Cent dix-neuf. Cent vingt.

La transpiration forma des gouttes et glissa sur ses muscles. Tout était humide et légèrement inconfortable. Après tout, rien d'étonnant pendant de l'exercice.

Cent vingt et un. Cent vingt-deux.

Les mains de Levi étaient entrelacées derrière sa tête. Ses pieds étaient coincés entre les barres du lit et à plat contre le mur pour avoir un appui, et son corps pendait du lit superposé à partir de ses genoux, le laissant dessiner un plus grand arc avec chaque abdo. C'était étonnamment plus difficile dans cette position, mais ça lui donnait quelque chose à faire.

Cent vingt-trois. Cent vingt-quatre. Cent vingt-cinq.

La porte de la cellule s'ouvrit, et les bruits de pas familiers lui indiquèrent le retour d'Erwin. Il lança un regard à l'homme, mais n'interrompit pas sa séance. Le blond le regardait, ses yeux sillonnant son corps. Quelques mois auparavant, ça l'aurait embarrassé. Mais plus maintenant. Il sentit néanmoins un peu de chaleur, mais Levi ne se préoccuperait pas de son attraction maintenant et l'attribua simplement à l'exercice.

Cent vingt . . . quoi?

Levi avait perdu le compte avec l'intrusion, et lâcha un soupir d'exaspération assez exagéré en se hissant complètement sur le lit avant de descendre et rejoindre Erwin, qui semblait presque fasciné. L'ignorant au mieux, Levi prit une bouteille d'eau sur le bureau de leur cellule - il n'avait pas demandé où l'homme les avait trouvées, et ne s'en préoccupait pas - et se mit à boire, essayant d'ignorer les yeux qui le fixaient. Lorsqu'il termina la bouteille, il pouvait encore sentir ce regard, et sentit l'irritation grandir en lui.

"Qu'est-ce que t'es en train de fixer, Smith?" lâcha-t-il. Son ton était sec, bien plus rude que ce que méritait un regard un peu insistant, et Levi le savait, mais bordel, Erwin ne manquait pas une occasion de le faire chier. Sans ça, ils seraient probablement déjà ensemble. Dommage qu'un tel dieu vivant devait aussi être un connard.

"Je reconnais un beau corps quand j'en vois un, Levi," dit Erwin mielleusement, ce qui prit Levi par surprise. Il ne l'avait jamais entendu dire quelque chose comme ça si sincèrement, et avait un peu oublié qu'il était torse nu. Tout de même, il ne laissa pas Erwin aller plus loin que ça.

"Viens-en à pourquoi tu es ici," grommela-t-il, s'asseyant sur le lit. Erwin haussa un sourcil, les coins de ses lèvres formant un léger sourire.

"Levi, je vis ici."

Est-ce qu'il essayait de l'énerver? La réponse évidente était que oui, mais la question était manifestement rhétorique. "Ouais, et t'es parti pendant des putain d'heures. Dis-moi ce qu'il se passe."

Erwin secoua la tête comme un parent fatigué, et Levi lui en aurait bien mis une. Il l'aurait fait si cette méthode n'avait pas déjà montré de médiocres résultats auparavant. Levi le haïssait, mais donnait un minimum d'importance à son propre bien-être. Erwin s'assit à côté de lui, et la possibilité de lui mettre un coup de coude était tentante, mais son contrôle de soi prit le dessus et il se pencha en arrière pour s'appuyer sur ses mains.

Il ne regretta pas avoir ignoré ses pulsions violentes, car Erwin mis une main en poche pour en sortir un petit mecanisme noir. L'hostilité fut rapidement remplacée par la curiosité. Erwin tendit l'objet vers Levi, et ce dernier le prit. Levi tourna l'appareil dans ses mains. C'était une petite boîte, assez similaire à une radio portable, bien qu'il remarqua quelques différences avec une radio classique. Il lança à Erwin un regard interrogatif, et l'homme reprit précautionneusement l'engin.

"Ça sert à quoi?"

Erwin le remit dans sa poche et, sans prévenir, se tourna vers son camarade de cellule pour poser une main sur le lit, de l'autre côté de Levi, l'emprisonnant entre ses bras. Levi s'apprêta à se débattre, mais des lèvres s'approchèrent de son oreille. La chaleur de la respiration d'Erwin le fit frissonner.

"Cette petite merveille intercepte les signaux radio. Ça fait partie du plan qui nous sortira de cet enfer."

Puis Erwin s'écartait déjà, laissant Levi rougissant et frustré. Le blond se leva et se dirigea vers la porte de la cellule, s'appuyant contre les barreaux métalliques.

"C'était quoi ce bordel, Smith?!" gronda-t-il, serrant les poings. Oh, il était à deux doigts de cogner son joli minois. Ça vaudrait le coup de briser ce nez parfait. Mais Erwin arborait un air assez sérieux, seulement légèrement satisfait de ses actions, ce qui calma quelque peu les ardeurs de Levi.

"Une précaution nécessaire," dit Erwin, et le sens de cette phrase était inconnu de Levi, mais le ton utilisé le poussait à le croire. Levi laissa tomber l'affaire à contrecoeur, bien qu'une autre pensée le titillait.

"Pourquoi s'emmerder à s'échapper?" demanda-t-il, seulement un peu intrigué, bien sûr. "Tu tires les ficelles de tous les aspects de ce putain de trou."

Erwin plissa les yeux en concentration, puis haussa les épaules. "Je n'ai pas vraiment prévu de passer ma vie incarcéré, tu sais."

"Smith - " Personne ne prévoit de passer sa vie en prison, abruti décérébré. Mais sa réponse lui offrait une autre option. "Qu'est-ce que t'as foutu pour te retrouver ici?"

Ignorant sa question, Erwin se redressa et se retourna, commençant à s'éloigner. "C'est presque l'heure du repas. Allons manger."

Levi, bouillonnant de l'intérieur, le suivi. Il résolverait ce mystère, un jour.


"E-Erwin!"

C'était distant, imperceptible, une lointaine exclamation, mais les oreilles de Levi le remarquèrent malgré tout. La voix était familière et le nom encore plus. Levi se glissa silencieusement hors du lit, remarquant que la porte de la cellule était déverrouillée et gardée ouverte par un petit morceau de bois venant de l'atelier. Plissant les yeux de méfiance, Levi se faufila à travers la porte et jeta un regard aux alentours.

Il y avait une autre voix, mielleuse, profonde, plus silencieuse que la précédente. Il ne lui fallut pas une seconde pour reconnaître celle d'Erwin. S'il lui restait une once de doute, sa théorie fut confirmée quand il lança un regard au fond du couloir. Là se tenait l'homme, pressé contre une silhouette plus petite, plus frêle. Les mains d'Erwin étaient posées sur les hanches d'Armin, leurs corps trop proches. Erwin tournait le dos à Levi, et le visage de l'autre était cachée par sa grande taille.

Levi pouvait à peine contenir la colère grandissant dans sa poitrine, qui nouait sa gorge et lui donnait envie de hurler, lui embrumant l'esprit et faisant virer sa vision au rouge. Ne venait-il pas de dire à ce petit con arrogant de s'éloigner d'Erwin? Il était prêt à ruiner ce gosse, mais pas avant qu'Erwin, oh, Erwin. Erwin n'allait plus avoir cette gueule d'ange pour longtemps.

Il y eut un nouveau murmure, puis Erwin laissa partir Armin, lui donnant une claque au cul en guise d'au-revoir. Levi dut se retenir de les charger, rendu furieux par le couinement embarrassé du plus petit blond.

Pourquoi est-ce qu'il s'emmerdait à se retenir? Il était prêt à les défoncer. Il ne se souciait guère des conséquences. Tout ce qu'il voulait était de les réduire en bouillie.

Levi se fraya un chemin le long du couloir, ses pieds nus silencieux sur le carrelage. Armin s'éloignait de son champ de vision, mais Erwin était toujours au même endroit, en train de le regarder partir. Levi était à mi-chemin quand Armin prit un tournant et disparut de sa vue, et quand Erwin se retourna, il vit un Levi enragé foncer sur lui. Erwin leva les bras en capitulation, un sourire conciliant sur les lèvres. Levi ne fit qu'accélérer.

"Erwin Smith, bordel - "

Sa voix était plus bruyante que ce qui était raisonnable, l'exclamation rugissante. L'expression d'Erwin changea en quelque chose de plus grave, moins amusé. Levi n'était qu'à un mètre de lui quand il ramena un poing en arrière et, une fois assez proche, l'élança droit vers sa mâchoire parfaitement sculptée.

Erwin intercepta le poing, mais n'était pas préparé au deuxième dirigé vers son estomac. Il se heurta à un mur de muscle et, bien qu'Erwin eut la respiration coupée, il n'était pas assez amoché pour ne pas pouvoir agripper l'autre main de Levi. Il inversa leur position, coinçant Levi contre le mur, son emprise se déplaçant vers ses poignets en profitant de sa désorientation.

"Levi." C'était un avertissement, dangereusement grave. Le bleu glacé et le métal brillant se fixèrent, créant presque des étincelles. Et Levi s'empressa de l'embrasser.

Erwin resta silencieux un moment, yeux écarquillés et immobiles, et Levi était fier d'enfin l'avoir fait fermer sa gueule et perdre son expression hautaine. Ils ne se quittèrent pas des yeux, les mains d'Erwin glissant sur ses bras de Levi pour se poser sur ses épaules. Levi lui lança un regard défiant, et Erwin se pencha pour l'embrasser de nouveau.

Lèvres et langues entrèrent dans une danse haletante alors que les mains libérées de Levi s'agrippèrent au haut d'Erwin. Impatient, Levi pressa une cuisse entre les jambes de l'autre homme, satisfait d'y trouver un membre déjà durci. Erwin lâcha un grognement guttural à cette action, différent et bien plus sauvage que tout ce que Levi avait pu entendre venant de l'homme. Il rompit leur baiser pour se baisser et soulever Levi, le laissant enrouler ses jambes autour de ses hanches. Les bras de Levi encerclèrent les épaules d'Erwin, et sa bouche se referma sur la peau tendre de son cou.

Morsures, suçons déjà sombres, baisers hâtifs. Levi couvrit le cou d'Erwin de marques pendant qu'il les ramenait vers leur cellule. Une fois entrés, Erwin se débarassa du morceau de bois d'un coup de pied, et laissa tomber Levi précipitamment sur le matelas. Le corbeau n'eut pas le temps de se plaindre. Erwin était au-dessus de lui en un instant, lui ôtant un autre baiser avant de commencer à retirer leurs vêtements. Levi l'aida volontiers dans cette tâche et ils se retrouvèrent rapidement nus.

Oh, bordel. Levi gémit presque à la vue du sexe d'Erwin, tout aussi gros et impressionant que ce qu'il avait imaginé. Il n'avait rien perdu de son envie de le chevaucher jusqu'au septième ciel, tout au contraire.

Et c'est ce qu'il fit.

Il se dit qu'ils auraient tous deux dû être plus conscients des risques, surtout étant incarcérés, mais une fois que chacun fut comblé et que rien ne semblait anormal, Levi était d'avis qu'il allait sûrement bien. Il tira lentement sur la cigarette qu'Erwin lui avait offerte, couché sur le ventre, son torse alongé sur les jambes d'Erwin. Putain, ça faisait bien trop longtemps qu'il avait touché à de la nicotine.

Une main attentionnée lui caressait les cheveux, et bien que ce soit plaisant, c'était aussi dégradant. Comme s'il était un animal de compagnie. C'était un rappel brusque de la réalité, mais la combination des doigt sur son crâne et de la nicotine embrumant son esprit garda la colère sous contrôle.

"Si j'avais su que tout ce que j'avais à faire pour te mettre dans cet état était de flirter un peu avec Armin, je l'aurais fait bien plus tôt."

Cette phrase l'arracha à sa rêverie, et il éteignit sa cigarette sur le cadre métallique du lit avant de se redresser et d'enfourcher les jambes d'Erwin, leurs yeux joints dans une bataille de regards. L'un amusé, l'autre irrité. Levi poussa sur les épaules d'Erwin, et ce dernier suivit le mouvement, s'appuyant sur ses coudes. Levi croisa les bras.

"Qu'est-ce que tu foutais avec lui, de toute façon?" pesta-t-il, la mine renfrognée. Erwin sourit.

"Un échange d'informations, évidemment," répondit-il, comme si c'était la chose la plus évidente au monde. "Qu'est-ce que tu penses que j'ai fait avec toi ce matin? C'est le moyen le plus simple pour s'assurer que personne n'essaie de nous écouter."

Il voulait s'énerver et le contredire, mais bordel, ça avait du sens. Il s'adoucit, s'appuyant sur ses avant-bras pour lui laisser un énième suçon. Erwin lâcha un soupir de contentement. Son cou était couvert de marques sombres, et alors que beaucoup seraient embarrassés ou même contrariés, Erwin ne semblait pas s'en préoccuper, et avait même l'air satisfait.

"Ne le touche plus jamais," dit fermement Levi en se redressant.

Erwin se contenta de hausser les épaules, et le corbeau leva les yeux au ciel avant de se coucher près de lui. Il se mit à fixer les barres du lit du dessus, son esprit divinement vide, bien qu'un petit détail continuait de le titiller. Peut-être que l'Erwin d'après sexe serait plus enclin à parler . . .

"Smith?"

"Hm?"

"Comment tu t'es retrouvé ici? Et pas de conneries cette fois."

Erwin sembla y réfléchir sincèrement l'espace d'un instant, puis tourna la tête vers Levi, lui offant un sourire hébété.

"Je faisais les courses et j'ai oublié de payer pour un petit quelque chose en sortant. Du vol à l'étalage accidentel, si tu préfères."

Levi le poussa hors du lit.


Il leur en a fallu du temps!
Comme d'hab, j'espère que vous avez apprécié le chapitre!