Jeu d'échecs
Deuxième partie: Et in Arcadia
Deuxième chapitre: Behind the garden walls / Nos monstres de papier
Auteur: Rain
Disclaimer: Shaman King ne m'appartient pas.
Soundtrack: Both of you (Steven Universe Soundtrack)
Note:
Je n'aurais pas fait ça si Takei ne nous avait pas fait ça; c'est lui qui a le premier dit fuck la parité, hein... XD On rentre un peu dans mes idées pour le peuple Pache, ce sera pas trop développé dans échecs mais j'avais ces idées depuis littéralement des années, ça fait du bien de les sortir xd
« ... Et Marco Maxwell. Tiens, ça c'est un nom qui me rappelle quelque chose, » disait Radim.
« C'est un nom assez courant, » rétorqua Marco d'un ton froid. L'exubérance du Pache devait l'énerver. Heureusement, Radim laissa tomber. « X-I, c'est bon, on peut passer aux suivants. Alors... John Dembat, Porf Griffith, et Larky Dirack. Nom d'équipe ? »
Jeanne en retenait presque sa respiration. De là où elle était cachée, elle ne pouvait plus rien voir, mais cela n'avait aucune importance. Le mur qui la séparait du bureau aurait aussi bien pu être en papier: elle entendait tout.
Alors les X-Laws venaient d'arriver. Le fait qu'ils soient là n'aurait pas dû tant la surprendre, surtout que Nyôrai lui avait bien confirmé qu'ils participaient au tournoi; mais de là à les croiser si vite... Jeanne songea à s'en retourner, filer le long des rues en revenant plus tard. Mais à neuf, les X ne tenaient pas dans le bureau. Certains des hommes en blanc avaient pu la voir, et ils remarqueraient forcément son petit manège.
Mordillant sa lèvre, Jeanne regarda autour d'elle. Une grande poubelle la séparait de la rue. Avec un peu de chance, elle pouvait simplement attendre qu'ils s'en aillent.
« Et les derniers, alors... Christopher Venstar, Kevin Mendel, et Meene Montgomery. X-III, vous m'avez dit ? Je crois que c'est tout bon ! Vous avez sur ce papier un plan du Village, les rappels des règles et une série de coupons que vous pourrez utiliser dans les différents commerces...
- Merci, » fit Marco d'une voix glacée. Il y eut un bruit de pas, et bientôt tout le groupe de X-Laws était sorti du bureau. Depuis sa cachette, Jeanne les observa à la dérobée. La plupart des hautes silhouettes vêtues de blanc lui étaient inconnues, mais elle pouvait les identifier grâce aux photos de Nyôrai. Une longue tresse blonde attira son œil. Hans... lui, elle le connaissait. Pas aussi bien que Marco, mais il était arrivé avant qu'elle ne parte dans le groupe, et le voir lui pinça le coeur. Marco était aussi têtu qu'un caillou lorsque cela le prenait; Hans, lui, était pire. S'il la voyait, il essaierait certainement de la transformer en steak haché.
Puis ses yeux tombèrent sur une tache de couleur. Le jeune garçon qui se tenait près de Hans n'appartenait visiblement pas à l'organisation. Jeanne se souvenait l'avoir déjà vu quelque part... Lors de la cérémonie d'ouverture! Il s'était tenu avec les X-Laws... mais il ne pouvait pas réellement faire partie du groupe, si ? Il n'avait pas l'uniforme, ni la prestance des soldats autour de lui. Plissant les yeux, la jeune Shamane compta les gens en blanc. Trois, six, sept... huit. Tous les noms qu'elle avait entendus prononcés par Radim étaient des noms que Nyôrai avait noté dans son carnet. Donc... il faisait partie des X-I ? L'idée était difficile à entendre. Il y avait quelque chose de... sauvage, désordonné, dans la façon qu'il avait de se tenir, toutes les choses que Marco haïssait. S'il était celui censé la remplacer – Jeanne grimaça à cette idée – le chef des X-Laws avait choisi quelqu'un à son exact opposé. Etait-ce fait exprès ?
Ignorant le vague sentiment douloureux que l'étranger avait fait apparaître, Jeanne se promit de regarder et de noter son nom dès qu'elle serait seule. Elle devait en apprendre plus sur lui. Comprendre ce qui avait motivé le choix de Marco – comprendre ce qui faisait de ce garçon un allié si précieux qu'il pouvait se permettre d'ignorer les codes des anges. Il n'avait pas un furyoku impressionnant. En fait, il ne semblait même pas avoir d'esprit... il devait lui manquer une partie des informations.
Au bout d'un moment, le groupe se mit en branle. Jeanne hésita. Elle pouvait attendre qu'ils aient tourné le coin de la rue. A partir de ce moment-là, elle pourrait sans risques sortir de sa cachette, rentrer dans la boutique et demander l'aide de Radim pour retrouver Rutherford. Ce serait le plus sage. Elle ne devait pas se disperser...
Mais la petite voix qui exprimait ces pensées dans sa tête fut totalement ignorée par la part de Jeanne qui se mit à suivre le groupe des X-Laws. En rasant les murs et en prétendant de faire son shopping dans les belles vitrines brillantes, elle passait totalement inaperçue; d'autant plus qu'ils marchaient en regardant uniformément vers l'avant, sans faire de pause ni se retourner. Ils faisaient bloc, ainsi, un bloc lisse et sans voie d'entrée. Essayer d'en aborder un, c'était les aborder tous. Comment espérer s'entendre ?
En arrivant à une intersection, Jeanne vit cependant l'unité se briser. Marco s'était arrêté. Non, en fait quelqu'un l'avait interpellé, et il s'était arrêté pour se retourner brusquement, le visage couvert par ce masque de colère froide qu'il semblait cultiver depuis Berlin. A voix basse, il s'entretint avec le fauteur de trouble. De loin, la Française ne pouvait pas identifier son identité, mais il était évident que ce qu'il avait à dire ne plaisait pas à son capitaine. Puis les voix enflèrent, et Jeanne comprit qu'il s'agissait de Hans. Au fur et à mesure que le volume s'élevait, le visage de Marco s'assombrissait. Puis il sembla se maîtriser, et un ordre claqua. Sous la direction de Christian... non, Christopher, la plus grande partie des X-Laws continua tout droit, vers la sortie du Village. Hans commença par ne pas bouger; puis il secoua la tête, fièrement rebelle, et suivit d'un pas traînant le reste du groupe. Marco resta seul au milieu de la rue, visiblement sur le point de craquer.
Puis Jeanne la vit. La femme des X-III – Meene, la femme de Berlin – avait commencé par obéir, mais elle avait bien vite ralenti. Maintenant elle s'était totalement arrêtée, et regardait avec inquiétude son capitaine. La Française la vit avec surprise revenir vers le blond, et poser une main hésitante sur son épaule.
Jeanne s'attendait à une explosion, ou au moins à quelques mots secs et un geste de rage, mais Marco ne fit ni l'un ni l'autre. A la place, il se retourna vers la brune, et leva une main pour se la passer dans les cheveux. Si Jeanne ne l'avait pas connu, elle aurait pensé qu'il s'excusait.
Quelque chose comme une gêne flottait dans l'air.
Puis il indiqua quelque chose plus loin dans une rue perpendiculaire, et les deux anges partirent dans cette direction. Sentant sa curiosité s'éveiller, Jeanne les suivit discrètement, disparaissant derrière un présentoir de jolies pierres scintillantes. Du coin de l'œil, elle vit les deux X-Laws s'installer à la terrasse d'un café. Un Pache vêtu d'un tablier clair vint prendre leur commande, et la Française reconnut Thalim. Bientôt, Marco avait son habituel expresso devant lui, et Meene touillait une tasse de ce que Jeanne décida être du thé. Cela lui allait bien, à la brune, du thé.
De là où elle était, elle ne pouvait pas entendre de quoi ils parlaient. Il fallait qu'elle se fie au langage corporel des deux anges. Mais si elle connaissait assez bien Marco - ou si elle l'avait assez bien connu, ce qui devait l'aider - elle ne savait presque rien de Meene. Et alors que le blond, visiblement en train d'exprimer ses frustrations au sujet de sa recrue autrichienne, bougeait les mains et faisait un pantomime correct, son interlocutrice ne bougeait presque pas. Les mains occupées avec son thé, elle se contentait de regarder le spectacle de l'Italien. Quelque chose dans son maintien, dans sa façon de le regarder, donnait à Jeanne une impression de tristesse terrible, comme si une chose affreuse était en train de se passer, mais rien ne se passait. Ce n'était pas le regard d'un soldat désemparé devant le manque de cohésion de son groupe, ni même celui d'une amie déçue. Elle semblait... mélancolique, et pourtant complètement concentrée sur Marco. Jamais son regard ne s'égarait, jamais elle ne bougeait la tête, et pourtant vu le sujet de la colère du blond, il ne devait pas dire grand-chose d'intéressant.
Puis la tempête s'en fut comme elle était venue. Calmé, Marco avala son café d'une gorgée et se redressa, adressant encore quelques mots à Meene. Un billet paya Thalim, et l'Italien partit au pas de charge, disparaissant rapidement au coin d'une rue.
Meene, elle, ne bougea pas immédiatement. Elle n'avait pas bu une seule fois de son thé, et il devait être froid maintenant. Mais cela ne semblait pas la déranger. Les yeux dans le vide que Marco avait laissé, elle rêvait peut-être. Une statue de sel n'aurait pas moins bougé qu'elle. Jeanne sentit, sans bien trop comprendre pourquoi, son cœur se serrer. Elle hésita un moment. En groupe, les X-Laws étaient inabordables; toute seule... peut-être que Meene l'écouterait? Peut-être qu'elle comprendrait que Jeanne n'était pas une vassale d'Hao, que la fille qui avait quitté les X-Laws – correction, qui avait été enlevée – était encore de leur côté...
... Mais l'était-elle encore ? Même si elle avait été séparée d'eux pendant plusieurs années, elle avait peu de doutes sur le discours que Marco devait leur avoir tenu. Ce qu'Hao lui avait dit à propos des X-Laws vint bousculer sa réflexion. Pour lui, l'Iron Maiden était un symbole avant tout, le symbole de ce qu'ils étaient prêts à faire, prêts à sacrifier. Et elle...
Son regard tomba sur la forêt de ronces argentées sur son bras. Voilà où était le problème. L'idée même de retourner dans la prison de fer lui retournait l'estomac. Et si cela devait arriver à quelqu'un d'autre... Non. Elle n'était plus prête à faire ça. A moins que cela puisse, une fois toutes les autres solutions épuisées, sauver la situation... mais elle n'en était pas là. Et si elle parvenait à convaincre Meene et le reste des X-Laws – et Marco – cela voudrait dire y retourner.
L'esprit tourmenté, Jeanne se détourna et retourna vers la boutique de Radim, ignorant l'impression tenace d'une certaine lâcheté qui lui mordait les chevilles.
Le bureau des inscriptions était, cette fois-ci, désert. A pas hésitants, la jeune fille s'approcha du comptoir et attira l'attention de Radim.
« Ah, c'est toi. Jeanne… Maxwell, c'est ça ? »
Jeanne cligna des yeux, puis acquiesça. Etrange comme ce nom lui paraissait… déplacé, maintenant. Encore plus après ses dernières réflexions. Mordillant sa lèvre, elle décida de ne pas trop y réfléchir. C'était le genre de choses qui ne feraient que lui attirer des moqueries. « Je cherche mon organisatrice. Ruth –
- Ah, oui, elle est repartie aider les derniers arrivés, mais je peux l'appeler si tu veux. Assieds-toi là en attendant. » Radim la guida jusqu'à une chaise et lui fourra dans les mains un catalogue. « Si quelque chose te plaît, nous vendons tous ces objets à des prix ridicules. Il y a plein de choses mignonnes qui te plairont ! »
Jeanne ne sut pas vraiment quoi répondre. Automatiquement, elle s'assit, ouvrit le catalogue. La plupart des petits objets n'était pas vraiment son style, mais il y avait de jolies pierres et des bijoux qui auraient peut-être pu plaire à certains de ses camarades… Une paire de boucles d'oreilles en forme de tête de mort taillées dans du quartz orange l'interpella. Mathilda aimerait ces choses-là… Mais en palpant ses poches, la jeune fille se rappela qu'Achille avait gardé le porte-monnaie. Avec un léger soupir, elle ferma le catalogue et découvrit que, si elle n'avait pas d'argent, elle avait l'un des livres qu'Achille avait pris pour elle. Elle avait déposé le sac dans l'appartement, et elle n'avait pas souvenir d'en avoir pris un... Nyôrai l'avait-elle glissé dans sa poche ? Il était suffisamment petit pour ne pas se remarquer... Haussant les épaules, elle se mit à le lire pour passer le temps. Fondements de la métaphysique des mœurs... bon et bien, rien qu'avec le titre elle en aurait pour un moment.
Alors qu'elle peinait à déchiffrer, ou plutôt à décoder, la première ligne de l'ouvrage, les pensées de Jeanne vagabondèrent vers Nyôrai, toute seule dans la maison Pache, et la courte discussion qu'elles avaient réussi à avoir avant qu'elle n'envoie la Française chercher leur équipier. Enfin, 'discussion' était un grand mot, puisque Jeanne était trop morose et distraite pour vraiment parler. Mais Nyôrai était parvenue à discuter toute seule, et maintenant que la Française disposait d'un plan d'attaque, elle ne pouvait s'empêcher d'y repenser.
« Tu sais, » avait commencé la brune, « c'était un pari osé. Ce n'est pas un reproche, d'ailleurs: c'est bien d'avoir essayé. Si on avait eu un peu plus de temps, peut-être bien que ça aurait marché. Mais tu vas avoir du mal avec lui, parce qu'il est sacrément mordu d'Hao, Achille. »
Jeanne avait émis un bruit vaguement défaitiste, avant de dire, avec un retard: « Hao fait cet effet à tout le monde. Il est « charismatique, » comme on dit. »
Il y avait eu un silence, puis Nyôrai avait ricané. « Ca va au-delà du charisme, je pense. Achille bave sur lui dès qu'il en a l'occasion. Tu ne te bats pas juste contre un leader charismatique, mais contre ce que j'imagine être le premier amour de notre petit camarade, et ça, c'est une autre affaire... »
A ce moment-là, Jeanne ne l'écoutait plus vraiment, et elle n'avait répondu que d'un haussement d'épaules. Mais maintenant... maintenant qu'elle n'avait rien d'autre à faire qu'attendre, elle sentait les rouages de son cerveau se mettre en branle, et relier à cette conclusion tout ce qu'elle savait d'Achille. Il était hyper-protecteur d'Hao, certes, mais d'autres l'étaient. Il était jaloux, certes, mais elle l'était un peu aussi autour de Marco, et elle n'avait pas ce genre de sentiments pour lui. Mais... ça se tenait. Peut-être.
... Elle n'y connaissait rien, non plus. Alors que Nyôrai se prétendait grande experte de ces choses-là... elle lui faisait plus confiance sur le sujet qu'elle ne se faisait confiance à elle-même. Donc...
Donc, ils étaient bien mal partis. Comment aborder le sujet avec Achille ? Le devait-elle ? Et est-ce qu'Hao savait, lui? Si oui, son apparent rejet était encore plus détestable. Si non... mais il savait toujours tout. Pouvait-il vraiment l'ignorer ?
L'arrivée de Rutherford la tira de ses pensées. « Un problème ? »
Jeanne lui expliqua. La perspective de la guider jusqu'à Hao ne réjouit pas énormément son amie, mais elle finit par accepter. « Tu fais bien de demander, la voie est dangereuse quand on ne sait pas où on va. Par contre, on va devoir marcher un moment, et prendre des chemins de traverse. Tu as de l'eau ? Je sais que Renim en vend… »
Jeanne secoua la tête. « Ça ira.
- Comme tu veux. Allons-y, alors. »
Et les deux filles prirent le chemin des falaises.
Rutherford avait remis son masque pour traverser le village. Jeanne s'en souvenait mal, mais il ressemblait à celui qu'elle avait fracassé lors de son test: artistement sculpté et peint, il ne laissait rien voir de l'organisatrice qui ne soit pas recouvert par son énorme capuche. Un instant, la Française songea à la questionner à ce sujet, mais il était apparent que son amie ne voulait pas parler.
Elles parvinrent à la limite du village en quelques minutes. Une route assez large s'enfonçait dans la forêt, et elles la suivirent un moment. Puis Rutherford s'arrêta, regarda autour d'elle, et sauta aisément le fossé qui séparait la route des sous-bois. Jeanne, après une hésitation, la suivit, manquant perdre son équilibre. Vive comme l'éclair, l'organisatrice lui attrapa le bras, la tira vers l'avant. Une fois Jeanne stabilisée, elle la relâcha, retira sa capuche et fit glisser son masque vers le côté de son crâne. « Ne vas pas te tordre la cheville avant même d'avoir commencé l'aventure, » sourit-elle, malicieuse.
Jeanne rit avec elle, embarrassée. « L'aventure ? C'est si loin que ça ? »
Rutherford haussa les épaules. « A vol d'oiseau, non. Mais ça grimpe sec. D'ici on ne voit rien, mais il y a une espèce de crête. C'est ce que tes amis ont appelé la falaise, et c'est là qu'est la base.
- La base ?
- Oui, c'est une vieille base militaire américaine. Elle n'a jamais vraiment servi, donc ça doit être assez mal en point, mais c'est là qu'Hao est allé s'installer. »
Jeanne digéra l'information. Le petit sentier qu'elles suivaient maintenant était bordé de rochers empilés les uns près des autres, créant l'impression étrange d'une collection entretenue par un géant. Le chemin serpentait entre les pierres, et commençait doucement à s'incliner.
« Et tu l'as vu arriver au village ? Hao, je veux dire, » fit-elle après un moment.
Rutherford, qui marchait devant, ne marqua pas de pause. « Personne n'a eu besoin d'aller le chercher à la rivière, lui. Je n'y étais pas, mais dès que ceux qui étaient avec lui se sont réveillés – il ne nous avait pas laissé les toucher – il est allé droit à la place principale, pour voir les Grands Esprits de plus près.
- Il était le premier ?
- Oh, non. Au contraire, je pense qu'il est arrivé tard exprès. Pour bien montrer qu'il maîtrisait la situation et qu'il n'avait pas besoin de s'inquiéter. »
Elles étaient arrivées à une fourche. La pente était franchement raide maintenant : Jeanne aurait aimé s'arrêter un peu, mais sa guide continua son chemin sans s'arrêter. En passant devant le chemin qu'elles ne prenaient pas, elle expliqua: « On peut monter en escaladant la paroi; mais tu arriverais en sueur en haut, et cela ne te desservirait. »
Jeanne se fit la réflexion qu'elle était déjà en sueur. Mais l'idée de grimper à mains nues ne l'enchantait pas particulièrement. « C'est vraiment possible ? Ça a l'air très... raide.
- Oh, c'est très facile. Nic et moi avions l'habitude de nous défier pour voir qui irait le plus vite. Enfin, c'était avant... avant. »
Son visage s'était rembruni. Jeanne hésita à la relancer, à expliquer qu'elle ne connaissait pas ce « Nic. » Elle n'en eut pas besoin.
« Tu sais, Nichrom n'était pas censé faire partie des organisateurs. Il est trop jeune, » et il y avait comme un reproche dans la voix de Rutherford. « Mon esprit choisit son propriétaire et le dixième organisateur, mais ce n'est pas le cas des autres. C'était son frère, Chrom, qui remplissait son rôle. Chrom était très doux, très... gentil. C'est lui qui nous avait appris à grimper. Ni Nic ni moi ne sommes jamais parvenus à le battre en vitesse. Mais il a... Il faisait passer un test, et le Shaman en face de lui l'a tué. »
La surprise s'étala sur le visage de Jeanne. Puis elle se maîtrisa. « Je suis désolée, » souffla-t-elle.
« Ce n'était pas toi. »
Il y eut un silence. Mais Jeanne n'y tenait plus.
« C'est autorisé ? De... de tuer un organisateur ? »
Rutherford secoua la tête, les yeux au sol. « Goldova a dit que ce n'était pas interdit. Le tournoi est une question de force, pas de moralité. »
Jeanne fronça les sourcils. « Mais... c'est dangereux, comme précédent. Je veux dire, n'importe qui pourrait tuer tous les Paches et se proclamer roi dans ce cas !
- Non, » et Rutherford semblait offensée. « Chrom... Chrom, comme je l'ai dit, était gentil. Et il n'était pas sur ses gardes. Pendant un test, on se contente d'esquiver, pas de se défendre. Si tu devais essayer de tuer tous les Paches, tu te rendrais vite compte que nous ne sommes pas faibles. »
Jeanne rosit. « Ce n'était pas... J'imagine bien. Mais par exemple, si Hao essayait quelque chose comme ça...
- Voyons, il n'est pas comme ça. » Jeanne se figea. Ce n'était pas la voix de Rutherford. Les deux filles se retournèrent d'un bloc, et découvrirent un homme appuyé sur les rochers. Il se fondait dans le décor, à la manière des vipères en quête de proie. Namari, comprit Jeanne. Et... quelque chose de gros et rougeoyant derrière lui. Cela sifflait.
Le Pache continuait. « Il compte bien gagner le tournoi à la loyale, et sans faire de mal à ceux qui ne se dressent pas sur son chemin. Ceux et celles qui font leur travail, » dit-il avec un regard appuyé à Rutherford, qui répondait avec toute la hargne d'un chat hérissé. « Je croyais que tu ne devais pas montrer ton visage aux candidats? Goldova ne sera pas content.
- Goldova ne sera pas content non plus s'il apprend que tu n'es plus neutre, » fit Rutherford d'un absolument pas neutre.
« Ah mais je le suis. Accepter qu'Hao deviendra roi n'est pas prendre parti, mais conscience de la réalité.
- Tant qu'elle ne s'est pas réalisée, ce n'est pas la réalité, » contra Rutherford. Quelque chose dans son ton dissuada Jeanne d'intervenir. « Tu n'as pas des assiettes à laver à ton restaurant ? Tu n'as pas demandé à Thalim de prendre ta place, au moins ? »
Quelque chose comme une grimace entre le dégoût et l'énervement passa sur le visage de son aîné, avant de disparaître de nouveau. « Tu devrais vraiment te calmer, Ruth. Ce n'est pas parce que tu es avec Grey Saucer que tu peux tout te permettre. Toi aussi, tu dois obéissance aux Great Spirits et à la chanson des Paches. »
L'aura de Rutherford sembla vaciller. Jeanne ne connaissait pas les codes de la tribu, mais elle devinait la menace, et se sentit obligée d'avancer. « Rutherford ne faisait que s'assurer que je ne me perdais pas. Je suis sûre qu'Hao n'apprécierait pas que je meure de faim et de froid en allant le voir. »
Cela eut le mérite d'arrêter Namari, qui reporta son regard sur elle. « C'est étrangement vrai, ce que tu dis là. Hao n'apprécierait pas que tu sois perdue... oh, il ferait avec, mais il n'apprécierait pas. Etrange, non ?"
Jeanne affronta les yeux froids, cachant son inquiétude sous la détermination. « Je ne sais pas ce que vous essayez d'insinuer, » dit-elle froidement, « mais je veux que vous nous laissiez tranquilles, maintenant. »
Cela eut le mérite de le faire ricaner. « A vos ordres, à vos ordres. Ruthie, j'étais juste venu te rappeler que tu es de corvée de plonge au café ce soir. »
Rutherford s'était encore raidie. « Je n'avais pas oublié, » siffla-t-elle.
Namari eut un sourire faussement bienveillant. « Dans ce cas, tout va bien, » et sans un mot de plus, il disparut entre les rochers. Jeanne relâcha son souffle, et hésita à prendre la parole. Mais Rutherford, après avoir secoué ses tresses, reprit la route sans un mot, et elle lui emboîta le pas.
Elles marchèrent en silence. Même si elle n'avait pas senti le besoin de calme de son amie, Jeanne n'aurait probablement pas pu parler; le sentier toujours raide lui donnait du mal, et l'allure que maintenait Rutherford était soutenue. Enfin, elles parvinrent à une espèce de plateau boisé, et le sentier reprit une inclinaison plus douce, sous la fraîche protection des arbres.
Rutherford soupira. « Tu sais, une personne, ce n'est pas beaucoup pour le tournoi. On a de la chance, quelque part, » mais le ton de la Pache était fatigué, triste. « Il y a cinq cent ans, tous les organisateurs sont morts... sauf la Pache qui remplissait mon rôle. Parce qu'elle attendait un enfant. »
Neuf organisateurs décimés en un seul tournoi ? Cela ne pouvait pas s'expliquer par des incidents isolés. Et la façon dont Rutherford expliquait la survie de la dernière des dix... Les pensées de Jeanne se tournèrent instinctivement vers Hao. Il avait tué les trois Seminoa d'un geste. Est-ce que...
« Enfin, il y avait une autre raison, » ajouta Rutherford avec une certaine amertume. « C'est aussi parce qu'elle était la femme de l'Airon. »
Jeanne fronça les sourcils. « L'Airon ?
- C'est un nom. Enfin, il y a bien longtemps qu'aucune Pache n'a eu l'idée d'appeler son enfant ainsi. C'est... les mauvaises personnes reçoivent ce nom. C'est une façon d'identifier la mauvaise souche, d'expliquer... pourquoi il lui vient à l'idée de faire des mauvaises choses.
- Je... vois, » dit Jeanne, qui décidément ne voyait pas. Elles s'étaient enfoncées dans la forêt maintenant, et les feuillages bloquaient presque entièrement la lumière du soleil. Cela ressemblait un peu à la forêt de son rêve... mais ici, elle ne se sentait pas menacée. Et puis les couleurs n'étaient pas les mêmes.
Rutherford, devant, continuait: « En fait... c'est compliqué. Lors du dernier tournoi... une femme est venue pour participer. On dit qu'elle était très intelligente, très douce. Le seul problème, c'est qu'elle est arrivée presque cinquante ans trop tôt. En fait, elle avait... des pouvoirs de prémonition. Elle avait vu Ragô, suivi les signes, passé l'initiation, mais seulement dans ses rêves. En voyant sa détermination, la tribu lui a permis de rester auprès d'eux en attendant le tournoi et la vraie Râgo. Elle vivait parmi eux, et au bout d'un moment... elle est tombée amoureuse. Sa fille est devenue la femme dont je te parle. La dernière Alloy, avant la colonisation, » et il y avait dans la voix de Rutherford une sourde mélancolie.
Jeanne pencha la tête, hésitant à interrompre sa rêverie. « La dernière Alloy ?
- Oui. C'est un nom un peu spécial – pas comme l'Airon, ça c'est plutôt une lignée, même s'ils ne sont pas liés par le sang. Les Alloy... Quand un Pache et quelqu'un de l'extérieur se choisissent, ils font de leurs enfants des Alloy. Leurs petits-enfants à eux peuvent s'appeler comme ils veulent, mais... la tribu veut pouvoir honorer ses enfants venus d'ailleurs. Après l'arrivée des Européens, la tradition s'est perdue. Il est rare que la tribu se mélange à l'extérieur maintenant. C'est... enfin, c'est un peu dommage. Les Alloy sont toujours le centre de mille légendes magnifiques. »
Jeanne cligna des yeux. « Des légendes...
- Oh oui. Sur nos origines, sur les aventures vécues par nos ancêtres... nous sommes un peuple qui aime les histoires. Comme tout le monde, en fait, » sourit la brune. Puis elle redevint sérieuse.
« Alloy était, dit-on, très forte et très... elle connaissait toutes les histoires, toutes les langues aussi. Avant d'être choisie par Grey Saucer, elle s'occupait du commerce, des rencontres. Elle passait beaucoup de temps à l'extérieur, pour rencontrer d'autres tribus, d'autres personnes qui pourraient lui apprendre de nouvelles histoires. Mais c'est d'un Pache dont elle est tombée amoureuse. Lui ne se contentait pas de raconter les histoires qu'il connaissait: il en inventait. Les contes qu'il était capable de construire, c'était... différent. Les plantes, les esprits, tout était autre dans son imaginaire. Elle ne s'imaginait absolument pas qu'il allait tous nous trahir.
- Hao, » devina Jeanne.
- Oui, » fit Rutherford d'un ton neutre.
« C'était Hao. Il nous a volé le Spirit of Fire en se faisant passer pour l'un des nôtres, et quand les autres organisateurs se sont opposés à lui, il les a exterminés. Alloy... a tenté de l'attaquer aussi. Elle l'a blessé, selon la légende, et c'est grâce à elle qu'un autre candidat, Yôhken, a pu en finir. Elle a dû terminer le tournoi toute seule, en reprenant le rôle de Goldova et tous les autres esprits toute seule, parce que la tribu n'avait pas de guerriers assez forts pour l'aider. Pour Namari, j'ai parfois l'impression que... que c'est oublié. Que ce n'était pas grave, ce qu'il a fait, que ce n'était pas grave ce qu'Alloy a dû supporter. Mais Grey Saucer... il est ancien. Plus ancien que ton esprit, plus ancien que presque tout. Et il se souvient, lui. Alloy... celle qui tenait mon rôle, a vu le massacre. Elle n'a pas oublié. Et moi non plus. »
Jeanne acquiesça, l'estomac douloureux. Encore des cadavres qu'il traînait derrière lui. Encore quelque chose qui prouvait qu'il ne fallait pas, à aucun prix, laisser Hao devenir roi. Mais parviendraient-ils à l'en empêcher ? Rutherford avait été claire, les Paches n'étaient pas faibles. Leurs techniques étaient surprenantes, variées; pourtant eux aussi, ou du moins leurs ancêtres, avaient été balayés. Etait-ce parce qu'Hao, vivant parmi eux, avait appris à les analyser et à les contrer ? Ou était-ce parce qu'il était tout simplement trop fort ?
« Et malgré tout ça, » reprit Rutherford avec un éclat de fierté dans la voix, « Alloy a supervisé le tournoi jusqu'à ce que le vainqueur devienne Shaman King. »
Surprise, Jeanne cligna des yeux. Bizarrement, elle n'avait pas songé au fait qu'il y avait eu un Shaman King, une fois Hao tué. « On… enfin je veux dire, tu sais beaucoup de choses sur les anciens rois ? »
Rutherford ricana. « Un peu, oui. Et d'abord, il ne faut pas parler de « rois, » parce qu'on en a eu qu'un, le dernier. Avant lui, il n'y a eu que des femmes. »
Jeanne cligna des yeux. « Ah ? »
La brune acquiesça. « Du moins celles dont on se souvient encore. Les noms les plus anciens ont été perdus avec l'évolution de notre langue, et les épreuves qu'a traversé la tribu. Mais je me souviens des sept dernières. Il y a pas mal de contes à leur sujet… ma préférée, c'est Isis. Elle venait d'Egypte. Elle était très mystérieuse, très… investie dans le shamanisme et ses mystères. Y'a eu Parvati, aussi. Et Maryam ! Oh, et on a eu des sacrées teignes, aussi : Ereshkigal et Ixchel, surtout. Perséphone aussi pouvait faire peur, mais elle était plutôt austère et mélancolique que colérique comme les deux autres. »
Ces noms ne disaient pas grand-chose à Jeanne. Pourtant, elle sentait son esprit se mettre à rêvasser. « Les anciens… enfin… il est encore possible de communiquer avec elles ? Même si ça fait si longtemps ? »
Rutherford haussa les épaules. « Goldova parle aux Great Spirits, mais je ne sais pas bien ce qu'il entend par là. Peut-être que le dernier roi lui parle. Ou que les reines et lui forment un conseil qui prend ses décisions à l'unanimité, je ne sais pas. Il est assez secret là-dessus.
- Il n'a pas l'air commode, non, » acquiesça Jeanne.
« Ah, » fit son amie en changeant de sujet. « On approche. »
Jeanne releva les yeux. Elle ne voyait rien qui ressemblât à un complexe militaire. Par contre, une étrange masure se dressait sur le côté de la route.
Quelqu'un de rationnel n'aurait pas construit là; quelqu'un de moins rationnel mais encore logique aurait au moins essayé d'égaliser le terrain au moyen de pilotis ou de pelles.
Celui ou celle qui avait construit cette maison n'était ni l'un, ni l'autre. Une petite terrasse avait bien été installée, mais elle penchait avec la montagne, et les murs posés dessus semblaient bien seuls dans leur lutte contre la gravité. Le bois sombre se fondait dans les arbres debout autour du lieu, et les nombreux trous dans la toiture ajoutaient au camouflage en mêlant le vert du feuillage au bois de la maison.
On aurait pu penser la maison abandonnée. Pourtant, il y avait là quelque chose de distinctement habité : une couverture en patchwork sombre laissée inachevée sur le fauteuil en rotin devant l'entrée, un carillon immaculé attendant d'être attaché, et même une tasse froide de ce qui avait dû être du café.
Une présence inoffensive, apparemment. Pourtant, Jeanne ne se sentait pas vraiment tranquille. Elle avait un peu l'impression d'être épiée – sans bien savoir par qui, ni d'où. Dans les fougères, les taches de lumière et d'ombre étaient si variées qu'il était impossible de trouver les yeux, s'il y en avait.
« A cette heure-là, elle n'est pas chez elle, » fit Rutherford pensivement avant de reprendre son chemin. « C'est dommage, je suis sûre qu'elle t'aurait appréciée.
- Elle ? » Jeanne commençait à avoir un point de côté. L'entraînement, chez Hao, était certes physique, mais il comprenait rarement de la randonnée, et encore moins contre une pente aussi vive.
Rutherford se retourna. « Ma grand-mère. C'est elle qui m'a appris tout ça, avec Grey. On l'appelle Kobaba, même si elle a évidemment un nom Pache. »
Jeanne acquiesça vaguement, profitant de l'arrêt de sa camarade pour s'assoir sur un rocher. Elle n'avait pas la moindre idée de ce qui distinguait un nom Pache d'un autre nom, et décida de ne pas demander. « Elle ne fait pas partie du Conseil, » observa-t-elle cependant, prudente.
« Non, » confirma sa camarade. « Elle n'aime pas les règles, alors l'idée de les faire observer l'horripile. Elle dit souvent qu'elle veut être libre d'aller casser une jambe à un candidat s'il l'énerve. »
La Française ouvrit des yeux ronds. « Elle peut faire ça ? »
Haussement d'épaules. « C'est pas moi qui lui dirai le contraire. Tu es prête à repartir ? »
Jeanne cessa de masser ses jambes et acquiesça.
Elles continuèrent à gravir le sentier caillouteux. La discussion s'était vite limitée au flot de paroles que Rutherford pouvait soutenir, car Jeanne avait besoin de tous ses poumons pour ne pas s'étouffer. Il faisait chaud, et elle sentait des moustiques sur tout son corps : elle avait bien hâte d'en finir.
Enfin, elles arrivèrent à la lisière des arbres. Le sentier continuait, tout aussi étroit qu'auparavant, entre le talus et un ravin profond. Au loin, on voyait la mer.
Jeanne ne put s'empêcher d'avaler sa salive. Elle n'avait plus le vertige depuis longtemps, mais la paroi du ravin était déjà creusée de nombreuses coulées d'avalanches brunes, et elle n'avait pas de mal à se représenter ce qui arriverait si le sol cédait sous elles.
Rutherford, qui n'avait pas vu son amie s'arrêter, continuait de son pas trottinant. « On est bientôt arrivées maintenant. Je suis sûre qu'Hao fait surveiller la voie principale, mais je ne sais pas s'il connaît celle-ci. Et même s'il la connaît, au moins cela devrait faire comprendre à tout le monde ce que je cherche à faire ou ne pas faire. »
Jeanne acquiesça sans répondre, les yeux toujours attirés par le vide et le magnifique paysage qui s'étendait en dessous. La roche était d'une couleur étrange, presque plus rose que brune, et la forêt sous elles miroitait presque sous le soleil. Elle prit aussi conscience de la présence d'oiseaux le long de la falaise, qui disparaissaient dans la roche avant de s'élancer de nouveau dans le ciel. Finalement, cela valait bien la peine de monter…
« Regarde, » fit Rutherford. Elle avait une certaine fierté dans la voix, un éclat heureux. De la main, elle désignait la falaise, qui plus loin se courbait pour leur présenter une haute chute d'eau. Jeanne ouvrit de grands yeux, regarda son Organisatrice. Les deux filles partagèrent un doux rire.
« La base est juste au-dessus, » expliqua la brune. « Tu suis le chemin et tu vas arriver à une des portes principales. »
Jeanne comprit ce qui n'était pas dit et saisit la main de son Organisatrice, qu'elle serra dans la sienne. « Merci pour ton aide. Et... merci pour les histoires. Merci pour tout. Tu fais très bien ton travail, et... tu es une très bonne amie. »
La peau de Rutherford ne rougissait pas beaucoup, mais son expression suffit à faire comprendre qu'elle était surprise. Et flattée. « M-merci à toi... A plus tard, » murmura-t-elle avant de filer vers les arbres, laissant Jeanne seule.
Celle-ci ne perdit pas son sourire. C'était peut-être un peu illusoire, mais elle avait l'impression d'avoir compris Rutherford un peu mieux. Lors de son examen de passage, elle avait bien vu que la jeune Pache était à peu près aussi perdue dans son rôle que Jeanne dans le sien. Une fois le tournoi relancé, elle n'aurait certainement plus de temps à elle, mais... elle ferait de son mieux pour ne pas la perdre de vue.
Elle ne voulait plus perdre de vue qui que ce soit.
