Jeu d'échecs
Première partie: Dramatis personae
Troisième chapitre: Those who cannot stop for death / Fuite en avant
Auteur: Rain
Disclaimer: Shaman King ne m'appartient pas, vous pensez bien. D'ailleurs, je ne me fais pas de sous avec.
Soundtrack: Centuries (Fall Out Boy) & Start Swimming (Delhain)
Note:
Deuxième partie du chapitre découpé, du coup, qui est un peu court pour moi. Je me demande si ça va arriver à chaque fois. Ce serait presque drôle. On verra bien!
Dans son chapitre, Lili dit, en aparté, qu'elle trouve son pouvoir plutôt inutile (ou alors c'est le traducteur?) Je trouve qu'elle a tort, mais tort à un point terrible. Elle peut forcer les gens à endurer les souffrances Seminoa, y compris la sensation/vision d'un bras/d'une jambe coupée, de façon si réaliste que Ren et co s'y font prendre... c'est une sacrée distraction, si ce n'est un moyen de faire s'évanouir l'adversaire. Elle pourrait être un adversaire de taille... #Regrets
Le titre anglais est une allusion au poème d'Emily Dickinson (géniale poétesse américaine), Because I could not stop for death, (he kindly stopped for me).
« Cela va être très douloureux. Plus vous resterez en contact avec les esprits, plus cela s'intensifiera. Mon pouvoir vous permettra de voir les souvenirs de ma tribu, mais surtout de connaître leurs souffrances. Ce sera exactement comme si vous étiez eux. Vous pensez vraiment être prêts? »
Jeanne concerta les deux autres du regard.
C'était difficile de laisser aller son fantôme, et d'accepter l'idée de se laisser attaquer. Mais Shamash et Siegfried étaient sagement rangés à la lisière des arbres. Quant à Thenral... Elle n'était pas sûre de voir l'esprit de Nyôrai, mais elle ne le sentait pas près d'eux.
Ladite Nyôrai n'était visiblement pas rassurée. Les mains réunies dans son dos, elle fixait nerveusement le sceptre de la Seminoa, un peu en retrait entre Achille et elle. « Nous avions tout de même le temps de prendre une douche, » protesta-t-elle entre ses dents.
Jeanne était bien d'accord, mais le Grec n'avait pas voulu attendre une seconde avant de se soumettre à l'épreuve. Ils avaient à peine fini de manger qu'il demandait déjà ce qu'il fallait faire pour se préparer. Voilà pourquoi ils étaient tous dehors, dans la chaude lumière de la fin d'après-midi. Datura et son équipe attendaient près de la porte pour les ramener à l'intérieur lorsqu'ils tomberaient évanouis. Jeanne aurait eu tendance à se méfier d'une épreuve qui devait forcément se finir par une perte de conscience, mais ils n'avaient pas le choix s'ils voulaient progresser. Ils savaient bien que leur temps était compté, et ils avaient déjà perdu plusieurs jours.
Nyôrai oscillait entre ses orteils et ses talons. Achille, comme à son habitude droit comme un piquet, pianotait de ses doigts sur le tissu de son pantalon. Jeanne se rendit compte qu'elle-même mâchouillait sa lèvre comme un bonbon. Ils étaient nerveux, tous. Mais ils étaient prêts.
Aussi prêts qu'ils pouvaient l'être, en tout cas. Alors elle releva la tête. « Oui. Allons-y. »
Lilirara n'attendit pas de seconde confirmation. Levant son sceptre, elle l'abattit devant elle dans un cri. « High speed image – Memory Soul ! » Immédiatement, ses poupées - ces poupées si inquiétantes et pataudes - s'animèrent. Elles se ruèrent, soudain terriblement agiles, sur les trois adolescents. Achille eut un moment de recul, mais c'était trop tard; une main de bois s'était abattue sur son épaule, et il tomba par terre dans un grognement douloureux. Jeanne n'eut pas le temps de s'inquiéter; la première des poupées venait de toucher son front, et déjà elle s'envolait haut, si haut...
Quand elle rouvrit les yeux, Jeanne était ailleurs.
Le monde autour d'eux était saturé de couleurs dures. Un ciel magnifique, fait de violets et de rouges, s'étendait à perte de vue, à peine accroché à la terre par des rocs et des falaises tout aussi rouges que les nuages. Une espèce de chant sourd, de pulsation colorée faisait battre ce paysage et donnait envie d'avancer, de se précipiter. C'était comme si le but - pas un but, pas son but, simplement le but, le but de tout et de tous - était tout proche, et faisait danser le coeur.
Mais voilà, entre le but et eux, il y avait lui.
Il ne lui ressemblait pas énormément, mais elle l'avait déjà vu sous une forme adulte, et ça aidait à rattacher la vision à son nom. Ses traits étaient plus durs, plus triangulaires. Ses cheveux étaient un peu moins sombres, ses yeux n'avaient pas leur forme bridée. Mais c'était son sourire qui tirait cette bouche, sa flamme dans ces yeux, sa façon de se tenir.
Achille prit une inspiration à son côté. « C'est...
- Hao, » murmura Jeanne, sans quitter la silhouette des yeux. « C'est Hao.
- Hao? Mais... » Nyôrai ne comprenait pas. « Hao est dans le présent. Nous sommes dans le passé, non?
- Je ne sais pas comment c'est possible, » répondit la Française sur le même ton, « mais c'est lui, c'est sûr. »
C'était Hao et il portait une tenue semblable à celle des Paches, tout en tissu beige et peintures noires. Ce n'était pas le « Hao » qu'elle avait vu dans le monde du Tchô Senji Ryakketsu, c'était quelqu'un d'autre, et pourtant c'était lui.
Une fois ce premier choc passé, la Française se rendit compte d'une chose: il ne les regardait pas. Il ne les voyait tout simplement pas. C'était une illusion distincte de l'épreuve qu'Hao lui avait fait passer; elle n'en était pas le sujet, simplement l'observateur.
L'adulte, en effet, se contentait de fixer les silhouettes devant eux, et soudain Jeanne se rendit compte de leur présence.
Ils étaient quatre, quatre jeunes hommes forts. Jeanne, si elle se laissait attraper par le tableau, sentait les coutures de cicatrices étrangères tirer sur son dos et ses jambes, ainsi que le souvenir de mille et un combats faire chanter ses mains. Celui auquel elle se sentait ainsi rattachée était jeune encore, plus jeune que l'adversaire qui se dressait sur leur chemin. Il avait vingt-cinq ans, selon sa compréhension à elle, mais il était déjà un guerrier accompli. Il avait traversé à pied les étendues désertiques et la grande forêt qui séparait son hameau des plaines de Diringo; il avait rencontré de nombreux Shamans et de nombreux obstacles entre Diringo et Mesa Velde, mais il savait que le village Pache n'était plus loin. La chanson du sol et du sang venait de lui, en fait.
« Les guerriers Seminoa étaient en route pour participer au Shaman Fight. » La voix de Lilirara semblait venir de partout et de nulle part. Les mots vibraient autour du paysage et de ses oreilles. En plissant les yeux, Jeanne pouvait la voir, à la place de Hao, dans le monde réel. Mais se concentrer sur deux images à la fois lui faisait mal au crâne, alors elle laissa le tableau la reprendre. « Ils étaient forts, et ils avaient bon espoir de changer le monde. Ils partaient pour amener l'honneur et la prospérité à leur village. Mais surtout, ils savaient qu'ils ne pouvaient pas laisser faire la tribu des Paches, qui dominait le tournoi, car ceux-ci étaient ivres de puissance et ils voulaient détruire le monde. »
Jeanne fronça les sourcils. Ça, c'était nouveau. Les Paches, ivres de puissance? Elle n'avait jamais considéré les Organisateurs comme quoi que ce soit d'autre que des personnes neutres, seulement concentrées sur leurs tâches. Mais après tout, elle n'avait vu Rutherford qu'une seule fois - et c'était eux qui maîtrisaient toutes les règles. Elle avait peut-être encore sous-estimé la complexité du tournoi...?
Achille, à son côté, osa un, « comment...?
- Nous ne l'avions pas inventé. L'enfant des Paches nous l'avait dit. Il voulait créer un royaume des Shamans et il voulait que les Seminoa se mettent à son service. »
Le brun et Jeanne échangèrent un regard. Hao. Cela ne pouvait être qu'Hao, même si cela ne semblait pas possible. Les Paches étaient-ils de mèche avec lui? Jeanne avait du mal à l'imaginer, et surtout très peu envie d'y croire. Si les Organisateurs étaient de son côté, alors les dés étaient pipés pour de bon, et ils n'avaient aucune chance.
Mais les rares Paches qu'elle avait vu - Rutherford, et surtout Silva - n'avaient pas l'air d'aimer Hao, bien au contraire. Silva avait failli lui sauter dessus, et Rutherford avait toujours eu l'air mal à l'aise. Que fallait-il comprendre ? La vision cherchait-elle à les tromper, ou l'attitude des Paches était-elle un artifice ?
« Ceci est la chanson de la désolation Seminoa, » dit encore Lilirara, et soudain le tableau s'anima. L'un des Seminoa, celui qui n'était pas lié à une âme du présent - Nipaa - s'avança, le poing levé. « N'importe quoi! Les guerriers Seminoa ne s'inclineront jamais devant toi.
- Bien dit, » ajouta Yofia. « Ton rêve s'arrête ici, Pache! »
Les deux soldats se précipitèrent en avant, et Achille avec eux. Ils étaient plus nombreux, et ils avaient passé leur vie à s'entraîner pour cette occasion; pas un des quatre ne semblait avoir le moindre doute quant à leur supériorité. Un instant, Jeanne ne sut pas ce qui allait se passer.
Elle avait eu tort de douter de lui. Soudain, sans que le Pache ne s'émeuve, le bras et la jambe de Nipaa lui étaient arrachés par une attaque invisible. Il tomba au sol dans un râle. Yofia - le Shaman qui ancrait Achille dans la vision - arriva plus près; mais un second coup le coupa en deux. Jeanne ne put s'empêcher de laisser échapper un cri de surprise. Hao ne semblait même pas avoir bougé. C'était comme s'il se contentait d'ouvrir la main, et quelqu'un tombait près d'eux.
« Pauvres petits idiots, » souffla l'ennemi. Sa voix même n'était pas celle du Hao présent, et pourtant elle reconnaissait le ton, les inflexions, la morgue. « Si vous aviez accepté de m'écouter, vous auriez moins souffert. »
Drysa, les larmes aux yeux, tenta à son tour d'attaquer avec un cri sauvage. Nyôrai retroussa les lèvres, sentant visiblement ce qui allait se passer; mais, prête ou pas prête, elle ne put retenir le grognement de souffrance quand une force invisible percuta le guerrier au ventre et le transperça complètement. Elle aussi disparut, laissant Jeanne seule.
Autour d'elle, le silence se fit. Même Nipaa avait cessé de gémir. Seule la respiration hachée du dernier guerrier – Ian, il s'appelait, Ian, vingt-cinq ans, le plus jeune et frêle des quatre, celui qui ne venait presque que pour soutenir ses amis – s'entendait encore. Il était tombé en arrière à cause du souffle des attaques, et il reculait en rampant alors qu'Hao s'approchait à grands pas. Un vague goût de sang – venu de l'odeur, sans doute – remplissait la bouche de Jeanne.
Ian n'arrivait pas à réaliser ce qu'il se passait. Le Seminoa était sous le choc. C'était ses amis sur le sol, sa famille, les plus forts de sa tribu. Ils étaient censés revenir victorieux. Ils étaient censés ramener l'abondance et la vie à leur village –
« Tu le peux encore, » murmura le Pache devant eux. La voix d'Hao s'était faite douce soudain, trop douce, il n'aurait pas dû avoir le droit de faire chanter sa voix ainsi. C'était insidieux, comme le murmure de l'eau au fond du puits, au village. « N'aie pas peur, je ne suis pas en colère. Tu es le dernier espoir de ta tribu. Tu ne voudrais pas qu'il s'éteigne à cause de toi, si... ? Je te donne encore une chance. Acceptes-tu de m'aider ? »
Comment osait-il ? Jeanne avait de plus en plus de mal à séparer ses propres sentiments de ceux du guerrier. C'était ses amis par terre. C'était sa patrie – les humains – qu'Hao menaçait. Son espèce de chantage ne prenait pas. Le Seminoa releva la tête. Ses joues étaient striées de larmes de rage.
« Arrête tes conneries. Les guerriers Seminoa ne s'inclineront jamais devant toi, » souffla-t-il, et Jeanne le dit avec lui. Ils se précipitèrent dans une attaque surprise –
« Quel orgueil, pour une si petite tribu... »
Spirit of Fire apparut un instant derrière lui, rayonnant, gigantesque.
Jeanne et Ian ne virent pas Hao bouger, mais ils sentirent la griffe passer entre leurs épaules et leur tête. Ils virent le sang gicler, et ils virent la poussière du sol, et ils ne virent plus rien du tout.
« Ah...! »
La Shamane se redressa en position assise. Elle avait chaud et elle haletait; mais elle n'était pas dans la poussière du désert. Elle était assise sur un lit, et une main était posée sur sa main, et Hao n'était nulle part. Sa tête était toujours sur ses épaules.
« Du calme, du calme. Vous êtes revenus, tout va bien. » Levant les yeux, la Shamane découvrit le visage de Lilirara, tout près d'elle. Instinctivement ses yeux se concentrèrent sur le tatouage gravé sous l'œil droit de la Seminoa. « C'est la marque de la chanson de la désolation, » expliqua celle-ci en levant une main pour l'effleurer. « Tant que les guerriers n'ont pas trouvé le repos, ils sont scellés là. Tu ne risques rien, Ian ne te touche plus. »
Jeanne passa une main sur son cou. Elle avait l'impression de sentir la griffe de Spirit of Fire lui passer dans la gorge en une coupure nette, simple, glougloutante. Mais il n'y avait pas de sang, pas de blessure sur son cou, rien. « Ça avait l'air tellement réel...
- Je sais, » fit la Seminoa. Assise sur l'autre lit, elle avait perdu un peu de sa sauvagerie apparente; elle avait l'air plus petite, plus désespérée. « Ian est le plus émotif des quatre, il est difficile à maîtriser, et tu es restée très longtemps avec lui, vos consciences étaient en train de se fondre l'une dans l'autre. »
Jeanne cligna des yeux, un peu secouée par l'idée. « Mais maintenant, nous sommes séparés. Quand ils sont scellés, ils n'affectent personne, si? »
Le sourire de Lilirara sembla trembler. « Personne à part moi, non. Le rôle de prêtresse des Seminoa est... difficile. Mon père était le seul enfant avec du sang de la tribu, mais les garçons ne peuvent pas transmettre et maîtriser les visions. Il n'a donc pas pu m'apprendre à le faire. Quand j'étais petite, c'était... terrible. Ils ne sont pas méchants, mais...
- Ils se comportent comme des jibakurei, » comprenait Jeanne. « Ils sont bloqués sur cette image et ils veulent absolument la transmettre, c'est ça?
- C'est ça, » confirma la brune. « C'est une malédiction, au fond, une malédiction qui a duré trop longtemps. Quoi qu'il arrive, je veux que le secret des Seminoa prenne fin avec moi. Mais j'espère... enfin... je me dis que peut-être que je pourrai trouver d'autres réponses au village Pache. »
Jeanne acquiesça. Son départ prenait sens, finalement. « Le guerrier avec qui j'étais... Il semblait convaincu qu'Hao représentait tous les Paches. Que c'était un piège. Vous disiez aussi que les Paches en général voulaient ce royaume des Shamans. Mais vous y allez quand même ? »
Lilirara cligna des yeux, et détourna son regard vers la fenêtre.
« Je le pensais. Mais Yoh, l'un des garçons qui est passé ici... Il m'a dit que son organisateur était tout à fait différent et qu'il haïssait Hao. Que les Paches étaient entièrement neutres. Il en était tellement convaincu que... je pense qu'il faut creuser.
- Moi aussi, je pense que c'est plus compliqué, » acquiesça la Française. « Hao est... enfin, il n'est pas qu'un Pache. Mais c'était lui dans la vision, j'en suis sûre. Je veux dire – je ne parle pas d'un ancêtre ou d'une simple ressemblance. C'était sa voix, et sa façon d'être, et... c'était lui, juste lui. » Confuse, Jeanne regarda ses mains. « Pourtant il est dans le présent avec nous.
- Je ne connaissais pas son nom, » souffla Lilirara sans la regarder. « Je l'ai vu si souvent, et pourtant, je ne sais rien de lui, si ce n'est qu'il est la raison pour laquelle je suis comme je suis. Si tu dis qu'il est de nouveau dans le tournoi... je dois en apprendre plus. Je veux découvrir la vérité. Pour la tribu. Et pour moi. »
La façon dont elle le disait donna l'impression à Jeanne qu'on lui pinçait le cœur. C'aurait pu être ses mots, ç'aurait pu être sa façon de dire ce qu'elle voulait. Découvrir la fin de l'histoire, et la changer si elle ne lui plaisait pas. « Je comprends, » acquiesça-t-elle. Il y eut un silence.
Dehors, il y eut un bruit de portière qui se fermait. Jeanne regarda curieusement la fenêtre.
« Datura et ses amis sont en train de charger le camion. J'ai pris des provisions, des vêtements de rechange, tout ce qu'il faut. Je suis aussi allée chercher tout ce qui reste d'argent à la maison Seminoa, ainsi que les poupées des ancêtres. Je ne sais pas exactement ce qui nous attend sur le chemin, alors j'ai prévu large. » La voix de Lilirara se tut un instant, comme si elle attendait un commentaire.
« C-c'est une bonne idée. Il ne faut plus perdre de temps, » finit par dire Jeanne. Elle n'avait pas plus d'informations, après tout, et elle ne se sentait pas la plus indiquée pour vérifier si tout était bon.
Alors Lilirara tapa dans ses mains. « Tu dois être fatiguée. Tes deux amis sont allés se laver, ils vont revenir bientôt. Vous dormirez tous ici ce soir. Je te montre la douche? »
La jeune fille acquiesça, prenant lentement en compte son environnement. Elle était sur un petit lit simple, aux ressorts un peu durs mais bien agréables comparés aux lits de camp d'Hao. Elle n'avait plus l'habitude de vrais lits... Lilirara, elle, quittait la couchette du bas d'un lit superposé. La chambre était petite, mais agréable, colorée qu'elle était par la lumière du soir, qui rentrait par une grande fenêtre à sa gauche. S'étirant, la Française emboîta le pas à son hôte, qui sortait déjà de la chambre. « Merci de prendre soin de nous, Lilirara. »
La brune ne répondit pas, mais peut-être n'avait-elle pas entendu. Bientôt elle la laissa devant la porte d'une grande salle de bain, et lui indiqua la chambre où elle dormait, s'il y avait besoin d'elle; puis Jeanne fut seule face à la porte. Des voix s'échappaient de l'intérieur, à la limite de l'inaudible. En rentrant, Jeanne ne fit pas de bruit; elle distingua les deux adolescents près de la fenêtre. Ils lui tournaient le dos et ils portaient des espèces de vêtements dépareillés, probablement empruntés aux poupées de leur hôtesse. Nyôrai se séchait les cheveux dans une grande serviette blanche; Achille brossait ses vêtements poussiéreux en grommelant. Puis, soudain, il leva sa brosse et menaça la brune avec. « Jeanne te fait confiance, mais pas moi. Fais attention à ce que tu fais, parce que moi je te regarde, » prévint-il à voix basse. Il pensait que la Jeanne en question ne l'entendait pas, mais, malheureusement pour lui, il avait tort.
La Française l'attrapa par l'oreille et tira. « Tssk, tssk, Achille, mets-y un peu de bonne volonté. » Elle le relâcha ensuite, sous une pluie de protestations. « Tout va bien? »
Interrompu au milieu de sa tirade, le brun rougit, pâlit, abaissa ses mains. Il était comme mal à l'aise soudain. Les deux adolescents l'étaient, en fait. « J'aimerais ne pas refaire cette expérience tous les jours, » avoua Achille. « Il avait un regard si froid...
- Allez, ce n'est pas comme si on était dans la même situation. » Nyôrai, appuyée contre la fenêtre, semblait chercher à retrouver sa morgue naturelle, mais c'était sans grande conviction. « Vous êtes de son côté, il ne nous fera rien. »
Achille ne répondit pas; il regardait Jeanne. Sans entendre ses pensées, celle-ci les devinait bien. Hao les avait mis à l'écart, tous les deux. C'était sans doute pire pour lui, puisqu'ils ne savaient pas exactement pourquoi son maître adoré l'avait mis dans cette situation. Mais il n'était absolument pas sûr que le Shaman de Feu tienne tant que ça à les garder en vie.
Ce n'était pas le genre de choses à dire devant Nyôrai, même s'ils étaient aussi inquiets l'un que l'autre. S'ils lui disaient ça, elle prendrait certainement la porte et chercherait une autre équipe...
« Tu as raison, nous ne risquons rien, » fit finalement la Française. « Je vais me doucher et je vous rejoins. » Les deux autres acquiescèrent et repartirent, leurs tenues sous le bras. Jeanne lâcha un soupir et se mit au devoir de se récurer. Elle était un peu dépassée par les événements. Il y avait tellement de fils emmêlés dans cette histoire, et tellement de questions qu'il restait à éclaircir...
Quand elle eut fini, la jeune Shamane passa les vêtements laissés à son attention et rejoignit la chambre où l'attendaient les deux autres. Elle en avait profité pour se laver les cheveux et se débattait désormais avec son peigne. Nyôrai avait choisi la couchette du haut, et Achille s'était installé sur le lit de l'autre côté de la chambre. Ils ne parlaient pas, mais ils ne dormaient pas; Nyôrai trifouillait son carnet, et Achille lisait. Lilirara lui avait donné un sac, en attendant qu'ils retrouvent Hao et leurs affaires: il y avait plié ses vêtements, et ajouté plusieurs livres aux couvertures poussiéreuses que Jeanne n'osa pas aller regarder de plus près.
Pendant un moment, ils ne parlèrent pas. Jeanne se démenait pour faire de l'ordre dans sa chevelure emmêlée. Elle voulait les tresser pour éviter de tels déboires plus tard, mais les mèches lui échappaient sans cesse.
« Tu m'énerves, » finit par lâcher Achille, qui n'arrivait pas à lire. « Viens là, je vais te le faire. »
Jeanne le regarda, doutant un peu de ce qu'il disait, mais il avait fermé son livre et il s'était redressé. Elle n'avait pas grand-chose à perdre. Se relevant, elle marcha jusqu'à lui, et grimpa sur son lit. « Merci, Ash.
- Tout le plaisir est pour toi, mais tu me fais de la peine à te débrouiller si mal. »
Rabrouée, la Française se tut, le laissant faire à son idée. Achille était... particulier, quand il s'agissait des cheveux. Des siens, d'abord, et de ceux des autres. C'était Turbein qui lui avait appris, au tout début pour lui-même, puis pour Marion. La petite blonde ne supportait pas l'idée de se couper les cheveux, mais elle était invariablement trop frustrée pour s'en occuper, alors Achille, Turbein, Hao et Mathilda le faisaient à tour de rôle.
« Je me demande comment vont les autres. » C'était dit à voix basse, comme une pensée en formation.
« Ils te manquent? Ce serait trop drôle, » répondit Achille, mais il était moins coupant que d'habitude. Peut-être était-il trop concentré. Peut-être qu'ils lui manquaient aussi. « Tu n'as pas à t'inquiéter, en tout cas. Ils étaient avec le seigneur Hao. Je suis sûr qu'ils sont déjà au Village Pache.
- Sûr, » répéta-t-elle. « S'il y est déjà allé, évidemment, il sait où c'est. Il part avec une longueur d'avance. »
Achille avait divisé la masse de cheveux blancs en deux parties; il arrivait maintenant au bout d'une première longue tresse. « Tu penses que c'était vraiment lui?
- Je ne vois pas qui ça serait d'autre. Il parlait comme lui, il souriait comme lui, c'était lui. Lui il y a cinq cent ans.
- Vous imaginez, » et le ton de Nyôrai était rêveur, « avoir un rêve qui vous tienne si fort à cœur que vous reviendriez même d'au-delà de la mort? »
Jeanne tourna les yeux vers elle. Achille fit claquer l'élastique en refermant la tresse, puis se mit à la suivante, sans un mot. Il la boudait, réalisa sa camarade. Ils n'étaient pourtant pas près de pouvoir s'en séparer. Et encore, il fallait qu'ils veuillent s'en séparer. Ses pouvoirs seraient tellement utiles dans le tournoi...
« Dis, Jeanne. » C'était Achille. Elle bougea un peu la tête, signifiant qu'elle écoutait. Elle sentait ses doigts contre son crâne encore, occupés à démêler les mèches rebelles.
« Tu n'es pas d'accord avec le projet de royaume des Shamans d'Hao-sama, d'accord. Mais tu veux quoi, toi? »
Jeanne fronça les sourcils, sans bien comprendre. « C'est-à-dire? Là maintenant? »
« Non. Si tu devenais Shaman Queen, qu'est-ce que tu voudrais? Pour le monde en général, je veux dire. Quels changements tu ferais? »
Nyôrai se redressa dans son lit, visiblement intéressée. « Je croyais que le groupe d'Hao le soutenait entièrement... »
Achille, en tenant la tresse d'une main, secoua l'autre pour la faire taire. « Jeanne, c'est un cas à part. Laisse-la juste parler, tu veux? »
L'intéressée regardait ses mains, posées sagement sur ses genoux alors qu'elle cherchait à réfléchir. C'était une bonne question, ça. Qu'est-ce qu'elle voulait pour le monde?
Jusque-là, elle n'avait pas réfléchi en ces termes. Elle voulait arrêter Hao, certes, elle préférait un monde où il n'était pas roi. Il allait tuer trop de gens. Il avait déjà tué trop de gens. Mais était-ce suffisant? Non. L'idée de s'asseoir elle-même sur le trône ne lui avait plus traversé l'esprit depuis longtemps. Elle se souvenait, vaguement, de ce que Marco avait commencé à imaginer. Il voulait la « justice » par-dessus tout: l'égalité. Chacun à sa place, avec ce qu'il lui devait. Le criminel puni, et le juste surveillé. Il voulait débusquer le moindre début de péché, la moindre pensée oblique. Mais était-ce le monde qu'elle voulait, elle?
De là où elle se tenait maintenant, cela lui semblait si... froid. Ce système corrigeait les fautes commises, certes, mais il n'empêchait rien, et il créait un monde de terreur. Toujours être surveillé, toujours être jugé... L'idée lui faisait peur. Et la justice n'empêchait pas la misère. La menace du châtiment perdait son sens quand l'alternative était équivalente, ou pire. S'il fallait voler ou mourir de faim, même menacés de mort, les gens voleraient. Il fallait qu'elle imagine un monde où elle aimerait vivre. Et elle n'aimerait pas vivre dans un monde de justice pure et glaciale. Ce qu'il manquait, en fait, c'était...
« Il faudrait plus d'empathie, » murmura-t-elle. Elle avait presque oublié qu'elle n'était pas seule. « Il faudrait que les gens se comprennent mieux les uns les autres, et qu'ils ne puissent plus ignorer les souffrances autour d'eux. »
Achille avait repris son travail sur sa tresse. « Mais encore? Comment tu les forcerais ? »
Le mot fit grimacer Jeanne, mais c'était ça, l'idée. Il fallait obliger tout le monde à avoir un peu plus que de la pitié. « J'imagine qu'il faudrait que tout le monde soit capable de sentir les émotions des autres. De cette manière, il n'y aurait plus de méprise, plus d'ignorance. Plus de trahison non plus, » ajouta-t-elle pensivement. S'il avait pu sentir ses émotions, Marco ne se serait pas mépris sur ses intentions. S'il avait pu sentir leurs émotions, Hao n'aurait pas fait de mal à tant de gens. C'était la solution.
- Un monde de télépathes, quoi, » essaya de résumer Achille, un peu railleur.
Jeanne haussa les épaules. « Oui... enfin, je pense. Il faut que j'y réfléchisse. Et vous, vous voulez quoi? »
Il y eut une pause. Achille avait fini sa tresse; il fit voler les deux devant les yeux de Jeanne. « Moi, tu sais bien. Je veux qu'Hao-sama devienne Shaman King. »
Et qu'il te le doive, ajouta Jeanne en pensée en le remerciant à haute voix. « Mais ça compte pas, Ash. On te parle de ton rêve à toi. De ton projet pour le monde. Tu l'as dit toi-même.
- Bah c'est ça, mon projet: le seigneur Hao comme Shaman King.
- Beep, mauvaise réponse, » répliqua Nyôrai depuis son lit. « Tu le fais exprès ou tu es vraiment obtus? »
Achille la fusilla du regard et croisa les bras. « Alors... hmm. J'y ai jamais vraiment réfléchi.
- Justement, » l'encouragea la Shamane encore assise sur son lit, en se tournant à moitié pour le regarder. « On peut essayer autrement. Pourquoi tu suis Hao? Qu'est-ce qui te plaît dans sa vision des choses? Qu'est-ce que tu veux de son projet? »
Le visage du brun sembla s'assombrir. « Je le suis parce qu'il m'a sauvé la vie, d'abord. C'est pareil pour presque tout le monde, il nous a pris avec lui alors que le monde entier était content de nous laisser pourrir. C'est une raison suffisante. »
Jeanne cilla. Elle avait peut-être fait une erreur en lui posant la question...
Achille continua cependant: « Mais du coup, tu as raison, ça m'aide à imaginer ce que je voudrais, un peu. Je veux pas que ce qui m'est arrivé puisse se reproduire. Je veux pas que des gens puissent être oubliés comme ça. Et je veux que les responsables paient, » sa voix était à la limite du grognement. « Donc comme Hao-sama, je veux un monde de Shamans. Seuls les Shamans ont ce qu'il faut pour voir les oubliés. » Jeanne fronça les sourcils, mais ne fit pas de commentaire.
« Il y a juste trop de gens, Jeanne, » tempêta-t-il. « Si on était moins nombreux, on pourrait vraiment voir tout le monde, et s'occuper de tout le monde. Chacun pourrait obtenir exactement ce qu'il veut. »
Jeanne haussa les épaules. « Je n'aime pas l'idée de choisir qui vit et qui meurt.
- J'ai compris, j'ai compris, tu veux qu'on ait de l'empathie, » et le ton d'Achille était moins ironique qu'elle ne l'aurait cru. « Mais bon. Voilà ce que je peux te dire maintenant. Moi, je suis pour Hao-sama, et tu le sais bien, je n'ai pas à proposer quelque chose de différent.
- N'empêche que ce n'est pas exactement ce qu'il dit, » fit-elle doucement. « Réfléchis-y, d'accord? Je pense que c'est important que tu aies ta propre idée.
- Si tu le dis...
- Vous êtes drôles, tous les deux. »
Les deux adolescents levèrent la tête vers Nyôrai. Pour les écouter, elle s'était posée la tête sur la rambarde du lit, et laissait traîner une jambe dans le vide. Une espèce de sourire suffisant annonçait qu'elle avait cessé de jouer le bébé. Jeanne sentit Achille se tendre à côté d'elle.
« Je ne sais pas vous, mais je n'ai aucune envie de devenir l'esclave du monde. Forcer les gens à avoir de l'empathie les uns pour les autres, s'en occuper... c'est vraiment trop de boulot. Moi, je veux être reine pour être reine. Je serai riche et adulée, et connue dans le monde entier. Les gens s'occuperont de moi, et pas l'inverse. »
Il y eut une légère pause.
« Heureusement que tu ne deviendras pas reine, du coup, » finit par rétorquer Achille, froid.
« On verra bien, » chantonna la brune.
« Mais les gens autour, tu en fais quoi? » Jeanne cherchait à comprendre.
« Eh bien, ils seront aux petits soins pour moi. Ils ne seront pas abandonnés, allez. »
La Française pencha la tête. « Du coup, c'est pour l'argent que tu veux être Shaman Queen ? Ou pour cet entourage ?
- Hmm?
- Tu veux le trône pour la richesse, ou pour les gens qui s'occuperont de toi? »
Nyôrai fronça ses jolis sourcils. « Les deux? Mais tout le monde sait que l'argent est désirable uniquement parce qu'il amène les faveurs des gens. L'or n'a pas de valeur en lui-même.
- Je vois, » fit Jeanne, les yeux dans le vide.
« Tu ne vois rien du tout, » souffla la brune, apparemment piquée au vif. « Vous me fatiguez, tous les deux, je dors. » Et, remontant dans son lit, elle s'enfouit sous ses couvertures.
Achille secoua la tête, visiblement pour dire qu'il abandonnait. « Laisse tomber, princesse, elle est trop obtuse. Et je vais dormir aussi. Ouste, » fit-il en chassant la jeune fille toujours assise sur le bord de sa couette.
Jeanne se releva, toujours pensive. « Bonne nuit, Ash... Bonne nuit, Nyôrai, » ajouta-t-elle après une hésitation.
« Au lit, princesse, » grogna le Grec en se glissant lui aussi sous les draps. « Et éteins la lumière. »
Jeanne acquiesça sans bruit et appuya sur l'interrupteur. L'obscurité se fit dans la chambre. Pour autant, son cerveau n'était pas prêt à s'endormir.
Les images de la vision lui revenaient, lumineuses, violentes, incompréhensibles. C'était Hao, et c'était Spirit of Fire. Mais cinq cent ans auparavant, il n'aurait pas dû... Même en imaginant un Hao immortel (elle ne put s'empêcher de frissonner à l'idée), il ne pouvait pas avoir rajeuni... si? Ou alors il fallait imaginer une famille, une dynastie. Mais là non plus, ça ne collait pas; c'était le sourire et les façons d'Hao, pas les traits communs d'une famille. Si elle devait rapprocher le visage de cet "Hao" de ceux de quelqu'un d'autre... Elle voyait bien quelqu'un. Silva. Mais il n'avait absolument pas les manières ou l'arrogance mielleuse d'Hao.
Se mordillant la lèvre, la jeune Shamane songea à un autre Hao, celui qu'elle avait vu à l'intérieur du Tchô Senji Ryakketsu. Cela faisait déjà plusieurs années, et pourtant elle s'en souvenait comme si elle l'avait vu la veille. Sans bien savoir pourquoi, elle sentait que la vision de Lilirara, elle aussi, resterait gravée en elle pour longtemps...
« Dis, Ash, » souffla-t-elle dans un murmure, pour ne pas réveiller la brune au-dessus d'elle.
« Tu ne dors pas? » Il n'était même plus énervé, juste fatigué.
« Tu es passé par le Tchô Senji Ryakketsu, hein?
- Tu me prends pour qui? » Bruit de couverture, il devait s'être relevé dans le noir. « Evidemment ! »
Jeanne sourit, puis essaya de formuler sa question suivante de la manière la plus neutre possible. « Tu as vu Hao à l'intérieur? »
Achille sembla hésiter. « O-oui, enfin...
- Il était adulte. Mais pas comme aujourd'hui. Il était plus vieux encore, non? »
Elle l'entendit bouger en face d'elle. « C'est vrai... Et puis il avait des vêtements anciens. A un moment, Turbein avait un livre où on voyait des vêtements comme ça. Ils dataient d'un Japon très ancien...
- Ancien comment? Ancien comme il y a cinq cent ans? » La confusion de Jeanne empirait de minute en minute.
« Non, bien plus ancien. Ah, je me souviens, c'était l'époque Hei... Heyon? Quelque chose comme ça. C'était il y a peu près mille ans. »
Jeanne sentit sa mâchoire se décrocher. « Mille ans? »
Il acquiesça. « Mille ans.
- Et Hao aurait été vivant, il y a mille ans? Et il y a cinq cent ans? Ca n'a aucun sens. Tu crois qu'on... qu'on pourrait transposer son image sur ces gens? Parce qu'ils auraient eu un... un rôle similaire, ou quelque chose? »
Il eut un ricanement incrédule. « Dans le Tchô Senji Ryakketsu, quelqu'un d'autre? Ne dis pas de bêtises. Si ça se trouve, il a juste un pouvoir spécial... peut-être qu'il peut voyager dans le temps? »
Jeanne fronça les sourcils. S'il pouvait faire ça, ils n'avaient aucune chance... « Je ne crois pas, » fit-elle à mi-voix. « Sinon il serait déjà roi... Mais peut-être qu'il a quelque chose comme ça, oui. Peut-être... » Elle replia ses mains. Elle qui pouvait soigner ses blessures, même les plus graves...
« Dans ma vision - quand Hao-sama m'a guidé à travers son monde, » expliqua Achille, « il m'avait... enfin... il avait mentionné qu'il avait pouvoir de vie et de mort. La mort, c'est évident, d'accord, mais la vie? Peut-être que ça a un rapport, non?
- Mon pied va avoir un rapport avec vos visages si vous la fermez pas, » prévint Nyôrai avec légèreté.
Peut-être qu'il la prenait au sérieux, ou peut-être qu'Achille n'attendait qu'une excuse, mais Achille ne la reprit pas, et Jeanne se trouva toute seule avec ses pensées. Un pouvoir de vie...? Quelque part, Hao avait donné la vie à son groupe, il les avait protégés, choyés, entraînés. Mais est-ce que c'était simplement de ça dont il parlait...? Peut-être que Nyôrai était sur une piste en parlant de 'revenir de la mort'...
Un oreiller lui arriva sur le nez. Jeanne sentit qu'Achille la regardait encore. « Dors. On y réfléchira demain. »
La Française, un faible sourire aux lèvres, acquiesça, et lui renvoya son oreiller.
Il était temps de dormir un peu.
