le contact visuel pour jeter un regard hésitant vers Erwin.
"Hey," le salua brièvement Levi. Armin ne le regarda pas, et une pointe d'irritation fit s'accentuer le froncement des sourcils du corbeau.
"Armin est à moi, lui aussi." L'agacement se changea instantanément en une jalousie inexplicable (à moi, que ce connard venait de dire, comme s'il ne disait pas la même chose de lui) et Levi dut compter jusqu'à dix pour se calmer pendant qu'Erwin reprit. "Il s'occupe de tout le piratage, espionnage et la surveillance dont j'ai besoin. Il sait où trouver n'importe qui n'importe quand, il connaît les rondes des gardes comme sa poche, et il pourrait complètement verrouiller cet endroit à n'importe quel moment."
Armin sentit ses joues rosir. "Pas qu'il ait besoin de moi pour tout ça," dit-il hâtivement. "Erwin pourrait le faire lui-même s'il le voulait."
Quel lèche-cul.
Erwin fit un signe de la main. "Pas aussi bien que toi."
Il lança un regard significatif à Levi, et malgré son expression désintéressée, il pouvait sentir la suffisance rayonnant du grand homme. Erwin savait que ces louanges agaçaient grandement Levi, et il savait que Levi savait qu'il savait. Trouduc.
Se tournant de nouveau vers Armin, Erwin reprit, "Levi est nouveau, comme tu le sais déjà. Je pense qu'il saura se montrer utile. Tu as vu ce qu'il a fait son premier soir?"
Armin secoua la tête. "Je n'habite pas ici, Erwin. Mais j'ai entendu quelques choses." Il replaça son regard sur Levi et lui offrit un sourire insidieux, étonnant pour quelqu'un semblant si timide. "Les nouvelles vont vite quand plusieurs gardes se font tuer. Et tu as tabassé les Blues Brothers?"
"Tu le dis comme si c'était une prouesse." Malgré l'irritation que lui apportait les frimeurs, Levi n'était pas mieux lui-même. Le sourire d'Armin s'agrandit, sa timidité se dissipant, prenant avec elle un peu de l'agacement de Levi. "C'étaient des lâches qui se contentaient d'utiliser de la poudre à canon et du racisme au lieu de vraies compétences."
"Facile à dire pour toi," dit Armin, fronçant les sourcils. "Je suis délicat."
Erwin pouffa de rire, glissant un bras autour des épaules d'Armin et lui jetant son fameux sourire charmeur. Armin sembla se faire plus petit, si c'était possible, la caresse des doigts d'Erwin sur son bras rendant ses joues plus rouges que jamais. La tension qui s'était estompée revint en force, et Levi serra les poings. Sa rage fut aisément remarquée par Erwin, alors qu'Armin, de son côté, était trop occupé à rougir.
"Je te préfère comme ça," dit-il d'une voix mielleuse. Levi crevait d'envie de faire disparaître ce sourire stupide de son visage d'un coup de poing, ainsi que le rougissement grandissant de celui d'Armin. "Petit et tendre juste pour moi."
Le sous-entendu était évident. Il n'avait même pas essayé de le cacher, et Levi aurait voulu l'étrangler sur place. Lui, ou Armin. Qu'est-ce que les gens disaient, sur ce désir soudain de malaxer les choses mignonnes dans le but de les tuer pour qu'elles arrêtent d'être si adorables? Ouais, c'était quelque chose comme ça.
"Je vais devoir y aller," annonça Erwin, enlevant son bras des épaules d'Armin pour se diriger vers la porte. "Des choses à faire, des gens à assujettir. Faites connaissance, vous deux, et Armin, briefe-le."
La porte se referma derrière lui. Le silence s'installa, laissant résonner les bruits parasites de quelques écrans, et Armin se balançait doucement sur sa chaise, enroulant une mèche de cheveux entre ses doigts. Il refusait de regarder Levi, ce qui l'importunait grandement car, bordel, Levi lui lançait des regards de tueur qui ne servaient à rien s'il ne les voyait pas. Armin leva enfin la tête, tressaillit devant l'expression du corbeau, et se tourna rapidement pour se concentrer sur ses écrans.
"Uh . . . " Armin se racla la gorge. " . . . bienvenue au club?"
Levi lui accorda un petit rire. "Merci." Il rejoint Armin à son bureau et examina les nombreux écrans. "C'est quoi, tout ça?" demanda-t-il. La réponse était plus qu'évidente, mais Armin sembla heureux d'avoir une excuse pour passer à autre chose.
"Toutes les caméras de sécurité du bâtiment," dit-il, l'air fier, et il commença à pianoter sur son clavier. "Je les utilise pour suivre les patrouilles. Elles changent chaque semaine, mais alternent entre quatre horaires de base, donc il suffit d'observer pour voir les correspondances."
Il avait donc simplement décodé les patrouilles des gardes? N'importe quel prisonnier pourrait le faire depuis sa cellule. "C'est tout?"
Armin bafouilla, et se stoppa dans son écriture. "Non, ce n'est pas tout," s'indigna-t-il.
Il fit voler ses doigts d'une touche à l'autre. Tous les écrans devinrent bleus simultanément, et, soudain, affichèrent une myriade d'images et d'informations. Levi les examina et, avec un sursaut en voyant son propre nom et portrait, comprit que c'était une base de données des prisonniers. Ses informations disparurent pour laisser place à un autre détenu lui étant inconnu.
"Tous les détenus du système," murmura-t-il, et il mentirait s'il disait ne pas être impressionné. Les écrans changèrent de nouveau, affichant d'autres visages, mais venant de dossiers distincts. Il réalisa rapidement que ces gens étaient le personnel de l'établissement et siffla son approbation. "Bordel de Dieu, gamin."
"J'ai dit que je n'étais pas si spécial," dit Armin, "mais ne me sous-estime pas."
D'une seconde à l'autre, le respect envers Armin qui avait commencé à grandir disparut, remplacé par le dépit et l'agacement. Le sous-estimer? Sous-estimer quoi? Le fait qu'il savait écrire deux, trois lignes et trouver des informations dont tout le monde se fichait? Putain de fantastique. N'importe qui s'étant intéressé au code au collège saurait le faire. Si Levi levait les yeux au ciel un chouïa plus fortement, ils resteraient coincés au fond de leurs orbites.
"T'es vraiment pas si spécial," grommela-t-il, s'approchant du blond dont la confiance se dissipa alors qu'il se recroquevillait sur sa chaise. Sérieusement, qu'est-ce que le gamin faisait ici? Sa place n'était pas en prison, où il pourrait se faire briser les os sur un malentendu. Où Levi était sur le point de le faire. "Et tu ferais mieux de t'en souvenir. Les morveux de ton genre n'ont rien à faire ici. Tu finiras par être blessé. Qu'est-ce ce qui a amené un petit con comme toi ici, de toute façon?"
Après cette dernière phrase, Armin fronça les sourcils, puis sourit - un putain de grand sourire. Il haussa les épaules, tournant le dos à Levi, et se leva. "Je suis ici pour la même opération qu'Erwin," répondit-il nonchalamment.
Bien sûr! Armin savait que Levi ne savait pas, et savait certainement que Levi n'était pas censé savoir. Ce petit merdeux! Levi agrippa son épaule et le força à se retourner, empoignant son col de l'autre main. Leurs visages étaient si proches que leurs nez se touchaient, et les yeux bleu pastel d'Armin étaient écarquillés et terrifiés, sa respiration légèrement haletante. Il se la jouait moins devant une réelle menace.
"Très bien, blondinet," cracha-t-il d'une voix basse et menaçante. "Je te donne une dernière chance de me dire pourquoi Smith est incarcéré avant de te réduire en bouillie."
"Si je te le dis, il m'accordera le même sort!" s'exclama Armin avec indignation, tirant sur les poignets de Levi pour essayer (voir: échouer) de desserrer l'emprise sur son col. En effet, Erwin s'en prendrait certainement à lui. Ou pire. Il se demanda ce que l'homme aurait fait si l'un des détenus qu'il avait interrogé avait répondu à ses questions, et il conclut qu'il ne voulait pas savoir.
"Alors j'imagine que tu vas devoir choisir quel poing tu préfères," dit Levi sèchement, insensible à la peur du blond. Armin secoua violemment la tête, et un rire tremblant s'échappa de ses lèvres.
"E-et si tu me blesses, il te rendra la pareille," se força-t-il à dire.
Ugh. L'emprise de Levi s'amoindrit, mais pas assez pour libérer Armin. Il disait sans doute la vérité. Erwin l'avait déjà menacé pour quelques détenus sans importance; impossible de prévoir sa réaction s'il osait toucher à Armin, son précieux petit outil, surtout s'il allait aussi loin qu'il le souhaitait, et surtout s'ils étaient aussi proches que ce que s'efforçait à montrer Erwin.
La jalousie pointa le bout de son nez, et Levi dut se retenir de balancer Armin contre le bureau, se contentant d'un bruit d'indignation. Armin est à moi, lui aussi. Lui aussi? Il y en avait combien? Le culot de ce dieu vivant, jouer avec les sentiments de Levi - ou plutôt sa bite, métaphoriquement, bien sûr - pendant qu'il faisait subir la même chose à dieu sait combien d'autres. C'était injuste. C'était exaspérant. Ça faisait remonter le côté possessif de Levi, le poussait à mettre un coup de poing dans la face d'Armin sans se soucier des conséquences, et trouver qui d'autre pouvait bien appartenir à Erwin pour leur réserver le même sort.
Erwin lui botterait le cul en punition. Oh, Levi pouvait s'attendre à une putain de raclée. Et pourtant, l'idée ne lui déplaisait pas. Peu importe, tant qu'il montrait sa dominance.
Il revint de sa rêverie pour remarquer qu'Armin se dirigeait précautionneusement vers la sortie. Il ne fallut qu'un instant à Levi pour lui barrer le passage, fermer la porte et lui attrapper le poignet. Leurs visages étaient de nouveau proches, et Levi pencha la tête de côté, espérant que la fureur dans ses yeux était lisible.
"Une dernière chose, Armin."
Sa voix était bien plus faible, plus calme, et le blond se relaxa visiblement, il s'était sûrement attendu à se faire crier dessus - ou pire, se faire tabasser. Il pencha également la tête. Ça le rendait mignon, et cette pensée rendit Levi encore plus énervé, mais il se força à rester calme.
"Quoi?"
Levi se rapprocha jusqu'à ce que leurs fronts se rencontrent. Sa voix tenait maintenant plus du grognement.
"Ne t'approche pas d'Erwin."
Armin tressaillit au changement soudain d'atmosphère et libéra son poignet, tombant presque à la renverse quand, à sa grande surprise, Levi le lâcha sans résistance. Il soupira, irrité, mais ne cacha pas sa prudence par rapport à Levi, gardant un oeil sur lui. Un léger sourire d'ironie s'aventura sur ses lèvres.
"Pas d'inquiétude, Levi," dit-il insidieusement, ouvrant la porte et époussetant sa chemise. "Je ne veux pas de lui."
Sa silhouette disparut le long du couloir.
À dans 120 ans pour la suite!
Plus sérieusement, merci de continuer à lire malgré les délais x)
