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Une douleur infernale lui sciait le crâne et il avait comme des milliers d'épines enfoncées dans la cage thoracique. Chaque inspiration était une torture. Sa tête reposait sur le torse de l'adulte. Celui-ci avait remis ses fourrures, quoique quelques-unes avaient servi à envelopper le plus jeune. L'hiver les entourait et il neigeait tant que, régulièrement, le craquement d'une branche d'arbre rompant sous la masse des flocons accumulés résonnait dans le silence permis par l'absence momentanée de blizzard. Le vieillard s'était abrité comme il l'avait pu entre d'imposantes racines. Il tenait le fugitif contre lui, l'étreignant fermement. Il sursauta quand le garçon gigota.
-Reprenez vos fourrures..., fit faiblement le plus jeune. Je n'ai pas froid...
-... C'est toi qui le dis, p'tit, répliqua l'homme après une poignée de secondes.
-Je vous assure..., insista le fugitif. J'ai mal mais je n'ai... Je n'ai pas froid...
-C'est des idioties. Tu trembles comme une feuille. Tu es gelé. Je te ramène en ville. Il faut que tu voies un médecin, déclara l'adulte.
-N-Non... Je vais bien..., protesta le garçon.
-C'est pas l'impression que j'ai eue lorsque tu es devenu aussi pâle qu'un mort. Que tu t'es mis à hurler. Que tu as vomi. D'abord tes tripes, ensuite du sang. Puis que tu t'es effondré. Je t'ai secoué, giflé ; tu n'es pas revenu à toi. Alors j'ai pris la route. Je fais simplement une pause, parce que tu pèses ton poids, et je continue.
-Je vais bien..., s'obstina malgré tout le plus jeune.
-Tais-toi. Tu délires.
-Je vais bien... C'est cette planète qui est malade... Mais, un jour... Je serai assez fort pour la guérir. Et ma mère... sera très fière de moi...
Un instant ailleurs, il s'exclama bientôt, de la joie dans ses pleurs ;
-Ça y est ! Je me souviens ! Je me souviens des berceuses qu'elle me chantait ! Je me souviens... Je me souviens...
Son corps lui rappela cependant cruellement sa situation et il grimaça.
-Pourquoi ?... Pourquoi tenez-vous tellement à m'aider ?... Vous avez peur de moi... Vous vous interrogez beaucoup... Vous doutez... Pourtant, vous paraissez si serein... si sûr de vous quand vous parlez... Vous n'êtes pas en accord avec vos échos... Pourquoi refusez-vous de les écouter si je vous effraie tant ?...
-... Je n'comprends rien à ce que tu racontes, maugréa le vieillard. Mais je n'vais certainement pas abandonner un gosse pour qui je peux peut-être quelque chose, même si ça doit me mettre en danger.
-Je vois que... vous êtes... décidé..., s'amusa le fugitif avant de sombrer à nouveau.
