Jugement
Chaque être résonnait de dizaines d'échos qui composaient son empreinte spirituelle. Pensées, émotions, volontés... Tout ceci laissait des marques furtives que certaines personnes étaient en mesure d'appréhender. Des hommes et des femmes appelés « Sources ». Ils portaient en eux un trésor de puissance, union parfaite des différents fluides de la galaxie. Ainsi, chaque planète possédait jadis des dépositaires de ce pouvoir à double tranchant. Ils prétendaient former une famille ; le « Cercle ».
Depuis combien de temps ces individus étaient-ils censés avoir été éradiqués ? Suffisamment pour que nul ne se souvienne d'eux et qu'il ne demeure aucun texte évoquant leur existence. Il n'était pas tolérable que l'espèce reprenne racine.
-Tuez-le.
-J'entends, maître, acquiesça Simbaï, mais il est en stase.
Et qu'était-ce ? Aussi nommée « chrysalide », il s'agissait d'un mécanisme très élaboré de défense propre aux Sources. Celles-ci, lorsqu'elles jaillissaient, faisaient basculer leur hôte dans le coma ; cela évitait toute action ou sentiment parasite pouvant perturber la bonne marche de la structuration. Durant ce sommeil artificiel, captant les échos malveillants, les fluides bouillonnant de leurs perpétuelles fusions et dissonances repoussaient toute créature susceptible de s'en prendre à leur enveloppe incarnée. L'énergie générée par le processus était telle que l'organisme n'avait plus besoin de rien pour subsister. Cela équivalait à une cryogénisation, bien que sans la suspension des fonctions vitales. Une fois l'équilibre désiré obtenu, c'était l'éveil, et là... Il devenait possible de s'en débarrasser tant que le noyau n'était pas à maturité...
-Nous vous faisons confiance, Dame Simbaï. Vous savez comme nous quelles conséquences désastreuses apporterait la résurgence des Sources.
-Oui. Je ferai tout le nécessaire afin de l'empêcher.
La guérisseuse rompit le contact avec le Cercle et refoula une lamentation. Lèvres frémissantes, elle tituba jusqu'à une chaise. On qualifiait de Sources les hôtes, au même titre que les noyaux, sans faire de réelle distinction. A vrai dire, on ignorait tout de la frontière entre l'influence du porteur et celle de ses fluides. On savait juste que la combinaison de ces derniers constituait un péril trop grand, une force trop instable et imprévisible pour avoir ne serait-ce que le droit fondamental d'exister. La femme redoutait déjà le moment fatidique, quand elle ferait face à Micro-Ice et qu'il écouterait ses échos... Mais il n'y avait pas d'autre solution si elle voulait préserver la galaxie d'un nouveau carnage.
