Assassin
Détruire une Source n'était pas une tâche aisée. Il ne s'agissait pas de lui faire sauter le crâne ou de lui arracher le cœur... Les dégâts physiques seraient irrémédiablement effacés par le concours des fluides acharnés. On ne « tuait » pas une Source, on l'épuisait. Le noyau s'équilibrait durant la stase, oui. Mais il lui fallait encore se développer durant la période dite de maturation. La vie entière de son hôte, après son éveil, s'avérait d'ailleurs bien souvent insuffisante pour que sa croissance atteigne son apogée.
Voilà pourquoi, en dépit de leurs folles capacités de régénération, les Sources restaient mortelles. En les poussant à user et abuser de leurs fluides, en les forçant à combattre jusqu'à ce qu'elles outrepassent les réserves de leur noyau, elles s'éteignaient, purement et simplement. Toutefois, cela demandait des efforts et des sacrifices importants, voire dramatiques.
Alors, bien sûr, quand Aarch lui vendit inconsciemment Micro-Ice, révélant à la guérisseuse l'état de santé pour elle miraculeusement défaillant de la Source, elle bondit sur l'occasion. Elle se précipita vers la demeure de Norata, craignant à tout instant d'être coincée par l'orage. Elle parvint néanmoins à atteindre sa destination et à saisir l'opportunité d'en finir avec cette histoire sordide. A peine avait-elle pénétré la chambre du couple sur le lit duquel Micro-Ice gisait qu'elle dégaina un poignard jusque-là dissimulé dans une de ses amples manches.
Son geste fut vif, assuré, imparable. Un flot de sang ne tarda pas à s'échapper de la gorge de la Source dont les membres furent bientôt secoués par des spasmes accusateurs. Micro-Ice ouvrit les yeux, son regard déjà terne la transperçant tandis qu'il produisait d'écœurants borborygmes. Dire que tout ça n'avait pris qu'un instant... Ôter une vie était si facile ! Simbaï s'aperçut qu'elle pleurait. Son arme gouttait depuis sa poigne aux phalanges blanchies. Elle contemplait son œuvre sinistre, abasourdie.
Soudainement, on lui agrippa le bras, le tordant afin de lui arracher son poignard. Puis on la ceintura, l'entraînant sans douceur aucune hors de la chambre. On s'époumona sur elle, la secouant, l'insultant, exigeant des réponses qu'elle ne donna pas, ce qui ne fit qu'envenimer la situation. Elle le savait ; l'acte qu'elle avait commis était justifié, mais pas moins infâme. Personne d'autre qu'elle, dans ce bâtiment, n'était en mesure de comprendre la nécessité de cette atrocité.
Cependant, en voyant Aarch s'engouffrer dans la chambre à la suite d'un visage plus jeune mais tout aussi familier, elle finit par lâcher, hagarde ;
-Pourquoi personne ne m'a-t-il dit qu'Ahito était ici ?
