Jeu d'échecs
Première partie: Dramatis personae
Septième chapitre: Homecoming / L'arbre des possibles
Auteur: Rain
Disclaimer: Shaman King ne m'appartient pas.
Soundtrack: Sloom (Of monsters and men)
Note: Et voilà la fin de la première partie de cette fic ! Je suis contente de voir que j'arrive à faire ce que je veux sans me faire griller trop longtemps à l'avance.
On est encore jeudi. Chose promise, chose due !
*chantonne* A little dream of mine, a little nightmare of yours…
« Il faut que tu le sauves, » supplia Achille. La fatigue se lisait dans ses traits tendus, et sa prise sur le poignet de Jeanne était convulsive, prêt à casser les os si un trop grand choc survenait. Jeanne sentait ses mains trembler.
« On ne peut pas le laisser là!
- Vous pouvez très bien me laisser là, » le coupa l'esprit. « Ce n'est pas grave, Achille. J'ai fait ce que je devais faire, et maintenant je vais pouvoir aller attendre le royaume d'Hao-sama avec mes coéquipiers...
- Tais-toi! » La voix d'Achille dérapa dans l'aigu. « Tu racontes n'importe quoi. On ne t'abandonne pas, un point c'est tout. Jeanne! Je sais que tu peux le soigner...
- J-je sais pas faire, » souffla Jeanne, désemparée. « Je n'ai jamais soigné que moi, enfin... Enfin je t'ai soigné un peu, Achille, mais jamais...
- Arrêtez de geindre, tous les deux, » soupira Nyôrai. « Vous ne voulez pas le laisser là?
- Non, » répondirent-ils en même temps.
« D'accord. Jeanne, à quel point peux-tu soigner quelqu'un? »
Jeanne, prise de court, fronça les sourcils en essayant d'expliquer. « Je... En général, je compare l'état de la blessure et ce que je sais être l'état normal et je... 'copie'?
- Je vois. Du coup, tu peux 'copier' n'importe quoi? Même faire repartir un cœur? »
Jeanne hésita. "Je pense...? Mais... il y a aussi des problèmes dans le cerveau et tout, et puis... Quelqu'un de mort, c'est pas juste un cœur et tout, il faut rattacher l'âme et ça, je sais pas faire! Et si je ne sais pas ce que je suis censée faire... Ça ne marchera jamais.
- Tu ne peux pas dire ça, » la coupa Achille, visiblement nerveux.
Mais son intervention ne fit qu'agiter sa camarade, qui souffla, énervée: « Si, je peux. On ne fait pas revenir des gens d'entre les morts, c'est tout. Le cœur s'est arrêté, je peux rien faire. Y a pas à réfléchir. Pourtant j'aimerais l'aider," promit-elle en tapant dans un caillou. Shamash n'avait pas d'idée sur la question, apparemment. Il ne lui avait pas appris à faire ça, en tout cas.
Achille fronça les sourcils. « Hao le peut. C'est pas ce qu'il t'a promis, pour Lyanne? De la ressusciter après le tournoi ou je sais pas quoi d'autre? »
Jeanne lui envoya un regard noir. La simple mention du nom de la jeune femme suffisait à faire remonter ses sentiments d'alors. Colère, honte, regret –
« Bah moi, je l'ai pas vu faire, alors je sais même pas si je dois le croire.
- On parle d'un homme qui a apparemment vécu à trois époques différentes, » rappela Nyôrai avec une légère impatience. Jeanne grinça des dents, sans répondre. La brune soupira et leva un doigt. « Option une: il ne peut pas. Y arriver serait un avantage tactique. Non? » Sans attendre de confirmation, elle leva un second doigt. « Option deux: il le peut, et dans ce cas-là ce serait un grand désavantage de ne pas pouvoir le faire nous aussi. J'ai raison? »
Jeanne hocha la tête, de mauvais gré. « Peut-être, mais... je sais pas. Ça paraît... presque blasphématoire," mais elle était de mauvaise foi, et ça s'entendait. Elle ne savait pas comment expliquer qu'elle n'y parviendrait pas. Le regard d'Achille... c'était trop douloureux, cela devait s'arrêter maintenant. Si elle essayait et que cela ne marchait pas, il allait être tellement déçu d'elle...
« Je sais que tu ne sais pas comment faire, » reprit Nyôrai avec une petite moue, sans répondre à son objection. « Mais si tu pensais savoir, est-ce que ça marcherait? »
Jeanne la regarda sans comprendre.
« Si tu étais hypnotisée et qu'on te disait que tu sais ressusciter les gens, est-ce que tu pourrais le faire? »
Achille manqua de s'étouffer. Bill éclata de son rire fantomatique.
Jeanne n'était pas, elle devait l'admettre, très rassurée. Pourtant elle se départit de sa grimace honteuse. Si elle était hypnotisée... et que cela ne marchait pas, ce ne serait pas vraiment de sa faute. Si ça pouvait ramener Bill... « Je... enfin... on peut essayer... »
Achille, les yeux ronds, la fixa un moment. Puis, comme s'il avait compris qu'elle était sérieuse, il dit, d'une voix absente: « Si j'ai une seconde l'impression que quelque chose ne tourne pas rond, je t'écorche, Nyôrai. »
Le rire de Nyôrai était plus jaune qu'arrogant. « Tu te boucheras les oreilles si tu ne veux pas être pris par Thenral aussi. Tu es prête, Jeanne? »
La Française se mordillait la lèvre. « Allons-y, » fit-elle enfin.
Nyôrai n'attendit pas une seconde de plus. Un frisson général accompagna la Fusion Hyoi de Thenral. Déjà difficile à observer sous son air normal, l'étrange fantôme devenait insoutenable lorsqu'il était fusionné en Nyôrai. Les yeux de la Shamane miroitaient, et sa voix partait dans des tonalités inhumaines.
Le chant s'introduisit dans l'esprit de Jeanne et l'enroba de coton, jusqu'à ce que toutes ses pensées aient laissé place à une sorte de douce neutralité. Un instinct paniqué souffla à Jeanne de se battre, de refuser la brume qui l'envahissait, de garder le contrôle. Le cœur au bord des lèvres, la Shamane attendit en silence, se laissa prendre toute vive. Il fallait soigner Bill.
Son propre Over-Soul se déploya autour de ses anneaux. Shamash apparut près d'elle alors qu'elle s'agenouillait près du côté du géant, et elle se mit au travail. Pas l'ombre d'une pensée ne traversa son esprit: seule restait l'injonction, soigner Bill, soigner Bill.
Elle répara d'abord les vaisseaux et les tissus endommagés de la poitrine de l'Américain. L'Ange l'avait pratiquement coupé en deux, ce qui n'était pas mince affaire pour le géant. Tant qu'elle travaillait, le corps était comme en stase: rien ne changeait, rien ne bougeait sans qu'elle ne le veuille, ce qui lui donnait l'énorme avantage de pouvoir prendre son temps.
Une fois tous les canaux réparés et les chairs recousues, Jeanne chercha d'autres blessures. Le cerveau, il fallait qu'elle s'attache au cerveau. Ce travail-là était plus compliqué, souffla une voix désincarnée, elle ne savait pas – mais la chanson continuait, il fallait réparer ce cerveau, coûte que coûte. Les tissus qui n'étaient plus irrigués étaient déjà endommagés, mais elle ne voulait pas redémarrer le cœur sans s'être assurée qu'il n'empirerait aucun problème préexistant. Le sang avait commencé à se figer, elle le fluidifia. Les neurones s'étaient détériorés, elle les réactiva, comme s'il s'était agi d'elle-même. Enfin elle put faire repartir le cœur.
Manquait l'âme. Sans ça, son travail ne servait à rien. Mais comment raccrochait-on une âme...? Il n'y avait pas de scratch à coller, pas de levier à activer. Ce n'était pas une machine qui pouvait se réactiver avec le bon carburant. Elle n'avait aucune idée de comment procéder. Etait-ce même possible? Plus elle y songeait, moins elle en était convaincue. Non, elle allait devoir arrêter, relever les yeux et affronter ses coéquipiers avec la vérité: elle ne pouvait pas. C'était aussi simple que ça.
Mais la chanson reprit de plus belle dans son oreille, reprenant son attention un instant détournée. C'était dur de réfléchir à travers la brume musicale, dur de se rappeler ce qui était possible ou pas, ce qui était vrai ou pas. Tout ce qui comptait, c'était... c'était aider Bill.
Sans en avoir bien conscience, Jeanne attira à elle l'âme de Bill et l'approcha de son corps irisé. Il fallait qu'il se réveille. Sinon Achille serait triste. Y avait-il besoin de se poser plus de questions...?
D'un geste assuré, la Shamane fit plonger l'âme scintillante derrière la paroi de chairs. Comme si elle accrochait un baudrier parfaitement ajusté, elle raccrocha l'âme et le corps, bout par bout. Puis, lentement, elle reposa les mains sur ses genoux, et désactiva son Over-Soul. C'était à peine si elle avait respiré.
Alors Nyôrai claqua des doigts, et le souffle de la Française sembla se débloquer. Ses yeux reprirent leur teinte habituelle, et Achille sut rien qu'en la regardant qu'elle était de nouveau elle-même. Cependant, il ne souffla pas un mot, et le silence s'épaissit. Chacun attendait en regardant le visage fermé du géant, qui même avec un cœur de nouveau en train de battre ne semblait pas moins livide, pas moins mort...
Puis les bras que Jeanne avait toujours vu comme des battoirs se redressèrent et agrippèrent, l'un le bras d'Achille, l'autre le bras de Nyôrai, et les attira à lui. Jeanne, en sandwich entre les deux, s'abattit comme eux sur la poitrine de l'Américain.
Une espèce de grondement de fin du monde s'élevait au-dessus d'eux.
Bill riait.
C'était étrange, pour dire le moins. Il les pressa contre lui quelques secondes encore avant de les relâcher. Nyôrai était visiblement déroutée (et un peu contrariée), Achille souriait jusqu'aux oreilles. Jeanne, elle... était entre les deux. Depuis quand Bill se comportait-il avec elle comme si elle était autre chose qu'un moucheron gênant?
Avec difficultés, l'Américain se redressa. Il semblait surpris de pouvoir si aisément se mouvoir, et après quelques instants il posa une main dans les cheveux de la Française. « Stubborn little chit, » dit-il, mots qui échappèrent à l'intéressée. Devant les grands yeux un peu choqués de la Française, il précisa, « je dis que tu es têtue, gamine, c'est tout.
- A-ah, » répondit Jeanne, sans savoir si elle devait se sentir soulagée. Achille eut un rire court et nerveux. La tension retombait, et Jeanne se rendit alors compte du point auquel elle se sentait vidée. Sa tête lui tournait un peu, et elle se rattrapa au mur pour ne pas tomber.
« Vas-y doucement, » la rabroua Nyôrai. « Tu as perdu énormément de furyoku en le soignant. »
Achille leva un sourcil. « Tu t'inquiètes pour elle, maintenant? »
Nyôrai lui répondit d'un sourire étincelant. « Tu n'as qu'à l'aider à marcher, cela ne vaut pas le coup qu'elle se blesse... »
Achille gronda un peu, mais il aida Jeanne à se stabiliser. « On a plus qu'à continuer," décréta-t-il alors. « Tu as dit que… le frère d'Hao-sama t'avait « perdu, » c'est ça, Bill? Donc ils y étaient presque? »
L'Américain acquiesça, et le groupe se remit en marche.
« Donc, » reprit Achille, alors qu'ils progressaient, « Hao-sama a un frère.
- Oui. » Bill, qui marchait derrière eux dans les couloirs étroits, ne semblait pas spécialement choqué par la surprise. « Un jumeau, si j'ai bien compris, qui a été élevé pour concourir contre lui. Je n'ai pas les détails, mais si j'ai bien compris la maison Asakura est une grande famille de Shamans… qui se pense destinée à détruire Hao. Le petit est leur arme. »
Achille jeta un regard à Jeanne, mais elle ne réagit pas. Elle les entendait parler, mais sa tête lui tournait trop pour qu'elle puisse réfléchir vraiment. Pour le moment, elle se concentrait simplement sur le fait de poser un pied devant l'autre.
Ils gravirent encore quelques escaliers, en descendirent d'autres, et bientôt un bruit de torrent commença à se faire entendre.
« Qu'est-ce que c'est...? » Jeanne se sentait encore un peu nauséeuse, mais sa tête ne lui tournait plus trop.
« Un cours d'eau souterrain, ici? » Achille avait du mal à comprendre. « Ce serait la destination...?
- C'est différent de ce qu'on a vu jusqu'ici, donc c'est un progrès, » conclut Nyôrai en descendant les dernières marches, dépassant les deux autres. Le bord de la rivière était désert; mais dans la terre meuble on voyait des empreintes de pas sur le bord où ils étaient, et rien de l'autre côté. Le flot était lisse et très clair, à la manière des rivières de montagne. Un vague vacarme annonçait des pièges invisibles.
Pendant un moment, le petit groupe chercha un nouveau passage, en vain. Bill, encore un peu faible, était resté près de la rivière. « Allez, il faut vous rendre à l'évidence, » finit-il par s'exaspérer.
« Ils ne veulent quand même pas... » Jeanne ne finit pas, soufflée par le sourire ricanant de l'Américain.
« Vos âmes sont vos guides, que je sache. Vous sentez comme moi qu'il faut plonger dans cette rivière.
- Thenral ne peut pas voir où elle se termine, » annonça une Nyôrai morne. « Il y a comme une espèce d'écran qui trouble sa vision.
- C'est sérieux? Il faut vraiment se jeter à l'eau? » Achille était moins anxieux qu'insulté. « On va abimer nos vêtements, les Cloches, les livres...
- Ils y ont songé, » signala Nyôrai, en pointant du doigt une espèce de coffre appuyé contre le mur du dernier bâtiment. Dessus, quelqu'un avait vissé une plaque explicative. « Affaires fragiles - transport Pache rapide assuré! Laissez 5 dollars pour assurer la délicatesse du transporteur. PS. Utiliser le transport Pache pour éviter l'épreuve équivaut à un abandon du candidat. »
Achille fronça les sourcils. « Utiliser le transport Pache...?
- Ils veulent sans doute dire que si tu demandes aux Paches de t'emmener, tu déclares forfait. C'est pour éviter les petits malins, » ricana Bill en s'approchant. Il avait enlevé son casque; d'un geste, il l'enfonça sur le crâne d'Achille et, sans lui laisser le temps de protester, il attacha les lanières. « M-mais!
- C'est un bon casque, et c'est dangereux de nager dans les rivières souterraines. Il y a des rochers, des stalactites... Hao-sama n'aimerait pas que je te ramène abîmé, » coupa l'Américain lourdement.
C'était sans doute dit sans arrière-pensée, mais le Grec sembla rougir jusqu'aux oreilles, et il enfonça encore un peu le casque sur ses oreilles. « Ça risque pas de m'alourdir?
- Si on est censés survivre à l'épreuve, alors ça n'aura pas le temps d'avoir un impact, » grogna l'adulte en haussant les épaules. « Cela sert juste à tester ton courage, j'en suis sûr. »
Achille acquiesça, pas convaincu; en se tournant vers les deux filles, il découvrit deux grands sourires, l'un taquin, l'autre franchement moqueur. Rougissant de nouveau, il se renfrogna. « Quoi?
- Mais rien, » répondit Nyôrai, alors que Jeanne tentait d'effacer son sourire. « Nous n'avons rien dit.
- C'est tout comme, » grommela le brun en se détournant. « Du coup, on fait quoi?
- On fait confiance, » finit par décider Jeanne, en retirant ses chaussures et le sac de livres qu'elle portait. Avec précautions, elle déposa le tout dans la boite. Sa main trouva son pendentif; elle hésita, puis le glissa sous sa chemise. Avec sa ceinture d'anneaux, elle était assez lourdement lestée, mais elle ne pouvait pas risquer d'ignorer la possibilité de devoir se battre encore. Elle déposa pourtant la lourde cape récupérée chez Lilirara et sa jupe, restant en collants et chemise. Devant le ricanement redoublé de Nyôrai, elle tira sur le bas de ladite chemise et s'éloigna un peu, mais bientôt les autres étaient dans un état similaire. Achille, après une hésitation, avait enlevé son pantalon, son veston et sa chemise. Nyôrai avait mis le « pyjama » octroyé par Lilirara, protégeant ainsi ses vêtements légers de ce qui les attendait.
« Attendez, » réfléchit Jeanne, qui s'était accroupie près de l'eau. « Le courant est puissant, on risque d'être emportés loin les uns des autres si on n'a pas de quoi s'accrocher.
- Quoi, tu veux qu'on se donne la main?
- On ne pourra pas nager, si on fait ça. Mais...
- Je sais, » fit Nyôrai, qui semblait trouver l'idée plutôt bonne. Retournant au coffre, elle fouilla dedans et en sortit la corde qu'ils avaient, au début, utilisée pour l'attacher.
« La corde va se resserrer dans l'eau, c'est dangereux...
- On ne va pas faire des nœuds serrés. L'idée, c'est de faire une sorte de harnais qu'on n'aurait pas besoin de tenir, non? »
Achille coula un regard vers Bill. Lui faire un harnais prendrait déjà la moitié de la corde...
« Pas pour moi, » confirma le géant. « Si je m'évanouis, je vous coulerai tous. Je peux tenir la corde et nager quand même, ne t'inquiète pas.
- D'accord, » accepta Nyôrai sans laisser le temps de répondre à Achille. Elle avait l'air de savoir ce qu'elle faisait, songea Jeanne, et c'était un peu rassurant de la voir passer les cordes autour de la taille d'Achille. « Ce n'est pas idéal, et ça risque de brûler un peu, mais c'est ça ou rien...
- Ca va aller, » fit le Grec. « Occupe-toi de Jeanne. »
Nyôrai obéit sans discuter, puis s'attacha elle aussi et donna le bout de la corde à Bill, après lui avoir façonné une espèce de poignée pour limiter le risque qu'il la lâche par mégarde.
Ensuite, il fallut aller à l'eau. Bill s'y glissa le premier; il s'y enfonçait jusqu'à la taille, ce qui n'augurait pas bien pour les adolescents. Nyôrai et Achille le suivirent: ils en avaient jusqu'aux épaules. Et ils étaient un peu plus grands que Jeanne... En se mordant la lèvre, la Française entra dans la rivière.
Le dévers était assez fort, mais c'est la température qui la surprit le plus: l'eau n'était pas froide, ou pas trop, en tout cas. Au moins ils ne mourraient pas d'hypothermie... Le courant était puissant: se tenir ainsi, debout contre la poussée des flots, demandait déjà des efforts. Alors même qu'elle prenait sa place entre ses deux camarades, Achille perdit l'équilibre, et ils faillirent tous se faire emporter. Heureusement, Bill avait su agripper la corde.
« Fais attention, enfin! » Nyôrai semblait avoir égaré sa superbe dans les flots clairs. Elle avait failli déraper à son tour, il fallait dire. « ... On peut y aller, maintenant. La corde devrait être assez lâche pour qu'on puisse nager sans se gêner. »
Achille acquiesça et se lança. Turbein leur avait assez bien appris, et le flot l'avala dès que ses pieds quittèrent le sol. Pour éviter le contrecoup, Jeanne le suivit immédiatement. Le courant la propulsa vers la paroi, et elle plongea pour éviter de toucher la caverne. Une fois sous l'eau, elle rouvrit les yeux: leurs esprits illuminaient leur voie. Avec le courant, ils allaient plutôt vite; mais l'air manqua vite aussi. Elle n'avait pas l'habitude de rester en apnée, et rien n'indiquait qu'ils pouvaient remonter à la surface. Il lui vint une pensée pour Bill, si grand, si massif. Pourrait-il même passer jusqu'au bout...? Les rochers autour d'eux semblaient si coupants...
La poitrine de Jeanne commençait à lui faire mal. Pourtant, elle s'efforça de ne pas paniquer, faisant chacune des brasses aussi larges que possibles. Malgré ses efforts, elle sentait son corps commencer à remonter, risquant d'effleurer les formations rocheuses. Il fallait qu'elle s'accroche, qu'elle ignore le tambour qui s'accélérait dans sa tête. Ouvrant encore les yeux malgré l'eau, elle se rendit compte qu'elle avait perdu les autres de vue. Il y avait encore la corde autour d'elle, elle la voyait comme un lien lumineux entre ses bras, mais les pieds d'Achille avaient été absorbés par l'obscurité. Ou alors c'était parce que sa vision se brouillait...?
Bientôt le bleu la gagna entièrement, et Jeanne s'évanouit.
Soudain elle rentra de plein fouet dans quelque chose. Instinctivement, ses mains s'accrochèrent dans le fouillis de racines et la hissèrent au-dessus de l'eau. Respirant difficilement, Jeanne roula sur la terre ferme et resta là un instant, la poitrine douloureuse, les yeux clos.
Puis elle se rendit compte qu'elle avait perdu la corde. D'un sursaut, elle se redressa sur ses coudes –
Et comprit que la corde était le moindre de ses problèmes.
Elle n'était plus dans la rivière.
A la place, une espèce de grand désert s'étalait sous ses pieds. Jeanne se releva. Une poussière rouge s'était collée à ses mains, à ses vêtements; en la frottant elle ne faisait que rougir sa peau. Elle regarda autour d'elle. Les couleurs lui rappelaient la vision de Lilirara, mais elle ne voyait pas de trace d'autres êtres humains... Et Shamash non plus n'était pas là.
Puis elle entendit comme l'écho d'un tremblement de terre. Se tournant vers la source du bruit, Jeanne retint un cri.
Sortie de nulle part, une énorme vague se dirigeait vers elle. Elle était si grande qu'elle couvrait l'horizon. C'était trop énorme pour être réel, décréta une voix au fond de la Shamane, et elle sentit tout son corps se détendre. Comment avoir peur? Il était impossible de l'éviter. Et même si l'eau devait l'écraser, le désert en avait après tout bien besoin...
L'eau s'abattit sur elle. Pourtant Jeanne, si elle fut éblouie, ne fut pas écrasée. C'est à peine si elle sentit de grands foulards l'envelopper, la caresser, puis l'emporter. Loin au-dessus d'elle, quand elle put rouvrir les yeux, elle vit des paillettes lumineuses – avant de comprendre qu'il s'agissait de poissons. Des poissons gigantesques et nombreux, de toutes les couleurs. Ils chatoyaient dans la lumière, roses, turquoises, écarlates. Lentement, les êtres étranges entourèrent la Shamane, tournant et volant autour d'elle à toute vitesse avant de s'éloigner, puis de revenir, comme pour la guider. La vision était tellement... vibrante, tellement joyeuse, qu'elle ne put s'empêcher de rire doucement, sans se soucier de l'eau autour d'elle. Sans hésiter, la jeune fille nagea avec eux, les laissant la guider dans l'étrange paysage bleu.
Puis les poissons s'éloignèrent, et l'eau sembla s'assombrir, jusqu'à ce que leurs écailles soient les seuls points de lumière autour de Jeanne. Elle ne voyait plus qu'eux; même le sol sous ses pieds semblait avoir disparu.
En fait, il avait disparu.
Quand elle s'en rendit compte, Jeanne se sentit tomber. Son cri s'étouffa dans le vide. Il n'y avait plus de poissons, que des étoiles lointaines, et sous elle, si loin d'elle, la Terre tournait, indifférente. C'était vers cette Terre qu'elle tombait, et son cœur s'affolait à l'idée de cette chute. Elle n'y survivrait jamais...!
De là où elle se tenait, la planète toute entière semblait bleue. Les grandes nappes de nuages volaient à une allure folle, autant de bateaux sur cette petite mare grande comme un sceau d'eau. Parmi eux elle en reconnut un, un paquebot fier et blanc...
Soudain son pied s'accrocha quelque part. Ou plutôt, quelque chose l'attrapa, comme un grand lasso d'étoiles. La chute terrible prit fin, et Jeanne sentit comme une main s'envelopper autour d'elle. C'était une main rassurante, caressante, une main de nuit qui semblait avoir peur de serrer trop fort et de l'écraser. Sans hâte, la main se referma, ménageant comme une poche où Jeanne était fougnée, recroquevillée. C'était étrangement reposant; la Shamane avait l'étrange impression de pouvoir déposer toutes ses émotions au creux de ces doigts, et elle avec. Doucement, doucement, elle ferma les yeux, et sentit que la main la déposait doucement sur quelque chose de solide.
Les doigts se déplièrent. Jeanne sentit immédiatement la peur revenir, et s'accrocha à la nuit, tentant de conserver quelque chose de cette paix, de cette douceur si rare, mais comme de l'eau la nuit filait dans ses doigts.
Et bientôt, elle était toute seule. Autour d'elle s'élevaient de longues griffes violettes et menaçantes, prêtes à l'attraper, à la déchirer, et –
Respire, se força-t-elle à penser. Respire. Fermant les yeux, elle fit disparaître les griffes, les menaces, le monde. Il fallait rester calme, se rappeler de la douceur de la nuit. L'obscurité n'était une menace que si elle la concevait ainsi.
Quand elle rouvrit les yeux, un tintement se fit entendre dans ses poches. Sans réfléchir, Jeanne y plongea les mains, et les ressortit pleines d'anneaux qui brillaient comme des soleils. A leur lumière, son environnement se précisa. Elle était sur un sentier bordé d'arbres gigantesques. Ils formaient une canopée trop épaisse pour voir le soleil, si soleil il y avait. Elle pouvait entendre leur chuchotis, les murmures glissés de branches à branches, de feuille à feuille. Il y avait des chansons, des épopées autour d'elle. De la vie.
La jeune fille tourna sur elle-même. Les anneaux l'aidaient à voir le chemin, mais pas à voir la direction qu'elle devait prendre. Est-ce que les deux mèneraient au même endroit...? Quelque chose lui disait que non. Lentement, Jeanne replongea ses mains dans ses poches, et les anneaux avec. Alors seulement, face à elle et loin encore, elle distingua de la lumière. Cela faisait comme un disque de feu grand comme son pouce. Et si, un instant avant, elle ne le voyait pas, maintenant elle avait mal aux yeux à force de le regarder.
Dirigeant ses yeux sur le sol, Jeanne avança vers la lumière, ignorant les bruissements, les sifflements et les grognements des fourrés, qui semblaient empirer au fur et à mesure qu'elle avançait. Pourtant, la lumière ne semblait pas se rapprocher.
Puis quelque chose s'enfonça dans la plante de son pied. Se figeant, Jeanne hésita à ressortir ses anneaux, mais n'osa pas. Lentement, elle se pencha, en ignorant la douleur pour ne pas risquer d'abîmer ce qu'elle avait trouvé. Ôtant son pied avec précaution, elle récupéra l'objet et le palpa à tâtons.
C'était une paire de lunettes, et elle pouvait encore deviner, rien qu'à la forme, à qui elles devaient appartenir. Son souffle se raréfia. Etait-il quelque part ici? Le visage de Marco en appela d'autres. Et Achille, et Nyôrai et Bill? Et les autres? Etaient-ils eux aussi quelque part dans cet endroit étrange?
Sans bien savoir ce qu'elle faisait, Jeanne déplia les lunettes et se les posa sur les yeux. Elles étaient lourdes, mais c'était un poids agréable, rassurant. Une fois les branches accrochées correctement, la Shamane prit une grande inspiration et rouvrit les yeux.
Devant elle, plus de canopée, plus de cercle de feu. Elle était désormais à l'orée de la forêt, les pieds à peine dans la lumière de la clairière.
Au centre de celle-ci s'élevait un arbre gigantesque. Il avait dû être frappé par la foudre, parce qu'il semblait fendu en plein milieu. De chaque côté s'étendait un réseau de branches nues, faussement frêles. Une espèce de frisson s'empara de Jeanne, un mauvais pressentiment. Ses yeux étaient encore mal habitués à la lumière, et elle avait dû lever les mains pour s'en protéger un peu. Quelque chose lui soufflait de partir, de reculer, de ne pas continuer à regarder. Elle allait forcément voir quelque chose d'horrible, quelque chose qui ferait mal...
Puis elle le vit. Elle vit la chose horrible, et ses pieds semblèrent se cimenter au sol.
Il y avait des gens dans l'arbre. De chaque côté, pendant comme des fruits immondes au gré des fourches, il y avait des visages assoupis, des corps relâchés, aux angles étranges et sinistres. Et il ne s'agissait pas d'étrangers, pas de touristes comme ceux de Mesa Velde.
Sur la branche la plus basse à la droite de l'arbre, Jeanne reconnut Marco. Il ne semblait pas conscient; ses lunettes – une autre paire, plus carrée, plus coupante que celle qu'elle portait – pendaient de son nez, prêtes à tomber. Un peu plus loin, Jeanne reconnut une chevelure châtain. La femme de Munich. Meene. Elle aussi était immobile, et une branche qui naissait derrière elle semblait au premier regard lui passer au travers. Ailleurs, une longue chevelure blonde lui rappela un autre nom, un nom presque oublié. Hans. Hans qu'elle n'avait pas souvent vu mais qui y avait toujours été si gentil avec elle. Les autres silhouettes, celles qui étaient trop hautes pour être autre chose que des taches de blanc, devaient être les autres X-Laws qu'elle n'avait vus que de loin.
Tournant la tête vers la gauche, la jeune fille sentit sa gorge se serrer. Maintenant que ses yeux étaient habitués à la lumière, elle voyait mieux. Les folles mèches rousses de la première silhouette étaient devenues immanquables. Mathilda. Et plus loin, Marion. Kanna. C'étaient les gens d'Hao, eux aussi drapés comme des décorations de Noël autour du sapin. Sauf que ce n'était pas un sapin, et qu'elle sentait une vague salée monter depuis son ventre.
Au pied de l'arbre, emmêlés dans un fouillis de racines, il y avait Achille d'un côté, et Nyôrai de l'autre. Le bois leur ceignait le cou comme un collier mortel, une promesse au goût de cendres.
Puis elle l'entendit. Le ricanement. Un ricanement qui tenait du chuintement et de la hyène, un ricanement qui annonçait la folie et la violence. Son ventre se serra, et elle sentit ses genoux trembler.
Quelqu'un était assis à la fourche, la première fourche, celle qui se situait juste au niveau du sol et juste au-dessus de ses coéquipiers. La vision de Jeanne était comme floutée, comme pailletée, elle n'arrivait pas à distinguer les détails. Elle voyait des jambes repliées, une sorte de toge sombre, un grand sourire, quelque chose comme des cheveux longs qui cachaient son visage. Hao, songea immédiatement la Shamane, mais les couleurs n'étaient pas les bonnes, l'air n'était pas le bon. Si c'était Hao, c'était un mauvais Hao, un drôle mauvais qui se tenait, elle le sentait, au-delà de toute discussion, de tout compromis. Les anneaux dans ses poches lui brûlaient les doigts, et pourtant elle tenta d'avancer. C'était lui qui détenait la clef, elle le sentait, lui qui pouvait l'aider à les sortir tous de là, mais s'approcher d'un tel être semblait si affreux...
« C'est toi, alors. Pauvre petite chose bornée, » entendit-elle alors, comme soufflé à son oreille, comme un écho des 'toute petite' de Hao, et pourtant c'était maintenant pire, bien pire. Les mots rampaient autour d'elle, rebondissant sur les branches et le sol pour l'encercler, la figer. Il fallait qu'elle se batte, qu'elle repousse cette morgue poisseuse...
« H-hao, » tenta-t-elle, désespérée.
« Je ne peux que te souhaiter la bienvenue dans le jeu... J'ai hâte de voir ce que tu vas donner, » dit encore la silhouette floue. Jeanne lutta pour discerner son visage, en vain – puis elle vit un œil, un œil trop large pour ce visage fin, un œil jaune de reptile prêt à mordre.
C'est alors que l'arbre prit feu. De grandes flammes grises avalèrent la fourche et l'homme perché au-dessus, menaçant immédiatement Achille, Nyôrai et tous les autres. Jeanne fit encore un pas vers eux, mais ses pieds lui semblaient désormais de plomb, et elle était trop lente, bien trop lente pour empêcher l'arbre de s'abattre sur elle.
Les flammes finirent par l'avaler elle aussi, et la conscience de Jeanne explosa comme du verre.
L'éveil fut étrange.
Jeanne ne sentait plus ses pieds, ni ses mains. Ou plutôt, si, elle les sentait; mais ils lui semblaient légers, si légers, à peine plus lourds que des rêves. C'était comme si dans son sommeil on l'avait démontée, morceau par morceau, et qu'on avait remplacé chaque tuyau usé, chaque articulation ébréchée par de nouvelles mains, de nouvelles veines.
Encore endormie, la Shamane leva une main hésitante devant ses yeux. Elle ressemblait bien à sa main, avec les longues griffes rosâtres de l'Iron Maiden toujours présentes, et toujours colère, malgré les années. Il fallait bien qu'elle soit encore elle, sûrement, mais un elle comme reposé, comme apaisé peut-être.
Un vague sourire aux lèvres, Jeanne se redressa sur les coudes, puis s'assit. Il y eut un mouvement à sa gauche, et elle distingua les grandes tresses de son examinatrice, sur un fond clair, un fond de fenêtre. « Jeanne, tu es réveillée! » parvint à ses oreilles.
Mais elle n'écoutait pas. Son souffle s'était arrêté au seuil de sa bouche et gonflait sa poitrine. Sans répondre à Rutherford, la Française se leva et s'approcha de la fenêtre. Son examinatrice leva une main, tenta de l'arrêter: une explosion argentée l'empêcha de rejoindre sa protégée.
Jeanne ouvrit le battant en grand et se hissa au-dessus de la rambarde. Devant elle s'étendait une mosaïque de toits plats. Sur ces toits, d'autres êtres faisaient comme elle, mais elle n'y prêtait aucune attention. Ses yeux étaient fixés sur ce qu'elle voyait au-delà de tout cela.
On aurait pu croire qu'il s'agissait d'une tour. On aurait eu tort. Rien ne rappelait les pierres mortes et la froide immobilité des constructions humaines. Non, il s'agissait d'une... sorte de danse. Les âmes tournaient les unes autour des autres jusqu'à se perdre à l'intérieur de la lumière. Malgré le nombre d'âmes, la vision n'avait rien de grouillant, ou de confus. Il n'y avait pas de musique, et pourtant chacune des âmes semblait écouter un rythme qui échappait aux oreilles de la Shamane. Le chaos de ses précédentes visions semblait s'apaiser, disparaître dans cette danse. Approcher un tel lieu frappait forcément l'âme, la tordait et l'essorait dans tous les sens, il ne fallait pas avoir peur de s'y perdre un peu...
L'endroit où Rutherford l'avait emmenée était loin des Great Spirits, elle le savait, et pourtant elle avait l'impression que, dès qu'elle regardait un détail du phénomène, tout lui apparaissait clairement. Ici un cerf, là une abeille, ailleurs une baleine gigantesque et gracieuse, vaporeuse... Les âmes humaines semblaient comparativement rares, ou cachées dans le foisonnement bleu.
Non, pas bleu, et pourtant si, de la même façon que la neige se faisait bleue pour avoir dans l'oeil une profondeur. Elle n'avait pas mal aux yeux, alors qu'elle fixait la danse depuis ce qui lui semblait des milliers d'années. C'était plus comme regarder la lune que regarder le soleil, c'était... doux... et familier.
Elle était déjà venue ici, murmurait une voix en Jeanne. « Je suis déjà venue ici, » dit-elle, sans s'adresser à personne. La lumière ne lui faisait pas mal aux yeux, mais il recouvrait désormais son champ de vision de taches noires et rouges. Quelque chose de froid touchait ses pieds. Lentement, elle baissa les yeux. Elle avait de la neige jusqu'aux chevilles et l'impression que ses poumons étaient remplis d'eau. Pourtant, elle n'avait pas mal. Ses pieds nus auraient dû brûler dans la neige, et pourtant elle avait l'impression de toucher un nuage. N'entendait-elle pas quelqu'un appeler...? Achille, sans doute. Ou Mathilda. Ils avaient joué dans la neige, tous ensemble, plus jeunes... Peut-être que Nyôrai voudrait bien se laisser tenter par une bataille de boules de neige...
Ses yeux retrouvèrent la danse des esprits, si loin, si près pourtant. Déjà les noms s'éloignaient. Même Shamash, qu'elle sentait encore, à peu près, près d'elle, et qui était aussi bouleversé qu'elle, lui semblait loin, une autre île, un autre monde. Ce n'étaient pas lui, ce n'était pas eux qui appelaient, non, cela venait de bien plus loin, du fond de son âme, du fond d'une histoire qu'elle soupçonnait à peine. La neige avait fondu sous ses pieds. Elle sentait des feuilles, maintenant, et aussi du sable. Les mailles serrées d'un tapis.
Ce n'était pas la première fois qu'elle venait ici, ni même la deuxième. Elle était venue ici des dizaines de fois, pas vrai? Peut-être même que des centaines de fois, son âme était arrivée là, et en était repartie, sans qu'elle le sache, sans qu'elle n'en ait jamais la moindre idée avant de venir ici...
La danse continuait, indifférente à celle qui l'observait. L'eau qui remplissait son ventre sembla s'agiter, et les larmes lui montèrent aux yeux, comme si elle débordait. Comment ne pas pleurer?
Elle était à la maison.
Dramatis personae: FIN.
