Jeu d'échecs

Première partie: Dramatis personae

Sixième chapitre: It's only forever, not long at all / Germinal

Auteur: Rain

Disclaimer: Shaman King ne m'appartient pas, je ne gagne pas de sous.

Soundtrack: Featherstone (The Paper Kites)

Note: *chantonne avec David Bowie* On s'approche de la fin de la première partie! Osef de mon writer's block pour la deuxième! Ahaha... aha... *fuit*


Le soleil avait à peine commencé à poindre quand Jeanne ouvrit les yeux. Elle s'était étalée en travers du matelas blanc, et emmêlée profondément dans les draps, au point qu'elle manqua s'écraser sur le sol en tentant de s'en démêler.

Achille, qui la regardait depuis la porte de la salle de bain, ricana malicieusement. Sans réfléchir, Jeanne lui tira la langue et se redressa, ébouriffée.

« Heureusement qu'on avait plusieurs lits, dis donc, » fit le brun en séchant ses mèches dans une serviette pastel. « Tu donnes tant de coups de pied qu'on dirait que tu te bats. Peut-être qu'il faut que tu voies si les Paches acceptent le sleep fight?
- Ah, ah. » Jeanne, faussement grognon, s'étira et posa les pieds sur le sol. « Nyôrai est dans la douche? »

Achille se rembrunit. « Non. Peut-être qu'elle s'est enfin tirée... Eh! » Jeanne lui avait envoyé son oreiller dans la figure et, aveuglé par sa serviette, il n'avait pas pu l'arrêter à temps.

« N'espère pas trop. Quoi qu'il en soit, ça fait du bien de dormir dans un vrai lit, et de prendre un vrai bain...
- C'est vrai que tu as dû vider le ballon d'eau chaude hier, j'ai cru que tu avais fondu.
- Ecoute, on ne sait pas où on va, je préfère en profiter maintenant, » sourit la Française en attrapant ses vêtements soigneusement pliés. Ils avaient aussi profité de la laverie de l'hôtel pour nettoyer leurs habits sales, et c'était plus qu'agréable d'enfin se sentir propre.

« Dépêche-toi, » la prévint le Grec. "On a tout juste une heure pour manger avant le bus. J'ai fait le sac déjà, je n'attends plus que toi.
- Entendu! »

Et bientôt ils descendaient l'escalier grinçant du petit hôtel. Dans le lobby, attablée devant le seul ordinateur du lieu, Nyôrai semblait absorbée par l'écran bleuté.

« Quel dommage, » siffla Achille à l'oreille de Jeanne, qui lui pinça la sienne sans aucune pitié.

« Nyôrai! Tu t'es levée tôt... » Jeanne tiqua. En haut de l'écran, un post-it annonçait: réservé aux employés. « Tu es... sûre que tu peux faire ça?
- Bien sûr, » répondit la brune d'une voix très calme. « C'est Amy qui m'a laissé le prendre. Ca ne te dérange pas, Amy, hein?
- Mais non, » fit la femme derrière le comptoir. Ses yeux étaient comme polis, vitreux.

Jeanne frissonna. « Compris. Qu'est-ce que tu fais? »

Nyôrai se recula un peu et montra l'écran. « Des recherches. Les visions de Lilirara disent qu'Hao a existé dans le passé, non? J'ai pensé qu'il aurait laissé une trace.
- Et? Il en a laissé une? »

La brune grimaça. « En Amérique il y a cinq cent ans, j'ai rien trouvé, mais vu la façon dont les colons voyaient les tribus, c'est pas illogique. Par contre, en cherchant 'Hao Asakura,' un peu partout, j'ai trouvé ça... » Et elle afficha une image.

C'était un dessin – une peinture de musée, prise en photo pour une espèce d'exposition. Un homme était vêtu d'un long kimono blanc et d'un haut chapeau. Son visage était finement détaillé: yeux fins et doux, front large, longs cheveux qui se répandaient autour de lui. Jeanne et Achille échangèrent un regard.

« Asakura est un nom très répandu au Japon, mais un clan au moins est très ancien. Il aurait été fondé il y a un peu plus de mille ans par un certain Hao. Mais ça ne pourrait être qu'une coïncidence...
- Non, » fit Achille abruptement. « C'est bien lui. Je ne sais pas comment, mais c'est lui.
- Ca veut dire, » réfléchit Jeanne, "qu'il a existé au moins trois fois. Au Japon il y a mille ans, ici il y a cinq cent ans, et de nouveau au Japon aujourd'hui... Juste au moment des Shaman Fights. Rien que pour ça, ça doit être lui. »

Nyôrai recopiait déjà, à la hâte, les informations dans son carnet. Achille regarda sa montre. « Allons manger. On peut parler pendant ce temps-là. Le bus va passer bientôt... »


Les marches de l'autobus étaient suffisamment hautes pour qu'on les escalade comme une paroi rocheuse, et le conducteur se sentit étrangement obligé d'aider Nyôrai et ses deux camarades à monter sans problème. Achille – qui peut-être se sentait mal à l'aise, ou qui simplement voulait éviter de se faire remarquer – paya leurs billets, et ils allèrent s'installer au fond. Au dernier rang, il y avait une sorte de petit carré avec un ersatz de table, et Nyôrai y étala son carnet.

« Bon. Parlons stratégie, maintenant. »

Achille et Jeanne s'entre-regardèrent en s'installant en face d'elle.

« Je vous connais pas encore depuis longtemps, mais je vous ai un peu observés et je pense pouvoir vous montrer quoi faire pour faire évoluer vos attaques.
- Quoi... faire? Qui t'a bombardée chef, d'abord? »

Nyôrai roula des yeux. « D'accord. Pas ce que tu dois faire. Prends-ça comme des conseils, ou des... suggestions. Après, tu fais ce que tu veux. D'accord? »

Achille restait méfiant. Jeanne essaya de lui faire un sourire rassurant. « Même si Nyôrai se trompe, ou que ses idées ne te parlent pas, on ne peut pas faire de mal en cherchant des idées nouvelles... Si?
- D'accord, » bougonna le brun. « Vas-y. »

Nyôrai sourit. « Commençons par toi, du coup.
- P-pourquoi moi? » Il semblait un peu embarrassé.

« Parce qu'il faut bien commencer par quelqu'un," l'arrêta Nyôrai avant de continuer. « Tu utilises toujours le même Over-Soul. Atlas Walks, c'est ça? Il doit t'être très cher...
- C'est euh... C'est le résultat du Tchô Senji Ryakketsu, » expliqua-t-il en regardant Jeanne, qui comprenait assez.

« Ce n'est pas une mauvaise chose. On peut le développer, tout simplement. Tu peux encaisser énormément d'attaques avec, il a presque l'air... invincible. Je veux dire, face à l'ours, je l'ai vu perdre des gros bouts de métal, et il les a récupérés après. Dans une configuration triangulaire, c'est très pratique, surtout avec des partenaires lents. »

Achille acquiesça. « Tant que le combat ne se déroule pas dans les airs, je pourrai vous servir de bouclier, c'est vrai. Ça coûte très peu de furyoku, alors on pourra en profiter. »

Nyôrai le regarda d'un air drôle, puis acquiesça. « Mais toi, par contre, tu n'es pas protégé par cet Over-Soul, si? Si quelqu'un t'attaquait directement, est-ce que tu te régénérerais aussi? »

Achille fronça les sourcils. « Tu veux dire... Si quelqu'un me tirait dessus, par exemple?
- Par exemple.
- Je ne crois pas, » fit le brun, soudain mal à l'aise.

« D'accord. C'est à prendre en compte. L'autre chose qui m'a intéressée, c'est le miroir. Pourquoi ce miroir? On dirait un point faible...
- C'est Siegfried, je ne sais pas trop ce qu'il y voit, mais il l'a toujours utilisé. Tu crois qu'il faut l'enlever?
- Surtout pas. Je pense plutôt – enfin, je ne sais pas si Siegfried parle, mais il faudrait communiquer avec lui, trouver une façon d'utiliser ce miroir. Je ne sais pas ce que ça peut donner, mais c'est une piste...
- Je vois.
- C'est tout ce que j'ai vu, » finit Nyôrai en retournant ses papiers. « Tu as autre chose? »

Achille réfléchit. « Outre la force brute de Siegfried, et le fait que je sache me battre à mains nues... Pas pour le moment.
- C'est un début.
- Passons à toi, du coup! » Achille semblait être rentré dans le jeu. Le bus s'ébranla soudain; il était encore presque vide. Selon leurs informations, il se remplirait au fur et à mesure qu'ils approcheraient de Mesa Velde.

Nyôrai lui sourit froidement. « Il y a mes illusions. Thenral se règle sur... 'l'onde,' si vous voulez, de la victime, et lui construit une sorte d'image calquée sur ses désirs. J'imagine que je pourrais essayer d'élargir la capacité de ces illusions. Toucher plus de monde. Ou simplement construire quelque chose qui puisse déguiser une attaque... je suis encore en train d'y réfléchir.
- Et il y a tes fils, aussi, » remarqua Jeanne.

« Oui, mes 'fils...' Je peux immobiliser des gens, déjà, mais aussi en finir avec eux s'il le faut. Et je peux déplacer quelqu'un - ou me déplacer, aussi, même si je ne suis pas encore très habile avec ça. Et puis il y a l'eau. Je sais percevoir les sources d'eau – j'imagine que ça pourrait s'appliquer aux gens aussi, si quelqu'un essaie de se cacher sur le ring. Donc...
- Si une telle situation se produit, il faudra que tu nous guides, » comprit Achille.

« Et qu'on attaque selon tes informations, » compléta Jeanne, en essayant d'imaginer ce que ça pourrait donner.

« Je vais essayer d'aller plus loin avec ça aussi, mais je ne sais pas encore comment... Enfin.
- Il reste Jeanne, du coup, » fit Achille en souriant, narquois. La Française eut un rictus nerveux. Avant qu'elle ait pu dire quoi que ce soit, cependant, Nyôrai était retournée à ses fiches.

« Jeanne a un grand avantage sur nous. Un furyoku assez énorme pour son âge – tu as quoi, onze ans?
- Treize, » grimaça l'intéressée.

« Treize, soit, je connais pas beaucoup d'autres gens qui à treize ans se promènent avec deux cent quatre-vingt-sept mille points de fuyoku et une aussi grande palette d'attaques. Entendons-nous bien. Tu peux te téléporter au moins une fois. Tu peux soigner des os cassés, et j'imagine plus que ça –
- Elle peut soigner n'importe quelle blessure, » fit Achille avec une espèce de fierté.

« Avec certaines limites, » s'inquiéta Jeanne. « N'allez pas les tester...
- Quoi qu'il en soit, c'est déjà beaucoup. Téléportation, soin, et ce que tu fais avec les aimants... L'histoire du feu, c'était malin. Je ne sais pas où tu as appris ça, mais continue de creuser. Avec des aimants, tu peux faire n'importe quoi! Faire une étincelle, déplacer des gens et te déplacer toi s'il y a suffisamment de fer autour, ralentir ou déséquilibrer quelqu'un... Et tout ça, c'est sans considérer tes Over-Souls. Ils sont assez terrifiants, d'ailleurs. D'où viennent-ils? »

Jeanne hésita. Achille ouvrit la bouche, mais elle ne le laissa pas l'interrompre. « Je sais que selon ton carnet, je suis dans le groupe d'Hao... Et j'ai vécu avec eux un bon moment. Depuis que j'ai huit ans, à peu près. Mais avant...
- Tu étais chez les X-Laws, » devina Nyôrai.

« Voilà. Et chez eux, eh bien... c'est un peu compliqué. J'étais censée devenir une sorte de... justicier, j'imagine, ça a l'air un peu simple dit comme ça, » et c'était bizarre, c'était bizarre de se rendre compte que l'image qui lui restait de l'Iron Maiden était si vague, si brouillée et simpliste, 'une sorte de justicier,' à peine ça, comme une sorte de personnage de bande dessinée. « Les X-Laws veulent tuer Hao et... purifier le monde des criminels, et ils avaient besoin de quelqu'un pour personnifier cette idée. Et il y avait ces livres, ces images d'outils de justice comme la Statue d'Alapega et les Chaises de L'Inquisition...
- Ca me dit vaguement quelque chose, » acquiesça Nyôrai, l'air concentré. « Il y a des piques dessus, non?
- Oui... La douleur, ça fait réfléchir, » fit Jeanne avec une grimace. « Mais je peux les enlever. L'idée était de... Je ne sais même pas ce que c'était, l'idée. Je ne sais plus. Je ne veux pas blesser des gens... » Son regard dériva vers la fenêtre. Une espèce de poids s'était logé sous sa cage thoracique. Elle n'y avait jamais réfléchi comme ça. Certes, elle pouvait soigner, et elle n'avait blessé personne... mais... elle n'avait aucune idée de la façon dont Marco aurait abordé le tournoi.

« Hey, » fit Achille en lui donnant un coup de coude. « Tu n'es plus chez eux. Tu as changé! Rien que ton armure a changé.
- Elle aussi, elle vient du temps des X-Laws? » Nyôrai avait repris son crayon.

« Oui, » fit Jeanne doucement. Piquant le crayon de Nyôrai, elle sortit le reçu de l'hôtel et se mit à gribouiller quelque chose. « Elle était assez... simple, en fait, mais je trouvais que c'était un peu dangereux de garder mes bras et mes jambes sans protection. Et puis le métal sur la peau, ça chauffe un peu, alors... L'une des chemises que Kanna m'a passée est pas mal pour aller en dessous du haut, et puis j'ai rajouté des espèces de jambes de pantalon en tissu attachées avec des anneaux. Plus de métal pour mes Over-Souls, » expliqua-t-elle.

« Oui, je m'étais posé la question, » souffla Achille, les yeux plissés. « Ça ressemble un peu au pantalon d'Hao-sama...
- Oh, regardez, » fit Jeanne avec un empressement étrange, « on arrive! »


En descendant du bus, une autre surprise les attendait. Des grappes de touristes étaient collées aux palissades qui ceignaient le 'Village Indien - Voyage dans la vie des Paches', selon les grands panneaux en surplomb. Mais le portail était fermé, et couvert d'un plastique jaune. Quelque chose était écrit dessus, mais ils étaient trop loin pour lire.

En se rapprochant, le brouhaha commença à leur offrir un début de réponse.

« C'est pas possible, sérieux! On aurait dû être prévenus avant de prendre le bus, » disait un homme à son mari.

« Quelle idée, aussi, d'aller assassiner des honnêtes gens!
- On dit qu'ils avaient encore leur porte-monnaie et leurs affaires, donc ce n'était pas un vol...
- On s'en fout, non? Je suis venu pour voir les ruines, je veux voir les ruines! »

Jeanne attrapa Achille et Nyôrai par le bras et les tira à l'écart. Un mauvais pressentiment lui fouillait les entrailles. « Vous avez entendu comme moi?
- Quelqu'un s'est fait tuer. Pas besoin d'être un génie pour imaginer que c'est un Shaman. Et non, Jeanne, commence pas à paniquer, ce n'est pas forcément Hao-sama, » répliqua Achille, qui voyait la Française se triturer les doigts.

« En tout cas, les humains ne nous laisseront pas passer par là. Il va falloir trouver une autre entrée. »

Jeanne acquiesça nerveusement. « Quand la nuit sera venue...
- On ne va pas attendre tout ce temps. Il suffit de trouver un coin discret. » Achille suivait la grande palissade des yeux. « Ce n'est pas si haut, on devrait pouvoir grimper. » Jeanne grimaça en imaginant sauter par-dessus les pointes hautes des rondins de bois. Mais tant qu'il y aurait autant de chaos, ils n'avaient pas d'autre choix... Discrètement, le trio s'éloigna encore du groupe. La route quittait bientôt le bord du village, mais la palissade continuait, s'enfonçant dans le chaos du désert. Bien vite ils étaient hors de vue. Siegfried miroita un instant avant d'être consistant. Une grande main s'ouvrit devant eux, et bientôt ils étaient déposés sains et saufs à l'intérieur du village.

« Bon, on est entrés. Maintenant... qu'est-ce qu'on cherche?
- Visiblement pas ça... » Nyôrai examinait la maison la plus proche. Du poing, elle toqua contre la paroi, qui rendit un son creux. « C'est du toc. Tout est en papier mâché et en plastique.
- Tu veux dire qu'on s'est trompés de village Pache? » Achille avait un peu verdi. L'idée de reprendre la route, de chercher de nouveau, lui faisait peur. Ils n'avaient pas tant de temps que ça...

« Je n'ai pas dit ça. » Leur aînée était un peu plus sèche que d'habitude. Nervosité, décida Jeanne. « Mais il faut avancer. Et attention, des policiers sont peut-être dans le coin. »

A pas discrets, le trio progressa dans le dédale des maisons. A chaque carrefour, des panneaux riants expliquaient aux touristes comment et où aller. Mais rien n'indiquait 'Shaman Fight,' et Jeanne se sentait un peu hésitante. A force de tourner, ils trouveraient bien...

Bientôt ils étaient dans ce qui devait être la rue principale. De chaque côté de la rue, des enseignes bigarrées promettaient monts et merveilles, mais ils ne s'y étaient collés que pour être plus discrets. Et bientôt, ils atteignaient une espèce de place.

L'odeur les frappa la première. Immédiatement après, Achille, qui marchait devant, hoqueta: « Attention où vous mettez les pieds. »

Sur la place étaient étendus plusieurs corps sans vie, exsangues. Au centre, étrangement déconnectée des corps, une mare de sang reflétait la lumière de l'après-midi.

L'odeur était écrasante. Jeanne fronça le nez. Elle en avait eu l'habitude, autrefois, mais l'idée qu'il s'agissait du sang de quelqu'un d'autre, de plusieurs personnes même, lui faisait des nœuds dans le ventre.

« On s'est battus ici, » Achille commenta, un peu pâle. "Mais ces gens... on ne dirait pas des Shamans. Ils ressemblent aux touristes...
- Ils ne sont pas normaux, non plus. On dirait qu'ils ont été pressés comme des oranges. » La voix de Nyôrai ne trahissait aucune émotion. Elle s'était avancée jusqu'au premier cadavre, et elle le regardait bien en face.

« Je ne sens aucune énergie. Qui que ça ait été, ils sont partis, » fit Jeanne, mais elle n'était pas très assurée. « Heureusement que les humains sont bloqués à l'extérieur, on en ferait des cauchemars...
- Regarde! » Achille avait trouvé quelque chose. Sur le mur de la falaise, une espèce d'impact rouge avait marqué la pierre. Au centre, Siegfried récupéra quelque chose qu'il fit passer à son maître, qui le passa à Jeanne. Il s'agissait d'une balle de revolver explosée, mais rien n'en indiquait la provenance.

« Aucun des corps n'a vraiment l'air d'un Shaman, mais on ne peut pas savoir. Peut-être que celui qui a pris ce coup a pu fuir...?
- Je ne crois pas. » Jeanne fixait toujours le mur, et l'explosion de sang. Il y en avait trop. Comme si on avait vidé l'intégralité d'un être humain sur la falaise... « Peut-être que le corps a été emmené? Ou alors, peut-être que l'attaque l'a...
- Ou alors, ce n'est pas important, » la coupa Nyôrai. « J'ai trouvé une piste. » Sous l'explosion rouge, cachée entre deux maisons épaisses, un panneau annonçait: 'Danger d'éboulement entrée interdite.'

Dès qu'ils le virent, les deux autres Shamans sentirent qu'elle avait raison. Les maisons autour du panneau semblaient moins fausses, plus solides, plus anciennes aussi. Sous le doigt de Nyôrai la brique s'effritait. Mais il y avait plus.

Quelque chose de diffus, comme un murmure liquide, résonnait entre les pierres, susurrait à l'oreille des Shamans. Jeanne s'avança, promenant les yeux sur la myriade de petites maisons de terre écarlate. On aurait dit qu'elles avaient été jetées en vrac, les unes sur les autres, comme les gradins d'une arène.

Puis Jeanne les vit. Dans la brique qui s'effritait, quelqu'un avait gravé des yeux. Pas juste un ou deux, mais des centaines, des milliers peut-être, de toutes les tailles. Jeanne sentit son estomac lui remonter dans la gorge. L'impression d'être observée, épiée, dépecée par ces yeux qui les dévisageaient lui donnait envie de fuir. C'était ça, le village Pache? Elle vacilla.

« Ca va? » Achille la regardait, inquiet.

Jeanne regarda de nouveau. Ce qu'elle avait pris pour des yeux n'étaient en fait que les fenêtres des masures éteintes, et les paupières n'étaient que les contours des briques rouges. Il y avait bien du chaos, mais c'était un chaos neutre. Personne ne les regardait. Son vertige était passé. « Ca va, » fit-elle d'une voix altérée. « Je dois être fatiguée, c'est tout. Avançons. »

Et ils avancèrent. Le sentier poussiéreux se perdait entre les masures rouges et les faisait descendre et monter des escaliers aux marches inégales.

« Fais attention à tes chevilles, » lança Nyôrai à Achille avec un sourire malicieux. Le Grec grogna, mais il était trop occupé, justement, à faire attention aux marches pour lui courir après. Certaines étaient si hautes qu'il fallait presque s'asseoir pour en sauter sans danger. La lumière variait, parfois éclatante, parfois presque absente. Même leurs esprits avaient du mal, malgré leur éclat, à leur éviter les mauvaises chutes.

Au bout d'un moment passé à errer dans le village en silence, Jeanne et Achille s'arrêtèrent au seuil d'une place. La poussière semblait avoir été soulevée, et il y avait une odeur déjà trop familière.

« On s'est battus, ici, » souffla Achille. « Il y a du sang sur le sol. »

Jeanne acquiesça. Quelque chose dans l'air lui semblait familier, mais elle n'arrivait pas à l'identifier.

Achille laissa soudain échapper un cri. Il s'était accroupi près de la tache de sang, pour essayer de trouver un indice; Jeanne le rejoignit en quelques pas.

« Qu'est-ce qui se passe...?
- Regarde, » balbutia-t-il en lui fourrant un bout de tissu humide dans les mains. « C-ce truc... »

C'était un bout de tee-shirt, du genre qu'un joueur de football américain pouvait porter. Jeanne savait ce que c'était parce que quelqu'un leur avait appris – à elle, et Achille, et tous les autres 'enfants' du camp – à y jouer, et voir ce bout de tissu sanglant l'imposait à son esprit.

« C-ca pourrait être quelqu'un d'autre," contra-t-elle cependant. "Il y a d'autres joueurs, et d'autres fans..."

Achille secoua la tête. « Je ne veux pas être rassuré. Je sens que c'est lui. »

Jeanne se mordit la lèvre. « Bill est un géant. S'il était mort, on ne se serait pas embarrassé à le cacher. Il n'y a pas de brûlure, pas de... restes... Il est vivant. »

Achille ne répondit pas. D'un geste nerveux, il reprit le bout de tissu et le rangea dans sa poche, sans s'inquiéter de se salir. D'un pas plus rapide, il se hâta vers l'avant.

C'est à ce moment-là qu'un sentiment bizarre – un sentiment en creux, comme si quelqu'un venait de lui taper sur l'épaule, sauf que personne ne venait de le faire, et que c'était cette absence de sensation qui la gênait – s'empara de Jeanne. Hésitante, elle souffla: « Ash...? »

L'intéressé s'arrêta en bas d'une nouvelle volée de marches. « Oui, quoi? »

Jeanne le regarda d'en haut. « Nyôrai est devant? »

Le brun fronça les sourcils et regarda autour de lui. « Non? Je croyais qu'elle était derrière toi? »

Jeanne secoua la tête. « Cela fait plusieurs minutes que je ne la vois nulle part...
- Tu l'as appelée? Peut-être qu'elle s'est juste arrêtée pour refaire son lacet, ou, je ne sais pas... » Il semblait proche du mouvement d'humeur.

« Elle ne répond pas, » maintint Jeanne. « Il faut la chercher.
- Tu rigoles? Si elle n'est plus là, c'est qu'elle a décidé qu'on ne valait plus le coup qu'elle reste, c'est tout... »

Jeanne secoua la tête. Une espèce d'angoisse était revenue se nicher derrière sa poitrine. « Cet endroit est mauvais. Elle a pu se perdre, ou se faire mal, il faut la chercher! »

Achille la fixa un instant, comme s'il hésitait. Puis il soupira. « Compris. » Sans hâte, il escalada les marches, et les deux adolescents repartirent en arrière. C'est alors qu'ils comprirent à quel point la tâche serait compliquée. En avançant, ils n'avaient vu qu'un chemin, qu'une seule direction: maintenant s'étiraient, de tous côtés, des interstices et des chemins de traverse.

« Comment n'a-t-on pu voir...? »

Achille secoua la tête, sans répondre. « Aucune idée. Mon instinct me dit toujours de repartir dans la direction qu'on avait prise. Tu sens Nyôrai quelque part, toi?
- Non... Mais elle sait camoufler sa présence. Elle est déjà discrète d'habitude, je ne sais même pas si elle le fait exprès...
- Elle n'a pas assez de pouvoir pour qu'on la repère, tu veux dire. La chercher à côté de toi, c'est comme chercher une étoile au soleil, on va jamais y arriver. »

Jeanne rosit, puis redevint grave. « Où a-t-elle pu aller...? »


Nyôrai marchait tranquillement derrière Jeanne et Achille lorsque tout s'était mis à déraper.

Pour trouver son chemin dans la pénombre, elle s'aidait de temps à autre du mur de brique à sa gauche. Alors qu'ils atteignaient le sommet d'un autre escalier, elle effleura une autre brique, et quelque chose s'enfonça sous ses doigts. Une paroi pointue s'éleva immédiatement devant elle, la séparant des deux autres.

Nyôrai posa une main sur le mur, qui ne semblait pas prêt de céder. « Achille? Jeanne? Vous m'entendez? »

Mais elle ne percevait rien, pas même le bruit de leurs pas. C'était sans doute le cas pour eux aussi. Contrariée, la brune se retourna et regarda les alentours. Elle devait les rejoindre...

Là, lui souffla son instinct. Une voie de traverse lui était apparue à sa droite. Avec un peu de chance, elle rejoignait la voie principale un peu plus loin... Et peut-être trouverait-elle quelque trésor en route. Retrouvant son sourire paisible, la brune s'engagea dans l'ombre. Thenral illuminait ses pas et les murs, qui, elle le découvrait, était couvert de dessins grattés dans la brique. Des yeux, surtout, noirs et brouillon. Des mots, aussi, en des langues qu'elle ne comprenait pas toujours. 'Il te voit.' 'Impossible de se cacher.' 'Dévoreur de rêves.'

Nyôrai ricana dans le noir. « On dirait un mauvais film d'horreur, » souffla-t-elle à haute voix. Ou une mauvaise pièce de théâtre. Certains touristes avaient sûrement réussi, en fait, à s'introduire dans les entrailles du village historique, et s'étaient crus malins.

Tout le monde se croyait malin, au fond. Nyôrai, elle, se savait différente: elle était maline. Pas simplement une petite maline, mais une grande, une qui savait ce qu'elle voulait, et qui savait comment l'obtenir. Elle avait déjà une place dans une équipe très intéressante, à la fois par son appartenance et par les talents de ses coéquipiers. Au carrefour de Hao et des X-Laws... Si elle voulait avoir une chance, avec son furyoku malgré tout réduit, ils étaient l'occasion rêvée.

« C'est ce que tu veux, toi? Une chance? »

Elle se figea. Immédiatement, Thenral s'incarna dans ses bracelets, et elle chercha la source d'eau qui devait être à l'origine de ces paroles. Mais elle ne trouva rien. Pour Thenral, elle était toute seule. Elle n'avait pourtant pas rêvé...

« Mais une chance pour quoi, ça je me le demande. Que vises-tu, petite fille...? »

Elle n'avait pas rêvé. Impossible. Pourtant, Thenral ne voyait rien.

Elle n'avait pas l'avantage. Sans perdre de temps, Nyôrai désactiva son Over-Soul et s'appuya contre le mur, croisant les bras. D'un œil tranquille – paresseux – elle regarda les alentours, cherchant à déceler son interlocuteur.

« Mais la même chose que tout le monde, je pense, » fit-elle doucement.

« Tu penses? Pourtant il est rare que deux Shamans avouent le même rêve...
- Les gens ne savent pas ce qu'ils veulent. Au fond, ils veulent tous se donner de l'importance. Devenir le roi du monde, c'est être reconnu et adulé de tous. Sauver un peuple ? Obtenir sa reconnaissance éternelle. Tuer un meurtrier ? Tous ceux qu'il a blessé seront reconnaissants. Shamans comme humains ne rêvent que d'une chose : se donner de l'importance. »

Un rire. Ce n'était pas un rire normal. Il semblait... brouillé, comme entrecoupé de neige radiophonique, avec des boucles sonores. Nyôrai sentit ses orteils se crisper. Se força à les détendre lentement.

« Toi aussi, tu veux te donner de l'importance? Je me demande bien pourquoi... » Moquerie. La voix semblait venir de partout et de nulle part, des briques autour d'elle, de l'air poussiéreux. « Avec ton maigre furyoku, cependant, tu as peu de chance de t'en sortir. Quinze mille points... certains en ont moins, mais pas beaucoup.
- Une grande partie des X-Laws n'a pas mon furyoku, » rétorqua mécaniquement Nyôrai. « Certaines équipes isolées non plus. Pas plus que l'enfant qui suit Hao. Ca ne les empêche pas d'être des joueurs importants...
- Tu as bien raison, » se réjouit la voix. « Ils ont un rôle intéressant. Pourquoi?
- Parce qu'ils ont réussi à convaincre les autres de leur importance. Parce que le pouvoir compte moins que la perception. Si on a peur de moi, je suis forte. Si j'ai peur de quelqu'un, je suis faible. » Nyôrai ne savait pas bien pourquoi elle répondait. Peut-être parce qu'elle sentait qu'elle était en présence, non d'un concurrent, mais d'un allié potentiel. « Vous ai-je convaincu de la mienne, d'importance?
- Je ne parlerais pas d'importance. Plus d'intérêt. D'amusement. Tu as le potentiel de rendre ce grand jeu plus piquant.
- Et vous avez le sentiment d'être tellement au-dessus du tournoi qu'il ne s'agit plus que d'un divertissement? »

Elle n'obtint pas de réponse, comme si sa question n'en méritait pas. Alors elle pressa son avantage. « Soit vous vous imaginez d'un tel pouvoir que vous n'avez pas de rival plausible, soit vous n'êtes pas un participant. Vous croyez vraiment pouvoir m'acheter? Même s'il s'agit simplement de rendre les choses plus intéressantes, j'ai bien peur de ne rien faire gratuitement... Principe de travail, vous comprenez. Si on travaille pour rien, on donne à penser que notre travail ne vaut rien non plus. »

Pas de réponse. A la place, elle sentit comme un frémissement. La voix était-elle partie? Relevant le menton, elle s'éloigna du mur.

« Tu es mignonne, » reprit la voix soudain. « Tu mérites bien un peu d'aide. »

Alors quelque chose comme un fer rouge lui toucha le cou, et Nyôrai sentit sa conscience s'évanouir sans un cri.


Jeanne se mordit la lèvre. Ils étaient revenus presque au début du labyrinthe, parce qu'il fallait bien appeler le fouillis de tunnels par ce nom, et en étaient revenus, sans avoir rien trouvé. Fouiller les chemins de traverse semblait trop dangereux; ils risquaient de se perdre, de se blesser...

Elle sentait qu'Achille était près de lâcher prise. Il n'aimait pas Nyôrai, elle le savait; et l'idée d'être si près du but, et de s'en éloigner à dessein, le rendait fou. Siegfried allait à chaque allée sombre et la fouillait méthodiquement, aussi loin qu'il osait, sans rien trouver: ses allées et venues rapides contribuaient à la tension qui montait.

Nerveuse, Jeanne s'arrêta, et ferma les yeux.

« Ca va, Jeanne? »

Sans répondre, elle acquiesça. Encore une fois, elle tenta de localiser l'origine de la présence de Nyôrai. Elle devait bien être quelque part... mais rien. Elle ne sentait que l'appel du Great Spirits, plus loin, si près. Ils étaient tous seuls dans le labyrinthe, et –

« Je l'ai! » Surprise et rassurée, Jeanne avait presque crié. Sans attendre son camarade, elle se précipita en avant, sautant presque au bas des marches. Là, dans une rare tache de lumière offerte par un trou dans le plafond rocheux, la brune était assise, les yeux dans le vide. Jeanne appela Shamash à son côté, s'attendant à trouver une blessure. Mais Nyôrai n'était pas blessée.

« Où étais-tu? On t'a cherchée partout, » tempêta Achille qui arrivait à peine, le souffle court. Comme il n'avait pas de réponse, il se baissa lui aussi, et malgré le geste de Jeanne se mit à secouer la brune. « Tu te rends compte du temps qu'on a perdu? Et Jeanne s'est inquiétée, en plus!
- Je... je suis désolée, » balbutia Nyôrai, qui semblait avoir bien du mal à se rappeler ce qui s'était passé. « J'ai... je me suis arrêté un instant, et vous n'étiez plus là...
- Ne raconte pas d'histoires. Si tu étais restée sur le chemin, on t'aurait forcément trouvée. Qu'est-ce que tu faisais? »

Le regard vide de Nyôrai fut sa seule réponse. Jeanne se mordit la lèvre.

« Cet endroit n'est peut-être pas si innocent que nous le pensions, Ash. Il y avait du sang à l'entrée, et sur la place. On a pensé qu'il y avait eu des combats, mais c'est peut-être...
- Des pièges? » Achille sembla réfléchir à l'idée. « Ça expliquerait son état... »

Jeanne se redressa et aida Nyôrai à se relever. « Allons-y. Si cet endroit est piégé, il ne faut pas rester ici. »

Sans perdre de temps, le trio reprit le chemin illuminé par leurs esprits. Ils retraversèrent la place sanglante, sans que Nyôrai n'ait de réaction particulière. Cependant, au fur et à mesure qu'ils marchaient, elle semblait reprendre conscience. Bientôt elle se reprit, et lâcha la main que Jeanne lui avait donnée pour l'entraîner. Achille était trop nerveux pour s'en moquer; une certaine urgence semblait l'animer.

Au détour d'un couloir, une tache de couleur apparut à leurs yeux. Un corps affalé. Le Grec se précipita, les filles sur ses talons. Ils arrivaient en haut d'une volée de marches quand il devint clair que l'homme allongé portait bien un casque de football.

« Bill! »

Achille sauta au bas des marches, de si haut que Jeanne craignit pour plus que ses chevilles. Le temps que les filles l'aient rejoint au bas des marches, le brun était auprès du colosse tombé et tâtait ses plaies.

« On lui a tiré dessus! » Un souffle affolé. « Il ne respire pas! Jeanne, vite! »

Jeanne s'était arrêtée en face du corps, et les mots d'Achille ne la firent pas bouger. Le sang s'était déjà figé sur le corps de l'Américain, et une odeur lourde et âcre écrasait les sens autour de lui. Ses yeux étaient fixes, et opaques.

Il n'y avait rien à faire.

« Jeanne!
- Doucement, gamin, doucement. Il n'y a pas besoin de se presser pour un mort, si?"

Achille verdit. Au-dessus du corps, une tête fantomatique de l'Américain venait d'apparaître. « B-Bill...
- Tout doux. Tout va bien! Vous êtes presque arrivés, » expliqua l'adulte avec enthousiasme.

« Q-qu'est-ce qui s'est passé ? »

Bill haussa les épaules. « Rencontre un peu compliquée avec un certain groupe de gens en blanc, » grimaça-t-il. Devant l'expression immédiatement terrifiée de Jeanne, il leva une paluche immaculée. « Je ne leur ai rien fait. J'ai bien essayé, mais j'avais sous-estimé Quat'Zyeux.
- Marco, » comprit Jeanne. Devant les yeux d'Achille, qui semblait faire de son mieux pour ravaler des larmes, elle sentit son soulagement s'effacer. « Pourquoi...
- Pour rien, » soupira Bill. « Des bêtises. Yoh-sama était avec eux, et j'ai pensé qu'Hao-sama ne serait pas content... Des bêtises. »

Jeanne fronça les sourcils. « Yoh...? »

Bill sourit. « Ah oui, vous ne sauriez pas. Hao-sama a un frère jumeau, élevé par leur famille. Il vous expliquera mieux.
- Un frère?" Achille semblait ne plus savoir où donner de la tête. « C-concentrons-nous sur une chose à la fois. Tu t'es fait attaquer ici? »

Bill secoua la tête. « Yoh-sama et ses amis m'ont porté jusqu'ici. Mais les Great Spirits exercent une très grande attraction sur les âmes, et ils m'ont... laissé.
- Comment ça?
- A ce niveau, nos esprits n'ont plus vraiment le contrôle d'eux-mêmes. Les Great Spirits les ont attirés alors qu'ils me portaient. Mais quand mon âme a quitté mon corps, j'ai été séparé d'eux, je ne faisais plus partie du même... courant, si tu veux.
- Et ton fantôme? » Nyôrai semblait s'intéresser à la discussion. Jusqu'ici, elle était restée accroupie près du corps sans vie du colosse, examinant ses plaies avec intérêt.

« C'est assez... difficile. J'ai failli être aspiré, mais... j'ai senti que vous arriviez, » sourit-il à Achille. « Je ne pouvais pas prendre le risque que vous vous perdiez... » Il ricana. « Maintenant, comme je vous disais, vous n'avez qu'à avancer encore, et vous...

Achille serra les poings. « Tu es complètement à côté de la plaque si tu penses qu'on va te laisser!
- Achille, tu ne peux pas me porter tout seul. Et Siegfried ne tiendrait pas dans ce labyrinthe...
- Jeanne! » La voix d'Achille vacilla. « Tu peux le soigner. Tu sais tout soigner. Pas vrai? Pas vrai? »

Et tous les yeux tombèrent sur elle.