Refuge

Norata vivait à l'écart de la ville. Ses contacts avec l'extérieur se résumaient au livreur qui, chaque semaine, lui apportait de quoi se nourrir, ainsi qu'aux appels téléphoniques passés par ses clients. Fleuriste, ça n'avait jamais fait partie de ses projets d'avenir mais, ce dernier, on le lui avait tranché en même temps que la jambe gauche. Or, l'ancien défenseur avait la main verte, et la Catastrophe ayant pulvérisé la flore d'Akillian... Les gens, sitôt la reconstruction achevée, auraient vendu leurs organes pour une plante ou deux. Tout commerce basé sur l'exploitation de la nostalgie ne pouvait que prospérer. Ainsi que ceux alimentant -selon lui de façon malsaine- l'espoir. Maya pouvait en témoigner.

Enfin, ce n'était pas son problème. Lui, avec un membre en moins, une maison à rebâtir, et un métier à retrouver, s'était vu abandonné par son épouse qui, afin de poursuivre ses rêves, lui avait si généreusement laissé un enfant sur les bras. Kira, il l'avait aimée autant qu'il l'avait haïe. Même à présent qu'elle lui était revenue, qu'il redécouvrait le bonheur de vivre à ses côtés, il n'était pas certain de lui avoir totalement pardonné sa fuite égoïste. Il n'en laissait toutefois rien paraître. L'heure n'était plus à la rancœur. Cela lui avait pris du temps, mais la tranquillité, le silence, la beauté angoissante de l'étendue blanche auréolant son foyer... Ce vide qui avait tant de sensations à donner... Tout cela avait finalement eu raison de ses souffrances passées.

-Le vent se lève, le prévint alors sa femme. Je vais vérifier que rien ne traîne dehors.

Quittant son labeur des yeux, l'ancien footballeur nota, au travers de la fenêtre, que le ciel n'annonçait effectivement rien d'appréciable. Il s'en fut donc attraper une télécommande grâce à laquelle il lança la fermeture des volets automatisés de la demeure. Il alluma les lumières et, alors qu'il préparait tout un arsenal de bougies et briquets en cas de coupure de courant, il entendit son épouse l'appeler sur une étrange tonalité. Sourcils froncés, il s'aventura à l'extérieur. Un inquiétant bonhomme y grondait, anxieux ;

-Il n'y a nulle part où s'abriter dans les environs. Nous nous ferons rattraper par la tempête avant d'avoir trouvé un endroit sûr. Même si vous me refusez l'asile, prenez au moins le p'tit. Je vous en prie. Il est malade.

Et il semblait réellement qu'il avait précautionneusement emmitouflé un corps.

-Je peux voir le gamin ? Demanda Norata en passant un bras protecteur devant Kira.