Confession

D'Jok soupira lourdement, en tailleur sur son lit, la tête dans les mains. Ses cernes s'étaient creusés en même temps que les nuits blanches s'étaient enchaînées. Mécaniquement, il attrapa son téléphone et alluma l'écran, consultant l'heure. Un affligeant « 04 : 06 » trônait sur le coin supérieur gauche. Il reposa l'appareil et regarda par la fenêtre. Il trouva dehors le même décor de fin du monde que depuis sa naissance. Les bâtiments à moitié engloutis par la neige que le vent charriait par gros nuages. Les enseignes aux lumières vacillantes et desquelles pendaient des stalactites que l'on brisait inlassablement chaque matin. A ceci s'ajoutait son reflet dans la vitre. Celui d'un jeune homme épuisé d'avoir bien trop réfléchi au conditionnel. « 04 : 27 ». Il saisit son portable et appela Micro-Ice. Il tomba évidemment sur sa messagerie et un frêle sourire étira ses lèvres. Cette voix. Il raccrocha avant que l'enregistrement ne débute et recommença. Cette voix. Cette voix. Cette voix. Il en oublia de couper l'appel. Son silence fut sauvegardé. Il jeta son téléphone, le reprit, et composa le même numéro une cinquième fois. Lorsque le signal sonore lui indiqua qu'il pouvait parler, il rit nerveusement.

-S-Salut, Mice. C'est D'Jok... Je... Je ne sais pas quand tu écouteras ce message mais je... Tu dors. Tu fais vraiment une énorme sieste. Et je... Il est quatre heures du mat', ah, ah... Il est quatre heures du mat' et je suis dans mon lit. Je me disais... Enfin, tu vois ? Quand on était petits, on dormait ensemble alors, oui, je me disais que... Je me disais que... Non, rien.

Il interrompit précipitamment la communication, haletant. Puis il rappela.

-C'est... C'est encore moi, désolé. J'ai... des tas de choses à te dire. Je ne sais pas par où commencer. Dis, tu... Tu te souviens ? On était inséparables ! Ouais, on était... Inséparables.

Il renonça et se leva, faisant les cent pas. Il se figea au milieu de sa chambre.

-PUTAIN DE MERDE ! Vociféra-t-il.

Il essaya de se calmer. Vainement. Car c'est avec un perceptible brin de folie qu'il laissa un nouveau message.

-Tu savais tout de moi ! Et je savais tout de toi ! Tu m'as tout avoué, tout pardonné. Jusqu'à l'erreur que j'ai faite avec Mei... Je te l'ai volée. Tu ne m'as plus parlé d'amour. Et je l'ai fait fuir. Tu ne m'as plus parlé du tout. Alors j'ai fui à mon tour. Nous nous sommes perdus, de faille en cachotterie. Donc je n'ai rien su pour Ahito. Je l'ai découvert, comme les autres, dans le vaisseau, lorsque Simbaï s'est écartée et qu'il t'a sauté dessus, serré contre lui, te suppliant d'ouvrir les yeux. Je l'ai entendu. On l'a tous entendu. Cet absurde « mon amour » qu'il a gémi. C'était la première fois que j'avais envie de tuer quelqu'un.