Balade
Chaque fois qu'Ahito se réveillait, il entendait le numéro 3 rire. Alors il se redressait, bâillant, découvrant bientôt un visage rayonnant au sourire irréel. Au début, il n'y fit pas attention. Ce n'était que des rires, que des sourires. Tout le monde savait faire ça. Cependant, au fil du temps, ils commencèrent à le mettre de bonne humeur. Rien d'incroyable ici non plus ; la gaieté était simplement communicative. Ensuite, il se mit à se défier du silence, à s'en irriter, comme s'il était anormal, indésirable. Il attendait, mâchoires crispées, que « ça se passe ».
Et la jalousie le gagna. Le milieu ne riait ni ne souriait pas qu'à son adresse. Il décida d'y remédier. Mais qu'importait le moment, ou le sujet de conversation ; il s'écroulait toujours en cours de route. L'échec du projet le fit se sentir misérable. Il marmonnait en se levant, geignait en se couchant. Dans la douche, il se tapait la tête contre le mur... mais ça ne remettait rien en ordre.
Toutefois, un jour qu'ils se promenaient, lui somnolant à quelques pas en retrait, d'insupportables ricanements le rappelèrent à la réalité. Son frère était tenu en respect par trois mecs louches. Deux autres s'occupaient de Micro-Ice. Aucun ne calculait le narcoleptique qui dormait tout debout. Idiote erreur. Un commentaire malvenu et son poing s'abattit dans la face du vil personnage. Le nez craqua, une dent sauta. K.O. Il se tourna vers le second qui hésita, considérant, effaré, son acolyte. Il déguerpit, les adversaires de Thran avec lui : combat terminé.
-On fait quoi de celui qu'est assommé ? S'enquit l'aîné.
-On le balance dans un fossé..., grommela le cadet.
Un gloussement apaisa sa rage. Le numéro 3 mit genou à terre, fit rouler le corps sur le dos et, le positionnant façon belle au bois dormant, écrivit du doigt sur le sol poussiéreux ;
« FREE KISS »
Ils reprirent leur chemin comme si de rien n'était. Ceci dit, quand le défenseur s'éclipsa afin d'aller se soulager, le milieu, mains dans les poches, afficha une mine gênée.
-J'suis pas doué pour les messages subtils, hein ?...
Le goal ne réagit pas tout de suite, puis son cœur rata un battement. Il agrippa finalement la nuque de Micro-Ice et l'embrassa avec fièvre. Le lendemain, Paradisia était évacuée.
