Confusion
Des voix. Tant de voix et d'échos l'assaillaient, envahissaient son esprit brûlant. Et l'on criait, on protestait, on s'indignait. Tout ce bruit, cette effervescence... ce chaos d'émotions violentes... C'était insupportable. Et ces suppliques... D'où venaient-elles ? De même que ces lamentations ou cette terreur... Une détresse intolérable l'asphyxiait. Mais étaient-ce réellement ces échos épouvantés qui l'empêchaient de respirer ? Il avait l'impression qu'on appuyait férocement sur sa gorge. Et on pleurait. Oui, on pleurait tandis qu'on l'étranglait.
-Pardonne-moi... Pardonne-moi, pardonne-moi, pardonne-moi..., le priait-on, sanglotant.
Suffoquant, il porta mollement quelques coups dans ce qui devait être le bras de son agresseur. Il n'y voyait rien. Son corps lui répondait à peine. Ces trop nombreux et trop puissants échos l'étourdissaient. Il n'arrivait pas à parler. Son fluide se taisait, plus concerné par l'orage qui vociférait que par la situation de son hôte. Le garçon se sentait partir. Il lui fallait se défendre avant qu'il ne soit trop tard. Il devait... se raccrocher à quelque chose. N'importe quoi. Comme... Comme par exemple cette colère presque palpable. Cette rage, ce désir désespéré de détruire. Ce dégoût. Cette haine.
Sa vision se rétablit brusquement et il passa à l'attaque, noyant la pièce dans un nuage bleuté. Il ne lui fallut qu'un instant pour se retrouver à califourchon sur son adversaire, le poing brandi. De la glace couvrait son bras, de son coude jusqu'au-delà de ses phalanges, formant une lame dont la pointe acérée menaçait l'ennemi. Dans cette chambre fleurie dont les draps du lit étaient imbibés de sang, il se figea alors que son agresseur le fixait, tétanisé, les yeux rouges et le visage trempé. Il semblait incapable de prononcer un mot, mais ses échos, eux, en disaient long sur ses intentions.
-Ce... Ce n'est pas toi, comprit le fugitif. Tu n'essayais pas de me tuer.
Désormais qu'il était pleinement revenu à lui, le garçon parvenait à trier les échos qu'il percevait, et ceux du jeune homme qu'il surplombait n'étaient en rien malfaisants. Pour autant, il resta sur la défensive.
-Si tu ne cherchais pas à me tuer, qu'est-ce que tu faisais ? S'enquit-il sur un ton polaire. Tu n'as pas vu que j'étouffais ?
Son suspect demeurait muet, ses mains couvertes de sang de chaque côté de sa tête.
-Réponds ! Ordonna la proie convertie en chasseur.
