Offrande
La vaillante était une fleur singulière qui poussait principalement sur les falaises. Ses racines pénétraient la pierre où elles donnaient une impression de veines saillantes. Ce « nénuphar de roche » possédait des pétales diaphanes dans lesquels couraient des nervures chargées de Souffle. On s'accordait à dire que cette fleur ne se reproduisait pas, son apparition étant plutôt due à l'accumulation de fluide à un endroit précis, ce qui laissait supposer que les sols étaient pourvus de canaux invisibles dans lesquels cette énergie circulerait. La Grande Glaciation, avec elle la disparition du Souffle, avait par conséquent causé l'extinction de cette variété toute particulière de plante dont les spécimens mettaient des années à éclore.
Pourtant, il avait suffi que le fugitif pose ses mains à plat sur la paroi de la grotte pour que, en un peu moins de cinq minutes, une vaillante s'extraie de la pierre. De grosses perles salées dévalaient désormais les joues abîmées du vieillard. Il se frottait machinalement la barbe. Les mots lui manquaient afin d'exprimer l'euphorie troublante qui chatouillait ses entrailles. Cependant, ce n'était pas nécessaire pour le garçon à qui les échos de l'homme tirèrent un rire cristallin. Bientôt, les deux étrangers furent emportés par la même hilarité contagieuse et se bidonnèrent en chœur.
-P'tit ! Finit par s'écrier l'adulte. C'est probablement le plus mauvais conseil que tu pourras recevoir, mais n'permets jamais à qui que ce soit de te dicter quoi faire avec ton fluide ! Parce que...
D'un large geste, il présenta successivement la fleur et le printemps.
-Si c'est ça ton pouvoir, si c'est ça que le Cercle détermine comme illégal, alors sache que tu es un criminel que je veux voir en liberté !
La joie du fugitif se tarit, son sourire se teintant d'incertitude et d'embarras. Il joignit les mains comme s'il avait capturé un insecte et, lorsqu'il les rouvrit, il y avait dans ses paumes en coupe une sphère de filaments aux couleurs multiples.
-Même si mon fluide est comme ça ? Interrogea-t-il le vieillard, nez bas.
Et l'homme répondit à la question par une autre. Ses échos s'étaient désunis.
-Bon Dieu, mais qu'est-ce que tu es, exactement ?
Le garçon, l'air embêté, confessa.
-Je ne sais pas...
